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ÉTÉ 2016

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Nature sauvage

IDENTIFIER LES CANARDS D’EAU DOUCE

Nature sauvage

Au cœur du Québec et de l’Amérique

EN REPORTAGE

PHOTO Des espèces

primitives

biodiversité secrète des rivières  La : les lutins au service de la forêt  Micromammifères  L’asclépiade, une plante ? Non, un milieu de vie 01-NS9-2.indd 1

Convention no 42142529

dans nos bois ?

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Coups de cœur nature Michel Leboeuf, François Morneau, Jean Paquin, Scott Linstead, Benjamin Dy, Pierre Gingras

À VOL D’OISEAU

Michel Leboeuf, Jacques Prescott, Joëlle Taillon, François Gravel, Mariane Cheveau.

À L’ORÉE DU BOIS Nos mammifères

NOS ESPÈCES LES PLUS REMARQUABLES

« Un très instructif et charmant essai. » Louis Cornellier, Le Devoir

« S’il y a un livre pouvant aider tout étudiant ou néophyte à comprendre et apprécier la biodiversité du Québec, c’est bien celui-ci. » Michelle Lalonde, The Gazette

« Lire la prose de Michel Leboeuf est un plaisir […] La limpidité et la couleur de ses textes témoignent non seulement de sa maîtrise de la langue française, mais aussi de sa connaissance des sciences des végétaux et des oiseaux. » Pierre Brunel, président de l’Institut québécois de la biodiversité

« Dans Le Québec en miettes, le naturaliste et brillant vulgarisateur Michel Leboeuf montre à quel point, à l’aube d’un Plan Nord plus affairiste que soucieux de développement durable, notre manière d'exploiter nos ressources est un tissu de fausses bonnes idées [...] Un petit livre fouillé mais accessible à la fois inquiet et porteur de solutions. » Tristan Malavoy, Voir Montréal

« Une analyse peu complaisante sur plusieurs aspects méconnus du déclin de notre biodiversité. » Louis-Gilles Francoeur, Le Devoir

« Chaque Québécois, particulièrement chaque élu, constructeur et promoteur immobilier, devrait lire ce livre [...] Un guide essentiel pour développer intelligemment afin de profiter durablement des services irremplaçables que nous offre la nature. »

COLLECTION

Tour d’horizon de nos espèces les plus fascinantes, À vol d’oiseau rassemble 18 portraits d’oiseaux choisis sur la base de l’intérêt qu’ils suscitent auprès d’un large public – c’est le cas du faucon pèlerin, du harfang des neiges et du colibri à gorge rubis –, mais aussi parce que leurs comportements d’alimentation ou de reproduction sont étonnants, voire spectaculaires – comme chez le canard branchu, le balbuzard pêcheur ou l’oriole de Baltimore.

COLLECTION

Les mammifères fascinent. Leurs comportements sont captivants, et leur capacité à nager, courir, bondir, grimper aux arbres, planer ou voler émerveille. Ce recueil de 16 portraits de mammifères – l’orignal, la loutre, le carcajou, l’ours noir, le caribou et bien d’autres – réunit les animaux les plus emblématiques de notre faune.

Envolez-vous à la rencontre des oiseaux !

André Fauteux, La Maison du 21e siècle

COLLECTION

(taxe et manutention en sus)

Commandez en ligne : www.naturesauvage.ca ou par téléphone : 1 800 567-8356, poste 504


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mot du rédacteur en chef par Michel Leboeuf

L’écologie a pour objet l’étude du nombre et de la répartition des êtres vivants à la surface de la Terre. Cette science, complexe à souhait, jongle la plupart du temps avec des quantités fantastiques de variables afin de tenter d’expliquer, par exemple, la présence ou l’absence d’une espèce à un endroit précis. L’une de ses variables est l’échelle spatiale. Très importante, l’échelle spatiale ; elle permet, entre autres, de comprendre pourquoi un épervier brun a besoin de 130 ha de forêt résineuse pour survivre et se reproduire. Et de réaliser du même souffle qu’un roitelet à couronne dorée, minuscule bête à plumes qui niche dans un habitat semblable, ne requiert, lui, que 1 ha en vue de se nourrir et d’élever sa progéniture. Ayant en tête ces différences quant aux besoins différents des espèces en matière d’espaces vitaux, on peut prendre les meilleures décisions de conservation qui soient. Le plus intéressant de l’affaire, c’est que tous les phénomènes qui ont cours dans un écosystème de bonne taille – le cycle de l’eau, le flux de l’énergie, les interrelations entre les organismes vivants, etc. – se produisent aussi aux échelles inférieures. Les écosystèmes d’un même territoire s’emboîtent en effet les uns dans les autres à la manière des poupées gigognes : dans la forêt résineuse se trouve une tourbière, dans la tourbière se trouve une petite mare, et dans la petite mare se trouve une plante carnivore, la sarracénie pourpre, dont les feuilles basses, soudées en forme d’urne, contiennent de l’eau de pluie dans Il

laquelle tombent des insectes. Ceux-ci, incapables de ressortir, restent coincés et s’y noient. Les parties molles des insectes sont digérées par la plante, mais les parties dures, comme la carapace, s’accumulent au fond des urnes. Dans le but de s’en débarrasser, la sarracénie a conclu des alliances : chaque urne est le siège d’une activité fébrile où s’anime une chaîne alimentaire complexe de microorganismes et de protozoaires consommateurs de détritus. En échange du logis et de la nourriture, ces animaux transfèrent à la plante les nutriments et minéraux qui lui sont nécessaires. Ces urnes sont autant d’écosystèmes miniatures, doté de processus écologiques identiques à ceux en cours dans la vaste forêt. Cette édition estivale de Nature sauvage est en quelque sorte un éloge à la biodiversité du minuscule. Trois articles y traitent de petits animaux, de petits lieux, de microécosystèmes. Celui de Dominique Fauteux, en page 16, nous invite à apprécier le rôle écologique des micromammifères – campagnols, musaraignes et compagnie. Celui d’Arnaud Boucheny, à la page 22, nous plonge sous la surface, dans le monde des petits invertébrés d’eau douce. J’ai eu le plaisir, quant à moi, d’observer et de photographier, le temps d’un été, les insectes sur l’asclépiade commune, une planteécosystème qui en abrite une belle diversité ; c’est le résultat de ces observations que je partage avec vous en page 28. Oui, small is beautiful.

est de retour

! Voir les détails en pa

ge 9.

