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Jeudi 20 septembre 2018 | Volume 43 | 9 e Numéro

TRANSFORMATION ALIMENTAIRE

Valoriser le terroir d’ici

Aussi dans cette édition :

Photos Martin Lacasse et Robert Gosselin

Identifier la mouche blanche Bemisia tabaci ..........p. 16 Pensez aux céréales d’automne! ............................p. 18 Du semis direct bio? ...............................................p. 20


2 - Jeudi 20 septembre 2018 - Gestion et Technologie Agricoles


FERME DES CINQ - LA PRÉSENTATION

Un véritable coup de cœur pour la Boer! purs-sangs pour avoir la possibilité d’agrandir mon troupeau et aussi pour pouvoir vendre des sujets. Donc, l’aspect génétique est très important. Pour arriver à vendre des femelles reproductrices, je vais aussi dans les expositions de jugements agricoles, car cela aide énormément à la vente si une chèvre remporte des prix. »

Véronique LEMONDE GTA

Formée en Hygiène et salubrité alimentaires à l’ITHQ, Ève Bouchard espérait démarrer un petit élevage sur la fermette acquise avec son conjoint à La Présentation, il y a quelques années. Entre des essais avec des moutons, veaux, poules et canards, c’est pour les mignonnes chèvres Boer que le cœur de Ève Bouchard a finalement succombé. « Je suis tombé en amour avec ces chèvres et, comme ce n’est pas si connu au Québec, ça m’a plu tout de suite de partir un élevage pour la viande. En 2014, j’ai donc acheté un chevreau pour 25 $ et c’était le début de l’aventure », indique Mme Bouchard. Avec quelques chevrettes achetées d’un éleveur de Saint-Roch-de-Richelieu et d’un de la Beauce, Ève Bouchard débute un élevage de Boer pur-sang. Il s’agit donc toutes de femelles enregistrées. « Dès le début, j’ai voulu des sujets

Une viande à découvrir

Plus que tout, la productrice désire surtout développer une marque de commerce distincte axée sur la viande de chevreau, une viande très maigre à mi-chemin entre l’agneau et le veau au niveau du goût. « Il faut faire goûter aux gens, beaucoup! Il faut leur montrer notre passion et les éduquer sur le fait que la viande de chevreau, ce n’est pas de la chèvre. Les gens ont souvent des souvenirs tenaces sur la viande de chèvre trop coriace. Mes chevreaux ont un goût très fin, c’est goûteux. Il y a zéro gras dans mes pièces de viande, c’est très protéiné et mes chevreaux sont nourris à 90 % de foin naturel. Mais la première année, ce fut très dur de faire connaître ma viande. » Pour l’instant, Ève Bouchard fait produire certains de ses produits de

ÉDITEUR : Benoit Chartier RÉDACTEUR EN CHEF : Martin Bourassa ADJOINTE À LA RÉDACTION : Annie Blanchette TEXTES : Véronique Lemonde COORDINATION : Véronique Lemonde CONTRÔLEUR : Monique Laliberté DIRECTEUR DU TIRAGE : Pierre Charbonneau

DIRECTEUR DE LA PUBLICITÉ ET PRODUCTION : Guillaume Bédard PUBLICITAIRES : Louise Beauregard Michel Bienvenue Manon Brasseur Candy Corriveau Luc Desrosiers Philippe Dumaine Josée Malo Isabelle St-Sauveur

Facebook Ferme des Cinq, élevage de chèvres Boer

Ève Bouchard dorlote particulièrement ses petites femelles qui constituent la base de son troupeau de Boer pur-sang. Photos Martin Lacasse

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à l’extérieur, les coûts de revient sont plus difficiles à augmenter. » Devant des coûts d’élevage assez onéreux, la Ferme des Cinq doit user d’ingéniosité pour atteindre une certaine rentabilité. La vente de chevreaux régulièrement à des restaurants apporte un revenu plus stable, de même que la vente de femelles reproductrices, d’où l’importance d’un troupeau impeccable sur le plan de la génétique. Les chevreaux de la Ferme des Cinq ne sont ni castrés ni écornés. Des produits contenant du chevreau de la Ferme des Cinq se retrouvent à la boutique du Bureau d’information touristique de Saint-Hyacinthe, situé à l’intérieur du Centre de congrès de Saint-Hyacinthe. L’entreprise s’est rendue à quelques reprises aux Matinées gourmandes de la région de Saint-Hyacinthe cet été et elle est toujours présente au Marché public de Saint-Bruno, les samedis jusqu’au 29 septembre. Les découpes de viande de chevreau en paquets individuels sont en vente directement à la Ferme des Cinq, sur appel seulement au 450 796-1816.

journalgta.ca Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.

PAPIER FABRIQUÉ AU QUÉBEC. Merci de recycler ce journal.

26 500 Exemplaires Distribué dans Le Courrier de Saint-Hyacinthe et par la poste aux producteurs agricoles dans les région suivantes : Région Montérégie Est et Ouest Région Centre du Québec Région de l’Estrie

Gestion et Technologie Agricoles - Jeudi 20 septembre 2018 - 3

Les chevreaux partent pour l’abattoir vers 7-8 mois, à environ 120 livres.

chevreaux par une entreprise de la région de Québec. Rillettes de chevreau, terrine de chevreau aux bleuets, pâté de foie de chevreau au vin blanc, etc., les possibilités sont immenses, mais la mise en marché reste difficile. « Nous sommes peu d’éleveurs de chevreaux pour la viande, donc c’est plus difficile de nous démarquer et de développer des produits. Cependant, à partir de l’an prochain, je travaillerai à développer mes propres recettes. Je suis présentement à faire les tests nécessaires. » Pour ce qui est des pièces de viande, toutes congelées sous vide, Mme Bouchard fournit pour l’instant le restaurant maskoutain L’Empanaché et espère fournir quelques autres restaurateurs éventuellement. « Je fournis aussi à la pièce sur demande et je contrôle complètement les quantités de viande que je fournis. J’offre toutes les découpes possibles, de même que des saucisses, toujours sans gluten. En augmentant mon troupeau jusqu’à 25 femelles reproductrices, j’en ai 15 présentement, J’espère ainsi amortir mes frais fixes et augmenter ma rentabilité. Tout est plus cher ici dans la région de la Montérégie et comme je n’ai pas mes propres champs et que j’achète mon foin


DOMAINE DE LAVOIE - ROUGEMONT

Un vignoble sur sa lancée! Véronique LEMONDE GTA

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Francis-Hugues Lavoie est pratiquement né dans le verger familial. C’est en effet quelques mois après sa naissance que ses parents, Francis et Estelle Lavoie, s’installent sur un verger de 300 pommiers acheté à Rougemont. C’est un petit détour en amoureux dans la région, aux pommes, qui avait alors ravi le couple et inspiré ce projet de vie. Au début des années 90, le verger possède 8 000 pommiers et se porte bien. Néanmoins, certaines années plus difficiles avec des gels hâtifs mettent en péril un certain pourcentage du verger. « Nous avons alors commencé à penser à chercher un revenu d’appoint pour nous offrir une certaine stabilité à côté de la production de pommes, indique Francis-Hugues Lavoie qui suivra quelques années plus tard une formation à l’ITA en production de vins et cidres. Rapidement, j’ai voulu m’impliquer dans l’entreprise. J’avais 15 ans et c’était déjà une passion. Par contre, je tenais à faire mon chemin par moi-même et j’ai fait mes études universitaires en génie agroenvironnemental à l’Université Laval. » L’entreprise plante 4 000 premières vignes de Seyval blanc en 1997 et agrandit ses terres par l’achat d’un autre ancien verger qui était devenu un champ de maïs. « En 2008, mon père possédait 22 000 vignes et n’avait rien replanté depuis plusieurs années. Le temps d’agrandir et de prendre de l’expansion était venu. C’est

