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MARS/AVRIL/MAI 2020 (5780) - NUMÉRO 74 (OFFERT)

? E L B A T A L R E S R E V N E R A V I QU RACHIDA DATI OU LA RECONQUÊTE DE PARIS

LA CANDIDATE DU PRÉSIDENT

KAREN TAIEB, « APPORTER UN NOUVEAU SOUFFLE AU 17ÉME »


DE

PARIS CDG

89€ TTC *

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Municipales : le délire des candidats POLITIQUE

P4

Rachida Dati ou la reconquête de Paris martyrisé - POLITIQUE

P5

La candidate du président - POLITIQUE

P6

Eléctions municipales 2020 - POLITIQUE

P7

Un café avec... Rachida Dati ENTRETIEN

P8

« Dans le XVIIème il y fait bon vivre » nous dit Geoffroy Boulard - INTERVIEW

P10

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ÉDITO

Paris vaut bien une messe - POLITIQUE

P13

Karen Taieb « Apporter un nouveau souffle au XVIIème » - INTERVIEW

P14

Les partis politiques français à l’égard d’Israël - POLITIQUE

P16

Francis Szpiner, un combattant dans la lutte contre le terrorisme et l’antisémitismePOLITIQUE

P17

Yassine Belattar : la tache indélébile sur le costume de celui qui nous sert de PrésidentPOLITIQUE

P18

Interview exclusive de l’ancien Chef du Mossad en Iran : Eliezer (Gueizi) Tsafrir INTERVIEW

P20

Affaire Al Dura : Rudy Reichstadt en trottinette avec Charles Enderlin - RÉFLEXION

P22

“Vous, les Juifs”me dit-il ANTISÉMITISME

P24

Tribune juive avait publié un magazine avec en couverture leur visage se faisant face sous la formule balzacienne : « A nous deux Paris ! »

Messiah, le Jésus palestinien de Netflix SÉRIES

P26

Depuis, la Maire de Paris se prénomme Anne et elle s’est consacrée à gérer les affaires de la plus belle ville du monde.

Venise est ma madeleine - PATRIMOINE

P27

Au Marais une plaque de rue «Pletzl» La place, en yiddish - FRANCE

P28

Yves Azeroual raconte dans « MUFTI » l’islamo nazisme - INTERVIEW

P29

Sarah Halimi, l’omerta enfin est levée SOCIÉTÉ

P30

Le Bal du Groupe « Yiddish pour tous » FRANCE

P32

Foutez la paix à Mila (...) - SOCIÉTÉ

P34

L’Affaire Sarah Halimi : Une Affaire qui ne fait que commencer - SOCIÉTÉ

P36

La Déclaration Balfour - ISRAËL

P37

Les secrets de la Lisbonne Juive TOURISME

P38

Le Festival du film israélien fête ses 20 ans CINÉMA

P42

LIVRES

P44

THEÂTRE

P45

Un printemps en beauté ! SHOPPING

P46

Edité par : SAS TJ INFO Directeur de la publication : André Mamou Rédacteur en chef : André Mamou Directrice de la rédaction : Sylvie Bensaid Directrice du magazine : Sarah Cattan Secrétaire de rédaction : Michelle Delinon Avec la collaboration précieuse de : Michèle Chabelski, Charles Baccouche, Nathalie Bianco, Claude Bloch, Regis de Castelnau, Alain Chouffan, David Duquesne, Sammy Ghozlan, Eber Haddad, Loïc Henri, Alain Herbeth, David Duquesne, Isaac Franco, Stéphanie Isidor, Guy Konopnicki, Paul Leslie, Jean-Pierre LLedo, Michel Lussan, Yves Mamou, François Miclo, Sylvano del Monte, Jacques Neuburger, Robert Louis Norrès, Nidra Poller, Radu Portocala, Remi Richelet, Charles Rojzman, Michel Rosenzweig, Richard Rossin, Pierre Saba, René Seror, Daniel Sibony, Khaled Slougui, Frédéric Sroussi, Sandrine Szwarc, Maxime Tandonnet, Shmuel Trigano, Julien Vergès, François Villette Freddy Win et Lisa Mamou. Directrice de la publicité : Sylvie Marek Chef de publicité : Jeanine Konforti Maquette : Emmanuel Lacombe Crédits photo : Alain Azria, Wikipédia, Wikimédia Commons, Flickr Commons, Pixabay... Commission paritaire en cours.

« Et c’est la bataille de Paris »

E

n 2014, les élections municipales de Paris opposaient une ministre de Nicolas Sarkozy, Nathalie Kosciusko-Morizet bien connue sous l’acronyme NKM à Anne Hidalgo, adjointe du Maire de Paris, Bertrand Delanoë.

En mars les électeurs de Paris vont dire s’ils sont satisfaits et s’ils veulent lui confier un second mandat. Anne Hidalgo n’a pas chômé. Elle était présente partout, tout le temps et elle ne s’est jamais départie de son large sourire. Elle ne peut être tenue pour responsable des méfaits d’une immigration massive et incontrôlée : la création de zones de non droit est à l’échelle du pays et non seulement de la ville. Alors il y a les chantiers ! Un ou plusieurs par rue avec excavations, engins, contournements. On se croirait dans la création d’une ville champignon par des autorités chinoises ! Les entreprises de travaux publics ouvrent tous les chantiers mais sont incapables de les mener à bien : trop en même temps. On nous répond que RATP et SNCF plus téléphonistes et électriciens ont chacun leur calendrier pour creuser ! Il y a les berges rive droite réservées aux écolos du dimanche et puis les berges rive gauche qu’il faut partager avec les vélos et les trottinettes. Les places de stationnement: leur nombre diminue tous les jours et on va en supprimer la moitié ! Et les rats qui prolifèrent et la saleté qui enlaidit la ville lumière ! Anne, ma sœur Anne ... A l’égard des parisiens juifs, la Maire s’est montrée sympathique et son action a recueilli une parfaite adhésion. Même si beaucoup n’ont pas oublié le « Gaza plage » et la médaille de la Ville de Paris à Mahmoud Abbas le négationniste ! Aujourd’hui, pour lui prendre son fauteuil, deux nouvelles candidates se présentent : Rachida et Agnès contre Anne. Elles ont un programme sérieux, solide, loin des promesses intenables. Elles parlent de sécurité, de propreté, de circulation et, on a adoré le mot, de bienveillance. Après un long hiver de violence et pendant qu’en secret, se prépare le Printemps, on a tous en nous un tel besoin de bienveillance.

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Tribune juive


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POLITIQUE

MUNICIPALES : LE DÉLIRE DES CANDIDATS Par RENÉ SEROR

P

our ce qui concerne l’actuelle occupante de l’Hôtel de Ville de Paris, on devrait parler de programme de réjouissance et non programme électoral. Si l’on en croit les croquis qu’elle dessine à longueur de temps, Jugez plutôt : On fera la sieste à l’ombre des grands chênes, On vaquera à toute opération en moins d’un quart d’heure de chez soi, où que l’on habite Les courses, le dentiste, le médecin, se rendre à son travail… Une ville où l’on se logera presque pour rien, Où tout sourira à celui où ceux qui auront la chance d’y habiter. Clairement un parc d’attraction. Telles sont les délires d’Anne Hidalgo. En fait, tout est question de proportions. Le problème général de ces élections, c’est la percée annoncée des écolos. Elle fait tourner la tête à tous les candidats. ILS PROMETTENT TOUS DE PLANTER DES ARBRES

Une bataille irréelle ! Benjamin Grivaux parle de 30 ha. et s’engage à déplacer la Gare de l’Est et son remplacement par un grand parc. Cédric Vilani propose de déplacer la Gare du Nord. Anne Hidalgo ne joue pas avec les petits. Elle parle de 170.000 arbres. Elle est pour la multiplication des forêts urbaines et l’absence totale de véhicules automobiles dans tout le centre de Paris. La campagne à la ville ! Une petite Amazonie ! EXAMINONS LA RÉALITÉ !

12.000 parisiens quittent la capitale tous les ans. Plus précisément, ils désertent. Est-ce parce que Paris manque d’espaces verts ? Ou parce que les rues sont de plus en plus sales, De moins en moins sûres, Que les rats pullulent…? Si Paris se concentre sur une population de plus en plus riche, est-ce à cause du manque de gazon, ou parce qu’à moins de 10.000€ du mètre carré, on ne peut pas se loger ? Tous les candidats proposent des solutions à la crise du logement, qui font hurler de rire les professionnels de l’immobilier. Les 100.000€ offerts par Benjamin Grivaux, à des milliers de couples avec enfant, auront pour effet immédiat une formidable INFLATION du prix des logements.Quant aux logements que veut financer Anne Hidalgo pour offrir des loyers 20 à 25% en dessous du prix du marché, les spécialistes évaluent l’opéra-

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tion entre 6 et 20 MILLIARDS D’EUROS. Elle n’en possède pas le premier. LE PROGRAMME DE RACHIDA DATI EST PLUS SOBRE

Tout d’abord, elle se concentre sur la sécurité, préoccupation principale des parisiens. Cela n’empêche pas les grandes envolées lyriques : Un air sain dans les écoles, mais c’est loin derrière les affabulations baroques des autres candidats. Tous ces farfelus ont l’air d’avoir oublié la définition d’une ville. Ils ont oublié que, depuis plus de 500 ans, une ville est un endroit de concentration ou l’on se réunit pour échanger, commercer, travailler, créer, pour flâner, se promener, s’amuser aussi. Mais ça ne peut pas être ou devenir une ville musée. 


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POLITIQUE

Rachida Dati ou la reconquête de Paris martyrisé R achida Dati fait campagne seule, et ne fait aucune concession. Comment expliquer que sa stratégie fonctionne si bien ? Que devraient en retenir les autres candidats LR aux municipales ? Plusieurs facteurs expliquent sa réussite. D’abord, elle s’est forgée une belle image dans sa mairie du 7ème arrondissement depuis 2008. Elle n’est pas parachutée, elle dispose d’un ancrage parisien depuis plus de dix ans et d’une réputation positive, de proximité et d’efficacité. Ensuite elle donne une image de dynamisme, de volonté et de pragmatisme. Elle n’avance pas à « reculons », elle montre qu’elle y croit et tient un discours de victoire. Elle manifeste une énergie qui plaît voire qui impressionne, rappelant, consciemment ou inconsciemment, celle de son mentor Nicolas Sarkozy en 2007. Elle est claire et sans ambiguïté dans ses propositions, elle ne fait aucune concession aux modes idéologique : elle veut remettre de l’ordre à Paris, par exemple rendre aux bois de Vincennes et de Boulogne leur vocation d’accueil des familles, rétablir en partie la circulation sur les voies sur berges.

dans le pays, en matière de sécurité, d’immigration, de politique économique et sociale, d’éducation. Son grand problème aujourd’hui est qu’elle est écartelée entre LREM et le RN. Elle a le sentiment qu’entre les deux son espace démocratique est réduit et ne suffit plus pour gagner des élections. Les difficultés rencontrées par le quinquennat Macron, son impopularité et son échec annoncé aux municipales rouvrent un horizon à la droite. L’exemple de Rachida Dati montre qu’elle peut s’en sortir à la condition toutefois de rejeter toute compromission – car les électeurs détestent les manœuvres politiciennes – et de montrer qu’elle a un projet clair et précis notamment axé sur le rétablissement de l’autorité de l’Etat dans le pays avec une volonté déterminée de le mettre en œuvre.

En outre, elle a été ministre de la Justice pendant plus de deux ans. Donc ce n’est pas seulement affaire de stratégie mais aussi de personnes.

En optant pour cette stratégie, LR pourraient-ils créer la surprise et consolider leur ancrage local ?

A ce prix, un bon résultat de LR aux municipales est envisageable et permettrait d’aborder l’avenir et d’ouvrir une espérance pour les prochaines échéances de 2022, présidentielles et législatives. 

La difficulté est que cette stratégie dépend beaucoup de la personnalité des candidats. Mme Dati incarne déjà quelque chose à Paris.

Enfin, elle est droit dans ses bottes, refuse toute concession et toute compromission, notamment avec les candidats en Marche. Aujourd’hui, Dati a créé une vraie une vraie dynamique, et est donnée deuxième par les sondages juste derrière Anne Hildalgo (20% contre 23%) et devant Benjamin Griveaux qui est de 16% des sondages. N’est-ce pas là la preuve que LR doit sortir de sa réflexion au regard de potentielles alliances avec LREM et que les candidats LR aux municipales peuvent remporter les élections locales seuls ? Oui, il existe un potentiel électoral pour la droite dont les idées et les valeurs, à conditions d’être clarifiées, pourraient être majoritaires

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Cependant, elle montre en effet la bonne ligne : celle du refus des compromissions ou de la tentation de l’alliance avec LREM et de l’énergie conciliée avec le respect des principes républicains. Il faut aussi un discours clair autour du besoin de rétablissement de la paix civile que ressent plus que jamais le pays. Il faut répondre au besoin de démocratie et de dialogue authentique, de respect du peuple qui s’exprime un peu partout.

Source: Maxime Tandonnet. Mon Blog Personnel. 1er Février 2020


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POLITIQUE SOCIÉTÉ

La candidate du Président Par SARAH CATTAN

A

près la bourrasque Griveaux, Qui, mais Qui donc la Macronie allait-elle pouvoir sortir de son chapeau pour tenter de gagner Paris ? Elles n’étaient pas si nombreuses, les possibilités, et son nom tomba : ce serait Elle. Elle qui venait de dire que jamais, au grand jamais, elle n’abandonnerait son ministère, ses médecins, ses infirmières, cette crise la plus terrible qu’eut jamais à subir le secteur de la Santé, essoufflé, à bout, manquant de tout. Nous l’entendions répéter qu’elle n’allait pas quitter le bateau, mais Agnès Buzyn, dernière carte du Président, fut propulsée en nom et lieu du Griveaux, et ils eurent l’air … réjoui, un brin soulagé, tant elle battait de l’aile, la campagne du candidat … inconséquent. La voilà donc, Agnès Buzyn, briguant le 17e arrondissement, à charge pour elle d’en faire tomber le LR Geoffroy Boulard, soutenu par Rachida Dati. Elle vit et vote dans le 5ème, et n’habite pas le 17ème, moquent déjà ses opposants  ! Ben oui. Chacun sait que l’ex ministre des solidarités et de la santé doit reprendre au pied levé la place laissée vacante par Benjamin Griveaux.

Ses partisans ? Ils opposent à cela une étonnante … réponse  : la présence de nombreux médecins et d’une forte communauté juive ferait du 17ème le point de chute idéal pour … cette fille et petite-fille de déportés. Son oncle, originaire de Łódź, fut fusillé par les nazis. Ses grandsparents mais encore son père furent déportés à Auschwitz. Seul son père en revint. Sa mère, Etty, fut, pour sa part, une enfant cachée par des Justes. A cela, la candidate ajoute d’avoir épousé, en premières noces, Pierre-François, un des fils de Simone Veil. Question : Être fille et petite-fille de déportés doit-il être un plus ? La Dame devrait-elle bénéficier de ce douloureux héritage ? Ou alors, accrédite-t-on l’idée … d’un vote … juif ? D’autres sujets occupent l’esprit d’Agnès Buzyn et de son équipe : Tout est à re-faire. Un nom de domaine. Affiches. Tracts. Programme.

Campagne. Tractage. Et d’abord faire oublier qu’elle aurait abandonné son ministère. Comme ça. Elle pleurait, me diront ses amis. Elle dit que ses priorités pour Paris seront … la sécurité, la propreté, l’apaisement, le … respect. Et ont disparu de son programme le projet de Benjamin Griveaux de déplacer la gare de l’Est pour créer un Central Park parisien, et puis encore l’apport de 100 000 euros pour aider les Parisiens à accéder à la propriété. La nouvelle cheffe de file de la Macronie à Paris devra travailler avec les membres d’une équipe qu’elle n’aura pas choisie. Et qu’elle n’a, pour certains, jamais rencontrés… Un logo Paris Ensemble avec Agnès Buzyn a été envoyé aux équipes. Et puis des tracts intermédiaires desquels ont disparu le nom et le visage de Benjamin Griveaux. Sinon encore, la photo d’Agnès Buzyn ajoutés sur les tracts … d’Hanna Sebbah, la candidate du 16ème. Elle a annoncé une campagne paisible. Bienveillante. Elle a pris attache avec Cédric Villani. J’y vais pour gagner, répète à présent celle qui est le joker du Président : ils perdront ensemble ou gagneront ensemble. Et si nous gageons que cette jolie femme sera dans le tiercé gagnant, nous verrons aussi s’il est si aisé de conquérir Paris en un mois. A son passif, les lecteurs du Canard enchaîné auront noté un chantage à la démission pour renouveler son époux Yves Lévy à la tête de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale. Plus récemment, la nomination de son époux comme Conseiller d’État en service extraordinaire, sur proposition de Nicole Belloubet. Un poste où Yves Lévy sera invité à conseiller juridiquement le gouvernement, lui qui n’a jamais pratiqué le droit public. Un poste, surtout, où il sera amené à étudier aussi les textes proposés par sa femme. A son passif, elle a du décider l’arrêt du remboursement de quatre médicaments contre le

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développement de la maladie d’Alzheimer. A son passif, cette valse-hésitation sur l’aide à mourir dignement : Elle pense aujourd’hui que la loi Claeys-Leonetti est suffisante. A son passif, une suspicion de liens d’intérêts avec des laboratoires pharmaceutiques… A son actif, ce récent projet de loi bioéthique, dont la mesure phare est l’ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de femmes et aux femmes célibataires. A son actif, son soutien au projet de loi concernant le droit à l’oubli pour les anciens malades du cancer. A son actif, son engagement dans la lutte contre le tabac et l’abus d’alcool et sa dénonciation des groupes de pression lors du vote des amendements remettant en cause la Loi Évin. A son actif, sa dénonciation des pratiques de certains laboratoires qui aboutissent à une augmentation excessive des prix des nouveaux médicaments anti-cancéreux. La pièce va se jouer. Qu’elle soit noble : Paris vaut bien cela. 


ÉLÉ

POLITIQUE

CTI

7

ON

SM UN ICIP ALE S2 020 Hidalgo veut transformer

Paris doit être une ville sûre, propre où l’on peut circuler, respirer, élever ses enfants

le périph en boulevard végétalisé dès 2024

C

andidate à sa réélection, la maire de Paris estime que « le statu quo n’est plus possible ». En concertation avec les villes limitrophes, la mesure coûterait environ 500 millions d’euros. On pourra y planter quelques milliers d’arbres, la Maire en souhaite plus de cent mille nouveaux pour la ville.

R

achida Dati décrit son projet pour Paris avec ces quelques mots qui sont autant de têtes de chapitre : Sécurité, propreté, circulation, pollution, accueil des enfants . Rachida veut une police municipale armée et promet de chasser des trottoirs les rats et les immondices. Elle veut baisser le prix des repas dans les cantines scolaires et organiser la circulation à Paris sans le ridicule recours systématique aux pistes cyclables. Sous la pluie ou sous un soleil écrasant tous ceux qui ne peuvent pas pédaler seraient exclus de Paris ? Rachida est de droite et Sarkozy la soutient et l’encourage. L’ancien Président est le seul que les Français regrettent et mettent en balance avec Emmanuel Macron. 

Évidemment il faudra prévoir les salaires et les charges des jardiniers mais pour éviter engrais et tondeuses on y installera des troupeaux de chèvres et de moutons ! C’est la solution la plus économique et la plus conforme à ce farouche désir de retour à la nature. Transports en commun, covoiturage, pistes cyclables, la moitié des voitures automobiles revendues dans les provinces, moitié moins de garages et de stations service, Paris sera une ville propre et belle pour ses visiteurs. Mais pour ses habitants ? Ça dépendra : où habitent ils ? Où travaillent-ils ? Casaniers ou promeneurs ? Combien d’enfants? Combien d’argent ? Quel âge ? Un programme cent pour cent écolo ! Les alliances pour le second tour seront faciles. 

André Mamou

André Mamou

LES SLOGANS DES CANDIDATS AUX ÉLECTIONS MUNICIPALES DE PARIS Les candidats à la mairie ont choisi un mot pour l’accoler à Paris et qualifier leur projet : Ensemble pour le représentant du « en même temps » . Nouveau pour le mathématicien arrivé en politique. Écologie pour l’écologiste. En commun pour celle qui pense déjà au second tour. Dati pour celle qui compte sur sa notoriété.

Agnès Buzyn

« Paris ensemble »

Cédric Villani

David Belliard

« Le nouveau Paris » « L’écologie pour Paris »

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Anne Hidalgo

« Paris en commun »

Rachid Dati

« Dati pour Paris »


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CITATIONS ENTRETIEN

UN CAFÉ AVEC…

RACHIDA DATI Par SARAH CATTAN

I

l ne pas fut aisé de la rencontrer. Des interlocuteurs engagés. Un planning forcément serré. Une parole donnée. Une parole tenue : C’est « ça », Rachida Dati. Je voudrais d’emblée vous demander si vous pensez qu’existe l’impact d’un vote juif ? D’un vote musulman ? Si oui, qu’en pensezvous ? Je ne crois pas qu’il y ait un vote juif, comme il n’existe pas de vote catholique ou de vote musulman. Mais je suis consciente qu’il y a des préoccupations propres à la communauté juive qui peuvent jouer dans leurs attentes vis-à-vis des élus. La grandeur de la France, c’est de protéger toutes les identités qui la composent. Je sais que les attentes de la communauté juive à l’égard de la République française sont grandes en ce sens et pleinement légitimes. Quels sont vos liens avec la communauté juive ? Irez-vous en Israël ? De même, comment réagiriez-vous à une affaire « Mila » ?

