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? s n a ix d s n a d n o t a r e s Où e n Edito I

l y a dix ans, peu de jeunes Grecs pensaient se retrouver là où ils en sont aujourd’hui. Depuis des mois, le peuple grec est forcé par la Commission européenne d’accepter une baisse incroyable de son niveau de vie : diminutions des salaires et des allocations de chômage, augmentation du coût de la vie, licenciements par milliers, privatisations des services publics, recul sans précédent des les droits collectifs des travailleurs, etc. Derrière les chiffres, ce sont des millions de vies humaines qui sont ainsi chamboulées et oppressées. Des parcours interrompus, des perspectives détruites. Des études qu’on ne fera pas, des vocations qu’on ne réalisera pas, des emplois qu’on n’aura pas. Tout ça pour quoi ? Pour rembourser aux spéculateurs et aux millionnaires l’argent qu’ils ont prêté à l’État grec. Et pourquoi l’État grec avait-il dû emprunter autant d’argent ? Pour sauver les banques en 2008 lorsqu’elles étaient au bord de la faillite. Une faillite causée par… ces mêmes spéculateurs et millionnaires. Les plus riches organisent, en ce moment même, le hold-up du siècle. C’est un pays entier qui plonge en enfer. Et qu’ont eu à dire les jeunes Grecs et leurs familles là-dessus ? Rien. Et nous, où en sera-t-on dans dix ans ? La Grèce n’est pas un cas isolé, même s’il est le plus frappant. Tous les États européens se sont endettés jusqu’au cou pour sauver les banques. Aujourd’hui, Dexia en faillite fait à nouveau appel à l’État belge. Dans tous les pays, le débat est posé : qui doit payer pour la crise ? Et, dans tous les pays, les gouvernements imposent une réponse unique : c’est à nous, jeunes et travailleurs, de réduire notre niveau de vie, mais, en tout cas, ils préfèrent laisser les vrais (riches) responsables tranquilles. En Belgique aussi, c’est l’avis du futur gouvernement. Après près de 500 jours de négociations, on entend : « Ouf, on a enfin un accord. » Mais sur quoi se sont-ils mis d’accord en réalité ? Sur une progression

historique dans la division du pays, sur la scission de la sécurité sociale et sur le fait de nous faire payer leur crise, à travers des mesures d’austérité impressionnantes. Pourtant, le revenu des actionnaires a triplé en dix ans, et on voudrait nous faire croire qu’il n’y a pas assez d’argent pour l’enseignement aux jeunes et leur donner du boulot ? Les débats de société n’ont jamais été aussi globalisés, et on voudrait nous faire croire que francophones et néerlandophones vont mieux y faire face chacun dans leur coin ? Mais comment osent-ils ? Et nous devrions être contents, car ils ont enfin un accord ? Non, ceci ne se fera pas en notre nom. Comme disent les indignés, nous ne sommes pas des marchandises entre les mains des banquiers et des politiciens. Pas d’accord de prendre le chemin de l’enfer grec. Pas d’accord de jouer notre avenir en bourse sans qu’on nous pose même la question. Pas d’accord avec l’idée qu’il n’y a pas d’alternative. Un autre monde est possible, qui ne sera pas dicté par la logique du profit. Et cet autre monde, c’est le socialisme. C’est pour cela que nous affirmons : « CHEnge the world ». Mais cet autre monde ne nous sera pas donné en cadeau. C’est pour ça que, dans ton école, ton unif ou ton quartier, il faut réagir. Dans les pages qui suivent, tu trouveras un article sur le mouvement des Indignés, des infos sur tous les débats en cours dans l’enseignement Edito supérieur et le travail syndical étudiant de Comac. Et, enfin, tu en apprendras plus sur les enjeux de la réforme des pensions et en quoi ça nous concerne directement, ainsi que sur le chômage des jeunes. Bref, voici de quoi se faire des armes pour les actions à venir.

< Aurélie Decoene, présidente de Comac

Les Indignés à Bruxelles

En route vers un 15 octobre contre l’austérité u Samedi 8 octobre, en fin de journée, la centaine de marcheurs « indignés » venus d’Espagne, de France, d’Allemagne et des Pays-Bas est arrivée à Bruxelles.

