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AVRIL 2021 - TRIMESTRIEL 1,88 € - ISSN : 0154-8530

MAGAZINE DE PRÉVENTION SANTÉ - N°349

GILLES LAZIMI

« La pandémie et les confinements ont accentué les violences faites aux femmes »

CHIRURGIE DE L'OBÉSITÉ

L'opération miracle ?

V OYA G E AU CŒUR DES POUMONS


ÉDITO

U

n an après le choc du premier confinement, on peut mesurer l’impact de la pandémie sur notre quotidien. Certaines nouvelles habitudes font désormais partie de nos vies. En portant régulièrement un masque, nous avons redécouvert le rôle essentiel de la respiration et de notre système pulmonaire, que le coronavirus affecte directement. Profitons-en pour voyager au cœur de nos si précieux poumons, une formidable machine décrite dans notre dossier (p. 14). Désormais, nous nous frottons consciencieusement les mains avec du savon ou du gel hydroalcoolique plusieurs fois par jour. Ce geste « barrière » bien ancré est devenu incontournable. Si, aujourd’hui, il est reconnu que le lavage des mains joue un rôle essentiel dans la prévention des infections, cela n’a pas toujours été le cas dans l’histoire (p. 21). Cette crise sanitaire aura aussi révélé une insupportable réalité. « La pandémie et les confinements ont accentué les violences faites aux femmes », constate Gilles Lazimi, médecin et membre du conseil d’administration d’ONU Femmes France. Si des efforts ont été faits pour alerter le grand public et lutter contre ce fléau, le chemin vers une prise en charge complète de ces femmes reste encore long, explique-t-il dans un entretien accordé à Mutualistes (p. 10). Autre retentissement sur nos modes de vie, de nombreux Français éprouvent le besoin de se reconnecter à la terre et à ses richesses. Mouvement né il y a 50 ans, le wwoofing consiste à donner un coup de main dans les fermes biologiques en échange du gîte et du couvert. De plus en plus de jeunes (mais pas seulement) tentent cette expérience afin de vivre une véritable aventure humaine et solidaire (p. 23). À ce retour à la nature peut s’ajouter le désir de prendre soin de soi. À lire dans ce nouveau numéro : toutes nos recommandations sur la chirurgie de l’obésité, une intervention loin d’être anodine (p. 6), ou encore sur les fondements de la méthode Pilates, inventée pour lutter contre la sédentarité et renforcer les muscles profonds (p. 18). Enfin, encore surréaliste il y a quelques années, l’utilisation de casques 3D pour soulager les patients se développe dans de nombreux hôpitaux : « On sait aujourd’hui que cette méthode permet de réduire considérablement le stress et la douleur », témoigne un cadre de santé d’un centre de lutte contre le cancer. Avec la réalité virtuelle, les doses de médicaments antalgiques, voire de produits anesthésiants, diminuent (p. 12). Un aperçu du monde de demain ?

La rédaction

Mutualistes, n° 349, avril, mai, juin 2021. Trimestriel d’informations mutualistes et sociales édité par Ciem, Coopérative d’information et d’édition mutualiste, pour Utema (organisme régi par le Code de la mutualité). 12, rue de l’Église, 75015 Paris. Tél. 01 44 49 61 00. Ciem.fr. • Directeur de la publication : Gérard Quittard, président de la Ciem.• Directeur délégué aux publications : Philippe Marchal, administrateur. • Directrice des rédactions : Laurence Hamon, directrice générale de la Ciem. • Rédactrice en chef : Anne-Sophie Prévost. • Secrétaire de rédaction : Samuel Neal • Rédacteurs : Catherine Chausseray, Isabelle Coston, Delphine Delarue, Benoît Saint-Sever, Léa Vandeputte et Aliisa Waltari. • Réalisation graphique : Delphine Colas. • Impression : Maury Imprimeur SAS, rue du Général-Patton, ZI, 45330 Malesherbes. • Couverture © Shutterstock. Ce numéro 349 de « Mutualistes, Objectif et Action » de 24 pages comprend : une couverture et quatre pages spéciales (3, 4, 5 et 6) pour la Mutuelle Saint-Aubannaise ; une couverture et trois pages spéciales (3, 4 et 5) pour la Memf ; une couverture et neuf pages spéciales (2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9 et 10) pour la MCA ; une couverture et sept pages spéciales (3, 4, 5, 6, 7, 8 et 9) pour MIP. Commission paritaire : 0723 M. 06546. Dépôt légal : avril 2021. © Mutualistes, Objectif et Action, 2020. Reproduction interdite sans autorisation. Origine du papier : Leipzig (Allemagne) • Taux de fibres recyclées : 100 % Ce magazine est imprimé avec des encres blanches sur un papier porteur de l’écolabel européen et de l’écolabel allemand Ange bleu (der Blaue Engel). « Eutrophisation » ou « Impact de l’eau » : PTot 0,002 kg/tonne de papier. Prix du numéro : 1,88 €. Abonnement annuel : 7,50 € (4 numéros par an) à souscrire auprès de la Ciem, 12, rue de l’Église, 75015 Paris.

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MUTUALISTES 349


14-17

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Sommaire 4-5 // ACTUALITÉ 6-8 // MÉDECINE

Chirurgie de l’obésité :

13 // PSYCHO

Je parle tout seul : est-ce grave ?

l’opération miracle ?

9 // PRÉVENTION En finir avec la sécheresse oculaire 10-11 // ENTRETIEN

12 // INNOVATION La réalité virtuelle pour soulager les douleurs et l’anxiété à l’hôpital

Diabète :

une appli mobile très utile 21 // HISTOIRE

14-17 // DOSSIER

Voyage au cœur des poumons

Gilles Lazimi :

« La pandémie et les confinements ont accentué les violences faites aux femmes »

20 // WEB

Le lavage des mains : un geste très récent 22 // VIE PRATIQUE

MaPrimeRénov’ : ce qu’il faut savoir

18 // SPORT Aux origines de la méthode Pilates

23 // S’ENGAGER

19 // SENIOR Connaissez-vous la presbyphonie ?

voyager autrement pour revenir aux sources

Le wwoofing :

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ACTUALITÉ

53 %

Dans le cadre du dispositif « 100 % santé », 53 % des prothèses dentaires ont été  intégralement prises en charge par l’Assurance  maladie et les complémentaires santé en 2020. Par ailleurs, 21 % des autres prothèses dentaires  entraient dans un panier de soins « à reste à charge  modéré ». Les résultats sont en revanche moins  bons concernant l’optique, puisque seuls 14 % des verres et 12 % à 13 % des montures vendues  entraient dans le panier gratuit, regrettait Franck von Lennep, le directeur de la Sécurité sociale, jeudi 4 mars lors d’une conférence de presse. Quant aux audioprothèses, remboursées  entièrement depuis le 1er janvier 2021, « les premières tendances sont positives »,  avec « une forte hausse du taux de recours  en janvier », a-t-il précisé.

7 millions de Français

souffrent d’obésité En France, 7 millions de personnes sont en situation d’obésité, soit environ 15 % de la population (contre 5,3 % en 1981), selon un sondage Odoxa publié le 4 mars à l’occasion de la Journée mondiale contre l’obésité. Cette vaste étude menée pour la Ligue contre l’obésité avait surtout pour objectif de révéler les discriminations dont ces personnes sont très souvent la cible. Les jeunes sont ceux qui en sont le plus victimes. Ainsi, 45 % des 18-24 ans en situation d’obésité, et surtout 47 % des jeunes femmes concernées, disent en avoir déjà fait les frais. « Cela représente une dizaine de points de plus que la moyenne des jeunes en général et des jeunes femmes en particulier », souligne la ligue, qui précise que 54 % des jeunes filles en surpoids âgées de 14 à 17 ans en souffrent. Les discriminations s’exercent partout, aussi bien dans la sphère publique que privée, et même dans le milieu médical, dénoncent les auteurs de l’enquête.

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MUTUALISTES 349

Cannabis « récréatif » : la consultation citoyenne pour une législation moins répressive

La consultation citoyenne sur l’usage du cannabis récréatif s’est achevée le 28 février 2021 sur un constat  sans appel : plus de neuf répondants  sur dix au questionnaire en ligne (92,07 %) jugent inefficace le système  répressif actuel, et huit sondés sur dix  (80,80 %) se prononcent en faveur  de la légalisation du cannabis.  Moins d’une personne sur cent  (0,82 %) est favorable au maintien  de la législation en vigueur, 4,56 %  sont pour son durcissement et  13,82 % pour la dépénalisation.  Sur les 253 194 Français qui ont  répondu au questionnaire mis  en ligne, environ un tiers (30,86 %)  déclarait consommer régulièrement  ou tous les jours du cannabis, soit  la même proportion de répondants  que ceux n’en consommant jamais  (30,80 %).


La Fondation pour la recherche sur l’endométriose est née C’est un grand pas vers la reconnaissance d’une maladie qui touche plus  de 2 millions de femmes en âge de procréer en France : une fondation  de recherche exclusivement dédiée à l’endométriose a vu le jour le 1er mars 2021, sous l’égide de la Fondation pour la recherche médicale (FRM).  L’association ENDOmind, qui est à l’origine de sa création, espère donner  ainsi un coup de pouce à la recherche et voir enfin la mise en place  de traitements innovants, de nouveaux outils de diagnostic et de solutions  contre la douleur qu’entraîne cette pathologie encore incurable. Pour en savoir plus : Fondation-endometriose.org.