J’ai un dialogue constant avec les institutions représentatives de la communauté, le Crif, le Consistoire et le Fonds Social Juif Unifié, et leurs représentants, Francis Kalifat, Joël Mergui et Ariel Goldmann. J’ai eu par exemple l’occasion d’assister le 29 octobre dernier à l’inauguration du Centre Européen du Judaïsme dans le 17e arrondissement. Ce fut un moment fort pour toute la communauté. Ce superbe centre nous rappelle que les Juifs contribuent à forger notre identité européenne depuis plus de 2000 ans.

Concernant l’affaire Mila, et comme j’ai déjà eu l’occasion de me prononcer à ce sujet, rien de justifie des menaces de morts. La parole doit être libre, ce qui permet de s’exprimer comme de contester. Cet épisode a malheureusement révélé l’anonymat, donc l’irresponsabilité que confèrent les réseaux sociaux. Quels sont vos projets concrets pour Paris. Que contestez-vous chez les autres prétendants et chez l’actuelle Maire ? Je veux que l’on revienne aux fondamentaux : je serai la Maire de l’ordre, de la sûreté et de la salubrité publique. Je sécuriserai Paris en recentrant la police nationale sur son cœur de métier, en la délestant de missions comme la surveillance de certains bâtiments, confiée à de la sécurité privée, et en créant une police municipale armée pour lutter contre la délinquance du quotidien. Je réorganiserai le service de propreté en développant la mécanisation des tâches et en créant des brigades d’intervention rapide pour un Paris propre 24 heures sur 24, 7 jours sur 7.

1200 euros par an pendant trois ans pour pouvoir déménager et faire face aux frais engendrés par l’arrivée de ce nouvel enfant. DATI POUR METTRE FIN AU DÉCLIN DE PARIS

En résumé, pourquoi voter « Dati » ? Enfin, je mettrai fin au départ des familles, en faisant des gestes forts pour elles : je diminuerai l’ensemble des tarifs municipaux, à commencer par le prix de la cantine qui peut atteindre jusqu’à 7 euros par repas. Le tarif maximum sera porté à 3,50 euros. Je lancerai également un chèque « Paris d’Avenir » pour toutes les familles qui souhaitent déménager tout en restant dans Paris  : elles recevront

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Pour mettre fin au déclin de Paris, pour que Paris redevienne la Ville de tous les possibles, une ville où chacun peut s’enraciner, s’accomplir personnellement et professionnellement, vieillir sereinement. Nous voilà, avec « L’Affaire Griveaux », avec 3 femmes au haut de l’affiche. Alors ? Peut-


9 on s’instituer candidat pour Paris en un tour de magie ?

Un enfant, votre fille par exemple, peut-il être heureux à Paris ?

C’est une candidate malgré elle. Paris n’est pas une punition ni un sacrifice. Je fais campagne avec passion, avec détermination, je veux changer la vie des Parisiens. J’ai fait le choix de Paris, depuis 12 ans. Je vis comme une urgence d’agir pour Paris.

Les enfants s’adaptent toujours à leur environnement. Mais on pourrait faire tellement plus pour les enfants parisiens. Il n’y a pas eu de volonté d’accompagner la jeunesse à travers une grande politique d’offre sportive et culturelle. La capitale est dotée des plus grands équipements sportifs et des plus grands clubs, et pourtant ce n’est pas une ville qui fait une offre sportive pour tous. Et il est illusoire de croire que seuls les enfants défavorisés sont perdants. Les familles les plus favorisées se saignent et courent d’un arrondissement à l’autre pour trouver un cours de natation ou de piano. Tout le monde est perdant.

En revanche, que l’élue LREM soit assignée en justice pour avoir osé dire que 2 candidates « musulmanes » ETC…, nous trouvons cela … approprié Ces propos tombent sous le coup de la loi. Nous avons noté et apprécié vos liens « respectueux » avec la Maire actuelle. Son bilan est-il à vos yeux estimables  ? Ou est-ce la personne  ? Ou encore est-ce votre conception personnelle du combat politique On peut être respectueux de la personne et opposés politiquement. La politique implique de pouvoir se confronter, mais dans la dignité. Les Parisiens ont le droit à un débat apaisé et de fond sur Paris. C’est l’avenir de la capitale de la France qui est en jeu. Le Président est souvent assimilé au Président des riches  : Madame Dati serez-vous la Maire de tous ? Comment ferez-vous ? La capitale, et au-delà la France, n’ont jamais été aussi fracturées. Paris se fracture, Paris se replie, et tout le monde en souffre. J’ai la conviction qu’un élu local qui s’engage réduit les fractures et les inégalités. Mes propositions sur la sécurité, sur la propreté, sur les familles, parlent autant aux habitants du 7e qu’au 18e arrondissement. Le soutien de Nicolas Sarkozy n’est- il pas ... un « rendu », presque un devoir du Président au vu de votre longue « fidélité » ? Nicolas Sarkozy m’a toujours soutenue. Il me soutient aujourd’hui dans ma campagne pour réduire les fractures, sécuriser Paris, protéger les plus fragiles, et redonner son lustre à Paris.

particulières ? Je me souviens avoir craqué en vous entendant, jadis, raconter comment, avec vos amies, vous vous prêtiez robe, veste et chaussures pour les … rendez-vous… Je ne me rappelle pas avoir commis de bourde quand je suis arrivée dans des milieux privilégiées. J’ai eu la chance d’être entourée de personnes qui ne m’ont pas ramenée vers mon extraction sociale, mais m’ont projeté dans mon futur, vers ma réussite sociale. Diriger Paris... Est-il possible de ne pas penser à la Présidentielle en faisant son brushing J’ai fait le choix de Paris il y a 12 ans en me présentant à la mairie du 7e arrondissement.

Quelle est la vie d’une Femme-mère-Maire C’est la vie de toutes les femmes qui doivent concilier leur vie personnelle et professionnelle. Madame Dati, vous nous aviez éblouis à votre sortie de maternité ... Avez-vous du temps à consacrer à votre fille Mes parents m’ont transmis le sens de la famille. Quand mon père espérait que je les rejoigne pour le week-end, même quand c’était compliqué et fatigant pour moi, j’ai toujours cédé et fini par prendre un billet de train. Quand ma mère était à l’hôpital, gravement malade, j’ai toujours été à ses côtés. Je l’ai accompagnée jusqu’à la fin, comme je l’ai fait avec mon père. Je ne me suis jamais interrogée sur le fait d’être là pour mes parents. C’est pareil pour ma fille aujourd’hui. Quand il est important que je sois là, je le suis toujours, même en ce moment en période de campagne. Garde-t-on aisément des liens avec ses racines, notamment une famille modeste, une fois au pouvoir ? Dès que je vais à Chalon-sur-Saône, je vois mes anciennes amies, et les aide dans leur quotidien. Je parle tous les jours à mes sœurs, mes cousines, mes tantes.

Entre transparence, proximité, et violation de la vie privée, comment faites-vous pour rester un personnage public … accessible ?

Nous sommes liées par ce bavardage incessant. Mes amies fidèles ne m’ont jamais fait défaut. Nos vies se sont construites ensemble, avec leurs épreuves et leurs moments heureux.

J’ai toujours protégé ma vie privée et je n’ai jamais exposé ma fille. Quand cela a été fait, c’était contre mon gré.

Madame Dati, pensez-vous « aisé » d’acquérir « les codes » ? Votre itinéraire, qui ressemble à un « conte de fées », est-il dû à des qualités

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Quels sont vos maître, vos modèles en politique ou hors politique J’ai eu la chance de rencontrer des personnalités extraordinaires tels qu’Albin ancien garde des Sceaux CHALANDON, Marceau LONG, ancien vice-président du Conseil d’État, JeanLuc LAGARDÈRE ou Simone VEIL qui a été pour moi une marraine, une fée, un exemple. 


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CITATIONS INTERVIEW

ÈME

« DANS LE XVII IL Y FAIT BON VIVRE » NOUS DIT GEOFFROY BOULARD Par SYLVIE BENSAID

TRIBUNEJUIVE.INFO - MARS/AVRIL/MAI 2020


11 Tribune juive : Qui êtes-vous ? Identité, scolarité, diplômes, métier, mariage, enfants ... Geoffroy BOULARD : Je suis Geoffroy BOULARD, maire du 17ème arrondissement, marié et père de trois enfants, habitant depuis 18 ans dans l’arrondissement. Je travaille dans une PME de portage salarial en tant que directeur du réseau d’experts, activité que j’ai tenu à conserver à temps partiel en parallèle de mon mandat de mair.e Passionné d’histoire, de sports collectifs (football et rugby), je suis par ailleurs particulièrement sensible au développement de l’agriculture urbaine, étant moi-même issu du monde rural. Tribune Juive : Quel est votre engagement politique? Votre parti, votre leader ? Geoffroy Boulard : Engagé depuis mes 20 ans en politique, j’ai d’abord commencé en tant que simple militant en soutenant l’action de Jacques Chirac puis de Nicolas Sarkozy. Localement mes rencontres avec Françoise de Panafieu et surtout Brigitte Kuster ont été décisives afin de découvrir le service politique au plus près. Mon parcours politique est celui de la méritocratie : aucun héritage familial, seulement la volonté de défendre l’autorité de l’État, la valeur de travail, la responsabilité individuelle, la solidarité et le respect des libertés fondamentales de chacun. On ne peut tolérer qu’en France, des territoires soient abandonnés et laissés entre les mains de séparatistes religieux, ou de trafiquants. Tribune Juive : parlez nous de votre programme pour l’arrondissement sur les trois points suivants qui préoccupent les habitants : Geoffroy Boulard : A - Sécurité Pour assurer la sécurité des parisiens, il est indispensable qu’une police municipale armée et formée voit le jour à Paris. La police nationale doit pouvoir se concentrer sur des missions régaliennes, charge à la police municipale d’assurer la tranquillité publique, de lutter contre l’incivisme et de rassurer les parisiens par une présence permanente sur le terrain. Anne Hidalgo a toujours refusé la création d’une police municipale à Paris, par dogmatisme et par le jeu de ses alliances avec les communistes et les verts. A quelques mois du scrutin, elle a changé d’avis, personne n’est dupe pour penser qu’un tel

revirement puisse être sincère.

et donc plus d’efficacité.

En Marche détient depuis 3 ans la majorité nécessaire à l’Assemblée nationale pour faire voter la création d’une police municipale parisienne : c’est autant de temps perdu pour la sécurité des parisiens qui ne peut dépendre d’esprits partisans.

Par ailleurs, les horaires de collecte de nos déchets doivent être repensés et des moyens humains et technologiques doivent être déployés pour améliorer l’efficacité du service rendu aux parisiens.

Pour notre sécurité, je plaide également pour le développement de la vidéoprotection qui permet un meilleur traitement des délits en plus de dissuader le passage à l’acte avec un focus sur les sites sensibles comme les lieux cultuels et culturels de l’arrondissement. Enfin, il faut renforcer les moyens du GPIS qui assure la sécurité au sein du patrimoine des bailleurs sociaux. B - Propreté Comment peut-on encore accepter que la propreté de nos rues soit directement pilotée depuis l’Hôtel de Ville ? Plus que jamais, il est urgent de déléguer la politique de propreté locale aux maires d’arrondissement pour plus de proximité

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C - Écoles, logements sociaux , transports, circulation Création d’une nouvelle signalétique pour les piétons, vélos, deux-roues motorisées et trottinettes afin de faciliter les déplacements de chacun grâce à des indications claires, visibles de tous et précises. Augmentation du nombre de bornes de recharge pour les voitures électriques Doublement du nombre de places de stationnement pour les trottinettes Promouvoir la pratique du vélo : • Développement des pistes cyclables sécurisées • Implantation de stations de gonflage et réparation pour les vélos dans tous les quartiers


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INTERVIEW • Installation de boxes à vélo sécurisés ÉCOLES • 80% d’alimentation durable dont 70% bio dans les cantines du 17ème • Expérimenter la piétonisation des rues aux abords des écoles • Installation de capteurs et purificateurs d’air dans toutes les classes • Augmentation du budget destiné à l’entretien des établissements scolaires • Remise d’un passeport EcoGestes à tous les écoliers LOGEMENT • Permettre au maire d’arrondissement d’attribuer davantage de logements sociaux aux familles et seniors du 17ème ainsi qu’aux agents de la petite enfance, police et propreté etc. Tribune Juive : Avez-vous pensé aux personnes âgées ou handicapées pour leur accorder plus de places de stationnement qui manquent cruellement alors que de tout côté de l’arrondissement fleurissent de emplacement pour vélos et trottinettes ? Geoffroy Boulard : Dès que nous le pouvons et avons connaissance d’une demande nous créons des places PMR. Je demande régulièrement aux services compétents de lutter contre le trafic de cartes illicites en la matière. Tribune Juive : combien y a t-il d’habitants, combien d’électeurs inscrits sur les listes, quel est le pourcentage des électeurs qui se déplacent et donc combien d’abstentionnistes ? • 170 000 habitants • 104 000 électeurs environ • 44% de participation en 2014 (1er tour) Tribune Juive : Vous avez dans votre circonscription un nombre important de Français juifs , (10, 15, 20 pour cent peut être ). Il y fait bon vivre. Les juifs sont généralement peu enclins à donner leur suffrages aux partis extrémistes , communistes, trotskistes masqués, extrême droite mal fardée . La gauche modérée, le centre, la droite républicaine peuvent recueillir leur soutien à condition de ne pas tenir un double langage, que pouvez vous dire là dessus? Y a t il une tendance plus droitière dans le 17ème arrondissement? Geoffroy Boulard : Quand j’échange avec les ha-

bitants du 17ème arrondissement, je ne m’adresse pas à des musulmans, à des juifs ou à des chrétiens : je m’adresse à des citoyens qui aspirent légitimement à bénéficier d’un cadre de vie apaisé, sécurisé et au sein duquel ils peuvent s’exprimer, penser et pratiquer librement leur religion. Le 17ème arrondissement est riche de la diversité des quartiers et de ses habitants. Je m’entretiens régulièrement avec les autorités religieuses de l’arrondissement car leurs représentants sont des vigies, ils ressentent les inquiétudes et les aspirations de leurs fidèles. En tant que maire d’arrondissement, mon rôle est de faire en sorte que les habitants du 17ème vivent ensemble, que chacun trouve sa place et puisse s’épanouir. Face aux extrêmes qui peinent à condamner la violence et la haine, il est de notre devoir de leur opposer la tolérance et de protéger ceux qui sont attaqués parce qu’ils croient. Tribune Juive : L’antisémitisme n’est pas le problème des juifs mais celui des lépreux de la pensée. Il faut être clair sur ce point .Donnez nous votre sentiment sur le sujet. Geoffroy Boulard : Oui, l’antisémitisme est d’abord le problème d’âmes perdues, noyées dans la haine. La montée d’un antisémitisme décomplexé est alimentée par des imaginaires et préjugés absurdes que nous devons combattre et démonter au quotidien dans les écoles, dans les collèges, dans les universités etc. L’Histoire le montre, à chaque crise sociale ou économique, l’antisémitisme refait surface. Ceux qui diffusent ces messages répugnants doivent être sanctionnés à la hauteur de l’attaquent qu’ils portent à notre République car l’antisémitisme est une des plaies de notre société. Dans le 17ème, je me dresserai toujours en travers de ceux qui souhaitent s’en prendre aux juifs parce que juifs. La République est là pour les protéger, à leurs côtés. Tribune Juive : L’Islamisme n’est pas une religion mais un projet politique et révolutionnaire . Pour conserver le vote de nos concitoyens musulmans, faut il accepter ou concéder mais refuser toute compromission avec les extrémistes ? Geoffroy Boulard : Les français musulmans sont aussi les victimes d’extrémistes islamistes minoritaires, une grande majorité des français de confession musulmane aspirent à vivre librement sans craindre la répression et le jugement d’indi-

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vidus radicalisés animés par un projet politique aux antipodes des fondements de notre société. Il ne faut donc rien céder à l’islamisme et ne jamais reculer face aux ennemis de la République. Les élus qui se compromettent en flirtant avec ces extrémistes mettent en danger la liberté de nos compatriotes et confortent le séparatisme à l’œuvre dans certains quartiers. Tribune Juive : Le droit à l’Etat d’Israël de vivre en paix et de sauvegarder l’avenir du peuple juif doit il être remis en question selon la politique de ses dirigeants ? Geoffroy Boulard : Un autre ressort de l’antisémitisme est exprimé à travers l’obsession haineuse de l’état d’Israël, contesté dans sa légitimité. Des questions existentielles se posent et la sécurité d’Israël est en enjeu majeur. L’instabilité gouvernementale qui existe actuellement trouvera une solution, car Israël est un symbole de l’esprit indestructible du peuple juif. Au fil de l’histoire, le peuple juif a enduré des persécutions, l’oppression et certains ont même ont cherché sa destruction. Mais, malgré tout il a survécu et il a prospéré. Malgré toutes ces épreuves, les israéliens ont créé l’une des terres les plus abondantes du monde, Une terre qui est riche non seulement dans son histoire, sa culture et en opportunité, mais surtout dans son esprit. Vous l’aurez compris, je ne me placerai jamais du côté de ceux qui nient ou contestent l’existence de l’État d’Israël. 


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POLITIQUE

Paris vaut bien une messe Par ANDRÉ MAMOU

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n sondage tout a fait récent : 72 pour cent de l’échantillon estiment que le PS va disparaître et, sans doute, définitive-

les voitures. Ce programme est l’inverse de celui mis en place par Georges Pompidou qui disait « Les Français aiment la bagnole , arrêtez de les emmerder ».

Il faut trouver une solution pour contenter un peu tout le monde ! Madame Hidalgo ne se préoccupe que de sa réélection en devenant la candidate non officielle des écologistes.

Anne Hidalgo est maire de Paris avec l’étiquette Parti socialiste. Elle ne peut se servir du bilan catastrophique de François Hollande, mis dans l’impossibilité de se représenter. Déjà alliée aux communistes, elle pourrait se rapprocher de La France insoumise mais elle perdrait alors tous ses électeurs. Son seul espace de débattement c’est, bien sûr, celui des écologistes. Ils ont obtenu des scores importants lors des derniers scrutins et ils apparaissent comme sympathiques aux yeux des électeurs. La chasse au plastique, l’élimination des sources de pollution, la sauvegarde de la planète, tout le monde est d’accord alors pourquoi se priver ? On fait campagne sur les pistes cyclables, sur l’impossibilité de stationner en éliminant la moitié des places prévues et donc en éliminant

Personne ne voudrait voir Paris transformé en marmite explosive avec une circulation démente. Personne ne peut imaginer que la solution soit des vélos bien propres où des jeunes gens pédaleraient en cadence. Paris n’est pas Vienne, et ne veut pas être une capitale pour touristes tandis que ceux qui y travaillent seraient peu à peu chassés.

Il y a à l’ est et à l’ouest deux zones abandonnées : les bois de Vincennes et de Boulogne : insécurité majeure, trafics, prostitution. On devrait commencer par faire le ménage dans ces zones pour les remettre à la disposition du peuple de Paris. Il y dans les arrondissements de l’Est parisien, des zones de non droit et peut être même des territoires perdus pour la République. Au lieu d’engloutir des millions pour laisser s’ébattre des jeunes gens bien droits sur leur bécane alors que les parisiens s’engluent dans une circulation qui n’a qu’un seul but , les chasser de la chaussée, on pourrait réfléchir à une meilleure approche.

ment.

A Tel Aviv le jour de Kippour aucune voiture ne circule, quelques heures après l’air devient différent : plus vif, plus clair et chacun s’en réjouit. A Paris, les couloirs de métro, les volées de marches, les correspondances interminables, ce n’est pas pour les seniors, pour les handicapés, pour les gens fatigués ou harassés.

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Mais rien ne sera fait : Paris vaut bien toutes les messes. 


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CITATIONS INTERVIEW

KAREN TAIEB

« APPORTER UN NOUVEAU SOUFFLE AU XVII ÈME » Par SYLVIE BENSAID

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encontre avec Karen Taieb Tête de liste « Paris en commun », la liste de Anne Hidalgo, dans le 17ème arrondissement , elle nous parle de ses projets, de son programme, et des enjeux de cette campagne pour les élections municipales des 15 et 22 mars prochains. Tribune juive : Qui êtes-vous ? Identité, scolarité, diplômes, métier, mariage, enfants ... Je m’appelle Karen Taieb. J’ai 57 ans. Parisienne depuis l’âge de 10 ans, je suis née à Rabat et habite depuis 2003 dans le 17ème arrondissement. Mariée, mère de trois garçons et grand mère deux fois, je m’investis pleinement dans mon rôle de Conseillère de Paris depuis 2001.

