29•dossier_177:Dossier Technicités
DOSSIER
16/10/09
15:12
Page 29
Par Noélie Coudurier
Le bois dans la construction : les prémices d’une nouvelle ère Pâtissant d’un lobbying efficace au profit du béton durant la période post-1945, et d’une méconnaissance des propriétés du bois pour le bâtiment, l’acte constructif s’est souvent cantonné aux matériaux « modernes ». Mais à l’heure où de nouveaux enjeux énergétiques et environnementaux exigent d’appliquer le concept du développement durable au bâtiment, la construction est reconsidérée, et le bois progressivement adopté. Toutefois, pour une collectivité, « raisonner bois » n’est pas encore naturel et soulève de nombreuses interrogations. Le bois ressource, un pillage de nos forêts ?
2
Le bois matériau, des performances contestables ?
3
Le bois bâtiment, un principe constructif passager ?
G.SUTTER - D. LABURTE, ARCHITECTES
1
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
29
29•dossier_177:Dossier Technicités
16/10/09
15:12
Page 30
Le bois dans la construction : les prémices d’une nouvelle ère
Le bois ressource, un pillage de nos forêts ?
1
l’heure où la notion de développement durable occupe toutes les consciences, il est des réflexions obstinées selon lesquelles construire en bois est une atteinte à l’environnement. Mais en réalité, afin d’assurer la pérennité de notre patrimoine forestier, rien de tel que des coupes pondérées, synonymes de bonne santé des arbres et d’absorption de gaz à effet de serre.
À
Coupe ne rime pas avec déboisement En France, la forêt a toujours un propriétaire. Qu’il soit une personne privée (73 % des cas), une collectivité locale (16 %) ou l’État (11 %), le propriétaire détient certes un patrimoine privé, mais aussi une composante du patrimoine forestier national. En France, le potentiel de récolte du bois est conséquent, et souvent sous-estimé. L’âge de récolte des arbres dépend des objectifs poursuivis. Un arbre est généralement coupé en fonction de la taille atteinte, de son diamètre et de l’usage que l’on souhaite en faire. La coupe est donc de l’ordre de 180/200 ans pour un chêne, 45/50 ans pour un pin maritime ou encore 65/80 ans pour un sapin. On distingue les coupes : • d’amélioration : on identifie les arbres d’avenir et on enlève ceux qui les gênent ou sont mal conformés pour leur donner lumière et espace ; • de régénération : quand les arbres sont arrivés naturellement à maturité, ils sont récoltés.
Évolution comparée de la production biologique brute et de la récolte commercialisée entre 1980 et 2005 millions de m3/an
Production biologique Inventaire Forestier National
Récolte commercialisée
180
Enquête Annuelle de Branche
Moyenne pondérée
160 140 120 100 80 60 40 20
Sources : Jean-Marie Ballu, rapport du groupe de travail sur l’insuffisante exploitation de la forêt française, 07/11/2007
Source : Jean-Marie Ballu, Rapport du groupe de travail sur l’insuffisante exploitation de la forêt française, 07/11/2007
30
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
2005
2004
2003
2002
2001
2000
1999
1998
1997
1996
1995
1994
1993
1992
1991
1990
1989
1988
1987
1986
1985
1984
1983
1981 1982
1980
0
années moyennes
Contrairement à une opinion répandue, les coupes sont indispensables et font partie intégrante de la gestion durable de la forêt. Comme le rappelle Joseph Béhaghel, chef du département communication de l’ONF : « En Europe, chaque année, nous récoltons moins de bois que la forêt n’en produit, et ceci malgré les épisodes de tempête. Selon l’Inventaire forestier national, la forêt fournit annuellement 100 millions de mètres cubes de bois, et nous n’en récoltons que 60 % ». Patrick Lambouroud, directeur de l’interprofession iséroise Créabois, explique aisément ce phénomène : « Les gens ont dans la tête des schémas tropicaux catastrophiques dans lesquels une surface arrachée n’est jamais reboisée. Mais en France, nous effectuons des coupes jardinées, ce qui signifie que la forêt n’est pas affectée ». Et de poursuivre : « Si l’on