TRADUIT DE LâAMĂRICAIN PAR FRANCIS KERLINE
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TRADUIT DE LâAMĂRICAIN PAR FRANCIS KERLINE
Taft Robinson fut le premier Ă©tudiant noir recrutĂ© par Logos College, dans lâouest du Texas. Ils lâont choisi pour sa vitesse.
Ă la fin de cette premiĂšre saison il Ă©tait franchement lâun des meilleurs running backs* de toute lâhistoire du Southwest. Ă la longue, il serait apparu sur les Ă©crans de tĂ©lĂ©vision dans tout le pays pour faire la promotion dâautomobiles Ă huit mille dollars et de mousses Ă raser parfumĂ©es Ă lâavocat. Son nom sur les succursales dâune chaĂźne de fast-food. Lâhistoire de sa vie au dos de boĂźtes de cĂ©rĂ©ales. Une monographie soporifique serait rĂ©digĂ©e sur le sujet, lâathlĂšte moderne en mythe commercial, avec des notes. Mais ça ne sâest pas passĂ© de la sorte. Cette annĂ©e-lĂ eut dâautres sonoritĂ©s, du moins pour moi, le phĂ©nomĂšne de lâanti-applaudissement â des mots changĂ©s en sons bruts, suivis dâun silence dâune texture mĂ©tallique. VoilĂ pourquoi Taft Robinson, Ă tort ou Ă raison, ne fait que hanter ce livre. Je pense que ça tombe juste, en un sens. La demeure a longtemps Ă©tĂ© hantĂ©e (double mĂ©taphore Ă venir) par lâhomme invisible.
* Porteur de ballon. (Les noms des postes des joueurs sont donnés en anglais.) (Toutes les notes sont du traducteur.)
Mais restons simples. Les joueurs de football sont des gens simples. Quelles que soient les complexitĂ©s, les sombres desseins de lâesprit humain, le cĆur â tout cela ne sâinscrit quâentre les limites blanches du terrain. Parfois dâĂ©tranges visions dĂ©ferlent sur cette surface ; la folie suinte. Mais en tout autre lieu le joueur de football suit une ligne parfaitement droite. Ses pensĂ©es sont complĂštement banales, ses actes ne sont pas inflĂ©chis par lâhistoire, lâĂ©nigme, lâholocauste ou le rĂȘve.
Une passion pour la simplicitĂ©, pour les bonnes vieilles choses, comme des livreurs de journaux Ă bicyclette, occupa nos jours et nos nuits pendant cet Ă©tĂ© torride. Nous nous entraĂźnions dans la chaleur ondoyante sans autre stimulant que la conviction que les choses ici Ă©taient simples. Frapper et ĂȘtre frappĂ©s ; surveiller les dĂ©bordements de lâailier ; renverser des gars ; sucer de la glace et reprendre la position en trois points*. Nous Ă©tions une bande de types affĂ»tĂ©s et dĂ©terminĂ©s, entraĂźnĂ©s par un coach affamĂ© et ses sept assistants tyranniques. Certains dâentre nous Ă©taient plus simples que dâautres ; quelquesuns pouvaient mĂȘme ĂȘtre considĂ©rĂ©s comme des asociaux ou des exilĂ©s ; trois ou quatre, comme dans toute Ă©quipe de football amĂ©ricain, Ă©taient cinglĂ©s. Mais nous Ă©tions tous â mĂȘme moi â, nous Ă©tions tous dĂ©terminĂ©s.
Nous faisions au soleil des exercices au sol Ă cent six joueurs. Nous attaquions les mannequins dâentraĂźnement et slalomions entre les cordes tendues. Nous nous tenions dans ce quâon appelait la chute (une Ă©troite bande de terre bordĂ©e des deux cĂŽtĂ©s
* Sur deux pieds et une main au sol.
par des mannequins de barrage) et nous foncions les uns sur les autres, défenseurs et raffuteurs, nous nous jetions au sol mutuellement. Il y avait toujours un moment de castagne débridée, que les coaches laissaient durer environ cinq minutes en nous observant de la touche, gentiment blasés, au cours duquel nous échangions des coups de pied dans les tibias, des crochets du droit et du gauche dans les visages encagés, les plus impulsifs retirant leurs casques et les lançant sur tout ce qui bougeait. Le soir nous faisions nos priÚres.
JâĂ©tais lâun des exilĂ©s. Bien des fois, croyez-le, je me suis demandĂ© ce que je fichais dans cet endroit perdu et dĂ©solĂ©, cette toundra estivale, Ă me faire taper dessus de haut en bas par une furieuse paire de Texans de cent dix kilos. JâĂ©tais si fatiguĂ© et courbatu le soir que je nâarrivais pas Ă lever le bras pour me brosser les dents. CondamnĂ© Ă obĂ©ir aux ordres brutaux dâhommes dĂ©raisonnables. ArrachĂ© Ă tous les types de civilisation tels que je les avais connus ou Ă©tudiĂ©s. ForcĂ© Ă prier chaque soir, avec le reste de lâĂ©quipe, par notre coach, un patriarche sorcier et revanchard. VouĂ© Ă mener une vie simple.