C’est ce monde là qui vous forme, vous forge, vous engage vis à vis de l’Autre et vous prouve que le mot possible dépend de ce que vous allez faire. Je suis issue de la société civile mais ai toujours soutenu la politique de Bertrand Delanoë puis celle de Anne Hidalgo. On a un projet en commun et beaucoup de combats à mener ensemble. J’ai exercé plusieurs fonctions au sein de Paris mais celle d’adjointe au patrimoine est très enrichissante. C’est cette expérience que je veux donner aux habitants du 17ème. Tribune Juive : Comment se passe la campagne ?

Docteur en chirurgie dentaire, j’ai également fait des études de philosophie à la Sorbonne et d’histoire de l’art à l’école du Louvre en auditrice libre. Je suis aussi journaliste santé et anime depuis de nombreuses années une émission ( Objectif Santé ) sur RCJ. Passionnée de théâtre, j’écris des pièces, notamment un conte écologique qui a été joué au Petit Théâtre des Variétés en 2012.

Karen Taieb : C’est une très belle campagne. Avec 37 colistiers plein d’enthousiasme et d’énergie et surtout la volonté d’apporter un nouveau souffle à cet arrondissement.

Depuis le 24 septembre 2018, Je suis adjointe à la Maire de Paris chargée du Patrimoine.

Karen Taieb : Le 17ème est un arrondissement qui a plein de visages : les Hôtels particuliers de la plaine Monceau, les rues faubouriennes du quartier des Batignolles et des Epinettes, ces chemins de fer historiques, le nouveau quartier Martin Luther King ...

Anne Hidalgo m’a proposé de conduire la liste Paris en commun dans le 17ème arrondissement. Tribune Juive : depuis quand vous êtes vous engagée en politique ? Votre parti, votre leader ?

Tribune Juive : parlez nous de votre programme pour l’arrondissement sur les points qui préoccupent les habitants :

Karen Taieb : C’est Gil, mon mari, qui est à l’origine de mon histoire en politique. Il a créé le festival Onze Bouge avec Georges Sarre et c’est ainsi que l’ancien maire du 11e a fait appel à moi.

Nous voulons en faire un arrondissement plus vert, plus propre, plus sécurisé, plus solidaire, plus accessible, qui prend soin des petits comme des grands, un arrondissement où la culture aura toute sa place tout comme l’innovation, où il fera bon vivre des deux côtés du Pont Cardinet.

Je dois, nous devons beaucoup avec Gil, au monde associatif.

Sur la Sécurité : Nicolas Sarkozy a diminué de manière drastique le nombre de policiers. Puis

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Photo : © Benoît Devarrieux Consulting

Paris a dû faire face à une terrible vague d’attentats. La lutte contre le terrorisme est devenue une priorité absolue. D’où moins de police dans les rues pour les actions du quotidien. Avec Anne Hidalgo, nous prévoyons la présence d’une police municipale de proximité, proche des habitants, autant de femmes que d’hommes qui seront formés à toutes les situations et discriminations. Nous allons passer de 3600 à 5000 agents. Propreté : un plan propreté en concertation avec les riverains et commerçants Nous devons lutter contre les incivilités et sensibiliser petits et grands au respect de leurs rues. Le budget dédié à la propreté pour Paris passera de 500 Millions d’€ à 1 Milliard d’€.


15 Ecoles : plus de sécurité aux abords des écoles. Supprimer les voitures aux abords des écoles aux heures des enfants. Proposer des menus végétariens aux élèves, du 100% bio. Ouvrir les écoles le week-end pour des activités sportives, culturelles... Initier gratuitement les enfants au vélo, créer des « rues aux enfants ».

Nous avons tous vu le thermomètre grimper cet été jusqu’à 42,6 à Paris. Difficile de transformer une ville sans faire de bruit, sans faire des mécontents, sans risquer de déplaire, mais l’enjeu environnemental nous dépasse ; Il n’est pas seulement pour l’instant présent, il est pour demain. Il est pour nos enfants et nos petits-enfants. Le Centre international de recherche sur le cancer a classé les gaz d’échappement des moteurs diesel comme cancérogènes avérés pour l’Homme en 2012. Fallait-il rester les bras croisés ? Certainement pas.

Photo : © Benoît Devarrieux Consulting 170 000 habitants dont environ 100000 votants.

Pour la petite enfance, augmenter le nombre de places en crèche. Logement : nous continuerons à créer des logements sociaux avec des commissions d’attribution en présence d’habitants. Culture : Je souhaite développer un partenariat privilégié avec la future Cité du Théâtre boulevard Berthier qui inclura une partie du théâtre de l’Odeon, de la comédie française et le conservatoire national d’art dramatique. Je souhaite créer un festival de théâtre inter collèges et lycées du 17ème. Le 17e est l’arrondissement où ont vécu Zola, Colette, Manet, Sacha Guitry, Joseph Kessel, Francoise Sagan, Barbara, Jacques Brel, Debussy, Marcel Pagnol ... Ils seront une formidable inspiration. Mémoire : nous étions ensemble avec Anne Hidalgo il y a peu de temps à Auschwitz Birkenau dans cet abime de l’enfer et je veux la remercier pour tout ce qu’elle fait pour le memorial de la Shoah de Paris mais plus encore pour cette mémoire qu’elle porte profondément en elle. On travaille beaucoup avec le memorial de la Shoah qui va pouvoir s’agrandir avec l’hôtel Chalons Luxembourg situé rue Geoffroy l’Asnier. C’est une volonté de la Maire de Paris. Transport : gratuité sur les transports en commun jusqu’à l’âge de 18 ans. La place de la voiture a diminué de 15%, les parisiens ont moins de voitures. Ce chiffre est officiel. Réduire la place de la voiture n’est pas fait pour embêter les parisiens ou les franciliens mais bien pour prendre à bras le corps un problème de santé publique, pas pour faire peur mais pour dire il y a urgence, urgence climatique, urgence environnementale. L’air que l’on respire ne doit pas être un poison et c’est hélas le cas aujourd’hui.

2024 sera donc une grande année, les Jeux Olympiques et paralympiques bien sûr, mais aussi celle de la fin du Diesel à Paris. Il ne s’agit pas d’interdire la voiture lorsque celle ci est propre, nécessaire, utile, parfois même impérative mais nous voulons inviter les parisiens à se déplacer autrement quand cela est possible. On peut marcher c’est excellent pour la santé, faire du vélo, prendre le métro, le bus les taxis, les vtc et sa voiture quand on n’a pas d’autre choix ! Tribune Juive : Avez vous pensé aux personnes âgées et handicapées ? Karen Taieb : Nous voulons faire de Paris la capitale de l’accessibilité universelle. Car ce qui sera fait pour les personnes handicapées servira aux personnes âgées, aux parents avec leurs bébés en poussette ... Mais je souhaite proposer des solutions pour lutter contre l’isolement, offrir des activités culturelles gratuites en mairie(conférences, spectacles, un forum santé ...) Nous mettrons à disposition des Chèques taxi, des navettes électriques à tarifs préférentiels... Toutes ces questions du grand âge, du handicap physique ou psychique me sont chères. Notre implication au FSJU avec Gil m’a appris l’importance d’un Esat, tout ce qu’il reste à faire pour les autistes, la solitudes des personnes âgées, ces parents qui donnent tant à leurs enfants handicapés, la souffrance des aidants. C’est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Faire du 17ème un arrondissement exemplaire en matière d’accessibilité est un de mes objectifs. Tribune Juive : Combien y a y-il d’habitants, combien d’électeurs inscrits sur les listes, quel est le % des électeurs qui se déplacent et donc combien d’abstentionnistes ? Karen Taieb : Il y a dans le 17ème arrondissement,

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Tribune Juive : vous avez dans votre circonscription un nombre important de français juifs, (19,15,20 pour cent peut être). Les juifs sont généralement peu enclins à donner leurs suffrages aux partis extrémistes, trotskistes masqués, extrême droite mal fardée. La gauche modérée, le centre, la droite républicaine peuvent recueillir leur soutien à condition de ne pas tenir un double langage, que pouvez vous dire là dessus? Y a t il une tendance plus droitière dans le 17ème ? Karen Taieb : La ville de Paris est très mosaïque et le 17ème aussi. Les parisiens votent surtout pour un projet de société et ce quelle que soit leur religion. Et cela est vrai pour la communauté juive. Tribune Juive : Et face à l’antisémitisme grandissant, que prévoyez vous ? Karen Taieb : L’antisémitisme est le problème de tous les parisiens et face à cette montée, je ne laisserai rien passer, je ferai en sorte que les juifs de Paris n’aient pas de sentiments d’angoisse, de peur. Nous avons inauguré avec Anne Hidalgo la place de Jerusalem, un beau symbole face au centre européen du Judaïsme. A Paris, c’est tolérance zéro pour toutes les formes de disscriminations, c’est non à l’antisémitisme, au racisme, a l’homophobie, au negationisme, au sexisme, à toutes les haines. La période que nous vivons est extrêmement fragile. Et nous devons être intransigeants sur cette question encore vivace de l’antisémitisme. Face au terrorisme islamiste qui a tué à Paris, à Toulouse, à Montrouge, à Charlie Hebdo, au Bataclan, à l’hypercacher, notre vigilance s’impose.


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POLITIQUE

Les partis politiques français à l’égard d’Israël Par RAPHAËL NISAND

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n ne sait pas trop s’il existe un vote juif. A chaque élection les Juifs de France votent selon leurs préférences partisanes et elles sont très diverses. Les élections municipales de mars 2020 ne devraient pas faire exception à la règle. Il n’y a pas de consigne de vote chez les Juifs de France et il y aura bien sûr des juifs qui se reconnaissent comme tels qui seront candidats sur toutes sortes de listes mais , comme par exemple aux EtatsUnis, il existe malgré tout des habitudes de vote. Aux Etats-Unis pour des raisons historiques et sentimentales le parti démocrate qui est le parti des minorités conserve la faveur d’une grande majorité de juifs. En France aussi les Juifs votent très majoritairement pour la droite modérée et pour la gauche modérée. Il existe bien sûr des juifs favorables à l’extrémisme par exemple dans les partis trotskistes et même au parti communiste mais ils sont une infime minorité. De même le rassemblement national de Marine le Pen peine à convaincre la communauté de sa réelle dédiabolisation. Il y a encore en effet beaucoup de nazillons notoires et de négationnistes dans l’entourage même de Marine le Pen. Et la photo récente de cet assistant parlementaire RN déguisé en grande tenue nazie lors d’une soirée costumée et faisant le salut hitlérien n’a pas arrangé l’image de marque de ce parti qui reste à l’extrême droite. Pour le reste la situation est bien compliquée. Chaque parti apporte bien sûr ses propositions au plan local en matière d’urbanisme, de transport, d’environnement, mais ces mêmes partis adoptent des postures internationales qui compteront sans doute au moment du vote. Les Verts français sont d’un anti israélisme confondant . Et

ce n’est pas parce-qu’ils ont soutenu la dernière dérive d’Esther BENBASSA se faisant photographier hilare avec une enfant portant l’étoile jaune lors de la manifestation parisienne contre la prétendue islamophobie qu’ils vont redorer leur blason. Les Verts allemands et autrichiens luttent contre le boycott d’Israël et votent les résolutions anti BDS boycott désinvestissement sanction dans leurs parlements respectifs. Les Verts autrichiens ont même inscrit cela dans la plate forme gouvernementale. Les Verts français font toutes les manifs contre Israël n’hésitant pas à côtoyer les drapeaux du hezbollah et du hamas dans nos rues. Dommage qu’ils ne soient pas comme leurs homologues d’Outre-Rhin. Les socialistes ont été dans le passé les meilleurs amis des Juifs et d’Israël . Ils côtoyaient les dirigeants israéliens avec bonheur au sein de l’internationale socialiste . Qui ne se souvient de François MITTERRAND premier Président français à se rendre à la Knesset ou de cette fraternité qui liait MITTERRAND avec Shimon PERES ou Golda MEIR .

Quant à LREM, E.Macron s’était d’abord montré ami d’Israël alors qu’il était ministre de l’économie. Mais depuis son élection les relations au plus haut niveau sont gelées. Néanmoins après l’annulation d’un voyage d’Edouard Philippe et de son propre voyage en Israël, le Président de la République doit se rendre prochainement à Yad Vashem. C’est peut-être la fin d’un boycott de fait de la part de nos dirigeants. Il faut aller à droite pour trouver à l’heure actuelle des hommes politiques français qui se veulent amis d’Israël à l’instar d’un Christian ESTROSI, d’Eric CIOTTI ou de Claude GOASGUEN.

Le PS quitte de plus en plus cet engagement et a voté à l’été 2018 une résolution pro boycott lors de la réunion de l’internationale socialiste qui s’est tenue à Genève.

Mais c’est à droite aussi qu’on trouve les opinons les plus contrastées. C’est la droite qui a mis en place la fameuse « politique arabe de la France » sous De Gaulle. C’est la droite aussi qui s’est liée d’amitié avec Saddam HUSSEIN à qui Chirac voulait fournir la bombe atomique.

Dans cette résolution il est notamment dit qu’Israël déporte les palestiniens. Oui vous avez bien lu le mot déporter est utilisé de façon perverse et authentiquement antisémite dans ce texte.

Nicolas SARKOZY quant à lui a noué des relations très étroites avec le Qatar et ne rechignait pas à se rendre au congrès de l’UOIF, les frères musulmans.

Cette réunion de l’internationale socialiste a été si terrible que le parti socialiste israélien Avoda qui était présent a vainement protesté et a suspendu sa participation à l’internationale.

Pas facile de se retrouver dans ce maquis de réactions à fleur de peau et il incombera donc à chacun en tant que citoyen de se déterminer en toute liberté. 

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CITATIONS POLITIQUE

Francis Szpiner, un combattant dans la lutte contre le terrorisme et l’antisémitisme Par SARAH CATTAN

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rancis Szpiner, fils de Jacques et Bella Szpiner, imprimeurs parisiens d’origine juive polonaise, a grandi dans un milieu politique familial qu’il décrit lui-même comme mendésiste et gaulliste. Adolescent, il milite au Front des étudiants juifs de France. Avocat au barreau de Paris depuis 1975, il est de ceux qui pensent à raison que toute personne doit être défendue, rompant toute tentation d’amalgame entre le client et son Conseil. Francis Szpiner, candidat dans le XVIème, tête de liste de la droite et du centre soutenu par Rachida Dati et Claude Goasguen, est un combattant essentiel sur deux points qui touchent la France et sa communauté juive : le combattant dans la lutte pour le terrorisme, - un précurseur en la matière-, et le combattant contre l’antisémitisme.

victime de l’attentat du Grand Vefour, et plaidera pour les victimes d’attentats terroristes. SOS Attentats, association créée par des victimes pour des victimes, a fait introduire la qualification de terrorisme dans notre système juridique, obtenant des droits pour toutes les victimes en France. Parallèlement à cela, Président de la Commission juridique membre de la LICRA, il s’interdit d’agir en même temps en qualité d’Avocat de l’Association. Francis Szpiner sera, en 1988, l’Avocat de la famille d’Ilan Halimi, enlevé et tué par le Gang des Barbares : faisant de la lutte contre l’antisémitisme une cause publique, il renversera la table, après le verdict en première instance, en dénonçant la particulière indulgence des juges.

En 1983, après l’attentat de la rue Marbeuf dont la bombe visait le siège du journal libanais Al Watan al Arabi, le voilà l’Avocat des victimes : il prend d’emblée conscience que le terrorisme va devenir un sujet majeur. Nous sommes … en 1983…

Son arrivée dans le Procès Merah aux côtés de Latifa Ibn-Ziaten fut perçue par tous ses confrères comme une valeur ajoutée : c’est en effet en s’attachant encore à cette notion de complicité qu’il jouera un rôle déterminant dans la condamnation en appel d’Abdelkader Merah pour complicité d’assassinats de son frère : la décision est historique.

En 1986, avec le Substitut du Procureur Alain Marsaud, il imagine la création du Parquet antiterroriste, idée qu’il soumet à Jacques Chirac, Premier Ministre. C’est ainsi que sera créée La Section antiterroriste au Parquet de Paris, donnant au Tribunal de grande instance de Paris une compétence nationale sur les affaires de terrorisme mais aussi de crimes contre l’humanité.

Avocat des enfants de Sarah Halimi, il déplore l’absence de suivi médiatique, la gêne de parler frontalement de l’antisémitisme en France, surtout quand cet antisémitisme est le fait non pas de l’extrême droite, mais d’un musulman. Il monte, là encore, au créneau, en demandant haut et fort qu’une Cour d’assises rétablisse la Justice.

Il deviendra l’Avocat de l’Association SOS Attentats créée par Françoise Rudetzki, elle-même

Il convient enfin que si le fait que critiquer Israël ne fait de quiconque un antisémite, cer-

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taines critiques de la politique israélienne sont le paravent des antisémites. Homme de convictions, de valeurs et de parole, ce passionné de rugby se retrouve aujourd’hui opposé à Hanna Sebbah, la candidate de la liste LaREM portée par Agnès Buzyn. Directrice associée chez Havas Paris, la candidate est actuellement maire adjointe du 16e arrondissement : Le 16e c’est cool … encore plus avec @BGriveaux, avait tweeté il y a peu celle qui aujourd’hui porte les couleurs … d’Agnès Buzin. Face à Elle, Francis Szpiner, qui a le soutien affiché de Claude Goasguen, ami d’Israël, et celui de Valérie Pécresse, ne vous dira pas que Le 16e c’est cool  : Vous le rencontrerez sur le terrain, tractant sur les marchés, s’enquérant au plus près des réalités, échangeant avec les habitants et les commerçants, s’inquiétant des difficultés de mobilité pour les entreprises, en appelant à l’alternance pour Paris et à la fin de l’ère Hidalgo, portant le projet de Rachida Dati avec ambition et détermination, et exhortant à une campagne digne et apaisée, à la hauteur des enjeux de Paris.


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POLITIQUE

Yassine Belattar : la tache indélébile sur le costume de celui qui nous sert de Président Par SARAH CATTAN

Ç

a pourrait n’être qu’une historiette. Une forme de fable. Ils étaient 3. Une Dame, Zineb El Rhazoui. Rescapée d’un carnage. Ce qui nous reste de Charlie et qu’elle porte haut et fort, comme pour donner un sens au fait qu’elle ait survécu. Mais surtout pour pré-venir. Elle parle de ce qu’elle sait. Le deuxième fut notre erreur collective : nous le fîmes Président, sous prétexte qu’entre la peste et le choléra… Pis, nous crûmes en les promesses de cette jeunesse inédite en politique. Il nous conta fleurette mais en même temps nous prévint que de sa pensée complexe nous n’entendrions pas tout, mal équipés que nous étions : le bilan fut celui que chacun sait. Une France qu’il réussit à mettre encore plus bas que ses prédécesseurs. A son actif, entre tant d’autres, des erreurs de casting. Du lourd. Du grave. Qui ne part pas au K2R.

Le 3ème, Yassine Belattar, en est un reste. Une de ces taches indélébiles. Un soi-disant humoriste que le sieur serait allé, aidé de moult conseillers, nous chercher pour le faire pénétrer au Palais. Lorsqu’on a sous la main une Chance pour la France, on la promeut. La hisse, en exemple.

LA “CHANCE POUR LA FRANCE” PARLE AU PAYS

Qui savait ses talents d’humoriste ? Je faisais partie de ceux qui ignoraient jusqu’à son nom. Pourtant un soir, invité qu’il fut pour témoigner, délivrer son docte avis, porter en somme le jugement dernier sur ce qui venait de se dire lors d’une émission politique[1], L’émission politique menée par une Léa Salamé et un François Lenglet équipé de ses graphs, je ne fus sans doute pas la seule à rester ainsi, sidérée par les propos du bonhomme, son arrogance et son aplomb : La Bruyère en eût fait le plus juste portrait et je gage qu’il l’eût titré L’Imposteur. A ce détail près que le garçon n’avait, comme d’autres du même acabit, forcé nulle porte du Palais et que sa faute s’en trouvait amoindrie : on était allé le quérir. Comme on alla quérir des Benalla et autres Ladj Ly, qui eurent le don d’émouvoir, que dis-je, bouleverser celui qui fait office de Président.

Clémentine Autain et ses pairs- osa, osa dire à la France, entre autres fadaises, que d’attentat le pays n’avait guère connu : lui appelait « ça » des faits isolés. Le Père Hamel égorgé au sein de son église ? Un fait isolé. Et tout à l’avenant. Y avait pas d’islam politique en France. Comme ça, sur le mode pépère, impunément, à une heure de grande écoute, t’avais ce zig qui déclarait que tous ces morts égorgés étaient des faits isolés. En rien prémédités. En rien organisés. Myriam. Arie. Jonathan. Sarah. Abel. Mohamed. Et tous les autres. Charb. Tous. CES FEMMES REMARQUABLES

Ce qui l’amena à l’époque à un échange violent avec Fatiha Boudjahlat qu’il menaça via tweeter d’un procès en diffamation. Lol. Mais encore dont il demanda le renvoi de l’Education nationale : ne venait-elle pas de rétorquer à ce guignol que l’islamisme était un nazisme. Et d’emprunter à Gilles Kepel le terme de dénégationnisme : Yassine Belattar était dans la dénégation permanente et militante face à l’entreprise terroriste islamiste.