coupait toutes les forêts iséroises, nous récupérerions 42 millions de mètres cubes de bois, soit bien plus que la consommation française annuelle ». Le rapport Ballu 1 a illustré ce processus préoccupant selon lequel il y a surstockage de bois depuis les années 2000 en particulier, avec une production de bois qui augmente et une récolte qui stagne (cf. schéma). Et le processus risque de s’accentuer encore, avec le ralentissement de l’économie qui a conduit à baisser de nouveau la récolte alors que les arbres n’ont cessé de croître. Plusieurs explications à cela, exposées de manière laconique : • la crainte de toucher à la ressource forestière, sous la pression des associations de protection de l’environnement. Mais cet argument n’est plus vraiment d’actualité, notamment grâce au partenariat entre les gestionnaires de la forêt et les écologistes ; • un problème d’emploi, avec un manque criant de personnel forestier (bûcherons, grumiers, etc.) ; • la présence de machines en grande quantité, depuis les tempêtes, mais inadaptées aux feuillus ; • le paradoxe entre les forestiers qui estiment ne pas vendre assez cher leur bois compte tenu du travail à fournir, et les industriels qui le trouvent trop onéreux ; • des campagnes de communication qui conduisent malheureusement et involontairement à importer du bois étranger ;
ONF
DOSSIER
29•dossier_177:Dossier Technicités
16/10/09
15:12
Page 31
• un émiettement de la forêt française, avec une difficulté à interpeller l’ensemble des propriétaires. D’où certaines préconisations, comme un doublement de la récolte commercialisée avant 2017, et la constitution d’une forêt « soutenable » selon les termes du rapport Puech 2, dans le respect de la biodiversité et de l’adaptation au changement climatique.
suite à l’augmentation du dioxyde de carbone dans l’atmosphère et de la température, la croissance des arbres s’est amplifiée de 30 % par rapport à leur croissance antérieure. Au total, le réchauffement climatique aurait rallongé la période de végétation de plus de dix jours au cours des trente dernières années. Un cercle vertueux en somme, si l’on envisage évidemment une augmentation de la cadence et de la capacité de récolte. Outre les obstacles à sa récolte, le bois, pour être employé dans la construction, doit sans cesse prouver son efficacité en tant que matériau, et surmonter bon nombre d’idées reçues.
ONF
Grâce à la photosynthèse, les arbres capturent le CO2 présent dans l’atmosphère et le fixent dans le bois sous forme de composés carbonés. Une forêt en croissance séquestre donc du CO2, ce qui représente annuellement environ 65 millions de tonnes de CO2 pour la forêt française, soit 12 % du total des émissions nationales de gaz à effet de serre. Une fois coupé, le bois continue de piéger le gaz. Par conséquent, une maison construite avec 20 mètres cubes de bois stocke 20 tonnes de gaz carbonique. Utilisé dans la construction, le bois est donc un excellent moyen de lutter contre l’effet de serre. Par ailleurs, exploité durablement, le bois présente un bilan carbone neutre c’est-à-dire que le CO2 rejeté dans l’atmosphère pour sa production, sa transformation et son recyclage est totalement absorbé par la forêt. Il s’agit donc d’un matériau à faible énergie grise. Très étonnants sont les travaux de l’INRA qui démontrent les résultats inattendus de la pollution atmosphérique :
ONF
L’effet « pompe à carbone » des forêts
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
31
29•dossier_177:Dossier Technicités
DOSSIER
16/10/09
15:12
Page 32
Le bois dans la construction : les prémices d’une nouvelle ère
2
Le bois matériau, des performances contestables ?
our faire sa place entre le béton et l’acier, le bois doit encore et toujours prouver ses performances et vaincre certaines réticences. Pourtant, le recours au bois matériau peut significativement contribuer à atteindre les objectifs du Grenelle de l’environnement et s’imposer comme un matériau fiable et rassurant, un retour aux racines.
