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HISTOIRE & PATRIMOINE RÉGION

NAZAIRIENNE

PRESQU’ÎLE GUÉRANDAISE

L’histoire locale de la Région Nazairienne et de la Presqu’île Guérandaise

100 ans de sport

à Saint-Nazaire

1860 -1960

Maxence Ponroy

Hors-série

(partie 2/2)

A.P. H.R.N - Hors-série n° 11 (partie 2/2) - octobre 2018 - 20 €


Les tribunes du Plessis Êtaient combles lors des derbies de rugby entre Saint-Nazaire et Trignac. (Collection de l’auteur)


Éditorial

C

omme promis, la seconde partie du hors-série n° 11 d’Histoire & Patrimoine, consacré aux 100 ans de sport à Saint-Nazaire, parait en temps et en heure, toujours aussi agréablement mis en pages, illustré de photos et documents d’époque. Ainsi, c’est une œuvre complète qui est, désormais, à la disposition des lecteurs et de tous ceux que le sport passionne. Dès les premières lignes, c’est l’histoire de la ville qui est évoquée, à l’occasion de la naissance du premier bureau du Comité des Fêtes, qui rassemble de nombreuses activités. On y retrouve aussi les associations sportives, toutes inhérentes à la vie de la cité. Tant il est vrai que l’histoire du sport est parallèle, pour ne pas dire qu’elle coïncide, avec celle de la ville où il est pratiqué. L’auteur, Maxence Ponroy, nous donne le récit détaillé et complet, sous tous ses aspects, des différents épisodes de la vie des nombreux clubs. On y apprend beaucoup. Il fait revivre les associations éphémères. Il nous fait connaître les champions, les personnalités remarquables, l’arrivée des femmes dans des domaines, qui, à priori, en étaient éloignés, telle la boxe, les premiers matchs qu’elles ont disputés : basket, hand… C’est, désormais, un panorama complet dont nous disposons à Saint-Nazaire. Aucun sport n’est oublié, du tennis au tir à l’arc, du judo au billard, sans parler des sports mécaniques… L’aviation populaire, en 1936, est l’occasion du chapitre Sport et guerre. Enfin, l’auteur élargit notre horizon, en dépassant la seule émulation, les performances et les épreuves, pour mettre en exergue le rôle de l’éducation et celui de la presse. Le sport permet bel et bien d’aborder de nombreux domaines. Christiane Marchocki Présidente de l’APHRN

1e page de couverture : Après le France-Allemagne de 1933, le vélodrome servit parfois de cadre à des galas de boxe, comme ici, le 7 juillet 1957, pour le Nazairien Charles Colin, opposé à Serge Lévêque, dont il triompha par K.O. (collection de l’auteur) Ci-dessus : Un match de basket, au début des années quatre-vingt, entre les Fréchets et le S.N.O.S. (collection de l’auteur) HISTOIRE & PATRIMOINE - Hors-série n° 11 (partie 2/2) — octobre 2018

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A . P. H . R . N

Association Préhistorique et Historique de la Région Nazairienne

Agora (case n° 4) 2 bis avenue Albert de Mun - 44600 Saint-Nazaire aphrn.asso@gmail.com - http://aphrn.fr - Tél. 06 62 58 17 40 HISTOIRE & PATRIMOINE Hors-série n° 11 (partie 2/2) - octobre 2018 ÉEditeur : A.P.H.R.N Directrice de la publication : Christiane Marchocki Maquette/Mise en page/Coordination : Tanguy Sénéchal Impression : Pixartprinting Dépôt légal : 4ème trimestre 2018 N° ISSN : 2274-8709 Revue consultable aux Archives de Loire-Atlantique sous la cote Per 145

Sommaire 06 - La Cavalcade - Rendez-vous des sportifs 09 - De Gaulle à Saint-Nazaire 10 - Rugby - Sporting Club Nazairien 24 - Football - Du Sporting à l’A.C.N. 31 - La Saga des Barillé 35 - S.N.O.S. football 38 - La boxe, enfant chéri des Nazairiens 51 - Yvon Quéfféléan 53 - La fratrie des Retail 55- Charles Colin, le chouchou 58 - Souleymane Diallo 62 - Les autres grands 64 - Roland Cazeaux - Il n’a jamais été égalé 65 - Germain Le Maître - Il aurait dû côtoyer les sommets 66 - Stéphane Cazeaux, le roi de la touche 67 - Pascal Lorcy - L’enjeu le paralysa 67 - Éric Amados - Talentueux et fragile 68 - Julie Robert - Elle faisait battre les coeurs 68 - Bastien Laforge - Il surprit son entourage 69 - Les pros de l’U.M.P. 70 - Les Internationaux de France 72 - Allemagne et Écosse à Saint-Nazaire 73 - Tennis - Du Jardin public à Coubertin 77 - Amicale des Angevins - Le plus épicurien des clubs 80 - Pétanque - Les cafés, sites incontournables 82 - La Lyonnaise - L’apport des rapatriés 83 - Le boulodrome de Plaisance 86 - Le Palet - Un jeu très anisé 88 - Tir à l’arc - Du Plessis au Jardin d’arc 90 - René David - Archer et inventeur 91 - S.N.O.S. basket - Une belle mais brève aventure 94 - Les Fréchets - Le basket au féminin

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96 - Volley-ball - Le S.N.V.B.A. eut un ancêtre 97 - Golf - Cela resta un vœu pieux 98 - Tennis de table 100 - Amicale Jean Jaurès - 28 marches et 2 tables 101 - Le judo - Une régulière montée en puissance 104 - Billard 108 - La Vaillante - Un club à la campagne 113 - Plaisance - Léone Blancho adopta le quartier 118 - Saint-Marc 125 - A.L. Saint-Marc Handball 127 - S.N.O.S. Handball 129 - Motocyclisme 134 - Automobile 138 - Motonautisme - Une première sans suite 139 - Aviation - L’élan populaire au service de la guerre 143 - Aviation - Michel Seeten, l’oublié 144 - Sport et guerre - Première Guerre mondiale 152 - Sport et guerre - Guerre 39-45 163 - La Maison des Sports - L’échec de François Blancho 166 - Soucoupe - L’étrange parallèle 168 - Sport et entreprises 172 - Le sport scolaire doit beaucoup au Front populaire 175 - Établissements scolaires 178 - Gilbert Dupont, le pionnier 180 - Collège Aristide Briand 185 - La Presse sportive 187 - Le Courrier de Saint-Nazaire 191 - La Démocratie 192 - Le Travailleur de l’Ouest 193 - L’Avenir 194 - Les quotidiens


