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LE CONSEIL GÉNÉRAL DE LA MOSELLE PRÉSENTE

BEN

1ER AVRIL – 2 SEPT. 2012 CHÂTEAU DE

MALBROUCK

MANDEREN

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Ben, Etre, 2012 © 2012, tous droits réservés

EXPOSITION


____ ZUT ! N'A PEUR DE RIEN ____ SAUF D'UNE VIE

Bruno Chibane // Directeur de la Rédaction & Commercialisation / bchibane@chicmedias.com // 06 08 07 99 45 Emmanuel Abela // Rédacteur en chef / eabela@chicmedias.com // 06 86 17 20 40 Myriam Commot-Delon // Directrice artistique mode / myriamdelon@noos.fr // 06 14 72 00 67 Caroline Lévy // Développement commercial / levy_caroline@hotmail.com // 06 24 70 62 94 Céline Loriotti // Développement commercial / cloriotti@chicmedias.com // 06 64 22 49 57 Philippe Schweyer // Développement commercial / ps@mediapop.fr // 06 22 44 68 67 Open Mind - Olivier Braizat // Développement commercial / olivier@openmind-office.com // 06 83 42 63 55 brokism // Studio de création / hello@brokism.com // 06 22 76 68 32

Illustration Thomas Lebrun

——— SANS EXPOS, SANS LECTURES, SANS BONNE CHÈRE, SANS CÂLINS, SANS AMIS, SANS DÉCO, SANS ALLURE, SANS ENFANTS, SANS VOUS.


TEAM ZUT ! DIRECTEUR PUBLICATION ET RÉDACTION Bruno Chibane RÉDACTEUR EN CHEF Emmanuel Abela RÉDACTRICE EN CHEF MODE Myriam Commot-Delon DIRECTION ARTISTIQUE brokism, Myriam Commot-Delon RESPONSABLE D’ÉDITION Sylvia Dubost GRAPHISME brokism

ZUT !

CONTRIBUTEURS RÉDACTEURS Cécile Becker, Benjamin Bottemer,

Myriam Commot-Delon, Sylvia Dubost, Franck Dupont, Yassine Khelfa M’Sabah, Caroline Lévy, Régis Meyer, Déborah Pham, Sébastien Ruffet, Philippe Schweyer, Fabien Texier

OURS ZÉRO

RELECTURE ET CORRECTIONS

Charles Combanaire, Céline Loriotti ASSISTANTS GRAPHISME Laurence Benz, Jérôme Laufer STYLISTES Myriam Commot-Delon, Caroline Lévy PHOTOGRAPHES Pascal Bastien, Julien Bourgeois,

Ludmilla Cerveny, Alexis Delon / Preview, Sébastien Grisey, Arno Paul, Olivier Roller, Alexandre Tourret, Christophe Urbain ILLUSTRATEURS Adeline Abegg, Laurence Bentz, Isaac Bonan RETOUCHE NUMÉRIQUE Emmanuel Van Hecke / Preview,

Camille Vogeleisen / Preview MANNEQUIN Fel / Studio KLRP

Impression : Ott imprimeurs Parc d’activités « Les Pins » 67319 Wasselonne Cedex

MAKE-UP Jacques Uzzardi

Tirage : 7500 exemplaires

COIFFURE Alexandre Lesmes

Dépôt légal : juin 2012 SIRET : 50916928000013 ISSN : 1969-0789

DISTRIBUTION LD diffusion ludodenis.diffusion@live.fr - 06 75 36 82 31 COMMERCIALISATION & DEVELOPPEMENT

François-Xavier Cheraitia, Bruno Chibane, Caroline Lévy, Céline Loriotti, Philippe Schweyer DÉVELOPPEMENT INTERNATIONAL Roland Anstett STAGIAIRES COMMUNICATION Yassine Khelfa M’Sabah,

Agathe Merck

STUDIO PHOTO / PREVIEW

28, rue du Général de Gaulle 67205 Oberhausbergen - 03 90 20 59 59 www.preview-tm.fr REMERCIEMENTS à Robert Stephan

www.zut-magazine.com

ZUT ! 4

Ce trimestriel est édité par Chic Médias 12, rue des Poules - 67000 Strasbourg S.à.R.L. au capital de 12500 euros Direction : Bruno Chibane - Administration, gestion : Charles Combanaire

Crédits couverture Photographe : Alexis Delon / Preview Mannequin Fel Cassieli / Studio KLRP www.studioklrp.com Top en soie BALENCIAGA, jupe plissée MIU MIU, sandales GIANVITO ROSSI, le tout chez Ultima. Lieu : Atelier de Robert Stephan


le grand nancy et la ville de nancy présentent

JEAN prOUvé Ouverture de 2 espaces d’exposition permanente au musée des Beaux-Arts de Nancy au musée de l’Histoire du Fer à Jarville-la-Malgrange présentation de 4 expositions temporaires Jean prouvé, ferronnier d’art / musée de l’école de Nancy

nancy -

30 juin 28 oct 2012

Jean prouvé à nancy, construire des jours meilleurs / Musée lorrain

Week-end

la Maison tropicale / musée des Beaux-Arts de Nancy

« Jean prOUvé à nancy » à partir de 88 € / pers

l’émotion design, la collection d’alexander von vegesack / galeries Poirel

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parcours urbain dans le grand nancy intégrant la maison et le bureau-atelier de Jean Prouvé ainsi que les édifices auxquels il a collaboré dans la ville et l’agglomération.

7059 - photo famille Prouvé © vitra © ADAGP 2012

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8 / ÉDITORIAL CHRONIQUES 10. Au bon parfum Blanche obsession 12. Objet design Slow chair 14. Melancolirama 16. Madeleines Chardons 18 / Sélections Zut ! Un festival, un coup de cœur, un disque, un produit trendy, les sélections de la rédaction pour l'été

ZUT !

SOMMAIRE ZÉRO

20. Nancy vu par Michel Didym, Thomas Peignard, Slavia, Aline Aumont, Jochen Gerner 26. Metz vu par Séverine Marque, Aline & Olivier Clasen, Sacha Ticot, Nicolas d'Ascenzio, Pauline Husser

33 / CULTURE 34. Ecritures : Portrait de Denis Robert, un homme aux écritures multiples 40. Médias : Rencontre avec le prince de la twittosphère Vincent Glad 42. Art en balade : Une sélection d'expositions dans le Grand Est et au delà des frontières cet été

84. Shopping : Les indispensables de l'été version ciné flash-back 92. Série mode : Wood Trip 102. Bijoux : Menu joyaux 104. Enfants : Portrait de la créatrice de vêtements pour enfants Coralie Saunier 106. Tendances Zut !

113 / LIFESTYLE

52. Illustration : Visite guidée du Musée de l'image à Epinal

114. Dossier Jean Prouvé : Ni designer, ni architecte, mais qui est Jean Prouvé ?

56. Illustration : Sur le chemin des images 2012 avec Frédérique Bertrand

128. Galeries : My Monkey à Nancy et Le Toutou Chic à Metz

58. Photo : Les Arpenteurs à Saint-Dié

132. Lifestyle Zut !

60. Musique : Focus sur le label d'Ici d'Ailleurs 66. Instant Flash : Rencontres avec Charlotte Gainsbourg & Connan Mockasin, Rodolphe Burger, Roots Manuva, La Femme, Merwan Chabane & Matthias Picard 74. Culture Zut !

ZUT ! 6

83 / TENDANCES


LE LUXE D’ÊTRE UNIQUE

H O M M E

GUCCI YVES SAINT LAURENT DIOR BALENCIAGA MONCLER NEIL BARRETT SERAPHIN TREND CORNELIANI BURBERRY HUGO BOSS DIRK BIKKEMBERGS

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ÉDITO

—— J ’ A I D I T Z U T ! ——

Par Philippe Schweyer

Elle s’approcha les bras encombrés de sacs, s’assit en face de moi et commanda une boisson légèrement alcoolisée. Je pouvais admirer mon reflet ridicule dans les écrans géants de ses lunettes de soleil dernier cri. Tu veux voir ce que j’ai acheté, me demanda-t-elle. - Je ne préfère pas… J’imagine qu’il y en a pour une fortune. - Il faut bien vivre… - Vivre, ce n’est pas uniquement consommer. - Chacun comble ses manques comme il peut… - Zut ! - Quoi Zut ? Sale égoïste ! - J’ai dit Zut ! - Tu ne vois pas que je manque d’amour ? - Je ne vois vraiment pas le rapport… - De toutes façons, tu ne vois jamais rien ! - Zut ! - Tu voudrais peut-être que je m’habille comme une plouc ? Que je sente mauvais ? - Non, mais tu pourrais être un peu plus raisonnable…

ZUT ! 8

- J’ai aussi pensé à toi… - Je n’ai besoin de rien, moi. - Quand tu vas à tes rendez-vous, tu es bien content de mettre une belle chemise… - Merci… - Qu’est-ce qu’on fait ce soir ? - On pourrait attendre que le soleil se couche en regardant les gens qui passent… - Tu n’as pas l’impression de perdre ton temps sur cette terrasse ? - Non. J’aime regarder les filles qui marchent sur la place. Les hanches qui balancent et les sourires fugaces… - Zut ! - Leurs poitrines gonflées par le désir de vivre. Leurs yeux qui se détournent quand tu les regardes… - J’ai dit Zut ! - Le vent qui les décoiffe et les sourires fugaces… Elle tira un magazine de son sac. Le regard énigmatique de la fille en couverture me donnait envie d’en savoir plus… - C’est quoi ? - ZUT !

- ZUT !? - Oui ZUT ! Il y avait ZUT ! à Strasbourg et maintenant il y a ZUT ! en Lorraine ! - Tu me le prêtes ? - Non. Maintenant, laisse-moi…


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CHRONIQUE

AU BON PARFUM

— Par Sylvia Dubost

BLANCHE OBSESSION

Marlene Dietrich dans Shanghai Express de Joseph von Sternberg, 1932

ENTRE JASMIN, TUBÉREUSE ET GARDÉNIA…

— Il ne faut jurer de rien, dit-on. J’aurais pourtant juré ne jamais porter ni fleurs blanches, ni soliflores : trop opulentes et trop « femme » pour les premières, trop évidents pour les seconds. L’année dernière, à la même époque, j’ai pourtant fait l’acquisition par le biais d’un forum de quelques millilitres de Jasmin full de Montale, un jasmin presque pur, mâtiné de fleur d’oranger. Chaud, exotique, sucré, tenace, avec cette légère note d’urine qui peut rendre la fleur si animale. C’en était fait de mes certitudes. Ma chasse au soliflore blanc a commencé, aussi inattendue qu’irrationnelle. Une amie m’a demandé un jour : « Mais à quoi ça sert, un parfum, si ça sent comme la fleur ? » Je n’ai pas su lui répondre de suite. À la réflexion, c’est justement cette (fausse) simplicité qui fait toute la beauté du soliflore. C’est un exercice de style, une interprétation subjective d’une matière. Comme pour faire la preuve de leurs différences, j’ai entrepris de comparer les « jasmins », en tout cas ceux que j’ai pu trouver : À la nuit, dans la collection export de Serge Lutens (2000), naturaliste, l’odeur de la fleur à la tombée du jour ; Sarrasins (2007), toujours chez Lutens, velouté et animal, digne des Mille et une nuits ; Jasmin impératrice Eugénie (Creed, 1870), chaud, envoûtant, au final assez loin de la fleur… La fleur blanche est vite devenue une obsession. J’en voulais toujours plus. Aussi, sans m’arrêter à la case ylang ylang ou fleur d’oranger, je suis passée directement à la plus puissante, la plus magnétique, la plus solaire, la plus animale, la plus dangereuse : ZUT ! 10

la tubéreuse. On accorde à cette fleur originaire du Mexique un pouvoir érotique, et l’on raconte qu’à la Renaissance, on interdisait aux jeunes filles de se promener, le soir venu, dans les jardins où fleurit la tubéreuse : son parfum ensorcelant les aurait fait céder aux avances des jeunes gens. Le soliflore tubéreuse est l’un des plus capiteux, éclatants et suaves qui soient. J’ai enfin osé sentir Fracas (Robert Piguet, 1948, réédité en 1996), le mythe indépassable auquel toutes les autres tubéreuses sont un hommage : celle de Gaultier (Fragile, 1999), de Dominique Ropion pour Frédéric Malle (Carnal Flower, 2005), peut-être même celle de Lutens, la très narcotique Tubéreuse criminelle (1999)… Moi qui ne pensais jamais y entrer, je n’en suis pas sortie, de ces fleurs blanches… Cette année, j’ai commencé à investiguer le gardénia. Et j’ai désormais une nouvelle certitude : rien n’est plus beau, plus évocateur et plus troublant qu’une goutte de fleur blanche un soir d’été. Et les eaux d’été m’ennuient à tout jamais. Ça, je pourrais en jurer… D’autres tubéreuses : Tubéreuse, L’Artisan parfumeur, la plus proche de la fleur Tuberosa, Santa Maria Novella, fruitée et pimpante Tubéreuse couture, Parfumerie Générale, solaire et ciselée Private collection Tubéreuse gardénia, Estée Lauder, la plus jasminée


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CHRONIQUE

— Par Régis Meyer — Réalisation et illustration Myriam Commot-Delon

SLOW CHAIR

DESIGN / RONAN & ERWAN BOUROULLEC

ÉDITION VITRA, 2007

QUAND LES BOUROULLEC FONT D’UN BAS RÉSILLE… UN FAUTEUIL ! ET DU PASSÉ UN PRÉSENT. — Évacuons d’emblée l’évidence : les frères Bouroullec sont géniaux. Qu’il s’agisse d’une lampe ou d’un fauteuil, Ronan et Erwan savent nous émouvoir avec des objets d’apparences simples qui convoquent des rémanences de formes, vues… il y a longtemps. Un détail qui s’affirme, un artifice en moins, une matière travaillée, et nous voilà avec une Slow chair au dessin aérien et à la matière diaphane. Enlevons, enlevons, il restera bien quelque chose. Bien debout sur ses quatre courtes pattes, la Slow chair impose ses dimensions à travers un cadre qui maintient en tension le tissu qui sert à la fois de dossier et d’assise. Rien n’est caché. C’est certain : la technicité inscrit l’objet dans un certain air du temps. Et il est également vrai que derrière son apparente légèreté se cache un confort à toute épreuve. La fascination revendiquée par les Bouroullec pour la matière textile, qui ressemble à un bas de femme, est au cœur du projet. Les données techniques de la Slow Chair, presque trop grande pour une personne, sont cependant formelles : elle ne supporte que 140kg. Amoureux des siestes à deux, il faudra vous lover ailleurs. Mais derrière sa carrure de poids lourd, cette Slow chair nous rappelle certainement les lignes très mid century de la Womb chair de Eero Saarinen éditée en 1947, de la chauffeuse CM190 de Pierre Paulin éditée en 1954 par Thonet France ou encore l’aspect low tech de la chauffeuse d’André Monpoix réalisée par Meubles TV en

ZUT ! 12

1954. Qu’importe ! Il ne s’agit plus de copier ou encore de faire du neuf avec du vieux mais bien de ne pas oublier. Car les objets des Bouroullec servent aussi de pense-bêtes. Les deux designers samplent les formes à la manière d’un DJ, toujours en les recontextualisant afin de s’inscrire au mieux dans leur temps. Ce fauteuil, formidable machine à souvenirs, donne à penser alors que tant d’autres productions actuelles ne donnent qu’à voir.

LA GRAND METZ DU DESIGN ! Ronan et Erwan Bouroullec… Deux frères qui conjuguent élégance et poésie, en toute simplicité. Ils sont devenus en une décennie des stars incontestées de la scène internationale. Il était donc logique que les créations, recherches et maquettes des quatre mains les plus douées de France (et de Bretagne) occupent plus de 1000 m2 au Centre Pompidou-Metz ! À 40 et 35 ans, ils se payent le luxe d’une grande rétrospective… pour la beauté du geste. (M.C.D)

Bivouac, exposition Ronan & Erwan Bouroullec, jusqu'au 30 juillet 2012 au Centre Pompidou-Metz www.centrepompidou-metz.fr www.bouroullec.com


VOS MAGAZINES DE RÉFÉRENCE DANS L'EST ZUT ! ÉTÉ 2012

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la culture n'a pas de prix

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STRASBOURG

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NUMÉRO 14

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CHRONIQUE

ZUT ! 14

MELANCOLIRAMA

— Par Nicopirate


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3 Frontières

ongeville-lès-Metz


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CHRONIQUE

MADELEINES…

— Par Franck Dupont — Photo Emmanuel Lafrogne

CHARDONS

— 18 avril. Un matin pareil aux autres, il fait gris. Nous nous réveillons aux aurores. N. a 9 ans et il a déjà été bien fêté mais je lui ai promis la queue de la comète d’anniversaire. Cochon qui s’en dédit. Il a repéré ma gestuelle, tendue, gauche, et mes allers-retours coffre/garage. J’essaie vainement de dissimuler son ballon blanc imprimé d’un chardon rouge. Il sourit. Je crois qu’il a déjà compris. Route… Fébrile, je rate la sortie. La Forêt de Haye est une jungle. C’est une grande maison blanche et un peu rouge aussi. On y vient motorisé car elle n’a pas pignon sur rue et voir comment vivent ceux qui l’habitent, ça se mérite. Nous sommes donc là en nantis à l’invitation d’Emmanuel, le responsable médias de l’ASNL. Le père, rappelé par ses fantômes, sait qu’il devra patienter pendant que le fils va rencontrer les déjà lointains successeurs du Lycée Papillon des années Platini. Rendez-vous à la butte qui surplombe le terrain d’entraînement. Ici, c’est un peu le baromètre du moral en amont du stade Marcel Picot. C’est de ce monticule qu’on scrute et qu’on glose, qu’on étrenne ses jumelles. Aujourd’hui la butte est grise et brumeuse, mais le mois de mars a apporté son lot de miracles et l’ASNL est saine et sauve après avoir terrassé tout ce que le championnat de France compte de grosses cylindrées. On ne distingue ni grand chauve ni capitaine brésilien. Inquiétude ? La vérité est ailleurs. N. suit Emmanuel vers la partie « remise en forme » pendant que je visite le centre de formation. Il revient peu après avec des clichés en guise de preuves de vie avant d’aller cueillir les valides au vestiaire et en salle

ZUT ! 16

de presse et saluer le coach Jean Fernandez, l’homme qui a vu naître l’homme qui a gagné la Coupe du monde en deux têtes. Je connaissais le deal. Je patienterai dans un bureau de dircom’ aussi impersonnel que copieusement garni en presse et autres babioles footballistiques et je sais gré à Manu de me laisser les clés. Mais lorsqu’ils s’éloignent à nouveau tous les deux, je me sens soudain comme un roi nègre à qui on vient de soutirer des mines d’or contre de la bimbeloterie. Et puis, en polissant un peu le verre, je finis par m’y refléter : quasiment à l’âge de mon fils, je découvrais Marcel Picot pour un match de proto C3 ou C2 (la coupe d’Europe des vainqueurs de coupe) contre le Servette de Genève qui me laissera longtemps amer : match nul, élimination et pas plus de Platini (blessé) sur la pelouse que de maillot Fruité ou d’autographe dans ma musette. C’est le Promogim de la saison suivante et Ruben Umpierrez qui habilleront finalement mes parties de ballon en plastique sur gravier, juste en face de l’usine, contre les garages en bois vermoulu de la cité de la Centrale. N. revient. Ses yeux parlent fort. Il a rencontré Daniel Niculae, Yohan Mollo ou Bakaye Traoré que l’on dit déjà à Milan et mystifié Jean Fernandez : « Il s’est arrêté de parler un moment et m’a regardé bizarrement quand je lui ai dit que mon joueur préféré au monde, c’est Bacary Sagna ! » Emmanuel est hilare. Sur le parking où des enfants attendent encore de coincer un dernier bout de crampon, nous sortons le ballon du coffre. Il faut être deux pour se faire des passes.


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Savoir - vivre

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En Lorraine du 21 Juin au 26 Juillet 2012

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D’après les textes de Pierre Desproges Mise en scène et interprétation Catherine Matisse et Michel Didym Le savoir-vivre est la somme des interdits qui jalonnent la vie d’un être civilisé, c’est-à-dire coincé entre les règles du savoir-naître (les enfants) et celle du savoir-mourir. Avec cette première édition du Théâtre d’été, le Théâtre de la Manufacture sort de ses murs et accueille tous les publics, en plein air, dans des lieux remarquables de Lorraine. Sur scène Catherine Matisse et Michel Didym poussent l’humour noir à un degré extrême... Jeudi 21 Juin à 20h Karlsruhe (Allemagne), Badisches Staatstheater Dimanche 24 Juin à 16h Verdun (55), Jardins du Centre mondial de la Paix 12€ / 9,5€ /5€ - 03 29 86 10 10

(En partenariat avec Transversales et le Centre mondial de la Paix)

Mardi 26 Juin à 21h Gérardmer (88), Parc Garnier 10€ / 8€ / 6€ - 03 29 63 11 96

(En partenariat avec la Maison de la Culture et des Loisirs)

Jeudi 5 Juillet à 21h Pont-à-Mousson (54), Cour du Musée «Au fil du papier» 15€ / 10€ / Gratuit - 03 83 84 09 09

(En partenariat avec la Communauté de Communes du Pays de Pont-à-Mousson)

Vendredi 6 Juillet et Samedi 7 Juillet à 20h30 Lunéville (54), Chapelle du Château 10€ / 8€ - 03 83 76 04 75 et sur www.chateauluneville.cg54.fr Dimanche 8 Juillet à 15h Saint-Mihiel (55), Cour du cloître Abbatial de la Mairie 10€ - 03 29 89 19 73

Mercredi 27 Juin à 21h Florange (57), Parking de l’Intersyndicale (En partenariat avec la Ville de Saint-Mihiel, Le Vent des Forêts et Scènes de Méninges) Avenue des Tilleuls à Florange Gratuit, en soutien aux sidérurgistes Lundi 9 Juillet à 21h d’ArcelorMittal - 03 82 59 17 99 Luxembourg, Parvis de l’Abbaye (En partenariat avec le Théâtre La Passerelle et la Ville de Florange) de Neumünster Jeudi 28 Juin à 20h30 25€ / 12€ - 00 352 26 20 52 444 Montigny-lès-Metz (57), www.ccrn.lu/culture Parc du Château de Courcelles Mardi 10 Juillet à 21h Entrée libre - 03 87 55 74 07 culture@montigny-les-metz.fr Saint-Dié-des-Vosges (88), (En partenariat avec la Ville de Montigny-lès-Metz) Parc Jean-Mansuy Entrée libre - 03 29 56 14 09 Vendredi 29 Juin à 21h (En partenariat avec l’Espace Georges Sadoul dans le cadre du Toul (54), Cloître de la Cathédrale Festival Les Arts en Liberté) Saint-Étienne Mercredi 18 Juillet et Jeudi 19 Juillet à 21h 15€ - 03 83 64 90 60 (Maison du Tourisme) (En partenariat avec la Ville de Toul) Nancy (54), Auditorium, Parc de la Pépinière Samedi 30 Juin à 21h (En partenariat avec la Ville de Nancy) Commercy (55), Salle des Roises Entrée libre sur réservations : Théâtre de la Manufacture au 03 83 37 42 42 Dans le cadre de L’Été chez Stan Office de Tourisme de Nancy au 03 83 35 22 41 Entrée libre - 03 29 91 23 88 www.digitick.com (En partenariat avec la Ville de Commercy)

Jeudi 26 Juillet à 21h Dimanche 1er Juillet à 18h Rohrbach-lès-Bitche (57), Val de Reuil (76), Festival Terres de Paroles Cour du collège de Rohrbach-lès-Bitche Mardi 3 Juillet à 20h30 Entrée Libre - 03 87 62 94 13 Blainville-sur-l’Eau (54), Maison des www.lasarreacontes.fr (En partenariat avec le Festival «La Sarre à Contes») Fêtes et de la Culture - Entrée libre 03 83 75 70 05 Salles de repli en cas d’intempéries (En partenariat avec la Ville de Blainville-sur-l’eau) Renseignements et tarifs détaillés sur

www.theatre-manufacture.fr


SÉLECTION ZUT !

BEAUTÉ

NANCY BLUES

Visuel : Hippoentutu

BLOG

HIPPO HYPE

Il semblerait que la Lorraine soit un terrain fertile pour la blogosphère mode… Une rencontre presque au hasard et un coup foudre artistique plus tard, on craque pour la petite dernière à la personnalité affirmée : une hippo chic avertie qui tisse sa toile sur la toile sans se prendre au sérieux. Théodora alias Hippoentutu nous invite dans son univers poético-barré, oscillant entre silhouettes décalées souvent mises en scène dans son appart’, coups de cœur pour les créations du site Etsy et dernières trouvailles. La brindille tatouée accompagne ses billets de bons sons et nous emmène dans son monde où il fait sacrément bon vivre. Une fille, un style. A suivre vite. (C.L.) www.hippoentutu.fr

ZUT ! 18

Et si vous cédiez cet été à l’attraction irrépressible d’une laque bleu Majorelle ? Cet outremer tant adulé par Yves Saint Laurent rend un bel hommage à Jacques Majorelle, le célèbre Lorrain qui avait peint en 1937 son atelier de Marrakech de ce ton ultra-shocking. Les Nancéiennes n’auront aucune excuse pour ne pas arborer son beau bleu sur leurs ongles courts et carrés, et Nancy ne remerciera jamais assez Lloyd Simmonds, le directeur artistique du Maquillage Yves Saint Laurent d’avoir réussi à transformer une simple manucure en manifeste arty. (M.C.D) La Laque Couture, bleu Majorelle N°18 (30 couleurs disponibles), Yves Saint Laurent Disponible au Printemps : 2, avenue Foch à Nancy 03 83 32 96 10 12-14, rue Serpenoise à Metz 03 87 76 03 33 www.ysl-parfums.fr


Jules Frandrin, La Grande Odalisque (détail), musée Ingres, Montauban

ÉDITION

CLAIR OBSCUR Après avoir travaillé à la décoration de plusieurs chapelles, Jean Cocteau conçoit les vitraux de l’Église Saint-Maximin de Metz en 1962-1963. Il réalise quatorze baies où les symboles du christianisme voisinent avec les dieux de l’Antiquité. Marie-Antoinette Kuhn-Mutter, docteur en histoire de l’art et spécialiste du patrimoine messin, analyse cette symbolique luxuriante dans un livre paru aux éditions mosellanes Serpenoise, richement illustré par les photos des vitraux. (F.T.)

Alors que le pays invité du prochain Festival international de géographie est la Turquie, le musée Pierre Noël nous invite au voyage en s’attardant sur les liens entre ce pays et les peintres orientalistes. L’exposition situe les contextes historiques et culturels qui ont vu naître les premières relations diplomatiques entre ce pays et l’Europe, en même temps que l’Orientalisme, un courant qui a fait rêver autant les artistes que le public. (C.B.)

Marie-Antoinette Kuhn-Mutter, Les Vitraux de Jean Cocteau à Metz, éditions Serpenoise www.editions-serpenoise.fr

En passant par la Turquie... les Orientalistes, du 13 juillet au 30 septembre au musée Pierre Noël à Saint-Dié-des-Vosges - 03 29 51 60 35 www.saint-die.eu/musee-pierre-noel.html

MUSIQUE

ARTS

ORIENT EXPRESS

ON THE OTHER SIDE Ceux qui l’ont croisé dans les couloirs du CCAM à Vandrœuvre-lès-Nancy le savent bien : Tom Cora est une figure des musiques nouvelles et contemporaines. Sa disparition en avril 1998 nous a tous plongé dans une profonde tristesse. Un hommage lui a été rendu un mois après avec le concert Madame Luckniddle, du nom d’un des personnages de Sainte Jeanne des Abattoirs, la pièce de Bertold Brecht, montée par Marie-Noël Rio et pour laquelle Tom Cora avait écrit la musique. Ce concert enregistré avec les contributions prestigieuses de Christian Marclay, Phil Minton, Catherine Jauniaux, Zeena Parkins, entre autres collaborateurs réguliers et amis du violoncelliste, est aujourd’hui publié en CD. Il constitue le quatrième volume de la collection Musique Action sur le label Vand’œuvre et un bel hommage à la personnalité de Tom Cora. (E.A.) Musique Action #4, Madame Luckerniddle www.centremalraux.com/disques

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ILS VIVENT, TRAVAILLENT, CRÉENT, SORTENT EN LORRAINE. LES HOMMES ET LES FEMMES QUI FONT VIBRER LA VILLE NOUS FONT DÉCOUVRIR LEUR LIEU PRÉFÉRÉ.