à ce moment-là que j’ai intégré complètement l’entreprise. »

Expansion

Au tournant des années 2008, avec l’arrivée de Francis-Hugues dans l’entreprise, le Domaine De Lavoie mise sur certains cépages rustiques et semirustiques comme le Frontenac gris, le Frontenac noir, le Vidal ou le Ste-Croix. L’implantation de haies brise-vent et la diminution globale de l’utilisation de pesticides marquent également le développement du vignoble. « Nous avons aussi acquis un autre verger en 2009, l’ancienne Pommeraie d’or. Et fait inusité, c’est le verger où mes parents sont venus cueillir des pommes en 1983 et qui les a fait avoir un coup de cœur pour Rougemont. Ce verger est maintenant axé sur l’autocueillette de pommes », de dire M. Lavoie. En 2000, un pavillon d’accueil est bâti et, en 2005, le chai de transformation prend de l’expansion dans un tout autre bâtiment avec l’ajout de cuves, de barils de chêne et d’un cellier de conservation. « Nous avons présentement atteint une belle vitesse de croisière, mais nous souhaitons toujours développer d’autres produits et évoluer vers des cépages de type vinefera, soit des cépages reconnus. »

Variété et qualité

Et parlons-en, des produits du Domaine De Lavoie, tant ils abondent en qualité et en variété. Le vignoble offre ainsi une

vingtaine de produits dans sa carte allant des vins rouges - le Tourelle séduit particulièrement avec ses arômes vanillés et fuités - et blancs traditionnels en passant par le rosé mousseux, Le Trappeur (un mélange de cidre, de moût de raisins rouges et d’eau-de-vie vieilli au contact du chêne), le Vendanges Tardives (le Vidal a alors subi les premières gelées hivernales), le Effehl (vin fortifié de type Porto élevé en fûts de chêne)) ou le Poiré mousseux. Les produits d’alcool à base de pommes font aussi belle figure avec le

cidre fortifié, les bulles d’automne, la Hugues 100 % pommes et la Hugues Pommes et Houblon, les deux derniers, en canette, étant de parfaits prêt-à-boire et à apporter. « C’est la diversité qui fait notre réussite, je crois. Nos vins ont un beau succès à la SAQ et nous les retrouvons aussi chez Métro et bientôt dans des IGA. Nos blancs sont de factures assez classiques et internationales. Ils peuvent très bien se mesurer à des vins d’ailleurs. Nos rouges, eux, sont très teinturés et riches. »

Francis-Hugues Lavoie pose ici avec certains des produits emblématiques du vignoble comme La Réserve du Domaine, un vin blanc vinifié, élaboré et vieilli en fûts de chêne américain pour une période d’un an (Méthode Chablis), les canettes de Hugues 100 % pommes, un cidre pétillant, et le vin Rouge de l’établissement, à la structure généreuse. Photos Martin Lacasse


Bulles d’Automne est un cidre mousseux qui présente des arômes de pommes cuites, de melon et de miel. Le sucre naturel des pommes apporte beaucoup de rondeur à ce cidre d’automne.

Pour les familles aussi

Au-delà du vignoble, les familles trouveront aussi leur compte en visitant le Domaine De Lavoie, avec une navette alternant entre le vignoble et la Pommeraie d’or, le verger familial juste à côté. Le but ultime est l’interaction entre les entreprises respectives. Un arrêt, deux visites. La navette qui relie les deux endroits procure une magnifique balade en voitu-

rette à travers le verger et les vignes pour vous emmener là où vos sens vous conduisent. Six variétés de pommes sont disponibles à l’autocueillette, une aire de jeux pour les plus jeunes, une mini ferme et un labyrinthe de maïs sont aussi sur place pour agrémenter les activités automnales de tous. de-lavoie.com - lapommeraiedor.com

FADOQ - Région Richelieu-Yamaska - Jeudi 20 septembre 2018 - Le Courrier de Saint-Hyacinthe - 5


ELIKXIR KOMBUCHA - SAINT-JEAN-SUR-RICHELIEU

Un kombucha à l’ère des boissons spécialisées Véronique LEMONDE

créer les recettes, faire des tests, répéter le tout plusieurs fois, obtenir une certification Écocert et se créer un réseau de distribution et élaborer notre mise en marché. » Avec l’aide d’un courtier en alimentation, les produits Elikxir Kombucha ont maintenant une place de choix dans plusieurs Métro, et également dans les Rachelle-Béry, Avril et Marché Tau. « C’est très compétitif comme milieu pour entrer dans des boutiques ou marchés d’alimentation. Tout cet aspect de la mise en marché a été tout un apprentissage pour moi. »

GTA

La tendance est clairement au prêt-à-boire depuis quelques années. Entre les boissons alcoolisées tels les cidres à emporter, les vins en canette ou les cocktails de toutes sortes, les breuvages bien-être comme les eaux d’aloès, de noix de coco et vitaminées envahissent les réfrigérateurs. Parmi les cafés de type cold brew, les thés glacés de tout acabit et les laits végétaux, le kombucha occupe aussi une place prépondérante dans cette offre de service quasi infini. En amont de cette tendance et de l’explosion de l’offre de boissons spécialisées, Martin Garneau, ingénieur de profession, découvre le kombucha lors d’un voyage en Californie, il y a quelques années. Ignorant jusque-là les bienfaits du produit, Martin Garneau se met à fouiller, pour éventuellement tomber sur une recette ancestrale de thé kombucha, qu’il prit soin de peaufiner avec une précision scientifique. « Le kombucha est une boisson de thé fermenté - dans notre cas il s’agit de thé vert - à laquelle nous ajoutons du sucre - pour Elikxir il s’agit de sucre de canne biologique - et une culture symbiotique de bactéries et de levures, soit la souche de kombucha. Ce n’est pas un champignon comme tel comme plusieurs personnes croient, mais plutôt le résultat d’une fermentation », explique M. Garneau. Après deux à trois semaines de fermentation en cuve, le résultat est par la suite carbonisé dans une cuve en stainless prévue à cet effet.

Remixer les classiques

Martin Garneau présente ses quatre saveurs de kombucha : limonade lavande, gingembre, racinette et orange cardamone. Photo Robert Gosselin | Le Courrier ©

Percer le monde de l’agroalimentaire

Débutant officiellement en 2015, la mission de la compagnie Kombucha Tea est de maximiser les bienfaits de ses breuvages de kombucha en utilisant que les meilleurs ingrédients certifiés biologiques, tout en respectant le savoir-faire ancestral. En 2016, la jeune entreprise s’installe dans les locaux d’une pépinière

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EXIGEZ la QUALITÉ EXCEPTIONNELLE

de petites entreprises dans une ancienne usine de la compagnie Crane, à SaintJean-sur-Richelieu. C’est dans son entrepôt que Martin Garneau installe toutes les installations requises pour sa production de kombucha artisanale. « Ce fut toute une découverte que celle du milieu de l’alimentation que je ne connaissais pas du tout, lance M. Garneau. Il a fallu apprendre à élaborer le produit,

Pour initier les gens aux kombucha et leur donner une petite touche vintage, Martin Garneau s’est dirigé vers des saveurs rappelant les boissons gazeuses classiques comme la fameuse racinette qui contient des épices, de la mélasse et du caramel. Limonade citron appelle à la fraîcheur, Gingembre fait penser à une boisson de type sprite, tandis qu’Orange cardamone invite l’indémodable orangeade à la table. Deux autres saveurs de kombucha sont en cours de développement pour Elikxir. « Le kombucha est la boisson qui a le plus de croissance dans le monde, de 30 à 35 % d’augmentation annuellement, depuis près de cinq ans. Le timing est donc très bon pour Elikxir, même si nous devons concurrencer de plus gros joueurs comme le Montréalais Rise par exemple », conclut Martin Garneau. kombuchateaco.com