L’IMPOSTEUR

L’imposteur donc, découvert lorsqu’il prit le micro tendu et débita un discours ubuesque sous les yeux ébaubis des uns et le regard attendri et respectueux des autres, – je parle de

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Mais lui, ça lui a pas plu du tout cette affaire, alors ni une ni deux : il promit à la dangereuse donzelle un procès en diffamation et exigea … son renvoi de l’Education Nationale. LOL


19 Le nouveau chantre de la paix avait parlé. Son aplomb était confondant. La séquence valait son pesant de cacahuètes. Le voilà même, à un moment, endossant le costume de victime à laquelle on aurait confisqué, bande d’islamophobes qui me lisez, le mot Patrie, à lui, si fier de son drapeau. Sic. Le voilà encore qui nous servit que Valls lui avait confisqué son joujou, pardon le mot laïcité : Comme s’il l’avait déposé à l’INPI[2]! Et le voilà qui se mit à nous chanter, once more, le concours des quartiers. Lui il les connaissait. Et ces débats récurrents ? Ces musulmans stigmatisés. Voilà : c’était Yassine Belattar, celui qu’aussitôt, le Président s’empressa d’aller quérir, pendant que, dans un même élan, Les Inrocks saluaient le salutaire coup de gueule du benêt. Pardon : Libé l’avait, durant la campagne présidentielle, promu … agitateur. Bref, Toi tu te demandais depuis quand exactement ils avaient pignon sur rue, les Dieudonné et autres comiques de la même engeance qui, se prenant pour des La Rochefoucauld, jouaient aux moralistes.

LE Z DE ZORRO : LUI, TRISSOTIN DU PAUVRE, SIGNE … “Y”

LÂCHES MENACES DE MORT

Saigne-la sans pitié, tweetèrent alors ses amis à l’encontre de Fatiha Boudjahlat sous le post de Monsieur Belattar, pendant qu’une de mes amies écrivait à raison que le monde musulman avait un angle mort philosophique : la notion de responsabilité. Ils étaient les victimes de l’Occident. Toujours passifs, donc jamais responsables de leurs actes. Je repensais aux mots de Malraux : Une culture ne meurt que de sa propre faiblesse. Mais encore au Manifeste censuré de Camus. Ce texte vibrant qui nous exhortait à rester libres. quoi qu’il en fût. NOMMÉ. AU CONSEIL PRÉSIDENTIEL DES VILLES

Mais il ne se fit pas virer pour autant : C’est lui qui démissionna, par une lettre ouverte de laquelle on se demande encore qui la missive couvrit de ridicule : le boss auquel elle s’adressait, ou l’émetteur, lequel signa du désormais célèbre … Y… Signature que notre Trissotin apposa après un plaidoyer contre le grand malheur de tous les musulmans français, victimes du racisme que l’on sait tous, mais encore une exhortation à … légaliser … lesdits musulmans avant que de s’occuper … du Cannabis. JE NE MANGERAI PAS DE PORC, JE NE BOIRAI PAS D’ALCOOL : MAIS PEU NOUS CHAUT, MON GARS

Pendant ce temps, ébloui par ce langage fleuri et cette réflexion sans pareille, notre Président, déjà entouré qu’il était de sortes de Grands frères au langage de racaille dès lors qu’ils ne se surveillaient plus, nomma le prétendu humoriste au … Conseil présidentiel des villes.

Comme parti en croisade, le zig, lors du rassemblement contre l’islamophobie à Paris[3], avertit la France que les musulmans n’étaient pas dans un projet d’assimilation : Je ne mangerai pas de porc, je ne boirai pas d’alcool, avait-il cru-il nécessaire d’ajouter, comme si la chose lui avait été demandée, et concluant : La France doit s’habituer au fait que nous restons.

Notre gars se crut dès lors, investi qu’il était, tout permis. On le retrouva en mars 2019, après 48 heures de garde à vue, mis en examen pour harcèlement moral assorti de menaces de mort.

C’est donc en toute logique que, s’il s’en prit entre autres au Ministre de l’éducation, sa bête noire, l’objet de sa haine restait Zineb El Rhazoui. Inch Allah t’es plus là en 2020, lui asséna-t-il donc hier,

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classieux, en guise de vœux. A quoi Zineb El Rhazoui lui souhaita d’être un jour, lui, libéré de son Allah imaginaire. Celle qu’un misérable Booba avait appelé à punir, la traitant de putain et autres gracieusetés, et que le réalisateur des Misérables avait, lui, qualifiée de terroriste. LA FAUTE PRÉSIDENTIELLE

La faute à qui ? Le responsable de cette triste fable est bien notre Président, lequel, au lendemain des déclarations de son ami, devait recevoir des représentants du Conseil français du culte musulman afin de voir comment nos concitoyens dont la religion était l’islam pouvaient vivre tranquillement leur religion en respectant absolument toutes les lois de la République. Sic. Ce Président inconséquent. Sa complaisance. Concernant ces lâches accommodements. Ses choix en seront la leçon. Au lieu d’en référer à une Fatiha, une Zineb, une Marie, une Djemila, lui a fait des choix qui, outre d’avoir nui à l’image du pays, laisseront des taches. Profondes. 


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CITATIONS INTERVIEW

INTERVIEW EXCLUSIVE DE L’ANCIEN CHEF DU MOSSAD EN IRAN : ELIEZER (GUEIZI) TSAFRIR Par FREDERIC SROUSSI

J

’ai interviewé aujourd’hui, en exclusivité pour Tribune Juive, l’ancien haut responsable du Mossad, Eliezer (Gueizi) Tsafrir qui fut le chef des légendaires services de renseignements israéliens en Iran (en 1979, en pleine Révolution islamique), au Kurdistan irakien du temps de Saddam Hussein et au Liban. Il fut aussi le conseiller spécial pour les affaires de terrorisme d’un Premier ministre israélien. Eliezer (Gueizi) Tsafrir fut un combattant de l’ombre qui sauva la vie de centaines de personnes en contrecarrant les tentatives d’attentats des groupes et mouvements terroristes les plus redoutables, et ce aux quatre coins du monde.

Parsi dirigée par Soleimani est active également en Afrique et en Amérique du Sud. Rappelons que cette unité (Quods) par le biais du Hezbollah ou directement est responsable des attentats perpétrés en Argentine (N.D.A attentat contre l’ambassade d’ Israël à Buenos Aires en 1992 qui coûta la vie à 30 personnes et l’attentat perpétré contre le centre communautaire juif de Buenos Aires en 1994 qui fit 85 morts).

Tribune Juive : Tous les gens qui s’intéressent au conflit avec l’Iran connaissaient plus ou moins la terrible réputation du Général iranien Qassem Soleimani qui vient d’être neutralisé par une frappe américaine en Irak. Mais quelle était réellement sa fonction ?

I’Iran veut imposer le chiisme partout et n’oublions pas que l’Iran croit, selon la tradition chiite, en l ’arrivée du Maadi (N.D.A le Messie).

Eliezer (Gueizi) Tsafrir : D’abord, je veux commencer par une belle citation issue de notre Torah : « Quand ton ennemi tombe, ne te réjouis pas ». Ceci dit, c’était la chose à faire. Félicitations et merci aux États-Unis, au Président Trump et à l’aviation américaine pour avoir fait ce travail. Cet homme (Soleimani) avait comme fonction d’organiser des actions terroristes dans le monde entier et de créer un axe chiite pro-iranien allant de Téhéran , en passant par Bagdad jusqu’ à Damas et le Liban (avec l’aide du Hezbollah), sans oublier le Yémen. Il faut savoir que la force Quods qui veut dire ”Jérusalem” en Arabe et en

Rappelons que le Djihad Islamique Palestinien (DIP) qui est sunnite a été influencé par la Révolution Islamique iranienne chiite et qu’il est financé par l’Iran.

TJ : Vous qui êtes un spécialiste du monde arabo-musulman, cette vision eschatologique, cette arrivée du ”dernier imam”, y-croient-ils vraiment ? EGT : Oui, ils y croient. C’est un régime d’ extrémistes irrationnels. Il faut dire surtout que l’Iran poursuit un programme nucléaire en vue d’obtenir la bombe atomique. Et croyez-moi, l’arme atomique dans les mains de fous pareils sera une immense menace pour le monde entier. Ils ont vraiment l’intention de faire disparaître Israël de la carte. Ils n’auront aucun problème moral pour lancer l’arme atomique contre Israël !

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Eliezer (Gueizi) Tsafrir, ancien Chef du Mossad en Iran TJ : Que pensez-vous de ceux qui disent que L’Iran aura la bombe atomique, qu’ Israël l’a, et qu’il existera alors un équilibre de la terreur et de ce fait tout ira bien ? EGT : Pardon, mais même si les Iraniens savent qu’en frappant Israël, ils seront frappés à leur tour par une seconde frappe venant de nous, nous n’avons pas le luxe de permettre qu’une seule bombe atomique explose sur Israël . Vraiment pas ! Il y a une ligne rouge qu’il faut leur interdire de dépasser. Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre de savoir exactement quand ils auront franchi cette ligne rouge… TJ : De plus l’ État d’Israël est un petit pays qui ne peut pas se permettre de recevoir une seule frappe nucléaire ! EGT : Oui, évidemment. Pour en revenir à Qassem Soleimani, même si


21 ce n’était pas officiel, il était le numéro deux du régime après l’Ayatollah Khameinei. Son agressivité , son expérience faisaient de lui un homme très dangereux. Son élimination est donc une bonne chose et il faudra en faire de même avec les autres… Les Iraniens s’imposent en Irak, au Liban, en Syrie et c’est très dangereux pour nous. C’est surtout pour éviter l’implantation des iraniens en Syrie d’où ils pourront nous attaquer encore plus facilement que Benjamin Netanyahou a donné l’ordre à notre aviation de frapper les bases iraniennes en Syrie. TJ : OK , mais même malgré toutes nos opérations aériennes, les iraniens sont quand même implantés en Syrie. EGT : Exact TJ : Il y a aussi ce «jeu» avec la Russie qui se trouve en Syrie et qui nous empêche d’agir à notre guise contre Téhéran. EGT : En effet. TJ : Alors, pensez-vous que l’élimination du général Soleimani va changer quelque peu la donne ? EGT : Je ne pense pas qu’il y aura une différence car son remplaçant, Esmail Qaani, sera peut-être moins « talentueux » mais il continuera la même politique. C’est vraiment,vraiment dommage que la Russie offre une sorte de protection aux iraniens pour qu’ils continuent leur politique agressive envers nous, même s’il existe, malgré tout, des désaccords entre l’Iran et la Russie. Tsahal doit donc continuer à les empêcher de réaliser ce qu’ils veulent tant en Syrie qu’ au Liban où le Hezbollah a 140 000 missiles qui peuvent devenir de plus en plus précis et ceci représente un très grave danger pour nous en Israël. TJ : Ne pensez-vous pas que même si nous nous attaquons à la présence iranienne en Syrie et même en Irak où notre aviation exécute des missions périlleuses, il faudra bien un jour frapper l’ Iran en Iran même…? EGT : C’est ce que je disais. Si l’Iran est prêt à dépasser la ligne rouge (par l’acquisition de l’arme atomique) et que la grande Amérique n’agit pas, alors il nous faudra frapper le territoire iranien. Il n’y a aucun doute sur ce point.

tiques et l’état-major de Tsahal pensent comme vous ? Qu’ils sont prêts à le faire ? EGT : J ’espère que oui, j’espère qu’il existe bien une préparation dans le cas où il faudra intervenir directement contre l’Iran. Il y a quelques années, Benjamin Netanyahou et Ehud Barak (alors ministre de la défense) avaient demandé de se préparer à cette éventualité mais hélas le Mossad (N.D.A dirigé alors par Meir Dagan) s’y était opposé, ce qui fit avorter l’ opération. Peutêtre qu’ à cette époque c’ était trop tôt.

EGT : Les iraniens ont des options partout où se trouvent des troupes américaines dans la région et ailleurs. Même s’il existe une différence entre menacer et agir, il faut prendre au sérieux les iraniens. TJ : Ils ont la possibilité de frapper les troupes américaines avec des missiles ou faire des attentats aux États-Unis même , mais ne pensez-vous pas que ce serait alors la fin pour le régime des ayatollahs s’ils osent attaquer l’Amérique ?

TJ : Oui mais, il n’y avait pas que Meir Dagan qui était contre une telle opération. Il y avait aussi le chef du Shabak (le service de sécurité intérieure), Youval Diskin et surtout le chef d’état-major de l’époque, Gaby Ashkenazi.

EGT : Je pense en effet que si Téhéran lance une attaque sérieuse contre les États-Unis , alors Donald Trump fera ce qu’il a dit , c’est-à-dire frapper 52 cibles en Iran, en «souvenir» des 52 otages de l’ambassade américaine de Téhéran.

EGT : Il n’y a pas de doute qu’il y a eu des disputes concernant une attaque contre l’Iran mais peut-être qu’à l’époque c’était trop prématuré de l’envisager. Mais je répète que nous ne devons pas permettre à l’Iran d’obtenir l’arme atomique. Nous devrons donc agir; si ce ne sont pas les États-Unis, alors ce sera nous !

TJ : Pour terminer, quels sont les risques encourus par Israël après la neutralisation de Soleimani ?

TJ : Mais Israël a-t-il les capacités de réaliser une attaque contre l’Iran afin d’ empêcher le régime des ayatollahs d’obtenir la bombe ?

TJ: Eliezer (Gueizi) Tsafrir, merci beaucoup. 

EGT : Ce ne sera pas une tâche facile, mais nous réussirons à faire le principal.

— Interview réalisée et traduite de l’hébreu par Frédéric Sroussi en exclusivité pour Tribune Juive.

TJ : Pensez-vous que l’Iran pourra réellement se « venger » des États-Unis ? Et que penser – même si nous avons malheureusement l’habitude d’entendre cela – des menaces de l’ ancien chef des Pasdarans Moshzen Rezai, annonçant que Tel-Aviv et Haifa seront frappées ?

TJ : Mais pensez-vous que nos dirigeants poli-

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EGT : Cela empirera tant que nous n’aurons pas agi afin d’ empêcher l’Iran d’obtenir l’arme atomique.


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RÉFLEXION

Affaire Al Dura : Rudy Reichstadt en trottinette avec Charles Enderlin Par NIDRA POLLER

I

ntriguée par le jumelage entre Rudy Reichstadt et Charles Enderlin, invités respectivement le 13 et le 23 janvier par La Paix Maintenant au Cercle Bernard Lazare —l’un pour parler du « Complotisme et conflit israélo-palestinien », l’autre des « Juifs de France entre République et sionisme »— je cherche dans les arcanes de Conspiracy Watch le lien entre les deux personnages. J’y suis ! C’est l’affaire al Dura. Qui plus est, je m’y trouve, fichée C pour « complotiste » J’assiste of course à la conférence de Rudy Reichstadt, avide de tout apprendre sur les théories de complot dans le conflit du Proche Orient. Le chasseur de complotistes commence avec une longue introduction un peu brouillonne, histoire de montrer un souci du complotisme antisémite. Selon un sondage réalisé pour le compte de la Fondapol, en 2017-18, 22% de Français croient au complot mondial sioniste (44% chez les Gilets Jaunes). Le négationnisme et l’antisémitisme sont, précise-t-il, « essentiellement complotistes ». Quelques divagations autour du 11 septembre et du suicide (meurtre ?) de Robert Boulin… Il me semble que la moitié de la soirée est déjà entamée avant que Reichstadt arrive au Moyen-Orient mystérieux. Voyons voir… le chewing gum aphrodisiaque, les dauphins espions, la démolition de la mosquée al Aqsa ? Pas sur le menu. Il faut regarder plutôt du côté de la droite israélienne, friande

des théories de complot. Par exemple : Rabin n’a pas été assassiné par Ygal Amir ! Une pause. Puis, notre conférencier rajoute, avec un sourire en coin, «Vous allez bientôt recevoir Charles Enderlin… euh, la mort de Mohamed al Dura… uhh… la communauté juive en France… » Nous y sommes !! De Nahum Shahaf (affaires Rabin et al Dura) à Karsenty (affaire al Dura) « qui, si je ne me trompe pas a perdu le procès, » le même Karsenty co-auteur, en 2010, avec Renaud Camus (théorie du grand remplacement) et, rebelote, Karsenty qui colporte des rumeurs sur Fox News. Paris, 15 avril 2019, Notre Dame est en train de brûler vive et le multi récidiviste tient un discours tellement enflammé— « On va vous dire que c’est un accident, en fait c’est un attentat »— que le journaliste lui coupe la parole, le micro, l’image. Vous vous rendez compte ? Trop chaud pour Fox News ! Ça vous donne le portrait-robot d’un complotiste al Dura. Plus loin, Rudy Reichstadt veut nous expliquer le comment et le pourquoi de la croyance en théories du complot. Il cherche en vain l’expression juste. Un long moment de silence gêné. Enfin, le secours vient de la salle. « Dissonance cognitive ». Exact ! Il reprend le fil : On se met à l’abri du réel. « Tu es juif et tu vois sur France 2 le petit se faire tirer dessus par

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des balles visiblement israéliennes. Tu ne veux pas le reconnaître ». DES BALLES VISIBLEMENT ISRAÉLIENNES

Assise au premier rang, je ne peux pas réprimer une petite toux d’étonnement en entendant « des balles visiblement israéliennes ». Ne se doutant de rien, me croyant perdue dans une


23 lointaine contrée anglophone, le conférencier poursuit, de plus en plus sûr de lui. « Que disent-ils, les complotistes ? Ils disent qu’il faut connaître le dossier. » Encore une manigance. Bien entendu, il faut travailler le dossier. Rudy nous fait comprendre qu’il l’a bel et bien travaillé, ce dossier. La preuve ? Les articles de « fond » sur le site Conspiracy Watch. En fait, une suite chaotique des certitudes diverses et variables au sujet de la « mort » de Mohamed al Dura au carrefour de Netzarim le 30 septembre 2000. Qu’en dit « la rédaction » en 2008? « … je pense qu’il est ridicule et moralement aveugle de prétendre que la mort du petit Palestinien a été un “bobard”, une mise en scène. » Exaspéré par le flot d’analyses « univoques » publiés en anglais par des juifs de droite, persuadés d’avoir des « preuves », alors que les « meilleurs journalistes d’investigation » sont passés à autre chose, la rédaction [monsieur Reichstadt I presume] croit néanmoins que Mohamed al Dura a été tué par des balles palestiniennes. L’auteur n’a jamais cru que les méchants soldats israéliens ont tiré sans merci sur l’enfant et son père. Les accusations du cameraman Talal Abou Rahme sont pour le moins « imprudentes ». Toujours rationnel et raisonnable, la rédaction trouve que Charles Enderlin aurait dû « laisser planer le doute sur l’origine des balles… » Néanmoins il obtient, grâce à une longue conversation avec Charles Enderlin, des réponses satisfaisantes à toutes ses questions. Y compris sur les images « insoutenables » coupées en fin du reportage. Que certains voient comme preuve que le jeune Mohamed est toujours en vie. Enderlin précise : « J’ai employé le mot français ‘agonie’, différent du terme ‘agony’ en anglais… » Oh, really ?

derlin expliquera que « l’agonie » ne s’applique point aux derniers instants, coupés because insoutenables, mais recouvre l’épreuve du début à la fin, à savoir les 45 minutes de tirs nourris visant le père et l’enfant. L’article s’arrête là, en promettant la suite sur le site de la Paix Maintenant. Mais il n’y se trouve pas. QUAND RUDY REICHSTADT SIGNE UNE RECENSION DE L’OUVRAGE DE CHARLES ENDERLIN : UN ENFANT EST MORT

L’affaire al Dura est traitée à plusieurs reprises, visant toujours les « conspirationistes ». En 2010 Rudy Reichstadt signe une recension de l’ouvrage de Charles Enderlin, Un enfant est mort. « Dans sa simplicité, le titre du nouveau livre de Charles Enderlin (éd. Don Quichotte) énonce une vérité qui ne devrait souffrir aucune discussion : victime d’un échange de tirs entre militaires israéliens et forces de sécurité palestiniennes, Mohammed Al-Dura a été blessé mortellement le 30 septembre 2000 à Netzarim (Lire : « L’affaire al-Dura : des mythes concurrents sur fond d’intifada »). L’erreur impardonnable des bêtes et méchants qui tourmentent depuis 10 ans l’honnête sire Enderlin, écrit le spécialiste ès complotisme, est de renverser l’exigence de la preuve : ils demandent au journaliste de prouver que l’enfant est bien Mohamed al Dura et qu’il a été effectivement tué au carrefour de Netzarim. Remontons la bobine : le journaliste au-dessus de tout soupçon est sommé de prouver le bien fondé d’un reportage. Alors que c’est aux critiques de prouver, en l’occurrence, qu’il ne s’agit pas de Mohamed al Dura et qu’il n’a pas été tué à Netzarim. LA MORT DE MOHAMED AL DURA N’EST MÊME PAS DU FAKE NEWS, CE N’EST PAS DU JOURNALISME. C’EST UN MYTHE

AGONIE: CHARLES ENDERLIN VOUS EN DONNE LA DÉFINITION…

Agonie: moments précédant immédiatement la mort. Agony : intense and often prolonged pain of mind or body ; anguish, torture [douleur physique ou psychologique, intense et, souvent, prolongée; angoisse, torture.]. (Agony [A majuscule] refers to the suffering of Jesus in the garden of Gethsemane). Qu’à cela ne tienne. Un autre jour Charles En-

La défense in extenso de l’ouvrage n’est qu’un résumé des arguments réfutés par des chercheurs fiables. Ce n’est pas la peine de faire encore un tour de manège pour flatter les prétentions de « l’expert international du conflit moyen-oriental ». Protégé par un blackout en France, Charles Enderlin a pu compter sur l’ignorance de ses défenseurs et du public. Pour celui qui maîtrise parfaitement le dossier, c’est évident que « la mort de Mohamed

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al Dura » n’est même pas du fake news, ce n’est pas du journalisme. C’est un mythe. [Al Dura : Long Range Ballistic Myth]. N.B. Quelqu’un qui a travaillé le dossier aurait remarqué l’ironie d’illustrer ces textes avec l’image de Jamal al Dura, le bras droit visiblement intact, fracassé selon les dires de la victime par des balles israéliennes. POURQUOI RUDY REICHSTADT VIENT AUJOURD’HUI, EN 2020, CHAUFFER LA SALLE POUR CHARLES ENDERLIN ?