NANCY VU PAR ... Réalisation Caroline Lévy

MICHEL DIDYM

52 ans, directeur du CDN Nancy-Lorraine, metteur en scène et comédien / mercredi 30 mai

OÙ ? ANCIENNE MANUFACTURE DES TABACS

ACTU ! Savoir-vivre, textes de Pierre Desproges, avec Catherine Matisse, présenté dans le cadre de Théâtre d’été, les 18 et 19 juillet à l’Auditorium de la Pépinière à Nancy et en tournée en région Lorraine du 21 juin au 26 juillet. La Mousson d'été, du 23 au 29 août à l'abbaye des Prémontrés de Pontà-Mousson. À l’encre des barreaux, d’après Justice en France de Dominique Simonnot et des paroles de détenus de la Centrale de Toul. Du 26 septembre au 6 octobre à la Manufacture. J’avais un beau ballon rouge, d’Angela Dematté, avec Romane et Richard Bohringer. Du 15 au 25 janvier à la Manufacture. www.theatre-manufacture.fr Chemise à motifs Robert Friedman et veste daim GMS 75, le tout chez Tolub à Nancy

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Photo : Arno Paul

Cet ancien site industriel, heureusement sauvé de la démolition, a été reconverti en un pôle culturel et de transmission aux potentiels artistiques sans limites. Je le trouve très représentatif de l’évolution de la Lorraine ! Le tout nouveau jardin attenant sera un futur lieu de réalisations et projets artistiques. À suivre.


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THOMAS PEIGNARD

31 ans, fondateur d’Autopi / mercredi 30 mai

OÙ ? PARC DE LA CURE D’AIR

Ce jardin perché sur les hauteurs de la ville porte particulièrement bien son nom ! On y vient pour s’échapper du quotidien urbain sans aller trop loin. Il me rend aussi nostalgique d’un certain art de vivre perdu du début du XXe siècle, avec ses guinguettes et autres festivités. Aujourd’hui, on peut y cueillir librement cerises et pommes dès l’arrivée des beaux jours, mais il faut être réactif !

ACTU ! Lancement en mars 2012 d’Autopi, un système de voitures en libre-service en Lorraine. Une nouvelle façon d’appréhender les transports et de faire de la voiture la meilleure amie des vélos et des transports collectifs. 23 stations sur Nancy et Metz et cinq modèles de voiture au choix. www.autopi.fr Chemise en denim et veste à capuche Sandro au Printemps Nancy

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Photo : Ludmilla Cerveny


SLAVIA

Photo : Arno Paul

9 ans / samedi 26 mai

OÙ ? PARC DE LA PÉPINIÈRE

J’avais vu mon amie Prune* dans ZUT ! et j’avais envie d’y être moi aussi ! Depuis un an, j’ai une caméra et je fais des films avec mes copines. Là, j’aimerais aussi avoir un appareil photo… En attendant d’en avoir un, je me suis dit que pour une première expérience, me faire photographier était un bon début  ! Alors quand on m’a demandé quel endroit je préférais à Nancy, j’ai tout de suite trouvé : les manèges de la Pépinière !

ACTU ! Avoir des bonnes notes à l’école pour réussir plus tard en tant que styliste ou journaliste… Et être enfin dans ZUT ! cet été. T-shirt et jean IKKS *Série mode The Gum Club, page 72 / ZUT ! n°08 (édition de Strasbourg) / et dans ZUT !, Hors-série 01 consacré à Tomi Ungerer. www.zut-magazine.com

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Photo : Arno Paul

ALINE AUMONT

31 ans, secrétaire générale du Centre Culturel André Malraux / mercredi 30 mai

OÙ ? JARDIN BOTANIQUE DU MONTET

Depuis une dizaine d’années, un appareil photo accompagne mes évasions. Il m’invite à la contemplation et à la flânerie, créant parfois le cadre de rencontres impromptues, de micro histoires ou de belles émotions. Sur l’affiche d’un abribus, je découvre un jour un cliché de Brassaï de 1931 : Goutte de rosée sur une fleur de capucine. Je tombe des nues, car j’avais réalisé dans ces serres une photo analogue ! J’aime à penser depuis que j’ai, l’espace d’un instant, rencontré la sensibilité d’un homme d’un autre temps.

ACTU ! Appel à projets en cours pour le dispositif Regards sans limites / Blicke one Grenzen  : bourse d’aide à la création en faveur de la jeune photographie transfrontalière (jusqu’au 30 novembre).

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Parution cet été d’une monographie consacrée à la résidence du photographe Laurent Guenau, sur le territoire de Vandœuvre-lès-Nancy, du 27 septembre au 17 novembre. Soirée de lancement de la saison 2012- 2013 du CCAM – Scène nationale de Vandœuvre, le 27 septembre à 19h. www.centremalraux.com Jupe taille haute, débardeur et gilet sans manches à rayures, le tout Lilith


JOCHEN GERNER

Photo : Ludmilla Cerveny

41 ans, auteur et dessinateur / jeudi 31 mai

OÙ ? AU CŒUR D’ÎLOT AU FAUBOURG DES TROIS MAISONS

On peut croire que Nancy n’est pas une ville verte et pourtant… J’aime ces zones naturelles totalement cachées par ces blocs d’habitation. La forte inspiration végétale dans mes dessins est certainement influencée par cet espace, dans lequel j’aime venir travailler. Les rhizomes, branchages et racines en tout genre : tout m’inspire ! Je suis d’ailleurs en train d’y installer mon futur atelier.

ACTU ! Auteur du visuel de la 34e édition du Livre sur la place, salon du livre de la rentrée littéraire à Nancy, du 14 au 16 septembre. Publications : Abstraction (1941-1968), L’Association ; Coloriage !, Milan Jeunesse ; Cellule de campagne, strip de 6 cases quotidiennes dans Libération, en mars et avril 2012 avec les scénarios de Yan Lindingre. www.jochengerner.com Chemise à col mao en coton et veste zippée Zadig & Voltaire au Printemps Nancy

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METZ VU PAR ... SÉVERINE MARQUE

35 ans, responsable de la librairie Hisler BD / vendredi 1er juin

OÙ ? PLACE DE LA RÉPUBLIQUE

ACTU ! Exposition-vente de posters et livres de l’éditeur indépendant Le Dernier Cri, du 9 juin au 7 juillet chez Hisler BD. Chronique BD dans l’émission Culture Pop sur Mirabelle TV, ainsi que sur France Bleu Lorraine Nord. Jean slim taille basse et veste croisée à manches courtes Freeman T. Porter

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Photo : Sébastien Grisey

Ce point central de Metz, totalement réaménagé, est devenu un haut lieu de la vie culturelle. Une place sur laquelle se déroulent de nombreuses manifestations et notamment l’Eté du Livre ou le Festival Passages. Elle fait surtout la jonction entre le centre-ville et le Centre Pompidou-Metz. Incontournable !


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ALINE ET OLIVIER CLASEN

37 et 39 ans, commerçante et designer / vendredi 1er juin

OÙ ? JARDIN RUE DES JARDINS

Cet espace de verdure attenant à notre lieu de travail nous permet de nous couper totalement du monde. Une bulle d’air et de détente rare en plein centre-ville, que nous avons aménagé dans un esprit asiatique pour y accueillir également nos proches : plantations exotiques, pommier, cerisier. On s’y sent bien.

ACTU ! Concept-store regroupant la boutique 3DX – avec des marques en exclusivité sur Metz et en séries limitées –, la galerie EXCEPT showroom et le studio graphique Biderline. Exposition mé.tro d’un collectif d’artistes messins, du 15 au 13 juillet à la galerie EXCEPT. Agrandissement prochain du concept-store en un espace dédié à l’aménagement d’intérieur indoor et outdoor, du gros œuvre à la déco. www.exceptconcept.com Aline : jean, top et veste Obey Olivier : pantalon Adidas Originals et chemise Commune de Paris, le tout chez 3DX

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Photo : Sébastien Grisey


SACHA TICOT

Photo : Alexandre Tourret

33 ans, commerçant et passionné de musique / jeudi 31 mai

OÙ ? LES TRINITAIRES

Pour un passionné de musiques actuelles, Les Trinitaires demeurent un passage obligé. J’y organise des concerts depuis quelques années et je ne me lasse pas de ce qui s’y dégage. Je suis fasciné par le décalage entre l’architecture de cet ancien couvent et sa programmation très pointue, et tout cela en plein cœur de Metz.

ACTU ! En association avec son père Philippe Ticot – boutique de mobi-

Membre actif de Melting-Pot, association dédiée à l’organisation de concerts, notamment de musiques du monde. Concert de Barrington Levy le 20 juin à la Kulturfabrik d’Esch-sur-Alzette, Luxembourg. Participation à Metz en Fête, le 29 juin au Plan d’eau. Pantalon chino Wesc, chemise à col rond et cardigan Commune de Paris, le tout chez 3DX

lier design Intemporale –, il a récemment ouvert une boutique Kartell à Nancy, qui vient compléter celle de Metz. Nouveautés à venir avec des pièces Starck dessinées en exclusivité pour Kartell. www.kartell.com Développement du site de vente en ligne de la boutique La Basketterie, concept-store spécialisé en accessoires à Metz. www.la-basketterie.com

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NICOLAS D’ASCENZIO

28 ans, directeur artistique de la Nuit Blanche-Metz / vendredi 1er juin

OÙ ? PASSERELLE DU GRAOULLY

Cette passerelle récemment inaugurée marque la continuité du réaménagement de l’espace urbain dans ce quartier de la ville, qui a largement été encouragé par l’implantation du Centre Pompidou. Il est aussi aux abords du Parc de la Seille, au cœur de l’événement Nuit Blanche à venir.

ACTU ! Nuits d’été, Le Bal moderne : le 13 juillet, parvis du Centre Pompidou-Metz ; Le Cabaret Contemporain : le 27 juillet, place du Marché couvert ; Concerts et installations : le 10 août, jardin botanique. Soirée de lancement avec le concert de Pierre Henry, le 7 septembre à l’Arsenal. Événement Nuit Blanche-Metz, le 5 octobre dans tout le quartier gare et au Centre Pompidou. Concerts de musique électro aux Arènes de Metz. www.nuitblanchemetz.com Polo et blouson en nylon Freeman T. Porter

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Photo : Alexandre Tourret


PAULINE HUSSER

Photo : Alexandre Tourret

30 ans, chargée de communication des Trinitaires / jeudi 31 mai

OÙ ? CHANTIER DE LA B.A.M

Ce chantier marque le point de départ d’un nouvel équipement culturel dans le paysage messin : la Boîte à Musiques, au cœur du quartier de Metz-Borny, à l’automne 2013. C’est un territoire probablement atypique pour y installer une salle de musiques actuelles. Le défi reste majeur et il faudra habituer les habitants à l’arrivée du lieu, mais nous y arriverons !

ACTU ! Dans le cadre du festival Musiques Hors Format, du 29 juin au 1er juillet place de la République, Les Trinitaires organisent une soirée Warm up au cloître des Trinitaires le 28 juin, avec Third Eye Fondation, Manyfingers, Matt Elliott, Bracken et 6 ans de Mutisme. www.lestrinitaires.com Top fleuri et jean brut Claudie Pierlot au Printemps Metz

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Emile Bernard André Brouillet Etienne Dinet Félix Ziem Narcisse Diaz de la Pena Louis-Emile Pinel de Grandchamp Gabriel-Charles Deneux Emile Gallé Théodore Deck James Pradier Paul Alexandre Leroy Jean Joseph Benjamin Constant Theophile Lybaert Henri Duvieux Jules Flandrin Emile Gerlach Antoinette Hentz Henri Rovel Jacques Majorelle Victor Prouvé Jacques Hallez...

13 juillet > 30 septembre / Musée Pierre-Noël 11 rue Saint-Charles / 88100 Saint-Dié-des-Vosges

Saint-Dié-des-Vosges

Ville natale de Jules Ferry, fondateur de l’école publique

un www.saint-die.eu

été riche

et enrichissant !

Tous les rendez-vous de l’été


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CULTURE ÉCRITURES

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DENIS ROBERT A ÉTÉ PROPULSÉ HÉRAUT DÉNONCIATEUR D’UN MONDE DE LA FINANCE CANNIBALE AU FONCTIONNEMENT OPAQUE AVEC SON ENQUÊTE SUR L’AFFAIRE CLEARSTREAM. JOURNALISTE, IL EST AUSSI ÉCRIVAIN, ARTISTE ET RÉALISATEUR. UN HOMME AUX ÉCRITURES MULTIPLES, QUI ABORDE ICI SON PARCOURS, SA CONCEPTION DU JOURNALISME, LA FOOT ET LA POLITIQUE, SA RÉGION… ET SON RAPPORT À L’ÉCRITURE.

TROUVER LES MOTS POUR RÉSISTER Par Benjamin Bottemer Photos Pascal Bastien

Son amour pour la littérature est indéniable, et l’œuvre personnelle de Denis Robert compte une dizaine de romans. Celui que l’on réduit bien souvent à son travail sur l’affaire Clearstream est aujourd’hui pleinement investi dans l’art contemporain, la création de fictions, d’essais et de documentaires. Enfin il essaye. Pas évident, lorsque sa parole est sans cesse sollicitée, de s’isoler pour travailler. « Mon métier, c’est d’écrire, de faire des films, des toiles... je suis dans une période de travail où je préfère éviter d’être distrait.  » Pas de chance, votre serviteur lui est tombé sur le dos : c’est parti pour une heure trente de retours en arrière, de digressions diverses autour de la politique, du sport, de l’art, de notre bonne vieille Lorraine... et de l’écriture. « Depuis deux ans, je travaille sur un livre qui m’échappe. Je lui cours après, mais impossible de le rattraper. Alors je patiente en bricolant. Écrire, c’est une musique, un rythme. Quand tu le perds, c’est souvent très dur de le retrouver. »

— Origines et conception Principalement connu pour ses travaux journalistiques, il éprouvera très tôt sa conception de la profession, mais pas sur les bancs d’une école de journalisme. En matière d’études supérieures, il décroche un DEA de psycholinguistique... pas vraiment la voie académique. « Apprendre à décrypter les discours médiatiques et politiques, apprendre des théories telles que “quand on parle, on cache toujours ce que l’on dit”, ça m’a bien aidé pour mes interviews, ça m’a apporté une sorte de sixième sens, d’instinct journalistique  !  » Dès 1982, il se lance dans la création de son propre magazine : Santiag. Iconoclaste et impliqué, il préfigure la suite de la carrière de Denis Robert, aux côtés d’une « équipe de copains », parmi lesquels comptent les dessinateurs Lefred-Thouron et Rémi Malingrëy, Francis Kuntz, aujourd’hui grolandais, Philippe Enselme alias Brigitte Boreal, l’animatrice vedette de Pink TV, ou encore Pierre Roeder, devenu journaliste au Républicain Lorrain. « J’avais envie de

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CULTURE ÉCRITURES

« On m’a demandé de donner mon avis sur la campagne, et la chose la plus pertinente que j’ai trouvé à dire à ce moment-là, c’est qu’elle était pornographique. » faire un mensuel dans l’esprit d’Actuel et de Charlie ancienne formule. On le vendait dans le Grand Est. On n’était pas des gestionnaires, mais on a quand même fait vivre une petite rédaction pendant un an. C’est une belle histoire. » L’autodidacte, alors éducateur spécialisé, – il a beaucoup travaillé dans les quartiers réputés chauds  – est embauché à Libération en 1984, après deux années de piges en tant que correspondant où il couvre l’affaire Grégory Villemin, beaucoup de procès d’assises, et quelques des articles sportifs. « C’était une période heureuse, un moment d’équilibre, de bonheur professionnel et de grande liberté. » Il s’épanouit dans un environnement qui lui permet d’exprimer sa vision du journalisme : « J’ai toujours eu une conception un peu particulière de ce que devait être le journalisme. Il s’agit d’abord de dénicher une bonne information, c’est-à-dire une information unique, originale. Mais il s’agit aussi et surtout de l’écrire bien, de la présenter de manière forte pour toucher le plus large public possible. À l’époque, il y avait la culture, j’allais dire le culte du bienécrit à Libé : de longs papiers avec des angles originaux, des lecteurs exigeants... Il n’y avait pas encore Internet ; aujourd’hui c’est un tout autre rapport au temps et à l’information. Mais ce qui fait toujours l’honneur de cette profession, c’est l’enquête, pas le journalisme de commentaire. On ne peut pas se contenter de capter le réel : il faut l’interroger, le bousculer. » Parallèlement, il collabore à Rolling Stone France, s’éclate en livrant des papiers de quarante feuillets. Il quitte la rédaction de Libération un peu avant sa reprise par l’homme d’affaires Jérôme Seydoux du groupe Chargeurs, « pour des questions de survie neurologique : j’avais besoin d’air, par rapport à la vie à Paris mais surtout à cause de la prison que devenait un certain type d’écriture au quotidien ». Puis vient le temps du premier roman et le retour en Lorraine.

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— Terre natale Désormais, Denis Robert, qui a grandi à Fameck, vit dans un petit village près de Metz. Il trouve une certaine sérénité dans cette région à laquelle il voue un véritable attachement. « J’aime sa qualité de vie, j’y ai mes amis, mes racines, mes enfants y sont nés.  » Il y écrira ses essais, ses romans, et s’attellera à la grande affaire de sa carrière, l’enquête autour de la chambre de compensation financière luxembourgeoise Clearstream. Il publiera sur le sujet trois ouvrages et deux documentaires, ce qui lui vaudra de nombreux procès éprouvants (62 procédures dans cinq pays), desquels il sortira, après 10 ans de bataille juridique, non seulement blanchi mais surtout réhabilité. La cour de cassation a rappelé en février 2011 que son enquête, accablante pour Clearstream, était « sérieuse, de bonne foi et servait l’intérêt général. Je suis entré dans une affaire politico-médiatique. C’était une période un peu folle. On se retrouve entraîné par un courant stupide. Rien de ce qu’on dit ne peut enrayer le mouvement. C’est la force du pouvoir, le côté mouton de Panurge des journalistes mais aussi des magistrats. Je me suis tu. J’ai serré les dents. C’est passé. » En résistant, en ne jouant pas le rôle que l’on attendait de lui, Denis Robert est devenu la mauvaise conscience de nombreux journalistes. Le contact avec la province est loin de lui faire perdre son acuité du réel et sa détermination ; à l’époque de l’affaire Clearstream, il est sur sa terre natale « seul contre tous » : la presse locale, le maire, la Région... La réalisation en 2001 du documentaire Histoire clandestine de ma région, où il expose la comédie du pouvoir, les restructurations économiques, la servilité de la presse, ne ménage pas les susceptibilités locales. «  Le mensonge était permanent. Mon propos n’était pas politique, je me suis juste confronté au sujet avec insouciance, en restant conscient, mais

avec légèreté. Ce n’était pas une obsession. C’est mon film préféré, je lui trouve de la grâce. Il y a ce mélange entre politique et histoire personnelle. Je ne pourrais pas faire mieux aujourd’hui. » Le film a beaucoup déplu à Jean-Marie Rausch, maire de Metz de 1971 à 2008, qui y était présenté comme un petit dictateur. Denis Robert poursuit aujourd’hui l’exploration du réel via sa propre société de diffusion, Citizen, qui produit plusieurs documentaires et web-documentaires, dont ses propres projets. «  Un film sur le bassin houiller est en cours de montage. On voit qu’il y a une vraie difficulté dans cette région : rien n’assure l’avenir, surtout pas les investissements, les seuls étant inoculés par les collectivités locales ou l’État. C’est assez désespérant. En Lorraine, tu te ballades dans des coins comme Freyming-Merlebach ou Hayange, qui grouillaient d’activité à une époque, et aujourd’hui il n’y a plus grand-chose à quoi s’accrocher.  » L’arrivée des politiques libérales de la fin des années 80, d’une corruption à grande échelle, du chômage, autant de sujets qui ont favorisé selon lui la montée de l’extrême droite. «  Il y a ici un problème de fond  : comment la gauche et la droite ont-elles pu vendre ainsi l’industrie aux multinationales, qui ont pris de l’argent public puis ont fini par s’en aller en laissant un désastre. C’est du vol lentement organisé. Pour Daewoo, les mines de charbon ou Arcelor, c’est déjà râpé. Maintenant l’État doit reprendre la main face à des gens comme Mittal et retrouver des marques. » — Enfant de la balle Mauvaise fortune, bon cœur, une histoire lorraine et mosellane, que vit également son club de foot : troisième équipe française pour le record de saisons à la suite en première


— Politique et obscénités

division, le FC Metz descend deux fois en deuxième division, puis s’écroule à la fin de cette saison en étant reléguée en National... Denis Robert, fan du club « pour des raisons très personnelles, remontant à l’enfance » et critique alerte du football moderne et de ses dérives sportives et financières, notamment via son livre Le milieu du terrain, est avant tout « triste » du sort de son équipe fétiche. «  C’est l’échec d’une équipe, mais aussi de ses dirigeants. Carlo [Molinari, président du club jusqu’en 2009, ndlr] est resté dans un football qui n’a plus cours aujourd’hui et n’a pas vraiment organisé sa succession. Le nouveau boss est plein de bonne volonté mais il n’a pas le feeling. Il aurait fallu faire comme Montpellier, même si c’est facile à dire. Pourtant, cette saison, je trouve que l’on avait une belle équipe ! » Il évoque l’époque Albert Cartier, le recrutement hasardeux et les salaires mirobolants. Pourtant Metz était selon lui un club «  qui avait  une gestion

constante et qui était fort en recrutement. Il y a eu des erreurs, certains joueurs n’auraient jamais du être vendus, Metz est un des clubs qui a eu des joueurs parmi les meilleurs du monde. » Papiss Cissé, Pjanic, Obraniak, le jeune défenseur Diagne en début d’année, pour ne citer que les départs les plus récents... cette hémorragie a en effet été une cause très probable de la dégradation du jeu messin. «  Maintenant nous sommes en National. On verra bien... tous mes copains de Nancy me chambrent avec ça ! Enfin bon, il y a des choses plus graves.  » Lui qui n’a jamais été un fanatique est avant tout un supporter de cœur ; à l’image de son intérêt pour l’équipe de France : « Je ne suis pas dingue de Laurent Blanc, mais l’équipe a quand même de la gueule, surtout depuis le retour de Ben Arfa. »

Parlons d’un autre Président dont Denis Robert n’est pas très fan et qui lui n’a pas attendu l’Euro pour plier bagages. À l’annonce des résultats des élections présidentielles, le 6 mai 2012 au soir, devant la télévision, c’est « une sensation d’apaisement  » qui prévaut. «  Pendant les interviews, il y avait un ronronnement, une douceur. On respire un peu. C’est drôle de voir qu’un seul être s’en va et tout va mieux  : Sarkozy a été un très mauvais président, la plupart de ses ministres étaient en dessous de tout, ils ont mis la barre tellement bas que tout le monde a fini par croire que c’était normal.  » Sa contribution au débat politique au cours de la campagne, Denis Robert l’a effectuée par une note sur les évasions de capitaux demandée par l’entourage de François Hollande. Il a également rencontré Jean-Luc Mélenchon, François Bayrou ou Cécile Duflot. Récemment, dans une chronique remarquée pour Siné Hebdo, il a écrit une lettre au nouveau Président. «  Hollande veut créer des postes dans l’éducation, donner des perspectives à la jeunesse, à la justice et à la santé. Il a besoin de beaucoup d’argent et les impôts ne suffiront pas. Dans ma lettre, je lui ai dit de ne retenir qu’un seul chiffre  : trente mille milliards d’euros. C’est le montant des avoirs placés chez Clearstream et Euroclear  ; chez Clearstream, il y avait plus de 6000 comptes ouverts dans 42 paradis fiscaux dans les

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CULTURE ÉCRITURES

« Ce qui fait l’honneur de cette profession, c’est l’enquête, pas le journalisme de commentaire. » fameux listings qui ont généré l’affaire qu’on connaît. Un quart des comptes sont conçus pour l’évasion. Il faut créer un rapport de force à Bruxelles et contrôler, taxer ces flux. L’argent est là, à portée de main. Quand va-t-on dire clairement que le Luxembourg, tout comme Londres d’ailleurs, est le premier responsable des dettes européennes  ?  » Denis Robert reçoit depuis quelques temps des propositions pour qu’il s’engage en politique. «  Parler en public, me présenter à une élection, ça ne me dérange pas. Ce qui me dérange, ce sont les compromis. Mais peut-être qu’un jour j’y viendrais ; pour l’instant, j’ai d’autres choses à faire. » Continuer à écrire, par exemple. Comme cet autre texte, carrément jouissif, envoyé celui-là à la rédaction de Télérama et intitulé Classé X. Publié à 26 jours de la fin de la campagne présidentielle, il doit résumer l’avis de son auteur sur cette dernière. En un seul mot, ce sera «  pornographique  ». Le texte, publié mais en partie censuré par Télérama, est disponible dans sa version intégrale sur le profil Facebook de Denis Robert et le blog de Yves Lespagnard. Parmi les 100 points de vue sur la campagne publiés par le magazine, ce fut sûrement le plus controversé au sein de la rédaction  ; c’est aussi le plus lu. «  Je me suis dit  qu’un écrivain se devait de prendre des risques, même le risque d’être mal compris. À Télérama certaines personnes ont été choquées. On m’a demandé de donner mon avis sur la campagne, et la chose la plus pertinente que j’ai trouvé à dire à ce momentlà, c’est qu’elle est pornographique.  » Les interventions médiatiques de la droite sont son cœur de cible  ; il les met en parallèle avec des dialogues et des scènes d’un film pornographique. « Ce fut ma seule intuition, une image qui m’a traversé. Des gens comme Sarkozy, Morano, Wauquiez ou Copé font preuve d’une grande obscénité. Et la pornographie, c’est l’art de montrer ce qui est obscène. Toujours le même scénario, des dialogues d’une grande pauvreté  ; j’ai mélangé tout ça avec des propos politiques, et ça donne un effet que je trouve saisissant et intéressant.  » On repense à son roman

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érotique, Le Bonheur, publié en 2000, son livre le plus vendu à ce jour et traduit dans 14 langues, au propos cependant largement différent de ce petit texte incendiaire et bien senti. — Recyclage & renaissance L’homme est bien difficile à cataloguer au vu des multiples registres et supports au travers desquels il s’exprime. Mais il ne se reconnaît pas vraiment dans cette notion de multiplicité, préférant mettre en avant la cohérence de son travail. « Avant tout, je parle d’écriture, même dans mes tableaux. » En 2006, Denis Robert entre dans le champ de l’art contemporain  : tout commence avec la publication sur Internet d’un listing utilisé dans son enquête sur Clearstream, sur lequel il a griffonné, taggé. C’est la galerie parisienne W qui le contacte pour l’encourager à développer des œuvres dans cette direction. «  C’était à l’époque où l’un de mes livres [Clearstream, l’enquête, ndlr] a été interdit à la vente, et dans ce que je vivais à ce moment-là, il y avait une électricité, une confrontation au pouvoir, je ne savais pas comment en témoigner. Les gens de la galerie W ont compris que j’étais porteur de quelque chose d’artistique. Mon histoire, en sortant du champ médiatique, devenait artistique. L’art devient média. C’est très intéressant comme phénomène. Mais jamais je n’aurais imaginé exposer et vendre des toiles. » Divers documents de travail seront ainsi transformés, annotés, enrichis d’instantanés représentant des moments de vie de l’auteur devenu artiste  : l’exposition Junk était née. Une « libération » pour Denis Robert, qui a toujours été sensible à l’art, à la beauté et à la force de Picasso, « le maître absolu  », de Francis Bacon, de Basquiat... Ce nouveau moyen d’expression, il l’exploite toujours aujourd’hui, avec la préparation d’une nouvelle exposition, Global village  : «  Je sors d’une période d’immersion totale, lorsque je m’enferme pendant une semaine... là j’ai trois séries qui sont prêtes pour juin, dont Global village et aussi une série de toiles, des pages

d’agenda où il y a un travail à base d’écriture, de couleurs, de croquis et de dessins. » «  Dix ans et toutes mes dents  ». Cette référence au texte qu’il a envoyé à ses amis après avoir été blanchi des accusations mettant en doute son travail de journaliste sur l’affaire Clearstream prend tout son sens lorsqu’on le rencontre aujourd’hui, lui qui n’a rien perdu de sa détermination et de sa créativité. Beaucoup auraient perdu pied ou éprouvé les pires difficultés à poursuivre leur vie personnelle et professionnelle. Lui continue à porter « la plume dans la plaie » et poursuit sa route avec une démarche courageuse et salutaire, que l’on pourrait rapprocher de celle énoncée en son temps par Hunter S.Thompson, l’un de ses écrivains fétiches : « Marche fièrement, botte des culs, (…) aime la musique et n’oublie pas que tu descends d’une longue lignée de chercheurs de vérité, d’amants et de guerriers. » Bonne marche, Denis. —————— Denis Robert est publié aux éditions Julliard et aux Arènes www.julliard.fr - www.arenes.fr L’intégrale du texte Classé X est à lire sur le blog de Yves Lespagnard http://h1929.blogspot.fr La page de Denis Robert sur le site de la galerie W à Paris Exposition jusqu'au 29 juin www.galeriew.com


DENIS ROBERT : Une biographie sélective SES BARS ET RESTAURANTS À METZ — Le Rubis 2, place Saint-Louis — Le Kristal Palace 3, rue Gambette  « Pour l’ambiance » — La brasserie ABC 2, place du Général de Gaulle « Pour les rendez-vous face à la gare » — Le bar Saint-Jacques 10, place Saint-Jacques — Restaurant La Baraka 25, place de Chambre — Restaurant Chez Rosa 41, rue de Verdun à Moulins-lès-Metz — Restaurant Le Mathis 72, en Fournirue « Je regrette le temps de mon ami Italo... » Né en 1958 à Moyeuvre-Grande, Denis Robert débute sa carrière est écrivain, au sein du journal Libération. Il s’attelle à l’écriture de romans (Le Bonheur, Une ville, Dunk), d’essais (Révélation$, La Boîte noire, Cleastream, l’enquête, Révolte. com) et à la réalisation de documentaires (Les Dissimulateurs, L’affaire Clearstream racontée à un ouvrier de chez Daewoo). La publication des livres et des documentaires autour de la chambre de compensation financière Clearstream et l’affaire dite Clearstream 2 mettant en cause des personnalités de la vie politique française sur des listings qui s’avèreront falsifiés, l’engagent dans une longue bataille juridique. Sa bonne foi et son travail de journaliste sont mis en cause, mais il sortira vainqueur de cette confrontation judiciaire en 2011. À la fin des années 2000, il expose des œuvres

d’art contemporain et collabore à une bande dessinée, L’Affaire des affaires. Il poursuit aujourd’hui ses travaux, principalement des documentaires. Il a suivi durant une année des étudiants en journalisme à Metz. La série devrait être diffusé à la rentrée sur France 4. Sa société Citizen films produit également un film Les Munch, dernier combat de la classe ouvrière que France 3 doit diffuser fin 2012. En termes d’édition, un essai est en cours d’écriture, ainsi qu’une adaptation en bande dessinée de son roman Dunk. Une exposition, Global village, est prévue pour le mois de juin à la galerie W à Paris.

