__MAIN_TEXT__

Page 1

SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020 (5781) - NUMÉRO 75 (OFFERT)

BONJOUR 5781 ADIEU TRISTESSE ? RÉPONSE AUX INTELLECTUELS JUIFS. QUE VOUS A FAIT ISRAËL? TOUS JUIFS ? LE PROCÈS DES ATTENTATS DE 2015 SOUCCOT : CONSTRUIRE LA SOUCCA DE LA PAIX


3

ÉDITO Freud, un juif sans dieu - RELIGION

P4

Jean-Paul Louis Ney - INTERVIEW

P8

Le masque et la vie - RÉFLEXION

P12

“Israël sur sa terre. Ce qu’en disent les Palestiniens” - LIVRES

P16

Moïse de Tetouan, sa mémoire en héritage - LIVRES

P20

Tous juifs ? - RÉFLEXION

P22

Le procès des attentats de 2015 JUSTICE

P26

Réponse aux intellectuels juifs. Que vous a fait Israël ? - ISRAËL

P28

THEÂTRE

P29

Dupond-Moretti. Oui on peut défendre un terroriste ET être un bon ministre de la Justice - JUSTICE

P30

Souccot : Construire la Soucca de la paix - FÊTES JUIVES

P34

ISRAËL

P35

« Peuple élu ? » - TRIBUNE

P36

EXPOS

P38

LIVRES

P41

Qui est Delphine Nizard, la nouvelle styliste de Cyril Hanouna ? - MODE

P42

CINÉMA

P43

Un automne en beauté ! SHOPPING

P44

THÉÂTRE/COMMUNAUTE

P46

Edité par : SAS TJ INFO Directeur de la publication : André Mamou Rédacteur en chef : André Mamou Directrice de la rédaction : Sylvie Bensaid Directrice du magazine : Sarah Cattan Secrétaire de rédaction : Michelle Delinon Avec la collaboration précieuse de : Charles Baccouche Nathalie Bianco Michèle Chabelski Antoine Desjardins Freddy Eytan Dominique Itzkovitch Yves Mamou Charles Meyer Jacques Neuburger Raphaël Nisand Radu Portocola Remi Richelet Charles Rojzman Michel Rosenzweig Pierre Saba Hagay Sobol Jacques Tarnero Lisa Mamou Et la participation de son Fondateur, Jacquot Grunewald ! Directrice de la publicité : Sylvie Marek Chef de publicité : Jeanine Konforti Maquette : Emmanuel Lacombe Crédits photo : Alain Azria, Wikipédia, Wikimédia Commons, Flickr Commons, Pixabay... Commission paritaire en cours.

Tout ira mieux demain E

lle est terminée, l’année 5780. Un virus de 0,3 micron. Une pandémie. Des malades et des morts par centaines de milliers. Nos anciens ébranlés. Embrassades interdites. Un confinement de plusieurs mois. L’économie qui vacille puis s’affaisse. Sourires éteints sous nos masques. Nul ne la regrettera, cette année de violences où les fracassés de la société sortirent demander justice, rejoints par une meute de casseurs et autres pillards qui brisèrent le mobilier urbain, défièrent nos forces de l’ordre, avant que d’incendier les voitures et fracasser les vitrines des boutiques de luxe, pour s’y servir abondamment. Elle était là, notre annus horribilis à nous français, une année de fauda, de chaos, comme il se dit en arabe. Les chaines de télévision invitaient sans discontinuer des professeurs de médecine et autres Experts en tout, les prises de parole de nos Gouvernants ajoutant l’angoisse à la confusion. Ce fut un été sans grands voyages, des avions cloués au sol, des bateaux encore à quai, de petites vacances au goût d’inachevé : un été comme un grand vin qui, Ô tristesse, se révèle éventé. Ce fut l’année que personne n’aurait pu imaginer. Ce quelque chose de surréaliste et de désespérant qui s’abattait sur un monde fragile. Ce fut l’année de nos désillusions. L’année encore qui ramena chacun à une humilité oubliée. Que nous réserve 5781 ? La suite des événements de l’année précédente ? Certes. Mais peut-être enfin le début d’un nouveau commencement, un « bereshit », premier mot de la Torah ? Quelques notes d’espérance : Deux pays arabes

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

du Moyen Orient ont voulu (ou accepté) de signer avec l’Etat d’Israël des accords sans demander que soient d’abord satisfaites les exigences des dirigeants palestiniens. Ne semble-t-il pas que nous nous dirigions vers l’abandon de « La Paix contre les Territoires », et que soit envisagée la solution de sagesse « La Paix contre la Paix », avec peut-être demain la vraie définition d’un État de Palestine. Tous les pays concernés, tous les groupes de recherche pharmaceutique sont au coude à coude pour la trouver, la molécule qui anéantira le Covid 19, et pour mettre au point le vaccin qui conjurera ce cauchemar dont on n’aperçoit pas la fin. 5781. Sera-ce l’année où l’antisémitisme décroîtra ? Celle où Jalousie, Perfidie, Haine s’affaibliront ? On l’a espéré, année après année, depuis deux millénaires ! Alors, On va continuer d’espérer que « lichana abba », l’année suivante, tout aille mieux , un tout petit mieux, ce ne serait pas trop demander ! « Tout ira mieux demain On prend un nouveau chemin » Prenez soin de vous.  Tribune juive


4

RELIGION

FREUD, UN JUIF SANS DIEU Par DOMINIQUE ITZKOVITCH

F

reud aimait à se définir comme Juif sans Dieu. Yosef Hayim Yerushalmi, historien reconnu, lui a consacré un essai intitulé... Le Moïse de Freud, essai dans lequel il va jusqu’à dire que Freud voyait dans la psychanalyse … un judaïsme sans Dieu. Ce sont là des affirmations qui méritent d’être examinées. L’historien le fait d’ailleurs, travaillant sur les correspondances, les interventions et les écrits, en particulier sur son dernier livre : L’Homme Moïse et la religion monothéiste. Il m’est apparu intéressant de revenir sur cette question de la judéité de Freud. Il est, d’abord, à rapprocher ce qui s’est dit : Ce n’est pas par hasard que la psychanalyse ait été inventée par un Juif... Freud lui-même l’a écrit à son ami Pasteur Oskar Pfister : Pourquoi la psychanalyse n’a-t-elle pas été créée par un de ces hommes pieux  ? Pourquoi a-t-on attendu un Juif sans Dieu… Il apparaît là qu’à la fois Freud réitère l’idée que cette créativité ne pouvait être que le lot d’un Juif, mais il précise, ici : ... Sans Dieu. Se caractérisant, ainsi, dans sa spécificité… En 1926, dans la loge viennoise du Bnai Brith à laquelle il a appartenu, il déclara  : Ce qui me rattachait au judaïsme, ce n’était pas la foi, ni l’orgueil national, mais il restait assez de choses propres à rendre irrésistible l’attrait du judaïsme et des Juifs, beaucoup de choses obscures, de forces affectives d’autant plus puis-

santes qu’elles se laissent moins saisir par des mots, et puis aussi, la claire conscience d’une identité intérieure, le sentiment intime d’une même construction psychique... Par ailleurs, il a, aussi, fait référence à un sentiment d’appartenance au peuple juif, ainsi qu’à un esprit de solidarités avec ce peuple. Voici, donc, des points où Freud énonce des traits concernant sa judéité, tout en écartant la foi et le nationalisme. Il a souvent parlé de ce quelque chose d’indéfinissable, mystérieux, qu’il ressentait en lui, en effet, relevant d’une construction psychique. Yerushalmi a classé Freud dans la catégorie des Juifs culturels et psychologiques. Je préfère pour ma part éviter la classification et la généralisation… En poursuivant cette enquête, à partir des écrits…

Il semblerait que le fils ait souffert d’un certain épisode antisémite, subi et raconté par Jacob Freud. En effet, croisant un antisémite dans une rue, Jacob a son chapeau enlevé et jeté dans un caniveau par cet homme. Il le ramassa, sans mot dire. Freud ressentit fortement cette humiliation, et en voulut à son père de n’avoir pas réagi. Cette honte le poursuivit, ainsi qu’une certaine agressivité envers ce père faible… Freud n’eut de cesse de vouloir s’identifier à des personnages forts, puissants comme Hannibal, qui incarna l’opposition des Juifs à l’empire romain, ou à Moïse, porteur des Tables de la Loi. On peut dire que par là, le fils s’emparait de la puissance paternelle déchue...

Notons une lettre écrite à Martha Bernays, au temps des fiançailles...

Yerushalmi dit que certains rêves de Freud font apparaître son complexe de castration et la haine du père, sentiments que le fils refoulait…

Quelque chose d’essentiel, la substance-même de ce judaïsme si plein de sens et de joie de vivre n’abandonnera pas notre foyer...

Je ne sais pas à quels rêves, précisément, il se réfère, mais un tel complexe et un tel refoulement, sont le lot de chaque fils.

Alors, que sera-t-il de cette contradiction...

Je le dis en tant que psychanalyste, ayant appris ces éléments de la théorie freudo-lacanienne.

Rappelons que Freud a été élevé dans un milieu traditionnel juif. Aurait-il voulu s’éloigner de ce milieu et de son père, pieux, surtout dans son enfance…

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Ceci dit, la psychanalyste Marthe Robert, citée par Yerushalmi, s’est aussi exprimée... sur la relation œdipienne de Freud avec son père,


5 Il est évident que les réunions du mercredi du premier cercle psychanalytique Autour de Freud n’étaient composées que de Juifs. C’est la raison pour laquelle Freud voulut introduire Carl Jung dans ce cercle et lui donner une place prédominante, mais il y eut une querelle sur leurs visions différentes, et le protestant Jung développa sa propre version. Toujours est-il que si Freud, ne connaissait pas l’hébreu, comme il l’a affirmé, n’aurait pas pu lire la dédicace que son père lui a faite, en hébreu, en lui offrant la Bible de Philippson, déjà lue à sept ans, pour son trente cinquième anniversaire… Cette dédicace est rédigée en melitza, à savoir composée d’une mosaïque de fragments de la Bible. J’ai choisi de la citer, tant elle montre la culture biblique du père et son amour paternel. « Fils, qui m’est cher, Dans la septième année des jours de ta vie, l’esprit du Seigneur commença à t’agiter et s’adressa à toi, Va, lis dans mon Livre, et s’ouvriront à toi les sources de l’intelligence, du savoir et de la sagesse Tu as eu une vision du Tout Puissant, tu as entendu et tu t’es efforcé de faire, et tu as plané sur les ailes de l’esprit Depuis lors, le Livre est resté en réserve, comme les débris des Tables, dans une Arche, par devers moi Pour les jours de tes années où les jours sont cinq et trente, je l’ai recouvert d’une nouvelle housse en peau, relation non résolue, constituant la clef de son roman familial... Conflit œdipien, désir symbolique de tuer le père, comme dans le mythe œdipien… tel que décrit dans l’essai freudien Totem et Tabou, où les fils tuent le père de la horde primitive, puis ensuite, se sentant coupables, en font un totem... Ainsi, FREUD, a passé une partie de son enfance, en étant éduqué à la maison par son père, qui l’a initié à la Bible de Philippson, à sept ans, et vraisemblablement à l’hébreu

Pourtant, publiquement, Freud semble avoir voulu occulter que la tradition juive a joué un rôle de premier plan au sein de sa famille où il resta jusqu’à l’âge de vingt-sept ans. L’hypothèse de Yerushalmi est que Freud a dissimulé son attachement au judaïsme et un sentiment juif plus marqué pour des raisons précises : Il voulait surtout que la psychanalyse, son invention, ne soit pas perçue comme une science juive. J’adhère à cette interprétation car il est certain que la psychanalyse est et doit être universelle.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Et je te le dédie, afin qu’il soit pour toi un mémorial, le rappel de l’affection de ton père qui t’aime d’un amour éternel. » Ne peut-on pas voir, dans ce texte, un appel à la réconciliation et au retour du fils dans la tradition juive. N’est-il pas écrit que Freud avait eu une vision du Tout Puissant… Que l’esprit du Seigneur avait commencé à l’agiter, à sept ans…


6

RELIGION Bel hommage du père à son fils…

Meitlis, en ces termes :

Mais C’est aussi une allusion à l’abandon par Freud du Livre.

Nous autres, Juifs, avons toujours respecté les valeurs spirituelles, et nous avons préservé notre unité à travers les idées, et C’est grâce à elles que nous devons d’avoir survécu jusqu’à ce jour...

Mais il est resté des débris, comme les débris des Tables fracassés par Moïse. Jacob, en donnant, par deux fois, la Bible de Philippson à son fils, a fait comme Israël, qui a eu, par deux fois, les Tables de la Loi : Il a voulu signifier à son fils qu’il avait pardonné l’abandon de son fils, dans la mesure où il avait gardé en réserve l’esprit qu’il lui avait enseigné, et qui lui avait permis de planer. Freud écrira donc L’Home Moïse et la Religion monothéiste, en 1934, sous le choc du nazisme triomphant. Son unique livre juif, pour tenter de répondre à une question, restée sans réponse... En quoi est-il juif..., à 78 ans… Il revint, pour cela, à l’étude de la Bible… Il avait déjà, en 1924, à propos de son désir de savoir, déclaré  : Le fait que je me sois plongé, très tôt, dans l’étude de la Bible, a déterminé, d’une manière durable, comme je m’en suis aperçu, par la suite, l’orientation de mes intérêts... Cette dernière phrase a été rajoutée en 1935, un an après avoir achevé la première version… Selon Yerushalmi, en ce sens, L’Homme Moïse signifie bien un accomplissement du souhait du père, comme une obéissance après coup. L’après coup, nachtralicht, un concept si important pour Freud. Par ce livre, Freud croyait pouvoir résoudre l’énigme qui l’agitait… Pourquoi, bien qu’incroyant, se sentait-il Juif ? Il envoya son livre à Lou Andreas, Salomé, qui lui répondit ainsi : Ce qui m’a fascinée, dans votre conception... C’est un certain caractère de retour du refoulé, à savoir qu’on voit réapparaître, dans le retour, quelque chose de très haut et de très précieux... Yerushalmi propose l’idée que ce fut un moyen, pour le fils, d’avoir de nouvelles relations avec son père, et de pouvoir avoir une nouvelle vision de la réalité… Freud, peu avant sa mort, écrivit une lettre au responsable d’une organisation juive, David

Discours puissant, qu’on pourrait utiliser de nos jours et prouvant un attachement profond à la notion de communauté, une solidarité… L’Homme Moïse et la Religion Monothéiste fut un livre contesté à cause de la question des origines du judaïsme, mais il fut important pour Freud, car répondant à ses interrogations profondes sur sa judéité… Même si Moise avait été égyptien…

Ce qui me semble aussi intéressant, c’est encore la façon dont Freud expliqua la permanence de l’antisémitisme, l’analysant comme une vérité psychique inconsciente… Mais il voulut montrer aussi la résistance de la tradition du judaïsme par un caractère de contrainte, propre aux phénomènes religieux, qui doit avoir été subi, d’abord, le destin du refoulement... Libre à lui de faire ces interprétations. Je conclurai ce dossier par… Freud, Juif sans Dieu : Pas si sûr que ça. Et Lacan de dire  : Freud s’est arrêté devant Dieu…

Pour Freud, cette hypothèse n’importait pas car le caractère national peut se transmettre, indépendamment d’une communication directe, ou de l’influence de l’éducation, a-til pensé, ajoutant que la judéité se perpétuait dans le sang et dans les nerfs...

Je vous proposerai de voir ça de plus près...

Conscient de ce paradoxe, il dit, encore, que si l’idée du monothéisme était née en Égypte, elle n’y a jamais pris racine, car, des hommes se sont levés, qui renouvelèrent les exhortations de Moïse, et n’eurent de cesse que ce qui s’était perdu fût restauré...

— Dominique Itzkovitch Docteur en psychologie Psychanalyste Créatrice du THINK TANK DEVENIR, groupe de réflexions interdisciplinaires sur les problèmes de société.

Et la preuve qu’il existe une disposition particulière dans la masse, qui était devenue le peuple juif, c’est qu’elle put produire un si grand nombre d’individus, qui furent prêts à prendre sur eux le fardeau de la religion de Moïse. Quelle ardeur dont il fit preuve… Dans un autre passage de ce livre, Freud se réjouit de ce... Grand honneur, pour le peuple juif, d’avoir su maintenir une telle tradition et produire des hommes qui lui prétèrent une voix même s’ils furent incités par un Grand étranger. Lui-même s’identifia à Moïse, et se considéra, aussi, comme un Grand Etranger, avec ce qu’il apporta, de tout autant subversif... On peut dire que, à la sortie de ce livre, Freud eut peur de voir cataloguer la psychanalyse comme une affaire nationale juive, et cela confirmerait qu’il eût voulu cacher son réel attachement à son identité juive…

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Quand une psychanalyste fait une étude de cas... Ça remue les méninges... A suivre donc ! 


© JEAN-BAPTISTE GURLIAT

À L’OCCASION DE ROCH HA CHANA, NOUS ADRESSONS AUX JUIFS DE PARIS ET DU MONDE ENTIER, NOS MEILLEURS VŒUX POUR L’ANNÉE 578‫׏‬. NOUS SOUHAITONS UNE ANNÉE DE JOIE, DE SANTÉ ET DE PAIX, QUI PERMETTE À CHACUN LA RÉALISATION DE SES PROJETS ET CEUX QUI CONTRIBUENT AU RAYONNEMENT DE PARIS DANS UN CLIMAT DE CONFIANCE ET D’ESPOIR. ANNE HIDALGO, MAIRE DE PARIS ET L’ENSEMBLE DE SON ÉQUIPE


8

INTERVIEW

JEAN-PAUL LOUIS NEY : « J’AI FAIT CE QUE J’AVAIS À FAIRE, ON A SAUVÉ DES VIES » Par SARAH CATTAN

E

XCLUSIF. Le grand reporter qui a diffusé les photos des Kouachi le 7 janvier 2015 à 20h42 raconte tout, même ce qu’il n’a pas dit face à la justice. Une grande interview loin du parisianisme partisan. Impassible, serein, posé. Celui qui dès 2013 diffusait sur les réseaux sociaux, ou à la télévision, les visages des djihadistes français qui menaçaient la France, habitué des grands coups, indiscutablement l’un de nos meilleurs journalistes d’investigation, Jean-Paul Louis Ney a accepté de répondre à nos questions. Menacé de mort, placé sous protection dès 2014 jusqu’en 2016, Il a quitté la France pour s’installer au soleil, d’où il travaille sous pseudonyme contre « les obscurantistes ». Un choix qu’il ne regrette pas. TJ : Bonjour Jean-Paul Louis, vivant ? JPLN : Plus que jamais ! Après 23 ans basé à Paris et sa banlieue, je travaille plus, beaucoup mieux et je peux enfin plonger, faire du bateau et avoir une liberté de travail très importante. Avec qui travaillez-vous ? Je n’en parlerai pas pour des raisons de sécurité et de confidentialité. Mais ça fonctionne à merveille, je bouge beaucoup, j’ai changé trois fois de domicile mais pour me rapprocher de la mer que j’ai, à présent, à 10 mètres de chez moi.

