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A la mémoire de Stéphanie...


Photographies : Olivier MERIEL Préface : Mathias ECHENE Textes : Axel KAHN et Sylvain LAGARDE


Rares sont les villages si beaux et qui font tant de bien. On a pu rencontrer des personnes arrivant fatiguées ou déprimées : quelques jours à Conques leur ont apporté un baume de pain, de bonté et de bonheur. Mais où est la source de ces bienfaits ? Qui veut cela ? N'est-ce pas Dieu, dans son grand Amour pour le monde et pour chacun ? Frère Jean-Daniel

Communauté des prémontrés


Conques tient une place très particulière dans mon cœur. C’est là que vivent mes souvenirs d’enfance les plus lointains. Et pour cause : mes parents s’y sont installés quand j’avais 6 ans. L’école communale à classe unique, les promenades à l’heure du déjeuner dans le village endormi hors saison, à l’ombre de l’abbatiale, les baignades dans la rivière Dourdou l’été, tant de choses me ramènent à Conques ! Conques qui accueille en son Cœur Sainte Foy et le souvenir de batailles étrangères. Car, pour paraphraser le grand Robert TAUSSAT « en dépit de son isolement géographique, et grâce à la fidélité de ses fils, rudes comme le grès du vieux sanctuaire, le Rouergue ne fut jamais étranger aux vastes mouvements de pensée qui agitaient le monde » Le Palais Épiscopal de Rodez, demeure de l’Évêque pendant plus de 700 ans, siège du pouvoir Ruthénois au Moyen Age, lieu symbolique cher à tous les aveyronnais aujourd’hui, dont le Conseil Départemental de l’Aveyron m’a confié la responsabilité depuis décembre 2016, représente le carrefour par excellence de rencontres multiculturelles. C’est à ce titre que lorsque Stéphane SICHI m’a proposé d’exposer pour l’été 2017 un travail de photographies argentiques centré sur Conques, j’ai répondu un ‘oui’ enthousiaste. J’ai depuis lors eu l’occasion de rencontrer Olivier MERIEL, et de découvrir la puissance de son travail. Cela n’a fait que confirmer mon intuition première. C’est donc avec fierté que nous lui avons ouvert les portes du Palais Épiscopal de Rodez, pour la première exposition d’art ouverte au grand public depuis le départ de l’Évêque : Conques, Chemin de lumière.

Mathias ECHENE

Président Directeur Général du Groupe E

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Conques, la beauté et l’intime Axel KAHN