Ses lectures du moment : — Mort à crédit de Louis-Ferdinand Céline « Je le relis en ce moment ; un cadeau de ma fille en Pléiade. » — Le dernier stade de la soif de Frederick Exley « Mon dernier choc littéraire. » Ses films du moment : « Avengers, avec mon fils, mais mon dernier plaisir, c’est Le Gamin au vélo, des frères Dardenne. »

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CULTURE MÉDIAS

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SO GL AD Par Déborah Pham Photo Olivier Roller

Deux jours avant notre rencontre, Vincent Glad m’envoie un DM (Direct Message) pour me dire que le rendez vous aura lieu Chez Prune, près du Canal SaintMartin. Il ajoute qu’il espère ne pas trop avoir la gueule de bois, puisque le Truskel aura célébré ses 10 ans la veille au soir. Le jour dit, Vincent arrive en retard, sans chemise, et commande un café. On parle un peu de sa soirée de la veille et de l’exotisme des cocktails qu’il a testés. « Alors en fait, tu veux que je te donne de bonnes adresses à Nancy ? Parce que je suis parti il y a huit ans alors je ne sais pas trop. Il y a Les Deux Palmiers, une sorte de vieux bar rock...  » Après le bac, Vincent Glad part faire ses études à Nancy, « c’est une ville très étudiante, mais c’est trop petit, il n’y a qu’un centre-ville ». S’il y a un lieu où vous pourriez l’avoir croisé, c’est certainement sur les marches et la pelouse de la fac de lettres, où il a passé deux ans en médiation culturelle avant de partir pour Lille. Des études qu’il juge intéressantes mais inutiles car il réalise très vite qu’il s’orientera vers le journalisme. Alors que les potes se laissent aller, Vincent profite de son emploi du temps plutôt léger pour bosser, se cultiver et préparer ses concours. Il participe tout de même à la vie de l’université en créant le fanzine anonyme Fist à fac qui pastiche le journal très « chiant » des étudiants. Il réussit son concours et entre à l’école de journalisme de Lille, où le rythme est beaucoup plus soutenu. Il arrive à Paris en 2007, au moment où la ville est capitale mondiale de l’électro. Il y a peu de travail mais beaucoup de fêtes. Vincent décroche tout de même un boulot à Télé 2 semaines, pige pour Libé, Les Inrocks. Il travaille ensuite pour 20min.fr en politique et sur slate.fr. Le monde de l’Internet le fascine déjà et il décide d’écrire un essai sur le sujet. Il s’inscrit en Master à l’EHESS (École des hautes-études en sciences sociales). C’est là que Canal+ le rattrape. Le bouquin attendra. Le Grand

EN SEULEMENT SIX ANS, TWITTER EST DEVENU LE NOUVEL ENDROIT COOL DE L’INTERNET. POLITIQUES, JOURNALISTES, ARTISTES ET WANNABES S’Y CÔTOIENT ET FONT L’ACTUALITÉ. AVEC PLUS DE 41 000 FOLLOWERS, VINCENT GLAD EST PEUT-ÊTRE BIEN NOTRE PRINCE DE LA TWITTOSPHÈRE. À 27 ANS, CE JEUNE HOMME ORIGINAIRE DE NEUVES-MAISON EN LORRAINE, EST CHRONIQUEUR WEB AU GRAND JOURNAL DEPUIS SEPTEMBRE. COMMENT EN EST-IL ARRIVÉ LÀ ? ZUT ! EST PARTI À SA RENCONTRE.

Journal cherchait quelqu’un qui s’y connait à la fois en politique et en Internet pour la campagne présidentielle. À ses débuts à la télévision, il est déjà big sur l’Internet, installé sur Twitter avec ses potes, un réseau social qui prendra d’autant plus d’ampleur pendant les élections : «  Les politiques y sont quasiment tous maintenant, parce que c’est un moyen de communication très rapide pour donner de l’info, réagir à l’actualité, etc. Beaucoup sont simplement curieux de l’outil, comme François Fillon (@fdebeauce), qui s’est ouvert un compte anonyme pour regarder ce qui s’y passe. » Aujourd’hui, Vincent Glad joue dans la cour des grands : « C’était fou de se retrouver là-dedans.  » Mais à deux jours du second tour, les followers sont de plus en plus agressifs et s’échauffent facilement  : «  Hier, une fille a menacé de briser ma carrière et de me prendre ma carte de presse  ! Ça devient sérieux.  » C’est vrai qu’il en rigole, mais avec souvent 500 mentions par jour, ce genre d’attaques commencent doucement à le gonfler. Heureusement dans la vie, Vincent a un doux visage de gentil garçon et personne ne l’embête. La télé, ça a changé tellement de choses, et sur l’Internet, ça se compte en followers : + 20 000 depuis la rentrée. Et au travail, comment ça se passe  ? «  C’est plus de boulot qu’on ne l’imagine, et je n’ai pas d’assistant... C’est un rythme soutenu, c’est

assez dur puisqu’il y a de l’enjeu tous les jours. » Vincent lit Le Monde au quotidien, passe par le Lab d’Europe1, la page président de Brain, Twitter... Evidemment Twitter reste sa première source d’informations : « Comme quasi tous les journalistes politiques ont un compte Twitter, les politiques sont obligés de regarder ce qui s’y passe, ce qui s’y dit », et deviennent à leur tour acteurs. D’ailleurs, alors que j’effectuais mon petit stalking en amont, Google Search me suggérait “Vincent Glad gay” en troisième choix. Pour vous, Zut ! a percé le mystère en demandant directement à l’intéressé. « Bon, alors, j’adore Google Search mais c’est faux. Tu sais comment ça marche en fait ? Ce sont les choses que tapent les gens, c’est à dire ce qu’ils pensent de toi finalement. C’est vraiment cruel. » Le Grand Journal, tous les jours à 19h10 sur Canal+

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A E B A A D E

R T N L -

ÉTÉ 2 0 1 2

B Â L E

L U X E M B O U R G M E T Z

S T R A S B O U R G K A R L S R U H E M A N D E R E N N A N C Y

B A D E N - B A D E N

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F O N D A T I O N B E Y E L E R V I L L A V A U B A N M U S É E D E L ' Œ U V R E N O T R E - D A M E Avec l’été, revient le temps des grandes expositions qui déplacent les foules. De la Suisse au Luxembourg, sortons de Strasbourg / Lorraine et sillonnons la région pour découvrir des œuvres et des artistes majeurs. Au programme cette saison : Jeff Koons, Sol Lewitt, Nicolas de Leyde, Pierre-Auguste Renoir, Ben et d’autres encore… Sélection Zut ! des expos à voir pour ne pas bronzer idiot.

C E N T R E P O M P I D O U / M E T Z K U N S T H A L L E C H Â T E A U D E M A L B R O U C K M U S E U M F R I E D E R - B U R D A K U N S T M U S E U M

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DOSSIER / ART EN BALADE

Difficile de rester de marbre devant une œuvre de Jeff Koons. La possibilité de s’envoler vers les méandres de l’imagination comme un ballon de baudruche apparaît pour certains comme une évidence. D’autres encore, devant ce maximalisme kitsch, hésitent à rendre leur repas de midi tant les détails, notamment sur ses peintures à l’huile, sont imposants. Néo-pop, génie des surfaces ou encore superstar du kitsch, les adjectifs et expressions grandiloquentes ne manquent pas pour définir un parcours parsemé de séries choc. Pour décrire son art, lui-même évoque la reconnaissance de soi : «  J’essaye de communiquer avec les gens, leur dire qu’ils sont parfaits  ». À la manière d’un Marcel Duchamp, l’artiste contemporain souhaite que l’art naisse dans les yeux de son spectateur. Art cynique ou über accessible  ? Les critiques continueront à s’affronter. Koons, pendant ce temps, explore le sens de l’art, le déforme en s’attaquant depuis toujours à la banalité. La fondation Beyeler revient sur différentes époques de création de l’artiste en présentant une cinquantaine d’œuvres traversant trois séries des années 80 à aujourd’hui. La première, The New, a été réalisée entre 1980 et 1987 et regroupe des aspirateurs et autres appareils électroménagers couchés ou posés sur des néons et enfermés dans des vitrines. Ironie du sort : c’est à cause de ses aspirateurs que Jeff Koons a abandonné pour un temps l’art pour devenir courtier en bourse car les

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——— Jeff Koons,
 Balloon Swan (Magenta), 2004–11
- Photo : Jeff Koons Studio, New York

marchands d’art n’en étaient pas convaincus. Lorsqu’on pense que cette même œuvre a été vendue aux enchères pour 23 millions de dollars, on rit multicolore. Traduisant la volonté de Jeff Koons de pasticher des objets pop, la série Banality (1988) est composée d’objets rappelant l’esthétique des églises baroques du XVIIe siècle. Jeff Koons y joue avec les symboles de la société de consommation, mettant en contradiction cultures populaire et élitiste. On y retrouve la porcelaine grandeur nature Michael Jackson and Bubbles, où l’icône pop porte sur ses genoux un singe, ou encore Buster Keaton sur

un poney. Enfin, probablement la série la plus connue et la seule toujours en cours depuis près de 20 ans, Celebration, entamée suite à la rupture de l’artiste avec l’actrice porno la Cicciolina. Elle est le fruit de la dépression de Jeff Koons et met en scène l’illusion de la légèreté, avec ses grandes formes balloonesques d’acier chromé et quelques peintures à l’huile hyperréalistes. Entre icônes, œuvres gigantesques – dont deux sculptures exposées dans le Berrower Park –, formes et couleurs, les pistes pour questionner l’œuvre de Jeff Koons ne manquent pas…


——— Lorenzo Lotte (1480-1556), Saint Jérôme, 1544, Muzeul National Brukenthal, Sibiu (RO)

Brueghel, Cranach, Titien, van Eyck : des trésors méconnus ——

Par Emmanuel Abela

Il est toujours fascinant de découvrir des pièces des grands maîtres, notamment quand celles-ci semblent moins familières. Des trésors cachés existent encore en Europe, c’est le cas de la collection Brukenthal réunie par un aristocrate originaire de Transylvanie (une région du centre-ouest de la Roumanie actuelle) du XVIIIe, Samuel von Brukenthal qui occupait un poste important à la cour autrichienne, avant d’être nommé gouverneur de sa région natale par l’impératrice MarieThérèse. Dans le plus pur esprit des Lumières, cet homme collectionne des livres, des estampes et des pierres précieuses, mais aussi de nombreuses peintures et sculptures, lesquelles sont exposées dans le palais qu’il se fait construire à Sibiu (anciennement Hermannstadt). Cette collection, qui comprend des tableaux de maîtres italiens, allemands, flamands, hollandais, a fait la renommée de son illustre propriétaire qui les regroupait de manière cohérente, en fonction des écoles de peinture. Donc, en parfait connaisseur ! Pour permettre au grand public de découvrir cette collection de tableaux anciens, qui compte parmi les plus importantes en Europe du Sud-Est, la Villa Vauban s’est inspiré de l’accrochage d’origine  : œuvres du Quattrocento et Cinquecento, peinture hollandaise,

peinture allemande, etc. Nous sommes saisis d’emblée par la qualité des œuvres représentées, lesquelles créent des liens stylistiques et iconographiques remarquables. On mesure à quel point le collectionneur cherchait à raconter une histoire de la peinture sur plus de trois siècles. L’émotion est vive quand on passe d’un portrait de Jan van Eyck, L’Homme au chaperon bleu, ou de Hans Memling, Donatrice en dévotion avec son petit chien, à une Vierge à l’enfant de Lucas Cranach. Une œuvre suscite une attention particulière, Le Massacre des Innocents, initialement attribuée à Pieter Brueghel l’Ancien ; présentée parmi d’autres œuvres de cette grande famille de peintres et complétée par des tableaux provenant des fonds de la Villa Vauban, elle a fait l’objet d’une analyse et d’une restauration pour l’occasion. Les œuvres s’enchainent merveilleusement  : après Titien et Lorenzo Lotto, on passe en toute logique du maniérisme aux développements baroques des peintres contemporains de Rubens,

Abraham Janssens et Jacob Jordaens, pour terminer avec Johann Michael Rottmayr von Rosenbrunn. Son Triomphe des sciences et de l’art semble résumer la personnalité de von Brukenthal, esprit éclairé dont on présente également, dans un cabinet aménagé, des livres de botanique, d’histoire naturelle ou de numismatique. Comme quoi les œuvres collectionnées parlent de nous-mêmes longtemps après et nous révèlent dans ce que nous sommes.

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DOSSIER / ART EN BALADE

Un siècle se résume généralement en quelques dates : assurément, celle de 1917 serait retenue parmi les années marquantes du XXe. Pourquoi  ? Tout simplement parce qu’avec l’entrée des troupes américaines dans le conflit, la guerre devient mondiale, «  universelle  » pour certains, et ce pour la première fois dans l’histoire de l’humanité. Parce que les forces en présence s’enlisent, ne semblent pas voir d’issue – même si celle-ci va se préciser  –, et parce qu’on atteint des degrés jusqu’alors jamais atteint dans l’entreprise de mort à grande échelle  ; paradoxalement, l’année 1917 est la moins meurtrière, à un moment où l’on se résigne face à l’immense machinerie qui se met en place pour continuer la tuerie. Enfin, parce qu’en marge du conflit naissent les expressions artistiques les plus aventureuses qui s’avèrent décisives pour l’évolution, audelà même des arts, de la perception qu’on en aura à l’avenir  : année révolutionnaire, 1917 connaît les révolutions russes de février et d’octobre, mais aussi le ready-made, Dada –  né en 1916, le mouvement poursuit son essor à Zurich  –, De Stijl aux Pays-Bas et les premières tentatives abstraites. Autant de révolutions esthétiques en cette année de profonde mutation mentale. La magnifique exposition estivale du Centre Pompidou-Metz met en lumière événements et artistes et offre une vision complète de toutes les tentatives esthétiques, avec une scénographie adaptée à l’immense diversité des explorations formelles et textuelles : les œuvres inspirées par le conflit, celles qui semblent au contraire très distantes, celles enfin qui situent un futur proche, le temps de l’après-conflit. Elle offre un vaste panorama des productions à l’échelle européenne voire

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——— Marcel Duchamp, Fountain [Fontaine], 1917-1964 © Centre Pompidou, MNAM-CCI, Dist. RMN-GP/Christian Bahier et Philippe Migeat © Succession Marcel Duchamp / ADAGP, Paris 2012

mondiale : ainsi se côtoient Claude Monet, dont les Nymphéas se posent en refuge contre la guerre, Pablo Picasso, présent avec le monumental rideau de scène réalisé pour le ballet Parade – un prêt du Centre Pompidou qui constitue un événement en soi  !  –, Guillaume Apollinaire, Jean Cocteau, Vassily Kandinsky, Kazimir Malevitch, Theo van Doesburg, Piet Mondrian, Tristan Tzara, Hans Arp, André Breton, Ernst Ludwig Kirchner, Alexej von Jawlensky, Alexandre Rodtchenko… La liste est longue, elle ne peut être qu’indicative. À ce titre, il est amusant de relire un courrier qu’adresse Marcel Duchamp à sa sœur Suzanne le 11 avril 1917 à New York ; il s’y plaint du refus par les Indépendants de Fountain, une œuvre qu’il attribue à «  une de [ses amies] sous un pseudonyme masculin, Richard Mutt  ». Rappelant qu’il s’agit d’une «  pissotière en porcelaine envoyée

comme sculpture », il s’insurge : « Ce n’était pas du tout indécent, aucune raison pour la refuser. » Mais conclut avec philosophie : « la pissotière aurait été lonely.  » Là, Fountain est bien présente dans l’exposition 1917  ; resituée au cœur de ce qui a fait l’art d’une année bien singulière, elle ne présente plus rien de lonely.


——— Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé (détail), Strasbourg, 1463 (?). Grès rose. Strasbourg, Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Photo : M. Bertola

Nicolas de Leyde : figure vivante ——

Par Emmanuel Abela

Les spécialistes le savent, le grand public un peu moins. À Strasbourg sont réunies deux œuvres sculpturales qui se posent en jalons pour l’Occident médiéval : la figure de la Synagogue, située au niveau du bras sud du transept de la Cathédrale, et le Buste d’homme accoudé conservé au Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Séparées l’une et l’autre de près de deux siècles et demi, les deux œuvres non seulement renseignent sur le rayonnement du chantier de la Cathédrale de Strasbourg, du début du XIIIe à la première moitié du XVe et au-delà, mais se situent chacune comme un instant d’apothéose, presque de bascule entre ce qui précède et ce qui suit. «  Oui, nous confirme Cécile Dupeux, conservatrice du Musée de l’Œuvre Notre-Dame, il y a un avant et un après. » Si le sculpteur de la Synagogue reste inconnu, celui du Buste en revanche est clairement identifié  : il s’agit de Nicolas de Leyde. On ne connaît pas le détail du parcours de cet artiste reconnu en son temps aussi bien par les autorités ecclésiales que civiles  –  on sait qu’il vient de Belgique, se montre actif à Strasbourg entre 1462 et 1467 et qu’il meurt à Vienne après avoir réalisé le tombeau de l’Empereur Frédéric III dans la cathédrale  –, des indices précis nous sont livrés par des sources d’époque  : «  Il se dessine les contours d’un personnage atypique, nous explique Cécile Dupeux. Peu de choses nous sont révélées de manière officielle, mais des éléments apparaissent dans la sphère

privée : à la ville, nous possédons des sources concernant sa famille, sa fille par exemple qui a épousé le frère de Martin Schongauer, un orfèvre  ; on sait également que Nicolas de Leyde habite le 111, Grand’Rue, avec un espace aménagé à l’avant dans lequel il fait venir des pierres. Nous avons des informations sur des acquisitions, des litiges, ses déménagements, autant de choses qui rendent ce personnage vivant.  » À Strasbourg, il a réalisé de grands ensembles, l’épitaphe du chanoine de Bussnang dans la cathédrale et le portail de la Chancellerie de la ville, bâtiment aujourd’hui disparu dont il ne subsiste que quelques fragments, les deux têtes d’un prophète et d’une Sybille réunies pour la première fois depuis un siècle. Dans le cadre de cette exposition exceptionnelle, pas moins de 70 pièces sont présentées, lesquelles s’articulent autour du Buste. Si on peut y voir

là l’une des nombreuses déclinaisons de la figure mélancolique, sa posture renvoie plus à la réflexion qu’à une forme d’affliction. Toute la modernité de l’œuvre réside dans le mouvement du corps qui souligne la tension intérieure de la personne, ici sans doute un portrait d’architecte voire même un autoportrait de Nicolas de Leyde. « Il s’agit du premier véritable portrait moderne, avec cette force du rendu de l’intériorité même », nous rappelle avec conviction Cécile Dupeux, nous invitant à voir cette œuvre majeure, la revoir et à investir ses secrets.

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DOSSIER / ART EN BALADE

——— Moi Je Suis Seul, 1965 Galerie 1900-2000, Marcel Fleiss, Paris

Ben : Pas d’art sans ego ——

Par Cécile Becker

Qui connaît Ben ? Tout le monde. Si l’on ne connaît pas l’œuvre de l’artiste dans sa totalité, ni d’ailleurs sa biographie, si l’on a jamais vu ses tableaux grandeur nature dans un musée, on le connaît pour ses carnets, bloc-notes ou post-its exposés dans tous les rayonnages des papeteries. Si l’on ne le connaît pas vraiment, tous, nous pourrions imiter sa signature les yeux fermés. Qui connaît Benjamin Vautier ? Personne. Pourtant, c’est le Ben, le fameux. Un prénom, une identité, une esthétique cachée sous un diminutif. Ben s’est imposé dans l’inconscient collectif avec ses trois petites lettres. Un ego, une signature. Et puis Ben, c’est une partie étourdie de nous-mêmes  : il écrit grossièrement, fait quelques fautes d’orthographe, fait des jeux de mots à trois francs six sous et est resté un enfant éternel. Il se joue de l’art et de ses codes à la manière de artistes de Fluxus auquel il adhère après avoir rencontré George Maciunas, artiste et philosophe, fondateur du mouvement à New York. Mais si ce mouvement s’inspire du dadaïsme et prône la disparition de l’artiste derrière la simplicité de la vie ou des objets, Ben, lui, estime que l’ego est essentiel à la création. L’ego permet à l’artiste de se montrer sincère et d’être au plus proche de la vérité, qu’elle soit subjective ou objective, quitte, comme il le dit, à « montrer son cul » et à passer pour un clown, à raison. En ce sens,

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Ben s’interroge sur le sens de l’art, il cherche à comprendre et à le rendre le plus simple possible : par son écriture, par sa lisibilité, par les thèmes qu’il aborde. Il est frontal, direct et souvent drôle. Parfois, Ben doute  : « Je dors mal la nuit, j’ai des angoisses qui se mélangent. Des angoisses d’argent, d’art, de vérité. D’une part, je veux changer le monde et être révolutionnaire, et d’autre part, je veux une belle voiture, vivre confortablement et avoir autant de gloire que César. Tout ça, c’est très difficile à concilier.  » Parfois aussi, il veut tout abandonner car « les ethnies [lui] occupent l’esprit plus que l’art », parce qu’il ne croit plus en la culture, mais il finit par énoncer ses préoccupations dans des textes ou sur ses toiles. L’art, s’il est personnel, peut parfois sombrer dans la répétition, mais

pour Ben, ça n’est pas un problème. Il estime même que le style provient de la répétition et qu’il n’est pas nécessaire d’apporter du nouveau pour entrer dans l’Histoire de l’art. L’essentiel est de se montrer tel qu’il est et de toucher les spectateurs avec des vérités universelles ou qui le concernent. Il amuse, s’amuse, fait rire, il gagne. S’il n’est pas entré dans l’Histoire de l’art, il est au moins ancré dans nos esprits par sa facétie.


——— Yinka Shonibare, The Sleep of Reason Produces Monsters (Asie), 2008 © Yinka Shonibare MBE / Courtesy James Cohan Gallery, New York / Stephen Friedman Gallery, Londres ——— Francisco de Goya, Le Sommeil de la raison engendre des monstres (série Los Caprichos, feuille 43), 1797/98, Staatliche Kunsthalle Karlsruhe

Déjà-Vu ? : éloge de la copie ——

Par Sylvia Dubost

« C’est pas bien de copier ! » Comme tous les ans à l’approche des examens, refleurissent articles et reportages sur le plagiat dans les copies d’élèves et d’étudiants. Le copiercoller  : nouveau marronnier des médias, nouvelle plaie de l’éducation nationale. Difficile, en effet, d’empêcher le savoir de circuler et d’être utilisé, même mal. L’époque est plutôt à la répression en la matière, au point qu’on en arrive à l’équation suivante : la copie, c’est le mal, et ceux qui s’y adonnent sont des pirates. Au point qu’on en oublie la notion d’intention. La copie peut aussi être hommage, détournement, réappropration, remise à jour. C’est ce que montre l’exposition DéjàVu  ?, sous-titrée «  La copie d’œuvres d’art de Dürer à Youtube  ». À travers quelque 120 œuvres, du Moyen-âge à l’époque contemporaine et de Degas à Cindy Sherman, elle pose la question du statut de la copie.

Qui, à l’heure non plus seulement de la reproductibilité technique de l’œuvre d’art, mais de sa numérisation possible et de sa diffusion à toujours plus grande échelle, se pose avec plus d’acuité. On rappelle d’abord que les artistes ont de tout temps copié ceux qui les ont précédés. Au XVIe, la copie est une évidence. Peintures et gravures sont alors un moyen de faire circuler les œuvres, de leur permettre d’être vue et de satisfaire les envies de décoration d’un noble qui souhaiterait lui aussi son Dürer. Et puis les artistes copient dans le cadre de leur formation. Ceux que l’ont considère aujourd’hui comme des jalons dans l’histoire de l’art ont aussi produit des copies et se sont confronté à des œuvres plus anciennes. Imiter, c’est comprendre avant de créer son propre langage, comme l’atteste la copie d’un tableau du Titien par Géricault. Au XXe siècle, on passe au pastiche, au clin d’œil, à la réinterprétation. Les artistes questionnent ainsi leur discipline et son histoire en même temps qu’ils y revendiquent une place. Aujourd’hui, des plateformes comme flickr et youtube regorgent de photos et de vidéos qui réinterprètent les œuvres.