Le service civique pour lutter contre la solitude des seniors

Santé mentale :

la Mutualité française mobilisée

Elle était « le parent pauvre des politiques publiques », mais avec la pandémie, la santé mentale des Français est devenue un sujet brûlant et une préoccupation majeure pour le gouvernement, qui annonce d’ailleurs la mise en place d’Assises de la psychiatrie  et de la santé mentale avant l’été. Pour nourrir les débats, la Mutualité française mobilise son « Lab-Place de la santé »  sous forme de workshops internes. Elle consacrera aussi, mi-juin, son observatoire Place de la santé 2021 à la santé mentale, qui « en France, rappelle-t-elle, est le premier poste de dépenses de l’Assurance  maladie ».

Dès le premier semestre 2021,  45 000 personnes âgées isolées seront  soutenues par 2 000 jeunes volontaires, a promis le gouvernement, qui lance le Service civique solidarité seniors. Ce dispositif qui vise à renforcer les liens entre  les générations sera déployé  dans toutes les régions  métropolitaines ainsi qu’à La Réunion.  Au total, ils seront 10 000 jeunes, d’ici  les trois prochaines années, qui  accompagneront 300 000 personnes  isolées.

Photos : @Shutterstock

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MÉDECINE ANNEAU GASTRIQUE

Chirurgie de l’obésité : l’opération miracle ? Considérée comme l’opération de la dernière chance par de nombreuses personnes obèses, la chirurgie bariatrique est une intervention lourde loin d’être anodine. Si ses résultats sont avérés sur la perte de poids et l’amélioration de la santé des patients, elle induit un véritable bouleversement de leur façon de vivre et de leur perception de soi. Et pour que les résultats restent durables, un accompagnement pluridisciplinaire et régulier doit être mis en place.

« Depuis la pose de mon anneau il y a un an et demi, j’ai perdu presque 40 kilos, explique Marion, 42 ans. C’est beaucoup en peu de temps. Je commence à peine à apprivoiser mon nouveau physique et à me sentir mieux. » Après plusieurs régimes successifs et autant d’échecs, la jeune femme s’est décidée à sauter le pas de la chirurgie bariatrique sur les conseils de son médecin traitant. « J’avais des problèmes de santé associés, je faisais de l’hypertension et j’étais essoufflée au moindre effort », ajoute-t-elle. Si, désormais, Marion va bien et reprend goût à la vie, son parcours a été long et difficile. La chirurgie de l’obésité, qui concerne plus de 60 000 personnes chaque année en France, est loin d’être une promenade de santé. Pour commencer, « elle se prépare au minimum pendant six mois, précise le docteur Marie-Cécile Blanchet, chirurgien viscéral et digestif, spécialisée dans l’obésité au Centre lyonnais de chirurgie digestive. Il faut prendre le temps d’évaluer le patient à la fois sur son profil comportemental au niveau alimentaire, sur ses antécédents médicaux, son état psychologique mais aussi sur sa capacité de suivi et de compréhension de ce qu’implique ce type d’opération. »

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Anneau gastrique

Aliments

Boîtier sous-cutané abdominal

BY-PASS GASTRIQUE Poche gastrique

Aliments

By-pass

SLEEVE Estomac restant

Partie de l'estomac retirée


de la population adulte est obèse en France, selon le ministère de la Santé.

L’anneau gastrique

Aujourd’hui, trois principales techniques sont pratiquées en France. Elles sont réservées aux personnes qui ont épuisé toutes les autres formes de traitement, dont l’obésité est ancienne, et l’indice de masse corporelle (IMC) supérieur à 40 (voir encadré). Sont aussi concernés ceux dont l’IMC se situe entre 35 et 40 et qui souffrent de complications liées à leur surpoids (hypertension artérielle, diabète, problèmes articulaires, troubles et apnées du sommeil…).  La première technique, l’anneau gastrique, consiste « à placer un anneau autour de l’estomac afin de réduire son volume, ce qui permet d’obtenir rapidement la satiété et d’arriver à une perte de poids, explique le docteur Blanchet. Le gros avantage de cette technique : elle est peu risquée et réversible. En cas de complications ou de reprise de poids, on peut retirer l’anneau sans que l’anatomie soit modifiée ». Avec cette méthode, la digestion n’est pas perturbée, mais des effets secondaires tels que des vomissements peuvent être fréquents, en particulier si les modifications du comportement alimentaire ne sont pas respectées. 

By-pass gastrique et sleeve

Deuxième technique : le by-pass gastrique, ou court-circuit gastrique, modifie le circuit alimentaire classique de la digestion. Le chirurgien commence par isoler une grande partie de l’estomac. La petite poche ainsi créée est ensuite directement « raccordée » à l’intestin par une suture. La perte de poids est également rapide, mais ce système entraîne une malabsorption des aliments et donc un risque de carence en l’absence de supplémentation en vitamines et de suivi nutritionnel régulier. « Cette méthode est plus risquée en postopératoire immédiat, parce que le patient peut faire une fuite ou une hémorragie sur les coutures [fistule] », précise Marie-Cécile Blanchet. De plus, ces lésions sont très longues à cicatriser. La troisième technique chirurgicale est la sleeve gastrectomie. C’est aujourd’hui l’intervention la plus pratiquée en France. Elle est également plus risquée que l’anneau et, comme le

Un rééquilibrage alimentaire et un suivi à vie

« Quelle que soit la technique opératoire, la modification des comportements alimentaires est fondamentale, insiste le docteur Blanchet. Si le patient revient à ses habitudes et quantités antérieures, les poches gastriques peuvent se dilater, et le petit morceau d’estomac qui reste, reprendre du volume. » En clair : la chirurgie bariatrique n’est pas une baguette magique mais plutôt « une béquille », qui va « casser la courbe de poids » du patient. Après l’opération, un suivi diététique, une reprise d’activité physique et un accompagnement pluridisciplinaire spécifique doivent être mis en place : suivi médical, nutritionnel (des carences sont possibles), mais aussi psychologique… La route est encore longue.  Sans changement radical de l’hygiène de vie, c’est l’échec quasi assuré. D’après des travaux publiés en septembre 2020 par des chercheurs de l’université de Pittsburgh, si la plupart des patients

L’IMC, QU’EST-CE QUE C’EST ?

L’indice de masse corporelle (IMC) est une mesure validée par l’Organisation mondiale de la santé (OMS) destinée à évaluer la corpulence d’un individu et ses éventuels risques pour la santé. On la  calcule en divisant le poids (en kilogrammes) par le carré de la taille (en mètre). Ainsi, un IMC inférieur à 18,5 correspond à un état de maigreur et un IMC compris entre 18,5 et 24,9 est considéré comme étant normal. À  partir de 25, la personne est en  surpoids, et  en obésité lorsqu’elle dépasse 30. Si l’IMC est  à  35, on entre en obésité sévère, puis en obésité massive ou morbide à partir de 40.

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17 %

by-pass, irréversible. Le chirurgien enlève les deux tiers de l’estomac pour ne laisser qu’un petit manchon. Ici aussi, il existe un risque de fistule en postopératoire immédiat. À plus long terme, le patient peut aussi souffrir de reflux, ce qui peut entraîner une inflammation de l’œsophage. Il est donc recommandé de réaliser des gastroscopies de surveillance. Après ces trois interventions, les personnes opérées doivent se contenter d’une nourriture liquide puis mixée pendant plusieurs jours, voire plusieurs semaines. Progressivement, elles réintroduisent des aliments solides et retrouvent une alimentation normale, variée et équilibrée. Elles doivent prendre le temps de manger, de bien mâcher et se nourrissent toujours en petites quantités. 

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MÉDECINE « L’OBÉSITÉ DOIT ÊTRE RECONNUE COMME GRANDE CAUSE NATIONALE »

sont plutôt contents quelques mois après leur opération, le niveau de satisfaction passe de 85 % à 77 % dans les 3 à 7 ans après la chirurgie. Les patients insatisfaits sont ceux qui poursuivent une vie sédentaire, ce qui contribue à la reprise de poids, à la déception et à une perte de l’estime de soi. 