tion démocratique qu’offre notre système politique : voici les premières raisons d’agir du mouvement des Indignés.  Ce rendez-vous bruxellois durera jusqu’à ce samedi 15 octobre, mais certains parlent déjà de rester plus longtemps. Au programme : des proalgré le temps, l’ambiance était au rendez-vous au parc jections, des ateliers et Élisabeth à Koekelberg, où environ 400 personnes des actions. Aux côtés ont accueilli l’arrivée des marcheurs en scandant El d’ateliers de chants chapueblo, unido, jamás será vencido. maniques, on retrouve ainsi « Nous ne sommes pas des marchandises aux mains des banquiers et des politiciens », « ils ne nous représentent pas », au programme tels étaient les mots d’ordre des débats de lancés en Espagne au mois de grande actualité mai. Contestation face à la sur les mesures crise du capitalisme et d’austérité en critique du manEurope, la crise que de partigrecque et les cipaluttes contre la privatisation de l’eau. Chaque soir ve r s 18 heures, place aux assemblées, où sont discutées les questions liées au mouvement. Moment phare, celles-ci attirent beaucoup de curieux. Les marcheurs espagnols ont apporté avec eux un know-how de gestion des Quelques centaines de jeunes européens sont arrivés à Bruxelles le samedi 8 assemblées qui dénote avec les octobre pour une semaine d’indignation contre les institutions européennes celles de juin à Bruxelles et à Liège. principalement. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers) Mais cela ne suffit pas à permettre

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aux assemblées de réellement débattre de l’orientation du mouvement et de prendre des décisions. L’heure entière de débat dimanche soir sur le thème « faut-il oui ou non laisser les médias filmer l’assemblée ? » en a rebuté plus d’un. La discussion contradictoire ne manquait pas d’intérêt, mais la recherche d’un consensus, moins. La méthode de prise de décision sera certainement un débat important, dans lequel nous défendrons la nécessité de voter quand c’est nécessaire. Car si l’on se rassemble, c’est pour agir. Comme le dit justement un article distribué avec le programme de la semaine : « L’indignation n’est que l’expression d’une prise de conscience. La réalisation de cette dernière n’est possible que par l’action. » Parlant d’action, un enjeu important des discussions sera notamment la manifestation du 15 octobre. Alors que le gouvernement fédéral vient de mettre 4 milliards d’euros sur la table pour racheter les avoirs belges de Dexia, le débat sur qui doit payer la crise se fait encore plus pressant. C’est un débat qui concerne tous les jeunes rassemblés à Koekelberg, car il vaut aujourd’hui dans tous les pays européens. Et pour cause, nous avons un ennemi commun : l’Union européenne et les grands monopoles qu’elle représente, qui dictent une politique d’austérité drastique pour tous ses États membres. Il est donc crucial d’unir les forces pour refuser de payer pour leur crise. Et cela comprend autant les Indignés que les organisations syndicales et toutes les parties du mouvement social. C’est le message que nous défendrons dans les assemblées.

< Nabil Boukili et Maxime Van Laere


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Enseignement | Interview de Marie Schmit (FEF)

« C’est un choix difficile de financer cinq années d’études » u Il y a près d’un mois, c’était la rentrée dans l’enseignement supérieur. Le principal syndicat étudiant en Communauté française, la Fédération des Étudiants francophones (FEF), est très actif sur les campus. Marie Schmit, nouvelle secrétaire générale de la FEF et membre de Comac, le mouvement de jeunes du PTB, décrit la situation. Vous êtes depuis peu la nouvelle secrétaire générale de la FEF. Quels sont votre parcours et vos responsabilités ? Marie Schmit. Je viens de terminer mes études d’institutrice primaire à la HEB Defré. Cela fait deux ans que je suis active dans la délégation étudiante, d’abord à Defré, puis à la FEF. J’ai connu la FEF en participant avec Comac à la campagne Respact pour la réduction du coût des études. C’est alors que je me suis engagée en tant que déléguée. J’ai été membre du Bureau pendant un an avant de devenir secrétaire générale. Je suis maintenant la responsable finale de l’organisation interne. J’organise et centralise le travail local des organisateurs, des délégués et des militants dans leurs régions. La FEF est active sur le terrain depuis quelques années. Expliquez-nous vos actions, vos réussites. Marie Schmit. Depuis quatre ans, la FEF a développé une ligne politique propre. Nous défendons un enseignement public, de qualité et gratuit. La FEF est militante, se veut proche des étudiants, partant des problèmes locaux pour défendre leurs droits par des campagnes. Nous voulons tenir compte de leur avis. C’est pourquoi nous effectuons souvent des enquêtes de terrain. Nous avons constaté que le coût des études était un problème majeur. Nous en avons donc fait notre cheval de bataille pendant quatre ans. Grâce à des mobilisations locales, des manifestations, des pétitions, nous avons obtenu une victoire importante, le décret Wendy de juillet 2010. Un volet concerne tous les étudiants : le gel du minerval pendant cinq ans. Ensuite, nous œuvrons à la suppression du minerval et du coût des syllabus pour les étudiants boursiers. Nous sommes satisfaits que, grâce à notre combat, 30 000 étudiants boursiers puissent s’inscrire à des études supérieures gratuitement. Mais nous voyons plus loin. Nos revendications sur le transport, le minerval, le logement, les frais de stage n’ont pas encore été entendues. Il y a encore du travail. Mais nous voyons cependant que la lutte et la démarche militante paient. C’est une première dans l’histoire du mouvement étudiant, surtout en contexte

de crise économique.