La question est de savoir pourquoi Rudy Reichstadt vient aujourd’hui, en 2020, chauffer la salle pour Charles Enderlin ? De quel péché cherche-t-il à se laver en prenant fait et cause pour l’auteur d’un blood libel indéfendable ? Quel est le lien entre ce combat d’arrière-garde et la nouvelle chasse aux « complotistes » qui réclament un procès en assises pour Kobili Traoré? Traoré, qui a torturé, fracassé, démoli Sarah Halimi en hurlant allahu akhbar [allah est le plus grand], qui a récité des versets génocidaires du coran en réduisant une femme juive à une masse informe sanguinolente mais toujours vivante, avant de la jeter par-dessus la rambarde du balcon du 3e étage. Supplier les autorités de rendre justice aux victimes de la criminalité jihadiste n’a rien à voir avec le fonds de commerce de Conspiracy Watch ! Victime à son tour de complotistes autrement plus brutaux, Rudy Reichstadt est la cible d’un papier interminable, le traitant de néocon sioniste. Parmi les forfaits cités par Monde Press : Reichstadt se présente volontiers comme disciple de Pierre André Taguieff. La boucle est bouclée ? Taguieff, P.A.: La Nouvelle Propagande anti-juive : du symbole al Dura aux rumeurs de Gaza. PUF « intervention philosophique » 2010. Comme quoi il ne faut pas céder au désespoir. L’obscurité générée par le reportage al Dura n’est pas impénétrable. Avec un peu de bonne volonté et d’esprit critique, on peut se guérir de la dissonance cognitive.  — Nidra Poller est une écrivaine et journaliste américaine vivant à Paris. Traductrice (notamment d’Emmanuel Levinas), romancière et auteur d’ouvrages illustrés pour la jeunesse, Nidra Poller est aussi correspondante en France de plusieurs publications.


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ANTISÉMITISME

“Vous, les Juifs” me dit-il par SARAH CATTAN

Q

uelques jours après l’anniversaire de la libération d’Auschwitz, mes drôles d’oiseaux remontèrent au créneau. Surtout le premier donc. Vous savez ? Lui. Il prétexta cette fois un court papier où je faisais mention du documentaire « Les Passeurs de Mémoire » réalisé par Claude Bloch, psychiatre de son état.

Moi aussi. L’un n’efface pas L’Autre. Et pour moi, je le dis et te l’écris ici : la Shoah est L’indicible. Pourquoi établir un hit-parade ? Si vraiment tu y tiens, alors, la première place, d’évidence, revient à la Shoah. Mes « amis » ont-ils ici, une fois, nié toutes les autres horreurs que tu cites ? Lui : Dans le discours officiel, le devoir de mémoire sert à ce que ça ne se reproduise plus jamais. Or, ça se produit, en ce moment même.

Et il m’apostropha ainsi : Lui : Je vais te dire un truc, Sarah, qui va certainement agacer certains de tes amis, mais peu importe. Il faudrait faire un sondage dans la communauté juive de France, en lui posant une question toute simple : “Quels sont les pires camps de concentration au monde en 2020 ?” Et on se rendrait très vite compte que personne n’en sait rien. Alors, on tiendrait la preuve que le devoir de mémoire ne sert à rien, car il est incapable de voir le présent, et que les grandes déclarations sur le fait qu’Auschwitz regarde toute l’humanité sont du bluff. La réponse est : les camps de Corée du Nord, où la vie n’a rien à envier à celle des camps nazis en termes d’horreur absolue. Moi : Certains de mes amis ? Mais tu sais quoi ?

Le réalisateur s’en mêla : Sarah Cattan je suis d’accord. Se souvenir de ce qui a été n’empêche en rien, ou ne devrait pas empêcher de garder les yeux ouverts et d’être lucide sur les atrocités de notre temps. C’est même lorsque qu’on a la mémoire du long terme que l’on peut saisir le mieux les Maux du présent. Et oui, il y en a un paquet ! Lui : « Ne devrait pas empêcher » « Ne devrait pas, en effet ». Moi : Oui. Et dis-nous : que faut-il faire ? Ne plus parler de la Shoah ? Non tu ne vas pas me dire ça. Qui, ici, nie les atrocités autres ? Lui : On ne peut pas nier ce qu’on ne connaît pas. On ne peut pas connaître ce à quoi on ne s’inté-

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resse pas. En soi, ça ne me dérange pas : personne ne demande aux juifs de tout savoir sur tous les camps de la planète. Simplement, l’idée que le devoir de mémoire est une vigilance à usage universel est fausse. C’est tout. Moi : Pourquoi demander « aux Juifs » ???? Et pas à « tous »? Qui a imposé quoi que ce soit ? Moi, toute seule, comme une grande, la Shoah m’a « arrêtée ». Il se trouve que j’étais juive. Mais je connais multitude de non-juifs qui pensent comme moi. Que la Shoah est, comme l’a dit Claude Lanzmann, « l’extermination de masse, qui imposa aux Juifs et Juives d’Allemagne l’adjonction d’un prénom supplémentaire, le même pour tous, Israël pour eux et Sarah pour elles. » Je m’appelle Sarah Lui : Sarah Cattan Parce que ce sont les juifs qui exigent que la Shoah soit considérée comme universelle, et qui demandent à l’humanité de se souvenir avec elle. Lanzmann était un collabo notoire du régime nord-coréen, justement. Il est, par excellence, la preuve que la mémoire de la Shoah ne rend pas du tout vigilant sur la souffrance humaine. Moi : Les Juifs ? C’est qui, « Les Juifs ? »


25 Certains lui rappelèrent que les juifs n’exigeaient rien… Que c’était l’humanité qui l’exigeait… D’autres demandèrent si en Corée du Nord on gazait les enfants. Si on les brûlait. D’aucuns s’offusquèrent de ces comparaisons où tout valait tout. Mais un ses amis vola à son secours et lança : Très bonne remarque. J’ajouterai que si nous prenions, parce que concernés et oh combien, la tête d’une action de mémoire contre tous les crimes de masse de l’esclavage aux guerres de religion en passant par le goulag, la Syrie, les khmers rouges, les arméniens, si nous pouvions créer un collectif et en être à l’initiative, ça fermerait la porte à la Mise en concurrence mémorielle si coupable de frustrations dangereuses. Sic. Moi, je gardais en mémoire la question posée par Irène Saya dans Revue d’Histoire de la Shoah[1], lorsqu’elle se demandait comment les élèves de terminale intégraient les connaissances acquises sur la Shoah lorsqu’ils abordaient la philosophie, et comment le prof de philo s’en sortait, parlant de la destruction de l’homme à l’état de chose, et introduisant alors forcément le doute quant à la pérennité d’idées philosophiques qui ne pouvaient qu’en sortir … à tout le moins … ébranlées. La même avait rappelé que Georges Bensoussan nous avait fait prendre conscience que la Shoah n’était pas une histoire juive, ni même une histoire allemande, mais une histoire humaine. Bensoussan qui répondait dans Le Figaro, la semaine dernière, Que La Shoah constituait une rupture dans l’histoire humaine. Que la diabolisation du Juif avait abouti à cette ontologie du mal qui décrétait qu’un peuple était en trop sur la terre. Allons. Pour alléger mon propos, je m’en vais tout de même vous citer cette anecdote racontée sur le fil : Une amie : une Amie… je répète : ” une Amie”… pleine de sollicitude… et qui ne me veut que du bien… qui souhaite “me protéger ” … qui est scandalisée … et ne comprends pas cette montée de l’antisémitisme…alors cette amie me conseille ” d’enlever cette chose que j’ai à ma porte et qui est une provocation ” et ” de mettre cette chose à l’intérieur, car les voisins n’ont pas à savoir ainsi … qui tu es “…. Et puis cette autre: ” Hôpital St louis oncologie. Elle cherche sur sa liste mon Endocrino, Cohen. Elle ne trouve pas celle-là et là elle me dit avec un regard entendu: Vous savez, chez les médecins, les Cohen, il y en a énormément. Le tout en levant les yeux au ciel.

Il y a une semaine, je vous confiais cette anecdote: cet «ami» Facebook, escorté de 3 ou 4 compères, que je tenais pour un homme estimable, tout propre sur lui qu’il était, chrétien pratiquant, journaliste de son état. Ledit ami m’avait prise à parti, en public, sur les réseaux sociaux, au sujet de la Shoah et des Camps «pires encore», m’apostrophant ainsi: «Vous, les Juifs», et me demandant si «certains de mes amis» avaient même connaissance de ce qui se passait en Corée du Nord et ailleurs, eux qui «exigeaient» - sic - que la Shoah fût considérée comme «universelle» et «demandaient à l’humanité de se souvenir avec eux». La chose m’avait prise de court et ce «Vous les Juifs» révoltée. Nombreux furent ceux qui réagirent, et je vous livre là … des anecdotes … qui auraient pu arriver à chacun d’entre nous. Savoureuses qu’elles sont. L’humour, encore et toujours, apaisant la blessure. Cette baffe au visage «Vous les juifs....» Je devrais être accoutumé…, commença celui-là, philosophe de son état. Hé bien, non. Septante ans que je le prends dans la tronche et cela est toujours insupportable comme au premier jour… Et que d’amis, dans la vraie vie (n’évoquons même pas la virtuelle où les lâchetés si souvent se libèrent), que d’amis longtemps tenus parfois pour véritables et fidèles à m’avoir un jour jeté, sans y penser, comme ça, avec simplicité, cette baffe au visage. Une fois, la blessure fut aigüe Même une fois, allons, point de fard en la matière, il y a bien longtemps, une maîtresse. Ah, ça vous fout le bourdon... Cette fois-là la blessure fut aiguë, ce coup je ne m’y attendais pas, et je suis parti, je m’en souviens avec acuité, je suis parti si brusquement que j’en abandonnai à son portemanteau une assez belle gabardine achetée de la veille. C’eût été quelques minutes plus tard, j’eusse abandonné en partant jusqu’à ma chemise s’il l’eût fallu, tant tel propos est insupportable.

lancé «vous les juifs, vous avez tué notre seigneur Jésus Christ». Ce merdeux avait une tête de plus que moi ! Non seulement j’ai fini badigeonné de mercure au chrome, mais l’instituteur, qui n’avait pas vu le début de la baston nous a punis tous les deux... Rien de tel qu’une bonne éducation antisémite pour fantasmer sur les juifs ! Après dans la vie, c’est comme Vous: même les femmes s’y sont mises ! Mais là, je dois avouer que d’une certaine façon, je l’ai un peu cherché avec mon goût pour les anciennes élèves des bonnes soeurs cachant leurs médaillons de communiantes sous le corsage... Rien de tel qu’une bonne éducation antisémite pour fantasmer sur les juifs ! Quand ce genre de relation dure plus d’un week-end, forcément, ça finit par ressortir. N’ayant jamais laissé de gabardine en partant, je ne regrette rien. Alors le propriétaire de «la gabardine» s’interrogea... Toi qui es fin psychologue, tu as une idée pour quelle raison, en nos primes années, nous, enfants de communistes aschkenazes nés entre le bortsch, la faucille, le schmalzherring, la vodka et le marteau nous éprouvâmes un instant de l’intérêt pour les oiselles du Couvent des oiseaux...? Alors intervint un zeste d’humour, pansement à la … blessure … incontestable «Vous les juifs...» Vous les juifs vous m’avez appris à rire de l’horreur. Vous les juifs vous m’avez appris à réfléchir. Vous les juifs vous m’avez offert des moments musicaux géants. Vous les juifs (bande d’enfoirés de séfarades) vous m’avez fait prendre des kilos en trop. Vous les juifs vous m’avez appris à survire quand j’étais dans la position du plus petit. Vous les juifs vous êtes tous banquiers (c’est con je connais pleins juifs mais aucun n’est banquier). Vous les juifs vous m’avez appris à boire en philosophant jusqu’à l’aube sans jamais tomber dans l’ivresse stupide.

Ah, que je comprends Sarah Cattan...

(PS :Vous les juifs je vous accuse quand même pour l’interdiction blasphématoire des viennoiseries pendant la semaine de pessah ;-). 

A quoi un autre, journaliste cette fois, répondit

[1] 2010/2 (N°193), pages 263 à 288.

Ah ! Vous autres, vous les juifs... Ma première grave erreur d’appréciation fut sans doute ce poing maladroit, parti par réflexe en direction d’un camarade de classe en CM1, qui m’avait

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SÉRIES

MESSIAH, LE JÉSUS PALESTINIEN DE NETFLIX AIMERAIT BIEN REBATTRE LES CARTES AU MOYEN ORIENT Par YVES MAMOU

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epuis le 1er janvier, Netflix diffuse une série intitulée « Messiah ». Dans un Moyen Orient très abstrait ou rien n’apparait des conflits multiples entre sunnites et chiites, entre perses et arabes, entre sunnites radicalisé et d’autres qui le sont un peu moins, entre arabes et juifs, entre musulmans et chrétiens…, la chaîne américaine Netflix a néanmoins imaginé le surgissement d’un Messie, un homme-solutions doté de superpouvoirs. Ce projet Messiah n’est pas né dans la cervelle d’un scénariste musulman. Les musulmans sont incapables d’imaginer un autre prophète que celui qu’ils vénèrent depuis 1400 ans et, ils mettraient leur vie en péril s’ils s’y risquaient. Les plus lucides essaient juste de se tirer des griffes de la religion islamique plutôt que de la réinventer. Messiah n’est pas non plus un projet juif. Le judaïsme est certes un messianisme, mais depuis qu’ils se sont réinstallés en masse au Proche Orient, les juifs sont devenus prudents et surtout ils rêvent moins. Après 2000 ans d’exil à murmurer « l’an prochain à Jérusalem », cette Jérusalem en dur dont ils ont fait leur capitale, ils ne la lâcheraient pas pour une ombre fut-elle céleste. Il ne restait que des cervelles de scénaristes chrétiens pour imaginer un Christ-Superman capable de rebattre les cartes. Et conformément à la mythologie chrétienne, d’aujourd’hui, ce Jésus a été fait Palestinien. Le choix de Mehdi Dehbi est excellent. Il a du charisme, sa tignasse évoque celle de Jésus mais il incarne un arabe, vraisemblablement musulman, inévitablement palestinien. Pourquoi le Jésus de Messiah est-il « inévitablement » palestinien ? Parce que « le palestinisme » est une idéologie qui a été montée de toutes pièces depuis plus de trente ans, par les organisations palestiniennes et les églises chrétiennes d’Orient. Yasser Arafat en son temps et Mahmoud Abbas aujourd’hui ont fait de Jésus un « prophète palestinien » et même le premier

« résistant » palestinien. Quant aux Eglises catholiques et protestantes, elles ont conféré une valeur théologique aux Palestiniens en les « christifiant », selon le terme utilisé par Pierre-André Taguieff (Prêcheurs de haine, p360). Cette victimologie palestinienne « très en vogue dans les Eglises protestantes et catholiques de Jérusalem » écrit l’historienne Bat Ye’Or, « voit dans la cause palestinienne la crucifixion de Jésus par un Israël satanique » (Eurabia, p233). Certes le « Messiah » de la télévision n’a pas cette violence dénonciatrice, mais sa mission – et ses miracles – ont néanmoins pour fonction d’abolir les frontières (d’Israël principalement) et de redessiner un nouveau territoire – et une nouvelle histoire – ou les Juifs passent au second-plan et cèdent le premier rôle à des personnages musulmans et chrétiens. Les foules que ce Messiah rassemble sont en tous cas des foules arabes en Syrie et dans les Territoires et des foules chrétiennes aux Etats Unis. Et les miracles qu’il réalise au Moyen Orient et aux Etats Unis sont ceux d’un Jésus chrétien : il anéantit l’Etat islamique avec un tempête de sable, il marche sur l’eau et il sauve une jeune fille amé-

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ricaine d’une tornade au milieu des Etats unis. Il demande à 2 000 Palestiniens d’enterrer leurs armes quand ils approchent de la frontière d’Israël et, chose étonnante, ils le font. Et lorsqu’un jeune arabe se dénudera (signe d’innocence et de pureté) pour franchir les barbelés qui séparent Israël de la Syrie, aucun soldat hébreu n’osera tirer sur lui. Miracle vous dit-on ! Dans Messiah, les Israéliens n’ont pas la représentation belle. Ils sont incarnés par un agent des services secrets à la dérive, divorcé, mauvais père et sans doute un peu alcoolique. Les quelques soldats hébreux qui gardent la frontière sont fébriles jusqu’au ridicule et frôlent le carnage tant leur doigt sur la détente tremble de peur. Ce sont des personnages sans encrage, sans profondeur réelle, des pantins de passage. La série Messiah ne pouvait pas les dessiner autrement puisqu’elle ne s’inscrit pas du tout dans l’histoire biblique. Elle s’inscrit dans la théologie de la libération christiano-palestinienne, parce que pour les chrétiens propalestiniens d’aujourd’hui, la survie de leur religion passe par une union avec l’islam. Une union qui libérera enfin le christianisme de ses racines juives. 


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PATRIMOINE

Venise est ma madeleine Par MICHÈLE CHABELSKI

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e n’est plus voir Venise et mourir…C’est regarder mourir Venise... Ah bien sûr…

A l’heure où s’étalent en gros plan les corps des enfants morts au Yemen, on se dit qu’il faut relativiser… Mais de même que le coeur est extensible à l’envi, qu’on peut y ajouter amours, enthousiasme, émerveillement, respect sans compter, de même qu’ on peut le faire vibrer sans réserve et sans retenue, il s’offre une ductilité constante pour stocker douleur chagrin, déchirement, et désespoir… Un clou ne chasse pas l’autre dans un trop plein rédempteur qui cracherait un surplus de poisons toxiques… Non, on accumule, colères, indignations, abattements, révoltes , le mélange se fait à l’emportepièce, émerge parfois un événement qui caracole en tête et parasite la horde d’angoisses et d’amertume qui croupissent dans les ombres cendrées

d’un quotidien morose. Les grandes joies et les petits bonheurs, les découvertes, les rencontres, les coups de coeur se nichent avec grâce dans cet espace moelleux qu’ils éclairent d’un halo chatoyant… Tout ça pour dire que le coeur peut se serrer devant la tourmente météo qui défigure et assassine Venise. Les dieux des tempêtes aveugles ont attaqué la Sérénissime.. Son Altesse manque se noyer dans les bouffées iconoclastes des incubes exterminateurs… Une ville qu’on aime inconditionnellement pour sa beauté, son charme, son histoire, sa patine, qu’on aime aussi parce qu’on a tissé ensemble des liens étroits et précieux, des tresses délicates et puissantes qui ont cogné fort et gravé des souvenirs gourmands et passionnés.

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Des flots rageurs ont tenté de balayer cette grâce incarnée, ce pan d’histoire, ce tableau vivant, Venise est la fois l’écrin et le joyau… Et certaines photos déchirent la mémoire où musardent encore les images de temps heureux… Venise est ma madeleine, Venise est un morceau de ce puzzle qui nous bâtit parfois à la diable, bric et broc et grandeur mêlés, rires amicaux, caresses amoureuses, brouhaha joyeux des trattorias et cette odeur grisante des plats fumants partagés autour d’un chianti qui enivre avec douceur… Venise l’été , Venise l’hiver, Venise a déjà ployé, mais n’a jamais plié… Que cette journée signe les galopades oniriques qui vous conduisent sur des chemins où s’écrit l’impartageable : le souvenir… Je vous embrasse. 