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en charge agit aussi sur les dyslipidémies, c’est-à-dire la concentration trop importante de lipides dans le sang, un des principaux facteurs de risque des maladies cardiovasculaires. Si certaines dérives ont pu être constatées (le nombre d’opérations a triplé en dix ans, précise le rapport de l’Igas), la chirurgie de l’obésité est aujourd’hui mieux encadrée. Une feuille de route « Prise en charge de l’obésité 2019-2022 »

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©DR

Une efficacité reconnue

Mais, lorsque le suivi est bien respecté, l’efficacité de la chirurgie bariatrique « est établie » dans la prise en charge de l’obésité, souligne l’Inspection générale des affaires sociales (Igas) dans un rapport de 2018. Grâce à la perte de poids, les bénéfices sur la santé du patient sont considérables. « Il est désormais bien prouvé que l’on obtient une rémission du diabète dans 40 % des cas, précise le docteur Blanchet. La chirurgie bariatrique corrige aussi l’hypertension chez près de 85 % des patients, les articulations sont soulagées et les apnées du sommeil disparaissent. » Enfin, cette prise

Alors que la France compte sept millions d’obèses, l’obésité devrait devenir « grande cause nationale », a estimé Anne-Sophie Joly, présidente du Collectif national des associations d’obèses, jeudi 4 mars sur France Info. Si cette pathologie est bien déclarée épidémie mondiale par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), l’État français ne la reconnaît toujours pas comme étant une maladie chronique. Le collectif demande notamment la création d’une spécialité de médecine dédiée et la mise en place d’un plan décennal de lutte. Rappelons qu’en ces temps de Covid, « 47 % des gens qui occupent la réanimation » et « 40 % des décès » sont des personnes « qui ont des problèmes de poids », a précisé Anne-Sophie Joly. 

a été établie par le ministère de la Santé. Elle conditionne l’activité de chirurgie bariatrique au respect de critères de qualité précis : information du patient en amont de l’intervention, inscription dans la durée du suivi des personnes opérées, diffusion publique des résultats des indicateurs de qualité et de sécurité des soins (IQSS) des établissements hospitaliers concernés. « La plupart des centres qui pratiquent la chirurgie de l’obésité sont aujourd’hui labellisés », précise le docteur Blanchet. Pour plus de sécurité, les patients qui le souhaitent peuvent consulter le site de la Société française et francophone de chirurgie de l’obésité et des maladies métaboliques (Soffcomm.org), qui propose une cartographie des établissements certifiés. C’est notamment ce que conseille Marion, qui comprend l’appréhension de certains : « Passer sur le billard peut faire peur, c’est sûr, constate-t-elle. Mais si on a le bon chirurgien, ça vaut le coup. Je ne regrette pas de l’avoir fait. Ça a changé ma vie. » Delphine Delarue


PRÉVENTION

En finir avec la sécheresse oculaire Rougeurs, picotements, sensations de brûlure ou de corps étranger dans les yeux ? Peut-être souffrez-vous de sécheresse oculaire, une affection dont les répercussions sur la vie quotidienne peuvent être particulièrement gênantes. Heureusement, des solutions existent pour y remédier. On fait le point.

L

a sécheresse oculaire (ou syndrome de l’œil sec) correspond à un défaut de lubrification, c’est-à-dire à une quantité insuffisante de larmes ou une mauvaise qualité de celles-ci. Or le rôle des larmes, composées principalement d’eau et de corps gras, est essentiel. Produites en permanence par les glandes lacrymales, puis étalées sur toute la surface de l’œil par le clignement des paupières, elles humidifient la cornée, la nourrissent et la protègent des agressions extérieures. Avoir les yeux trop secs n’est donc pas anodin, cela peut conduire à une perte de la netteté de la vision et à un inconfort oculaire parfois douloureux : picotements,

Certains médicaments en cause Dans son numéro de décembre, la revue médicale Prescrire explique que plusieurs médicaments courants peuvent être à l’origine d’une sécheresse oculaire. Les produits concernés sont les traitements indiqués en cas d’incontinence urinaire, certains neuroleptiques et antidépresseurs, les antiglaucomateux, les anti-inflammatoires non stéroïdiens, les antihistaminiques H1, les bêtabloquants et les bronchodilatateurs. D’autres médicaments, comme des antiacnéiques, des somnifères et des tranquillisants, étaient déjà connus pour induire un syndrome de l’œil sec. Si vous ressentez des symptômes, faites le point sur vos prescriptions avec votre médecin.

brûlure, sensations de sable ou de corps étrangers dans les yeux, rougeurs ou paupières collées au réveil, sensibilité à la lumière ou au vent.

Vieillissement naturel de l’œil

L’âge est la première des causes du syndrome de l’œil sec. Avec les années, les glandes lacrymales s’atrophient, les muqueuses se lubrifient moins bien et les hormones, produites différemment, altèrent la qualité lipidique des larmes. Les personnes âgées, les femmes en particulier, sont les plus concernées. Mais ce n’est pas tout : l’exposition à d’autres facteurs comme la pollution, le vent, l’air sec ou climatisé, la fumée de cigarette et l’usage prolongé des écrans peuvent aussi expliquer l’assèchement des yeux. Enfin, la sécheresse oculaire est également causée par certaines maladies auto-immunes comme le syndrome de Gougerot-Sjögren, la polyarthrite rhumatoïde, la maladie de Crohn ou encore le lupus. Même chose pour d’autres pathologies qui entraînent une atteinte inflammatoire des paupières (blépharite) telles que la rosacée, la dermite séborrhéique ou les allergies oculaires.

Larmes artificielles, collyres, sérums

Plus gênante que réellement grave, cette sécheresse se soulage par des traitements à base de larmes artificielles, de collyres, de sérums physiologiques ou de pommades. Pour prévenir les symptômes, les ophtalmologistes recommandent de ne pas se frotter les yeux ou les paupières, de ne pas fumer, d’éviter l’air conditionné, d’humidifier et d’aérer les pièces régulièrement. Si vous travaillez avec un ordinateur, ne vous placez pas trop près de l’écran (40 centimètres minimum). N’hésitez pas à faire des pauses toutes les heures, en détournant simplement le regard ou en fermant les yeux. Dans les cas de maladie auto-immune, des traitements spécifiques par voie générale agiront directement sur la cause et permettront d’améliorer les troubles. Pour les allergies, il s’agira avant tout de rechercher les allergènes en cause et de mettre en place des protocoles d’éviction particuliers avec un allergologue. Delphine Delarue

Photo : ©Shutterstock

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©Amélie Laurin

ENTRETIEN GILLES LAZIMI MÉDECIN GÉNÉRALISTE À ROMAINVILLE (93), PROFESSEUR ASSOCIÉ À LA FACULTÉ DE MÉDECINE DE SORBONNE UNIVERSITÉ, MEMBRE DU CONSEIL D’ADMINISTRATION D’ONU FEMMES FRANCE

« La pandémie pandémie et les confinements ont accentué les violences faites aux femmes femmes » La crise sanitaire liée à l’épidémie de Covid-19 et les confinements successifs ont engendré une augmentation des violences envers les femmes en France et partout dans le monde. Si des efforts ont été faits pour alerter le grand public et lutter contre ce fléau, le chemin vers une prise en charge complète de ces femmes reste encore long, estime Gilles Lazimi, médecin et militant. En France, les signalements pour violences domestiques ont enregistré une hausse de 30 % pendant le premier confinement. Comment l’expliquez-vous ?

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❯ L’augmentation du nombre de signalements a en effet été notable dès le début du premier confinement. C’est d’ailleurs un phénomène qui a été aussi observé au niveau mondial. L’impact de l’épidémie de Covid-19 est net. La question est de savoir si cette hausse est liée à un surcroît de violences ou si ce sont des femmes déjà victimes de violences, qui n’en avaient pas pris conscience ou qui n’étaient pas encore prête à parler auparavant, qui ont alerté. La promiscuité générée par les confinements a aussi très certainement aggravé la situation. Le fait d’être enfermées toute la journée, sans avoir la possibilité de sortir de la maison, avec un mari qui se sert de la situation pour commettre des violences, est très difficile. Le télétravail a sans doute aussi constitué un prétexte pour isoler encore plus les victimes. Et à cette présence permanente du conjoint s’ajoute

la violence économique liée à l’épidémie. Certains foyers ont fait face à des difficultés financières qui ont pu servir de « pseudo-justifications » à l’usage de la violence psychologique, notamment. Des mesures ont récemment été prises : déploiement des bracelets anti-rapprochement, dispositif d’alerte dans les pharmacies et les centres commerciaux, communication autour du numéro d’aide 3919… Selon vous, y a-t-il eu une véritable prise de conscience ces derniers mois ? ❯ Toutes ces mesures qui permettent de parler de la situation des femmes victimes de violences sont les bienvenues. La communication qui a été mise en place autour du numéro d’aide aux victimes, le 3919, géré par la Fédération nationale solidarité femmes


VIOLENCES EN CHIFFRES • Une femme décède tous les deux jours en moyenne, victime de son conjoint ou de son ex-conjoint. • 126 000 femmes ont été victimes de violences en 2019. • Plus de 80 % des cas de violences se déroulent à l’intérieur du domicile du couple, de la victime ou de l’agresseur. Source : ministère de l’Intérieur.