Puis ils nous dirent que Taft Robinson allait venir Ă lâuniversitĂ©. Jâattendais son arrivĂ©e avec impatience â un Ă©vĂ©nement, au fond, en cette Ăšre dâincidents et de petits dĂ©sespoirs. Mais la nouvelle ne semblait pas enchanter mes camarades. CâĂ©tait une rupture avec la simplicitĂ©, le recoin hantĂ© dâun rĂȘve, une sorte de magie de la forĂȘt propre Ă les effrayer la nuit.
Taft était un transfuge de Columbia. Sa réputation était bonne à tout point de vue. 1) Il courait le 100 yards en 9,3 secondes. 2) Il avait un bon jeu de jambes et de bonnes mains. 3) Il était fort et
difficile Ă arrĂȘter. 4) Il Ă©cartait les plaquages comme un homme franchissant un tourniquet. 5) Il savait raffuter â quand il en avait envie.
Mais surtout il fonçait â 9,3 chrono au cent. La vitesse. Il avait une vitesse de sprinter. La vitesse est la derniĂšre exaltation qui subsiste, la seule chose dont on ne se lasse pas, toujours intacte dans son potentiel, le mystĂ©rieux talent noir qui fascine les foules.
(ExilĂ© ou exclu : le distinguo tend Ă sâestomper quand la tempĂ©rature dĂ©passe les 37 °C.)
Taft Robinson est arrivĂ© dĂ©but septembre, environ deux semaines avant le dĂ©marrage des cours. LâĂ©quipe, dâabord de cent unitĂ©s, puis de soixante et bientĂŽt moins, sâĂ©tait prĂ©sentĂ©e Ă lâappel Ă la mi-aoĂ»t. Taft avait manquĂ© les entraĂźnements de printemps et vingt jours de la session commencĂ©e. Je ne le pensais pas capable de rattraper son retard. JâĂ©tais dans le bureau de la prĂ©sidente le jour de son arrivĂ©e. La prĂ©sidente Ă©tait Mme Tom Wade, la veuve du fondateur. Tout le monde lâappelait Mme Tom. CâĂ©tait la seule femme de ma connaissance Ă qui on eĂ»t pu appliquer avec justesse le qualificatif de lincolnesque. Au-delĂ des apparences, je nâavais aucune idĂ©e prĂ©cise de ce quâelle Ă©tait rĂ©ellement ; elle Ă©tait grande, avec des sourcils noirs, sĂšche comme un clou de chemin de fer.
JâĂ©tais lĂ parce que jâĂ©tais un nordiste. Ils semblaient penser que ma prĂ©sence aiderait Taft Ă se sentir moins dĂ©paysĂ©, ce qui me faisait doucement rigoler. (Il Ă©tait de Brooklyn, il Ă©tait allĂ© Ă Columbia aprĂšs Boys High, un lycĂ©e connu pour les sportifs quâil formait.) Jâattendais en compagnie de Mme Tom.
âMon mari adorait cet endroit, disait-elle. Il lâa bĂąti Ă partir de rien. Il avait son idĂ©e en tĂȘte et sây est tenu jusquâau bout. Il croyait Ă la raison. CâĂ©tait un homme de raison. Il chĂ©rissait le mot en soi. Malheureusement il Ă©tait muet.
Je lâignorais.
Il ne pouvait que grogner. Il faisait des bruits dĂ©goĂ»tants. De la bave sâaccumulait aux commissures de ses lĂšvres. Ce nâĂ©tait pas beau Ă voir.â
Taft entra flanquĂ© de notre entraĂźneur-chef, Emmett Creed, et de notre prĂ©parateur physique, Oscar Veech. DâemblĂ©e jâĂ©valuai sa taille Ă prĂšs dâun mĂštre quatre-vingt-dix, son poids dans les cent kilos. Large dâĂ©paules, la taille fine, un cou acceptable. Du bĂ©tail primĂ© Ă la foire agricole. Il portait un costume gris foncĂ© qui devait ĂȘtre aussi vieux que lui.
Mme Tom prit la parole.
