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CHAMPIGNY DANS LA TOURMENTE Société d’Histoire de Champigny-sur-Marne

Maison des Associations — 19 rue du Monument 94500 CHAMPIGNY-SUR-MARNE

LES CAMPINOIS ET LA SECONDE GUERRE MONDIALE

Réalisation : Société d’Histoire de Champigny (SHC) ;

avec le concours des Archives communales de Champigny (AC Champigny), du Musée de la Résistance nationale à Champigny (MRN), des Archives départementales du Val-de-Marne (AD Val-de-Marne), du Mémorial de la Shoah

et des personnes qui ont accepté de témoigner ou de prêter leurs archives ; avec le soutien de la Ville de Champigny-sur-Marne. Conception : Éric Brossard — Graphisme : Olivier Umecker / avril 2015


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LA MÉMOIRE DE LA SECONDE GUERRE MONDIALE À CHAMPIGNY Q Cortège accompagnant les corps de quatre résistants campinois fusillés au Mont-Valérien transférés au cimetière de Champigny, 2 décembre 1944 (coll. AC Champigny). Vue prise depuis le pont du chemin de fer au-dessus de la route nationale, vers la mairie. Les quatre résistants sont : Auguste Taravella, Pierre-Marie Derrien, Jean Savu, Maurice Pirolley.

Le Conseil municipal rend hommage à la Résistance

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Dès les mois qui suivent la Libération, Champigny rend hommage à ceux qui ont combattu ou qui sont tombés pour que la France et la commune soient libérées. Les corps de résistants fusillés sont transférés de leur lieu de sépulture provisoire au cimetière de Champigny, des plaques sont apposées pour rappeler le souvenir des morts de la Libération.

En 1985, le Musée de la Résistance nationale s’est installé à Champigny. Il est devenu l’un des principaux lieux de conservation et de valorisation des archives de la Résistance intérieure, multipliant les partenariats avec les institutions et les établissements équivalents français et étrangers.

Depuis la fin de la guerre, les jours anniversaires de la libération de la ville, de la libération des camps de la mort et de la capitulation nazie, les anciens résistants, prisonniers de guerre ou déportés ont rappelé devant le monument aux morts et les diverses plaques commémoratives la mémoire de leurs camarades disparus, voulant transmettre aux jeunes générations le sens de leur sacrifice. Ces commémorations ont pris un éclat particulier à l’occasion du 50e anniversaire.

Aujourd’hui, le souvenir de la Seconde Guerre mondiale est très présent dans le paysage campinois. De nombreuses rues et de nombreux bâtiments publics de la commune portent le nom de figures locales et nationales qui se sont distinguées alors que Champigny, comme la France et le monde, était dans la tourmente.

Séance du 15 octobre 1944 Nouvelles dénominations de voies Le Conseil : Pour perpétuer le souvenir des personnes qui ont rendu et qui rendent de grands services à la Nation, et de celles qui, ayant agi en bons Français ont été fusillées ou martyrisées par les troupes allemandes d’occupation ; Vu l’avis de la commission des Affaires municipales ; Décide : que la Rue des Acacias sera dénommée Rue Maurice Pirolley Rue des Varennes Rue Pierre-Marie Derrien Rue du Tremblay Rue Jean Savu Rue des Ecoles Rue Auguste Taravella l’Avenue du Bocage Avenue André Dreyer Rue du Petit Joinville Rue René Damous l’Avenue de Ferrières Avenue Jack Gourevitch l’Avenue Henriette Avenue Paul Venzac l’Avenue de l’Hippodrome Avenue Pierre Brossolette le Boulevard de la Gare Boulevard Gabriel Péri la Rue des Ormes Rue Lieutenant Ohresser la Rue de Bonneau Rue Guy Mocquet [Môquet] la Route de Villiers Av. du Général de Gaulle le Boulevard de Nogent Boulevard Stalingrad le Boul. Pierre Champion Boulevard des Alliés l’Avenue de Provins Avenue Marx Dormoy la Rue des Bas Pendants Rue [Alexandre] Fourny la Rue des Roches Rue Vinçon Qu’il y a lieu de rétablir les dénominations suivantes Avenue Pétain Avenue Roger Salengro Rue des Sapins Rue Henri Barbusse Rue de Brétigny Rue Matteotti […] Séance du 13 novembre 1946 Changement de dénomination des voies Le Conseil : Considérant qu’il y a lieu de perpétuer le souvenir des personnes qui ont rendu de grands services à la Nation et de nos héros tombés pour la libération de Paris ; Décide : que L’Av. Marie Louise sera dénommée Av. Paul Bélanjon L’Av. Hélène Av. Jean Bos L’Av. Alexandrine Av. André Kalck L’Av. Léa Av. Victor Coupé La Place de l’Étoile Place de la Résistance

Q Logo officiel de la commémoration du 50e anniversaire de la Libération de Champigny (coll. SHC).

Q Registres des délibérations du Conseil municipal de Champigny (coll. AC Champigny).

Q Inauguration du Musée de la Résistance nationale, 11 mai 1985 (coll. MRN). Le musée s’est installé dans une maison mise à disposition par la Ville de Champigny. Une exposition permanente et des expositions temporaires permettent au public de découvrir une partie de ses collections, estimées à plus de 500 000 documents. Le musée et ses collections sont placés sous le contrôle des Musées de France et des Archives de France.

Q Drapeau de la section de Champigny de Libération-Nord (coll. MRN).

Q Commémoration de la Libération à Coeuilly, années 1960 (coll. particulière). Réunis devant le monument du lieudit La Source, rendant hommage aux victimes de la Libération : Madeleine Bos, Voltaire Pâques, Marcel Puissant et Raoul Carrière, membres du groupe FN 25 de Coeuilly. Q Cartes postales éditées à l’occasion du 50e anniversaire de la Libération de Champigny (coll. AC Champigny).


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LA FIN DE LA GUERRE QQQ

La Libération entraîne le rétablissement de la légalité républicaine : en septembre 1944, sur proposition du Comité parisien de la Libération, le préfet de la Seine nomme une délégation spéciale provisoire faisant fonction de conseil municipal, où les membres du Comité local de la Libération sont très présents ; en mars 1945, des élections municipales sont organisées, auxquelles les citoyennes françaises qui ont enfin obtenu le droit de vote participent pour la première fois.

QAvis du Comité local de la Libération concernant la prise d’arme de la compagnie Maurice Pirolley, 29 septembre 1944 (coll. AC Champigny). Maurice Pirolley est un des Campinois fusillés au Mont-Valérien. Une compagnie de l’Armée française composée pour l’essentiel de Campinois porte son nom. QPrise d’arme de résistants engagés dans l’Armée française avant leur départ au front, 1er octobre 1944 (coll. particulière).

QFiche de démobilisation de Raymond Gondelle, prisonnier de guerre, juin 1945 (coll. particulière).

La Libération ne signifie pas la fin des difficultés : les restrictions demeurent, malgré les progrès du ravitaillement, et la guerre dure encore plusieurs mois. À l’automne 1944, une partie des résistants campinois s’engage dans la Première Armée française et combat en France puis en Allemagne, jusqu’à la capitulation nazie le 8 mai 1945.

La libération vue par un travailleur requis de L’Air liquide L’usine Hermann Göring Werke et la ville de Linz subissent 24 bombardements de juillet 1944 au 30 avril 1945. A partir du mois de mars 1945, suite aux bombardements, la production de chars diminue fortement, puis s’arrête. L’usine est utilisée pour des travaux de modification ou de maintenance de matériel, notamment l’ajout de blindage sur des canons anti-aériens. La ville de Linz est atteinte par les troupes américaines le 5 mai 1945 (en fait des soldats grecs, ce qui a nécessité l’intervention d’ouvriers grecs pour établir le contact). Après la libération, des déportés sont venus dans l’usine. Les plus mal en point sont conduits par les prisonniers de guerre et les requis du STO jusqu’à l’hôpital de l’usine (le Lazaret). Ils sont d’une maigreur très impressionnante pour les ouvriers français qui découvrent vraiment à ce moment l’horreur des camps de concentration. Les déportés les plus faibles sont alimentés progressivement : les PG ou les requis les nourrissent d’une cuillérée de lait toutes les heures. Un médecin est affecté au soin des déportés. Des soldats français s’occupent d’organiser les convois sanitaires.

Au printemps 1945, avec la victoire des armées alliées, les prisonniers de guerre, les requis du STO et les déportés survivants sont libérés. Les absents, comme on les a désignés, peuvent rentrer en France, mais combien de familles campinoises n’ont pas la joie de retrouver leurs proches, disparus dans les camps de l’Allemagne nazie.

La plupart des ouvriers de L’Air liquide sont rapatriés vers la France par avion (des bombardiers B51 non pressurisés) le 26 mai 1945. Ils atterrissent à Lille, partent en train pour Paris après un détour par Maubeuge. Jean Pastoukoff passe une nuit dans un cinéma réquisitionné pour accueillir les rapatriés avant de pouvoir regagner son domicile. Témoignage de Jean Pastoukoff, recueilli en 2003 (coll. SHC)

QLa libération des camps de concentration en avril-mai 1945, évoquée dans l’ouvrage Historique des Transports militaires automobiles pour les populations civiles, 1946 (coll. MRN). Des Campinois du French Truck Group pénètrent dans le camp de Dachau dans les heures qui suivent sa libération. Les images publiées dans le livre mémorial de leur unité rendent compte de la situation dramatique qu’ils découvrent : des détenus squelettiques encore vivants se mêlent aux morts entassés ou laissés à l’abandon.

QCarte de rapatrié, émise par le ministère des Prisonniers, Déportés et Réfugiés, juin 1945 (coll. particulière).

QFiche de disparition de Dora Bring, avril 1947 (coll. particulière).