(FNSF), ou le 114 qui permet de prévenir les secours par SMS, a attiré l’attention du grand public sur cette question. Cette prise de conscience s’est aussi accompagnée d’une baisse de la tolérance de la population vis-à-vis des violences. Nous l’avons vu, les voisins ont été plus nombreux à signaler des situations de maltraitance de femmes mais aussi d’enfants. À titre d’exemple, le 3919 a enregistré deux fois plus d’appels en 2020 qu’en 2019. C’est un premier pas qui a été franchi dans la lutte contre les violences faites aux femmes, mais le chemin est encore long. Il faut aller plus loin car, paradoxalement, si le nombre de signalements a augmenté, le nombre de plaintes déposées au commissariat a lui diminué. Les femmes doivent être mieux accueillies lors du dépôt de plainte – même si des efforts ont déjà été faits – et il faut leur proposer une prise en charge complète et les accompagner dès qu’elles quittent leur domicile et tout au long du processus. Quel est l’impact de ces violences sur la santé des femmes ? ❯ La crise sanitaire a un impact délétère sur la santé psychique de l’ensemble de la population, alors, chez les victimes de violences, cet effet est démultiplié. Les femmes se sentent impuissantes et certaines sont dans un état de stress post-traumatique. La situation actuelle aggrave de plus les symptômes des pathologies somatiques et psychiques. Il faut savoir que les femmes victimes de violences ont deux fois plus de risques de prendre des antidépresseurs ou des

anxiolytiques que les autres femmes, cinq fois plus de risques d’avoir des pathologies psychiatriques mais aussi un risque plus élevé de développer une addiction. Elles ont également huit fois plus de risques de faire des fausses couches et souffrent plus fréquemment de dépression post-partum. Certaines présentent plus de pathologies chroniques dont les examens ne permettent pas de déterminer l’origine,

« En moyenne, les femmes victimes de violences perdent une à quatre années de vie en bonne santé. »

comme une fibromyalgie [affection chronique caractérisée par des douleurs diffuses persistantes, NDLR], un syndrome de l’intestin irritable ou des maux de tête récurrents. En moyenne, ces femmes perdent une à quatre années de vie en bonne santé à cause des violences qu’elles subissent. Quel est alors le rôle du médecin ? ❯ Face à ces situations, le médecin doit mettre des mots sur les souffrances et accompagner les femmes. Quand on ne comprend pas le tableau clinique d’une patiente, il ne faut pas hésiter à poser des questions : est-ce que vous avez été victime de violences, est-ce que vous avez subi des propos humiliants, est-ce que vous choisissez d’avoir ou de ne pas avoir de rapports sexuels, etc. Il faut

laisser le temps à la patiente d’y réfléchir, de parler si elle le souhaite, tout en respectant ses silences et sans jamais entreprendre d’agir sans son assentiment. La stratégie de l’agresseur est toujours la même : tout commence par une belle histoire d’amour, puis l’homme isole sa partenaire et établit petit à petit son emprise en alternant des phases de violences (propos humiliants, blessants, puis violences physiques voire sexuelles) et des moments agréables. Les victimes se trouvent alors dans une forme d’anesthésie émotionnelle qui les empêche d’agir. En tant que médecin généraliste, je vois régulièrement mes patientes, et au fil des consultations une relation de confiance se noue. Elles ne sont plus seules. Je peux alors ouvrir la discussion, les déculpabiliser, leur rappeler qu’elles ne sont en rien responsables de ce qu’elles subissent et que la loi interdit les violences. Je peux alors les accompagner et les orienter vers une association, un psychologue. Que peut-on faire en tant que citoyen ? ❯ La première chose à faire quand on est témoin de violences, que l’on entend des cris dans l’appartement voisin, c’est d’appeler police secours (le 17 ou le 112). On peut aussi émettre un signalement en ligne*. Enfin, il faut également témoigner de l’empathie aux victimes. Quand on soupçonne que des violences sont commises, on peut aller voir sa voisine, lui proposer son soutien et lui rappeler que la loi la protège et qu’on peut l’aider. Mais les citoyens ne peuvent pas tout. C’est à l’État d’assumer son rôle dans la protection des femmes, dans l’application de la loi et dans la formation des différents professionnels. Propos recueillis par Léa Vandeputte *Sur Service-public.fr/cmi.

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INNOVATION La réalité virtuelle pour soulager les douleurs et l’anxiété à l’hôpital De plus en plus utilisés dans les services hospitaliers, les casques de réalité virtuelle plongent le patient dans des voyages oniriques qui lui permettent d’atteindre un état proche de la méditation. La douleur est ainsi atténuée et les soins sont mieux vécus. 

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paiser le patient grâce à la réalité virtuelle. Encore surréaliste il y a quelques années, cette démarche se développe dans de nombreux hôpitaux en France : que ce soit au Mans, à Lyon, Brest, Lille ou encore Marseille, toutes les équipes s’y mettent. « On sait aujourd’hui que cette méthode permet de réduire considérablement le stress et la douleur », explique Marie-Agnès Huart, cadre de santé au centre Antoine-Lacassagne de Nice. Dans cet établissement de lutte contre le cancer, quatre casques de réalité virtuelle sont utilisés dans les différents services. « Au départ, nous les utilisions uniquement pour tout ce qui est radio‑interventionnel, les biopsies par exemple », précise la cadre. Cet acte médical, qui consiste à prélever un fragment de tissu ou d’organe afin de l’analyser au microscope, est particulièrement angoissant. « Même s’il y a des anesthésies locales, le patient a peur d’avoir mal, ajoute-t-elle. La réalité virtuelle lui permet de se détendre. Son attention est déviée et n’est plus focalisée uniquement sur l’intervention. »

Le rehab-gaming : des perspectives en matière de rééducation

Venu de l’univers des serious games, le rehab-gaming est un outil utilisé par certains kinésithérapeutes pour la rééducation fonctionnelle. Le patient est projeté dans un jeu virtuel où il doit pratiquer différents exercices adaptés à sa pathologie. Cela peut par exemple être un tapis de marche connecté à un écran qui reproduira une promenade en forêt, afin de travailler les appuis aux sols. D’autres jeux fonctionnent avec des avatars : ces derniers effectuent des exercices que le patient doit  suivre tandis qu’un capteur analyse ses mouvements et lui permet de  les améliorer. Le  rehab-gaming peut être utilisé dans de nombreux domaines : traumatologie du sport, orthopédie, rééducation post-AVC, rhumatologie ou encore pour les lombalgies. 

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Des univers multiples

Comment se déroule une séance ? Concrètement, le casque de réalité virtuelle et le casque audio associé sont installés sur la tête du patient. Ceux du centre Antoine-Lacassagne proposent sept films différents (sortie en mer, balade en montagne, voyage sous-marin ou dans l’espace…). Le patient choisit celui qu’il préfère et se retrouve ainsi plongé dans un univers fictif coupé du monde réel. « La réalité virtuelle a la capacité d’agir directement sur la zone cérébrale où siègent les émotions, explique Marie-Agnès Huart. Elle fonctionne un peu comme l’hypnose, la sophrologie ou la méditation. » Aujourd’hui, le centre niçois utilise cette approche dans de nombreuses indications : en soins de support pour mieux gérer la douleur, pendant les séances de radiothérapie, ou encore avant les interventions chirurgicales afin de diminuer l’appréhension des malades. 

Pas de limite

« On s’aperçoit qu’il n’y a pas de limite, explique le docteur Guillaume Baudin, chef du département d’imagerie-radiologie. Dès que le patient est un peu angoissé, par exemple avant la pause d’une perfusion, ou dès que l’on est amené à pratiquer un geste potentiellement générateur de douleur, on l’invite à essayer la réalité virtuelle. » Généralement, les patients sont ravis. D’autant que cette approche permet aussi de réduire les doses de médicaments antalgiques, voire de produits anesthésiants. Pour certaines interventions (comme la mammectomie), l’anesthésie générale a même pu être remplacée par une anesthésie locale. Ce qui permet à la patiente de récupérer plus rapidement.   Delphine Delarue


PSYCH

Je parle tout seul : est-ce grave ? Contrairement aux idées reçues, parler tout seul n’a rien de pathologique. Plusieurs études se sont penchées sur la question et ont montré qu’une telle pratique serait même bénéfique pour la santé psychique.

S

ous la douche, devant votre ordinateur ou dans la rue… Parfois, vous vous surprenez à vous parler à vous-même et cela vous inquiète. Rassurez-vous, vous n’êtes pas complètement fou ! Parler tout seul n’est pas un signe de démence et plusieurs études le prouvent. « Nous sommes nombreux à le faire, précise le docteur Jean-Jacques Bonamour du Tartre, psychiatre à Paris et ancien président de la Fédération française de psychiatrie. Beaucoup de gens ont ce rapport particulier à la parole, ce besoin de passer par l’énoncé. » Cette habitude, qui pourrait sembler curieuse, nous aiderait en réalité à clarifier notre pensée et à mener une réflexion plus objective. Selon une étude menée par des chercheurs de l’université de Bangor, au Royaume-Uni, se parler à soi-même développerait même des bienfaits cognitifs importants.

Un prolongement de notre conversation intérieure

« Parler à voix haute peut être une extension de cette conversation intérieure silencieuse », de ce « discours très sain ayant un rôle spécial pour garder notre esprit en forme », explique Paloma Mari-Beffa, maître de conférences en neuropsychologie et psychologie cognitive à Bangor, dans un papier publié dans la revue en ligne The Conversation en mai 2017. Ainsi, cette pratique est l’un des moyens qui nous « aide à contrôler notre comportement ». Les résultats

de ses travaux ont démontré que « si nous nous parlons pour prendre le contrôle de tâches difficiles, les performances s’améliorent considérablement lorsque nous le faisons à voix haute », explique-t-elle. Et la scientifique de donner l’exemple de ces sportifs qui s’encouragent lors des compétitions pour se motiver et mieux se concentrer. « Notre capacité à gérer des auto‑instructions explicites est en fait l’un des meilleurs outils dont nous disposons pour le contrôle cognitif », conclut Paloma Mari-Beffa.