Le pèlerin a peiné. Quittant la vallée du Lot à Estaing, la pente a été rude pour s’élever au sommet du plateau à hauteur de Golinhac, la descente parfois délicate vers Espeyrac. Il lui a fallu alors remonter sur les hauts du Rouergue, il marche sur le plateau, brûlé par le soleil, le visage parfois fouetté par des bourrasques de pluie. L’issue de son voyage est encore bien lointaine mais il sourit, pourtant ; il pressent que là où il se rend est bien plus qu’une étape parmi les autres sur le chemin de Saint Jacques, déjà une récompense, peut-être une première apothéose. On lui en a tant parlé ! Conques la moyenâgeuse, la sublime, la merveille du Rouergue, la conque d’où émerge non le printemps de Botticelli mais l’abbatiale dédiée à la jeune martyr agenaise, Sainte-Foix. Chacun des anciens jacquets rencontrés y est allé de sa description, de ses souvenirs, de ses émotions. Des photographies innombrables du site lui en ont confirmé la splendeur. Cependant, alors qu’il dégringole maintenant la pente raide de la vallée du Dourdou, le pèlerin est inquiet. Et si, à tant savoir de Conques, à tant en attendre, il était au final déçu d’une réalité déjà trop déflorée ? La pente s’adoucit, maintenant les premières demeures apparaissent, le chemin fait place à une ruelle pavée qui descend entre de petites maisons claires à colombages, on quitte le siècle pour pénétrer dans un petit bourg actif de la fin du Moyen-Âge. Plus haut, droit devant, la tour ronde et la façade du château Humières. Enfin, en contre-bas sur la gauche, dans sa splendeur, l’abbatiale et ses deux tours carrées coiffées de pyramides quadrangulaires en pierres plates. De même hauteur, au-dessus du chœur, une tour ronde est, elle, surmontée d’une flèche hexagonale couverte de lauzes et légèrement tors. Selon l’heure de l’arrivée et le temps qu’il fait, les vitraux de Soulages apparaissent bleutés, presque blancs, un peu jaunes. D’un coup, l’appréhension du pèlerin est dissipée, la déception est impossible, l’épreuve du sublime probable. Il a gagné son gîte tenu, derrière l’abbatiale, par les frères prémontrés ; ceux-ci, dans leur bure immaculée, l’ont accueilli, lui ont indiqué son lit, les commodités, l’heure des repas et de la bénédiction de l’après-midi, l’ont invité à la présentation à 21 h du jugement dernier sur le tympan, au petit concert d’orgue qui suit dans le sanctuaire. Maintenant douché, changé, il commence sa visite, comprend bien vite que la soirée n’y suffira pas. Telle n’était pas son intention première mais il sent qu’il ne peut reprendre le chemin dès le lendemain, il doit s’imprégner de Conques, l’intérioriser en somme. Le surlendemain, il franchit le Dourdou par le Pont Romain, entame la pénible ascension vers le côté ouest du plateau. Parvenu à la chapelle Sainte-Foy, il souffle un peu et contemple une dernière fois le site, la vallée profonde, l’encorbellement de la petite cité, l’abbatiale. Cette fois, son regard porte vers l’est, bien sûr, mais aussi au tréfonds de lui. Conques y est désormais inscrite, pour toujours, il l’emporte sur le chemin de sa vie. Dans le soleil de juillet ou dans la brume de novembre, à la lumière de midi ou à celle un peu blafarde des lampadaires, il voit les frères blancs arpenter les pavés luisant des ruelles en pente, la magnificence de ce tympan où s’affrontent le bien et le mal, les bienheureux et les damnés. Son âme s’est posée dans le chœur, sous les arcs de plein cintre, au pied des colonnades, elle s’envole vers la tribune, caresse les chapiteaux, vibre avec les longs et profonds accords de l’orgue. Dans son écrin de verdure, l’image du bourg depuis le site de Bancarel ou la chapelle Sainte-Foy a laissé une empreinte indélébile qui saura souvent enrichir ses pensées et enchanter ses rêves. Il racontera, à son tour, ce qu’il a vu et vécu, ici. On ne visite pas seulement Conques, on s’y baigne, s’en imprègne, on l’emporte avec soi, on en est transformé. Il pourra aussi visiter l’exposition du travail sur Conques du photographe Olivier Mériel, un autre regard intime, lui aussi. Il y retrouvera la bouleversante simplicité des voûtes romanes, l’élévation spirituelle qui s’en dégage, qui imprègne les frères foulant les pavés luisant de la ville. Cette dernière et ses habitants participent sur les clichés à l’harmonie, à la profondeur et à la paix de ces lieux. Si, comme le pèlerin, les visiteurs connaissent déjà Conques, ils seront d’emblée en résonance avec la vision de l’artiste. Sinon, ils n’auront sans doute pas de cesse que de s’y rendre eux-mêmes. Dans tous les cas, je sais le bien-être comblé ressenti par tous après avoir longuement contemplé ces images. 17