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LA LIBÉRATION QQQ

Champigny est le théâtre de combats plus ou moins violents du 22 au 27 août : les groupes de résistants, grossis de combattants recrutés récemment, notamment des jeunes, gênent les déplacements des troupes allemandes en retraite et tentent autant que possible de les attaquer et de faire des prisonniers, en prenant souvent de grands risques. L’arrivée des Américains emporte la décision, mais plus d’une quinzaine de Campinois sont tués durant ces journées. La Résistance a pris le contrôle de la municipalité : un Comité local de la Libération prend en charge l’administration de la commune et s’efforce de rétablir l’ordre.

QBarricade sous le pont de chemin de fer, 25 ou 26 août 1944 (coll. particulière).

La Comité local de la Libération de Champigny L'insurrection parisienne ne peut laisser la banlieue sans réaction. Des consignes précises sont diffusées par les responsables du Front national afin de s'emparer des mairies et installer des comités locaux de la Libération. Elles prévoient la méthode à suivre et le cadre légal à respecter : "Faire sortir sans aucune exception toutes les personnes se trouvant dans les locaux, personnels compris. Fermeture des portes et enceintes. (...) Exiger la démission de tous les membres du conseil municipal et nomination de la délégation spéciale, conformément à l'article 44 de la loi du 5 avril 1884." Dès le 18 août, la mairie de Créteil est occupée, celle de Saint-Maur le 19, celle de Joinville le 20. Le 22 août, c'est au tour de celle de Champigny. Des FTP armés investissent l'hôtel de ville. Le Comité local de la Libération déclare prendre en charge l'administration de la commune, "en exécution des ordres du Conseil national de la Résistance et du Comité parisien de la Libération", "en lieu et place du conseil municipal nommé par Vichy". Les responsables de Libération-Nord trouvent l'action prématurée. Le CLL est donc composé, dans un premier temps, principalement de représentants du Parti communiste, du Front national et d'organisations proches : Paul Amédée, dit Paulan, artiste dramatique, Parti communiste (PC) Raymond Biaudet, électricien, Union des Syndicats du Front national (UDS) Lucien Bril, caissier, Forces unies de la Jeunesse (FUJ) Emile Courtin, représentant, Front national (FN) Olga Kriegel, cloueuse, Veuves de Guerre (VdG) Guy Nervet, pharmacien, Ceux de la Résistance (CDLR)

Louis Pasquier, correspondant de la Banque de France, Prisonniers Charlotte Pirolley, sans profession, Union des Femmes françaises (UFF)

Le CLL élit en son sein Guy Nervet, président, Paul Amédée, vice-président, et Emile Courtin, secrétaire de la délégation spéciale mise en place provisoirement.

QAvis du comité local de la Libération, 25 août 1944 (coll. AC Champigny). La multiplication des barricades pouvant gêner la progression des troupes alliées, le CLL tente d’établir un semblant d’ordre. La barricade sous le pont de chemin de fer est, quant à elle, autorisée par le commandant local des FFI, le colonel Bourgoin.

Le 24 août, après de nouvelles négociations, Libération-Nord et le Parti socialiste acceptent d'entrer dans le CLL et désignent Robert Dorel et Jean Merlane pour les représenter. Puis les membres du CLL se répartissent les commissions dont les intitulés révèlent les préoccupations de l'instant : Etat-civil, réquisitions, ordres de mission : Guy Nervet Epuration (comité d'enquête) : Jean Merlane Ravitaillement général et transport : Paul Amédée, Marcel Puissant, Robert Dorel et Emile Courtin Rationnement, assistance, chômage : Lucien Bril Voirie : Raymond Biaudet Prisonniers : Marcel Puissant (qui remplace Louis Pasquier) Lait : Charlotte Pirolley Sanitaire, hygiène : Charlotte Pirolley, Olga Kriegel

Des jours étranges QAvis du Comité local de la Libération, fin août 1944 (coll. MRN).

Cette répartition des rôles reste virtuelle tant que la délégation spéciale n'a pas la possibilité d'agir pour imposer ses décisions. Le 24 août 1944, la légalité républicaine est théoriquement rétablie mais doit en pratique être reconquise dans la rue D’après les registres des délibérations du Conseil municipal, août 1944 (coll. AC Champigny).

« Les alertes devenaient de plus en plus fréquentes. Il n’y avait plus de moyens de transport, de gaz. On restait terré chez soi et on faisait cuire le peu de nourriture qu’on avait sur des réchauds bricolés dans des boîtes de conserves et qui brûlaient des boulettes de papier (j‘en ai confectionné plusieurs pour des voisins ou amis). […] « Un char tomba en panne à l’angle du boulevard de Nogent et de la rue Jules Guesdes. Je l’observais à travers les persiennes entrouvertes. Tandis qu’un soldat bricolait sur le char, un autre, arme au poing, montait la garde. Puis le char s’en alla sans incident… […] Dans les maisons, on fabriquait des drapeaux tricolores avec de vieux chiffons (je possède encore celui que cousut ma mère à l’époque). Des bruits contradictoires circulaient : « Les Allemands sont partis ! » (on attachait les drapeaux aux fenêtres) ; « Ils reviennent ! » (on enlevait les drapeaux…) […] « Le 26 ou le 27 août, les Américains arrivèrent. Ils défilaient rue Jean Jaurès, sur deux colonnes, d’un pas lent, avec des Jeeps et des camions entre les colonnes, portant les paquetages et le matériel. De loin en loin, un soldat parlait dans un talkie-walkie. Et la foule encombrait les trottoirs, acclamant nos libérateurs, souriants et décontractés. » Témoignage de Jean Hézard, rédigé en 1994 (coll. SHC).

QPassage de troupes américaines à Champigny, fin août 1944 (coll. AD Val-de-Marne).


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LA LIBÉRATION 5 août 1944, un attentat contre l’usine L’Air liquide à Champigny

QBombardement de la gare de triage de Villeneuve-Saint-Georges, 26 avril 1944 (coll. SHC). Photographie prise depuis la terrasse d’une maison de Coeuilly. L’insurrection parisienne se prépare à Champigny Le 17 août 1944, les principaux responsables FTPF de la Seine, de la Seine-et-Oise et de la Seine-et-Marne se réunissent au 146 ter rue de la Lande, à Champigny, dans l’abri d’un jardin appartenant à Monsieur et Madame Louvat, ouvriers du 11e arrondissement. Le colonel André (Albert Ouzoulias), commissaire militaire national aux opérations des FTPF, commandant en chef de toutes les unités FTPF de la région parisienne depuis juin 1944, est l’instigateur de cette réunion. L’urgence des décisions à prendre oblige à passer outre les consignes habituelles de prudence : une trentaine de personnes sont réunies dans un même lieu, alors que la norme était jusqu’alors de trois ou quatre au maximum. Parmi les présents à la réunion, se trouvent : le colonel Rochet (Young), responsable de l’inter-région VI (Paris et banlieue ouest et sud) ; le lieutenant-colonel Frogé (Rino Scolari) responsable de l’inter-région VI bis (Paris et banlieues nord et est) ; le lieutenant-colonel Ruaux (Le Dréan) pour la Seine-et-Marne ; le colonel Fabien (Pierre Georges), responsable de la banlieue sud immédiate ainsi que des compagnies d’élite.

La discussion porte sur la tactique à adopter lors de l’insurrection qui s’annonce. Les FFI considèrent qu’il faut prendre des bâtiments et en faire des réduits défensifs, ce qui sera fait avec la prise de la Préfecture de Police de Paris. Les FTPF réunis à Champigny décident de s’en tenir à la guérilla urbaine, tactique éprouvée qui leur semble la plus adaptée pour déstabiliser et désorganiser des forces supérieures en nombre et en matériel. Ce 17 août, dans une modeste cabane de jardin, les principaux responsables FTPF de la région parisienne lancent donc un appel à s’emparer de tout véhicule à moteur (voitures, camionnettes et camions), y mettre à l’intérieur et sur les capots des combattants et attaquer partout les convois et les voitures allemandes.

L’attentat vu par les résistants Le contact qu’avait la Résistance dans cette usine venait de signaler l’arrivée d’une très grosse commande pour les Allemands. Il fallait que l’usine éprouve des difficultés qui ne lui seraient pas imputées pour retarder le début de la fabrication. L’Air Liquide était alimenté en électricité par trois gros transformateurs placés à l’extérieur, dans de cabines contrôlées par l’Est Lumière. […] La meilleure façon de stopper la fabrication est de priver l’usine de courant électrique. Quelques jours parci, quelques jours par-là, ces retards conjugués avec les attaques et sabotages des trains et aux destructions de voies ferrées gênent considérablement l’ennemi. Hubert, Franklin et Novatin se sont portés volontaires pour faire sauter les trois transformateurs. Le procédé employé sera le plastic avec un crayon détonateur qui, cassé en fonction du temps que l’on désire mettre entre le moment du dépôt et celui de l’explosion, est facile à transporter et particulièrement efficace. […] L’opération aura lieu de nuit et le moyen de transport habituel sera la bicyclette. Silencieuse, celleci permet de se faufiler par les petites ruelles. Une mitraillette Sten, enroulée dans un sac à pommes de terre vide, est placée sur chaque porte-bagages, à l’avant de préférence. […] Nos trois compères évitent donc les grandes artères et débouchent près de l’usine, vers le chemin de halage. Ils posent leurs vélos contre un mur mais, avant d’aller plus avant vers les transformateurs, ils scrutent la nuit qui n’est pas, ce soir-là, très noire. Ils ne sont pas seuls. Deux « Hirondelles » [des gardiens de la paix cyclistes aux casquettes plates] du commissariat de Nogent ont considéré que, par cette douce nuit, les bords de Marne étaient plus agréables à fréquenter que les grandes avenues. […] Il faut donc couper court au dialogue des deux « Hirondelles ». Hubert prend son vélo en main, demande à Franklin et à Novatin de le couvrir et les trois hommes s’approchent des bavards.