nerval différencié qui serait largement augmenté dans les filières où il y a beaucoup d’étudiants, filières inutiles pour le marché. C’est inadmissible.

Vu le contexte politique et social actuel, on s’attend à d’importantes coupes budgétaires dans les services publics. Quels sont vos projets Marie Schmit. Effectivement, la crise pour cette année ? économique est profonde. Le pire est Marie Schmit. Nous avons l’ambition à venir. On voit maintenant venir les de mener plusieurs campagnes de front. mesures d’austérité que d’autres pays Vu les attaques du ministre à la fois sur ont déjà subies. le décret Wendy La FEF s’attend à et sur la sélection, « Grâce à notre des attaques sur nous allons mener l’enseignement. deux campagnes combat, 30 000 Le 5 octobre, les distinctes pour ce étudiants boursiers étudiants ont enrepremier semestre. peuvent accéder aux gistré un premier La semaine derétudes supérieures recul de leurs droits nière, nous avons après un vote de commencé à nous gratuitement. » la majorité Olivier mobiliser contre la (PS-Ecolo-CdH) à remise en cause la Communauté du décret Wendy, française. Les étudiants boursiers en et 16 assemblées générales ont été master ne recevront plus leurs sylla- organisées un peu partout. Près de bus gratuitement, ce que le décret 800 étudiants y ont participé. Deux Wendy prévoyait pour la rentrée 2011. rassemblements ont également réuni Il y a maintenant deux catégories de chacun 150 manifestants. Ce n’est boursiers : ceux avec des droits (en qu’un début. bachelier) et ceux avec moins de droits Ensuite, nous mènerons une cam(en master). En plus de rogner sur les pagne spécifique sur la sélection à acquis du décret Wendy, le ministre l’entrée afin de sensibiliser tous les envisage différentes mesures de étudiants. Ces deux problèmes sont dus sélection à l’entrée des études. à un manque de financement public S’il n’y a pas de réelle volonté politi- de l’enseignement. Notre fil rouge que de refinancer l’enseignement, une de l’année sera donc une troisième fausse bonne solution est bien sûr de campagne pour un enseignement filtrer les étudiants pour faire des éco- financé, à hauteur des besoins. nomies. Notre activité sur le coût des Au Chili, le mouvement études empêche de préparer une attaque frontale massive sur le sujet, comme dans d’autres pays. En Flandre, un recteur d’université plaide pour un mi-

Les étudiants manifestaient ce vendredi 7 octobre devant le cabinet du ministre Marcourt qui a enterré un acquis du décret Wendy : la gratuité des syllabus pour les étudiants boursiers en master. (Photo Ludovic Voet)

étudiant est très populaire.

d’enseignement, des supports et Marie Schmit. En effet. C’est im- outils pédagogiques variés… Un pressionnant de voir l’ampleur de la enseignement de qualité et gratuit mobilisation des étudiants, largement pour tous, donc sans sélection sociale, soutenus par la population, dans les n’est possible que s’il est financé exsondages et dans la rue. Le syndicat clusivement par l’État. étudiant est un moteur principal de la Aujourd’hui en Belgique, s’il est lutte. Tout comme nous, ils défendent majoritairement financé par l’État, un enseignement l’enseignement public, de qualité est aussi financé « Notre combat sur et gratuit, ce qui par des entreprises, le coût des études nous conforte dans et le développeempêche le ministre notre combat. ment d’un marché Nous ne devons concurrentiel entre de préparer une pas avoir peur de les universités. Ces attaque frontale sur mener ouvertement trois aspects sont le financement de ici un débat sur un actuellement inl’enseignement. » enseignement gradissociables. Pour tuit. Le cas du Chili y arriver au seul nous prouve que financement public, ce message peut il faut un refinanceêtre soutenu massivement par les étu- ment important de l’enseignement. diants et leurs familles. Nous voulons aussi collaborer avec les syndicats des Le Bureau de la FEF travailleurs et les professeurs pour est désormais paritaire qu’ils rejoignent notre combat. Mais, hommes-femmes. C’est pour cela, il y a encore du pain sur la une nouveauté, non ? planche. Marie Schmit. Il est vrai que, cette année, 50 % des membres des organes Vous défendez donc un dirigeants de la FEF sont des femmes. enseignement public, Dans son histoire, la FEF a surtout été de qualité et gratuit. dirigée par des hommes. C’est une Marie Schmit. L’enseignement en avancée et, surtout, une nécessité de Belgique reste très inégalitaire. On ne renforcer la mixité homme/femme, se rend pas compte à quel point, pour mais aussi université/haute école afin un grand nombre de familles, c’est de représenter au mieux la diversité un choix difficile de financer 5 ans du public étudiant. 55 % des étudiants d’études ou plus pour leurs enfants. sont des femmes. Nous n’avons pas eu Seulement 40 % des jeunes font des besoin de études supérieures, et ils sont encore quotas moins nombreux à en sortir diplômés. pour L’enseignement doit être de qualité y pour tous. J’entends par qualité le nombre de professeurs et d’assistants, un développement adapté à notre époque, des infrastructures