CONCOURS DE PHOTOS

collaborateurs Étudiant au doctorat en biologie à l’Université Laval dont la recherche porte sur l’écologie des lemmings arctiques, DOMINIQUE FAUTEUX s’intéresse particulièrement aux processus démographiques des populations de petits mammifères. Auteur de travaux sur les effets de l’aménagement forestier sur ces espèces et d’études taxonomiques à l’Université du Québec en Abitibi-Témiscamingue, il vise à approfondir les connaissances de cette faune sous-représentée en recherche québécoise. Il croit également au besoin de communiquer davantage la science dans un langage accessible à l’aide d’exercices publics et scolaires.

Dominique Fauteux

Claude Ponthieux

© Collection Dominique Fauteux

© Philippe Ponthieux

Photographe de nature depuis plus de 25 ans, CLAUDE PONTHIEUX a vu ses images publiées dans plusieurs documents, dépliants et magazines dont Quatre-Temps, Canadian Nature, Les Débrouillards, Conservator (le magazine de Canards Illimités) et Franc-Vert. Ses photos ont été exposées au Biodôme de Montréal de même qu’au Musée du Séminaire de Sherbrooke. Elles ont également fait l’objet de plusieurs expositions itinérantes. Claude travaille actuellement à la production d’images destinées à son site web (cponthieuxphoto.com) et pour la banque d’images qui le représente (Age Fotostock). nature sauvage



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© Christophe Buidin

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42 G R A N D E U R N A T U R E Reliques du Jurassique

À

Elles avaient déjà conquis les mers et les terres à l’ère des dinosaures, et parfois bien avant. Hépatiques, lycopodes, prêles, animaux invertébrés − et même certains vertébrés − sont les survivants d’un lointain passé. Et ils sont encore présents de nos jours, partout, de la forêt profonde aux eaux froides et salées. Place aux ancêtres !

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L’ O R É E

D U

B O I S

La diversité secrète des rivières Les invertébrés aquatiques passent souvent inaperçus. Omniprésents dans les cours d’eau, ils sont herbivores, détritivores, prédateurs. Et d’une beauté singulière. Ce sont cependant leurs mœurs qui suscitent surtout l’émerveillement des curieux allant à leur rencontre. Par Arnaud Boucheny

À

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L’ O R É E

D U

B O I S

E S PAC E S

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Campagnols, souris et musaraignes Les lutins au service de la forêt

Par Michel Leboeuf

Par Dominique Fauteux



L’asclépiade, un milieu de vie L’asclépiade commune est une plante de taille modeste qui abrite une richesse biologique insoupçonnée. Portrait d’un espace sauvage minuscule, étonnamment accessible et facilement repérable, où la vie foisonne: tout un petit peuple s’y agite.

Souvent considérés comme des animaux nuisibles, surtout en milieu agricole, les micromammifères sont pourtant indispensables au maintien des écosystèmes forestiers. Remplir leur bénéfique rôle ne leur demande que de manger… et d’être mangés.

nature sauvage

S AU VAG E S

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Nature sauvage ÉTÉ 2016 Volume 9 • Numéro 2

NOS CHRONIQUES

© Dreamstime

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Courrier Almanach Juin, juillet et août : lavandes, papillons et engoulevents.

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À la source Des nouvelles intéressantes, et toute chaudes, en provenance du monde naturel.

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Beautés rares Le petit blongios.

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Des atomes aux étoiles Vitesses comparées.

© Rachel Saint-Pierre / Québec couleur nature

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Quelle question !

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Curieux de nature Pleins feux sur les nouveautés.

©

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eB

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jol

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Quel est cet étrange champignon qui bouge ?

Phénomènes 101 La formation des vagues.

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Un sentier sous la loupe La réserve naturelle Jean-Paul-Riopelle.

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VO L

D ’ O I S E AU

École buissonnière Identifier les canards d’eau douce.

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Buse à queue rousse La conquérante

Saveur nature Une plante indigène, une recette : le fraisier des champs.

La buse à queue rousse habite l’Amérique du Nord, l’Amérique centrale et les Antilles. C’est l’une des espèces d’oiseaux les plus répandues dans ces contrées, et on la trouve dans la plupart des biomes. Assurément une gagnante. Par François Morneau

Bulletin de participation en page 9 © Claude Duchaine

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maire nature sauvage



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courrier

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Les beautés d’Anticosti L’île d’Anticosti fait couler beaucoup d’encre par les temps qui courent. On dirait bien que, selon la volonté du gouvernement actuel, tout développement de projet d’extraction y est stoppé, pour l’instant. Mais qu’arrivera-t-il lorsqu’un nouveau gouvernement sera élu ? N’y aurait-il pas moyen de protéger l’île de toute exploitation, et pour toujours ? de mettre à l’abri de l’humain ce joyau naturel ? Michel Gagnon Québec Au moment de mettre sous presse cette édition estivale de Nature sauvage, le premier ministre Philippe Couillard, peu enclin à la poursuite des travaux sur l’île, donnait en effet le ton de la position gouvernementale quant au développement des hydrocarbures sur Anticosti. Il semble que le danger soit écarté, à court terme. Difficile de prédire l’avenir, mais considérant le coût d’exploitation d’une ressource aussi éloignée, à grands frais dans les conditions actuelles du marché, et une tendance réaffirmée du Québec à la Conférence de Paris en décembre 2015 de s’engager sur la voie des énergies plus vertes limitant le réchauffement du climat, disons que la situation est plutôt favorable à un abandon du projet. D’autre part, il faut réaliser que près de 8 % de la superficie totale de

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Les beautés de Nature sauvage Lorsque j’ai vu Nature sauvage pour la première fois, c’était il y a environ deux semaines. J’en suis tombée amoureuse dès les premières pages. Je n’ai donc pas pu m’empêcher de commander la collection au complet. Je viens de recevoir les magazines et j’en ai regardé plusieurs. Je tenais à vous mentionner à quel point je les

© Michel Leboeuf

Merci de votre appui et du temps pris à nous écrire ! N’hésitez pas à nous transmettre vos commentaires et même à nous poser des questions sur tout ce qui touche le monde naturel. Nous tenterons d’y répondre au meilleur de nos connaissances et de celles de nos collaborateurs.