Et plus simplement, les artistes s’inspirent d’œuvres du passé, intégrant dans leurs œuvres des motifs déjà existants, de manière consciente ou non, sans nécessairement citer leurs aînés, car ainsi va la création. Ils sont des nains juchés sur des épaules de géants, comme disait Bernard de Chartes. Et après lui Isaac Newton, qui reprit cette phrase à son compte. La pure idée n’existe pas, on ne peut créer sans regarder, sans intégrer le passé. La copie est nécessaire à la création, intellectuelle ou artistique. Elle n’est pas forcément le plagiat, le mal. A l’heure où se négocient des traités toujours plus répressifs en matière de propriété intellectuelle, Déjà-Vu ? apporte une belle matière à réflexion, voire même un point de vue. Comme l’affirment les commissaires de l’exposition  : «  À la fin, toutes les œuvres sont des originaux. »

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DOSSIER / ART EN BALADE

——— Fernand Léger, Contraste de formes, 1914 – Photo : VG Bild-Kunst

——— Pierre-Auguste Renoir, Femme dans un jardin, 1868

Fernand Léger et Henri Laurens : figures sensibles

Renoir : l’œuvre de jeunesse Si le ministère du temps libre avait existé en son temps, Pierre-Auguste Renoir en aurait été le peintre officiel. Loisirs de plein air, promenades bucoliques ou citadines, ombrelles et robes légères, intérieurs bourgeois où l’on sirote le thé  : les toiles de l’un des pères de l’impressionnisme respirent la légèreté et la douceur de vivre. Les visages sont avenants, doux, souriants juste ce qu’il faut, les robes légères et les messieurs bien élevés. On s’amuse avec raffinement, et cette insouciance se mâtine d’une touche de mélancolie. On a longtemps qualifié Renoir (1841– 1919) de «  peintre du bonheur  ». Un qualificatif qui s’applique surtout à sa période impressionniste et tardive, les seules que l’on connaisse réellement de lui. Le Kunstmuseum invite aujourd’hui à redécouvrir ce peintre dont on croit tout connaître, en ex-

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posant des œuvres de jeunesse aussi variées que surprenantes. Cinquante peintures ont été rassemblées, grâce à des prêteurs prestigieux : le Musée d’Orsay, la National Gallery de Londres, le Metropolitan Museum de New York, le Art Institut de Chicago. On y voit évoluer Lise Tréhot, alors maîtresse de Renoir et son modèle favori, à travers les différents genre picturaux qu’il expérimente alors. On y décèle aussi les profonds bouleversements sociaux, politiques et artistiques qui traversent les années 1860-1870, et touchent aussi bien la bohême que la bourgeoisie, entre lesquels navigue Renoir. On appréhende autrement la suite de son œuvre son apport à l’impressionnisme, comme peintre de la vie moderne, plus que du bonheur…

Nés respectivement en 1881 et 1885, décédés en 1955 et en 1954, Fernand Léger et Henri Laurens sont contemporains. Leurs modes d’expression plastique diffèrent, la peinture pour l’un, la sculpture pour le second, mais leurs préoccupations esthétiques sont voisines : l’exploration d’une figuration morcelée, mais sensible. Les deux artistes se rencontrent dès 1910, avec Guillaume Apollinaire à un moment où les arts plastiques opèrent une mutation déterminante sous les coups de boutoir du cubisme. Tous deux sont tentés par la révolution cubiste, ils en adaptent très librement les codes formels, mais tous deux définissent également leur propre style avec un penchant naturel pour des formes organiques, parfois proches de l’abstraction, qui conservent un lien intime à la réalité. D’où des sensations poétiques, dynamiques, colorées pour Léger, courbes et volumineuses pour Laurens. Grâce la collaboration fructueuse entre le Musée Frieder Burda et le Centre Pompidou, les œuvres des deux artistes se confrontent dans des échanges subtiles et voluptueux. Une manière généreuse de rendre hommage à ces deux artistes, parmi les plus importants de la première moitié du XXe siècle en France.


— EXPOSITION

LA RENCONTRE ENTRE SAVOIR-FAIRE VERRIER ET CRÉATION CONTEMPORAINE AU CENTRE INTERNATIONAL D’ART VERRIER DE MEISENTHAL

SITE DU GRAND-HORNU HORNU ⁄ BELGIQUE 24 JUIN — 7 OCTOBRE 2012 —

ORGANISÉE PAR GRAND-HORNU IMAGES / GRAND-HORNU-IMAGES.BE SITE DU GRAND-HORNU : 10H — 18H / TOUS LES JOURS / SAUF LUNDI

— GRAND-HORNU IMAGES EST SUBVENTIONNÉ PAR LA PROVINCE DE HAINAUT.

LE CENTRE INTERNATIONAL D'ART VERRIER BÉNÉFICIE DU SOUTIEN DE :

PLUS D'INFOS : CIAV-MEISENTHAL.FR / RUBRIQUE ACTU

DRAC

Nicolas de Leyde, Buste d’homme accoudé, Strasbourg, 1463. Grès rose. Musée de l’Œuvre Notre-Dame. Photo : M. Bertola. Graphisme : R. Aginako

LORRAINE ALSACE

30 MARS  8 JUILLET 2012 MUSÉE DE L’ŒUVRE NOTRE-DAME 3 PLACE DU CHÂTEAU, STRASBOURG WWW.MUSEES.STRASBOURG.EU Une exposition du Musée de l’Œuvre Notre-Dame et du Musée Liebieghaus Skulpturensammlung, Francfort Cette exposition est reconnue d’intérêt national par le ministère de la Culture et de la Communication / Direction générale des patrimoines / Service des musées de France. Elle bénéficie à ce titre d’un soutien financier exceptionnel de l’État.

©RDNGR.COM


CULTURE ILLUSTRATION

LE SENS DES IMAGES Par Cécile Becker

« Tout le monde ne connaît pas l’image d’Épinal, et tout le monde n’en a pas une bonne une vision juste. On parle d’images inintéressantes, plutôt globalisantes, peu fines, un peu bécassines.  » D’après Martine Sadion, l’imagerie type Épinal du XIXe siècle n’a pas très bonne réputation. Pourtant, derrière ses dessins souvent copiés de gravures parisiennes, mais surtout témoins d’une société ancienne, se cachent des histoires et des

QUELLE EST LA PLACE DES IMAGES DANS NOS SOCIÉTÉS ? COMMENT DOIT-ON LES REGARDER ? AUTANT DE QUESTIONS QUE SOULÈVE L’IMAGERIE POPULAIRE. VISITE AU CŒUR DE L’ESPACE PERMANENT DU MUSÉE DE L’IMAGE D’EPINAL AVEC MARTINE SADION, SA CONSERVATRICE EN CHEF. ELLE RÉPOND À CES QUESTIONS EN QUELQUES IMAGES CLÉS.

symboles oubliés. Se pencher sur l’esthétique de nos ancêtres, sur les thèmes traités par les imagiers, c’est aussi porter un nouveau regard sur les images qui nous entourent. Car l’imagerie populaire nous permet de mieux appréhender l’Histoire, le passé, le présent, et pourquoi pas le futur ?

LA COMPRÉHENSION DE L’IMAGE

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Karen Knorr, The Pencil of Nature « Cette photographie est là pour affirmer le propos du musée : comprendre l’image, se poser des questions sur tout le champ de la culture. Elle s’inspire du mythe de la fille du potier grec Dibutade, amoureuse d’un guerrier. Avant qu’il ne parte à la guerre, elle a dessiné l’ombre de son profil avec un charbon de bois. Pline dit qu’il s’agit là de la première image. Or, l’imagerie type Épinal se structure esthétiquement avec un trait noir, ensuite vient la couleur. L’œuvre reprend le titre de l’ouvrage de William Henry Fox Talbot, le premier à imprimer une photographie dans un livre. Elle pose la question de la réalité de la photographie, qui, pensait-on à un moment, représentait davantage la réalité que le dessin et qui a pu en quelque sorte, supplanter l’imagerie. » —

The Pencil of Nature, Karen Knorr, 1994 - Photographie Ilfochrome Coll. Musée de l’Image, Épinal

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L’EGLISE ET L’ETAT

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Le degré des âges « À l’avant, l’Homme est en contact avec la nature. À l’arrière, l’escalier : l’homme monte jusqu’à 50 ans et il redescend. A cette époque-là, l’espérance de vie n’était pas aussi élevée : c’est plutôt symbolique. Au dessous, la Trinité du Jugement dernier et l’Enfer. La morale est simple : il faut mener une vie en accord avec la nature et avec Dieu, sinon les Enfers menacent. C’est très représentatif de la relation entre l’Église et l’État. Jusqu’en 1905, la religion imposait une manière d’agir et d’exister. » —

Degrés des âges - Taille-douce coloriée au pochoir éditée entre 1809 et 1831, par Picard Guérin, Caen Coll. Musée de l’Image, Épinal, dépôt MDAAC

LA GRANDEUR DE LA RELIGION

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Saint-Joseph et Dieu « Saint-Joseph est immense, entre ciel et terre. Il protège les menuisiers, charpentiers, qui sont tout petits à ses pieds. C’est un code de représentation archaïque. Ce n’est pas un géant, il est grand car il est le plus important. Le ciel est rose, il ne s’agit pas de la réalité, nous sommes dans le symbole ou la décoration. On pouvait parfois choisir la couleur de son image pour qu’elle corresponde aux couleurs de la maison. La représentation des symboles religieux, en revanche, était très établie. Avant le XIXe, le vêtement de la Vierge était rouge et bleu. Après les apparitions à Lourdes, il est devenu systématiquement blanc et bleu pâle. La Vierge est toujours représentée ainsi »

L’IMAGERIE POUR LES ENFANTS

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Les théâtres « L’imagerie s’est aussi adaptée aux enfants. À l’époque, les gens adoraient voir les images en perspective. Les petits théâtres de papier étaient très appréciés. Dans les décours, on retrouvait des maisons de campagnes, des intérieurs bourgeois... Les enfants pouvaient intervenir sur les décors, ils enlevaient les coulisses, pouvaient mettre un autre fond et, en manipulant des personnages s’inventer des histoires… » —

Saint-Joseph, époux de Marie -
Bois de fil colorié au pochoir édité en 1825 par Pellerin, Épinal
 Coll. Musée de l’Image, Épinal, dépôt MDAAC

Maquette de
Grand Théâtre Nouveau, Café, fonds et coulisse -
 Paul Doussinelle, dessinateur - Lithographie coloriée au pochoir éditée en 1905 par Pellerin & Cie, Épinal
Coll. Musée de l’Image

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CULTURE ILLUSTRATION

LA SOCIÉTÉ

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Le monde renversé

LA PROPAGANDE

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Napoléon « Napoléon s’est véritablement appuyé sur l’imagerie pour renforcer son image. Il s’est aperçu que l’imagerie pouvait diffuser sa propagande jusque dans les campagnes. L’Imagerie Pellerin, en 1809, s’est en partie créée pour diffuser des images religieuses, mais aussi des représentations à la gloire de l’Empereur, de sa famille, de ses batailles, et de ses généraux. Et en 1837, l’Imagerie édite plus de 50 images sur la « geste » napoléonienne, ce qui fera le succès de Pellerin et, à sa suite, de toutes les imageries de l’Est… » —

Napoléon et son fils,
Jean-Baptiste Thiébault, graveur Lithographie coloriée au pochoir éditée en 1832 par Lacour, Nancy
Coll. Musée de l’Image, Épinal, dépôt MDAAC

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« Dans cette image des mondes à l’envers, l’imagier représente un monde inenvisageable. A l’époque, ces images paraissent impossibles : on cherche à montrer ce qui ne doit pas être, le désordre, pour valoriser une société ordonnée. Qu’estce qui est normal ? Qu’est-ce qui ne l’est pas ? C’est aussi amusant de mettre ces images en rapport avec ce qu’est la société aujourd’hui. » —

Bois de fil colorié au pochoir 1855 | Pellerin, Epinal. Coll. Musée de l’Image, Epinal


DU 12 MAI AU 14 OCTOBRE 2012 - METZ ÉDITION

CYRILLE ANDRÉ

14 OCTOBRE

˝MARELLES˝ L’exposition chemine tout au long d’un parcours qui va du Jardin Botanique, l’Arsenal au Cloître des Recollets. Le déploiement de ces sculptures propose de retrouver la puissance de l’ancrange au sol que nous impose la condition humaine. Puis progressivement, nous sommes invités à un possible dépassement de cette condition par l’élévation en nous projetant dans les dernières sculptures plus aériennes.

LES LIEUX

Les jardins du Botanique se composent de plusieurs espaces aux ambiances différentes : quatre grands personnages y ont pris place. Les corps de ces personnages imposants sont solidement campés sur leurs jambes et semblent ancrés dans le sol de tout leur poids. A l’entrée du Botanique, la grande bande d’herbe bordée d’arbres évoque une clairière. Cette sculpture se nomme «L’un et son autre», il s’agit d’une allégorie pour évoquer la bataille quotidienne de chacun afin d’assurer son lendemain, une bataille avec soi-même, ses peurs, ses failles. Dans le même espace, un grand personnage aux bras croisés, veille. Il s’agit d’une figure bienvaillante, nommée «Veilleur». Cette allégorie tutélaire nous observe

Jardin Botanique

Arsenal

Cloître des Récollets

2 JUIN

ALAIN BRESSON

12 MAI

de sa stature tel le sage qui veille au maintien de la paix. Puis «Corvus corax» symbolise le changement d’état entre le passage de notre vie terrestre et celui de l’au-delà. Dans une autre partie du parc, un personnage perché sur son socle tient à bout de bras un grand aigle «Les yeux du ciel», qui sera accompagné par cinq congénères perchés sur des mâts «Vigies». Ce dispositif fait référence aux caméras de surveillance intrusives qui envahissent la surface des pays dits «civilisés». Dans le hall de l’Arsenal, «Migrant» et «Chien migrant» sont deux figures de résine noire suspendues sous des filets remplis de boules blanches. Ces figures sont conscientes et semblent se laisser transporter en toute confiance. Il s’agit d’une «migration» sans violence. Les chiens en bois au sol représentent la sagesse. Ils veillent sur l’envol des migrants et les observent impassiblement s’élever. En résonance avec ce parcours, deux sculptures en bois et aluminium occupent les jardins du Cloître des Recollets «Evolution 1» et «Evolution 2».

14 OCTOBRE

L’art végétal fait partie intégrante des créations d’Alain BRESSON. Il expose régulièrement son travail dans des espaces extérieurs et ses oeuvres s’imposent par leur stature monumentale. Dans les jardins Botanique, Alain Bresson a dressé des sculptures colorées, trés aériennes, à la gloire des habitants des eaux. Réalisées en bois, résine et matière végétale, associées tour à tour à du métal, de la porcelaine ou terre cuite, elles hantent le lieu comme une dérisoire comédie humaine de pantins plantés sur des échasses, le corps tout gris, la tête et les arêtes plus bigarrées. Le poisson est aujourd’hui son sujet de prédilection. Il l’appréhende sous de multiples formes après avoir réalisé de grands séchoirs à poissons multicolores, vision d’ethnies oubliées. Ses dernières sculptures aujourd’hui apparaissent sous la forme de coelacanthe, chaînon manquant des poissons sur pattes qui évoquent nos origines. L’artiste pointe, avec poésie, finesse et passion, une société qui a perdu des valeurs simples : la solidarité, le bonheur, la jouissance et l’humanité. Le travail d’Alain Bresson est un cri d’alerte, c’est aussi un message d’espoir si l’on sait en recueillir les lumières

Communication Ville de Metz


CULTURE ILLUSTRATION

SUR LE CHEMIN

FRÉDÉRIQUE BERTRAND, L’UNE DES ILLUSTRATRICES DE PREMIER PLAN QUE COMPTE NANCY, SUIT LA VOIE OUVERTE PAR JOCHEN GERNER À ÉPINAL. À SON TOUR, DONC, DE PROPOSER SON CHEMIN D’IMAGES : UN PARCOURS DE QUINZE STATIONS ILLUSTRÉES À TRAVERS LA VILLE, QU’ELLE A INTITULÉ GALERIE MARCHANDE.

Par Fabien Texier

Pourquoi avoir installé dans la ville des images de ce que vous appellez des « marchands ambulants » ? Je parle de la ville et des enseignes de magasins que je voyais alors que, gamine, je vivais encore près d’Épinal. C’est plutôt une archéologie de mes souvenirs d’enfance. J’y ai ajouté des éléments de textes qui donne des pistes sur ce que j’ai imaginé autour de ces marchands. Qu’est-ce que la blanchisseuse rend propre ? Qu’est ce qu’un marchand’heure ? C’est un peu comme un caillou dans la chaussure de notre quotidien de consommateur. Chacun des marchands va s’inscrire dans le paysage de la ville, et prend alors de l’épaisseur et du sens. Aviez-vous déjà travaillé dans l’espace public ? Non, même si les originaux sont au format A5, je les ai travaillés pour l’exposition sur des panneaux comme des affiches. Pas trop chargés en textes grattés pour qu’elles soient rapidement lisibles. Sur le fond, c’est un travail qui se situe dans la lignée de l’exposition d’une série de cartes postales,

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—— Marchand de pouvoir, technique mixte © Frédérique Bertrand pour le Chemin des Images, 2012


—— Marchande de sable, technique mixte © Frédérique Bertrand pour le Chemin des Images, 2012

—— Marchand d’âges, marchand d’heures, technique mixte © Frédérique Bertrand pour le Chemin des Images, 2012

La Douzaine, que j’avais proposée dans une galerie allemande. C’est une bonne chose de sortir le musée de ses murs. Jochen ou Benoît Jacques ont proposé des formes et des techniques différentes pour ce Chemin d’Image, chacun a eu carte blanche pour donner sa vision de ce qu’est un chemin d’images. Mis à part l’image intitulée «marché conclu», qui vient fermer la marche, je n’ai pas conçu les panneaux pour qu’ils apparaissent dans un ordre précis, et ça me plaît que chacun d’eux trouve sa vraie place dans les rues.

de vue anatomique mais aussi autour des perceptions, des rêves… Il y aura aussi des livres d’activité, des « pyjamarama » à monter soi-même en quelque sorte.

Quel projet après votre album jeunesse en pyjamarama, animé en « ombrocinéma »* ? Avec mon co-auteur-illustrateur, Michaël Leblond, nous avions créé New York en pyjamarama et Lunaparc en pyjamarama dans la foulée. Nous en préparons un troisième, Moi-même en pyjamarama, sur le corps humain. Pas seulement du point

Le chemin des images 2012, Galerie Marchande de Frédérique Bertrand, du 30 juin au 31 octobre à Épinal www.lesfreds.com www.museedelimage.fr

*La technique exhumée par Michaël Leblond permet d’animer le dessin au moyen d’un simple calque. Dans ces voyages en pyjama qui font un écho lointain au Little Nemo de McCay ce sont les rues de New York ou les attractions d’un luna-park qui prennent vie tout à coup.

New York en pyjamarama et Lunaparc en pyjamarama, éditions du Rouergue

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CULTURE PHOTO

DEOGRATIAS

DIX PHOTOGRAPHES RÉUNIS PAR L’ASSOCIATION CHAMBRE À PART ONT ARPENTÉ LES RUES DE SAINT-DIÉDES-VOSGES ET PROPOSENT UN NOUVEAU REGARD SUR LA VILLE.

—— Emmanuel Georges

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—— Dorian Rollin

—— Pascal Bastien

Habiter une ville, c’est parfois ne plus la regarder, par habitude ou par routine. Pourtant, les villes ont leur architecture, leurs histoires, leurs secrets et leurs beautés, peut-être trop proches de nous pour que nous puissions les remarquer. Pascal Bastien, Jean-Marc Biry, Geneviève Boutry, Philippe Colignon, Emmanuel Georges, Alix Hafner, Jean-Louis Hess, Paul Kanitzer, Philippe Lutz et Dorian Rollin sont partis à la rencontre de la ville, appareil photo en main, pour immortaliser ces lieux et habitants, connus ou inconnus. Séries sur les lumières, les roux, quelques arrêts sur image dans une ville qui bouge… Un regard frais sur le quotidien que ces artistes ont tenté d’esthétiser, et même parfois de glorifier. Leur travail est réuni dans un livre édité par l’association Chambre à part, exposé dans divers lieux de la ville et éclairé par une série de débats, conférences et atelier.

—— Philippe Colignon

Les Arpenteurs, expositions jusqu’au 30 juin à Saint-Dié-des-Vosges www.chambreapart.org

—— Jean-Louis Hess

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CULTURE MUSIQUE

AU-DEL À DES FRONTIÈRES Propos recueillis par Emmanuel Abela Photos Arno Paul

LE LABEL NANCÉIEN ICI D’AILLEURS FÊTE SES QUINZE ANS. L’OCCASION D’ÉCHANGER AVEC SON FONDATEUR STÉPHANE GRÉGOIRE AUTOUR D’UNE LIGNE ÉDITORIALE ÉCLECTIQUE, MAIS AUSSI DE SE POSER LA QUESTION DU DISQUE ET DE SES FORMATS POSSIBLES. Pour l’amateur de disques, un petit passage du côté du label Ici d’Ailleurs est un pur bonheur : les disques sont là dans des rayonnages prêts à être postés, mais ils sont là également sur les tables, envahissant des espaces qui leur sont dédiés. Un disque est un objet vivant qui passe de mains en mains, s’impose à vous avec exigence, se dévoile, se regarde et s’hume parfois. Stéphane Grégoire ne nous démentira pas. Son sourire à l’arrivée du facteur qui lui signale une livraison de disques en dit long sur une passion qui ne se dément pas depuis la première écoute initiatique à l’âge de six ans de I Want You (She’s So Heavy), l’un des morceaux les plus répétitifs des Beatles. Et le voilà qui court nous chercher une magnifique édition vinyle de Bonnie “Prince“ Billy, augmentée d’un ouvrage, qu’il vient de recevoir. «  Je suis malade  », nous avoue-t-il en riant, avant d’entamer le récit de quinze années d’existence du label. On le supposait  : nous sommes à peu près aussi malades que lui, et donc tout à fait prêts à écouter ce passionné. Vous fêtez cette année les quinze ans du label. On constate que l’album Le Phare de Yann Tiersen est justement sorti en 1997. Un artiste et un disque qui ont sans doute favorisé les choses… Oui, mais ça va plus loin que cela : grâce à sa musique, nous avons rencontré un réel succès ; Yann Tiersen a permis et permet aujourd’hui encore au label d’exister.

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Comment la rencontre s’est-elle faite ? Je travaillais chez un distributeur indépendant, basé à Nancy, qui s’appelait Semantic et en même temps comme vendeur chez Wave, le magasin spécialisé de Gérard N’Guyen [fondateur de la revue Atem dans les années 70 et du label Les Disques du Soleil et de l’Acier, ndlr]. Comme il savait que j’exprimais l’envie de sortir des disques, notamment dans un créneau entre musique minimaliste ou contemporaine à la manière de Steve Reich ou Phil Glass, il m’a glissé une K7 qu’il venait de recevoir, d’un certain Yann Tiersen. D’emblée, j’ai trouvé cela brillant et mature. Je pensais avoir affaire à quelqu’un d’une quarantaine d’années. J’ai appelé ce Yann Tiersen que je ne connaissais pas. Il s’avère que j’étais le premier label à prendre contact et nous nous sommes fixés rendezvous : nous étions tous les deux surpris de constater qu’on était jeunes. Surtout, nous tenions le même langage, et j’ai donc publié La Valse des monstres et Rue des cascades sur mon premier label, Sine Terra Firma, avant de poursuivre sur Ici d’Ailleurs. C’est d’ailleurs une constante : toutes les signatures peuvent se faire parce qu’avec les artistes nous regardons dans la même direction, et même au-delà de la musique, d’un point de vue politique par exemple. Nous nous découvrons au fur et à mesure des aspirations similaires et des croisements possibles.


“ La contre-culture est la culture de demain, elle doit juste être filtrée pour qu’un public plus large puisse se sentir concerné. ”

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CULTURE MUSIQUE

Depuis, Yann se montre fidèle… Même si nous nous voyons moins, nous restons très amis. Avec le label, nous travaillons sur la partie éditoriale de son œuvre, c’est-à-dire que j’interviens comme conseiller et négociateur quant aux demandes concernant des titres anciens et même pour des titres nouveaux. De manière concrète, nous nous situons donc en intermédiaires et analysons les demandes par rapport à l’image, histoire de “driver” l’utilisation qui peut être faite de la musique de Yann. Quand Jean-Pierre Jeunet a souhaité utiliser des titres pour Amélie Poulain, il est donc passé par vous. Il nous a appelé directement, un dimanche en plus, à une heure improbable en plein milieu de l’après-midi. Je pense qu’il voulait tomber sur un répondeur et le hasard a voulu que je me trouve dans les locaux non pas pour travailler mais pour récupérer un vélo que j’avais laissé. Ça fait partie des choses bizarres de la vie, mais j’ai donc répondu au téléphone. Je pensais que j’avais affaire à un dingue ; il m’a demandé s’il pouvait parler à Yann Tiersen, et c’est parti comme ça. Au-delà de la présence de Yann Tiersen au sein du label, ce qui lui permet de durer c’est la grande cohérence du catalogue : une ligne qui n’empêche pas la diversité. Au départ, je ne voulais pas enfermer le label dans un genre musical. Le nom du label l’indique : je voulais affirmer cette cohérence et en même temps jouer sur les oppositions. Il ne s’agissait pas de délimiter des frontières musicales. Moi même, je n’en ai pas. La musique m’a toujours permis de mieux comprendre les différences. Les craintes que je pouvais exprimer au départ m’ont été confirmées par l’expérience du label Lithium par exemple, un label extrêmement fort en image : il y avait un choix d’artistes qui ne me parlaient pas franchement mais qui présentaient une réelle qualité. Malheureusement, la politique de signatures a rapidement conduit à une forme d’enfermement dans une niche, puis aux premières difficultés. Ça m’a alerté… La tentation est forte de trouver à chaque sortie de disque un rapport dans une construction d’ensemble. Avec Ici d’Ailleurs, j’ai décidé de placer très loin derrière la notion de label, et de privilégier l’artistique. Quinze ans après, je constate que c’était aussi une erreur. Il aurait fallu travailler les deux ! Ici d’Ailleurs

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commence à être connu parce que les gens font des liens entre plusieurs artistes, Yann Tiersen et Chapelier Fou pour un public plus large, ou Yann Tiersen et Matt Elliott pour un public plus pointu, mais on s’est fait un peu trop discrets en termes d’image. On a effectivement le sentiment d’un travail qui reste souterrain… Mais est-il forcément nécessaire d’affirmer cette image ? Même si nous restons très éloignés de toute notion de buzz, nous sommes contraints de travailler à l’échelle internationale. Les ventes sont devenues tellement résiduelles dans chaque pays qu’on ne peut plus se satisfaire d’un rapport 80 % de vente en France et 20 % à l’exportation dans les pays limitrophes ou plus loin à l’étranger. Nous devons développer une image à l’échelle mondiale. Ce déficit d’image, nous le payons aujourd’hui. Notre reconnaissance est évidente auprès des passionnés et les commandes viennent du monde entier, mais le but ça serait d’atteindre la reconnaissance, en toute humilité et avec beaucoup de modestie bien sûr, d’un label comme Warp. Aujourd’hui, nous pourrions véhiculer cette image avec des artistes du label qui sont connus à l’international. Ça sera sans doute le travail des années à venir. Autre élément identifié, vous êtes nés à Nancy, vous auriez pu vous rendre ailleurs, mais vous restez ici. Ça n’est pas par calcul, je suis né ici, je vis ici. De toute façon, le caractère indépendant d’une ville ne se crée qu’à partir d’une réaction à l’existence d’un désert culturel. Des personnalités créent quelque chose, et de cette réaction naissent des enfants. Je ne suis pas à l’origine de cette histoire-là, mais je suis un enfant de ces personnalités-là. Nous pourrions remonter aux Kas Product, Gérard N’Guyen, Dick Tracy, Punk Records, etc. À Nancy, nous avons toujours connu ce côté underground plaqué sur un grand rien, avec un petit noyau qui créait une identité par envie, sans se mettre de limites, et générait une scène. La contre-culture s’alimente ainsi, ce qui ne veut pas dire qu’on est dans le vrai. Cette contre-culture est la culture de demain, il faut juste qu’elle soit filtrée pour qu’un public plus large puisse se sentir concerné à un moment donné. De toucher la masse par contre, ça me semble impossible ; la masse n’écoute plus de musique depuis longtemps si ce n’est de l’entertainment, cette sorte de leurre construit à partir d’une musique massivement modifiée. [Rires]

Au sein d’Ici d’Ailleurs, vous développez une politique autour du numérique avec une opération à 2€ pour les disques du catalogue. Oui, c’est une opération agressive mise en place à l’occasion de nos quinze ans. Elle n’est pas trop rentable économiquement mais elle nous permet d’affirmer un point de vue : en ce qui concerne le disque, le système en lui-même n’est plus viable, alors on part de l’idée que la musique n’a pas de prix mais a de la valeur, alors que le mp3 a un prix mais n’a pas de valeur. Pour nos quinze ans, nous avons fixé le prix du téléchargement légal sur notre site à 2€ pour l’album, aussi bien pour Matt Elliott que pour Chapelier Fou ou Thomas Belhom, ce qui permet de dégager 1€ pour l’artiste, 1€ pour le label. Ça correspond à ce qu’on dégage avec le disque physique, une fois payés les coûts de fabrication, les taxes diverses, etc. La musique n’est pas gratuite ; avec cette opération, nous cherchons à faire comprendre aux gens que si l’artiste veut continuer à créer, il faut qu’il ait du temps et de la disponibilité, et pour cela il faut le payer. En cette période de mutation de la relation qu’on entretient à l’objet-disque, une autre piste de développement reste le bel objet. Vous publiez notamment de belles éditions vinyles… Nous proposons des alternatives à ces formats numériques : en mieux, vous avez le CD et encore mieux le vinyle, pour lequel on soigne le packaging avec de très belles éditions. La contrepartie de la dématérialisation est l’explosion du vinyle, un objet plus cher, mais plus beau, qu’on peut tenir entre les mains pour le regarder et y lire des informations. Aujourd’hui, on rencontre même des gens qui achètent l’édition vinyle alors qu’ils n’ont plus de platine ; ils s’emparent du coupon de téléchargement, chargent le disque et rangent le vinyle comme s’il s’agissait d’un livre ou d’un objet d’art. Naturellement, s’ils peuvent l’écouter sur une bonne chaine c’est encore mieux. Pour ces vinyles, vous tablez sur les ventes par correspondance. Si nous fonctionnons beaucoup par correspondance, de manière générale nous essayons de guider les gens pour qu’ils aillent principalement acheter chez les disquaires. Je ne parle pas des chaines de magasins de disques, mais des vrais disquaires. C’est pour cela que nous avons


participé au Record Store Day avec des éditions spéciales que nous n’avons pas mis en vente sur notre site. On nous fait croire que tout se passe plus facilement grâce à l’Internet, mais ça n’est pas vrai. Selon moi, la découverte passe souvent par l’échange avec un disquaire : s’il est vraiment professionnel, il va évaluer votre champ de possibilité d’écoute, et va vous faire dériver vers de nouvelles écoutes et des choses inattendues. Naturellement, des suggestions peuvent vous être faites par des moteurs de recherche qui vont s’appuyer sur des données statistiques et vous livrer des solutions mathématiques – ce côté aléatoire est intéressant –, mais la révélation au travers d’un autre, un être vivant qui vous parle et échange avec vous n’est pas comparable. Le magasin de disque, c’est un peu mon bar, j’y viens avec des bières, j’y passe du temps à écouter des disques et discuter…

— Fantômes dans la machine Par Benjamin Bottemer Photo Alexandre Tourret

L’un des artistes les plus marquants du label Ici d’ailleurs est sans nul doute Chapelier fou. Véritable savant fou accro à l’expérimentation, il a tiré son épingle du jeu dans le milieu saturé des musiques électroniques grâce à des mixtures auditives uniques.