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Qui prendra le temps d’une traversée de l’œuvre photographique d’Olivier Mériel ne pourra s’empêcher de voir s’imposer la mystique de la lumière qui habite cette œuvre : d’une image à l’autre émerge avec une constance confinant à l’obsédante passion l’évidence d’une consubstantialité entre l’art et le dévoilement lumineux. Oui, de façon générale, la photographie est une révélation ; et c’est devenu un bien habituel, facile, et dès lors (trop) usé jeu de mot que celui-là, qui renvoie un peu systématiquement la démarche photographique à son processus technique – qui n’a, pour autant, rien d’anodin ni d’anecdotique, ni donc d’innocent... Mais si la photographie est révélation, elle l’est en fait surtout dans ce qu’elle parvient à faire advenir et dans ce qu’elle manifeste esthétiquement d’une manière d’être au monde (dans le monde, avec le monde, par le monde !). Ainsi, s’il est facile de filer la métaphore et de se réapproprier le lexique religieux, il est plus juste de se situer dans ce que la photographie a de philosophique : avec Olivier Mériel, la photographie s’affirme comme une mystique de la présence qui est bien éloignée de la simple réalité plastique de la reproduction du réel. « Et la lumière fut » : voilà le mythe.... « Et le photographe fut dans la lumière » : voilà la manière de se vivre du photographe... « Et la lumière fit » : voilà enfin la réalité du photographe, créateur du monde qui n’existe que par celui qui le regarde, l’habite, et par là-même le transforme. Errance, cheminement, quête... ? Quoi qu’il en soit, la recherche d’Olivier Mériel, homme de paysages, peut se lire comme la volonté farouche de dire sa présence dans le lieu : de se dire comme cet être particulier et prisonnier de lui-même (mais comme nous le sommes tous !), qui se vit comme une subjectivité face au monde, dans un

dialogue intérieur permanent dont la photographie devient l’artefact esthétique : parce que la lumière vient faire attirer l’attention, Olivier Mériel se prête au monde par son regard photographique, s’ouvre et se rend disponible au sujet. Au sujet ? Non : aux sujets ! Car il y a infinité de sujets : il y en a autant qu’il y a de lumières, d’objets hors de soi, et d’humeurs en soi... Alors Conques dans tout ça ? Un simple sujet parmi d’autres ? Pas tout à fait... Car il y a toujours des lieux d’inspiration, et Conques, par son histoire, par sa topographie, ne peut manquer d’en être un : si un label touristique n’est pas forcément le gage d’un lieu de villégiature artistique, il n’en demeure pas moins que Conques mérite le détour visuel. Site préservé par son isolement au cœur d’un cirque, Conques a quelque chose de l’écrin médiéval qui s’offre aux éclairages les plus variables dans un règne très minéral : de la roche à la pierre taillée, de la vue naturelle au spectacle architectural, ce sont autant de points de vue qui se donnent à surprendre dans le piège des perspectives ou des panoramiques qui se découvrent au détour d’un passage. Le recueillement, religieux comme simplement spirituel, dans une tradition de contemplation romantique (de méditation poétique... ! le « O temps suspens ton vol » de Lamartine résonnerait sans faux accord ici... !), devient une évidence dans ce contexte. Et on le sent bien, à travers toutes ses images, Olivier Mériel est un homme de recueillement : il aime suivre son chemin pour trouver la pause, qui est ce temps que l’on perd et que l’on gagne à laisser le monde nous parler au prétexte d’une incidence lumineuse... D’un heureux et lumineux hasard qui permet un être-là harmonieux jusque dans le mystère du monde. Sylvain LAGARDE 21


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Expositions 1989 -

Galerie Michèle Chomette, Paris

1995 -

Espace Caviole, Printemps de Cahors

1996 -

Photographies 1992-1995 Galerie Colbert, BNF - Paris

1997 -

Entre terre et songes -1990-1999, Galerie M. Chomette - Paris

1998 -

Hauteville House, Maison Victor Hugo - Paris - Entre Terre et mer, Musée de Dièppe - Entre terre et mer, Galerie du Centre photographique de Normandie - Rouen, château

1999

- Un Archipel, les Lofoten, Nordesk Museum, Svolvaer - Norvège. - Natures marines, Galerie Esther Woerdehoff - Paris. - Candace Perich Gallery, New York - USA

2000 -

Photographies 1995-1999, Musée des Beaux Arts - Caen - Le Bessin, Musée Baron Gérard - Bayeux - Dans l’intimité de Victor Hugo, Hauteville House - Guernesey

2001 -

Musée maritime de l’île de Tatihou

2002 -

le Bessin, Abbaye aux Dames, Conseil Régional de Basse Normandie. - Galerie du château d’Eau, Toulouse - Musée de la Villa Montebello, Trouville