l’île d’Anticosti (8000 km2) est, déjà, légalement protégée (572 km2 pour le parc national d’Anticosti ; 42 km2 divisés en deux réserves écologiques, celles du Grand-Lac-Salé, 2339 ha, et de la Pointe-Heath, 1869 ha). C’est tout de même mieux que dans la vallée du Saint-Laurent, où la proportion d’aires protégées se situe toujours sous la barre d’un navrant 5 %. Enfin, bien qu’entendue fréquemment, la désignation d’Anticosti au titre de « joyau naturel » est à nuancer. Plusieurs secteurs de l’île ont fait l’objet de coupes forestières sur de grandes superficies. D’autre part, la surabondance, si peu naturelle, des espèces introduites sur l’île − le cerf de Virginie, le renard roux, la grenouille léopard − y a modifié les écosystèmes. Sous le couvert des arbres, plantes herbacées et arbustes sont broutés intensivement par les cerfs, et seules les coriaces graminées résistent sous les épinettes. Ceci n’empêche toutefois pas Anticosti d’être un milieu naturel de grand intérêt. L’île

trouve magnifiques, de toute beauté, à couper le souffle ! En réalité, il n’y a pas de mots pour dire à quel point j’apprécie les photos et tout le contenu. Honnêtement, vous faites un merveilleux travail. Voilà ce que je croyais important de vous faire savoir. Mille mercis. Lise Provost

Huberdeau nature sauvage



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abrite par exemple des plantes rares, car il s’agit d’un milieu calcaire où pousse une flore particulière ; on y trouve entre autres deux écosystèmes forestiers exceptionnels, dont la forêt refuge de la Colline-Makasti, où croît l’une des plus vastes populations du polystic fauxlonchitis au Québec (une fougère rarissime). On y note aussi la présence de cavernes d’hibernation servant à deux espèces de chauvessouris désignées en voie de disparition par le gouvernement fédéral, et ces populations ne sont pas encore touchées par le syndrome du museau blanc, une maladie qui a décimé les chauves-souris partout ailleurs. L’île est également un important site de nidification du pygargue à tête blanche et possède un riche patrimoine paléontologique (présence de fossiles d’animaux et de plantes remontant à plusieurs millions d’années). Les raisons ne manquent donc pas de protéger ce lieu unique. La rédaction

Vous voulez communiquer avec nous ? Par courriel : courrier@naturesauvage.ca Par la poste : 36, chemin de Salzbourg Est Wentworth (Québec) J8H 0G7


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Dans notre prochain numéro

en coulisses

‫ﱾﱽﱼﱻ‬

Le petit-duc maculé Prince des faubourgs

Éditeur Pierre Hamel phamel@orinhamedia.com

L’alvar Un écosystème pas comme les autres

Rédacteur en chef Michel Leboeuf mleboeuf@naturesauvage.ca Directrice artistique Josée Caron Illustrateurs Marthe Boisjoly, Claude Thivierge

Un grand reportage photo sur les forêts urbaines

Réviseure-correctrice Diane Boucher

Qu’est-ce que Pehr Kalm, naturaliste finlandais, faisait en Nouvelle-France ?

Photo de la couverture Opossum d’Amérique — Dreamstime Lemming d’Ungava — Guillaume Slevan-Tremblay

Collaborateurs Virginie Angers, Arnaud Boucheny, Ève Christian, Marie d’Amours, Simon Diotte, Dominique Fauteux, Johanne Ménard, François Morneau, Diane Ostiguy

Publicité Pierre Hamel phamel@orinhamedia.com Tél. : 819 275-2177 Service aux abonnés Pour vous abonner, vous réabonner ou offrir un abonnement-cadeau : naturesauvage.ca Pour notifier un changement d’adresse ou pour nous aviser d’un problème de livraison : changementmns@velo.qc.ca Service aux abonnés — 1251, rue Rachel Est Montréal (Québec) H2J 2J9 Tél. : 514 521-8356, poste 504 1 800 567-8356, poste 504 Téléc. : 514 521-5711 Impression Transcontinental Interweb Distribution Les Messageries Dynamiques

Nature sauvage est publié par Orinha Média. Toute correspondance doit être adressée à : 36, chemin de Salzbourg Est, Wentworth (Québec) J8H 0G7 La reproduction de Nature sauvage, en tout ou en partie, est interdite sans l’autorisation écrite de l’éditeur. Parutions été, automne, hiver, printemps Date de parution Mai 2016 Tarif d’abonnement Canada, 1 an : 22,95 $ (+ taxes) Dépôt légal Bibliothèque du Québec Bibliothèque nationale du Canada ISSN 1917-5566 Envoi Postes-Publications Convention no 42142529 Indexé dans

Nous reconnaissons l’appui financier du gouvernement du Canada par l’entremise du Fonds du Canada pour les périodiques, qui relève de Patrimoine canadien.

En kiosque le 26 août 2016

Nature sauvage © Claude Lafond

Nature sauvage

Partager nos passions, c’est dans notre nature.

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Nature sauvage est imprimé sur du papier Influence soft recyclé à 10 % postconsommation et certifié FSC® (Forest Stewardship Council®), donc issu de forêts bien gérées et autres sources responsables.


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Nature sauvage

12e édition CONCOURS DE PHOTOS

© Sé paq

© Sépaq

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© Osprey

GRAND PRIX (toutes catégories confondues)

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Un forfait pour deux personnes à l’Auberge de montagne des Chic-Chocs comprenant 3 nuitées d’hébergement dans une auberge intime 4 étoiles, l’accueil et le transport à partir de Cap-Chat, tous les repas et les collations, le service de guides expérimentés ainsi que l’équipement de plein air et de sécurité (valeur de 1520 $), gracieuseté de la Sépaq

Plus de 7200 $ en prix

PRIX SPÉCIAL DU JURY (décerné à un(e) photographe pour l’ensemble de ses photos – minimum trois) Un forfait souper-croisière Tapis rouge pour 4 personnes à Québec à bord du AML Louis Jolliet, gracieuseté de Croisières AML (valeur de 712 $) + un bon-cadeau d’une valeur de 300 $ valable dans les magasins Mountain Equipment Coop (MEC) du Québec, gracieuseté de MEC 1er DE CHAQUE CATÉGORIE Un sac de voyage à roulettes Ozone 22, gracieuseté de Osprey (valeur de 290 $)

CATÉGORIES

2e DE CHAQUE CATÉGORIE

• Parcs nationaux et réserves fauniques du Québec • Forêt (flore et présence humaine) • Faune • Oiseaux • Fleuve Saint-Laurent • Hiver

Un bon-cadeau d’une valeur de 250 $ valable dans les magasins Mountain Equipment Coop (MEC) du Québec, gracieuseté de MEC.

