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est un vieux rêve qui trottait dans la tête de Philippe Berquin. Qui aurait pu rester-là, enseveli, recouvert par le sablier du temps qui coule. Il aura fallu un événement familial, le décès d’un proche, après une longue errance faite de solitude, d’ennui à mourir, et d’absence totale de projets, pour réveiller ce rêve enfoui. « Du jour au lendemain, raconte Philippe Berquin, j’ai vu cet homme, hyper actif, très sollicité, s’étioler littéralement. Lui qui passait sa vie dans les avions, dont le téléphone sonnait tout le temps, n’avait plus rien. Je me suis rendu compte que vieillir, en n’ayant plus de projets, ce n’était pas terrible. » Parce qu’il a allègrement franchi la cinquantaine (58 ans), qu’il aperçoit, de plus en plus près maintenant, les rives de la retraite, Philippe Berquin se décide alors à sortir ce vieux rêve de l’oubli, à lui donner corps et vie. « Je me suis dit que c’était le

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bon moment. » Il se souvient de sa rencontre, fortuite, avec Gérard d’Aboville, quelques années plus tôt, revoit le film de la traversée de Maud Fontenoy. Et il se décide, lui aussi, à partir sur le « désert » liquide de l’Atlantique. Mais pas tout seul. Il veut donner du « sel » à cette aventure, un supplément d’âme, qu’elle ne soit pas juste une ligne de plus dans la galerie, pourtant impressionnante, de ses exploits, entre traversée du Sahara en char à voile, marathons, transats en double…

« Sans projets, on s’éteint plus vite » Sa croisade, ce sera le bien vieillir, dont le carburant fondamental reste les projets, l’envie et la santé. « Sans projets, on s’éteint plus vite », constate Philippe Berquin. « Un projet, ce n’est pas forcément de

J’OSE en Vendée / Automne-hiver 2017 / N° 4

Philippe Berquin et Gilles Ponthieux partent à l’assaut de l’Atlantique en décembre prochain. Ils traverseront l’océan à la rame. L’enjeu pour les deux hommes : montrer qu’on peut encore avoir des projets à 60 ans.

traverser l’Atlantique ou de monter l’Everest à cloche-pied, ça peut être des choses beaucoup plus simples, comme d’aller voir ses petits-enfants régulièrement ou de terminer une vieille cabane. » Pour rejoindre l’autre côté de l’océan Atlantique, Philippe a besoin de financements. Entre l’acquisition du bateau, la préparation, l’électronique à bord, le transfert du bateau aux Canaries, il lui faut dégoter 80 000 €. Pas énorme, rapporté aux budgets du Vendée Globe. Le responsable de projets de la SNCF qu’il est connaît les rouages. Il lance ses filets à l’eau, des dizaines de mails en l’occurrence, pour expliquer son projet.

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J'Ose en Vendée n°4  

Editions Offset 5

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