100 ans de sport à Saint-Nazaire 1860 - 1960

partie 2/2

Maxence Ponroy

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Avant-propos

I

l y eut Montherlant. Il y eut, dans un registre différent, Blondin. Il est des talents qui marquent un genre. Henry de Montherlant sut s’inspirer de l’Olympisme et de sa grandeur. Antoine Blondin transforma ses longues chevauchées un peu alcoolisées qui accompagnaient les forçats de la route d’Albert Londres en une épopée qui a, elle aussi, valeur de littérature. Pourquoi y aurait-il, d’ailleurs, incompatibilité entre culture et sport ? Nazairien quelques années avant que le paquebot France soit lancé, j’ai découvert la seule chose qui était accessible en dehors de la classe aux gosses que nous étions, le sport. C’était au collège Saint-Louis. Études puis, une bouffée d’air frais avec une ou deux heures de sport ou de « plein air ». Quand nous rentrions, à bicyclette, chez nos parents, c’était devoirs et, le jeudi ou le dimanche, sport. Ainsi, ai-je grandi avec pour cadre la « radio » qui nous informait sur le devenir de l’Algérie, puis, plus tard, les images en noir et blanc de la télévision qui nous firent partager l’assassinat de Kennedy ou les premiers pas de l’homme sur la Lune. Mais, au S.N.O.S. athlétisme, on oubliait tout, sur la rustique piste du Plessis. On courrait, on sautait, on lançait des poids. Nous étions loin de tous ces soucis d’adultes que nous allions devenir. Un jour, j’ai découvert Moret. À force de vivre dans cette ville que je n’avais, par choix, jamais voulu quitter, je suis tombé sur cette sorte de clerc de notaire, secrétaire général de cette cité dont il avait noté, scrupuleusement, le moindre frémissement. Moret, la référence sur « l’Histoire de Saint-Nazaire » qu’il publia en 1926. 1048 pages. Une encyclopédie ! J’ai tout dévoré, de la préhistoire à la fin des années vingt. Seuls avec lui, Fernand Guériff et ses remarquables tomes sur « l’Historique de Saint-Nazaire » ou Marthe Barbance avec son ouvrage « Saint-Nazaire, le Port, la Ville, le Travail » ont su mettre en valeur avec autant de consistance les vertus de cette sentinelle veillant sur l’estuaire de la Loire. Il y avait juste un mot qui manquait dans toutes ces œuvres : sport. L’histoire, l’économie, l’industrie, les Chantiers, la culture, rien n’avait échappé aux auteurs. Mais le sport était banni. Chez Barbance, c’était normal. Chez Guériff, quelques lignes sur le vélo, la boxe, les régates. Chez Moret, 1000 pages et rien ou presque si ce n’est une brève sur le cyclisme et quelques remarques sur la voile. On ne peut pas en vouloir à ce trio porteur de l’histoire locale. Le sport n’était pas un vecteur essentiel pour Moret et les élus de son époque, ni pour Barbance, évoquant une cité laborieuse, ni pour Guériff, le pur historien. Pourtant, le sport avait été un des éléments les plus importants pour sortir cette ville d’un siècle, celui de Napoléon III, et la propulser vers un autre, le XXe, et les années soixante, qui constituèrent pour Saint-Nazaire un redressement total, mais aussi une mutation. C’est ainsi que j’ai effectué un plongeon dans l’histoire du sport qui colla à l’image de Saint-Nazaire. Pour dire à quel point il avait été un pan extraordinaire pour sa promotion. Le sport, je l’ai toujours pratiqué, et il m’avait fait vivre durant mes 42 années de journalisme. Je pouvais bien lui renvoyer la balle. Mais ce ne fut pas une mince affaire. Les souvenirs ont été beaucoup altérés. Pulvérisée par les aviations anglaises et américaines, la ville perdit une grande partie de sa mémoire écrite. En 1943, regroupées dans ce qui était censé être un lieu sûr, l’École Pratique du boulevard Victor Hugo, les archives de la cité partirent en fumée sous les bombes incendiaires qui firent fondre les coffres. Les associations, notamment les sociétés sportives, ne furent pas mieux loties. Peu après la Libération, pour renaître de ses cendres, l’Alerte de Méan, un des plus vieux

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clubs de la ville devenue ruines, fut contraint de demander au préfet, à Nantes, pour régler des questions administratives, s’il possédait une preuve de l’existence de ce qui avait été une des plus grandes sociétés sportives nazairiennes. Tout avait disparu. Il n’y a pas que les guerres qui peuvent malmener la mémoire. Nombreuses sont les sociétés qui ont oublié leurs origines. Les changements de présidents, de secrétaires, les conflits internes aux associations ont souvent engendré la mise à la poubelle, sur un coup de colère, de leur passé. Le pire, par contre, était à venir. Le changement de siècle, il y a un peu moins de 20 ans, porta un coup qui aurait pu être fatal. Avec la vulgarisation de l’informatique, de nombreux dirigeants ont considéré que le papier n’avait plus sa place dans la vie associative. Une nouvelle fois, la poubelle a servi de tombeau pour la mémoire du sport nazairien. Cet ouvrage n’a pas de prétention si ce n’est celle qui consiste à remettre à la place qu’ils méritent ceux qui ont contribué sur les prés ou les goudrons qui devinrent parquets au rayonnement de leur cité. C’est un long travail de chroniqueur, pas d’écrivain. Je me suis efforcé de raconter ce qui a été oublié, des gens qui boxaient, tapaient dans un ballon pour effacer leur triste quotidien, entre deux


grèves, qui se battaient dans les pelotons pour un bouquet de fleurs et quelques tapes sur l’épaule quand ils descendaient de vélo. C’était l’époque où l’on courait pour une simple breloque. Le sport, à Saint-Nazaire, aura été aussi dur que ce que fut la vie de ceux qui épousèrent cette ville. J’ai souhaité, délibérément, m’attacher à la période la plus méconnue, celle qui va de Napoléon III avec la création des premières sociétés sportives, à 1960. C’est une année qui coïncide, pratiquement, avec la fin de la reconstruction. Cela correspond à 100 ans de sport. Certes, j’ai débordé parfois. Mais tout ce qui est évoqué ici appartient à ce « siècle » ou est le prolongement de sociétés conçues à partir de la Libération et qui existent toujours. Les clubs, disciplines et événements nés ou vécus après 1960, à de rares exceptions près, sont volontairement éludés. Il y a des expressions qui m’ont toujours frappé. On parle peu de Mindin, de Saint-Brévin et à plus forte raison, du Pays de Retz. On dit « De l’autre côté de l’eau ». À Saint-Nazaire, le langage est un repère. Il y a « avant-guerre » et « après-guerre » même si les cicatrices se sont effacées avec la disparition progressive de la génération de la Poche. Il reste la base sous-marine pour rappeler qu’il y eut un terrible passé.

Il y eut une autre guerre, aussi douloureuse, la première, mondiale comme allait être la deuxième. Saint-Nazaire a payé, là encore, un lourd tribut. La ville, en 1919, s’est réveillée sans athlètes, morts dans les tranchées, pour garnir ses installations sportives encore rudimentaires. 26 ans plus tard, elle est sortie d’un autre cauchemar. La plupart des sportifs avaient survécu, mais il n’existait plus de stades ou de salles, rayés de la carte par les bombes, pour les accueillir. C’est toute cette histoire singulière, la plus méconnue, de Napoléon III, l’empereur qui porta un regard intéressé sur Saint-Nazaire, jusqu’au général De Gaulle et sa troisième visite, qui est ici retracée. C’est bien une grande aventure qui fut sportive dans le sens le plus large du terme.

Maxence Ponroy

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Rugby

Sporting Club Nazairien Plus de 100 ans de hauts et de bas

Si des clubs nazairiens comme l’U.M.P., les Goélands, l’Étoile, ont profondément marqué les 100 premières années du sport nazairien, il en est un qui mérite une mention toute particulière. 10

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e Sporting Club Nazairien, on l’oublie souvent, fut, avant tout, une des toutes premières sociétés omnisports de Saint-Nazaire, n’ayant été précédée que par l’Alerte de Méan. C’est aussi une association qui a connu les deux guerres mondiales. Son nom de baptême, en 1908, fut S.C.N., Sporting Club Nazairien, avant de devenir, beaucoup plus tard, S.N.R. (Saint-Nazaire Rugby). Le club conservera cette appellation jusqu’en 2014 avant de porter celle de Saint-Nazaire Rugby Loire Atlantique (S.N.R.L.A.) et, en

2016, de S.N.O. (Saint-Nazaire Ovalie) suite à quelques soucis financiers qui lui vaudront une liquidation. En vérité, il ne s’agit pas de la toute première section de rugby qui fut créée sur la ville. Au tout début du XXe siècle, existait une structure de collégiens, le Stade scolaire nazairien qui allait devenir le Racing Club Nazairien pour entamer le championnat en 1904. Le siège se situait au 48, rue de Nantes. En 1905, l’équipe disputera une demi-finale de la Coupe de l’Atlantique au champ de manœuvres, le futur stade du Plessis.