Une réflexion plus rapide

Mais ce n’est pas tout : dans une autre étude publiée en 2015 dans le Quarterly Journal of Experimental Psychology, les psychologues Gary Lupyan et Daniel Swigley ont montré que les personnes qui parlaient seules analysaient et réfléchissaient plus vite que la moyenne. Converser avec soi-même serait en outre un véritable antistress. « La vie est ainsi faite : il y a quand même plein de sujets inquiétants, des décisions importantes à prendre qui nous perturbent et nous plongent dans une certaine anxiété, ajoute le docteur Bonamour du Tartre. Se parler à soi‑même peut permettre de poser les choses et de lutter contre cette anxiété naturelle. » Ainsi, cela apaiserait nos questions existentielles et nous permettrait de développer notre confiance en soi. En plus de diminuer l’angoisse, l’auto-conversation peut aussi être un moyen efficace de se défouler, de se sentir moins seul et d’entretenir sa mémoire.

Surveiller les commentaires négatifs

Mais attention, tout dépend aussi de la nature de nos paroles. Par exemple, se répéter constamment que l’on est nul, que l’on ne va pas y arriver, n’a évidemment rien de positif ni d’encourageant. « Cela peut être le signe d’un vrai malaise existentiel et d’une problématique d’amour‑propre insuffisant », précise le docteur Bonamour du Tartre. Les spécialistes conseillent donc de repérer rapidement ces commentaires négatifs et de faire preuve de plus de bienveillance envers soi-même. S’ils sont trop fréquents et vous enferment dans la souffrance, n’hésitez pas à consulter un psychologue. Delphine Delarue

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DOSSIER

Voyage au cœur des poumons Jamais la respiration, cette fonction si naturelle, n’avait fait autant parler d’elle en ces temps de masques et de Covid-19. Avec ce virus qui les affecte directement, nos organes respiratoires sont mis sur le devant de la scène médicale. Profitons-en pour explorer nos si précieux poumons.

Les poumons sont aujourd’hui plus que jamais au centre des préoccupations des médecins et  des patients. Mais les connaissons-nous vraiment ? Logés dans la cage thoracique, ils sont les principaux organes permettant la respiration. Leur fonction : faire entrer et se dissoudre l’oxygène dans le sang et rejeter le gaz carbonique (CO2), déchet principal des cellules humaines. Or le Sars-CoV-2, responsable de la pandémie de Covid-19, les prend pour cible. Il s’attaque aux pneumocytes, les cellules pulmonaires, en s’accrochant à leur surface. Une fois à l’intérieur, il prend leur contrôle pour y injecter son ARN (acide ribonucléique) afin d’obliger la cellule infectée à produire de nouveaux virus. Malheureusement, pour certains patients, c’est là que la machine s’emballe. Pour se défendre, leur système immunitaire sécrète de façon exagérée des molécules : les cytokines. Lorsque la production de cytokines est trop importante, on assiste alors à ce que les scientifiques appellent un « orage », une « tempête » ou encore un « choc » cytokinique. Celui-ci entraîne, pour les cas les plus sévères, une pneumonie, puis une détresse respiratoire aiguë, qui représente la principale cause de décès chez les patients infectés par le virus.

Une mécanique bien rodée

Pour bien comprendre le fonctionnement des poumons, il faut déjà connaître la structure du système respiratoire et savoir de quelle façon l’air entre et sort dans notre corps. Tout d’abord, les poumons reposent sur un muscle, le diaphragme. Quand on inspire, celui-ci se contracte

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Bronchioles


et descend. Les poumons ont alors la place de s’étirer. L’air qui s’y trouve y occupe par conséquent un plus grand volume. Comme la pression de l’air à l’intérieur des poumons devient plus faible que celle à l’extérieur, l’air s’engouffre tout seul à l’intérieur des poumons et vient gonfler les alvéoles. Puis le diaphragme se relâche, il remonte ; la pression dans les poumons augmente. Et quand celle-ci devient supérieure à la pression de l’air extérieur, l’air contenu dans les poumons est automatiquement évacué. Lors de l’inspiration, l’air entre par le nez ou par la bouche, traverse le pharynx, puis le larynx, au niveau duquel se trouve l’épiglotte, un clapet qui empêche, lorsque l’on déglutit, que les aliments ne tombent dans les voies respiratoires. L’air poursuit son chemin par la trachée, laquelle se divise en bronches, qui se subdivisent plusieurs fois jusqu’à devenir des bronchioles, le stade de ramification terminal des bronches. Une bronchiole mesure moins d’un millimètre de diamètre. Au bout de chacune d’elles se trouve un minuscule sac pulmonaire, l’alvéole. D’un diamètre de 0,2 mm, les alvéoles sont regroupées en grappes. Il y en a plus de 600 millions dans les poumons. C’est là que l’air finit sa course.

Un nouveau‑né respire 40 fois par minute, un adulte de plus de 30 ans, 16 fois par minute.

L’air, c’est la vie !

La ventilation est un réflexe et l’on ignore encore ce qui la déclenche. Avant de naître, le bébé ne respire pas par ses poumons, qui sont remplis de liquide. L’oxygène lui est fourni par le sang maternel. Sa première inspiration a lieu à la naissance, et son cri est la preuve qu’il expire bien. À la fin de sa vie d’adulte, il aura inhalé quelque 300 millions de litres d’air au total, à raison d’environ 12 000 litres toutes les 24 heures. Cet air est composé à 78 % d’azote et à 21 % d’oxygène, le reste étant des gaz rares, mais seul l’oxygène est indispensable à la vie. Sans lui, l’organisme ne pourrait pas produire l’énergie dont il a besoin pour fonctionner. Celle-ci est le résultat d’une réaction chimique entre les aliments absorbés (les glucides et les lipides), ce que l’on appelle le carburant, et l’oxygène, le comburant, autrement dit ce qui permet la combustion. Cette réaction chimique entre les lipides et les glucides et l’oxygène contenu dans l’air produit du dioxyde de carbone, qui est expulsé lors de l’expiration.

Alvéoles Trachée

Bronches

+ de 100 m

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C'est la surface des poumons s'ils étaient mis à plat.

Usine à gaz

Les échanges de gaz carbonique et d’oxygène se font au niveau des alvéoles, de façon simultanée. À chaque inspiration, l’air chargé d’oxygène se faufile jusque dans celles-ci, et fait le chemin en sens inverse une fois chargé de dioxyde de carbone. Grâce au surfactant, substance secrétée par les cellules alvéolaires, les alvéoles conservent leur forme et ne s’écrasent pas complètement

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DOSSIER 0,5 litre d’air est inspiré puis expiré à chaque respiration. La quantité maximale d’air que l’on peut inspirer et expirer s’élève à près de 2 litres.

RESPIRER EN ALTITUDE L’oxygène se raréfie avec l’altitude car la pression atmosphérique est plus faible. L’air en montagne est plus léger et contient moins de molécules, donc moins d’oxygène, mais aussi moins d’azote et moins de dioxyde de carbone. Par ailleurs, l’oxygène à basse pression passe plus difficilement des alvéoles dans le sang. Comment des millions de personnes parviennent-elles alors à vivre au-dessus de 2 500 mètres ? Leur organisme s’est adapté de différentes façons. Le corps des Tibétains ou des habitants des Andes, par exemple, produit plus de globules rouges. Leur sang transporte donc plus d’oxygène. Chez d’autres peuples des montagnes, c’est le rythme respiratoire qui s’accélère. Même au repos, ils font de l’hyperventilation.

lorsqu’elles sont vides. Leur surface extérieure est recouverte de petits vaisseaux sanguins appelés capillaires. Quand on inspire, les alvéoles font le plein d’oxygène qui est contenu dans l’air. À ce stade, la quantité d’oxygène est plus importante dans les alvéoles que dans le sang. Sous l’effet de la pression, l’oxygène va franchir la membrane microscopique qui sépare les capillaires et les pneumocytes pour venir se fixer sur l’hémoglobine. Celle-ci poursuit ensuite sa route jusqu’au cœur qui, jouant son rôle de pompe, l’envoie distribuer l’oxygène aux cellules. En échange, les cellules donnent du dioxyde de carbone, dont l’hémoglobine va se débarrasser une fois revenue aux poumons. À ce moment,

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la quantité de dioxyde de carbone est plus importante dans le sang que dans les alvéoles. Sous l’effet de la pression, le dioxyde de carbone va donc franchir la barrière, se retrouver dans les alvéoles avant d’être chassé vers l’extérieur.

Activité physique et respiration

Pendant un effort, le cœur accélère son rythme, ce qui permet aux globules rouges de défiler beaucoup plus vite dans les alvéoles, augmentant ainsi l’oxygène apporté aux muscles et, de ce fait, l’évacuation du dioxyde de carbone présent lui aussi en plus grande quantité. Des récepteurs situés au niveau de la carotide captent l’augmentation du taux de dioxyde de carbone dans le sang et commandent l’accélération de la ventilation. Cette accélération du souffle est un phénomène réflexe, qui se déclenche quand nous ne parvenons pas à évacuer le dioxyde de carbone. Une ventilation mal gérée pendant un effort physique entraîne parfois un point de côté, une crampe du diaphragme due à un manque d’oxygène. Pour le faire disparaître, il est conseillé de vider ses poumons et de se pencher en avant pour étirer le diaphragme. Les sportifs n’ont pas des poumons plus volumineux que les autres, mais ils possèdent un cœur plus gros. À chaque battement, celui-ci envoie donc plus de globules rouges vers les alvéoles. C’est la raison pour laquelle leur sang s’oxygène mieux. On peut toutefois accroître son endurance à tout âge, car, si la croissance des poumons s’arrête à 22 ans, le cœur et les muscles, eux, peuvent toujours améliorer leur exploitation de l’oxygène fourni par les poumons.