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LES DRAGONS DE SAINT-IGNACE SAINT-IGNACE-DE-STANBRIDGE

Dompter la fumée! Véronique LEMONDE

GTA

Mario Dionne-Raymond et Geneviève SteMarie ont trouvé leur petit bonheur à SaintIgnace-de-Stanbridge en reprenant en main un fumoir artisanal il y a quelques années. Habitant la Rive-Sud, ils avaient pourtant le projet d’acquérir une grande maison pour leur famille et de démarrer une houblonnière, un rêve de Mario. C’est pourtant à Saint-Ignace qu’ils rencontrent Michel Asselin, du Fumoir Magwando, et que leur vie prend une toute autre tangente. « Michel Asselin nous a tout légué : son savoir-faire, ses recettes, son équipement. C’est un ancien pêcheur de la Gaspésie et un ancien directeur du CSSS La Pommeraie, très impliqué dans la région. Il souhaitait, avec son fumoir, retrouver le goût du poisson de son coin de pays. Nous avons eu rapidement la piqûre pour le fumoir et la maison nous plaisait, donc, nous nous sommes lancés », explique Genevière. Entre le brouillard souvent présent dans la région, la fumée et l’histoire autour de saint Ignace, le couple décide d’y aller avec le nom un brin onirique et poétique des Dragons de Saint-Ignace pour leur fumoir.

Une méthode qui demande précision

bacon et un prosciutto, est devenu la Langue de Dragon, un produit signature de l’entreprise. « Pour nous, c’était important de perpétuer un standard de qualité auquel les clients de M. Asselin étaient habitués et une régularité pour fournir à l’année des produits », ajoute Mme Ste-Marie.

Service de découpe

Les Dragons de Saint-Ignace offrent également le service de découpe de viandes pour les chasseurs et pêcheurs qui le souhaitent, puisque Geneviève a obtenu, en 2016, un DEP en Boucherie de détail. Avec minutie, elle prend également soin de revaloriser les pertes et les trimures de flanc de porc, par exemple, pour en confectionner d’excellents pâté de campagne, des cretons ou des saucisses. Les Dragons n’utilisent pas de nitrite, ni de soya dans les produits. Les seuls agents de conservation sont le sel et la fumée. Les Dragons de Saint-Ignace vendent leurs produits sur place à la manière du circuit court. fumoirsaintignace.com

Fumaison à froid ou à chaud, quelle différence? Pendant la fumaison à chaud, les aliments sont également cuits par la température de la chambre de fumaison, qui doit se maintenir au moins à 60°C. Pendant la fumaison à froid, la fumée est refroidie et la température de la chambre de fumaison doit se maintenir sous 25°C. Pour Les Dragon de SaintIgnace, la température de la chambre de fumaison est maintenue à aussi peu que 20°C. Source : fumoirsaintignace.com

Geneviève Ste-Marie et Mario Dionne-Raymond devant le bâtiment abritant leur fumoir. Photos Robert Gosselin | Le Courrier ©

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Maintenant membre de Créateurs de Saveurs et du Garde-manger du Québec, Les Dragons de Saint-Ignace fument à froid une variété de produits de la mer et de porc sur feu de bois (érable). « Nous le faisons de manière artisanale avec un feu que nous devons entretenir aux trois quatre heures par jour, car nous devons toujours nous assurer qu’il y a assez de fumée dans le fumoir, ni trop ni trop peu », de dire M. Dionne-Raymond. Comme la fumée doit être froide ou tiède pour le type de fumaison que préconise l’entreprise, le couple œuvre uniquement lorsque les conditions météorologiques le permettent : en automne, en hiver et au printemps. « Lorsque la température extérieure oscille entre 10 et 13°C, c’est l’idéal pour fumer. Il faut être un peu métérologue pour opérer un fumoir! », lance Mario. En plus du traditionnel saumon fumé ou des fines tranches de truite fumée, l’entreprise de transformation fume du sel de mer, des crevettes de Matane, des pétoncles des Îles-de-la-Madeleine et du flanc de porc fumé. Aussi, un filet de porc salé, fumé et séché, à mi-chemin entre un

Sel de mer fumé et saumon fumé à froid.


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LE CLAN - SAINTE-JULIE

La finesse et l’originalité du safran Véronique LEMONDE GTA

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En pleine ville, à Sainte-Julie, dans un beau quartier résidentiel accolé à la montagne Saint-Bruno, qui pourrait croire qu’une petite entreprise s’affaire à trier, manuellement, des stigmates rouges de fleurs de safran séchées? Qui pourrait croire, de surcroît, que ces bulbes de crocus à safran proviennent d’une terre cultivée à Saint-Basile-le-Grand, alors que le safran est habituellement produit sur une large ceinture s’étendant de la mer Méditerranée jusqu’au Cachemire occidental, ainsi qu’en Iran, Espagne, Grèce ou Italie? Pourtant, le safran peut très bien s’acclimater au climat québécois. « Nous avons acheté une terre de 26 hectares en 2011, sur laquelle 10 hectares sont cultivables. Nous aurions pu louer cette terre à forfait, mais en y réfléchissant, nous avons pensé que ce serait bien d’y cultiver quelque chose qui ne demandait pas trop d’investissement ni trop d’équipements. En faisant des recherches, nous avons trouvé que le safran, une plante qui demande peu d’eau, serait très bien », explique d’entrée de jeu Stéphane Talbot, propriétaire de l’entreprise Le Clan. C’est ainsi qu’en 2012, M. Talbot et sa famille plantent une grosse quantité de bulbes de Crocus sativus L. (iridacée) dans le sol argileux et tantôt sablonneux de leur terre à SaintBasile-le-Grand.

Une récolte minutieuse

La culture du safran ne demande pas vraiment d’équipements sophistiqués, mais sa récolte, manuelle, peut s’avérer ardue pour qui est le moindrement impatient. « La safranière fleurit en octobre, puis à partir du 10 octobre environ, nous récoltons manuellement les fleurs chaque jour durant près de six semaines, jusqu’aux gels de novembre », explique M. Talbot. Produit de la famille des épices, le safran s’obtient grâce à la déshydratation des stigmates rouges du crocus. Une fois les fleurs récoltées, les stigmates sont coupés et séchés à l’intérieur. Une autre opération minutieuse. Comme il n’était pas du milieu agroalimentaire au départ, Stéphane Talbot a surtout dû se familiariser avec le monde des marques de commerce en alimentation, de l’étiquetage et des certifications liées à l’hygiène et à la salubrité. Un processus de certification biologique est aussi en cours. Plusieurs produits à base de safran ont été concoctés à partir des recettes du Clan. Nous retrouvons la confiture de poire au safran, les pacanes à l’érable et au safran et la gelée de thé vert au safran, en plus, bien entendu, des petits coffrets de safran pur.

gène remplie d’antioxydant. C’est 5 200 sureaux qui seront plantés cette année-là. Une bonne partie de cette récolte est vendue sur grappe à une compagnie qui utilise le sureau à des fins médicinales. De plus, Stéphane Talbot fournit certaines boutiques en sureau congelé, une petite baie fort appréciée des amateurs d’alimentation santé. « La baie de sureau peut aussi être marinée à la manière d’une câpre et les fleurs sont également comestibles. » Déjà, le vinaigre de chardonnay et sureau a ses adeptes avec ses accents

de vinaigre balsamique. Ce vinaigre est excellent sur une glace à la vanille ou pour déglacer des échalotes françaises ou des champignons. Les produits du Clan se retrouvent à l’épicerie santé L’Eau Vive à MontSaint-Hilaire, aux Passions de Manon à Saint-Hyacinthe, à l’épicerie fine Yotta de Boucheville, et à la Fabrique Arhoma et Les Touilleurs à Montréal. Il est également possible de commander en ligne ou sur la page Facebook Le Clan. leclan.ca

Le sureau, ce super antioxydant

En plus du safran, Le Clan a décidé, en 2014, de tenter sa chance avec la culture du sureau blanc, une plante indi-

Plantation de sureaux blanc, sur une terre située à Saint-Basile-le-Grand.


