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contact des autres qu’on se fabrique. J’essaye de toujours être attentif aux désir des autres et j’aimerais que ce théâtre soit aussi un lieu de rencontres.

Pygmalion miniature, mise en scène Renaud Herbin Photo : Estelle Chaigne

Est-ce que ce parcours nourrit votre travail ? Clairement. Le scientifique pose des hypothèses et essaye de les vérifier. Le travail sur le plateau est aussi un endroit d’expérimentations  : ce n’est pas dit que ça marche, qu’on trouve quelque chose, mais on prend le risque. Et quand on fait un spectacle  : est-ce que ça fonctionne à chaque fois  ? Un scientifique doit lui aussi pouvoir répéter son expérience pour la valider. Mais dans le spectacle vivant, nous sommes encore avant la révolution scientifique du XVIIe siècle  : il y a encore beaucoup de choses à découvrir ! Quel est le rôle d’un théâtre dans la Cité ? Le théâtre est un lieu fermé : on fait le noir pour mettre en lumière, créer un espace imaginaire. Il doit être un lieu de repli, nettoyé du réel mais en même temps nourri par lui. Il faut donc repenser l’articulation entre le dedans et le dehors, par exemple en collectant des paroles et des images pour les ramener sur le plateau, ou en proposant des choses dans l’espace public, en questionnant l’espace urbain. Le théâtre doit s’ouvrir davantage, et son projet va continuer à évoluer. Ce sera désormais un Centre dramatique national tout public, qui va changer de nom à la rentrée prochaine. L’histoire du TJP s’est ouverte, on va continuer le mouvement. * Bac option Lettres et Arts **L’École nationale supérieure des arts de la marionnette

Festival les Giboulées de la marionnette, du 23 au 31 mars au TJP et dans d’autres lieux de la ville Tout le programme sur le www.theatre-jeune-public.com Retrouvez les coups de cœur artistiques de Renaud Herbin et le soundslide photo sur www.zut-magazine.com

IL S’APPELAIT PYGMALION J’avais huit ans. Un soir, clandestinement, je me retrouvais face à Chucky, à la télévision. Bouche bée. Plus tard, je tombais sur un téléfilm où un pantin maléfique prenait vie. J’étais traumatisée. Pour toujours. Pour comprendre, j’ai demandé à Renaud Herbin de m’expliquer sa relation avec ses marionnettes. Ce qui m’effraie, c’est que ces objets prennent vie sous nos yeux et sous les mains du marionnettiste. Un avis que partage Renaud Herbin : « Au-delà de l’interprète que je suis, il se passe quelque chose entre la marionnette et moi. Si je les aime, c’est pour ce moment précis où la marionnette prend vie, c’est une extension de moi-même. Ce passage de l’inerte au vivant me bouleverse. Et c’est aussi ce qui peut faire peur : les marionnettes nous ramènent à nous-mêmes, à notre fragilité. » Il sort de sa valise une petite femme-statue, marionnette à fils qui interprète la création de Pygmalion

dans la pièce Pygmalion miniature. À le voir manipuler ce personnage délicat, je prends conscience que comme un acteur, la marionnette est son personnage. Elle n’est pas réelle. Renaud Herbin explique : « Je ne suis pas dans une démarche animiste, ni affective, c’est un outil de théâtre comme un autre. Ce qu’il regarde, c’est ce que je regarde ». Et voilà qu’il sort le protagoniste : Pygmalion en personne. Devant lui, je frissonne. Il me fixe, de la tête au pied, guidé par les mains de Renaud Herbin. Petit, ses gestes sont précis et mesurés, comme ceux d’un humain. La marionnette nous ressemble, mais sa taille, sa fabrication, son statut d’objet de théâtre l’éloigne de nous. Pourquoi avoir peur de ces êtres sans vies simplement remplis d’histoires ? La distance entre elle et moi a un mot : le théâtre. Et ma peur, une expression : les réalisateurs psychotiques qui s’amusent à me terroriser. Conclusion : je préfère Pygmalion. (C.B.) Pygmalion miniature, mise en scène Renaud Herbin, le 25 mars à 11h30 et 12h30 au MAMCS, dans le cadre des Giboulées de la marionnette

83 ZUT !

Zut ! 13  

Alain Chabat, Anne Wiazemsky, Virginie Despentes, interview de Renaud Herbin du Théâtre de la Marionette à Paris, Pascale Clark, Patrick Coh...

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Alain Chabat, Anne Wiazemsky, Virginie Despentes, interview de Renaud Herbin du Théâtre de la Marionette à Paris, Pascale Clark, Patrick Coh...