L'Éduc'Mag - N°168

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Octobre 2021

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CPPAP N° 0716 S 06569

l’Enseignement Public

4,60 €

La fédération UNSA des métiers de l’Éducation, de la Recherche et de la Culture


CASDEN Banque Populaire – Société Anonyme Coopérative de Banque Populaire à capital variable – Siège social : 1 bis rue Jean Wiener 77420 Champs-sur-Marne – Siren n° 784 275 778 – RCS Meaux – Immatriculation ORIAS n°07 027 138 • BPCE – Société anonyme à directoire et conseil de surveillance au capital de 170 384 630 euros – Siège social : 50, avenue Pierre Mendès France 75201 Paris Cedex 13 – Siren n° 493 455 042 – RCS Paris – Immatriculation ORIAS n° 08 045 100 • Crédit photo : © Roman Jehanno • Conception : Insign 2020 • Merci à Carmen, Élise et Matthieu, professeurs des écoles, d’avoir prêté leur visage à notre campagne de communication.

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Directeur de la rédaction Frédéric Marchand Directeur de la publication Pierre Chateau Rédactrice en Chef Aline Boussaroque

Reconnaître et engager tous les personnels pour la réduction des inégalités

Ont participé à ce numéro : Denis Adam, Christelle Alan, Choukri Ben Ayed, Carine Aoun-Boudot, Aline Boussaroque, Gustave Byram, Julien Danglard, Véronique De Aguiar, Sébastien Decroix, Anne Galesne, Benoît Kermoal, Béatrice Laurent, Yannick Lavesque, Frédéric Marchand, Claire Papeghin, Yves Paploray, Hawa Sall, Maeve Trillet, Stéphanie Valmaggia-Desmaisons, Émilie Vandepoel, Morgane Verviers. Illustration couverture Aline Boussaroque Réalisation Yellowstone-design Publicité Anat Régie • 01 43 12 38 15 Impression Imprimerie IPS Pour les personnes souhaitant s’abonner, le prix du numéro est de 4,60 €, l’abonnement annuel de 18,40 €.

e baromètre annuel UNSA des métiers de l’Éducation montre de manière constante que les personnels de l’Éducation aiment leur métier et sont heureux de l’exercer. D’année en année s’accroit par contre l’expression d’un manque de reconnaissance, de respect et de conditions de travail dégradées. L’UNSA Éducation propose de s’appuyer sur ce constat et ces personnels engagés quel que soit leur métier dans l’Éducation nationale, la Jeunesse, les Sports, l’Enseignement supérieur et la Recherche, la Culture, l’éducation populaire, l’animation, pour agir sur les inégalités sociales, pour agir sur la réduction des inégalités. Des personnels reconnus et respectés pour réduire les inégalités sociales et scolaires et permettre la réussite de chaque jeune. C’est cet objectif qui doit être au cœur d’un pacte social entre l’État, les personnels éducatifs et la société. Il est temps de dépasser les constats de l’accroissement des inégalités qui se creusent dans notre système éducatif de l’école à l’enseignement supérieur, il faut agir et mobiliser

Supplément de 8 pages joint à ce numéro

tous les acteurs en acceptant de revaloriser les professionnels et en prenant à bras le corps les difficultés. Loin de celles et ceux qui prônent un retour à un passé idéalisé alors même qu’il ancrait dans le séparatisme scolaire, la division des classes sociales, se cachant derrière des « exceptions consolantes (1)», loin de celles et ceux qui stigmatisent les familles populaires, l’UNSA Éducation veut s’inscrire dans une dynamique positive portée par un engagement collectif. C’est exigeant, ça bousculera les certitudes, ça nécessitera la compréhension des enjeux, du courage politique, du courage syndical et des professionnels qui s’engagent. L’UNSA Éducation, fédération de tous les métiers de l’Éducation, la Recherche et la Culture, veut mettre avec vous cet enjeu éducatif au cœur des débats de la Présidentielle.

Frédéric Marchand Secrétaire général de l’UNSA Éducation @FMarchandfred

(1)

Cette expression « exception consolante » empruntée par Jean-Paul Delahaye à Ferdinand Buisson est une manière de décrire comment celles et ceux qui avaient accès aux études se donnaient bonne conscience en accueillant parmi eux quelques enfants du peuple. À ce propos, « Exception consolante » un livre de Jean-Paul Delahaye aux éditions de La Librairie du Labyrinthe.

C.P.P.A.P. 0716 S 06569 Dépôt légal : Octobre 2021

UNSA Éducation 87 bis, Avenue Georges Gosnat 94853 IVRY-SUR-SEINE CÉDEX

Tél. : 01 56 20 29 50 national@unsa-education.org

unsa-education.com

Retrouvez les éditoriaux de Frédéric Marchand sur unsa-education.com

- n° 168 - octobre 2021 Internationale de l’Éducation

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N° 168

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l’actu en bref

8 • Congrès national : réinventer ensemble le syndicalisme !

15 • Indemnités REP+ : L’UNSA Éducation agit en justice pour une égalité entre tous les personnels

19 • L’UNSA Éducation, engagée avec le « Mouvement Ambition Éducation »

22 • Rentrée 2021 : se mobiliser pour réduire les inégalités

23 • Combattre le poison de l'antisémitisme 24 •

Rapport du GIEC : l'urgence, c'est maintenant !

« Parlons Culture ! » chaque vendredi

Chaque semaine, nous vous proposons de découvrir un de nos coups de cœur culturels ou encore de vous pencher sur une question de culture. Alors n’hésitez pas et allez visiter notre page sur internet . https://questionsdeduc.wordpress.com/category/parlons-culture/

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États-Unis : rtement Le droit à l’avo nacé ! fortement me icai-

or tement amér Les lois anti-av l’arriultipliées avec nes s’étaient m r mais oi uv po au p Trum vée de Donald grader. ntinue de se dé co n io at tu si la e vient de la Cour suprêm Dernièrement, empêche i uer une loi qu refuser de bloq aines de m se 6 t passé tout avortemen xas. grossesse au Te t inquiéest extrêmemen Cette décision G interde 85 % des IV tante car plus et cela de rio s cette pé viennent aprè tère sur un impact délé risque d’avoir amériat Ét mmes de cet loi ne la santé des fe lle te ne ’u pérer qu ires cain. Il est à es ito rr ns d’autres te s’étende pas da . des États-Unis

Art, fiction, me

panel enseia interrogé un ab nL Sy n tio dagogiques et L’associa s pratiques pé ur le r su s t·e gnan égalités. nces sur les in ·es leurs conséque des enseignant 8% seulement e en qu t ire or -d ss -à re st Il en aire, c’e éritocratie scol des s rt fo ef x au croient en la m t e principalemen une réussite lié élèves. ent le besoin s sur 10 exprim ne on rs dape 9 Plus de aux pratiques pé es ou formé·es é· s. rm ité fo al in ég re in êt s d’ le ettant de réduire gogiques perm .fr > www.syn-lab

nsonges ...