TOURNÉE INPACQ 2018

Les céréales d’automne à l’honneur au Centre-du-Québec et en Mauricie Bien utiliser le safran

Le safran est un produit de la famille des épices qui s’obtient grâce à la déshydratation des stigmates rouges du crocus. Les fleurs sont récoltées manuellement et les stigmates coupés et séchés.

Fleurs de crocus à safran.

Truc de Stéphane Talbot, infusez les pistils de safran dans une partie du liquide de votre recette, entre 30 et 90 minutes, avant de les rajouter à votre plat. Cette astuce permettra la bonne diffusion de l’arôme subtil et de la couleur du safran dans votre met.

Deux demi-journées sous le thème des céréales d’automne se sont tenues les 24 et 25 juillet dans les régions du Centre-duQuébec et de la Mauricie, afin de faire connaître les possibilités et les avantages de ces cultures et de présenter différents sites de démonstration et d’essais réalisés dans le domaine. Au total, ce sont 75 personnes, pour la plupart des producteurs agricoles qui ne cultivent pas de céréales d’automne, qui ont assisté à ces deux activités. À bord d’un autocar, qui aura servi de salle de conférence roulante entre les différents sites, la tournée s’est arrêtée chez un producteur biologique de grandes cultures, chez deux producteurs conventionnels et au Centre de recherche Semican. Les participants ont pu en apprendre sur la Coop Agrobio, le seigle d’automne hybride, les semis de blé à la

volée en prédéfoliation du soya, la phytoprotection dans les céréales d’automne, les essais d’application de bore pour vérifier son influence sur la présence de la maladie de l’ergot et l’utilisation du seigle d’automne comme paillis et contrôle des mauvaises herbes pour implanter du soya. Ils ont aussi eu la chance de voir des parcelles de céréales d’automne du Réseau Grandes cultures du Québec dans l’objectif de mieux comprendre le processus d’évaluation des nouvelles variétés. Cette Tournée INPACQ 2018 sur les céréales d’automne a été rendue possible grâce au Centre local d’emploi (CLD) de Bécancour, de la Société d’Agriculture du lac Saint-Pierre et des directions régionales du Centre-du-Québec et de la Mauricie du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation (MAPAQ).

Photo MAPAQ Brigitte Duval

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Faites de l’argent avec les rabais consentis à vos clients MARIO ROY

Agronome et conseiller en transformation alimentaire Direction régionale de la Mauricie MAPAQ

Les détaillants attachent habituellement une grande importance à la promotion en magasin des nouveaux produits alimentaires régionaux parce que, le plus souvent, ces derniers sont inconnus de la clientèle. Comptoirs de dégustation, affiches et projections vidéo sont donc autant de moyens couramment utilisés pour mettre en valeur les produits dans les lieux de vente. En revanche, les rabais consentis sur les produits figurent aussi dans la liste des incitatifs d’achat. En tant que transformateur alimentaire, avez-vous l’impression de perdre de l’argent quand vous accordez à la clientèle un rabais sur vos produits? Pour vous éclairer dans votre prise de décision, voici une méthode simple pour calculer la rentabilité de ces rabais offerts sur vos produits.

1) Combien rapporte un produit avant rabais?

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Pour faire de l’argent avec un rabais, il faut d’abord savoir combien rapporte le produit visé avant d’en réduire le prix. Une information cruciale concerne la marge sur coûts variables ou la contribution marginale du produit. Les coûts variables comprennent notamment les salaires directs liés à la production et les matières premières et ils fluctuent selon le niveau d’activité de l’entreprise. La marge sur coûts variables d’un produit est la différence entre les revenus qu’il génère et les coûts variables qui lui sont associés. Supposons que vous vendez habituellement des sacs de fraises surgelées à 10 $ le kilogramme. Si les coûts variables équivalent à 6 $ le kilo, la marge sur coûts variables de ce produit sera de 4 $. Cela signifie que vous retirez d’un kilo de fraises surgelées un pourcentage de contribution marginale de 40 %. Si vous vendez 1 000 kilos de ce produit, la marge sur coûts variables totale atteindra alors 4 000 $.

2) Quelle quantité d’un produit faut-il vendre après l’attribution d’un rabais?

En consentant un rabais à votre clientèle, vous souhaitez évidemment stimuler les ventes et écouler suffisamment de quantités additionnelles du produit pour engranger vos bénéfices. Par exemple, un détaillant sollicite un rabais temporaire de 10 % sur le prix de vos fraises surgelées. Il vous demande donc de lui vendre ces fraises 9 $ le kilo, tout en promettant d’en vendre un grand volume puisqu’il réduira aussi son prix de vente. Toutefois, vous souhaitez conserver au moins la même marge sur coûts variables totale qu’avant l’attribution du rabais, à savoir une somme de 4 000 $. Dans ces conditions, quelle est la quantité supplémentaire nécessaire à écouler au prix réduit pour arriver au même résultat? La réponse est qu’il vous faut vendre un volume de fraises additionnel de 33,3 % au nouveau prix de 9 $ pour compenser la baisse du prix original, et ce, dans la mesure où la réduction du prix n’entraîne aucune hausse des coûts fixes ni des coûts variables unitaires. C’est donc le point mort où vous n’affichez ni profits ni pertes additionnels par rapport aux conditions d’avant le rabais. En bref, vos ventes devront totaliser un volume de 1 333 unités pour atteindre ce point d’équilibre (voir le tableau). L’emploi de la formule qui suit s’avère une méthode pratique pour calculer les nouveaux volumes nécessaires pour atteindre le point d’équilibre comme le représente le tableau : - (Écart de prix en pourcentage1) (Marge sur coûts variables par unité de produit en pourcentage2 + Écart de prix en pourcentage1) OU

– (–10 %) 40 % + (–10 %) = 33,3 %

1 (Prix après rabais ou hausse – Prix original) X 100% / Prix avant rabais 2 (Prix original – Coûts variables par unité de produit) X 100% / Prix original

Ce résultat signifie qu’il vous faut écouler une quantité additionnelle de 33,3 % de votre produit – ou 333 kilos de plus au prix de 9 $ – pour conserver la marge sur coûts variables de 4 000 $ que vous aviez avant d’accorder le rabais. Croyez-vous qu’atteindre cet objectif est réaliste durant la période où les effets de la promotion se font sentir? Si vous en doutez, examinez les autres avantages que vous rapporterait l’attribution de ce rabais. Par exemple, ce rabais peut-il faire en sorte que votre produit soit un produit d’appel suscitant l’achat par la même clientèle de vos autres produits plus payants? De même, la promotion peutelle favoriser une augmentation des achats du produit au prix courant, après la promotion même, de la part des clients qui ont profité du rabais et peut-elle représenter des retombées additionnelles pour votre entreprise? Et puis, si vous vendiez plus que 1 333 kilos? La rentabilité serait plus forte, car vous accroîtriez davantage votre marge sur coûts variables. Notez que plus la contribution marginale de votre produit est élevée, plus il peut être intéressant de consentir des rabais pour gagner des parts de marché, et encore plus si la marge sur coûts variables de vos concurrents est faible. En effet, si votre marge sur coûts variables atteint 80 % au lieu de 40 %, il ne faudra qu’une augmentation des ventes de 14,3 %, au lieu de 33,3 %, pour avoir une contribution marginale identique à celle que vous aviez avant l’attribution du rabais. Encore faut-il avoir la capacité d’augmenter sa production selon une échelle de coût comparable pour combler l’accroissement de la demande.