freine la combustion. Le bois se consume alors lentement sans se déformer, les ossatures et poutres conservant plus longtemps leurs capacités mécaniques qu’avec d’autres types de structure. Pour preuve, la réglementation autorise les pompiers à intervenir plus longuement sous une charpente en bois qu’une structure acier ou aluminium. Comme tout matériau, les produits bois ou à base de bois doivent répondre à certaines exigences comme la réaction au feu (propension d’un produit à participer au développement du feu), et la résistance au feu (temps pendant lequel les éléments de construction continuent à remplir leur fonction malgré l’action de l’incendie, arrêté du 22 mars 2004).
P
Des a priori tenaces Surmontant légendes et déficit de confiance, le bois a dû prouver qu’il n’était pas tel qu’on le décrivait.
© NILSZ - FOTOLIA.COM
© LORALIU - FOTOLIA.COM
© GOODMOOD PHOTO - FOTOLIA.COM
Le risque incendie Contrairement à ce qu’a pu véhiculer le conte des Trois petits cochons, la maison en bois n’est pas plus vulnérable aux incendies. Elle le serait même moins que d’autres matériaux. Si le bois est certes combustible, il offre une excellente tenue au feu. Il présente notamment une forte capacité à conserver ses propriétés mécaniques sous les effets d’un incendie, ce qui permet d’assurer la stabilité des ouvrages. De plus, ses très faibles dilatation et conductivité thermiques en font un bon isolant : le bois transmet la chaleur 10 fois moins vite que le béton, 250 fois moins vite que l’acier et 1 500 fois moins vite que l’aluminium ! Lors de sa combustion, la teneur en eau du bois entraîne la formation d’une croûte carbonisée en surface qui devient huit fois plus isolante que le bois lui-même, et
32
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
Le vieillissement visible Matériau vivant et naturel, le bois va se patiner, changer de coloris au fil des ans. Un élément difficile à accepter pour beaucoup, voyant dans ce changement de teinte le signe d’une dégradation du bâtiment. En réalité, quel que soit le matériau employé, toute construction requiert un « toilettage régulier ». La construction bois, bien conçue, n’implique pas un entretien plus fréquent. Le bois laissé au naturel est patiné par le soleil, sa teinte variant du noir au gris argenté selon les climats, l’altitude et les essences utilisées. Cette décoloration ne remet en aucun cas en cause le caractère sain du bois. Une façade en bois brut, par exemple, ne demande aucun entretien si on accepte sa patine grisaillée naturelle, tandis que celle nourrie de peintures pigmentées de coloris clairs demandera, sur une période de trente ans, trois ou quatre entretiens légers qui au final ne sont pas plus coûteux qu’un ravalement lourd sur les enduits ou des revêtements de construction traditionnelle. Francine Aubry-Bégin, responsable de la direction vosgienne du patrimoine au conseil général des Vosges, a remarqué cette retenue liée au changement de teinte : « Les élus locaux tiennent même à traiter le bois pour lui faire conserver sa couleur d’origine et éviter ainsi de contrarier les usagers de ces bâtiments bois ! ». Usages limités et coût élevé Contrairement à ce que l’on pense, le bois, brut ou dérivé, peut s’employer partout. Sa légèreté et sa robustesse lui permettent d’atteindre des portées longtemps réservées à l’acier. Néanmoins, pour Jean-Luc Haxaire, économiste de la construction et directeur de la société Procobat, le bois trouve son intérêt essentiellement dans le remplissage de façade et l’ossature bois, à condition qu’il ne s’agisse pas de grande portée (sinon le coût est élevé). « Le travail du bois est un mode
29•dossier_177:Dossier Technicités
16/10/09
15:12
Page 33
Le patrimoine forestier français en quelques chiffres La forêt communale représente 1/6e de la forêt française. La forêt communale produit chaque année 13 millions de mètres cubes de bois, dont seulement 66 % sont récoltés en moyenne. La « commune forestière moyenne » possède environ 19 ha de forêt. La forêt française stocke en moyenne chaque année 35 millions de tonnes de CO2, soit 12 % du total des émissions nationales de gaz à effet de serre. La forêt française est composée aux deux tiers de feuillus (chêne, hêtre, etc.) et d’un tiers de résineux (sapin, épicéa, mélèze, pin, etc.). 50 % des forêts communales sont certifiées. Chaque année, 80 millions d’arbres sont plantés en France, soit 2,5 arbres par seconde. La part du bois dans la construction stagne à 10 %. Nicolas Sarkozy souhaite que d’ici 2020, 30 % des énergies renouvelables soient issues du bois.
