Page 1

Jean-Pierre Chambon

Expansion des coquelicots

Photographies Isabelle LĂŠvesque

Ce

qui

reste


Expansion des coquelicots

Jean-Pierre Chambon Photographies d’Isabelle Lévesque

Ce

qui

reste


Au bord des routes, l’été venu, d’effrontées sauvageonnes font tournoyer dans la lumière leur jupe rouge à quatre pans, laissant voir à la faveur du tourbillon leurs dessous noirs : grains de poivre, chiffre d’un coup de dé, pupille aveugle, courte flamme vite fanée au bout du brimborion de bois calciné d’une allumette — pour qui se brûle les doigts, se brûle les yeux.


Tant semblent douces au toucher ces lèvres offertes imbibées d’une perle de sang qu’on serait tenté d’y déposer un baiser, mais leur absence de fragrance, leur aspect de velours cramoisi, leur soie chiffonnée combien plus labile que la chair des roses, dissuadent d’approcher ses lèvres — sauf à vouloir ressusciter l’antique songe du pavot.


Trois cents coqs dans la basse-cour, volatiles colériques secouant leur crête, l’œil noir empli de furie belliqueuse, piquant du bec en tous sens, hochant du panache parmi les hautes


graminées dont le vent coulis rebrousse les plumes, trois cents têtes rutilantes sur un long cou velu s’égosillant en cocoricos aphones — à qui trouvera l’œuf d’or dissimulé sous les brins de paille.


Le vent qui forcit fend la foule et il se forme comme une houle animant d’ondes véhémentement l’étendue électrisée où à la barbe des épis, contre de flexibles lames d’épées dont le morfil scintille au gré des entrechocs, un grand désordre d’oriflammes rouges dépenaillées dans un élan barbare — éclabousse de sang un champ de funeste bataille.


Dans un pré qu’on prend pour un ciel, par myriades des taches de couleur fusent en un feu d’artifice magistral, où entre bleuets et boutons d’or éclate une averse aux gouttelettes écarlates, comme si un peintre en aspergeant sa toile de confettis impressionnistes avait soufflé sur les braises d’un feu de joie mal éteint — et que dans un carré plus vaste qu’un ciel son bouquet final avait constellé l’infini.


Les auteurs


Jean-Pierre Chambon a publié plusieurs livres de poèmes. Derniers titres parus : - Tout venant (Héros Limite) - Matières de coma (Faï fioc) - Des lecteurs (Harpo &) - Zélia (Al Manar), novembre 2016. Il aime lui aussi pratiquer, discrètement, la photographie. Sa couleur préférée est le rouge. Son chiffre : le 5.


Isabelle Lévesque écrit des poèmes. Son dernier livre paru : Nous le temps l’oubli, avec des peintures de Christian Gardair (Éditions L’herbe qui tremble, 2015). À paraître en 2017 : Voltige ! (Éditions L’herbe qui tremble). Elle écrit des articles pour plusieurs revues. En photographie, elle aime décliner un motif en particulier : le coquelicot.


La revue Ce qui reste RALENTIR POÈME Un poème est un pont jeté en travers du temps Jean-Michel Maulpoix

Prendre le temps de lire un poème est un acte de résistance libérateur, une manière de rester dans l’instant présent, d’échapper à la fuite en avant permanente que nous impose le rythme de notre époque. C’est reprendre sa respiration avec l’inspiration des autres. La revue Ce qui reste, coéditée par Cécile A. Holdban et Sébastien de Cornuaud-Marcheteau, vous propose de marquer cette pause en vous faisant découvrir chaque semaine un auteur. La création n’étant pas que langage, la revue ouvre également son espace à des artistes plasticiens.

© Décembre 2016 — Poèmes de Jean-Pierre Chambon Photographies d’Isabelle Lévesque La revue Ce qui reste pour la présente édition 16, chemin des Androns 33710 Bayon sur Gironde www.cequireste.fr — revue.cequireste@gmail.com Revue numérique hebdomadaire - ISSN 2497-2363


« Au bord des routes, l’été venu, d’effrontées sauvageonnes font tournoyer dans la lumière leur jupe rouge à quatre pans... » Jean-Pierre Chambon

Ce

qui

reste

Expansion des coquelicots - Jean-Pierre Chambon & Isabelle Lévesque  

« Au bord des routes, l’été venu, d’effrontées sauvageonnes font tournoyer dans la lumière leur jupe rouge à quatre pans... » Expansion des...

Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you