DE LA SINGULARITÉ DES BIBLIOTHÈQUES
Entre une architecture de la résilience et de la porosité.
ALEXIS MOHAMADI

DE LA SINGULARITÉ DES BIBLIOTHÈQUES
Entre une architecture de la résilience et de la porosité.
ALEXIS MOHAMADILicence 3 - Rapport d'Étude
Encadrement: Victoria Mure-Ravaud et Guillaume Meigneux
Coordination: Marc-Antoine Durand et Laurie Gangarossa
École Nationale Supérieure d'Architecture de Clermont-Ferrand
Soyez attentif.
Imaginez, un lieu où le temps se dilate. Imaginez, un endroit mêlant puissance, mystère et plénitude. Imaginez, que sans l'accès au réseau internet, vous ayez à votre disposition une quantité colossale de savoirs. Imaginez, que nous rendions accessible à tous, à chacun et à chacune une grande partie des travaux et recherches de la pensée humaine produits jusqu'à nos jours. Imaginez, qu'il soit possible d'échapper un instant au cirque social permanent. Imaginez en effet, que vous parveniez à échapper à l'agitation incessante. Imaginez, un édifice capable d'accueillir le lecteur, le chercheur, le voyageur, l'étudiant, le poète ou encore le citoyen. Imaginez, une adresse qui admet chacun et chacune tel.le qu'il ou elle est. Imaginez, que l'altruisme, la transmission et le partage des connaissances soient des principes inaltérables. Imaginez, un lieu qui refuse la haine, la barbarie et l'ignorance. Imaginez, un lieu qui favorise l'éducation, la sagesse et la paix. Imaginez, que nous choisissions ensemble de donner du sens à notre humanité. Enfin, imaginez une place permettant simplement d'identifier l'essentiel.
Ce que vous imaginez existe bien. Ce que vous imaginez est un lieu vieux de plus de 2 000 ans. Ce que vous imaginez est même un espace particulièrement répandu dans notre région du monde. Il n'y a, en effet pas une ville en France qui ne possède pas désormais un tel endroit. Oui, rendezvous compte. Comment auriez-vous pu passer à côté d'une telle place ? Auriez-vous manqué d'attention ? Rassurez-vous, vous connaissez bien ce que vous imaginez. Vous y êtes sans doute allé de nombreuses fois.
Ce que vous imaginez, c'est la bibliothèque.
Mais au fond, avant toutes choses, de quoi parle-t-on exactement ? Qu'est-ce qu'une bibliothèque ? Allons même plus loin, qu'est-ce qu'un livre ?
Une bibliothèque selon l'UNESCO, est une "organisation [...] dont la vocation est d’élaborer et de conserver une collection et de faciliter l’usage des ressources et des équipements d’information afin de répondre aux besoins d’informations, de recherche, d’éducation, de culture ou de loisirs de ses utilisateurs." Il en existe différentes formes : universitaire, départementale, ou encore nationale. Notre réflexion se concentrera sur les bibliothèques dites publiques, se donnant pour mission d'offrir l'accès à sa collection à tous. En outre, le manifeste de l'UNESCO stipule que la bibliothèque a également pour mission de stimuler la créativité et l'imagination des plus jeunes. Ainsi, la bibliothèque constituerait également en un outil de lutte contre les inégalités sociales et s'inscrit dans les objectifs du développement du millénaire. Tandis qu'un livre peut être défini, toujours selon l'UNESCO, comme "un ouvrage imprimé qui doit contenir au moins 49 pages". Un des objectifs premier des bibliothèques et des livres était alors notamment de garantir la diffusion, la pérennité, et l'archivage des connaissances humaines.
Parfois, on a tendance à penser qu'au fond rien n'est vraiment essentiel. Pourtant, communale ou nationale, sobre ou high-tech, rudimentaire ou prestigieuse, il semble indéniable, au vu des précédentes définitions que les bibliothèques sont aujourd'hui des instruments non seulement essentiels, mais aussi absolument fondamentaux et indispensables. Ces espaces, sans doute désormais trop sous-estimés, bien que si singuliers, sont des précieux témoignages de ce qu'on a été, fait, ou vécu collectivement en tant que civilisation humaine mais aussi individuellement en tant qu'individu.
Par conséquent, ils gagneraient sans doute à être valorisés et davantage mis en avant. Dans les pages qui suivent, nous essayerons ainsi de repérer les coordonnées donnant les perspectives possibles, et les futurs éventuels des bibliothèques.
Les sujets évoqués dans ces lignes s'entrecoupent, s'interceptent et s'entremêlent les uns aux autres. Ils sont donc souvent plus liés qu'ils ne semblent l'être au premier abord. La mise en évidence de corrélations montre également que les sujets étant particulièrement entrelacés entre eux, il convient de ne pas établir des conclusions trop tranchées, au contraire des raisonnements nuancés et pondérés semblent ici bien davantage adaptés. Notons également que le texte ci-présent ne se veut pas exhaustif. En outre, les bibliothèques bien qu'étant des objets universels, le sujet ici étudié se veut lui davantage centré sur le cas occidental, européen, voire français.