Le pire ennemi du sportif : le tabac

Outre les dégâts irrémédiables qu’elle cause, la fumée du tabac contient du monoxyde de carbone. Une fois dans le sang, ce gaz se fixe à l’hémoglobine à la place de l’oxygène. Le manque d’oxygène diminue les performances sportives. De plus, il use le cœur, qui doit travailler davantage pour compenser. Entre


Tabac et cancer

La fumée de cigarette renferme en outre des goudrons qui se déposent dans les bronches et les poumons. Avec le temps, des substances chimiques contenues dans ces goudrons finissent par traverser les tissus et se glisser dans le noyau des cellules. Elles vont ainsi détériorer l’ADN, c’est-à-dire le programme de fabrication des nouvelles cellules, provoquant l’apparition de cellules cancéreuses. Voilà comment le tabac est responsable de cancers comme ceux du poumon et de la gorge. En France, toutes maladies confondues, il est d’ailleurs la première cause de troubles respiratoires. La probabilité de développer un cancer du poumon est due au nombre de cigarettes fumées, mais surtout à la durée du tabagisme. C’est la raison pour laquelle fumer même une seule cigarette par jour pendant vingt ans entraîne un risque de cancer du poumon. Et n’oublions pas que les fumeurs passifs peuvent aussi être victimes du tabac. Les bébés exposés à la fumée de cigarette, notamment, ont plus de risques d’avoir des infections respiratoires, comme la bronchiolite.

L’asthme, fléau des pays industrialisés

Quant à l’asthme, il concerne près de 10 % de la population française. Cette maladie respiratoire se caractérise par une contraction anormale des muscles bronchiques et

LES SECRETS DES APNÉISTES

Les apnéistes apprennent à assouplir leur cage thoracique et leurs muscles de manière à emmagasiner un grand volume d’air, qui sera de plus en plus comprimé au fur et à mesure que la pression sous-marine augmente. Ce sont les champions en matière de concentration et de relâchement. Par des techniques respiratoires, en modulant le rythme et la profondeur de leur respiration, ils parviennent en effet à agir sur leur état d’esprit, et même à ralentir leurs battements cardiaques afin de réduire leur consommation d’oxygène. Leurs poumons peuvent contenir jusqu’à 10 litres d’air.

une inflammation des muqueuses, qui sécrètent du mucus de façon anormale, réduisant encore plus le passage de l’air dans les bronches. S’il affecte toutes les tranches d’âge, l’asthme est « la maladie chronique la plus courante chez l’enfant », selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS). La crise d’asthme se manifeste par une difficulté à expirer, une respiration sifflante, de la toux et une sensation d’étouffement. Elle peut être déclenchée par une vive émotion, un effort intense, comme la course à pied, certaines conditions climatiques, comme l’humidité ou le froid, des irritants (la pollution) ou encore des allergies. Cette maladie chronique touche davantage les pays industrialisés. Les causes sont multifactorielles. Outre une prédisposition génétique, les facteurs environnementaux, tels que la pollution de l’air (extérieur comme intérieur) et les facteurs saisonniers, comme les pollens, sont très importants. Aussi, pour mieux vivre avec l’asthme et préserver ses poumons, il est conseillé de bien respecter ses traitements et d’adapter son mode de vie, en particulier en ne fumant pas, en évitant de sortir pendant les pics de pollution, en pratiquant une activité physique régulière et en faisant la chasse aux allergènes (poussières, acariens, poils d’animaux, etc.) chez soi.   Isabelle Coston

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autres méfaits, cette fumée participe à amoindrir les défenses des poumons. D’une part, elle favorise la fabrication de mucus, une sécrétion visqueuse et translucide produite en grande quantité dès que les poumons sont agressés. Cela donne une envie fréquente de tousser pour s’en débarrasser. D’autre part, elle participe à détruire les cils vibratiles de la trachée et des bronches, ce qui fragilise l’organisme face aux maladies et empêche le mucus d’être évacué. Pour finir, la fumée détruit aussi les alvéoles en altérant le surfactant qui les tapisse et les empêche de s’affaisser sur elles-mêmes lorsqu’elles se vident. Mais une fois écrasées, elles sont définitivement hors d’usage et la capacité pulmonaire diminue, ce qui explique pourquoi, très souvent, les fumeurs sont vite essoufflés quand ils font un effort. Dans l’air que nous respirons se trouvent également des polluants, des poussières, des virus, des bactéries… Si les petits poils, appelés vibrisses, situés dans le nez font barrage aux plus grosses particules, les plus fines, elles, finissent toujours par passer. Heureusement, les poumons sont dotés de systèmes de protection efficaces. Lorsqu’une poussière tombe dans la trachée, elle est chassée par la toux ou par un éternuement, des réflexes naturels de défense. Les conduits du système respiratoire sont aussi protégés par le mucus. Lorsqu’un indésirable, tel qu’un virus, s’immisce jusqu’ici, une lutte s’engage alors entre l’intrus et le système immunitaire. L’organisme produit davantage de mucus, tandis que de petits cils qui battent en permanence évacuent ce mucus vers l’extérieur. Ce phénomène explique la raison pour laquelle on crache ou on se mouche lorsque l’on est enrhumé, par exemple.

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SPORT Aux origines de la méthode Pilates Joseph Pilates est l’inventeur de la pratique sportive à laquelle il a donné son nom. Sa méthode, qui compte aujourd’hui des millions d’adeptes, consiste à utiliser le mouvement pour renforcer les muscles profonds, responsables de la posture.

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opularisée par des célébrités qui y voient le sport miracle pour tailler leur silhouette, la méthode Pilates connaît un véritable succès partout dans le monde. L’histoire de son créateur, Joseph Pilates, et les étapes qui ont jalonné son parcours de vie sont intimement liées au développement de cette technique qui pense le sport dans une démarche de santé globale. Né en Allemagne en 1883, c’est un enfant asthmatique qui souffre de rachitisme. Malgré sa mauvaise santé, il s’intéresse à l’anatomie et au mouvement en observant les animaux. Adolescent, il se met à pratiquer assidûment la boxe, le yoga et les arts martiaux. Il constate les bienfaits de ces sports sur sa santé et voit son corps évoluer et se transformer, jusqu’à devenir un athlète accompli.

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Le « Reformer », un chariot équipé de sangles et de poignées, est l'une des inventions de Joseph Pilates.

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Lutter contre la sédentarité

En 1912, à l’âge de 29 ans, il part s’installer en Angleterre. Mais en 1914, la Première Guerre mondiale éclate. L’année suivante, coupable d’être allemand, Joseph Pilate est fait prisonnier. Afin de lutter contre les effets néfastes de la sédentarité et

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de soigner les mauvaises postures liées à l’enfermement, il entraîne ses codétenus. Il leur propose des exercices simples, accessibles à tous, réalisables dans un espace réduit et qui ne nécessitent pas de matériel spécifique. Son objectif est d’obtenir un équilibre musculaire, d’étirer et de raffermir le corps tout en se concentrant sur les sensations internes. Il décide d’appeler sa méthode « contrology ». Quelques mois plus tard, il est envoyé dans un camp sur l’Île de Man, située dans la mer d’Irlande. Confiné, il perfectionne sa technique et fabrique une machine pour améliorer l’entraînement et rééduquer les blessés. Il utilise un sommier de lit, des ressorts et des élastiques pour augmenter petit à petit la tension dans les muscles et les étirer. En 1918, la grippe espagnole fait des ravages. Le virus, apparu aux États-Unis, s’est rapidement répandu et a causé plusieurs dizaines de millions de morts dans le monde. L’Île de Man semble miraculeusement peu touchée : une quinzaine de cas seulement sont comptabilisés. Joseph Pilates attribuera rétrospectivement cette clémence aux effets protecteurs de sa méthode. Mais il semble que ce soit plus certainement sa situation isolée, ses infrastructures médicales et la réaction rapide des autorités locales qui aient protégé l’île.

Des mouvements de qualité

À partir de janvier 1919, le camp d’internement est progressivement démantelé. Joseph Pilates est libéré. Il part en 1926 pour New York où il ouvre un club de sport. Avec l’aide de sa femme, Clara, qui est infirmière, il continue à affiner sa méthode et propose désormais plus de 500 exercices. Il brevette aussi ses machines, dont les plus connues sont le « Cadillac », composé d’un tapis et d’un cadre en métal sur lequel viennent s’accrocher des accessoires (élastiques, ressorts, barres), et le « Reformer », un chariot sur roulettes équipé de sangles et de poignées. Il publie également deux livres dans lesquels il explique comment faire travailler les muscles profonds et obtenir un développement harmonieux grâce à la respiration thoracique, la concentration et la qualité des mouvements. Il connaît un véritable succès. Au fur et à mesure des années, il forme ses élèves qui, après son décès à l’âge de 83 ans, vont à leur tour enseigner sa méthode sous le nom « Pilates ». Désormais, des cours individuels et collectifs sont proposés partout dans le monde, avec ou sans accessoires, en présentiel ou en virtuel. Benoît Saint-Sever


SENIOR Connaissez-vous la presbyphonie ? La presbyphonie, c’est le vieillissement de la voix. Si ce phénomène physiologique est tout à fait normal, il peut cependant avoir un impact négatif sur la qualité de vie des personnes qui en souffrent. Heureusement, il existe des solutions pour retrouver le plaisir de parler.