Selon la presse locale, il s’agissait de la revanche de 1904, ce qui laisse penser que le Stade scolaire nazairien était né en 1903, voire en 1902.

Marc Lamoine, ici avec le ballon, emblématique 3e ligne du SNR, dans les années quatre-vingt. Il fut le chauffeur du maire, Joël Batteux. (Collection de l’auteur)

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Football

Du Sporting à l’A.C.N. Les glorieuses décennies

Le football est le sport le plus populaire pratiqué en France. Il l’était déjà au Moyen-Âge sous le nom de soule. Sous la forme actuelle, il fut importé par les Anglais qui le vulgarisèrent à la fin du XIXe siècle par le biais des clubs britanniques parisiens.

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’est en 1904, à Paris, que fut créée la F.I.F.A (Fédération internationale de football association). Ainsi, en France, on parla longtemps de football-association en opposition au football-rugby.

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Le football a fait son apparition sur Saint-Nazaire et sa proche région bien avant le début de la Première Guerre mondiale. C’est en 1906, sous l’impulsion de deux passionnés, Bellesœur et Roberrote, que ce sport pénètre dans l’ouest du département.

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La première équipe digne de ce nom fut montée par l’Étoile, club qui avait été fondé le 21 août 1909. Les joueurs s’exprimaient derrière le casino des Mille Colonnes (actuel collège SaintLouis) sur un terrain qui était surtout composé de sable et dont les parcelles étaient très inégales.


L’Étoile n’avait pas intégré de championnat et les joueurs affrontaient avant tout les équipes de cargo-boats anglais206. Alors que la Loire-Inférieure possède deux grands clubs, pleinement reconnus, la Mellinet et la Saint-Pierre, à Nantes, sur Saint-Nazaire va s’implanter une nouvelle association, l’Union sportive nazairienne, emmenée par deux joueurs d’exception, Michel et Durand, à qui on prédit le plus bel avenir. Mais la guerre viendra briser les espoirs. L’Alerte de Méan, elle aussi, a effectué ses débuts sur sa « rocailleuse décharge » pour reprendre les termes du chroniqueur du Courrier de SaintNazaire, en 1925. La Stéphanoise de Montoir emboîtera le pas. 206  - Courrier de Saint-Nazaire. Histoire régionale du football. 1925. Archives départementales 44.

Une rencontre de prestige rendra définitivement populaire le football sur Saint-Nazaire. Elle opposera avant le début de la guerre une sélection du Premier Groupe d’Aviation Britannique dans laquelle figurent plusieurs internationaux à une sélection nazairienne qui a été renforcée par des militaires. À Méan, l’international alsacien, Muller, fait des émules. La guerre va stopper l’essor de la discipline. Tous les footballeurs sont partis au front. Plusieurs d’entre eux ne reviendront jamais.

Le football nazairien vint de Saint-Servan Après la signature de l’Armistice, la vie sportive reprend progressivement ses droits. Le Stade atlantic club voit le jour en 1919. Une initiative que l’on

doit au Servannais Deriennic qui sera le gardien de but de l’équipe. Les joueurs affluent, notamment les scolaires. Par contre, le nouveau club ne possède pas de terrain. Le premier de son histoire sera réalisé dans le champ de courses hippiques qui se situait dans l’actuel périmètre du Grand-Marais. Mais les travaux seront à peine achevés que le Stade atlantic club fusionnera avec le Sporting club rugby donnant ainsi naissance au Sporting club nazairien qui deviendra, de ce fait, un club omnisports. C’est à la sortie de la guerre que pousseront aussi des sections football dans la presqu’île et l’arrondissement. Rimbault et Poncet fonderont l’U.S. La Baule, Ouisse et Albaret l’U.S. Pontchâteau. La Mouette Pouliguennaise, la Maris Stella du Croisic, la Loyale Paludière de Batz rejoindront les autres

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La boxe

enfant chéri des Nazairiens Si la pratique de la boxe remonte à l’Antiquité (on parlait de Pancrace ou de Pugilat), la boxe moderne, codifiée, a fait son apparition sous la période de Napoléon III, avec l’élaboration des fameuses 16 règles du Marquis de Queensbury dont les principales furent l’obligation de porter des gants, la limitation du temps des reprises (rounds) et la définition des catégories de poids. 38

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’est aux Jeux Olympiques de 1904 organisés à SaintLouis, aux USA, que cette discipline est intégrée. La boxe anglaise fit son apparition en France en 1899 et le premier combat eut pour cadre la mythique salle Wagram, à Paris, le 15 février 1903. Quant au plus ancien boxeur français de renommée mondiale, il se nomme Georges Carpentier qui devint champion de France des welters (mi-moyens) en 1911 alors qu’il n’avait que 17 ans. Il allait devenir champion du monde chez les mi-lourds en 1920.

La boxe appartient pleinement à l’histoire de Saint-Nazaire. C’est peut-être, d’ailleurs, le sport qui a le plus marqué cette ville, celui qui a toujours rassemblé le plus de monde dans un même cadre en dehors de quelques événements gymniques, notamment dans la seconde partie du XXe siècle, que ce soit sous le hangar de la Chambre de commerce ou la Soucoupe avec les Colin, Diallo, Cazeaux père et fils, Le Maitre et bien d’autres.

Il n’y a qu’une date officielle, le 12 février 1922 Quand la boxe a-t-elle fait son apparition à Saint-Nazaire ? La question mérite réflexion. En effet, il y a plusieurs hypothèses. Dans la revue « Les activités nazairiennes », datée de 1971, il est fait état de la section boxe du S.N.O.S. qui « vit le jour en 1913 sous le nom de Boxing club nazairien » à l’initiative d’un ancien boxeur professionnel, Géo Larde. Seulement, le Boxing club nazairien ne fut créé que le 12 février… 1922.

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Tennis

Du Jardin public à Coubertin Le tennis, adaptation anglaise du jeu de paume, est le deuxième sport pratiqué en France, en nombre de licenciés, derrière le football.

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’est en 1878 que fut fondé le premier club de tennis. C’était à Dinard, très chic station balnéaire d’Ille-etVilaine fréquentée à l’époque par les Britanniques. Il y a peu d’artères, à Saint-Nazaire, qui portent le nom de champions qui marquèrent l’histoire du sport local. On connaît la rue Gabriel Poulain, célèbre pistard cycliste, ou l’espace sportif Alex Guyodo, athlète qui termina au pied du podium sur 3000 m steeple aux Jeux de Londres en 1948. C’est une championne qui n’a aucun point commun avec la ville dont la rue est sans doute la plus connue des

habitants puisque siège des bureaux de la Caisse primaire d’assurance maladie, la rue Suzanne Lenglen, incontournable tenniswoman Française qui remporta à six reprises les tournois de Roland Garros et de Wimbledon entre 1919 et 1926 avant de disparaître à l’âge de 41 ans, victime d’une leucémie. Elle est, avec Géo André mort au combat en Tunisie et hurdler de qualité, ou Louison Bobet, un des rares sportifs de haut niveau non Nazairiens qui ont eu la reconnaissance de la ville.