Fondation nvier 2022, la Jusqu’au 30 ja ré n unissant cette expositio EDF présente et internais ça tistes fran ar d’ s re uv œ s le tionaux. terroger sur ur aler ter et in po s te tis ar s De informations n de fausses la prolifératio ecté tout en nn de hyper-co dans notre mon Une collae. qu iti cr e esprit Réseau bousculant notr de é le CLEMI, entit boration avec e. m 7è libre, Paris Canopé. Entrée

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Enquête


Les filles du co

Avant les JO Paris 2024 : por t ! plus de s

is ss Spor t est m rée 2021, un Pa à nt te re en la ar is pp pu s’a De €, il montant de 50 urrait po Il ». e en place. D’un tiv or n de rentrée sp une « allocatio enfants. de 5 millions d’ us concerner pl ue, pratiques et ucation physiq Éd « ral é lit ia éc La sp en lycée géné es » proposée . le ta culture spor tiv en anière expérim r se déploie de m r es t po rt é su ie ul ic rt effo rt pa er à ul ro à é cit À l’é co le , un pa ca tique et sur la € et l’aisance aqua dédiés de 17 M s et dg bu s de ec me av , m te ra et og cl pr cy bi t. De plus, un en em e tiv ec nn ie sp 21 M € re ue quotid activité physiq d’ es tif ut ec in bj m L’o de 30 t prévu. ures d’EPS) es (en plus des he gager une maen d' t es 24 20 s ri Pa ec av en lien pr iv ées da ns le es pu bl iq ues et ol éc s de é rit jo ariat. base du volont dispositif sur la

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s filles vivant en enquête sur le Une formidable 2021. milieu rural en tes, et ont ou jeunes adul es nt ce es ol ad Elles sont ses empêcheotidien et tous qu ur le é nt raco uvelles rencon acer, faire de no se s, te po e tr ments. Se dépl en rtir, « bitcher » r un diplôme, tres, rêver de pa spor t, décroche du rire fa ir, rt dive : toute la vie no ail intéressant ent m re iè ul ic rt trouver un trav pa t de leur âge es . male de filles et géographique al ci so eu ili m le r pa e ité lim e évidence qui mpleur de cett l’a le vè ré re Le liv siècle. perdure au 21è

RevalorisationUNSA et UNSA Éducation

e, A&I vé Le 10 septembr anquer le rele Jean-Michel Bl ec nia av ur pl n tio ont signé sa la re va lo ri ur po e s dr on ca si le ci de dé ive dans ière administrat fil la de le el nu l’Éducation. du Grenelle de plus, Pour en savoir oi ! m zscanne

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Congrès national : réinventer ensemble le syndicalisme ! Le congrès de notre fédération se réunira du 22 au 25 novembre sur le site du Futuroscope à Poitiers.

C

e temps fort de notre vie fédérale a déjà été reporté deux fois suite à la crise sanitaire. Initialement prévu en avril 2020, l’équipe d’organisation a su à chaque fois s’adapter et saura accueillir les congressistes dans les meilleures conditions possibles. Il s’agira tout à la fois de dresser le bilan de notre activité passée (dont vous trouverez un encart avec le complément au rapport d’activité) et de dessiner des pistes d’avenir. Les délégué·es des 21 syndicats et de l’ensemble de nos sections territoriales vont pouvoir débattre, construire et décider. Notre projet syndical, déjà largement amendé par les contributions préparatoires, va encore être enrichi durant ces journées. Il tracera pour les années à venir nos revendications et axes forts. Cela nous permettra d’encore

mieux représenter et défendre l’ensemble des personnels et des métiers du champ de l’éducation, la recherche et la culture. C’est bien collectivement et de façon démocratique que nous allons réinventer notre syndicalisme. Le rendre plus proche, plus efficace, plus représentatif, c’est une ambition que nous aurons à porter tous et toutes dans nos syndicats et nos régions. Ce projet doit nous permettre de davantage peser pour améliorer notre système éducatif. Ce projet et cette ambition, nous sommes bien résolus à les partager avec l’ensemble des collègues que nous représentons.

Yannick Lavesque @Yannick_Lavesk yannick.lavesque @unsa-education.org

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Grand-Terre Pointe-à-Pitre

La Désirade

Basse-Terre

Iles des Saintes

Marie-Galante

La section régionale de Guadeloupe L’UNSA Éducation Guadeloupe regroupe l’ensemble de la famille Éducation nationale sur le territoire local : cela va du 1er degré à l’Enseignement supérieur en passant par tous les autres établissements publics que sont le CREPS et ceux relevant des services académiques. La section régionale est pilotée par une équipe d’une dizaine de militants autour de Gustave Byram.

L

académie de la Guadeloupe présente un caractère archipélagique : elle est composée des îles constituant la Région Guadeloupe (Basse-Terre, Grande-Terre, MarieGalante, La Désirade et les Saintes), et des collectivités territoriales de Saint-Martin et de Saint-Barthélémy. Le département compte 90 000 élèves et près de 9 500 personnels. La rentrée scolaire 2021 se déroule dans des conditions extrêmement difficiles : en effet, la Guadeloupe connaît une situation inédite dans le cadre de la pandémie à la COVID 19. Depuis le mois d’août, les hospitalisations et les décès se dénombrent par centaines chaque semaine, cet important chiffre s’expliquant notamment par un faible taux de vaccination. Les conditions sanitaires ne permettaient pas de maintenir la date de rentrée et il a fallu une levée de boucliers des organisations syndicales, des associations de parents et des collectivités pour obtenir un report au 13 septembre. L’évolution de la situation nécessitera probablement de nouveaux ajustements. La préconisation du distanciel met en exergue malheureusement des situations inégales entre établissements.

Julien Danglard julien.danglard @unsa-education.org

Yannick Lavesque @Yannick_Lavesk yannick.lavesque @unsa-education.org

Pages UNSA Éducation coordonnées par :

Quand les lycées sont tous dotés de la fibre optique, les collèges et les écoles du département ne sont pas logés à la même enseigne. C’est un élément supplémentaire qui s’ajoute au défaut d’équité des élèves de la Guadeloupe devant les apprentissages : pas d’ordinateurs à disposition, nombreuses zones blanches. Ce sont autant de facteurs qui contribuent à rendre l’Éducation à « deux vitesses ». Au-delà de cette situation, notre fédération déplore que beaucoup de collègues stagiaires ou néo-titulaires soient affectés de force hors de Guadeloupe, en dehors de leurs vœux. Cette situation se répète chaque année et occasionne de nombreux déchirements familiaux. Nommer un·e collègue à 7 000 km de son domicile n’est pas anodin. Par ailleurs, l’alimentation en eau cause énormément de problèmes et entraîne de manière fréquente une fermeture temporaire des établissements scolaires pendant plusieurs semaines. Il en est de même pour les sargasses, qui sont une cause de pollution majeure. S’ajoute à ces difficultés, la question de l’éducation prioritaire. La Guadeloupe manque de moyens criants dans ce domaine : de plus en plus d’élèves ont d’importantes difficultés de lecture et écriture tout au long de leur cursus scolaire. La géographie de notre territoire accentue aussi ces inégalités. Dans ce contexte compliqué, l’UNSA Éducation Guadeloupe tient toute sa place pour défendre les personnels et porter son projet.

