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TEXTE EDITO

EDITO Tout le monde le savait, même eux ne s’en cachaient pas (c’était difficile il est vrai) mais c’est un sujet honteux dans la presse musicale alors il s’agit de ne surtout pas déconner là-dessus, et encore moins un 1er avril, jour des blagues à la con par excellence. Et quand on a rédigé cette vanne sur ce mag, qui a longtemps été synonyme d’indépendance et d’underground absolu, on ne faisait pas autre chose qu’une vanne. Et on n’a jamais imaginé que l’un des responsables dudit mag nous envoie un message dans les heures qui suivaient nous annonçant un procès en «difamation» (avec un seul «f», peut-être que d’ailleurs c’est autre chose que la diffamation qu’on connaît et qui d’ailleurs n’a pas grand chose à voir à parler d’un truc réel et maintes fois prouvé). C’est un peu comme si on avait annoncé que François Hollande se retirait de la présidence et que les services de l’Elysée nous écrivaient pour dire qu’on ne peut pas impunément sous-entendre que le président est président ! On avait donc touché un point sensible... Et du coup, on a creusé un peu la question... Parce que si la pratique est vieille, oui, les majors ont toujours dépensé beaucoup d’argent dans les publicités pour avoir leurs groupes en bonne place sur les couvertures et dans les pages des mag’ qui vivent grâce à cette pub, elle n’a jamais été autant répandue et «codifiée» voire carrément tarifée pour les cas extrêmes. Ca ne nous choque pas plus que ça pour les Linkin Park ou autres grosses machines, parce que c’est évident, le public, même non averti, n’est pas dupe, il se doute que le mec qui part une semaine à New York aux frais de la princesse pour 2h d’interview et un showcase va revenir emballé et ne reléguera pas son publi-reportage dans un coin au risque de rédiger ses prochains articles dans son bureau plutôt que dans l’avion. Mais là, il s’agit de jeunes groupes, souvent autoproduits, qui se battent pour faire des concerts, caler une date dans un studio, enregistrer avec leurs économies, qui scrutent les webzines et choisissent à qui ils envoient leurs quelques exemplaires «pour la promotion», c’est à ces groupes-là que certains demandent de l’argent pour avoir une «chronique sympathique», une demie page de pub et une interview qui fera croire qu’ils sont importants, le tout emballé, pesé pour 350 euros. Et si t’es plus riche, tu peux avoir plus, n’hésite pas à demander la grille des tarifs... Ou comment transformer une source d’avis sur la musique en présentoir à flyers. Et le procédé existe également chez certains médias web ou radio, paye ta crédibilité et tes choix personnels de défendre tel ou tel groupe après ça... «Ah mais eux, on les aime vraiment bien, on en parle gratos, hein». Alors, sache que tout le monde ne le fait pas, qu’une majorité de médias indépendants le sont encore vraiment. Nous, comme d’autres, ne devons rien à personne, n’avons aucun compte à rendre à qui que ce soit, on fait ce qu’on veut et comme on le veut. Ca ne nous enrichit pas du tout mais on s’en fout, on est juste là pour parler de musique et pour défendre des gens qui se donnent du mal pour te procurer des bonnes vibrations. Oli

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SOMMAIRE TEXTE

SOMMAIRE 04 DANKO JONES

08 TRIBUTE TO BURNING HEADS 09 MOANAA 10 ABRAHMA 12 TURZI 13 THE REBEL ASSHOLES 18 MAGNETO 19 NESSERIA 22 CANCER BATS 23 BABY CHAOS 28 BOTIBOL 29 MONSTER MAGNET 30 UFOMAMMUT 33 BLACK RAINBOWS 38 FAT SUPPER 41 KLONE 47 SOUNDCRAWLER 48 GOODBYE DIANA 49 NOT SCIENTISTS 54 [STOMB] 57 LENINE RENAUD 60 HOLDING SAND 63 MARS RED SKY 64 BOOGERS 66 EN BREF 75 IL Y A 10 ANS 76 THE PRODIGY 78 CONCOURS 80 DANS L’OMBRE

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > Danko JONES Echanger avec Danko Jones est toujours quelque chose d’intéressant. Ce passionné de «rock» au sens large a toujours le sens de la formule, et même si on ne peut pas être au top tous les jours, Danko Jones a pris le temps d’évoquer pour le W-Fenec son nouvel album, son nouveau batteur et même ses dernières réponses piquantes. Go !

Tout d’abord, et avant d’entrer dans le vif du sujet, ce nouvel album coïncide avec l’arrivée d’un nouveau batteur en la personne de Rich Knox qui remplace Atom Wilard. Pourtant, ça semblait fonctionner avec Atom. Qu’est ce qu’il s’est passé ? Peux-tu nous présenter votre nouveau compère ? Rich Knox fait partie de notre groupe depuis presque 2 ans. C’est un batteur fantastique et Fire music en atteste. J’ai hâte que le monde entende Rich jouer. Maintenant, on peut jouer des titres comme «Full of regret» correctement. Notre dernier batteur n’y arrivait pas. Fire music, votre 7ème album, est sorti depuis quelques semaines. Comment est-il accueilli par les fans et le public en général ? Pour le moment, c’est positif à 95 %. On a l’habitude que les critiques n’aiment pas nos albums. Ce n’est pas grave mais ce revirement de situation est surprenant. J’aime tous les disques que nous avons sortis. En ce qui me concerne, je considère Danko Jones comme un groupe immédiatement identifiable au premier accord, à l’instar de formations légendaires comme AC/DC ou Motörhead qui font partie de tes influences. Mais j’ai l’impression que Fire music intègre

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des éléments qu’on ne retrouve pas sur les précédents disques (guitares et cloches funk rock sur «Do you wanna rock», guitares aux sonorités électro et solo à la Kiss sur «She ain’t coming home»). Il est possible que je me trompe, mais avez vous voulu briser la «routine» du rock qui va tout droit en incorporant de nouvelles sensibilités à votre musique ? Je ne suis pas du tout d’accord : «Do you wanna rock» n’a pas de guitares et de cloches funky. C’est une cloche à vache et c’est très courant. On a utilisé la cloche à vache dans beaucoup de chansons par le passé : «Sugar high», «Papa», «Full of regret». Je ne sais même pas ce que veut dire «guitares funky». Il n’y a pas de sons électro sur «She ain’t coming home», il y a des guitares jumelées, mais nous l’avons déjà fait par le passé aussi. Pour les solos à la Kiss, c’est plutôt un solo à la Iron Maiden. Je n’entends pas Kiss du tout dans cette chanson. Sur ce nouvel album, ce qui frappe en premier lieu, c’est ce travail sur les voix commencées depuis quelques années. Cela peut déstabiliser tes fans de la première heure, mais était-il indispensable, pour toi et pour l’évolution du groupe, de faire évoluer les mélodies et les lignes de chant, alors que vos premiers brûlots faisaient part belle au chant quelque peu monocorde ?


Tu va me trouver provocateur, mais je ne suis peut être pas le premier à te faire la remarque concernant la pochette de Fire music, on n’est pas loin du Wasting light des Foo Fighters ou je me trompe ? Quelle est la signification de cette pochette, réussie au demeurant ? Je ne sais même pas à quoi ressemble la pochette de Wasting light et c’est la première fois que j’entends quelqu’un faire la comparaison. Il n’y a pas d’autre signification que le fait de vouloir une pochette cool, et je pense que c’est le cas. Tu vas chercher un peu trop loin. Fire music comporte son lot de sexe, de drogue et de rock ‘n’ roll : finalement, c’est pas un peu cliché ? Quels sont les thèmes des textes de cet album ? Sex, Drugs and Rock N’ Roll. Et la revanche aussi. En plus de tes activités au sein de ton groupe, tu réalises un podcast, des spoken word et même des articles pour des revues comme le Huffington Post. Le rock ‘n’ roll est-il ta raison de vivre ? Que pourrais-tu faire si tu n’avais pas la musique ? Je pense qu’on peut dire que ma vie tourne autour du Rock n’ Roll et de la musique en général. Elle s’est juste développée comme ça. Je ne sais pas vraiment ce que je pourrais faire si je n’avais pas la musique dans ma vie. Elle serait indiscutablement plus chiante. La France a toujours réservé un accueil particulier à ton groupe, et tu lui rends bien car tu ne te cantonnes pas à jouer qu’à Paris. Que penses-tu de la culture rock en France ? Connais-tu beaucoup de groupes français, comme Mars Red Sky que tu as classé dans ton top 10 l’an passé ? La scène heavy française s’est indiscutablement développée pendant ces 5 à 10 dernières années. Je l’ai remarqué et l’augmentation du nombre de super groupes le prouve. Qu’il s’agisse de Mars Red Sky, Year Of No Light, Monarch, Gojira ou Deathspell Omega, le genre a progressé à grands pas. En jouant dans un pays non anglo-saxon, réajustes-tu tes interventions entre les morceaux devant un public ne comprenant pas forcément l’anglais ? Je ne réajuste pas mes interventions entre les morceaux en fonction du public. Je pense que c’est insultant pour

le public. Même s’il ne comprend pas tous les mots, il devine au moins les sentiments.

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Là encore, je ne fais que chanter et je ne sais pas ce que veut dire «chant monocorde». Je reconnais que je chante davantage de mélodies qu’aux débuts où je ne faisais que grogner. Je n’ai pas réfléchi au fait que ce soit déstabilisant ou non pour certaines personnes.

Je pense qu’en amateur de musique, tu dois être attaché au live et au format physique des disques, que ce soit vinyle ou CD. Cependant, tu as sorti l’année dernière un live disponible sur Spotify. Pourquoi avoir avoir attendu si longtemps pour proposer à tes fans un live, et pourquoi pas de sortie en physique ? Nous avons toujours dit que nous ne sortirions pas d’album live et en le sortant au format numérique, je pense qu’on ne l’a pas vraiment sorti. On ne peut pas posséder cet album, on peut seulement l’écouter en streaming. De cette manière, j’ai pu tenir cette promesse. En plus, ça nous a permis de travailler avec la nouvelle plateforme de Spotify. Ce n’est peut-être pas le moyen idéal d’apprécier la musique et Spotify a ses détracteurs mais au lieu d’ignorer le média, nous avons choisi de travailler avec lui. Je ne sais pas comment ça se passe au Canada, mais la France est en train de découvrir le crowdfunding, pour un peu tout et n’importe quoi (sortie de disques, préparation de tournée...) : ça ne semble gêner personne quand des artistes confirmés se lancent dans cette aventure pour contourner les labels (comme Ginger Wildheart) mais on crie au scandale quand il s’agit d’un groupe qui sort son premier album. Que penses-tu de ce procédé ? Si les gens ont envie de le faire, ça me va. S’ils trouvent assez de monde pour financer leur projet, ça leur donne plus de pouvoir. Pour nous, j’ai toujours du mal à demander de l’argent aux gens. Mais je n’ai rien à redire sur ceux qui ont eu recours à cette pratique. Vous avez tourné dernièrement avec Guns N’ Roses, Loaded, Motörhead et tout un tas de formations qui ont forgé ta culture musicale : penses tu avoir accompli tes rêves et atteints les objectifs que tu aurais pu te fixer en début de carrière ? Qu’est-ce qui motive Danko Jones aujourd’hui ? Il y a encore beaucoup de groupes que nous aimons avec qui partir en tournée. De nombreux publics à découvrir, de nombreux pays, de nombreux concerts à jouer. Tous les soirs, on recommence à zéro. A chaque fois qu’on sort un album, on retourne au point de départ. Dans ce métier, on est seulement aussi bon que son dernier album alors on doit constamment recommencer depuis le début et tout reconstruire. Ça peut être frustrant mais ça ne calme jamais le feu.

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Les photographes adorent tes shows car tu fais pas mal de grimaces et de poses en live, ça fait partie du jeu ou c’est ta vraie nature ? Tu crois que je le ferais si c’était pas ma vraie nature ? Tu aimes faire agir et réagir le public, il y a des fois où ça ne marche pas du tout ? Bien sûr, mais on ne s’attarde pas sur ces moments-là. On passe à autre chose et on essaye de les récupérer dans la minute qui suit.

Tu aurais une anecdote sur un truc qui se serait passé lors d’un concert ? J’en ai plein. Je ne sais pas par où commencer. Nous sommes un magazine disponible en ligne sur la toile : quelle est ton rapport avec Internet ? L’accès à tous les groupes du monde entier en un clic est-il préjudiciable au fait qu’à une certaine époque, tu pouvais revendiquer une fierté personnelle de compléter ta collection avec des disques introuvables en fouinant dans bacs des petits disquaires ? Ça n’a rien à voir avec la fierté. J’aurais aimé avoir Internet en grandissant, quand je cherchais à en savoir davantage sur les groupes. Ça m’aurait fait économiser un tas de fric dépensé dans des albums merdiques. Je pense quand même que les gens n’ont plus le même

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rapport qu’avant avec la musique et avec les groupes. Ce n’est plus aussi profond parce qu’il y a tellement d’autres choses pour se distraire. Le rock ‘n’ roll est-il mort ? Quelle sont les armes de Danko Jones pour lui porter secours ? Le rock n’ roll n’est pas mort et je te suggère de lire la réponse que j’ai donné à visions.de.

Merci à Danko Jones et à Roger Replica, ainsi qu’à Tiff pour la traduction. Photos : Dustin Rabin Gui de Champi


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LES DISQUES DU MOMENT

A Burning Heads Tribute Fire walks mith me (Blackout Prod, Buzz Off Rec, Kicking Records)

quelques bonus (il n’y pas de mal à se faire du bien). Et le rendu est franchement classe. Mon top trois revient à trois interprétations énergiques et fidèles à l’esprit des originaux, avec la patte des exécutants : « In my head » de Ravi qui ouvre le disque et qui place la barre très haut. Uncommonmenfrommars (dont il s’agit du dernier enregistrement studio) avec un « Time to get away » flamboyant et un énormissime « Hey you » des petits frères de l’Est, à savoir The Rebel Assholes. Mais le reste n’est pas mal non plus !

Depuis le temps que ce projet est dans les tuyaux, tu ne pourras que te réjouir de lire dans ce mag ce qui est certainement la première chronique de Fire walks mith me : A Burning Heads tribute. Car oui, j’ai l’honneur, la chance et le privilège d’être en possession d’une édition numérique de cette « arlésienne ». Et oui, dans quelques semaines, tu pourras toi aussi te délecter de ce disque absolument génial et glisser cet album dans tes platines (cd et vinyle). C’est bon, tu as versé ta petite larme, tu es remis de tes émotions, on peut y aller ? Alors GO ! Olivier de Buzz Off Records(Dead Pop Club), déjà responsable du tribute aux Seven Hate lors de leur split il y a déjà douze ans (mais checkez les internets, le groupe reprend la route pour une tournée !), est à l’initiative de Fire walks mith me : A Burning Heads tribute dans le but de fêter les 20 ans du premier album des Orléanais. Bon, le prétexte n’est plus vraiment d’actualité, mais entre nous, a-t-on besoin d’une raison particulière pour rendre hommage au meilleur groupe de punk rock français de tous les temps ? Certainement pas. Epaulé par les labels Kicking Records et Blackout Prod, Olivier a donc contacté la crème de la scène power punk rock française qui a tourné/splitté/fumé/rêvé avec les Burning. Au final : quinze titres avec le tracklisting d’origine plus

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La jeune garde y va également de son hommage (le costaud « Special forces » de Dissidence Radio, Dot Dash!, Forest Pooky en acoustique qui exécute de fort belle manière « Making plans for Nigel »). Les groupes traînant leurs converses usées depuis plus de dix piges dans le circuit ne sont pas en reste (la magnifique reprise de «Alone» par Dead Pop Club avec Sylvain Second Rate en guest vocal, l’énergique « Place for me » des Flying Donuts, le surprenant « Brave new world » par Dirty Fonzy, le surpuissant « Once again » de Gravity Slaves, le punk mélo « Failing » de Hogwash). Et c’est avec plaisir qu’on tend l’oreille à l’écoute les vieux briscards de Sleeppers (« Rain » à couper le souffle), High Tone (« Blind » en version électro, un régal), Thompson Rollets (« Something has change today ») et Copenhagen (projet de Lionel Portobello Bones, qui bouleverse les codes avec « Go away »). On sent, dans chaque cover, le respect du parcours accompli par les Burning et la passion que toi, moi, nous partageons pour un groupe qui n’a jamais changé son fusil d’épaule au détour d’une mode musicale. Ce tribute aux Burning Heads est aussi étonnant que passionnant. 500 copies seront sur le marché parallèle, à toi de faire ce qu’il faut pour rendre hommage à ta manière à l’une meilleure chose qui me soit arrivé dans mon background musical. Rien que ça ! Gui de Champi


LES DISQUES DU MOMENT

MOANAA Descent (Autoproduction)

navigue de l’un à l’autre avec une aisance naturelle tout simplement bluffante. Et si Moanaa est clairement un groupe métal, c’est peutêtre quand il joue sur la légèreté et la délicatesse avec des passages éthérés et des notes aériennes qu’il se sublime. La jouissance atteint son paroxysme quand les distorsions lumineuses croisent la route des textes et accords plus bruts («Lit», le duo «Ion...» / «...Mills»). Quand les Polonais nous entraînent sur le seul registre métallique sans trop pousser, sa musique devient plus banale (tout est relatif...) et passe partout (au rayon post-hardcore s’entend), mais j’ai l’impression que le groupe en est conscient puisque ces moments sont plus que réduits sur ce Descent où chaque morceau est un voyage de plusieurs minutes (1 heure au total pour 8 titres). Bielsko Biala est un bled du «Sud» de la Pologne (car oui, il y a bien un «Sud» en Pologne), c’est de là qu’est originaire Moanaa et si tu es sensible au post hardcore, tu ferais bien retenir ce nom. Moanaa pas Bielsko Biala hein... Le groupe a déjà sorti un EP en 2010 mais a changé de chanteur (une habitude, ils en sont à leur troisième) et de guitariste avant d’enregistrer leur premier opus autoproduit Descent qu’ils donnent en pâture au monde à la fin du mois de septembre 2014. Et c’est du lourd. Descent porte bien son nom, depuis les sommets des sons clairs tout en douceur au début de l’album, on s’enfonce toujours plus bas dans les tréfonds d’une noirceur post-hardcore abrasive et sans concession. Cult of Luna, AmenRa, Neurosis, Omega Massif, on peut invoquer un tas de noms prestigieux pour présenter Moanaa mais les Polonais font leur truc, leur musique à eux et pas une pâle copie usinée à l’Est. La principale caractéristique du combo, c’est d’exploser les limites de la norme sludge-doom-core en allant encore plus loin dans les mélodies et la limpidité d’un côté et en s’enfonçant jusqu’aux portes d’un black metal pour toucher du doigt (et de la voix) le noir absolu de l’autre. Et quelques soient les extrêmes, c’est réalisé avec une grande classe et on

Excellente découverte, Moanaa démontre qu’on peut encore s’extasier sur un style qui résiste au temps et à la passion qu’il a développé ces dernières années et que même juste après la bataille (on peut imaginer que la grosse vague est passée...), on peut encore tomber sur des combattants de très haut niveau prêts à en découdre avec les meilleurs (mêmes si ceux-ci sont en retraite anticipée). Avec en plus un très gros son et un superbe artwork, il y a tout pour vouer un culte à Moanaa. Oli

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LES DISQUES DU MOMENT

AbrahmA

Reflections in the bowel of a bird (Small Stone Records) Parisiens de posséder une personnalité bien affirmée ainsi qu’une obsession pour le songwriting de qualité qui habite la galette du début à la fin. La mettre dans le lecteur, c’est ouvrir une boîte de Pandore qui ne se referme jamais et dont on redécouvre le contenu à chaque écoute. Les ambiances crépusculaires, aussi complexes que prenantes, donnent à Reflections in the bowel of a bird un parfum d’épopée heavy épique, dangereuse et intense. Aussi sombres qu’envoûtants, les titres de l’album s’enchaînent avec maestria tels les versets d’un livre saint, la cohérence en plus.

Je suis tenté de conclure dès maintenant en t’ordonnant d’acheter cet album... Mais pour avoir l’air un minimum impartial je vais quand même essayer d’argumenter et d’expliquer pourquoi Reflections in the bowel of a bird est un chef d’œuvre made in France comme on en voit que trop rarement et qui mériterait d’être défendu par Arnaud Montebourg lui-même. Déjà, la pochette, rien que ça. Après tout c’est le premier contact que l’on a avec l’album, du moins quand on se les procure en physique. Alors commençons par le début : l’artwork est une véritable œuvre d’art signée Jàlon de Aquiles, dont les magnifiques travaux sont visibles sur enjalonate. blogspot.fr et qui signe ici une superbe peinture au psychédélisme aussi fascinant qu’effrayant. Un artiste probablement doué de synesthésie tant l’imagerie reflète à merveille la musique que son illustration renferme. Car il y a à boire et à manger dans ce second effort livré par Abrahma, qui a notamment mis l’accent sur des compos aussi aériennes qu’Heavy. Le titre d’ouverture à lui tout seul procure des sensations qu’on n’ avait pas ressenties depuis la première écoute de Badmotorfinger. Le spectre des grandes heures de Soundgarden et d’Alice in Chains plane en effet au dessus de cet album aux multiples facettes. Ce qui n’empêche pas les

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Abrahma possède ce qu’il faut de fureur et de magie, alliant à la perfection les riffs burnés et les mélodies incantatoires d’outre-tombe. Dépeignant des paysages aussi apocalyptiques que vastes et magnifiques, le groupe nous invite dans un voyage interstellaire qui mettra notre imagination à mal. Jamais chiant, jamais trop long, jamais trop court, toujours passionnant et imprévisible, ce second album est une aventure quasicinématographique ambitieuse et aboutie qui n’a rien à envier aux canons anglo-saxons du genre. Ce n’est après tout pas pour rien si nos petits frenchies ont réussi à se faire leur trou au sein de Small Stone Records, avec la présence d’Ed Mundell en featuring pour la seconde fois, preuve que les grands esprits finissent toujours par se rencontrer, et faire de la grande musique. Promis, ce n’est pas mon chauvinisme compulsif qui parle. Reflections in the bowel of a bird est indéniablement l’un des meilleurs albums de rock heavy qu’il m’ait été donné d’entendre jusqu’ici. Je tire donc tout simplement mon chapeau, en espérant qu’Abrahma saura trouver le public qu’il mérite chez nous comme à l’étranger. On a du mal à imaginer comment le prochain album pourrait dépasser une barre déjà si haute, mais de toute façon y a de quoi rêver pendant un bon bout de temps. Elie


5 PUBs à placer SOUNDCRAWLER THE REBEL ASSHOLES TRIBUTE TO BURNING HEADS CRUMBLE FEST + BLACK MOUNTAIN si on l’a à temps?

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TURZI C (Record Makers)

céleste maîtrisé que l’on retrouve d’ailleurs sur toute la première partie de ce disque. Romain Turzi parvient à mêler à merveille ses influences, nombreuses soientelles, si bien qu’en neuf titres son rock progressif teinté d’électronique peut, sans prévenir, devenir une musique de giallo à la Ennio Morriconne et Alessandro Alessandroni («Colombe»). Quand ce n’est pas le «Condor» qui nous attrape pour nous déposer sur un terrain où Can et Fela Kuti se seraient fort bien entendus. Certains trouveront forcément dans la musique de Romain Turzi d’autres références musicales plus ou moins éloignées, comme la musique électronique 70-80’s de Jean-Michel Jarre ou Tangerine Dream, ou celle des années 90-2000 d’Air ou Kavinsky avec qui le groupe est affilié par son label.

Turzi est un vrai maniaque. Après A en 2007 et B en 2009, il sort C, logique imparable pour un album dont chacun des neuf titres commence par un nom d’oiseau portant la lettre C. Une belle insulte à l’imagination, comme dirait notre ancien collègue Rémi. Et ce n’est pas son retour d’expériences au sein de Code Napoleon (groupe électro psyché dans lequel évolue avec lui Arnaud Rebotini et Kill For Total Peace) et sa revisite musicale du film «Nosferatu» qui ont fait perdre à Romain Turzi toute inspiration. Bien au contraire, son nouvel album a ce quelque chose de fascinant et de déroutant, une entrée dans un monde teinté d’onirisme psychédélique qui nous échappe un peu de prime abord tant les efforts entrepris dépassent le simple stade de la composition rock triviale avec ses couplets-pont-refrains. Et ce n’est pas pour nous déplaire, cela fait même un bien fou. Pour élaborer cet aventureux C, la bande de Turzi s’est regroupée dans un lieu isolé, un sous-sol humide sans eau ni lumière entouré d’instruments pour la plupart vintage. Un environnement dont s’est imprégné son auteur, servant ainsi de toile de fond à ses expérimentations sonores les plus farfelues. A commencer par cette introduction ténébreuse et mystique dans laquelle la soprano Caroline Villain exerce tout son talent, un lyrisme

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Les compositions difficilement étiquetables de C ne seraient rien sans ces arrangements minutieux qui leurs confèrent une certaine profondeur émotionnelle et une chaleur harmonique, surtout quand leurs humeurs à la fois angoissantes et salvatrices peuvent aliéner l’esprit. Voici donc un album chaudement recommandable pour ceux qui aiment se faire bousculer par les variations de styles et les beaux sons organiques et électroniques. Ted


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THE Rebel assholes Follow the line (Kicking Records, Productions de l’Impossible)

Ouais, The Rebel Assholes est de retour ! A l’aube d’entamer une tournée avec les Burning Heads et Not Scientists, le quatuor de Montbéliard a repris le chemin des studios pour nous proposer Follow the line, un EP agrémenté de six nouvelles compositions et d’une reprise, ainsi qu’un DVD de leur périple en Chine et au Japon en 2013. Attachez vos ceintures, ça va secouer !!! Le DVD tout d’abord. L’objet retrace les aventures d’un groupe de punk rock en tournée dans deux pays où ils ont tout à prouver car (quasi) inconnu au bataillon. Le tout avec son lot de galères, de fun et de rock ‘n’ roll. Une immersion au sein d’une culture à part, où la joie d’envoyer le bois dans des clubs biens équipés se mêlent aux doutes suite au plantage du promoteur chinois, laissant le groupe sans roue de secours. Mais le mieux est que tu te régales avec les images de nos quatre Français dans les contrés du soleil levant.

un tube en puissance. J’ai beau connaître le titre par cœur pour l’avoir entendu plusieurs fois en concerts, je ne peux que m’enthousiasmer quant au rendu dynamique et entraînant du morceau sur disque. « Addictions » est le parfait compromis pour les amateurs de passages mélancoliques et les aficionados de refrains rageurs. « Blind followers » est lui aussi un morceau entraînant avec ce très joli travail de Jean Loose au niveau des voix et un refrain déjà inoubliable. « Follow the line » est tout simplement du 100 % Rebel Assholes avec tous les ingrédients que le groupe sait mixer avec brio depuis le début de sa carrière. « Digital age » déboule sans crier gare à 100 à l’heure, et s’avère être (lui aussi) une réussite, bien que sortant des sentiers battus. Et après avoir commencé un tube, pourquoi ne pas terminer le merdier avec un autre tube ? « TV news » est mon deuxième coup de cœur sur cet EP qui regroupe l’ensemble des facettes d’un groupe fun mais appliqué. Cerise sur le gâteau, c’est la splendide reprise de la version punk de « Hey you » des Burning Heads qui clôture le disque, reprise avec laquelle le groupe crie son amour pour les Orléanais et impose sa patte en mode patron. A l’ouest, rien de nouveau. A l’est non plus, et c’est bien ça qui est bon : The Rebel Assholes confirme une nouvelle fois son talent et son ouverture d’esprit avec les brûlots composant Follow the line. Parfait, juste parfait. Encore une bonne raison pour sortir de chez soi et aller prendre une bonne dose de punk rock en concert, car TRA passera forcément près de chez toi ! Bonzaï !!! Gui de Champi

Le CD (ou le vinyle) ensuite. Du Rebel Assholes tout craché : des mélodies à la pelle, de la puissance en veux-tu en voilà, et bien sûr des chansons vraiment bien branlées. Faut dire qu’on commence à avoir l’habitude, mais personnellement, je ne m’en lasse pas. Après une intro bien sentie, « Road sweet road » s’impose déjà comme

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > THE Rebel assholes The Rebel Assholes et W-Fenec, c’est une véritable histoire d’amour, avec uniquement les bon cotés. Alors que le groupe vient de sortir un EP accompagné d’un DVD retraçant une tournée en Chine et au Japon, on n’a pas pu résister à questionner Vava (basse) et Jean-Loose (chant/guitare) sur l’actualité du quatuor qui s’apprête à partir en tournée pour prêcher la bonne parole. Salut les gars ! Content de vous retrouver dans notre magazine. Je vous repose la même question que dans l’interview précédente (et ouais !) : que s’est-il passé pour vous depuis la sortie de Reactivated ? Vava : Yo le Gui ! Vaste question. Héhé. Et bien, il s’est passé pas mal de choses depuis ! Nous avons beaucoup tourné pour ce disque courant 2012 et 2013, dont une bonne flopée de dates à travers l’Europe avec Burning Heads, et nous sommes allés pour la première fois au Japon et en Chine. Durant toute cette période, on a vraiment concentré les efforts sur la promo du disque et sur les concerts. On a dû effectuer quelque chose comme 120 dates en tout. Ces 2 années correspondent clairement à la période dans toute la vie du band où l’on a dû faire le plus de concessions dans nos vies perso pour pouvoir se rendre un maximum disponible pour le groupe et ça en valait carrément la peine car on a vécu de superbes expériences comme cette tournée marathon avec les Burning ou encore le remplacement au pied levé de Trash Talk aux Eurockéennes en 2013, pour ne citer que ces exemples. De très bons souvenirs ! Mais bon, il a fallu qu’on calme un peu le rythme à un moment donné pour pas mal de raisons comme les enfants ou le boulot... On a quand même continué à donner une dizaine de

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concerts en France, répartis sur des week-ends entre janvier et juillet 2014, en compagnie de groupes amis (Flying Donuts, The Decline!, Dirty Fonzy, Guerilla Poubelle, Not Scientists...) et on a clôturé la saison concerts en beauté lors de l’Xtrem Fest à Albi en août dernier. Après ça, on ne savait pas trop comment on allait rebondir, si on allait ressortir du nouveau prochainement ou pas... On savait juste qu’on calmerait les concerts pendant quelques temps. Bref, ça sentait un peu la pause quoi ! Ca fait quand même 12 ans maintenant qu’on enchaîne sans réel temps mort et la fatigue se faisait un peu ressentir, enfin pour ma part tout du moins. Et puis, on s’est dit que ça serait quand même cool de programmer quelques répètes pour ressortir du placard des riffs qu’on avait rapidement fait tourner auparavant et se remettre vraiment à bosser de nouveaux morceaux, chose que l’on n’avait pas fait depuis un bon petit moment. C’est ce qu’on a fait à l’automne 2014 durant quelques week-ends de répète. Puis, tout est allé très vite. Enregistrement, préparation d’une sortie pour 2015, nouveau projet de tournée. L’idée à la base était de prendre un peu plus notre temps et de moins faire les choses dans le speed. Mais bon, comme d’hab, tout s’est enchaîné assez rapidement !