Le Jardin Public possédait son court de tennis C’est justement à cette période que le tennis fit timidement son apparition à Saint-Nazaire. On pratiquait ce sport dès 1920 à La Baule, au Garden, au Ninon Tennis Club à Pornichet qui est un des plus anciens clubs de France, au Sporting Club de Pornic.

Ci-dessus Le collège des garçons possédait son court de tennis au début du siècle dernier (Collection Patrick Pauvert)

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Le Nantes Étudiants Club (N.E.C.) organisait déjà des tournois à Malville, boulevard des Anglais. À Saint-Nazaire, il n’existait qu’un très modeste court qui se situait au Jardin Public. Il était situé à l’emplacement actuel de l’Écomusée et de la salle Jacques Brel entre le quai de la Loire et le port d’échouage de l’époque. En 1925, dès son arrivée à la tête de la mairie, François Blancho, plus attaché à la cause sportive que son prédécesseur, Vivant-Lacour, décide de confier les intérêts de ce court et sa gérance au Sporting qui est le club référent sur la ville. Il n’est pas nécessaire d’être membre de l’association pour jouer. Il suffit de se rendre, chaque lundi, à la Maison du Ligueur, rue du Prieuré, pour retenir le court à une heure précise.

Le premier court se situait dans les Jardins de l’Entrepôt aujourd’hui disparus. (Collection de l’auteur)

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En dehors de ces horaires réservés, ce court est à la disposition de ceux qui se présentent auprès du gardien du Jardin Public. Il en coûte 4 francs de l’heure pour taper dans la balle230. Le Jardin Public avait été élaboré dès 1875 alors que le Jardin des Plantes naquit en 1887. Il s’agissait d’un espace où l’on pouvait se promener entre le bassin et la Loire. Ce lieu fut récupéré par le port pour y développer ses activités à la fin des années vingt. Ainsi, le court de tennis disparut. Mais pas la discipline.

Le court privé de Sautron accueillait les tournois

Sous la houlette du Sporting club naissent des tournois qui ont pour cadre un court privé, à Sautron. Nuss, Deniaud, Sicard, Van Den Broucke, Le Bourgeois, Créton figurent parmi les meilleurs éléments. Il y a aussi des dames. Dès 1925, lors des tournois internes du Sporting, Mlles Chauvet, Morineau, Carré, Colin faisaient les beaux jours de la section féminine.

230 - L’Ouest-Éclair. Édition de Nantes du 17 juillet 1925.

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Cela pourra paraître anodin, mais, en dehors de la gymnastique, la pratique sportive était quasiment fermée aux jeunes filles à cette époque. Le tennis fit beaucoup en leur faveur. Par contre, côté municipalité, on traînait les pieds. Le Sporting réclamait des créations de courts. Il n’en obtint point. La section vécut alors d’expédients. C’est la presse locale qui finit par s’emparer du dossier et faire en sorte qu’il revienne au goût du jour. Le chroniqueur du Courrier de Saint-Nazaire plaide la cause des joueuses et joueurs. Nous sommes en 1931. Deniaud, Delpouget, Lavallée, Le Bourgeois, Van Den Broucke, Nuss sont allés affronter l’Amicale Club Redonnais. Ils s’imposent en enlevant les deux doubles et deux simples sur trois. On commence à parler d’eux. C’est là que l’on découvre véritablement que leur seule aire d’expression est ce court privé, à Sautron. Il était situé à hauteur du local de l’octroi, là où se rejoignent toujours les rues de Pornichet et boulevard Albert 1er. Le bureau de l’octroi permettait de recueillir les taxes sur certains types de marchandises qui pénétraient dans la ville.


Le boulodrome de Plaisance

Le poumon du quartier ouest Il n’y avait pas à Saint-Nazaire, avant la guerre, uniquement une société de boules de fort, animée par l’Amicale des Angevins. À la porte d’entrée des futurs quartiers ouest de la ville existait le Club bouliste de Plaisance qui avait été créé en avril 1933.

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e fut une des deux seules associations de boules vraiment structurées sur la ville, avec celle des Angevins, avant le début des hostilités, en 1939. Le club avait pour siège ce qui fut longtemps le plus long bar nazairien, le café de Plaisance, au carrefour de l’avenue Frédéric Mistral et de la rue Jean Jacoteau. Cet établissement avait été ouvert dès 1928 soit quatre années avant l’inauguration du quartier. Il était propriété d’Émile Bince. D’ailleurs, on parlait du « Café Bince » qui fut épargné, en partie,

par les bombardements. Il demeura jusqu’au tout début de ce siècle un site particulier où les employés des entreprises, autant publiques que privées, venaient boire « un petit coup » après - ou pendant - le service puisque le café était fort difficile à localiser pour les non-initiés ce qui permettait de camoufler sans difficulté le véhicule de service… Le Club Bouliste de Plaisance possédait avec « L’ami Bince », non seulement un siège, non seulement un café, mais aussi une épicerie. À l’époque, il n’y avait aucun commerce de proximi-

té dans ce quartier qui en était à ses premiers balbutiements. L’aire de jeu était très particulière, car on y pratiquait uniquement la boule brestoise. Alfred Gaulier, 96 ans, que nous avons rencontré au printemps 2016, fut un des derniers à avoir son nom cité dans la presse à l’issue des concours, en 1938.

Ci-dessus Derrière l’alimentation et la buvette il y avait le boulodrome. (Collection France Pichon)

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Il se souvenait fort bien de ce boulodrome et de ces planches qui marquaient le territoire aux deux extrémités. On parlait, alors, de « talon ». La boule angevine ressemblait à une sorte de diabolo compact, une sphère aplatie avec un côté qui était plus fort que l’autre ce qui donna son nom à la discipline. La boule brestoise, elle, était une boule ronde, mais lourde, pouvant atteindre les 2,3 kg et 13,5 cm de diamètre. Le périmètre d’expression était sensiblement identique à celui de l’angevine, une sorte de longue gouttière avec une surface qui était relevée sur les deux bords dans le sens de la longueur. Ainsi, la boule lancée était censée revenir à chaque fois au centre de cette aire de jeu. C’est Émile Bince qui avait réalisé ce boulodrome incurvé. On pratiquait aussi cette boule bretonne sur des surfaces planes.

C’est dans les cales des navires que la « Nantaise » vit le jour La boule nantaise vit le jour, paraît-il, dans la Marine ou les Chantiers navals. On se servait des cales,

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une fois vidées de leur fret ou en cours de construction, pour y jouer lors des « temps morts ». Les cales, effectivement, avaient aussi cette forme incurvée que l’on retrouvait sur les boulodromes. La boule brestoise (ou boule bretonne) a sans doute les mêmes origines. Toutefois, le poids de la boule bretonne varie d’une région à une autre. La Nantaise et la Bretonne, jeux très populaires, étaient ceux du milieu ouvrier. Par contre, la Bretonne ne nécessitait pas un abri, contrairement à ses grandes sœurs, et le boulodrome était souvent en terre battue. Plaisance se distinguait, car son boulodrome était abrité. Il le fut jusqu’en 1942. Car si l’épicerie et le café furent épargnés par les bombes, une d’entre elles frappa le toit du boulodrome. Quand la paix revint, Émile Bince avait depuis un bout de temps cédé son affaire à sa fille, Rosalie qui, elle-même, en 1961, passait le témoin à son fils, Pascal Pichon. Ce dernier, avec son épouse, France, allait le tenir jusqu’à la disparition de ce temple de la boule, en 2005, après avoir fait agrandir le bar en 1964. Le boulodrome fut conservé jusqu’à la mort de l’établissement, mais Rosalie

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Pichon ou son fils, Pascal, décidèrent qu’il ne serait plus couvert. La boule offrait une particularité dont se souvient fort bien Alfred Gaulier. Elle était lestée par un plomb ce qui avait pour effet de modifier son centre de gravité et lui permettait des trajectoires courbes qui lui faisaient éviter les autres boules. On retrouve ce principe de nos jours avec la boule plombée de Morlaix, avec un plomb qui est incrusté d’un côté de la bande de roulement. Il permet à la boule de virer lorsque sa vitesse diminue. Le chroniqueur d’Ouest-Éclair, dans les années 30, se voulait enthousiaste en évoquant le boulodrome de Plaisance : « Joueurs et spectateurs sont tout yeux, tout oreilles pour voir la boule lancée par une main adroite qui, après avoir exécuté de savantes arabesques, ira se nicher à l’endroit choisi… Qui met les pieds dans un jeu de boules y reviendra toujours. Il ne peut oublier les moments passionnants et anxieux que l’on éprouve »240. 240 - Ouest-Éclair. 17 novembre 1938.