âJeune homme, jâai toujours admirĂ© lâendurance de votre peuple. Les choses ne vont pas ĂȘtre faciles pour vous. En toute franchise, jâĂ©tais contre depuis le dĂ©but. Quand ils mâont parlĂ© de leur projet, jâai dit que câĂ©tait de la foutaise. De la vraie foutaise. Mais Emmett Creed est un homme trĂšs persuasif. Ce ne sera facile pour aucun de nous. Mais Ă quoi nous sert la raison sinon Ă franchir les caps difficiles ? VoilĂ , jâai dit ce que jâavais Ă dire. Maintenant vous allez suivre le coach Creed et, quand vous aurez fini de parler football, vous reviendrez ici pour voir Mme Berry Trout dans le bureau dâĂ cĂŽtĂ©. Elle vous mettra au courant pour tout ce qui concerne les cours, les commoditĂ©s et le reste. Lâhistoire sera notre juge ultime.â
Puis ce fut mon tour.
âGary Harkness, dis-je. On est plus ou moins voisins. Je viens du nord de lâĂtat de New York.
Loin au nord ? dit-il.
Assez loin. TrĂšs loin en fait. Une petite ville dans les Adirondacks.â
Nous allĂąmes au dortoir des joueurs, un bĂątiment isolĂ© Ă peine terminĂ© mais sans jardin et avec des panneaux peinture fraĂźche partout. Je les ai laissĂ©s tous trois dans la chambre de Taft et je suis descendu mâhabiller pour lâentraĂźnement de lâaprĂšs-midi.
Moody Kimbrough, notre plaqueur droit et capitaine des lignes avant, mâarrĂȘta comme je traversais la salle de musculation.
âIl est lĂ ?
Il est lĂ , dis-je.
Super. Câest vraiment super.â
Dans la salle de gym, Jerry Fallon avait une jambe dans le bain à remous. Il faisait les mots croisés du journal local.
âIl est lĂ ?
Il est partout, dis-je.
Qui ?
LâĂȘtre suprĂȘme au ciel et sur la terre. Quatre lettres.
Tu sais qui je veux dire.
Ouais, il est lĂ . Et bien lĂ . Cent quinze kilos dâacajou massif.
Combien ? dit Fallon.
Ils pensent le faire jouer comme garde. Il est un peu plus lourd que prévu. Dans les cent quinze. Garde gauche, a dit le coach, je crois.
Tu te fous de moi, Gary ?
Garde gauche, câest ton poste, au fait ? Je viens juste de percuter.
Combien il pĂšse, tu dis ?
Cent quinze, cent vingt. Du bronze massif tout juste sorti du moule. Le coach dit que câest le cent quinze le plus rapide du pays.
Il est censĂ© ĂȘtre un running back. Ăa, câĂ©tait avant quâil prenne du poids. LĂ vraiment tu te fous de moi, Gary.
Exact.
EnfoirĂ©.â
Nous avons testĂ© de nouvelles phases de jeu pendant une heure environ. Les assistants de Creed vitupĂ©raient contre nos fautes. Creed lui-mĂȘme se tenait dans la tour pour superviser les tactiques. Je vis Taft sur la touche avec Oscar Veech. Les joueurs regardaient constamment par lĂ . Quand la deuxiĂšme Ă©quipe nous relaya pour lâattaque, je me rendis Ă lâautre bout du terrain en quĂȘte dâun coin dâombre pour mâasseoir. Finalement je mâaffalai simplement contre la clĂŽture en toile et y restai, plus ou moins droit, Ă contempler lâagitation lointaine. Ces Ă©crans de toile entourant le terrain Ă©taient destinĂ©s Ă empĂȘcher lâespionnage des futurs adversaires. CâĂ©tait lâune des nombreuses innovations que Creed avait apportĂ©es â innovations du moins dans le cadre particulier de cet Ă©tablissement. Il avait aussi fait construire la tour et des lieux de vie spĂ©ciaux pour les joueurs. (Afin dâinsuffler lâesprit dâĂ©quipe.) CâĂ©tait la premiĂšre annĂ©e de Creed ici. Il Ă©tait nĂ© au Texas, soit dans une cabane en bois, soit dans une auge, selon les versions, sur les rives du Rio Grande, Ă lâendroit oĂč se trouve aujourdâhui le parc national Big Bend. Les journalistes sportifs aimaient lâappeler Big Bend. Il avait figurĂ© parmi lâĂ©lite des Ă©quipes amateur en tant que tailback au
bon vieux temps des formations en single-wing de lâuniversitĂ© mĂ©thodiste du Sud, puis servi dans un B-27 pendant la guerre et jouĂ© comme halfback chez les Chicago Bears. Ensuite il sâĂ©tait lancĂ© dans le coaching, dâabord comme assistant de George Halas Ă Chicago, puis comme entraĂźneur-chef dans la Missouri Valley Conference, les Big Eight et la confĂ©rence Sud-Est. Il avait acquis la rĂ©putation de transformer le chaos en ordre, de former de bonnes Ă©quipes dans des Ă©tablissements connus pour ĂȘtre dâĂ©ternels perdants. Il avait enchaĂźnĂ© quatre saisons sans dĂ©faite, cinq titres de champion de confĂ©rence et deux de champion national. Puis un quarterback avait dit ou fait quelque chose qui ne lui plaisait pas et il lui avait cassĂ© la mĂąchoire. La chose avait fait scandale dans tout le pays et il avait connu une traversĂ©e du dĂ©sert de trois ans jusquâĂ ce que Mme Tom lâaccueille Ă West Texas. Le niveau Ă©tait trĂšs en dessous de celui des Big Eight mais Creed avait su convaincre la veuve quâune bonne Ă©quipe de football donnerait Ă sa petite Ă©cole isolĂ©e une existence sur la carte. Donc les prioritĂ©s changĂšrent, de nouveaux assistants furent engagĂ©s, on attira des Ă©lĂšves avec des bourses, lâargent du pĂ©trole commença Ă affluer, plusieurs avions privĂ©s furent louĂ©s Ă des fins de recrutement, on changea le nom de lâĂ©quipe des Cactus Wrens* en Screaming Eagles** â et Emmett Creed fit son come-back. Le seul Ă©lĂ©ment qui jurait dans le tableau Ă©tait la quantitĂ© de tissu qui dissimulait nos sĂ©ances dâentraĂźnement. Il nây avait que des insectes alentour.