Vous êtes toujours menacé ? Quand vous envoyez des islamistes en prison, quand vous faites virer le nazi de l’Ambassade de France à Bagdad, un certain mercenaire du nom de Jean-Philippe Lafont, quand vous révélez les identités des gauchistes proislamistes de leurs copains fafs et que vous vous attaquez à la secte islamo-terroriste des « Frères musulmans », vous devez considérer que vous n’allez pas tous les retrouver autour d’un apéro pour taper une belote. On va dire que je vis en sécurité dans une résidence très sécurisée mais avec des yeux partout, et du fer sur moi quand je sors. Il se dit dans le milieu télévisuel que vous avez été approché par le Kremlin pour devenir le patron des documentaires d’investigation pour la version française de RT, la chaîne d’info russe ? Info ou intox ? Le renseignement est bon, mais c’est une boite et non pas RT directement, c’est un chasseur de têtes qui m’a approché, nous avons discuté, je devais obligatoirement revenir à Paris, de plus je n’avais pas la liberté totale dont je jouis à présent. Et je sais rester fidèle à ceux qui m’ont tendu la main et fait confiance. Deux grands hommes de télévision. Je leur dis merci encore tous les jours. Donc je suis «  marié  » et fidèle. Même si tout le monde a un prix, le mien est trop élevé. Trop.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Mais pourquoi refuser cette offre ou celle d’un autre groupe en France ? Je suis bien où je suis. Personne ne me donne cette liberté de travail dont j’ai besoin, une investigation, je plonge et je reviens des semaines après, voire des mois plus tard, avec une enquête complète. Les chaînes d’infos devraient le faire plus souvent, et d’ailleurs vont le faire de plus en plus… Le temps est précieux et la qualité c’est du temps, il faut trouver un équilibre et je l’ai trouvé, c’est juste génial. Les gens ont besoin d’être informés au plus vite au détriment de la qualité. Le format 26 minutes est parfait pour aujourd’hui. Et croyez-moi : c’est plus compliqué à faire qu’un 52 minutes, il faut aller droit au but, résumer, prouver et être très précis. On devrait aussi revenir au 8 minutes que nous avions lancé sur i>télévision en 1999… ça s’adapte au format YouTube et on peut ainsi accrocher les jeunes qui ne regardent absolument plus la télévision « linéaire » et dirigée par des vieux mecs qui se reposent sur des jeunes stagiaires des réseaux asociaux, ce mélange a donné naissance au scandale de la « ligue du LOL ». Il y a une génération 70, intermédiaire qui est ignorée, les quarantenaires d’aujourd’hui, on a connu le monde bien avant le mur de Berlin, et aussi avant Internet, on a vécu avec notre enfance et notre adolescence dans ces deux mondes. On sait l’importance des bibliothèques et des livres, de la culture générale. Wikipédia on s’en fout, et une source que tout le monde peut


9 indécision chez le procureur Molins, et que beaucoup d’experts du contre-terrorisme se disputent pour savoir s’il faut ou non diffuser publiquement les visages des terroristes car à ce moment nous sommes une bonne dizaine à avoir les identités, je ne fais alors que vérifier mes infos. Une fois que j’ai tout vérifié, je contacte mes sources avec un téléphone crypté, ça fonctionne, mais après il faut le jeter hein ! C’est ce que je dis à mes étudiants en cours de reportage d’investigation.

modifier même pendant que vous la lisez n’est pas une source, c’est juste du flan, dont les plus grands administrateurs sont liés à l’extrême gauche et les islamo-communistes. Ce fut facile avec la crise COVID pour vous de travailler ? Horrible, d’autant plus que j’ai vraiment eu peur, j’ai cru qu’on allait tous y passer… Moi qui ai couvert des guerres et des révolutions, il faut se rendre compte que sur le front tu sais où se trouve l’ennemi, enfin presque, la menace est « humaine ». Là, c’est autre chose, ce foutu virus, il pouvait être sur ta main sans le voir, ni le savoir. J’ai paniqué, j’avoue. Ce fut très dur. Et puis l’envie d’informer à pris le dessus, j’ai filmé, par exemple, les Ramblas de Barcelone vides, et toutes les grandes avenues, il n’y avait que les flics, les pigeons et moi. Un truc de dingue, et le pire c’est un road-trip à travers la Catalogne où la vie n’était plus visible, j’étais dans un putain de film. Après j’ai travaillé le long de la frontière puis sur les hôpitaux, si vous avez vu des images des hôpitaux et des gens en train d’y passer, certaines sont clandestines, des infirmières m’ont fait rentrer discrètement, elles voulaient pousser

un cri, interpeller, je crois que ça a fonctionné. Sinon on a dû reporter des interviews et des enquêtes, comme tout le monde. Informer sous le confinement n’a pas été un souci, les autorités ont joué le jeu, sauf les directions des hôpitaux. Revenons à Charlie Hebdo, peu de français le savent mais c’est grâce à vous que les Kouachi n’ont pas pu revenir sur Paris pour leur dernier grand coup… Je ne résume pas mieux. Je ne suis personne, on a fait notre job, on a sauvé des vies avec mes sources, c’est tout. Je n’ai jamais balancé mes sources et ne le ferai jamais. C’est un point d’honneur, et j’ai déjà fait de la taule pour ça. Plus de 20 ans de confiance, de réseaux et d’expérience m’ont mené à cet instant précis du 7 janvier 2015 à vingt-heures quarante deux quand j’appuie sur le bouton « publier ». Alors oui, on va pas refaire le procès, je publie les identités des Kouachi. Pourquoi ? parce qu’à ce moment précis j’étais déjà sous protection policière, elle a été renforcée au matin même de l’attentat, comme en novembre 2015, nous quittons le bureau avec précipitation, l’un des flics de la protection avait l’arme à la main, l’officier sécu me dit qu’on va se « confiner », cela veut dire réintégration du domicile et qu’ont doit se verrouiller, s’enfermer, avec le pétard à la ceinture à la maison, les CRS enfouraillés devant la porte et les volets fermés, demandez au SDLP ou aux autres personnalités menacées, on a connu les confinement bien avant le virus ! A ce moment, quelqu’un proche du gouvernement me contacte et me dit que les Kouachi se préparent à revenir sur Paris, qu’il y a une

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Là il faut se poser la bonne question, et mon expérience dans le contre-terrorisme m’a beaucoup aidé : Dans cette urgence imminente, comment stopper la menace des Kouachi  ? Simple  : en diffusant leur tronche partout, parce que, quand tu es en cavale, tu n’as pas le temps de t’organiser pour un baroud d’honneur, même si tu as des armes plein le coffre, n’importe qui peut te reconnaître et donner ton signalement et c’est ce qui est arrivé, ils ont rapidement été reconnus et cernés par le GIGN, point barre ! Ça c’est passé avec Khaled Kelkal en 1995, sa gueule a été placardée partout en France, par décision d’un vrai flic courageux, et cette diffusion a stoppé ses plans, le conduisant avec son complice à se réfugier dans les bois non loin de Lyon, pour finalement se faire descendre par les gars de l’EPIGN alors qu’il revenait dans un village (Vaugneray) pour passer un coup de fil. Plus tard, pour couvrir ses arrières et m’enfoncer, le proc Molins précisera que cette publication avait « ruiné tout espoir de surprise dans la traque des frères Kouachi ». Ce qui est faux et totalement ridicule, car le contre-terrorisme ce n’est pas de l’enquête, c’est de l’action, de l’anticipation et la mise en branle de tous les moyens nécessaires pour faire stopper une menace connue, présente, claire et imminente, on ne joue pas à cache-cache... Le temps de l’enquête était suspendu, on était dans l’urgence pour sauver des vies. C’est François Molins qui devrait être traîné devant les tribunaux pour ne pas avoir diffusé la photo des Kouachi et surtout de Coulibaly alors qu’il était recherché et que sa photo avait circulé…en interne ! Ils ont diffusé à 4h du mat l’appel à témoins après ma diffusion sur les réseaux des heures avant. Vous me suivez dans mon raisonnement ? Qui a merdé  ? Moi  ou ce petit procureur  ? Mon avocat l’a prouvé, des magistrats l’ont dit, il y avait là un impératif prépondérant de sécurité et d’intérêt publics à la diffusion de ces identités et photos à ce moment-là précis. C’est prouvé, c’est la théorie Kelkal. D’ailleurs les médias de gauche ont menti, j’ai été condamné


10

CITATIONS INTERVIEW pour avoir diffusé des documents internes à la police, PAS les tronches ni les pièces d’identité, Vérifiez la condamnation, j’ai été relaxé pour ces faits. La morale m’a donné raison, la justice m’a condamné ET relaxé. C’est fou hein ? Rappelons que vous avez été formé par Yves Bonnet l’ancien patron de la DST avec qui vous avez lancé le centre de recherches sur le terrorisme en 2002, puis vous observez le contre-terrorisme en Israël depuis 20 ans. Sans oublier que vous avez été reçu par le FBI, le DHS et le NCTC (le contre-terrorisme) aux Etats Unis en 2005. Vous vous sentez légitime ? Effectivement, j’y étais pour une conférence et parce que j’avais ouvert les portes du FBI à Paris Match, avec Regis le Sommier nous avions alors fait l’interview des deux patron du FBI, John Pistole et Robert Mueller. Mais on s’en fout de savoir qui a invité qui dans quelle conférence, ou comment et par quel moyen, si tu veux connaître la température du lac, il faut se jeter dans le lac. Et là, j’y plonge chaque jour. Ce que je dis c’est que c’est mon domaine, ce que j’écris depuis 2005 arrive étape par étape, parce que je prends le temps de comprendre et que je baigne dans ce monde depuis mes 18 ans. Sinon pour répondre à votre question : je me sens légitime et propre. Beaucoup de « journalistes à roulettes » et de militants des réseaux asociaux me détestent et j’adore ça. Quand on embrasse un thème, une carrière, une vie pour l’info juste et sans opinion, il faut s’attendre à voir des forces contraires tenter de vous faire tomber. Moi je m’en fous, je tombe et je me relève encore et encore, je suis un adepte du failcon, échouer pour réussir. Aujourd’hui, on a des experts bidons qui parlent de tout et de rien, on a une presse qui fait de l’opinion et non plus de l’information, c’est là le véritable danger. Pendant 5 ans, sur les réseaux, se sont étripés les « experts » du terrorisme, quand moi je balançais les visages et identités des djihadistes qui nous menaçaient. C’est moi qui ai identifié le recruteur français Rachid Kassim, j’ai même refourgué mes archives sur ce type à l’anti-terrorisme parisien. Alors qui sont les experts  ? Ceux qui parlent d’armes sans jamais avoir tiré avec une AK-47 ni l’avoir sécurisée  ? Je suis tireur sportif, je sais de quoi je parle, il y a les livres, les synthèses, les documentaires et surtout l’action, le terrain. J’ai passé des centaines d’heures, pas loin du millier avec nos policiers,

nos forces spéciales, des banlieues à la Libye, et du Sahel à Israël, ce depuis des années. Je ne suis pas un expert en Houmous comme Charlie Palmer (que je salue au passage) mais j’aurais bien aimé faire ce job. Il y a beaucoup à dire sur le « djihad business » qui s’est créé en France, surtout l’escroquerie intellectuelle de la « déradicalisation », à propos où est Dounia Bouzar ? Où est passé l’argent public qui devait servir à la déradicalisation ? On parle de plus d’un million d’euro. Qui ira voir Dounia pour lui demander de rembourser ? Une anecdote sur vos étudiants et Israël ? Quand je donnais des cours dans des prestigieuses écoles de journalisme, j’avais réussi à faire comprendre le conflit israélo-arabe à mes étudiants, parmi eux, des enfants de l’immigration. Algériens, marocains, turcs, et même un palestinien boursier. Un jour j’explique qu’en Israël il y a des arabes, des mosquées et que les deux langues officielles sont l’hébreu et l’arabe, silence dans l’amphi, je vois des visages médusés. Je montre des images puis j’explique la diffé-

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

rence entre nationalité, religion et ethnie, et le fait qu’on peut être israélien, arabe et chrétien. J’explique simplement une réalité, que des arabes ont des postes à grande responsabilité dans l’armée et même le gouvernement, qu’il y a des députés arabes hostiles à Israël au sein même de la Knesset. J’ai montré des images de l’horrible apartheid qui n’existe pas. Des gamins se lèvent, quelques-uns, et partent. Ceux qui sont restés m’ont dit merci et sont sortis du cours émus, comme s’ils avaient pris une gifle. C’est ce que j’aime faire : donner des gifles de conscience, des bouffées de réalisme. Les fake news et les complotistes ont des années d’avance sur nous. Il faut les casser simplement en exposant comment fonctionne ce monde,


11 Vendu ! (rires) Je finis un documentaire dans lequel on prouve avec un ancien des services spéciaux que la politique pro-arabe de la France est à double tranchant, par exemple, elle a culminé - et c’est un vrai scoop - dans les années 90 au point où, dans le très secret Camp S de la DGSE à Cercottes, nos services secrets furent obligés d’entraîner les palestiniens au maniement d’explosifs. Que, toujours sur ordre du gouvernement français de l’époque, ces services ont fourni aux palestiniens des explosifs « démarqués », c’est-à-dire sans signature moléculaire ou sans aucun numéro de série. « Démarquer » c’est rendre vierge l’explosif afin de ne pas remonter au propriétaire initial lors d’une saisie ou d’un attentat. Ces explosifs tueront plus tard des juifs lors d’horribles attentats en Israël. Pourquoi la France à fait cela ? Pour une raison bien simple  : Il fallait protéger Arafat contre le Hamas et donner les moyens à ses services pour faire péter quelques têtes du Hamas et soumettre les factions islamistes en au sein du Fatah. On peut comprendre, mais comme les français ne connaissent rien aux arabes, le truc a totalement dégénéré. 

une pincée de géopolitique, de diplomatie de l’ombre, de forces en présence, d’influence, de clans… et ça commence à s’illuminer dedans, il faut faire rentrer la lumière dans la tête de ces gamins sinon ils sont perdus. La situation en France vous préoccupe ? Elle me préoccupe depuis des années après le 11 septembre 2001. Ben Laden a gagné. Tout est concentré dans les banlieues pour que ça flambe, la guerre civile est une réalité, l’apartheid c’est en France qu’il est réel, pas en Israël. Nos pires ennemis sont les nationalistes d’extrême droite, les communistes et la secte des «  frères musulmans  ». Leur entrisme est inquiétant. Vous le savez, vous avez vu le documentaire dans lequel j’ai accompagné le reporter Zvi Yehezkeli dans les banlieues en France, documentaire jamais diffusé en France. Quand un maire de droite empêche la diffusion du film documentaire «  Islamogauchisme, la trahison du rêve européen » de mon pote Yves Azeroual, avec qui j’ai travaillé sur le film, que la page officielle sur Facebook est supprimée, alors que le film montre des gens de gauche et d’extrême gauche qui font leur mea-culpa, c’est que la République a buggé, elle plante, elle bloque. Alors que nos ennemis, eux, avancent.

Il y a-t-il des solutions ? Il faut un sursaut comme le dit Maître Thibault de Montbrial, sinon ce sera le chaos. A mon humble niveau, je suis prêt à accepter de venir donner des cours en banlieue, des conférences, faire des débats, mettre du pognon dans un truc qui marche, mais pas une chaîne de TV à la noix, du pseudo rap à la con ou des idées bancales de gens qui n’ont jamais mis les pieds dans des quartiers, Non, un truc participatif avec des noirs, des juifs et des arabes, et la smala de toutes les classes sociales. Moi j’ai besoin de couleurs, avec des blancs je m’emmerde, tout comme l’entre-soi des uns et des autres, ce communautarisme débile, ce renfermement, ce repli sur soi. Quand je vois ces français juifs basculer au FN/RN, fans du kapo Zemmour, j’ai envie de mettre des grandes baffes, alors que leurs parents étaient communistes, et ce n’est pas mieux. Une partie de la communauté juive se radicalise chez Le Pen, grâce à des blogs totalement barrés, confus et qui surfent sur des fake news. Personne ne le dit, alors j’en profite : un juif à l’extrême droite, c’est un kapo, un type qui se fout lui-même dans le four et allume l’étincelle. C’est honteux et pitoyable. Un scoop ?

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020


12

RÉFLEXION

LE MASQUE ET LA VIE ? Par MICHEL ROSENZWEIG

V

ivre masqué en permanence dans les espaces clos et à l’extérieur alors que ce virus circule à bas bruit est un non sens

total.

Et quoi qu’en pensent les adhérents au masque obligatoire qui n’y voient toujours rien d’autre qu’une simple mesure d’hygiène envers les autres, -ce qui reste encore à démontrer-, c’est toute la vie quotidienne qui est affectée et durablement. Car tout est à présent soumis au règne du masque obligatoire, les moindres gestes, la moindre action, les moindres déplacements, les visites, les rendez-vous, c’est toute notre vie quotidienne qui est à présent régie et rythmée par ce régime du masque : sortir, faire ses courses, aller chez le coiffeur, au restaurant, dans un bar, un musée, au cinéma, faire du sport, de la danse, etc etc.

QU’EN SERA-T-IL DEMAIN ?