3e DE CHAQUE CATÉGORIE Une reproduction à tirage limité, encadrée, d’une œuvre d’un peintre animalier québécois, gracieuseté de la Fondation de la faune du Québec (valeur de 225 $)

PRIX DE PARTICIPATION (tirés au sort) 5 livres Sur la piste de nos cervidés, gracieuseté de Nature sauvage (valeur de 35 $ chacun)

Bulletin de participation PARTENAIRES

Faites parvenir vos photos et vos CD à : NATURE SAUVAGE / Concours de photos 36, chemin de Salzbourg Est Wentworth (Québec) J8H 0G7

Pour obtenir les règlements complets du concours et la description détaillée des prix et des catégories, veuillez consulter le site Web de Nature sauvage naturesauvage.ca Catégories

PARCS NATIONAUX ET RÉSERVES FAUNIQUES DU QUÉBEC FORÊT (flore et présence humaine)

Nombre de photos

NOM ADRESSE

FAUNE OISEAUX FLEUVE SAINT-LAURENT

VILLE

CODE POSTAL

COURRIEL

HIVER TÉLÉPHONE DOMICILE

TÉLÉPHONE TRAVAIL


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Sans pic ni pelle

© Michel Leboeuf

Creuser un trou et s’y cacher en 90 secondes ? Un jeu d’enfant pour le blaireau d’Amérique, qui peut se vanter d’être un des mammifères fouisseurs les plus rapides grâce à de sophistiqués instruments aratoires : ses forts pieds avant semi-palmés e tim munis de longues griffes (de 4 à 5 cm) lui ms rea D © permettent en effet de fouir la terre meuble en un tour de patte. Présent bien qu’en déclin dans les milieux ouverts du sud de l’Ontario à la Colombie-Britannique, le blaireau fait partie des mal-aimés du milieu agricole. Les trous que lui et ses proies préférées — spermophiles, gaufres, marmottes... — laissent dans les champs donnent du fil à retordre aux cultivateurs. Pendant la belle saison, le blaireau n’occupe un même terrier qu’un jour ou deux à la fois, quitte à y revenir plus tard. À la chasse au spermophile caché dans son propre terrier, le rusé mustélidé bloque d’abord toutes les issues (à l’aide de roches ou en y poussant de la terre), sauf celle par laquelle il piège l’animal.

alma n Vrai ou faux ? © Dreamstime

(Réponses en page 12)

© Lee Casebere / USDA-NRCS

JUIN

Bénie soit-elle Comme son nom l’indique, la benoîte des ruisseaux affectionne les rives des cours d’eau et autres milieux humides. Ses fleurs printanières à l’enveloppe pourprée qui pendent au sommet de longues tiges pourraient lui donner un air de sainte nitouche. Mais « benoîte » ferait plutôt référence à une croyance ancienne sur les pouvoirs d’éloigner les mauvais esprits qu’on prêtait à une espèce du genre, prétendument bénie de Dieu. Les Amérindiens utilisaient les racines en infusion contre la diarrhée, les hémorragies et la fièvre.

• Dans l’est du Canada, il est possible de confondre l’ours noir et l’ours brun, car le premier est parfois brun et le second, noir. • À cause de sa corpulence, l’ours noir atteint difficilement plus de 20 km/h. • Pendant l’hibernation, l’ursidé recycle les déchets de la métabolisation de sa graisse en nutriments. • Au printemps, il aura perdu 30 % de son poids, plus encore dans le cas de la femelle allaitante.

© Dreamstime

Du crépuscule jusqu’à l’aube, par une nuit dégagée, son cri infatigable, ouip-pou-oui, remplit l’air de la clairière. Noctambule avéré, l’engoulevent bois-pourri est à la chasse. Gros papillons de nuit et autres insectes sont capturés en vol, ou à l’affût au sol dans la litière. Ses grands yeux adaptés à la vision nocturne en font un champion à l’exercice. Son plumage deux tons gris-brun se fond parfaitement dans le tapis de feuilles ou se confond avec la branche. Profitant du meilleur des deux mondes, le discret se nourrit au champ ou dans le fourré pour ensuite se réfugier dans le bois clairsemé d’à côté, histoire de se reposer ou de nicher. Prévoyants, les parents semblent accumuler les denrées pendant les nuits claires de lune croissante en vue de l’arrivée des petits autour de la pleine lune. Hélas, moins d’insectes et plus d’agriculture intensive contribuent à son déclin dans le sud du Québec, comme pour plusieurs autres espèces.

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© Robert La Salle

On l’entend plus qu’on ne le voit


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a na ch par Johanne Ménard

espèce mystère... Identifiez cette espèce à la page suivante.

© iStockphoto

Lire la colère des cieux

Avec sa vitesse de croisière de 8 km/h, il est loin d’être le plus rapide. Ses sauts spectaculaires (breaching) en font cependant une grande vedette, surtout qu’il aime particulièrement fréquenter les zones côtières. L’imposant rorqual à bosse doit son nom à la protubérance sur laquelle trône sa petite nageoire dorsale. Des bosses, il en a d’autres petites, disséminées sur son museau et son menton, chacune renfermant un unique poil sensoriel. Son souffle diffus en forme de V qui s’exhale jusqu’à 3 m dans les airs et ses longues nageoires pectorales blanches concourent aussi à l’identifier. Comme ses fanons grossiers laisseraient passer des proies trop menues, le grand cétacé fait plutôt le plein en fonçant gueule ouverte au milieu des bancs de petits poissons, engouffrant du même coup une bonne goulée d’eau qu’il rejette par la suite.