Les boulistes de Plaisance étaient redoutés. (Collection France Pichon)


S.N.O.S. basket

Une belle mais brève aventure Les différentes sections du S.N.O.S nées après la deuxième guerre mondiale ont connu, au fil des décennies, des parcours faits de hauts et de bas. Aucune, toutefois, a autant flirté avec le très haut niveau avant de chuter pour glisser irrémédiablement vers un modeste statut départemental.

E

n 1970, les seniors féminines du S.N.O.S. accédaient à la Nationale 1, l’actuelle Ligue féminine. Seuls les volleyeurs du S.N.V.B.A. parviendront, presque 20 ans plus tard, à se hisser au firmament national d’un sport collectif. En 2016, la génération suivante de basketteuses survivait en championnat départemental 4. Avec aucun risque de descente, car il n’y a pas plus bas… Ainsi la grande section du basket nazairien est-elle passée en l’espace de 40 années de Charybde en Scylla. Le S.N.O.S. basket était né dans la foulée de la Libération et de la créa-

tion de la maison-mère, le S.N.O.S.. C’était une section pionnière. Auparavant, basketteuses et basketteurs évoluaient sous les couleurs de la doyenne, La Nazairienne. En 1946, la nouvelle appellation était encadrée par des dirigeants déjà réputés, Pasquier, Cadoret, Maurice, Dubois. Les rencontres se déroulaient sur le terrain de l’école Jean Jaurès. Certes, les débuts, comme pour beaucoup d’autres après tant d’années de guerre, furent laborieux. Trois ans après sa naissance, le club comptait une trentaine de licenciés regroupés autour du président Y. Chaffron, et le secrétaire, Papineau.

Dès 1950, les seniors masculins commençaient à faire parler d’eux en remportant la Coupe de la Libération tandis que les féminines terminaient à la deuxième place dans leur championnat d’Excellence. Progressivement, les effectifs augmentent. André Mahé surnommé « La Belette » dirige un groupe de garçons qui va marquer progressivement l’histoire du club avec Harth, les frères Maurice, Gauthier, Fresneau, Mahé, Michel, Jonquepreire, Dasse. Les féminines, sous la houlette de Cabel, ne demeurent pas en reste avec Gauthier, Perrono, Raffin, Guihéneuf, Orgebin, Lebot, Coquard, Maufort.

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Les Nantaises feront la force des Nazairiennes Un an avant que les barricades se dressent dans la capitale, le S.N.O.S. qui se partage entre ses salles de Gambetta puis de la Berthauderie va alors vivre une courte, mais formidable épopée. Nous sommes en 1967. Pour la première fois dans l’histoire du basket régional, une équipe féminine va se hisser en championnat de France de division fédérale. C’est celle des Nazairiennes. Petit retour en arrière. Georges Harth, un des piliers de l’équipe garçons d’après-guerre, est devenu le président du S.N.O.S. basket. Il est aussi celui de la Ligue de l’Atlantique. À Nantes, le basket féminin ne rencontre pas le soutien souhaité malgré le talent des joueuses.

Georges Harth a alors le geste qui sauve. En 1965, il fait venir à Saint-Nazaire, au sein de son cher S.N.O.S., six joueuses nantaises, les meilleures bien sûr. Parmi elles, il y a Nelly Ca-

Ci-dessus et ci-contre L’équipe du S.N.O.S., en nationale 1, photographiée, ici, en mai 1971). (Collection Brigitte Lemarié)

Page précédente Un match, au début des années quatre-vingt, entre les Fréchets et le S.N.O.S. (Collection de l’auteur)

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roff qui sera, plus tard, la conseillère technique départementale. Elle s’était souvenue dans la revue municipale nazairienne, en 1992 : « dans la mesure où nous avions décidé de jouer au plus


Billard

Poupon aurait perdu la boule pour son Grand Café Le billard, à Saint-Nazaire, est indissociable de ce monument, un des rares rescapés de la seconde guerre mondiale, que fut le Grand Café, place Carnot, l’ancienne place de Nantes, devenue la place des 4 Z’Horloges.

L

e Grand Café fut construit au début des années 1880. Le premier propriétaire semble avoir été un certain Boucher. On prétend à tort qu’il fut dirigé par les parents d’Aristide Briand. En réalité, Pierre-Guillaume Briand, en 1884, était bien à la tête d’un établissement qui se situait sur le même périmètre. Il s’agissait d’une modeste structure en bois qui portait le nom de « Café Chantant »256. Le Grand Café qui était, d’ailleurs, un restaurant à l’origine ne fut jamais géré par les Briand qui n’en avaient pas les moyens. Les Briand tinrent ensuite le Café de France, rue Villès-Martin, puis le Café des Sports, rue de Saillé, avant de retourner à Nantes en 1894. Dans les années trente, c’est M. Mesa qui dirige le Grand Café. Il offre une particularité, celle d’être le champion de Saint-Nazaire de billard. 256  - Pierre Armor. Saint-Nazaire se penche sur son passé. La Résistance de l’Ouest. 1946.

Ci-dessus, à gauche Le billard fut lancé sur Saint-Nazaire par Mesa, ici en 1934. (Cliché Courrier de Saint-Nazaire)

Ci-contre Le Grand Café fut le premier siège du Billard Club Nazairien. (Collection de l’auteur)

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En 1937, le Grand Café change de main avec l’arrivée à Saint-Nazaire de la famille Poupon. Le jeune Jean-Pierre Poupon, à 6 ans, a suivi ses parents qui ignorent alors qu’ils ont engendré un champion qui, aujourd’hui encore, appartient aux plus titrés de l’histoire du sport nazairien. 85 ans en 2016, Jean-Pierre Poupon, toujours nazairien, installé dans ce qui fut, rue Ferdinand Buisson, le café Carnot qu’il dirigea, se souvient encore. « Quand nous sommes arrivés au Grand Café, il y avait la salle de billard au premier étage. Il s’agissait, bien sûr, de billards français ».

Au premier étage de l’établissement, deux billards ont été installés par Mesa. Il est probable que cette décision fut prise quand la première association nazairienne de billard naquit. La Société amicale des amateurs de billard fut déclarée le 21 octobre 1932. Son siège, tout naturellement, fut le Grand Café. Il y eut très vite un réel engouement autour de la nouvelle association. Dès 1932 a lieu une rencontre entre les deux académies de Saint-Nazaire et de La Baule. Le championnat débute le vendredi 9 décembre 1932. La société nazairienne engage 60 joueurs. Mesa est en deuxième série. En première figurent ceux qui vont marquer le billard nazairien d’avant-guerre, Durbec, David, Couët, Lagrange, Créton, Leprêtre, Hoffmann, Hervo, Fredy’s, Dugué, Leborgne, Toury257. 257  - Le Courrier de Saint-Nazaire. Décembre 1932. Archives départementales 44.