- Dites voir, les gars, dit Hubert, il faut vous tirer de là parce qu’on a un petit boulot à faire .Pas un mot de plus. Trois contre deux, le compte n’est pas bon et les « Hirondelles » s’envolent. Les armoires sont facilement fracturées, le travail ayant été préparé l’après-midi par des « amis » travaillant à L’Air liquide. Le plastic est placé, les crayons cassés, les bicyclettes enfourchées. Il reste à appuyer sur les pédales, fort et vite. Une dizaine de minutes plus tard, deux explosions ébranlent le voisinage. Extrait du témoignage de Georges Boudais, rédigé en 2000 (d’après les récits de René Bourdais, son père, dit Franklin, et de Hubert Hureau, dit Hubert)

L’attentat vu par la Police A 0h25, un engin a fait explosion dans un transformateur appartenant à la Société Est-Lumière, avenue Victor Hugo à Champigny-sur-Marne, dans les dépendances de la société «L’Air Liquide». Les dégâts sont peu importants. (source : Archives de la Préfecture de Police de Paris, rapports hebdomadaires sur la répression des menées communistes, rapports des Renseignements généraux, semaine du 1 er au 7 août 1944) « Quai Victor Hugo, vers minuit, explosion dans une cabine appartenant à la Société «L’Est Lumière». Quelques dégâts à la cabine mais non sur les appareils électriques qui sont restés indemnes. Rue de Verdun, autre cabine de transformation. Un engin qui n’a pas explosé y a été trouvé. »

QFanion du commandant du groupe FN 25 (coll. MRN). La voiture réquisitionnée par ce groupe de résistant est identifiée par l’utilisation de ce fanion. La mention FFI rappelle l’unification des unités de la Résistance au sein des Forces françaises de l’Intérieur, même si le groupe FN 25 est par ailleurs lié aux FTP.

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A mesure que la pression des Alliés s’accentue et que l’éventualité d’un débarquement se précise, les groupes des Francs-tireurs et partisans (FTP) et des Forces françaises de l’Intérieur (FFI) sur Champigny intensifient leurs actions. Les résistants du Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France, de Libération-Nord, de Ceux de la Résistance, et sans doute d’autres organisations dont la présence à Champigny n’est pas connue, se préparent à l’insurrection générale. Après le débarquement du 6 juin 1944, on suit avec inquiétude et espoir la progression des troupes alliées vers la région parisienne. Le 17 août, les principaux chefs d’opérations des FTP de Paris et de la banlieue se réunissent à Champigny et se prononcent pour un soulèvement général.

(source : Archives de la Préfecture de Police de Paris, fonds thématique BA 1749, rapport du 5 août 1944)

D’après le témoignage d’Albert Ouzoulias, rédigé en 1994 (coll. SHC).

QBrassard de Raoul Carrière, du groupe FN 25 (coll. MRN). A la Libération, la Croix de Lorraine est devenue le symbole de la Résistance française, pour l’ensemble des forces qui la composent.

QBrassard d’André Mauny, du groupe campinois Honneur de la Police (coll. AC Champigny). André Mauny est membre du mouvement Honneur de la Police (HP), lié au NAP (Noyautage des administration publique) et au Mouvement de Libération nationale (MLN) mais, en août 1944, il est rattaché au groupe campinois Libération-Nord qui combat au sein des FFI. André Mauny dispose des deux brassards.

QRapport d’activité des groupements de Champigny (FTP, secteur 45) et de Coeuilly (FN, secteur 25), septembre 1944 (coll. MRN).


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LES DÉPORTÉS Quelques itinéraires de déportés des camps de concentration Albert Gustave ROSSE, né le 5 août 1919 à Paris (18e), demeure à Champigny. Il est déporté le 6 juillet 1942 pour Auschwitz, dans un convoi de résistants, dit « convoi des 45 000 » (du fait du numéro matricule qu’ils reçoivent à leur arrivée). En janvier 1945, il est transféré à Gross-Rosen, avec 12 autres « 45 000 », puis, en février 1945, à Flossenbürg, Kommando de Hersbrück (construction). Il est évacué à pied, le 8 avril 1945, sur Dachau où il arrive le 24 avril après une marche épuisante. Libéré le 29 avril 1945 par les Américains, il rentre en France. Henri VALLET, né le 4 mai 1893 à Ambernac (18), demeure à Champigny. Déporté le 23 janvier 1943 pour Sachsenhausen, il reçoit le matricule 58292 et est affecté au Kommando Heinkel (construction mécanique). Transféré à une date indéterminée à Bergen Belsen, il y décède le 15 juin 1944. Alphonse THIRY, né le 26 septembre 1888 à Paris (6e), est tourneur et demeure 144 route de Villiers à Champigny. Interné le 26 septembre 1942 à Pithiviers comme « indésirable », il est déclaré « libéré » le 2 décembre 1942 par la préfecture du Loiret mais est déporté le 17 janvier 1944 pour Buchenwald, matricule 40 259. Sa situation à la fin de la guerre n’est pas connue. Louis DUPRAT, est né le 20 juillet 1903 à Champigny. Il est déporté le 2 septembre 1943 pour Buchenwald, et est enregistré sous le matricule 20 518. Il parvient à survivre 20 mois au régime du camp et peut rentrer en France. Henri BOULA, est né le 31 mars 1922 à Joinville-le-Pont. Déporté le 4 juin 1944 pour Neuengamme, matricule 34 698, il décède le 1er avril 1945, suite aux mauvais traitements, à Sandbostel. QD’après les recherches de Jean-Pierre et Jacqueline Brossard

Des familles anéanties

QRoger et Rachel Morhaim (9 et 11 ans), déportés à Auschwitz le 11 février 1943 (coll. particulière).

La communauté juive de Champigny est durement frappée par les rafles et les arrestations individuelles. Certaines familles subissent de plein fouet la violence de la persécution. Chaïm Lerner est arrêté et interné à Beaunela-Rolande le 14 mai 1941. Il est déporté pour Auschwitz le 28 juin 1942. Sa femme, mère de trois enfants, est arrêtée, internée à Beaune-la-Rolande et déportée à son tour pour Auschwitz, le 5 août 1942. Ginette, leur fille, âgée de 10 ans, est internée à Pithiviers, après la déportation de sa mère, et déportée une semaine plus tard, le 21 août 1942. Albert et Jacques, nés en 1934 et 1935, échappent à la déportation. Ils sont les seuls survivants de la famille en 1945. Le 24 septembre 1942, Dora Bring est arrêtée. Son mari , le docteur Bring, se laisse prendre, sans doute dans l’espoir de rejoindre sa femme. Quand il arrive au camp de Drancy, le 25 septembre, Dora Bring vient de partir dans un convoi de déportation. Lui-même quitte Drancy le 29 septembre. Tous deux meurent à Auschwitz, sans doute dès leur arrivée. Leurs quatre enfants ont pu être cachés et pris en charge par des amis et sont vivants à la libération. Toute la famille Morhaïm, qui habite route de Villiers, est arrêtée le même jour et internée au camp de Drancy le 11 décembre 1942. Parents et enfants sont déportés pour Auschwitz le 11 février 1943. Aucun ne rentre vivant. Rachel M eyok as est dép ortée p our Auschwitz à l’âge de 15 ans le 30 juin 1944, avec son père et deux de ces frères. Elle sera la seule survivante en 1945. QD’après les recherches d'Angèle Saül et Eric Brossard.

Simone Lambre

QGisèle Claire M’Sallam (3 ans), déportée à Auschwitz le 30 juin 1944 (coll. particulière).

Née le 28 octobre 1888 à Orchies (Nord), Simone Lambre s’engage dans la Résistance et agit au sein du groupe FTP de Champigny. Elle est arrêtée en juillet 1943 à la suite d’une dénonciation. Le rapport rédigé par la police mentionne la découverte à son domicile « d'une ronéo et de 80 kg de tracts divers "d'inspiration communiste" ». Un autre rapport précise que « la femme Lambre hébergeait depuis plusieurs mois à son domicile deux juifs réfugiés dans l'illégalité : Gutmann, Salomon, réfugié russe, et sa femme, Gutmann, Hudès, d'origine polonaise, russe par mariage. »

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A Champigny, comme dans toute la France occupée, l’Allemagne nazie, avec la collaboration de l’État français, applique sa politique de répression et de persécution. Les camps de la mort sont la destination de beaucoup des victimes. Au moins 45 Campinois, hommes ou femmes, sont déportés en tant qu’opposants, résistants ou otages, vers les camps de concentration de Sachsenhausen, Buchenwald, Auschwitz, Mauthausen, Ravensbrück, Neuengamme, Dachau, etc. Contraints au travail forcé, ils tentent de survivre dans l’univers concentrationnaire. Au moins 112 Campinois, hommes, femmes et enfants, sont déportés en tant que juifs vers le camp d’extermination d’Auschwitz où presque tous sont assassinés dès leur arrivée. Ceux qui sont maintenus en vie partagent le sort des autres déportés, mais la survie des juifs est plus précaire du fait de l’acharnement des nazis à leur égard.

QD’après François Bédarida, Le nazisme et la génocide, Nathan, 1989.