Ébaucher un texte. Composer un poème. Écrire un essai. Rédiger un livre. Imprimer un ouvrage. Dessiner des rayonnages. Aménager des espaces de lecture et de travail. Concevoir une bibliothèque. Qui fait cela seul ? Sans convoquer de références, ni même sans repère antécédent, bref sans aide quelconque ? Peu de gens en sont sans doute capables. D'ailleurs, d'un livre isolé, d'un rayon d'étagère seul, d'une bibliothèque pris à part, il ne résulte que très peu. Quelque part, les livres forment et fonctionnent comme une chaîne de la cognition humaine. Aussi, les bibliothèques constituent et agissent telles une grande toile de l'esprit anthropique.
De la même façon, cet écrit dresse une somme. Une somme de sources hétéroclites. Ce propos est en effet, issu non seulement de lectures antérieures, de réflexions personnelles, de souvenirs d'enfance ou d'observations, d'immersions et d'expériences de terrain, mais aussi et surtout de témoignages glanés auprès de documentalistes, d'enseignants ou de maîtres de conférences de l'ENSACF. Ces témoignages ont tous été recueillies à partir d'entretiens réalisés entre 2021 et 2022 au cours de la rédaction de ce document.
Cet écrit prend ainsi la forme d'une hybridation entre un récit et un article. Ce positionnement permet, me semble-t-il d'étudier le plus habilement possible le rapport entre l'architecte et la bibliothèque. Cette orientation nous mène alors vers un voyage au travers des formes architecturales de la bibliothèque en tant qu'espace singulier. Ce voyage n'a pas la prétention de construire un atlas totalement global et parfaitement omniscient. Toutefois, cette exploration a pour simple vocation d'établir une certaine autopsie, un diagnostic en quelque sorte de ces espaces, de discerner leurs évolutions et d'en apercevoir leurs perspectives.
Au cours de mes recherches et arpentages, diverses personnes ont ainsi généreusement accepté d'échanger et de réfléchir avec fertilité avec moi. Je tiens à remercier avec insistance et reconnaissance l’ensemble de ces contributeurs.
Par ailleurs, l'intégralité des ouvrages et lectures sur lesquels s'appuie ce texte sont référencés au sein d'une bibliographie unifiée disponible à la fin du document.
Nous prendrons appui sur deux cas concrets de la métropole clermontoise. Les deux cas choisis sont la Bibliothèque du Patrimoine et la Médiathèque Jack-Ralite (Croix-de-Neyrat). Ceux-ci présentent et proposent la particularité d'avoir une approche et un fonctionnement profondément différents. Tandis que la première s'active à des travaux de recherche et de conservation de la mémoire auvergnate, la seconde se veut être un pôle culturel ouvert sur son environnement et les nouveaux usages.
Nous chercherons ainsi à comprendre, comment l'architecture se fait vectrice, d'une singularité des bibliothèques.
Dans un premier temps, on se penchera d'abord sur une perte singulière et symbolique des bibliothèques et la disposition résiliente de ces espaces. Puis, dans un second temps, nous aborderons notre sujet sous le prisme d'une certaine transformation, substitution et à travers le caractère poreux de ces lieux.
1.1 La perte
D'aucuns diront que les bibliothèques, que ces espaces ne sont plus ce qu'ils sont, qu'ils ont perdu de leurs saveurs, de leurs âmes. D'autres en parleront avec une certaine nostalgie, un léger spleen même. Certains parleront avec mélancolie et amertume d'une perte drastique de leurs valeurs. Auparavant, elles pouvaient en effet, imposer leurs savoirs, leurs intelligences et leurs connaissances avec puissance ; l'ailleurs - la rue - semblait faire alors bien pâle figure face à un tel monument. Pour les uns encore, on enlevait presque ses chaussures pour y entrer. Pas question en effet d'abîmer ou de détériorer ne serait-ce qu'un centimètre carré de cet espace quasiment sacré. Tel un rite, on s'inclinait devant le savoir. Pour d'autres en revanche, les bibliothèques mystiques au caractère transcendant, ces cathédrales aux documents mis sous clés, font davantage office de mauvais lointains souvenirs du passé. Ceux-ci regardent avec distance et sans regret ces lieux clos du savoir où l'accès était restreint et où il était nécessaire de montrer patte blanche. Au contraire, ils voient désormais dans ces lieux une certaine nouvelle vitalité.
Quoi qu'il en soit, quelque chose semble avoir été perdu. Une certaine singularité se serait évanouie. Il y a comme un vide. Mais s'agit-il vraiment d'une perte ?
Si l'on regarde parmi les propositions de définition de la perte données par exemple par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, la perte est définie comme le "fait d'être privé momentanément ou définitivement, en partie ou totalement, d'une chose ou d'une qualité dont on avait la jouissance ou la possession".
Cette définition servira de point de départ pour notre objet d'étude. Au regard de cette définition, c'est bien donc une perte qui semble avoir été à l'œuvre ici.