Ci-dessus, en haut, et page de gauche, en haut Jean-Pierre Poupon participa à un championnat du monde. (Collection Jean-Pierre Poupon)

Ci-dessus, en bas, et ci-contre Le jeune Poupon, en championnat, sous le regard du juge au cigare. (Collection Jean-Pierre Poupon)

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Motocyclisme

Pontézières, moto-cross et loterie nationale La période de l’entre-deux-guerres fut particulièrement riche sur Saint-Nazaire pour les sports mécaniques et, en particulier, pour le motocyclisme.

O

n considère que la plus ancienne moto du monde fut conçue par un certain Perreaux qui la fit breveter en 1869, l’avant-dernière année du règne de Napoléon III. Elle fonctionnait à vapeur. Avec, en 1896, l’apparition d’une boîte de vitesses à quatre rapports, va naître le sport motocycliste. Le 20 septembre de la même année la première course de motos est disputée en France avec 8 pilotes qui s’affrontèrent sur le parcours Paris-Mantes-Paris.

L’engouement pour la moto en général gagnera Saint-Nazaire dans les années qui suivent la fin du premier conflit mondial. En mai 1922 est mis sur pied le premier Bol d’Or de l’histoire et, deux ans plus tard, en septembre 1924, est créé le Moto Club Nazairien. Il s’agit d’une association très bourgeoise puisque le premier président, Horveno, est un avocat, le vice-président, Serré, un médecin, le secrétaire, Ramboing, un industriel, et le trésorier, Marchand, un huissier. Il est vrai que la pratique de la moto n’est pas, à cette époque, à la portée de toutes les bourses.

Le jeune club adoptera les couleurs violet et orange276 Le siège social sera tout naturellement chez le président, au 60, rue Villès-Martin. À sa naissance, le club compte 9 motocyclistes et cyclecaristes. 276  - L’Avenir, septembre 1924. Archives départementales 44.

Ci-dessous Le Moto club, en 1960. (Collection MCN)

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Les cyclecars, d’origine britannique, étaient des véhicules à trois roues. Quelques mois plus tard, lors de sa première assemblée générale, l’association regroupera déjà une soixantaine d’adhérents. La cotisation est de 30 francs. Le M.C.N. va faire preuve d’un étonnant dynamisme. Dès janvier 1925, il organisera une première sortie qui mènera les membres en direction d’Herbignac. Puis, en avril, c’est au tour de la Côte d’Amour d’accueillir le cortège des motards. Les départs des sorties sont donnés du Grand Café ou du café Bouquet, 8, rue Villès-Martin. Les dames, comportement novateur pour l’époque, sont très présentes dans le club. Le mari et son épouse ne paieront, d’ailleurs, qu’une seule cotisation au lieu de deux.

quatre ou cinq reprises un circuit nazairien de 105 kilomètres. Il parviendra, finalement, à réaliser quatre tours dans un brouillard intense le matin, en franchissant 40 passages à niveau (il fut bloqué 15 minutes à Penhoët par la manœuvre d’un train) et en poussant sa moto à pied durant 1,5 kilomètre à chaque tour pour traverser une grande foire à Pontchâteau. Au moment des comptes, il aura parcouru 420 kilomètres en 8 h 38 soit une moyenne de 49 kmh. Ce record aura une suite. En effet, sera organisée une réplique de cette épreuve qui portera le nom de « Circuit Pontézières ». En 1927, le départ du circuit modifié sera donné de La Baule le 10 juillet, période plus propice au niveau météorologique. Cela n’empêchera pas Pontézières d’affronter 100 km de routes défoncées et 80 passages à niveau. À l’arrivée,

le pilote, qui est aussi un homme d’affaires, proposera à la vente 30 bicyclettes de type Rochester278.

La belle santé du Moto club nazairien, ne va pas diminuer

Le lundi de Pâques, en cette année 1925, le club nazairien sera le premier supporter de Pontézières. Ce dernier était fabricant de cycles, au Petit-Bois, au Pouliguen. Mais il était aussi Nazairien et avait été un des grands coureurs cyclistes du Vélo Sport de Prézégat. Agent de la moto Rhône, une 2 CV de type populaire à 1 595 francs277, il va tenter de boucler à

En 1931 est donné le départ d’une course de régularité sur une distance de 120 km. Il s’agit pour les pilotes de respecter les moyennes imposées par les organisateurs. À ce petit jeu, Perraud se montrera le plus malin devant Coffournic et Cordier. Mais ce n’est pas une première. Dès 1926, une épreuve de ce type qui portait le nom de « Challenge de la presse nazairienne » avait été créée, ouverte aux motos, side-cars et cyclecars. Perrot a succédé à Horveno à la tête du club. Le M.C.N. découvre le Parc des Sports en 1932. Il y organise un gymkhana masculin et féminin sur la pelouse du vélodrome. Les clubs motocyclistes de Nantes et d’Anjou sont invités. Le succès populaire est énorme. Le 7 mai 1933, le gymkhana sera renouvelé. Il obtiendra un soutien égal à celui de l’année précédente. Pontézières, toujours là, Pézeron, le champion du Vélo Club Nazairien, doivent être les stars de l’après-midi avec une exhibition de demi-fond derrière une moto commerciale. Mais

277  - L’Écho de la Presqu’île. 1925. Archives départementales 44.

278  - Courrier de Saint-Nazaire. Juillet 1927. Archives départementales 44.

Les passages à niveau de Pontézières

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Sport et guerre

Guerre 39-45

Un gigantesque traumatisme « Le maréchal Pétain m’a confié la mission de faire une jeunesse robuste à l’âme bien trempée et à reclasser notre pays au rang des grandes nations sportives ».

C

’est par ces mots que Jean Borotra, l’ancien champion de ten n is, prend ses fonctions à la tête du tout nouveau Commissariat général de l’éducation générale et sportive le 7 août 1940304. La France est encore traumatisée par ce début de guerre qui l’a vue baisser pavillon. Progressivement, le régime de Vichy se met en place avec cette idéologie nouvelle, la Révolution Nationale qui a pour objectif, comme son nom l’indique, de révolutionner la société française. Le sport, bien entendu, est une priorité. Sous le régime de Vichy, la pratique sportive sera fortement encouragée chez les jeunes avec, derrière, toujours ce concept qui veut que plus on est fort physiquement, mieux on peut se mettre au service de la Patrie. Toutefois, les associations seront extrêmement surveillées et le professionnalisme banni dès 1940 pour le tennis et la lutte. Le cyclisme, le football, la boxe, notamment, obtiendront un sursis. Des fédérations seront également spoliées comme l’U.F.O.L.E.P. ou l’U.S.E.P.. Malgré cela, malgré l’occupation, la pratique sportive se développera considérablement pendant le régime de Vichy. Le nombre de pratiquants chez les féminines sera pratiquement multiplié par deux sous Pétain avec, entre autres, un véritable engouement pour le basket-ball et l’athlétisme. Le sport aura été vécu de manière fort différente en fonction des villes qui étaient plus ou moins exposées aux événements. À Saint-Nazaire, cette pratique fut particulièrement com304 - Discours d’investiture de Jean Borotra dans Le Sport, ta joie, ta santé. Charles Tardieu. 1940.