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FRANCE

AU MARAIS UNE PLAQUE DE RUE « PLETZL » LA PLACE, EN YIDDISH par ANDRÉ SIMON MAMOU

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aris, rive droite, la ligne numéro 1 du métro va de La Défense au Château de Vincennes. Entre Hôtel de Ville et Bastille, il y a le cœur du Paris populaire à la station Saint Paul Le Marais. Il y a 7 ou 8 siècles, c’était une zone de marécages en dehors des murailles du Paris de l’époque. Les juifs n’avaient pas le droit d’habiter dans l’enceinte de la ville et ils y entraient pour travailler ou commercer mais en sortaient la nuit venue. Les juifs s’étaient établis aux pieds des murailles, à proximité des issues fortifiées. Philippe Auguste gouvernait la France en rançonnant les congrégations religieuses et les juifs. Aujourd’hui la rue des Rosiers décrit une courbe de la droite vers la gauche car elle longe l’emplacement des fortifications. C’est le quartier ancien des juifs de Paris : artisans en bijouterie fantaisie ou en « shmatess », casquettes, jupes et pantalons sur mesure, un petit peuple inventif, dur à la tâche, cherchant une issue à la misère par un travail acharné, les yeux fixés sur l’avenir. La rue des Francs Bourgeois qui conduit à la Place des Vosges, la rue du Trésor, la rue des Hospitalières Saint Gervais et la rue des Rosiers, un quadrilatère chargé d’histoire, les musées installés dans les beaux hôtels particuliers attirent les touristes et le Marais est bien au dessus des autres quartiers juifs d’Europe comme celui de Prague.

L’école des métiers de l’ORT, le hammam, Goldenberg, incontournable restaurant ashkénaze, « L’as du falafel » « Le café des Psaumes » « Miznon » … aujourd’hui ce sont les enseignes les plus connues du Marais. Les boulangers, les boucheries Kosher, les bistros et les boutiques des créateurs venus se ressourcer. Un quartier vivant, animé, amusant où des couples du même sexe saluent gentiment des rabbins affairés, transpirant sous leurs grands chapeaux noirs. Les jeunes, les touristes, les bobos, les juifs se croisent et, miracle de l’endroit, tout le monde sourit : c’est le shalom qui veille sur tous.

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C’était l’endroit, c’était la place et en yiddish on parlait du « pletzl », autrement dit « the place to be ». Et Sebestyén Fiumei, un artiste établi à Paris, vient de réaliser une plaque de rue : Pletzl, en lettres hébraïques avec les deux lamed (L) plus hautes lettres de l’alphabet car le mot Limoud (étude, savoir) commence par cette lettre ! La plaque a été apposée à l’angle de la rue des Rosiers et de la rue des Hospitalières Saint Gervais. Une belle initiative et une réalisation chargée de sens pour cette plaque de rue devenue œuvre d’art. 


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CITATIONS INTERVIEW

YVES AZEROUAL RACONTE DANS « MUFTI » L’ISLAMO NAZISME Par SYLVIE BENSAID Tribune Juive : Six photographies compromettantes et inédites du grand mufti en train de visiter un camp avec des dignitaires nazis à Jérusalem sont vendues aux enchères en 2017. Est-ce cette nouvelle qui déclenche l’écriture de votre roman * ? Yves Azeroual : En travaillant sur mon dernier documentaire « Islamogauchisme, la trahison du rêve européen », je tombe, en parcourant sur la Toile, sur un article évoquant cette vente aux enchères. D’emblée la pauvreté du contenu du communiqué me saute aux yeux : il y a très peu d’éléments biographiques sur le grand mufti, rien ne nous est dit sur ce camp qu’il visite et je retiens que cette vente a eu lieu à Jérusalem ! L’idée du roman était née ; il me restait à me documenter, à construire une intrigue, à créer des personnages... TJ : Le grand mufti de Jérusalem est ainsi au cœur de votre livre. Vous le décrivez comme un personnage sulfureux, rusé. Bien que votre ouvrage soit un roman, avez-vous mêlé fiction et réalité ? Yves Azeroual : Je n’ai pas voulu commettre le moindre impair historique. Voilà pourquoi j’ai voulu alterner les chapitres entre hier/aujourd’hui pour raconter la vie et « l’œuvre » du mufti tout en poursuivant cette enquête qui conduit mon héros - Yirhiel Azriel- sur les traces de ces six clichés inédits. Hélas, la description des faits et gestes du mufti est conforme à la réalité : il n’était pas seulement sulfureux et rusé, il était aussi diabolique, assassin de ses propres cousins, propagandiste, collaborateur des Nazis et instigateur de pogroms anti Juifs. TJ : Nous découvrons que le grand mufti qui était prisonnier en France a réussi à s’échapper grâce à la complicité des autorités françaises. Pouvez-vous nous en dire un peu plus sur cette partie peu connue de l’histoire ? Yves Azeroual : Al-Husseini a séjourné en Allemagne de 1942 à 1945. Il a été arrêté par les troupes françaises dans la région de Lindau puis transférer dans une villa en banlieue parisienne,

mise à sa disposition par la préfecture de Paris. Très vite, on lui accorde des facilités de déplacements, de visites. Il a le droit à un secrétariat, à un majordome, et la Grande mosquée de Paris lui livre même des repas à domicile. Tout cela alors que les Britanniques et les Yougoslaves réclament son extradition pour « crime contre l’humanité. » La France est tiraillée entre ces demandes et l’opposition des pays arabes qui vénèrent toujours à cette époque le Mufti. N’oublions pas que la France a aussi des « colonies » où vit une forte population musulmane. Les politiques craignent les troubles... D’atermoiements en renoncements, la France va le laisser s’échapper en Égypte avec un vrai-faux passeport. Je raconte aussi dans ce chapitre comment les agents de l’Irgoun mais aussi ceux de la Haganah ont tenté de le neutraliser. En vain... TJ : Revenons sur sa haine d’Israël et du peuple juif ? Yves Azeroual : Cette haine, c’est le moteur de son action. Elle transpire à chacun de ses actes. Le grand Mufti est l’archétype de l’antisémite islamiste. Il a pour contemporain et ami Al-Bana, le fondateur des Frères musulmans. Tous deux séparément - ont publié des pamphlets anti-juifs. Et l’arrivée d’Hitler au pouvoir a donné encore plus d’échos à leur ressentiment ! Je le raconte dans mon roman : le Mufti a inspiré le pogrom de Hébron en 1929, a initié celui contre les Juifs de Bagdad en 1941, il a été l’hôte d’Hitler à Berlin, a fondé des divisions musulmanes pronazies, a créé une radio en langue arabe qui lancé des prêches antisémites pour mobiliser ses frères du Moyen-Orient. Et last but not least, si les troupes de Rommel n’avaient pas été stoppées à El-Alamein, le grand mufti prévoyaient d’installer des répliques de camps de concentration en Palestine mandataire et dans tous les pays arabes où vivait une forte population juive. TJ : C’est un thriller palpitant qui fait aussi la belle part à l’amour. Vous ne nous avez pas habitués à ce genre d’écriture. Est ce un tournant dans votre carrière ?

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Yves Azeroual : Un bon thriller historique comme toute œuvre ne peut se concevoir sans une histoire d’amour ! Il était temps pour moi d’aborder un nouveau chapitre dans ma passion pour l’écriture... J’ai publié onze essais, mais je dirai que la forme romanesque en est la plus noble expression. Mes études de lettres et mon goût pour la lecture m’ont été d’une grande aide. Et mon intérêt pour l’Histoire et particulièrement pour la Seconde Guerre mondiale ont achevé de me convaincre de me lancer dans cette aventure. Georges Duhamel a écrit : « Le romancier est l’historien du présent, alors que l’historien est le romancier du passé. » J’espère pouvoir concilier les deux. A cet égard, Yirhiel Azriel, l’autre personnage principal de mon roman, n’a pas fini d’enquêter. Lui et moi allons nous employer toujours par le roman à faire la lumière sur d’autres silences de l’Histoire.  * Mufti Le Passeur éditeur. Roman, Yves AZEROUAL. Vient de paraître. — Yves Azeroual est journaliste, essayiste, auteurréalisateur de documentaires. Il a co fondé la chaîne d’informations en continu i>télévision et a créé le magazine « Secrets d’Histoire ».


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SOCIÉTÉ

Sarah Halimi L’ O M E R TA E N F I N E S T L E V É E par SARAH CATTAN

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ribune juive vous a parlé de Sarah Halimi, ce docteur juif qu’un barbare tira de son lit, lyncha et fracassa, avant que de la jeter par la fenêtre, du haut de son 3ème étage, en plein Paris, et pour tout dire … en direct, sous les yeux de la Police arrivée sur les lieux et ceux de voisins réveillés par des hurlements de terreur et douleur. C’était à croire que tuer une juive en plein Paris, sous le seul prétexte qu’elle fût juive, relevait du banal, du fait divers : en effet un silence fracassant couvrit l’affaire et Paris essaya de continuer à s’occuper dev la Présidentielle  : la chose eut lieu en effet le 4 avril 2017… Cette chape de plomb qui s’abattit sur cette tragédie, nous sommes quelques-uns à l’avoir soulevée, même si aujourd’hui encore, beaucoup, en France, ne savent pas même son nom : Sarah Halimi Son corps tomba donc aux pieds des policiers présents 3 minutes seulement après qu’ils eussent été appelés, et ces quelque 45 minutes d’horreur furent filmées par des voisins atterrés. A ce scenario d’horreur eût pu succéder une instruction digne. Il n’en fut rien. L’affaire, d’abord confiée à la seule juge Anne Ihuellou, plongea ceux qui la suivaient dans la stupéfaction : jamais on ne vit une instruction aussi inédite, caractérisée par moult dysfonctionnements, jamais on ne vit de telles relations entre une juge et les Parties civiles, la plupart des avocats n’ayant jamais eu l’heur de seulement croiser ladite juge, chacun devant se satisfaire d’une instruction qui se fit par ordonnances, par ordonnances, par ordonnances, lesquelles vinrent toutes refuser d’accéder aux demandes raisonnables des avocats des Parties civiles, qu’il s’agît de demande de reconstitution ou encore de requalification dudit homicide volontaire en assassinat. Niet ! C’était niet ! Et lorsque la Juge dut acter la qualification aggravante pour antisémitisme,

chacun eut le sentiment qu’elle le fit, contrainte et forcée et encore traînant des pieds. Lorsqu’il fut estimé que le pauvre Traoré, lequel ne saurait supporter l’épreuve qu’eût pu représenter une reconstitution, pouvait enfin être entendu, c’est au docteur Zagury que fut confiée la première expertise : son rapport évoque la dimension antisémite incontestable, affirme que Traoré ne souffrait d’aucune pathologie ancienne, et conclut à une bouffée délirante due à la prise de cannabis et une altération de son discernement au moment de la commission des faits. Notre juge, que tout cela ne contenta pas, convoqua l’un après l’autre 2 autres collèges de 3 experts psychiatres. A lire tout ça, ce galimatias, ces délicatesses prudentes, on se demande si on est chez Les Femmes savantes de Molière, et en même temps – elle est pratique cette formule- moi j’imagine des personnages des Lettres de mon moulin. Toujours est-il que nos 7 experts conclurent tous à l’existence d’une bouffée délirante aiguë, mais certains d’entre eux la comprirent comme mode d’entrée dans la schizophrénie, une schizophrénie préexistante, ajouta même le deuxième collège, avant que de se dédire. Toujours est-il que les 6 derniers experts penchèrent, eux, pour l’abolition du discernement du voyou, et moi, moi qui certes ne suis en rien du métier, à avoir passé des heures à éplucher le chemin qui à cela les mena, j’eus parfois le sentiment qu’ils avaient tiré … à pile ou face.

la Chancellerie en charge des affaires pénales. Elle m’expliqua que parfois, ce caractère se traduisait même par un marquage matériel au moyen de l’apposition d’une pastille rouge sur le dos sur la chemise du dossier d’information. Au final, notre affaire signalée arriva devant une Cour d’appel ou chaque acteur fut entendu. L’un des experts, Bensussan, ayant reconnu à la barre s’être trompé quant à l’existence d’une quelconque névrose chez notre garçon, - coup de théâtre s’il en est- ce fut dans un relatif optimisme que chacun attendit … l’Arrêt de la Cour d’appel. Je n’oublierai jamais ce 19 décembre 2019.

Il s’agissait, au vu du tohu-bohu engendré, d’une affaire signalée, m’expliqua l’ancien Magistrat Danielle Khayat, c’est-à-dire suivie de très près au niveau de la Chancellerie – et aussi, en l’espèce, du « Conseiller Justice » du Président de la République – via des rapports adressés après chaque élément nouveau (interrogatoire, retour de commission rogatoire, dépôt de rapport d’expertise, etc.) par le Procureur de la République au Procureur Général qui, à son tour, fait rapport au Directeur des Affaires Criminelles et des Grâces – le magistrat à la tête de la Direction de

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Presque personne n’était là. Les principaux avocats. RTL. Un chaland. Nobody. Ça plaisantait. Avec des visages néanmoins graves. Le moment arriva. Lorsque l’Arrêt acta l’abolition du discernement de Traoré, je vis, juste devant moi, comme faiblir les robes des avocats, ployant avant que de se redresser. Sonna le tocsin. Une nouvelle jurisprudence était née, tonna Maître Szpiner devant les media soudainement intéressés : la jurisprudence Sarah


31 Halimi allait permettre de fumer des joints à tout va sans risquer pénalité. Traoré n’était pas fou, poursuivait-il : le procès de l’antisémitisme islamiste devait avoir lieu. Ainsi, l’affaire Sarah Halimi ne sera pas jugée ! Une jurisprudence vient de naître : celui qui prend une substance illicite n’est pas responsable de ses actes, tweeta-t-il encore. Nous venions d’assister, éberlués, à une défaite hallucinante des principes fondamentaux du droit pénal. Pire qu’une erreur judiciaire, explosait devant nous le refus délibéré de faire le procès de l’antisémitisme islamiste. Elle était aussi d’une indicible signification pour les français Juifs, cette décision inique. Traoré, Traoré que le Docteur Zagury proposait de faire sortir de l’hôpital, tant il s’était montré maître de lui à la barre, avait-il dupé son monde ? Ou était-ce ce monde qui, devenu fou, était de surcroît suspect d’accointances rarement vues avec le déni, la lâcheté, et une forme de collaboration : chacun sait, en son for intérieur, qu’un procès pour l’assassinat de Sarah Halimi par un apprenti islamiste proche de la mosquée Omar aurait été, dans la France d’aujourd’hui, du plus mauvais goût. La France a peur. Elle a déjà capitulé devant l’ennemi : elle se terre. Qu’ils ont raison, Elisabeth Badinter, Georges Bensoussan, Marc Knobel, de répéter que l’antisémitisme, définitivement, ne concerne que les Juifs. Et qu’ils cessent, les autres, de chanter que la France sans ses Juifs n’était plus la France : c’était indécent, et profondément indigne, que de ne pas aligner ses paroles et ses actes. Une forme de résistance s’organisa. Une immense marche pas silencieuse pour Sarah Halimi fut organisée par Eddie Suissa et les motards de Jonathan Behar, l’Opération Carte postale envoyées à l’Elysée pour réclamer Justice pour Sarah, le regroupement de tant de psychiatres européens qui désormais, à l’initiative de Claude Bloch, se mêlaient de l’Affaire, les prises de position courageuses d’un Szpiner ou d’une Muriel Ouaknine, le discours au scalpel d’un William Attal, l’écho assourdissant de par le monde suscité par l’ubuesque Arrêt décrétant irresponsable l’islamiste qui lyncha et jeta vivante par la fenêtre Sarah Halimi, les interventions malheureuses et infiniment déplacées de sa Ministre qui comprenait l’émotion juive mais osait rappeler que les pays civilisés ne jugeaient pas leurs fous, bref tout, conjugué, obligea notre Président, sommé de se s’exprimer à Jérusalem devant le parterre de sommités conviées aux commémorations du 75ème anniversaire de la libération d’Auschwitz, à descendre dans l’arène et à dire, devant une telle

assemblée, avec les précautions oratoires qui … s’imposaient, à dire donc le besoin de procès qui était là. Sincère, je ne sais s’il l’était. Obligé, j’affirme qu’il le fut. Au mépris, du reste, de l’indépendance de la Justice dont il est constitutionnellement le garant. La magistrature s’offusqua d’ailleurs devant ce deuxième manquement à la règle et rappela à son Président son devoir de non-ingérence. Alors que Maître Goldnadel, conseil de la sœur de la victime, indiquait avoir fourni à la Cour d’appel un récent arrêt de la Cour de cassation disant qu’en cas de contradiction entre plusieurs expertises en matière de responsabilité pénale, c’était à la Cour d’assise d’arbitrer et qu’il demandait à la Cour de cassation qu’elle se conformât à sa propre jurisprudence, les psychiatres, courageux, humbles, justes, responsables, fustigèrent encore et encore cette instruction qui, au lieu de se saisir de leur avis, les avait institués en Juges. Ayant parié sur L’effet papillon, Claude Bloch vit se manifester des Confrères d’Europe et d’ailleurs, scandalisés qu’ils étaient à leur tour de cet arrêt de la Cour d’Appel. Il fut convenu un Appel Officiel en vue du Congrès de l’Association Européenne de Psychiatrie qui se tiendra à Madrid, du 28 au 31 mars 2020. Des initiatives si louables encore. Celui-là avertit ses collègues de Sainte Anne alors que celui-ci, belge, comptait motiver la Société Royale de Psychiatrie afin qu’elle prît position sur le sujet. Une lettre fut envoyée aux psychiatres français : Même si, à la fin, le juge devait décider que la responsabilité pénale n’est pas là, le besoin de procès lui, était là, le besoin que toutes les voix s’expriment, se disent, et que l’on comprenne ce qu’il s’était passé. Pour que (long silence), ce que tout un procès comporte de réparation (silence), par ce qu’il est lui-même, puisse se tenir. Nous en avons besoin dans la République, écrivait Claude Bloch. Une autre missive fut envoyée à Madame Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice. Elle appelait tous les Psychiatres français, s’ils adhéraient au contenu de cette Lettre ouverte , à s’associer à cette révolte, à venir rejoindre les psychiatres qui s’étaient déjà spontanément manifestés dans ce combat pour rendre Justice à Sarah Halimi et, au-delà de son cas personnel, à mener ce combat afin de protéger une Spécialité, fragile et vulnérable, d’une forme d’instrumentalisation dangereuse, dans laquelle elle se trouve entraînée depuis plusieurs années maintenant.

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La lettre ouverte à Mme Nicole Belloubet, Garde des Sceaux, Ministre de la Justice, traduite, s’envola pour aller se poser dans les rédactions des grands quotidiens étrangers. Nous savions déjà que la Psychiatrie était une « science humaine », voire un « art » et qu’elle n’était en rien une science exacte, comme les mathématiques ou la physique, écrivit Claude Bloch. Mais, dans ce cas précis, comme le dit Anne Rosencher dans son éditorial du même Express : « C’est à n’y rien comprendre, et ça tord le cœur. Le sang a séché, la famille a déménagé, l’antisémitisme a continué de flamber. Sur décision de la Justice, l’assassin ne sera pas jugé ». Pour étayer son arrêt, la juge Ihuellou s’était appuyée sur l’article 122-1 du Code Pénal, et sur les conclusions des trois expertises psychiatriques. Ces notions d’abolition ou d’altération du discernement posaient problème, et cela d’autant plus que, dans le cas du meurtre de Sarah Halimi, ces notions étaient couplées avec la prise, volontaire, consciente et massive de cannabis, par Kobili Traoré, la veille du meurtre de Sarah Halimi. Le cas de Sarah Halimi concernait, comme le dit très justement Le Sénateur Jean-Marie Bockel, la Nation entière. Aujourd’hui, les parties civiles se sont pourvues en Cassation. Aujourd’hui, Qui n’écrit pas au sujet de L’Affaire Sarah Halimi, en faisant une question de principe inviolable. Des articles ont été publiés dans Dalloz-même. Aujourd’hui, les parties civiles attendent. Sereinement. S’il n’existe d’évidence pas de Cabinet noir où se trameraient les conduites à tenir au sujet de procès, gageons que l’assassinat de Sarah Halimi, les dysfonctionnements inqualifiables de l’instruction, la pauvreté de l’enquête obligent. Obligent un Président à siffler la fin de la récréation. Seul un jury populaire dira, en Cour d’Assises, si Traoré devra payer l’infamie qu’il infligea à Sarah Halimi, coupable d’être née juive. 


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FRANCE

LE BAL DU GROUPE

« Yiddish pour tous » par MICHÈLE CHABELSKI

C

’est pas n’importe quoi. C’est un bal. C’est pas n’importe qui. C’est nous! Pour résumer, c’est nous, la dream Team de Yiddish pour Tous, qui vous proposons un bal yid !

Ah non ! Elle est remariée avec un Tune… Un Tune ! Oui.. enfin sa mère à lui est convertie, les enfants sont juifs. Ils vont à Maïmo…

Oui oui !! Un bal !

Ah ! Redonne moi un peu de vodka, j’ai mangé du pickel chez Florence à midi, j’ai soif… Et on va danser puisque c’est un bal ! Y aura des gens mariés, des gens vieux comme nous, des gens jeunes, et même….