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u fil des années, la voix peut être plus faible, moins audible ou devenir chevrotante. La cause de ce phénomène, appelé presbyphonie, est le vieillissement. « À l’image du corps qui vieillit, la voix elle aussi change de façon plus  ou moins prononcée selon les personnes, explique Élodie Minghelli, membre de la Fédération nationale des orthophonistes (FNO). Avec l’âge, c’est l’ensemble de l’appareil vocal qui évolue et on peut observer une dégradation des capacités pneumo-phonoarticulaires, généralement après 70 ans. » Le fait de parler sollicite en effet plusieurs organes. L’air doit remonter des poumons dans le larynx pour faire vibrer les cordes vocales. Puis le pharynx, la bouche et le nez servent de caisse de résonance pour amplifier le son. Enfin, le palais, les dents et les lèvres permettent d’articuler des mots. Mais ce mécanisme complexe peut s’altérer. « Avec le temps, les cordes vocales peuvent s’atrophier, indique l’orthophoniste. Elles manquent de souplesse, ce qui détériore la qualité de la vibration. Les modifications de l’état hormonal, notamment à la ménopause, mais aussi la baisse des capacités musculaires et respiratoires, ont aussi un impact. »

Des conséquences sur la vie sociale

Et, cet instrument précis, il faut l’entretenir régulièrement. « Il est recommandé de parler deux à trois heures par jour pour conserver son capital », précise Élodie Minghelli.

La voix fait partie intégrante de notre identité et permet de nous faire entendre, mais quand on souffre de presbyphonie, il devient plus pénible de l’utiliser. « La diminution des capacités vocales peut conduire à l’isolement de la personne, constate l’orthophoniste. Comme on a des difficultés, on s’exprime moins, on sort moins, on discute moins, donc on parle moins et les troubles persistent. C’est un cercle vicieux qui a des conséquences à la fois psychologiques et sociales. » Il est ainsi important de consulter dès que l’on ressent une gêne. « On peut se rendre chez un oto-rhinolaryngologiste (ORL) ou être orienté par son médecin généraliste, conseille Élodie Minghelli. L’ORL réalisera un bilan complet et recherchera une éventuelle pathologie associée. Selon les cas, il pourra proposer une intervention chirurgicale ou un traitement hormonal. En parallèle, il prescrira des séances auprès d’un orthophoniste. Ce dernier établira à son tour un bilan afin d’adapter la rééducation. Lors de ces séances qui durent trente minutes, le patient apprendra à bien utiliser sa voix, en faisant attention à ne pas forcer, et à favoriser la caisse de résonance. »

Préserver sa voix

Des conseils simples permettent aussi de prévenir la presbyphonie et de conserver son capital vocal plus longtemps. « La première recommandation est de parler régulièrement, préconise l’orthophoniste. Pratiquer une activité comme le chant ou le théâtre peut être intéressant, à condition de ne pas trop forcer. Avoir une activité sociale, s’inscrire dans une association ou simplement discuter régulièrement avec des amis sont aussi bénéfiques. Toutes les occasions d’utiliser sa voix sont bonnes à prendre. » L’hygiène de vie joue également un rôle primordial. « Mieux vaut bannir l’alcool et le tabac qui abîment la voix, confirme Élodie Minghelli. À l’inverse, on peut pratiquer des exercices d’endurance pour augmenter ses capacités pulmonaires ou encore faire de la relaxation, ce qui permet d’améliorer son amplitude respiratoire. Enfin, il est conseillé d’avoir une bonne hygiène dentaire afin de favoriser une bonne articulation, et de surveiller son audition, car l’oreille dirige aussi la voix. » Léa Vandeputte

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WEB mathématiques pour calculer la dose exacte d’insuline à injecter. Un processus compliqué qui doit en outre être précisément renseigné, chaque jour, dans un carnet de suivi glycémique. Ce carnet aide ensuite le médecin à analyser la façon dont son patient gère sa maladie. 

Plus besoin de saisie manuelle des données 

Diabète : une appli mobile très utile Vivre avec un diabète insulinodépendant, c’est jongler avec des chiffres au quotidien : calculer son taux de glucose dans le sang, adapter ses injections d’insuline, tenir un carnet glycémique… Pour simplifier la vie des patients, une start-up française a créé Diabnext, la première application de suivi du diabète de type 1 qui automatise le calcul des données nécessaires au contrôle de la maladie.

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oilà une application qui pourrait bien changer la vie des diabétiques de type 1. Créée en 2017 par un jeune entrepreneur, Laurent Nicolas, Diabnext est la première appli du genre à automatiser le calcul des données nécessaires aux patients pour le contrôle de leur maladie. Insulinodépendants, les diabétiques de type 1 doivent s’injecter plusieurs fois par jour des doses d’insuline, cette hormone essentielle à la régulation du glucose dans le sang (glycémie) que leur pancréas peine à produire naturellement. Avant chaque repas, ils doivent aussi calculer les glucides contenus dans leur assiette et contrôler leur taux de glucose à l’aide d’un lecteur glycémique. S’ensuivent de savantes conversions

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C’est là que Diabnext intervient. Les dispositifs qu’il propose permettent de connecter en Bluetooth le capteur de glycémie et le stylo à insuline avec l’application téléchargée sur le téléphone portable. Les données sont automatiquement recueillies et remontent sur le carnet de suivi numérique de l’application. Ainsi, plus besoin de  saisie manuelle des injections ou de la glycémie sur des carnets, qu’ils soient numériques ou papier. « C’est déjà très compliqué de se faire plusieurs piqûres dans la journée, de calculer les doses à injecter et de véri‑ fier constamment son taux, explique Laurent Nicolas, lui-même diabétique de type 1. Ne plus tenir soi-même son carnet, c’est un vrai bénéfice sur la qualité de vie. » Parmi les autres fonctionnalités de l’appli, « Snap carbs » permet, en prenant en photo le plat que l’on va manger, de connaître le taux de glycémie contenu dans les aliments. « Par rapport à la quantité de glucides contenus dans son assiette de steak-frites, par exemple, le patient peut, en  fonction de son propre taux de glucose mesuré à ce moment-là, savoir s’il faut qu’il se pique quatre ou cinq unités », ajoute Laurent Nicolas.

Médecins connectés

Autre avantage : les données du patient sont rendues disponibles sur une plateforme à laquelle se connecte son médecin une fois par semaine. Celui-ci peut donc suivre les données régulièrement et interagir par tchat ou visioconférence avec son patient, toujours via l’application, pour lui donner des conseils si besoin. « Au départ, on était plutôt sur de l’auto‑ surveillance, et là on est dans le conseil, dans l’accès aux bonnes pratiques de suivi du diabète, précise Laurent Nicolas. Le patient est en contact avec son médecin de façon hebdomadaire et pas seulement une fois tous les six mois. » Gratuitement téléchargeable sur les stores, l’appli se complète par les dispositifs connectés que l’on peut obtenir via son médecin traitant pour une prise en charge à 100 % dans le cadre de l’ALD (affection longue durée), statut auquel correspond le diabète. Plusieurs hôpitaux, et notamment ceux de l’Assistance publique Hôpitaux de Paris (AP-HP), équipent leurs services de la plateforme de télésurveillance Diabnext. Une « solution fiable et simple d’utilisation pour les soignants et leurs patients [qui] apporte une contribution unique et essentielle au traitement du diabète », témoigne le professeur Ronan Roussel, chef du service de diabétologie de l’hôpital Bichat. Delphine Delarue

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HISTOIRE

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Le lavage des mains : un geste très récent Plusieurs fois par jour, nous nous frottons la paume, le dos de la main, les doigts et les ongles consciencieusement avec du savon ou du gel hydroalcoolique pour éviter de transmettre le coronavirus. Si se laver les mains est aujourd’hui un geste « barrière » bien ancré, cela n’a pas toujours été le cas dans l’histoire.

’est une évidence : se laver les mains joue un rôle essentiel dans la prévention des infections. Et pourtant, ce geste d’hygiène que chacun a intégré à son quotidien, notamment dans le cadre de la lutte contre l’épidémie de Covid-19, est relativement récent. Avant que l’on connaisse précisément l’origine des pathologies humaines, plusieurs théories se sont succédé pour expliquer leur apparition et leur diffusion : elles proviendraient d’un air vicié ou encore d’un trouble des humeurs. On était donc encore loin de penser que se laver les mains puisse avoir une quelconque utilité. Au cœur du xviiie siècle, en France, un chirurgien lyonnais, Claude Pouteau, estime que ces interprétations ne sont pas pertinentes. Face à ses patients présentant un risque élevé de développer la gangrène, il cherche des solutions. En tâtonnant, il finit par comprendre que les pansements, utilisés plusieurs fois et passant d’un malade à l’autre, propagent l’infection. Il recommande alors de ne plus utiliser de linge contaminé pour confectionner des pansements et exige de ses médecins un lavage de mains régulier. Malgré leur intérêt, ces bonnes pratiques vont disparaître avec le chirurgien.