Une question se pose alors : que s'est-il passé ? Comment une telle perte a-t-elle pu s'opérer ? Est-ce forcément un mal ? Partons à la recherche de la singularité perdue.
Il serait assez naïf de penser qu'un seul et unique responsable est à l'origine d'un tel bouleversement. C'est pourquoi, sans surprise, plusieurs traumatismes sont sans doute à prendre en compte dans l'origine de cette perte.
D'abord, dans le courant du XXᵉ siècle, on semble observer une volonté de démocratisation forte dans l'accès à la culture de la part des pouvoirs publics. Cette initiative s'exprime notamment dans la multiplication des lieux de la diffusion de la culture. Les bibliothèques sont donc plus nombreuses, moins rares, plus familières, mais pas seulement. Les livres deviennent eux aussi plus accessibles : on invente le livre de poche dès les années 1930. Ce petit ouvrage de dimension réduite, de prix réduit, mais dont le nombre d'impressions lui, augmente. Cette innovation redoutable permet ainsi d'élargir comme jamais auparavant la distribution de la littérature au grand public. Bien qu'à première vue louable, ces changements n'en ont pas moins été néfastes pour la dimension symbolique du savoir. Ainsi, les écrivains Julien Gracq ou Henri Michaux ne manquent pas d'alerter quant à une certaine forme de banalisation, de vulgarisation, de dévalorisation voire même d'avilissement des livres, de la culture et donc par extension de la bibliothèque. Puis dans les années 1980, avec François Mitterrand et l'arrivée de la gauche au pouvoir, on entre encore davantage dans une logique de démocratisation de la culture notamment pour le monde populaire et ouvrier. Après le sport pour tous, c'est donc désormais la culture pour tous. Ainsi, par exemple, si l'on comptait quelque 400 bibliothèques municipales en 1948, elles étaient déjà plus de 3 000 en 2002. De la même façon, les surfaces mises en service
passent de 825 846 m² en 1983 à 2 159 933 m² en 2002. Jack Lang, ministre de la Culture de l'époque, met également en œuvre le prix unique du livre. Ce serait donc, par extension, à ces différents moments que la singularité fut perdue.
Vraiment ? Simplement ? Plus de livres, plus de bibliothèques, est égal alors à : une dilution du savoir, une perte de l'intelligence. Cela peut sembler parfaitement élémentaire ou à l'inverse totalement contradictoire. C'est bien parce que cela ne paraît ni être si simple, ni s'arrêter simplement là.
L'arrivée d'instruments novateurs comme Internet, les outils numériques, ou encore les technologies de l'information et de la communication nous ont fait entrer dans un monde nouveau. En effet, nous sommes désormais entrés dans un monde de la dématérialisation.
Dès lors, s'ouvrent de nouvelles interrogations. Finalement, est-il encore possible de perdre quelque chose ? Dans la perte de matérialité, la bibliothèque immatérielle incarne-t-elle encore quelque chose ? Qu’attendre de l’immatérialité du texte ? Du savoir ?
Si l'on peut maintenant tous avoir l’intégralité des contenus d'une bibliothèque sur un austère disque dur alors pourquoi diable encore utiliser une bibliothèque ?
Ou encore, qu’en est-il de la bibliothèque dans un monde qui dématérialise les objets ?
Si la bibliothèque incarne le savoir, et que celui-ci peut désormais être condensé dans un simple serveur de cloud computing - informatique en nuage - , la bibliothèque est-elle encore un monument ? Est-elle encore un bâtiment ? Ou même est-elle encore un livre ?
Nous tenterons d'apporter des propositions de réponses à toutes ces questions. Pour ce qu'il en est de la perte, c'est semble-t-il bien parce que notre monde s'est à la fois démocratisé culturellement et dématérialisé physiquement que les bibliothèques ont quelque part perdu une certaine singularité.
1.2 Résilience
On parle de regrets, de souvenirs lointains, ou encore de perte. En somme, on les croirait disparues, à jamais enfouies sous le poids des ouvrages accumulés au fil du temps. Au fond, on pourrait même arriver à penser que notre indice de civilisation est profondément touché.
Et si on n'en avait pas besoin ? Si on n'en avait plus besoin ? Pourtant, force est de constater qu'il n'en est absolument rien, elles sont toujours bien là.
J'en veux pour preuve, la très célèbre bibliothèque d'Alexandrie. Souvent inscrite comme étant l'une des premières bibliothèques dans notre imaginaire collectif. Bâtie en 248 avant notre ère à Alexandrie en Égypte par les souverains lagides, elle est aujourd'hui disparue. Une grande perte sans doute.