Et si ce régime est imposée aujourd’hui dans des conditions sanitaires saines, qu’en sera-til lorsque les autres coronavirus reviendront bientôt ? Au moindre rhume, aux moindres symptômes grippaux, que fera t-on ? Si ces contraintes limitantes drastiques sont imposées alors qu’elles ne se justifient pas aujourd’hui, à quelles mesures aurons-nous droit à la saison des grippes ? Dans ces conditions, il est clair que ce régime sera maintenu sans aucune limite de temps. C’est un peu comme si on avait érigé un immense barrage face à une hypothétique vague démesurée, un tsunami dont la survenue est

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

loin d’être certaine. C’est un peu aussi comme le désert des Tartares avec sa forteresse érigée contre un ennemi qui ne venait jamais. Nous avons basculé dans un univers de précaution absolue visant l’asepsie et le risque zéro pour préserver la vie et nous sommes en réalité entrain de perdre la vie. Car la vie n’est pas la survie. Lorsque vous marchez dans une rue commerçante de votre quartier et qu’un inconnu masqué vous fonce dessus pour vous prévenir que la police vient de verbaliser deux personnes pour non port du masque alors que rien n’indique qu’il est obligatoire dans ce secteur, vous réalisez qu’il se passe quelque chose qui n’a strictement rien à voir avec la santé. Lorsque vous prenez les transports en commun et que des patrouilles de police sanitaire arpentent la


© ISTOCK - SF - 06/2020

À l’occasion de la fête de Roch Hachana, je tenais à vous adresser mes vœux chaleureux de joie, de bonheur et de prospérité. Puisse l’année 5781 vous procurer, ainsi qu’à tous ceux que vous aimez et qui vous entourent, une bonne santé, la prospérité et la réussite de tous les projets qui vous sont chers. L’année qui s’achève aura été marquée par une crise sanitaire sans précédent dont nous espérons tous qu’elle soit terminée et qu’elle ne se reproduira pas. Notre monde a pu la surmonter grâce à la solidarité et la responsabilité, mais aussi à l’engagement de Vaillants, souvent parmi les plus humbles, qui ont su trouver en eux la sagesse, la force et le courage d’accomplir leur devoir. Avec une grande discipline, toutes les contraintes sanitaires auront été admirablement respectées à Nice et dans vos instances nationales. Je tenais à le souligner et à vous remercier pour votre coopération concernant la fermeture des différents lieux de culte. L’année aura été également rythmée par des événements marquants et en particulier le 30 janvier 2020, à Nice avec l’inauguration du Mur des Déportés, qui me tenait tant à cœur, sur la colline du Château, à quelques mètres du Mur des Justes parmi les Nations. Ce nouveau lieu de mémoire conçu avec le concours de Serge et Beate Klarsfeld et avec le partenariat de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, de Yad Vashem, de la SNCF et de la Région Sud ProvenceAlpes-Côte d’Azur, donnera une sépulture aux 3 602 Juifs raflés sur la Côte d’Azur, partis depuis Nice vers les camps de la mort et identifiés par leurs noms et prénoms, et, pour les enfants de moins de 18 ans, par leur âge. Ce mur s’inscrit dans un travail de mémoire que je poursuis depuis plus de 18 ans. Il doit être pédagogique, en des temps où la haine se manifeste avec virulence sur les réseaux sociaux et où il est scandaleux d’entendre des slogans antisémites en marge de manifestations. Confiant en l’avenir, je reste convaincu que les vœux que nous formons pour 5781 doivent s’accompagner d’une fermeté intransigeante chaque fois que s’expriment l’antisémitisme ou le négationnisme. Il faut se souvenir, enseigner et transmettre aux plus jeunes, car si l’on veut vivre ensemble, il faut savoir d’où l’on vient et qui l’on est. Faire le choix du Vivre-Ensemble, c’est aussi savoir de quoi l’Homme est capable. Tout comme notre détermination, notre vigilance ne doit jamais se relâcher. Avec toute mon amitié fraternelle et indéfectible. Chana Tova, soyez inscrits dans le livre de la Vie ! Christian Estrosi Maire de Nice Président de la Métropole christian.estrosi@ville-nice.fr


14

RÉFLEXION C’est la visibilité de cette épidémie qui a choqué les consciences et construit une image, une représentation erronée de la réalité, une discordance, ce sont les discours et les messages changeants, les injonctions contradictoires et paradoxales, les conflits d’intérêts de toute catégorie, l’instrumentalisation, la récupération et l’exploitation politiques de l’épidémie qui ont brouillé la lisibilité correcte et rationnelle de cet épisode. plateforme en dévisageant les passagers, vous comprenez que ce monde est devenu invivable. Lorsque vous entrez dans votre bistrot familier et qu’on exige de vous de mettre votre masque pour faire 2m50, et qu’en vous installant, la serveuse masquée vous présente un carnet dans lequel vous êtes invité à indiquer votre nom et votre numéro de téléphone pour être autorisé à manger, vous comprenez que rien ne sera jamais plus comme avant et que la joie, le plaisir de sortir, la convivialité, les échanges et les partages dans ces conditions, c’est terminé.

Oui il y a eu une épidémie due à un coronavirus dont l’origine demeure mystérieuse pour moi et pour d’autres. LA PEUR PANIQUE D’ÊTRE CONTAMINÉ PAR LA PESTE V/S LE SYNDROME DU CANARI DANS LA MINE

Oui les plus fragiles et les plus âgés en ont été victimes. Soit. Et alors? Est-ce une raison suffisante pour imposer ce régime de dictature sanitaire totalement disproportionné au moment où nous avons besoin de légèreté et d’air?

UN RÉGIME DE DICTATURE SANITAIRE

Je suis désolé pour toutes les personnes qui approuvent ce régime de dictature sanitaire, sincèrement, car je pense qu’elles ont perdu leur sens commun, leur bon sens, leur faculté de juger et de discriminer. Et je le pense sincèrement. Ces personnes qui en insultent d’autres sont en réalité atteintes d’un autre virus bien plus toxique, celui de l’intoxication médiatique et du formatage des cerveaux alimenté et entretenu par la propagande médicale et politique anxiogène et contre lequel il n’y a aucun remède ni aucun vaccin. Ce masque qu’ils exigent parfois avec violence au nom de leur santé en masque en réalité un autre, celui qui voile leur conscience et surtout leur liberté de conscience, de penser, d’apprécier et d’évaluer correctement la situation, celui qui voile la raison au profit du fantasme de la maladie mortelle qui rode à chaque coin de rue, celui de la peur panique d’être contaminé par la peste.

Est-ce une raison pour enfermer et astreindre toute une population au moment où rien ne le justifie lorsqu’on regarde les courbes des hospitalisations et des décès? Et après ? Le contrôle électronique et numérique des contaminés ? Des codes de couleurs ? Un bracelet électronique pour les pestiférés ? Et puis pourquoi faire croire que ce régime prendra fin avec un vaccin alors que l’on sait parfaitement bien qu’aucun vaccin contre un coronavirus n’a jamais vraiment fonctionné? Si les vaccins contre la grippe saisonnière fonctionnaient massivement, on le saurait me semble t-il. A t-on éradiqué la grippe avec un seul vaccin ?

D’abord il y a eu un virus. Ensuite des malades, puis des morts. Comme chaque année à la même saison, cette année l’aire des morts aura juste été plus concentrée sur une plus courte période.

Alors j’avoue, oui, j’avoue et je reconnais volontiers que je suis atteint d’un syndrome très connu: celui du canari dans la mine. Vous savez, cet oiseau que les mineurs emportaient pour les prévenir du gaz méthane qui s’échappait du charbon, un gaz incolore inodore et indétectable.

Mais au total, comparé aux pics épidémiques annuels et saisonniers ? Prenez la peine honnêtement de regarder un graphique de santé publique étalé sur les dernières années.

Lorsque que le canari s’endormait, ou mourait, il était temps de sortir. 

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

—Michel Rosenzweig est philosophe de formation (histoire de la philosophie, ULB) et psychanalyste. Son intérêt pour la géopolitique se porte sur les enjeux relatifs à la montée de la nouvelle judéophobie inscrite dans l’idéologie de l’islam politique radical et conquérant. Il a publié à ce sujet des articles pour Metula News Agency, Guysen news international et Causeur. Très préoccupé par la dérive antisémite contemporaine, il est résolu à défendre le concept de l’intégrité d’un monde démocratique et libre de toute forme de servitude, affranchi des démons totalitaires liberticides, d’où qu’ils proviennent.


LA RÉGION Région Auvergne-Rhône-Alpes 2020 © Juan Aubert

DE LA MONTAGNE 1ÈRE RÉGION DE MONTAGNE D’EUROPE

#laregiondelamontagne auvergnerhonealpes.fr

Depuis 1945 au service de la protection de l’enfance

Fondation OPEJ 10 rue Théodule Ribot 75017 Paris T. 01 46 22 00 87 www.fondation-opej.org

THE NEW YORK SCHOOL SHOW

ENSEMBLE, NOUS SAUVONS DES VIES ! Le Professeur Emmanuel MESSAS, Président de Hadassah France, et son équipe vous présentent leurs meilleurs vœux pour une année de miel et vous souhaitent d’être inscrits dans Le Livre de la Vie

SHANA TOVA 5781 !

DE DÉDUCTION FISCALE sur tous vos dons jusqu’à 1.000 € avant le 1er janvier 2021

©Atlas - Adobe Stock © ©A

75 %

LES PHOTOGRAPHES DE L’ÉCOLE DE NEW YORK 1935 – 1965

(reçu CERFA)

Hadassah France est habilitée à recevoir des dons et legs au bénéfice du C.H.U. Hadassah de Jérusalem HADASSAH FRANCE - 3, rue de la Bourse - 75002 Paris 7«ObFRQWDFW#KDGDVVDKIUZZZKDGDVVDKIU

Ted Croner, Taxi, New York, 1947-48 © Catherine Croner, courtesy Howard Greenberg Gallery, New York

7 OCT. 2020 10 JAN. 2021

ENTRÉE LIBRE

#DestinationCulture

montpellier.fr/pavillon-populaire

AP EXPO NY SCHOOL - 99 x 135 - TRIBUNE JUIVE - 09 20 20 CJ.indd 1

16/09/2020 14:47


16

LIVRES

“ISRAËL SUR SA TERRE. CE QU’EN DISENT LES PALESTINIENS” DE JACQUOT GRUNEWALD Par SARAH CATTAN

O

utre que l’auteur est ... rabbin, outre que l’Histoire n’est pas mon domaine, ne voilà-t-il pas que Jacquot Grunewald est le Fondateur de Tribune juive, qu’il dirigea longtemps, et de main de maître. Ne voilà-t-il pas encore que la simplicité et l’humour, la délicatesse, l’indulgence, l’humilité faits Homme, m’appelèrent un jour pour se présenter à moi et ... m’envoyer ledit ouvrage. «Allo, c’est Jacquot. Jacquot Grunewald».

Alors voilà, cher Jacquot, comment j’ai compris votre dernier-né: une offre de paix. D’égal à égal. La rancoeur vous étant étrangère. L’Humanisme vous caractérisant. Terre promise, disent-ils pour déterminer la Terre d’Israël. Mais pour Jacquot Grunewald, que les choses soient claires : Ce n’est pas au nom de la Promesse que les Juifs ont fait valoir leurs droits : ils l’ont fait parce que leur Terre est inscrite au cadastre. Et de citer ces copies du cadastre, écrites sur des rouleaux de parchemin, appelés depuis les manuscrites de la mer Morte, attestés comme ayant été écrits entre le IIIe siècle av. J.-C. et le premier du siècle chrétien. D’autres manuscrits encore allaient confirmer que les Israélites étaient les maîtres de la terre d’Israël depuis l’antiquité et stipulaient ces terres inaliénables. La Bible l’assurait, cette inscription au cadastre,   depuis belle lurette. Mais la Bible passa de mode, et notre auteur de proposer que ces données fussent réunies dans un Cadastris, lequel réunirait des certi-

ficats d’Isaïe, d’Amos, Jérémie, Ezéchiel… et confèrerait à Israël ses droits. L’auteur entend remettre au goût du jour le trucage de l’Empereur Hadrien, qui substitua, en référence aux Philistins, au nom d’Israël celui de Palestine  : nos civilisations sont marquées par Abraham, le premier Patriarche, auquel sont rivés Israélites, Chrétiens et Musulmans. L’histoire d’Israël a commencé et s’est poursuivie sur sa terre. Et d’aborder le retour des déportés en Eretz-Israël, guidés par les Prophètes du retour, ces inspirés qui répétaient que la Terre d’Israël restait inaliénable dans l’attente de leur retour. Les certitudes des lendemains parleront promesses de planter et bâtir. Les premières prophéties du retour datent de la moitié du VIIIe siècle, écrit Grunewald, l’idée d’une invraisemblable permanence des tribus perdues perdant son statut de fantasme  : quelque 60 millions de personnes[1] pourraient théoriquement se réclamer d’un lien génétique avec l’Etat juif[2]. Dans un chapitre prodigieux intitulé Des Evangiles à Proust via le Coran, le Coran citant la Bible des dizaines de fois, l’auteur montre alors comment l’art dans toutes ses expressions, aidé de la littérature, serviront de relais à la Bible.   Jacquot Grunewald va à présent en venir au narratif et à la propagandes arabes, qui entraînent la remise en question du lien des Juifs

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

à leur terre : Racine, Chateaubriand, Lamartine… et quelques autres sionistes rappelle ce temps où nombre d’observateurs en Europe étaient attentifs au retour des Juifs à Sion, les exhortant à reprendre leur splendeur première : relire Itinéraire de Paris à Jérusalem de Chateaubriand où l’écrivain évoque ces légitimes maîtres de la Judée, esclaves et étrangers dans leur propre pays. Idem pour le Voyage en Orient, tome premier, de Lamartine. Nous y voilà donc, au narratif palestinien en ses cabrioles : On récrit  l’histoire de l’Etat d’Is-


�

+BESFTTFËMBDPNNVOBVU�KVJWFEVH BVOPNEV$POTFJMEBSSPOEJTTFNFOU NFTWPFVYDIBMFVSFVYEFKPJFTFOGBNJMMF EFTBOU�FUEFQSPTQ�SJU�QPVSDFUUF OPVWFMMFBOO�F /FD�EPOTSJFOGBDFËMBCBSCBSJF OFSFOPOÎPOTKBNBJTËMBNCJUJPO EVONPOEFNFJMMFVSPåDIBRVFFOGBOU BMFESPJUEFHSBOEJSEBOTMFSFTQFDUFUFO TFDVSJU� +FGPSNFMFWPFVRVFMB'SBODFQPSUFBWFD GPSDFMFYJHFODFS�QVCMJDBJOFRVJOPVT SBTTFNCMF $FTUNPOFOHBHFNFOUËWPTDÙU�TÞ

� Maison de

En ce dĂŠbut 5781,

Étienne Lengereau Maire de Montrouge

et le Conseil Municipal adressent leurs vœux les plus amicaux et les plus chaleureux à la CommunautÊ juive de Montrouge et à celle de France. Que ce nouvel an soit propice à la concrÊtisation des accords de paix pour que chacun vive dans un climat de libertÊ et de sÊrÊnitÊ.

François Dagnaud Maire du 19e arrondissement de Paris

Reconnu d’utilitÊ Publique HabilitÊ à l’AIDE SOCIALE

Twitter : @FrancoisDagnaud Facebook : Francois Dagnaud *OTUBHSBN!'SBODPJT%BHOBVE

Retraite et de GĂŠriatrie

AU COEUR DU 12ème ARRONDISSEMENT de Paris MÊtro : Daumesnil ou Bel-air Daumesnil Bus : Daumesnil-FÊlix EbouÊ

80, rue de Picpus

DES PROFESSIONNELS DE SANTÉ À VOTRE ÉCOUTE CONFORT, CONVIVIALITÉ, SOIN, BIEN-ÊTRE

SERVICE DES ADMISSIONS À votre disposition pour prÊparer votre installation et rÊpondre à vos questions

0pGHFLQVLQÀUPLHUVDLGHVRLJQDQWV Êquipes hotelière et d’animation vous accueillent dans un Êtablissement au milieu d’un parc de 6 hectares. Nourriture casher et lieu de culte sur place.

CONTACTEZ-NOUS

standard : 01.44.68.72.98 admission : 01.44.68.71.36 mail : admissionsmrg@f-d-r.org internet :www.fondation-de-rothschild.fr


18

LIVRES raël et celle de la Palestine. Les Juifs, peut-on lire, colonisent la … Judée et judaïsent … Jérusalem ! Quant aux Palestiniens, on en fait des Philistins. Voire des Cananéens ! Les manuels scolaires aidant, nulle référence à une présence juive en Palestine avant 1948[3]. Certes le Mouvement islamique en Israël parlait concomitamment de terre de djihad et d’envahisseurs qui la convoitaient. Certes Mahmoud Abbas entendait déposer plainte contre … l’Angleterre devant la Cour Internationale de La Haye pour avoir accordé aux Juifs un foyer national via la Déclaration Balfour de 1917. Le narratif palestinien va jusqu’à décréter, au nom du Coran, (II, 79), que les Juifs ont … dénaturé la Bible. N’est-il pas là une réécriture de l’Histoire, assortie d’un indicible dénigrement des Juifs, Enfants de cochon et autres Fils de singes, ces moins-que-rien qui se piquaient de réclamer un Etat, une réécriture de l’Histoire définitivement catastrophique pour les Arabes de Palestine, pour qui l’idée-même que le Juif cherchât à être un égal était insupportable  : Georges Bensoussan a bien expliqué[4] ce cadre mental duquel émanait l’hostilité arabe à l’idée d’un Etat juif et l’Histoire atteste des massacres de Juifs pour protéger … la Palestine arabe. Tout un chapitre est consacré à La guerre contre les Juifs en Erets-Israël, que l’auteur date d’au moins depuis 1920, et au début de la grande révolte arabe à l’encontre des britanniques et du yichouv, qui amena les Britanniques à fermer aux Juifs, pour calmer ledit monde arabe, les portes de la Palestine. Ce qui porta un coup redoutable au projet sioniste et condamna les Juifs d’Allemagne.

On sait la suite… Dans leur conflit avec Israël, les Palestiniens pensent que le temps joue en leur faveur. Ils risquent de s’y brûler méchamment. Mais le narratif sera sauf, conclut-il. Après de passionnants commentaires historiques, Jacquot Grunewald revient à l’inexorable, cette aliya qui est toujours un retour. Ce peuple a assisté dix-sept fois à la ruine de Jérusalem, et rien ne peut le décourager, écrivit Chateaubriand, évoquant ce petit peuple existant encore dans les décombres de sa patrie. Le chapitre La Shoa aux portes se clôt par une entrée du Grand Larousse de 1925 : La Palestine est aujourd’hui un Etat juif sous le mandat de l’Angleterre. Après-Shoa rappelle l’imposture où l’Israélien est assimilé au Nazi et les tentatives arabes de ce prêtre arabe ou du professeur Dajani Daoudi de casser le tabou en lançant l’idée d’un voyage judéo-arabe à Auschwitz. Dajani Daoudi, traité de vendu et menac é de mort, dut quitter l’Université Al Kuds de Jérusalem… L’auteur imagine alors une Lettre à Ibrahim, son ami Palestinien, lettre par laquelle il lui demande que fussent pardonnées l’absence d’arabesques dans le narratif palestinien ainsi relaté. Mais Trump, ce 6 décembre 2017, parla.  Delenda Israël, clamait-on de partout, pendant que des rockets pleuvaient sur Sdéroth et alentour. Et l’auteur de rappeler la constance de ce refus arabe ou musulman.

Une Commission ad hoc, l’UNSCOP,  recommandant en 1947 de partager la Palestine, exhorta au retour d’un Etat juif souverain, marquait le début de la guerre civile à la seule initiative des Arabes.

Et le voilà irrésistiblement s’adressant à Ibrahim, lui demandant pourquoi ils faisaient de leurs socs des épées et de leurs serpes des lances. Pourquoi ils glorifiaient le shahid, la haine du yahoud, le conjurant de cesser d’appeler à la haine, et de prier pour la paix dans le monde, en attendant ce jour où, depiuis le Kotel, seront jointes les prières de leurs deux peuples.

La Nakba – Pourquoi ? est consacré à cette période.  Le narratif arabe à nouveau convoqué explique ce qu’est ladite Nakba. Les Arabes de Palestine n’ont pas été expulsés, insiste l’auteur, arguments et archives à l’appui, interrogeant et demandant pourquoi les Etats arabes n’exigèrent-ils pas que fût fondé, en Cisjordanie annexée, l’Etat arabe de Palestine. Grunewald répond qu’il eût fallu une tatbia, une normalisation des relations entre Juifs et Arabes, mais que tatbia est un mot tabou et porteur d’effroi dans le narratif arabe.