Gustave Byram Secrétaire régional Guadeloupe guadeloupe@unsa-education.org

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Mieux vivre son métier, pour Cette rentrée est la dernière du quinquennat Macron et la question du bilan est posée. La fédération UNSA Éducation affirme et défend un système d’éducation qui lie fortement le bien-être de ses personnels à la réussite de chaque jeune. Ces mois à venir sont un temps propice pour renforcer notre syndicalisme. Être plus fort·es autour de valeurs et au service d’une ambition éducative. À partir des résultats de l’étude longitudinale du « Baromètre de nos métiers », le Conseil national a pris le temps de débattre avec Éric Charbonnier, de l’OCDE, Denis Maillard, de la Fondation Jean Jaurès, et Denis Adam, du Centre Henri Aigueperse (Centre de recherche et d’histoire sociale de l’UNSA Éducation) à la question :

« Et si la réussite scolaire dépendait du bien-être des personnels ? » Ainsi, à travers une mise en perspective internationale et sociologique, la Fédération a souhaité réfléchir à la notion de réussite, à celle du bien-être des personnels, au lien qualitatif à faire entre les deux et surtout à penser nos actions syndicales dans ce cadre. Il s’agit d’agir en faveur de notre École publique, gratuite et laïque car les résultats sont sans appels. Le nombre de répondant·es qui souhaitent partir travailler dans le privé a pratiquement doublé entre 2013 et 2020, et cette tendance est révélatrice d’un « mal-être » plus profond que la seule question salariale. Les enseignant·es, et l’ensemble des personnels aiment leur métier tout en étant, d’année en année, toujours plus nombreux à exprimer une sorte de résignation.

Au-delà des salaires ! Force est de constater que l’émergence de candidat·es à l’élection présidentielle va de pair avec les promesses salariales faites à des publics ciblés. Les enseignant·es en font partie. Pour autant, si la question du pouvoir d’achat reste une attente majeure presque intemporelle, pour l’UNSA Éducation, le bilan et les perspectives des politiques éducatives doivent aller au-delà. L’effet « vocation » a trop longtemps caché la dichotomie persistante entre l’enthousiasme de nos

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une meilleure qualité éducative collègues à exercer leur mission au quotidien et ce poids de plus en plus fort sur leur pratique. Formation initiale et tout au long de la carrière, RH de proximité, projet de mobilité, affectation et accompagnement renforcé des plus jeunes, c’est bien un ensemble de leviers qui devront être réellement actionnés. Au niveau européen, les enquêtes comparatives menées par la direction de l’Éducation de l’OCDE font le même constat. La perte de sens, conjuguée à la détérioration des conditions d’exercice de ces métiers sont les défis à relever pour une école de qualité, qui soit plus inclusive et permettre de réduire les inégalités. Pour Denis Maillard, la crise sanitaire peut et doit permettre de se pencher sur la reconnaissance du back office - ces métiers qui sont au service de la société, dont la crise sanitaire a mis en évidence la nécessité, mais qui n'ont pas reçu pour autant davantage de considération - et dans lequel figurent désormais les métiers de l’Éducation. L’UNSA Éducation compte bien faire entendre sa voix afin d’obtenir une reconnaissance politique, qui soit plus globale d’une part, et adressée à l’ensemble des personnels d’éducation d’autre part. L’enjeu est bel et bien de dresser des pistes à porter dans le cadre du débat public. L’organisation de notre 1er Rendez-vous annuel UNSA de tous les métiers de l’Éducation, qui se tiendra le 24 novembre prochain à Poitiers sera l’occasion de donner, ensemble, des prolongements concrets à cette réflexion.

Morgane Verviers @MorganeVerviers morgane.verviers @unsa-education.org

Le Baromètre UNSA des métiers de l’Éducation est devenu une référence Chaque année depuis 2013, le baromètre des métiers de l’UNSA Éducation propose une photographie de ressenti des personnels éducatifs à partir de 15 questions identiques qui interrogent l’amour de leur métier, la reconnaissance qu’il en ont, le sens de leurs missions, les difficultés rencontrées, les points d’amélioration qu’ils privilégieraient, leur rapport aux orientations politiques concernant leur champ d’activité. La question « conseilleriez-vous votre métier à un jeune de votre entourage ? » est certainement la plus symptomatique des évolutions des réponses. Elle apparaît comme centrale au sein du questionnaire, car elle permet une mise en relation de toutes les autres. Un·e répondant·e peut en effet aimer son métier mais ne pas souhaiter le conseiller, en raison d’une perte de sens, des conditions de travail difficiles ou d’une reconnaissance et une rému-nération insuffisantes. À l’inverse, un·e autre pourrait trouver suffisamment de satisfactions professionnelles pour conseiller son métier même s’il est difficile et mal payé… Les neuf éditions du baromètre ont ainsi permis de mettre en évidence, par métier mais aussi de manière transversale, pour l’ensemble des répondant·es, des tendances qui se renforcent au fil des années et éclairent les conditions d’exercices de nos métiers de l’Éducation.

Denis Adam @denisadamunsa denis.adam @unsa-education.org

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Situation sanitaire : la fin du tunnel ? Poursuivre la vaccination, notamment en direction des populations les moins couvertes, maintenir les gestes barrières sont indispensables pour sortir de cette crise sanitaire. Considérant que l’intérêt général doit primer sur la seule somme de nos intérêts ou avis particuliers, l’UNSA appelle les travailleurs et les travailleuses, en tant que citoyen·nes, à se faire vacciner pour préserver leur santé, mais aussi celle des autres.

Près de 49 millions de Français·es ont reçu au moins une dose (plus de 72 % de la population totale) et plus de 43,5 millions bénéficient d'un schéma vaccinal complet. Mais les disparités géographiques et sociales sont très fortes, marquées par un lien entre la couverture vaccinale et l'indice de défavorisation sociale. La situation sanitaire reste très critique dans plusieurs territoires et départements d’outre-mer. Désormais obligatoire dans plusieurs lieux et pour de nombreuses catégories de personnes, le pass sanitaire s’installe progressivement. Soulevant des désaccords, des interrogations voire des oppositions violentes, il

reste cependant le seul rempart actuel contre un retour à des mesures strictes du type confinement ou couvrefeu. Le Conseil scientifique affirme ainsi que « le Pass sanitaire, malgré les ré s erves lé g itimes soulevé e s par nombre d’organisations et citoyens, nous paraî t une mesure proportionné e à la gravité de la situation sur un plan de santé publique ». Si la mise en place du Pass sanitaire est une contrainte, force est de constater qu’il permet aujourd’hui d’éviter à nouveau un confinement qui serait économiquement fatal à des pans entiers de notre société, et qui induirait des restrictions encore plus fortes de nos libertés.

La vaccination contre la Covid-19 étant à ce jour le seul moyen connu pour lutter efficacement contre l’épidémie, pour l’UNSA, il faut continuer à faciliter la vaccination de l’ensemble des travailleurs et travailleuses partout en France métropolitaine et en Outre-Mer ; seul moyen de retrouver rapidement une vie normale.

Stéphanie Valmaggia-Desmaison @secteurComm stephanie.valmaggia@unsa.org

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Vos élèves méritent le spécialiste de l’Assurance Scolaire. PROTÉGER CHAQUE ENFANT, NOTRE RAISON D’ÊTRE. La MAE, c’est bien plus qu’une Assurance Scolaire. Créée en 1932 par des enseignants, la MAE met toute son expertise au service des enfants, des parents et des équipes pédagogiques. LA DOUBLE PROTECTION POUR ÊTRE BIEN ASSURÉ. Lors des activités scolaires obligatoires et facultatives, l’Assurance Scolaire MAE protège vos élèves qu’ils soient responsables ou victimes d’un accident (Responsabilité Civile + Individuelle Corporelle). En cas d’accident, c’est également une garantie pour vous dont la responsabilité peut parfois être engagée, si vos élèves ne sont pas correctement assurés. L’ASSURANCE SCOLAIRE MAE EST UN GAGE DE TRANQUILLITÉ.