3) Augmenter le prix au lieu de le diminuer?

La question est judicieuse et peut se résoudre avec la formule présentée précédemment. Si, au lieu d’abaisser le prix de votre produit de 10 %, vous souhaitez l’augmenter de 10 %, soit le majorer à 1 $ le kilo, quel effet cela aura-t-il sur la marge sur coûts variables?

Pour le savoir, reprenons notre équation, mais, cette fois-ci, intégrons une hausse de prix de 10 % au lieu d’un rabais sur le prix : – (10 %) 40 % + (10 %) = –20 %

Dans ces nouvelles conditions, vous devez accepter au maximum une baisse de 20 % du volume de vos ventes pour que se maintienne la marge sur coûts variables du produit dont vous profitiez avant la hausse de prix de 10 %. Donc, si vos ventes initiales de 1 000 kilos ne baissent pas de plus de 200 kilogrammes à la suite de la hausse du prix à 11 $ le kilo, vous conserverez une contribution marginale d’au moins 4 000 $ pour ce produit. À l’opposé, si la contribution marginale de votre produit est faible, vous aurez intérêt à défendre votre prix. En effet, si la marge sur coûts variables atteint 10 % au lieu de 40 %, la baisse acceptable du volume de vos ventes sera de 50 % au lieu de 20 % pour conserver une contribution marginale qui soit identique à celle qui existait avant la hausse du prix de 10 % de votre produit.

4) La clientèle est-elle sensible au prix de votre produit?

L’un des points importants de ce type de calcul est de prévoir correctement la quantité de votre produit qui sera demandée au prix que vous l’offrirez. En effet, il n’est pas toujours aisé d’estimer l’ampleur des ventes additionnelles d’un produit dont on modifie le prix momentanément. Des études de marché ou certaines données internes de l’entreprise, comme l’historique des ventes du produit en question ou d’un produit analogue dont on a varié le prix par le passé, peuvent s’avérer très utiles pour évaluer la demande d’un produit sur le marché en fonction de différents prix.

Illustration d’une situation où la marge sur coûts variables totale demeure en équilibre après l’attribution d’un rabais de 10 % sur le prix de vente

Quantité (nombre d’unités vendues)

Situation au prix de 10 $ le kilo (avant le rabais de 10 %)

Situation au prix de 9 $ le kilo (après le rabais de 10 %)

1 000

1 333

$

%

$

%

Prix du produit

10,00

100

9,00

100

Moins les coûts variables par unité de produit

6,00

60

6,00

66,6

Marge sur coûts variables par unité de produit

4,00

40

3,00

33,3

$

%

$

%

Revenus totaux

10 000

100

12 0001

100

Moins les coûts variables totaux

6 000

60

8 000

66,6

Marge sur coûts variables totale

4 000

40

4 000

33,3

Prix et coûts variables à l’unité

Ventes et coûts variables totaux

Cette donnée est arrondie parce qu’elle est calculée à l’aide de fractions. La somme de 12 000 $ équivaut au résultat de l’opération 1 333,33 unités X 9 $ l’unité.


Gestion et Technologie Agricoles - Jeudi 20 septembre 2018 - 15


Identifier l’espèce de mouche blanche Bemisia tabaci pour mieux la contrôler NATHALIE ROULLÉ, PH. D.

Biologiste entomologie Agente de projets IQDHO

16 - Jeudi 20 septembre 2018 - Gestion et Technologie Agricoles

La mouche blanche Bemisia tabaci est un insecte ravageur présent dans les régions tropicales et subtropicales, mais aussi dans les serres de régions plus tempérées. C’est un insecte à reproduction rapide qui se nourrit de plus de 300 espèces de plantes. Dans les serres de poinsettias, cet insecte est difficile à contrôler car il est résistant à plusieurs groupes d’insecticides, en particulier à ceux des groupes 7, 9B et 4. Au Québec, deux souches sont connues dans les serres : la souche B et la souche Q. Ces deux souches sont en réalité deux espèces différentes. En effet, selon le jargon scientifique, B. tabaci est un complexe d’espèces cryptiques. C’est donc un groupe d’espèces qui se ressemblent tellement qu’elles ne se distinguent pas par des critères morphologiques. B. tabaci est un complexe d’au moins 30 espèces qui peuvent être différenciées que par des analyses génétiques. Les deux espèces connues au Québec sont donc : B. tabaci Middle East-Asia Minor 1, anciennement appelée B. tabaci souche B et B. tabaci Méditerranean, ancienne-

ment appelée B. tabaci souche Q. La principale différence connue entre ces deux espèces est que B. tabaci Mediterranean (MED) est plus résistante aux insecticides que B. tabaci Middle East-Asia Minor 1 (MEAM1). En 2016, grâce à des fonds du Réseau d’avertissements Pytosanitaires (RAP), l’IQDHO a réalisé un projet dans des serres de poinsettias de plusieurs régions du Québec. Le projet a permis de confirmer que les deux espèces B. tabaci MEAM 1 et B. tabaci MED sont présentes au Québec. L’espèce la plus sensible aux pesticides, B. tabaci MEAM 1, est la plus fréquente. Elle a été détectée dans six des neuf serres suivies pour le projet et constituait 87 % des B. tabaci collectées. L’espèce la plus résistante aux pesticides

était moins fréquente. Elle a été détectée dans quatre des neuf serres et constituait seulement 13 % des B. tabaci collectées. Cette proportion des deux espèces de B. tabaci MED est comparable à celle constatée dans une étude réalisée en Ontario en 2014. Le projet a aussi été l’occasion de suivre des serres en gestion intégrée. Dans ces serres, la gestion intégrée de B. tabaci consistait en l’utilisation d’agents de lutte biologique en prévention et de pesticides, en cas de besoin. En fin de production, une pulvérisation de pesticide était réalisée. Le projet a montré que dans trois des quatre serres en gestion intégrée, la gestion intégrée a permis un bon contrôle de B. tabaci. Des études complémentaires seraient nécessaires pour

évaluer si ce type de gestion est plus efficace que la gestion conventionnelle. Il serait également nécessaire d’évaluer le coût économique de ces deux types de gestion. Ce projet a été l‘occasion pour le laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection du MAPAQ de se familiariser avec l’identification des deux espèces de B. tabaci par analyse PCR. Ainsi, dans le cas où une résistance aux insecticides de B. tabaci est suspectée, il est maintenant possible de vérifier l’espèce présente en envoyant des individus au laboratoire d’expertise et de diagnostic du MAPAQ. Cette identification permet de savoir si l’espèce présente est celle qui est plus résistance aux pesticides et ainsi d’ajuster la stratégie de contrôle.

Adulte de Bemisia tabaci. Collecte d’adultes et de pupes de Bemisia tabaci pour identifier l’espèce par des analyses génétiques. Source : IQDHO

Source : © Laboratoire d’expertise et de diagnostic en phytoprotection, MAPAQ


Gestion et Technologie Agricoles - Jeudi 20 septembre 2018 - 17


Azote : lorsque quantité et qualité font bon ménage

GILLES TREMBLAY, AGR.