La voilà donc, la Lettre à Ibrahim, promettant que L’Accord du siècle est aussi une victoire palestinienne. L’adjurant de reconnaître qu’il n’est point d’apartheid en Israël, exhortant à rompre avec ce narratif pernicieux chantant le mépris du Juif, appelant à une idylle entre Gaza et Ramallah, fustigeant le Hamas et ses acolytes, lesquels prônent la destruction d’Israël, reconnaissant les souffrances et dénis de justice produits par la présence israélienne en milieu palestinien : il n’est pas de bonne occupation, mais rien ne permet de traiter les Juifs

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

de Judée de colons. Il faut dire oui à Trump, Ibrahim, écrivait Jacquot Grunewald alors que se décidaient en coulisses Les Accords d’Abraham. Laisser sa place à l’imprévisible, écrivait-il, citant L’Histoire d’Israël d’un Giuseppe Ricciotti. Penser l’impensable. Jouer au shesh besh. Considérez, Ibrahim, les progrès réalisés dans … l’Israël arabe, conclut-il, prônant l’engagement de mettre fin au conflit. Je n’appellerai pas cette œuvre un combat, comme le firent d’autres très bons critiques, mais plutôt une œuvre salutaire, une pierre, que dis-je, un édifice, une plaidoirie difficilement contestable tout en étant humble, aimante, fraternelle, pédagogue, porteuse d’espérance : imaginez tout cela réuni lorsque érudition et humour viennent s’en mêler… [1] D’après le Ministère israélien des Relations avec le judaïsme mondial. [2] Noa Landau, Haïm Lewinson. Haaretz. 28 mars 2018. [3] 2018-2019. Source : IMPACT [4] Bensoussan. Les Juifs du monde arabe – La question interdite. Odile Jacob. P. 15 et suivantes Ce livre de 225 pages paru sur Amazon en version papier ou numérique vous offre de lire gratuitement les premières pages, TJ ayant déjà publié les meilleures…


Damien MESLOT Maire de Belfort et l’ensemble des membres du Conseil municipal de la Ville de Belfort présentent leurs meilleurs vœux de paix, de prospérité à la Communauté israélite de France


20

LIVRES

Moïse de Tetouan, sa mémoire en héritage, de Megorachim à Dhimmis puis à citoyens français Par SYLVIE BENSAID

«

Moïse de tetouan, sa mémoire en Héritage 1492-1962 » aux éditions BOD. Un très bel ouvrage écrit par Sylviane Serruya. L’auteure a accordé une interview à Tribune Juive. Entretien : Tribune Juive : Dans ce livre fort documenté, et très bien écrit, vous décrivez l’histoire de vos ancêtres, mais aussi celle d’une partie du peuple juif ? Sylviane Suruya : En effet, l’histoire de mes ancêtres et plus précisément celle de mon arrière-grand-père Moïse Serruya sert de point de départ et aussi de fil conducteur pour rappeler l’histoire des Mégorachim, ses aïeux chassés en 1492 d’Espagne. Sa biographie sert aussi de prétexte pour évoquer l’histoire de mes ancêtres installés au Maroc, à Tétouan précisément, et qui ont fui de nouveau dans l’Algérie coloniale pour y trouver un avenir meilleur et sécurisé. Elle constitue l’axe central de mon ouvrage auquel se greffent d’autres axes secondaires, d’autres histoires ou d’autres anecdotes qui font revivre des épisodes méconnus ou peu connus de l’histoire juive, comme celles de Hanina Mellul ou de Solika Hatchuel, ou de l’histoire générale du bassin méditerranéen comme celles de la piraterie et ses conséquences. Moïse et ses ancêtres ont eu en réalité un parcours banal, celui des milliers de fugitifs refusant les conversions forcées, les mas-

sacres périodiques, condamnations à mort, les confiscations de biens, les pillages de leur quartier, les impositions fiscales exorbitantes, la condition de soumis, la dhimmitude… Mais ce parcours commun est exemplaire et représentatif de celui de l’ensemble des Juifs expulsés d’Espagne, installés au Maroc puis en Algérie. La vie exhumée de Moïse est rappelée dans un va-et-vient constant entre sa petite histoire personnelle et la Grande Histoire, l’une illustrant et expliquant l’autre. Ainsi ce livre est une fresque historique et sociale oscillant entre la biographie et le récit historique, le roman et le document Tribune Juive : Comment vous est venue l’idée d’écrire un tel livre ? Sylviane Seruya : De suite, après la mort de mon père, il m’a fallu combler le vide laissé par son absence douloureuse. Il m’a semblé aussi que mon père parti, tout son héritage personnel, familial, historique, spirituel se fragilisait et pouvait à son tour s’évaporer et sombrer peu à peu dans l’oubli. J’ai donc voulu rédiger ces lignes pour rappeler son histoire familiale, honorer sa mémoire, lui rendre hommage, le remercier des principes qu’il avait transmis à ses enfants. C’est à la fois un travail de mémoire et de reconnaissance mais aussi d’amour. Et travers lui, je rends hommage à l’ensemble de nos ancêtres grâce auxquels nous existons aujourd’hui et sommes ce que nous sommes.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Tribune Juive : Est-ce par devoir de transmission, pour votre descendance ? J’ai eu aussi le fort sentiment d’être un maillon fragile dans la chaine du temps entre le passé, représenté par mes aïeux, et le futur, représenté par celui de mes petits-enfants. J’ai donc voulu établir ou fortifier la relation entre leur avenir et le vécu familial. Je me suis obligée à réaliser un travail pédagogique pour mes petits-enfants. Je me devais de leur enseigner, transmettre un message et leur passer le relais de la chose familiale. Ils devaient connaître les


21 origines et le passé de leurs ancêtres, ceci afin qu’ils appréhendent au mieux leur futur. Tribune Juive : C’est un véritable travail de mémoire que vous nous offrez. Comment avez vous travaillé pour réunir autant de documents? Sylviane Suruya : Cela a été un véritable travail de patientes recherches généalogiques, familiales administratives, historiques, sociales, mais un travail passionnant. Parfois, à un moment inattendu, un élément surprenant se découvrait et remettait en question une ébauche de reconstitution du passé. Mon point de départ a été l’ensemble des documents familiaux laissés par mon père, lettres, photos, documents administratifs variés, d’état civil, diplômes, coupures de journaux… Ces documents m’ont permis de faire des recherches généalogiques et de retrouver des membres perdus de la famille. Mais très vite ces documents personnels et précieux se sont révélés insuffisants car ils soulevaient des interrogations auxquelles les récits des cousins et petits cousins retrouvés ne pouvaient répondre. Il m’a fallu me rendre dans différents centres d’archives, tels le CAOM (Centre des Archives d’Outre-mer), le CARAN (Centre d’Accueil et de Recherches des Archives Nationales), la BNF (Bibliothèque Nationale Française) pour y trouver des éléments de réponses parfois encore lacunaires. La lecture d’ouvrages d’historiens reconnus et réputés (tels G.Bensoussan, P.Weil,F.Renucci, G. Dermendjan, G. Nahon, M. Ansky, D. Nadjari, Sarah Leibovici, Valérie Assan et bien d’autres..) a aidé à apporter des précisions et éclaircissements Tribune Juive : Vous faites émerger dans ce livre, un personnage Moïse qui est en filigrane, représentatif de l’histoire des juifs d’Espagne, du Maroc et d’Algérie, pouvezvous nous en parler ? Sylviane Suruya : L’ensemble de ces recherches a permis de remonter le plus loin possible dans le temps, en fonction des archives retrouvées et de faire apparaître la figure attachante de Moïse Serruya,né en 1854 à Tétouan et descendant des Mégorachim. La reconstitution de son histoire personnelle et de son parcours exemplaire s’est imposée avec certitude peu à peu. J’ai pu retrouver l’histoire de ses ancêtres, de la famille de son épouse Djemol Katan, de ses enfants décédés dramatiquement, les circonstances surprenantes de sa mort. Avec sa famille, très obser-

vante des traditions judéo-espagnoles, il fuit la Petite Jérusalem, la Tchica Jerusalem, ainsi qu’était autrefois appelée sa ville natale, tant il faisait bon y vivre mais où les conditions de vie des Juifs, devenus dhimmis, se sont fortement dégradées au fil des décennies. Comme des milliers de Juifs venus du Maroc à partir des années 1790, il s’installe en Algérie et à Oran plus précisément en 1855. La destination de la colonie française n’est pas un hasard pour ces immigrés chérifiens : ils veulent profiter du vent de liberté, d’émancipation et de progrès qui y souffle et que représentent les nouvelles autorités de l’Algérie. En cela son histoire personnelle est représentative des Juifs de l’ouest du bassin Méditerranéen. Moïse émerge peu à peu de l’oubli et se transforme en un personnage central du livre. Il devient, malgré sa mort précoce à trente-sept ans, le témoin d’une époque en pleine effervescence que j’évoque. Il observe les changements historiques, sociaux, politiques, économiques, urbanistiques de son temps. Il s’en étonne et rêve d’améliorations. Il vit les mutations de la condition des Juifs dhimmis devenus citoyens français puis la montée de l’antisémitisme pour des raisons électorales et les violences engendrées dans la colonie. Il permet de rappeler les différentes traditions et étapes de la vie juive dans le quartier juif d’Oran, le Derb el Houd ou au Village Nègre. L’histoire de Moïse n’a rien d’original, c’est celle en définitive d’un immigré marocain judéoespagnol, dhimmi devenu d’abord libre mais prolétaire à Oran puis restaurateur et citoyen français. Elle est la représentation de l’ambition et de la réussite des nombreux juifs exilés d’Espagne et du Maroc mais aussi celle des 34 574 Juifs indigènes d’Algérie émancipés par le décret Crémieux en 1870.  — Sylviane Serruya est née à Oran Algérie. Enfant, elle vit l’exil des « pieds noirs ». Elle étudie à l’institut hispanique à paris avant de devenir Professeur certifié d’espagnol à l’éducation nationale. Mariée et mère de quatre enfants, elle est passionnée d’histoire et de généalogie. Elle s’intéresse à l’histoire de ses ancêtres dont elle retrouve les traces et le parcours.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Ce livre est en vente sur internet, directement chez l’éditeur BoD, ou commandé à la FNAC ou encore chez Amazon. Il existe même en version numérique ebook.


22

RÉFLEXION

TOUS JUIFS ? Par YVES MAMOU

U

n dispositif de délégitimation s’est lentement mis en place contre Israël à partir de la fin des années 1960. Les pièces de ce piège idéologique monté contre les juifs – colonisation juive, victimisation musulmane, réécriture de l’histoire, obligation de ne pas se défendre, stratégie de l’enfant mort… - tournent aujourd’hui à plein régime contre les non-juifs en Europe. Les Européens sont progressivement traités de colons sur leur propre sol et de racistes chaque fois qu’ils s’en défendent.

Colonisation. Israël. Le premier coup de pioche contre la légitimité de l’Etat d’Israël a été asséné par un historien de gauche. En 1967, dans un numéro spécial de la revue Les Temps Modernes intitulé « Israël, fait colonial ? », l’historien Maxime Rodinson va affirmer que le retour des juifs au Moyen Orient représente le dernier avatar de la colonisation occidentale. Cette thèse postule que le Moyen Orient est un territoire arabe et musulman et que les juifs n’y ont pas leur place.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Le texte de Rodinson aura une audience considérable dans le monde arabe et dans la gauche occidentale. Traduite en arabe et en anglais, cette thèse sur le colonialisme d’Israël fondera l’engagement politique de plusieurs générations de chercheurs et de militants en faveur des droits des Palestiniens. Maxime Rodinson fut choisi par l’Encyclopaedia Universalis pour rédiger l’article consacré au sionisme. Le succès international de cette réflexion biaisée et faussement érudite a tenu en grande partie au fait que Maxime Rodinson était juif.


23 Au milieu des années 2000, l’accusation de colonialisme contre Israël s’est durcie en raison d’une politique d’implantations (colonies) menée dans les territoires pris à la Jordanie après la guerre des Six Jours. Ces implantations donneront naissance à l’accusation de « colonies de peuplement ». En Europe, tous les pays qui ont largement ouvert leurs frontières à une immigration musulmane se retrouvent dans la même position d’accusé qu’Israël. Des courants islamoracialistes ont pris leur essor qui accusent les Français, Belges, Britanniques … d’être des oppresseurs coloniaux sur le sol même de leur patrie. En 2004, le PIR (Parti des Indigènes de la République), dans son appel fondateur1, a proclamé que  la République de l’égalité est un « mythe » et que « la France a été un État colonial et reste un État colonial ». Pour les indigénistes, les musulmans  et les noirs sont les victimes d’un Etat « raciste et islamophobe ». Aux Etats Unis, Black Lives Matter dénonce la structure économique, culturelle et sociale des Etats Unis comme étant structurellement raciste. Bernard Brochant, ancien ambassadeur, dans une longue réflexion sur l’immigration écrit : « nos » immigrés, au fond, n’en sont pas : ils sont « chez eux chez nous2 ». Matthieu Bock Côté, intellectuel canadien, est encore plus sévère : « la mouvance indigéniste écrit-il considère que la France achèvera son processus de décolonisation lorsque les Français seront des étrangers chez eux3 ».

sirène immobilise les Arabes pour commémorer l’exode de 1948. « Les Palestiniens se sont vu infliger les mêmes douleurs que celles qui ont été infligées aux juifs pendant deux mille cinq cent ans5  » écrira le journaliste Rami Khouri. En 2000, pendant l’intifada, une affiche palestinienne a associé la célèbre image du petit garçon juif polonais les mains en l’air devant des soldats nazis à celle de Mohamed al Durah, mort à l’occasion d’un échange de balles entre Palestiniens et soldats israéliens6 à Gaza. La légende de l’affiche en anglais disait, « The Holocaust repeated ». En 2002, l’activiste palestinien Ghassan Abdallah a expliqué à sa sortie du mémorial juif de Yad Vashem qu’il avait eu un «  sentiment de déjà-vu entre les images du Mémorial et ce qui était arrivé aux Palestiniens7 ». En 2006, le commentateur libanais Jihad al Khazin a expliqué que « les vraies victimes sont les Palestiniens qui ont pris la place des juifs comme peuple dispersé et humilié.8 » Les Palestiniens ont expliqué ensuite qu’ils ne reconnaitraient la Shoah que quand les Israéliens admettraient avoir infligé aux Arabes de Palestine un dommage équivalent à celui que les nazis leur ont infligé.

La victimisation : la victimisation est au fondement de la revendication politique et militaire des musulmans palestiniens mais aussi des islamistes en Europe.

En Europe, la victimisation des musulmans a été montée de toutes pièces par la gauche. Pour éviter de sombrer avec feu-l’Union soviétique, la gauche s’est dépêchée de remplacer le héros prolétarien blanc par la victime basanée. En France, la figure du musulmanvictime-unique-du-racisme a commencé d’émerger sous François Mitterrand au milieu des années 1980. Avec SOS Racisme (fondé en 1984 et piloté en sous-main par le PS), le musulman a cessé d’être un migrant économique ou un beur au chômage pour devenir une « victime ».

Israël. L’idée des Arabes de Palestine de présenter leur exil comme une souffrance qui surpasse en intensité celle que les nazis ont infligée aux juifs - « le plus grand crime jamais commis dans l’Histoire4 » - a pris forme progressivement. Au début des années 1950, les Palestiniens ont réclamé que la communauté internationale les indemnise tout comme les Allemands avaient indemnisé les survivants de la Shoah. En 1961, quand Israël a ouvert le procès Eichmann, les Palestiniens ont réclamé un tribunal spécial pour juger les crimes commis par Israël. Le 15 mai 1998, sur le modèle du Yom HaShoah (jour de la Shoah), Yasser Arafat a proclamé une Journée nationale du souvenir de la Nakba : comme en Israël, une

La victimisation des musulmans structure aujourd’hui si profondément les sociétés européennes qu’en 2015, après les attentats contre Charlie Hebdo et l’Hyper cacher de Vincennes, l’ensemble de la classe politique et médiatique est montée au créneau pour défendre les musulmans que personne – il est important de le préciser -, n’attaquait. Christiane Taubira, Garde des Sceaux, a édicté une circulaire incitant les procureurs à punir sévèrement toutes les personnes qui « attaquaient les religions » (c’est-à-dire l’islam). Manuel Valls a expliqué que les vraies victimes n’étaient pas les journalistes et dessinateurs assassinés, mais les musulmans qui vivent en France une situation d’«  apartheid  ». François Hollande a appelé

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

au « padamalgame », Emmanuel Todd a parlé d’« hystérie contre l’islam », et Edwy Plenel, Vincent Peillon, ex-ministre de l’éducation et une flopée d’experts et d’universitaires ont affirmé que l’islamophobie avait pris la place de l’antisémitisme des années 30. La réécriture de l’histoire. Une vision coloniale de l’Histoire et la revendication victimaire ont pour inéluctable corollaire une réécriture de l’Histoire. Le 15 avril 2016, sur proposition de six États arabes, l’Unesco a coupé les liens du peuple juif avec la terre d’Israël et a rebaptisé avec des noms arabes tous les lieux hautement symboliques du culte juif à Jérusalem (Mont du temple, caveau des Patriarches, tombe de Rachel). Le mur des Lamentations est ainsi devenu « Al Buraq plaza » en référence au cheval de Mahomet. En France, au Royaume-Uni, en Belgique, aux Etats-Unis, en Afrique du Sud, sous l’impulsion de groupes indigénistes soutenus par l’extrême gauche, une « relecture  critique» de l’histoire nationale a commencé … En France, Emmanuel Macron a mis en place une commission chargée d’organiser une journée de repentance en raison des « crimes » commis par la France pendant la colonisation de l’Algérie. Et des militants noirs soutenus par l’extrême gauche blanche déboulonnent les statues de généraux colonisateurs (Faidherbe à Lille) et réclament de débaptiser tous les lycées nommés Colbert ; ce ministre de Louis XIV étant accusé d’être l’auteur du Code noir qui règlementait l’esclavage au XVIIe siècle. Désarmer Israël, Désarmer la police en Europe et aux Etats Unis. A défaut de vaincre Israël sur le plan militaire, une coalition d’Etats arabes associée à une ligue d’ONG droit-de-l’hommiste (Amnesty, Human Rights Watch…) mène un lawfare permanent contre Israël. Le «  lawfare  » ou guerre par le droit peut se définir comme une technique de guerre où le droit devient le moyen d’atteindre un objectif militaire. La définition du lawfare a varié avec le temps, mais son objectif est toujours fondamentalement le même : asphyxier l’ennemi par une avalanche de contraintes juridiques, sans tirer un seul coup de feu.

Dans le cas d’Israël, le lawfare passe par les organisations internationales. « Crimes de guerre », « occupation », « crimes contre l’humanité », « violations du droit international »… sont des termes que les résolutions de l’ONU et ses institutions spécialisées  : UNESCO,


24

RÉFLEXION raciste, forcément raciste.

Depuis la mort de George Floyd, ce noir américain étouffé par le genou d’un policier blanc de Minneapolis, les appels à couper les budgets de la police, voire à supprimer les forces de l’ordre, ont trouvé un écho dans nombre de municipalités américaines. La ville de Minneapolis a par exemple décidé d’attribuer les crédits de la police aux associations locales, à charge pour elles de faire régner l’ordre et l’harmonie. En France, la police ne peut être « défunded  » au plan national, mais localement, le résultat est le même  : des sommes astronomiques sont distribuées aux associations des quartiers dits sensibles, tandis que la police se voit recommander de ne pas s’aventurer dans ces mêmes quartiers. LES MÉDIAS ONT FAIT LE CHOIX DE NE PAS DÉSESPÉRER LA VICTIME ISLAMIQUE La puissance de la victimisation islamique ne peut se comprendre si on ne dit mot des médias – occidentaux – qui portent cette victimisation. Concernant Israël, les grandes agences de presse, les chaînes de télévision et les médias écrits ont fait le choix de célébrer la victime islamique au détriment de toute raison.