Le documentaire retrace votre épopée dans deux pays dont, personnellement, je ne connais pas grand chose en terme de rock : tout d’abord, comment avez-vous eu l’opportunité de vous rendre au pays du soleil levant ?

Comment avez-vous booké la tournée, sachant que je ne suis pas persuadé que Vava parle le langage local ? Vava : Il se trouve que Jean Rem, notre guitariste, connaissait un mec qui bosse depuis quelques années à Hong Kong et qui fait tourner de temps à autres des groupes au Japon et en Chine. Par contre, il évolue plus dans la scène métal. Comme nous n’avions aucune

connexion à l’époque pour jouer dans ces pays, que ça nous branchait bien d’y aller un jour et que le mec en question qui est quand même un très bon pote d’un des meilleurs potes de Jean Rem. Tu me suis jusque là ? Bref il était chaud pour nous filer un coup de main, on a sauté sur l’occase et décidé d’y aller un peu à l’inconnu... A l’ancienne quoi ! Il a booké les dates à Tokyo, 4 en tout, et a trouvé un mec, cette fois-ci plus spécialisé dans la scène punk et hardcore, pour monter la suite de la tournée en Chine. Après, ça a demandé beaucoup de suivi et ce fut quand même un peu compliqué à organiser, d’autant plus qu’ils confirment les dates vachement tard dans ces pays, du moins pour les petits groupes.

INTERVIEW TEXTE

On ne va pas tourner autour du pot, l’actualité du groupe, c’est la sortie chez Kicking Records d’un nouvel EP accompagné d’un documentaire sur votre tournée en Asie (Chine/Japon). On va faire dans l’ordre : pourquoi un EP et pas un album complet ? Vava : Plusieurs raisons à cela. Tout d’abord, on ne se sentait pas d’enchaîner direct sur un album. Et en même temps, on commençait à traîner notre set depuis un bon petit moment et on ressentait le besoin de faire du nouveau, d’une part pour se faire plaisir et d’autre part pour créer de l’actu et relancer de nouveaux projets à moyen terme sans s’enflammer non plus. On s’était dit qu’un EP pourrait être cool et serait un bon compromis. On avait aussi ce documentaire sur notre tournée de l’extrême au Japon et en Chine en septembre-octobre 2013, réalisé par notre ami Romain Bouchu aka « Butch » de Scopa Films, qu’on avait juste diffusé courant mai 2014 dans un ciné à Audincourt et dans un FJT à Besançon. On trouvait que ça serait dommage de le balancer juste sur le net sans lui donner une réelle second vie, vu l’investissement que ça a demandé. On a donc choisi, après discussion avec M. Cu de Kicking Records, de réunir dans un même objet, en l’occurrence un joli boitier DV-Digipak, le docu et l’EP.

Je n’ai pas eu encore l’occasion de mater le docu, mais j’ai ouï dire que tout ne s’est pas passé comme prévu sur place : sans dévoiler tous les secrets du DVD, vat-on retrouver des scènes identiques au docu This is anvil où ça loose de temps à autre ? Vava : Effectivement, tout ne s’est pas vraiment passé comme prévu, notamment en Chine. Je dirais même que rien ne s’est passé comme prévu ! Héhé. Mais bon, je ne veux pas trop en dire plus. Tout ça apparaît dans le docu et je ne voudrais pas gâcher la surprise. Mais oui, il y a des scènes où ça loose pas mal ! On aurait pu faire un mix des meilleurs moments en faisant croire que tout s’était super bien passé. Avec des images, on fait un peu ce qu’on veut tu sais. Mais bon, ça aurait été ridicule et ça ne nous ressemble pas ! L’idée de base était que notre pote vidéaste qui nous a accompagné sur la tournée suive notre quotidien au jour le jour dans cette épopée un peu folle, sans que ça s’apparente à de la télé-réalité non plus, hein ?! (rires) Comme on voulait que le rendu colle à la réalité de ce qu’on a vécu sur place et que l’ensemble soit cohérent, on a forcément laissé au montage les plans loose. Pour le coup, il n’y a pas de tricherie ! Au final, je pense qu’on ressent une certaine forme de sincérité dans ce docu même si je ne suis pas très objectif pour le commenter. On verra bien les retours qu’on aura ma foi... En tout cas, nous avons eu pas mal de retours positifs suite à la diffusion au ciné l’année dernière, ce qui est plutôt bon signe. J’en profite pour remercier au passage notre ami Butch pour tout le boulot qu’il a effectué ... tournage, montage.... car ça n’était pas une mince affaire ! Pour terminer sur la partie docu, comment analysez-

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INTERVIEW TEXTE

vous, à froid, cette expérience qui a dû être enrichissante ? Prêts à y retourner ? Le public chinois/japonais est-il calé en punk rock ? Faites nous rêver ! Vava : Allez, à froid, comme ça. Je dirais déjà que cette tournée est clairement à part dans tout le parcours du groupe. Comme je le disais précédemment, on est parti un peu à l’inconnu en faisant confiance à un pote qui nous a ouvert une porte là-bas. On va dire que c’était un premier pas dans ces pays qui nous a permis de voir de nos propres yeux comment ça se passe là-bas et d’être un maximum dépaysé. Au final, on aura connu pas mal de galères mais on aura aussi vécu des moments incroyables et fait de superbes rencontres ! On aimerait bien pouvoir retourner au Japon, tourner à

travers le pays et ne pas jouer seulement à Tokyo. On verra si l’occase se représentera mais j’ai maintenant quelques connexions de mecs bien plus spécialisés dans la scène punk rock donc ça pourrait éventuellement se faire. Faut juste qu’on dégage du temps pour ça. Bref, ça n’est pas prévu pour l’instant mais ouais. Je kifferais vraiment pouvoir y retourner car on a adoré Tokyo. Cette ville est complètement folle ! Concernant la Chine, euh. On va attendre un peu hein. (rires) On verra bien si une bonne opportunité se présente...

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Mais bon, je ne pense pas qu’on se déchirera pour y retourner. Y’a tellement d’autres pays qu’on aimerait faire ! Follow the line contient 8 titres, dont une cover. Quel est le fil conducteur de cet EP ? Ça raconte quoi en termes de textes ? Jean Loose : Il n’y a pas vraiment de fil conducteur. Les lyrics parlent de la route... pas des BTP, de la route avec l’orchestre hein ! Mais aussi la téloche, l’ère des internets, du voyeurisme et de la démonstration, du fait que la vie c’est quand même mieux quand on reste tel qu’on est sans retourner sa veste tous les 4 ans... Je ne dis pas qu’il ne faut pas évoluer, mais il y a des limites ! Des gens qui tombent dans les excès : cames, tise, cul... sans savoir où ils vont et n’arrivent pas à s’en sortir, et de certaines personnes dont la vie est une pâle copie de quelqu’un qu’ils auraient pu avoir comme « modèle » à un moment donné... On en revient à cette histoire d’intégrité. Bref, la vie, un peu, surtout, la mienne et ce qui m’entoure, un point de vue. Comment s’est passé le processus de composition ? Il y a certains morceaux que vous jouez depuis quelques temps en live genre « TV news » et « Road sweet road »... C’est pas compliqué pour Jean Loose de gérer enregistrement et prises guitare et chant et d’avoir le recul nécessaire ? Jean Loose : Le processus de création a été assez rapide, on avait maquetté quelques titres fin 2012 et il était temps de les mettre en boîte. Quelques autres ont suivi en septembre 2014 lorsque l’on a décidé de s’enfermer pour mettre tout ça en place. En tout 7 nouveaux titres donc, dont 2 que l’on jouait effectivement depuis presque plus d’1 an en live et qu’il était temps d’immortaliser, 3 maquettés depuis 2 ans et qu’il fallait ressortir


Le disque sort en version vinyle chez Productions Impossible records, et la version CD chez Kicking Records : vous en avez mis du temps à rejoindre l’écurie de Mr Cu ! Est-ce que cette collaboration était inévitable et devait un jour avoir lieu ? Vava : Oui, on a également une version vinyle de l’EP qui sort chez Productions Impossible records et Kicking Records. Concernant Kicking Records, on est effectivement bien content de collaborer avec sur cette nouvelle sortie. On connait M. Cu depuis un bail, on est pote de longue date avec un paquet de groupes du label et on se retrouve complètement dans l’esprit et l’image qu’il véhicule. On l’avait déjà branché pour le précédent disque mais ça n’avait pas pu se faire, notamment pour une histoire de timing. Donc, ouais, on est bien content de cette collaboration ! La sortie de Follow the line coïncide avec la tournée qui se profile avec Not Scientists et les Burning Heads : ça devait vous démanger de reprendre la route avec les copains ? Vava : Carrément ! C’est toujours un plaisir de tourner avec les potes. C’est d’ailleurs ce qu’on fait depuis pas mal de temps. Ça doit bien faire 4/5 ans maintenant qu’on joue quasi toujours avec des groupes d’amis. C’est d’ailleurs ce que j’aime vraiment dans cette scène... L’échange de bons procédés, les tournées en plateau... Pour en revenir à cette tournée en mai avec Burning Heads et Not Scientists, on risque d’être une belle équipe sur la route et j’ai bien l’impression que tout le

monde est super chaud !

INTERVIEW TEXTE

du placard et 2 morceaux tout neuf amenés par Jean Rem que l’on a arrangé et répété juste avant d’entrer en studio. Et cette cover de Burning Heads que l’on avait aussi enregistré en août 2012 pour ce fameux tribute qui vient de voir le jour ! Pour l’histoire de la prod, j’ai 2 collègues au studio, Pierre & Mitch, qui connaissent bien le band et qui ont une oreille objective sur le truc. Je me suis vachement basé sur leurs points de vue pour avancer dans le bon sens lorsque l’on pouvait avoir un « doute » sur quelque chose. Notre ami sonologue « boule de feu » m’a aussi filé un bon coup de patte en écoutant les différentes étapes du mix. Pour le reste, je n’appuie heureusement pas sur le bouton « rec » lorsque je joue ou chante et j’ai l’avis de mes compères du band et du studio pour valider ou non les choses... Mais oui, je ne te cache pas que je ne supporte plus m’entendre après 2 jours de mixage et des écoutes interminables des différentes étapes de mix. Mais bon, avec le temps, je m’habitue et arrive à prendre du recul et à faire la part des choses.

Sur le disque figure une cover très réussie des Burning qui figurera également sur un tribute à paraître prochainement chez Kicking Records, Buzz Off Records et Blackout Prod. Toujours amoureux de ce groupe ? Vava : Bien sûr ! Ils font clairement partie des groupes qu’on vénérait au lycée... c’est-à-dire il y a plus de 15 ans... et qui nous ont donné envie de monter un groupe de punk rock. Ils nous ont beaucoup influencés au fil des années que ce soit au niveau de la musique, de l’esprit ou de la démarche. Quand tu vois que les mecs tournent depuis 25 ans sans relâche, qu’ils s’autogèrent depuis bientôt 10 ans après tout ce qu’ils ont vécu et qu’ils sont encore là à sortir des disques et à tout donner sur scène pendant 1h30, ça force vraiment le respect. Sans parler du fait que ce sont des gens adorables et qu’on s’entend hyper bien avec eux ! Jean Loose : Love ! Je vous libère mais avant, il conviendrait de m’en dire un peu plus sûr ce qu’il va se passer pour les Rebel dans un avenir plus ou moins proche. Ça bosse déjà sur un album ? Ça va enquiller les dates ? Car c’est pas ça, mais comme je vous aime bien, je voudrais rien louper sur les prochaines étapes du groupe. Et vous en profiterez pour dire un dernier mot qui vous ferait plaisir. Vava : Oula, chaque chose en son temps... On va déjà défendre cette nouvelle sortie et assurer les dates de prévues ainsi que celles qui sont en train de se monter à l’automne 2015. Après, vu qu’on risque de tourner un peu moins qu’auparavant à l’avenir, faute de temps disponible, on va essayer de se remettre à composer au fur et à mesure et de consacrer un peu plus de temps aux répètes. On verra bien si on sortira un album ou un split avec un autre groupe plus tard.... On en reparlera dans quelques temps. Sinon, merci à toi et à l’équipe de W-Fenec qui nous suit depuis pas mal d’années maintenant. Longue vie au mag ! Jean Loose : On t’aime aussi mon Gui, et oui, vivement la suite ! Avant nos 35 balais j’espère ! Merci à Vava et à Jean-Loose. Photos : Bartosch Salmanski - M4tik photographies Gui de Champi

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MAGNETO

Science of attraction (Some Produkt, A tant rêver du roi) songwriting à fleur de peau. Un beau moment dont les «Cause I’m feel it» raisonneront longtemps dans vos caboches. Tout ce que l’on pourra reprocher à ce Science of attraction, c’est que 7 titres, ça paraît assez peu mais il n’y a rien à jeter et en plus, comble du bonheur, le groupe a eu l’excellente idée de sortir un split avec les non-moins excellents Pylone (remember le fracassant Things that are better left unspoken...). Le split en question est doté d’un artwork «Fishbone-ien» et de quatre morceaux qui méritent sacrément le détour.Tu peux donc faire une commande groupée pour ces deux sorties qui font plaisir aux oreilles... David Cet album de Magneto est sorti en octobre 2014 (oui c’est une chronique séance de rattrapage) mais aurait tout aussi bien pu voir le jour dans les années 90 sur les labels Dischord (Fugazi, Faraquet, Shudder To Think...) et Touch and Go Records (The Jesus Lizard, Shellac...). Oui, il s’agit bien d’indie-rock avec un net penchant pour la sécheresse noise. Les influences sont facilement et immédiatement identifiables mais c’est suffisamment classe pour qu’on y replonge sans aucune once de résistance. Et tu serais bien con de résister. Parole de Fenec (avec un seul n, comme schneck, histoire de reprendre un mot qui ressemble vaguement...) Dès le premier titre, «Greed», le boulot de séduction est déjà assuré avec un morceau aride, tempéré et percutant à la manière d’un Shellac qui aurait forniqué avec Fugazi. Les muscles sont saillants et secs comme à la belle époque de Scottie Pippen, les intentions sont excellentes et marquent rapidement les esprits. Bref, c’est la boulette pour les amateurs. La suite ne fait que prolonger le plaisir d’écoute avec «Stuff» et sa belle baston basse/batterie qui conclut le morceau de manière vindicative. La force de frappe, c’est bien mais les émotions c’est cool aussi et «Feel it», la troisième plage, offre un exemple de ce que le groupe sait faire en terme de

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LES DISQUES DU MOMENT

NESSERIA

Fractures (Deadlight Entertainment)

Sombre, violent, désespéré et enragé, Nesseria n’en a pas terminé avec nos oreilles, revenant avec Fractures pour nous les faire saigner davantage. Faisant preuve d’une énorme maîtrise dans la volonté de tout transformer en chaos, l’anéantissement de ce qui se dresse devant Nesseria pourrait sembler aisé mais le groupe se donne un malin plaisir à jouer avec ses proies, laissant toujours un peu de répit avant d’en remettre un coup, pas toujours fatal, les magnifiques instrumentaux centraux («Fractures») et finaux («Omayra») tout en contraste et en émotions laissant augurer une suite alléchante. Car le travail de destruction ne sera certainement jamais achevé, notre société n’étant pas du genre à se bouger pour changer dans le bon sens, les Nesseria auront toujours quelque chose à hurler et à combattre. Parce que l’une des pierres angulaires du groupe, ce sont ses messages, distillés en français (et à peu près audibles), ils vont de paire avec la musique : entre constat d’un monde passif (Le soleil se lève quoi qu’il arrive. Que tu te lèves ou pas) où l’économie prévaut sur l’humain (Le salaire minimal, seulement légal, à défaut de pouvoir moins payer. Parce que la machine encore coûte plus cher, mais finira par te remplacer) et dans lequel certains humains n’ont pas développé de

nombreuses facultés intellectuelles... Une des plus belles cibles, c’est «Civitas», cette asso catho fondamentaliste qui a défilé pour l’inégalité des droits... Le groupe a joué avec l’hymne et les valeurs pour les attaquer sur leur terrain avec des images à la hauteur de leurs arguments, c’est-à-dire proche du caniveau : Allons enfants de la latrine, le jour des porcs est décidé ! Contre ceux d’une autre vie, l’étendard ranci est levé ! Entendez-vous dans le journal baver les réactionnaires, qui viennent jusque dans les bars vomir leurs arguments minables ? Aux armes. Aux armes ! Je doute que beaucoup d’entres eux n’écoutent ce genre de musique (forcément oeuvre de Belzébuth) et ne recevront le message mais ça fait bien plaisir de le gueuler. Le chant éraillé transmet bien cette énergie rageuse qui se dégage de Fractures mais les écorchures viennent également des variations dans les approches en terme de riffs, on a aussi bien le droit à des moments pas si éloignés du black métal («Le malheur des autres») que des attaques dignes du plus classique heavy rock’n’roll («Cent mille fois par jour») et même des mesures assez calmes («Ceux qui restent»). On a beau être toujours sur le qui-vive, on se fait forcément surprendre les premières fois... ... Et si on vacille, on risque la chute et pourquoi pas des Fractures... Cette amalgame d’envies et d’influences mixée à la noirceur de textes qui appellent à la révolte font de ce nouvel opus de Nesseria une grande réussite. Combiner autant de facettes derrière une étiquette «métal extrême» n’est pas chose facile mais les Orléanais démontrent une nouvelle fois qu’ils sont capables de faire le meilleur avec le pire. Oli

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LES DISQUES DU MOMENT

JONATHAN BENISTY Pénélope circus (Ubik Production)

Jonathan Bénisty est un touche à tout qui depuis quelques années nous fait découvrir son univers par sa musique et des vidéos très graphiques. Pénélope circus est son troisième album après Abdominal en 2007 et Les variations de l’éther en 2009 (celui-là nous a échappé). S’il joue avec facilité de la basse, de la guitare ou du piano et a un joli brin de voix, il s’entoure de quelques amis quand il s’agit d’enregistrer dont notamment Laurian (différents claviers et glockenspiel), Richard (guitare, déjà connu pour ses participations dans d’autres groupes dont Stereozor), Thecle (violoncelle) ou Jimmy (batterie) pour ne citer qu’eux sur ce troisième opus. Avant de parler de la richesse des compositions, il me faut m’attarder sur le superbe artwork qui montre la collusion de deux mondes, où comment se promener en barque sur le toit d’une usine dans un réservoir d’eau aussi inquiétant que celui de Dark water. C’est un très beau travail sur l’image qui en plus ouvre une réflexion sur nos sociétés. La dualité entre le champêtre, la nature d’un côté et le prix du changement de notre mode de vie de l’autre est un thème cher à Jonathan Bénisty qui se force à croire que tout n’est pas si mal même si l’avenir semble sans issue.

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Musicalement, Pénélope circus m’emmène dans tout un tas d’endroits chaleureux que j’apprécie particulièrement, le travail sur les ambiances sur les traces d’Archive («No way out»), certaines mélodies pop du côté d’une référence vénérée qu’est Pink Floyd («Tout n’est pas si mal»), les orchestrations à cordes vers un Ez3kiel qui croiserait la poésie d’Arman Méliès («Pour une flamme») voire nous font carrément remonter le temps avec des emprunts assumés à Beethoven («Il y aura la tempête»). Et si on peut penser à plein d’influences, quand le bassiste de formation se lance dans un magnifique titre instrumental d’une dizaine de minutes («The ballad of the inner seas»), ça ne ressemble pas à du post-rock ou à ce qu’on a l’habitude d’entendre en instrumental. Sur la majorité des titres, on bénéficie de textes en français (ou parfois en anglais) avec des mélodies plutôt pop, mêmes si de nombreuses guitares distordues donnent un goût très rock à l’ensemble, les rythmes et les tonalités sont encore très variés ce qui fait qu’au final, on ne s’ennuie pas un instant durant la petite heure de Pénélope circus. Tu l’auras compris, cet album est une grande réussite et on te le recommande chaudement. Oli


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5 PUBs à placer SOUNDCRAWLER THE REBEL ASSHOLES TRIBUTE HEADS

TO

BURNING

CRUMBLE FEST + BLACK MOUNTAIN si on l’a à temps?

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CANCER BATS Searching for zero (Metal Blade)

teur négocie plutôt bien son nouveau registre de voix. C’est peut être ça finalement, cette recherche du zéro : une recherche de tempérance et de juste milieu, d’équilibre en quelque sorte.

Le titre de ce nouvel album est peut être finalement plus métaphorique qu’il n’y paraît. Attendu depuis trois ans, les canadiens de Cancer Bats ravissent toujours leurs fans par des albums survitaminés capables de rendre fou n’importe quel mosheur, y compris celui qui est peu adepte du chant hardcore moderne pratiqué par le groupe... De ce point de vue là, pas de déception à l’horizon comme l’annonce «Satellites», le titre d’ouverture et son intro faite de chœurs insurrectionnels et de percussions martiales qui déboulent rapidement sur une barbarie tout aussi virile que fraternelle. Une ambiance qui se confirme par la suite sans trop de dommages si ce n’est ceux causés à votre nuque. Non, ce qui étonne c’est cette tentative timide d’explorer des horizons un peu plus « mélodiques » sur quelques titres. Si tous les groupes adepte du bourrinisme passent par cette phase, il est important de remarquer que Cancer Bats se plante bien moins violemment que les autres. Si le refrain de «Cursed with a conscience» gâche effectivement tout un morceau qui aurait put s’avérer bon, il faut reconnaître que «Beelzebub» réussit plutôt bien son coup avec un tempo pachydermique et un refrain ultra guerrier, même constat pour «Dusted» où le chan-

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Or Searching for zero est un album qui s’écoute tout seul et qui ne souffre que de très peu de faiblesses. Variés tant au niveau tempo qu’au niveau riff, les dix morceaux s’enchaînent comme des shots à l’happy hour sans que l’ennui ou la routine ne pointe son nez. La seule vraie chose qui pourrait pâtir à cet album, c’est surtout la prod absolument dégueulasse et déséquilibrée que leur a pondu Ross Robinson. A moins d’avoir un système son hors-pair qui vous donnera probablement une écoute sur-puissante, il faudra se satisfaire d’un son dominé et écrasé par les basses au détriment de tout le reste. Une bonne excuse pour aller plutôt voir ce que ça donnera en live, sans oublier d’amener ses protèges-tibias ! Elie


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Baby Chaos

Skulls. Skulls. Skulls. Show me the glory (Kicking Records)

C’est avec un déluge de riffs à la saturation douce que Baby Chaos renoue avec l’histoire, en quelques secondes, on oublie que 17 ans nous séparent de leurs précédents coups de médiator et on se retrouve plongé la fin des années 90, époque bénie du rock indé et d’une power pop qui sentait bon l’été quelque soit la saison. C’est que je l’ai écouté leur Love your self abuse, les bandes la K7 sont usées et menacent même de céder tant cette musique me parlait. Et me parle encore aujourd’hui. Le groupe comme moi ont presque 20 ans de plus mais mon plaisir d’entendre ces nouvelles compositions doit être comparable à leur plaisir de les écrire et de jouer ensemble à nouveau. A l’époque, c’étaient les «She’s in pain» ou «Hello» qui squattaient les ondes, aujourd’hui, si le paysage musical a bien changé, c’est du côté de «Blackbirds» qu’il faut aller chercher le hit imparable parce que si tous les morceaux sont bons (il n’y a rien à jeter), celui-là a un truc en plus, un supplément d’accroche dans la dynamique, une approche plus délicate dans la mélodie, une émotion plus intense qui fait qu’on succombe forcément. Baby Chaos en est d’ailleurs conscient puisqu’ils ont placé derrière le titre le plus calme de l’opus, «The whispering of giants», calme mais distordu et qui s’énerve au fur et à mesure qu’il progresse. Il est en effet impossible à Chris Gordon

et ses potes de ne pas libérer de l’énergie à un moment ou un autre, même si c’est parfois contenu («Out of the silence»), ça leur brûle les doigts d’envoyer des riffs à la fois mélodieux et puissants. Et d’ailleurs ça ne rate pas, puisqu’après les périodes plus ouatées, ça renvoie le pâté («Risk and writhing» est lui aussi un gros hit en puissance avec un petit goût de Ben Kweller dans la voix). Skulls. Skulls. Skulls. Show me the glory, derrière ce titre un peu mystérieux, on peut imaginer l’humilité et l’humour d’un Chris Gordon grand manitou (auteur, compositeur, producteur...) mais qui n’est rien sans son groupe, ses amis et sa famille. Si son frère a toujours été son manager, sa femme est à l’origine de l’artwork (cet aigle royal qui passionne les Ecossais, ce n’est pas Mogwai qui dira le contraire) et sa fille prête sa voix pour quelques choeurs... Et parmi les invités, très discrets, qui viennent renforcer quelques lignes de chant on trouve aussi Olivier (Dead Pop Club, Maladroit), Niall Holmes ou Alan Easton (The Day I Snapped...), leur présence est relativement anecdotique car elle ne marque pas spécialement les titres où ils interviennent, c’est donc plus un clin d’oeil à de vieux amis que de réelles collaborations. Ca donne également une idée de l’atmosphère qui a du régné quand le quatuor a remis le bleu de chauffe (à la demande de Ginger Wildheart s’il vous plaît !), le seul mot d’ordre était (encore une fois) «plaisir» ! En tout cas, c’est ce que je ressens en entendant ces compositions sucrées, enjouées, ciselées qui transmettent tant de bonne humeur à l’auditeur que je suis. Si jamais tu découvres Baby Chaos avec Skulls. Skulls. Skulls. Show me the glory, il faut impérativement que tu dégotes leurs premiers albums, que tu poursuives en chopant les Deckard et que tu creuses un peu plus loin autour parce que tu risques fort d’apprécier le ton de Radish (Restraining bolt), l’énergie d’Ash (1977) et l’insouciance de Nada Surf (High/Low), trois symboles parmi tant d’autres d’une époque finalement ... intemporelle ! Oli

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > Baby Chaos Presque 20 ans après l’album qui a cartonné et les a révélé, presque 10 ans après avoir croisé Chris dans un bar de Lille où il venait défendre un de ses autres groupes (Deckard), Baby Chaos est de retour pour de vrai avec un excellent opus, il était impossible de ne pas échanger de nouveau avec eux...