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DE LA MATERNELLE AUX ÉTUDES SUPÉRIEURES


Les personnels et la crise sanitaire : l’UNSA demande une étude d’impact L’UNSA Éducation demande au ministère une étude d’impact sur les conséquences de la crise sanitaire sur les personnels. otre École vit au rythme de la crise sanitaire depuis mars 2020. L’adaptation permanente pour gérer l’urgence entraîne stress, anxiété et appréhension pour les personnels, un constat confirmé par le baromètre UNSA Éducation 2021 : 34 % des collègues disent avoir souffert du contexte et 13 % expriment des craintes pour leur santé. Le manque d’anticipation et de dialogue de notre employeur ajoute l’exaspération au stress. Par ailleurs, des changements de paradigme sont en cours dans la redéfinition des modalités de travail (continuité pédagogique, travail à distance, etc.) et sur les méthodes de management à faire évoluer. Notre employeur doit mandater une étude approfondie et indépendante sur les conséquences de la crise pour l’ensemble des personnels à court, moyen et long terme. Il devra ensuite en tirer les conclusions sur les aménagements nécessaires pour améliorer les conditions et la qualité de vie au Sébastien Decroix travail. sebastien.decroix @unsa-education.org

Secret médical : victoire du recours en justice de l’UNSA ! Le Conseil Constitutionnel a donné raison à l’UNSA suite à son action en justice pour défendre le secret de vos données médicales. L’ordonnance du 25 novembre 2020 autorisait la transmission de vos données médicales aux services administratifs pour l’examen des dossiers liés aux accidents et maladies imputables au service. Inadmissible pour l’UNSA, qui ne peut accepter que les services RH aient accès à des éléments réservés aux personnels médicaux ! L’UNSA a donc entamé un recours en justice devant le Conseil Constitutionnel qui lui a donné raison le 11 juin 2021 en déclarant ces dispositions contraires à la Constitution. Cette victoire juridique de l’UNSA protège vos données médicales. Elle évitera toute dérive ou discrimination éventuelle de la part de l’autorité hiérarchique. Cette inversion inédite du rapport de force entre le ministère de la Fonction Publique et les repréMaeve Treillet sentant·es des personnels amènera, espérons-le, à plus de respect des droits de @UnsaEducCreteil chacune et chacun dans la rédaction des maeve.treillet textes règlementaires à venir… @unsa-education.org

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Indemnités REP+ : L’UNSA Éducation agit en justice pour une égalité entre tous les personnels L’UNSA Éducation dénonce l’inégalité de traitement entre les personnels exerçant en REP+ pour le versement de l’indemnité. remière inégalité : certains collègues ne la touchent pas ou pas dans son intégralité.

P

Les AED et AESH, pourtant en première ligne, ne perçoivent aucune indemnité ! Quant aux médecins scolaires et assistantes sociales, le subterfuge consiste à différencier leur lieu d’affectation (DSDEN) et leur lieu d’exercice (établissement REP+) pour ne pas leur verser.

Voici maintenant que le ministère divise cette indemnité en une part fixe et une part variable au mérite selon des critères individuels ou collectifs ! Inadmissible pour l’UNSA Éducation qui a déposé un recours juridique devant le Conseil d’État pour demander un traitement équitable de tous les personnels exerçant en REP+. Véronique De Aguiar @v_de_aguiar veronique.deaguiar @unsa-education.org

L’aide au logement enfin revalorisée ! Vous intégrez la fonction publique d’État : vous pouvez bénéficier de l’Aide à l’Installation des personnels (AIP) pour votre installation locative. L’AIP est une prestation qui participe à la prise en charge de vos dépenses : frais de déménagement, caution, frais d’agence … Suite aux revendications portées par l’UNSA, ses montants viennent d’être revalorisés : 1500 € au lieu de 900 € si vous êtes affecté·e dans un quartier prioritaire en politique de la ville ou résidez dans une commune en « zone ALUR ». 700 € au lieu de 500 € pour les autres. Autre revendication obtenue : les collègues contractuel· les dont le contrat est de plus d’un an pourront bénéficier de l’AIP. L’UNSA défend les droits de l’ensemble des personnels de l’éducation quel que soit leur statut. N’hésitez pas à nous contacter à fp@unsa-education.org

GIPA 2021 : suis-je concerné·e ? L'indemnité de garantie individuelle du pouvoir d'achat (GIPA) est reconduite pour 2021. La GIPA résulte d’une comparaison entre l’évolution du traitement brut et l’indice des prix entre 2016 et 2020. Le taux d’inflation retenu est de 3,78 %, taux bien supérieur à l’évolution du point d’indice, toujours gelé. Une calculette pour vérifier si vous devez en bénéficier ? C’est ici : https://bit.ly/3kXYspY

Claire Papeghin @ClairePapeghin claire.papeghin @unsa-education.org

Christelle Alan @lucioleforever christelle.alan@unsa-education.org

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Du nouveau pour le temps partiel thérapeutique

L’

amélioration du régime du temps partiel thérapeutique (TPT) prévue par l’ordonnance « santé-famille » de 2020 voit enfin sa déclinaison concrète. Les décrets, attendus pour le 1er juin, sont parus le 31 juillet pour la Fonction publique d’État et Hospitalière. Celui pour la Territoriale est encore en attente. Ils suppriment, entre autres, la condition d'arrêt maladie préalable et rend le TPT accessible à réception de la demande, sauf dans les situations où le comité médical doit être saisi. Ils le rendent portable sur les 3 versants de la Fonction publique et rechargeable après un an. De plus, le fonctionnaire en TPT conserve l'intégralité de son traitement,

Congé maternité : des avancées pour toutes les agentes de la fonction publique ! Depuis le 1er juillet 2021, la règlementation des congés de maternité dans la fonction publique a été modifiée. L'UNSA Éducation souligne des avancées pour les agentes titulaires, stagiaires, mais aussi pour les contractuelles. En effet, pour ces dernières, la condition d'ancienneté de service de 6 mois, pour bénéficier de congés de maternité rémunérés intégralement, est supprimée, ce qui était une revendication portée par l'UNSA.

des suppléments familiaux, de l'indemnité de résidence et des indemnités accessoires. Pour l’UNSA, le temps partiel thérapeutique est une modalité essentielle pour donner aux agent·es le temps nécessaire à l’amélioration de leur état de santé et pour préserver leur maintien dans l’emploi. Pour jouer pleinement son rôle, ce TPT ne doit pas conduire à des pertes de rémunération. Ces évolutions favorables sont conformes aux revendications portées par l'UNSA. Christelle Alan @lucioleforever christelle.alan @unsa-education.org

Allongement du congé paternité : pour l’UNSA, c’est un pas de plus vers l’égalité professionnelle ! Auparavant d’une durée de 11 jours, le congé de paternité et d’accueil de l’enfant est porté à 25 jours (naissance simple) et 32 jours (naissances multiples). Il vient s’ajouter aux 3 jours de congé de naissance. Il est composé : d’une période obligatoire de 4 jours pris immédiatement à la suite du congé de naissance ; de 21 jours (ou 28 jours en cas de naissances multiples) pris dans les 6 mois suivant la naissance.

Émilie Vandepœl @emilie_vande emilie.vandepoel @unsa-education.org

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Jeunesse et Sports : des missions ambitieuses à prioriser L’UNSA Éducation a rencontré le ministre Blanquer et porté ses revendications pour les personnels Jeunesse, Sports et Vie associative (JSVA) et leurs conditions de travail.