Pourtant, alors même qu'il nous reste actuellement très peu de traces de l'édifice, la bibliothèque d'Alexandrie [Fig.1] reste l'un des monuments les plus illustres de l'antiquité. Paradoxe. Ce paradoxe n'est pas un hasard. Il exprime à lui seul la puissance intrinsèque des bibliothèques. Plus tard, la Bibliotheca Alexandrina sera inaugurée en 2002 à l'emplacement probable de l'ancienne Bibliothèque d'Alexandrie. Plus de 2

millénaires après sa construction originelle, cette réalisation signe la formidable longévité, la considérable constance et le caractère résilient des édifices que sont les bibliothèques. Véritable phénix, malgré le passage du papyrus à Internet, la Bibliothèque d'Alexandrie, est toujours là, inaltérable. Le Temple grec a disparu de nos usages, pas les bibliothèques. Certes, une partie de l'humanité se donne toujours parfois rendez-vous dans d'autres types d'édifices religieux, mais le Temple grec, haute institution de l'antiquité dont l'architecture monumentale est encore aujourd'hui reconnue n'a pas résisté. Les bibliothèques, si. Est-ce que cela n'est simplement dû qu'à un coup de dé de l'univers ? Malgré la démocratisation culturelle, malgré la dématérialisation physique, malgré la perte d'une certaine singularité, elles ont su faire face. Ainsi, cela signifie bien qu'il y a un rapport plus profond avec ces espaces, un lien presque intime, sensible et indéfectible.
Au fond, les écrits restent les écrits. Un livre reste un livre. Les bibliothèques restent les bibliothèques. Elles perdurent.
1.3 De l'héritage
Concrètement, on peut remarquer, que bon nombre de bibliothèques disposent encore aujourd'hui d'un modèle basé sur un usage traditionnel de ces espaces. En effet, le cas de la Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole [Fig.2, 3 & 4] en est un bon exemple. Cet établissement classé pour ses collections patrimoniales s'insert dans un bâtiment réhabilité en 1994.
En terme de répartition des espaces, pour les parties publiques, on observe un long couloir d'accès donnant sur une unique salle de lecture, de consultation et d'étude. Cette unique salle est composée de rangées de tables alignées. Ces rangées de tables sont entourées de rayons de livres. Concernant le reste des espaces, il s'agit d'espaces privés réservés aux documentalistes et aux bibliothécaires. Ces espaces sont consacrés à la prise en charge d'ouvrages patrimoniaux ou d'ouvrages participant à la mémoire collective et locale (journaux, mémoires, ou encore documentaires). Les bibliothèques étant les seules à assurer ce service, ce rôle patrimonial est fondamental.
L'ambiance générale du lieu est plutôt très calme, aucun bruit ni son ne s'échappe du lieu, le silence règne. Bien que dotée d'une façade largement vitrée, peu de luminosité naturelle ne parvient à atteindre les espaces de la bibliothèque. Les couleurs utilisées dans l'aménagement intérieur restent sobres et le mobilier choisi - tables, chaises, étagères et quelques fauteuils - est sage. En somme, l'ambiance est studieuse, retenue et classique, rien ne vient déconcentrer le lecteur ou l'étudiant. Cette ambiance à l'aspect simple et mesuré n'est sans doute pas anecdotique. En effet, cette atmosphère répond simplement aux enjeux de l'époque à laquelle la bibliothèque appartient. Une époque où, Internet n'existait pas, une époque où les bibliothèques pouvaient encore ne paraître réservées qu'à un certain public. De plus, l'environnement intérieur s'adapte finalement particulièrement bien aux publics visés : chercheurs et étudiants.
Pour autant, ce qui était autrefois plébiscité, semble avoir ces dernières années montré ses limites pour une partie des usagers. Il est ainsi intéressant de noter que cet espace vit ses dernières années. En effet, il est prévu de déménager ces locaux vers la nouvelle Grande bibliothèque Métropolitaine de l'Hôtel-Dieu dès 2024 afin de mutualiser les ressources, outils et documents. Face à la concurrence d'autres lieux et moyens du savoir comme Internet, les Learning Center, les médiathèques, les Fab Lab, ou autres cafés coworking, la bibliothèque est-elle arrivée à bout de souffle ? Un renouveau, pourrait-il passer par de nouvelles morphologies architecturales ?



L'extrait [Fig.5] ci-contre de La Pléiade, nous parle de la prose, sauveuse de la poésie. Nous pourrions choisir de remplacer poésie par bibliothèque et prose par troisième lieu. Aurions-nous retrouvé la clé d'une nouvelle singularité ?
« De la poésie, La Fontaine (1621-1695) a cru pouvoir dire, en forme d’oraison funèbre, que, de son temps, « cette princesse est morte ». Mais son œuvre de conteur et de fabuliste atteste que cette belle au bois dormant ne demandait pas mieux que d’être tirée de sa léthargie, qu’elle pouvait, telle Peau d’âne, se dissimuler sous le masque d’humbles animaux, et que, mariée à la prose, elle pouvait rajeunir un mythe aussi vieux que celui de Psyché. Moins « notre Homère » qu’émule d’Orphée, le poète, épris de diversité, touche à tous les genres, avec un bonheur inégal, mais toujours plus heureux quand il se laisse porter par la grâce ailée, la flexibilité mélodieuse et les ressources expressives des vers irréguliers. »
2.1 La substitution
Si l'on se réfère aux propositions de définition de la substitution donnée par le Centre National de Ressources Textuelles et Lexicales, la substitution est définie comme "l'action de mettre une chose ou une personne à la place d'une autre."