constructif sérieux, qui doit répondre à des règles (entraxe de poteau, topographie du terrain, etc.), constate-t-il. Mais si l’on est capable de les respecter et d’en tenir compte, ce type de construction ne débouche pas fatalement sur des surcoûts, au contraire. Tout est question d’équilibre ». Un équilibre à trouver également dans les propriétés reconnues du bois.
Des propriétés convaincantes La composition naturelle ligneuse du bois, sa densité et son histoire font partie intégrante de ses propriétés. Pour Jean-Marc Pauget, du CNDB Lyon, ce matériau tire son épingle du jeu : « Le bois connaît un intérêt croissant depuis sept à huit ans. Il n’intervient plus en second plan, on reconnaît ses performances ». Vecteur émotionnel Vivant, chaleureux, naturel, confortable, autant de qualificatifs associés au bois. Symbole de tradition et matériau d’avenir, le bois fait son grand retour dans la construction, y compris publique. « Il y a un phénomène de mode sur l’apparence, remarque Jean-Marc Pauget. Le bois est dans l’air du temps. Afficher du bois en vêture revêt une connotation émotionnelle et sous-entend également une certaine responsabilité environnementale ». D’après Vincent Rigassi, architecte, tous les acteurs sont à la recherche de constructions typiques, qui ont une identité : « Le bois se teinte de local alors que le béton est le même partout. Le bois a quelque chose de ressourçant, c’est une valeur sûre ». Outre le sacro-saint chalet de montagne, la construction bois s’adapte aussi à des schémas plus modernes, plus avant-gardistes qui offrent à ce matériau une large palette d’utilisations. Confort acoustique Qu’il atténue ou accentue les sons, le bois possède des propriétés acoustiques avérées. Il doit notamment ces
aptitudes à sa faible densité et à sa structure alvéolaire. Mais pour un confort acoustique optimal, le bois doit être associé à d’autres matériaux. « Pour l’acoustique, deux choses sont à considérer : l’isolement acoustique et la qualité acoustique, souligne Jean-Marc Pauget. Le bois en tant que matière n’est pas très performant. Mais il faut le mixer avec d’autres matériaux. Une dalle en béton donne de bons résultats acoustiques car elle comporte une forte densité. Le bois parvient à donner les mêmes résultats s’il est mixé avec d’autres matériaux (chape béton sur une sous-couche bois ou laine de roche par exemple) ». Confort thermique De par sa composition thermique et son adaptabilité à tous les climats, le bois est un bon isolant thermique naturel. Sa faible conductivité thermique évite la création de ponts thermiques – qualité particulièrement appréciée pour les constructions passives notamment – et atténue les effets de condensation. Jean-Marc Pauget, du CNDB, se réjouit de la place occupée par le bois dans l’isolation : « Le bois, en tant qu’élément structurel, est quatre fois moins isolant qu’un véritable matériau isolant. En revanche, le béton l’est 40 fois moins ». Comme pour le confort acoustique, il est donc important que le bois soit associé à d’autres matériaux pour assurer une parfaite isolation (film frein-vapeur, parois perspirantes, etc.). D’après Jean-Luc Haxaire en revanche, le bois trouve ici l’une de ses principales limites : « Une restriction importante à l’usage du bois dans la construction est selon moi le manque d’inertie. Le bâtiment est déphasé dans le cycle chaud/frais, il ne parvient pas à absorber et restituer correctement l’humidité de l’air ambiant ». S’il lui est reconnu beaucoup de vertus, le bois doit être traité avec attention pour délivrer toutes ses propriétés et s’assurer une certaine longévité. Un intérêt qu’ont saisi certains acteurs publics, qui démontrent quotidiennement leur attachement à ce matériau, soit par leurs réalisations, soit par le développement d’une politique forestière. Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
33
29•dossier_177:Dossier Technicités
DOSSIER
16/10/09
15:13
Page 34
Le bois dans la construction : les prémices d’une nouvelle ère
3
Le bois bâtiment, un principe constructif passager ?