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a Directive nationale d’orientation (DNO) pour l’année 2021-2022 fait état de missions riches et nombreuses avec une approche par le sens qui évite le piège de l’empilement de dispositifs en silos. C’est là une politique ambitieuse qui redonne tout son sens aux missions JSVA. Attention toutefois : il sera impossible de tout mettre en œuvre au regard des effectifs et moyens actuels ! Il faut prioriser. Le SNU (service national universel) porté par le gouvernement et le dispositif « vacances apprenantes » cher au ministre Blanquer ne doivent pas faire oublier les autres missions au service de notre jeunesse et du développement des pratiques sportives. L’accueil des personnels JSVA au sein du ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports a permis la concrétisation d’un grand Pôle éducatif. La mise en

route parfois difficile au sein des services doit maintenant laisser place à une gestion RH qui favorise l’intelligence collective dans le respect des spécificités-métiers. La mise en place de contrats d’objectifs individuels doit favoriser un travail d’équipe empreint de confiance et de reconnaissance du travail accompli. La réouverture de postes aux concours, signe très positif en 2021, doit se confirmer en 2022 avec une meilleure gestion du mouvement. Le ministre s’est engagé à une priorisation des objectifs et à la refonte de la formation statutaire des personnels, ainsi qu’à une résolution rapide des nombreuses difficultés matérielles et organisationnelles qui subsistent au quotidien pour nos collègues. L’UNSA, organisation majoritaire dans le champ Jeunesse et Sports, reste vigilante et attentive à la situation de chaque personnel JSVA. Les représentant·es de l’UNSA Éducation en régions sont vos interlocuteurs·trices, n’hésitez pas à prendre contact avec eux ! Yves Paploray @YvesPaploray yves.paploray @unsa-education.org

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L’UNSA Éducation, engagée avec le « Mouvement Ambition Éducation » Pour un renouveau du service public d’Éducation : associations, mouvements pédagogiques, collectivités, syndicats, parents… Engagé·es et responsables ensemble ! C’est tout d’abord un appel lancé en juin dernier à Nantes par une douzaine d’organisations dont la nôtre. À nous collectivement, nationalement et dans les territoires d’agir pour le faire vivre et mettre l’éducation dans le débat public et citoyen.

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ans un contexte où les phénomènes de repli sur soi et de rejet de l’altérité minent notre avenir commun et menacent la démocratie, dans un environnement où la frange la plus vulnérable des enfants et des adolescent·es est insuffisamment soutenue par un système éducatif qui ne parvient pas toujours à effacer les inégalités sociales et scolaires, les organisations signataires affirment qu’il n’y a pas de fatalité ! Au contraire, la période à venir doit être le fondement d’une nouvelle façon de concevoir l’action éducative sur notre territoire. C’est en unissant nos compétences, en renforçant des alliances éducatives respectueuses des identités de chacun·e, que nous pouvons construire un environnement éducatif global au plus près des territoires, uni·es dans la diversité et la complémentarité de nos métiers et savoirs d’expériences. Situant depuis toujours leurs projets au cœur des enjeux de cohésion sociale et territoriale, de démocratie et d’équité, les signataires agissent pour que l’École, mais plus largement l’ensemble des espaces éducatifs, soient ces terrains fertiles de confiance, de vie collective, de pouvoir d’agir et de penser favorisant, par des pratiques émancipatrices, la construction d’une identité citoyenne. Un nouvel événement se prépare pour inclure davantage d’organisations signataires, prêtes à débattre ensemble et avec la société du renouveau attendu pour l’éducation.

Des débats dans chaque académie seront organisés jusqu’en décembre, pour enrichir et développer l’argumentation de l’appel initial. Une base de réflexion utile à l’interpellation des candidat·es à l’élection présidentielle. Retrouvez l’appel du Mouvement Ambition Éducation ici : https://www.unsa-education.com/article-/ le-mouvement-ambition-education-estlance-lunsa-education-sengage/

Suivez l’actualité du Mouvement Ambition Éducation #MouvementAmbitionEducation et Twitter : @MouvementAmbit2

Béatrice Laurent @Beaunsaeduc beatrice.laurent @unsa-education.org

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Ruralité : le collège, acteur du développement local

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Ouvrir des collèges ruraux pour les transformer en « établissements de services ». Tel est l’objectif de l’appel à manifestation d’intérêt qui a permis aux volontaires d’obtenir ce label. Reportage en Haute-Saône, département rural qui mise sur l’éducation pour son développement.

ne démarche de labellisation

Pas de restriction à l’innovation, dans un « établissements de services », ces services pourront être de tous ordres, en matière d’éducation, de culture, d’économie sociale et solidaire, etc. La structure porteuse du projet recevra une subvention de l’État pour l’expérimenter pendant cinq ans. À noter qu’un partenariat et un co-financement sont indispensables, entre collectivités territoriales, associations et État.

Un département engagé pour labelliser ses collèges Le conseil départemental de Haute-Saône s’est saisi de cette opportunité proposée par le ministère de l’Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports, pour valoriser et développer son idée antérieure de « collèges ouverts ». La Haute-Saône est un département rural, qui compte 233 000 habitants répartis sur 5630 km2, dont Vesoul sa ville centre en accueille 15 000. Un appel à projet sur thématiques a été émis : l’inclusion numérique, les pratiques culturelles, les circuits courts alimentaires, l’action sociale et la santé. Le collège de Faucogney-et-la-mer a répondu à l’appel. Un établissement qui développe depuis quelques années une dynamique citoyenne, participative et éducative tous azimuts pour être un lieu ouvert, accueillant, au cœur de la vie de toutes et tous (Cf. encadré ci-dessous).

Kilomètre Zéro KM 0 est une action de vente de produits en circuit court menée par les élèves du collège de Faucogney. KM0 permet aux jeunes du CM à la 3è : d’interroger son rapport à l’alimentation en intégrant toute la dimension de l’acte alimentaire. Manger c’est se nourrir, se réjouir et se réunir ; de devenir Consom’Acteur en développant sa capacité à goûter et à questionner ses choix de consommation et l’origine des aliments ; de découvrir et faire découvrir des produits locaux à sa famille et plus largement aux habitants du secteur, en élaborant une offre de produits en circuit court et en animant un point de vente au collège.

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KM0 est mis en œuvre par l'ensemble de la communauté éducative du collège (personnels enseignants et non enseignants). L'infirmière scolaire est référente de l'action car chargée du suivi de la santé globale des jeunes. C’est une action en trois temps : éducation au goût et à la santé par l’alimentation ; visites d’exploitations agricoles ; animation d’un point de vente au collège par les élèves (gestion des commandes et sélection des producteurs locaux, bénéfices à la vente par le biais du micro-don qui finance des sorties scolaires).


L' Éduc'Mag a rencontré Emmanuel Faivre, Directeur général des services du Conseil départemental de Haute-Saône.

Entretien

Comment ce département agit-il pour accompagner l’ambition des jeunes ?

De quelle manière entre l’établissement de service dans votre politique de long terme ?