Pour inverser le rapport de force défavorable qui amènera des économies dans l’enseignement supérieur, la FEF prend le pari de mobiliser les étudiants pour défendre leurs droits. (Photo Solidaire, Martine Raeymaekers.

arriver. Il suffit d’abandonner les clichés sexistes et d’aller vers tous les étudiants et étudiantes pour les impliquer.

ses campagnes. C’est aussi le cas de nombreux écologistes, socialistes ou sans appartenance politique. Et c’est tant mieux ! La pluralité au sein de la FEF la renforce et l’enrichit. On croirait parfois qu’on veut interdire à un étudiant d’avoir une conscience politique !

En mai dernier, le journal Le Soir « révélait » une soi-disant infiltration de la FEF par le PTB. Qu’en pensez-vous ? Marie Schmit. Au sein de la Fédération, ce n’est pas une grande nouvelle Représentez-vous la mouvance que des membres du mouvement de très à gauche au sein de la FEF ? jeunes du PTB participent. En avril Marie Schmit. Ça fait 2 ans que dernier, lors de son 3e congrès, Comac je suis active au sein de la FEF sans a adopté une vision que mon identité politique unifiée communiste ne « Nous ne devons pas sur l’enseignement. pose problème. Nous voulons un C’est possible que avoir peur de mener enseignement qui mon accession au ouvertement le débat rompt avec la logiposte de secrétaire sur la gratuité de que capitaliste d’un général dérange. l’enseignement. Le enseignement qui Mais je dissocie répond aux besoins mon engagement cas du Chili prouve du marché question à la FEF de mon que cela peut être main-d’œuvre quaengagement à soutenu massivement lifiée. Nous voulons Comac qui me perun changement de met de lutter sur par les étudiants et société, une société des thèmes plus leurs familles. » des gens d’abord, larges. Avec Copas du profit. mac, je revendique La FEF ne défend un enseignement pas le même projet que Comac mais national, refédéralisé. regroupe toutes les forces qui défendent Je participe à ses manifestations un enseignement accessible à tous. contre la présence de cercles racistes C’est pourquoi la FEF se revendique sur les campus en Flandre, pour l’insnon partisane, mais en aucun cas tauration d’une taxe des millionnaires, apolitique. Comac veut renforcer la pour le climat, etc. Pourquoi ne s’inFEF dans sa démarche militante pour surge-t-on pas de la même manière faire avancer les droits des étudiants. quand il s’agit d’un membre d’Ecolo ou Il ne faut pas oublier que les membres du PS qui dirige la FEF ? Ou le fait que de Comac actifs à l’autre organisa« Comac veut renforcer la FEF, mais aussi tion étudiante, au VVS du côté la FEF dans sa démarche l’Unecof, soit flamand, ont été dirigée par des militante pour faire élus dans leurs jeunes libéraux avancer les droits établissements. ou cdH ? Et ils Ils sont soutedéfendent un des étudiants. » nus largement autre projet pour par les étudiants, l’enseignement souvent même ils que moi. gagnent des élections face à d’autres D’ailleurs au Chili, la présidente du listes qui défendent une autre ligne syndicat étudiant, Camila Vallejo, est politique. militante du parti communiste. Cela C’est la démarche de terrain, n’empêche pas des centaines de mild’implication des étudiants qui fait liers d’étudiants de la soutenir dans la souvent la différence et qui rallie le lutte contre les projets du président soutien des étudiants. Je ne com- de droite Piñera. C’est sur mon travail prends pas l’inquiétude par rapport qu’il faudra me juger. à la présence de militants de Comac, puisque ceux-ci renforcent la FEF dans < Lizz Printz

