Nuit et brouillard à Mauthausen
Christian Buiron
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Nuit et brouillard à Mauthausen
Ses études achevées, Prosper Baptiste surnommé Pépel, intègre en 1939 la Banque Populaire à Mâcon. En 1943, sa conscience professionnelle lui fait prendre une décision lourde de conséquences qui perturbe le très fructueux commerce du vin avec les nazis.
Dénoncé, menacé et traqué sur les deux rives de la Saône par le régime de Vichy et les nombreuses officines qui sèment la terreur à Mâcon, il doit se cacher à Manziat dans l’Ain chez son frère résistant, un des acteurs de l’opération “AIGLE pour la première belle nuit”. Il est arrêté et contraint de partir en Allemagne.
La traque se poursuit jusqu’à Hirschberg où il est accusé de faire partie du réseau de résistance “FFI 667” dans les Kommandos de la région.
Après les interrogatoires de la Gestapo, il est déporté au camp de concentration de Gross-Rosen en Pologne. Devant la progression des troupes russes, il est transféré au camp d’extermination de Mauthausen en Autriche.
Nuit et brouillard à Mauthausen se déroule pendant les premières années d’occupation dans la région mâconnaise où les patriotes affrontent les Allemands et le régime de Vichy : communistes, juifs, francs-maçons et résistants redoutent “la milicienne sanglante” autant que les nazis. Un voyage sans retour de Mâcon à Bourg-en-Bresse, de Hirschberg à Gross-Rosen et Mauthausen.
12 €
Le
Et
TABLE DES MATIÈRES
I DANS LE SANITÄTSLAGER 4 II FATUM 1939 7 III OMBRES NOIRES 11 IV DILEMME 23 Pris
dans la nasse Conciliabule sous les étoiles
choix de Neptune
Résistance V INHUMANITE 51
milicienne sanglante
667
Gross-Rosen Mauthausen VI ET MAINTENANT 76 À LA RECHERCHE DE LA VÉRITÉ 78 Glossaire et sigles 87 Sources et indications bibliographiques 89 Remerciements 92
la nasse se referme
Hirschberg La
FFI
Interrogatoires
I. DANS LE SANITÄTSLAGER
Prosper Baptiste pense.
Suis-je endormi ?
Suis-je éveillé ?
Suis-je réveillé ?
Les yeux fermés.
Il fait noir.
Je suis dans le noir.
Les yeux ouverts.
Il fait noir.
Le même noir.
Il n’y a pas de différence.
La nuit.
Le brouillard.
Suis-je encore vivant ?
Suis-je déjà mort ?
Je pense.
Je pense toujours.
Je sens mon cœur battre.
Il bat encore.
Très faiblement.
Mais il bat.
Je respire.
Difficilement.
Quelques bruits étouffés.
Suis-je devenu sourd ?
J’ai pris tant de coups.
Depuis si longtemps.
Ils m’ont détruit.
Mais pas brisé.
Comment ai-je tenu ?
Longtemps !
Encore !
Des mots pour espérer un toujours.
Qui n’est plus possible.
Pourquoi ?
Comment est-ce possible ?
Personne ne saura ?
Comment peut-on imaginer ça ?
Cent vingt et un jours.
Cent vingt et un jours interminables.
La faim.
Le froid.
La torture.
Les coups.
Les maladies.
Les poux.
La violence.
Les vols.
La trahison.
La délation.
Plongée dans l’inhumanité.
Sans espoir de remontée.
Je sens.
On me touche,
On me prend.
On m’emmène.
Il fait plus froid.
Je suis dehors.
Je quitte le Sanitätslager.
Il fait toujours noir. …
Le soleil ne se lève pas à Mauthausen.
Nacht und nebel.
Nuit et brouillard.
Il fait moins froid.
On me jette à terre.
Je ne suis pas seul.
Je sens d’autres corps.
Inertes.
Quelques signes de vie.
Je respire.
Avec difficulté.
De plus en plus mal.
Je suis dans la chambre à …
“Je suis au gaz”.
Je sens mon cœur ralentir.
Il cesse de battre.
C’est fini ?
…
Non. Je pense.
Je pense toujours.
Un jour, Mes pensées…
J’espère.
Ni nuit, Ni brouillard.
Mauthausen, 22 avril 1945