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tain chiffre fixé d’après l’importance des effectifs scolaires305. Le projet est ambitieux puisqu’il prévoit pour les communes des terrains de jeux et des bassins de natation pour les enfants de toutes les écoles publiques ou écoles privées. D’autre part, les communes doivent prendre l’engagement de mettre les installations à la disposition de toutes les sociétés de sport agréées de la localité lorsque les installations ne sont pas utilisées par les enfants de ces écoles. Elles doivent faire l’apport des terrains. Toutefois, il leur est possible, si elles ne sont pas propriétaires, d’établir une location via un bail d’une durée minimum de 18 ans 306. On utilise les grands moyens.

7 heures de sport sont imposées aux élèves par semaine

plexe, se dégradant au fil des années de guerre pour ne plus exister une fois la ville rasée. Le programme imposé aux communes par le Commissariat général à l’éducation et aux sports va rencontrer très vite des problèmes liés au contexte particulier dans lequel se trouve la cité nazairienne. Dès mars 1941, le préfet de la Loire-Inférieure demande aux maires d’étudier la création de terrains d’éducation physique destinés aux enfants des écoles. Ces projets sont censés être subventionnés à hauteur de 80 % par l’État. À condition de ne pas dépasser un cer-

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Dès 1941, le Commissariat général à l’éducation et aux sports lance un appel pour recenser les installations sportives. « L’attention des propriétaires, locataires et usagers d’installations sportives de toutes natures est attirée de la façon la plus pressante sur les dispositions de loi du 26 mai 1941 qui prescrit le recensement de ces installations et qui fixe au 1er janvier 1942 la date limite à laquelle devront être faites les déclarations », peut-on lire dans les mairies. Passé ce délai, les contrevenants sont passibles de poursuites judiciaires. Il s’agit d’établir l’inventaire national des ressources sportives du pays. 305  - Courrier aux maires du département. Préfet de Loire-Inférieure. 19 mars 1941. Archives départementales 44. 306  - Courrier aux maires du département. Préfet de Loire-Inférieure. 3 janvier 1941. Archives départementales 44.


Il y a urgence. Car un nouveau planning sportif doit être effectif dès la rentrée scolaire 1941. Le programme d’éducation physique impose un minimum de 7 heures de sport par se-

maine aux élèves. Bien entendu, en cette période de guerre, les pénuries de matériaux et les difficultés financières des communes freinent les projets. Aussi, le Commissariat général

Ci-dessus et page de gauche Le Serment de l’athlète sera une véritable institution sous Pétain. (Collection de l’auteur)

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Lycées et collèges

Le sport scolaire

doit beaucoup au Front populaire La pénétration du sport dans les établissements scolaires est pratiquement aussi âgée que la naissance de l’Union vélocipédique de France (1881) ou celle de l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (1889) qui furent les détonateurs du développement du vaste mouvement sportif dès la fin du XIXe siècle.

L

e sport était déjà très développé dans les lycées, collèges ou universités anglais quand la IIIe République succéda à l’Empire. La France était en retard et des hommes comme Pierre de Coubertin qui avait découvert cette pratique out re-Ma nche f u rent persuadés que la montée en puissance du sport en France passait forcément par son implantation dans les lycées et collèges, autrement dit là où se trouvaient les enfants de la bourgeoisie. Ce sont, d’ailleurs, des lycéens qui furent à l’origine en 1882 de la création du Racing club de France ce à quoi d’autres lycéens répondirent en 1883 en donnant naissance au Stade Français. Parallèlement, un homme, Paschal Grousset, s’opposait à l’élitisme défendu par Coubertin ou Georges de Saint-Clair, en prêchant pour une éducation sportive de masse qui devait toucher en priorité les écoles dites primaires qui étaient fréquentées par les couches populaires. Paschal Grousset qui fut membre de la Commune ce qui lui valut d’être déporté après l’écrasement de cette dernière, créa, en 1888, la Ligue nationale d’éducation physique qui rejetait tout simplement la compétition sportive ce qui fait que Coubertin le méprisait profondément.

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Grousset est considéré comme le père des Lendits, ces rassemblements sportifs scolaires qui débutèrent à Bordeaux le 12 mai 1890 et regroupèrent une douzaine de disciplines même si la première organisation fut, en réalité, l’œuvre d’un médecin, Philippe Tissié, opposé à la notion de compétition et adepte des jeux traditionnels en plein air. Ces manifestations sportives de masse viennent ainsi s’opposer aux épreuves de gymnastique qui, à la fin du XIXe siècle, étaient encore aux mains des militaires. Les Lendits, interdits en 1903, resurgirent

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à l’aube du Front Populaire. L’U.S.E.P. (Union sportive de l’enseignement du 1er degré) les porta jusque vers 1960 puis ils retombèrent dans l’oubli. Le principe du sport à l’école mit du temps avant d’être v ra i ment compr is. Au contraire, dans les lycées et collèges, son développement était, certes, apprécié à sa juste valeur, mais en dehors du contexte des établissements. Ce sont donc les clubs civils qui vont profiter de cet élan. En 1887, Georges de SaintClair fonde l’U.S.F.C.P. (Union des sociétés françaises de course à pied) dont le but est de promouvoir des associations sportives dans les établissements du secondaire. Cette union deviendra, en janvier 1889, l’Union des sociétés françaises de sports athlétiques (U.S.F.S.A.). Ce Suisse d’origine en sera le président et il s’entourera des pionniers du mouvement sportif moderne que furent Pierre de Coubertin, Jules Marcadet, Charles Brennus ou François Reichel, ancien joueur de rugby du Racing et dont le nom est toujours associé à une catégorie de jeunes joueurs dans l’ovalie. Ci-dessus Léon Bérard définira le sport scolaire dans le cadre de l’instruction publique. (Collection de l’auteur)


En 1914, il n’y avait que 200 associations scolaires en France Le sport scolaire, au XIXe siècle, c’est avant tout la course à pied. L’introduction du football-rugby s’effectuera plus tard. Déjà sous Napoléon III, on évoquait le sport scolaire, mais à travers une discipline unique, la gymnastique. Dès le 3 février 1869, une circulaire avait été adressée aux préfets « sur l’installation dans les écoles normales primaires et dans les écoles primaires du matériel nécessaire pour l’enseignement de la gymnastique »333. Il s’agissait des agrès. Quelques semaines plus tard, les préfets recevaient un manuel pour l’application des programmes gymniques en milieu scolaire. À la déclaration de guerre, en 1914, on compte un peu moins de 200 associations scolaires à vocation sportive alors qu’il y a environ 1 650 clubs civils. Il faudra attendre le début des années 1920 et la nomination de Léon Bérard comme ministre de l’Instruction publique pour que le sport scolaire soit clairement défini. Dans un rapport au Président de la République, Léon Bérard propose que les instituteurs et institutrices effectuent des stages d’éducation physique pendant les « grandes vacances »334. Imaginez cela de nos jours !… Léon Bérard définit clairement les programmes des cours préparatoires aux cours moyens. Cela oscille, pour les 6-7 ans, entre des petits jeux collectifs, des jeux respiratoires, et des mouvements éducatifs combinés, des exercices et jeux collectifs, de la natation, etc... 333  - Textes officiels régissant l’E.P. en France. Projet Demeny. 334  - Journal Officiel, ministère de l’Instruction Publique et des Beaux Arts. Léon Bérard. 9 mai 1923.