D Dee llaa ccllaassssee :   : l   l a a n n o i o t i t a a n n u u a a e e v i v i n n u u a ’ a ’ u u q q s jjuus s t s t n n a i a i d d u t u t é é s s é é u u lleess ddéélléégg t t n n e e s i s i n n a a g r g r o ’ o s ’ s maacc ddee CCoom

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epuis des années, Comac est actif dans les mouvements étudiants. « Régulièrement, on a rencontré des étudiants qui étaient motivés pour se bouger avec nous, mais sans vouloir être nécessairement membres de Comac. On ne savait pas comment travailler avec eux », déclare Romain, délégué étudiant de Cardijn, à Louvain-la-Neuve. C’est ainsi que les membres de Comac de la délégation étudiante ont pris l’initiative de lancer un courant syndical actif partout en Belgique : Priorité Étudiante (PE) – Voorrang aan studenten (VAST). Ayant fait ses débuts à l’ULB il y a deux ans, PE s’est récemment développée dans plusieurs autres campus. Avec l’ambition de se coordonner au niveau national dès cette année, ce qui manquait par le passé. Grande première, donc, dans un paysage communautarisé depuis les années 1980 et qui entre en décalage avec la progression actuelle vers une division toujours plus grande du pays. « Ce n’est pas un hasard, précise Laszlo Schonbrodt, de l’ULg. Nous combattons ce qui pousse à la division en Belgique. Nous réclamons une refédéralisation de l’enseignement. »

Les délégués Priorité étudiante en action Les délégués PE ont pour vocation d’œuvrer à tous les niveaux de décision : de la classe jusqu’au niveau national. PE travaille ainsi dans les structures participatives où les étudiants élus peuvent être présents. Mais, en même temps, PE veut être sur le terrain et mobiliser les étudiants. PE pense pouvoir obtenir un rapport de forces favorable, car il ne suffit pas de s’asseoir autour d’une table avec les « autorités » pour obtenir des avancées pour les étudiants. PE est proche des étudiants et se bat pour des victoires concrètes afin d’améliorer leur quotidien. Ainsi, Gilles Marot, délégué étudiant à l’ULB, évoque leur revendication phare : « Les étudiants se plaignent à chaque session du peu de temps qui leur est laissé entre deux examens. Un sondage a confirmé ce problème et, depuis, nous nous battons pour qu’il y ait au moins 36 heures entre deux examens. C’est une revendication très concrète qui touche les étudiants. »

Que défend Priorité étudiante ? PE défend aussi un enseignement accessible à tous. Selon Mathias, délégué étudiant à Gand, « l’enseignement supérieur reste encore limité à une élite socio-économique. Seuls 3 % d’enfants d’ouvriers terminent l’université, alors que les enfants de cadres y sont 80 % ! » Le mot gratuité prend ici tout son sens : minerval, livres, logement, nourriture, allocation d’étude mensuelle... PE s’oppose catégoriquement à la politique européenne du processus de Bologne qui vise à faire de l’enseignement une marchandise. À l’opposé, PE demande un financement exclusivement public à hauteur de minimum 7 % du produit intérieur brut (ensemble des richesses produites en un an dans un pays). Voilà qui est loin des préoccupations de notre futur gouvernement, sur le point de conclure un plan d’austérité jamais vu en Belgique. Il est clair que les étudiants seront touchés de plein fouet. L’année promet de nombreuses luttes sur les campus francophones et néerlandophones. La porte est grande ouverte à tous ceux qui sont motivés pour lutter à nos côtés !

< Sander Vandecapelle Haute école Cardijn : déjà une victoire concrète !

« Lors de la campagne électorale en avril 2011, raconte Romain, le PE a effectué un sondage. Il en ressortait que les étudiants se plaignaient de ne pas avoir accès à Internet dans leur haute école. Nous avons donc inscrit cela dans notre programme. Nous avons été élus et, dès la rentrée, nous nous sommes activés sur cette question. Résultat : les étudiants disposent maintenant du Wifi, ainsi que de nouveaux ordinateurs pour surfer sur le Net ! »


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Enseignement supérieur en Flandre

Trop d’étudiants ou trop peu de moyens ? u « Les écoles supérieures et les universités sont pleines à craquer », titraient les quotidiens néerlandophones en ce début d’année académique. Cette tendance à la hausse s’observe depuis quelques années déjà, mais le problème est aujourd’hui de plus en plus préoccupant.