Emmanuel Faivre : Le département développe une politique globale de fierté d’appartenance au territoire. Nous voulons donner à toutes et tous un récit positif de notre territoire. Pour les jeunes, ça veut dire développer l’ambition scolaire, donc leur donner une qualité éducative dès l’école primaire, les accrocher en collèges et lycées, puis ne pas les empêcher d’aller étudier loin, mais aussi leur donner envie de revenir. Dans ce département, on unit nos forces entre partenaires et décisionnaires pour penser l’éducation. Nous avons, par exemple, créé des pôles éducatifs dans le premier degré, avec pour idée qu’il ne fallait pas s’arcbouter sur des classes uniques isolées mais au contraire construire des lieux d’éducation de haute qualité, tout en n’infligeant pas plus de 20mn de trajet aux enfants. Nous avons également assumé la fermeture de certains collèges, et lancé un laboratoire d’idées pour engager une démarche citoyenne de réflexion et d’action pour revitaliser les zones rurales. Le « labo rural » est ainsi né pour porter une vision d’avenir, nous sommes « faiseurs et chercheurs ».

Emmanuel Faivre : Nous avons sur la précédente mandature lancé un vaste programme de réhabilitation des collèges. Nous sommes convaincus qu’un collège est un point d’ancrage territorial, qui doit renforcer son assise par une plus grande ouverture à l’extérieur du monde scolaire. Le tissu social associatif et professionnel y a toute sa place : parcours culture, parcours sportifs, école départementale de musique, maisons de la nature et de l’environnement, vergers associatifs, action sociale, … Un établissement de service, c’est un lieu de liens intergénérationnels. On a ces lieux bâtis, entretenus, les ouvrir hors temps scolaire à la population pour répondre à des besoins essentiels, c’est juste une évidence, à condition d’y faire converger toutes les énergies actives, et de faire vivre au sens large une communauté éducative.

Béatrice Laurent @Beaunsaeduc beatrice.laurent @unsa-education.org

Quelques actions menées par les élèves du Collège de Faucogney

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Rentrée 2021 : se mobiliser pour réduire les inégalités Les rentrées passent, les ministres se succèdent et les inégalités se creusent. Est ce une fatalité ? Pas pour l’UNSA Éducation.

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vec la crise sanitaire, les inégalités se sont accentuées

Il y a donc urgence à réduire ces inégalités qui fracturent notre société. Notre projet éducatif s’oppose à la persistance du déterminisme social. L'École n’est pas responsable de tous les maux, cependant elle est au cœur des évolutions nécessaires.

Chaque année, les résultats de l’enquête internationale PISA nous le rappelle : l’école française fait partie des plus inégalitaires. Doit-on s’y résigner ? Non, l’ UNSA Éducation souhaite parler des enjeux éducatifs et dépasser les discours des politiques sur l’égalité des chances. Nous devons faire entendre que la réduction des inégalités et la mixité sociale doivent être des priorités. Nous pensons que la question des inégalités doit être au cœur des débats de la prochaine présidentielle.

Donnons nous les moyens de faire réussir tous nos élèves C’est ce que souhaite l’ensemble des professionnels de l’éducation. Travailler la mixité scolaire dans les établissements, poser la question de la mixité sociale dans de nombreux quartiers, réduire les inégalités d’accès aux soins, à la culture, aux loisirs : ce sont des enjeux majeurs pour notre fédération. Nous souhaitons apporter notre contribution au débat et mettre en avant nos propositions : pour cela, retrouvez nous à Poitiers le mercredi 24 novembre 2021.

1er Rendez vous UNSA des métiers de l'éducation à Poitiers le mercredi 24 novembre Nous serons mobilisé·es pour agir, pour réfléchir ensemble à la réduction des inégalités. Venez participer à : deux conférences autour de « L'explosion des inégalités. Classes , genre et générations avant et pendant la pandémie de Covid-19 » par Joannie Cayouette-Remblière et « Les nouvelles problématiques éducatives » par Benjamin Moignard ; une table ronde sur le développement des alliances éducatives qui réunira des associations, des étudiant·es, des parents et des élu·es ; des ateliers-débats réunissant des acteurs·trices qui témoigneront de leurs actions. Intéressé·es : écrivez nous à national@unsa-education.org

Hawa Sall @sall_hawa hawa.sall @unsa-education.org

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Combattre le poison de l’antisémitisme « Le ventre est encore fécond d’où surgi la bête immonde » a pu écrire Bertolt Brecht. C’est ce que l’on peut penser lorsqu’on voit depuis quelques semaines ce qui se passe dans les manifestations contre le passe sanitaire : l’antisémitisme à la vue de tout le monde y est exprimé par une minorité sans susciter la désapprobation des autres. Comment a-t-on pu en arriver là ?

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a présence de slogans et caricatures antisémites est avérée dans les cortèges qui se mobilisent depuis le mois de juin chaque samedi : rassemblant des opposant·es au passe sanitaire mais aussi de nombreux·ses antivax, ces manifestations sont un lieu d’expression de l’antisémitisme. Les noms de personnalités juives ou supposées comme telles apparaissent sur des pancartes, avec une dénonciation en premier lieu du nom Rothschild. Des étoiles jaunes sont portées en toute indécence pour associer l’extermination des juifs d’Europe à la mise en place de mesures sanitaires. Comme la haine contre les juifs est passible de la loi, les manifestant·es s’évertuent à cacher leur idéologie par des slogans plus énigmatiques comme ces « Qui ? » inscrits sur leurs pancartes. Il ne faut pas être naïf : ce sont avant tout des personnes marquées par les idées de l’extrême droite qui s’expriment ainsi, mais on y trouve également des antivaccin animé·es par le complotisme : ils reprennent ainsi une des composantes de l’antisémitisme qui fait des juifs les dirigeants obscurs du monde. Mais le renouveau de cette haine touche d’autres composantes de la société, comme certains milieux de gauche marqués par l’anticapitalisme. Si cette présence est minoritaire, elle se fait toutefois au grand jour, sans forcément que les autres manifestant·es y voient à redire. Cette tolérance à la présence d’antisémites constitue une déplorable nouveauté. Fort heureusement, de plus en plus de monde s’oppose à cette présence et à ce déploiement de slogans contre les juifs.

Surgi à la fin du XIXe siècle, l’antisémitisme moderne repose sur des caractéristiques identiques qui se sont fédérées dans une haine renouvelée et de plus en plus présente aujourd’hui. Le récent rapport de la CNCDH sur la lutte contre le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie donne un état des lieux précis de la présence de ce phénomène dans la société française : très actif sur Internet, l’antisémitisme est exprimé par beaucoup en raison de l’opposition de l’État d’Israël et par antisionisme. Il concerne donc plusieurs milieux politiques mais aussi des fondamentalistes religieux, en particulier ceux marqués par l’islamisme radical. Ce rapport montre également une possible convergence des haines dans un contexte plus global de complotisme. Il est urgent d’agir et de combattre par tous les moyens l’antisémitisme qui se développe aujourd’hui au sein de notre pays. Comme l’indique encore le rapport de la CN CDH, l’éducation contre l’antisémitisme doit être efficacement menée pour ne pas laisser ce poisson se développer et fracturer plus encore notre société. Plus globalement, on assiste en effet à un renouveau du racisme en France, et il faut donc agir avec détermination : comme le disait Franz Fanon pour montrer que lutter contre l’antisémitisme et lutter contre le racisme allait de pair : « Quand vous entendez dire du mal des juifs, dressez l’oreille, on parle de vous ». Benoit Kermoal @enklask1 benoit.kermoal @unsa-education.org

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Rapport du GIEC : l'urgence, c'est maintenant ! Quelle Terre laisserons-nous à nos enfants ? Quels sont les impacts du changement climatique ? Le rapport du groupe d’expert·es intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) semble tracer des lignes de plus en plus certaines quant au proche avenir de notre planète : la décennie 2020 - 2030 est cruciale pour limiter les dégâts, et il n’y aura pas un seul pays à l’abri de ces conséquences dévastatrices. Que nous apprend ce rapport ?