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JUILLET

Quand Zeus se fâche, la « couleur » des éclairs nous renseigne sur la composition de l’air. L’éclair est d’un blanc éclatant ? L’air est plutôt sec. Attention aux incendies. Si la voûte est zébrée de rouge, la pluie s’invite. La grêle pourrait tomber si la déchirure est bleutée. Quant au jaune, il annonce la poussière en quantité. e

L’acrobate de 30 000 kilos

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Après un long hiver enfouie dans le sol, la petite chenille noire aux points orange s’est bien repue de feuilles de violettes le printemps venu, puis zip ! s’est enfermée dans son cocon pour en sortir beau et grand papillon. Avec ses ailes postérieures d’un riche orangé marqué d’un motif noir complexe, l’argynne cybèle ne passe pas inaperçue lorsqu’on observe son vol vigoureux et rapide dans le champ ouvert, dans le fossé ou à l’orée de la forêt clairsemée, un peu partout au sud de la zone boréale. Ses nectars préférés ? Ceux du chardon et de l’asclépiade.

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© Wikimedia Commons

Battements d’ailes ensoleillés


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© Andreas Tre

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a l m a n a ch Vrai ou faux?

espèce mystère...

(Réponses de la page 10)

AOÛT

Une hirondelle ne fait pas le printemps... ... en particulier quand on est sur la côte atlantique au mois d’août et que ce qu’on observe au-dessus des flots est plutôt une sterne arctique en migration qui s’apprête à plonger en piqué ou qui vole en rase-mottes dans le dessein d’attraper un poisson. Bien qu’il n’y ait aucun lien de parenté, la ressemblance du gracieux oiseau marin et de l’hirondelle est flagrante : queue fourchue, longues ailes pointues et vol rapide. Des sternes arctiques effectuent chaque année un périple record (de 60 000 à 80 000 km), faisant l’aller-retour entre les deux pôles afin de profiter de deux étés.

L’ours noir S’il est vrai que les pelages de l’ours noir et de l’ours brun ne sont pas un signe distinctif, les deux espèces connaissant des variations notables de coloration, l’ours brun (ou grizzly) est cependant absent de l’est du pays. Ne vous fiez pas trop à l’aspect plutôt balourd de l’ours noir car, à 55 km/h, il pourrait facilement vous distancer... ou vous rattraper ! Pendant son hibernation — de cinq à sept mois dans nos régions —, l’ursidé ne mange ni ne défèque, et les déchets de la métabolisation de sa graisse se recyclent en nutriments. Au fil d’arrivée du printemps, l’ours noir aura perdu un tiers de son poids, et jusqu’à 44 % en ce qui concerne la femelle qui a mis bas au cœur de l’hiver.

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La lavande au parfum de sel

© Nelson DeBarros / USA-NRCS

Dans le marais salé pousse isolément des bouquets tout préparés de limonium de Caroline. Facilement reconnaissable à ses innombrables petites fleurs roses ou mauves s’égrenant sur des cymes ramifiées de juillet à septembre, la lavande de mer apparaît dans la vase ou le sable comme une signature du milieu. Ses feuilles basilaires contiennent des glandes qui l’aident à rejeter le sel. Point de parfum suave ni de filiation avec la plante évoquée par la couleur de ses fleurs. Mais sa beauté lui fera, hélas, souvent prendre le chemin du pot en gerbe séchée.

Le poulet des bois

© Raymond McNeil

Le polypore soufré est spectaculaire, il faut bien le dire. Même de loin, on peut apercevoir ses belles galettes étagées dont l’orangé se découpe sur le tronc d’un chêne ou d’un hêtre. Le champignon pousse souvent en groupes importants, et sa croissance est rapide. En anglais, on le nomme chicken of the woods car la chair des jeunes spécimens, une fois cuite, rappelle la texture et le goût du poulet. Malheureusement, sa présence n’est pas une bonne nouvelle pour l’arbre qu’il parasite et dont il pourrait à terme causer la mort. Johanne Ménard est auteure et éditrice scientifique. nature sauvage



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COMME VOUS NE L’AVEZ JAMAIS LU. À découvrir dans la nouvelle version de l’application : šKd[[nfƒh_[dY[Z[b[Yjkh[efj_c_iƒ[ š:[iWb[hj[i[jdej_ƏYWj_edi0fekhh[ij[h}b¿WƇ“jZ[b¿WYjkWb_jƒfWhjekj"[djekjj[cfi šJhe_iWhj_Yb[i]hWjk_jifWh`ekh

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DISPONIBLE SUR


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Les dialectes des LOUPS

à la source par Michel Leboeuf

Après avoir analysé, à l’aide d’algorithmes informatiques, plus de 2000 hurlements de différentes espèces de canidés du genre Canis (dont le loup et le coyote), des scientifiques de l’Université de Cambridge, au RoyaumeUni, ont constaté que non seulement chaque espèce possédait son propre dialecte, mais que celui-ci variait aussi selon les différentes sous-espèces. Comparativement à un proche parent — le loup roux, une espèce en péril du sud des États-Unis —, le loup gris de nos régions a, par exemple, plus souvent recours à un registre de fréquences plus basses lorsqu’il communique avec ses semblables. On a aussi constaté que les populations qui s’hybridaient entre elles — c’est le cas du loup roux et du coyote — tendaient à avoir des dialectes qui se ressemblent. Bien que le phénomène d’hybridation soit une mauvaise nouvelle pour la conservation des espèces en situation précaire, il reste, néanmoins, que la communication entre les individus et entre les meutes est le reflet d’une vie sociale riche et complexe. « On observe de remarquables similitudes dans l’organisation sociale des loups et des dauphins », souligne le premier auteur de l’article, Arik Kershenbaum. « Ces deux espèces,