À Nancy, quel est le disquaire que vous recommanderiez ? Il n’y en a plus beaucoup, mais je vais au Mange Disques, un disquaire exclusivement vinyle, rue des Sœurs Macarons, qui a repris l’ancien Boudisque [les Nancéiens s’en souviennent : deux Boudisque, un à Nancy, un à Amsterdam, ndlr]. Naturellement, il reste Punk Records… ————— Dernières publications du label Ici d’Ailleurs : Thomas Belhom, Rocéphine Manyfingers / Matt Elliott, Split 12” Matt Elliott, The Broken Man Mein Sohn William, LP Chapelier Fou, Invisible www.icidailleurs.com

Perché en surplomb de la place de Chambre à Metz, Louis Warynski alias Chapelier fou est retourné s’enfermer quelques temps dans son laboratoire, après une année de tournée mondiale qui l’a emmené du Mexique à la Nouvelle-Zélande en passant par la Chine et l’Europe. Une consécration pour celui qui n’était connu quasiment que du public lorrain il y a encore quelques années. Mais le Chapelier est resté le même que lors de notre première rencontre, il y a un peu plus d’un an : un féru d’expérimentation qui aime s’enfermer dans son home studio, qui a plus ou moins envahi toutes les pièces de son appartement. Son « labo » est surchargé de synthétiseurs. Sur

un bureau dans sa chambre, plusieurs boîtes à rythmes : « Là, j’essaye surtout des trucs hip-hop », explique-t-il. Au centre de la table basse, à côté d’une fenêtre et au milieu de quelques plantes vertes, trône un autre synthé  : «  Je m’installe ici quand je veux faire de la musique un peu zen. » Issu du Conservatoire, il a tenu à s’éloigner un peu de ses cadres rigides. Après trois EPs et un premier album, 613, sort Invisible, album multiple, riche, millimétré, qui fait apparaître dans notre petite tête des images rêveuses. Du bonheur en galette, dont la sortie fut dignement fêtée le 5 avril dernier aux Trinitaires. Les claviers, les boîtes à rythmes, les logiciels, les guitares et son

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CULTURE MUSIQUE

“ Ce n’est pas chez Ici d’ailleurs qu’on me mettra la pression pour sortir un nouvel album ! ” célèbre violon s’invitent à nouveau sur des compositions électroniques très élaborées, fruits d’un travail d’exploration acharné et constant. « Ça me prend tout mon temps. En plus de la programmation, des synthés, du sample, du bruitisme à l’aide d’objets, je suis en ce moment dans un trip acoustique. C’est un peu difficile, car tu ne peux pas tout faire en même temps, mais la technique me passionne. Ce qui m’intéresse, c’est d’apprendre, et je suis content d’avoir trouvé de nouvelles directions. J’ai beaucoup réfléchi pour faire Invisible, c’est un album très dense. » Un album dont le titre évoque, tout comme ses pochettes interchangeables, la présence diffuse de choses cachées, hanté par des souvenirs et des messages subliminaux. «  J’ai voulu des morceaux autonomes, longs, avec des ambiances différentes. Chaque piste est une grosse machine, avec une vraie narration : il fallait à chaque fois que j’aille au bout de mon idée. » Ce grand travailleur perfectionniste a trouvé un cadre dans lequel il peut s’exprimer à loisir avec le label Ici d’ailleurs. Il se plaît dans cette structure de taille modeste qui lui laisse toute liberté : « Ce sont des potes. En plus, ce n’est pas chez Ici d’ailleurs qu’on me mettra la pression pour sortir un nouvel album ! Et ça me va très bien comme ça. » On fait aussi appel à lui pour « habiller » d’autres pratiques artistiques de sa musique immersive, par exemple au Centre Pompidou-Metz l’an passé, où il a réarrangé des œuvres musicales contemporaines pour sonoriser une des galeries. Il est également intervenu en mai au Théâtre de la Manufacture, aux côtés de Michel Didym et de Jean Boillot, pour des lectures d’Armando Llamas. « Il s’agit de se mélanger sans que l’un ne parasite l’autre, comme dans un passage de relais. La contrainte en général est une notion qui me plaît beaucoup. Il n’y a que comme ça que les idées viennent. » Le Chapelier s’essaye actuellement à d’autres projets sous d’autres noms, encore confidentiels. Vivant avec ses machines, dans une relation passionnelle avec sa musique qui fait plaisir à voir (et à entendre), il est cependant loin de l’image du nerd ; c’est sa sensibilité qui parle avant tout : « Je fais correspondre des outils à ma musique, je pars d’une idée puis je réfléchis à comment la réaliser. » Il n’a cédé du terrain que sur un point : « Mes synthétiseurs ont une telle force en eux, une telle personnalité, que je les ai laissés parler. » Un mélange de créativité associée à la magie des machines : voici peut-être le secret de fabrication des artefacts du Chapelier fou. Nouvel album : Invisible, Ici d’ailleurs

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— Matt Elliott, les chants de l’unité Par Emmanuel Abela Photo Julien Bourgeois

Matt Elliott reste un cas à part : au sein du projet Third Eye Foundation, il avait poussé très loin l’expérimentation électronique, lui donnant une dimension presque mystique qui signait chacune de ses compositions ou de ses remixes (Yann Tiersen, Blonde Redhead, Tarwater, etc.). Revenant à une pratique acoustique, l’artiste bristolien a multiplié les expériences vocales bouleversantes, que ce soit avec chœurs ou seul avec une voix mise à nu. Très influencé par les compositions de l’Est de l’Europe, il s’est toujours interrogé sur l’universalité du sentiment contenu dans la musique, « l’une des seules productions humaines qui soit véritablement constructive et positive » selon lui. Tous ses disques, y compris les nouvelles productions de Third Eye Foundation, sont publiés chez Ici d’Ailleurs. « Matt Elliott, c’est plus qu’une rencontre, nous signale Stéphane Grégoire. J’ai le sentiment qu’il a trouvé sa place, ici, et c’est le seul dont je puisse dire cela : je sais que tant que le label existera, s’il n’est pas contraint par une autre nécessité, il restera. Je crois que nous avons la même dynamique dans la perception de la vie et la manière d’être. » Soirée “warm up” avec Matt Elliott / Third Eye Foundation, Manyfingers, Bracken, 6 ans de Mutisme, le 28 juin aux Trinitaires de Metz www.lestrinitaires.com


BACK CATALOGUE C’est à la qualité d’un banc de touche qu’on juge une équipe de foot. Pour un label, c’est à la qualité de son catalogue : dans celui d’Ici d’Ailleurs, on retrouve des perles intemporelles qui racontent quelque chose de la musique sur près de 15 ans. Fugu, Fugu 1 2001 On a reçu ce disque comme on reçoit une carte postale d’un temps éloigné, les sixties magnifiques, et pourtant quelle modernité pour ce jeune artiste nancéien, Mehdi Zannad alias Fugu : un sens de la mélodie et des arrangements, une volonté graphique d’entrer dans le nouveau siècle. —— Julien Ribot, Hotel Bocchi 2002 Ce disque-là, on l’a épuisé : on a scruté le moindre de ses recoins pop surréels à parfois en perdre la tête. Julien Robot et son Hitoribocchi Orchestra nous ont entraîné loin, laissant derrière eux une foultitude de questions auxquelles on n’a surtout jamais cherché à répondre. —— The Married Monk, The Belgian Kick 2004 Refusant d’être réduits au rôle de backing-band de Yann Tiersen, ces surdoués méritaient d’être hauts, tellement plus hauts, mais ils ont préféré geindre, quitte à s’empêcher parfois ! Nous restons pourtant à l’écoute et attendons avec impatience la suite de leurs aventures. —— Winter Family, Red Sugar 2011 Pour qui les a vus en concert, les Winter Family constituent une expérience inoubliable : une humanité débordante, une poésie réduite à sa plus simple expression mystique. Entre Brooklyn, Jérusalem et Paris, le duo poursuit poursuit avec une vitalité communicative sa quête d’un romantisme décharné.


INSTANT F L A S H

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ILS VIENNENT SE PRODUIRE SUR UNE SCÈNE EN LORRAINE, ASSURENT DES INSTANTS DE PROMOTION. ARTISTES POP, ACTEURS, RÉALISATEURS OU ÉCRIVAINS… ILS POSENT ET S’EXPOSENT. L’ÉQUIPE DE ZUT ! EN PROFITE POUR LES RENCONTRER.

Par Emmanuel Abela et Cécile Becker // Photo Christophe Urbain

CHARLOTTE GAINSBOURG & CONNAN MOCKASIN DUO “JE T’AIME ET MOI DONC”

Quelle belle idée pour Charlotte Gainsbourg que d’avoir sollicité Connan Mockasin, aussi bien sur disque que sur scène ! Le NéoZélandais, bien plus que Air, Jarvis Cocker, Neil Hannon ou Beck par le passé, a su la conduire là où elle-même ne le soupçonnait guère. Il a su donner corps à cette voix, la désinhiber, la conforter dans ses élans graciles. « Je ne peux analyser les raisons, mais c’est nouveau pour moi de me sentir ainsi à l’aise. Je commence à prendre beaucoup de plaisir et je crois que c’est grâce à lui et à ses musiciens », nous avoue-t-elle sans rien perdre de sa grande timidité. Notre blondinet facétieux acquiesce. L’échange se fait indifféremment en français et en anglais, mais elle s’amuse à l’idée de parler de lui sans qu’il ne comprenne le moindre mot de ce qu’elle dit : « Il a un côté barré, mais cultive une grande simplicité. C’est très agréable à vivre. » Il sourit, percevant dans le regard de Charlotte un gentil compliment. Il poursuit sur sa propre excitation au moment de mêler leurs deux voix lors de l’enregistrement de la chanson Out of Touch sur le bien nommé Stage Whisper, puis quand ils ont évolué ensemble sur scène lors de télé promo à l’automne et

surtout au moment de s’engager sur cette tournée. Il est vrai que sur scène, la complicité semble totale entre les deux artistes ; l’univers qui en résulte est pop, assurément, avec une touche psychédélique, voire new wave. Un univers transgenre que confirment les magnifiques tenues immaculées qu’ils arborent tous  : signées Nicolas Ghesquière, le directeur artistique de Balenciaga, cellesci revisitent les codes graphiques d’Orange mécanique. Une unité qui tranche avec l’esprit néo-médiéval très coloré qu’on cultive habituellement au sein du band de Connan : « Les choses évoluent, et chacun s’approprie son propre costume. » Une manière comme une autre d’affirmer sa propre personnalité avant l’écriture d’un album commun au cours de l’été. Propos recueillis le 18 mai à La Laiterie, à Strasbourg Charlotte Gainsbourg, Stage Whisper, Because

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Par Benjamin Bottemer // Photo Alexandre Tourret

RODOLPHE BURGER CROONER GONZO

Rodolphe Burger débarque en gare de Metz avec un emploi du temps chargé mais il reste accessible, ouvert aux rencontres, et a des hommages plein sa sacoche. Il vient d’abord promouvoir son dernier album This is a Velvet Underground song I’d like to sing : des reprises du groupe emblématique de la Factory par le chanteur de Kat Onoma entouré d’un « dream band » d’amis né en live. « Ce qui me frappe quand on joue ensemble, raconte-t-il, c’est la jubilation. On n’arrive pas avec la panoplie et l’attitude Velvet, et notre public non plus d’ailleurs. » Plein de chaleur, de luminosité et de blues, l’album est un hommage déguisé, où la musique des idoles est digérée, réinterprétée, et gagne en richesse au travers d’un regard personnel attachant. « Il y a un blues sous-jacent dans la musique du Velvet ; il est en négatif. C’était une de leurs qualités que de ne pas imiter la black music dont ils se nourrissaient. » Le soleil ce jour-là est radieux, propice aux balades du dimanche en bateau électrique le long de la Moselle, et à la visite du Centre Pompidou-Metz. Mais ce samedi, on vous l’a dit, c’est la journée des hommages. Et l’après-midi s’achève par un « apéro gonzo » aux Trinitaires. Rodolphe ponctuera la rencontre entre éditeurs et public par une lecture d’un texte de Hunter S. Thompson. «  Hunter, c’est une figure tutélaire, évoqué et invoqué. Aujourd’hui c’est presque ZUT ! 68

caricatural, tous les rock critics s’en réclament ! J’aime ce qu’il représente, son courage, son côté déglingué. C’est à la fois un putain d’écrivain et un grand journaliste ! » Après moult hésitations, Rodolphe Burger a choisi Notes pour la jaquette de Las Vegas Parano au dernier moment. Un pur moment de bonheur, une éclaboussure acide de cette écume qui constituait la vague 60’s, qui, en cette année 1971, commençait à refluer. Mais il existe encore des résistants, et notre crooner gonzo est de ceux-là, un de ceux pour qui ces hommages ne sont pas vains, pas formels non plus, juste « un geste honnête, où je prends du plaisir, pour communiquer mon amour, envers Thompson, le Velvet Underground, Bashung ou Gainsbourg… » Propos recueillis le 28 avril aux Trinitaires de Metz, à l’occasion de l’Apéro Gonzo proposé dans le cadre de l’Été du livre This is a Velvet Underground song I’d like to sing, Dernière bande Rodolphe Burger sera en concert le 27 juin à la Halle aux Vins de Colmar (68)


LES TRINITAIRES www.lestrinitaires.com

20 000 spectateurs curieux et avides de découvertes musicales pour une centaine de concerts par année

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un lieu jouissant d’un patrimoine architectural exceptionnel en plein cœur historique de Metz

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une ligne artistique exigeante et indépendante, grâce à la complicité de Musiques Volantes et d’une vingtaine d’associations partenaires

un facilitateur de l’éclosion de la scène locale avec une quinzaine de groupes accompagnés

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un ancrage fort avec l’Arsenal dans l’établissement public Metz en Scènes, qui fait la part belle à toutes les musiques

une BAM, salle dédiée aux musiques actuelles, avec ses 4 locaux de répétition et sa capacité de 1200 places, qui viendra compléter le dispositif à l'automne 2013

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T ine orra

en L

www.zikamine.com


Par Benjamin Bottemer // Photo Ludmilla Cerveny

ROOTS MANUVA LORD 4 EVER

Au sortir du soundcheck, Rodney Smith, grand seigneur de la scène hip-hop britannique depuis 15 ans et fer de lance du label Big Dada, ouvre le frigo du catering de l’Autre Canal, reste interdit devant une bonbonne solitaire de cinq litres de sauce salade, puis s’assoit face à votre serviteur. Carrure massive, regard doux et bienveillant, il est prêt à partager ses vues pleines de sagesse sur le hip-hop et à parler de son dernier album, 4everevolution. « On peut prendre le titre de l’album de multiples façons. C’est un jeu de mots, une distorsion du langage entre “for ever”, “évolution” et “révolution”. Ça correspond bien à la culture dont je suis issu, et à ma musique. » Adepte d’un hip-hop mutant, celui qui fait aujourd’hui figure de vétéran livre en effet un album aux multiples couleurs et influences, entre hiphop, disco, funk, dub, dubstep, électro, chant et rap. Quatre ans se sont écoulés depuis Slime & reason ; quatre ans pour livrer un énorme album de dix-sept pistes. « C’est presque un triple album ! Ça a été très long, presque trop long à réaliser. Il y avait beaucoup de choses à explorer.  » L’album surprend par sa variété  ; plutôt hétérogène, il est un reflet des envies multiples de Roots Manuva, qui y exprime davantage ses origines jamaïcaines que son environnement londonien.

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Il semble vouloir plus que jamais sortir des carcans, s’affranchir des étiquettes : voici le reflet d’une scène hip-hop dont les lignes bougent sans cesse, une musique des temps présents. La folk music britannique du futur ? « L’expression me plaît bien, dans le sens où j’adore l’idée que ma musique et mes lyrics puissent être entendus et répétés dans 500 ans ! Comme une capsule temporelle des styles et des tendances d’aujourd’hui. Le hip-hop, de nos jours, est avant tout un grand mélange d’influences. » L’entretien s’achève sur un coup d’œil à la large baie vitrée et quelques commentaires sur les inconvénients d’une tournée frénétique, qui ne laisse que peu de temps pour connaître les endroits où l’on passe. « C’était une région minière ici, non ? J’ai entendu dire que tout avait fermé aujourd’hui. Ça me fait penser à Sheffield.  » Sage et lucide, qu’on vous dit. Propos recueillis le 25 avril à l’Autre Canal à Nancy 4everevolution, Big Dada


Par Sébastien Grisey et Cédric Botzung // Photo Sébastien Grisey

LA FEMME

FEMME QUI DONNE DU PLAISIR La première fois que j’ai entendu La Femme, c’était fin 2010. Elle portait du vinyle. Elle chantait Sur La Planche, son premier single percutant : un classique instantané, une pépite, mélange de beats cold wave et de guitares surf 60’s. Elle disait d’une voix suave, et en français, qu’elle cherchait des sensations. Ça sentait les vagues, la fougue juvénile et pourtant, c’était sombre et désespéré comme une mer d’encre sous un ciel rouge. Puis, je l’ai vue de nombreuses fois, en tubes vidéo. Elle se faisait appeler Françoise, Véronique, ou La Femme Ressort… Cette figure aux propriétés élastiques et aux identités multiples semble changer sans cesse, mais son style reste parfait. On a fini par se rencontrer, pour de vrai, lors de son passage à Metz. D’abord elle a chanté pour moi et la vingtaine de chanceux qui s’étaient donné rendez-vous sur le Val de Lorraine pour un concert sauvage. C’était drôle et intime. La Moselle avait des airs de Malibu beach. Puis on s’est retrouvé en tête à tête dans les loges des Trinitaires. J’apprends qu’elle vient de Biarritz, mais qu’elle habite à Paris pour des raisons pratiques. Son image ? « J’aime les clips de Michael Jackson, je collectionne les sapes des années 20, les chemises au col amidonné. Je fais attention à nos visuels, je ne veux pas faire n’importe quoi. Pour

les clips nous écrivons les scénarios nous-mêmes », nous explique-telle, coquette et sûre d’elle. Les tournées ? « Il y a eu une tournée aux Etats-Unis, totalement autofinancée, puis pas mal de grandes villes en France, Londres aussi. Partout c’est le même enthousiasme. » Un album ? « Il est presque terminé, c’est notre priorité en ce moment, il devrait sortir aux alentours d’octobre-novembre. En attendant nous venons de sortir un nouveau EP, Paris 2012. » Finalement nous avons fait des photos, à l’ancienne : La Femme préfère l’argentique. Et le soir venu, elle a sorti le grand jeu. Dans le noir, sur la scène de la chapelle, elle annonce : « La Femme vous donne du plaisir. » Elle m’a définitivement conquis. J’espère la revoir un jour, je l’écouterai toujours. Propos recueillis le 18 mai aux Trinitaires de Metz Réédition de Sur La Planche en deux 45t disponible sur www.thirdsiderecords.net En concert le 12 juillet au festival de Dour (Belgique) et le 25 août au festival Le Cabaret Vert à Charleville-Mézières (08)

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MERWAN CHABANE ET MATTHIAS PICARD HOMMES À FEMMES

Matthias Picard

Par Benjamin Bottemer Illustrations autoportraits de Matthias Picard et Merwan Chabane

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Merwan Chabane

Pris au piège sur une scène, installés à mes côtés dans des fauteuils en rotin qui rappelleront tantôt la terrasse de quelque vaste demeure du Mississipi, tantôt, pour les plus triviaux, le film Emmanuelle, Merwan Chabane et Matthias Picard sont aussi prêts que l’on peut l’être. Invités à cette discussion sur le thème de « Dessiner l’intime », les voilà livrés à la curiosité des (rares) visiteurs de l’Été du Livre qui se sont aventurés sous notre chapiteau. On démarre idéalement, me direz-vous, dans cette ambiance pour le coup assez intimiste. Merwan, scénariste et/ou dessinateur de bandes dessinées telles que L’Or et le Sang ou Pour l’Empire (aux côtés de Bastien Vivès), est venu présenter Le Bel Âge, les histoires croisées de trois jeunes filles qui, à la vingtaine, se retrouvent face à des opportunités, des choix et surtout pas mal de doutes. Matthias Picard (qui ressemble trait pour trait à sa version dessinée, tempérament adorable inclus) présente quant à lui Jeanine, premier album où il conte la rencontre avec sa voisine, prostituée. Celle-ci va nous parler d’elle, de sa vie incroyable (certes un brin enjolivée, mais on s’en fiche). Deux albums touchants et justes qui rappellent avec quelle acuité la bande dessinée peut retranscrire les sentiments et les émotions. Deux démarches différentes, des personnages qui semblent très éloignés les uns des autres, mais qui ont en commun la sincérité totale de leurs auteurs. « J’avais envie avant tout de parler d’une période de vie, de ce passage des 20 ans où l’on fait des choix ; une problématique qui a été très forte pour moi, explique Merwan. Lila, Hélène et Violette ont toutes un peu de moi : j’ai joué au Dr Frankenstein. » Si Merwan a « reproduit, inversé et aussi fantasmé » à partir de son expérience personnelle, on a mâché tout le boulot à Matthias Picard, semble-t-il. Son personnage, il l’a trouvé en bas de chez lui, dans une voiture, pendant ses heures de travail : Jeanine, ses histoires incroyables de sauvetages, de prison, d’amours déçus et de lutte perpétuelle pour garantir son indépendance et défendre sa profession. «  Elle a vu que j’étais prêt à l’écouter, mais au-delà des anecdotes, ce qui m’intéressait, c’était la façon dont une personne allait raconter son histoire. » Dans ces ouvrages où les personnages se livrent corps et âme, sans sentimentalisme ni misérabilisme, quelle est la place de l’auteur  ? « J’ai trouvé l’arnaque absolue : il suffit que je me travestisse et on ne me reconnaît pas ! déclare Merwan. C’est très facile, mais la fiction dit plus de choses que la réalité. J’ai choisi trois jeunes filles car j’ai

aujourd’hui beaucoup de tendresse pour elles, et il me fallait un peu de maturité pour pouvoir raconter leurs histoires. » Dans Jeanine, Matthias Picard est représenté, avec sa barbe et son carnet de notes, dans le petit appartement de Jeanine, entre cafés et caniche. « Je me suis représenté car je souhaitais également raconter l’histoire d’une rencontre. Je ne voulais pas faire une biographie. » Voir les réactions de Matthias face au récit de Jeanine aide beaucoup à l’identification et à l’empathie, deux sentiments qui font en partie le succès de l’album. Ça, en plus de la personnalité et de l’humour de Jeanine, et puis un peu du grand talent de Matthias Picard, aussi. Autre similitude dans leurs œuvres, la question du groupe, de l’intégration, bref de la vie en société. « Jeanine a un peu besoin de reconnaissance, d’amour, et ce n’est pas étonnant quand on découvre son parcours, sa naissance en Algérie, ses difficultés. Sa seule déception à la sortie de l’album, c’est que ce ne soit pas un “vrai” livre, voire carrément un film.  » Jeanine semble assez seule, à l’instar des jeunes filles de Merwan. « La solitude survient lorsque l’on est dépassé par le fait de chercher une place dans la vie. Ce qui peut amener à des comportements répréhensibles, que l’on doit représenter, dans une œuvre, pour être cohérent. Dans Le Bel Âge, on est tentés de juger rapidement le personnage de Lila. C’est humain. Le but étant de réussir à faire sortir le lecteur de la tentation du jugement. » Ce que l’on retient de cette rencontre avec Merwan et Matthias, c’est l’humanisme et l’amour qu’ils instillent dans leurs œuvres. Ils ont su établir le contact, le temps d’une clope et de quelques mots échangés... comme avec Jeanine, Lila, Violette et Hélène. Propos recueillis le 28 avril place de la République à Metz, à l’occasion de l’Été du livre Matthias Picard, Jeanine, L’Association Merwan, Le Bel Âge T.1 et T.2, Dargaud

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CULTURE ZUT !

INSOMNIE MON AMOUR

FESTIVAL

Cinq ans que l’on ne dort plus, cinq ans que la création nous prend au corps. Cette année, Nuit Blanche-Metz dépasse l’instant d’une nuit blanche et propose une programmation dès la fin du mois de juin avec l’hommage à l’artiste JeanChristophe Massinon, artiste lorrain disparu avant la quatrième édition. Du 12 juillet au 12 août, NBLAB invite le spectateurs à s’asseoir au cœur d’une tempête de polystyrène imaginée par Lawrence Malstaf à l’Eglise des Trinitaires. Le 12 et le 14 juillet, des concerts : Champollion, Pegase, Egyptology, la performance de Tomoko Sauvage, ou encore Hoquets et le DJ set de Club Bizarre au boulevard de Trèves. Des nuits d’été et des bals et de danses, le 7 septembre arrive avec le concert de Pierre Henry. Puis viendra le 5 octobre et sa Nuit Blanche-Metz, point final d’une longue série d’insomnies artistiques. (C.B.) Nuit Blanche-Metz, dès le 23 juin www.nuitblanchemetz.com

ARTS

DANS LES ABÎMES DE L’ESPRIT HUMAIN

THÉÂTRE

Visuel : Erick Beltràn, Morelli Seitzeile, 2009

À L’USAGE DE L’ÉLITE ET DES BIEN NANTIS

Erick Beltràn, jusqu’au 30 septembre à la Synagogue de Delme www.cac-synagoguedelme.org

La nouvelle création de Michel Didym présentée en mai à l’Opéra de Metz part en tournée avec la première édition du Théâtre d’été. Avec Savoir-vivre, d'après Pierre Desproges, le metteur en scène et comédien se plonge avec concupiscence (ce qui fait sens) dans les écrits de l’histrion cynique et tragique. Il célèbre en lui l’auteur dont la plume trempait volontiers dans le vitriol. Une mise en scène pour deux comédiens autour de la notion de savoir-vivre avec des vrais morceaux de textes de Desproges dedans. (F.T.)

Exposition organisée dans la cadre de Mono, 15 expositions monographiques dans la Grande Région www.mono2012.eu

Savoir-vivre, du 24 juin au 26 juillet en Lorraine www.theatre-manufacture.fr

Les œuvres d’Erick Beltràn sont autant de dédales composés d’images, d’imprimés, de schémas et de diagrammes, représentations de l’esprit humain et de son langage. Avec La part abyssale, il nous y plonge littéralement, avec une installation pyramidale de monographies qui semblent être issues d’un nouveau type d’imagerie cérébrale. On y explore la conscience individuelle et collective de l’homme, en une série d’instantanés à fort potentiel métaphysique. (B.B.)