On va danser, on va écouter de la musique, on va rire, on va s’amuser, on va grepser, on va cancaner en disant ouille Lechn Hore, Lechn Hore, la main sur la bouche en signe de culpabilité, on va échanger, alors t’en as combien ( avant c’était des amants ou des maîtresses, maintenant c’est plutôt des petits enfants), t’as revu Machin du lycée Voltaire, j’ai rencontré Truc du lycée Turgot, y a Chabelski , mais si ! celle de Victor Hugo ! la copine de Monique qu’est mariée avec Gerard… Mon fils est en Israël, moi ma fille est à Singapour, a brokh, et ta nièce, toujours avec son…

Mais oui !!!!!! Des gens pas mariés !!! Ahhhh ! C’est pas une bonne nouvelle, ça !! Célibataires, célibataires, venez nombreux, on veut tout déstocker !! Des blondes, des brunes, des grands, des petits, des Polaks, des Russes, des Roumains et même…

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Mais oui, des Sefarades aux yeux de braise, sang mêlés guillerets et blagueurs, buveurs de boukha, qui roulent des yeux à l’évocation d’un Gefilte fish de Rosh Hashana mais se pâment à l’idée de partager une pkaïla ou une chouchouka… Et on va enfin se le dire, toutes origines confondues, que ce qu’on aimerait en fait, c’est vivre ensemble en paix en France… Alors? Vous n’oubliez pas ? C’est tous les dimanches à : L’Ecuje 119 rue Lafayette. 75010 Paris. De 14h30 à 18h30 Participation aux frais : Membre YPT 20€ /Non membre : 25 € Réservation: 01 53 20 52 52 On s’y retrouve ?? 


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SOCIÉTÉ

Foutez la paix à Mila, 16 ans, coupable de rien du tout, et victime de nos lâchetés successives devant l’islamisme Par SARAH CATTAN

M

ila n’est bien sûr coupable de nul délit, et honte à celui qui a voulu … enquêter pour incitation à la haine, au lieu que de rechercher et d’embastiller ceux qui voulurent la trucider. Honte à cet autre qui dit … qu’elle l’avait bien cherché. Honte à un Odon Vallet qui a osé écrire que Mila allait nous faire endurer de nouvelles attaques terroristes. Honte à une Ségolène Royal qui, par clientélisme, n’a pas soutenu l’adolescente. Honte encore à ceux qui se sont tus devant ce scandale : nos dirigeants, les féministes, nombre de partis de Feue la gauche, qui devaient être allés, pour reprendre la formule d’Elisabeth Lévy, aux champignons.

Mila aurait pu être votre ado. Avec ses cheveux violets, sa spontanéité, son compte Insta. Où ce qu’écrivent nos enfants nous cause bien du souci. Ce jour-là, un lourdaud se mêla malencontreusement d’une conversation entre copines et n’accepta, lui qui avait entrepris de séduire la donzelle, que Non, c’était Non. C’est parce qu’il la traita, le jeune homme musulman, de raciste et autres gracieusetés pêchées dans le fond du caniveau que Mila se lâcha à son tour dans une réponse pas piquée des hannetons et écrivit que l’Islam, c’était pas du tout sa cup of tea. Sauf qu’elle, elle le dit comme ça. Elle écrivit, un brin agacée, qu’elle détestait la religion, que le Coran était une religion de haine, et elle a ajouté : Votre Dieu je lui mets un doigt dans le trou du cul, merci au revoir.

qui avait 11 ans lorsque l’impensable arriva, décimant la rédaction de Charlie, avait commis ici le délit de blasphème, touchant à l’intouchable, la seule religion au monde que vous ne pouvez quitter sans être menacé de mort et que vous ne sauriez critiquer sans être victime … d’une fatwa. Dans un pays sain, un pays où l’entrisme n’aurait pas été invité à pénétrer pas à pas, insidieusement, nos facs, nos media, notre justice, notre classe politique, Mila aurait, d’évidence, le droit de dire et redire ce qu’elle pensait de l’islam ou toute autre religion. Mila ne le savait pas. Même nous, nous tombons des nues devant cet exercice de travaux pratiques qui nous ramène à la condition de dhimmi que nous sommes tous aujourd’hui, que nous le voulions ou pas. Nous, citoyens de cette France où le Chevalier de la Barre, accusé d’avoir donné des coups de couteau sur un crucifix et profané une statue du christ, mais encore d’avoir remplacé son missel à la messe par des œuvres de Voltaire, fut torturé, décapité, brûlé, à qui Abbeville en 1765, mais cette terre dans laquelle le délit de blasphème n’existe plus dans le Droit français depuis 1881.

Bon Mila, trou du cul C’était pas classieux...

Moult barbares et fous d’Allah mais encore escortés d’autres pleutres voulurent faire taire cette effrontée, en rétablissant en somme par la jurisprudence le délit de blasphème, en rien arrêtés par ceux qui, supposés protéger cette ado, auraient dû en même temps redire haut et fort le droit à la liberté d’expression.

Nous n’aurions même pas dû être au courant de cette histoire entre ados, sauf que Mila, sans en avoir mesuré les impensables conséquences, elle qui ne connaît ni Zineb El Rhazoui, ni Waleed Al Husseini, ni la vie de tous ces apostats, Mila qui ne connaît pas les caricaturistes danois, Mila

Qu’il est odieux, le silence de ceux qui se sont abstenus, par couardise, les mêmes qui, de loin, se mêlèrent un peu de défendre une Asia Bibi et qui aujourd’hui sont terrés aux abonnés absents. Cette classe politique comme démissionnaire, ces groupes LGBT, ces néo-féministes, tous inau-

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dibles. Ils ont capitulé, semble-t-il, ils ont rendu les armes. Ils se terrent devant un islamisme que non contents de n’avoir point combattu puisqu’ils nièrent jusqu’à son existence, eux qui traitèrent d’islamophobes les voix qui tentèrent d’avertir du péril. Eux qui choisirent de nous vendre un Vivre Ensemble et de faire amis-amis avec l’ennemi. Ces Frères musulmans rhabillés en Représentants des musulmans de France et chargés d’installer … cet islam de France dont on nous menace chaque jour. Le droit au blasphème fait fuir les lâches, titra à raison Charlie Que les injures d’une ado à l’encontre du prophète aient provoqué un tel vacarme couvre de honte la France des Lumières. Mila, 16 ans, a priori en


35 classe de seconde, étudie certainement L’Encyclopédie, Le Tartuffe et le Dom Juan de Molière, les écrits de Voltaire et Diderot doivent lui être familiers. Elle sait qu’elle n’a en rien blasphémé, mais elle sait aussi qu’elle a, française, le droit de blasphémer. Ce qui lui arrive, ce qui nous arrive est bouleversant mais surtout inquiétant. Qu’avonsnous loupé pour en être arrivés là : chacun le sait. Chacun sait combien nous payons ici, 5 ans après Charlie, nos votes à défaut. Nos silences devant les compromissions honteuses, les peurs de ceux qui nous gouvernent. Qui nous ont vendus et nous vendent encore chaque jour un peu plus au pire obscurantisme, tel élu de la république se vautrant dans le communautarisme, tel ministre irresponsable serrant la main d’un représentant d’une théocratie saoudienne sanguinaire et tel autre allant comparer le voile islamique au fichu de sa grand-mère ou encore … au serre-tête des petites filles. J’ai rien fait de mal, dit Mila au cours de l’unique interview où nous découvrîmes tous … une ado … mesurée. Sensée. J’ai juste été vulgaire. A quoi répondit le trop long silence d’un Président … qui dut bien se résoudre in fine à s’exprimer au vu des sottises proférées par sa ministre de la justice. Empêtré qu’il se retrouvait, à force de cet intenable En même temps, dans ces accommodements auxquels il avait contraint la France, supposé qu’il était de protéger son peuple mais englué, à force de complaisances et soumissions, à composer avec la menace islamiste. Ça ressemble, déguisée en tolérance, à une forme de prostitution : Comment pouvait-on espérer être bien avec l’ennemi et escompter que tout cela passerait, ni vu, ni connu. Comment tenir au calme cette rue arabe dont ils crèvent de peur parce qu’ils n’ont pas eu l’audace de se confronter à une réalité que de surcroît ils nièrent lorsqu’on la leur montra du doigt1. Comment se concilier l’assurance du vote musulman.

Président. Quelle tâche décidément si l’on est adepte de l’En même temps.… Qui vous contraint d’à tout prix ménager l’électorat concerné, et si possible s’en concilier les faveurs. Une simulation sur 2022 ne laisse-t-elle pas entendre que le vote musulman pèsera sans doute pour 10 % des votes. Aujourd’hui, on nous annonce comme une victoire le fait que Mila ait été recasée. La voilà donc dans une nouvelle structure. On l’imagine ce lundi matin. Arrivant. Précédée de tout ça. Et escortée. A la Zineb, n’en doutons guère. Ainsi, la meute qui s’en est prise à Mila est, elle, restée sur place : ce fut à la jeune fille de dégager. La Police. La Justice, L’Education nationale. Son Ministre. Tout le lycée Léonard de Vinci de Villefontaine, dont on se demande ce matin qui y détient … l’autorité. Les professeurs. Tant d’élèves. Cet Etat où Police, Justice, Education nationale : aucun n’aura fait le job. Les agresseurs seront impunis. Le prof de français aura beau jeu de revenir à sa séquence sur le blasphème, le prof de philo aura aussi fort à faire pour parler de responsabilité. De courage. Le Président et son Gouvernement devront rendre des comptes de cette forfaiture supplémentaire. De cette prétendue incapacité à avoir réussi à faire que justice ici encore soit dite. Ils espèrent sans doute qu’on la passe, l’éponge, sur cet Etat qui n’applique pas la loi et ne punit pas la meute qui s’en prit à une jeune fille de 16 ans, seule. Notre Président n’eut pas le cœur vaillant d’un Eisenhower qui, lui, protégea ceux qu’on appelle Les Neuf de Little Rock, ce groupe d’élèves afro-américains inscrits à la Little Rock Central High School et qui, en 1957, furent empêchés d’étudier, – bien que la ségrégation raciale fût légalement abolie depuis l’arrêt de la Cour suprême de 1954,- par les partisans de ladite ségrégation , dont faisait partie le gouverneur de l’Arkansas, lequel ordonna à la garde nationale d’empêcher les étudiants noirs d’accéder à l’établissement.

Et comment perdre l’honneur, en vendant l’âme de son pays. Le Président aujourd’hui, dans un improbable grand écart, se retrouve depuis ce matin à chanter au pays son plan … pour combattre le … communautarisme Oh pardon … Le Séparatisme … Oh pardon … le séparatisme … islamiste : il l’a dit, le gros mot, ce matin, 18 février.

Ça ressemble un peu à ce qui arriva à Mila, et c’est pourquoi Régis de Castelnau me la rappela, cette affaire, où le président des États-Unis fit, lui, intervenir plus de mille soldats de la 101e division aéroportée qui eurent pour mission d’escorter et de protéger les neuf élèves noirs dans leur nouvelle école, afin de faire appliquer la loi, quitte à ce que chacun des neuf se voie affecter un militaire comme garde du corps.

1 Les Territoires perdus de la République. Ouvrage collectif sous la direction de Georges Bensoussan. Éditions Mille et une nuit. 2002.

Nous, pendant ce temps ? Shame. Honte qu’une plainte eût pu seulement être reçue à l’encontre de

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Mila, énième épisode d’un Djihad judiciaire aujourd’hui familier, imposture dont le film à venir du réalisateur Gérard Boyadjian vous parlera. Seuls les naïfs croiront que le Procureur de Vienne ait agi de sa propre initiative en ouvrant cette enquête, et seuls les benêts goberont qu’il l’a classée sans suite, de son plein gré, et sans doute au vu du tollé provoqué par les propos scandaleux de Nicole Belloubet, laquelle, après avoir, toute honte bue, estimé d’abord que les propos de la jeune fille relevaient d’une atteinte à la liberté de conscience, dut reconnaître une maladresse et défendre le droit de critiquer une religion. Une plainte classée sans suite, aussi grâce à notre mobilisation à tous, notre détermination à lutter sans relâche contre la menace obscurantiste, à nommer haut et fort ce que nos ministres n’ont pas eu le cran de faire. A chaque critique, qu’on insulte ou pas cette religion, il faut juste relever un fait : c’est le même tarif. Salman Rushdie s’en souviendra toute sa vie durant, me rappela Charles Meyer. Lui qui, sans jamais avoir insulté l’islam, avait construit une redoutable critique de l’islam et de son instrumentalisation par la Révolution iranienne. Lui qui a écrit une œuvre pensée, structurée, murie, primée. Même tarif que Mila. Et pire encore. Ainsi, que nul ne vienne nous expliquer que les paroles grossières d’une jeune fille envers l’islam seraient ici le problème, chacun cherchant et trouvant prétexte et refuge derrière l’écart de langage de l’adolescente et y puisant prétexte à condamner le sacrilège commis à l’encontre de la religion de paix et d’amour, au point que, dans la séquence télévisée où la jeune fille prit un jour la parole, le mot islam ne fut pas une fois prononcé, en quelque 14 minutes. Le vrai problème, c’est bien le tarif, le menu et la convention d’honoraires. Inconscience. Regardez-les ébaubis devant la non-affaire Griveaux. Oublieux déjà de la grave Affaire Mila. Trahissant la mémoire de ceux qui hissèrent haut l’audace et l’irrévérence françaises. Coluche, Desproges, au secours : Ils sont devenus fous. La Marianne guidant le peuple a combattu vaillamment, mais regardez : je crains qu’elle n’eût désormais … un genou à terre. 


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SOCIÉTÉ

L’Affaire Sarah Halimi : Une Affaire qui ne fait que commencer Par CLAUDE BLOCH

D

ans le quotidien Le Figaro daté du 20 décembre 2019, à la rubrique Société, on peut lire : « Le meurtrier présumé de Sarah Halimi ne sera pas jugé. La justice a déclaré Kobili Traoré, alors sous l’emprise du cannabis, irresponsable du meurtre de cette sexagénaire Juive ».

mois après les faits. Cette expertise conclut à une bouffée délirante aiguë avec altération du discernement du meurtrier de Sarah Halimi et indique qu’il est accessible à une sanction pénale et donc apte à comparaître devant une Cour d’assises afin d’y être jugé.

FLASH-BACK

LA JUGE DÉCIDE

Flash-back. Dans la nuit du 3 au 4 avril 2017, Kobili Traoré, ce jeune Malien s’introduit dans l’appartement de sa voisine du dessus, Sarah Halimi, en passant par le balcon de la famille Diarra, au 3 ème étage. Il roue alors sauvagement de coups sa victime, tout en l’injuriant et en récitant des versets du Coran. Puis il la tire jusqu’au balcon et la défenestre du 3ème étage, en hurlant « j’ai tué le sheitan » (le démon en arabe). Je ne m’arrêterai pas ici sur le premier scandale constitué par l’inertie, pour ne pas dire la non-intervention des policiers, et qui, jusqu’à ce jour reste un mystère. Je ne m’arrêterai pas plus sur le deuxième scandale, caractérisé par le silence médiatique qui a plongé ce meurtre atroce et antisémite sous une chape de plomb, dont nous sommes un certain nombre à vouloir l’en dégager.

Alors que personne ne l’évoque ni ne la réclame, la juge décide de demander une seconde expertise psychiatrique. Celle-ci, confiée à un collège de trois experts-psychiatres, dirigé par le Dr. Bensussan, a lieu 14 mois après les faits.

LE TROISIÈME SCANDALE, CELUI QUI CONCERNE LES 3 EXPERTISES PSYCHIATRIQUES DEMANDÉES PAR LA JUGE

Elle conclut à une bouffée délirante aiguë, comme mode d’entrée dans la schizophrénie. LE DR. BENSUSSAN A RECONNU S’ÊTRE “TROMPÉ”

Or, en audience publique, le Dr. Bensussan a reconnu s’être trompé sur le diagnostic. Cependant, (d’après ce qui m’a été rapporté), on ne sait pas si la reconnaissance de cette erreur a été notée par le greffier.

Je m’arrêterai, par contre, sur le troisième scandale, celui qui concerne les 3 expertises psychiatriques demandées par la juge.

Cette expertise conclut, quant à elle, à une abolition du discernement de Kobili Traoré et précise que les soins seront longs et difficiles. La juge demande alors une troisième expertise qui est confiée à un second collège d’experts-psychiatres, dirigé par le Dr. Coutanceau.

En effet, d’après ce que j’ai pu lire dans la presse, ou entendre de la part de personnes « bien informées », il existe entre ces 3 expertises des divergences, des contradictions, voire même des incohérences manifestes. Une première expertise est effectuée par le Dr. Zagury, début septembre 2017, et se voit complétée fin octobre, soit 6 et 8

Cette expertise est effectuée 16 et 17 mois après les faits. Dans ses conclusions, elle contredit d’emblée le diagnostic porté par la deuxième expertise. Maître Goldnadel, conseil de la soeur de la victime, indique avoir « fourni à la Cour d’appel un récent arrêt de la Cour de cassation disant qu’en cas de contradiction entre plusieurs expertises en

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matière de responsabilité pénale, c’est à la Cour d’assise d’arbitrer » et il ajoute: « J’attends donc de la Cour de cassation qu’elle se conforme à sa propre jurisprudence ». Et que constate t-on, au vu des conclusions de ces trois expertises, sinon un nombre important de divergences, de contradictions et même d’erreur de diagnostic ? Dans une Tribune du Monde, daté du 11 février 2020, deux magistrats, Jean-Christophe Muller et David Senat, reviennent sur la question de l’irresponsabilité pénale lorsque celle-ci fait débat. Ils indiquent que, avec la loi de 2008, « Ce dispositif (…) n’avait toutefois pas vocation à se substituer à la décision des jurés populaires. Bien au contraire, il n’a vocation à s’appliquer que lorsqu’il n’existe pas de raison de penser, au vu d’expertises psychiatriques concordantes, que la question de l’irresponsabilité pénale de l’auteur est sujette au moindre doute ». Plus loin, ils confirment ce que disait déjà Maître Goldnadel, à savoir que, lorsque, comme c’est le cas ici, la question de l’irresponsabilité pénale fait débat, elle doit être tranchée non pas par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel, « mais bien par la juridiction chargée d’apprécier la réalité des preuves et la culpabilité, c’est à dire la Cour d’assise ». Dans l’Affaire Sarah Halimi, nous assistons à une délégation officieuse et déguisée de pouvoir vers les psychiatres qui, au lieu de rester cantonnés dans leur rôle de donneurs d’avis, se retrouvent institués en Juges. Voilà pourquoi un procès est plus que nécessaire. 


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ISRAËL

Je me souviens : La Déclaration Balfour est l’acte fondateur de l’Etat d’Israël Par ALAIN HERBETH

T

rreize ans après la mort de Théodore Herzl, « l’homme d’Etat sans Etat, le Roi sans Royaume », mais qui a su gagner l’admiration sans partage de son peuple, le ministre des Affaires étrangères britannique, Lord Balfour écrit un billet à son « cher Lord Rothschild ».

Ce billet deviendra bientôt célèbre dans l’histoire sous le nom de « Déclaration Balfour », un billet où, « au nom du gouvernement de Sa Majesté britannique » il adresse à Lord Rothschild « les sympathies du gouvernement pour les aspirations juives sionistes… et sa volonté d’établir, en Palestine, un Foyer national pour le peuple juif ». Lord Balfour souligne que le gouvernement emploiera tous ses efforts pour faciliter la réalisation de cet objectif. Datées du 2 novembre 1917, ces quelques lignes marquent une étape décisive dans l’histoire du sionisme. Elle grave, sinon dans le marbre, du moins sur le papier (c’est moins solide, l’avenir nous le prouvera) l’engagement de Sa Majesté envers le peuple juif. En dépit des reniements qui interviendront assez rapidement, et de manière répétée jusqu’au 14 mai 1948, date du départ du dernier soldat britannique du sol palestinien (sol qui deviendra, un jour plus tard, celui d’Israël), la Déclaration Balfour peut légitimement être considérée comme l’acte de naissance de l’Etat d’Israël. Signalons tout de même que la diplomatie française n’est pas restée muette face à cette initiative, elle l’a même, parfois, précédée. En effet, cinq mois avant que Lord Balfour engage son pays, Jules Cambon, secrétaire général

du Quai d’Orsay, adressait une lettre à Nahum Sokolov, secrétaire général de l’Exécutif sioniste, pour lui dire « le gouvernement français qui poursuit sa lutte pour assurer le triomphe du droit sur la force, ne peut qu’éprouver de la sympathie pour votre cause dont le triomphe est lié à celui des Alliés ». Le 10 février 1918, le ministre français des Affaires étrangères s’associera définitivement à la Déclaration Balfour. Elle sera, par la suite, adoptée par la toute jeune « Société des Nations » née sur les décombres de la première guerre mondiale. Les seuls à ne pas se réjouir sont les féodaux

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arabes et leurs amis religieux, pour qui la déclaration Balfour « est un viol colonial de la Palestine arabe ». Une question, pourtant, se pose : pourquoi le gouvernement dirigé par Lloyd George a été amené, en pleine guerre, à promulguer cette déclaration où, fait unique dans l’histoire souligne Arthur Koestler, une nation (le Royaume-Uni) promet à une autre nation, en devenir (le futur Etat juif) le territoire d’une troisième nation (l’Empire Ottoman) ? Lloyd George répondra lui-même à cette question vingt ans plus tard, devant la « Palestine Royal Commission » présidée par Lord Peel. 