Les nouveaux enjeux des Grenelles nécessitent de reconsidérer l’acte de construire. Une démarche qui commence à s’ancrer dans les consciences collectives.
Ce fonds, réclamé depuis de nombreuses années par les professionnels du bois, va consister à développer et consolider les entreprises du bois, en se basant essentiellement sur les secteurs de la scierie, de la construction et de la production d’énergie. Doté initialement de 20 millions d’euros, ce fonds sera alimenté par le groupe de BTP Eiffage, le Crédit Agricole, l’Office national des forêts et le Fonds stratégique d’investissement national, le tout piloté par la Caisse des dépôts.
Les encouragements du secteur public Le Grenelle de l’environnement Le Grenelle de l’environnement, et notamment l’article 29 du projet de loi, propose d’adapter les normes de construction au bois, d’augmenter fortement le taux minimum d’incorporation de bois dans la construction et de soutenir la mise en place d’un label qui pourrait être extensible aux dérivés papier et carton. Par conséquent, l’objectif est d’inciter fortement la profession à recourir, progressivement et plus largement, à l’utilisation du bois (bois d’œuvre et panneaux) dans toutes les constructions, individuelles et collectives, privées ou publiques, si possible avec du bois de proximité. SYLVIE LUNEAU
Campagne de communication de France Bois Forêt La promotion du bois passe aussi par d’importantes campagnes de communication. À cet effet, France Bois Forêt, interprofession qui soutient l’utilisation de la ressource forestière et l’emploi du bois, vient de réaliser plusieurs spots audio sur le thème « Le bois, pour quoi ? ». Diffusé sur les ondes, ces publicités, qui s’adressent aussi bien aux particuliers qu’aux décideurs publics, visent à répondre aux a priori de la construction bois, qu’ils soient techniques, financiers ou fiscaux.
Fond stratégique Conformément à ce qu’avaient préconisé le Haut Conseil de la coopération agricole et le rapport Puech, le gouvernement vient d’élaborer un plan de mobilisation du bois en France avec une mesure phare : la création d’un fonds stratégique bois.
Un « effet bois »
© CONSEIL GÉNÉRAL DES VOSGES - ANNÉE 2009
Collège de Mirecourt.