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Visuel : Smashed de Gandini Juggling

TCHEKHOV AU FIL DE L’EAU THÉÂTRE

ALLEZ HOP !

FESTIVAL

Six nationalités, 17 compagnies, 35 heures de spectacle… THE Company Deracinemoa nous donne rendez-vous dans les rues de Metz pour des spectacles ovnis mêlant danse contemporaine, jeu, chant, musique et bien plus encore. Cette troisième édition du festival Hop Hop Hop sera placée sous les signes des rencontres et de l’absurde. Début des festivités le 6 juillet place de la République avec Maudits Sonnants Carillon Céleste de la compagnie Transe Express : un module suspendu au-dessus de la place de l’hôtel de Ville se reflète dans la cathédrale pour des sensations aériennes. Même jour, place Saint-Louis, les Bougrelas proposent Fillharmonic avec un spectacle 100% filles (avec un mec dedans) où l’on se propose de faire un tube du Boléro de Ravel. Du côté du Royaume-Uni, la compagnie Gandini Juggling jongle entre danse, théâtre et jonglage dans Smashed, inspiré par Pina Bausch. Spectacle nucléaire déambulatoire avec I Nuclear You, cabaret philosophique animé par trois artistes cinglés ou florilège de l’œuvre de Molière avec Molière dans tous ses états, l’art déglingué s’invite dans les rues de Metz et met à l’honneur compagnies internationales et locales. Hop hop hop, on y court. (C.B.) Festival Hop Hop Hop, les 6,7 et 8 juillet à Metz www.deracinemoa.eu

A PERTE DE VUE

Dans une taverne, une nuit d’orage, se retrouvent brigands, vagabonds et pèlerins, que seule réunit leur besoin de s’abriter. Contraints de cohabiter, ils finissent par se découvrir. Le collectif Notre Cairn formé par d’anciens élèves de l’école de TNS, a choisi Sur la grand-route, pièce ultraramassée et percutante de Tchekhov, pour son premier projet professionnel. En écho à l’itinérance des personnages, ils s’installent sur une péniche et égraineront les représentations au fil de l’eau, sur les canaux de la Marne au Rhin, du Rhône au Rhin, durant tout l’été. On les avait aimé dans les spectacles de l’école, on les suivra jusqu’au bout de la route. (S.D.) Sur la grand-route, le 7 août à Xouaxange, les 9 et 10 à Niderviller, les 12 et 13 à Lutzelbourg http://lagrandroute.blogspot.fr

Photo : Rémi Villaggi © D. Wheeler

ARTS Les vastes volumes du FRAC Lorraine se prêtent à merveille aux œuvres de Doug Wheeler, pionnier du mouvement Light and space. Grâce à des installations immersives à base de lumière, dont le minimalisme trompeur dissimule une véritable usine à gaz technique, l’artiste joue avec notre perceptions de l’espace. Une de ses pièces s’inspire par exemple de l’environnement immaculé et sans limites du peuple inuit ; visuel, son travail fait appel à nos cinq sens, à notre interprétation des distances dans un lieu configuré de telle manière que nous y perdons tous nos repères. (B.B.) Doug Wheeler, jusqu’au 11 novembre au FRAC Lorraine à Metz www.fraclorraine.org Exposition organisée dans la cadre de Mono, 15 expositions monographiques dans la Grande Région www.mono2012.eu

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Photo : John Giorno par Peter Ross

CULTURE ZUT ! POETRY FROM THE BEAT

ARTS

Damien Deroubaix, Vanitas, 2011 production CIAV

John Giorno, en bon poète contemporain de la génération beat, bouscule les codes de la poésie en lui donnant une nouvelle dimension ; ou plutôt plusieurs. Par la performance, l’enregistrement, la peinture ou le dessin, il use de médias multiples pour entrechoquer les modes d’expression et les contenus. En 1968, il crée Dial-a-poem, un service téléphonique donnant accès à des poèmes. Il a travaillé aux côtés de William Burroughs, Andy Warhol, Allan Ginsberg, John Cage, Patti Smith, Brion Gysin ou encore Philip Glass. John Giorno, Thanx 4 nothing, jusqu’au 9 septembre chez Faux Mouvement à Metz www.faux-mouvement.com Exposition organisée dans la cadre de Mono, 15 expositions monographiques dans la Grande Région www.mono2012.eu

PLUIE DE MOTS

THÉÂTRE

HORNU SOIT QUI MAL Y PENSE

ARTS

La Mousson d’été est devenue depuis 1995 un rendez-vous régulier pour les amateurs de primeurs théâtrales. Privilégiant le partage et l’échange entre acteurs, metteurs en scène, producteurs et publics, ce festival propose des textes inédits en France, permettant à leurs auteurs d’émerger, accueillant des participants de toute l’Europe. De nombreuses rencontres y sont organisées, pour vivre le théâtre plutôt que d’en être le spectateur.

En 1992, dans les ruines plus vraiment fumantes de l’industrie verrière de Meisenthal, la flamme de l’espoir renaissait dans l’un des fours du site abandonné. Le Centre International d’Art Verrier (CIAV) est créé : les techniques traditionnelles des maîtres verriers sont mises au service des designers et d’artistes contemporains, et bientôt c’est un feu d’enfer qui va jusqu’à accueillir des artistes plus ou moins démoniaques en résidence. Boules de noël qui vont droit au but, diabloteries du plasticien Fabien Verschaere, c’est un drôle de feu sacré qui anime le CIAV. Dès lors, pour fêter ses vingt ans en une expo rétrospective, Le Feu Sacré, quel meilleur chaudron que le site du Grand (C)Hornu, temple déchu puis relevé de l’industrie du charbon.(F.T.)

La Mousson d’été, du 23 au 29 août à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson www.meec.org

Le Feu Sacré, du 24 juin au 7 octobre, site du Grand Hornu (Belgique) www.ciav-meisenthal.fr www.grand-hornu.be

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Photos : Michele Crosera

Sol Lewitt, Wall Drawing #1142, Bandes noires et blanches (Détail) Première installation : Laumeier Sculpture Park, Saint Louis, Missouri, septembre 2004 LeWitt Collection, Chester, Connecticut© Adagp, Paris 2012 © Centre Pompidou-Metz / Photos : Rémi Villaggi

OPÉRA

GÉOMÉTRIE RAISONNÉE

IL A TUÉ LES MOTS ! ARTS

Partant du postulat que l’artiste ne compose pas, mais conçoit, les artistes minimalistes s’appuient sur des dispositifs qui peuvent surprendre le néophyte. C’est le cas de l’Américain Sol Lewitt qui, à la suite de son expérience comme dessinateur dans le cabinet d’architecture I.M. Pei dans les années 50, a compris une chose : en dépit du travail d’équipe, c’est celui dont la pensée structure un projet qui en reste l’auteur unique. D’où une vision de l’art d’inspiration duchampienne qui pose l’intention comme préalable à tout : qu’est-ce qu’une œuvre d’art ? Qui en est l’auteur ? Qu’est-ce qu’une acquisition ? La reproduction vautelle pour l’œuvre ?, etc. La magnifique exposition de dessins muraux au Centre Pompidou-Metz apporte bon nombre de réponses, au point de perturber certaines de nos certitudes passées : les 33 pièces ont été réalisées in situ non pas par l’artiste lui-même, décédé en 2007, mais par les étudiants de quatre écoles des beaux-arts. De leur travail de titan d’une précision absolue résultent des pièces monumentales qui se construisent comme la déclinaison géométrique de motifs simples :un cercle, un carré, un triangle, avec des permutations de lignes droites dans les quatre directions fondamentales… Enoncé ainsi, on a le sentiment de démarches presque obsessionnelles et on suppose un rigorisme très fort, ce que semble confirmer la passion de l’artiste pour l’œuvre de Jean-Sébastien Bach  ; or, il n’en est rien, Sol Lewitt est un artiste bienveillant, souriant, qui va s’amuser tout d’abord à intégrer des formes nouvelles, le trapèze notamment, avant de multiplier les fantaisies courbes. Son œuvre est étonnamment accessible, génératrice de sensations plastiques immédiates dans des espaces rayonnants. L’émotion atteint même son comble quand on découvre que sa dernière pièce personnelle figure parmi les 33, mais qu’elle a été réalisée ici pour la première fois, donc cinq années après sa disparition. (E.A) Sol Lewitt, Dessins muraux de 1968 à 2007, jusqu’au 29 juillet 2013 au Centre Pompidou-Metz www.centrepompidou-metz.fr

Que font les lexicographes et les rédacteurs de dictionnaires ? Ils élaguent le lexique d’éléments tombés en désuétude, ils tuent les mots pour laisser place à d’autres idiomes. Ce rôle, crucial pour la langue, a été expliqué par Daniel Pennac à Claudio Ambrosini qui a décidé d’en faire une pièce musicale et théâtrale. Qualifiée de « ludodrame » par ses deux initiateurs, ce spectacle mêle humour et situations obscures où cet homme, naïf et amoureux de la langue, se laisse mener à la baguette par une femme aux allures de manager. Un ouvrage chanté en italien, surtitré, qui devrait remettre en question notre langage et ses secrets. (C.B.) Le Tueur de mots, les 26, 28, 29 juin et 1er et 3 juillet à l’Opéra national de Lorraine à Nancy www.opera-national-lorraine.fr

Exposition organisée dans la cadre de Mono, 15 expositions monographiques dans la Grande Région www.mono2012.eu 77 ZUT !


CULTURE ZUT !

ANIMATIONS

M E T Z MOUILLE LE MAILLOT

Qui a dit qu’en été, la culture se meurt ? Durant les deux mois d’été, la Ville de Metz propose en partenariat avec les structures culturelles et associatives divers événements qui devraient cultiver votre été. Après le traditionnel coup d’envoi de la Fête de la musique, Messins et touristes pourront apprécier quelques films, spectacles et concerts en plein air. Cette année, afin de préfigurer l’ouverture de la BAM (Boîte à musiques), future salle de musiques actuelles à l’automne 2013, la première édition de Musiques Hors Format invite Third Eye Foundation, Matt Elliott ou encore Amadou & Mariam à fêter l’été. Outre NB LAB et ses nuits d’été et le festival Hop hop hop, la journée Extra Large du 21 juillet présente des performances collectives décalées, sans oublier Metz Plage, les fêtes de la Mirabelle, et des animations à destination de la jeunesse. On fêtera également les 10 ans de Metz Métropole le 8 juillet avec l’OpéraThéâtre, l’Orchestre national de Lorraine et Nan Bara. Cet été donc, impossible de s’ennuyer sous le soleil messin. Aaaaaah ! (C.B.) L’été en culture à Metz http://ete.metz.fr

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BD

VOMITIFS VISUELS Les Marseillais du Dernier cri sont spécialistes ès géniales cochonneries visuelles, qui rappellent les œuvres d’un gamin de 12 ans sous mescaline. La librairie Hisler BD à Metz leur consacre une exposition à ne pas manquer, où seront également disponibles plusieurs de leurs publications, toutes plus tordues et désirables les unes que les autres. (B.B.) Le Dernier cri, jusqu’au 7 juillet chez Hisler BD 1, rue Ambroise Thomas à Metz MUSIQUE

Visuel : Yom and the Wonder Rabbis

Musiques Hors Format, du 28 juin au 1er juillet, place de la République à Metz - http://tout-metz.com

MUSIC REPUBLIC

Et bam ! V’là la BAM ! Enfin presque… La Boîte à Musiques, salle des musiques actuelles conçue par Rudy Ricciotti, ouvrira ses portes au l’automne 2013 à Metz-Borny. Pour nous faire patienter et nous mettre en appétit, la Ville investit la place de la Rép’ avec trois jours de concerts gratuits. Musiques Hors format mixe sons d’ici et d’ailleurs, ceux d’Amadou et Mariam, Irma, Yom and the Wonder Rabbis, Gablé, Doudou Diouf… et accueille un village associatif et un espace jeune public. De quoi nous faire patienter encore un peu…


Petites conversations autour des collections du musée

de juin à octobre 2012 tous les samedis à 11h

saison 2012-2013 21 juin > 26 juillet 2012

Pierre Desproges

Savoir-vivre / Théâtre d’été

Catherine Matisse, Michel Didym

Jean Prouvé, esquisse, Archives Jean Prouvé, Bibliothèque Kandisnky, Paris Jean Prouvé par Victor Prouvé, 1928 / Documention MEN / graphisme Frédéric Rey

25 > 29 sept. 2012

LES VISITES EXTRAORDINAIRES DU MUSÉE DE L’ÉCOLE DE NANCY

musée de l’École de Nancy 36-38, rue du sergent Blandan 54000 Nancy 03 83 40 14 86 www.ecole-de-nancy.com http://off.ecole-de-nancy.com

Shakespeare

Roméo et Juliette David Bobee

26 sept. > 6 oct. 2012, Création

Dominique Simonnot

à l’encre des barreaux

Bruno ricci, Michel Didym 10 > 16 nov. 2012

Nancy Jazz Pulsations 18 > 24 oct. 2012

Gérard Watkins

18 > 22 fév. 2013

Lost (replay)

Pierre Corneille

13 > 17 nov. 2012

Médée

Frank Wedekind

L’éveil du printemps

Paulo Correia 12 > 21 mars 2013, Création

omar Porras

Molière

21 nov. > 1er déc. 2012

George Dandin

RING 10 et 11 déc. 2012

Plateaux lorrains 14 > 16 déc. 2012

Pierre Desproges

Chroniques d’une haine ordinaire Michel Didym

15 > 25 janv. 2013, Création

Angela Dematté

J’avais un beau ballon rouge Michel Didym

5 > 9 fév. 2013

Philippe Malone

Lost in the supermarket Laurent Vacher

15 fév. 2013, Poirel

Anton Tchekhov Daniel Veronese

Los hijos se han dormido

François rodinson 26 > 30 mars 2013

Pascal Rambert

Clôture de l’amour 2 > 6 avril 2013

Neue Stücke ! 9 > 13 avril 2013

Bertolt Brecht

Jean La Chance Jean-Louis Hourdin

16 > 19 avril 2013, Création

Sarah Kane

Manque

Patrick Haggiag 14 > 23 mai 2013

Richard Brautigan

Les mots sont des fleurs de néant. Je t’aime Luc-antoine Diquéro

15 mai > 15 juin 2013, Création

Montaigne

Voyage en Italie Direction Michel Didym

Michel Didym

Théâtre de la Manufacture 10 rue Baron Louis 54014 Nancy cedex Administration 03 83 37 12 99 Location 03 83 37 42 42

Heiner Müller

19 et 20 mai 2013, CCaM

Müller Machines Wilfried Wendling


FESTIVAL

EN AVANT LA ZIK !

L’été n’a pas commencé qu’on nous parle déjà de la rentrée… Mais quand elle rime avec Zikametz, on espérerait presque que l’été file à toute vitesse. Depuis 2004, le festival est devenu un rendez-vous incontournable où se croisent les artistes locaux, nationaux et internationaux, les esthétiques musicales et les publics. Dans une atmosphère conviviale, on ira s’abreuver de sons pointus et applaudir notamment les Britons de Breton, collectif au talent protéiforme qui fait de la musique mais pas que : des films, des livres, des documentaires… Sans oublier Ghostpoet, Rainbow Arabia, Cercueil, Pneu, La Caution, James Delleck… Vive la Zik ! (S.D.) Zikametz, du 18 au 22 septembre aux Trinitaires à Metz www.zikamine.com

PHOTO

HISTOIRE D’O Le musée de Sarreguemines nous offre la possibilité de découvrir une exposition de clichés signés Michel Loup, grand photographe français, fasciné par le monde aquatique, récemment primé au Wildlife Photographer of the Year dans la catégorie « monde sousmarin  ». Une exposition d’extérieur dans un cadre relaxant  : le jardin des Faïenciers du moulin de la Blies. Une vingtaine de photographies tirées sur des bâches de grands formats permettent l’évasion au cœur des eaux très claires des Lacs du Jura. (YMKS) A Fleur d’eau, jusqu’au 31 octobre au Moulin de la Blies, Jardin des Faïenciers - 03 87 98 93 50 www.sarreguemines-museum.com

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L’ÉTÉ AU MUSÉE

ARTS

Le Musée de l’école de Nancy nous emmène en balade. Pendant tout l’été, ses Visites extraordinaires nous font découvrir l’art nouveau sous un autre jour. Placé sous le signe de la conversation, chacune sera unique et proposera autant de points de vues sur les œuvres et les lieux. Et même ceux qui connaissent les collections du musée sur le bout des doigts auront sans aucun doute quelques surprises. Victor et Jean Prouvé seront bien sûr les stars de la saison (lire aussi notre dossier), et l’on nous promènera même dans la ville. Le mot d’ordre est clair : profitons de l’été pour redécouvrir avec bonheur notre patrimoine commun ! Visites extraordinaires, tous les samedis à 11h, jusqu’au 27 octobre, au Musée de l’école de Nancy www.ecole-de-nancy.com

Emile Gallé, vase Seulette suis, Nancy, MEN – Photo : C.Philippot  

Visuel : Breton

CULTURE ZUT !


Visuel : Yom and the Wonder Rabbis

MASSES ORGANIQUES ARTS

La matière manipulée par Tony Cragg est variée : bois, métal, papier, pierre, verre ou faite d’objets de consommation courante, elle prend la forme de sculptures imposantes, fruits de l’héritage des nouveaux réalistes, des néodadaïstes et des artistes pop-art. Le directeur de l’académie des Beauxarts de Düsseldorf, ancien enseignant aux Beaux-arts de Metz, exposera à la Halle verrière quelques-unes des pièces monumentales présentées l’an dernier au Louvre. Tony Cragg, du 24 juin au 2 septembre à la Halle verrière de Meisenthal www.halle-verriere.fr

CLASSIQUE & CLASSY MUSIQUE

L’été, c’est calme et volupté. Quoi de mieux que d’écouter récitals, concerts de musique de chambre, orchestres et d’assister à la 8e Rave du classique le 29 juillet ? Les Nancyphonies proposent 26 concerts prestigieux et rendent hommage tout le long de la programmation à Debussy pour le 150e anniversaire de sa naissance. Le 16 juillet, salle Poirel à Nancy, pour le concert d’ouverture, l’orchestre de la garde républicaine interprète des pièces de Ravel, Pares et Debussy. Le 21 juillet, on passe au T.O.T.E.M de Maxéville avec des compositions de Mozart, Beethoven, Brahms, Schubert ou encore Schumann. Les tableaux de Kandinsky seront mis à l’honneur le 22 juillet aux sons de Prokoviev ou Stravinsky pour arriver au concert de clôture le 6 août dans les grands salons de l’hôtel de Ville de Nancy où Venise sera à l’honneur. On aime le classique, oui. (C.B.) Nancyphonies, du 16 juillet au 6 août dans différents lieux de la ville www.nancyphonies.net

Fleu rete z avec l a c u ri o s it é !

Jardin des Faïenciers - Moulin de la Blies - 125 Av Blies - 57200 Sarreguemines Ouvert tous les jours sauf lundi de 10:00 à 18:00 - Rens. 03 87 98 28 87

www.sarreguemines-museum.com VILLE DE CULTURE


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Concept Store depuis 1999

e-boutique: www.angle-droit.com

BARBARA BUI, COMME DES GARÇONS Parfums, DSQUARED, GIVENCHY, HANNA WALLMARK, L’ATELIER D’EXERCICES, MAISON MARTIN MARGIELA, Marc by MARC JACOBS, PIERRE HARDY, SLVR… 82/84 en Fournirue 57000 Metz - tel: 03 87 76 07 62

4 rue du Change 57000 Metz +33(0)387 372 357 contact@leformika.com

DRINKS

FOOD

FIFTIES LOUNGE

www.leformika.com


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Mobilier et objets design, bijoux de createurs, expositions

9 rue des veaux 67000 Strasbourg ————————————— pelemail@noos.fr http://facebook.com/pages/pêlemêle Du mardi au samedi de 10h30 à 12h30 et de 14h à 19h sauf mercredi matin

3 6 , r u e G a m b e t ta 54300 lunéVille 13 rue de la Visitation oPtiQue cHauVin 03 83 74 13 68 D o m ’ o p t i c 54000 nancy 39 rue cHarles d e G a u l l e tél. : 03 83 32 96 74 26, rue des dominicains 88400 G é r a r d m e r 54000 nancy tél. : 03 83 35 17 43

03 29 63 03 42

Vue  sur  Vous,  optalor,  signatures  d’opticiens  www . optalor . com


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Flos Foscarini Artemide Kundalini Fontana Arte Kartell

DSQUARED D&G DOLCE GABBANA

Magis

JUST CAVALLI

Vitra

MICHAEL BY MICHAEL KORS

Kristallia

MISS SIXTY

Zeus

DIESEL

Driade

JUST CAVALLI INTIMO

Alessi

D&G JEWELS

Glas Fiam

Prêt à porter féminin 3, passage du marché 57200 SARREGUEMINES 03.87.02.20.31 du mardi au samedi 9H30-12h 14h-18H30

Cuisines Valcucine

FOR INTÉRIEUR 12, Place du Marché 57200 Sarreguemines 03 87 95 56 67 du mardi au samedi • 9H30 - 12h / 14h - 18H30


Photographe Alexis Delon / Preview —— Réalisation Myriam Commot-Delon

WOOĐ ŦRIP Coiffeur Alexandre Lesme / AVILA www.facebook.com/avilafactory — Make-up artist Jacques Uzzardi www.jacquesuzzardi.com — Mannequin Fel / Studio KLRP — Post-prod Camille Vogeleisen / Preview — Assistante mode Agathe Merck

Lieu Atelier du sculpteur Robert Stephan www.robert-stephan-sculpteur.fr

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Jupe en coton et soie et étole assortie portée en bustier LILITH. Sandales plates en daim CHIE MIHARA chez LILITH.

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ZUT ! 94 Robe en crépon de coton ISABEL MARANT. Sandales CARVEN.


Top en maille de coton et lin LILITH. Salopette short en coton, FREEMAN T. PORTER. Pochette zippĂŠe et bracelet PRADA. Lunettes CAROLINE ABRAM. Slippers en daim rouge HESCHUNG.

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Top en soie BALENCIAGA, creepers CARVEN par ROBERT CLERGERIE.

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Maillot de bain ERES. Trench en daim MAX & MOI. Sandales GIANVITO ROSSI. Lunettes CAROLINE ABRAM.

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Robe blanche en cuir PLEIN SUD. Lunettes CAROLINE ABRAM

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Blouse en organza ANNETTE GÖRTZ. Lingerie ERES. Lunettes solaires YVES SAINT LAURENT.

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Top foulard en soie TSUMORI CHISATO. Collier Trinity CARTIER. À droite : Robe en soie GUSTAVOLINS.

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——— Réalisation Myriam Commot-Delon Photos Alexis Delon / Preview Post-prod Camille Vogeleisen / Preview ———

Entre fashionistas et foodistas, cet été les eat-girls qui aiment les bijoux ne jurent que par les fleurs et les fruits rouges. Collier, bracelets et bague Pétales en or blanc et diamants, collection Princesse Grace de Monaco, MONT-BLANC.

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Bague et collier en cristal, Collection Psydélic Riviera Rouge, BACCARAT. Chocolat Kalamansi, ganache caramel et agrume, JACQUES BOECKEL, chocolatier créateur. Assiette en porcelaine Estetico Quotidiano, design SELETTI chez Flat Concept Store.

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TENDANCES ENFANTS

L’ÉTOFFE IDÉALE Par Myriam Commot-Delon // portrait Arno Paul Photos lookbook Coralie Saunier

UN OISEAU SUR UN FIL EST UNE TOUTE NOUVELLE PETITE MARQUE DE CONFECTION ENFANTINE QUI GAZOUILLE DÉLICIEUSEMENT. SA CRÉATRICE, CORALIE SAUNIER, JEUNE MAMAN NANCÉIENNE AIMANT LES ENFANTS BIEN HABILLÉS, NOUS FAIT SIFFLOTER D’ENVIE À LA VUE DE SON RAVISSANT VESTIAIRE.

ZUT ! 104

Autodidacte, Coralie Saunier avoue avoir picoré dans plusieurs directions avant de se lancer. « Après une maîtrise d’Italien, je me suis portée candidate à un poste de responsable de boutique d’une grande enseigne spécialisée dans le vêtement pour enfants… sans avoir de références particulières dans ce domaine. J’ai été prise et l’aventure a duré sept ans ! Elle s’est arrêté il y a un plus d’un an… J’ai depuis ouvert mon blog où je distribue mes créations pour les enfants de 1 à 8 ans.  » La première bougie vient juste d’être soufflée et à raison de deux collections par saison, Un oiseau sur un fil commence à s’étoffer joliment. Le credo de Coralie  ? Des silhouettes de petites filles comme on en rêve… De la micro cape très Chaperon rouge à une robe aux plis charmants en passant par une blouse un peu straight, tout est à croquer. Les petits garçons ne sont pas plus oubliés avec des

chemises revisitées qui raviront les mamans nostalgiques d’un look easy-chic. Coralie Saunier a beau être addict aux belles matières, elle n’oublie jamais le confort de l’enfant ! «  J’ai de l’affinité avec le tissu, je le travaille en premier et j’imagine ensuite le vêtement. » La mode est une family affair pour cette jeune créatrice qui n’a pas oublié les préceptes de son grand-père tailleur : « Du travail bien fait et de la belle couture ! » Une empreinte du passé se mariant à merveille avec son style rétro et sa palette vitaminée… Cet été, elle inaugure son tout premier point de vente à Strasbourg, chez Marcel et Finette, une boutique qui lui ressemble, et continue à Nancy sa collaboration avec la Maison des créateurs. On lui souhaite de vite prendre son envol.


PORTRAIT CHINOIS

Si un Oiseau sur un fil était…

UNE ÉPOQUE ? Les années 50…

J’aime !

UN FILM ? L’histoire sans fin de Petersen. Pourquoi ? J’ai dû le voir des centaines de fois étant petite. UNE DOUCEUR ? La caresse d’une

maman.

UNE ODEUR ? Celle de mes enfants,

là… dans le cou…

UN CONTE DE FÉE ? Cendrillon, pour

sa marraine la bonne fée !

UNE CHANSON ? Celle que je chante à mes enfants pour les rassurer… UN TISSU ? La laine. UN MÉTIER ? Dentiste… Tout ce que

je ne suis pas !

UN OBJET DE DÉCORATION ? Cet oiseau en céramique posé sur ma cheminée. UN MOTIF ? Un rond. UN DESSIN ANIMÉ ? Alice aux pays

des merveilles.

UN LIVRE POUR ENFANT ? Ceux que

je chine… J’aime leur graphisme.

UN VÊTEMENT ? Une blouse un brin rigide qui donne de l’allure. UN JEU D’ENFANT ? Une marelle… Celle qu’on dessine à la craie… UN PRÉNOM ? Un de ceux que je donne à mes vêtements. Rétro, un brin désuet, qui rappelle des souvenirs aux vieilles dames dans la rue ! UN OISEAU ? L’oiseau de mon enfance…

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La marque est distribuée par la Maison des créateurs

Un Oiseau sur un fil, créations Coralie Saunier http://1oiseau1fil.blogspot.fr/

Prochaine vente les 15 et 16 septembre http://lamaisondescreateurs.blogspot.fr www.maisondemyon.com

105 ZUT !


ARACHNÉEN ET SI NANCÉIEN

MODE

Jupon en tulle, 265€ Sandales grises en cuir façon serpent Chie Mihara, modèle exclusif réalisé pour la boutique de Nancy, 265€ Lilith 46, rue Stanislas à Nancy 03 83 36 50 25

ZUT ! 106

On fête cette année les 20 ans d’une marque à part. À la géométrie très particulière, aux teintes d’une grande finesse et aux volumes modulables. Une marque ni mode, ni anti-mode : un style. Le style Lilith. Et Nancy en est le fief. Celui de la première boutique, celle où Lily Barreth a fait naître cette allure si singulière. Patricia, la pétulante âme des lieux, y présente aussi ses accessoires coups de cœur avec l’aide attentionnée de Julia. C’est tout naturellement que le cuir patiné des sacs florentins Il Bisonte et le charme rétro des souliers Chie Mahara sont venus compléter avec beaucoup de justesse les silhouettes Lilith. Sans oublier une sélection d’objets déco atypiques, qui viennent ponctuer avec fantaisie cette boutique pleine d’esprit. Et si l’on devait s’offrir une de ses pièces emblématiques ? Sans hésiter, ce serait un de ses mythiques jupons en tulle arachnéen. Reconduit chaque saison, ils se composent cet été d’un millefeuillle de poudre noire, de lave et de gris fumé, qui respire et se soulève délicatement sur un beau volume de soie craquante ivoire. Aussi craquant pour traverser la place Stanislas le jour que séduisant pour une soirée sur une plage de sable blond… (M.C.D)

Photo : Alexis Delon / Preview

TENDANCES ZUT !