On prendra comme référence cette définition pour notre réflexion. À la lumière de cette définition, on semble constater qu'une substitution de singularité a certainement eu lieu au sein des bibliothèques.
Ainsi, si une forme de perte s'est opérée quelque part, un gain s'est également exprimé au sein des bibliothèques. Sans cette perte, il n'y aurait alors jamais eu de gain. Une nouvelle vision se fait jour, la perte devenant d'une certaine façon non plus totalement néfaste mais aussi enrichissante.
Cette dualité ne peut fonctionner l'une sans l'autre. Il était donc forcément nécessaire de voir cette perte d'une certaine singularité se produire pour permettre l'arrivée d'une substitution autre. Cette perte était donc une nécessité et non contingente. Elle ne doit alors sans doute pas être regrettée. Elle ne pouvait pas ne pas être. Loin d'être une mise à mal, au contraire, grâce à elle les bibliothèques ne semblent plus complétement perdantes mais aussi gagnantes.
En outre, une chose peut tout à fait exister par le vide, tout comme lorsqu'on enlève un livre d'une bibliothèque, on y voit encore sa place par le vide qu'il laisse. Et si, alors la singularité des bibliothèques continuerait-elle de perdurer justement par son inexistence ? Ainsi, par sa disparition, sa présence est encore là.
Et alors dans tout ça, l'architecture y peut-elle quelque chose ? Peutelle réparer, aider, soulager, résoudre cette perte de singularité que subissent actuellement les bibliothèques ? Comment l'architecte se positionne-t-il ?
Répondre par la négative, cela serait sans doute oublier que "rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme". Cette citation apocryphe, bien connue d'Antoine Lavoisier sur la conservation des masses lors du changement d'état de la matière, peut tout aussi bien s'appliquer pour notre sujet.
Une des réponses de l'architecture est notamment l'application de la fin des grandes rangées d'ouvrages alignées, juxtaposées de longues lignes de tables sans fin. Ce type d'aménagement - comme on peut par exemple l'observer pour la Bibliothèque du Patrimoine de Clermont Auvergne Métropole [Fig.2, 3 & 4] - était la norme jusqu'à encore très récemment.
Toutefois, désormais, on se tourne de plus en plus vers les troisièmes lieux. Il s'agit de lieux de rencontres en dehors de la maison et du travail, dont la vocation sociale est affirmée et dont l'ancrage physique et culturel est fort. Ce concept a été développé par le sociologue urbain américain et professeur à l'Université Pensacola en Floride, Ray Oldenburg dans les années 1980. Ces nouvelles structures plus ouvertes proposent des lieux d’animations pour tous les publics, des formations, des mini-concerts, des événements culturels, la venue d’auteurs pour un jeune public ou un public plus âgé. Il s'agit de véritables lieux de vie, de rencontre, de partage.
Les troisièmes lieux, ces espaces neutres, qui favorisent les échanges informels, brisent la solitude et recréent du lien social, sont actuellement en pleine expansion. Ces endroits propices au débat public et démocratique représentent en effet une vraie respiration dans nos sociétés actuelles. À l'origine, Ray Oldenburg n'imagine pas les bibliothèques comme étant des possibles troisièmes-lieux, toutefois celles-ci semblent de plus en plus vouloir se rapprocher de ce concept. La bibliothèque en s'inscrivant dans ce concept ne semble plus vouloir simplement délivrer le savoir, mais véritablement le partager.
Néanmoins, auparavant, les bibliothèques étaient extrêmement identifiables, aujourd'hui cela est moins le cas. Est-ce qu'une médiathèque par exemple est encore une bibliothèque ? Ou encore, est-ce qu'un troisième lieu est vraiment une bibliothèque ? Il semble qu'à force de s'immiscer partout, la bibliothèque a fini par diluer sa singularité. Prenons par exemple le cas particulièrement radical de la Teen Library de New York qui ne propose plus aucun livre, mais simplement des ressources numériques. La Teen Library s'appuie donc sur une collection virtuelle et une action culturelle très développée. Ce sont pourtant bien les livres physiques qui ont fait le succès des bibliothèques à l'origine. Par ailleurs, en proposant toujours plus, ces espaces semblent donc se diriger vers un abandon de la rareté et du caractère unique qui les rendait si spéciales, participant en ce sens à la réduction de l'aspect sacré. Malgré ses nombreux défauts - et il conviendra de ne pas les oublier - la sacralisation des bibliothèques permettait également d'une certaine manière une sacralisation - aujourd'hui quelque peu disparue - du livre en lui-même.