En 2005, on s’est vu à Lille pour une interview de Deckard, on avait terminé par «il y a 10 ans» (tu voulais savoir où était ta prochaine bière) et «dans 10 ans» et tu avais répondu «on continuera», pensais-tu que Baby Chaos serait de retour ? Non, il n’y avait pas de plan à ce moment-là. En fait, c’est un des Dead Pop Club qui m’a dit que ce serait une bonne idée, et même après ça, il a fallu encore quelques années avant que ça ne devienne possible. Le truc c’est qu’on ne voulait pas faire un come-back pour jouer nos vieux titres, il fallait avoir quelque chose de nouveau, donc quand les 4 membres originels de Baby Chaos se sont remis ensemble, on a réfléchi au fait de jouer avec un nouveau nom ! (rires) Finalement, nous avons décidé que c’était bon, nous pouvions de nouveau être Baby Chaos et faire quelque chose de nouveau et de voir comment ça faisait... Baby Chaos n’avait pas vraiment disparu car Deckard jouait encore quelques titres en live, qu’est-ce qui a déclenché ce retour ? Ginger Wildheart nous a demandé de nous reformer pour un de ses concerts qu’il donnait à Glasgow, comme il était un ambassadeur fantastique pour Baby Chaos et Deckard (et d’innombrables autres groupes) nous vou-

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lions vraiment le faire. Le concert a été génial et dans les semaines qui ont suivi, on a discuté de répéter et d’écrire des titres avec pour objectif un nouvel EP ou un album. C’était il y a 4 ou 5 ans... On a pris notre temps... mais tout le monde est très occupé et pas forcément au même endroit donc trouver le temps de répéter et d’enregistrer a été très difficile. 17 ans après, qu’est-ce qui a changé quand vous avez recommencé à composer ? Pour moi, je trouve le processus beaucoup plus facile maintenant. Quand j’ étais plus jeune, j’étais toujours très frustré de ne pas réussir à retranscrire ce que j’avais en tête dans ce que nous jouions ensemble dans notre local, mais maintenant je sais que ce que j’entends dans ma tête sera possible à faire même si cela nous prend un certain temps pour comprendre comment y arriver. Je pense que la technologie et les possibilités d’enregistrement actuelles m’ont énormément aidé. Nous ne pouvions pas nous permettre d’avoir un si bon disque si nous le faisions nous-mêmes dans le milieu des années 90. Ensuite, tu devais aller dans un très bon studio pour obtenir un bon résultat et il fallait un grand ingénieur du son dans un grand studio pour appliquer les petites touches qui faisaient la différence. Au final, ça coûtait


très cher, rien que la bande multi-piste te coûtait une somme rondelette.

Vous avez composé beaucoup de titres pour l’album ? Non, pas vraiment... La dernière piste est devenue «Habibi», qui a été en fait écrit comme un bonus track pour le Japon, mais on le trouvait tellement bon qu’on a ajouté cette plage sur l’album. Il n’y avait pas de quoi vraiment couper dans le tas, je savais que les chansons étaient bonnes et que nous pourrions faire en sorte qu’elles fonctionnent. Le fait d’avoir ton studio à Glasgow et de tout faire toimême en terme de production, c’est plus ou moins de pression vis-à-vis des autres ? (Rires) Non, ce c’est vraiment pas de la pression pour moi. Je peux prendre mon temps et faire avancer les choses correctement, j’ai pas mal d’expérience en tant que producteur et j’ai davantage confiance en mon travail, même si ce ne est pas tout à fait bon du premier coup, je finis par obtenir ce que je veux. Grant, le guitariste, m’a fait remarquer que la différence entre le premier mix et le deuxième était flagrante, il était vraiment enthousiaste, alors que je ne me souviens pas d’avoir fait grand chose à part quelques petites modifications... Parfois ce sont les petits trucs qui font toute la différence. Je pense qu’ils sont tous contents du boulot, à moins qu’ils n’osent pas me le dire ! (rires) Olivier Portnoi est l’un des invités, tu avais travaillé sur le Home rage des Dead Pop Club il y a 5 ans, pourquoi lui avoir demandé de venir chanter ? Il était à Glasgow, il jouait avec Maladroit et je lui ai dit de passer à la maison, il se trouve que le studio est à l’arrière, je lui ai fait écouter quelques pistes et lui ai demandé de chanter quelque chose parce que je voulais beaucoup de voix différentes pour telle et telle partie... Il l’a fait et surtout sur la première piste «You can’t shut us up», sa voix s’adapte parfaitement, je suis très heureux qu’il ait pu le faire, c’est un très bon pote même si nous

INTERVIEW TEXTE

J’ai retrouvé la fraîcheur et le dynamisme de vos vieux albums, vous avez fait attention à ce que vous composiez pour rester dans l’esprit Baby Chaos ou c’est juste dans votre ADN ? Ca nous semblait évident que si nous utilisions le nom Baby Chaos, il devait y avoir une sorte de correspondance avec nos deux premiers albums, mais nous sentions que nous pouvions la cantonner à quelques chansons uniquement, puis juste laisser notre inspiration nous guider pour le reste de l’enregistrement.

ne voyons que très rarement. 2 titres sont co-écrits avec Craig Grant avec qui tu tu jouais dans Union of Knives, finalement presque tout le monde est là sur cet album ! Qui aurais-tu aimé y voir participer également ? Je voulais vraiment que Craig participe, au moins qu’il puisse chanter sur l’album mais il habite désormais à l’autre bout du pays en Cornouailles... Je suis très heureux des différentes participations, c’était très ouvert et ça c’est fait en fonction des gens qui passaient au studio, peu importe quand. J’apprécie que ma fille Matilda chante sur un titre, même si ma femme pense que sa prononciation n’est pas parfaite, je trouve ça très mignon. C’est important d’impliquer la famille dans le projet Baby Chaos ? Ca me semble juste naturel. Je travaille à la maison, j’amène régulièrement mes enfants à l’école ou à la garderie, ils passent tout le temps me voir dans le studio, Lucy et moi avons travaillé sur différents projets musicaux par le passé, c’est comme ça que j’aime faire de la musique. Cet aigle sur la pochette ressemble beaucoup à celui de Mogwai, tous les groupes écossais sont fans de fauconnerie ? Ouais... Je ne connaissais pas cette pochette avant que l’on m’en parle. On a bien entendu montré la pochette à quelques personnes avant de la valider et personne ne nous a dit «hey, ça ressemble à celle de Mogwai». Je pense que si quelqu’un nous avait fait la remarque, on n’aurait pas utilisé cette image mais voilà, c’est fait... C’est une peinture de ma femme qu’on a modifié, au départ l’aigle portait un bonnet de bain rose... Et je ne rigole pas, le décalage, c’est une des marques de fabrique de ma femme... Bref, on cherchait une image qui puisse devenir facilement une icône, quand j’ai vu celle-là, j’ai pensé que ça fonctionnerait. On avait émis l’idée d’utilisé l’image partielle d’une femme, comme pour les deux premiers albums mais on n’a pas creusé cette piste, dans tous les cas, je suis très content de cet artwork, je l’aime beaucoup. Désolé Mogwai. Vous allez venir jouer en France ? Oui, carrément. Peut-être que ce sera avec Dead Pop Club, rien n’est bouclé encore mais c’est dans les cartons et on veut absolument venir en France, et ce sera certainement cette année. Baby Chaos avait eu pas mal de succès, vous avez des

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INTERVIEW TEXTE

attentes particulières du public français ? Après un aussi long break, c’est vraiment difficile de savoir à quoi s’attendre mais la France a toujours été super cool avec nous donc avec un peu de chance quelques personnes se souviendront de nous et achèteront le disque et on espère qu’ils auront une bonne surprise et penseront qu’on est toujours bons voire même meilleurs que par le passé. Kicking Records sort le disque chez nous, tu les as choisis avec les conseils d’Olivier ? Oui, quand Olivier est passé, je lui ai demandé conseil et il m’a dit qu’il sonderait Mr. Cu de Kicking Records pour voir s’il était intéressé. Et il l’était. Il a réussi à nous faire distribuer par PIAS donc tout s’est super bien mis en place. L’autre jour, j’ai reçu un mail bien sympa de Mr. Cu, il disait qu’il écoutait le disque tous les jours. C’est tellement bon de savoir que les gens qui nous aident apprécient notre musique. Tu connais des groupes qui sont sur le label à part Dead Pop Club ? Pas vraiment non. Mais j’ai vu qu’ils avaient sorti un tribute aux Burning Heads et je me souviens d’avoir fait plusieurs concerts avec eux au milieu des années 90... En 2014, vous avez fait quelques concerts avec Ginger Wildheart. Ginger a joué de la guitare avec vous, The Wildhearts a repris «Rearrange you» sur leur album Stop us if you’ve heard this one before Vol. 1 il y a quelques années, quelle relation vous avez avec lui ? On peut imaginer une tournée commune à travers l’Europe ? C’est un mec en or, un vrai soldat de la musique, un porte-parole authentique, un pionnier pour ce genre musical dans lequel on se retrouve. On ne se voit pas très souvent mais à chaque fois, on est très heureux de se croiser. On est très reconnaissant de toutes les jolies choses qu’il a dites sur Baby Chaos et Deckard. Et on lui doit beaucoup dans notre reformation, c’est lui qui a insisté pour qu’on fasse ce concert. On pourrait faire une tournée commune, on verra, on a failli faire un album ensemble et puis il a plein d’idées dingues (rires)... Et pour finir, dans 10 ans, tu t’imagines comment ? Je me souviens de Trent Reznor disant qu’il ne voulait pas jouer «Head like a hole» quand il aurait 50 ans, et puis il s’est pas mal réinventé comme compositeur de musique de film donc il arrive à gérer ça. C’est comme s’il se disait «je bosse sur ce truc donc tant que je créé et que j’avance, je peux continuer de jouer «Head like

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a hole» de temps en temps histoire de faire plaisir au public». C’est à peu près ce que je ressens pour Baby Chaos même si bien sûr, on n’est pas vraiment au même niveau (rires) ! Il y a quelques années quand on a commencé à composer cet album, je ne savais pas trop si je voulais vraiment refaire un album de rock... Et puis je me suis laissé porter pour voir où on allait, j’étais dans une pièce avec trois de mes meilleurs potes, ils voulaient le faire, je pensais que je devais en être, alors voyons voir... Ca a pris forme très vite et particulièrement pour le chant que je trouve assez cathartique, ça permet de sortir tous les trucs qui le devaient... Bref, dans 10 ans, je pense que si je suis encore inspiré et créatif, d’une manière ou d’une l’autre, je jouerais encore avec Baby Chaos, peut-être avec Union of Knives, pourquoi pas un poil avec Deckard et certainement au moins un autre nouveau groupe dont je ne sais encore rien ! (rires) Merci à Chris pour sa disponibilité et sa bonne humeur ainsi qu’à Mr Cu, toujours au taquet quand il faut bien faire ! Bises à Tiff pour le coup de main sur la trad’. Photos : Nic Gordon Oli


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LES DISQUES DU MOMENT

BOTIBOL

Murs blancs (Animal Factory)

Deux ans après l’EP The wild cruise, qui nous est passé sous le nez à l’époque pour je ne sais quelle raison, Vincent Bestaven aka Botibol présente Murs blancs, un deuxième album qui tranche avec sa folk-pop orchestrale entendue sur ses premières productions. Même s’il reste tout de même quelques instants de pop féérique parsemés sur la galette («Sharks» doit être en ce sens la chanson la plus suave de la liste, si ce n’est pas l’unique, sans compter la partie de piano jazzy de «Croyez-moi»), cette dernière met l’accent sur une atmosphère bien plus électrique et enfiévrée. C’est accompagné de son acolyte Antoine Pasqualini (ex-frontman d’Arch Woodmann, désormais en solo dans Monolith Noir) à la batterie, de Mathieu Hauquier au bugle (instrument à vent de la famille des saxhorns) et de Cyrille Gachet au trombone, que ce membre du collectif Iceberg (dont font partie, entre autres, J.C. Satan, Crane Angels et Petit Fantôme) nous propose donc un opus rock garni de pulsions salvatrices qui va autant puiser ses inspirations dans le psychédélisme seventies, l’indie-rock nineties voire le noise-rock eighties. Avec Murs blancs, Botibol expose les progrès de son art en forçant le trait sur l’expression de guitares capricieuses dont le caractère hargneux («December»,

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«White walls») et adipeux («Windy morning», «La classe ou la mort») peut, d’un simple changement de piste, devenir enjoué et voluptueux («Jerk», «Croyezmoi»). C’est exactement là où réside la force de ce LP qui combat l’ennui par ses contrastes, sans faire fi des mélodies lumineuses et éthérées pour tout rêvasseur qui se respecte. Et puis, une fois n’est pas coutume, on salue le travail d’enregistrement et de mixage réalisé par son géniteur avec l’aide de son tromboniste ingénieur du son (qui a bossé avec Year Of No Light et Bagarre Générale) et propriétaire du Dick Doom Studios à Bordeaux. Une production peaufinée à la hauteur des ambitions de Vincent Bestaven qui a récemment été désigné parmi les dix finalistes du prix Deezer Adami en compagnie notamment de Jessica93. Une distinction qui n’est pas volée et qui finira, on l’espère, par une récompense car comme dit l’adage, le travail finit toujours par payer. Ted


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VALSE NOOT

So straight architecture (Autoproduction)

Trois ans après un EP éponyme remarqué, les Brestois de Valse Noot viennent remettre le bordel dans tes oreilles avec un album long format dans la droite lignée de leurs trois premiers titres. Le premier point d’accroche, c’est bien sûr cette très belle pochette mixant encore une fois couleurs, formes géométriques et photo ancienne, le résultat est encore plus réussi que sur le déjà très beau Valse noot, bravo à Bigno(i)se qui réalise aussi de superbes affiches. Le deuxième point d’accroche, c’est logiquement le premier titre de l’album mais là, question de goût personnel, je ne trouve pas que «Delta» soit le mieux placé pour exciter l’auditeur volatile. Certes, c’est un titre qui correspond tout à fait à l’univers de Valse Noot avec un gros travail sur les sons, l’ambiance et des variations régulières de ton qui sont autant de fausses pistes avant de nous emmener au coeur du titre où le chant répétitif et peu inventif crée une sensation de malaise. On a donc tout ce qu’apprécie le groupe mais également un tas de trucs qui peuvent faire peur à celui qui voudrait kiffer sa race dès les premières secondes... Pour comprendre et aimer «Delta», il faut être mis en condition et, d’après moi, d’autres morceaux, plus faciles d’accès auraient formé une meilleure porte d’entrée dans ce monde

particulier. Pourquoi pas le survitaminé «Run off the main» qui insuffle une énorme énergie et un peu de folie ? Ou encore «Out of my mouth» ou «My eyes will not dry» qui plairont immédiatement aux amateurs de noisy rock matheux ? Le groupe a certainement ses raisons pour son choix, il nous faut le respecter et pour moi, au final, peu importe puisque j’écoute l’intégralité de l’opus dans tous les cas ! Si sur l’EP, on sentait l’influence dans le chant de SOAD ou de n’importe quel projet de Mike Patton, c’est ici bien plus diffus et sur quelques passages de «To smithereens», j’arrive même à imaginer Maynard James Keenan (Tool plus qu’A Perfect Circle) utiliser ce genre de débit ultra saccadé avant de passablement s’énerver... Expérimentant librement et distordant à foison ce qu’ils ont sous le coude, le quatuor est insaisissable et chacun risque d’y trouver des éléments référents à diverses formations, qu’elles appartiennent aux mondes du psyché, du math, de la noise, du jazz ou de je ne sais quelle chapelle ne dérangera pas les auteurs de So straight architecture... Si tu te lances à la découverte de Valse Noot avec cet album, surtout, écoute bien tout l’album et ne survole pas quelques titres au hasard, ton idée du groupe serait forcément faussée car avec ce genre de musique, il faut impérativement plonger tête la première dans le bordel pour espérer pouvoir l’appréhender... Oli

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LES DISQUES DU MOMENT

MONSTER MAGNET Milking the stars (Napalm Records)

Après des années de vaches maigres et de digressions Hard FM, Monster Magnet revenait avec Last patrol pour nous montrer qui était le patron. Les avis étaient unanimes, l’album était un chef d’œuvre, une réussite digne de Dopes to infinity qui avait enfin réconcilié tout le monde. A peine deux ans après, la bande à Wyndorf décide soudainement de nous sortir une nouvelle version de cette réussite incontestable et incontestée. Présenté comme une version avec « d’étranges vibes sixties », Milking the stars, même s’il est plus qu’un simple album remixé, obéit tout de même à une démarche plutôt étrange. Tout n’est pas réellement digne d’intérêt, loin de là, à l’image d’une piste d’ouverture présentant une version totalement superficielle et inutilement longue du «End of time» de l’album original, avec du synthé dans tout les sens et une batterie qui tourne en rond. On passera aussi sur un «Stay tuned (Even sadder)» qui comme son nom l’indique est juste... plus triste et larmoyant, avec un solo de guitare certes sympathique mais rapidement lourdingue. Sans parler de ce «The duke» relativement inintéressant avec de la batterie a la place des percus et un mix de l’ensemble qui fait vraiment collage. On a souvent l’impression de jouer à « avec les mains / Sans les mains ! ». Il faut attendre «No paradise for me» pour se mettre

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quelque chose d’intéressant sous l’oreille. Si la version n’est pas très différente, elle est légèrement rallongée avec une guitare super aérienne qui rajoute un peu de tension. Même constat pour «End of time» qui bénéficie avant tout de petits bricolages de mix et d’une ambiance sonore là aussi plus psychédelique, ou encore «I live behind the cloud» avec une voix étouffée qui change aussi un peu la donne. Bref, le diable est dans les détails comme le chante justement Wyndorf. Hallelujah par contre bénéficie d’un traitement plutôt original et intéressant puisqu’on a affaire à une espèce de version bayou cradingue avec un final apocalyptique qui rend le morceau vraiment intense. On découvre aussi deux pistes inédites : l’éponyme «Milking the stars» qui a le mérite de retenir l’attention de son auditeur. On est proche de l’ambiance d’»I live behind the cloud» avec une batterie jazzy et une ligne de chant plutôt inspirée, mais pas de quoi figurer en bonne place au milieu des autres morceaux de Last patrol. Rien à dire, vraiment, en revanche sur «Goliath returns», interlude instrumental sénile et tout à fait inutile qui viens faire retomber le niveau d’un album qui commençait à remonter depuis quelques titres. Difficile de pas faire dans le track by track donc tant l’écoute de cet album se résume quand même à décortiquer les caprices de mixage et d’overdubs dissimulés ça et là. Une écoute aux allures de Blind Test en somme qui consistera pour le fan chevronné a reconnaître les titre originaux dans une orgie de variations bien souvent inutiles. On a parfois l’impression de réécouter Last patrol pour la première fois de façon détournée, ce qui a le mérite d’être une expérience originale mais qu’on réitère difficilement. Milking the stars est donc définitivement une curiosité rare mais qui n’intéressera que les plus curieux. On a du mal a comprendre ce qui a motivé Monster Magnet pour sortir un tel truc qui n’intéressera quasiment personne après le succès de Last patrol. Probablement un délire de musiciens pris sur un coup de tête. Cependant il serait bon de vérifier si Dave Wyndorf est réellement redevenu clean... Elie


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UFOMAMMUT Ecate (Neurot Recordings)

les faces terreuses des participants menaceraient de tomber à chaque secousse tellurique envoyée par les enceintes. Parce qu’au risque de se répéter, Ecate est gras, assourdissant et si tu as de quoi envoyer du son dans ton système hi-fi, une diffusion assez forte peut remplacer le traditionnel époussetage de printemps, les vibrations étant capables de faire décoller la poussière, même la pire, celle incrustée sur les boîtiers cristal qui protègent tes CDs. Un comble pour des riffs aussi crasseux... Avant de conclure, on peut s’interroger sur les prochaines évolutions du combo qui, sur la fin de l’opus laissent entrer plus de lumière, après l’intermède «Revelation», «Daemons» se montre assez aéré et plus brillant que le reste, et oui, je l’avoue, j’ai un gros faible pour ce morceau qui achève le disque sur une excellente note. Après la doublette Oro: Opus primum et Oro: opus alter, Ufomammut délivre Ecate qui comme son artwork (superbe) l’indique, continue de labourer les mêmes terres bien que le trio délaisse encore davantage le côté psychédélique qui caractérisait son sludge à ses débuts. Place désormais à l’éloge de la saturation brute de décoffrage, rugueuse et qui va chercher les fréquences les plus graves pour nous procurer un maximum de sensations. Je soupçonne même les lascars de balancer des infrasons histoire de rendre sourdes les taupes, parasiter les discussions des girafes et à exciter les pachydermes.

Ufomammut n’a plus rien à prouver à personne si ce n’est qu’ils savent enquiller les albums de grande classe les uns après les autres sans que l’on puisse rien leur reprocher, dosant avec un grand talent des touches qui montrent une évolution vers la perfection ultime. Oli

Que les morceaux s’étendent sur une dizaine de minutes («Somnium», «Chaosecret» et «Daemon») ou soient «expédiés» en deux temps trois minutes («Plouton»), Ufomammut ressemble toujours à un rouleau compresseur qui chercherait à nous aplanir les oreilles. Il n’y a guère que sur «Revelation» que l’on sorte un peu la tête du trou, mais ce répit n’est présent que pour mieux balancer leur ultime titre à la rythmique diabolique («Daemons») parce que oui, les Piémontais ont aussi le sens du groove, enfin si tu es DJ à tes heures perdues, ne t’attends pas non plus à enflammer le dance floor avec ce tube, ou alors faut mixer dans une soirée zombies où

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LES DISQUES DU MOMENT

Larytta Jura (Creaked Records)

vida »). En conséquence les titres les plus mainstream apparaissent très vite comme un exercice de style (réussi) ; il suffit pour s’en rendre compte de lire le nom des pistes, tout cela n’est pas très sérieux. Néanmoins, alors que la première partie du disque s’avère très efficace, la seconde moitié, plus instrumentale, s’essouffle un peu : le trio « Jura », « Broken leg theory » et « Mi vida » met un sacré coup de frein à un LP qui démarre pourtant plein d’ardeur. Moins tapageuse, la fin de l’album dévoile tout de même un titre hypnotisant (« Medication »).

Duo suisse expérimenté fondé par Guy Meldem et Christian Pahud en 2004 à Lausanne, Larytta a très vite enchaîné les sorties à un rythme soutenu : un premier EP en 2005, puis un second en 2007, un premier album en 2008 (Difficult fun) et puis...plus rien. C’est donc après 7 ans d’un très long silence discographique qu’apparaît ce second LP 11 titres, Jura. Le disque va droit au but, ici il est davantage question de sensation que de réflexion. L’essentiel du propos se résume donc à 4 singles très solides : l’irrésistible « Osama Obama » (un croisement improbable de Metronomy et du dernier Strokes), « Revolution 10 », à michemin entre l’electro commerciale des Rythmes Digitales et le LCD Soundsystem, le relativement inquiétant « Love love banana », et le funky « All I do », que Michael Jackson n’aurait pas renié. On a globalement affaire à une house « à l’ancienne » (grosses lignes de basses, arpégiateurs en pagaille), très bien produite, ouvertement grand public, mais suffisamment arrangée pour retenir l’attention d’un auditeur plus exigeant. Alors certes, ça sent parfois un peu le réchauffé et la pop facile, mais le sujet est maîtrisé, et le duo s’évertue à ne pas produire des sons aseptisés à outrage (« Mi

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On reste au final assez abasourdi en se rendant compte du relatif anonymat du groupe, notamment en France ; espérons que ce second album leur apportera toute la reconnaissance qu’ils méritent car avec Jura, Larytta réussit le pari d’une musique accessible et inspirée, positive et de qualité. Hautement addictif ! Antonin


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Black RainbowS Hawkdope (Heavy Psych Sounds Records)

Pas moins de 4 ans se sont écoulés depuis la sortie de Supermothafuzzalicious, l’album où Black Rainbows avait enfin trouvé une recette qui faisait mouche. 4 ans pendant lesquels les Romains n’ont pas chômé pour autant en sortant un split avec Farlung ainsi que l’excellent EP Holy moon. Impossible donc de revenir avec un album en demi-teinte après autant d’attente et d’amuse-gueules savoureux. Et le groupe de Gabriele Fiori, fort d’un nouveau line-up encore plus incisif et performant, ne déçoit pas avec Hawkdope, son quatrième album et de loin son meilleur jusqu’à ce jour. On connaissait l’approche punk du groupe, ainsi que son obsession pour la fuzz. Mais cette fois Black Rainbows a ajouté à ses gros riffs une ambiance bien plus prononcée. Une ambiance faisant généralement défaut à leurs albums précédents qui, bien qu’excellents, ne possédaient pas la magie d’un album avec un grand A. Si les gros brûlots rock’n’roll sont toujours bien présents, et même meilleurs que jamais («Wolf eyes» et son intro à la MC5, «The prophet» qui ouvre l’album sans sommation) on découvre donc aussi un psychédélisme ensablé et incandescent. En somme, c’est comme si le train de Fu Manchu venait de se télescoper avec la voiture de Monster Magnet sur un passage à niveau au beau milieu du désert. Les Italiens s’aménagent même

quelques grands espaces pour jammer jusqu’à plus soif (l’éponyme «Hawkdope» et son pont épique, ou encore l’excellent «The cosmic picker» qui termine l’album en apothéose). Cette approche hybride, à la fois plus apaisée et planante fait d’Hawkdope un album savamment coloré tout en restant simple et direct, et qui possède donc cette fameuse « magie » dont nous parlions plus haut. Un album qui s’écoute avec autant de plaisir que les meilleurs albums du genre, et qui se réécoute sans jamais perdre de sa saveur. La prod, concoctée par le groupe lui-même, y est aussi pour beaucoup. Elle s’inscrit dans la plus pure tradition stoner (beaucoup de basse et de grain avec une batterie sèche), sauf que la guitare a un son particulièrement chaud, même selon les canons du genre. On sentirait presque les lampes de l’ampli chauffer sur l’intro du titre éponyme où sur ces nombreux et longs solo que tisse Gabriele de manière totalement décomplexée. Que dire aussi de ces nappes de phaser qui habillent presque la totalité de l’album en arrière plan et pendant la plupart des solos, histoire d’enfoncer le clou dans le registre Hawkwind. Au vu de la qualité de ces nouveaux titres, et connaissant la puissance sonore du groupe en live (proche de celle d’un avion de la Germanwings en pleine descente), voir les Italiens sur leur prochaine tournée promet d’être un grand moment de rock sabbathien. Les collectionneurs seront également une fois de plus comblés avec plusieurs éditions vinyles limitées et numérotées qui permettront sans doute d’admirer l’artwork pour une fois plutôt jolie de ce nouvel album.En quatre albums, Black Rainbows a donc finit par parvenir à la hauteur de ses influences de toujours qui jusque là lui faisaient de l’ombre. Certains affirmaient que les Italiens étaient les dignes héritiers de Fu Manchu et Kyuss, et Hawkdope vient effectivement de leur donner un excellent argument pour pouvoir prétendre à ce titre prestigieux. Nous avons en tout cas ici l’une des meilleurs formations stoner du moment en Europe. Elie

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > Black Rainbows 8 ans après une première interview, c’est à nouveau Gabriele, frontman des Black Rainbows, qui répond à nos questions centrées essentiellement sur leur nouvel album et la scène italienne.