MODE

LUXURIEUX

Les accessoires les plus désirés et les plus griffés sont chez Ted, un paquebot « très croisière  » de quatre étages qui a un rôle précieux à Metz  : offrir, en seul lieu, des marques luxueuses à la sélection claire et chic mais loin d’être figée ! La mécanique Ted est impeccable : on apprécie plus que tout l’accueil attentif et hyper professionnel, qui saura combler ceux et celles qui savent que rien ne vaut les conseils judicieux de professionnels affûtés pour trouver chaussure à son pied ou compléter un vestiaire. Les dernières tendances, des pièces intemporelles, d’autres plus classiques… le choix est vraiment vaste et le cocktail explosif de marques et d’accessoires risque fort de vous faire dévier chemin… Burberry, Dolce & Gabbana, Gucci, Balenciaga, Dior, Bikkembergs, pour ne citer qu’eux… Entre les accessoires et les vêtements proposés, la cohérence est totale. Et si cet été, il ne fallait choisir qu’une seule paire de sandales chez Ted, ce serait la Tribute d’Yves Saint Laurent ! Si joliment portée par notre première dame, Valérie Trierweiler, lors du G8, c’est un must… Chic et so frenchy ! (M.C.D) Sandale Tribute d’Yves Saint Laurent, en cuir noir, 595€, disponible en ligne sur l’e-shop TedLuxury - www.tedluxury-metz.com et chez Ted Luxury Shop 6, rue de Lancieu à Metz 03 87 66 65 26 Ted - 20, rue Serpenoise 03 87 75 27 32

MODE

S E R I A L S H O P P E R Quoi de plus luxe que de se faire assister et conseiller dans ses séances de shopping ? Pour répondre à nos attentes de coquettes en mal de bichonnage, le Printemps propose le Shopping personnalisé. Accompagnée par des Experts Mode, on n’hésite pas à prendre du bon temps dans le salon cosy mis à disposition et à constituer avec eux un vestiaire qui nous ressemble sans perdre de temps. Et pour finir la séance en beauté, on se laisse guider dans l’espace parfumerie pour des conseils en make-up et en soins totalement adaptés à nos besoins. Un service chiquissime, gratuit et sans obligation d’achat. What else ? (C.L.) Printemps Nancy - 2, avenue Foch à Nancy - 03 83 34 00 22 Printemps Metz - 12-14, rue Serpenoise à Metz - 03 87 76 48 60  serviceshoppingpersonnalise@printemps.fr

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TENDANCES ZUT ! VINTAGE DARLING !

OPTIQUE

Élégance et démesure ! Une paire de lunettes Emmanuelle Khanh, c’est un peu comme un sac matelassé ou un foulard de soie monogrammé : on les identifie sans difficulté. Ces lunettes qui existent depuis les années 70 possèdent une sacrée personnalité  ! Les ateliers du Jura, jouissant d’un savoirfaire qui n’est plus à prouver, réalisent ces montures à la qualité exceptionnelle… Et aussi excentrique que les looks de la styliste Catherine Baba, qui ne renierait pas ce modèle immaculé se conjuguant à ravir avec un turban old school. (M.C.D)

Lunettes Emmanuelle Khanh, modèle Gaelle, réf. 5050, et bracelets, en vente chez Dom' Optic et Optique Morino Dom' Optic - 26, rue des Dominicains à Nancy Optique Morino – 13, rue de la Visitation à Nancy

ŒIL POUR ŒIL BIJOUX

Anita Leduc brode beau. Des ateliers de broderie pour la Haute Couture à ses collections de bijoux, il n’y a qu’un point. Délicat et magique. Mais aussi ludique et décalé, comme dans sa propre production. On y trouve la collection Loubcha, une famille de broches fantasques inspirées par sa petite fille aux yeux rieurs, qui adore se déguiser. C’est ainsi qu’on retrouve Loubcha en danseuse classique ou de flamenco, en coccinelle ou même en esquimau, avec une capuche toute douce en vison... « Je lui fais aussi visiter les ateliers des couturiers pour lesquels je brode : Loubchanel et son collier, Loubcha Gaultier en marinière, Loubcha croix pour Lacroix, etc.» Impossible de résister à cette drôle de broche aux yeux de taxidermiste en sulfure des années 30 et brodée de petites perles multicolores selon la technique de Lunéville : « Les perles sont posées une à une, sur l’envers et au crochet. On dit que les brodeuses ont des yeux au bout des doigts.» Et c’est peut-être ça qui lui donne cet air si attachant et irrésistible. (M.C.D) Broches Loubcha, environ 7x5,3 cm, 55€ www.marlota.fr Créations disponibles chez Incidence 19, rue Héré à Nancy - 03 83 30 33 32 et cet été chez PLA, Petit Lieu Artistique 91, Grande Rue Cour du Fossé aux Chevaux à Nancy 03 83 98 27 11

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25/10/11

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Cantino Cave à boire et à manger 8, rue des Piques

57000 - METZ

03 87 36 19 01

Quand le caractère rejoint l’insolite Maison de caractère, restaurée, décorée avec style, précision, dans les règles de l’art, l’Hôtel de Myon est une somptueuse demeure de 800 m2, où se marient classique et contemporain. Imprégnée de goût et de sérénité, la maison offre aux adeptes du beau simple, du calme en ville comme du confortable informel… des espaces aux multiples facettes pour des temps de pause privilégiés.

R e s ta u ra n t

www.rabolini.fr

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on ce rt an te , , ab ou tie , d éc le el , uv no ne C ui si te , un e g rif fe un e em p re in e, , nt re sa êt tis irer vo iv d un sa sa vo ir- fa ire , un la b el , un . ux ye s vo t an to ut ce la d ev Ouvert de 11h45 à 14h30 et de 19h30 à 23h00, fermé dimanche et lundi. 43, place de Chambre - 57000 Metz - 03 87 66 38 84 www.restaurant-acote.fr

7, rue Mably 54000 Nancy | Tél : 03 83 46 56 56 | Email : contact@maisondemyon.com

www.maisondemyon.com


Visuel : Sneakers Pierre Hardy, 330 €

TENDANCES ZUT ! MODE

GÉOMÉTRIE STYLÉE

FÉERIE DES BOIS

PARFUM

Même sans sa fondatrice, la maison Goutal réussit à maintenir son esprit au fil des créations : beaucoup de douceur et de raffinement, de belles matières premières et des jus sans ostentation qui privilégient l’évocation, toujours avec cette once de nostalgie qui le rend uniques. Nuit étoilée, la dernière née, n’échappe pas à la règle. On y retrouve les agrumes, les notes boisées et aromatiques chères à la maison et cette inspiration méditerranéenne qui est aussi l’une de ses signatures. S’ajoute ici la puissante et rare note d’immortelle, qu’on avait découverte dans Sables. Un parfum mixte qui réinterprète les codes et veut évoquer une nuit à la belle étoile, dans une clairière enchantée… (S.D.) Nuit étoilée d’Annick Goutal (création Camille Goutal et Isabelle Doyen) 93€ les 100ml d’eau de toilette  Disponible au Printemps Metz

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Depuis son ouverture en 1999, Angle droit est une boutique bien connue des fashionistas. Un virage radical est opéré 10 ans plus tard, avec un déménagement et une nouvelle peau : depuis, ce vaste espace blond de 250 m2, au sol en résine blanche et aux murs de briques brutes jalonnés d’écrans high tech, est un passage obligé pour humer les tendances. Julien Fortunat, le « géomètre » inspiré de ce concept store empreint d’élégance et de raffinement, ne voit la mode que sous un angle à 180°. Sa sélection en fait l’une des boutiques les plus pointues de Metz et un point de référence mode en France, puisqu’il participe depuis de nombreuses années à la Cote des créateurs pour le Journal du textile, la « bible » des professionnels. Devant cet impeccable vestiaire homme et femme, on s’évade aussi en découvrant des objets décalés ou des accrochages d’art contemporain, et il est difficile de quitter les lieux, tellement l’ambiance est agréable et sereine ! Côté créateurs, vous n’y trouverez que des incontournables : Maison Martin Margiela, Anne Valérie Hash, Barbara Bui, Marc by Marc Jacobs, DSquared ou bien Givenchy et Pierre Hardy chez l’Homme… Et plein d'autres marques hype à découvrir dans leur tout nouvel e-shop ! (M.C.D) Angle Droit 82-84, En Fournirue à Metz 03 87 76 07 62 - www.angle-droit.net

CYBER PUNK MODE

Impossible de passer à côté de la tendance amérindienne qui fait florès ces temps-ci… Possible aussi que les triangles colorés de la bannière du blog de Punky B. se soient fait la malle pour atterrir sur les accessoires de sa collection capsule créée pour Minelli. Et comme Géraldine, alias Punky B., est Messine, c’est justement à Metz, rue Serpenoise, que vous pourrez découvrir en exclu dans l’Est – ses sacs et chaussures pour squaw urbaine. Des pompons qui pendouillent, des talons mais aussi du plat, des bandoulières amovibles, un mix de matières, du cuir naturel, du bleu cobalt et même un pschitt de magenta… Difficile, cet été, de ne pas craquer pour les créations de cette jolie brunette ultra blogueuse et hyper modeuse. (M.C.D.) Boutique Minelli 48, rue Serpenoise à Metz www.punky-b.com


Visuel : Collection D&G - PE 2012

SO MODE, SO A DD I KT !

MODE

Privilégiant une déco aux lignes nettes, épurées et résolument dans l’air du temps, Addikt distille à Sarreguemines son vestiaire hyper actuel. La boutique de Natacha Akhverdoff, nichée au cœur de la vieille ville, fait partie de ces commerces indépendants - trop rares - où l’on aime trouver, en un seul lieu, une sélection de créateurs originaux. On adore DSquared et ses fantaisies stylées (mais aussi ses tailleurs aux coupes irréprochables), ainsi le glamour urbain de D&G et son « luxe junior », qui a tout misé, pour cette dernière collection, sur des déclinaisons d’imprimés foulard. On y trouvera aussi Miss Sixty et son denim féminin et abordable, et on attend aussi pour l’automne, avec une impatience non dissimulée, l’arrivée de Just Cavalli et de ses imprimés panthère ou serpent, très jeunes et infiniment rock. Cette boutique est à l’image d’un dressing idéal : du jour, du soir, de la maroquinerie, de la lingerie et une très jolie sélection de chaussures. (M.C.D) Addikt 3, passage du Marché à Sarreguemines 03 87 02 20 31

Arsenal 12 20 13

Abonnez–vous ! Arsenal – Metz en Scènes

t. bill. + 33 (0)3 87 74 16 16

3 avenue Ney 57000 Metz

www.arsenal-metz.fr


et l’Abbaye des Prémontrés présentent

HORS-SÉRIE 01

IMPRESSIONS REGARDS FRAGMENTS

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IMPRESSIONS VIEWS FRAGMENTS

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EINDRÜCKE ANSICHTEN FRAGMENTE

du 23 au 29 août 2012

université d’été européenne et rencontres théâtrales internationales à l’Abbaye des Prémontrés de Pont-à-Mousson – Lorraine 03 83 81 20 22 – www.meec.org

lectures – spectacles – rencontres débats – conférences – concerts autours des œuvres d’auteurs émergents de la scène européenne et internationale avec

Mike Bartlett, Emmanuelle Bayamack-Tam, Gianina Carbunariu, Sonia Chiambretto, Edgar Chías, Solenn Denis, Christian Lollike, Mihaela Michailov, Pau Miro, Artur Palyga, Bagheera Poulin, Nis-Momme Stockmann, Frédéric Sonntag…

• conception graphique Julien Cochin - www.juliencochin.fr

et des spectacles,

« Lecture-Concert » de et avec Jacques Bonnaffé et Louis Sclavis « Histoires cachées » du Begat Theater (théâtre de rue) « Une histoire dite par un idiot » par le théâtre de chambre – 232U « Striptease » de Cédric Orain

ACTUELLEMENT EN VENTE

TOMI UNGERER —— Diffusion Librairies, kiosques, Vente sur Internet www.zut-magazine.com


Z U

T

M A

LIFE

O STYLE

G A

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DOSSIER JEAN PROUVÉ

MAN AT WORK Par Sylvia Dubost

Jean Prouvé (1901-1984), ferronnier de formation, ingénieur, constructeur et créateur de meubles autodidacte. Il fit entrer le mobilier et l’architecture dans l’ère industrielle. Plus de 30 ans après sa disparition, il n’a jamais été aussi moderne, par ses réalisations, centrées sur le métal, comme dans son approche, simple et humaniste. Il fait aujourd’hui partie des créateurs les plus cotés du XXe siècle, et les collectionneurs s’arrachent ses pièces de mobilier à prix d’or. Comme Gaudi à Barcelone, la ville de Nancy veut aujourd’hui donner une place particulière à l’enfant du pays. Durant tout l’été, des expositions lui rendent hommage, et le musée des beauxarts inaugure une salle d’exposition permanente à celui qui fut aussi un créateur de formes, proches des artistes de son temps. 11 pages pour faire le point sur les manifestations nancéiennes et tenter de comprendre pourquoi architectes et designers se réclament aujourd’hui de Jean Prouvé, lui qui ne fut ni l’un ni l’autre.

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Jean Prouvé devant sa maison de Nancy, vers 1955 Fonds Jean Prouvé, musée national d’Art moderne © Centre Pompidou MNAM/CCI, bibliothèque Kandinsky© ADAGP, Paris 2012


— L’art de la matière — Un p a rco ur s Ne jamais copier, travailler en équipe, expérimenter avec les matériaux, s’adresser au plus large public possible… Ces principes hérités de son père Victor et de l’école de Nancy irriguent toute l’œuvre de Jean Prouvé. C’est d’abord un artisan : contraint d’abandonner ses études d’ingénieur, il entre comme apprenti chez un ferronnier. Il devient donc « tortilleur de métal », comme il dit, et ouvre son premier atelier à Nancy dès 1924. Il y produit grilles, lampadaires et rampes pour des architectes, notamment pour Mallet-Stevens. Rapidement, il abandonne le fer forgé pour les matériaux nouveaux de l’époque : l’acier et la tôle. En 1931, il ouvre les Ateliers Jean Prouvé, diversifie sa production et réalise du mobilier pour les entreprises et les écoles (sa célèbre chaise Standard). Sa première grande commande de mobilier sera pour la cité universitaire de Nancy. Il invente à cette époque la maison métallique démontable et collabore en 1935 à la Maison du peuple de Clichy. Les innovations techniques qu’il y propose font de l’édifice un prototype de l’architecture métallique. Homme engagé, il entre dans la résistance et met à disposition des réfugiés ses maisons préfabriquées, qui peuvent être montées en quelques heures par 3-4 ouvriers. En 1947, il installe ses ateliers à Maxéville. C’est l’âge d’or, qui voit naître des pièces de mobilier emblématiques, comme les tables Compas

ou EM (lire aussi page 120). Le carnet de commande ne désemplit pas, et Prouvé doit ouvrir le capital pour y faire face. L’Aluminium français, nouvel actionnaire principal, l’évince en 1952… « En perdant Maxéville, je perdais tout, écrit-il. Du désastre il ne me restait que mes mains, un cerveau choqué, sans aucune réserve financière.  » Malgré le choc, il mène néanmoins dans les années qui suivent plusieurs projets marquants  : la construction de sa maison sur les hauteurs de Nancy, le mobilier de la Cité universitaire d’Antony avec Charlotte Perriand, la Maison des jours meilleurs suite à l’appel lancé par l’abbé Pierre, dont Le Corbusier dira  : «  C’est la plus belle maison que je connaisse.  » (lire aussi page 120). En 1966, il ouvre un bureau d’études, où il continue à collaborer avec architectes et designers. Prouvé participe ainsi à la réalisation du CNIT Paris-La Défense, de l’aile V du bâtiment de l’Unesco, du siège du PCF avec Oscar Niemeyer et fait partie de l’équipe qui construit le palais omnisport de Paris Bercy. Lui qui n’a jamais été architecte préside le jury du concours pour le Centre Pompidou, et parraine ainsi la grande construction métallique de Richard Rogers et Renzo Piano, qui n’ont alors aucune expérience. Ses réalisations et les cours qu’il a donnés pendant 12 ans au Conservatoire des arts et métiers ont profondément marqué l’architecture et le design de XXe siècle.

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DOSSIER JEAN PROUVÉ

Jean Prouvé enseignant au CNAM Photo : E. Remondino - fonds Jean Prouvé, musée national d’Art moderne © Centre Pompidou MNAM/CCI, bibliothèque Kandinsky © ADAGP, Paris 2012

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— E xp é rim ent at ion d e s matér iaux

— Sim plic it é des f or m es

« J’avais la volonté de construire avec les moyens les plus modernes que je pouvais découvrir à l’époque où j’ai fait les choses, explique Jean Prouvé, c’est ça qui m’intéressait. » Les éléments qu’il fabrique à destination de l’industrie, il les réutilise pour du mobilier ou des constructions. C’est cette prééminence du métal qui rend les réalisations de Jean Prouvé innovantes. Avec ces matériaux, il expérimente en permanence, opérant des allers-retours entre la réflexion et la pratique et préférant le terme d’atelier à celui d’usine. Il les décline alors à l’infini, pour une maison comme pour un meuble. «  C’est l’idée du mécano, d’éléments et de structures répétitives qui marchent pour un meuble comme pour une toiture  », résume Claire Stoullig, directrice du musée des Beaux-Arts de Nancy. Au début des années 50, les ateliers de Maxéville fabriquent ainsi de grandes coques pour la couverture de bâtiments industriels. En observant des ouvriers déjeuner dessous alors qu’elles sont entreposées à l’extérieur, Prouvé a l’idée d’en relever un côté par une façade pour en faire une maison très simple, qui pourrait être montée par son propriétaire. À partir de ce principe, il développe tout un vocabulaire de formes différentes. «  C’est le type même du constructeur », disait de lui Le Corbusier, avec qui Prouvé a collaboré à plusieurs reprises, pour des constructions métalliques sur pilotis ou des éléments de façade destinés à la Cité radieuse.

S’il est le premier à utiliser ces éléments industriels, c’est parce qu’ils lui semblent répondre aux modes de vie contemporains. Pour sa maison à Nancy, construite en 1954, il utilise ainsi ces fameux panneaux à hublots recouverts d’aluminium qui sont sans doute la forme la plus célèbre parmi toutes celles qu’il a inventées. Un élément innovant, une structure de bois remplie d’isolant, recouverte d’une peau d’aluminium crénelé qui se patine mais ne se corrode pas. La forme, toujours d’une grande simplicité, découle de l’usage et du matériau. « Je n’ai jamais eu une vision ou une forme à l’esprit. Je n’ai pas de style, je n’ai jamais dessiné de forme. J’ai fait des constructions qui avaient une forme.  » Il revendique là encore l’héritage de l’école de Nancy  : «  c’étaient des constructeurs, pas de décorateurs. » Dans l’un de ses derniers entretiens, il fustige vertement ceux qui dérogent à ces principes. « On fait tout avec n’importe quoi, pourvu que ça ressemble à quelque chose de connu. C’est en somme l’apologie du formalisme. Et pour moi, le formalisme, c’est la négation de l’architecture. »


Je n’ai pas de style, je n’ai jamais dessiné de forme. J’ai fait des constructions qui avaient une forme.

Chambre de cité universitaire Fonds Jean Prouvé, musée national d’Art moderne © Centre Pompidou MNAM/CCI, bibliothèque Kandinsky © ADAGP, Paris 2012

— L ’hom me au c ent r e Fabriqués en série dans ses usines, ses modules industriels permettent aussi de réduire les coûts de construction. Le travail de Jean Prouvé est marqué par un souci permanent d’économie : économie d’espace, de matériaux, de travail, qui doivent le rendre accessible au plus grand nombre. Comme de nombreux architectes et créateurs de son temps, membres comme lui de l’Union des artistes modernes fondée en 1929 par Charlotte Perriand, Jean Prouvé donne à son travail une valeur sociale. Laurent Beaudouin, architecte et enseignant, le décrit ainsi dans un artiste de la revue AMC, paru l’année de sa disparition : « Un homme moderne, celui qui pensait que progrès techniques et sociaux sont liés, celui pour qui la recherche est un mode de vie. » « Ses méthodes de management sont extrêmement sociales, explique Claire Stoullig. Il partage des bénéfices.  » Ses ouvriers sont des compagnons, qui connaissent les congés payés bien avant le Front Populaire. Pour Claire Stoullig, Prouvé était « parfaitement dans son époque ». À tous points de vue. Un peu trop peut-être. Il pense la mobilité avant l’heure, mais ses maisons démontables ne seront jamais réellement commercialisées. Celles construites à partir des coques en tôle, il les a bien proposées à Citroën, mais l’industriel, pourtant en pointe dans le domaine automobile, les jugera «  trop modernes  ». Aujourd’hui, on le considère comme l’un des créateurs les plus influents du XXe siècle. Lui, pourtant, se voyait comme « un ouvrier qui a fait son métier, tout simplement ».

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DOSSIER JEAN PROUVÉ

JEAN PROUVÉ À NANCY : LE CALENDRIER

Ouverture de deux lieux d’exposition permanente - Salle Jean Prouvé au musée des beaux-arts de Nancy - Espace Jean Prouvé au musée de l’histoire du fer à Jarville-la-Malgrange — Inaugurations le 30 juin

Expositions temporaires - Jean Prouvé, ferronnier d’art, au musée de l’École de Nancy - Jean Prouvé à Nancy, construire des jours meilleurs, au musée Lorrain - La Maison tropicale, au musée des beaux-arts de Nancy - L’émotion design, la collection d’Alexander von Vegesack, aux galeries Poirel — Du 30 juin au 28 octobre

2013 - Ouverture du Palais des congrès, centre Prouvé à Nancy

2014 - Installation de la Maison Tropicale au musée de l’histoire du fer à Jarville-la-Malgrange

Et aussi : Maison tropicale, dessin, vers 1949 - Henri Prouvé fonds Jean Prouvé - musée national d’art moderne © Centre Pompidou MNAM/CCI, bibliothèque Kandinsky © ADAGP, Paris 2012

- Visite virtuelle de la maison de Jean Prouvé sur iPad dans le bureau-atelier & chaise géante installée place Stanislas par les étudiants de l’option design de l’école des beaux-arts - Exposition autour de l’habitat d’urgence par les élèves de l’école d’architecture de Nancy au musée Lorrain - Visites thématiques dans les parcs et jardins de la ville par les guides-conférenciers du musée des beaux-arts et par les horticulteurs du service des parcs et jardins (octobre 2012) www.jeanprouvenancy2012.com

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Far oUt !

Un livre témoignage du photographe Bernard Plossu sur les années hippies… Libération

Une flânerie nocturne, urbaine, coquine et alcoolisée… Poly

La Courneuve, Mémoires vives a une dimension d’hommage mais aussi de combat… Mediapart

LA COURNEUVE, mémOiREs ViVEs

Small eteRNitY RAQA QA De Buffalo Bill à automo Bill aBoUt roCK, Sex and CitieS

Un livre très très touchant, aussi émouvant que court… Couleur 3

Un travail photographique qui fait l’objet d’une élégante publication en format à l’italienne.

la faute aux DiNoSauReS

Un très beau livre mélancolique… Les Inrockuptibles

SongS to learn and Sing

Les DNA

David Le Breton signe la préface truffée de références au western d’un ouvrage présentant des photographies de son ami Bernard Plossu, qui fixa, entre 1966 et 1985, les signes de l’ancien « Far West », recyclés par la société de consommation américaine. L’Alsace

médiapopéditions www.mediapop.fr + r-diffusion.org


DOSSIER JEAN PROUVÉ

PATRICK SÉGUIN

Directeur de la galerie Patrick Séguin, diffuseur des créations de Jean Prouvé, Charlotte Perriand, Le Corbusier… La Maison des jours meilleurs, 1956 C’est une réponse remarquablement efficace à une situation d’urgence à laquelle Jean Prouvé avait déjà réfléchi, notamment à travers les maisons des sinistrés de Lorraine. Mais cette réflexion dépasse le contexte de l’urgence, Jean Prouvé montre que l’on peut concevoir un habitat « préfabriqué » de qualité, c’est un postulat très révolutionnaire. Il y développe sa conception d’un habitat individuel durable, léger, économique et confortable. Le Corbusier qui visite cette maison en février 1956 ne s’y trompe pas, lorsqu’il écrit : « Jean Prouvé a installé sur le quai Alexandre III la plus belle maison que je connaisse, le plus parfait moyen d’habitation, la plus étincelante chose construite. Et tout cela est en vrai, bâti, réalisé, conclusion d’une vie de recherche. Et c’est l’abbé Pierre qui la lui a commandée ! » Cette maison est une icône de l’architecture, et demeure parfaitement pertinente dans sa conception comme dans son esthétique. Elle est moderne dans cette manière qu’a Jean Prouvé de réduire les choses à l’essentiel en préservant un confort, une qualité de vie. Moderne aussi dans cette manière de tirer le meilleur parti des matériaux, autant de questions que les architectes continuent à se poser aujourd’hui, c’est sans doute ce qui explique que Jean Prouvé continue à intéresser nombre de grands architectes internationaux qui voient en lui un concepteur généreux et visionnaire. La Maison des jours meilleurs est exposée à la galerie Patrick Séguin à Paris jusqu’au 29 septembre www.patrickseguin.com

— Prouvé vu par…

Fins connaisseurs et amoureux de Jean Prouvé commentent une réalisation de leur choix.

LAURENT BEAUDOUIN

Architecte et enseignant à l’école d’architecture de Nancy

— Coupe-papier, 1938 C’est un objet pratiquement inutile parce que plus personne n’utilise de coupepapiers. C’est presque une sculpture, plus qu’un objet utilitaire. Il résume beaucoup de choses du travail de Prouvé ; c’est une chose très condensée. On retrouve dans la forme organique les origines de l’École de Nancy, une de ses sources d’inspiration. On ne sait pas si c’est un animal ou un végétal, la forme pourrait être inspirée d’un os ou d’un fragment de plante. C’est simplement l’empreinte d’une main sur un couteau, comme si la main avait déformé le métal. En même temps, cet objet renvoie aussi à l’intérêt de Prouvé pour la technique : c’est presque une aile d’avion ou une hélice. Et on a le sentiment de sentir la main de Prouvé qui a formé le moule. C’est comme si on lui serrait la main. Ce coupe-papier est très sensuel et très amical, malgré le fait qu’il soit pointu. C’est une manière de saluer Jean Prouvé, de le remercier. Fabriqué en petite série [pour des cadeaux à des architectes et partenaires, nldr], il me semble presque comme un objet personnel. Jean Prouvé m’a très souvent reçu dans sa famille ; j’aimais sa simplicité, son côté très direct et accueillant. L’agence Beaudouin-Husson a réalisé l’extension du musée des beaux-Arts de Nancy en 1999 www.beaudouin-architectes.fr

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JEAN MASSON

Dessinateur industriel, collaborateur de Jean Prouvé — Bureaux de la Mission d’aménagement de l’étang de Berre, Vitrolles, 1970 Architecte : direction départementale de l’équipement du Val-d’Oise. Ingénieur : Léon Pétroff. Ingénieurconseil : Jean Prouvé. Réalisation : CIMT C’est une famille de bâtiments qui a porté des grandes innovations chez Prouvé. Jusqu’ici, on utilisait des panneaux Rousseau rectilignes. Ici, les éléments de charpentes modulaires sont très légers (30kg), facilement maniables et s’assemblent comme un damier, en diagonale. Ces procédés étaient mis en place depuis longtemps mais jamais utilisés dans la construction. Ils assurent le contreventement du bâtiment et ont surtout une grande facilité d’implantation au sol : ce système permet de s’adapter à tous les terrains. Vous vous raccordez aux points du damier, vous pouvez faire des patios. Celui-ci comporte deux patios et une façade extrêmement découpée dans tous les sens. Prouvé a conçu cinq ou six ensembles comme celui-ci, qui répondaient aux besoins des collectivités d’installer des maisons d’études pour des villes nouvelles. J’étais responsable de ce type de construction à la CIMT à Paris [Compagnie Industriel de Matériel de Transport, où Prouvé a travaillé comme dessinateur après la perte de ses ateliers à Maxéville, ndlr], dans la section des bâtiments expérimentaux. Je travaillais à l’étude et aussi en tant que responsable commercial. Avec Jean Prouvé, j’ai appris à travailler, à bien faire les choses. Il ne disait jamais qu’une chose était belle, il disait qu’elle était bien, parce qu’elle répondait à un usage bien précis. Cela me fait mal au ventre qu’aujourd’hui on le traite de designer, parce que ce qu’il cherchait, c’était de répondre à une demande avec le matériau le plus simple possible.