La ligne de POLLUTION

Bien que le cours des matières premières ralentisse pour l’instant les grands projets gouvernementaux prévus dans le cadre du Plan Nord, le développement industriel du Québec nordique n’est qu’une question de temps. Mais ce vaste territoire est-il encore aussi intact qu’on pourrait le croire ? La pollution atmosphérique, qui ne connaît pas de frontière, a-t-elle déjà atteint les régions boréales et arctiques ? Oui à la première question et non à la seconde, s’il faut en croire Romain Darnajoux, de l’Université de Sherbrooke. Sur une énorme superficie couvrant des domaines forestiers limitrophes dans les zones tempérée, boréale et arctique, le spécialiste et ses collaborateurs ont mesuré la concentration de 18 éléments chimiques — dont des métaux lourds (aluminium, fer, nickel, plomb, etc.) — dans les tissus de quelques espèces de lichens, notamment ceux du genre Peltigera. Les lichens sont des organismes sensibles à la

pollution atmosphérique, ce qui en fait de bons indicateurs de l’intégrité écologique des milieux où on les trouve. Les chercheurs ont ainsi pu dresser le patron de propagation des contaminants d’origine humaine attribuables principalement aux activités industrielles (surtout minières) et agricoles du Québec méridional. Les résultats sont significatifs : le Québec nordique, au-delà des environs du 50e parallèle, a été, jusqu’ici, épargné de la pollution par les métaux lourds. Bien sûr, la faible activité industrielle sur le territoire explique largement la pureté des lieux, mais il y a un autre facteur à considérer : les patrons de circulation atmosphérique à ces latitudes. En effet, deux grandes cellules de mouvement — la cellule polaire et celle de Ferrel — dissipent en direction de l’est, vers l’océan Atlantique, les contaminants avant qu’ils ne se déposent sur le sol. Source : Science of the Total Environment , novembre 2015

© Dreamstime

Peltigera aphthosa © Jason Hollinger

bien qu’éloignées au chapitre de leur évolution respective, font preuve de comportements vocaux et de coopération très semblables. » Le défi, dans les deux cas, est de réussir à étudier leurs échanges sociaux dans un contexte totalement naturel, d’où l’intérêt d’approfondir la connaissance de leur communication à distance par l’écoute et l’examen de leurs vocalisations. Source : Behavioural Processes, février 2016


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Toujours aussi discret, LE LIÈVRE? © NASA

Le pelage du lièvre d’Amérique passe du brun au blanc à l’approche de l’hiver, entre autres pour permettre à l’animal d’augmenter ses chances de passer ina-

Aux confins du système solaire se trouverait une nouvelle planète, une géante gazeuse d’une taille comparable à celle de Neptune. C’est ce qu’ont annoncé, au début de 2016, Konstantin Batygin et Mike Brown, deux chercheurs états-uniens de l’Institut de technologie de Californie. La planète Neuf (c’est ainsi qu’on l’a temporairement baptisée) serait restée inconnue jusqu’à ce jour largement en raison de son éloignement — compléter un seul orbite autour du Soleil lui prendrait de 10 000 à 20 000 ans. Néanmoins, des modélisations informatiques prédisent aujourd’hui son existence. Sa découverte effective ne serait plus qu’une question de temps.

Assez ironiquement, l’un des deux signataires de l’article, Mike Brown, est également l’un de ceux qui a joué un rôle de premier plan dans la rétrogradation de Pluton de son rang de planète en titre à celui de planète naine. « Tous les gens qui étaient mal à l’aise avec l’idée que Pluton ne soit plus une planète à part entière », a indiqué ce dernier en marge de la publication de la découverte, « seront excités de savoir qu’il reste encore une vraie planète à découvrir dans notre système, qui en compte neuf de nouveau. » Source : The Astronomical Journal, janvier 2016

La bienveillance des CAMPAGNOLS Le campagnol est une petite bête altruiste, voilà ce que dévoile une étude parue en janvier dernier dans la revue Science. James Burkett, de l’Université Emory à Atlanta, et ses collègues ont en effet découvert que, dans certaines circonstances, des campagnols des Prairies — une espèce du centre et de l’ouest de l’Amérique du Nord —, faisaient preuve d’empathie envers un congénère par des gestes de réconfort. Après avoir séparé physiquement des membres d’un même groupe en les disposant dans des isoloirs, les chercheurs ont infligé un léger choc électrique à certains d’entre eux, puis les ont remis tous ensemble. Les campagnols qui n’avaient pas reçu de décharge ont, dès lors, exprimé de la compassion en léchant ceux qui avaient été

Campagnol des Prairies © Jack Johnson

malmenés. Un groupe contrôle, où les individus ont été isolés les uns des autres puis réunis mais sans qu’aucun ne subisse de décharge, n’a pas montré de tels comportements. Dans une seconde phase, les chercheurs ont bloqué chez les sujets ayant témoigné de la sollicitude le neurotransmetteur responsable de l’émission d’ocytocine, une hormone connue pour son rôle dans le mécanisme de l’attachement. Et ils ont répété l’expérience. Cette fois, aucun campagnol n’a cherché à en consoler un autre. Jusqu’à présent, de telles manifestations de soutien n’avaient été observées que chez de rares espèces comme l’éléphant, le dauphin et le chien domestique. Outre l’humain, bien entendu. Source : Science, janvier 2016 nature sauvage



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© Michigan United Conservation Clubs

La NEUVIÈME planète

perçu. La robe hiémale dissimule plus aisément ses faits et gestes sur un fond de neige et rend plus difficile sa capture par les prédateurs. Mais ça, c’était avant le réchauffement climatique. Suivant des lièvres du Montana munis de colliers émetteurs, une équipe de recherche de l’Université de la Caroline du Nord a observé une hausse de 7 % de la mortalité des individus lorsque la neige tarde à tomber en automne. « Il s’agit de la démonstration la plus manifeste des effets délétères du réchauffement climatique sur une population », a précisé Scott Mills, l’un des coauteurs de l’étude. Heureusement pour le lièvre, il existe une variabilité génétique entre les lièvres quant au moment où chacun change de pelage, certains étant plus rapides que d’autres. La grande question est de savoir si les populations de l’espèce arr iveront à s’adapter suffisamment rapidement à la nouvelle donne climatique. D’ici là, les prédateurs continueront de faire bonne chère en automne. Source : Ecology Letters, janvier 2016


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Campagnols, souris et musaraignes

Souris sauteuse des bois © Claude Thivierge

Les lutins au service de la forêt Souvent considérés comme des animaux nuisibles en milieu agricole, les micromammifères sont pourtant indispensables au maintien des écosystèmes forestiers. Remplir leur bénéfique rôle ne leur demande que de manger… et d’être mangés.

Nul besoin d’un microscope pour voir les micromammifères, contrairement à ce que semble suggérer leur nom. Il faut néanmoins être très attentif si on veut les apercevoir ou les entendre. Rares sont ceux qui ont la chance d’observer une souris sauteuse des bois bondissant entre deux arbres ou un campagnol à dos roux courant le long d’un tronc d’arbre mort tombé au sol, car ces minuscules mammifères ont survécu grâce aux tactiques de furtivité qu’ils ont développées. En effet, c’est connu, ils sont les proies de choix de plusieurs prédateurs aviaires et mammaliens. Ce que l’on sait moins, c’est le rôle essentiel qu’ils jouent en forêt. Les micromammifères, tels de minuscules lutins, accomplissent indubitablement de grandes choses et rendent de précieux services.