Quatre années se sont écoulées entre Hawkdope et votre album précédent Supermothafuzzalicious!!, quatre ans durant lesquels vous avez donné la priorité à des productions plus courtes notamment des splits et des EPs. C’était l’occasion de faire des expériences et d’explorer d’autres terres musicales ? C’est vrai qu’il s’est passé du temps depuis la sortie de notre album précédent Supermothafuzzalicious!! en décembre 2011, mais depuis on a sorti le long EP Holy moon et le split avec Naam, White Hills et The Flying Eyes. On a aussi pas mal composé, on avait des centaines de morceaux de chansons, d’idées, de riffs et des titres ont été enregistrés. On répète au studio HeavyPsychSoundsRecords donc on a la chance de pouvoir enregistrer dans des conditions professionnelles toutes les répètes. Quand on doit enregistrer, on a déjà une idée de ce qu’on peut faire. Ça nous prend quand même 2-3 ans... On voulait faire un bon quatrième album, ça prend du temps de sélectionner les meilleurs morceaux, du coup on a préféré sortir l’EP et le split parce qu’on voulait vraiment un gros truc pour le quatrième chapitre ! L’album fait 45 minutes, il y a 9 nouveaux titres dont un acoustique et un autre assez psyché-spatial. Je pense que Hawkdope est la synthèse du son de groupes comme Monster Magnet, Hawkwind ou Fu Manchu avec

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des passages heavy psyché stoner, des moments sous LSD et des teintes hard rock orientées psychédéliques ! Honnêtement, l’album est très très bon, c’est vraiment notre meilleur album ! Vous aviez beaucoup de titres enregistrés ? Au départ, on a décidé d’enregistrer 18-19 nouveaux morceaux, bosser ces titres avec les arrangements, les textes et tout le reste, c’est un énorme boulot, on a commencé à enregistrer à la fin de l’été dernier, au total on avait 2h45 de musique enregistrée ! A partir de ça, on a choisi ce qu’on préférait pour avoir au final une grosse quarantaine de minutes. On va assez vite en studio, le premier jour on bosse le son, histoire de choisir la meilleure caisse claire parmi quatre et les meilleurs toms parmi 7 différents, de régler la position des micros... Le deuxième jour, on se chauffe, on commence doucement les enregistrements avec des séries de morceaux et pour tout dire, on apprécie de faire de grandes pauses pour ne pas être trop stressés. Deux jours plus tard, tout était dans la boîte ! Le cinquième jour, on écoute attentivement chaque prise, si on trouve des trucs à refaire, on le refait, là, il y avait quelques passages trop rapides. C’est la première fois qu’on enregistrait tous ensemble dans la même pièce, les fois précédentes, on a toujours


Hawkdope a été enregistré avec un nouveau line-up, c’est difficile de garder le même personnel quand on a un groupe de rock ? Hey ! On a le même line-up depuis Holy moon ! Black Rainbows n’a changé qu’une fois de batteur en 2011 et de bassiste en 2012, pour le reste, c’est assez stable, les autres ont eu des soucis pour gérer le boulot et la vie de famille alors que le groupe commençait à bien marcher. Ceci dit, t’as raison, parfois, c’est assez difficile de bosser dur tous ensemble. Tu as ton propre label et produis des groupes plus ou moins connus, tu es bien placé pour nous dire à quoi ressemble la scène rock en Italie... Il y a un paquet de bons groupes en Italie et à Rome, la scène stoner n’est pas très grande mais elle est plutôt sympa. On est un peu éloigné du Nord du pays où les groupes jouent facilement, un combo qui passe par Munich ou Zurich peut aller jusque Milan mais descendre jusque Rome est plus difficile. Pas mal de groupes viennent à Rome parce que c’est la ville de l’amour et qu’ils veulent la visiter mais pas autant que dans le Nord. Quand tu as plein de groupes du même genre musical qui tourne dans ta ville, c’est plus facile pour que la scène se développe, ici, ça ne se passe que partiellement. On a de bonnes salles comme le Sinister Noise, l’Init Club ou le Traffic Club, toutes ont une super programmation psyché, métal, stoner, il y a un public pour ces concerts, il apprécie ce genre de musique mais ce n’est pas vraiment des gens qui sont à fond dans le stoner, ils aiment

le style mais aussi de nombreux autres trucs indés. Je dirais que ce public aime la musique en général plus que le stoner. La ville est magnifique mais pas vraiment rock n roll, le mode de vie nocturne n’est pas tout à fait le même. Les fans de heavy-psyché stoner ne sont pas nombreux, que ce soit en Italie ou ailleurs, à part peutêtre en Allemagne et en Autriche où ils sont un paquet même si ça reste bien moins que la scène métal. On est une petite scène dispersée dans plusieurs pays. Il y a des villes avec pas mal de gens impliqués et d’autres avec personne qui ne s’intéresse à ce genre de musique, c’est pareil partout, ici comme en France, en Espagne, aux Pays-Bas, en Belgique... Peut-être que tu ne le sais pas mais l’Italie a un truc particulier avec le stoner, on a toujours eu des groupes, des bons groupes, des labels, des tourneurs... Peut-être qu’on n’est pas bon dans la promotion et que nous ne sommes pas un pays rock, notre mode de vie est assez différent de celui des Américains ou des Anglais. On est un peu dans l’ombre mais on a quand même Ufomammut signé chez Neurotic Rec, The Secret chez Southern Lord, Isaak chez Small Stone Rec. et d’autres plus petits groupes qui font de la bonne musique. Au Sud, il y a moins de groupes et de salles, la scène est donc plus petite, mais à Rome et dans le Nord, il y a de supers clubs, plein de groupes et un public pour les concerts. La semaine dernière, j’étais au concert de Earth à Rome, il y avait 400 personnes, Dead Meadow ne fait jamais moins de 300 entrées, pareil pour Acid Mother Temple, il y a des gens pour supporter cette scène.

INTERVIEW TEXTE

enregistré les uns après les autre avec guitares puis basse puis batterie puis chant. Pour autant ça ne signifie pas un meilleur résultat, on ne veut pas forcément un son ultra pro et des truc super propres, on a besoin du rythme, de la bouillasse et du liant que tu as quand tout le monde joue ensemble l’un en face de l’autre. En ce qui concerne la production et l’édition, on voulait quelque chose de plus court pour être plus facile à écouter. Quand on a choisi les titres, on a pris différents rythmes, différentes tonalités, différentes durées pour avoir un ensemble assez varié qui ne soit pas chiant à écouter. On ne veut pas être un groupe qui suit toujours la même recette comme AC/DC ou Rage Against the Machine, on peut avoir un titre psychédélique de 12 minutes comme un titre stoner de 3’30». Le seul truc, c’est la ligne directrice entre chaque morceau, on a enfin réussi à avoir ça en temps que groupe. On a aussi notre propre son, on peut en changer mais si tu écoutes un titre assez acide ou un truc plus bourrin, tu comprends tout de suite que c’est le même groupe.

Qu’est-ce qui fait la différence dans un groupe débutant selon toi ? Les premières choses que je vois dans un groupe, c’est sa musique et son attitude rock n roll, la musique passe avant tout mais voir que le groupe est cool et qu’il arrive à bien tourner, c’est important aussi. Si le groupe est fainéant, s’ils n’en veulent pas vraiment, ça ne marche pas. Pas mal de groupes veulent faire un album mais un groupe cool veut jouer, faire des concerts, rencontrer des gens, bouger... Vous avez rejoint Purple Sage PR pour la promo de cet album, tu connais d’autres groupes qui bossent avec eux ? Et notamment Mars Red Sky ? Ouais, bien sûr ! Claire de Purple Sage est jeune et bosse dur, on travaille avec elle pour la promo de cet album en France, et je t’avoue que je ne m’attendais pas à grand chose et au final, elle fait un super boulot ! Je connais Mars Red Sky mais aussi Dopethrone, c’est des groupes vraiment cools. Et il semble que l’agence a une bonne connexion avec l’Angleterre aussi...

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INTERVIEW TEXTE

Hawkdope est plus calme et psychédélique que l’album précédent, c’est volontaire ou c’est juste arrivé comme ça ? Chacun de nous entend l’album de façon différente. Je pense que l’on retrouve l’agressivité dans le son, on a toujours ce mur de fuzz qui arrive dans ta face donc c’est pas si calme ! Depuis Holy moon, on est plus psyché et moins rock que pour Supermothafuzzalicious!! ou stoner comme sur Carmina diabolo. As-tu des influences littéraires dans tes paroles ? Les textes sont assez importants, mais ce n’est pas le plus important... Bien sûr on veut parler de trucs qui ont un lien avec notre musique, une sorte d’hommage au rock des années 70 aux années 90. On n’a pas spécialement de message à transmettre par les mots, la plupart du temps ça traite de visions ou de trucs sous acide ! La plupart des histoires sont totalement inventées, dans le détail, tu as «The prophet» qui traite de l’arrivée d’un prophète dont la prophétie se réalise, sur «Wolf eyes» j’imagine être en face d’un animal monstrueux et affamé qui cherche de la chaire humaine ! «Killer killer fuzz» est pour notre grand amour, la pédale «fuzz», je décris combien elle peut faire des dégâts ! «No fuel no fun» est sur le thème de la fête, des sorties et de l’alcool, «Hypnotize my soul with rock n roll» traite de l’amour du rock et «The cosmic picker» est une autre chanson sur un trip vécu par un mec qui mange des champis. Enfin «Jesus judge» est un remix d’expériences vécues personnellement de près ou de loin. Au départ, c’était super dur pour moi d’écrire des textes, mais avec les années, je trouve ça plutôt intéressant et plaisant, j’ai plein de trucs à raconter, j’ai de l’imagination à revendre ! Parfois, c’est cool d’écrire de nouvelles chansons même si à l’opposé, c’est très frustrant de ne pas avoir la bonne idée pour se lancer. Chacune de vos sorties est éditée en vinyle pour les collectionneurs, c’était quoi ton premier vinyle ? Je crois que c’était Killer d’Iron Maiden, j’avais 7 ans, j’étais à Londres avec mes parents et un cousin plus âgé avait un poster de Maiden, quand j’ai vu l’album au magasin, je le voulais ! C’était un gatefold !

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Et ton premier CD ? Ça devait être Primus ou Body Count. D’après toi, qu’est-ce que ce retour du vinyle signifie dans l’industrie musicale ? De ce que je sais, certes les vinyles sont de retour mais ça reste un tout petit pourcentage du business. On en voit beaucoup parce que les fans les montrent beaucoup. Le vrai marché est du côté des CDs et du digital. Ceci dit, c’est vraiment bon pour notre scène et pour les groupes heavy psyché, stoner, doom, retro... parce que le public est accro aux vinyles et en achète, ça aide beaucoup aux finances des groupes. Tu télécharges des trucs illégalement ? Personnellement non... Parce que je suis nul, je ne l’ai jamais fait parce que je n’ai pas les programmes pour le faire. Pour les petits groupes, le téléchargement est une bonne chose, ceux qui sont touchés, c’est la grosse industrie et franchement, j’en ai rien à foutre ! Vous avez une tournée de prévue ? Et ensuite, déjà des projets ? On a une tournée qui débute mi-avril qui passe par la Finlande, l’Estonie, l’Allemagne, l’Autriche, la Suisse, en juin on sera en Angleterre, pas mal de dates devraient encore s’ajouter, notamment des festivals cet été. On espère toucher plus de monde, faire plus de dates et pourquoi pas trouver d’autres labels et de plus gros festoches. On a encore pas mal de chansons à sortir donc je pense qu’on va être assez actif de ce côté-là dans les mois à venir. Quelque chose à ajouter ? Appréciez ce nouvel album, soutenez la scène indé parce que c’est le coeur de la scène musicale. Hawkdope est notre meilleur album alors on espère que vous l’aimerez autant que nous et si vous avez l’occasion, venez nous voir en concert ! Merci à Claire (Purple Sage PR) et Gabriele & Black Rainbows ! Merci aussi à Tiff et Oli pour les traductions. Elie


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LES DISQUES DU MOMENT

FAT SUPPER

Academic sausage (Les Disques Normal) n’est pas en reste avec ses rythmes à la fois chaloupés et imprévisibles, quand la tempête chasse la quiétude, l’effet inverse n’est pas très loin. Enregistré live, Academic sausage emprunte beaucoup au rock indé US des années 90 (de la pop à la noise en passant par le math) un tantinet exigeant, on y décèle d’ailleurs des références évidentes comme Eels et Pavement. C’est autour de cet axe ambivalent où les mélodies ne manquent pas, de cette fusion des genres partagée vocalement à deux, que Fat Supper marque avec classe son empreinte sur la scène rock française. Et en parlant de chant, l’originalité est amplifiée par la voix rocailleuse de Léo et les phases semi-rappées de Pierre (sur «Smell» et «Odd box») qui peut tout aussi bien changer de registre en fonction du morceau.

Découvert sur le W-Fenec grâce à sa reprise façon crooning asthénique de «Monkey goes to heaven» sur Redoo, la compilation hommage aux Pixies sortie fin 2012, Fat Supper n’en demeure pas moins un groupe dont le vécu de chacun de ses membres parle de lui-même (suffit de jeter un coup d’œil à leur biographie pour s’en rendre compte). Et les choses avancent plutôt à grand pas avec ces énergumènes (expérience oblige) qui délivrent à l’orée 2015 un deuxième album qui démontre à son écoute le vif développement de ce projet débuté voilà 3 ans. Avec Academic sausage et son rock fourretout, les Rennais atteignent déjà des sommets en rendant une oeuvre solide totalement addictive. Déjà, la pochette de cet opus attire : un photomontage représentant un personnage bleu à tête de cheval dégustant une saucisse sur le capot d’un bolide rouge dans un décor mêlant colline et désert séparé par une étendue d’eau. Pas très joli mais pertinent si cet artwork est utilisé comme allégorie de la musique du quatuor car, dans le genre influences, Fat Supper n’y va pas avec le dos de la cuillère. Si «Clutter» donne le feu vert à la «cool», sans complexe avec ses accents groovy et dansant, «Grotorro» certifie le caractère aventureux du quatuor grâce à sa structure faite de ruptures. Et l’album

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Une complémentarité qui va plus loin que le chant car le choix du casting de Fat Supper semble réellement porter ses fruits avec ce nouvel album. On y ressent une véritable osmose entre chaque membre mais également une facilité déconcertante pour élaborer de belles pépites rock («Surrogate», «Smell», «Narvana», «Butter end») qui ne manqueront pas d’éveiller l’esprit des mélomanes, de les inciter à se plonger dans les eaux profondes de cette galette et d’essayer de digérer ce souper gras. Ted


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A SWARM OF THE SUN The rifts (Version Studio Records)

dois ont choisi ce titre pour ce qu’il signifie en anglais à savoir «division» ou plutôt, si l’on suit la piste du bouquet de fleurs «désaccord». Parce que même si les sensations donnent parfois des frissons telluriques («Infants», «All the love and glory»), on sent que le duo a voulu exprimer des ressentiments assez personnels (le monumental et très démonstratif «These depths were always meant for noth of us») entre nostalgie («The nurse», «Years») et tensions orageuses («The warden», «The rifts»). Et quelque soit le climat créé par le duo, c’est toujours assez simplement beau, comme si leurs compositions musicales cherchaient à atteindre une perfection que les relations humaines sont incapables de fournir.

Artwork sobre et sombre magnifique (signé Jakob Berglund), son superbe (signé Erik Nilsson), musique d’une beauté noire exceptionnelle (signée Jakob Berglund et Erik Nilsson), A Swarm of the Sun semble n’avoir besoin de personne pour sublimer son élément. Pour ce nouvel opus, ils ont quand même fait appel au maître Magnus Lindberg (Cult of Luna pour ne citer que la plus évidente référence) pour mixer et masteriser et à quelques amis pour colorer les atmosphères avec des instruments aux sonorités particulières (vibraphone, orgue...) ou apporter une autre voix (Anna Carlsson). Et s’ils sont déjà très bons à deux, cette richesse supplémentaire ouvre encore un peu plus le champ des possibles et élargit leur monde qu’on visiterait bien à l’infini.

Alors, certes, oui, il faut être patient (pratiquement 5 ans depuis Zenith puisque Erik Nilsson a sorti un album avec Aoria entre temps) mais ça vaut vraiment le coup de laisser A Swarm of the Sun bosser à son rythme s’ils offrent toujours des titres de la qualité de ceux présents sur The rifts. Finalement tant mieux, on a quelques années devant nous pour s’en délecter... Oli

Un univers où l’on trouve aussi bien des galaxies postrock intimistes que des nébuleuses instrumental-core avec des nuages d’astéroïdes que les moins habitués aux distorsions chercheront à éviter. En géologie, le rift est une ligne de fracture, souvent agitée, séparant deux plaques gigantesques, ça colle avec cette idée de confrontation de riffs sourds et distordus dans la plus grande tradition sludge à des moments de délicatesse extrême portés par un piano lumineux ou une guitare étincelante. Ca colle mais il y a fort à parier que les Sué-

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LES DISQUES DU MOMENT

Klone

Here comes the sun (Pelagic Records) au saxophone pour calmer la tension montante. Seule la fin de «The last experience» se laisse emporter par la saturation comme si, à trop se rapprocher d’un soleil divin, la nouvelle douceur de Klone se désagrégeait. Cette carbonisation n’est qu’un détail de l’histoire racontée jusque là puisque même quand le groupe annonce cette fin tragique («Gone up in flames»), il le fait avec une dynamique enlevée mais sans heurt.

On avait laissé un Klone s’envolant vers les cieux et s’éloignant donc des grondements telluriques avec The dreamer’s hideaway, on les retrouve au-dessus des nuages, un peu plus haut encore, avec Here comes the sun. Avec un titre déjà choisi par les Beatles, on devine aisément que le groupe assume totalement son virage «pop» (alors qu’à leurs débuts, on les rapprochait de Gojira) et le choix de laisser de côté les grosses distorsions et les riffs surpuissants. «Immersion», si Klone n’avait pas commencé par là, je l’aurais fait, parce que c’est une véritable immersion dans leur musique qu’ils nous proposent, alors qu’eux montent vers le soleil, nous, on plonge dans leur trip fait de nappes cotonneuses, de notes délicates, de basse chaleureuse et d’un chant entièrement voué à nous charmer. Oubliant la relative rugosité d’un Tool, c’est désormais davantage vers Porcupine Tree ou le travail solo de Steven Wilson que les Poitevins vont être comparés, certains titres étant assez «prog» (l’instrumental «Gleaming» par exemple). Et quand on les sent se retourner vers leurs aspirations passées, ils donnent dans la retenue, nous laissant sur le fil du rasoir, au bord de la falaise, évitant toujours de revenir du côté obscur de leur force, faisant alors appel à un excès de zen ou

En «bonus», Klone nous laisse avec leur reprise acoustique du cultissime «Summertime» de George Gershwin. Enregistré en 2013, cette cover intemporelle a déjà charmé à peu près toutes les grandes stars du jazz (Sidney Bechet, Billie Holiday, Charlie Parker, Louis Armstrong, Miles Davis, John Coltrane, Duke Ellington, Herbie Hancock... mais aussi Barbara Hendricks, Janis Joplin, Mike Brant, Nicoletta ou Grand Corps Malade ! Et dans notre rayon de prédilection The Doors, Paul McCartney, Stereophonics, Me First and the Gimme Gimmes, Nina Hagen ou Morcheeba se sont déjà pliés à l’exercice, le titre a donc connu à peu près toutes les retouches imaginables et celles qu’apportent Klone se fait tout en chaleur, en délicatesse histoire de se fondre dans Here comes the sun comme si ce morceau était l’un des leurs. C’est bien simple, s’il n’était pas placé en dernier, on n’y ferait «presque» pas attention... Avec Here comes the sun, Klone franchit une nouvelle étape, pas forcément dans la qualité car ils nous ont depuis longtemps habitués au meilleur, mais davantage dans leur cheminement personnel, leur musique s’étant complètement affranchit de ce qu’était le groupe à ses origines. La mutation a été progressive et moins radicale que celle de Nihil avec son Invisible mais le résultat est au moins tout aussi bluffant. Oli

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > Klone Avant que la soirée ne commence (joueront ce soir Kill Me This Monday et 7 Weeks avant de laisser la place à Klone), Guillaume, guitariste et pièce maîtresse des compositions du groupe m’accorde quelques minutes dans l’entrée des 4 Ecluses pour discuter des médias, des nouvelles orientations de leur musique, de clips et de tournées...

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Tu peux commencer par préciser que l’interview est gratuite ? Je pense qu’elle est gratuite ! Peut-être que je vais recevoir une facture (rires). Est-ce que Klone paye pour avoir des interviews ? Bonne question... Indirectement, ça peut arriver parce que certains médias fonctionnent comme ça, tu as un package avec une interview, de la pub et une mise en avant plus importante que si tu ne mets pas d’argent. Sur ce disque-là, je ne sais pas, c’est Verycords qui gère la promo et la pub pour la France, peut-être que ça a pu aidé chez certains mais on n’a pas trop ce problème-là parce qu’on peut avoir des articles facilement. Pour les groupes qui commencent et avec qui je bosse, je sais que ça fonctionne parfois comme ça avec certains, je ne vais pas les citer, ils sont connus...

vraiment intègre là-dessus, il ne fait pas de deal à la con avec la pub, c’est la musique qui prime. En Allemagne, je peux caler un groupe qui n’existe pas, si tu payes, ils peuvent faire une interview bidon, si j’avais des thunes, je ferais un faux projet, je mettrais 10.000 boules sur un truc qui n’existe pas et tout le monde ferait des articles parce que les mecs vérifient même pas s’il y a de la musique ou quoi que ce soit, tu pourrais mettre l’album de quelqu’un d’autre, le mec capte rien. Avec du fric, tu peux faire un groupe qui cartonne ! Vu le mode de fonctionnement de cette presse et les chiffres de vente qui sont en constante baisse, je peux comprendre leurs impératifs en terme de budget, je peux me mettre à leur place mais ils sont sensés être journalistes. Ca devient juste de la pub, que ce soit des petits ou des gros magazines mais bon, là c’est gratuit... il me semble (rires).

Et tu risques la diffamation ! Le truc, c’est que c’est pas juste avec quelques magazines, c’est aussi des radios qui te demandent 30 ou 40 euros par groupe... Et j’ai 150 radios en contact... Il y a même des webzines qui s’y mettent ! «Il faut bien qu’on vive» ouais, bah nous aussi... Ca se développe pas mal en Allemagne aussi, j’en discutais avec un mec de Rock Hard qui ne fonctionne pas du tout comme ça et qui est

Venons à l’essentiel, on commence par la pochette, elle est magnifique... Merci. Merci au mec qui l’a faite, c’est-à dire Joël Robison, c’est un Canadien, on cherchait à bosser avec des graphistes et on a découvert ses travaux, on n’aime pas tout ce qu’il fait mais avec Yann (le chanteur), on a tilté sur ce truc, la démarche artistique nous plaisait et on arrivait à se passer la musique de l’album en la


C’est un album très calme, le plus calme jamais composé, pourquoi avoir abandonné les distorsions lourdes et le chant plus poussé ? Parce que c’est ce qui venait sur le moment... Ca faisait un bout de temps que je mettais des morceaux de côté qui étaient du Klone en plus soft et qui n’allaient pas forcément avec les autres à l’époque, parce qu’on essaye de faire des trucs cohérents qui ne se barrent pas dans tous les sens. Là, il y a une logique dans le thème qu’on a exploité et bien que ce soit très clean, on arrive à avoir des changements de climats, y’a des ambiances différentes, des variations de tempos... Ca c’est décidé au début de la composition ou c’est au final que vous vous êtes dit de virer les trucs bourrins ? Le seul truc qu’on s’est dit c’est qu’on ne voulait pas faire un disque comme on l’avait fait avant même si on les aime bien, on ne voulait pas retomber dans les mêmes schémas, on voulait montrer qu’on savait faire autre chose. En gardant l’ambiance de ce qu’on faisait avant, on voulait ouvrir le spectre, miser sur quelques gros riffs mais aussi sur les lignes de voix, le climat général, la musique, ce n’est pas que les riffs de guitare, y’a plein de choses autour, on a bien bossé les détails de basse, de sax’ comme on le faisait déjà un peu. Et on a réussi à avoir un truc qui se tient sans bosser plein d’arrangements, ça se tient tout seul, on n’a pas eu besoin d’ajouter un doublage de voix, c’est pur. Les harmonies se sont créées avec tous les instruments, chacun a son rôle, les riffs sont plus aériens, y’a plus de trucs joués aux doigts, y’a plein d’arpèges... Mine de rien, c’est le disque le plus difficile à enregistrer qu’on ait fait ! On l’a joué en live pour la première fois hier soir et on s’est bien rendu compte de la difficulté. La musique peut paraître simple à l’oreille mais techniquement c’est chaud. Même pour la batterie, les tempos qu’on a choisi, c’est assez bâtard et des grooves super chauds à choper, c’est plus dur qu’un

groove speed dans lequel on baigne depuis toujours.

INTERVIEW TEXTE

regardant, on n’avait pas encore les textes mais ça collait dans l’ambiance. On avait procédé pareil pour Black days, on avait tilté sur des visus quasiment terminés et prêts à être utilisés. On l’a contacté, on lui a fait écouter la musique, il a aimé en plus, on lui a demandé si ça l’intéressait et on a récupéré les droits pour son image. On est super content même si certains nous parlent de Koh Lanta, que j’ai jamais vu, je ne comprenais pas trop le rapprochement mais on m’a expliqué le truc des poteaux... La photo, on ne l’a pas retouchée, on l’a gardée telle quelle, sur la pochette, on n’a pas mis le nom du groupe directement, c’est sur un sticker pour garder l’image intacte.