34
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
Progression du bois dans la construction publique « L’effet bois » est antérieur au Grenelle de l’environnement et se traduit par une demande de plus en plus forte des clients finaux et des maîtres d’ouvrage. En construction publique, le bois représente 20 % des bâtiments culturels, et de plus en plus de maîtres d’ouvrage publics imposent le matériau bois dans leur programme de logements collectifs. Le département des Vosges, deuxième département forestier de France, a été l’un des premiers à relever le défi du bois dans la construction publique. « Après la tempête de 1999, nous nous sommes rendu compte qu’il était important de favoriser le développement économique de notre département, et cela devait passer par le bois, à la fois en tant que matériau et pour notre savoir-faire », retrace Francine Aubry-Begin, responsable de la direction vosgienne du patrimoine au sein du conseil général des Vosges. « Dès 2001, nous avons mis en place une Charte bois, en proposant un soutien concret aux collectivités, poursuit-elle. Ce texte instaure, pour les projets bois, des exigences qualitatives, des conseils techniques prodigués par des professionnels et le versement de subventions ». Grâce à cette Charte, deux collèges en bois ont vu le jour
29•dossier_177:Dossier Technicités
16/10/09
15:13
Page 35
immédiatement après dans les Vosges. « Au départ, j’ai eu la conviction que certaines collectivités n’ont agi que pour obtenir les subventions. Mais à présent, toutes ont compris les bienfaits de la construction bois, d’autant plus que certains de leurs projets ont été primés », confie Francine Aubry-Bégin. Par ailleurs, le responsable du service immobilier du conseil général, Patrick Pruvot, a pu bénéficier d’une formation spécialisée afin de mener un DESS dans le domaine du bois. Des connaissances qu’il a ensuite transmises à ses équipes. Créabois Isère a lui aussi développé un service d’assistance technique gratuit appelé « Bois consultance ». Un architecte et un charpentier accueillent ainsi chaque quinzaine les porteurs de projets bois (particuliers, architectes et collectivités), quel que soit leur niveau d’avancement.
© CONSEIL GÉNÉRAL DES VOSGES - ANNÉE 2009
Bâtiment administratif à Épinal.
Des coûts à considérer « La notion de coût n’a pas beaucoup de sens, selon Jean-Marc Pauget, du CNDB. Il faut pouvoir comparer à qualités architecturales équivalentes et à performances identiques ». Plus nuancé, Jean-Luc Haxaire estime que la construction bois présente un ratio prix quasi identique à celui d’un bâtiment traditionnel, si l’on tire le meilleur parti des matériaux utilisés. Certaines économies, sans rapport direct avec le bois, peuvent ainsi être réalisées. Dans le cas d’extensions ou
de surélévations de constructions ayant des capacités portantes limitées par exemple, le bois peut offrir des solutions particulièrement avantageuses. Autant de cas particuliers, autant de prix différents donc.
Un avenir à consolider À l’heure où s’engage une course aux économies d’énergie et au développement de matières durables, le bois tente donc par tous les moyens de ne pas se faire distancer.
La certification : plus qu’une garantie, un engagement Deux types de certifications existent pour le bois :
présent, explique Paul-Emmanuel Huet, responsable du développement durable chez Rougier. Cette certification exige que lorsque des populations évoluent sur la concession forestière, elles doivent pouvoir vivre dans des conditions décentes et prétendre aux services minimums. Par exemple, la chasse étant proscrite dans les zones de production forestière, nous devons proposer à la population locale un apport de protéines de bases, convoyées dans de bonnes conditions… ».
• PEFC (Programme européen des forêts certifiées) : certification initiale ;
ROUGIER
• FSC (Forest Stewardship Council) : certification créée sur l’initiative de grandes ONG environnementales, pour créer un système d’exploitation « responsable ». « Aujourd’hui, être certifié FSC dans une forêt tropicale naturelle est assez compliqué en termes de biodiversité, de populations autochtones, surtout lorsque l’État est très peu
Tout ceci est coûteux, ce qui se répercute naturellement sur le prix du bois certifié. Une circulaire de 2005 et le projet de Grenelle exigent que la totalité des achats publics de bois soit certifiée dès janvier 2010. Mais la mise en œuvre risque d’être laborieuse. D’abord parce que tous les acheteurs devront être formés. Ensuite parce qu’ils devront respecter correctement et durablement la réglementation. Enfin parce que tous les maillons intermédiaires de la chaîne devront jouer le jeu, se faire certifier, et ne vendre que ce bois labellisé. Les contraintes, nationales et même européennes, seront donc fortes mais positives.