Altruisme involontaire De nombreuses études scientifiques ont mis en lumière le fait que les populations de campagnols et de souris fluctuent dans le temps. Suivant certaines de ces recherches, ces fluctuations sont cycliques, ce qui veut dire qu’elles croissent et déclinent de façon régulière, selon des pér iodes bien définies. Par nature sauvage



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exemple, une étude récente a montré qu’en forêt boréale de l’Est canadien, les campagnols à dos roux de Gapper atteignent de fortes densités tous les trois ou quatre ans, et qu’entre ces pics, ils se font plus rares. Ce phénomène ressemble beaucoup à celui des populaires lemmings qui apparaissent et disparaissent de la toundra arctique tous les trois à cinq ans (voir à ce sujet l’encadré L ES LEMMINGS SE SUICIDENT-ILS ?). Ces fluctuations de population ont un impact direct sur les prédateurs des micromammifères. La plupart des hiboux et des chouettes du Québec mangent des petits mammifères, et leur succès reproducteur en dépend beaucoup. L’extraordinaire abondance de harfangs des neiges observée au Québec à l’hiver 2013 est fort probablement due à celle des lemmings d’Ungava au Nunavik au cours de l’été précédent, soit durant la période de reproduction du harfang. Même chose un peu plus au sud, dans la forêt boréale, où le grand nombre de micromammifères est garant du succès de reproduction de la nyctale de Tengmalm. La survie de plusieurs rapaces diurnes − le busard Saint-Martin, la buse à queue rousse, la crécerelle d’Amérique − repose pareillement, dans une large mesure, sur la présence des campagnols, souris et musaraignes.


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Grande musaraigne © Michel Leboeuf

Combien d’espèces au Québec ? La faune québécoise de micromammifères n’inclut pas seulement trois espèces (la souris, le rat et le mulot) : le Québec en abrite 23 ! En plus des petits rongeurs (souris, campagnols et lemmings), on compte parmi les micromammifères sept espèces de musaraignes, le condylure à nez étoilé et la taupe à queue velue. Ces deux dernières espèces se distinguent, notamment, du fait qu’elles font partie de l’ordre des soricomorphes (jusqu’à tout récemment appelés insectivores). Leur diète est constituée principalement d’insectes. Nyctale de Tengmalm © Daniel Sarrazin Campagnol à dos roux © Christophe Buidin


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Chouette rayée © Peter Makuch

Les taupes de la forêt Le condylure à nez étoilé et la taupe à queue velue sont les deux seules espèces de la famille des talpidés (les taupes) au Québec. Il est rare de pouvoir observer ces mammifères, actifs surtout la nuit : ils vivent généralement dans leurs tunnels souterrains. Le creusage de ces tunnels, en ameublissant le sol, permet à plusieurs autres micromammifères de circuler. En majeure partie en raison de leur nature cryptique, les taupes habitant dans les forêts sont parmi les animaux les moins connus de notre faune. Principalement insectivores, elles exercent sans doute un certain contrôle biologique. Un beau domaine d’investigation pour de futures recherches. À qui la chance ? Taupe à queue velue © Michel Leboeuf Lemming © Guillaume Slevan-Tremblay


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Les lutins au service de la forêt

Campagnol des rochers © Dominique Fauteux

Du côté des mammifères, belettes et hermines sont aussi de grosses consommatrices de micromammifères ; leur petit corps allongé et leurs puissantes mâchoires leur confèrent une grande efficacité à la chasse – elles vont d’ailleurs chercher les petits rongeurs à l’intérieur de leurs tunnels souterrains. Plusieurs autres prédateurs − la moufette, la martre, le vison, les renards roux et arctique, le coyote et le loup − s’en nourrissent également.

Agents de colonisation végétale Lorsque les castors, ingénieurs forestiers par excellence, ne sont plus là pour entretenir leur barrage, celui-ci s’effondre souvent en créant un espace qui lentement s’assèche. Cette zone pourra être à nouveau colonisée par des arbres, dont des résineux en forêt boréale. Mais le processus est long et nécessite l’apport de plusieurs partenaires, car les conifères, comme l’épinette noire, comptent sur l’aide de certains champignons du sol pour croître et prospérer1. Un sol longtemps inondé aurait peu de chances d’être recolonisé rapidement – les champignons ne pouvant tolérer la présence d’autant d’eau − sans l’aide d’un troi-

sième partenaire : le campagnol à dos roux, spécialiste de la dispersion des spores de champignons souterrains. Comment fait-il ? C’est tout simple : comme plusieurs types de champignons hypogés2 et mycorhiziens font partie de sa diète, le campagnol dissémine les spores de ces espèces par l’intermédiaire de ses dépôts fécaux, et ce, un peu partout, dont sur le parterre d’anciens étangs à castor.

Campagnol à dos roux © Dominique Fauteux En haut : Harfang des neiges © Michel Blachas et Carole PIché

On croit que le trio formé de l’arbre, du champignon mycorhizien et du campagnol pourrait même accélérer la régénération d’une forêt après un incendie ou une coupe forestière là où le sol a été très perturbé. Le campagnol à dos roux a toutefois besoin de forêts matures à proximité afin de pouvoir s’alimenter de champignons qui, eux, requièrent des conditions d’humidité propres aux vieilles forêts.

Contrôleurs biologiques Les épidémies d’insectes ravageurs, et leur récurrence, donnent du fil à retordre à l’industrie forestière. En raison du réchauffement climatique, nos hivers sont généralement plus doux, et certains insectes, nature sauvage



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Une telle association entre un végétal et un champignon se nomme mycorhize. 2 Dont le sporocarpe est souterrain, comme c’est le cas de la truffe.