Le titre de l’album, Here comes the sun, ça fait penser aux Beatles Ouais, j’aime bien les Beatles, ma culture pop vient de là, j’ai grandi avec eux. Y’a aussi le clin d’oeil parce que ça fait titre joyeux alors que le disque n’est pas si joyeux que ça... L’ambiance est assez sombre même s’il y a des éclaircies assez lumineuses, la thématique est assez lourde. Y’a des morceaux qui font chialer des gens, hier soir, un mec dans le public a pleuré pendant le concert ! C’est la première fois qu’on arrive à provoquer ce genre de choses. Quand j’étais petit, il y avait comme ça des titres qui pouvaient me faire chialer quand j’étais à fond dedans, par contre la référence qui me vient là, c’était Bernard Lavilliers que j’écoutais avec mes parents, le morceau s’appelait «Urubus», un titre des années 70 plus space que la variété qu’il fait maintenant. Il y a des morceaux comme ça qui te prennent, qui te transcendent... Quand tu fais passer des sentiments par ta musique à quelqu’un... alors que la personne ne sait pas d’où ça vient et pourquoi t’as fait ça mais qu’elle ressent ce qu’il en dégage, c’est vraiment cool. Certains sont complètement hermétiques «ouais ça m’endort, fais un truc qui me réveille», comme si c’était une vitamine pour aller bosser, on n’est pas dans cette dynamique, on ne cherche pas à ce que les gens soient contents... Ca te permet de te poser, de réfléchir, il y a un côté mélancolique, nostalgique, ça rappelle des trucs, des époques, des choses fortes émotionnellement, c’est le point fort du disque. Si tu te laisses aller, tu te laisses embarquer par les notes... Réussir à choisir les bonnes notes pour embarquer les gens, c’est cool. C’est la première fois que ça nous arrive, c’est pour ça que j’insiste là-dessus, mais un mec a mis un message sur Facebook, il a beaucoup écouté «Immersion» au moment du décès de sa mère et ça l’a aidé, ce genre de message, ça surprend, tu as entendu des gros groupes dire ça mais nous... Ca fait plaisir de toucher quelqu’un, c’est une vraie nouveauté pour Klone. Le morceau «Summertime» est dans cette ambiancelà aussi, il a été repris avant la composition de l’album, il a influencé l’ensemble ? En fait, ça fait un bout de temps que j’ai ça en tête parce que c’est un morceau que j’ai appris en CM2 pour un truc avec l’école et un prof du conservatoire, moi je ne connaissais pas et on devait le faire pour un spectacle sur l’Acadie, une chanson sur les champs de coton... Et cet air-là m’est toujours resté en tête, j’ai réécouté l’original plus tard et il y avait ce côté nostalgique et avec

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Here comes the sun, ça collait bien, ça me semblait logique de finir là-dessus. A part sur le net, il n’était dispo nulle part. Les avis sont mitigés, t’as deux écoles, ceux qui pensent qu’on a réussi à donner un second souffle à un morceau qui a été surjoué dans tous les sens, à donner une touche bluesy plutôt cool, et d’autres qui ne sont pas fans, certains jazzeux que je connais qui pensent que ça ne le fait pas parce qu’on n’y touche pas ou parce qu’il a déjà été trop repris. Ca reste un petit exercice de style, en plus en acoustique, il fallait faire progresser la chanson sans batterie, sans rien, juste quelques petits arrangements et on en est content.

avec eux donc ça se passera bien, avec leur public, on verra, hier on avait un peu peur de ça parce qu’on jouait avec un groupe de métal avec une voix heavy, on ne savait pas trop à quoi s’attendre et finalement ça a bien pris, même plus que ce qu’on pensait. Les gens étaient scotchés et nous on était content, plus que d’habitude même... D’ici le mois de mai, il y aura quelques dates aux PaysBas, c’est Pelagic Records qui ouvre des portes ? Non, c’est un tourneur avec qui on a bossé sur quelques plans et qui voulait nous caler dans ce coin-là. Avec Pela-

Vous avez des retours de la presse pop/rock où vous restez estampillés «métalleux»... On cible tout le monde mais les Inrocks ou Rock N’ Folk ne nous ont pas soutenus plus que ça ou alors pour des trucs autres que la zik mais y’a Zegut qui doit faire un truc sur nous, il avait déjà bien aimé le disque précédent, il en avait parlé sur son blog, c’est cool d’avoir le maître dans la promo qui parle de nous même si ça paraissait un peu inaccessible. Pour le reste, y’a pas grand chose qui se passe, même sur les radios Ferarock c’est pas la folie, je m’attendais à ce que ce soit plus que d’habitude mais non... Dans le même temps, vous rééditez High blood pressure qui est quasiment à l’opposé du Klone d’aujourd’hui... Un peu à l’opposé parce qu’il y a des morceaux assez extrêmes avec de la double, du chant méchant mais aussi des morceaux plus clean très ouverts. On avait du mal à se rendre compte de cet écart mais hier en jouant les morceaux en live on s’est rendu compte qu’ils étaient très calmes, à un moment je me suis dit «putain je transpire moins que d’habitude», on passe de morceaux super bourrins à des trucs intimistes, c’est étrange pour nous, c’est pas la même approche sur scène. Y’a une release party la semaine prochaine à Paris avec Hangman’s Chair... C’est un concert gratuit avec Oui FM, c’était en discussion depuis un petit bout de temps, là on a pu le caler à la bonne date pour la sortie du disque, il y aura la presse, ça devrait bien se passer. Sur les dates à venir, vous allez jouer aussi bien avec Psykup que Nojia ou 7 Weeks, ça va être des atmosphères différentes, vous préparez les dates de la même façon ? Oui, ça va être très différent mais nous, on ne change rien. C’est des groupes qu’on connaît, on a déjà joué

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gic Records on a des plans sur l’Allemagne en juin après l’Australie et le reste ce sera à la rentrée... Justement, il y a l’Australie qui arrive pour deux semaines fin mai début juin, comment c’est possible ? On n’y croit pas encore en fait ! Tant qu’on n’y sera pas... On est dans les trucs chiants pour savoir comment s’organiser parce que si c’est joli sur le papier, derrière, c’est compliqué à gérer administrativement et financièrement. On a fait une tournée avec Orphaned Land en 2012 et sur la date du Divan du Monde à Paris, leur tourneur australien était là pour mater le concert. A la fin du concert, il vient nous voir pour dire «Pour votre prochain


Vous avez un clip dans les valises ? Comme à chaque fois, on a eu un léger problème... L’idée c’est de filmer un mec sous l’eau avec toute une scénographie. On a commencé en janvier et il faisait super froid, le mec qui allait sous l’eau était frigorifié, il pouvait pas rester plus de 2-3 minutes, on a tout arrêté et on a reprogrammé ça d’ici cet été. Ca va tout décaler mais on aura ce qu’on voulait, j’espère qu’il sera dispo en septembre mais on a toujours des merdes avec les clips...

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disque, je vous fais jouer en Australie». Un peu comme à chaque fois «c’était génial, on va bosser ensemble» et en général il n’y a rien qui se passe, surtout que là c’est un gros tourneur... Et il nous a recontacté, déjà deux fois, sur une tournée qu’on ne pouvait pas faire et là, ça c’est calé, on va jouer avec un groupe australien qui sera en tête d’affiche (Voyager), on sera deuxième... Il y a quelques personnes qui nous suivent là-bas, le mot se passe petit à petit, on a un gars qui va faire de la promo sur place, c’est tout nouveau pour nous, c’est super loin, c’est un peu flippant pour l’organisation mais c’est super cool, on va y aller à fond !

Quelque chose à ajouter ? Rendez-vous sur internet et écoutez de la musique ! Merci à Guillaume et aux Klone ainsi qu’au staff des 4 Ecluses et de Klonosphère (Marion, Enora, Pat’...). Oli

Vous allez y rester 15 jours, il n’y a pas que des concerts, vous allez faire du tourisme ? Ouais, c’est chaud parce que ça a l’air joli mais ça coûte super cher... et on n’a pas beaucoup de sous. On a deux fois 6 jours de day off sur lesquels on est lâché dans la nature, on est en train de chercher comment on peut squatter, est-ce qu’on loue un van ou un camping-car pour dormir dedans... Tous les trajets internes se font en avion, plus les 24h d’avion pour y aller, on n’est pas trop habitués et avec les accidents en ce moment, c’est pas rassurant... Tant qu’on n’y sera pas, j’ai pas l’impression que c’est vrai... Et c’est pareil pour chaque tournée...

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LES DISQUES DU MOMENT

D-BANGERZ

Hip-hop centipède (Underdog Records)

Pour celles et ceux qui chercheraient une signification transparente du nom D-Bangerz, il faut tout simplement qu’ils mettent leur nez dans le passé de ces garnements mulhousiens. Par moment, cela ne va pas chercher bien loin puisque le groupe est né d’une fusion. Un peu comme les entreprises en fait, sauf que là ce sont quatre MC (rappeurs, ça marche aussi) et un DJ/producteur. Ce dernier appelé Broad Rush officiait dans Head Bangers avec James Res et Mic L’Ori, tandis que Boston J et Astrokif déversaient leurs lyrics dans D-Fenderz. Leur première prestation ensemble fut une première partie de Chinese Man dans un Noumatrouff (salle bien connue de leur ville d’origine) blindé en octobre 2011. Pas mal comme début, surtout que l’aventure se poursuit sur scène avec des prestations remarquées au Festival Caméléon à Kingersheim suivi du Printemps de Bourges en 2013. Leur hip-hop hybride mâtiné d’électronique à fortes basses (dubstep, trap music) se traduit sur Boite à musique, un premier EP de 6 titres sorti début 2014 (récompensé par une prestation aux Eurockéennes), puis un an plus tard via un premier album intitulé Hiphop centipède. Le premier LP des Mulhousiens doit beaucoup à leur producteur, Broad Rush, un gars ayant signé des titres

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pour Orelsan, Grems, PMPDJ et venant de chez Château Bruyant, maison française d’excellence en terme de bass music (mais pas que...) d’où sont issus entre autres Niveau Zero, The Unik, Balkansky et Youthman. Pas étonnant d’entendre dire ci et là que D-BangerZ représente le hip-hop du futur tant les mélanges des genres et des sonorités sont maîtrisés à la perfection. Du tube aux basses bondissantes et aux lyrics affirmées et appuyées de «Putain je m’en lave» à «Moutons» et son dubstep survitaminé, en passant par le revival old school de «Lorem ipsum» faisant penser à leurs collègues de 1995 et Hocus Pocus, Hip-hop centipède sort des sentiers battus, ne s’attache à aucune obédience et le fait valoir en invitant des artistes tous aussi différents. A commencer par la gent féminine représentée par les canadiennes Random Recipe sur un «Copycat» plein de bonne volonté mais qui peine à convaincre par son manque d’entrain, à l’inverse du tonitruant «Hold up» exécuté en compagnie des excellents Virus Syndicate, quasi l’équivalent outre-manche des D-BangerZ, dans lesquels les deux formations prouvent que l’électro dancefloor peut facilement se marier avec le hip-hop. Mais en doutait-on ? En référence à «Human centipede», film d’horreur parlant d’un chirurgien allemand qui kidnappe des touristes pour les joindre les uns aux autres par la bouche et l’anus afin de former un mille-pattes humain (bon appétit !), ce premier album devrait plaire aux fans des Svinkels, d’Orelsan, de Black Taboo, de TTC, de Chinese Man et de tant d’autres. Bref, du peu-ra de blancos bien torché pour des amateurs d’humour acerbe et d’autodérision, de dancefloor aussi et pour des gens ouverts un tantinet sur l’électro quand même. A l’inverse de cette fraction du rap français clanique formé de faux-gangsters égocentrés dont les idées socio-politiques tendent faussement plus vers la droite que la gauche. Ted


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SOUNDCRAWLER The dead​-​end host (Klonosphere)

C’est à Bordeaux qu’est né Soundcrawler, le rampeur du son qui tire son nom du surnom donné aux vers des sables géants... Les cinq Bordelais sont donc fans de SF puisque cette référence est issue de l’univers Dune et Sandcrawler sera le nom de leurs trois premières productions. En 2014, ils enregistrent un nouvel album conceptuel qu’est ce The dead-end host, il sort en février chez Klonosphere pour leur plus grande joie puisqu’ils apprécient particulièrement Klone qu’ils citent comme influences au même titre qu’Alice in Chains, Kyuss, Soundgarden ou Mastodon. Ce n’est pas fait exprès, je promets, mais il se trouve que je rédige cet article le 20 mars, date à laquelle les nuages nous ont empêché d’assister à une éclipse partielle... Une éclipse bien plus visible sur le décor de l’album qui présente également le squelette d’un ver des sables. Il faut dire que sur Arrakis, ils ont un peu plus de chance que nous de voir ce genre de phénomène étant donné qu’il y a deux lunes... Oui, ça n’a rien à voir avec la musique mais le groupe et les fans d’Herbert (que l’on fête le 20 mars...) apprécieront. Encore que... En cherchant un peu, on pourrait y voir le mariage exceptionnel de leur côté stoner/désertique solaire et une sorte de mélancolie lunaire, sombre et assez grungy.

Stoner/grunge, voilà donc les deux adjectifs qui collent le mieux à Soundcrawler et si le groupe a choisi «Raiders» comme premier titre pour se mettre en avant, c’est parce que c’est un condensé de ce qu’il fait le mieux. Disto sourde, voix venue de loin (à la Alice in Chains dans la construction), passage survolant le désert rocailleux sans battement d’ailes, on est tout de suite dans le bain. Par la suite (et dès «Burning scales»), c’est plus vers Soundgarden qu’on sent le groupe puiser son inspiration (pour le chant notamment) mais l’ensemble reste tortueux avec des riffs brinquebalants chauffés à blanc par un soleil option trou noir. Si l’ambiance se durcit quelque peu, de temps à autres, pour être même à la limite de la martialité («A god to feed»), Soundcrawler rime surtout avec chaleur et une certaine coolitude qui s’exprime sur «Long coma slow» qui met fin à la première partie (d’ailleurs placée sous le signe de la «promenade») ou sur «Souls from the trash» qui sonne le «réveil» plutôt en douceur ou encore sur l’ultime titre instrumental «And all the seconds left». Pour ce qui est des références stoner, on se contentera d’une des plus belles : Kyuss. Avec un son granuleux, un sens de la distorsion bien travaillée et la capacité de mettre en avant certains instruments comme la belle basse de «The plastic truth» ou une guitare plus lumineuse sur «Civil». Il faut finalement attendre la huitième piste pour avoir une légère déception avec un «Infinite genocide» moins tripant. Bien que toujours centré sur le thème des fabricants d’épices, Soundcrawler peut brasser large en amalgamant deux styles qui semblent au final pas si éloignés et prouve avec The dead-end host qu’on peut avoir des idées et faire apprécier sa musique sans forcément connaître la base du concept, alors que tu aies lu ou pas Frank Herbert, vu ou pas le Dune infâme avec Sting, tu peux aller ramper dans le son avec eux. Oli

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Goodbye Diana Goodbye Diana (Head Records)

les titres des morceaux n’ont pas spécialement de sens... Les preuves avec ces calembours d’un autre âge («Herbert d’autoroute» et «Alan Biquet»), la série hommage à des situations géolocalisées référant probablement à des privates jokes («Moustache (34)», «Gégé (28)» et «Poilus (72)») ou encore «Robert Fripp en cagoule» (clin d’oeil à King Crimson) ou «Chuck Norris is fucked» (clin d’oeil à un acteur dont le PQ n’a pas de fin puisque Chuck Norris n’est jamais au bout du rouleau). Musicalement, c’est d’une précision élevée au carré avec des enchaînements abrupts sur le papier mais fluides dans la réalité car c’est aussi une des caractéristiques du math rock des Goodbye Diana, ils créent des trucs complexes voire bien barrés mais toujours faciles à écouter et surtout très excitants (comment ne pas se laisser embarquer par «Le chat noir» ou «Alan Biquet» ?). Début mai, les medias s’emballent encore pour une royale naissance, et vas-y que je pose à la sortie (quasi immédiate) de la maternité avec la nouvelle petite coqueluche de la presse people dont on ne connaît pas encore le prénom à l’heure où j’écris ces lignes. On n’est pas sûr que ce soit les parents qui le choisissent, les parieurs donnent Alice, Elizabeth et Charlotte, ça fait les titres, on s’en fout un peu mais ça me permet de me lancer dans la chronique du nouveau ou plutôt du renouveau de Goodbye Diana qui signe son retour après un break de 4 années et s’ils ont perdu un guitariste en route, ils ont conservé leur sens de l’humour et du contre-pied. Diana ne sera jamais un prénom royal de premier rang mais on va quand même en entendre parler jusque dans les colonnes de la presse musicale. Damned. Goodbye Diana revient avec les meilleures intentions, repart quelque part de zéro (l’album ne doit pas être éponyme pour rien) et, Mathieu n’étant plus là, a fait confiance à un expert es son (Serge Morattel qui aime le grain et a façonné celui des Year Of No Light, Ventura, Knut, Membrane, Impure Wilhelmina...) pour enregistrer le travail. Un boulot instrumental (mis à part le titre en bout de piste intitulé «Abel’s bells» où leur ami et responsable de label Abel Gibert laisse quelques mots) où

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Quand un étalon math-noise se repose quelques temps, il peut vite reprendre sa place et même en trio, les Goodbye Diana tiennent toujours le haut du pavé, les fans du combo peuvent se réjouir d’entendre ces nouvelles (dé) compositions et de revivre des moments intenses en live. Welcome back Diana ! Oli


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Not ScientistS Destroy to rebuild (Kicking Records)

mélodies sous couvert d’effets de guitares soigneusement choisis. Le talent de composition des deux guitaristes y est évidemment pour beaucoup, mais la section rythmique tire son épingle du jeu, alternant finesse et puissance façon machine de guerre. Les titres mélancoliques tels que « Broken pieces », « Over and out » ou le génial « These heads have no faces » s’entremêlent aux brûlots qui te filent la patate dès la première écoute « I’m brainwashing you », « We’re given no options » , « Disconnect the dots » façon punk rock, ou l’énorme « Tomorrow’s another day » et même à quelques ovni non dénués d’intérêt (« Just break me » qui, à titre personnel, me submerge d’émotion). Voilà pour l’état des lieux général.

En voilà des gars qui ne font pas semblant. En moins de deux ans d’existence et au beau milieu de nombreuses tournées, Not Scientists peut se targuer de ne pas faire les choses à moitié. Après un premier EP chroniqué dans ces pages et un 45 tours sobrement intitulé Leave stickers on our graves, le groupe de Serrières repointe déjà le bout de son nez pour notre plus grand bonheur avec Destroy to rebuild, premier album venant de paraître chez le stakhanoviste label Kicking Records. Et le groupe sait définitivement allier rapidité et efficacité ! Onze titres, mis en boîte au Warmaudio, agrémentent ce premier album qui transpire la classe à l’état pur. Je ne vais pas ressasser le background des musiciens que tout amateur de punk rock en France connaît sur le bout des doigts, mais toujours est-il qu’avec une telle expérience, on ne pouvait en attendre que de la qualité. Et la qualité est au rendez-vous. Les morceaux sont taillés pour le live, les mélodies sont imparables, les voix sont tout simplement géniales, et l’ensemble est tout simplement jouissif. Et je pourrais m’arrêter là, tellement je ne trouve pas de défaut à ce disque qui figure déjà dans mon top ten de l’année. Rien que ça. « Window », ouvrant l’album, est une entrée en matière parfaite, faisant monter la pression en incorporant de nombreuses

Mais ce que je retiendrais de ce disque qu’il convient de jumeler avec les prestations live (ça joue toute l’année, pas d’excuse pour les louper) et qui m’a de nouveau réconcilié avec le son clair et le traitement brut des guitares, c’est la facilité qu’il s’en dégage pour le quatuor d’enchaîner facilement des titres aussi aboutis qui frôlent la perfection. Les gars sont adorables, leur musique est vivante, leurs morceaux sont parfaitement construits, et le mélange de punk, d’indie rock, de pop bubblegum et même ce soupçon de new wave dans la production est tout simplement savoureuse. Destroy to rebuild est la continuité logique Leave stickers on our graves, et à l’écoute de la créativité musicale du quatuor, le champ d’action de Not Scientists est infini. Ce groupe vient de façonner son identité avec ce premier album quasi parfait, et nul doute que le réseau indépendant dans lequel le groupe évolue en fera un acteur majeur de cette scène si prolifique. Bravo les gars, et surtout, merci ! Gui de Champi

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > Not ScientistS J’ai profité d’un concert de Not Scientists non loin de mes bases actuelles pour interroger le groupe à propos de son nouvel album paru ce printemps et de leur amour de la scène. Quelques heures avant d’envoyer un set rageur et complètement époustouflant, nos quatre gaillards sont passés à table. Enfin, façon de parler. Magnéto !

Salut les gars ! Content de vous revoir. Concrètement, vous pouvez nous faire un petit topo des musiciens et une bio simplifiée de Not Scientists ? Ed : Salut Gui. Le groupe a commencé en septembre 2013 et on a immédiatement écrit pas mal de morceaux dans le but de partir en tournée le plus rapidement possible. On a pu rapidement enregistrer un EP, booker des dates et on ne s’est pas vraiment arrêté de tourner depuis. Au total, le groupe a sorti deux Eps et un album. On va éluder la question tout de suite, comme ça, c’est fait : le fait d’avoir dans ses rangs 2 UMFM a t-il simplifié les choses, que ce soit en terme de présence lors des concerts et des montage de tournée ? Ed : Oui et non. Au début en tout cas. Thib : Au départ, faire référence à UMFM a pas mal aidé pour booker les deux premières tournées. Mais c’est vrai que maintenant, on a fait une centaine de concerts, Not Scientists se suffit à lui même. On essaye d’éviter de dire que le groupe comprend deux anciens Unco car il n’y a plus besoin de le faire. Ed : En fait, on ne s’est jamais vraiment servi du nom Unco pour booker Not Scientists. Les gens ont rapidement su qu’un nouveau projet se formait avec deux

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anciens Unco, et naturellement, ils sont venus voir. C’est plus comme cela que ça s’est passé. La question peut sembler bizarre, mais n’est-ce pas bizarre justement de repartir de zéro, Ed et Jim ayant connu la notoriété avec UMFM ? Ed : Nous avons avec Jim un point de vue différent sur la question, car nous avons deux histoires différentes. Jouer dans des bars ou des petites structures, je le fais depuis assez longtemps, du fait que j’ai joué et joue dans différents groupes depuis des années. J’ai toujours eu des concerts dans des caves ou dans des squatts alors qu’au même moment, avec Unco, on faisait des concerts dans des SMAC ou des festivals. Je n’ai jamais vraiment quitté les bars. Et même avec Unco, sur les quatre dernières années, on rejouait aussi dans des lieux plus petits donc on se sent chez nous un peu partout. Mais reconstruire une identité, tout ça, ça prend du temps, merde on recommence tout. Ed : Non, pour nous, c’était plus excitant qu’autre chose. C’est exactement le contraire : chouette, on fait un truc complètement nouveau, complètement différent, et on va partir en tournée et voir ce qui se passe.


Ce qu’on peut dire, c’est que vous n’avez pas chaumé : EP, 45 tours et album, tout ça en moins de moins de deux ans, sans compter les multiples concerts donnés depuis la création du groupe. Est-ce une envie ou une nécessité d’enchaîner enregistrements et tournées ? Ed : Pour moi, c’est les deux. Il y a une envie et une nécessité aussi. Il faut un disque pour pouvoir faire des concerts, mais c’est déjà à la base une envie de faire un disque et une envie de faire des concerts. On peut dire qu’on est comme des poissons dans l’eau. Thib : Pour ma part, c’est la première fois que je joue dans un groupe, et on sort des disques de manière assez rapide, environ tous les six mois, mais parce les morceaux arrivent rapidement. On se retrouve vite à avoir six ou sept morceaux sur lesquels on peut travailler et sortir un disque avec. Je vois ça comme ça,. Je ne pense pas qu’il y ait de pression pour sortir un disque tous les six mois, c’est juste que ça se fait naturellement. Du coup, ça rebondit sur ma prochaine question, les gars, vous êtes parfaits. Comment se déroule le processus de création chez Not Scientists ? Ca part toujours des guitares ? Qui s’occupe des textes ? Ed : Il n’y a pas une méthode unique. Jim écrit pas mal de son côté. Les morceaux qu’il apporte sont « clé en main » : il y a toutes les parties guitares et les parties basse, et parfois une mélodie de chant. Quand il n’y a pas de mélodie de chant, on travaille sur ces mélodies dans la salle de répète et j’écris des paroles. Ensuite, il va y avoir des morceaux qui vont partir d’une idée à moi : quand j’ai une idée, j’ai du mal à travailler tout seul, donc je peux avoir des idées mais je vais avoir besoin des autres pour pouvoir m’appuyer dessus et entendre en vrai les idées quand elles arrivent. En gros, c’est ça. Ensuite, le jeu de batterie de Bazile apporte beaucoup aussi et nous amène à transformer les morceaux parfois, car un changement de rythmique peut nous faire penser à faire partir le morceau dans une autre direction et ça évolue vachement. Thib apporte aussi beaucoup en réduisant énormément l’espace dans la salle de répète, rien que par son physique et ça nous pousse à jouer différemment aussi. Thib : Ce n’est pas un frein à la composition, mais juste

une manière différente de travailler ! Ed : C’est ça ! (rire général)

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Jim : Pour moi, finalement, c’est pareil. Il n’y a pas de « redépart à zéro », dans le sens où le but était de ne pas s’arrêter après Unco, du coup, le fait de redémarrer un autre projet, c’est chouette. On ne peut pas rappeler un deuxième départ . Et comme l’a dit Ed, avec Unco, les dernières années surtout, on a eu pas mal de plans différents comme des bars, et le but, c’est de jouer,

Ce que j’aime par dessus tout avec votre groupe, c’est que les voix sonnent bien sûr UMFM, mais que vous avez eu la bonne idée d’enrichir votre son en ôtant de la satu, et que ça sonne super bien. Quels groupes influencent Not Scientists ? Ed : Tout. C’est con et cliché comme réponse, mais on laisse toutes nos influences parler dans le groupe. Pour les sons de guitares, on pourrait l’analyser et dire que ça va rappeler des sons de guitare proches de l’Angleterre fin 70 ou des groupes indie US dans les 90’s. Certains diront même quelques touches et rappels new ave par ci par là. C’est difficile pour nous de l’analyser car on découvre nous même notre son au fur et à mesure des enregistrements. Vous m’arrêtez si je me trompe, mais Destroy to rebuilt est en fait la continuité logique des premiers enregistrements qui avaient posés les bases de votre son et de votre style ? Ed : C’est pas voulu, mais c’est vrai que c’est dans la continuité, même si c’est plus enrichi que le premier Ep qui était plus spontané. Mais au niveau du son, on avait quand même une idée d’où on voulait aller depuis le début du groupe, même si on expérimente des choses. C’est vrai qu’on est parti sur des sons de guitares très clairs, comme tu le disais, et ça n’a pas trop changé depuis le premier enregistrement. Que racontent les textes de votre nouvel album ? Ed : Les textes sont assez personnels. J’ai toujours écrit des textes dans ce sens. Là, pour le coup, ça l’est peut être même encore plus que d’habitude. Ça parle de mes misères, mes luttes psychologiques, les échecs à gérer tout en avançant dans la vie, les nouveaux problèmes en vieillissant, l’amitié qui est quelque chose d’extrêmement compliqué. Voilà, un peu tous ces trucs-là. Vous venez de signer avec 3C : c’était compliqué pour Thibault de tout gérer, ou avez-vous quand même une marge de manœuvre pour programmer vos tournées ? Thib : On n’a pas vraiment signé avec 3C mais c’est plutôt bosser avec Pierre qui travaille chez 3C en l’occurrence. C’est plus un contact humain qu’autre chose. Vous êtes quand même sur le roadster. Oui, oui, on bosse avec 3C. En fait, c’est plutôt une collaboration : on est libre de trouver nos propres concerts, et Pierre nous bosse aussi de son côté, et on essayer

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INTERVIEW TEXTE 52

d’avancer main dans la main pour se développer. Ce qui est très cool de bosser avec Pierre, c’est que c’est quelqu’un qui a compris que les groupes de notre niveau, si on signe une exclusivité avec un tourneur, le groupe risque de mourir car on a pas de liberté pour aller jouer de notre côté.