MAPAQ Montérégie

L’azote (N) est un facteur clé au niveau des besoins en éléments fertilisants du maïs. Chaque tonne de grains de maïs contient environ 13 kg d’azote. Une récolte de 10 t/ha exporte ainsi quelques 130 kg/ha d’azote. Des trois éléments majeurs en fertilisation (azote, phosphore et potassium), l’azote constitue l’élément le plus limitant à la croissance normale du maïs-grain dans une majorité des sols agricoles québécois. Un manque d’azote peut occasionner une baisse de rendement, alors qu’un excès représente un risque de contamination de l’air et de l’eau, en plus de représenter une dépense inutile. Ainsi, la surfertilisation et la sousfertilisation occasionnent tous deux des pertes économiques non négligeables. En raison de ces enjeux économiques et environnementaux associés à la fertilisation azotée du maïs, il est donc essentiel de comprendre le rôle de l’azote dans cette production. Au Québec, le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) recommande d’apporter de 120 à 170 kg N/ha au maïs-grain ou au maïs ensilage. Cette recommandation n’a pas changé depuis les 25 dernières années. Des études récentes réalisées au cours des 15 dernières au Québec démontrent

que cette recommandation générale tient toujours. Bien que cette recommandation tienne toujours, une plus grande proportion des essais réalisés au champ ont toutefois affiché des doses économiques optimales supérieures à 170 kg N/ha. Plusieurs hypothèses sont avancées pour expliquer cette situation : durée réduite des rotations, baisse de la matière organique des sols, détérioration générale de la qualité des sols, changements climatiques, exigences des nouveaux hybrides, etc. L’utilisation de l’azote par la plante et son comportement dans le sol sont complexes. La minéralisation de l’azote dans le sol est influencée par plusieurs facteurs dont : la source de fertilisants organiques ou minéraux, la rotation des cultures, les méthodes culturales, les teneurs en matière organique du sol et les résidus apportés, la texture et la structure du sol, le pH et les conditions pédoclimatiques. Plusieurs recherches ont démontré qu’un sol en santé et riche en azote peut fournir plus du deux tiers des besoins en N des cultures tandis qu’un sol pauvre ou compacté avec de faibles potentiels de minéralisation ne peut fournir que moins d’un tiers des besoins en N des cultures. L’azote que l’on apporte au maïs est-il bien récupéré par la plante? Une étude américaine réalisée au début des années 2000 a démontré qu’en moyenne, 37 % de l’azote appliqué était récupéré par le plant de maïs. Une telle étude a aussi été réalisée sur des données québécoises colligées de 2011 à 2017. Cette étude a montré que le maïs cultivé au Québec démontrait un taux de récupération de

l’azote appliqué comparable et même supérieur à celui observé chez nos voisins du sud. Bien qu’il soit réconfortant de constater que notre système de production de maïs semble aussi performant à récupérer l’azote appliqué que nos voisins américains, la notion de récupération de l’azote ne devrait pas constituer la seule manière d’évaluer la performance de notre système de production. En effet, l’azote le plus efficace est celui que l’on n’applique pas, tout en obtenant le meilleur rendement économique. La fertilité d’un sol ne se limite pas à la seule fertilisation qu’on lui apporte. Les rotations et les espèces qui sont ensemencées peuvent jouer un impact important sur les besoins en azote de la culture suivante, et particulièrement si cette culture est le maïs. Voici un exemple québécois fort éloquent. Suite à une production de blé sur une parcelle en 2016, différentes espèces végétales (vesce, trèfle, pois, radis) ont été ensemencées à la dérobée, puis enfouies. En 2017, des doses croissantes d’azote ont été appliquées au maïsgrain selon des essais bien structurés au champ. Les doses économiques optimales en azote ont été évaluées pour chaque espèce. Pour le précédent de blé sans culture dérobée, la dose économique optimale a été de 200 kg N/ha pour un rendement de 13,7 t/ha. Toutes les espèces introduites à la dérobée suite au blé ont permis de réduire les besoins en azote. Les doses économiques optimales ont varié de 0 à 161 kg N/ha selon l’espèce en dérobée pour des rendements variant de 13,6 à 15,2 t/ha. Il semble donc que l’intégration d’espèces végétales autres que les grandes cultures

typiques de la Montérégie (blé, soya ou maïs), aient eu des effets bénéfiques sur les besoins en azote du maïs. Les effets bénéfiques des cultures en dérobée ne peuvent pas être associés uniquement à leur apport en azote au maïs car elles ne contribuent vraisemblablement pas à apporter de 40 à 200 kg N/ha. La fertilité d’un sol ne se limite donc pas uniquement aux quantités d’azote apportées par le producteur ou à une équivalence en azote des plantes intégrées en intercalaire ou à la dérobée. En effet, d’autres phénomènes associés à une présence diversifiée de cultures ont sans doute des impacts bénéfiques sur les composantes du sol. L’importance de ces phénomènes agronomiques est souvent sous-estimée sur la productivité de nos systèmes agricoles.

Pensez aux céréales d’automne! YVAN FAUCHER, AGR.

18 - Jeudi 20 septembre 2018 - Gestion et Technologie Agricoles

Conseiller en grandes cultures MAPAQ Montérégie

Au Québec, nous observons un regain de popularité pour les céréales d’automne. En effet, les superficies ensemencées de blé d’automne au Québec sont à la hausse depuis plusieurs années passant de 4 200 ha en 2011 à 20 500 ha en 2018 (Statistiques Canada,Tableau : 32-10-0359-01). Pourquoi cet engouement? Les céréales d’automne constituent la culture de rotation idéale et les bénéfices économiques, agronomiques et environnementaux sont nombreux : • rendement en grain et en paille supérieur au blé de printemps; • augmentation de la marge sur coûts variables pour l’ensemble de la rotation; • couverture du sol durant l’hiver et diminution de l’érosion; • amélioration de la structure du sol; • récolte plus hâtive permettant les travaux d’automne sur sol plus sec;

• meilleur contrôle des mauvaises herbes; • et beaucoup d’autres encore. Il est temps, en ce moment, de penser au semis qui arrive bientôt. Voici quelques points à considérer avant de semer : • La date de semis a un impact sur le rendement et la survie à l’hiver. En Montérégie, par exemple, on sème du blé d’automne en septembre, avec possibilité de semer jusqu’à la mi-octobre. • Pour obtenir une survie à l’hiver maximale, il faut choisir un champ ayant une bonne santé de sol générale et possédant un bon égouttement de surface afin de faciliter l’évacuation de l’eau, principalement lors de la fonte des neiges. Les sols ayant une bonne infiltration de l’eau donneront aussi de meilleurs résultats. • Il existe plusieurs choix d’espèces de céréales d’automne (blé, seigle, triticale et épeautre). Votre décision sera en fonction des marchés potentiels et des qualités agronomiques des cultivars. Des essais de seigle hybride ont eu lieu cette année dans plusieurs régions du Québec et cela semble prometteur : marché potentiel, excellent rendement et bonne tenue. La survie à l’hiver demeure le principal frein au développement des cultures

d’automne. On assiste souvent à une combinaison de facteurs lors de la mortalité des cultures d’automne. Il est cependant possible pour vous de prendre les décisions qui s’imposent pour minimiser les risques de mortalité hivernale. Si vous semez une céréale d’automne dans le but de faire des travaux de nivellement ou de drainage après la récolte, il y a de bonnes chances que le champ choisi ne possède pas les qualités requises pour que la culture « passe l’hiver ». Il y aura toujours un risque de mortalité hivernale. Consultez vos conseillers et faites le saut. Vous verrez que le risque en vaut la chandelle.

Vous voulez en savoir plus? Un nouveau guide, offert par le Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ), offre des informations détaillées sur les céréales d’automne : « Céréales d’automne - Guide de production ». Il est présentement en impression et sera disponible début septembre. Ce guide reflète l’intérêt suscité depuis quelques années à mieux comprendre les cultures d’automne et permettra d’outiller les conseillers, intervenants et producteurs dans la prise de décision face à ces cultures.