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lusieurs propositions visant à absorber le surplus d’étudiants ont été passées en revue. Parmi celles-ci, l’idée de faire subir un test d’orientation aux étudiants avant d’entamer des études de manière à ce que « ceux qui n’ont pas leur place à l’université » changent d’avis. Bien souvent, les résultats obtenus à ce type de tests ne correspondent pas aux capacités réelles des étudiants. Ainsi, il ressort de l’étude MENO réalisée en 1995 que 18 % des étudiants qui avaient réussi en fin d’année échouaient au test de début d’année, démontrant que certains étudiants se voyaient donc injustement déconseiller ou refuser l’accès à l’université. Ce n’est pas tout, le milieu social dont est issu l’étudiant joue également un rôle crucial. Ainsi, les jeunes issus de milieux sociaux inférieurs sont plus souvent recalés à ce type de tests proportionnellement à leurs véritables chances de réussite. Bref, en plus de se révéler inexact, ce test va directement à l’encontre du fait que le droit aux études est un droit fondamental pour tous. Tous les jeunes doivent pouvoir entamer des études supérieures. Il est manifeste que ce type de test n’offre aucune solution structurelle face au problème de surnombre auquel sont confrontées les universités et les écoles supérieures.

Cours par Internet À la faculté des sciences sociales de l’Université catholique de Louvain (KUL), on « aborde » le problème de surpopulation d’une manière pour le moins particulière. Face aux auditoires pleins à craquer et aux professeurs qui ont des horaires archicomplets, il a été décidé que la moitié des étudiants irait au cours, tandis que l’autre moitié resterait à la maison et pourrait visionner sur Internet le cours qui aura été filmé. De telles mesures sont proposées non seulement parce qu’elles permettent de ne pas surcharger les professeurs, mais aussi parce qu’elles sont bon

marché. Le problème, c’est que la qualité de l’enseignement s’en trouve fortement réduite. Pour André Oosterlinck, président de l’association KULeuven, la solution consiste à doubler le minerval. Avec cette proposition, il se rapproche du cœur du véritable problème. En effet, tous ces pansements que sont les tests d’orientation ou les cours par Internet ne permettent évidemment pas de résoudre la question du sous-financement de l’enseignement supérieur. On l’a bien compris, le problème, ce n’est pas qu’il y a trop d’étudiants. Car si l’on veut construire une société de la connaissance, où un maximum de gens pourront profiter d’un enseignement supérieur, c’est justement une bonne chose. Le problème, au contraire, c’est qu’il faut des moyens pour offrir à tous ces étudiants un enseignement de qualité. La question qui se pose, alors, c’est « Qui va payer ? ». Oosterlinck a déclaré avec indolence que ce n’est pas l’État qui allait le faire et que, par conséquent, c’est aux étudiants de fournir l’effort. Nous réclamons au contraire une autre orientation : l’enseignement supérieur a besoin de plus de moyens, et ce sont les autorités qui doivent fournir un plus grand investissement.

Et le droit à l’avenir ? Avec les mesures d’austérité qu’on annonce, on veut nous préparer à l’idée qu’il n’est plus « possible » de financer les études pour tous les étudiants. C’est devenu trop cher. Sur ce point, Oosterlinck estime que c’est aux étudiants euxmêmes de payer leurs études. Or la possibilité d’étudier est un droit fondamental pour tous. Ainsi, priver d’avenir certains jeunes est tout simplement injuste. Et si la sélection se fait à nouveau sur base des revenus, les choses ne pourront qu’empirer. Autrement dit, ceux qui auront de l’argent pourront faire des études, et ceux qui n’en ont pas n’auront pas droit à un avenir. Augmenter les droits d’inscription n’est donc pas la bonne manière d’aborder le problème. Nous aspirons à un enseignement démocratique, et augmenter le minerval aura pour seul effet d’affaiblir le caractère démocratique de l’enseignement. Selon Ides Nicaise, chercheur à la KUL, l’afflux d’étudiants n’implique nullement la démocratisation de l’enseignement : « Cela ne permet pas aux groupes défavorisés comme les étudiants d’origine étrangère de rattraper leur retard en matière de

scolarisation ». Il ressort d’une étude que la décision de poursuivre ou non des études dépend grandement de facteurs financiers. Augmenter le minerval aura pour conséquence d’accroître ce phénomène. Si nous voulons un enseignement plus démocratique de qualité, il est temps d’investir sérieusement dans ce domaine. L’affluence d’étudiants ne peut nuire à la qualité de l’enseignement. Or on constate que les moyens alloués à l’enseignement ne cessent de diminuer. La part du produit intérieur brut (PIB) attribuée à l’enseignement est passée de 7 % dans les années 1980 à seulement 4,5 % aujourd’hui. Paul Van Cauwenbergh, recteur de l’Université de Gand, confirme ce problème : « L’Université de Gand comptera 3 % d’élèves en plus par rapport à l’année académique 2010. Le problème c’est que, si le nombre d’étudiants augmente, les subsides ne suivent pas ».