Un Campinois à Mauthausen Mauthausen est un camp de concentration ouvert en 1938 après l’annexion de l’Autriche par l’Allemagne nazie. Ce camp est tristement réputé pour sa carrière à ciel ouvert. Chaque jour, les déportés doivent gravir les 186 marches d’un escalier abrupt, le dos chargé d’un bloc de pierre, sous la menace constante et imprévisible des coups. Arrivé en août 1944, Paul Borella tente de survivre, comme ses camarades de misère. Les maigres repas distribués aux détenus ne permettent pas de compenser les dépenses physiques nécessaires pour résister au travail éprouvant, au manque de sommeil, à la rigueur du climat. Un jour de septembre, lors d’un rassemblement, sur la place d’appel, Paul entend qu’on demande des maçons, des menuisiers, des serruriers et d’autres ouvriers du bâtiment capables de participer à la reconstruction d’une usine bombardée. Paul saisit l’occasion qui se présente pour échapper à une mort qui lui paraît inéluctable et se porte volontaire. Avec des Polonais, des Tchèques, des Italiens et quelques Français, Paul est transféré à Wiener-Neudorf, près de Vienne, qui dépend de Mauthausen. Les conditions de vie du Kommando sont moins dures que celles du camp central. Paul est employé à la remise en état de la toiture de l’usine et, comme ses compagnons, il travaille le moins possible, pour éviter de contribuer à l’effort de guerre de l’Allemagne et, surtout, pour ne pas s’épuiser physiquement, car rester en vie demeure difficile et pénible.

rités nazies ordonnent l’évacuation des camps. Le 1er avril 1945, les rescapés du Kommando de Wiener-Neudorf se mettent en route pour Mauthausen. Pendant près de deux semaines, les déportés doivent marcher, marcher sans cesse. Le 13 avril, la colonne des survivants parvient enfin à Mauthausen. Le camp est un mouroir. La famine règne alors que les magasins sont pleins de vivres. Une épidémie de typhus augmente le nombre des décès. Le 28 avril, des détenus sont rassemblés sur la place d’appel. Des costumes civils en mauvais état sont distribués. Paul doit revêtir une de ces loques. Il constate que les hommes qui s’habillent sont pour la plupart des Français et des Belges qui peuvent tenir debout plus ou moins bien. Leur nouvelle tenue endossée, les déportés doivent monter dans des camions qui ont été convoyés jusqu’au camp par la Croix-Rouge. Paul et ses camarades n’en reviennent pas : « On se tire ! ».

QAuschwitz (coll. Mémorial de la Shoah). La porte d’entrée du camp d’extermination d’Auschwitz II – Birkenau et les voies ferrées par lesquelles arrivent les convois de déportés juifs à partir du printemps 1944.

Et soudain, surgissant d’une de ces poitrines faméliques, s’élève La Marseillaise, reprise par tous ces affamés, par tous ces humiliés, par tous ces opprimés qui se remettent à croire et espérer. Paul chante avec les autres, étonné que les gardiens laissent faire sans réagir. Les véhicules démarrent, en direction de la Suisse. Paul et ses compagnons doivent leur liberté à un échange avec des prisonniers allemands, sous l’égide de la Croix-Rouge. Ils ont servi de monnaie d’échange.

Redoutant que les armées alliées ne découvrent l’étendue de l’enfer concentrationnaire et voulant D’après le témoignage de Paul Borella, recueilli garder sous la main une masse d’otages, les auto- en 1995 (coll. SHC).

Simone Lambre est internée pendant plus d’un an puis déportée le 8 août 1944 à Ravensbrück où elle décède le 27 novembre 1944. Après quatre mois d’internement, les époux Gutmann sont déportés à Auschwitz. Tous deux sont assassinés dans les chambres à gaz.

QMauthausen (coll. FNDIRP). La carrière et son escalier de 186 marches à proximité du camp de concentration.


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LA RÉPRESSION CONTRE LES RÉSISTANTS QQQ

Q Jean Savu (coll. particulière). Photographie prise en prison en 1943. Jean Savu Né le 11 juin 1904 à Montreuil, Jean Savu est ébéniste à Joinville et demeure rue Diderot à Champigny. Membre du Parti communiste, il intègre les FTP et participe à diverses actions. Arrêté le 23 juillet 1943 par la police française dans l’atelier d’Auguste Taravella, il est porteur d’un tract intitulé « Défense de la France » et de deux certificats de recensement en blanc. Interné à la prison de la Santé puis transféré à celle de Fresnes, il est condamné à mort le 15 octobre par le tribunal allemand et fusillé le 23 octobre 1943 au MontValérien.

Q Maurice Pirolley (coll. SHC). Photographie prise en prison en 1943. Maurice Pirolley Né le 23 janvier 1913 à Champigny-surMarne, il exerce la profession de couvreur et demeure 4 boulevard Aristide Briand à Champigny. Membre du PCF, Maurice Pirolley intègre les FTP et passe dans la clandestinité. Il s’engage dans la lutte armée et participe à plusieurs actions en banlieue parisienne, notamment sur Champigny. A la mi-août 1943, il prend la direction d’un groupe FTP, mais est arrêté le 22 août 1943 par la police française alors qu’il regagne son domicile campinois. Plusieurs armes à feu et des tracts communistes sont découverts lors de la perquisition à son adresse parisienne, boulevard Brune. Maurice Pirolley est interné à la prison de Fresnes et torturé. Condamné à mort par le tribunal allemand le 1er octobre 1943, il est fusillé le 6 octobre 1943 au Mont-Valérien.

Face à l’action de plus en plus efficace de la Résistance, les forces de l’ordre allemandes et françaises intensifient la pression sur les combattants de l’ombre. Des filatures sont organisées, afin de repérer les individus suspects, notamment ceux connus pour leurs activités politiques ou syndicales avant-guerre. Les personnes arrêtées sont interrogées brutalement afin d’obtenir des renseignements, leur domicile est perquisitionné. Les recoupements d’informations et les dénonciations obtenues le plus souvent sous la torture permettent aux polices allemandes ou françaises de faire tomber certains résistants : c’est le cas de Maurice Denis ou des membres du groupe FTP de Champigny. Les résistants arrêtés sont enfermés dans les prisons ou les camps d’internement. Certains passent devant un tribunal, français ou allemand, et la plupart sont condamnés à mort : plus d’une dizaine de Campinois tombent sous les balles des pelotons d’exécution, notamment au Mont-Valérien. Plus d'une quarantaine d’autres sont déportés vers les camps de concentration.

Q Fiche d’internement de Fernand Perotto à Pithiviers (coll. Archives nationales).

L’arrestation de Maurice Denis, instituteur campinois

Q Le fort du Mont-Valérien : porte d’entrée et clairière des fusillés (coll. MRN). Photographies prises après-guerre par Brassaï.

Q Lettre du Kreiskommandant de Nogent au maire de Champigny, 25 juillet 1942 (coll. AC Champigny). Le déclenchement de la lutte armée et la multiplication des attentats et des sabotages contre les troupes d’occupation depuis l’été 1941 conduisent les Allemands à intensifier la répression et à menacer directement l’ensemble de la population pour l’inciter à rompre tout lien avec la Résistance. Cette politique de terreur, menée avec la complicité des forces de répression françaises sous les ordres du gouvernement de Vichy, produit l’effet inverse : bénéficiant du soutien croissant de la population, la Résistance se renforce et se structure davantage, malgré les coups très durs qui lui sont portés.

« Un jour, un gardien de l’école vint avertir mon père que deux Allemands voulait voir Maurice Denis. Mon père leur fit répondre de revenir vers 16 heures 30, heure à laquelle M. Denis finissait son service. Mais les Allemands revinrent bientôt en compagnie du gardien et insistèrent. Une discussion s’engagea, mais en vain, et les Allemands repartirent avec M. Denis. Ils l’emmenèrent chez lui où ils firent une perquisition, sans rien trouver semble-t-il. Quand il était encore à l’école, M. Denis avait réussi à glisser quelques papiers au gardien qui les donna à mon père par la suite. Celui-ci brûla les documents compromettants dans la chaudière de l’école. » Témoignage de M. Kurtz, fils du directeur de l’école du Plant, recueilli en 1994 (coll. SHC)

Q La prison de Fresnes : vues intérieure et extérieure (coll. MRN). Photographies prises après-guerre par Brassaï.

Fernand Perotto

Maurice Denis

Né à Champigny en 1914, Fernand Perotto est coiffeur. Il entre dans la Résistance, au sein d’un groupe de FTP, en compagnie de Maurice Pirolley. Arrêté en 1942 par les Brigades spéciales, il est placé au dépôt à la Préfecture de Police et gardé par des Français. Fernand Perotto passe trois mois à la Santé. Jugé par la Cour spéciale, il tient tête aux magistrats. Le procureur réclame la peine capitale, mais Fernand Perotto est relaxé faute de preuves. Il est cependant interné au camp des Tourelles. Impliqué dans une manifestation de protestation contre les problèmes de ravitaillement et dans l’envoi de lettres adressées au ministre, il est transféré au camp de Rouillé, près de Poitiers, en octobre 1942. Fernand Perotto participe à plusieurs autres manifestations ainsi qu’à un projet d’évasion à l’aide d’un tunnel (il établit le relevé du camp grâce à une boussole). En avril 1944, il est transféré au camp de Pithiviers, dans le Loiret, qui a servi précédemment de camp d’internement pour les juifs. Hospitalisé à Orléans en mai 1944, il parvient à s’évader à l’occasion du désordre provoqué par le bombardement de la gare de triage des Aubrais. Après un périple de plusieurs semaines, il parvient à rejoindre Champigny en juillet et prend part aux combats de la Libération en août.

Né en 1904, à Troyes, Maurice Denis devient instituteur à l’école du Plant en 1928. Officier de réserve, il participe aux combats de 1940 au cours desquels il se distingue (il obtient la croix de guerre avec étoile de vermeil). En 1941, il entre dans l’A rmée des Volontaires, dépendante des Forces françaises combattantes, sous le pseudonyme d’« Adolphe ». Arrêté en janvier 1942 par la police allemande, il est emprisonné à Fresnes. Libéré puis de nouveau arrêté, il est interné au camp de Compiègne en août 1943. En septembre, il est déporté en Allemagne. Détenu au camp de concentration de Buchenwald, il est transféré à Dora en janvier 1944, puis à Sachsenhausen où il meurt en juillet 1944.