2003 -

Institut français BRNO, République Tchèque - Prieuré Saint Gabrie, Brécy - Paris

2004 -

Institut Français Thésalonique, Grèce - Museum Candy, Guernesey - Photofolies de Rodez - Normandy Candace Perrich Galery, New York - USA

2005 -

Le Parvis de Tarbes. - Musée des instruments à vent, La Couture Bousset - Lumière Blanche, Musée de la mer - Cannes

2006 -

Musée André Malraux, Le Havre

2007 -

Galerie Alain Blondel, Paris

2008 -

New York Galerie Candace Dwan

Acquisitions Vous trouverez une liste des fonds photographique, musées ou fondations qui ont fait l’acquisition de photographies d’Olivier Mériel...

2015 -

Musée Victor Hugo, Paris - Bibliothèque Nationale, Paris - Musée Malraux, Le Havre - Galerie Candace Dwan, New-York - Musée des Impressionnismes de Giverny - Musée de la Mer, Cannes - Musée des Instruments à vents, La Couture Boussey - Maison Européenne de la Photographie, Paris - Musée des Beaux Arts, Caen - Musée du Château, Caen - Arthotèque, Caen - Musée Baron Gérard, Bayeux - Maison des Arts, Conches - Musée de la Marine, Paris - Galerie du Château d’eau, Toulouse - Museum Candy, Guernesy - Le Parvis, Tarbes - Fond Photographique de la Caisse d’Epargne, Toulouse - Nordesk Museum, Norvège - Musée Villa Montebello, Trouville - Collection FNAC, Paris - Frac, Caen Conservatoire du littoral, Paris... Ainsi de divers collectionneurs privés...

2016 -

Plus d’informations :

2009 -

la Toscane, Florence - La Toscane, Abbaye aux Dames - Caen

2010 -

Musée des Impressionnismes, Giverny

2011 -

Musée Ile de Tatihou, Îles Anglos Normandes

2012 -

Cholet Festival photographique

2013 -

Un fleuve - l’Orne, Abbaye aux Dames - Caen

Plages du Débarquement, Abbaye aux Dames - Caen - Plages du Débarquement, Hôtel de la Grille - Arles - Photofolies de Rodez, Galerie AgX - Rodez Le Portrait, Halles de Saint Aubin sur Mer - Hauteville House, Maison Victor Hugo - Paris

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www.olivier-meriel.com


Olivier MERIEL , Photographie originelle Olivier Mériel est né à Saint-Aubin-sur-Mer en Normandie en 1955. Il pratique depuis presque 40 ans la photographie noir et blanc argentique à l’aide de chambres photographiques grands formats. Son travail repose depuis toujours sur le dialogue entre l’ombre et la lumière. Olivier Mériel n’est pas de ces photographes qui courent le monde à la recherche de sujets spectaculaires. Les siens sont de plus, simples, intérieurs, des paysages inhabités... mais en apparence, car dans son travail un mystère est là, on ne sait pas si on est dans le réel ou l’irréel, et on peut très bien glisser dans l’un ou dans l’autre. La photographie est pour lui un engagement artistique profond. L’art est la métaphysique de l’homme. C’est l’espace intérieur qui lui permet de communier avec l’invisible. Une fois que la prise de vue est faite, il regagne sa chambre noire pour retrouver la lumière. Pour lui, la recherche en laboratoire est fondamentale. C’est elle qui va parachever sa recherche de la lumière. Il voit cela d’un point de vue musical, le négatif étant la partition, et le tirage l’interprétation. Son travail a fait l’objet de nombreuses parutions et expositions en France et à l’étranger. 75