J’imagine que vous emplois du temps sont chargés entre tous vos projets : Not Scientists est-il aujourd’hui votre priorité ? Quels sont vos objectifs à court, moyen et long termes ? Ed : Not Scientists est effectivement notre projet principal, celui qui nous prend le plus de temps. Et nos projets à court et long terme ? A court terme, jusqu’à cet été, on

C’est ce qui est arrivé à Sexypop il y a quelques années Thib : Par exemple... Jim : Surtout qu’on a envie et qu’on a commencé le groupe en faisant de suite des choses à l’étranger, et on ne veut pas mettre l’accent sur un territoire plus qu’un autre. Là où on pourra jouer, on ira. D’entrée de jeu, il y a eu un bout de tournée au Canada alors que ça faisait trois mois que le groupe tournait, on va un peu partout. Les USA se profilent pour octobre, et le fait de bosser avec un tourneur en France devait être adaptable pour pouvoir garder une marge de manœuvre de notre coté et continuer à booker ce qu’on a envie de faire. Thib : Ce n’est pas par manque de temps ou de moyen qu’on bosse avec 3C, c’est pour se développer encore plus. Personnellement, je continue de faire ce que je fais depuis le début pour le groupe, et Pierre apporte des dates avec les>Burning Heads, des dates sur des festivals auxquels moi, je n’ai pas accès, et c’est tout bénef pour tout le monde !

a encore pas mal de tournée, dont une avec les Burning et les Rebel en France. Ensuite, à la rentrée, il y aura une tournée française en septembre et on est en train de bosser sur une tournée aux USA pour octobre novembre autour du festival The Fest. Ça rebondit sur ma prochaine question, c’est vraiment formidable !. (Ed : magnifique, hein ?). Parmi les nombreuses tournées, vous venez de terminer une tournée avec Dee Cracks (notamment en Angleterre) et vous aller enquiller avec Les Burning : le disque n’est-il qu’un support pour enquiller les concerts ? En préparant cette interview, je me suis aperçu que je parlais plus des tournées que du disque ! Ed : Non, car pour nous, le disque a une réelle importance. On y met beaucoup d’énergie et on fait beaucoup d’efforts pour que ça se ressemble à ce qu’on avait imaginé en écrivant les morceaux. Pour nous, ce sont des choses séparées : le disque, c’est le disque : quand on


a fini de le faire, on passe en mode « tournées » et là, c’est autre chose.

Le concert de Lagwagon ? Ed : Ouais bien sûr ! On leur a dit « ho, les gars, attention !!! on ne voudrait pas vous prendre tout votre public » (rires). En tout cas, on pense y retourner

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Comment se sont passées les dates en Angleterre ? Ca a fonctionné ? Le public anglo-saxon est il réceptif à votre musique ? Ed : Le public anglais est réceptif. Oui, c’était bien. Leurs bières sont beaucoup plus grandes que les nôtres. Et plus chères aussi (rires). Jim : Globalement, en Angleterre, en Allemagne ou ici, c’est quand même super cool. Tous les soirs, il y a des gens au concert. En Angleterre, il n’y a pas eu énormément de monde tous les soirs, il y avait des dates en semaine aussi, mais à chaque fois, les gens semblent apprécier. Il y a eu de bons retours . Ed : Ce sont des pays où il est plus difficile de se faire « remarquer » ou de faire venir les gens au concert, car tous les groupes au monde tournent constamment, et quand tu vas jouer à Londres, forcément, entre un groupe français dont personne n’a jamais vraiment entendu parler. Par exemple on devait jouer le même soir que Lagwagon dans la même ville... le concert a été repoussé au lendemain.

mier album des Burning. C’était donc dans un cadre très particulier, car il fallait choisir obligatoirement un morceau de cet album-là. Donc, tous les groupes se sont partagés les morceaux comme ils pouvaient, et premier arrivé, premier servi. Avec Unco, on est bien tombés, car on a pu faire un morceau qu’on avait envie de faire et qui correspondait le mieux à notre style. Je n’ai pas encore écouté tout le tribute, j’ai hâte de l’écouter, mais je sais qu’on était content de notre version, c’était assez « facile » pour nous de faire ça. Jim : Et surtout très très content d’y participer. Et pour l’anecdote, je suis pas totalement Alzheimer , dans les souvenirs, le morceau qu’on reprend, ISP était sur le coup au départ. Et il y a eu échange de morceaux... Sauf que les ISP ne sont pas dessus (étonnement général, s’en suit une grande discussion sans intérêt pour cette interview...) Un dernier mot : Bazile ? Bazile : Je ne parle pas beaucoup car simplement, ils disent ce que j’ai envie de dire et ils le font mieux que moi, donc je les laisse parler (applaudissements général). Merci à Not Scientists et Sid DYFR. Gui de Champi

Vos disques y sont distribués ? Ed : Pas en Angleterre. Par contre, la personne qui s’est occupé de la promotion du disque est anglaise, et pour la première fois, nous avons eu une exposition sur les médias anglais et US beaucoup plus importante qu’avant. Pour la première fois, nous avons eu accès à des webzines importants et des webzines qu’on lit, et on a eu de bons retours à ce niveau-là. Pour terminer, pouvez-vous nous parler du dernier morceau enregistré pour UMFM pour le tribute aux Burning ? J’ai l’impression qu’il y a toujours un Follain sur les tributes de groupe français ! (rires du groupe) Jim : On pourrait te parler de notre passion pour les Burning, moi perso, de ce morceau, il faudrait que je le réécoute car j’ai oublié à quoi il ressemble vraiment, car je ne l’ai pas réécouté depuis. Le projet date un peu, il a mis longtemps à sortir et le morceau, on a du l’enregistrer il y a deux ou trois ans. Je ne peux donc pas te parler du morceau... Ed : Ca, c’est Alzheimer ! Le projet, et l’idée quand on nous l’a proposé, c’était de fêter l’anniversaire du pre-

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[STÖMB] The grey (Autoproduction)

plifier la tâche en présentant [Stömb] comme un groupe de métal instrumental excellent. Une approche hors du commun, une aisance technique phénoménale sont des avantages certains mais si c’est pour créer des titres ennuyeux et plats, ça ne sert à rien, ceux présents sur The grey sont d’une richesse infini, on ne s’arrête pas à 50 nuances mais on va bien plus loin avec dix morceaux qui s’étendent au-delà des 6 minutes (sauf l’interlude «The crossing» à la clarté reposante et «Rise from nothing» qui tendu et nerveux s’arrête 20 secondes avant la barre annoncée) et nous emmène dans un univers sombre, tortueux et excitant car on ne sait jamais ce qui nous attend à la prochaine mesure.

En 2012, quatre parisiens fans de métal instrumental se réunissent autour d’une idée commune : monter un groupe à la fois métallique et exigeant où les atmosphères seraient reines : [Stömb]. Tom et Aurélien sont aux guitares, Alexandre à la basse et Olivier à la batterie, ils enregistrent d’abord un EP (Fragment) en 2013 pour se faire connaître et ça marche puisqu’ils placent un titre («The consuming insiders») sur la compil’ Ghost ship sworn enemy (début 2014) et arrivent ainsi à nos oreilles. C’est donc avec une certaine excitation qu’on se plonge dans leur premier opus autoproduit The grey livré en janvier 2015. «The complex», près de neuf minutes de méandres métalliques avec un nom évocateur que l’on peut adjectiviser histoire de se mettre dans le bain tout de suite : [Stömb] ne fait pas du tout dans la facilité. Et en parler n’est pas forcément aisé non plus, comment décrire cette musique qu’on a du mal à identifier et à comparer avec quelque chose de connu ? Même si le quatuor joue sur les contrastes, ce n’est pas du post hardcore, même si les constructions peuvent parfois sembler savantes et alambiquées, ce n’est pas non plus du math métal, doit-on parler de métal prog ? On n’est pourtant pas tout près de Porcupine Tree, on va donc se résigner et se sim-

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Enregistré par leurs soins, mixé par ceux d’Andrew Guillotin (Danforth, Evolvent, Monolithe...), masterisé par Acle Kahney (le guitariste de TesseracT), dessiné au Strychneen Studio (une si ce n’est la référence ces dernières années en terme d’artwork de très grande classe, la preuve avec ceux déjà réalisés pour Hacride, Noein, Trepalium, Klone, Khynn, The Arrs, Memories of a Dead Man...), The grey cumule les qualités techniques et artistiques, plus qu’une révélation c’est déjà une démonstration de talents à l’état pur. Oli


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ROBI

La Cavale (At(h)ome) dents («L’éternité», «Nuit de fête», «À cet endroit»), évitant les coups de mou, sans dénoter avec l’ambiance froide, voire austère, du reste de l’album. On regrettera cependant une certaine consensualité, un manque d’abandon, chose que l’on sent pourtant furtivement sur le dernier titre. En ce sens la comparaison avec Joy Division évoquée par la biographie de l’artiste n’est que partiellement vraie : on convoquera plus volontiers Sad Lovers & Giants ou Magazine. Un second LP cohérent et assumé qui pour une fois pourra autant plaire au fervent auditeur de France Inter qu’au fan de post-punk. On attend juste parfois que le propos s’envenime et nous prenne à la gorge avec davantage d’audace et de violence. Un bon album qui fait frissonner donc, mais pas encore suffisamment peur. Second album pour Robi, Chloé Robineau de son vrai nom, après une première sortie remarquée en 2013 (L’hiver et la joie), qui lui avait valu quelques dates marquantes et le prix Georges Moustaki notamment. Vue également sur scène aux côtés d’Arno, Dominique A ou Jean-Louis Murat, elle creuse donc peu à peu son sillon depuis 2012, discrètement mais sereinement.

Antonin

Au fil de ses 11 titres, La Cavale s’aborde comme un disque pris entre deux feux : d’un côté la traditionnelle chanson française, celle qui hérisse parfois le poil avec ses textes vaguement poétiques, ar-ti-cu-lés à l’extrême et souvent surjoués, et de l’autre une new-wave minimaliste et froide plus anglo-saxonne, plus actuelle surtout. À cheval entre ces deux écoles au rapprochement rare, Robi évite quelques écueils : le ton est juste, sans trop en faire, les ambiances sombres mais pas dépressives, le travail du son, subtil, semble mûrement réfléchi et aide grandement à former un tout cohérent, à poser une atmosphère. Bien que les instrumentations épurées sacrifient parfois la mélodie («Être là», «Par ta bouche»), certaines pistes s’avèrent être de belles pépites, surtout lorsqu’elles se reposent moins sur la voix. La Cavale s’articule de fait autour de quelques titres aux refrains évi-

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CATALOGUE

Catalogue (Relax-O-Matic Vibrator Records) et apportent un vrai équilibre, quand elles ne jouent pas à l’unisson pour faire masse avec la basse souvent grondante et menaçante (comme sur la Sonic Youthienne «Youpi»), l’une se charge des riffs et l’autre complète par de petits phrasés mélodiques («Super Hero»). La cadence (jamais au dessous de 160 BPM selon les intéressés) s’ajuste à l’humeur du trio et suivant le message à passer, peut virer plus ou moins punk (l’ardente «Square life» contre l’angoissante «About you»).

Trio basé à Marseille, Catalogue se forme en novembre 2012 avec la ferme intention de réveiller le post-punk français à base de boîte à rythmes aux programmations simples et souvent répétitives mais percutantes. Emma (chanteuse et guitariste venant de Human Toys), Eric (guitariste d’Elektrolux) et Bruno (basse) sortent une première démo autoproduite de 4 titres en avril 2013 qui permet notamment au groupe de tourner dans le sud des Etats-Unis l’année suivante. Une belle opportunité pour le projet de ce trio qui n’est pas du genre à laisser les choses dormir puisqu’il enchaîne en pleine tournée par l’enregistrement d’un premier album éponyme pour une sortie vinyle au mois de septembre 2014 chez Relax-O-Matic Vibrator Records (The Dolipranes, Tex Napalm, The Irritones). Les premiers instants de cet LP de Catalogue, («Fish fish») nous ramène à un autre groupe français qui fait son petit bonhomme de chemin dans le monde du postpunk coldwave : The Doctors. Inévitablement, la boîte à rythmes servant de substrat à la musique des deux groupes y est pour beaucoup, les guitares abrasives typiques du punk également («Anger») mais Catalogue est moins linéaire et donc plus varié dans l’ensemble que le duo bordelais. Les jeux de guitares sont complices

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La formation noyée dans de multiples influences notamment celle du punk britannique seventies et eighties (dont Joy Division et Wire) arrivent, au delà de l’aspect purement instrumental, à sortir du piège de la copie conforme en trouvant un porte-voix féminin impeccable dans son rôle. En effet, la vocalise féminine parlée, scandée et chantée assurée par Emma et rappelant les grandes heures du mouvement des riot grrrl, donne du piment et du relief à cette formule brut de décoffrage qui en a bien besoin pour éviter la monotonie hypnotique des machines et pour rendre un peu plus humain le propos. A travers son Catalogue de chansons entraînantes et intenses, le groupe montre une certaine inaltérabilité, l’œuvre fait sens de bout en bout si bien qu’aucun titre ne passe au dessus d’un autre. Ces derniers font bloc, tue l’ennui et on ne saurait trop vous encourager à vous intéresser à ce groupe marseillais qui, au vu de ses tournées passées et futures, fait déjà fureur en dehors de nos frontières. Ted


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Lenine Renaud 6, rue Brûle-Maison (At(h)ome)

leurs voisins Les Blaireaux («Mon pote et mon chien», «Transports en commun», «Pourvu qu’il pleuve», «Les liaisons dangereuses», «Les tocs») et idées sur notre société («Ma môme», «Victor Rodriguez»). Et si quand ça rigole, y’a toujours un peu de fond et quand c’est plus «dramatique», on essaye de garder de l’espoir, c’est quand ils réussissent franchement à marier les deux que c’est plus plaisant («Qu’est-ce que je devrais dire moi ?», «Le visage de Dieu»). Ceci dit, tu l’aurais vite compris à la lecture de cet exercice de liste, Lénine Renaud a plus de facilité quand il s’agit de déconner que quand il faut rester sérieux et défendre un propos, on est donc bien dans la suite lointaine des aventures des Nonnes Troppo, des VRP ou dans une version acoustique des Suprêmes Dindes ou de Marcel Et Son Orchestre.

Contacté pour faire un concert lors d’une manifestation pour défendre le logement étudiant, Frank ne peut y aller avec Marcel et Son Orchestre car ses potes ont d’autres plans. Ni une ni deux, il appelle Cyril qui a déjà connu de nombreux succès avec les Nonnes Troppo, les VRP ou les Suprêmes Dindes histoire de dépanner pour la soirée. Et la sauce prend, entre jeu de mot ch’ti et engagement politique, ils décident de s’appeler Lénine Renaud. Deux ans après ce premier concert, le groupe sort Mets tes faux-cils, deviens marteau ! (2013) puis récidive deux ans plus tard chez At(h)ome avec 6, rue Brûle-Maison, «Brûle-Maison» étant le surnom d’un chansonnier lillois du début du XVIII ème, pour info, au 6, tu trouves une brasserie... Le duo de frontmen s’est entouré d’une bande de joyeux drilles pour commettre leurs disques, parmi eux Guillaume (guitariste des premières heures), Gauthier (passé par Louise Primate) et leurs vieux potes Jibé (Marcel Et Son Orchestre, Mascarade) et Laurent (Les Suprêmes Dindes). C’est donc à six qu’ils s’installent en salle pour vider quelques godets et raconter leurs histoires musicales.

Les chansons sont en effet servies sur un plateau folkacoustique ultra chaleureux, souvent assez rythmé, toujours dans le ton des paroles (la tristesse de «La résidence») et offre une grande variété d’ambiances (de la country à la musette en passant par le blues et même l’indus unplugged sur «Hypertrichose palmaire»). Vrai travail de groupe pour ce qui est des arrangements, les couleurs sont propres à chaque histoire et mettent véritablement en valeur les textes qui ne font pas que des vannes directes ou des sketchs («Pourvu qu’il pleuve» et le piège du blouson noir) mais aussi dans une certaine forme de poésie, en témoigne cet extrait de «Ma môme» : On habite un meublé, elle et moi. La fenêtre n’a qu’un carreau qui donne sur l’entrepôt et les toits A l’écrit, ça n’est pas forcément percutant mais à l’oreille, ça me plaît autant que les petits jeux comme «Mon pote et mon chien» (Quelque soit l’heure ou mon état, il saute de joie quand il me voit, mon ...) ou «Les liaisons dangereuses» (et une jolie liste où Y’a des cruciverbistes avec une case en moins.). Oli

Selon les titres et donc les sujets abordés, on oscille entre historiettes humoristiques dans la lignée de

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INTERVIEW TEXTE

INTERVIEW > Lenine Renaud Frank, l’ex-leader de Marcel et Son Orchestre est une des deux têtes de Lénine Renaud, c’est lui qui s’est collé à la tâche peu évidente de répondre à mes questions peu inspirées et relève donc le niveau de cette interview réalisée pour la sortie de leur nouvel album 6, rue Brûle-Maison. Tu sais qu’un groupe s’appelle Sylvester Staline ? Oui, j’ai déjà vu ce nom mais je ne connais pas leur musique. Il existe même des groupes qui s’appellent Dominique A et qui ne font pas du métal. Le groupe existe depuis 2011, qu’avez-vous fait en 4 ans ? Nous avons commis un album auto-produit en mai 2013 intelligemment nommé Mets tes faux cils deviens marteau, épuisé pour le moment en CD mais encore commandable en vinyle rouge certifié conforme par le politburo et avant cela un six titres promotionnel. Nous avons donc un répertoire con c’est quand ? Nous pouvons jouer facilement trois heures avec peu de reprises. Derrière le jeu de mots Lenine Renaud, il y a une connotation politique, pourtant les textes ne sont pas très engagés... Disons que notre engagement n’est pas frontal. Nous n’aimons pas le manichéisme. La tendance Nique ou Respect est quelque peu trop simpliste pour nous. Il ne nous semble pas indispensable de jouer les purs et durs, les redresseurs de torts divisant le monde entre ce qui est bien et ce qui est mal pour prétendre être des rebelles. Personne ne semble apprécier les généralités

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alors pourquoi attendre cela dans les chansons prétendument engagées. Une chanson comme «Victor Rodriguez» est assez parlante. Y’a du mal pour gueuler, y’a du monde pour se plaindre, mais quand il faut tracter, faire du porte à porte, assister à une réunion de quartier, y’a plus beaucoup de purs et durs. Politiquement, le PC est mort, le FN n’a jamais été aussi fort, qu’est-ce qu’on peut faire ? On dirait une question de valeurs actuelles... Peut-être commencer par aller voter. Le FN n’est pas si gros que ça, simplement ces sympathisants se déplacent. Chez les gens de gauche, on adore jouer les insatisfaits, considérer que les propositions ne sont pas assez ceci ou cela. C’est juste une posture à la con car quand tu questionnes les personnes, y’a pas grand monde qui a lu le programme et qui bouge son petit doigt. « Mais tu m’fais marrer quand tu joue la lutte des classes A la terrasse d’un bar branché loin de la crasse Quand tu prétends que tous les combats sont bidons Quelle belle excuse pour surtout pas te bouger l’fion ». Y’a un délire de WC Field que j’aime bien : Combien sont-ils ? -Des milliers


Vous écrivez les textes ensemble ? Comment vous vous partagez le travail ? C’est pas un partage. Cyril regarde dans mes affaires et je regarde dans les siennes. On a confiance dans l’arbitrage de l’autre. Nous sommes nos propres regards extérieurs. Et vous vous «battez» pour savoir qui chante certaines phrases ? Non, sur les compositions et les arrangements il n’est pas trop pénible et je ne suis pas trop fatiguant. Vous vous considérez comme laïcs ou anticléricaux ? Ou alors l’humour est au-dessus de toutes les considérations ? La laïcité n’est pas une conviction, c’est la condition pour le vivre ensemble. Anticléricaux ? Ca dépend de l’heure et avec qui. Je pense toutefois que la religion occupe bien trop de place dans l’espace public. Les religions ne savent pas rire. Considérer qu’un dieu, un saint, un prophète sont intouchables et que leurs prétendues déclarations sont indiscutables, c’est du fascisme. Un texte est fait pour être discuté, critiqué, analysé, sinon il ne sert à rien. Personne ne peut se satisfaire du « c’est comme ça pas autrement ». Toutes les grandes découvertes de la science sont au départ des actes de désobéissance. C’est en désobéissant à la prétendue parole divine que nous avons trouvé la plupart des remèdes contre les épidémies. Heureusement que des hommes combattent le fatalisme.

étaient très ringards pour les branchés jusqu’à ce que les Inrocks lèvent l’interdiction. Nous, on fait ce qu’on aime. Motorhead, les Ramones m’ont donné les moyens de me rouler à terre, de beugler comme un âne, mais c’est la chanson qui m’a conscientisée et appris à dire je t’aime. Le rock est bien plus franchouillard qu’on ne le croit. Qui promène le mythe de la grosse quéquette, du caïd qui sait boire... Tu parlais du FN juste avant, mais pendant longtemps avant que tous les programmateurs ne trouvent cela convenu, c’est aussi avec la chanson qu’on combattait. Nos influences sont multiples et changent chaque matin. Nous sommes curieux.

INTERVIEW TEXTE

Combien sommes-nous ? -Deux Encerclons les !!!

Vous avez signé chez Athome, pourquoi ce label ? Parce que ce sont des personnes bien coiffées qui utilisent des mots qu’on comprend. On ne se demande pas comment on doit les saluer, ni sur quoi on doit ou pas kiffer. Merci Frank et Lenine Renaud, merci aussi à Olivier et Athome ! Photo : Francois Bodart Oli

D’où vient cette passion commune pour les vaches ? Nous sommes hindouistes... Votre très lourd passé, c’est une chance ou un handicap ? A toi de juger. Je ne comprends pas cette attitude très répandue qui considère que pour faire intelligent, faille faire chiant, ténébreux... Nous, nous assumons cette capacité que nous avons eu à faire marrer, danser une foule de personnes. A ce sujet, j’ai lu que Joe Strummer avait été hippy. Musicalement, on trouve aussi bien des influences américaines que franchouillardes, quels sont les inspirateurs de ces ambiances ? Zunatid Statouillard ça existe ? La country et le hard rock

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LES DISQUES DU MOMENT

HOLDING SAND A life worth memoirs (Autoproduction)

davantage de poids mais aussi de clarté et quelques mélodies travaillées dignes d’un métalcore qui aurait bossé à fond ses constructions et les enchaînements. C’est d’ailleurs cette juxtaposition d’ambiances opposées qui fait l’essentiel de l’intérêt de ce A life worth memoirs puisqu’elles s’emmêlent avec classe et un titre qui commence avec des sons clairs peut vite devenir un défouloir de désespoir enragé («Merry-go-round»). Avec ou sans chant, on reste scotché à l’évolution de ce combat («Wreck») jusqu’à l’annonce du verdict et cette trompette (de la mort) qui fait trembler et indispose tant on comprend que la fin est proche et que le mal l’a emporté. Viens alors le temps de la lumière paradisiaque, des gémissements, du recueillement, le rythme a baissé, les accords s’étirent, le chant garde sa rugosité mais la contrebasse met un terme à l’histoire On avait laissé Holding Sand il y a quelques années (en 2011) avec un EP (On sleepless nights) oscillant entre rock et post-hardcore, on les retrouve aujourd’hui dans notre boîte aux lettres avec un nouvel album plus métal/ émo/metalcore que rock ou post quelque chose. Dans l’intervalle, le groupe a sorti un album en 2012 (Some things are better left unsaid qu’on a attendu en vain...) et a continué sa route croisant quelques grands noms du gros son made in France (AqME, Mass Hysteria, Bukowski...). Bref, les revoilà dans nos esgourdes en février 2015 avec ce A life worth memoirs assez ambitieux puisqu’il propose de découvrir la fin de vie d’un personnage touché par la maladie et qui passe par différentes émotions comme la rage, la dépression et finit par accepter sa mort (dans un gémissement). Ecrire des textes n’est pas simple, les écrire sur un thème précis et les coller à la musique qui varie les atmosphères, ça l’est encore moins, c’était donc risqué sur le papier mais comme c’est réussi, bravo. Une fois le diagnostic pris dans la tronche, les guitares se font tranchantes et le chant ultra agressif passe du screamo à l’émo attaquant les cordes sensibles à mesure que le tempo se ralentit et les notes s’aiguisent. Le contraste augmente sur la trame «Hell bent» avec

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Une bonne idée, un superbe digipak, un son de qualité (signé Francis Caste qu’on ne présente plus dans nos pages), Holding Sand franchit une nouvelle étape dans son parcours et on espère maintenant les voir encore plus en live (et pas que dans la région de Tours...). Oli


LES DISQUES DU MOMENT

La Bite Et Le Couteau The Jennifer-I (Autoproduction)

dence de banlieue en méchant coal roller, ne manquant pas d’amener quelques grand-mères à tirer leur rideau pour comprendre ce qui pouvait bien venir perturber avec aussi peu de respect leur morne quotidien. S’il y a de quoi terroriser le W.A.S.P moyen, l’expérience laisse un goût d’inachevé chez les amateurs de terrorisme sonore que nous sommes.

Le duo vésulien reviens avec un deuxième EP toujours plus bête et méchant. Les deux compères continuent sur le chemin sans retour emprunté sur leur précédent split avec Buck : une noise/punk hardcore qui met tout sauf de l’eau dans son vin et qui a le mérite d’être clair sur ses intentions dès le début.