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LES REQUIS DU TRAVAIL OBLIGATOIRE QQQ

L’Allemagne nazie, engagée dans la guerre totale, a besoin de main d’œuvre pour remplacer ses travailleurs envoyés en masse sur le front. En France, elle fait pression sur le gouvernement de Vichy pour obtenir les hommes dont elle a besoin, faisant valoir un possible retour des prisonniers de guerre détenus en Allemagne. La Relève, qui ne concerne encore que les travailleurs volontaires, est un échec.

QOuvriers de L’Air liquide en Allemagne (coll. particulière). QAffiche « Jeunes, faîtes libérer vos aînés. Contribuez vous aussi à la Relève en exerçant un bon métier », 1942 (coll. MRN). La Relève est basée sur le principe de trois ouvriers volontaires pour travailler en Allemagne contre la libération d’un prisonnier de guerre. Malgré la promesse de salaires meilleurs qu’en France, les départs pour les usines allemandes restent limités.

La vie des travailleurs requis de L’Air liquide Les requis de L’Air liquide sont affectés à l’usine de construction de chars Panther Hermann Göring Werke à Linz, en Autriche, en cours de mise en route. A plein régime, cette usine qui associe la sidérurgie, la métallurgie et le montage emploie entre 30 et 40 000 personnes, toutes catégories confondues. Les ouvriers français doivent effectuer 12 heures de travail journalier : une semaine 12 heures de jour, l’autre semaine 12 heures de nuit, et 6 heures de repos le samedi afin de créer le décalage nécessaire pour le passage de l’horaire de jour à l’horaire de nuit. Les requis sont logés dans un ensemble de baraques, désigné sous le nom de camp mais sans clôture de barbelés. Ils doivent payer le loyer du logement qu’ils occupent et peuvent sortir du camp lors de leurs rares moments de loisirs. Ils peuvent fréquenter les cafés de Linz. Les ouvriers français ont accès à la cantine (ils doivent acheter des tickets) mais la nourriture est médiocre.

Les conditions de travail sont très éprouvantes. Dans un bâtiment d’une quarantaine de mètres de large sur une centaine de mètres de long, une quarantaine de postes de soudure sont installés. Les machines outils sont d’une technologie récente et performante. Il s’agit de souder des plaques de 40 millimètres. La fumée dégagée par les soudures incessantes rend la visibilité très faible : on voit à peine à trois mètres. Après les 12 heures de travail, les yeux des ouvriers sont très douloureux : tous passent devant l’infirmerie du camp et reçoivent d’office une goutte de collyre dans chaque œil qui les soulage à peine. Les ouvriers, français et de bien d’autres nationalités, sont surveillés par des contremaîtres autrichiens et allemands (les Meister). L’usine est gardée par les Werkschust : ce sont des vieux ou des mutilés de guerre. Ils ne sont pas très exigeants. En revanche, la police est présente dans l’usine (les ouvriers parlent de la Gestapo). D’après le témoignage de Jean Pastoukoff, recueilli en 2003 (coll. SHC).

Les requis peuvent correspondre avec leur famille en France, mais les lettres sont censurées : les passages jugés suspects sont rayés. Il est difficile de faire passer des nouvelles sur la guerre.

QAusweis de Jean Pastoukoff (coll. particulière). QLettre de L’Air liquide annonçant la réquisition de Jean Pastoukoff, 20 octobre 1942 (coll. particulière).

La loi du 4 septembre 1942, « relative à l’utilisation et à l’orientation de la main d’œuvre », met en place les cadres juridiques imposant la réquisition des travailleurs français, particulièrement des ouvriers spécialisés. A Champigny, le 20 octobre 1942, 38 jeunes ouvriers de l’usine L’Air liquide sont informés qu’ils doivent partir pour l’Allemagne. La loi du 16 février 1943 instituant le Service du travail obligatoire renforce les mesures de réquisition, en visant directement les jeunes de 20 à 22 ans. Les requis tentent autant que possible d’échapper au STO, d’abord dans l’improvisation puis avec l’aide de plus en plus efficace de la Résistance. La traque incessante aux réfractaires permet cependant à l’Allemagne d’obtenir plus de 650 000 travailleurs français. Plus de 300 Campinois sont reconnus comme des requis du STO après leur retour.

André Kalck Né le 17 février 1921 à Joinville-le-Pont, André Kalck demeure rue Anatole France à Champigny jusqu'en 1943. Pour échapper au STO, il se réfugie dans le Morvan et intègre le maquis de Saint-Brisson, dans la Nièvre, durant l'hiver 1943-1944. Dénoncé par un milicien de Saint-Brisson, le maquis se divise en petits groupes. André Kalck et cinq de ses camarades se réfugient dans la forêt de la Grange-en-Mont (Yonne). Un de ces maquisards se fait arrêter en mission et est exécuté sur place. Toujours en liaison avec SaintBrisson, ce petit maquis s'apprête à se déplacer mais il est repéré et cerné par les Allemands. André Kalck et trois autres maquisards sont arrêtés et internés à Auxerre. Le 15 mars 1944, les quatre hommes et d’autres détenus sont extraits de leurs cellules, sont conduits au champ de tir d'Egriselles et exécutés.


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LA PERSÉCUTION CONTRE LES JUIFS QQQ

Dès les premiers mois de l’Occupation, l’Allemagne nazie met en application sa politique de persécution antisémite. Dès 1940-1941, sur décision des autorités allemandes de zone nord, avec la complicité de l’État français, des mesures de recensement puis d’exclusion sont prises : les cartes d’identité doivent porter la mention « juif », les naturalisations sont remises en cause, les professions autorisées sont réduites, les possibilités de déplacement sont très limitées, etc.

QNomination d’un administrateur de biens pour l’« entreprise Bring » (coll. particulière).

QAffiche « Avis aux israélites », 26 septembre 1940 (coll. Mémorial de la Shoah).

Les Juifs de Champigny subissent ensuite les rafles : les étrangers sont les premiers visés. Dès la première organisée en région parisienne le 14 mai 1941, des Campinois sont arrêtés et internés au camp de Pithiviers ou de Beaune-la-Rolande dans le Loiret. Les arrestations se poursuivent sans interruption jusqu’en août 1944, facilitée par l’interdiction de changer de domicile et le port obligatoire de l’étoile jaune dès l’âge de 6 ans en juin 1942. Les familles tentent d’échapper à la traque méthodique et implacable. Certaines parviennent à se cacher avec la complicité de parents, d’amis ou de relations. Toutes cherchent à protéger au moins les enfants.

QÉtoile jaune (coll. MRN).

Les enfants cachés de la pension Bella Vista De mars 1942, pour les premiers arrivants, jusqu’à la Libération en septembre 1944, quinze enfants se sont fondus dans la masse des soixante autres pensionnaires de la pension Bella Vista, 15 rue de la Prévoyance à Champigny. L'établissement était dirigé par Mme Quinquet, aujourd'hui disparue. Pour ces enfants dont les familles venaient d'être victimes de rafles - sept mères ou pères de famille ont été déportés dans des camps de la mort et quatre n'en sont jamais revenus -, c'était le début d'une existence clandestine.

QLettre de M. et Mme Bring à M. Kurtz, 16 juillet 1942 (coll. particulière).

QMichel Bring (coll. SHC). QLettre de radiation du docteur Bring de l’Ordre des médecins de la Seine, 22 avril 1942 (coll. particulière).

QDora Bring (coll. SHC).

QFiche d'internement de Dora Bring à Drancy, 1942 (coll. Archives nationales).

Pour mettre ses quinze pensionnaires supplémentaires à l'abri des recherches de l'Occupant, Mme Quinquet réussit à obtenir d'un fonctionnaire de la mairie de Champigny - en prétextant que les enfants vivant sous son toit étaient des victimes de bombardements - que les précieuses cartes d'alimentation leur soient délivrées sans la mention « juif ». Si aujourd'hui encore Alfred Behmoeras, son frère Georges, ou Maurice Brandamir ne savent pas exactement comment leurs familles ont eu connaissance depuis Paris de ce refuge, ils se souviennent très bien de cette partie de leur existence : les postes à galène bricolés et des fils

tendus à travers le jardin pour capter des nouvelles de l'extérieur ; leur scolarité à l'école du Plant - car ceux qui n'étaient pas en état de choc ont été scolarisés ; et, surtout, cette nécessité de contrôler à chaque instant leurs gestes et leurs paroles. Quand ils quittent enfin la pension, tous éprouvent un « grand sentiment de liberté ». En 1998, Alfred Behmoeras cherche à recontacter ses anciens camarades. Par le biais d’un appel à témoin lancé auprès d'une association juive, il retrouve la trace de douze anciens pensionnaires. Ceux-ci constituent le « regroupement des enfants cachés à Champigny à la pension Bella Vista ». En 2000, une plaque est apposée au 15 rue de la Pévoyance, rappelant l’action humanitaire de Mme Quinquet, nommée Juste parmi les Nations en 2002. Depuis 2009, la pension Bella Vista est devenue la Maison de l'Histoire et du Patrimoine du Val-deMarne. D’après l’article de Patricia Piquet, « Le Maroc. La pension refuge », dans Champigny notre ville, juin 2000


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LE DÉVELOPPEMENT DE LA RÉSISTANCE QQQ

Dès les premiers mois de l’Occupation, des actes de résistance individuels sont visibles dans Champigny : affiches arrachées ou inscriptions sur les murs. Progressivement, de petits groupes se constituent, au gré des relations politiques, syndicales ou professionnelles, familiales, amicales ou de voisinage. Des tracts puis des journaux clandestins commencent à être distribués, des manifestations sont organisées. A partir de 1941, des sabotages - destruction de matériels et de locaux, dispersion de crève-pneus dans les rues - accentuent la pression sur les troupes d’occupation.