Illustration : Richard Kenigsman

OMS (Organisation mondiale de la santé), OIT (de l’Organisation internationale du travail) martèlent de manière incessante contre Israël. Les concepts ont une valeur morale plus que juridique, ils varient d’une résolution à l’autre, mais leur lancinante répétition a une double fonction : elle déforme l’image d’Israël et convainc l’opinion publique internationale qu’Israël agit en Etat hors la loi. Le rapport Goldstone9 est un cas d’école. Rédigé en 2009, à la demande du Conseil des droits de l’homme des Nations unies, le rapport a mis sur le même plan le comportement militaire d’une organisation terroriste, le Hamas, et l’action militaire de l’Etat d’Israël. Etabli unilatéralement (Israël avait refusé de coopérer), les rapporteurs ont conclu que l’opération Plomb Durci menée de décembre 2008 à janvier 2009

contre le Hamas pour faire cesser les tirs de roquettes et de missiles en provenance de Gaza avait généré des crimes de guerre, et même des crimes contre l’humanité. En 2020, la Cour pénale internationale s’est saisie du dossier et a lancé un processus qui devrait tôt ou tard déboucher sur une investigation officielle, avec le risque de condamnations prononcées contre des personnalités militaires et politiques israéliennes. Europe. Les accusations indéfiniment répétées de « racisme systémique  » aux Etats Unis, de « racisme d’Etat » en France sont l’équivalent politique des accusations d’  «  apartheid  », de «  colonialisme  » ou d’usage de «  violence disproportionnée  » lancées contre Israël. Le lawfare en Europe et aux Etats Unis prend la forme d’une mise en accusation de la police

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

C’est à l’automne 2000 que cet invraisemblable biais médiatique a été porté à incandescence. Le 28 septembre 2000, la presse mondiale a fait tourner en boucle une fake news sur le meurtre présumé de Mohamed Al Durah, un adolescent de Gaza, qui aurait été tué par l’armée israélienne. Encore aujourd’hui, nul ne peut dire qui a tué Mohamed al Durah, ni même s’il a été tué. Mais pour les médias, les soldats israéliens ont sciemment assassiné un enfant musulman. L’affaire al Durah « présente de frappantes analogies avec le traitement des prétendus « enfants martyrs », « sanctifiés ou canonisés à l’issue de certaines affaires médiévales de meurtre rituel10  » a écrit Pierre-André Taguieff. Mélanie Philips, célèbre analyste britannique, a affirmé que les médias occidentaux ont unanimement repris la thèse d’un crime israélien en raison d’un «  préjugé meurtrier contre Israël qui est le prisme à travers lequel le conflit du MoyenOrient est habituellement réfracté. Ce scandale a des implications très profondes non seulement pour les médias, non seulement pour le conflit au Moyen-Orient, mais pour le rapport que le monde occidental entretient avec la raison et qui semble devenir de plus en plus ténu chaque jour11 ». En 2006, Shmuel Trigano, historien et philosophe, a écrit que les choix audiovisuels des


25 chaînes concernant le conflit israélo-palestinien ont « réactivé une idée antisémite très archaïque : les juifs tuent des enfants12  ». Richard Landes, historien médiéviste américain, est encore plus violent : « Même si l’enfant est mort à l’occasion d’un échange de coup de feu, accuser l’armée israélienne de l’avoir tué délibérément est une accusation de crime rituel : un garçon chrétien meurt ; les Juifs sont accusés d’avoir organisé le meurtre ; et au nom de ce martyr mort des foules violentes attaquent les Juifs ». Quelques jours plus tard, le 12 octobre 2000, cette presse mondiale, qui a redonné vie à l’archaïque accusation de meurtre rituel, a refusé de diffuser les images de deux soldats israéliens égarés à Ramallah, mis en pièces par une foule arabe en furie. Aujourd’hui, l’absolution que le système médiatique accorde automatiquement aux crimes et violences des Palestiniens a été étendue aux violences commises par les immigrés et les migrants. Les violences commises par les bandes de Maghrébins et d’Africains ne sont jamais désignées comme des violences ethniques et les noms des « jeunes » qui commettent ces violences ne sont jamais rendus publics de crainte nous dit-on de développer le racisme anti-arabe. Le journaliste de Libération Jean Quatremer a reconnu13 sur Arte que son journal avait « francisé » les prénoms de « jeunes » violeurs, auteurs d’une tournante en banlieue. En Angleterre, les médias et les pouvoirs publics ont passé sous silence, dix ans durant, la mise en esclavage sexuel de jeunes filles blanches issues de la classe ouvrière par des gangs de proxénètes pakistanais. En Allemagne, l’antisémitisme des Turcs est systématiquement mis sur le dos de l’extrême-droite blanche. Les médias se sont donné l’étrange obligation de ne jamais désespérer le musulman tout comme dans les années soixante, il convenait de ne pas désespérer Billancourt. IMMIGRATION ET STRATÉGIE DE L’ENFANT MORT Pour que les médias puissent ânonner mécaniquement que les juifs sont des tueurs d’enfants, certaines organisations palestiniennes ont mis au point une stratégie particulière, celle de la prise d’otages. « La stratégie du Hamas est de provoquer Israël en se protégeant derrière des civils palestiniens. Si bien que la riposte d’Israël frappera inévitablement ces civils dont les cadavres seront filmés et photographiés par des troupeaux de journalistes les plus nombreux possibles14 » écrit Matti Friedman, ancien jour-

naliste d’Associated Press en poste à Jérusalem. » Le Hamas sait pertinemment que le gouvernement israélien va réagir à une attaque de son territoire. Il se débrouille alors pour que toute riposte israélienne soit génératrice de dommages collatéraux dans la population civile palestinienne. Ainsi, les images de petits Palestiniens morts feront le tour du monde déchaînant l’indignation des opinions publiques. Alan Dershowitz, célèbre professeur de droit américain, a appelé cette guerre la « stratégie du bébé mort15 ». L’Europe aussi a été victime de la stratégie du bébé mort. Le 2 septembre 2015, le cadavre du petit Aylan Kurdi, né à Kobané (Syrie) a été retrouvé mort noyé sur une plage turque. La photo de cet enfant mort publiée en Une de quasiment tous les quotidiens – sans parler des chaînes de télévision – de la planète, a été le déclencheur en 2015, du plus important mouvement migratoire jamais vécu par les Européens. Grâce au matraquage de cette photo d’enfant noyé, un million et demi de musulmans originaires du Moyen Orient, d’Extrême-Orient et d’Afrique sub-saharienne ont pu tailler leur route en direction de l’Allemagne, sans éveiller le moindre refus des populations d’accueil.

quelle s’est progressivement islamisée et a laissé apparaître sa culture profondément antisémite. Au nom de l’antiracisme et de la victimisation des musulmans, l’Europe a laissé - sans protester - un antisémitisme islamique se développer sur son sol. Il n’est pas interdit de penser que l’Europe a pratiqué, pour la première fois dans l’histoire, un antisémitisme par procuration. Mais ne pas brider la haine du juif peut s’avérer dangereux. Si, comme il est probable, les conflits ethniques vont croissant en France et en Europe, si comme il est probable les tensions vont croissant entre la population immigrée et la population « de souche », alors une nouvelle guerre contre les Juifs aura lieu sur le sol européen… Mais cette fois, dans la catégorie « juif » tous les non-musulmans seront inclus.  1

Gilles Clavreul : "Radiographie de la mouvance décoloniale,

entre influence culturelle et tentations politiques" Fondation Jean Jaurès, 22 décembre 17 2

« Pour une véritable politique de l’immigration », Intervention

de Pierre Brochand, ambassadeur de France, ancien directeur général de la Direction générale de la Sécurité extérieure (DGSE) de 2002 à 2008, lors du séminaire "Immigration et intégration, le 2 juillet 2019. 3

« Non, sire, c’est une révolution », Mathieu Bock-Côté, le Figa-

roVox,12 juin 2020

TOUS JUIFS ?

4

Al Qusari, Harb Filastin, p41. Cité in « From Empathy do

Denial, Arab responses to the Holocaust », de Meir Litvak et

Le destin des Européens sera-t-il de finir en Juifs – c’est-à-dire en étrangers - dans leur propre pays ? Une partie de la réponse a été apportée samedi 13 juin 2020. A l’initiative de la tribu Traoré, une famille de poly-délinquants installée en France, plusieurs milliers de personnes, d’origine africaine pour la plupart, ont manifesté à Paris, contre les violences policières. A leur arrivée, place de la République, les manifestants ont eu la mauvaise surprise de constater qu’une immense banderole déployée sur les toits dénonçait le « racisme anti-blancs » de ces mêmes militants noirs. Cette initiative du groupe Génération Identitaire a été fort mal accueillie. Si l’on en croit Valeurs Actuelles, « ulcérés, les manifestants noirs « antiracistes » ont réagi en criant « Sales juifs ». Le préfet de Police a signalé ces propos antisémites à la justice. Par ailleurs,  des participants portaient des pancartes qui accusaient Israël d›être «  le laboratoire des violences policières16 ». Que les Identitaires blancs soient traités de « Juifs » en France par des antiracistes de couleur… laisse rêveur. Muselée par le souvenir d’Auschwitz, l’Europe blanche a, depuis 1945, renoncé à toute hostilité envers les juifs. Mais elle a encouragé l’immigration musulmane, la-

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Esther Webman, Hurst&Company, London, 2009, p315 5

Jordan Times, 15 mai 1998. Cité in « From Empathy do Denial,

Arab responses to the Holocaust », de Meir Litvak et Esther Webman, Hurst&Company, London, 2009, p312 6

L’affaire al Durah sera examinée plus en détail au chapitre … sur

les médias 7

« A Palestinian at Yad Vashem », Ghassan Abdallah, Journal of

Palestinian studies, Issue 15, 2002 8

Cité in « From Empathy do Denial, Arab responses to the

Holocaust », de Meir Litvak et Esther Webman, Hurst&Company, London, 2009, p315 9

The Goldstone Report - Report of the United Nations Fact

Finding Mission on the Gaza Conflict by United Nations Human Rights Council. https://archive.org/details/TheGoldstoneReportReportOfTheUnitedNationsFactFindingMissionOnThe 10

La nouvelle propagande antijuive, Pierre-André Taguieff, PUF,

2010 11

« The al Durah Blood Libel », Nov 17, 2007, Mélanie Phillips,

aish.com 12

« Guerre, mensonge et vidéo », Shmuel Trigano, Libération, 31

août 2006, repris in « Quinze ans de solitude », Berg International 13

https://www.youtube.com/watch?v=ZZG-7Oj-rIM

14

«What the Media Gets Wrong About Israel», Matti Friedman,

30 novembre, 2014, theatlantic.com 15

«Hamas’ dead baby strategy», Alan Dershowitz, The Washing-

ton Times - Friday, January 16, 2009 16

“Sales juifs” : des insultes antisémites proférées lors de la mani-

festation pour Adama Traoré - valeursactuelles.com, le 13 juin


26

JUSTICE

PROCÈS DES ATTENTATS DE 2015 Par SARAH CATTAN

O

ù étiez-vous, Messieurs les Responsables, alors que “tout” s’écrivait sous nos yeux à tous

J’écris, sachant que TJ publiera un article court et particulièrement percutant : Je suis le procès des assassins de Charlie Hebdo et de l’HyperCacher. Le sort des accusés ne m’intéresse pas. Quant à la souffrance des survivants et proches des victimes, j’en reste déchiré, mais hélas cette déchirure de l’âme ne sera pas allégée par la condamnation des assassins  : Je suis le procès parce qu’en creux c’est le procès de la France, attaque mon ami et collègue Léon Ouaknine. Je suis le procès parce qu’en creux c’est le procès de la France, de l’invraisemblable trahison des élites françaises (intellectuelles, politiques, mé-

diatiques) de la forfaiture généralisée des gouvernants depuis le début des années 70. Et Léon Ouaknine vous parlera de ces Elites fautives. Hier, tard, mon amie Danielle K., Magistrat à la retraite, me parla, elle, de sidération en lisant sur le net les dépositions de 3 personnes qui sont là en qualité de représentants des associations parties civiles  : Les bras m’en tombent, m’écrit cette femme pondérée, On a envie de hurler mais on est muet de sidération, ajoute ce symbole d’exigence appliquée à elle-même mais que cette mensch attend aussi … des “autres”. C’en est trop. Des êtres responsables. Rien de

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

va-t’en guerre. Des êtres de réflexion. Ils ne pouvaient être les seuls à penser de concert, sans qu’en rien nous nous fussions concertés. Alors je voulais … savoir si nous étions nombreux. A ainsi penser. A suivre ce procès. Déchirés. Mais aussi en colère. C’est la page de l’HyperCacher qui se déroule à présent au Tribunal. Mardi des otages ou proches des quatre hommes assassinés par le terroriste islamiste sont venus déposer devant la Cour d’Assises spéciale.  TJ  vous a déjà rapporté le témoignage de Zarie, la caissière. Vinrent ensuite le témoignage de la veuve de Philippe Braham et celui de la sœur de Michel


27 Certes, SOS RACISME ne s’est pas joint au Parquet lorsqu’il interjeta, escorté de ceux qu’on sait : SOS Racisme. La LDH. Le MRAP. Le CCIF, appel de la relaxe dont avait bénéficié l’historien. Le MRAP, lui, était toujours là, représenté par … Pierre Mairat. Le CRIF ? Il était aux abonnés absents quand il s’était agi d’acter, de dénoncer la culture antijuive dans l’islam et chez de très nombreuses familles arabo-musulmanes.

Saada. Poignants, faut-il le dire. Fut auditionné Lassana Bathily, surnommé le “héros de l’Hyper Cacher” pour l’aide précieuse qu’il apporta le jour du carnage. On écouta déposer Rudy, Brigitte, Claire, Jean-Luc, Noémie, et son avocate lut les mots de Sauveur, qui ne parvint pas à venir en personne. Ils décrivaient tous la terreur. L’odeur du sang. Le bruit des tirs de kalachnikov. Les cachettes improbables. Ce congélateur dans lequel ils s’entassèrent, protégeant et réchauffant un bébé. Des images. Yoann, sur le sang duquel ils marchent. Le face à face avec l’ordure islamiste, qui les tient à joue. Qui leur dit pourquoi il était là, pourquoi il tuait. Qui faisait sa prière. Ils racontent l’assaut. Ils racontent l’après. Les séquelles. Leur peur constante. Leur incapacité à être retournés travailler. Leur départ de France. Tous décrivent … une scène de guerre. L’impossible reconstruction. Et puis, successivement, prendront la parole Francis Khalifat, le Président du CRIF. Dominique Sopo, celui de SOS RACISME. Et Pierre Mairat, Président du MRAP. A les voir, et avant même qu’ils ne s’expriment, on se souvient. On n’oubliera jamais  : SOS RACISME. Le MRAP. Qui étaient, lors du Procès Bensoussan, Parties civiles aux côtés du CCIF. Assis, là, sur ce même banc de la XVIIème Chambre, dans un attelage des plus improbables et pourtant bien réel contre un chercheur respecté,  le Directeur éditorial du Mémorial de la Shoah, Georges Bensoussan. La nausée, pour ne pas dire le dégoût, le mépris, à ce souvenir, ne se dilueront jamais  :

Timides. Couards plus précisément. Ils ne montèrent pas au créneau, souvenez-vous. N’oubliez jamais tous ceux qui manquèrent à l’Historien qui, après avoir tiré la sonnette d’alarme en dirigeant le désormais célèbre Territoires Perdus de la République, cita Smaïn Laacher, ce sociologue franco-algérien, en parlant de “l’antisémitisme tété avec le lait de la mère” dans la culture arabo-musulmane et en évoquant, rendez-vous compte, deux peuples qui en France se dressaient, l’un face à l’autre. Souvenez-vous des courageux qui se sont exprimés sur le sujet, d’un Finkielkraut, d’un Bruckner, jusqu’à nombre de musulmans qui eux, savaient où était la vérité.Souvenez-vous de la gêne lorsque fut lynchée et défenestrée Sarah Halimi. De ces regards portés ailleurs. De ces silences assourdissants. Certes Ils étaient toujours là, au premier rang, pour quelque commémoration de Juifs morts du terrorisme islamiste ( qu’ils mirent des années à nommer, au point que le qualificatif est absent des plaques commémoratives ). Mais que firent-ils Dites-moi  ? Lequel de ceux-là prit la tête de quelque manifestation forte qui défendît ce qu’Ils appellent leur Communauté. Ils sont là pour délivrer des condoléances. Des paroles. Des prières. Alors, lorsque Francis Kalifat, au nom du CRIF, vient dire que chaque Juif vit aujourd’hui dans ce statut de victime potentielle du terrorisme islamiste, quand il vient rappeler au sein d’une Cour d’assises  les noms des douze Français juifs, hommes, femmes, enfants et vieillards, assassinés depuis le début des années 2000 au seul motif qu’ils étaient juifs, et surtout lorsqu’il questionne Pourquoi ? Pourquoi n’avons-nous pas su les protéger?, “on” reste … sans voix. Ulcéré de tant d’aplomb.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Alors, lorsque Dominique Sopo, président de SOS Racisme, parle de l’antisémitisme et déplore que le terme revînt très peu dans l’ordonnance de mise en accusation, lorsqu’il parle de juif bouc-émissaire, et conclut mollement en fustigeant un antisémitisme qui abîme la société, (sic), on s’accroche à son siège. Le supplice se poursuit lorsque Pierre Mairat, président du MRAP, parle de  barbarie qu’ont subi les déportés dans les camps. On hallucine lorsque Mario Stasi, Président de la Licra, explique que l’islamisme se nourrit de l’antisémitisme. Comme il est tard. Peut-être trop tard. Comment osent-ils se regarder dans un miroir. Comment affrontent-ils les jours de réflexion précédant Le Grand Pardon juif. Oui Danielle. Un tel cynisme laisse sans voix. Alors on regarde cette génération qui monte. On écoute la déposition de Noémie Madar, la présidente de l’UEJF, qui évoque les militaires présents pour protéger les écoles juives de France, les caméras, la fouille des cartables, mais encore l’alyah des français juifs. On repense à nos dirigeants successifs. A leurs accomodements. Au récent grand écart de notre Darmanin. A la façon d’esquiver de tous ces hommes sensés nous protéger tous. On repense à leur peur. Ils ont manqué à  Charlie.  Ils ont manqué aux Juifs. Ils ont manqué à Clarissa et à ses collègues. Ils ont manqué aux musulmans mécréants. Aux Filles en jupe trop courte. A Mila. A Zineb. Ils ont manqué à la République, offrant quelques militaires en lieu et place de décisions politiques, trop occupés qu’ils étaient à regarder “ailleurs” avec les yeux de Chimène On en rirait presque. Nerveusement. Sauf que chacun sait qu’il est bien tard. Sauf qu’on sait aussi que cette grande menace, elle vise désormais la France dans son entièreté. Tous Juifs  ?  Questionne Yves Mamou dans un article à paraître prochainement. 