Tels des éjaculateurs précoces, les deux inconscients lâchent en effet toute la purée en moins de 8 minutes. On se surprend du coup a réécouter l’intégralité de l’EP quatre fois d’affilée pour pouvoir se sentir rassasié. Sûrement un moyen de plus, tout à fait revendiqué, pour faire chier. Et c’est ce petit coté foutage de gueule façon Melvins qu’on apprécie (ou pas, mais ça ils s’en foutent) chez La Bite et le Couteau. Bref, si tu es adepte du ‘’plus c’est court, plus c’est bon’’, cet EP est définitivement fait pour toi ! Elie

Le groupe vient terroriser sans sommation la petite résidence américaine idéale que l’on aperçoit sur la pochette avec ‘’Dans ta merde je me noie’’. Un titre à la rythmique nerveuse et obsessionnelle qui s’éclipse aussi brutalement qu’il était arrivé. ‘’Mad Jack’’ enchaîne sur un boogie woogie dansant et enragé où s’incruste brutalement un clavier froid et robotique sur un final halluciné et monomaniaque. Petite surprise avec ‘’Sarajevo’’ qui s’inscrit dans la tradition désormais assumée des titres aussi absurde qu’évocateur. En effet, Jéjé troque sa guitare pour une basse et pose avec son bûcheron de compagnon une ambiance ‘’rouleau compresseur’’ qui n’est pas sans rappeler l’instrumental ‘’East Broadway’’ d’Unsane. Le tout est en plus affublé d’un sample mystérieux que n’aurait pas renié Ministry. Voilà de quoi mettre en bouche ! Et après ? Et ben après c’est déjà finit. Circulez, rentrez chez vous, y a plus rien à voir ! Le camion de Vesoul a simplement traversé la petite rési-

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LES DISQUES DU MOMENT

CODA

Rêve d’un monde en apnée (Autoproduction) S’éclater le foie jusqu’à plus soif tout d’abord parce que les constructions instrumentales claires ou distordues sont d’une grande qualité et puisent leurs influences autant du côté d’un Pink Floyd ou d’un King Crimson (deux références évidentes du combo qui s’imposent dès «Lexomil:1 / Rêve:0») que des travaux plus récents de Mogwai ou Godspeed You! Black Emperor, notamment sur les deux parties monumentales du «Rêve d’un monde en apnée» qui donne son nom à l’opus. Les titres plus courts assurent aussi un joli voyage, que ce soient «Envol sur l’écume» ou «Automne», les sonorités nous transportent en quelques instants seulement.

Au Sud de Paris, avant d’entrer dans le Massif Central, tu peux t’arrêter à Montargis. La ville a l’air calme et n’a jamais vraiment fait parler d’elle pour sa rock attitude. C’est pourtant là qu’est basé Coda, un quintet de musiciens renforcé par Philippe qui leur écrit des textes. Sur scène, on trouve Stéphane aux claviers et au chant, Eric et Yohan aux guitares (le second jouant également du saxophone et de la trompette), Mourad à la basse et Patrick à la batterie. Ces cinq-là jouent ensemble depuis 2014 mais le groupe a connu différents line-up depuis la fin des années 90 et même un autre nom à ses débuts (Sugarpills). Pas pressés par le temps, le groupe a enregistré son premier album en 2013 et vient juste de le sortir... Avec quatre de ses titres au-delà des 8 minutes (dont deux qui dépassent le quart d’heure), Coda aime construire et étirer les ambiances et évolue dans un registre pas tout à fait post-rock car il y a beaucoup de chant et pas tout à fait progressif car construit davantage à la sauce post-rock... Si tu apprécies ce genre de musiques où les instruments sont mis en valeur et peuvent laisser libre cours à leurs envies, tu risques à la fois de t’enivrer et d’avoir la gueule de bois.

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Mais la sensation désagréable ne se fait pas attendre, en effet quand le chant paraît, l’excitation retombe, il n’est pas du tout maîtrisé pour son entrée en matière (sur «Envol sur l’écume») et cette première impression nous conditionne et laisse sa marque même si par la suite, le chant est dans le bon ton. Un chant très lissé, très pop, à la limite de la variété qui est, selon moi, un peu trop présent comme difficile à associer aux distorsions («Orage mécanique»). Coda Rêve d’un monde en apnée donc un monde où il ne faudrait pas ouvrir la bouche ? C’est peut-être un peu trop «sévère» mais moi aussi tant j’ai été emballé par les ambiances, tant le chant m’a décontenancé et je n’ai jamais réussi à vraiment y accrocher. D’autant que j’ai encore le Pénélope circus d’un Benisty sans faille dans les oreilles. Néanmoins, ces considérations étant toutes personnelles (comme toujours), il va falloir te faire ta propre opinion... Oli


LES DISQUES DU MOMENT

MARS RED SKY Stranded In Arcadia (Listenable Records)

en 2011, je me permets donc (quitte à ne pas être original du tout) de balancer une punchline de fainéants en comparant certaines ambiances à du Led Zep après une retombée d’acides. Le chant de Robert Plant est forcément l’un des modèles de Julien et le côté lancinant halluciné correspond assez bien à l’image de Houses of the Holy et à ce morceau d’anthologie qu’est «No quarter». Dans l’ensemble Stranded in Arcadia ne donne pas pour autant dans le hard rock, la chaleur tropicale met certes du poids dans certaines rythmiques mais, le psychédélisme bordelais est toujours méga cool. Même quand ça s’emballe un peu («Holy mondays»), on revient vite sur un tempo mesuré, les riffs étant distordus et saturés à souhait, il s’agit donc de ne pas les jouer trop vite pour bien profiter de toute leur puissance... voire de toute leur beauté quand la pédale s’allège et que les notes se délient pour fendre l’atmosphère («Arcadia»). Partis enregistrés au Brésil, les Mars Red Sky ont été marqués par le pays au point de «commander» un artwork, très inspiré, mettant en scène une «boule» et un canot qui permette le débarquement sur une plage de Rio de trois êtres (à en juger par les traces de pas) qui sèment suffisamment le chaos pour faire rougir le ciel et faire valser la célébrissime statue du Christ Rédempteur tombée du Corcovado. Les choeurs d’intro de l’album («The light beyond») ayant un petit côté religieux, on a donc un opus marqué à la fois par la foi et la samba. Non je déconne. Ou alors une samba aux rythmes hachés, sacrément ralentie et agrémentée de fuzz agogô.

Maîtrisant parfaitement son sujet, Mars Red Sky se permet même quelques fantaisies comme terminer la galette avec «Beyond the light», un petit instrumental en mode enregistrement dans un bocal qui fait écho à l’ouverture «The light beyond». Pas de doute au final, canicule ou pas dans les mois à venir, Stranded in Arcadia est le disque de l’été, enfin... si tu veux que celui-ci soit chaud, très chaud. Oli

Le changement de batteur et le succès critique comme public de l’éponyme Mars Red Sky n’ont pas changé l’idée directrice qui conduit le groupe, avec Stranded in Arcadia il assume son rang et déploie de plus gros moyens pour encore nous impressionner. MRS n’était pas qu’une comète traversant l’espace, ils sont là pour durer et réunir les générations. Parce que les amateurs des seventies se retrouveront autant dans ces huit nouveaux titres que les jeunes passionnés de stoner, qu’on ait 60, 40 ou 20 ans, peu importe, les sensations procurées par cette musique sont intemporelles et touchent tout le monde. D’ailleurs, Aurélio n’avait pas joué la carte Led Zeppelin

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INTERVIEW TEXTE

INTERVI«OU» : BOOGERS Après Jessica93, on récidive avec une nouvelle interview à choix pas vraiment multiple puisque c’est juste «truc ou machin», c’est parfois idiot mais si tu connais bien Boogers tu sais pourquoi on a été aussi bête... Et tu peux donc en apprendre un peu plus sur le bonhomme et éviter un impair dans une soirée où il serait présent !

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Blankass ou Ez3kiel ? EZEKIEL !!!

Rubin Steiner ou Boogers ? Choisir entre ce que je fais et la personne qui a fait exister ce projet au début, aucune hésitation, Rubin !

Thomas VDB ou Mustapha El Atrassi ? VDB, je suis son plus grand fan

More better ou As clean as possible ? Les deux, je suis autant fier des deux albums «Dis-moi pourquoi» ou «She said no» ? Les deux, je suis fier de ces deux morceaux Chips bolognaise ou chips barbecue ? Aucun des deux, je préfère les chips au vinaigre Merguez ou chorizo ? Chorizo portugais !

INTERVIEW TEXTE

Crottes de nez ou paté de cérumen ? Ni l’un ni l’autre, je préfère les ongles

Jean Germain ou Serge Babary ? No comment, période de deuil. (NDR : Au moment de poser la question, le précédent maire de Tours n’était pas encore tristement célèbre) Boogersofficiel.com ou page Facebook ? Les deux mon général !!! Merci à Boogers et à At(h)ome ! Photo : Francois Berthier Oli

Curly ou Bugles 3D ? Curly ! Il est curly moins le quart, mais j’avance Domino’s pizza ou Pizza Hut ? Choisir entre la peste et le cholera Pizza royale ou margherita ? Pizza hawaïenne avec des ananas Bière ou coca ? Les deux mélangés Tours FC ou PSG ? Les chamois niortais Bernard Lama ou Xavier Gravelaine ? Serge Lama Cigarette ou E-Cigarette ? CI GA RE TTE ! ! ! Festival ou showcase ? FESTIVAL Sanseverino ou Jessica93 ? A la surprise générale Sanseverino Astrolabe ou Chato Do ? Les deux, deux salles qui me soutiennent activement depuis mes débuts.

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EN BREF PINEAL

LITTLE BOY

EKLIPSE

Smiling cult

You, Demon

Liberté, égalité, sensualité

(Horror Pain Gore Death Productions)

(Lp prod / Believe / Nacre Editions)

(Premium Records)

A part ici, on n’est pas sûr que tu entendes beaucoup parler de Pineal... C’est un trio londonien (composé d’un anglais, d’un belge et d’un australien) qui vient de signer sur un obscur label mais qui nous avait envoyé son EP alors qu’il était encore autoproduit... Musicalement, ils s’adonnent à une sorte de sludge grungy mentalement torturé, pas le truc ultra catchy présenté comme ça mais si tu peux imaginer les méandres de Tool croiser la route d’un chant éclairé à la Alice in Chains, alors tu peux te faire une petite idée de ce à quoi ressemble Smiling cult. Pas évident ? Pense à un son très lourd et une distorsion qui rampe par terre, visualise la poussière sur la tête d’ampli sauter à chaque coup de butoir sur la grosse caisse, dis-toi que ces mecs doivent répéter dans une cave où vivent quelques araignées, des capsules de bière et des cordes cassées. Et quand le groupe réalise un clip, il monte et montre des images inquiétantes, quasiment toutes en noir et blanc, en terme de stress et d’angoisse, c’est plus fort que leur musique qui n’est pas que malveillante... Alors conquis par cette description ? Sinon, tu peux aussi l’écouter sur BandCamp et c’est ce qu’on t’encourage vivement à faire.

Second EP pour les Normands de Little Boy, jeune quatuor pop-rock formé en 2010. Pour ce nouveau cinq titres les musiciens ont pris leur temps (deux ans et demi) et décidé de soigner la forme : clairement, à ce niveau, le projet n’a pas à rougir face à la concurrence. Artistiquement, on retiendra de ce disque quelques refrains qui font bien le travail («Sorry sorry», «Lethal kiss»), une production très honorable, au service des compositions, et un vrai effort de cohérence. Malheureusement les morceaux sont souvent écrasés sous le poids d’influences convenues (Arctic Monkeys, U2, The Strokes), influences qui parasitent un peu l’écoute de leur rock assez lambda. Bien qu’on sente donc une ambition plus affirmée et une recherche d’univers, il reste encore à travailler la matière première : les compositions, l’écriture, le chant (bien trop copié sur celui d’Alex Turner). Ce «petit garçon» fait encore maladroitement ses premiers pas, mais la persévérance est souvent la clef de la réussite, qu’il ne se décourage pas.

Un violoncelle, un alto et deux violons, c’est pas forcément sexy, mais quand c’est quatre demoiselles courtement vêtues qui en jouent, on gagne en charme, en 2012, elle proposait de passer une nuit en string en reprenant des tubes plus ou moins à la mode de Linkin Park, Depeche Mode, Coldplay ou Lady Gaga. Cette fois-ci, les Allemandes sortent un EP spécialement pour le public français avec une sélection à peine plus pointue puisqu’elles s’attaquent aux morceaux les plus célèbres de France Gall («Poupée de cire, poupée de son» qui est également présent remixé à la hâche technoïde), des Rita Mitsouko («Marcia baila») et de Noir Désir («Le vent nous portera») mais aussi le «Clair de lune» de Debussy. On est bien évidemment plus proche d’Apocalyptica que de Rasputina et si l’ensemble fleure bon la récupération d’un phénomène qui marche, on se laisse prendre au jeu et l’interprétation talentueuse des morceaux fait passer un agréable moment. Et certainement qu’avec une mise en scène moins racoleuse, les filles seraient prises bien plus au sérieux mais on l’avoue, ce serait aussi beaucoup moins accrocheur.

Oli

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Antonin

Oli


EN BREF

FORMER LIFE

H.CAT

FAREWELL

Blank

Heavy bird

Living ends

(Autoproduction)

(33 Neons)

(Autoproduction)

Depuis sa formation en 2008, Former Life sort un CD tous les deux ans, ils espèrent franchir un cap avec ce nouvel album intitulé Blank. Le groupe évolue dans un métal alternatif envoyant parfois des passages assez modernes avec quelques bons riffs (l’intro de «Sick & crazy» qui donne envie de réécouter Guano Apes) mais aussi ce qui semble être des incongruités en 2015 (breaks ultra téléphonés, solo sorti des eighties, des choix de disto discutables... «Long time ago» arrivant à tout concentrer, si tu peux éviter d’écouter ce morceau en premier, c’est pas plus mal, commence plutôt par «Sick & crazy» ou «Blank»). L’intérêt repose surtout sur l’énergie transmise par Ornella au chant qui sait autant jouer sur le charme de sa douceur que sur l’envie d’en découdre («Blank») et surtout arrive à très bien doser les deux («Remains of humanity»). Ce n’est pas tous les jours que j’écrirais ça mais si Former Life arrive à être plus direct, à clarifier son jeu et donc à moins se perdre en juxtaposant les idées (surtout en virant les mauvaises), ils gagneront en accroche et mettront en valeur leur principal atout.

H.Cat est un Américain, originaire de Baltimore, vivant en France et qui a sorti récemment son premier EP intitulé Heavy bird. Une œuvre en solo liminaire composée de cinq titres folk lo-fi brumeux représentant pour son géniteur, Franz Katsenberry, la fin d’une époque où partager ses titres au public n’était pas sa vocation première. On peut aisément le comprendre tant ils semblent avoir été faits pire que dans l’urgence et que l’ambiance qui s’en dégage est terriblement cafardeuse et intimiste. Ce n’est pas pour me déplaire mais je suis partagé entre d’une part, l’indéfectible sincérité qui règne dans ce disque enregistré le plus souvent en pleine nuit dans des états seconds et d’autre part, le bâclage d’une production et d’une réalisation faite à la va-vite (le mixage raté d»I let you this world» en est l’un des exemples) exhibant un certain manque de professionnalisme que ne manqueront pas de souligner ceux qui tomberont sur ce projet. Dommage car cet EP bricolé à la maison présente quelques bonnes idées, malheureusement trop souvent noyées dans les mauvaises.

Moitié d’April, ingénieur du son au studio Hesat Recording, JiBé Calluaud a commencé à travailler pour satisfaire ses envies musicales personnelles en 2012 en composant sous le nom de Farewell. Son premier album Living ends est le résultat de ses aspirations entre orchestrations classiques (il a beau être guitariste, bassiste, pianiste et chanteur, il a tout de même fait appel à des pros du violon ou de la contrebasse), rock et chant éthéré (là, il a demandé à quelques jeunes filles de chanter avec lui comme sur le lyrique «Soleil rouge»). Un album où le règne de la délicatesse est parfois mis à mal par des distorsions sourdes («Thirteen») ou plus enjouées («The killing hours») qui viennent se confronter à des notes de piano limpides. Pop et chaleureux, le chant de JiBé se marie bien aux violons («Holding hearts») mais sait également s’écorcher vif (normal pour un Bordelais ?) pour surprendre l’auditeur lors de quelques déflagrations fulgurantes («Living ends»). Le minutieux travail découvert avec April continue sur des latitudes différentes avec Farewell où liberté artistique rime avec ambiances magiques.

Ted Oli

Oli

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EN BREF KROKODIL

JEANNE ADDED

MOONSPELL

Nachash

Jeanne Added

Extinct

(Spinefarm Records )

(Naïve)

(Napalm Records)

Super groupe anglais, Krokodil réussit à installer une atmosphère et son univers en un seul opus intitulé Nachash (c’est le nom du serpent de la Genèse qui fout le bordel au paradis). Si son chanteur n’est pas le plus connu (Simon Wright), ses guitaristes ont un joli CV (Laurent Barnard chez Gallows, Daniel P. Carter chez Bloodhound Gang, Alessandro Venturella débarqué comme bassiste chez Slipknot), et la rythmique et celle de Sikth (James Leach et Dan Foord). Du beau monde qui répète de temps à autres depuis 2011 et donne des concerts depuis 2013. Côté son, ça gueule beaucoup et plutôt bien («Skin of the Earth») mais c’est encore mieux quand les loustics calment le jeu et élargissent le spectre pour augmenter la tension («The collapse», «Ragnarock», «Phyllotaxis»), c’est là qu’ils sortent du lot des combos qui jouent du métal véner et font du death un style figé dans le passé. Avec des compos aussi soignées que son artwork, Krokodil se fait remarquer autrement que par la liste de ses membres et on espère que ce Nachash n’est que le premier chapitre d’une histoire qui pourrait nous emmener jusqu’à l’apocalypse.

Son nom circule depuis quelque temps et tout semble indiquer que ce n’est qu’un début. Chanteuse, multi-instrumentiste, Jeanne Added (34 ans) possède un parcours atypique, qui l’a conduit du classique au jazz puis enfin au rock. Lancé en éclaireur, ce premier EP annonce un album pour 2015, album qui semble déjà très attendu. Incantatoires, minimalistes, surprenants et fluides, les 3 titres, dont on retient moins les mélodies que le son, sonnent fatalement très travaillés (l’album à venir a mis 1 an et demi à être finalisé) ; l’ambiance, elle aussi très aboutie, sonne comme le croisement de l’electroclash, du post-punk et du rock binaire. Très soutenue par Dan Levy, la moitié masculine de The Do, qui s’invite d’ailleurs sur ce disque (synthés, batterie, programmation), la jeune femme s’impose comme rarement, et nous donne très envie d’en entendre davantage, sur disque comme en live. Rajoutez à cela le fait qu’elle ait la délicatesse de ne pas chanter en français, vous obtiendrez l’un des noms à surveiller en 2015.

Avec Paradise Lost, Theater of Tragedy, Type O Negative et quelques autres, Moonspell est pour moi synonyme d’une certaine époque, celle du lycée et du début de la fac et ensuite, si j’ai continué de voir ce nom s’afficher dans les festivals, j’ai complètement lâché l’affaire. Jusqu’à ce nouvel opus, Extinct, qui ravive ces souvenirs et montre combien l’expérience sert ce groupe qui travaille les orchestrations, les samples, les sons, les ambiances, son imagerie (signée Spiros Antoniou, chanteur de Septicflesh) avec une grande précision et certainement beaucoup plus d’exigence et de capacité qu’il y a 20 ans. D’un métal assez goth au départ, on aboutit ici à un ensemble plus prog («Domina»), plus enlevé, construit avec finesse sans pour autant oublier de mettre des gros coups de blast de temps à autres («Extinct», «Medusalem» qui contient aussi une très jolie mélodie). Alors que je n’attendais pas grand chose de cet album, Moonspell m’a procuré d’agréables sensations et a plutôt très bien vieilli. A noter enfin que les Portugais nous font un petit clin d’oeil avec l’étrange (et assez bancal musicalement) «La Baphomette» et son texte en français.

Antonin

Oli Oli

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EN BREF

PLEVRE

COLOURS IN THE STREET

godsized

Plèvre

Royaume

Heavy lies the crown

(Basement Apes Ind.)

(La Baleine)

(Metalville)

Chaotique, surpuissant et expéditif, voilà trois adjectifs pour résumer, autant que possible, ce que propose Plèvre sur son disque éponyme qui a un nombre de titres suffisant pour en faire un LP mais une durée qui le classe chez les EPs. Car à part deux titres où les larsens traînent un peu, ça blaste la gueule à 200 à l’heure et si tu changes de plage après 2 minutes, c’est que c’était un long morceau. «Nausées», «Déni», «Fosse Commune», «Morsure»... voilà pour quelques titres qui te donnent une idée de l’ambiance, tout à fait raccord avec l’artwork, excellent, c’est glauque, terriblement malfaisant et ce n’est rien comparé à l’assaut que subissent les oreilles. Egosillements brutaux, déluge cataclysmique de rythmes et de riffs, Plèvre c’est du grind amélioré avec de la torture mathématique dans les constructions et une violence réelle. Là où on sent bien le côté guignolesque du truc chez certains, là, ça ne plaisante pas du tout mais alors du tout du tout. Ecouter ce disque, c’est prendre sa ration de claques et sortir lessivé après seulement une quinzaine de minutes... Ou comment mettre en musique une des phrases cultes des Tontons Flingueurs «Y chante et pis crac, un bourre-pif, mais il est complètement fou ce mec !».

Lessivé, c’est un peu l’état dans lequel on ressort après l’écoute du premier album des Colours in the Street. Car autant être clair, les 5 (très) jeunes musiciens de Niort jouent sur les terres déjà fortement labourées des Coldplay, Keane et autres mastodontes de stadium-rock. Sur disque cela se traduit par un son très compressé, une voix passe-partout (mais au très bon accent, chose assez rare pour le souligner), et surtout des choeurs à n’en plus finir (imaginez les «Oh-Oh-Oh-Oh» de «Viva la vida» mais sur TOUS leurs morceaux). Le choix d’essayer de créer un single à chaque titre rend également l’album assez lourd sur la longueur (dix tentatives à suivre). Néanmoins au jeu du groupe français qui sonnera le plus anglo-saxon (le but plus ou moins assumé de 90% des groupes actuels), on admettra sans hésitation que les Colours in the Street se défendent extrêmement bien. On leur souhaite d’atteindre leur but visé (le grand public), l’album sonnant clairement aseptisé pour une oreille (trop ?) avertie.

On pourra résumer la musique de Godsized en un mélange d’instrus redneck testostéronés d’obédience Black Label Society avec le chant d’un Miles Kennedy sans conviction par dessus. Formule que j’avais trouvé sympathique en live mais qui a un rendu beaucoup plus anecdotique sur album. Dans son domaine, le groupe américain se défend tout à fait, mais n’échappe pas aux kitscheries propres à son genre (l’intro de type Black album totalement survolée et inutile de ‘’Welcome to Hell’’ ou les arpèges mélodramatique de ‘’Fade’’ (to black?)). On a du mal à s’empêcher de ressentir une sensation de « déjà trop entendu » due à un style qui n’a déjà plus rien à dire depuis au moins 20 ans. Si les musiciens assurent parfaitement au niveau technique avec des riffs pas trop dégueus par-ci par-là on reste malgré tout pantois devant des transitions plus que bâclées aux airs de collages dans des morceaux comprimés et dénués de toute surprise ou quelconque folie qui pouvait encore sauver des groupes tels que Damage Plan à leur époque. On a donc affaire à un metal pour biker tout à fait convenu qui laisse de marbre, avec une prod bien trop lisse et propre pour lui donner un minimum de crédibilité.

Oli

Antonin

Elie

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EN BREF JOSEPH D’ANVERS

Take the track

ULAN BATOR

Les matins blancs

Compilation (Ellie Promotion, Hurricane Entertainment, Lords of chaos)

Amaury Cambuzat plays Ulan Bator

Take the track c’est une compil’ gratos de 18 titres de groupes métal français autoproduits qui veulent se faire un nom. La track-list a été concoctée par Ellie Promotion (Optical Faze, Lost Opera, Wizzö et Frantic Machine), Hurricane Entertainment (spécialiste du pressage de disques) et le webzine Lords of chaos qui offre les titres (et même d’autres) en téléchargement. Une large palette de styles est représentée, allant du mélange growl/lyrisme à la Theater of Tragedy (Alwaid) au métal plus classique lorgnant sur le MetallicA (Frantic Machine) en passant par des trucs plus aériens (Gaidjinn) ou carrément punks (Lorraine Cross). Comme souvent avec ce genre de projet, c’est difficile d’accrocher à tout (personnellement, c’est Sythera ou Poste 942 que je zappe le plus vite) et certains groupes souffrent la comparaison avec leurs voisins tant leur production est faiblarde (Creeping Devil Cactus, Mortal Scepter, No Fatality)... Ceci dit, tu trouveras forcément une petite pépite et pour ma part (je précise que Leituss ou Wizzo étaient hors jeu car déjà chroniqués chez nous) c’est Beyond The Hatred qui a attiré mon attention avec un gros son et une belle débauche d’énergie noire.

Quand Amaury Cambuzat n’est pas occupé par son mythique groupe Ulan Bator, par Chaos Physique ou bien sur ses projets personnels ou en solo, il trouve un challenge intéressant et qui attise d’emblée la curiosité : réarranger puis réenregistrer des morceaux cultes (ou pas) d’Ulan Bator avec pour seule arme (ou presque) une guitare acoustique (harmonica et stomp-box sont également utilisés). Le projet d’une édition limitée de 300 CDs accompagnés d’un livre illustré contenant les textes des chansons, lancé en crowdfunding, a dépassé les objectifs de participations. Au programme, le «funder» découvre dix titres revisités jouant la carte de l’intimisme profond et une interprétation qui se fait l’écho de textes limpides et poétiques. D’une insondable obscurité par moments, mais très souvent empli d’une sensibilité manifeste, le chant essentiellement en français d’Amaury pourra en bloquer certains. En effet, de morceaux post-rock noisy à l’origine, on passe à de la folk acoustique qui met pas mal en relief la voix et un style de chant qui peut évoquer celui de la scène française. En clair, si vous arrivez à passer ce détail, vous profiterez de l’oeuvre éclatante d’un esthète émérite qui arrive encore à nous surprendre après tant d’années de service.

(At(h)ome)

Faux Belge, vrai touche-à-tout (romancier, chef opérateur, et... boxeur), auteur-compositeur pour lui-même, pour d’autres (Dick Rivers, Alain Bashung) ainsi que pour quelques films, Joseph d’Anvers revient en 2015 avec son nouvel album, Les matins blancs, quatre ans après sa précédente sortie. Héritiers d’une chanson française polie et codifiée, les 14 titres ont bien du mal à se défaire de ce carcan écrasant. Tout y est, des riffs gentiment rock aux cordes plaintives, en passant par la ballade folk et le piano-voix dépouillé. Même constat concernant les textes, qu’on a l’impression d’entendre plusieurs fois (grosso modo : l’amour, la nuit, à Paris). Un bilan d’autant plus décevant que l’album démarre de façon prometteuse : le premier titre «Petite», le single «Surexposé» sonnent en effet comme de sympathiques entrées en matière. Pour la première fois réalisateur d’un disque, Joseph d’Anvers semble avoir trop gommé les aspérités, aseptisant le propos. On lui préfèrera sa compagne de label, Robi, plus radicale dans ses choix. Antonin

Oli

(Acid Cobra Records)

Ted

70


EN BREF

Crushed Beaks

NEVRASKA

Monkypolis

Scatter

Nevraska

See me in colour

(Matilda Records)

(Autoproduction)

(Under House)

Non, Crushed Beaks n’est pas un nouveau projet de Damon Albarn... Pourtant, Matthew le chanteur (mais aussi guitariste, clavier et bassiste) de ce qui était au départ un duo (avec Alex, le batteur), donne à certains titres des faux airs du Blur de la grande époque. Nasillarde, traînante et parfois à la limite du supportable, sa voix survitamine des petites bulles pop qui éclatent sous la pression de guitares incisives et de rythmes dansants. Ca sonne parfois comme des vieux trucs qu’on connaît (comme toutes les productions britanniques ?) mais c’est frais et riche en énergie, ça ne se prend pas trop la tête (et dans ce style, c’est très appréciable quand on évite la branchouillardise) et surtout non seulement ça se laisse écouter mais en plus ça file la banane. Désormais en trio avec Scott (à la basse), les Londoniens pourraient être une des sensations de l’été alors ne te laisse pas décourager par leur immonde pochette (certes les gars sont fans de zombies mais de là à oublier toute forme d’esthétisme...) et jette une oreille à leur power pop qui te fera du bien.