Q Photographie de Hubert Hureau, dit « Hubert », et René Bourdais, dit « Franklin », prise en novembre 1944 (coll. particulière). René Bourdais, sellier garnisseur, met sur pied avec Hubert Hureau, boulanger-pâtissier, un groupe de résistants lié à Libération-Nord. Le recrutement se fait un gré des relations professionnelles et des relations de voisinage. Des armes sont dissimulées dans l’atelier de René Bourdais, tandis qu’un poste émetteur est caché un temps dans la boulangeriepâtisserie d’Hubert Hureau. La prudence et la chance permettent au groupe de résistants d’échapper à la répression des polices allemande et française durant toute la durée de l’oOccupation.

Les postes émetteurs « Hubert Hureau, dit « Hubert » ne porta jamais d'armes, n'a jamais tué. Il a pourtant fait preuve d'un énorme courage tranquille et d'une audace inouïe. Grand, le sourire aux lèvres en permanence, il était doté d'un rire homérique. Toujours prêt à plaisanter, il rejoignit le groupe de Libération-Nord dès les premiers jours de sa création, fin 1941. Un certain jour, transportant dans sa camionnette munie d'un Ausweis trois postes émetteurs qu'il ramenait de Vincennes, il est arrêté sur le pont de Joinville par les gendarmes de la brigade de Champigny-sur-Marne. Ceux-ci le connaissent. Il présente ses papiers. - Que transportez-vous, Monsieur Hureau ? Et Hubert de répondre, en partant d'un éclat de rire : - Des postes émetteurs... - Allez, circulez, disent les gendarmes, vous ne changerez jamais. Dire qu'Hubert redémarra sans angoisse serait mentir. Il avait subi plusieurs graves opérations et sa santé n'était pas des plus florissantes. Il avait le courage ancré au fond de lui-même. […] Les émissions étaient réduites au maximum. Le poste émetteur était manipulé par le capitaine Thomas, venu de Londres. Il fut installé, pendant une très longue période, chez Hubert, le pâtissier, boulevard de Nogent. Il fut déménagé le lendemain d'une fameuse nuit où trois véhicules gonios allemands, chargés de repérer les postes émetteurs, furent signalés à temps par un résistant habitant La Fourchette. Le second véhicule arrivait par le pont de Nogent et le troisième par le haut de la route de Villiers. Il est probable que la localisation du poste était encore trop floue. Le matériel fut immédiatement caché derrière les sacs de farine et déménagé dès le lendemain. Il ne s'en fallut, cette nuit-là, que de quelques dizaines de minutes pour que le poste fut parfaitement localisé et, par voie de conséquence, le groupe décimé. » D’après le témoignage de Georges Bourdais, rédigé en 2000 (coll. MRN).

Un acte de résistance, février 1942

Q Le Patriote campinois, n°4, avril 1942 (coll. MRN). Ce journal est la version campinoise d’une publication clandestine à la diffusion plus large : le recto est consacré aux informations et aux mots d’ordre à portée nationale ou régionale transmis par la direction du mouvement Front national ; le verso a surtout une orientation locale.

« Seuls Maurice Pirolley et moi-même étions au courant. Par sécurité, nous n’avions pas dévoilé notre projet à nos copains, à qui nous avions toutefois demandé de faire le guet aux alentours pour voir ce qui se passait. « Nous avions confectionné des torches que nous avions imbibées d’essence. Sous l’entrepôt, il y avait un passage. En fait ce n’était pas dur, il fallait placer les torches sous les pneus des véhicules et y mettre le feu. Mais il fallait faire vite pour ressortir, pour prendre le large, car tout autour ce n’était qu’un terrain vague, il n’y avait pas les Cités blanches, on y voyait de loin. De plus, il faisait un ciel de nuit avec de gros nuages blancs et un clair de lune qui éclairait tout. On y voyait comme en plein jour. Les Allemands ne se méfiaient pas, il était rare qu’une action soit tentée avec cette lumière. « C’était agréable de voir le feu. Et puis, quand ils ont appelé les pompiers, ceux-ci ont pris leur temps. Ensuite, ils ont cherché une bouche d’incendie. Il n’y en avait pas. Il a fallu qu’ils aillent en chercher une [chemin des Bas-Pendants, actuelle rue Alexandre Fourny], et ensuite passer les tuyaux à travers les jardins, les cafés, et ça continuait à brûler. Et comme il faisait -18°, les tuyaux d’eau gelaient de tous les côtés. C’était superbe. Tout était couvert de glace. Les gens venaient voir le spectacle. « Il n’y a pas eu de répression. Par contre, les Allemands du dépôt, ils ont dû comprendre avec leurs chefs. » Témoignage de Fernand Perotto, recueilli en 1995 (coll. SHC).

Les groupes de résistants campinois agissent d’abord de manière cloisonnée puis nouent quelques contacts, forcément limités pour des raisons de sécurité, avec d’autres groupes sur Champigny ou dans les environs. Le groupe de militants communistes lié mouvement Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France, avec notamment Auguste Taravella, Pierre-Marie Derrien, Maurice Pirolley, Fernand Perotto, Simone Lambre, Jean Savu, se lance dans l’action armée au sein des Francs-tireurs et partisans (FTP), tout en continuant à diffuser des tracts et des journaux clandestins. Le groupe lié au mouvement Libération-Nord, avec « Franklin », « Hubert » ou « Bourgoin », se spécialise dans le renseignement et le sabotage. Un groupe du mouvement Honneur de la Police, composé principalement de policiers du commissariat de Nogent, se réunit régulièrement à Champigny et se rapproche de Libération-Nord en 1943.

Auguste Taravella Né le 4 août 1899 à Ferrière (Italie), Auguste Taravella émigre en France avec ses parents. Il entre à l’école primaire et passe son certificat d’études à Nogent où réside la famille Taravella. Apprenti menuisier, il repart en Italie, est mobilisé et combat durant la Grande Guerre. Après-guerre, il revient en France et travaille comme menuisier dans les chantiers du Nord. Il adhère à la CGT et au PCF, ce qui lui vaut des ennuis avec ses employeurs. Revenu en région parisienne, il s’installe à Champigny et ouvre son propre atelier de menuiserie, 22 rue Jules Ferry. Il obtient la nationalité française en décembre 1939. Sous l’occupation, il adhère au Front national de lutte pour la liberté et l’indépendance de la France (dont le siège à Champigny est son atelier) et participe à la réalisation du Patriote campinois, journal clandestin local du Front national. Il est l’auteur du premier acte de sabotage sur Champigny, le 11 avril 1941. Auguste Taravella est arrêté le 23 juillet 1943 par la police française alors qu’il livre des meubles à la gare du Plant. Des faux papiers, 200 tracts communistes et plusieurs flacons de produits chimiques sont découverts lors des perquisitions à son domicile et dans son atelier. Auguste Taravella est interné à la prison de Fresnes. Condamné à mort par le tribunal allemand, il est fusillé le 23 octobre 1943 au Mont-Valérien.

Q Photographie d’Auguste Taravella prise en prison en 1943 (coll. particulière).


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GÉRER LES AFFAIRES COMMUNALES QQQ

La mise en place de l’État français entraîne la fin de la République et de la démocratie, donc des élections et des organes représentatifs. La loi du 12 octobre 1940 substitue des commissions administratives aux conseils généraux. La loi du 1er novembre décide que les conseillers généraux, d’arrondissement ou municipaux peuvent être déclarés démissionnaires d’office de leurs fonctions. La loi du 16 novembre substitue aux maires et aux conseils municipaux élus des communes de plus de 2 000 habitants des délégations nommées. Les préfets appliquent la loi avant même sa promulgation. A Champigny, dès le 22 octobre 1940, un arrêté préfectoral remplace la municipalité socialiste élue avant-guerre par une délégation spéciale de trois membres. Cette délégation spéciale siège près d’un an puis elle est remplacée par une municipalité nommée qui gère les affaires courantes jusqu’en août 1944. L’implication du personnel communal « MAIRIE DE CHAMPIGNY-SUR-MARNE NOTE En raison des mauvais moments que nous traversons, je demande instamment au personnel communal de se montrer très conciliant avec la population. Je sais, par expérience, que le travail est très compliqué et que chaque jour apporte de nouvelles complications. Mais si le personnel, à qui d’ailleurs je rends hommage, rencontre bien des difficultés dans l’accomplissement de sa tâche – parfois ingrate – je lui demande de penser que beaucoup de malheureux souffrent et qu’ils ont besoin de trouver près de nous toute le compréhension désirable. Je suis persuadé que le personnel me comprendra et que la population continuera à trouver auprès de lui toutes l’amabilité et les facilités dans le cadre des instructions préfectorales et gouvernementales. Champigny s/Marne, le 10 février 1942 LE MAIRE : Charles Jobelin » Note interne de la mairie de Champigny, 10 février 1942 (coll. AC Champigny) La note est signée par le maire et de très nombreux membres du personnel communal.

QAffiche « Bulletin municipal officiel », n°7, 26 décembre 1942 (coll. AC Champigny).


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LES PRISONNIERS DE GUERRE QQQ

QAffiche « Libération des prisonniers », 29 août 1940 (coll. AC Champigny). A cette date, beaucoup de Campinois ont encore l’espoir de voir revenir rapidement les prisonniers de guerre, mais les libérations restent rares.

Près de 1,8 million de militaires français sont faits prisonniers et sont pour la plupart transférés dans des camps en Allemagne (Oflags pour les officiers et Stalags pour les simples soldats). L’occupant allemand possède avec les prisonniers de guerre un moyen de pression très efficace sur l’État français. Ce dernier sait que la population est très sensible au sort des PG. C’est pourquoi la question des prisonniers est constamment rappelée : les autorités municipales invitent la population à se mobiliser pour adoucir le sort des quelques centaines de Campinois retenus en Allemagne. Cet effort, que les familles ne peuvent qu’approuver, sert aussi à masquer les difficultés du temps : en insistant sur le fait que les PG sont beaucoup plus malheureux que les civils, les autorités tentent de faire oublier la réalité de l’Occupation et les effets pervers de la collaboration avec l’Allemagne nazie.