Question de priorités Il est un fait qu’une population instruite aura un impact positif sur la société tout entière. Diverses études, et notamment celle du professeur Nicaise, ont démontré qu’investir dans l’enseignement supérieur garantit un rendement élevé pour l’individu qui étudie, mais aussi pour l’État et la société dans son ensemble. L’enseignement a donc un impact financier et non financier positif pour l’individu. Chaque billet de 100 euros que l’État investit dans l’enseignement supérieur lui rapporte 103,9 euros. L’enseignement supérieur rapporte donc plus qu’il ne coûte. Tout est question de priorités. Et en ce moment, l’enseignement supérieur n’apparaît pas comme une priorité dans notre société. Si l’on cesse d’investir dans l’enseignement, son caractère démocratique qui est actuellement assez faible ne fera que diminuer. Pour cette raison, nous soutenons avec Comac toutes les forces qui s’investissent pour un enseignement démocratique de qualité et tentent de défendre ces revendications dans les comités étudiants.

< Line De Witte \ Line De Witte est sociologue et membre actif du cercle d’étudiants en sciences sociales de l’Université catholique de Louvain

Ceux qui auront de l’argent pourront faire des études, et ceux qui n’en ont pas n’auront pas droit à un avenir. Augmenter les droits d’inscription n’est donc pas la bonne manière d’aborder le problème. Cela aura pour seul effet d’affaiblir le caractère démocratique de l’enseignement. (Photo Hugo Alexandre Cruz)


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La bataille pour les pensions concerne aussi les jeunes u Les autorités veulent faire travailler les gens plus longtemps. On pourrait penser que les jeunes ne sont pas concernés, que cela regarde uniquement les personnes âgées alors que nous avons encore du temps devant nous. Pourtant… Détrompez-vous. Si on y regarde de plus près, l’impact sur les jeunes est bien plus important qu’il n’y paraît.

De quoi s’agit-il exactement ? Accédant aux revendications des organisations patronales et de la Commission européenne, Di Rupo envisage d’augmenter de deux ans l’âge légal pour pouvoir partir en prépension, qui passerait ainsi de 58 à 60 ans. D’autres mesures seront prises pour obliger les gens à travailler plus longtemps. Notamment en rendant plus difficile le fait d’obtenir sa pension de retraite complète. Mais ceci n’est encore qu’une première étape. Dans plusieurs autres pays d’Europe, l’âge légal de la pension est déjà fixé à 67 ans et la Commission européenne parle déjà de faire travailler les gens jusqu’à 70 ans.

« Les gens vivent plus longtemps, il est donc logique qu’ils travaillent plus longtemps » Au contraire, la logique nous échappe complètement, car le progrès, c’est justement que les personnes qui, durant des dizaines d’années, ont travaillé pour produire des richesses puissent choisir de profiter d’une pension bien méritée durant leurs vieux jours. D’autre part, il est évident que, dans certains secteurs professionnels, travailler au-delà de 55 ans devient très difficile. Nombreux sont ceux qui sont à bout de force après trente ans de carrière. Si vivre plus longtemps doit être ainsi sanctionné, c’est que le monde est tombé sur la tête.

Après le choc des civilisations, le choc des générations ? On entend souvent dire que ce n’est pas aux jeunes de supporter les charges des anciens. En d’autres mots, cela signifie qu’il ne restera plus d’argent pour payer nos pensions si nous n’appliquons pas la réforme dès à

présent. On tente ainsi de nous faire croire qu’il est dans notre propre intérêt que nos parents (et nous plus tard) acceptent de travailler plus longtemps. Le futur gouvernement oppose donc directement les intérêts des jeunes à ceux des plus anciens. Il omet toutefois de répondre à une question fondamentale, à savoir comment nous allons pouvoir donner du travail à tous ces jeunes sans emploi si tout le monde travaille plus longtemps. Les témoignages sur le marché du travail, recueillis dans différents quartiers de Bruxelles, révèlent qu’il est extrêmement difficile pour les jeunes de trouver un emploi. En Belgique, un jeune sur cinq se retrouve au chômage faute d’emplois suffisants. Concrètement, le taux de chômage chez les jeunes est deux fois plus élevé que le taux de chômage pour l’ensemble de la population. Et ce n’est pas en épuisant les anciens et en réduisant davantage les chances de trouver un emploi que l’on va résoudre le problème. Nous, les jeunes, nous voulons pouvoir travailler en sortant de l’école. Ainsi, la bataille pour les pensions est une bataille qui nous concerne directement. Car nous aussi nous allons devoir épargner toujours plus longtemps pour une pension décente, nous aussi nous allons devoir travailler 40 ans. Et je vous laisse calculer l’âge que vous aurez lorsque vous pourrez enfin prétendre à une pension bien méritée.