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Le palais épiscopal de Rodez Un ensemble de peintures classées monuments historiques en 1913, des tours, un rempart, un portail et une façade inscrits à l’inventaire supplémentaire des monuments historiques en 1942 : le palais épiscopal est un édifice qui surprend par son importance et sa majesté dans une ville de la taille de Rodez. Tel que nous pouvons l’admirer aujourd’hui, il est le fruit d’une longue histoire dont les clés de lecture deviennent de moins en moins aisées au fur et à mesure où s’érodent les connaissances religieuses des visiteurs contemporains. Un palais épiscopal, c’est d’abord la résidence d’un évêque. De ce truisme, il faut déduire qu’un premier évêché a donc existé dès la présence d’un évêque à Rodez : cette présence est attestée à partir du Ve siècle. De ce premier bâtiment, nous ne savons rien, si ce n’est qu’il ne pouvait être construit qu’à proximité de la cathédrale, l’église où se trouve la cathedra : le siège de l’évêque. L’histoire des deux bâtiments est largement imbriquée. A Rodez, la cathédrale s’est d’ailleurs construite au détriment du second ; en effet, on sait que quand s’effondre l’ancienne cathédrale romane, en 1276, le palais épiscopal était édifié entre cette dernière et le rempart de la cité, approximativement à l’emplacement de la nef de la cathédrale actuelle donc. Seule la destruction de ce palais épiscopal au XVe siècle a permis l’achèvement de la nef de la cathédrale au XVIe siècle. La condamnation de l’évêché avait été prononcée dès la pose de la première pierre de la cathédrale gothique, en 1277 : l’évêque, Raymond de Calmont (1274-1298), avait acquis un terrain à un dénommé Corbières, ainsi que d’autres parcelles contiguës, afin d’y ériger une nouvelle résidence. C’est sur ces acquisitions que s’élève le palais épiscopal actuel ; il a succédé à un autre évêché édifié à la fin du XVe siècle sous l’épiscopat de Bertrand de Chalençon (1457-1494). Ce bâtiment a été détruit après décision du Parlement de Toulouse, en 1589 : alors accolé aux remparts de la ville, il avait été considéré comme une menace pour sa sécurité dans le contexte trouble des guerres de Religion. Le roi autorise sa reconstruction en 1599. C’est ensuite qu’est lancée l’édification de l’évêché qui va devenir le palais épiscopal que nous connaissons aujourd’hui. Même si son histoire est mal assurée, il semble qu’il faille dater la construction du bâtiment principal du milieu du XVIIe siècle, à la fin de l’épiscopat de Bernardin de Corneilhan (1614-1645) ; embelli par l’évêque Paul-Philippe de Lezay de Luzignan (1685-1716), qui le dote de son escalier monumental. Nous devons son aspect extérieur à un prélat du XIXe siècle : Ernest Bourret, évêque de Rodez de 1871 à 1896, devenu cardinal 78

en 1893. Paré de briques rouges, entre les encadrements de pierre des ouvertures, il est doté de ses lucarnes et du pavillon de l’ouest qui répond, en symétrie, à celui de l’est déjà édifié au XVIIe siècle. L’ensemble du palais épiscopal tel que nous le voyons aujourd’hui est donc le fruit d’une histoire mouvementée : subsistent une tour du XVe siècle, la tour Corbières, dans l’alignement des remparts dont les arcades datent du XVIe siècle, tout comme la tour, carrée, qui surplombe la porte d’accès à la cour. Les anciennes écuries, à l’opposé des remparts, ont été reconstruites au XIXe siècle, suite à un incendie. D’autres bâtiments, accolés au mur d’enceinte, ont été remodelés au début du XXe siècle. De grands jardins, côté nord, embellissent le palais épiscopal de Rodez. Si l’ensemble monumental de l’évêché est donc le fruit de multiples transformations, elles ne disent pas tout de l’histoire tourmentée qui fut la sienne. Né des conséquences des guerres de Religion, le palais épicopal de Rodez a dû traverser la tourmente révolutionnaire : il a pu servir de caserne et d’hôpital militaire alors que la tour Corbières était transformée en prison. Aujourd’hui encore, les visiteurs qui ont le privilège d’y accéder peuvent observer les émouvants graffitis des prisonniers dont certains, à l’instar de Marc-Antoine Charrier, ont laissé leur signature avant d’être guillotinés : le 17 juillet 1793 pour ce dernier. Devenu propriété du Conseil Général de l’Aveyron, le palais épiscopal est transformé en préfecture et accueille le premier préfet, en 1800. Le diocèse de Rodez est supprimé pour ne devenir qu’une partie de celui de Cahors où réside désormais l’évêque. C’est avec le rétablissement du diocèse de Rodez, que les bâtiments sont restitués au nouvel évêque, en 1823 ; il en devient l’occupant, même si le palais épiscopal reste propriété du Conseil Général. Les évêques s’y succèdent jusqu’en 2016 ; cette année-là, Monseigneur François Fonlupt prend possession d’un couvent libéré par les Carmélites en 2013 et rénové pour devenir le nouvel évêché. Mathias Echène en devient le nouveau locataire : il est porteur d’un projet qui verra l’ouverture d’un restaurant étoilé et d’un hôtel de luxe. Si l’aspect extérieur du palais épiscopal est en lui-même remarquable, il faut pénétrer dans ses grands salons du premier étage pour comprendre le caractère exclusif de ce bâtiment. Ont en effet traversé les siècles et les vicissitudes de l’histoire deux plafonds peints à la fin du XVIIe siècle. Leur richesse, combinée à la surprise de les trouver en ce lieu, en font un ensemble réellement unique qui ne manque pas d’interroger. Pénétrant par la porte du perron après avoir emprunté une des deux volées de l’escalier monumental, c’est