Composé de Cyril (ex-Inner Suffering) à la batterie et de Pascal (ex-Human Side) à la basse, Nevraska balance deux titres en guise d’apéro avant la sortie de leur nouvel album qui devrait débarquer prochainement. Et ça balance plutôt bien... C’est avec les muscles bien visibles que commence «Lirû», un titre heavy et carnassier comme du Mastodon, véloce comme un brûlot de chez Pneu. Pas de chant chez Nevraska, le groupe agrémente sa musique de petits samples qui viennent apporter encore un peu plus d’impact à un titre qui n’en manque déjà pas. Le deuxième morceau, «Nebula», est là aussi une belle carte de visite pour les amateurs de musique instrumentale qui tabasse tout en ne négligeant pas les accroches mélodiques et l’immédiateté. Deux pistes, c’est court, d’autant plus qu’elles sont assez succinctes et vont à l’essentiel, mais cela dit, c’est largement suffisant pour juger du potentiel d’un projet. Et chez Nevraska, potentiel, il y a. Et comme les deux pistes sont en téléchargement libre via leur bandcamp, tu vas pouvoir juger sur pièce et t’imprégner de la maitrise des deux gaillards. De notre coté, on attend la suite des hostilités avec une certaine impatience.

Outre la référence simiesque dans leur nom et une petite dose d’électro dans leur pop-rock, les Grenoblois de Monkypolis semblent bien inspirés par Gorillaz vu l’intérêt pour les arts graphiques et la mise en scène de quatre personnages dessinés qui sont à l’honneur depuis le web jusqu’en live en passant par le digipak. Mais si ça y ressemble beaucoup, ce n’est pas la même mayonnaise que pour la machine à tubes de Damon Albarn car si l’ensemble de See me in colour tient la route, on ne décèle pas le titre qui pourrait devenir un hit mondial immédiat. Les titres un peu plus péchus laissent entrevoir pas mal de bidouillages aventureux («They kill the world», «Under control»), les titres ultra mélodieux sont un peu mous («See me in colour»), à part avec «Your revolution», plus basique, le groupe travaille trop ses morceaux pour être bankable en radio. Tant pis pour les fans de Gorillaz et tant mieux pour ceux qui cherchent une musique pop-rock qui ose sortir des sentiers battus. Sachant qu’il faut viser haut pour se faire une place, Monkypolis n’a pas lésiné sur les moyens pour ce deuxième opus, saluons donc leur audace.

Oli

Oli

David

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EN BREF Brainsucker

MARGARET CATCHER

Cowards

ep - III -

Transhuman fever

Rise to infamy

(Autoproduction)

(JFX Lab)

(Throatruiner Records)

Même si on a découvert et suivi les aventures de Brainsucker au fil de leur collaboration avec Shimstrumental, le groupe existe aussi sans leurs comparses allemands et sortent seuls ces trois titres réunis sous le nom ep - III -. Et ce nom, c’est l’unique trace de manque d’imagination du quatuor toujours aussi à l’aise dans le registre du post-rock bien électrifié. Autoproduit, le groupe s’est aussi auto-enregistré puisque c’est Matthias qui a assuré les prises de son et le côté amateur se ressent sur les parties les plus distordues qui manquent un peu de pêche (un comble à Montreuil). Et comme on connaît déjà deux morceaux («Born for lullaby (from outer space)» et «Bravery of a horse facing death» qui sont joués en live depuis quelques temps et présents sur leur DVD), on peut rester sur sa faim après «Song for a weeding». L’inédit vaut le détour et nous balade au gré du vent et des notes, un vent qui se transforme en bourrasques et nous balaye jusqu’à un espace plus reposant. Ce nouvel EP sert donc de jonction entre les années Shimstrumental et une suite qu’on espère ne pas attendre trop longtemps...

La comparaison avec Pryapisme aurait pu être toute trouvée : un patronyme et des titres de chansons qui font sourire, un Dieu à tête de chat présent sur la pochette, une musique rock complètement barrée qui convoque le 8 bits sur un morceau de 7 minutes («Samo raye»). Et pourtant, Margaret Catcher est loin de l’avant-gardisme maladif des Clermontois, pas tout à fait les mêmes références musicales et puis un effectif plus amoindrie : ces musiciens ne sont «que» deux. Pierre (batterie et pads) et Xavier (basse-synthés et chant robotique) oeuvrent depuis 2011 au sein de ce groupe qui allie un rock technique s’entourant de technologies diverses (vocodeurs, capteurs sensoriels, pads et pédales d’effets). Une nébuleuse sonore appelé «rock augmenté» dont on sort difficilement indemne, comme toujours avec les disques caustiques qui se veulent innovant. Et c’est d’autant plus une surprise que cet EP est sorti chez JFX Lab, un label digital plus habitué à sortir de l’électro ou du hip-hop de son fourneau que du rock expérimental dont les influences sont à chercher du côté de Squarepusher, Jagga Jazzist et Deerhoof. On recommande l’écoute numérique tout en sachant que la recette doit sûrement être bien plus excitante en live.

Va savoir pourquoi, on n’a pas capté Hoarder (paru en 2013), mais sache qu’on n’est pas rancunier et que même en se faisant lourdement agresser tout au long de ce Rise to infamy, on continue d’apprécier les écorcheurs d’esgourdes que sont les Cowards. Alternant passages mesurés (on ne dira pas lents parce que leur sludge n’est pas spécialement escargotique) et hardcore à la limite de la bouillie sonore («Frustration (is my girl)»), si tu te lances dans l’album, tiens-toi prêt à déguster. Parce que putain, qu’est-ce qu’on mange... Les Parisiens nous en foutent plein la tronche («»Low esteem», «Anything but the highroad»), travaillent le plus salement possible leurs riffs et dosent leur puissance pour simplement faire le plus de mal possible. Les textes sont hurlés en mode je m’égosille juste pour maintenir la pression et éviter que tu te reposes quand le rythme retombe («Birth of the sadistic son»). Entre les larsens, le plombage continue et les effets trépanants («Wish to infamy») est un des disques de métal les plus sombres qui soit et il est assez difficile à écouter en entier sans être mal à l’aise (la pochette avait donné le ton). Bref, Cowards est parfaitement raccord avec toutes les saloperies répugnantes de ce bas monde.

Oli

Ted

72

Oli


EN BREF

No Return

POND

KUNZ

Fearless walk to rise

Man it feels like space again

Our songs as a public space

(Mighty Music)

(Modular Records)

(Hummus Records )

Ils sont encore de retour... Et oui, les No Return n’en ont pas terminé avec nos esgourdes, pas plus qu’avec leurs habituels changements (côté line-up, Mick (ex-Destinity) a pris le micro, J a récupéré une guitare alors que Joel s’est mis derrière la batterie, côté label c’est au Danemark qu’ils sont hébergés (chez Mighty Music). Et alors qu’Inner madness m’avait laissé assez indifférent, il faut croire que ces changements de personnel a reboosté le groupe d’Alain Clément puisque Fearless walk to rise sonne très moderne tout en gardant le côté old school de leurs origines death metal avec des plans «à l’ancienne» (mange ton solo, paye ton break, growle-moi ça dans les dents...). A l’instar des grands frères de Loudblast, les No Return tabassent toujours et ne sont pas décidés ni à ralentir la cadence du tempo, ni à faire moins gras, tant pis si le taux de cholestérol est explosé depuis longtemps. Comme souvent dans ce style, mon seul grief est la monotonie du chant car si les zicos s’évertuent à donner du relief aux morceaux, les parties vocales ont tendance à aplanir le tout.

Groupe australien à géométrie variable recelant deux membres des désormais adulés Tame Impala en son sein, il semble assez clair que Pond a bénéficié du succès de ces derniers, même s’il n’a rien d’opportuniste puisqu’il nous livre aujourd’hui son sixième album en sept ans d’existence. D’influence clairement rock psyché, le disque offre un départ très prometteur avec une paire de titres enlevés (« Waiting around for grace », « Elvis’ flaming star ») qui nous tiennent vite en haleine tellement le propos semble maîtrisé et évident. Ajoutez à cela une ballade bien cafard (« Holding out for you ») et vous obtenez un EP quasi parfait. Seul problème, il s’agit bien d’un album, et les cinq titres suivants sont loin d’enfoncer le clou. Visions parfois incongrues de musiciens en plein trip, les deux tiers des pistes font du sur place ou pire tombent à plat, hermétiques, pénibles ou surchargées. Bien que la fin du disque se veuille (relativement) plus ouverte (« Medecine hat »), l’album tient plus du Space Mountain que du voyage interstellaire : on y entre avec le sourire, on en ressort avec la nausée.

Kunz, le duo rythmique experimentalo (un brin)-punk noise (mais pas que) suisse composé de Luc Hess (batterie) et de Louis Jucker (basse et chant), bien connu pour son service sonique au sein de formations aussi diverses que Coilguns, The Ocean ou The Fawn, fête ses 5 ans avec la sortie d’une compilation de vieux morceaux enregistrés entre 2009 et 2010. Un an après le projet Red Kunz avec leur confrères de Red Fang, celui d’Our songs as a public space s’accompagne de 8 vidéastes chargés de mettre en images ses 8 titres avec pour objectif d’»insuffler une vie à ces sons». On vous laissera analyser personnellement ces vidéos une fois que vous aurez digéré le contenu musical de ce LP, soit un savant dosage sonore à la fois burné (le jeu de batterie précis de Luc reste absolument magique à écouter), planant et parfois aventureux (si tu aimes les larsens et les bruits incongrus, ce disque est fait pour toi). Pas vraiment de faute de goût, si ce n’est par moment une production inégale à la valeur des morceaux, à l’instar du déjanté «Worm». On salue l’intrépidité du duo et sa facilité à pondre des brûlots «hard» : une affirmation presque habituelle lorsque l’on vient à parler des formations du roster d’Hummus Records (Olten, Cortez, The View Electrical, Impure Wilhelmina...).

Oli

Antonin

Ted

73


EN BREF The last embrace

LES TAMBOURS DU BRONX

OLTEN

The winding path

Corros

Mode

(Longfellow Deeds)

(At(h)ome)

(Division Records, Hummus Records)

Depuis la sortie d’Aerial, The Last Embrace a encore connu quelques modifications de line-up (départ du second guitariste Laurent et changement de batteur pour Chris) et a travaillé dans la douceur avec un opus acoustique sorti fin 2013 (Essentia), les revoilà donc en mode électrique mais sans oublier la délicatesse qui caractérise leur prog’ métal à voix paradisiaque. Si on glause beaucoup sur le chant (et l’éternelle référence The Gathering à entendre sa qualité), ce qui est plus marquant sur cet album, c’est la prise de risques dont a fait preuve le combo en écrivant «The field of minds» où pendant près de 20 minutes, on a le droit à toutes les émotions, à diverses sonorités (y compris des instruments classiques comme le violon) et surtout à un voyage onirique influencée par la démesure des groupes des seventies. Avoir des idées est une chose, en assembler autant de bonnes sur une telle durée exige un travail titanesque et force le respect. Et le plus beau, c’est que ce titre tentaculaire ne fait pas d’ombre aux autres (certains s’imposent aussi sur leur distance), mettant même en valeur encore davantage le travail instrumental («Let the light take us»). Une grande réussite.

Chroniquer un double album d’un monument comme les Tambours du Bronx en version «En bref» c’est, je l’avoue, assez gonflé... Mais parfois, il n’en faut pas plus pour donner envie de se pencher sur la dernière production d’un groupe hors norme et à l’ouverture d’esprit sans limite. La 1ère galette, « électro », à la production dynamique et puissante, est une véritable excursion sonore à travers des univers divers et variés, agrémentés d’une multitude de samples et de claviers et quelques soupçons de chant. La froideur et la rigueur laisse place à des plages chaudes et rythmées, et la richesse des sons et des ambiances est tout simplement phénoménale. Le second disque, brut et épuré, revient à la base du concept primaire du groupe. 14 titres (dont 6 inédits) sans artifice pour redescendre de l’euphorie suscitée par la 1ère partie. Une immersion dans l’univers tribal et parfois martial de ce qui a fait la légende des Tambours du Bronx. En somme, Corros, c’est son nom, est un double disque étonnant et détonnant. Tout est dit. A écouter sans modération.

Tiens, j’ai reçu un truc de world music à base de percus africaines... Ah non, c’est du post-hard-core sludgé quasi instrumental qui tabasse. Parce que si Ølten fait des choix douteux pour ses artworks, les Suisses ne se trompent jamais quand il faut asséner un gros coup de caisse claire ou rajouter un poil de grain à une saturation déjà énorme. A ranger alphabétiquement comme musicalement entre Moanaa (l’énorme découverte de l’année) et Omega Massif, Ølten confirme avec cette heure de musique (un peu moins mais le temps ralentit à l’écoute) tout le bien qu’on pensait d’eux et s’ils n’ont pas un article plus long qu’un «En bref», c’est que les mots (et je l’avoue le temps car on a déjà dépassé la deadline quand j’écris l’article) me manquent pour dire combien c’est beau, puissant, ensorcelant, captivant et réussi à tous les niveaux quoi que le combo fasse. Que ce soit pesant ou plus rapide («Mamü»), avec ou sans hurlements («Gloom» qui existe aussi en version instrumentale), intégrant ou non des parties plus douces, ça fonctionne à chaque fois alors ferme les yeux, augmente le volume, respire un grand coup et plonge.

Gui de Champi Oli

Oli

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IL Y A 10 ANS

IL Y A 10 ANS : DECKARD Dreams of dynamite and divinity (Cadiz)

something stupid»), les guitares se baladent dans ce cadre («To your soul»), la basse ronronne et Chris Gordon nous régale de son chant cristalin et touchant. Le paysage power-pop a bien changé depuis Baby Chaos (l’avènement de Placebo, la hype Muse...) mais il est clair que les Ecossais ont toujours leur mot à dire et une place de choix dans le coeur de ceux qui les ont connu au milieu des années 90 et s’en fera une dans ceux qui vont les (re)découvrir cette année... et profiteront pour dégoter (bon courage) cet album à l’artwork emprunté à L’Amour et Psyché du peintre néoclassique français François-Édouard Picot. Oli

Il y a 10 ans, les déjà vieux (!) fans de Baby Chaos se réjouissaient car ce Dreams of dynamite and divinity était bel et bien le petit frère de Love your self abuse, l’album qui avait réveillé la power pop anglaise à coup de riffs tranchants et de refrains percutants et avait laissé un souvenir impérissable à ceux qui l’avaient écouté... C’était donc un pur bonheur de retrouver la voix de Chris Gordon et les assauts de ses comparses («We’re arching», «When picking fights», «Holy rolling»...), avec au passage, l’occasion de noter que la prod du frontmancompositeur était d’un excellent niveau, lui qui n’était encore qu’un néophyte en la matière... Si Baby Chaos ne relachait que trés peu la pression, Deckard nous accorde des petites pauses («Fall down at their feet» ou «Be nobody else» qu’on imagine facilement repris par Muse) et l’ensemble est donc un peu plus pop, les lascars ont vieilli, se sont assagis et peuvent bien se reposer un peu, d’autant que leurs titres plus calmes sont aussi d’un trés bonne facture ! Plus pop ou plus rock, les Deckard ont conservé leur sens de la dynamique qui fait qu’on ne s’ennuie jamais, à l’instar du titre de l’album Deckard : Dreams of dynamite and divinity où les «D» assurent un tempo dansant, les coups de grosse caisse servent de point de repère («Say

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TEXTE LIVE

THE PRODIGY A LYON Lorsque j’apprends que les raveurs de The Prodigy passent par Lyon, la question me taraude l’esprit de répondre présent à ce concert... Pourquoi se la poser me direz-vous et ne pas y aller cash ? Il faut dire que la semaine est déjà chargée dans mon agenda concerts puisqu’avec cette date, cela fait un triplé soirées lives avec System Of A Down le mardi dans cette même salle, The Ghost Inside la veille et donc ce fameux concert de The Prodigy du jeudi. Mais je ne peux que saisir cette opportunité qui s’offre à moi et ainsi aller voir ce que ce groupe a dans le ventre en live ! Je n’ai à ce jour jamais eu l’occasion de les voir sur scène outre sur leur DVD/Blu-ray dans mon salon alors tu parles d’une expérience musicale de papy. Alors ni une, ni deux, c’est décidé, votre dévoué membre du W-Fenec participera à l’évènement et vous tiendra un petit live report des familles de cette épreuve !

Alors que le jeudi arrive, la fatigue de la semaine commence à se faire sentir et mon oreille gauche bourdonnante me rappelle la claque sonore prise la veille par le hardcore pratiqué par The Ghost Inside. Le port de protection auditive sera donc impératif ! Au passage, toi aussi protège tes oreilles quand tu vas aux concerts : la santé, c’est primordial ! Ceci était un message du CPLPDBQ, le Comité Pour Le Port De Boules Quiès. Arrivé sur l’esplanade qui devance l’entrée de la Halle Tony Garnier, je suis un peu à la bourre et je ne verrai très probablement qu’une infime partie des artistes Lyonnais Signal² qui ouvrent pour The Prodigy. Les locaux pratiquent un mélange de techno et de hiphop qui ne sont pas forcément des spécialités musicales que j’affectionne le plus et pour lesquelles je suis le plus connaisseur. Vu de très loin, je préfère gentiment me diriger vers la buvette pour me délecter d’une pinte de bière au prix assez exorbitant pour ce breuvage. Mais bon, «business is business» et il ne faut pas vraiment s’attendre à autre chose dans cette salle ! Une fois le set de Signal² terminé, l’ambiance est à point

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et cette dernière va monter encore d’un cran le temps de passer aux choses sérieuses. Le public de 4000 personnes (je n’ai pas eu le détail exact mais les préventes tablaient sur cet auditoire pour ce soir selon les infos glanées à la billetterie quelques minutes plus tôt) est clairement prêt à en découdre. Lorsque Liam Howlett, Keith Flint, Maxime et leur band débarquent enfin sur la scène de la Halle, je me vois projeté près de 18 ans en arrière à l’époque où je les découvrais (un peu sur le tard pour moi) sur leur très fameux The fat of the land. Le combo entame leur set sur un énorme «Breathe» et ses beats imparables qui enflamment littéralement le dancefloor. La puissance sonore est monstrueuse avec des basses musclées et ce même si la qualité de l’acoustique de la Halle Tony Garnier est toujours très critiquable. Ce n’est ce soir - et comme tous les concerts vus ici - pas la plus grande force de ce lieu, il faut bien l’admettre... N’en déplaise, je ne boude toutefois pas mon plaisir devant cette entame de live excellente. Le lightshow qui compose le set des Britanniques est par ailleurs très fourni et donne un rendu son et lumières génial. Les deux leaders du groupe ne cessent de haran-


gy repassent pour une ultime date française (en tout cas c’est ce qui est prévu au moment où je rédige ces quelques mots) au festival des Vieilles Charrues le 18 juillet alors si tu es dans le coin et bien je ne pourrais que te conseiller, si ce n’est déjà fait, d’aller chercher ta baffe techno-rock-rave-metal !

TEXTE LIVE

guer la foule tout au long de leur prestation. Les titres du dernier album The day is my enemy ne sont pas en reste puisqu’il ne faut attendre que le second morceau pour avoir droit à un «Nasty» qui passe l’expérience du live avec une aisance incroyable. Autant dire que ça démarre très fort ! Et il suffit de regarder à droite à gauche pour s’apercevoir que le public est très réceptif à l’énergie déployée par les mecs de The Prodigy sur scène. Le mec aux lumières a également l’air de s’éclater un maximum derrière sa console et vit le truc à fond. Enorme ! Je ne vais pas te faire l’affront de te lister piste par piste le déroulé de ce show mais comme je le notais quelques lignes auparavant, leur dernier album The day is my enemy est largement représenté puisque neuf morceaux seront interprétés ce soir. Okay, c’est assez logique tu me diras vu qu’ils sont là pour en assurer la promo. Mention spéciale au morceau titre de l’album où l’alliance musique et lumières avec ses ambiances orangées et rouges avec en toile de fond le loup servant à l’illustration de l’album donne un rendu extra. Les beats martèlent les oreilles, le public saute et se défoule. The Prodigy en live, c’est de l’énergie en barres !

Set-list : Breathe, Nasty, Omen, Wild frontier, Firestarter, Roadblox, Rok-weiler, The day is my enemy, Beyond the deathray, Voodoo people, Get your fight on, Run with the wolves, Wall of death, Invaders must die, Medicine, Smack by bitch up /// Their law, Take me to the hospital Merci à Marion chez Ephelide, à mes potes de l’aventure W-Fenec et un petit coucou à Charline de la billetterie des fois qu’elle vienne à lire ce live report.

Mic

Les gaziers déroulent un set carré et précis, alternant de manière équilibrée entre anciens morceaux, qui restent des valeurs sûres à l’image d’un «Smack my bitch up» ou un «Firestarter» de The fat of the land ou encore d’un «Omen» d’Invaders must die, et les derniers issus de leur récent effort avec des excellents «Wild frontier», «Rok-weiler» ou encore «Wall of death». Ne connaissant pas suffisamment le début de carrière du groupe, période Music for the jilted generation, je ne peux déterminer si le die-hard fan regrettera un manque de titres de celui-ci mais dans l’ensemble, j’ai vraiment kiffé l’intégralité des choix de morceaux de ce concert. Le groupe termine sa set-list par un «Smack by bitch up» qui déboîte tranquillement ce qui reste d’énergie dans l’assemblée pour quitter la scène pour un bref répit avant de revenir pour un ultime court rappel. Le show est clôturé par deux morceaux dont le terrible «Take me to the hospital» pour mettre un terme définitif à 1h20 de concert grosso modo si mes calculs sont bons. Ça m’a presque paru un peu trop court finalement mais vu la qualité de la prestation, je ne ferai pas mon difficile ! La sauce retombe doucement après que les mecs aient mis un terme à leur set et il est venu l’heure de rejoindre tranquillement mes pénates avec la banane pour ce qui restera pour moi une put*** de bonne semaine riche en événements musicaux comme il en faudrait plus souvent ! Une dernière chose : les mecs de The Prodi-

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CONCOURS

LENINE RENAUD Convoque les esprits des Nonnes Troppo, des VRP, de Marcel Et Son Orchestre, des Suprêmes Dindes, d’un leader communiste, de la petite fille d’Armentières, fais tourner la table autour d’une guitare acoustique et tu obtiens Lénine Renaud ! Comme c’est vachement bien, on offre 3 digipaks à ceux qui répondront correctement à ce concours avant la sortie du Mag #19 ! Bonne chance ! http://www.w-fenec.org/concours/index,246.html

BLACK MOUNTAIN Les Canadiens de Black Mountain seront en concert le 11 juin à la Maroquinerie à l’occasion de la réédition fin juin de leur premier album éponyme sorti voilà 10 ans. Le W-Fenec s’associe avec Alias Production pour vous offrir la possibilité de gagner deux places pour cet événement. Il suffit de répondre à une question et d’attendre le tirage au sort des bonnes réponses le 10 juin. Bonne chance à tous ! http://www.w-fenec.org/concours/index,245.html

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NEXT

next X-Syndicate Pitbulls in the Nursery The Pop Group Millencolin Naïve The Prodigy Ni Monophona Nadine Shah Coal Chamber Le Peuple de l’Herbe Therapy? ... Mag#19 prévu pour juillet 79


INTERVIEW TEXTE

DANS L’OMBRE : Eric Cooney Eric Cooney est un organisateur de concerts bien connu de la région parisienne avec son asso (qui est aussi un label) En veux-tu? En v’là!. Toujours à l’affut pour trouver de séduisants plateaux rock, noise, punk, hardcore et cie avec une régularité frisant le surnaturel et tout ça pour des prix qui le sont tout autant (généralement pas plus de 5 euros), cet activiste a bien voulu jouer le jeu des présentations. Son adage depuis 4 ans : «pratiquez le bouche à oreille plutôt que les oreilles bouchées.»

Quelle est ta formation ? J’ai suivi la voie générale (filière scientifique, sans réels objectifs ni conviction) jusqu’au BAC, que je n’ai pas eu... deux fois... ça m’a saoulé, j’ai laissé tomber. Quel est ton métier ? Après plusieurs boulots, j’ai trouvé une place de fonctionnaire... rien de passionnant, c’est un taf alimentaire. Quelles sont tes activités dans le monde de la musique ? Principalement de l’organisation de concerts, depuis bientôt 4 ans. Avant ça, j’allais en voir beaucoup (vraiment beaucoup) chaque semaine, et après un déclic en plusieurs étapes, je me suis retrouvé à en organiser. Ca rapporte ? Absolument pas... et ce n’est pas le but ! A l’échelle de ce qu’on fait avec l’asso, je considère que c’est une chance de pouvoir continuer (d’une façon qui nous plaît) sans y perdre d’argent.

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Comment es-tu entré dans le monde du rock ? Par un pote au collège qui n’écoutait que ça, beaucoup de hard rock, en fait. Moi, pas du tout (ou très peu) à l’époque, mais je squattais tout le temps chez lui après les cours et il passait ses disques sans cesse... J’ai fini par accrocher à deux/trois trucs, puis à dix, etc... après je me suis mis à jouer dans un groupe, et c’est là que j’ai vraiment commencé à écouter de plus en plus de musique, que ce soit en quantité ou en «styles» différents. Il s’en est suivi une longue période où j’allais voir un tonne de concerts, jusqu’au fameux déclic évoqué précédemment. Une anecdote sympa à nous raconter ? Hmmm... Nan, désolé ça ne vient pas. Ton coup de coeur musical du moment ? Sans hésiter : USA Nails !!! Des Anglais au son noise/ punk... ils sont venus ici en février, sur scène c’était carrément fou, la grosse énergie. L’intégralité de leur dernier album Sonic moist est une vraie tuerie : si t’en aimes les 20 premières secondes, tu l’aimeras jusqu’au bout (bon OK j’avoue, la 5 c’est pas trop mon truc).


INTERVIEW TEXTE

Es-tu accro au web ? A fond ! J’y vois depuis longtemps un super outil pour faire des découvertes musicales à gogo. Aujourd’hui c’est toujours le cas, et je m’en sers aussi énormément pour gérer tout ce qui est en rapport avec En veux-tu? En v’là!. Un vrai bordel ! A part le rock, tu as d’autres passions ? Ma passion n’est pas dévouée qu’au rock, c’est la musique en général - même si j’ai mes propres barrières - celle qui me fait vibrer au point de me filer des frissons. Sans ça, peut-être que je serais devenu cinéphile... Parfois, ça me manque un peu cette période où je regardais/ savourais régulièrement des films, que ce soit au ciné ou en DVD. Certains m’ont vraiment marqué, ça a duré plusieurs longues années mais par manque de temps j’ai décroché petit à petit, avant d’avoir pu bien me plonger dedans... Pas trop de regrets ni de frustration, mes choix se sont naturellement orientés vers le domaine que je préfère. Tu t’imagines dans 15 ans ? J’espère que je pourrai toujours organiser des concerts. Et quand je serai trop vieux pour ça (je veux dire «physiquement», sans que soit une question d’âge), je me débrouillerai autrement pour continuer à faire découvrir des groupes à des gens.

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TEXTE

Mag 18  

Danko Jones a sorti les crocs pour répondre à nos questions... On a également interviewé The Rebel Assholes, Baby Chaos, Klone, Not Scientis...

Mag 18  

Danko Jones a sorti les crocs pour répondre à nos questions... On a également interviewé The Rebel Assholes, Baby Chaos, Klone, Not Scientis...