< Jouwe Vanhoutteghem

Sortir de sa tour d’ivoire L’année dernière, en France, entre le mois de mars et le mois de novembre, des manifestations ont eu lieu dans tout le pays contre la réforme des pensions. Ce qui a fait la force de ce mouvement (qui a mobilisé des millions de personnes), c’est justement qu’élèves et étudiants se sont joints aux travailleurs et employés pour manifester à leurs côtés. Leur slogan : « Les jeunes au boulot, les vieux au repos. » Avec les syndicats, le PTB et Comac, nous pouvons mener un même combat en Belgique.

L’emploi des jeunes

La réalité derrière les statistiques u Pour le dernier Street Art Festival, les jeunes de Comac-Quartiers Bruxelles ont réalisé une pièce de théâtre sur les difficultés qu’ils ont à trouver un boulot1. Ils se sont inspirés de leur propre vécu ou de celui d’amis et de connaissances. A Bruxelles, le chômage trouche plus d’un jeune sur trois, et encore plus les jeunes d’origine étrangère. Voici la réalité derrière les statistiques. « Je suis inscrit dans peut-être dix bureaux d’intérim. Je passe régulièrement, mais ils ne m’appellent pas. » « J’ai envoyé 40 candidatures. Je n’ai reçu aucune réponse. J’étais dégoûté : même pas une réponse ? » « A l’antenne locale d’Actiris, on m’a montré les ordinateurs, et “débrouille-toi”. Ecoute, un ordi, j’ai à la maison, je veux qu’ils m’aident à trouver un boulot ! » « Ils prétendent qu’il n’existe plus de discrimination raciale. Mon œil : mon expérience, c’est que ça continue. On dirait qu’ils ne veulent pas t’inscrire. Ou ils disent de s’inscrire via Internet. Il n’y a aucun contrôle sur comment ils traitent ces inscriptions. Une fois, on a carrément refusé

de m’inscrire. Ce n’est pas légal quand même ? » « Avec tous ces plans, Activa et autres, dès que tu ne rentres plus dans les conditions et que tu commences à coûter cher, c’est fini le boulot, retour à la case départ. » « Dernièrement, je suis tombé sur une bonne offre d’animateur, mais il fallait être chômeur depuis au moins 6 mois. Quoi, pour avoir sa chance, il faut surtout ne pas travailler ? » « On me casse la tête pour trouver une formation. Mais les formations qui débouchent sur un boulot sont pleines. Et je n’ai pas envie de suivre des formations juste pour m’occuper, qui ne me servent à rien, juste pour éviter d’être radié du chômage. » « Un ami à moi a dû quitter sa maison parentale. Quelques mois après, il s’est retrouvé dans la rue. Il n’arrivait pas à payer son loyer avec les petits boulots à gauche et à droite. C’est devenu presque impossible de joindre les deux bouts avec un chômage. » 1. A voir sur la page Facebook de Comac Quartiers.

< Dirk De Block

Pour certains étudiants à l’université, le campus s’apparente souvent à un cocon dont on ne sort guère, une « tour d’ivoire » éloignée de la réalité quotidienne des gens qui travaillent, de la vie dans les usines, entreprises et quartiers populaires. Une réalité qui se fait de jour en jour plus difficile. Avec Comac, l’espace de deux jours, nous allons découvrir le monde du travail. Nous irons sur le terrain, à la rencontre des travailleurs eux-mêmes, à l’écoute de leurs témoignages. Les 4 et 5 novembre, une centaine d’étudiants francophones et néerlandophones participera à « C’est du belge ». Ils visiteront une usine, discuteront avec la délégation syndicale et rencontreront les médecins du Peuple (MplP) locaux. Les étudiants de Louvain, de Bruxelles (ULB et VUB) et de Mons iront à Charleroi, tandis que ceux d’Anvers, Gand, Liège et Louvain-la-Neuve iront à Zelzate. Et le tout dans une ambiance bilingue bien de chez nous ! \ Infos et inscriptions sur www.c-est-du-belge.be


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