sous une toile figurant Louis XIV que se retrouve le visiteur. L’étonnement grandit quand il s’aperçoit que l’essentiel du décor glorifie les victoires militaires du Roi-Soleil dans un lieu qui, de prime abord, ne semble pas avoir été édifié pour cette vocation. Les toiles peintes par Joseph Poujol à la fin du XVIIe siècle font écho aux campagnes militaires de Louis XIV : sur l’une d’elle, on retrouve les noms de Cambrai, Fribourg, Saint-Omer et Valenciennes ; ces villes ont été prises par l’armée française en 1677. Ailleurs, on peut voir des victoires ailées, fleur-de-lysées, qui terrassent des animaux figurant les puissances ennemies de la France ; mais également des canons français qui bombardent une ville fortifiée, des paysages dévastés ou encore un magnifique Hercule terrassant l’hydre de Lerne : c’est Louis XIV qu’il faut voir ainsi figuré écrasant les ennemis coalisés figurés par cet animal mythologique pourvu de sept têtes. Sur une autre toile, on peut lire la maxime Nil ferrum sine sole : « le fer n’est rien sans le soleil » ; elle pourrait servir de résumé à l’ensemble de ces quinze toiles peintes puisque la thématique de la dernière travée n’est plus guerrière. On y retrouve, encadrant un pasteur toujours fleur-de-lysé mettant son troupeau à l’abri, deux statues figurant probablement l’Eglise de France. Sur l’une d’elle, la devise In sedem reducit : « il l’a remis en place » ; sur l’autre Hæc eadem stans : « elle se tient bien droite ». On peut voir ici une glorification de l’œuvre religieuse de Louis XIV et peut-être une allusion à la révocation de l’Edit de Nantes, en 1685, par lequel le roi n’autorise plus qu’une seule religion en France, la sienne : la religion catholique. Pour bien comprendre la présence d’un tel décor à Rodez, il est indispensable de connaître les opinions de l’évêque qui l’a commandé : Paul-Philippe de Lezay de Luzignan est un des signataires de la Déclaration des quatre articles en 1682 ; ce texte, véritable manifeste gallican, institue une grande autonomie de l’Eglise de France – placée sous l’autorité de son roi – à l’égard de la papauté. Nommé évêque de Rodez par Louis XIV en 1684, Paul-Philippe de Lezay de Luzignan se voit refuser ses bulles par le pape Innocent IX jusqu’en 1693 ; il s’était fait élire en 1685 vicaire général par le chapitre afin de pouvoir administrer son diocèse. C’est à ce titre qu’il fit effectuer des travaux au palais épiscopal. On comprend mieux ainsi pourquoi un décor à la gloire du Roi-Soleil se trouve dans une ville de province aussi éloignée de Versailles et dans laquelle Louis XIV ne s’est jamais rendu. La clé de lecture qui est donnée ici ne perce pas tous les mystères liés aux toiles de ce salon. La signification de certaines allégories, le sens de certaines inscriptions latines sont bien abscons même pour les historiens contem-