* Les Passereaux.
** Les Aigles hurlants.
La premiÚre équipe fut rappelée et je me dirigeai lentement vers la poussiÚre et le bruit. Creed, du haut de la tour, parlait dans son mégaphone.
âEn dĂ©fense, jâaimerais que ça coure un peu. Lâapathie ne rapporte aucun point dans ce sport. Poursuivez ces gars. Foncez dessus. Cognez-les. Cognez-les. Cognez-les.â
Sur le premier engagement, Garland Hobbs, notre quarterback, feinta pour faire croire que je filais directement vers la ligne, puis fit la passe Ă lâautre setback, Jim Deering. Il prit son premier tampon dâun linebacker, Dennis Smee, qui le mit Ă terre, aidĂ© Ă retardement et mĂ©chamment par un plaqueur et un autre linebacker. Deering ne bougeait plus. Deux entraĂźneurs assistants se mirent Ă lâinvectiver, disant quâil gĂąchait le paysage. Il essaya de se relever, en vain. Quant Ă nous, nous marchĂąmes vers la ligne de hachage opposĂ©e pour attaquer le jeu suivant.
Tout ça se termina par deux phases autour des poteaux de but. Lloyd Philpot Jr., un arriĂšre dĂ©fensif, chuta au milieu de la seconde phase. Nous le laissĂąmes lĂ dans la zone dâen-but, Ă plat ventre, une jambe agitĂ©e de lĂ©gers tremblements. Son pĂšre avait eu les honneurs de la ConfĂ©rence nationale Ă Baylor pendant trois annĂ©es de suite.
Le soir, Emmett Creed sâadressa Ă lâĂ©quipe.
âĂcrivez rĂ©guliĂšrement Ă votre famille. Habillez-vous dĂ©cemment. Soyez polis. Exprimez vos problĂšmes. Ne lambinez pas. Je nâai pas besoin de flemmards qui traĂźnent la patte. Soyez rapides dans vos dĂ©placements, aussi bien sur le terrain que dans les couloirs des bĂątiments. Nâoubliez pas de faire vos priĂšres.â
Ă lâuniversitĂ© de Logos, au Texas, dâimmenses gaillards Ă©quipĂ©s dâĂ©pauliĂšres rembourrĂ©es et de casques rutilants jouent au football amĂ©ricain avec passion. Au cours dâune saison sans prĂ©cĂ©dent oĂč ils enchaĂźnent les victoires, leur running back, un garçon brillant du nom de Gary Harkness, dĂ©veloppe peur et fascination pour le conflit nuclĂ©aire. Parmi les joueurs, les terminologies du football et de la guerre atomique deviennent interchangeables et leur sens se dĂ©tĂ©riore au fil de lâannĂ©e universitaire. De discussions de dortoir en balades mĂ©taphysiques dans le dĂ©sert, cette comĂ©die noire explore le rapport quâentretiennent les hommes avec le conflit Ă travers des pages dâune beautĂ© mĂ©morable.
Don DeLillo est lâauteur de dix-sept romans, parmi lesquels Outremonde, Cosmopolis, LâHomme qui tombe, Zero K, Le Silence. Il a obtenu les distinctions littĂ©raires les plus prestigieuses dont le National Book Award et le PEN/Faulkner Award. En France, toute son Ćuvre est publiĂ©e par Actes Sud. End Zone est son deuxiĂšme roman, inĂ©dit en France.
www.actes-sud.fr
DĂP. LĂG. : MARS 2023 / XX ⏠TTC France
ISBN 978-2-330-17742-3
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Photographie de couverture : © Mikael Jansson / Trunk Archive