Ci-dessus Les sportifs du S.N.O.S. seront toujours associés à l’U.F.O.L.E.P, notamment ceux de la section athlétisme. (Collection de l’auteur)

Ci-contre Léo Lagrange et Jean Zay seront à l’origine du brevet sportif. (Collection de l’auteur)

Le sport scolaire est enfin institutionnalisé et nul doute que les élèves auront apprécié cette décision de Léon Bérard beaucoup plus qu’une autre dont il est aussi le père, l’obligation d’apprendre le latin dès la 6e… Toutefois, le sport scolaire demeurera restrictif pour les jeunes filles durant encore quelques années, le sport féminin ne devant pas être exposé en public et certaines disciplines n’étant pas autorisées à leur sexe. C’est à cette époque que naîtra un grand mouvement sportif issu de la Ligue Française de l’enseignement et de l’éducation permanente qui avait été créée en 1868, sous Napoléon 3, par Jean Macé, en l’occurrence l’U.F.O.L.E.P. (Union française des œuvres laïques d’éducation physique) qui vit le jour en 1928. Plus tard, la même ligue sera à l’origine, en 1939, de l’U.S.E.P. (Union sportive de l’enseignement du 1er degré) qui jouera un rôle très important dans l’éducation sportive scolaire. L’U.F.O.L.E.P., première fédération française affinitaire, sera très présente à Saint-Nazaire après la Libération par le biais du S.N.O.S.. Un championnat de France d’athlétisme U.F.O.L.E.P. aura même lieu en 1967. Ce sera le premier grand événement organisé sur la nouvelle piste, au pied de la Soucoupe. Alors qu’en 1931 l’Office du sport universitaire (O.S.U) voit le jour, c’est le Front populaire qui va booster le sport scolaire avec une petite révolution, le sport étant désormais placé sous le contrôle de professeurs d’éducation physique (E.P.). Les associations sportives scolaires qui avaient été officialisées par les circulaires de 1923 (Léon Bérard) ne prenaient pas en compte l’existence des enseignants d’E.P.. Ce sont des comités sportifs

d’Académie qui géraient les compétitions scolaires et parrainaient la création de ces associations scolaires. Le Front populaire c’est avant tout la démocratisation des pratiques qu’elles soient culturelles ou sportives. C’est l’omniprésence de la F.S.G.T. (Fédération sportive et gymnique du travail) qui a pour objectif de privilégier le sport de masse et non pas le sport d’élite. Son nombre de licenciés passera de 42 000 en 1935 à 102 000 en 1936. Le Front populaire ne durera que deux ans, du 4 juin 1936 avec la nomination de Léon Blum à la présidence du conseil des ministres, à avril 1938.

Le Front populaire sera à l’origine du Brevet sportif

Jean Zay et Léo Lagrange sont respectivement ministre de l’Éducation nationale et des Beaux-Arts et sous-secrétaire d’État des Loisirs et des Sports au ministère de la Santé publique. Les deux hommes seront à l’origine du Brevet sportif populaire (la première cession eut lieu le 22 mai 1937). Cette année-là, l’âge de la scolarité obligatoire sera repoussé à 14 ans. Dans le primaire, cinq heures d’éducation physique par semaine sont imposées par Pierre Désarnaulds

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La Presse sportive

Le premier numéro sortit en 1854 La presse sportive n’est pas née en 1946 avec la sortie du premier numéro du quotidien l’Équipe. D’ailleurs, ce dernier prenait la succession de l’Auto dont la parution avait cessé en 1944, le journal étant considéré comme ayant été un peu trop proche de l’occupant…

L

e quotidien l’Auto, créé en 1903, année où son rédacteur en chef, Henri Desgrange, décidait de lancer la première édition cycliste du Tour de France, avait porté un autre nom durant trois autres années, l’Auto-Vélo. En vérité, la presse sportive, en France, remonte à l’époque de Napoléon III. Elle avait pourtant, déjà, une vingtaine d’années de retard sur celle des Britanniques. C’est justement au contact de ces derniers qu’Eugène Chapus lança le premier journal consacré aux sports en France. Il portait, tout naturellement, le nom de « Le sport ». Le premier numéro sortit des presses en 1854. Le titre était consacré au canotage, à l’équitation, à la boxe française et à la boxe anglaise, au jeu de paume, à la natation, aux jeux de boules, au tir à l’arbalète.

Sous Napoléon III toujours, sera aussi lancé un hebdomadaire, « Le Yacht », qui, dès 1867, se consacrera aux régates, mais aussi aux lignes maritimes. Les articles sur Saint-Nazaire, dans les deux domaines, seront multiples. C’est sous la IIIe République que la presse sportive connaîtra un essor fulg urant avec quantité d’hebdomadaires ou mensuels qui accompagneront la montée en puissance du sport et, plus spécialement, des disciplines que les gouver nements successi fs propulseront avec toujours en tête cet esprit de revanche après la débâcle de Sedan. Ainsi naquit en 1886 « La Gymnastique », un hebdomadaire consacré à la… Gymnastique, mais aussi au tir et à l’escrime. Le « Moniteur Officiel de la Gymnastique et de l’Escrime » verra le jour en 1884. Mais pour faire un bon

soldat, il faut aussi savoir monter à cheval. Le « Sport Universel Illustré », organe de la fédération équestre, sera diffusé dès 1895. Toutefois, il y a aussi, dès la fin du XIXe siècle, une pratique sportive qui se développe rapidement. Elle a le mérite de toucher toutes les couches de la population. Il existe un véritable engouement pour la bicyclette. « La Pédale », « Vélo Sport », « La Bicyclette » (en 1885), « Le Sport Vélocipédique » vont se faire concurrence. Tout comme Eugène Chapus peut être considéré comme le premier reporter sportif français, Jules Beau (18641932), passionné de vélo, deviendra, dès 1895, en collaborant à « La Bicyclette », le premier photographe de sport. C’est lui qui couvrira les reportages photographiques dès 1898, de « La Vie au Grand Air », première revue illustrée de tous les sports et qui disparaîtra en 1922.

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Les revues sont créatrices d’événements Cette presse, à la fin du XIXe siècle, sera aussi l’organisatrice des grands événements sportifs. Bordeaux-Paris en 1891, Paris-Brest-Paris en 1891, le Tour de France automobile en 1889. Le marathon de Paris en 1896, Paris-Belfort à la marche, seront autant de réalisations qui seront nées dans la tête des rédacteurs en chef de l’époque, en particulier dans celle de Pierre Giffard qui était, en 1892, à la tête de « Vélo », organe qui fut le premier quotidien sportif français. C’est à Pierre Giffard qui avait demandé à son pâtissier de réaliser un gâteau en forme de roue de vélo que l’on doit cette célèbre pâtisserie qu’est le Paris-Brest. Mais il n’y a pas que les mensuels, hebdomadaires ou quotidiens

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nationaux et spécialisés qui accompagnèrent les premiers balbutiements du mouvement sportif et sa vulgarisation progressive. La presse régionale, la presse locale, très abondante au XIXe siècle et durant la première partie du XXe siècle, ont aussi joué un rôle déterminant dans l’évolution de la pratique en se faisant l’écho de la vie des sociétés sportives des villes, cantons ou départements où les journaux étaient implantés.

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Ci-dessus Entre quotidiens et hebdomadaires, les Nazairiens avaient un vaste choix. (Collection de l’auteur)

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Illustration : Marcel Pleidel, en position de tir, au Plessis (Photo Michel Audrain - Collection Jeannine Pleidel)

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Le jeune Jean-Pierre Poupon, en championnat de billard, sous le regard du juge au cigare. (Collection Jean-Pierre Poupon)


Impression Pixartprinting - Réalisation Tanguy Sénéchal

Un insigne ancien du M.C.N. (Moto Club Nazairien), qui était fixé à l’avant des motos.

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100 ans de sport à Saint-Nazaire (partie 2/2)

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