porains. Des recherches sont en cours pour essayer de corroborer, compléter ou infirmer certaines interprétations. D’autres pièces sont pourvues d’un décor peint. Ainsi, on retrouve les armes de l’évêque Paul-Philippe de Lezay de Luzignan au plafond de l’ancienne salle-à-manger ; elles sont entourées d’allégories figurant les quatre éléments restaurés au milieu du XIXe siècle quand ont été ajoutés, à ce plafond, des paysages à connotation plus romantique. Il faut ici insister une fois encore sur les vicissitudes qu’a traversé le palais épiscopal de Rodez : il n’a pu sortir indemne de la période révolutionnaire, de ses diverses affectations et même des goûts variés des évêques qui s’y sont succédés. Ernest Bourret, cardinal, quoique évêque de Rodez, à la fin du XIXe siècle a accompagné ses grands travaux de reprises du décor. On trouve dans les salons les dates de 1877 et de 1880 qui témoignent ici de travaux de restauration et là d’installation de nouveaux décors. Un des salons a ainsi été peint à la gloire du diocèse : on y trouve les armoiries de tous les évêques français nés en Rouergue, par exemple celles de Denys Affre, archevêque de Paris, mort d’une balle, probablement perdue, lors des événements révolutionnaires de 1848. On sait, par certains textes anciens, qu’il existait d’autres éléments peints au XVIIe siècle. On peut ainsi en imaginer une redécouverte au gré de travaux futurs sur les plafonds du premier étage. Plus haut, dans la tour Corbières, ce sont des peintures sur bois, aux armes de l’évêque Georges d’Armagnac (1530-1562) qui apparaissent à travers le badigeon qu’une mode ultérieure leur a préféré. Car ces plafonds sont fragiles. Plusieurs campagnes de restauration ont été menées dans les années quatre-vingts. En 2006, la rupture d’une des cinq poutres maîtresses du salon d’honneur a entraîné une grande campagne de restauration qui a porté tant sur la structure que sur le décor. Les salons, tels que nous pouvons les admirer aujourd’hui, ont été rehaussés par ces travaux. Ils portent, à l’image de l’ensemble du palais, marques et stigmates de campagnes de travaux et de restaurations successives. Les travaux inhérents à sa nouvelle destination s’inscrivent donc dans une histoire déjà longue. Le palais épiscopal va opérer une mue pour accueillir de nouveaux hôtes ; perçu comme un lieu secret, puisque confiné entre de hauts murs, il pourra désormais livrer une part de son mystère à ceux qui voudront bien le fréquenter. Les sources documentaires ne pourront certainement jamais retracer l’intégralité de son histoire. Le bâtiment, véritable palimpseste, gardera une partie de ses secrets. Il restera alors à imaginer. Christophe LAURAS 79


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p 29 : Village à la Branche Noire Format 450 x 325 - N° 3/10 - Avril 2016

p 31 : Le cerisier Format 445 x 320 - N° 2/10 - Avril 2016 p 14-15 : Abbatiale - Le chevet (Extrait) Format 440 x 320 - N° 1/10 - Avril 2016

p 31 : Village enchanté Format 435 x 310 - N° 2/10 - Avril 2016

p 16 : Village enchanté (Extrait) Format 435 x 310 - N° 2/10 - Avril 2016

p 33 : Abbatiale Diurne Format 315 x 435 - N° 1/10 - Avril 2016

p 34 : Abbatiale - Le chevet Format 440 x 320 - N° 1/10 - Avril 2016

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p18-19 : Abbatiale - Déambulatoire Nord Format 320 x 430 - N° 2/10 - Avril 2016 (Extrait)

p 35 : Abbatiale aux branches Format 440 x 315 - N° 4/10 - Avril 2016

p 20 : Abbatiale dans la brume (Extrait) Format 440 x 315 - N° 2/10 - Avril 2016

p 37 : Abbatiale dans la brume Format 440 x 315 - N° 2/10 - Avril 2016

p 25 : Vers l’infini Format 445 x 325 - N° 5/10 - Septembre 2015

p 39 : Abbatiale Nocture Format 350 x 430 - N° 1/10 - Avril 2016

p 27 : Croix sur l’Aubrac Format 445 x 320 - N° 1/10 - Septembre 2015

p 42 : Abbatiale - Frère Jean-Daniel Format 310 x 430 - N° 2/10 - Avril 2016


p 56 : Venelle Format 325 x 415 - N° 2/10 - Avril 2016 p 43 : Abbatiale - La Nef Format 315 x 425 - N° 3/10 - Avril 2016