QAffiche « Pour nos prisonniers », 10 décembre 1941 (coll. AC Champigny). L’internement dans les camps de prisonniers se prolongeant, les autorités se préoccupent de fournir aux PG des distractions « saines et agréables ». Dans tous les camps, des bibliothèques se constituent : les ouvrages comme les journaux envoyés sont l’objet d’une surveillance attentive.

QAffiche (bandeau) « Pour nos prisonniers », 7 juin 1942 (coll. AC Champigny). L’assistance aux prisonniers mobilise toute la population. Chacun est convié à donner lors des quêtes et des collectes. Les femmes et les enfants sont sollicités pour fabriquer et confectionner des produits de toutes natures, expédiés dans les camps par colis.

QListe de Campinois prisonniers de guerre, 12 décembre 1940 (coll. AC Champigny). Dans les mois qui suivent l'Armistice, les autorités françaises s’efforcent de recenser tous les prisonniers de guerre dans les Stalags et les Oflags et de les mettre en relation avec leurs proches. Cette nouvelle liste adressée par le préfet de la Seine contient près de 440 noms.

QLe Campinois Ernest Billon et un camarade au Stalag VI J à Neuss am Rhein, 21 mars 1943 (coll. particulière). Les deux PG sont en uniforme. Ernest Billon a adressé ce cliché sous forme de carte postale à sa femme Suzanne afin que la petite Michelle connaisse le visage de son père. L'envoi a été autorisé par la censure postale.

QUne partie de volley entre prisonniers de guerre au Stalag XVII A, à Kaisersteinbruck, sans date (coll. particulière). Le Campinois Raymond Gondelle est le premier à gauche sur les épaule d'un camarade. Les Allemands ont autorisé cette photographie qui donne une image plaisante et détendue de l'internement des PG.


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FAIRE FACE AUX PÉNURIES

QQQ

Très rapidement, les réquisitions ordonnées par les autorités occupantes sont à l’origine de pénuries pour la plupart des produits. En outre, certaines usines campinoises travaillent pour l’Allemagne, notamment celle de L’Air liquide. QAffiche « Avis aux habitants » (métaux non ferreux), 20 octobre 1941 (coll. AC Champigny). Les besoins en matières premières pour l’industrie conduisent les autorités à mettre en place la récupération des produits détériorés ou non utilisés. La population est conviée à participer à cet effort collectif.

Se ravitailler devient la principale préoccupation des Campinois. Les cartes de rationnement permettent de se procurer quelques produits de base, quand les magasins sont approvisionnés. Le marché noir, où l’on trouve de tout à condition de pouvoir payer très cher, se développe et prospère. Afin d’aider les plus démunis, des bons sont distribués par un bureau de bienfaisance.

Le rationnement vu par une J3 La catégorie des J3 correspond aux jeunes de 13 à 21 ans. « Tout le monde a reçu une carte d’alimentation. Suivant les catégories, les rations n’étaient pas les mêmes. […] « Il fallait s’inscrire chez un commerçant de son choix pour pouvoir acheter les aliments débloqués au fur et à mesure des arrivages. Les distributions étaient annoncées par la radio ou par les journaux. Tout le monde se précipitait alors chez son commerçant et faisait la queue pendant de longues heures pour être dans les premiers servis car on n’était jamais sûr de pouvoir bénéficier de sa ration, les approvisionnements étant très capricieux. « Pendant les queues, les gens bavardaient, debout ou assis sur des pliants pour les plus astucieux ; ils se donnaient des recettes pour accommoder les nouveaux aliments distribués (rutabagas, topinambours, etc.) ; ils échangeaient des «tuyaux» pour obtenir des aliments sans tickets. […] En général, c’était assez convivial mais quelquefois, il y avait des altercations quand quelqu’un voulait «resquiller». Mais on ne parlait pas ou peu de la guerre et de ce que l’on pensait : on se méfiait. […] « Les tickets de ravitaillement étaient un vrai casse-tête pour les consommateurs et aussi pour les commerçants. Ceux-ci devaient coller les petits timbres avec de la colle faite « maison ». Parfois, ils embauchaient des gens pour les aider. […] « La distribution des cartes se faisait à la mairie, tous les mois, et dans un ordre donné par affiche municipale. Pour le Centre, elle avait lieu dans la salle des fêtes et il fallait embaucher du personnel supplémentaire pour les quelques jours que durait la distribution. Ma tante y travaillait ce qui nous évitait la queue qui, là aussi, était reine ! « A la cantine scolaire, on ne demandait pas de tickets ce qui était une aubaine. Les enfants des écoles recevaient aussi des pastilles vitaminées roses ou des biscuits vitaminés ; quelques-uns étaient assez bons mais d’autres étaient pratiquement immangeables. »

QAffiche « Distribution des tickets de rationnement et des cartes de lait », 16 décembre 1941 (coll. AC Champigny). Le nombre de documents à répartir oblige à organiser les distributions sur une dizaine de jours, samedis et dimanches compris.

Témoignage de Denise Grassart, 1994 (coll. SHC).

QAffiche « Aux commerçants », 26 décembre 1940 (coll. AC Champigny).

QCarte de rationnement, concernant les vêtements et les articles textiles, 1942 (coll. particulière).


05 QQQ

NUL BOMBARDEMENT MAIS UNE VILLE EN RUINES QQQ

QDessin de la rue Jean Jaurès vue de l’ancienne mairie, réalisé par un auteur non identifié, 1943 (coll. SHC).

QPhotographies des démolitions à Champigny, fin 1940-début 1941 (coll. AC Champigny). Les affiches visibles sur les murs permettent de dater les clichés.

Avec la guerre, les projets d’agrandissement et d’alignement de la route nationale no 304 sont interrompus. De chaque côté de la rue Jean Jaurès, des maisons ont été détruites, d’autres ont été abandonnées et les vitres couvertes de ruban collant afin d’éviter leur éclatement en cas de bombardement. Pendant toute l’Occupation, cette partie de Champigny conserve un aspect ruiné. Ce paysage dévasté, qui n’est dû à aucun bombardement ni aucun combat, est mis en image par un photographe à la fin de l’année 1941 et par un dessinateur au cours de l’année 1943.

QDessins de maisons en cours de démolition dans le cadre des travaux d’agrandissement de la rue Jean Jaurès, réalisés par un auteur non identifié, 1943 (coll. SHC).


04 QQQ

CHAMPIGNY, VILLE OCCUPÉE DE ZONE NORD

QAffiche « Avec ce de Gaulle-là… vous ne prendrez rien, M. Mrs », 1940 (coll. MRN). Ce document, édité par la Ligue française antibritannique, est sans doute une création de la propagande allemande.

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Les Allemands entrent à Champigny à la mi-juin 1940. Les troupes qui stationnent sur place sont peu nombreuses : quelques maisons et quelques bâtiments sont occupés par des officiers et des soldats. La Kommandantur dont dépend la commune est d’abord à Nogent, puis à Champigny même, à partir de la fin 1942.

Le gouvernement de Vichy tente de maintenir l’illusion d’une indépendance des autorités françaises en zone nord. La glorification du maréchal Pétain, chef de l’Etat français, et de sa Révolution nationale vise à masquer la soumission de l’administration française. Pour le gouvernement de Vichy, la guerre est perdue et la collaboration avec l’Allemagne nazie est à l’ordre du jour. Ceux qui cherchent à poursuivre la guerre hors de France sont désignés comme des traîtres par une propagande très présente.

Le gouvernement de Vichy conserve le contrôle de l’administration française en zone nord mais les conventions d’armistice signées le 22 juin 1940 sont claires : « Le gouvernement français invitera immédiatement toutes les autorités françaises et tous les services administratifs français du territoire occupé à se conformer aux règlements des autorités militaires allemandes, et à collaborer avec ces dernières d’une manière correcte ».

QLa rue Jean Jaurès, fin 1941 (coll. AC Champigny). Les murs de Champigny portent des affiches de propagande réalisées après le bombardement par une escadre britannique de navires français en rade de Mers el-Kébir, le 3 juillet 1940, et la tentative de débarquement britannique et gaulliste à Dakar, les 23-25 septembre 1940. Les services de propagande de l’occupant allemand et de l’État français ne manquent pas d’exploiter ces événements pour dénoncer l’attitude du Royaume-Uni (incarné par son premier ministre Churchill) et de la France libre (représentée par la figure encore très mal connue du général de Gaulle). Une avenue Pétain à Champigny, janvier 1941 « La délégation spéciale, ouï l’exposé de son président, « Considérant que le nom d’avenue Roger Salengro donné en 1937 à la route de Joinville ne rappelle maintenant aucun souvenir à la très grande majorité des habitants ; « Considérant qu’il convient de donner à cette voie (route nationale no304), qui joint le centre de Champigny au pont monumental de Joinville à Paris, un nom digne de son ampleur et de sa situation ; « Considérant que nul nom ne saurait mieux convenir à dessein que celui du Chef de l’Etat, chargé de gloire et de respect, vivant exemple pour les jeunes générations ; « Considérant, par ailleurs, que l’ancienne route de Joinville « avenue Roger Salengro » se terminait au Rû de la Lande mais qu’en raison de l’élargissement de la route no304 (entre le Rû de la Lande et l’avenue de Provins) et de la suppression du Rû de la Lande, la démarcation des deux rues, Jean Jaurès et Roger Salengro, semble mieux déterminée par le pont de la Grande Ceinture ;

« Délibère : « Pour ces motifs, « Décide que l’avenue Roger Salengro, « ancienne route de Joinville », sera dénommée : « avenue Pétain » et se continuera jusqu’au chemin de fer de Grande Ceinture où commencera dorénavant la rue Jean Jaurès. »

Registres des délibérations du conseil municipal, séance du 25 janvier 1941 (coll. AC Champigny) Roger Salengro est ministre de l’Intérieur du Front populaire. Victime d’une campagne de calomnies de la part de l’extrême-droite, il se suicide en 1936. Son nom est donné par la municipalité socialiste de Champigny à une portion de la principale voie qui traverse la ville.