Doit-on installer un drain dans un fossé? BRUNO GARON, ING.

Conseiller en machinisme agricole et conservation des sols MAPAQ Montérégie

Lors des tournées de la Caravane Santé des sols, on nous pose souvent la question : doit-on installer un drain dans un fossé ou à côté? Bien que la réponse semble claire pour plusieurs intervenants, il y a lieu de s’interroger davantage pour y répondre adéquatement.

Peut-on boucher les fossés?

On ne peut pas boucher toutes les raies ou tous les fossés avec pour objectif de drainer sa terre agricole. Le sol dans les fossés contient de fortes concentrations de fines particules qui sont imperméables et instables. Certains producteurs, qui ont installé ce genre de drainage, ont été satisfaits de leur installation lors de la première et de la deuxième année. Par la suite, de fines particules sont venues sceller le tout et l’efficacité du drain en a été de beaucoup diminuée. Au prix que coûte un projet de drainage, vous ne souhaitez certainement pas recommencer dans deux ans! Un drain doit être recouvert d’au moins 70 cm de terre. Dans le cas contraire, il y aurait de fortes chances que le drain soit écrasé par une machine trop lourde. De même, certains petits animaux pourraient s’installer à l’intérieur d’un drain situé dans un fossé. Il faut aussi savoir que 60 % de

l’eau pénètre en-dessous d’un drain souterrain. L’eau ne pourrait donc pas pénétrer adéquatement dans ce type d’installation qui est pratiquement imperméable. Voilà donc d’autres arguments pour ne pas installer de drains à cet endroit.

À quoi servent les fossés?

Les fossés servent à bien évacuer l’eau de surface. Ce sont des bassins de stockage de l’eau. Si vous bouchez tous vos fossés pour augmenter la surface de votre terrain, vous risquez d’importants problèmes d’inondation lors de la présence de plus forts volumes d’eau (pluie, fonte de la neige). De même, n’oublions pas que les fossés sont des bassins de sédimentations. Ils captent les particules de sol et diminuent les risques que ces particules se retrouvent dans les rivières et les lacs. Vous persistez malgré tout avec l’idée d’installer un drain dans un fossé? Vous devrez demander à un professionnel d’évaluer les volumes d’eau qui transitent par votre terrain. Cette évaluation vous permettra de savoir si vous devez installer un bassin de rétention. Vous devrez aussi obtenir une évaluation de la granulométrie du sol pour la couche de 30 cm qui se trouvera au-dessus du drain, ce qu’on appelle le « D85 ». Cela permet de connaître le type d’enrobage nécessaire autour des drains. Compte tenu de ce qui précède, vous vous demandez peut-être : « alors, comment peut-on évacuer l’eau de surface? » Il est préférable de conserver un bassin de sédimentation et/ou de creuser des tranchées filtrantes dans un

fossé aux bons endroits. On relie ensuite ces tranchées à un drain de bon diamètre qui n’est pas installé dans le fossé. Vous devez faire évaluer par un professionnel la grosseur que devra avoir ce drain; il est possible qu’il doive être plus gros que de 10 centimètres. Vous ne devrez pas circuler sur la tranchée filtrante, ni y mettre de terre. Cette situation sera désagréable pour le passage de votre machinerie, mais c’est le prix à payer pour une efficacité optimale. Prévoyez aussi de bonnes structures de captage de l’eau de surface pour augmenter l’efficacité de votre système. Pour réussir un drainage souterrain efficace de votre terre agricole, exigez la réalisation d’un plan de drainage dans lequel seront calculés le déplacement de l’eau souterraine et le mouvement de la nappe phréatique. Installez seulement le nombre de drains qui sont nécessaires et pas plus. Sinon, il y aurait un risque de manquer d’eau par la suite. En résumé, il est préférable d’installer un drain, d’une dimension appropriée, à côté d’un fossé, dans un sol avec une belle structure. Il faut relier ce drain à des structures de captation situées à des endroits stratégiques aux points les plus bas du terrain. Pour plus d’information, consultez le Guide de référence technique en drainage souterrain et travaux accessoires sur le site du Centre de référence en agriculture et agroalimentaire du Québec (CRAAQ) au https://bit.ly/2PPyDIe. Vous pouvez aussi vous renseigner sur les structures de captation et les tranchées filtrantes sur le site d’Agri-Réseau au www.agrireseau.net.

Qu’est-ce que la Caravane Santé des sols? C’est une équipe de trois conseillères et conseillers du ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation qui fait le tour de la province pour former et informer les productrices et producteurs agricoles sur différents aspects liés à la santé des sols : profils, perméabilité, drainage, vie dans le sol, stabilité structurale, balancement du tracteur et ajustement de la pression des pneus.

L’union fait la force Des thèmes récurrents dans les PDZA

ÉVELYNE VOULIGNY Conseillère en aménagement et développement rural MAPAQ Montérégie

cièrement la réalisation de projets de développement dont l’impact dépasse les limites d’une seule MRC.

Des projets concrets sur la table

Finalement, quels sont donc ces projets que nous aurions intérêt à mener à bien ensemble? Aux termes de la rencontre de mars dernier, trois d’entre eux ont suscité l’adhésion d’un plus grand nombre de partenaires : 1) la mise sur pied d’une stratégie régionale de promotion des entreprises et des produits agricoles, 2) la conception d’une campagne de sensibilisation relative à la cohabitation harmonieuse et 3) la caractérisation et la mise en valeur des friches. Des comités ont été formés et les travaux

sont en cours. Déjà, on est à même de constater que la collaboration est au rendez-vous. En plus des MRC et du MAPAQ, d’autres organisations telles l’UPA, Tourisme Montérégie et Expansion PME ont levé la main quand est venu le moment d’identifier les partenaires. Leur leitmotiv? S’associer et agir pour répondre à des priorités régionales de développement et générer des retombés qui profiteront aux citoyens, à la relève et aux entreprises agricoles. 1 Une MRC a adopté un document de plani-

fication de la zone agricole qu’elle n’a pas nommé PDZA. Dans le cadre de cet article, nous ne ferons aucune distinction pour simplifier la formulation.

Gestion et Technologie Agricoles - Jeudi 20 septembre 2018 - 19

Quels projets aurions-nous intérêt à mener à bien ensemble? Voilà la question que se sont posée les conseillers en développement agroalimentaire des MRC de la Montérégie lors d’une rencontre d’échange tenue en mars dernier. Une question simple en apparence, mais qui nécessite qu’on s’y attarde. Depuis quelques années déjà, les MRC adoptent des plans de développement de la zone agricole (PDZA)1 que chacune s’applique à mettre en œuvre. Des PDZA qui, à plusieurs égards, trouvent écho entre eux. Mais pourquoi réaliser chacun de son côté des actions quand on pourrait se doter de stratégies ou d’outils communs pouvant servir les intérêts de tout un chacun? Peut-on contribuer au développement agricole et agroalimentaire à l’échelle locale par le biais d’une intervention concertée à l’échelle de la région?