On pourrait tout de même se dire qu’il s’agit d’une stratégie payante pour la bibliothèque puisque ses mutations engendrent de nouvelles fréquentations. Toutefois, on constate aussi une certaine évolution sémantique, en effet désormais on ne lit plus un livre, on n’écoute plus de la musique, on ne regarde plus un film, mais on consomme des produits culturels : intéressant quand on sait que l’étymologie de consommer est emprunté du latin consummare « faire la somme de », « accomplir, achever » mais aussi du latin chrétien « consumer, manger » ou « détruire ». On en vient à engloutir massivement et rapidement de la culture quitte à oublier aussi rapidement et ne rien en retenir. Cette boulimie peut s’avérer dommageable à long terme puisque plus rien ne fait date, on ne prend plus le temps d’apprécier chaque œuvre dans leurs justes valeurs, et on finit ainsi par se lasser.
Cela ne signifie pas pour autant que la bibliothèque risque de disparaître, ou de perdre en intérêt. Cependant, son aura risque d'être atteinte. D'ailleurs, certains espaces ou domaines - notamment les espaces de silence - de la bibliothèque pâtissent déjà un peu de cet élargissement.
En réalité, ne serait-ce pas la société en elle-même qui a changé bien plus que les bibliothèques ? Parchemin, livre, enregistrement sonore ou vidéo, après tout il ne s'agit là que d'une évolution de support, le contenu artistique et culturel lui reste. Dans un monde du capitalisme cognitif ce qui est rare désormais, ce ne sont plus les documents - manuscrits, livres anciens - en eux-mêmes, mais l'attention du public. La bibliothèque devient alors un endroit où l'on prend soin de son attention, où l'on échappe à cette marchandisation et tentative de captation de notre attention, et où l'on choisi finalement vers quoi on désire tourner son esprit.
En outre, en tant qu'auteur de ce document, j'ai bien conscience que cet écrit repose aussi sur un biais : je grandis. Je n'ai pas donc forcément la même vision des bibliothèques qu'il y a cinq ou dix ans. Un cheminement personnel s'est donc également opéré. Ainsi, sans doute, ai-je dans mon jeune âge surévalué la singularité particulière, la sacralité de ces bâtiments.
Par ailleurs, en 1917, l'économiste et sociologue allemand Max Veber proposait l'idée d'un désenchantement du monde. Ainsi, selon lui, les croyances spirituelles reculaient dans nos sociétés occidentales pour laisser la place au pragmatisme et au rationalisme. De la même façon, il semble que notre monde connaisse également un désenchantement institutionnel et culturel. On semble observer une volonté de démystifier, de déconstruire les codes culturels : pourquoi la lecture serait-elle sacralisée ? Pourquoi les bibliothèques devraient-elles être particulièrement singulières ? Ou encore de façon générale pourquoi la culture devrait-elle être réservée à une certaine élite ?
De nos jours, dans une période de changement social profond, chaque individu peut avoir tendance et n'hésite plus à remettre en question les schémas de scénarios préétablis. Peut-être alors, peut-on supposer qu'une partie de la perte d'une certaine singularité vient aussi de là.
Face à ces désenchantements et remises en question, les bibliothèques ne se sont pas plongées dans un sommeil léthargique, au contraire, elles semblent bien conscientes des questions et problématiques importantes de notre monde actuel et tentent d'y répondre.
Nous vivons dans une société de plus en plus en mouvement permanent, une société dite de l’hypertexte. Cette notion développée par Francois Asher urbaniste et sociologue français, décrit d'une société où l'individu appartient à plusieurs mondes à la fois, où il est en connexion permanente à d'autres espaces. Tandis que les bibliothèques sont depuis leur origine et encore aujourd'hui destinées au calme, à l’étude, au temps long, l'exact opposé de ce que sont nos vies aujourd'hui. Dans ce contexte, telles qu'existent les bibliothèques, sont-elles encore adaptées aux mutations, aux transformations et aux évolutions futures ? Dans un monde du tout écran, de la virtualisation, du tout à la maison, répondent-elles toujours aux attentes des usagers actuels ? Là où tout s'enchaîne sans cesse, où le tango de la vie est incessant, un espace hors du temps a-t-il encore sa place ?
N'y aurait-il pas alors une subversion de la bibliothèque, agglomérée à d’autres concepts qui ne sont plus les concepts traditionnels de ces espaces. Comme susmentionné, ne serait-elle pas en train de perdre son but essentiel en cumulant les fonctions ? Ne serait-elle pas en train d'oublier ses missions de transmission du savoir et de la culture ? N'y aurait-il pas là quelque part une certaine dilution, un émiettement de l'usage initial des bibliothèques ? Les troisièmes lieux, médiathèques, et pôles culturels ne seraient-ils pas alors des symptômes de la société de l'hypertexte, une société malade, incapable de se concentrer sur le moindre élément ? Ou au contraire sont-ils l'évolution naturelle d'un monde du toujours plus dont la richesse intellectuelle, artistique et culturelle n'a eu de cesse de croître ? À force de vouloir tout faire, est-on encore spécialiste de quelque chose ? Avons-nous profondément enrichi notre épistémè, ou à l'inverse, avons-nous créé une sorte d'excès d'abondance, de désordre et de saturation ? Cette accumulation ne serait-elle pas déraisonnable ? Indéniablement, des questions se posent.