28

ISRAËL

RÉPONSE AUX INTELLECTUELS JUIFS. QUE VOUS A FAIT ISRAËL? Par CHARLES BACCOUCHE

U

n groupe d’intellectuels français de confession juive, s’autorise à publier dans Le Monde un «Appel » à l’Etat souverain d’Israël pour qu’il renonce à annexer les implantations de Judée et Samarie et d’étendre sa souveraineté le long de la vallée du Jourdain. Leur support « Le Monde » ne pouvait pas être mieux ou plus mal choisi. On connait l’inclination anti israélienne permanente de cet Organe de propagande. Cet appel serait dérisoire s’il ne révélait pas une dangereuse contamination des Esprits dits éclairés par une idéologie humaniste et complaisante qui signe le déclin de l’Occident. Car, les a-t-on vus, nos Intellectuels, dénoncer les violences faites en Algérie aux défenseurs des droits de l’Homme ? Se sont-ils inquiétés de l’emprisonnement, voire de la disparition de journalistes en Iran, en Chine, en Arabie ? Ont-ils des compétences particulières pour stigmatiser et condamner depuis les bords de la Seine les décisions (non encore adoptées par ailleurs !) par le Gouvernement souverain d’Israël ? Sont-ils citoyens israéliens, votent-ils là bas ? CLERCS DRAPÉS DANS LES « BONS SENTIMENTS »

Cet appel déconsidère des Clercs qui se drapent dans les « bons sentiments » qui révèlent surtout leur soumission à la pensée unique d’un humanitarisme compassionnel en vogue en France depuis que les mots n’ont plus leur vrai sens, depuis qu’un attentat sanglant soulève de l’émotion sans plus, depuis que des « déséquilibrés » attaquent les gens à coups de couteau dans les rues, depuis que les criminels dealers et ennemis haineux de la République peuvent brûler des voitures, caillasser les pompiers et les policiers se voir accusés

de racisme, alors que les émigrés illégaux sont qualifiés de pauvres migrants et sont absous au nom d’une fictive concorde nationale. Le sens et la portée des mots semblent leur échapper depuis que le terme « Colonies » et « Colons » s’est imposé dans la phraséologie occidentale sans référence aux réalités de l’Histoire, comme si on rejouait sans risque les luttes de la guerre d’Algérie dans une bonne conscience universelle. Les valeurs sont désormais inversées. Au nom d’une mièvre repentance et d’une « solidarité » à sens unique, un groupe de personnes connues et dont la haute pensée ne souffre pas de contestation s’autorise à intimer au Gouvernement israélien de ne pas étendre sa souveraineté sur les terres de Cis-Jordanie, découpées par les accords d’Oslo. Ont-ils pesé le mal qu’ils font à Israël, en soufflant sur les braises du volcan proche oriental dans un Journal dont l’hostilité à Israël ne s’est jamais démentie ? Ont-ils mesuré la duplicité des dirigeants palestiniens qui diffèrent sans cesse la proclamation de leur Etat, espérant toujours la destruction d’Israël, par les armes sans succès, par le terrorisme qui fut jugulé, par l’assimilation démographique qui semble stagner ? Ils devraient avoir compris, ces Esprits forts, que les chefs palestiniens et de larges secteurs de la population arabe haissent Israël et rêvent encore de sa disparition. Barghouti, le chef de BDS, (Boycott, Désinvestissement, Sanctions), vient les éclairer par sa profession de foi :BDS n’a pas pour but le boycott pour de belles raisons, mais a vocation à conduire à la disparition de « l’Entité sioniste ».

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Ces intellectuels, parce qu’ils sont Juifs, s’arrogent un droit que personne ne leur a accordé: ils s’immiscent dans la politique d’Israël et hurlent avec les loups qui veulent sa mort. Leur comportement est schizophrène, être Juif ne donne pas l’investiture de s’ériger en Juges d’un Etat dont on ne connaît que les apparences extérieures. Ce n’est pas à Saint Germain des Prés que se décide l’avenir de cet Etat petit, neuf, et menacé. Les israéliens sont dotés de structures démocratiques et son peuple vote pour qui il veut. Il faut « Raison garder » comme en d’autres temps des Esprits censés avaient opposés à J Call des arguments suffisants pour faire taire cette faiblesse qui anime une partie des Intellectuels Juifs de France, lesquels, au lieu de voler au secours de la liberté de pensée et de la dignité, se soumettent aux misères du temps. Ils ont devant eux tant de beaux combats à mener dans un Monde sans repères, empli de violences et de tentations hégémoniques de sectes et de groupes qui ne connaissent ni les délices ni les chemins du dialogue. 

Source : Communiqué de presse du BNVCA. Via René Levy. 21 juin 2020.


29

THÉÂTRE

UNE PIÈCE DE THÉÂTRE BRISE LE TABOU DU BURNOUT : « BIEN NAÎTRE AU TRAVAIL, L’HISTOIRE DE NELLY » DE NORBERT MOUYAL

UN DÉBAT POUR ÉVOQUER SITUATIONS ET CONJECTURES EXCEPTIONNELLES

Le monde de l’entreprise est aujourd’hui encore plus touché suite

à la crise sanitaire et à la présence menaçante de la covid-19. Les actions et les modes de travail doivent évoluer rapidement pour se conformer aux nouvelles normes sanitaires créant des facteurs de stress supplémentaires. Le télétravail, par exemple, est un des éléments qui peut engendrer davantage de stress suite au manque de communication avec ses collègues, créant un dé cit relationnel.

« Avec “Bien Naître au Travail“, je veux œuvrer pour une meilleure qualité de vie au travail en incitant à agir de manière préventive sur les risques psychosociaux (RPS). Les dirigeants, les managers et les collaborateurs peuvent l’utiliser pour lutter contre les maux et même les suicides dus à l’épuisement professionnel. » — NORBERT MOUYAL

A l’issue de chaque représentation un débat est prévu pour échanger sur les solutions concernant la santé au travail, pour une prévention efficace des RPS, tenant compte des nouvelles formes de travail adaptées aux conjectures sanitaires particulières qui préoccupent le monde de l’entreprise aujourd’hui.

Que cette nouvelle année soit remplie de bonheur et de paix

Chana Tova à tous

Pour en savoir plus : Site web : https://www.leburnoutparletheatre.com/ https://www.facebook.com/pg/burnoutheatre/events/

SHANA TOVA

OUMETOUKA

© N.Laverroux

Cette adaptation du livre témoignage d’Aude Selly « Quand le travail vous tue. Histoire d’un burn-out et de sa guérison » (Ed. Maxima) rappelle, avec toute la force de l’impact émotionnel, la réalité des enjeux et la nécessaire prise en compte de l’humain, celle qui impacte tout autant la performance et peut affecter le bien être. Très efficace, et parce qu’elle peut être jouée partout, cette pièce est un puissant outil théâtral au service de la prévention des risques psychosociaux dans chaque entreprise.

À

l’aube du passage à l’année 5781, je souhaite adresser mes vœux les plus sincères à la communauté juive de France et aux membres des communautés d’Enghien-les-Bains et de ses environs. Je forme des vœux de paix pour toutes les communautés juives en diaspora et sur la terre d’Israël, la reconnaissance, le développement des identités dans le respect et la culture de chacun. Que la sonnerie du Shofar réveille la conscience de la responsabilité de chacun pour être des artisans de la paix et de la fraternité. Cette fraternité dont nous avons aujourd’hui besoin dans l’épreuve que nous vivons suite à l’épidémie de la Covid 19. Si de toute épreuve on ne sort jamais indemne, on peut aussi en sortir plus sain et plus performant.

Sylvie Carillon

Maire de Montgeron

Je forme le vœu que la France demeure une terre d’harmonie où triompheront le courage, le bon sens, la tolérance et la solidarité. La France est une terre de richesse et d’énergie porteuse d’espérance pour toutes les communautés. En mon nom et au nom du Conseil municipal d’Enghien-les-Bains, je forme pour tous mes amis juifs d’Enghien-les-Bains et de ses environs des vœux de santé, de prospérité, de plénitude, de bien-être et de paix. PHILIPPE SUEUR, Maire d’Enghien-les-Bains, 1err Vice-président du Conseil départemental du Val d’Oise

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

nnonce 2020.indd 1

02/10/2020 16:31:13


JUSTICE

30

DUPOND-MORETTI. OUI ON PEUT DÉFENDRE UN TERRORISTE ET ÊTRE UN BON MINISTRE DE LA JUSTICE Par SARAH CATTAN

A

entendre et à lire certains, hier, c’était un pote de Merah qui venait d’être nommé à la Justice. Quant à l’USM, sa Présidente, Céline Parisot, parla carrément, à l’annonce de ladite nomination au poste de garde des Sceaux, de … déclaration de guerre à la Magistrature : “Nommer une personnalité aussi clivante et qui méprise à ce point les magistrats”, a-t-elle vilipendé, dénonçant, à travers sa nomination, un “mépris le plus total pour la Justice”. Et bien sûr la dirigeante du RN se mêla aux vociférations en voyant “arriver Place Vendôme ce militant d’extrême gauche” qui s’était en 2015 prononcé pour l’interdiction du Front national, ce parti “non républicain”, mené par un Jean-Marie Le Pen étiqueté par l’avocat comme “raciste depuis toujours  : C’est une petite entreprise qui fonctionne pas mal: lui s’est occupé des juifs, elle s’occupe des musulmans”, avait-il conclu. IL A DÉFENDU LE DIABLE

Eric Dupond-Moretti, en effet, a défendu le diable. Et pas qu’une fois: Souvenons-nous d’une certaine … boulangère… Son combat pour Abdelkader Merah, Il le perdit – fort heureusement- et se révéla à l’occasion un brin mauvais perdant, allant jusqu’à déclarer que … “le procès de Nuremberg avait été plus digne que celui-là”. UN PROCÈS INÉDIT. UN PROCÈS HISTORIQUE

Durant ce procès fleuve, les media, comme ils en ont l’usage, ne s’étaient, intéressés qu’à lui, dédaignant l’enjeu pourtant historique d’un procès inédit : une décision qui ferait juris-

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020


31 prudence après qu’eût été actée et largement punie la notion de responsabilité, fût-elle intellectuelle, dans un des dossiers terroristes les plus accablants qui fussent. Un verdict qui fera date dans l’histoire judiciaire de la lutte contre le terrorisme et permettra d’appréhender plus sereinement les procès à venir, qu’ils concernent les terroristes du Bataclan ou ceux du carnage de Nice. Un verdict qui nous donna à croire qu’il existait une justice capable de se renouveler et de juger le doctrinaire pour avoir enseigné et donc aidé l’exécutant. Durant ce procès, si tous les avocats des Parties civiles furent excellentissimes, soudés autour de celui qui se révéla une Valeur Ajoutée, – j’ai nommé Francis Szpiner-, Lui, EDM, en fit trop, et la chose ne réussit jamais : il outrepassa odieusement les limites de la décence en déclarant face à la méprisable Zoulikha Aziri qu’elle aussi était une mère qui avait perdu un enfant, oublieux de la présence au Palais des mères de Myriam, Arié, Gabriel, Abel, Mohamed, Imad, Jonathan, Loïc. Il crut bon enfin de déclarer qu’il était “fier” de défendre un Abdelkader Merah, frère du jihadiste toulousain, lui qui avait déjà, par le passé, été clair sur le sujet, mais avec pédagogie, déclarant  : “Je pourrais défendre un négationniste, s’il ne me demande pas de défendre le négationnisme.” ACQUITTATOR, BRILLANT, UN RIEN CABOT, Ô COMBIEN SANGUIN, GAGNERA À ÊTRE CONNU

Il est là, le souci de le celui qu’on surnomme “Acquittator”, le “Ténor”, mais encore la “Terreur du Palais”, brillant avocat s’il en est, mais un rien cabot, sanguin de tempérament, flirtant avec les media, aimant à dire à ses contempteurs qu’il était un salopard et un héros, les deux en même temps, comme tous les êtres humains, un mélange de bon, de mauvais, d’ombre et de lumière. Fervent défenseur des libertés publiques, il est celui qui dénonça la République des juges, cette “clique, gardiens autoproclamés de la morale publique et qui s’autorisent tout au nom de l’indépendance”, les dérives de la justice et notamment “ces méthodes de barbouzes”, “les folies de notre époque”, et le controversé Parquet national financier qui avait épluché ses factures téléphoniques détaillées comme celles de plusieurs autres avocats pour tenter d’identifier une taupe dans l’affaire dites des écoutes: à ses yeux, la séparation des pouvoirs législatif et judiciaire aurait dû interdire au PNF de mener l’enquête Fillon par exemple :

ce grand défenseur de la présomption d’innocence s’était déclaré à propos de ladite affaire “estomaqué par la célérité de l’enquête.” S’étonnant de voir des documents divulgués, il en a aussi à l’encontre des “journalistes procureurs”, qualifie de “staliniennes” les méthodes de Médiapart, raille “l’hystérisation du débat féministe”, “les hypocrites du cinéma comme Adèle Haenel, qui dénonce Polanski alors que son auteur préféré est Céline.” Prônant un “grand ménage”, assorti d’un “système de responsabilité des juges, parce que les juges ne sont pas responsables de ce qu’ils font aujourd’hui.” On le voit, entre relations tendues avec la magistrature et connaissance du terrain et des difficultés du système judiciaire, le ténor du barreau divise.

On les appelle … Les Avocats du Diable: ils ne se cachent pas derrière “la clause de conscience” C’est à propos de Sven Mary et Frank Berton, lorsqu’ils annoncèrent avoir accepté de défendre celui qui était soupçonné d’être impliqué dans les attentats les plus meurtriers que la France ait jamais connus, Salah Abdeslam, que je vous avais en mai 2016 parlé de ceux qu’on appelait dans le jargon Avocats du Diable. Sven Mary n’avait pas fait exception et lui que la presse belge avait baptisé “l’avocat des crapules” fut alors promu “avocat du diable“[1]. Le pénaliste belge désormais aussi célèbre et honni que son client, vilipendé sur les réseaux sociaux, considéré comme  “l’avocat qui allait se faire du fric sur le dos de nos morts”, celui qui fut agressé physiquement à l’instar des crachats que reçut Maître Dupond-Moretti au sortir du Tribunal, trouva, pour l’ épauler, Frank Berton, un avocat lillois. Un pénaliste capable, comme lui, alors que la charte de déontologie inclut  une clause de conscience permettant de refuser un dossier quand la cause heurte trop leurs convictions pour bien défendre l’homme, de défendre des criminels contre l’humanité, des tueurs d’enfants, des terroristes politiques, et puis là des Salah Abdeslam, comme d’autres se positionnèrent avocats d’un Landru, d’un Patrice Alègre, et encore d’un Patrick Henri jugé indéfendable par la corporation, jusqu’à ce que Maître Badinter s’y collât, rompant toute tentation d’amalgame entre le  client  et

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

son Conseil. Il s’y colla, parce qu’il avait fait de l’abolition de la peine de mort la cause de sa vie, alors qu’un Jacques Vergès, avocat de Klaus Barbie aux assises de Lyon en 1987, de Pol Pot ou Slobodan Milosevic, s’était spécialisé dans les causes indéfendables, expliquant qu’il n’était pas l’avocat de la terreur, mais l’avocat des terroristes  et établissant un distinguo entre le crime et son auteur. LES DÉFENDRE TOUS

Les défendre tous donc. En 1998, Maître Francis Vuillemin n’avait que 26 ans lorsqu’il plaida pour Maurice Papon, expliquant qu’un avocat qui refusait un dossier n’en était pas un. C’était comme un chirurgien à qui on amènerait un homme éventré et qui déciderait de ne pas l’opérer parce qu’il aurait une sale tête ou serait une crapule[2]. Les défendre tous ? Et donner raison à Jacques Vergès qui prétend qu’il aurait défendu Hitler. Qui nous explique que  ce sont les gens dits indéfendables qui ont besoin d’être défendus[3]. Qui revient sur le procès Barbie en ces termes  :  Si les tueurs en série nous fascinent, c’est précisément parce que en dépit de leurs crimes atroces, ils restent à notre image. Qu’estce qui en somme sépare un tueur à la chaîne du plus honnête des contribuables ? Un détail infime, un fétu de paille tout de suite envolé et qui cependant constitue pour la plupart d’entre nous une barrière infranchissable : le passage à l’acte, ajoutait-il dans  Les Sanguinaires[4]  , et qui précise, concernant les terroristes : Les poseurs de bombes sont des poseurs de questions. Jacques Vergès, symbole de l’avocat qui défend, si on l’appelle, toute personne qui se retrouve devant un tribunal. Qui qu’elle soit.  Sinon, nous explique-t-il,  l’avocat n’est plus avocat : il devient juge, et ce sans aucune légitimité. Défendant donc ce que l’humanité fait de plus horrible, de plus détestable, de plus écœurant, de plus condamnable, défendant Klaus Barbie parce que là est son métier et n’étant pour cela ni un nazi en puissance ni un antisémite refoulé[5]. Rejoint par celui qui aujourd’hui est Ministre de la justice, Eric Dupond-Moretti donc, qui précisa qu’il défendrait un négationniste s’il le lui demandait. Sauf s’il lui demandait de défendre le négationnisme, et ajoutant : Je défends des Hommes, pas des causes. C’est que certains doivent bien le faire, le sale boulot…  Et il nous faut donc avec Créon répondre à Antigone  :  Il faut pourtant qu’il y


32

JUSTICE en ait qui disent oui. Il faut pourtant qu’il y en ait qui mènent la barque. Cela prend l’eau de toutes parts, c’est plein de crimes, de bêtises, de misère… Et le gouvernail est là qui ballotte. L’équipage ne veut plus rien faire […]  Croistu, alors, qu’on a le temps de faire le raffiné, de savoir s’il faut dire « oui » ou « non », de se demander s’il ne faudra pas payer trop cher un jour et si on pourra encore être un homme après ? On prend le bout de bois, on redresse devant la montagne d’eau, on gueule un ordre et on tire dans le tas, sur le premier qui s’avance. Dans le tas ! Cela n’a pas de nom. […] C’était peut-être celui qui t’avait donné du feu la veille. Il n’a plus de nom. Et toi non plus, tu n’as plus de nom, cramponné à la barre. Il n’y a plus que le bateau qui ait un nom et la tempête. Est-ce que tu comprends cela ? […] Pour dire oui, il faut suer et retrousser ses manches, empoigner la vie à pleines mains et s’en mettre jusqu’aux coudes.  Face à Antigone la rebelle, celle qui dit  non, Créon représente celui qui dit  oui, qui accepte de faire le  sale boulot  parce que c’est son rôle et qu’il faut bien que quelqu’un le fasse. Les défendre tous. Choisi ou commis d’office. Faire corps avec eux. C’est ce que pense aussi Maître Jean-Yves Liénard[6], qui n’envisage pas son métier autrement  : Je crois que je n’ai jamais vu de salopard absolu. Le type n’est jamais à la hauteur de son crime. Il est souvent petit, veule, lâche… Tout le travail de l’avocat consiste à lui rendre son humanité. Julie Brafman[7]  résuma fort justement ce débat en posant la question de la ligne de défense du client : Pouvait-on porter par exemple la voix de Salah Abdeslam s’il revendiquait ses actes ? Il était là, le vrai cas de conscience de l’avocat : défendre le diable sans pour autant devenir son instrument. La plupart du temps, l’avocat pénaliste défend des coupables qui reconnaissent les faits. Il nous explique que la culpabilité n’est que la moitié de l’objet de l’audience, l’autre moitié étant la peine. Sur Le Journal d’un Avocat, blog créé en 2004, le pénaliste qui signe  Eolas explique que la morale n’a rien à voir ici : L’avocat est un juriste, un procès est une affaire de droit, et uniquement de droit. Pas de morale. Ce n’est pas moi qui le dis. A mon premier dossier d’assises, le président m’a sèchement coupé la parole quand je me suis avancé sur le terrain de la morale en me disant « Maître, nous ne sommes pas ici pour faire de la morale, mais du droit ». J’ai retenu la leçon.