Depuis 2010, treize MRC ou agglomération de la région ont adopté un PDZA par lequel elles ont déterminé les possibilités de développement des activités agricoles et agroalimentaires sur leur territoire. Pas moins de 359 actions ont été inscrites. L’analyse et la catégorisation de celles-ci nous amènent à constater qu’elles visent à atteindre des objectifs assez similaires d’une MRC à l’autre. À un point tel que certaines catégories rejoignent 7, 8, et même 10 MRC! De toute évidence, les MRC de la Montérégie partagent des visées communes. Dès lors, si le développement et le déploiement à l’échelle locale sont tout à fait appropriés pour certains projets, d’autres commandent de se questionner sur les bénéfices d’un travail concerté à l’échelle régionale. Car l’association peut être avantageuse : projet plus poussé, partage des coûts, des ressources humaines et de l’expertise, etc. Qui a dit que chacune des MRC devait réinventer la roue ? D’autant plus que cette volonté de mettre en œuvre des actions mobilisatrices est sans contredit dans l’air du temps. Des programmes comme le Fonds d’appui au rayonnement des régions et Territoire : priorités bioalimentaires du MAPAQ soutiennent finan-


GRANDES CULTURES

Du semis direct bio? LOUIS ROBERT, AGR., M. SC. MAPAQ Montérégie

20 - Jeudi 20 septembre 2018 - Gestion et Technologie Agricoles

Des producteurs d’avant-garde se confrontent parfois sur le plan de l’idéologie. Les uns, adeptes de la technique du semis direct, s’offusquent du fait que le secteur bio s’approprie l’exclusivité (par la certification) de LA recette pour produire des grains dits sains et sans risques environnementaux. Ils osent s’afficher ainsi (par les labels et le marketing), tout en engrangeant des revenus enviables grâce à une importante valeur à la tonne. Les autres, producteurs certifiés bio, critiquent la dépendance des premiers aux intrants de synthèse et les accusent de contaminer non seulement l’environnement mais aussi leurs récoltes, sujettes à des normes strictes, tout en supportant à eux seuls les coûts associés à la préservation de la pureté de leurs sols et cultures. En réalité, il n’y a pas de système parfait. Il y a plutôt des productrices et des producteurs agricoles soucieux de perfectionner toujours davantage leurs façons de faire. Les uns comme les autres sont des pionniers, chacun de leur secteur. Ils arrivent à réduire, de façon parfois spectaculaire, leurs coûts de machinerie, de carburants, d’engrais, etc.,

Photos Louis Robert, MAPAQ

tout en augmentant leurs rendements. Ils ont mis en place des systèmes de culture extrêmement performants; des modèles que l’on tente de faire connaître et de reproduire sur un plus grand nombre de fermes. Au-delà de leur divergence idéologique, un examen plus approfondi des deux modes de production, à première vue contradictoires, révèle en fait une convergence frappante sur le plan agronomique. Les deux courants évoluent vers un système de « semis direct bio ». Ils se heurtent dans cette démarche à un même talon d’Achille : le contrôle des adventices (« mauvaises herbes »).

La prochaine étape vers la mise en place d’un système de semis direct (« SD », qu’on connaît en anglais sous le terme « NT » pour « no-till ») bio sera pour les uns de trouver les moyens de réduire l’utilisation de glyphosate, alors que pour les autres ce sera la réduction du travail du sol. Remarquez que cette étape n’est insurmontable ni dans le système SD conventionnel, ni pour l’agriculture bio. Ces nouvelles méthodes de contrôle des adventices, peu importe le cadre de production, apporteront des avantages agronomiques (réduction des pertes de rendement dues aux adventices) des bénéfices environnementaux et économiques. Et il y a fort à parier qu’autant dans le cadre de la production bio que dans le SD, cela se réalise en intégrant des espèces ou des mélanges de cultures de couverture plus compatibles avec les conditions propres à l’entreprise : cultures principales, rotation, climat, sol, etc. Quelques entreprises québécoises sont déjà à mettre en place un tel système. Par exemple, nous sommes passés de la rotation binaire maïs-soya avec labour (intenable sur le long terme comme en fait foi l’évolution du rendement de soya) à une rotation de trois cultures principales et de deux cultures de couverture sur trois ans : maïs - [seigle d’automne] – soya – blé d’automne [trèfle]. Une des difficultés reste la validation du système. Compte tenu de la nature et de la complexité des écosystèmes agricoles, il demeure extrêmement difficile pour un producteur de juger de la performance d’une nouvelle rotation ou d’un nouveau mélange de cultures de couverture sur la base d’un essai ponctuel. Les populations d’adventices, incluant les banques de semence dans le sol, ne réagissent en effet que sur le plus long terme. De nombreux travaux de recherche ont en effet démontré qu’il faut souvent

attendre trois ou quatre cycles de la nouvelle rotation avant de commencer à voir ses effets réels sur la pression et la composition des communautés d’adventices. Voilà une des raisons pour lesquelles les essais faits dans un cadre de recherche rigoureux sont incontournables. Même s’ils ne peuvent (et ne doivent) produire des recettes à transposer telles quelles sur des entreprises agricoles, ce n’est que dans ce cadre que l’on peut stabiliser un tant soit peu les nombreux autres facteurs pouvant interférer et confondre notre lecture des effets des cultures de couverture sur la pression des adventices. À titre d’exemple, on se demande comment intégrer le seigle dans le maïs. Doit-on le semer plus tôt, au stade V8-V9, ou pas? Autre exemple : on ne réussit pas toujours à bien établir le blé sous un couvert de soya. Pourquoi alors ne pas choisir un cultivar de soya hâtif et semer dès la récolte prise? Ou encore : on veut vendre la paille et ne pas trouver de trèfle dedans. Pourquoi ne pas semer du trèfle incarnat? Son mode de croissance rampant évite ce genre de problème. Il est détruit par l’hiver dans une large mesure. Ce sont là des questions et des pistes de solution à explorer lorsqu’on cultive en semis direct. Plusieurs projets de recherche évaluent présentement les effets à long terme de certains mélanges de cultures de couverture sur la pression exercée par des adventices persistantes dans les rotations maïs-soya-blé. On sait déjà que les mélanges produisent plus de biomasse que les semis purs, et que l’effet répressif sur les adventices est souvent proportionnel à la biomasse. On ne peut qu’être confiants de voir dans les prochaines années, sur nos entreprises agricoles, des systèmes de semis direct qui seront bio et performants.


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ÉLIANE PROVOST

Répondante en formation agricole

22 - Jeudi 20 septembre 2018 - Gestion et Technologie Agricoles

Depuis plusieurs années, le Collectif en formation agricole de la Montérégie propose de plus en plus de cours en lien avec la transformation alimentaire. Dans une optique de diversification, plusieurs producteurs agricoles transforment euxmêmes leurs produits. Grâce aux formations suivies jusqu’à maintenant avec nous, ils produisent maintenant eux-mêmes leurs fromages, bonbons à l’érable, confitures, alcool et même leur pain. L’Institut de technologie agroalimentaire propose une quarantaine de formation sur la transformation de la viande, du lait, des alcools, des fruits et des légumes.

L’ITA a ajouté des cours sur la lactofermentation, la microdistillation avancée et le brassage de la bière. Parcours Formation fait une nouvelle offre de cours sur la fabrication artisanale de pains, de fromages et de savons. Au Centre-du-Québec, la formation sur l’hygiène et la salubrité alimentaires sera proposée à quelques reprises à Drummondville, Nicolet et Victoriaville. La formatrice, Michèle Bédard donnera sa formation sur la transformation des produits de l’érable dans son érablière à L’Avenir. Denis Fontaine, une nouvelle recrue, donnera une formation sur l’utilisation de la sertisseuse à Nicolet. Nos maisons d’enseignement ont tous les équipements pour recevoir les étudiants et les formateurs peuvent répondre à vos questionnements et interrogations. Vous pouvez consulter l’offre de formations en transformation alimentaire complète au www.uplus.upa.qc.ca. N’attendez plus, osez transformer vous aussi!


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24 - Jeudi 20 septembre 2018 - Gestion et Technologie Agricoles

Gestion et technologie agricoles - Septembre 2018  
Gestion et technologie agricoles - Septembre 2018  
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