Il semble que ce n’est donc pas en ajoutant, en agglomérant les usages et services qu’on gagne forcément en valeur, en stature, ou en sacralité. Au contraire, cela semble même donner l'effet inverse, puisque quelque part on désisole le caractère exceptionnel, unique. D'ailleurs, dans le cas des bibliothèques, ce n'est peut-être pas forcément un mal. En effet, ainsi, on gagne à nouveau un public, davantage de fréquentation, on redevient attractif, on s'insert dans le très sélectif cercle des lieux désirables et ainsi, on regagne en singularité. Ici, la singularité s'opère alors sur la dimension attrayante et séduisante de ces espaces et non plus sur un caractère sacré. Tout est dans l'équilibre donc.
Ainsi, en démocratisant massivement les espaces de la culture, mais en raréfiant le temps consacré à celui-ci, il y a donc eu un glissement dans la façon d'exprimer la singularité de ces espaces.
Finalement, la bibliothèque perd peut-être sa place originelle, une place sans doute totalement dépassée et désuète. Mais la sacralité de la bibliothèque est peut-être présente là où on ne le pense pas. Force est de constater qu'elle gagne une autre place prépondérante et significative dans la ville. Cette nouvelle singularité est différente. Il s'agit non plus de celle du sacré, ni de la puissance, ni même du savoir, mais désormais, il s'agit plutôt de celle de la bienveillance ou même encore du care1 .
1 « Activité caractéristique de l'espèce humaine, qui recouvre tout ce que nous faisons dans le but de maintenir, de perpétuer et de réparer notre monde, afin que nous puissions y vivre aussi bien que possible. » selon la définition donnée par Joan Tronto dans les années 1990.
2.3 À l'avant-garde
Dans les faits, ce que l'on peut constater, c'est la grande porosité des bibliothèques à notre société. En effet, elles ont su évoluer tout comme notre mode de vie a évolué. Ainsi, on a vu l'émergence des médiathèques. La Médiathèque de Croix-de-Neyrat Jack-Ralite construite en 2021 par l'Atelier FGA [Fig.6, 7 & 8] en est un bon exemple.
Cette médiathèque en effet, de par son architecture et son aménagement convivial, lumineux, accueillant, aux couleurs vives et aux mobiliers chaleureux, recherchés et confortables se démarque de l'image traditionnelle de la bibliothèque. L'espace proposé est en effet aéré, rassurant et apaisant. Mais cela ne s'arrête pas là. Ainsi, il s'agit d'un véritable pôle culturel qui inclut, en un même bâtiment, une médiathèque et un pôle de pratiques musicales. L'espace rassemble donc des livres, des films, des enregistrements sonores ou même des jeux vidéos. On dénombre ainsi des espaces divers et variés tels que des espaces de réunions, de musique ou silencieux, informatiques et de formations à l'usage des outils numériques, ou encore de lecture évidemment. En somme, l'intégralité - ou presque - des supports du savoir du XXIᵉ siècle sont donc maintenant convoqués sans aucune hiérarchisation spécifique.
La Médiathèque Jack-Ralite oriente aussi son champ d'action vers la pédagogie en étant également le lieu d'apprentissage de la citoyenneté, en offrant aux usagers des outils leur permettant de s'ouvrir sur le monde, en étant ouverte à d’autres publics - espace 0-3 ans -, ou encore en proposant un atelier jardinage en lien avec la Ligue Pour la protection des Oiseaux. Ces dispositifs nouveaux permettent de sensibiliser un bien plus large public aux bibliothèques. Celles-ci deviennent alors de véritables points de repère dans son quotidien dès le plus jeune âge, pouvant même aller jusqu’à structurer son quotidien d'une certaine façon.
De plus, la nouvelle Médiathèque de Croix-de-Neyrat se distingue par sa forte orientation sociale. Effectivement, elle se situe dans un quartier de la ville en pleine mutation, près d'une zone commerciale particulièrement fréquentée. Plus qu'un projet de bibliothèque, il s'agit d'un projet de quartier. Par ailleurs, il est intéressant de noter que même les règles de bienséance ont été revues : parler, manger ou boire semblent - toujours dans une certaine limite néanmoins - désormais acceptés, amenant ainsi là aussi de nouveaux usages.
On comprend alors qu'un véritable effort est effectué pour tenter de convaincre un nouveau public en étant au plus près du public, mais aussi pour casser d'une certaine façon l'image vieillissante ou parfois impressionnante des bibliothèques d'antan. En se positionnat comme un espace plurifonctionnel, la Médiathèque de Croix-de-Neyrat se présente véritablement telle une « infrastructure multiple pour la ville2 ».