L'importance de la communauté éducative

Il s'agit du premier des quatre rapports publiés dans le cadre du dernier cycle d’évaluation du GIEC, les rapports suivants verront le jour en 2022. Il insiste plus particulièrement sur certains points : Le réchauffement s'intensifie : « chacune des quatre dernières décennies a été successivement plus chaude que toute décennie depuis 1850 (1)», et les activités humaines en sont responsables. En dépassant les limites, elles mettent la vie sur Terre en danger en détruisant les habitats, en générant de la pollution, la propagation des maladies, en surexploitant des ressources de plus en plus limitées... Plus la concentration de CO2 est forte dans l'atmosphère, plus la température moyenne de la planète augmente. Les scientifiques approfondissent leurs recherches afin de mieux savoir à quel rythme nous devons réduire les émissions de gaz à effet de serre pour éviter le pire. Le réchauffement climatique se traduit par des phénomènes de plus en plus violents et fréquents : vagues de chaleur estivales plus fortes , sécheresses, incendies de forêt, précipitations, inondations, etc. Le niveau mondial de la mer augmente. Les glaciers de montagne, le Grœnland et même l’Antarctique fondent et ajoutent de l’eau aux océans. On ne peut plus attendre. Ne pas agir dès maintenant, c'est augmenter les risques jour après jour. Si l'on veut éviter l’irrémédiable, alors le temps n'est plus aux discours mais aux actes.

Si tous les secteurs d’activité doivent se remettre profondément en question pour faire face à la crise en cours, si chaque territoire doit mettre en place des solutions adaptées à ses besoins, l'éducation a également un rôle majeur à jouer. Les enseignant·es et l'ensemble de la communauté éducative doivent s'approprier ces éléments pour échanger et travailler avec les plus jeunes. Pour cela, le GIEC a mis à disposition un Atlas interactif (2) qui permet de voir les effets du réchauffement sur les différentes régions du monde. Sa prise en main facile le rend accessible même aux plus jeunes. Plusieurs sites web, comme BonPote.com (3) ou encore l'OCE (4) , proposent également des résumés et des infographies claires, utilisables comme supports de travail en classe. De même, la recherche doit approfondir notre connaissance des phénomènes liés au dérèglement climatique et l'enseignement supérieur a la mission de sensibiliser et de former tous les étudiant·es.

(1)

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Le rapport du GIEC : https://www.ipcc.ch/report/ar6/wg1/

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Atlas interactif du GIEC : https://interactive-atlas.ipcc.ch https://bonpote.com/le-rapport-du-giec-pour-les-parentset-enseignants/ (4) Office for Climate Education (OCE) : https://www.oce.global/ sites/default/files/2019-04/1.5degree_FR_final_LR.pdf (3)

Aline Boussaroque aline.boussaroque @unsa-education.org


– Unicorp.fr – © PHOTO : Shutterstock – Septembre 2020– 14799

Insultes, agressions, accidents… contre les risques du métier, vous avez prévu quoi ?

MÉTIERS DE L’ÉDUCATION www.autonome-solidarite.fr www.maif.fr/offreeducation


Le Panthéon, les femmes et l’écriture égalitaire Le 30 novembre prochain, le Panthéon honorera 6 femmes sur les 80 personnalités qui y demeurent actuellement.

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n effet, Joséphine Baker viendra rejoindre Sophie Berthelot, Marie Curie, ainsi que les résistantes Germaine Tillion, Geneviève De Gaulle-Anthonioz, et la femme politique Simone Veil. Ce fait est d’autant plus remarquable que le Panthéon est avant tout une histoire d’hommes. La phrase inscrite sur son fronton nous donne d’ailleurs le ton et l’idée : « Aux grands hommes la patrie reconnaissante ». C’est en effet en 1791 que les premières dépouilles de personnalités ayant marquées l’histoire de France sont admises et ces héros de la patrie sont alors tous des hommes. Il faudra attendre plus d’un siècle, pour qu’en 1907, Sophie Berthelot soit admise. Épouse de Marcellin Berthelot, la famille n’avait consenti à la panthéonisation de ce dernier qu’à la condition que sa femme puisse reposer à ses côtés. Il faudra donc en réalité attendre 1995 pour que Marie Curie, double prix Nobel, entre au Panthéon en reconnaissance de son travail. Ainsi la panthéonisation de Joséphine Baker, talentueuse artiste et résistante reconnue, relève d’un double sym-

bole représentatif de la diversité : elle est la première femme de couleur à intégrer ce monument emblématique. Mais en ce qui concerne Gisèle Halimi, il n’en sera pas de même pour le moment. Figure emblématique du combat féministe et avocate engagée, ses prises de position contre la guerre d’Algérie ont été jugées trop problématiques. De nombreuses personnalités agissent cependant pour que le Panthéon l' accueille également. Un hommage national doit avoir lieu au début de l’année 2022 aux Invalides. L’UNSA Éducation salue la panthéonisation de Joséphine Backer qui représente un acte d’ouverture très positif. Mais il serait dommage de s’arrêter en si bon chemin. Les héroïnes n’ont pas manqué depuis 1791 et il est important que toutes ces grandes femmes qui ont fait l’histoire de France ne soient plus des invisibles aux yeux de notre République. Notre politique d’égalité se doit d’être exemplaire à tous les niveaux et au risque de bousculer nos propres représentations, ne laissons plus le masculin l’emporter sur le féminin !

Pourquoi si peu de femmes ? Un rapport de 2013 « Pour faire entrer le peuple au Panthéon » suggérait déjà de féminiser davantage le Panthéon : « Il serait préférable que les personnalités distinguées par le Président de la République dans la période qui vient soient toutes des femmes. » En effet, depuis la Ve République, c’est le président de la République qui choisit les futurs locataires de l’illustre monument en signe d’hommage aux grands personnages de l'Histoire de France. Mais que d’hommes, que d’hommes ! Une explication à cette situation ? Le fait que notre société repose sur un substrat patriarcal a contribué à cet écueil.

Mais si tout cela n’était aussi qu’une question de langage ? Et si le choix des mots influençait notre pensée ? La situation aurait-elle été la même si le mot « Personnages », plus neutre, avait orné le fronton du Panthéon ? Pour apporter des éléments de réponse, nous vous invitons à réaliser cette petite devinette qui est extraite de l’ouvrage de Pascal Gygax, Sandrine Zufferey, Ute Gabriel « Le cerveau pense-t-il au masculin ? Cerveau, langage et représentations sexistes. » Le Robert-2021 et qui en dit long sur nos représentations stéréotypées : « Un père et son fils partent en voyage et ont un accident. Le père décède, mais le fils survit et est amené à l’hôpital, un chirurgien de garde se présente et dit : Je ne peux pas opérer, c’est mon fils. » Comment est-ce possible ?