La découverte de l’asepsie

Un siècle plus tard, en 1846, un médecin hongrois, Ignace Semmelweis, travaille à l’hôpital de Vienne, en Autriche. L’établissement dispose de deux maternités. Dans la première, celle du professeur Bartsch où des sages-femmes officient, 2 % à 3 % des femmes meurent en couche. Dans la seconde, celle du professeur Klein où les étudiants en médecine pratiquent les accouchements, 10 % à 30 % des femmes décèdent de la fièvre puerpérale, une maladie infectieuse liée à un streptocoque. Intrigué par cette différence, le docteur Semmelweis en cherche la raison. Il se rend compte que les étudiants en médecine officiant

auprès des femmes pratiquent également des autopsies, et il en déduit que ce sont eux qui transportent les germes de la maladie des cadavres vers la salle d’accouchement. Sans connaître le mécanisme précis de la contamination, il décide, pour y remédier, d’utiliser une solution de chlorure de chaux pour se laver les mains. Ignace Semmelweis impose cette procédure aux médecins et aux étudiants de l’hôpital. Et les résultats ne se font pas attendre : dans le mois qui suit, la mortalité due à la fièvre puerpérale chute fortement. Il vient de découvrir l’asepsie.

De la théorie à la preuve scientifique

Mais la trouvaille du docteur Semmelweis fait de nombreux mécontents. Ses confrères lui reprochent son caractère autoritaire et méprisant. Il finit par être renvoyé de l’hôpital de Vienne et part exercer à Budapest. Il va ensuite essayer de diffuser sa méthode dans divers pays d’Europe, sans pour autant réussir à convaincre. Isolé, le médecin termine sa vie en asile psychiatrique. Ironie du sort, il meurt d’une infection en 1865 et tombe dans l’oubli. Il faudra attendre les travaux de Louis Pasteur quelques années plus tard pour comprendre l’action infectieuse des microbes. Une fois le lien entre infection et hygiène prouvé, le lavage des mains est à nouveau promu dans le milieu médical. En quelques décennies, ce geste fera son entrée dans les foyers et sera utilisé au quotidien pour se protéger des différentes pathologies. À partir de 1924, le nom de Semmelweis est réhabilité grâce à un médecin qui lui consacre sa thèse de doctorat, intitulée La vie et l’œuvre de Philippe Ignace Semmelweis (1818‑1865). Son auteur n’est autre que le docteur Louis Destouches, plus connu sous le nom de plume Louis-Ferdinand Céline. Benoît Saint-Sever

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VIE PRATIQUE

Qui sont les bénéficiaires ?

MaPrimeRénov’ : ce qu’il faut savoir Jusqu’ici réservée aux propriétaires occupants modestes, MaPrimeRénov’est devenue, depuis le 11 janvier 2021, accessible à tous les ménages ainsi qu’aux propriétaires bailleurs et aux copropriétés. Voici les principaux éléments à connaître sur ce nouveau dispositif destiné à favoriser les économies d’énergie.

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ous en avez assez des courants d’air et des factures d’électricité astronomiques, et vous envisagez des travaux pour améliorer l’isolation de votre appartement ? Peut-être pouvez-vous bénéficier de MaPrimeRénov. Mise en place pour aider à financer les travaux de rénovation des logements, elle vient de remplacer le crédit d’impôt pour la transition énergétique (CITE). L’objectif du gouvernement avec cette aide : réduire les dépenses d’énergie des ménages et éradiquer les « passoires thermiques », autrement dit les habitats classés F ou G sur l’étiquette de diagnostic de performance énergétique. Ces derniers seront d’ailleurs gratifiés d’un bonus pouvant aller jusqu’à 1 500 euros.

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Jusqu’à présent réservée aux propriétaires occupants modestes, elle est aujourd’hui accessible aux propriétaires occupants d’un logement depuis plus de deux ans et aux propriétaires bailleurs, aussi bien en copropriété qu’en maison individuelle. Un bailleur pourra en profiter jusqu’à trois logements mis en location. Les copropriétés pourront également en bénéficier, à condition qu’elles soient composées à 75 % de résidences principales et que les travaux apportent un gain énergétique de 35 %.

Pour quels types de travaux ?

MaPrimeRénov’subventionne les travaux d’économie d’énergie, qu’il s’agisse de l’installation d’un chauffage plus performant et moins polluant, de l’isolation des murs, des planchers et des toitures, ainsi que des combles. L’installation d’une ventilation double flux, c’est-à-dire qui récupère les calories de l’air extrait du logement pour chauffer l’air entrant, est également éligible. Par ailleurs, les travaux, qui bénéficient de la TVA à 5,5 %, doivent être réalisés par une entreprise reconnue garante de l’environnement (RGE).

Comment demander l’aide ?

La demande d’aide se fait en ligne sur le site Maprimerenov.gouv.fr. Vous y trouverez les plafonds de ressources fixés par le gouvernement. Ils sont répartis en quatre catégories selon le niveau de revenus et partagés entre les personnes vivant ou non en Île-de-France. Ne signez le devis et n’engagez la réalisation des travaux qu’après avoir reçu la pré-validation du projet. Une fois les travaux finis, renvoyez la facture afin d’obtenir le versement de la prime. Isabelle Coston

Bon à savoir

Pour les mêmes travaux, MaPrimeRénov’ peut se cumuler avec d’autres aides, comme celles versées par les grands fournisseurs d’énergie, par les collectivités locales et par Action logement. 

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S'ENGAGER

Le wwoofing : voyager autrement pour revenir aux sources S’initier aux savoir-faire biologiques en prêtant main-forte à des agriculteurs ou à des particuliers et en partageant leur mode de vie. C’est le principe du wwoofing, un mouvement né au Royaume-Uni il y a 50 ans et dont le but est surtout de reconnecter les citadins à la terre et à ses richesses.

Comment devenir wwoofeur ?

Si vous souhaitez tester le wwoofing, rien de plus simple. Il suffit de se connecter sur le site Wwoof France (wwoof.fr), de bien lire la charte du mouvement pour vérifier que ses valeurs vous  correspondent et de s’inscrire à l’association (25 euros l’année). Vous remplissez ensuite un profil et pouvez consulter ceux des hôtes avant de les contacter. Les qualités requises ? « Des capacités d’adaptation, de la curiosité et de la  bienveillance », résume Cécile Paturel, coordinatrice du réseau pour la  France. Un réseau qui veille bien évidemment à ce que les hôtes partagent aussi les mêmes valeurs.

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’histoire commence au début des années 1970 en Angleterre. Sue Coppard, qui vient d’un milieu agricole, est secrétaire à Londres. Mais la campagne lui manque. Sensible à l’écologie, elle décide de proposer son aide aux fermiers bio de la région pendant son temps libre. Un week-end après l’autre, d’autres personnes la rejoignent. Peu à peu, l’initiative se développe à travers le pays mais aussi à l’étranger. En 1971, Sue fonde le mouvement du « wwoofing », acronyme créé à partir de « World Wide Opportunities on Organic Farms », un réseau mondial de fermes biologiques. Son objectif vise « à reconnecter les hommes et les femmes à la terre » en les faisant participer bénévolement à des pratiques agricoles bio, explique l’association Wwoof France. Le principe est simple : les bénévoles, les « wwoofeurs », sont mis en contact avec les fermes partenaires via une plateforme web. Ils sont ensuite reçus dans de petites exploitations, toujours à taille humaine, où vivent et travaillent des familles ou des collectifs (les hôtes). Les wwoofeurs aident aux tâches qui varient en fonction des saisons (maraîchage, coupe de bois, récolte, soins aux animaux…) et sont en échange logés et nourris.

Éducation populaire

Mais attention, le wwoofing n’est en aucun cas « du travail contre  le gîte et le couvert », précise Cécile Paturel, coordinatrice de Wwoof France. « Nous sommes dans une démarche d’éducation populaire.  Beaucoup de citadins ne savent pas d’où vient ce qu’ils mangent, constate la jeune femme. Le wwoofing, c’est un échange culturel.  L’hôte partage sa passion, il transmet les gestes agroécologiques qu’il  pratique au quotidien. On apprend les bases : comment planter, faire  pousser, récolter, faire de l’élevage, toujours avec cette idée de respecter  la planète. » Dans la journée, le wwoofeur consacre quatre à six heures aux activités de la ferme. Le reste du temps, il est libre de faire du tourisme, de rester sur place pour se détendre ou de continuer à aider son hôte s’il le souhaite.

Aventure humaine

Les séjours varient d’une semaine à un mois. Mais certains décident de consacrer plusieurs mois au wwoofing en voyageant de ferme en ferme. « On vit de véritables aventures humaines, ajoute Cécile, elle-même adepte convaincue depuis des années. Partager  le quotidien de quelqu’un, ses repas, ses activités, ça crée des liens !  J’ai énormément appris et gardé contact avec tous les hôtes qui m’ont  reçue. » Un enthousiasme partagé par Fabienne, herboriste dans le sud de l’Isère, qui accueille régulièrement des wwoofeurs. Pour elle, le wwoofing, « c’est aussi politique, témoigne-t-elle sur le site de Wwoof France. C’est dire : venez reprendre vos savoirs,  réappropriez-vous le monde qui vous entoure ! Ce n’est pas utopiste,  c’est totalement concret. Et on a l’avenir devant nous. » Delphine Delarue

Photos : ©Wwoof France

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