Coupe-papier, 1938

ALEXANDER VON VEGESACK

Collectionneur, ancien directeur du Vitra design museum et directeur du domaine de Boisbuchet — Table EM, 1950 Les tables de Prouvé, c’est le plus intéressant. Les tables reçoivent des forces de traction et de pression incroyable. On y appuie les coudes, on s’assoit sur le coin, on la pousse. Il fallait trouver la meilleure manière de diriger ces forces. Prouvé n’a jamais fait de mobilier tubulaire, mais a formé ses pièces lui-même. Il possédait dans son usine des presses pour plier de grandes feuilles métalliques. Il fallait donc trouver la meilleure manière de les plier. Au lieu de fixer des tuyaux aux quatre coins, il a inventé ce système : il a plié de grandes feuilles en métal et les a reliées par un tuyau au milieu. Cela laisse beaucoup de liberté au bout de la table, car on n’est pas gêné par les pieds. On est habitué à voir ces formes dans de grands bâtiments en fer et en acier, mais Prouvé l’utilise pour les tables et les chaises. Ce n’est pas seulement logique mais esthétiquement joli. C’est très élégant, avec un caractère presque japonais. Cela prouve que si on traite les questions pratiques avec beaucoup de connaissances, on peut arriver à des choses très belles. De plus, Prouvé rend visible la circulation des forces dans la table, c’est très intelligent. Le travail du designer est d’expliquer au consommateur la fonction d’un objet, de façon esthétique et de créer une image très particulière, différente des autres objets. J’ai collectionné parce que je voulais raconter les histoires du design et l’industrialisation. Prouvé est l’un des meilleurs acteurs de cela au XXe siècle.

Bureaux de la Mission d’aménagement de l’étang de Berre, Vitrolles, 1970 Fonds Jean Masson © Arch. Dép. Meurthe-et-Moselle

Table EM, 1950

Alexander von Vegesack expose sa collection de design à la galerie Poirel jusqu’au 28 octobre

La Maison des jours meilleurs, 1956 Photo : ©Galerie Patrick Seguin

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DOSSIER JEAN PROUVÉ

— Un homme dans la ville Photos Ludmilla Cerveny

Ferronneries (vers 1927) Immeuble du 22, rue de la Commanderie à Nancy

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Jean Prouvé est toujours resté fidèle à sa ville de Nancy. C’est là qu’il a débuté dans les années 20, qu’il a conçu ses réalisations les plus marquantes, qu’il a été nommé maire à la Libération et qu’il a construit sa maison. La ville et ses alentours portent toujours les marques de son passage, qui témoignent de ses débuts comme ferronnier d’art.

Ferronneries de l’immeuble Leroy (1928) 6, rue Gilbert à Nancy

AUTRES RÉALISATIONS

Rampe d’escalier à la brasserie Excelsior (1931) 50, rue Henri Poincaré à Nancy

Cache-radiateur à la Bibliothèque universitaire (1932-1937) 11, place Carnot à Nancy

Cité universitaire de Monbois (porte d’entrée et mobilier, 1930-1932) 2, rue Ludovic Beauchet à Nancy — Muséum Aquarium (ferronneries, 1932-1933) 34, rue Sainte-Catherine à Nancy — Cimetière de Préville (grilles, 1927-1929) 2, avenue de Boufflers à Nancy — Maison Jean Prouvé (1954) et bureau-atelier (1945) 4-6, rue Augustin Hacquard à Nancy — École maternelle du Placieux (1951) 10, rue Kennedy à Villers-les-Nancy — Maison Diebold (ferronneries, 1931) 2, rue de la Paix à Malzéville — Maison Dollander (éléments de façade, 1952) 35, rue de Laxou à Nancy — Centre paroissial du Haut-du-Lièvre (éléments de façade, 1963) avenue Raymond Pinchard à Nancy

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DOSSIER JEAN PROUVÉ SHOPPING

— Mobile & Immuable Par Myriam Commot - Delon Illustrations Isaac Bonan / www.isaacbonan.com

Choisir des pièces dans la collection des rééditions Vitra (lancée en 2002 avec l’étroite collaboration de la famille Prouvé) n’était pas chose aisée ! Toutes restent étonnamment modernes, sans show off : des best-sellers aux lignes pures et au fonctionnalisme affirmé, revisités ici à l’aquarelle.

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Les meubles, j’ai trouvé cela passionnant ! Jean Prouvé

Les rééditions du mobilier Jean Prouvé sont en vente chez Vitra Renseignements et distributeurs : www.vitra.com

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DOSSIER JEAN PROUVÉ / RÉÉDITIONS

— Tabouret Solvay, 1941

— Brut * * RAW

— Fauteuil Direction, 1951

Fasciné par la production et le travail emprunt d’idéaux sociaux et culturels de Jean Prouvé, G-Star Raw, spécialiste du denim, a revisité et édité, avec la coopération de la famille Prouvé et de Vitra, neuf meubles cultissimes dessinés entre 1930 et 1955. L’occasion de découvrir et de redécouvrir neuf pièces, reliftées avec un nuancier respectueux de l’univers industriel du créateur. Des teintes sourdes et des matières brutes traduisent une relecture toute en finesse de son œuvre et lui insufflent un look résolument contemporain. Une démarche originale qui ne fait que continuer d’ancrer le mobilier de Jean Prouvé dans une époque qui reste la sienne. — Rayonnage Mural, 1936

— Banc Marcoule, 1955

— Tabouret n°307, 1951

Cette édition spéciale est disponible jusqu’en octobre 2012, avis aux retardataires qui prendraient leur temps pour choisir ! www.vitra.com

Visuels : Prouvé G-Star Photos : Jorma Muijtjens © Vitra

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la culture n’a pas de prix www.novomag.fr


LIFESTYLE GALERIES

GR ART ISTE ! Par Cécile Becker Photos Ludmilla Cerveny

DEPUIS QUELQUES ANNÉES, LE GRAPHISTE PASSE DU STATUT D’EXÉCUTANT À CELUI DE CRÉATIF. AU-DELÀ DE LA COMMANDE PURE, IL S’AMUSE DES COULEURS ET DES TYPOGRAPHIES POUR CRÉER UN OBJET DE COLLECTION. IL DEVIENT ARTISTE ET S’INSPIRE DES CULTURES MAINSTREAM ET/OU ALTERNATIVES. EN LORRAINE, DEUX GALERIES TRAVAILLENT SUR CES MUTATIONS : MY MONKEY À NANCY ET TOUTOU CHIC À METZ.

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— Except me and my monkey Nancy. Le faubourg, charmant petit village dans la ville où se succèdent boulangeries, supérettes et bars PMU. Soudain, une devanture rouge, une vitrine graphique. Bienvenue chez My Monkey, la galerie qui s’est construit au fil de ces dix années d’existence une réputation de fer dans le petit milieu du graphisme contemporain français. Morgan Fortems, créateur de la galerie et graphiste, confirme : « Nous avons une bonne visibilité au niveau national. Il y a seulement deux galeries d’arts graphique en France : Anatome à Paris, et nous. C’est une des raisons du succès, j’imagine. Depuis nos débuts, nous avons bénéficié d’une bonne couverture médiatique. Beaucoup de gens nous connaissent, c’est assez surprenant pour nous. Les artistes sont toujours contents de venir chez nous. » Mais

Morgan Fortems, créateur de My Monkey

pourquoi ? Parce que My Monkey s’est, dès ses débuts, revendiquée comme une galerie avec une identité graphique forte. Tout cela à cause d’une baguette de pain... Lorsque Morgan arrive à Nancy il y a 11 ans, il cherche un lieu où travailler avec des copains. En allant acheter son pain un matin, il tombe devant ce lieu à louer pour un prix dérisoire. Rapidement, cette petite échoppe de 55 m2 devient un lieu de création, de diffusion mais aussi un centre de ressources. Cinq mois et quelques petits bricolages plus tard, la première exposition est organisée. « On payait tout de notre poche, les artistes dormaient à la maison, c’était vraiment à l’arrache. On n’allait pas chercher bien loin car on n’avait pas de budget. Aujourd’hui, les choses sont plus simples puisqu’on est soutenu par la DRAC, la Région


Mmagazine

QUESTIONS POUR FAIRE LE SINGE A MORGAN FORTEMS, CRÉATEUR DE LA GALERIE Vincent Godeau, Pastiche, mais presque

et la Ville. On souffle ! Et les choses ont changé : la programmation de la première année était plus estampillée art contemporain. J’ai ensuite recentré les choses vers ce que je connaissais le mieux : l’art graphique. » Sur les murs ce jour-là, des affiches réalisées par le studio parisien Helmo, as du graphisme d’auteur appliqué aux institutions culturelles. Ici, les artistes sont libres et peuvent présenter ce qu’ils souhaitent. Morgan explique ses critères de sélection : « Ils sont surtout inconscients, on aime prendre des risques. Ce qui nous intéresse, c’est avant tout la démarche graphique, on s’en fout des techniques ou des formats. On repère les trois quarts des artistes que l’on programme par réseaux, on donne très rarement suite à des candidatures spontanées.  » My Monkey pratique la politique du coup de cœur tant que le graphisme se laisse infiltrer par d’autres pratiques. Parfois, quand le budget le permet, ils éditent le Mmagazine, un catalogue d’exposition tiré à 50 exemplaires.

Aujourd’hui, le petit singe a grandi au point de fêter ses 10 ans à la rentrée sur le thème de la disparition. Le commissaire des expositions désigné sera Etienne Hervy, directeur du festival de l’affiche de Chaumont. Peut-être retrouvera-t-on My Monkey dans un autre lieu, et pourquoi pas, verra-t-on la galerie se regrouper en pôle avec différentes structures ? Face à ces questions, le singe se fait mystérieux. Bon anniversaire My Monkey ! Galerie My Monkey, 15 rue du Faubourg des Trois Maisons à Nancy 03 83 37 54 08 - www.mymonkey.fr En ce moment : Vincent Godeau, Pastiche mais presque, jusqu’au 17 août

Qui est le meilleur graphiste au monde ? Gasp ! Je n’en vois pas un meilleur que les autres. On rencontre plein de démarches intéressantes et incomparables. C’est quoi l’expo rêvée ? Une exposition durant laquelle artistes et publics pleureraient d’émotion et ne voudraient plus se quitter. C’est quoi une expo ratée ? Une exposition sur des grilles de caddy. Si vous deviez inventer un moyen de révolutionner les arts graphiques, ce serait quoi ? Internet, les nanosciences, les biotechnologies, la crise économique mondiale, la réorganisation mondiale… Tous ces bouleversements ont déjà semé des graines pour nourrir de micro-révolutions dans le petit monde des arts graphiques. Attendons juste de voir ce que cela va donner.

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LIFESTYLE GALERIES

— Donne-moi le toutou chic

Cédric Shili et Vanesse Steiner, co-fondateurs de Toutou Chic

Modèle Puissance, Phlogiston

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Aaaaaaah Metz… Sa gare, son centre-ville style médiéval, son Centre Pompidou, et ses galeries, de plus en plus nombreuses… Depuis l’arrivée de la succursale du musée parisien, l’effervescence artistique est à son comble. Cédric Shili et Vanessa Steiner, lui graphiste, elle plasticienne, ont sauté dans la vague en profitant des Nuits Blanches 2010 pour installer leur galerie. Cédric raconte : «  En cherchant un local pour travailler, on est tombé sur ce lieu d’un ancien toiletteur pour chien. L’idée nous est venue assez rapidement de monter une galerie présentant la jeune création. » Résultat  : le rideau en en crochets à chiens et la très chouette devanture sont d’origine et la baignoire à toilettage toujours en place au fond de la galerie, participant ainsi à l’esprit décalé souhaité par les deux fondateurs. « La ligne éditoriale de la galerie est transdisci-

plinaire, nous dit Cédric. Moi, je suis dans le graphisme, Vanessa est plasticienne, donc lorsqu’un travail allie les deux, nous sommes ravis. On aime beaucoup tout ce qui est en volume et on encourage la jeune création. » Énorme joueur de baby foot de Module Ranch installé au milieu de la galerie, coquillage diffusant un bruit de clapotis de Gregory Wagenheim, ou boîtes en carton réalisées par des étudiants de l’école d’architecture de Nancy  : les expositions sont toujours étonnantes et jouent sur l’aspect ludique. Une porte d’entrée vers l’art, comme nous le confirme Cédric  : «  On est très axé sur le côté visuel mais on ne présente pas des idées sans fonds. On aime le côté humoristique car ça familiarise le public, on l’attire et ensuite il peut s’intéresser au propos.  » Quant à la sélection, même si le Toutou Chic lance toujours des appels à projets, rares sont les heu-


Grégory Wagenheim, Seven Seas

Module Ranch, Champagne Champion

reux élus : les deux toiletteurs de l’art décalé se refusent à exposer de simples peintures, sculptures ou photographies. Ils fonctionnent surtout par réseaux et s’appuient souvent sur les écoles d’arts du coin. « C’est la débrouille. Une galerie c’est une vocation. Nous adoptons une démarche simple et modeste, mais c’est notre démarche se veut sérieuse. Nous ne sommes pas des amateurs  », explique Cédric. Lorsqu’ils ouvrent le lieu, ils payent le loyer de leur poche et invitent les artistes à leurs frais. Aujourd’hui, comme My Monkey, ils sont soutenus par la Ville, la Région et la DRAC, mais les subventions servent essentiellement les artistes. Existe-t-il d’ailleurs une filiation entre My Monkey et Le Toutou Chic ? Mis à part le nom animalier, ils se plaisent tous deux à envisager le graphisme comme un art qui a aujourd’hui toute sa place. Le Toutou Chic imprime à chaque exposition ses affiches en sérigraphies limitées, numérotées, signées par les artistes et diffusées dans les centres d’art, les galeries ou les cinémas, pour que le public intéressé garde une belle trace. Et l’implantation du Centre PompidouMetz, il en pense quoi ? « Évidemment, ça a été bénéfique pour la ville et la région. Après

l’ouverture de notre galerie, trois ou quatre autres ont suivi. Mais en terme de public, je ne peux pas dire que les visiteurs du Centre Pompidou viennent nous voir. Il n’y a pas vraiment de lien, pas de tournée des galeries, pas pour l’instant. » Restent les curieux qui s’aventurent dans les recoins de la ville et sont attirés par le côté déconnant du Toutou Chic. Là-bas, derrière le rideau en dentelles il se passe toujours des choses étranges, folles, qui servent le propos d’un graphisme ouvert aux nouvelles pratiques. C’est beau, c’est frais, c’est drôle, c’est Le Toutou Chic. Wouf. Le Toutou Chic, 23 ter, rue de la Haye à Metz www.letoutouchic.com 06 82 47 82 87 / 06 78 47 03 57 Prochaine exposition : Martin Roulet, du 27 juin au 20 juillet.

QUESTIONS SANS QUEUE NI TÊTE À CÉDRIC SHILI ET VANESSA STEINER, RESPONSABLES DE LA GALERIE C’est quoi un toutou chic ? Un poil doré équipé d’un sac Vuitt-Won, célèbre petit cousin chinois de notre cher Louis Vuitton. C’est quoi un artiste qui a du chien ? Un jogger à vélo et son chien en laisse. Pourquoi les graphistes existent-ils ? Pour faire les affiches du zoo d’Amnéville ! Et si les couleurs n’existaient pas ? On aurait loupé les chewing-gums. Veinards. C’est quoi l’avenir de l’art ? Un poil doré équipé d’un sac We-Won !

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Visuel : Berdaguer & Péjus, Gue(ho)st House © Gaëtan Robillard

LIFESTYLE ZUT ! SOS FANTÔMES

DESIGN

DESIGN

Ce lieu-là a décidément connu plusieurs vies. Derrière la synagogue de Delme, aujourd’hui centre d’art contemporain, une bâtisse fut tour à tour prison, boutique, école puis chambre funéraire. Elle devient aujourd’hui un nouvel espace d’accueil pour le public et les artistes. Avec cette Gue(ho)st House, inspirée par un jeu de mot de Duchamp, les architectes, artistes et designers Berdaguer & Péjus retravaillent également les circulations autour de la synagogue et résolvent le manque de visibilité du lieu. Difficile, en effet, de la manquer ! C’est un peu comme si le bidendum géant de Ghostbusters avait explosé sur Delme. Recouvert de polystyrène, de résine et de peinture blanche, le bâtiment prend des allures d’ectoplasme. Équipez vous de pièges à fantômes pour la visite du chantier, et surtout ne croisez jamais les effluves ! (F.T.) Gue(ho)st House, visite du chantier jusqu’au 24 juin à Delme www.cac-synagoguedelme.org

PORCELAIN RAFT

Photo & Céramique #1, du 22 juin au 16 septembre au musée de la Faïence à Sarreguemines 03 87 98 93 50 www.sarreguemines-museum.com

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EXPO

Avec l’apparition de la photographie, la céramique se pare de nouveaux atours. Et c’est un succès ! De nombreux plats, assiettes, tasses, souvenirs de vacances ou encore plaques mortuaires utilisent différents précédés de fixation et s’arrachent comme des petits pains ! La preuve encore récemment avec la mug du jubilée de la Queen  ! Au XIXe siècle, les procédés étaient encore expérimentaux, et rares sont les industriels qui les adoptent. Sarreguemines, ville de céramique, s’est lancée très tôt dans l’aventure, et a ainsi illustré des objets de nombreuses vues de ville (mais pas seulement!). Elle y renoncera au tournant du XXe siècle, lorsque les procédés évoluent et engendrent une production de masse et de piètre qualité. Le musée de la faïence revient sur cette histoire technique, artistique et industrielle, qui a généré des objets étonnants !

UN VERRE AU MUSÉE Le Musée Baccarat célèbre les 170 ans du verre Harcourt. Ce verre si famous reste une icône pour la marque, création forte, fascinante et intemporelle. Comme toute grande création, il vit avec son temps et la saga Harcourt a connu bien de belles interprétations, comme en 2005 lorsque Philippe Starck le colore de noir pour Black Angel. Hommage éternel rendu à la Chapelle, sur le site même de la manufacture Baccarat, avec une mise en scène qui retrace l’histoire de ce verre, à travers les précurseurs et les différentes variations. Le verre Harcourt, jusqu’au 16 septembre à la Chapelle de la manufacture de Baccarat 03 83 76 61 37 AFTER

POUR PROLONGER LA JOURNÉE... Depuis le mois de septembre, OK events organise, chaque semaine dans un lieu différent, des afterworks où, entre 19h et 22h, vous pourrez profiter d’un buffet et de consommations à tarifs réduits. Une bonne façon de décompresser après le boulot. Suivez l’actualité des afterworks sur le profil Facebook : After Work Metz by OK Events


RESTAURANT

THE PLACE TO BE DESIGN

Saviez-vous que la place du Marché à Sarreguemines était l’endroit rêvé pour faire ses emplettes déco ? Pour booster votre sweet home, direction For Intérieur, le show room de Claude Seurat, endroit hautement recommandable pour trouver du bon et beau design ! On y découvre une belle sélection Kartell mais aussi de nombreuses références et marques chères aux fans de design. Notre coup de cœur de la saison va à Master, une chaise dessinée par Philippe Starck en 2009 : un dossier filaire où trois assises chaises/fauteuils iconiques s’entremêlent : Eames + Jacobsen + Eero Saarinen, rien que ça ! Il sera également difficile de ne pas céder aux œillades des luminaires de Foscarini et au mobilier outdoor de Kristalia, avec leur impeccable table Sushi 12. En aluminium anodisé, avec ses ingénieuses rallonges intégrées, elle possède cette allure contemporaine et minimaliste qui transforment les grandes attablées familiales et estivales. (M.C.D) Table Sushi 12, Kristalia, prix sur demande Chaise Master, Kartell, 149€ For Intérieur - 12, place du Marché à Sarreguemines - 03 87 95 56 67

DELIZIOSI Trop chic, cette petite trattoriasalumeria à deux pas de la place Stanislas ! Tenue par deux fins gourmets, Bertrand Le Tacon et Bertrand Château, elle nous happe dès le trottoir avec ses généreux salamis accrochés en vitrine. Autant vous prévenir tout de suite, mieux vaut prévoir un panier pour y glisser le meilleur de la gastronomie transalpine… De la charcuterie, des pâtes, des fromages et plus de 150 références de vins ! Et pour accueillir avec plus d’aisance ce flot de cépages choisis avec passion par Bertrand Château, une toute nouvelle cave à vin, dont les travaux viennent de se terminer. Après cet aller et retour en Italie, vous repartirez sans aucun doute le ventre plein d’antispasti, de carpaccio de bresaola et d’un Tiramisu enfin digne de ce nom. (M.C.D) Gustatori 40, rue Stanislas à Nancy 03 83 34 19 53

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LIFESTYLE ZUT ! CHAMBRES D'HÔTES

HÔTE SPOT ! Les Vosges fourmillent de maisons d’hôtes… Pour son originalité et son esprit écolo-bohème, la Ferme de Marion mérite pourtant que l’on s’y attarde ! Situé au Ban-de-Sapt, à 10 km de Saint-Dié et 70 de Nancy, cet ancien corps de ferme totalement rénové et bordé d’un petit étang vaut le détour. Entre pâturages et forêts, Yalon et Marie tiennent d’une main de maître ce lieu atypique, aujourd’hui totalement achevé après 15 années de travaux. Il faut dire que pour la déco, chaque objet soigneusement chiné trouve sa place dans les différentes ambiances de la ferme. Ici, on vient admirer les immenses volumes sous charpente, les cinq chambres colorées tout confort, la ravissante salle à manger où l’on peut déguster une cuisine bio inventive, avec les produits du coin. Les loisirs ne sont pas en reste avec piscine, terrain de tennis et cours de yoga pour les plus motivés. Un vrai bol d’air au vert, dans une ambiance tellement détente que l’on oublie vite que la cité est proche. Une adresse à devenir green addict ! (C.L.) La Ferme de Marion au Ban-de-Sapt – 03 29 58 95 34 www.lafermedemarion.com

RESTAURANT

PASSEZ A CÔTÉ ! Éric Maire est un nom bien connu des gastronomes messins. Après l’étoilé L’Écluse, il ouvre son restaurant A côté en 2008, qui décroche son étoile dès l’ouverture. Avec sa cuisine ouverte, le lieu privilégie le contact et les produits frais, notamment le poisson, du homard au turbot, sous la forme de tapas qui permettent une dégustation variée. Un haut-lieu de la place de Chambre, la « place gourmande » où le chef partage les recettes subtiles et ludiques d’une cuisine nouvelle. « Ma cuisine, je l’ai voulue innovante sans être compliquée, mariant les saveurs brutes et authentiques avec une petite touche raffinée », déclare Éric Maire. (B.B.) A côté, 43, place de Chambre à Metz - 09 62 55 43 63

À L’EAU ?

ANIMATIONS

La réussite de Metz-plage ne se dément pas au fil des années. Avec plus de 170 000 visiteurs l’an passé, l’événement rassemble sur 25 000 m², sur le site du plan d’eau, une dizaine d’activités et des animations culturelles, à découvrir en famille. Le badminton et le beach-volley, le kayak et le rafting côtoient le village du désert (thé vert, couscous et ballades en chameau au programme) et le tout nouveau village amérindien. Pour l’ouverture se produira le groupe nancéien The Aerial ; d’autres concerts sont prévus sur toute la durée de l’événement. « Nous sommes dans l’esprit d’une ville balnéaire décalée, déclare Thomas Scuderi, adjoint au maire à la Jeunesse, aux Animations et à la Vie associative. Metz-plage est comme un club de vacances où les G.O seraient la Ville de Metz et ses agents. » (B.B.) Du 20 juillet au 19 août sur le plan d’eau de Metz

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MENU à parti r de 15 €

Robe des Champs et Délices Restaurant

Café-Thé Délices

16 place St Jacques - 57000 Metz

Ouverture en continu de 11 h à 23 h

03 87 37 32 61 135 ZUT !


LIFESTYLE ZUT ! RESTAURANT

NUITS DE CARACTÈRE HÔTEL

UNE BRASSERIE DANS LA PLACE Une nouvelle façade toute de vert vêtue s’est dévoilée il y a quelques semaines place Saint-Jacques : la Robe des champs et Délices met, comme son nom l’indique, la pomme de terre au four à l’honneur. C’est dans un cadre années 30 aux tons chaleureux, qui exploite une nouvelle salle à l’étage inaccessible à l’époque où l’endroit abritait le Café des arts, que vous pourrez déguster tartines, gratins et salades pour un menu à 16€ en moyenne. Cosy et traditionnelle, l’ambiance se veut celle des brasseries parisiennes et séduit déjà les touristes. (B.B.) La Robe des champs et Délices 16, place Saint-Jacques à Metz 03 87 37 32 61

Voici un hôtel à l’atmosphère unique, où chaque chambre, à l’agencement et à l’identité toujours différents, donne tantôt sur la Cathédrale, la Préfecture, l’Opéra ou le Temple. Nous sommes le temps de quelques nuits au cœur du patrimoine messin, au milieu de meubles chinés, dans l’esprit familial d’un hôtel particulier. Avec ses trente chambres, l’Hôtel de la Cathédrale bénéficie d’une annexe où sont perchées dix chambres, sur quatre étages, depuis une cour intérieure. Accessible et agréable, cet hôtel trois étoiles niché entre des murs vieux de quatre siècles ne manque pas de caractère ! (B.B.) L’Hôtel de la Cathédrale 25, place de Chambre à Metz 03 87 75 00 02

BAR

UN NOUVEAU PORT D’ATTACHE Voilà ce qu’il manquait à l’univers des comptoirs messins : un bar à rhums ! Patrick, Parisien tombé amoureux de la capitale mosellane, et son associé Angelo, qui apporte à l’établissement sa science des bruschette pour assouvir les envies de collations, se sont installés en mai rue Taison, dans le cœur historique de Metz. Soucieux de restituer l’état d’esprit de ce bar de quartier vieux de plus d’un siècle, ils accueillent l’amateur de rhum dans un cadre cosy à l’ambiance conviviale. Une cinquantaine de recettes de rhums arrangés vous attendent, ainsi qu’une sélection d’une vingtaine de rhums, de 3 à 23 ans d’âge : Diplomatico, Matusalem, Angostura 1919, Pyrat... Patrick s’est découvert une passion pour le rhum lors d’un voyage à Madagascar et à Saint-Martin, et il nous avoue avoir une centaine de recettes en réserve… (B.B.) Les arrangés du bocal, 34, rue Taison à Metz ZUT ! 136

RESTAURANT

DE DIONYSOS À AUDIARD... A notre arrivée, Tino, le patron, est « comme un gamin le jour de Noël » : il vient de recevoir de beaux cèpes d’été qui trônent sur le comptoir aux côtés de homards. Cet amoureux des bons produits, qui a œuvré pendant quatre ans au sein du restaurant étoilé l’Écluse, travaille aussi bien le caviar que la sardine. Un maître-mot : la simplicité. Le Cantino est également un caviste, avec entre 100 et 150 bouteilles à la carte ; c’est la « cave à boire et à manger » où s’étalent sur les murs de la petite salle en sous-sol qui donne sur la Moselle des citations de Pierre Dax, Michel Audiard ou Jean Carmet. Un esprit épicurien affiché dans un lieu attachant à la carte séduisante. (B.B.) Le Cantino 8, rue des Piques à Metz - 03 87 36 19 01


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NUITS D’ÉTÉ 13 JUILLET, 27 JUILLET, ET 10 AOÛT 2012

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Zut ! Lorraine  

Rencontre avec Charlotte Gainsbourg et Connan Mockasin, visite du Musée de l'image à Epinal, portraits de Denis Robert, Vincent Glad et Fréd...

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