Alors, avez-vous trouvé la bonne réponse ? Pour aller plus loin: https://www.youtube.com/UnsaEducation

Carine Aoun-Boudot @carineaoun1 carine.aoun-boudot @unsa-education.org

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Agir contre les inégalités sociales et la grande pauvreté Trois millions d’enfants ont des parents pauvres, soit 1 sur 5 ! « Grande pauvreté, inégalités sociales et école : sortir de la fatalité », est un ouvrage aux nombreuses signatures, qui questionne l’action de l’école en matière de lutte contre les inégalités. Expériences de terrain et enquêtes scientifiques s’articulent pour sortir de la fatalité. Choukri Ben Ayed, sociologue, enseignant-chercheur à l’Université de Limoges, a dirigé ce livre, il répond à nos questions. En matière d’éducation, les travers des inégalités sociales sont plus souvent pointés que les effets de la grande pauvreté, pourquoi ? Les effets de la grande pauvreté ne sont pas si pointés que cela c’est pour cela que nous avons pris l’initiative de ce livre dans le prolongement de rapports officiels qui n’ont pas fait évoluer favorablement la situation. Les statistiques de l’Éducation nationale ne prennent pas en compte les seuils de pauvreté. Les catégories construites sont plus générales « élèves très favorisés », « élève favorisés », « défavorisés », « très défavorisés ». Derrière ces catégories peuvent exister des situations très disparates, elles ne permettent pas une réelle objectivation des phénomènes de grande pauvreté à l’école.

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L’école ne peut pas tout, mais elle ne peut pas rien non plus. Comment sont pris en compte ces enfants les plus fragiles ? Les plus fragiles sont pris en compte essentiellement à l’échelle des établissements scolaires. Certes, il y a aussi les bourses nationales dont nous appelons à une revalorisation conséquente et surtout un nombre non négligeable d’élèves qui pourraient y prétendre ne les obtiennent pas, perdus dans les méandres de l’administration. Les équipes pédagogiques font au mieux, en mettant en œuvre des pédagogies adaptées, en agissant sur le climat des établissements, en luttant contre les ségrégations scolaires avec l’appui précieux des collectivités locales. Certaines équipes pédagogiques vont parfois au-delà de leur rôle d’enseignant en organisant des collectes de vêtement l’hiver, voire en récoltant des denrées alimentaires, comme ce fut le cas dans certains quartiers lors du confinement notamment.


Choukri Ben Ayed est professeur de sociologie à l’ Université́ de Limoges. Il s’entoure ici d’une équipe de contributeurs aux profils fort variés, faisant ainsi interagir des savoirs scientifiques et expérientiels. La préface est de Philippe Joutard, historien, professeur émérite d'histoire moderne et recteur d'académie honoraire. Il est l’auteur du rapport Grande pauvreté et réussite scolaire, changer de regard (1992, rapport au ministre d'État, ministre de l'Éducation nationale et de la Culture).

Le sous-titre de l’ouvrage est « Sortir de la fatalité ». Ce qui suppose un regard positif et actif sur cette problématique. Qu’est-ce qui permettrait de ne pas être fataliste ? Ce qui permet de ne pas être fataliste, ce sont justement ces pratiques souvent « invisibilisées » mais qui permettent peu ou prou au système de tenir grâce à ces acteurs du front que nous avons voulu mettre en valeur dans l’ouvrage. Ce qui permet également de ne pas être fataliste, ce sont des pratiques de lutte contre les ségrégations scolaires emblématiques comme celle menées par le département de la HauteGaronne, à laquelle le livre consacre un chapitre. Certes, ce volontarisme est inégal sur le territoire français, mais il apporte des preuves que l’on peut lutter contre des processus lourds qui vulnérabilisent les plus faibles. Enfin, ce qui permet de ne pas être fataliste, c’est que les inégalités varient dans le temps et dans l’espace, preuve qu’elles ne sont pas dues aux capacités des élèves mais bien à des choix de politiques éducatives. Le but de la recherche est précisément de saisir ces facteurs de variations afin d’inspirer les politiques pour une école plus juste et égalitaire, ne laissant personne sur le chemin. Comme dans d’autres secteurs de la vie publique, l’élément central est bien la volonté politique. Car les enseignants seuls ou les collectivités ne peuvent tenir l’école à bout de bras, il y a une nécessité de relais nationaux au plus haut niveau de l’État.

Béatrice Laurent @Beaunsaeduc beatrice.laurent @unsa-education.org

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La marchandisation, première marche vers la privatisation de l’Éducation La rentrée s’accompagne traditionnellement du commerce des affaires scolaires et, dès mi-août, les rayons des supermarchés regorgent de cahiers, crayons et autres classeurs aux effigies de marques.

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a profession a même publié un guide des tendances de la papeterie scolaire comme pour la mode vestimentaire ou alimentaire. Ainsi, et même si le e-commerce réalise dorénavant une part non négligeable de ce marché et que les papetiers spécialisés semblent y reprendre une place importante, l’école s’affiche toujours en tête de gondole en cette période de l’année. Aux cartables et copies doubles se sont d’ailleurs ajoutés les contrats d’assurance de toutes compagnies ainsi que, bien entendu, les incontournables propositions de soutien scolaire indispensable dès les cahiers de vacances à peine terminés. Mais l’offre ne s’arrête pas là. Au rayon des livres, les parents sont également invités à faire leurs emplettes : les guides pour mieux accompagner leur(s) enfant(s), forcément atypique(s) et mal à l’aise dans le système scolaire, côtoient les méthodes pour (re)faire (en mieux) l’école à la maison

à grand renfort de méthodes - plus ou moins - inspirées de pédagogies, de psychologies, de neurosciences… La toile n’est pas en reste. On ne compte plus les sites, ludiques évidemment, qui proposent des ressources éducatives. Une grande partie de ces « outils », au-delà de leur dimension exclusivement marchande, surfe sur le supposé « échec de l’École ». Le postulat sous-entendu est que d’autres approches seraient plus efficaces, plus protectrices, plus douces, plus adaptées… que l’enseignement en classe, que les méthodes des enseignants, que le système scolaire… Une petite musique, qui certes touche encore peu de monde, mais qui s’instille progressivement et se nourrit des réformes inachevées ou des mesures incompréhensibles imposées d’en haut par un ministère de l’Éducation nationale aussi peu attentif aux familles qu’à ses propres personnels. Depuis plusieurs années, l’Internationale de l’Éducation mène campagne contre la marchandisation de l’École dénonçant et agissant contre les lobbies libéraux qui souhaitent s’emparer du marché de l’éducation pour le privatiser. Cette réalité déjà en œuvre dans de nombreux pays en voie de développement, a dorénavant franchi le cap des pays riches. Plus l’École publique et ses personnels sont mal-traités, plus cela fait le jeu de la marchandisation et de la privatisation de l’Éducation. Denis Adam @denisadamunsa denis.adam @unsa-education.org

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QUALITÉ SÉCURITÉ PRÉVENTION

35e campagne na onale d’éduca on à la sécurité et à la citoyenneté dans les transports collec fs de jeunes En ce e rentrée scolaire 2021, l’ANATEEP lance sa campagne Transport a tude. Les ac ons proposées se dérouleront en respectant les éventuels protocoles sanitaires des établissements. N’hésitez pas à télécharger les supports.

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Nous recherchons des bénévoles disposés à s’inves r quelques heures dans l’année au sein d’une équipe départementale (Adateep), pour agir au service des enfants. Nous recherchons des bénévoles disposés à s’inves r quelques heures dans l’année au sein d’une équipe départementale (Adateep), pour agir au service des enfants. Association Nationale pour les Transports Educatifs de l’Enseignement Public - 01 43 57 42 86 - contact@anateep.fr


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