Mais où placer la morale ? En constante évolution et différente selon l’endroit et la culture, il est très délicat de l’invoquer. Pourtant, il faut bien accepter que les lois sont faites sur la base de la morale et que si le code civil est certes Napoléonien, l’Eglise fut très influente dans l’adoption de certains textes. Donc la loi, rien que la loi. Cette loi qui dit que l’innocence est présumée, et que c’est au Ministère Public qu’il appartient d’apporter la preuve de la culpabilité, et non à l’accusé de démontrer son innocence. Cette loi qui explique quand et pourquoi une procédure sera frappée de nullité, amenant alors le tribunal à relaxer,  puisque l’Etat doit sanctionner celui qui ne respecte pas les règles qu’il édicte, mais à la condition qu’il respecte lui-même ces règles et que donc une nullité assez grave pour affecter toute la validité des poursuites constitue une violation flagrante et irrattrapable de ces règles. CELA S’APPELLE LA DÉMOCRATIE

Rappelons encore qu’un des piliers de la Démocratie est le fait que la règle est la même pour tous et que la légitimité de la règle juridique réside justement dans le fait qu’elle a été acceptée par le plus grand nombre : cela s’appelle la Démocratie.  Si elle a été acceptée, c’est qu’elle convient au plus grand monde. Au final, donc, le juge dira le droit. Le droit n’est pas exempt de morale, car le législateur, quand il légifère, est le plus souvent inspiré par des préceptes moraux et se réfère à sa conception du juste pour déterminer quelle solution devra apporter la loi. Enfin deux textes dont le contenu est essentiellement moral existent en droit positif :  la Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen de 1789 et la Convention Européenne des Droits de l’Homme de 1950, deux textes qui ont une autorité supérieure à la Loi et sont protégés par Le Conseil Constitutionnel et La Cour Européenne des Droits de l’Homme  : Comment dès lors dire que la morale est absente du droit. Alors, soit : professionnellement il est irréfutable, cet argument qui permet de proclamer que le pénaliste qui défendra Salah Abdeslam ne fait que son métier et qu’il est donc un bon professionnel. Mais alors l’homme  ? Pas l’avocat, non, juste l’humain en vous? Celui qui le matin devant le miroir se rasera en s’interrogeant. Forcément. Celui qui ira réveiller son enfant, qui croisera ce regard clair, qui déjeunera avec les siens, en écoutant les news à la radio, celui qui

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

se mettra au piano, qui invitera ses amis à un barbecue, cet homme comme nous en somme, comment le réalisera-t-il cet équilibre fragile au point d’en être impossible, cet équilibre entre l’homme le père l’ami l’amant, et le pénaliste qui va défendre un monstre, le pénaliste qui aura à croiser au Tribunal les regards des survivants, celui des parents de victimes. LES DÉFENDRE TOUS

J’avais, en mai 2016, demandé à Sven Mary, lui qui se réclamait d’un Robert Badinter, lui qui avait défini ses limites, expliquant que si chacun avait droit à une défense, il y avait des causes qu’il n’aurait pas pu assumer, comme la défense des nazis, son grand-père ayant été déporté. Même chose pour les négationnistes, les racistes, les fascistes, comment il allait faire. Comment allait-il faire s’agissant de ce terrorisme qu’il avait qualifié de dernière génération, ce terrorisme duquel il avait dit fort justement que  ses habits idéologiques étaient plus que légers, comment allait-il faire alors que son collègue et ami Christophe Marchand, après avoir défendu pendant un an plusieurs Belges musulmans partis combattre en Syrie, avait décidé d’arrêter de défendre ceux qu’il qualifia de criminels de guerre, ajoutant qu’il était effrayé par le discours, le lavage de cerveau dont avaient été victimes ces types, et les crimes de masse auxquels ils avaient participé. Concluant qu’il ne voulait plus participer à leur défense[8]. Je lui avais demandé comment il allait faire après nous avoir expliqué que ce n’était pas la Cour d’Assises de Paris qui devrait juger ces gens qui ont commis des actes de guerre, mais une Cour Pénale Internationale. Et comment


33 Chennouf. Que jamais on ne nous re-serve les insupportables sentiments d’honneur et fierté à défendre ces assassins, même si l’honnêteté consiste à citer le ténor, qui, évoquant sa présence aux côtés d’Abdelkader Merah, crut devoir rappeler “qu’il n’y avait pas eu mille avocats qui s’étaient bousculés au portillon pour le défendre. Que c’était pour lui un risque, mais qu’il trouvait que c’était un honneur pour un avocat d’être là, à ce moment-là, dans cette difficulté-là.”

allait-il faire pour défendre ce client qu’il prétendait à juste titre mépriser et dont il déclara qu’il n’était rien qu’un petit con de Molenbeek issu de la petite criminalité, plutôt un suiveur qu’un meneur, avec l’intelligence d’un cendrier vide, qu’il était d’une abyssale vacuité, l’exemple parfait de la génération GTA -Grand Theft Auto[9]–  qui croyait   vivre dans un jeu vidéo. Finissant que lui et ses copains avaient réussi à rendre antipathique toute une religion : Je lui ai demandé s’il avait lu le Coran, ce que j’ai fait, et il m’a répondu qu’il avait lu son interprétation sur Internet. Pour des esprits simples, c’est parfait, le Net, c’est le maximum qu’ils puissent comprendre.  Comment allait-il faire, Sven Mary, pour  représenter celui qu’il appelait le petit Rebeu. Il avait adopté, répondit-il,  une stratégie  : en faire un repenti.  Sans doute lui restait-il à nous redire à tous, comme le fit Maître Frank Berton, que le procès, c’était pour expliquer les choses, sinon on n’avait qu’à dresser la guillotine.Nous redire encore et encore que défendre un Salah Abdeslam ou un Abdelkader Merah “c’était prouver que nous n’étions pas dans un état totalitaire, et que nous vivions, fort heureusement, dans un État de droit, dans une République, dans une démocratie, et que la volonté de défendre un Salah Abdeslam ou un Abdelkader Merah reposait sur ces fondements que chacun avait le droit à une défense.”[10]

verdict historique l’envoyant en geôle. Comme elle était forte alors cette tentation de leur rétorquer avec Churchill que la démocratie était le pire système, à l’exception de tous les autres.Sans doute avions-nous compris que ces avocats, ces Créon, permettaient la pérennité d’un système judicaire juste dont nous ne pouvions qu’être fiers. Sans doute encore était-ce acceptable …  en théorie. C’était juste dans la pratique que nous avions bien du mal. Alors nous nous répétions qu’il fallait en effet une Justice égale pour tous, faute de quoi elle deviendrait vengeance, et irait même jusqu’à encourir le risque de perdre son essence : faire tampon entre la répression nécessaire du crime commis et le désir de vengeance si inutile mais si compréhensible de la victime ou de ses proches, voire de toute une société. Et lorsque nous essayerions de nous souvenir avec Montesquieu qu’une chose n’était pas juste parce qu’elle était loi, mais qu’elle devait être loi parce qu’elle était juste[11], nous nous étions promis de ne jamais oublier, avec Cioran, que le fanatisme était la mort de la conversation. Qu’on ne bavardait pas avec un candidat au martyre. Avec quelqu’un qui refusait de pénétrer vos raisons et qui, du moment que l’on ne s’inclinait pas devant les siennes, aimerait mieux périr que céder… [12] LES DÉFENDRE TOUS. AVEC UN ZESTE DE DÉCENCE

LES DÉFENDRE TOUS

Mai 2016. Avril 2019, lorsque se déroula l’appel du procès Merah et avant que fût rendu le

Tout cela pour exhorter à un zeste de décence. Que plus jamais on ne nous vende le deuil d’une Zoulikha Aziri devant une Katia

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Qu’on se souvienne plutôt des mots de la plaidoirie d’EDM, on ne devait pas traiter Abdelkader Merah comme il l’aurait été dans un État islamique, sans avocat, lapidé. Que si l’on condamnait un homme sans preuve, fût-il un islamiste radical de la pire espèce, on oubliait que ce qui distinguait la civilisation de la barbarie, c’était la règle de droit. Qu’on fasse, en somme, œuvre pédagogique : chacun a le droit au meilleur défenseur.  [1] La dure loi des avocats du diable, Julie Brafman, Libération, 27 avril 2016. [2] MCETV.fr, 30 avril 2016. [3]   Interview Jacques Vergès, Le Télégramme, 2009.

[4] Les Sanguinaires, Jacques Vergès, Editions Michel Lafon, 1992. [5] Julie Brafman, op. cit. [6] La dure loi des «avocats du diable», Libération, Julie Brafman, 27 avril 2016. [7] Julie Brafman, journaliste à France Inter et Libération, réalisatrice de Faites entrer l’accusé sur France 2. [8] Sven Mary: «Comme si j’étais Abdeslam», Libération, par Jean Quatremer, 26 avril 2016. [9] GTA, Série de jeux vidéo créée par Davy Jones et Mike Dailly, puis par les frères Dan et Sam Houser, Leslie Benzies et Aaron Garbut. [10] BFM TV, 27 avril 2016. [11]  Montesquieu, Cahiers, I, Principes de législation, Textes recueillis et présentés par Bernard Grasset, Paris, 1941, page 393.


34

FÊTES JUIVES **********

SOUCCOT : CONSTRUIRE LA SOUCCA DE LA PAIX Par NOGA BAR NOYE

C

ette année 2020 en Israël, c’est devenu une habitude, nous passons les fêtes confinés ! Alors que Souccot est une fête où nous recevons des invités et où nous nous réunissons, cette année pourtant, les restrictions imposées en limitent la portée. S’il existe un fort désir d’être ensemble, la pandémie du Covid-19 nous en empêche et nous force même à rester avec nous-mêmes, face à nous-mêmes, et nous pousse donc à continuer à nous poser des questions sur le sens de la vie et de revisiter les valeurs en lesquelles nous croyions.

A cette fin, la fête de Souccot est une opportunité de remettre en avant les valeurs d’hospitalité, de convivialité, d’amitié, d’union, du vivre ensemble et de paix en en inversant leur importance dans nos vies, elles sont replacées au-dessus de notre tête, symbolisé par le toit de la Soucca. Ce qui était dénigré, méprisé reprend sa place, la première. Souccot, nous aide également à comprendre que « tout est vanité » car la pandémie n’épargne personne. Il s’avère néanmoins « qu’il y a un temps pour tout », il semblerait que le moment soit venu d’admettre que nous sommes tous égoïstes et que l’égo en lui-même n’est pas une mauvaise chose, mais c’est son utilisation qui l’est, nous le voyons de plus en plus chaque jour, avec des conflits armés qui éclatent faisant prévaloir des intérêts égoïstes au détriment du bien-être des peuples, victimes de la « folies des grandeurs » de leurs dirigeants.

Ce changement serait de commencer par comprendre que le seul moyen d’être heureux est de changer notre nature en aimant notre prochain comme nous-mêmes, et cela commence précisément par un rapprochement des cœurs. Le confinement est donc une opportunité de renforcer notre union des cœurs sans se concentrer plus qu’il ne le faut sur la matérialité. Bonne fête ! 

Si nous voulons construire la Soucca de la paix, celle de David, qui couvre non seulement Israël mais toute l’humanité, un changement mondial s’impose et il commence par Israël.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020


35

ISRAËL

1909, 4 HECTARES DE DUNES DE SABLE

TEL AVIV, LA COLLINE DU PRINTEMPS

Une centaine de personnes participent à une loterie pour diviser un terrain de 4 hectares de dunes de sable…

NOTRE PALESTINE Par CHARLES ROJZMAN

C

e que les européens et les français en particulier ne comprennent pas, c’est que la haine de la France, l’esprit de revanche et de victimisation, portés par des minorités de l’immigration maghrébine et subsaharienne aujourd’hui est identique à la haine, à l’esprit de revanche et de victimisation portés par une assez grande partie des palestiniens à l’encontre d’Israël et que ce qu’ils appellent résistance à l’occupation là-bas est très proche de la résistance à l’occupation des territoires perdus de la République, en France et un peu partout en Europe occidentale qui se manifeste de plus en plus par toutes sortes d’intifadas contre les institutions républicaines et de nombreuses agressions contre les personnes. Ce qu’ils ne voient pas non plus c’est que la violence interne des quartiers entre bandes, entre clans et dans les familles est identique ici et là-bas.

Comme toujours les idéologies et les propagandes empêchent de voir le réel et créent une pensée aveugle qui rend totalement impuissant à comprendre les événements et à trouver des solutions à des problèmes qui paraissent ainsi insolubles. 

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Ce terrain deviendra la ville de Tel-Aviv, destinée à désengorger la surpopulation de Jaffa (1909) - Premier maire : Dizingoff

V I L L E

D E

B O U L O G N E - B I L L A N C O U R T

Pierre-Christophe Baguet

Maire de Boulogne-Billancourt Premier vice-président des Hauts-de-Seine Président de Grand Paris Seine Ouest

et le conseil municipal sont heureux de présenter à la communauté juive de France et de Boulogne-Billancourt leurs voeux les plus sincères pour l’année 5781. SHANA TOVA OUMETOUKA


36

TRIBUNE

« PEUPLE ÉLU ? » Par ANTOINE DESJARDINS

Merci à A. Finkielkraut d’être « aussi bien  » français, lui qui, si on en croit les mauvaises langues, ne devrait avoir d’allégeance qu’à son peuple d’origine, le peuple élu. La calomnie antisémite a fait prendre cette expression pour une injure, alors que tout peuple digne de ce nom devrait, pacifiquement, se croire pressenti par l’Histoire pour accomplir de belles et grandes choses en préservant jalousement sa culture, ses affiliations, ses mœurs, sa «  langue », ses préférences et mêmes ses répugnances. Le racisme n’a rien à faire avec le sentiment de soi et la volonté naturelle de préservation de son être : ce n’est sûrement pas un Lévi-Strauss qui me donnerait tort.

A

supposer même que les juifs se prennent pour le peuple élu, cela ne me gênerait nullement. S’imaginer élu, quel meilleur moteur pour aspirer à l’excellence ? Si j’en juge par les résultats scolaires de la France, le QI moyen qui tombe, la baisse des exigences scolaires et universitaires, la veulerie et l’individualisme exacerbés, l’incapacité à connaître et reconnaître son héritage et son histoire, à connaître et reconnaître le poids de la dette symbolique, à quoi s’ajoutent les exercices interminables d’auto-flagellation et de haine de soi, l’incapacité à faire corps et même faire bloc (due aux traitres de l’intérieur et aux trahisons politiques), le laxisme sans fin des institutions, l’impotence et la lâcheté d’élites boutiquières et incultes incapables de remonter le plus léger courant contraire au mouvement de globalisation forcé (le prix en est la dissolution de la souveraineté), je me dis qu’il serait temps plus que jamais de se dire « peuple élu et solidaire » pour faire de grandes choses, avec les autres nations européennes amies, certes, mais en tenant fermement notre propre drapeau. Drapeau devant nos amis, étendard et étendards face à nos ennemis. Car les ennemis ne manquent pas, qui nous l’ont fait savoir.

Être élu n’implique aucun sentiment de supériorité mais la certitude d’être une grande nation, ce qui peut porter à des responsabilités immenses ou être générateur de sacrifices. Il faut sortir de la pénitence et renouer avec la fierté et la vertu. La vertu étant avant tout une force. Le nationalisme de 14-18 qui a pu « être » effectivement la guerre (la parole fameuse de Mitterrand) doit être remplacé par un romantisme patriote qui n’est pas de gloriole mais qui, comme le dit Simone Weil, est « amour de quelque chose de terrestre qu’on ressent comme éminemment mortel et fragile, susceptible d’être détruit et piétiné ». « Ne sommes-nous pas nousmêmes l’autre de l’Autre ? Et cet autre n’a-t-il pas droit lui aussi d’être et de persévérer dans son être ? » dit Finkielkraut. Citation, pour finir, tirée de «La seule exactitude» : « Les jours misérables de l’Europe. L’Europe s’aplatit devant l’islam, le supplie de lui faire grâce. Cette comédie me dégoûte. L’Europe meurt de sa lâcheté, de son incapacité à se défendre et de l’ornière morale évidente dont elle ne peut s’extraire depuis Auschwitz. » Citation d’Imre Kertész, (le Nobel de littérature juif hongrois), page 245 de L’Ultime auberge et rapportée par A. Finkielkraut.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Dans le cas de la France, et cela tombe bien, pourrait-on dire, il se trouve qu’une part de nos valeurs gît dans l’humanisme (héritage gréco-latin notamment) et l’utopie de l’universalité de l’homme, respect, justice, liberté, droits humains. Mais il n’y aura pas de liberté pour les ennemis de nos libertés.  [1] L’Ultime auberge. 7 janvier 2015. Actes Sud.


CHARLIE

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

37


38

EXPO

Pierre Dac du côté d’ailleurs DU JEUDI 15 OCTOBRE 2020 AU DIMANCHE 28 FÉVRIER 2021 AU MUSÉE D’ART ET D’HISTOIRE DU JUDAÏSME, PARIS Par SYLVIE BENSAID

I

nventeur du « schmilblick », résistant de la première heure et précurseur d’un humour de l’absurde qui deviendra ensuite un modèle pour nombre d’humoristes, Pierre Dac est pour la première fois au centre d’une exposition qui lui est consacrée au mahJ. Né André Isaac en 1893 dans une famille d’origine juive alsacienne, il commence à écrire des textes d’humour dans les années 20, malgré son expérience traumatisante de la Première guerre mondiale, pendant laquelle il a été mobilisé, puis gravement blessé au bras, et qui l’a privé de son frère aîné Marcel, mort au front. Ses sketchs, chansons et surtout ses « pensées » lui valent un succès immédiat. Dans les années 1930, il produit les premières émissions d’humour à la radio puis fonde l’hebdomadaire L’Os à moelle. « Tout juif qui aurait la possibilité de faire de la résistance et qui n’en fait pas, je le méprise d’office. » Conscient du danger nazi dès 1933, Pierre Dac devient un résistant de la première heure, et après plusieurs tentatives pour fuir en Angleterre et autant de séjours en prison, il réussit à rejoindre Londres. Au micro de la BBC à partir d’octobre 1943, dans « Les Français parlent aux Français », il mène une impitoyable guerre des mots contre Radio Paris, écrivant plus de quatre-vingts éditoriaux et chansons, fustigeant Pétain, les collaborateurs et les occupants. Son célèbre texte Bagatelle sur un tombeau, conclut une joute verbale avec Philippe Henriot, secrétaire d’État à l’Information et à la Propagande du gouvernement de Vichy et orateur de Radio-Paris.

« L’âme des justes qui ont péri dans les fours crématoires est immortelle. La preuve, dans le ciel, j’ai vu briller des étoiles jaunes. » Après la guerre, il rencontre Francis Blanche et forme avec lui un duo célèbre, créant le personnage de « Sâr Rabindranath Duval », puis Signé Furax, le feuilleton le plus écouté de l’histoire de la radio. En 1972, trois ans avant sa mort, celui qui s’était autoproclamé «roi des loufoques» publie ses Pensées, qui touchent une nouvelle génération. L’exposition du mahJ éclaire la créativité musicale et littéraire de Pierre Dac, ses sources, le rôle de la parodie et de la satire, ses modes d’expression très divers – et notamment l’utilisation de tous les nouveaux médias (film, radio et télévision) tout en restant attaché au cabaret et au théâtre. Elle évoque également plusieurs générations d’humoristes, qui ont été, un jour ou l’autre, ses compagnons de route. Certains d’entre eux, notamment Francis Blanche, Jean Yanne et René Goscinny, figurent au Panthéon de l’humour. « Il vaut parfois mieux passer hériter à la poste que passer à la postérité. » Enfin, elle restitue l’œuvre de Pierre Dac parmi celles des maîtres de l’absurde (Samuel Beckett, Eugène Ionesco, Roland Dubillard…), redevable tant à l’argot des bouchers qu’au mot d’esprit freudien, et aborde les résonances de sa judaïté dans son parcours personnel, de citoyen et ses choix artistiques. 