QPortail d’entrée de la Kommandantur installée dans une maison bourgeoise de Champigny, sans doute 1943 (coll. AC Champigny).

QNote du Standortkommandant de Champigny au président de la délégation spéciale de Champigny, 2 novembre 1940 (coll. AC Champigny). Le commandant de la garnison locale réquisitionne des bâtiments et des terrains pour y aménager des écuries. En effet, la Wehrmacht fait encore largement appel à la traction animale, malgré la mécanisation croissante de ses unités.

QNote du Kreiskommandant de Nogent au maire de Champigny, 10 décembre 1940 (coll. AC Champigny). Il est demandé aux maires que les affiches de la Feldgendarmerie allemande soient placardées sur les murs de leur commune.


03 QQQ

L’AT TAQUE ALLEMANDE ET LA DÉFAITE FRANÇAISE QQQ

La Drôle de Guerre se termine brutalement avec l’attaque allemande du 10 mai 1940. L’avance rapide de la Wehrmacht crée un mouvement de panique en région parisienne. Début juin, des milliers de Campinois partent sur les routes de l’Exode, vers le sud, se mêlant aux troupes françaises en retraite. Le discours du maréchal Pétain le 17 juin et l’armistice le 22 juin rendent définitive la défaite de la France. Le territoire français est coupé en deux zones principales. L’Armée allemande occupe la zone nord, tandis que le gouvernement français s’installe à Vichy, en zone sud. Les Campinois pris dans le tumulte de l’Exode regagnent progressivement leur domicile.

Sur les routes de l’Exode, juin 1940 Jean Hézard est un jeune Campinois de 16 ans. Il est élève de l’Ecole supérieure de Nogent-sur-Marne. Le 10 juin 1940, sa préoccupation du moment est le permis de conduire. Après une dizaine de leçons de conduite d’une demi-heure, il passe avec succès son examen. « Mon père partait le lendemain matin avec un convoi de l’Air liquide, en direction de Tours. Ma mère était requise sur place à la mairie. Le surlendemain de mon permis de conduire, je partais avec la vieille B14 de mon père, emportant mon vélo et emmenant deux enfants d’une collègue de ma mère et leur tante. […] La cohue des voitures (abandonnées et pillées dès qu’elles tombaient en panne), les vélos surchargés, les gens à pied avec des paquets, les charrettes, les militaires fuyant à pied, les officiers seuls dans leur voiture (avec chauffeur), tout ce monde fuyait sans savoir où, par les routes où l’on pouvait encore passer, les barrages étant nombreux. Incapable de rejoindre directement Orléans, et passant par La Chapelle-la-Reine, je me retrouvais le 12 au soir au pont de Sully-sur-Loire, qu’on m’obligea à franchir. […] Ayant retraversé la Loire vers le sud à Meung-sur-Loire, nous allâmes, lentement, jusqu’à Mur-de-Sologne. […] Mais les bombardements se rapprochaient et le bruit courait que les Allemands nous rattrapaient. C’était une pagaille indescriptible. Ce fut un réel soulagement lorsqu’on apprit que le maréchal Pétain avait annoncé la capitulation de l’armée française. Quoi faire d’autre ?... Lorsque les Allemands arrivèrent, peu après, ils ne se soucièrent pas de la cohorte des réfugiés.

C’est tout juste s’ils indiquaient à quelques rares soldats désarmés où ils devaient se rendre. Ce qui me frappa alors, c’est la parfaite organisation de l’armée allemande, avec ses voitures, camions, motos, qui contrastait avec la débandade des Français. La consigne des Allemands était simple et nette Il faut rentrer chez vous !. […] Je ne saurais dire par où nous sommes passés, au gré des déviations imposées par les dégâts de la guerre, tantôt par de petites routes, parfois sur de simples pistes de terre. Mais nous avons fini par arriver à Juvisy. […] A Choisy-le-Roi, le pont sur la Seine avait sauté. Nous remontâmes le fleuve sur la rive gauche et trouvâmes le pont suspendu d’Alfortville, épargné par les destructions. Nous arrivâmes à Champigny par Joinville. Nous ne savions pas ce que nous allions trouver. Les bruits les plus alarmistes courraient, disant que Paris et sa banlieue étaient détruits... Nous étions dans les derniers jours de juin. J’arrêtai la voiture boulevard Jules-Guesde, d’où je pus constater que la maison de mes parents était intacte, comme tous les environs. Je partis à pied, en reconnaissance et trouvai bientôt ma mère qui se mit à pleurer en me voyant : depuis trois semaines, elle n’avait aucune nouvelle de moi et les rumeurs les plus inquiétantes circulaient. [...] Maman put m’apprendre que mon père était à Bordeaux, où l’Air liquide s’était finalement replié. Il rentra à Champigny quelques jours plus tard avec le convoi organisé par l’entreprise. »

QUne route de l’Exode (coll. MRN).

QAffiche « Appel au calme », juin 1940 (coll. AC Champigny). La municipalité tente de faire face à la désorganisation de l’économie locale du fait de la fuite d’une partie des commerçants et des personnels communaux.

Témoignage de Jean Hézard, rédigé en 1994 (coll. SHC).

QTélégramme de Jean Hézard à sa famille (coll. particulière). Le télégramme parti le 12 juin 1940 ne parvient à Champigny que le 9 août suivant…

QProjet d’affiche concernant le sort des enfants dont on a perdu la trace lors de l’Exode, 5 novembre 1940 (coll. AC Champigny). Pendant plusieurs mois, les journaux sont remplis d’annonces rédigées par des familles qui tentent d’avoir des nouvelles des proches disparus depuis mai-juin 1940.


02 QQQ

LE DÉBUT DE LA GUERRE

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La déclaration de guerre en septembre 1939 bouleverse les Campinois. On sait le conflit inévitable mais le souvenir des souffrances de la Grande Guerre est encore présent dans les esprits. Les hommes aptes à combattre sont mobilisés, tandis que les autorités appellent la population civile au calme. Si la Drôle de Guerre est marquée par l’absence de combats en France, chacun redoute d’éventuels bombardements sur la région parisienne : un personnel spécialisé est chargé de faire appliquer les mesures de la Défense passive et de nombreux enfants campinois sont évacués par prudence en province.

QAffiche « Citoyens, restez calmes ! », septembre 1939 (coll. AC Champigny).

QMasque à gaz (coll. MRN).

QCarte d’agent de liaison de la Défense passive établie au nom de Pierre Ginguené, habitant de Champigny, 7 juin 1940 (coll. SHC).

QAffiche « Aux parents », 11 septembre 1939 (coll. AC Champigny).

QBrassard d’agent de la Défense passive (coll. SHC).


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CHAMPIGNY, VEILLE DE GUERRE

QChampigny-sur-Marne, extrait d’une carte de l’imprimerie Gaillac-Monrocq et cie, 1938 (coll. particulière).

Q« La Paix ! », Paris-soir Dimanche, 1er octobre 1938 (coll. MRN). À Munich, la France, représentée par Édouard Daladier, et le Royaume-Uni abandonnent leur allié tchécoslovaque et acceptent l’annexion d’une partie de son territoire par l’Allemagne nazie. Pour certains, la paix en Europe est sauvée. Pour les autres, c’est une défaite des démocraties : ne se sentant pas prêtes à l’affrontement, elles ont cédé aux pressions d’Hitler et l’ont encouragé à aller plus loin encore dans ses revendications, retardant seulement le déclenchement de la guerre.

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A la fin des années 1930, Champigny est une ville de 29 000 habitants. La commune est urbaine, mais le paysage est encore rural, tant dans la plaine que sur le plateau. La municipalité est socialiste depuis les élections de 1925 et les électeurs campinois ont voté en faveur du Front populaire en 1936.

Pourtant, la confiance demeure : la France est sortie vainqueur de la Grande Guerre, son armée reste puissante, son empire colonial lui assure des ressources considérables. La victoire est certaine, on refuse de croire qu’il peut en être autrement.

Comme l’ensemble des Français, les habitants de Champigny s’inquiètent de la guerre qui menace. Beaucoup ont suivi avec espoir la résistance des Républicains espagnols face aux Franquistes et se désolent de leur défaite. Tous constatent la politique agressive et sans scrupules de l’Allemagne nazie et l’inutilité des négociations avec Hitler.

C’est donc dans un climat de relative euphorie que la France républicaine célèbre le 150e anniversaire de la Révolution française. La municipalité de Champigny tient à rappeler l’héritage de 1789, les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité, mises à mal par les régimes fascistes qui se sont installés un peu partout en Europe.

QOrdre de mobilisation (coll. particulière). Raymond Gondelle effectue son service militaire d’octobre 1936 à octobre 1938. En mars 1939, les troupes allemandes entrent en Tchécoslovaquie. Raymond Gondelle, comme de nombreux réservistes, reçoit un « ordre de convocation sous les drapeaux », « immédiatement et sans délai ».

QCélébration de la Révolution française à Champigny, juillet 1939 (coll. AC Champigny). A l’occasion du 150e anniversaire de 1789, la municipalité de Champigny organise des festivités importantes : représentations théâtrales pour les élèves, retraites aux flambeaux avec fanfares, feu d’artifice et défilé, notamment pour la fête nationale du 14-Juillet. Les bâtiments publics et de nombreuses maisons sont pavoisés et décorés de symboles républicains.

Champigny dans la tourmente  

Les Campinois et la Seconde Guerre mondiale

Champigny dans la tourmente  

Les Campinois et la Seconde Guerre mondiale

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