De plus, force est de constater que la morphologie des bibliothèques, leurs typologies ont évolué en même temps que l'évolution des pratiques et des usages. Ainsi, ces évolutions se reflètent dans l'architecture même des bâtiments. Par exemple l'architecture, vitrée et transparente que propose La Médiathèque de Croix-de-Neyrat appelle ouvertement et immédiatement à l'accueil chaleureux. Aussi, le volume circulaire tout en rondeur vient rassurer et adoucir un imaginaire collectif qui peut parfois sembler plus austère.
Espace adulte
Espace jeunesse Patio
Espace de consultation

Espace d'animation et d'étude
Entrée
Pôle musical Accueil


« L'architecture est le grand livre de l'humanité, l'expression principale de l'homme à ses divers états de développement, soit comme force, soit comme intelligence. »
(Victor Hugo)
Où tout finit par le commencement.
En définitive, au terme de notre voyage, nous pouvons affirmer que si les bibliothèques en tant qu'édifices sont d'une certaine façon immuable et éternelle, leur format, lui, n'a eu de cesse d'évoluer. Ainsi, jusqu'à l'avènement de la Bibliothèque Sainte-Geneviève de Paris dessinée par Henri Labrouste en 1851, les bibliothèques françaises avaient pour norme d'être systématiquement associées - sous forme d'annexe - à un monastère, une école ou un palais. Si cette bibliothèque a sans conteste permis le renouvellement du format, et est toujours reconnue pour la finesse de son architecture, son modèle lui, semble aujourd'hui être quelque peu révolu. Ainsi, les bibliothèques après avoir été longtemps dépendantes, se sont extraites de toute sorte de tutelles. Mais, force est de constater que de nos jours, elles redeviennent d'une certaine façon dépendante d'autres supports nouveaux et surtout d'autres usages insoupçonnés. Toutefois, cette interdépendance naissante s'effectue avec une différence notable : ce n'est plus un mariage sous la contrainte, mais une véritable union intentionnelle, volontaire, consentie et parfaitement assumée.
Certains y verront une négation de ce que sont et ont toujours semblé être les bibliothèques. Cette évolution - qu'ils redoutent et combattent - sera alors vécue comme un bouleversement et un renversement du concept originel de ces lieux pouvant aller jusqu'à selon eux être fatal.Tandis que d’autres y verront le combat contre un mal qui en réalité n’existe pas. En effet, pour ces autres, il s’agit là simplement d’un mouvement naturel des choses, d'un progrès bienvenu. On pourrait alors penser que la vérité se trouve sans doute entre les deux parties, dans un certain juste milieu. À titre personnel, je pense que les deux parties ont raison et ont leurs raisons : oui, il est vrai que les bibliothèques semblent particulièrement influencées par notre monde du toujours plus, tout comme il est aussi vrai que les bibliothèques ne peuvent pas se contenter de rester bloquées dans le passé, mais qu’elles doivent s’efforcer d’aller de l’avant. En réalité, chacun semble appliquer son propre prisme de pensée, si bien qu'il est difficile de discerner une quelconque vérité. Pour autant, jusqu'à présent, les bibliothèques ont su "tirer leurs épingles du jeu" et en faisant la mainmise sur une large palette des supports culturels, elles sont parvenues à se maintenir désirables.
Quoi qu’il en soit, l’architecture se place comme souvent en éclaireuse, en défricheuse, en expérimentatrice, ou encore bien sûr en bâtisseuse de réponses tentant d'être intelligentes, audacieuses et inventives. Elle a toujours cherché - et continue à le faire - à accompagner les changements de pratiques et d'usages. Si la singularité des bibliothèques a pu évoluer, il apparaît au travers de nos deux cas clermontois et de notre réflexion une inévitable invariable : l'architecture comme vecteur et messager d'une singularité reste comme point commun. De fait, l'architecture, art central et universel, n'est pas muette. Elle est bien souvent porteuse d'une idée, d'un propos, d'une information à destination des usagers. Ainsi, si souvent l’architecture se montre très à l’écoute des envies et des désirs des usagers ou documentalistes, occasionnellement l’architecture se montre plus aventureuse en cherchant - parfois à ses dépens - à proposer non pas forcément ce que les gens demandent, mais en cherchant plutôt à leur offrir - à l'image des livres de poche, des liseuses et autres outils numériques - ce dont ils ne pourront peut-être bientôt plus se passer.
Bisbrouck (Marie-Francoise), Bibliothèque d'aujourd'hui, 2010.
Barbier (Frédéric), Histoire des bibliothèque - 2ed., 2016.
Maury (Yolande), Kovacs (Susan), Condette (Sylvie), Bibliothèques en mouvement : innover, fonder, pratiquer de nouveaux espaces de savoir, 2018.
Burret (Antoine), Tiers-lieux ... Et plus si affinités, 2015.
Desmoulins (Christine), Rudy (Ricciotti), Le maire, l'architecte, et la bibliothèque, 2011.
Caroux (Hélène), Architecture & lecture, les bibliothèques municipales en France 1945-2002, 2008.
Revue ArchiSTORM, Numéro 84, 2017.
Revue Le Moniteur, Bibliothèque dans la cité, Paris, 1996.