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TOURISME SOCIÉTÉ

LES SECRETS DE LA LISBONNE JUIVE LES DERNIERS JUIFS DE LISBONNE

L

a passion d’un couple de français pour l’histoire juive portugaise est devenue la raison du succès d’une visite devenue incontournable pour découvrir Lisbonne. Pour les touristes français, américains, brésiliens ou américains, la visite guidée de Patricia « Découverte de la Lisbonne Juive- Lisboa Judaica  » est maintenant la visite «  Number

One » si vous souhaitez réellement découvrir Lisbonne et sa présence juive. LES RESPONSABLES DE CE PROJET :

Patricia et Joseph, un couple français vivant à Lisbonne depuis plus de 30 ans, membres dévoués de la communauté juive locale. Ils vous

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raconteront avec enthousiasme l’histoire singulière et fascinante de la communauté juive du Portugal tout au long des siècles, et vous découvrirez finalement avec eux une Lisbonne totalement méconnue. Ils sont aujourd’hui les seuls à Lisbonne à vous faire profiter d’une promenade hors des


39 sentiers battus pour une immersion totale dans le véritable passé juif de la ville, passé qu’il est bien difficile, sinon impossible de découvrir seul. Ces informations captivantes, fruit de plus de vingt-cinq ans d’études de l’histoire des Juifs Portugais, ne sont d’ailleurs jamais mentionnées dans les guides. LISBONNE TERRE D’ASILE

Le Portugal est devenu ces toutes dernières années une terre d’accueil pour de nombreux juifs de tous pays : De nombreuses familles françaises, turques ou brésiliennes se sont à présent installées à Lisbonne et dans sa région. Destination chaque année un peu plus à la mode, à deux heures trente de Paris, Lisbonne est largement desservie par de nombreux vols, et à présent les touristes israéliens sont tombés amoureux de la Ville Blanche, avec l’aide d’une dizaine de vols hebdomadaires directs depuis Tel Aviv. L’année dernière, d’après les dernières statistique divulguées par l’Office National du Tourisme Portugais, plus de 200.000 visiteurs juifs du monde entier sont venus découvrir la merveilleuse ville de la côte Atlantique, réputée dans le monde entier pour être «Jews Friendly ». L’antisémitisme progresse toujours en Europe mais Lisbonne semble être restée un havre de paix : il y fait bon être juif. 2015. LA LOI DU RETOUR

Et c’est également aujourd’hui la destination préférée des touristes souhaitant partir à la découverte de nos ancêtres séfarades. Le gouvernement portugais ayant promulgué la « Loi du Retour », pour tous les descendants de juifs d’origine portugaise, c’est à présent 45 000 demandes de reconnaissances qui ont déjà été enregistrées auprès des autorités portugaises. Plus de 8  000 passeports portugais ont déjà été émis, le reste des demandes étant encore au stade d’analyse des dossiers. L’histoire ainsi se répète : C’est sur invitation du Roi du Portugal que les juifs d’origine portugaise, installés à Gibraltar et au Maroc, reviendront à Lisbonne dans les toutes premières années du XIXº siècle, alors que l’Inquisition ne sera officiellement abolie au Portugal qu’en 1821.

La visite guidée de Patricia vous permettra de découvrir, en visite totalement privée, la magnifique synagogue Shaaré Tikvá, « Portes de l’Espérance », inaugurée en 1904, première synagogue de la péninsule ibérique consacrée depuis 1497. Cette visite est une véritable mini-conférence qui vous permet de recoller les informations éparses sur l’histoire des Juifs Séfarades et d’enfin comprendre l’incroyable destinée des Juifs Portugais et toutes les différences ou points communs avec les juifs espagnols. Le destin des deux communautés, Portugaise et Espagnole se croisent souvent mais l’histoire en est bien différente. Patricia vous aidera à comprendre ses nuances et finalités. L’histoire et l’itinéraire de tous ces juifs portugais et leurs liens étroits avec tous les pays d’Europe mais aussi le Moyen Orient, l’Afrique, l’Asie, et les continents américain et sud-américain. Les réseaux des  «  Gens de la Nation  » synonyme de membres de la «  Nation Juive Portugaise  » se retrouvent partout en Europe et au-delà des mers. Histoire fascinante. Patricia sait si bien nous la raconter. C’est si vivant que nous devenons nous même pour quelques instants ces juifs Portugais, forcés à l’exil ou à la conversion. La visite est accessible à tous dès l’âge de 10 ans, et comme Patricia vous fait également découvrir les moyens de transports locaux (vieux tramways et funiculaires inoubliables comme à San Francisco), cette promenade est vraiment la meilleure manière de relire l’histoire juive et de découvrir Lisbonne par la même occasion. Patricia réussit même l’exploit de ne jamais vous faire escalader

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aucune des Sept célèbres collines, l’itinéraire étant parfaitement étudier pour le confort de tous, en évitant avec soins les itinéraires les plus pénibles pour les visiteurs ne connaissant pas encore les difficultés de la ville. C’est une Lisbonne insoupçonnée du grand public qui s’ouvre à vous. DÉCOUVERTES DES VIEUX QUARTIERS

Puis la promenade de découvertes commence vraiment :


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TOURISME SOCIÉTÉ

Lisbonne, que de surprises et d’émotions vous attendent ici. Et voici, quatre heures, cinq de visite se sont écoulées. Déjà ! Tous en demandent plus. Les liens se sont liés si forts que finalement, vous terminerez la visite en pensant que là, maintenant, présent au fond de votre âme juive, vous êtes, nous sommes, tous, avec cette petite « Costelada » portugaise qui nous attache et nous rattache avec tant d’émotion à ces juifs portugais. SHABBAT À LISBONNE

Et pour les plus chanceux (nombre de places limité !) Patricia & Joseph ouvrent la porte de leur merveilleux appartement près de la synagogue, pour partager leurs repas gourmets de shabbat, à la découverte des traditions de la cuisine juive portugaise. Une offre spéciale shabbat tout compris permet également de passer un shabbat plein à Lisbonne (chambre, repas de shabbat et visite guidée, 3 nuits).

Tous les quartiers emblématiques de Lisbonne (Alfama, Bairro Alto, Baixa, Carmo, Chiado, Liberdade, Principe Real, Rato…) tous sont en relation étroite avec la vie juive, présente et passée, et vos hôtes vous donneront les clés pour percer tous les secrets de l’histoire de la communauté juive.

de Lisbonne pendant la Seconde Guerre Mondiale. Décrit comme le «Schindler» portugais, le Consul Général Aristide de Sousa Mendes, en poste à Bordeaux entre 1938 et 1940, va sauver des dizaines de milliers de vies en délivrant des visas portugais, mais il sera sévèrement puni par son propre gouvernement.

Patricia saura aussi vous dévoiler la fantastique histoire des « Cryptos-Juifs » portugais, dont les marques sont toujours vivantes au Portugal, pour ceux qui savent en découvrir les codes. L’héritage juif que de nombreux Portugais revendiquent toujours aujourd’hui, déclarant avec le sourire durant une conversation amicale: «Nous portugais, nous avons tous une «costelada judaica». (Côte d’origine Juive)

Le 18 octobre 1966, Yad Vashem va reconnaître Sousa Mendes comme Juste parmi les Nations. Mais il faudra encore attendre 1988 pour que le gouvernement portugais vote sa complète réhabilitation et le nomme Ambassadeur à titre posthume.

Les dernières études ADN nous confirme d’ailleurs que près de 25% de la population portugaise a du sang Juif Séfarade… L’EUROPE EN GUERRE. LES RÉFUGIÉS PENDANT LA IIº GUERRE MONDIALE

Patricia vous expliquera aussi le rôle incroyable et surtout inconnu de la Communauté Juive

Et d’autres Consuls portugais en poste en Europe seront aussi des héros. Ainsi, chaque quartier, presque chaque rue de Lisbonne révèle sa propre liaison avec l’histoire juive, même bien cachée sous les pavés, nous marchons dans ses pas. Et chaque visite est unique et personnalisée selon le souhait de chacun, Patricia étant toujours ravie de partager ses dernières découvertes ou même l’actualité de la communauté. Et même si vous pensez déjà avoir tout vu de

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« Kosher in Lisbon  » (Patricia & Joseph) est une table strictement casher, parfaitement située en plein centre-ville, à proximité immédiate de la magnifique synagogue, proposant en exclusivité la visite de la Lisbonne Juive. L’adresse idéale pour découvrir une Lisbonne passionnante et véritablement inédite. Ambiance gourmet, conviviale et cosmopolite garantie. Le contact de ce couple de passionnés d’histoire juive se divulgue depuis des années par le bouche-à-oreille, de familles en amis, d’amis en cousins, loin des réseaux sociaux. Consultez le livre d’or et faites-vous une idée de la qualité de l’accueil et des services offerts par Patricia & Joseph. Les commentaires sont unanimes : Cette visite guidée de la Lisbonne juive a été pour tous le point culminant de leur séjour à Lisbonne. Et pour les chanceux qui ont aussi partagé leurs repas avec Patricia et Joseph, un shabbat savoureux, chaleureux, …. inoubliable.  www.KosherinLisbon.com visite@KosherinLisbon.com  


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CINÉMA

Le Festival du film israélien

fête ses 20 ans par SYLVIE BENSAID

Tribune Juive : Le festival a 20 ans cette année, le moment de faire le point ? Hélène Schoumann : Oui Il y a 20 ans le cinéma israélien était à ses débuts en tous les cas en France, et n’avait pas encore la notoriété qu’on lui connaît, il ne s’est pas frotté à tous les podiums de la gloire, et n’a pas remporté les multiples prix dans les plus prestigieux festivals du monde. Il y avait alors un air printanier et un frémissement de création, tout était à faire. Tout le monde venait, flashs de gens disparus trop tôt, d’une Ronit Elkabetz assidue et présente, engagée à nos côtés. De l’incroyable Assi Dayan, le fils du célèbre général, de ce regard vide absorbant l’espace, de son talent fou qui nous renversaient quand il avait présenté La vie selon Agfa. Tout sentait l’à peu près et avait un goût de revenez-y. Nous avons montré les grands classiques fait avec peu de moyen et d’autres films plus ou moins bons. Peu importait l’essentiel était de voir Israël en technicolor et à travers ce prisme d’émotions. Aujourd’hui tout a changé nous sommes structurés avec des Prix et des catégories. Le paquebot du Majestic- Passy nous berce entre ses murs cristallins. Nous pouvons présenter les nouveaux films plus innovants et étonnants qui s’interrogent encore et toujours sur cette société morcelée et multiple d’Israël.

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43 russes. Cela fait 30 ans cette année que l’émigration massive est arrivée d’URSS. Le film d’ouverture est génial : Golden Voices réalisé par Evgeny Rurami, inutile de vous dire d’où il vient. Le couple qui débarque de Moscou en Israël est impayable et c’est vraiment une comédie douce -amère. Nous avons aussi un court métrage sur ce thème Birth Rights.

Et puis ces courts -métrages magnifiques comme le signe d’une promesse à venir. Quant aux documentaires Le festival entre dans la cour des grands et tient ses promesses. Notre public aussi a changé, il est de plus en plus exigé. Avant on ne pouvait voir la création israélienne que notre festival, aujourd’hui les cinéastes trouvent des distributeurs français et les co-productions sont aussi très importantes. Ils sont vus à peu -près partout en France et tant mieux. Tribune Juive : Les films qui vous ont marqués ? HS  : Comme ça à vif, je dirais Le procès de Viviane Amsallem de Ronit Elkabetz, son film a eu un tel impact sur la société israéliennes concernant le divorce religieux que c’est remonté jusqu’aux instances rabbiniques, mais la procédure est toujours aussi détestable et la cérémonie du divorce est toujours aussi humiliante pour les femmes. Il y a eu Fox trot de Samuel Maoz qui a tant défrayé la chronique culturelle. Past Life de Avi Nesher mon metteur en scène préféré qui décrit la société israélienne dans ses débuts avec une sensibilité et une grande beauté, j’aime tous ses films. L’Institutrice de Nadav Lapid, un jeune à l’avenir prometteur, enfin plus tant que ça, je l’ai connu à 20 ans quand il vivait à Paris et crevait de faim il raconte tout ça dans son dernier film Synonymes qui a eu l’Ours d’or à Berlin… Incroyable Dans les grands classiques je citerai Tu marcheras sur l’eau d’Eytan Fox, Mariage Tardif Dover Kosashvili, Beaufort Joseph Cedar. Avanti Popolo de Rafi Bukai. Les films de ces années-là avaient un côté cinéma italien,

avec de l’humour et de la fantaisie. Pour remonter dans le temps, je citerai les films bourrelas réalisés pour le public sépharade, avec le gendarme Azoulay de l’incroyable Ephraim Kishon où la comédie musicale étonnante Kazablan avec Yehoram Gaon. J’ai une grande tendresse pour Moshe Mizrahi qui nous a quittés récemment Rosa je t’aime ou la rue Chelouche sont de grands classiques. Et pour Amos Gitaï la grande figure mal-aimé du cinéma israélien que j’adore, dans chacun de ses films je me dis qu’il y a une image géniale qui me bouleverse, il a été très critiqué mais a été à l’avant-garde de cette vague déferlante de cinéastes qui ont remis en question les grandes institutions israéliennes, armée, religion, politique. Après vous seriez étonnée si je vous dis que mon film préféré israélien est la première réalisation parlante réalisée en 1932 : L’enfant perdu de Haïm Halachmi. Dans les collines de Sion, un garçon de 8 ans d’un Kibboutz qui a perdu son groupe gambade dans les collines, heureux. Il a des taches de rousseur sur le visage, si européen et il semble tendre la main aux enfants juifs de la diaspora qui quelques années après seront massacrés dans les chambres à gaz. Ce film me fait toujours pleurer dans sa naïveté sioniste et ses belles images d’Epinal. Maintenant les séries ont un peu balayé les films et le succès planétaire comme Fauda est impressionnant, mais pour moi aussi bonne soit-elle, ce n’est pas le 7ème Art. Tribune Juive : Et quel est le programme de cette année ? HS  : Nous sommes dans le sociétal. Beaucoup de films avec pour sujet l’intégration des

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Mais je dois avouer que les films de fictions sont moins forts cette année au profit des documentaires et courts métrages. Mais le rire a une place cette année, avec le film de clôture Mossad de Alon Gur Arye, une parodie sur l’agence des services secrets les plus connues du monde ou de Forgivness de Guy Amir et Hanan Savyon, un succès phénoménal en Israël, the electrified de Boaz Armoni - un groupe pop qui a eu son heure de gloire dans les années 80, complètement oublié aujourd’hui. Aucun film de fiction politique sauf Incitment de Yaron Zilbermann, qui a eu de nombreuses récompenses aux Ophirs israéliens (oscars) En septembre 1993, le premier ministre israélien Yitzhak Rabin annonce le début d’une ère pacifique. Yigal Amir, Juif orthodoxe, est indigné, ce sera le parcours de ce jeune étudiant jusqu’à son crime absolu. Un moment de détente avec le documentaire sur la marque de maillot de bain qui a connu un succès dans le monde de la mode international Gottex et le parcours de sa créatrice LeaGotlieb : Mrs. G de Dalit Kimora. Sans oublier, 6 le chanteur a la voix d’or Arik Einstein : a standard love song ; Avida Livny. 


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LIVRES

10 COMMANDEMENTS DE DIDIER NEBOT

E

n 1493 David, un jeune juif échappé de l’inquisition d’Isabelle la Catholique, échoue sur les côtes marocaines. Là, il commence une nouvelle vie. Mais pour épouser la femme qu’il aime, il tue son rival en plein désert, provoquant la colère de l’Eternel qui condamne son âme à l’immortalité. « TU MOURRAS ET TU RENAITRAS INDEFINIMENT, DANS D’AUTRES CORPS, MAIS TOUJOURS AVEC LA MEME CONSCIENCE, CELLE QUI AURA ANIMEE TA PREMIERE VIE. TU VERRAS L’HISTOIRE DEFILER, TU N’AURAS PAS DE DESCENDANCE ET TOUS LES ETRES QUI TE SERONT CHERS MOURRONT. » David renaîtra tantôt juif, arabe ou chrétien. Tantôt homme ou femme, tantôt noir ou blanc, avec la mémoire retrouvée de ses vies antérieures. Il traversera le temps, à travers les pays du bassin méditerranéen, où les différentes cultures s’entrelacent tout en se confrontant. David vivra 10 vies, et dans chaque vie il ne respectera pas un des dix commandements. Dix vies ! Dix blasphèmes ! Dix histoires différentes centrées chacune autour d’un des dix commandements! David va errer de 1493 à 1914, comme une âme en peine, de Fez à Alexandrie, d’Alger à Tunis, de Salonique à Cordoue. Il cherchera à se racheter mais il sera soumis à la vengeance implacable et parfois incompréhensible de l’Eternel. Il incarnera durant toutes ses vies l’espoir et le désespoir, la joie et la douleur, le pardon, l’humilité et le repentir. Sur ses frêles épaules s’inscrit le châtiment divin destiné à l’humanité toute entière pour qu’elle se rachète des pêchés qu’elle commet, bien souvent, au nom de Dieu.

Véritable fable qui nous transporte à travers le temps, le dernier ouvrage de Didier Nebot est une magnifique fresque romanesque qui balaie plus de quatre siècles d’histoire du bassin méditerranéen. L’auteur décrit avec beaucoup de détails la vie quotidienne des pays que son héros traverse. L’atout majeur de cet ouvrage fort bien documenté est de

nous rappeler à quel point les cultures méditerranéennes s’entrelacent tout en se confrontant.

ce qu’à dit l’éditeur du livre à Didier Nebot.  —

Ce livre brosse une fresque vivante et haute en couleur de l’histoire avec des aspects souvent méconnus. Il nous rappelle aussi que, par delà les nationalismes et les déchirements religieux modernes, les cultures méditerranéennes s’enracinent dans une histoire commune, fraternelle et passionnée. « J’ai lu votre manuscrit, il est fantastique » Voilà

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PARUTION LE 23 AVRIL 2020 Editions ERICK BONNIER 500 pages - 22 € Par Sylvie Bensaid


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THEÂTRE

LA MACHINE DE TURING MISE EN SCÈNE PAR TRISTAN PETITGIRARD

L

’incroyable destin d’Alan Turing, le mathématicien anglais de génie dont les travaux ont permis dès 1943, aux alliés de décoder les messages de l’armée allemande pendant la Seconde Guerre mondiale et épargnant ainsi la vie de millions de personnes. Ses travaux étant classés secret d’Etat, Alan TURING fut oublié à la sortie de la guerre. Contraint au silence par les services secrets, il fut condamné pour homosexualité, avant de se suicider en croquant une pomme empoisonnée rappelant étrangement un célèbre logo… Une interprétation incroyablement riche. Un spectacle bien mené. Un texte pédagogique d’une puissance et d’une sensibilité incroyable. Une leçon contre l’homophobie !

Cette pièce a reçu 4 prix aux Molières 2019 : - Le Molière de Théâtre privé - Le Molière du metteur en scène pour Tristan Petitgirard - Le Molière du comédien dans un spectacle de Théâtre privé pour Benoit Solès - Le Molière de l'auteur francophone vivant pour Benoit Solès Les acteurs incroyables. Un Extraordinaire moment de théâtre. Beaucoup d'humour et d'émotions.  — Théâtre Michel 38 Rue des Mathurins 75008 Paris Tél. : 01 42 65 35 02

Mise en scène par Tristan Petitgirard et interprétée par Benoit Solès et Amaury de Crayencour.

Par Sylvie Bensaid

FLEURS DE SOLEIL

ADAPTÉ DE L’OUVRAGE THE SUNFLOWERS AVEC THIERRY LHERMITTE

S

eul sur scène au Théâtre Antoine, découvrez Thierry Lhermitte dans Fleurs de soleil, l’adaptation sublime du livre éponyme de Simon Wiesenthal qui a cherché toute sa vie à comprendre ce qui lui est arrivé, en ce matin ensoleillé de 1942. Il entend ce jour-là la dernière confession de Karl. Pendant la guerre, celui-ci a assassiné des innocents et il lui demande grâce. Peut-on pardonner l’impardonnable ? Thierry Lhermitte donne vie à tous les personnages de cette incroyable histoire, ayant rencontré un succès mondial depuis sa parution en 1969.

Adaptée de l’ouvrage The Sunflowers vendu à plus de dix millions d’exemplaires dans trente pays, cette pièce est incontournable par sa valeur historique et humaine. Époustouflant ! À voir absolument.  — Théâtre Antoine - Simone Berriau 14, Boulevard de Strasbourg, 75010 Paris JUSQU’AU 12 AVRIL

Son récit est éclairé par les témoignages de grandes personnalités, qui ont répondu à la question de Simon Wiesenthal : et vous, qu’auriez-vous fait à ma place ?

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Par Sylvie Bensaid


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SHOPPING

UN PRINTEMPS EN BEAUTÉ ! Par SYLVIE BENSAID

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Tribune Juive Magazine N°74 - Mars/Avril/Mai 2020  

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