p 57 : Intérieur de Village Format 315 x 435 - N° 1/10 - Avril 2016

p 44 : Abbatiale - St Thomas de Canterbury Format 310 x 435 - N° 2/10 - Avril 2016 p 45 : Abbatiale - Chapelle de la Sainte Famille Format 310 x 435 - N° 3/10 - Avril 2016

p 59 : La visite Format 335 x 415 - N° 3/10 - Avril 2016

p 47 : Abbatiale - Transept Sud Format 315 x 430 - N° 1/10 - Avril 2016

p 61 : Passage de Lune Format 340 x 430 - N° 3/10 - Avril 2016

p 48 : Abbatiale - Déambulatoire Nord Format 320 x 430 - N° 2/10 - Avril 2016 p 49 : Abbatiale - Le choeur Format 310 x 430 - N° 1/10 - Avril 2016

p 62 : L’arbre de vie Format 450 x 325 - N° 1/10 - Avril 2016 p 63 : Cimetière Format 440 x 310 - N° 2/10 - Avril 2016

p 50 : Abbatiale - Déambulatoire Sud Format 320 x 430 - N° 2/10 - Avril 2016 p 51 : Abbatiale - Bas-côté Sud Format 320 x 430 - N° 3/10 - Avril 2016

p 65 : Frère Pierre Format 445 x 320 - N° 1/10 - Avril 2016

p 53 : Abbatiale - Chapelle Est Format 305 x 430 - N° 2/10 - Avril 2016

p 66 : L’Irréel Format 425 x 335 - N° 3/10 - Avril 2016

p 55 : Café de Nuit Format 315 x 435 - N° 4/10 - Avril 2016

p 68 : Arrivée d’orage Format 450 x 320 - N° 1/10 - Avril 2016

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Ouvrage publié avec le soutien du

Crédit Agricole Nord Midi-Pyrénées et du

Conseil Départemental de l’Aveyron 86


Olivier MERIEL

souhaite remercier pour leur participation et leur soutien

Line Salgado, Axel Kahn, Frère Jean-Daniel, Sylvain Lagarde, Denis Poracchia et Stéphane Sichi.

Les Editions TERRITOIRES souhaitent remercier

Axel Kahn, Sylvain Lagarde et Christophe Lauras pour leurs magnifiques textes Frère Jean-Daniel et la Communauté des prémontrés pour leur confiance Line Salgado, Cécile Miralles et Jean-Michel Estève pour leur soutien Olivier Nicolas pour ses conseils Jacques Galibert pour sa patience et sa fidélité Mathias Echène, Bertrand Dugué-Boyer, Denis Poracchia, Jean-Pierre Revel, Eliane, Christophe et Jérôme Sichi, Sarah Vidal, ESAT les Dolmens, Diamantino Labo Photo, les services techniques de la ville de Rodez, Brugier Sérigraphie, l’Association Photofolies 12, Floréal Torralba et Patrice Thébault Pour leur soutien à la mise en place de l’exposition. 87


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Editions Territoires Route de Trinquies 12 330 SOUYRI (France) www.editions-territoires.com Direction Artistique : Stéphane SICHI Gravure : Didier COMBES - Studio 4C Toulouse Relecture & Corrections : Jacques GALIBERT N° ISBN : 979-1-096472-01-7 Dépot Légal : juillet 2017 Imprimé et trichromie sur papier Condat MAT -170 g Achevé d’imprimer en juin 2017 sur les presses de Mérico (Bozouls)


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ISBN : 979-1-096472-01-7

Prix de vente : 30 €

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CONQUES, Chemin de lumière  

Livre de l'exposition d'Olivier MERIEL au Palais Episcopal de Rodez du 18 mai et 28 septembre 2017