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
35
29•dossier_177:Dossier Technicités
DOSSIER
16/10/09
15:13
Page 36
Le bois dans la construction : les prémices d’une nouvelle ère
« Entre la Réglementation thermique 2005 (RT) et la RT 2012, il faut consommer moitié moins, explique Jean-Marc Pauget. Or avec le bois, cette contrainte est plus facilement surmontable, surtout pour le respect de la RT 2012 ». Compte tenu de son taux de pénétration dans la construction, le bois semble bientôt arrivé à un plein épanouissement. « Nous allons prochainement arriver à un seuil de maturité dans la construction bois, projette Jean-Marc Pauget. Le bois ne doit plus être utilisé comme un fairevaloir, là où on le voit, mais associé à d’autres matériaux pour des performances constructives optimales. Les solutions mixtes doivent être privilégiées, en fonction des particularités de chaque matériau, de la situation du bâtiment, etc. On doit oublier le côté émotionnel pour lui préférer la pertinence de la construction et des caractéristiques techniques ». On l’aura compris, le « tout bois » n’est donc pas la solution. Au Cheylas, en Isère, un bâtiment mixte vient par exemple d’émerger, avec du béton pour la dalle et du bois pour les murs. Et pour les Vosges, le message du conseil général est clair : « Nous ne faisons pas du bois à tout va, on examine si cela se justifie. Nous ne sommes pas des ayatollahs du bois ».
Pour certains enfin, l’avenir du bois réside dans le passif, à condition qu’existe une volonté politique incitative forte permettant à toutes les collectivités de se l’offrir. 1. Rapport Ballu, 7 novembre 2007, « Pour mobiliser la ressource de la forêt française », n° CGAAER 1639. 2. Rapport Puech, 6 avril 2009, « Mise en valeur de la forêt française et développement de la filière bois ».
Bibliographie • B.A. bois, Comité national pour le développement du bois. • L’élu forestier, ONF. • Collection « Au fil du bois », CAUE de l’Isère et Créabois Isère. • Les Essentiels du bois, Comité national pour le développement du bois. • Rapport du groupe de travail sur l’insuffisante exploitation de la forêt française, 7 novembre 2007, n° CGAAER 1639. • Rapport Puech sur la mise en valeur de la forêt française et le développement de la filière bois, 6 avril 2009.
Bois et passif, deux combats Une démarche qui aboutit finalement à proposer aux locataires des charges mensuelles de 15 euros seulement pour l’eau chaude sanitaire et le chauffage. Mais le passif implique un changement des mentalités et une politique volontariste : « Le prix d’une construction passive est environ 30 % plus élevé qu’une construction traditionnelle, mais les charges sont 15 fois moins lourdes que ce qui est en principe demandé à un locataire, démontre Vincent Rigassi. Or les subventions ne sont pas suffisamment incitatives pour permettre aux bailleurs sociaux de supporter de tels chantiers ».
Il y a quelques mois de cela naissaient les premiers logements sociaux collectifs passifs en bois de France, à La Terrasse, en Isère. « Au départ, il s’agissait de construire des logements collectifs BBC, avec un Minergie standard, une chaudière bois et un réseau de chaleur, retrace Vincent Rigassi, architecte. Puis nous nous sommes dit qu’il était plus intéressant d’investir dans l’isolation que dans des consommations énergétiques. Pour pouvoir conserver nos subventions, nous avons donc dû expliquer pourquoi il nous semblait intéressant de faire du passif, en répondant aux exigences du label Minergie P ».
36
Techni.Cités n° 177 - 23 octobre 2009
Un argument partagé avec Pluralis, qui regrette ici de percevoir le même loyer qu’avec un bâtiment standard. Pour ce maître d’ouvrage, une autre opération de ce type l’obligerait à « fermer boutique ». Néanmoins, le bois s’est imposé ici comme le meilleur rapport qualité-prix selon l’architecte. D’après ses calculs, « si les logements de La Terrasse avaient été réalisés en béton et polystyrène, nous aurions dépensé l’équivalent d’un siècle de chauffage de plus qu’il est nécessaire en utilisant le matériau bois ». Une vision qu’approuve Patrick Lambouroud, de Créabois, selon lequel le passif, notion constructive inspirée du développement durable, ne peut se concevoir sans bois.