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Du jeudi 15 octobre 2020 au dimanche 28 février 2021. Musée d’art et d’histoire du Judaïsme. Hôtel de Saint-Aignan 71, rue du Temple 75003 Paris En raison de la crise sanitaire, la réservation est obligatoire, y compris pour les bénéficiaires de la gratuité et les Amis du mahJ. Plus d’infos sur le site.


39

EXPO

EXPOSITION EN PLEIN AIR DE

Laurent Konqui Par SYLVIE BENSAID

C

’est dans son atelier de la rue Madeleine Michelis à Neuilly sur Seine que l’artiste plasticien, Laurent Konqui, nous convie à découvrir ses œuvres, des violons explosifs de sa série Moz’art au Vélib’ argenté de sa série Silver Factory et aux collages Pop Art sur des surfs. Laurent Konqui expérimente les limites du tableau, non par son cadre mais par sa troisième dimension : la surface. Il met à l’épreuve le bois comme la toile en y déposant des objets issus du quotidien, des instruments de musique ou religieux – lunettes, ordinateurs, chaussures Louboutin, pièces de véhicule de collection, violons, saxophones, shofars etc. –. Ses compositions dynamiques sont soutenues par un médium particulier, véritable matière première de l’artiste, la résine de polyuréthane qui lui permet de transfigurer des objets consommés en objets d’art, véhiculant ainsi le rapport de l’artiste avec la société. Ses tableaux se veulent moins une fenêtre ouverte sur le monde que le réceptacle d’une société de consommation qui s’avère être aussi celle de la consomption. Les violons y sont jetés, les vélib’ démembrés, les lunettes accumulées, tous sont encastrés dans la toile, noyés dans la peinture, prisonniers d’une résine gluante à l’instar des oiseaux innocents dans les nappes de pétrole. Pour cet ancien manager en audit, reconverti en artiste à la suite d’une profonde remise en question, si l’argent n’a pas d’odeur, il a une couleur : celle qui le nomme, celle du bitume qui recouvre l’urbain comme celle des ciels enfumés de pollution des mégalopoles. Aussi, Laurent Konqui recouvre violon, saxophone et pinceaux d’une matière argentée ou dorée aux reflets plastiques. Dans le sillage des accumulations d’Arman et de « l’écriture blanche » de Janet Sobel, les « bas reliefs » de Laurent Konqui interrogent notre culture de la consommation et de ses mythes en mêlant rapidité des drips et lenteur de la résine durcissante, objets communs qui revivent et matière sublimée. » 

Vernissage de sa prochaine exposition « Dolce Vita », en plein air, le dimanche 18 octobre 2020, de 16h30 à 22h30 : 38 bis, rue Madeleine Michelis 92200 Neuilly Sur Seine. Site de l’artiste : www.konqui.com Accès direct aux œuvres « religieuses » : http://www.konqui.com/fr/tsadikim Page Facebook de l’événement : https://fb.me/e/cltcIEzkx

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020


40

EXPO

IMAGES VIVANTES

UNE EXPOSITION-ATELIER DE L’ARTISTE YAACOV AGAM SPÉCIAL JEUNE PUBLIC : À PARTIR DE 3 ANS SE DÉPLOIE SUR LES QUELQUES 250 M2 DE LA GALERIE DES ENFANTS DU CENTRE POMPIDOU Par SYLVIE BENSAID

A

près Claude Closky, Laurent Tixador et Françoise Pétrovitch, le Centre Pompidou invite l’artiste Yaacov Agam, précurseur du mouvement cinétique, à concevoir une exposition à la Galerie des enfants et un accrochage de ses œuvres dans le musée pour permettre aux enfants, à partir de 3 ans, accompagnés de leur famille, de découvrir et expérimenter l’art et la création en mouvement d’Agam. Agam, l’un des précurseurs de l’art cinétique, plonge avec ravissement son jeune public dans la quatrième dimension, celle du mouvement et de la transformation. L’artiste offre ainsi la possibilité d’expérimenter, par le corps, la voix et le regard, les richesses de la créativité qui ont fait sa renommée. Pour poursuivre l’expérience et mieux appréhender l’œuvre d’Agam, le public pourra également découvrir au Musée, le Salon d’Agam, installation emblématique de la collection, créé suite à une commande du président de la République Georges Pompidou à l’artiste pour l’un des salons du Palais de l’Élysée. Cette œuvre audacieuse est aujourd’hui installée au cœur du Musée national d’Art moderne. Très immersive, cette œuvre permet de faire l’expérience de l’art cinétique, la récente passion de l’artiste pour les œuvres numériques. Sur des écrans géants, surgissent des compositions en mouvement, renouvelées sous l’interaction du public. Les enfants y découvrent un bien curieux univers : à chacun de leurs pas, des images se mettent à bouger et aucun d’entre eux ne voit la même chose au même moment. Des lignes deviennent des triangles,

un panneau noir devient coloré…manipuler, bouger, essayer de comprendre les effets d’optique ou simplement se laisser porter par la magie des transformations sont les fils conducteurs de cette installation interactive. Jouxtant le Salon d’Agam, d’autres œuvres de l’artiste sont présentées exceptionnellement et complètent ainsi la découverte de son univers si singulier.  26 sept. 2020 - 4 janv. 2021 de 11h à 19h.

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Galerie des enfants - Centre Pompidou, Place Georges Pompidou Paris 4ème


41

LIVRES UNE NUIT À CARTHAGE D’ANNICK PEREZ

Dans « Une nuit à Carthage », Annick Perez nous entraine dans un voyage initiatique qui est aussi un retour aux sources. L’histoire me ramène à ma Tunisie natale et fait briller mes souvenirs. Nous sommes à Beausite en 1947, une banlieue de Tunis. C’est là que vit Isaac Barenti et sa famille. Patriarche et chef de sa communauté, il mène une vie confortable au milieu de sa famille. Nous découvrons leur vie avec ses joies et ses drames. L’héroïne Alice dite Fli Flo, la dernière d’une nombreuse fratrie est la plus choyée très volontaire, et déterminée elle grandit entourée des ses frères et sœurs dans les rires et l’insouciance. Arrive Nedo agent recruteur du mossad envoyé en Tunisie pour convaincre les jeunes de le suivre en Israël. Il fait chavirer le coeur de l’adolescente déjà courtisée par son voisin, le jeune Paul Samama qui s’est juré de l’épouser. L’auteure raconte une histoire à travers le récit intime et personnel d’une famille. Des portraits époustouflants de beauté, remplis de tendresse. L’histoire d’un amour perdu puis retrouvé. Beaucoup d’amour d’autrui dans ces nouvelles, beaucoup de tristesse aussi, et la magie opère. Ce livre fait fi des préjugés et nous balance entre coutumes ancestrales et modernité. Ce roman d’une sensibilité troublante à la fluidité poignante est une ode à la jeunesse. Un roman sur le déracinement et l’identité. Annick Perez est née à Tunis. Ecrivain, elle évolue entre roman, peinture et écriture théâtrale. Elle a publié cinq romans « Celui qui ne fut pas choisi », « Des yeux trop noirs », « Je cherche Goldie », « Luka et You’re beautiful ». Elle fut nominée pour le Prix du 1er Roman et fut en 2007 Finaliste du Prix Closerie des Lilas. « Une nuit à Carthage » est publié chez Balzac Editeur.  Par Sylvie Bensaid

HUMOUR ET SAGESSE JUDÉO-ARABES D’ANDRÉ NAHUM

Vingt ans après sa parution, les Editons Desclée de Brouwer republient Humour et Sagesse judéo-arabes d’André Nahum (1921_2015). Médecin, écrivain, conteur, auteur de nombreux ouvrages, André Nahum avait recueilli auprès de ses patients venus du Maghreb ou d’Egypte à Sarcelles, ces proverbes, expressions, anecdotes qui se transmettent de génération en génération dans les familles, ainsi que les histoires de Ch’ha, ce fou et sage à la fois, personnage mythique incontournable du bassin méditerranéen. Si Ch’ha (ou Goha), appartient aux Juifs et aux Arabes, tout comme ces nombreux proverbes et expressions dont on ne connaît pas vraiment l’origine juive ou arabe, le parler judéo-arabe, lui, offre une grille du monde propre aux juifs tunisiens : Humour, dérision, sagesse, joie de vivre qu’ils ont transportés à Paris, New York, Tel Aviv ou ailleurs.Mais ce parler disparaîtra quand les derniers juifs tunisiens auront disparu. Il restera ces récits d’Humour et de Sagesse, acquis en vingt siècles de présence juive en Tunisie et qui nous rappellent que Juifs et Arabes ont su rire ensemble. Humour et Sagesse judéo-arabes. André Nahum. Editions Desclée de Brouwer, 8,90 €.  Par Maya Nahum

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020


42

MODE

Qui est Delphine Nizard, la nouvelle styliste de Cyril Hanouna ? Par SYLVIE BENSAID

T

ribune Juive : Delphine Nizard, pouvez-vous vous présenter en quelques lignes :

Delphine Nizard : J’ai toujours su que je voulais évoluer dans l’univers de la mode et de l’image ! J’ai fais une école de communication et fais plusieurs stages au sein de grandes maisons comme Chanel, Hugo Boss puis un passage au sein du groupe de presse Prisma Media à faire des pages mode de magazines ! J’ai senti vite que l’avenir de la presse papier etait incertain. C’est à ce moment que Cyril Hanouna m’a contactée pour gérer son stylisme ! Et j’ai accepté tout de suite car j’aime les challenges ! Se faire une place dans le milieu de la TV n’était pas facile mais grâce à Cyril j’ai beaucoup appris ! Tribune Juive : Vous êtes la styliste de Cyril Hanouna depuis 5 ans. Comment cela se passe au quotidien ? per ce contact avec le public ! Ce succès c’est beaucoup grâce à eux ! C’est une collection streetwear mixte accessible à tous !! On peut trouver toutes les infos sur la page www.projectxparis.com/babacollab

Delphine Nizard : Ma journée se divise en 2parties : le matin je fais du shopping auprès des marques pour les émissions du soir (Touche Pas A Mon Poste et A Prendre ou A Laisser et Balance Ton Poste). Vers 16h direction les studios Canal Factory où je prépare les looks de Cyril Hanouna. Je l’habille et je reste sur le plateau pendant les émissions au cas où il se salit pour le changer. Tribune Juive : Vous lancez une nouvelle marque de vêtements. Pouvez-vous nous en dire un peu plus ? Delphine Nizard : Depuis 5 ans, j’évolue auprès de Cyril Hanouna et on a développé son

Tribune Juive : Pensez-vous Continuer à innover et à proposer d’autres collections ?

image ensemble ! J’ai très vite compris que ses looks faisaient beaucoup parler et son public appréciait nos « délires » vestimentaires à l’antenne. J’ai noué un lien avec sa communauté et du coup j’ai eu envie de leur proposer une collection capsule pour continuer de dévelop-

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Delphine Nizard : Bien sûr! J’ai une vision décalée de la mode et je connais les attentes du public. Je réfléchis sur la suite de cette belle aventure, comment la faire évoluer ! Mais je ne veux surtout pas créer une mode élitiste ! Comme Cyril j’aime rassembler les univers et casser les codes ! Donc affaire à suivre lol ! 


43

CINÉMA

FESTIVAL DU CINÉMA ISRAÉLIEN DE PARIS DU 25 AU 29 NOVEMBRE 2020

À

vos agendas ! Sexy et teigneux à la fois, subversif et souvent borderline, caustique, tendre ou passionné, certes drôle et parfois cruel, le cinéma israélien ne laisse jamais indifférent. Depuis le succès-surprise d’Eytan Fox avec ‘’Tu marcheras sur l’eau’’ (2005), le renouveau du 7ème art israélien n’a eu de cesse de s’amplifier, tant en France qu’en Europe et dans le monde. Ici, des pépites comme (pêle-mêle) ‘’Les 7 jours’’, ‘’La visite de la fanfare’’, ‘’Tel-Aviv on fire’’’, ‘’ Ushpizin’’, ‘’Synonymes’’, ‘’Foxtrot’’, ‘’Ajami’’, ‘’Les citronniers’’, ‘’Sumo’’, ‘’Des ailes brisées’’, ‘’Working Woman’’, ‘’Mon trésor’’, ‘’Les méduses’’... et jusqu’au grand succès critique et public d’Ari Folman : ‘’Valse avec Bachir’’ (500 000 entrée-France et César 2009 du Meilleur film étranger) ! Des films qui questionnent et interpellent, amusent, bouleversent et surprennent. Autant de raisons de se précipiter au prochain Festival du Cinéma Israélien de Paris, du 25 au 29 novembre au Majestic-Passy. On y annonce déjà de belles surprises ! www.festivalcineisraelien.com  Par Laurent Gahnassia

À COEUR BATTANT – THE END OF LOVE UN LONG MÉTRAGE DE KEREN BEN RAFAEL PRODUIT PAR PALIKAO FILMS AVEC JUDITH CHEMLA, ARIEH WORTHALTER, NOÉMIE LVOVSKY

J

ulie et Yuval s’aiment et vivent à Paris. Du jour au lendemain, ce couple fusionnel doit faire face à une séparation forcée suite à une situation administrative imposée. Lui à Tel Aviv, dans sa ville natale, elle à Paris avec leur bébé, ils continuent à vivre ensemble mais par écrans interposés. Malgré des problèmes de son, de réseau, leur amour résiste. Cette vie par procuration va vite connaître ses limites. La distance mettra leur amour à rude épreuve...un statut de père à distance suffira t- il à Lenny leur enfant ? leur amour survivra t il à cet éloignement ? Au début, ils font l’amour même s’ils ne sont pas dans le même pays. Elle en France, lui en Israel. Le temps passe et la sur-communication tue leur intimité. À la fin, ils tombent amoureux pour la première fois. Keren Ben Rafael signe la lente agonie d’un couple, par webcam et une formidable réflexion sur le thème de la présence. Sélectionné à la Mostra de Venise de 2019 dans le Collège Cinéma et au Rendez-vous du cinéma français à Paris 2020 dans la catégorie Marché du film. lauréat du Grand Prix du Jury au 19e Festival Cinéma Méditerranéen, est le deuxième de Keren Ben Rafael.  Par Sylvie Bensaid

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020


44

SHOPPING

UN AUTOMNE EN BEAUTÉ ! Par SYLVIE BENSAID

Sacs FUCHSIA Sac besace en cuir de vachette Gigi. 153,50 €

TI SENTO - Milano Bracelet 2952SY en argent rhodié 925 plaqué or : 599 €

LANVIN

Sac Swan box chaîne en cuir de veau. 1690 €

Des soins stupéfiants made in Israël Crèmes de jour, crème de nuit et sérum à l’huile de chanvre. Enrichies en oméga 3 et 6 hydratantes, antioxydantes et antirides. Lot de 2 crèmes (jour et nuit) : 150 Shekels (38 €) Sérum : 98 Shekels (25 €) Frais de port non compris.

Ces produits sont issus d’une culture biologique en Israël reconnue Ecocert et par le ministère de la santé. Commande par téléphone ou Whatsapp au +972523060862 

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Baccarat et Flos dévoilent la nouvelle collaboration avec

le designer Philippe Starck : « Bon Jour Versailles », une collection de deux pièces nées de l’histoire et de la créativité. 1 950 € - Service clients : 0140221414.


45 Montres LOCMAN Points de vente : http://www.ocarat.com/ 20 ans après son lancement locman remet au goût du jour sa collection de Montres tonneau en aluminium. Pour hommes et

LANVIN Bottes J en suede beige et noir 1090 €

LANVIN Pack de 2 masques imprimé « Lanvin est sur toutes les lèvres » 60 €

CULTUR’IN THE CITY : le meilleur de la culture proposé

en coffrets cadeaux culture. En vente à partir de 34 € chez Cultura, Leclerc, Monoprix, Auchan, Furet du Nord...) ou directement en ligne sur www.culturinthecity.com.

Création Christian Lacroix pour Desigual Chemise fleurie plissée 69,95 €

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Geox Baskets femmes

Tabelya Collection animal. Différents coloris. 135 € et 125 €


46

THEÂTRE

LE LIVRE DE LA JUNGLE LA SCENE PARISIENNE

Pour jeune public. À La scène Parisienne

pas manquer car elle nous rend heureux !

« Le livre de la jungle » c’est le voyage initiatique de Mowgli, ce petit homme progressivement adopté par la jungle au gré de musiques entraînantes et de chansons mythiques. Il nous emmène dans un univers dont l’éducation, la combativité, les liens du cœur, le rêve et l’amitié sont les piliers. »

On en sort avec l’envie d’y retourner. 

Un parcours musical et écologique pour petits et grands explorateurs. Une troupe d’acteurs virevoltante, drôle et émouvante pour cette belle histoire d’humanité.

Dès 6 ans. Première représentation jusqu’àu 3 Janvier 2021. Mercredis samedis et dimanches et vacances scolaires à 15 h. Plus d’informations sur : www.tslp.paris 34 Rue Richer, 75009 Paris Par Sylvie Bensaid

Cette pièce embarque petits et grands pour 50 min de pure plaisir ! Une pièce à ne surtout

COMMUNAUTÉ

TENOUA REVUE INDÉPENDANTE

Avec la nouvelle Année Juive arrive le nouveau numéro de Tenoua, une revue trimestrielle indépendante qui diffuse le regard d’intellectuels et d’artistes... Delphine Horvilleur, le Rabbin de Judaïsme en mouvement en est la directrice de la rédaction. Une couverture qui nous interpelle d’emblée : À lire dans les deux sens, consacrée aux juifs sepharades et ashkénazes et pour les différencier, un piment pour les uns et un cornichon pour les autres. Deux cultures qui s’imbriquent l’une à l’autre autour d’un judaisme mélangeant des points communs et des différences pas seulement sur le plan culturel et culinaire.

Des contributeurs de France et d’Israël nous offrent avec une plume dynamique des articles passionnants autour de l’identité sepharade, ashkénaze, du féminisme, du cinéma israelien, le yiddish, les mélodies sepharades, la racine du mot ashkénaze...

TRIBUNEJUIVE.INFO - SEPTEMBRE / OCTOBRE / NOVEMBRE 2020

Une pépite à lire très vite. Mais chut, ne le répétez pas, j’aurai voulu être ashkénaze.  Par Sylvie Bensaid


MAKE IT

RIGHT, MAKE IT

MAGIC, MAKE IT

WORK ! Leader du marketing et de la transformation digitale, Publicis Groupe est le partenaire de référence de ses clients dans leur transformation grâce à l’alchimie entre la créativité et la technologie.

Profile for TribuneJuive

Tribune Juive Magazine N°75 - Septembre/Octobre/Novembre 2020  

Advertisement
Advertisement
Advertisement