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Musaraigne cendrée © Michel Leboeuf

Les lemmings se suicident-ils ? Mesdames et messieurs, il est temps de détruire un mythe : non, les lemmings ne se suicident pas. À la source de cette fable, l’excellente orchestration cinématographique d’un documentaire de 1958 intitulé White Wilderness, qui donnait à penser le contraire. Plusieurs années plus tard, en 1982, un reportage de la CBC, Cruel Camera, rétablissait les faits en démontrant que ce qui avait été rapporté concernant les lemmings dans White Wilderness n’étaient que pure fiction. Cela étant dit, les cycles de population des petits rongeurs sont bel et bien réels, mais ils s’expliquent logiquement lorsqu’on étudie les fluctuations naturelles de leurs conditions d’habitat, d’alimentation ou de prédation. Lemming © Heiko Wittenborn Coyote à l’affût © Nicolas Bradette


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Les lutins au service de la forêt

6,4 cm

Souris sauteuse des bois © Gordon Robinson

comme la tordeuse des bourgeons d’épinette, semblent en profiter. En effet, l’augmentation des populations nordiques de la tordeuse est coutumièrement limitée par des gels printaniers qui empêchent les larves de s’alimenter lorsqu’elles sortent de leur torpeur, mais les gels moins fréquents pourraient changer la donne. Outre l’épandage d’insecticides, des ennemis naturels, tels les micromammifères, se chargent toutefois d’entraver la croissance de plusieurs de ces espèces. D’entre eux les musaraignes, friandes de larves, sont sans doute les plus efficaces des prédateurs. Puisqu’elles doivent constamment manger (qui les sustente et les hydrate en même temps) en raison de leur métabolisme extraordinairement rapide, leur appétit − et sans doute leur impact sur les populations d’insectes ravageurs − est énorme. En s’attaquant aux larves et aux cocons se trouvant sur le sol, la musaraigne cendrée − l’espèce la plus abondante au Québec − contribue à freiner l’accroissement des populations d’insectes, notamment celle de la tordeuse des bourgeons de l’épinette. À preuve cette histoire de

contrôle biologique à Terre-Neuve, où, en 1958, on introduisait avec succès la musaraigne cendrée – il n’existait aucune musaraigne sur l’île avant cette introduction −, dans l’espoir de freiner l’expansion d’un second insecte ravageur, la tenthrède du mélèze. À la suite de travaux de recherche menés au début des années 1970, on réalisa l’efficacité de ce mammifère insectivore alors qu’il consommait jusqu’à 39 % des cocons de la tenthrède. Une autre étude, réalisée des années auparavant au Manitoba, avait d’ailleurs fait la démonstration que les musaraignes pouvaient détruire jusqu’à 89 % des pupes de cette même espèce. La souris sylvestre est aussi un contrôleur biologique de la tenthrède du mélèze, mais sa technique de consommation est différente : elle grimpe dans les arbres dans le but de manger les larves perchées en altitude. De telles études, extrêmement rares, auraient tout lieu d’être plus courantes : on en sait encore fort peu sur le rôle des musaraignes et des autres micromammifères dans les forêts traitées avec les plus récents pesticides. Une chose est certaine : campagnols, souris et musaraignes sont des lutins discrets mais fort efficaces dans nos forêts.  nature sauvage



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Empreintes de souris sauteuse © Josée Caron

Difficile d’observer les lutins des bois Souris, campagnols et musaraignes ne se laissent pas facilement voir. La plupart du temps, ce sont des indices de leur présence qu’on trouvera en premier lieu. La souris sauteuse des bois laissera par exemple derrière elle, entre ses empreintes de pattes dans le sable ou la boue, la trace de sa longue queue traînante. Au printemps, à la fonte des neiges, c’est le réseau de sentiers entretenus tout l’hiver par le campagnol des champs qu’on remarquera à l’orée de la forêt.

Détenteur d’une maîtrise en biologie, Dominique Fauteux termine présentement un doctorat à l’Université Laval. Il s’intéresse en particulier à l’écologie des micromammifères nordiques.


La diversité

secrète des rivières

Les invertébrés aquatiques passent souvent inaperçus. Omniprésents dans les cours d’eau, ils sont herbivores, détritivores, prédateurs. Et d’une beauté singulière. Ce sont surtout leurs mœurs qui suscitent

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© Michel Leboeuf

l’émerveillement des curieux allant à leur rencontre. Par Arnaud Boucheny

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© Gilles Croteau / Québec couleur nature

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poissons et amphibiens viennent spontanément à l’esprit. Mais c’est ignorer la diversité des invertébrés d’eau douce : mollusques (escargots, moules), crustacés (écrevisses, gammares), arachnides, insectes... Ils sont légion. Quelques-uns de ces animaux mènent une existence totalement aquatique (nèpes, sangsues, etc.), alors que de très nombreux autres, surtout des insectes, ne vivent dans l’eau que durant leur phase larvaire, comme les libellules, les éphémères, les plécoptères, les trichoptères... ainsi que les maringouins. Par exemple les éphémères, de l’ordre des éphéméroptères, mènent une vie de

d’adulte aérien : jusqu’à trois ans dans l’élément liquide contre quelques jours, voire quelques heures dans l’air. Cette courte vie d’adulte ne vise qu’un objectif : la reproduction et le dépôt de centaines d’œufs à la surface de l’eau ou sur les parties émergées de plantes aquatiques. Le passage de l’eau vers l’air constitue bien sûr un chambardement des conditions de vie pour ces animaux. S’adapter à un changement aussi radical nécessite une succession de mues et de bouleversements physiologiques. Les larves de libellules, par exemple, ne ressemblent pas du tout aux adultes qu’on voit voler en quête de

Éphémère © Michèle Amyot

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Quand on pense « animaux aquatiques », larve aquatique bien plus longue que celle


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Larve de trichoptère dans son fourreau © Wikimedia Commons

La pêche est ouverte Nul besoin d’être un grand spécialiste pour s’adonner à la collecte d’invertébrés aquatiques. Ce type de pêche peut même être une activité familiale ludique et éducative. Elle ne nécessite qu’un peu de chance et de patience, quelques pots en verre, un filet adapté (ou filet troubleau, vendu dans les magasins spécialisés en matériel naturaliste), une loupe et un document pour identifier les spécimens (mddelcc.gouv.qc.ca/eau/eco_aqua/ macroinvertebre/guide.pdf).

Nèpe © Dreamstime

proies. De même, ces « mouches » au tournoiement intempestif formant parfois de petits nuages denses à proximité des points d’eau n’ont rien de commun avec leurs congénères encore au stade larvaire, dont les mœurs sont beaucoup plus discrètes.

Fait à noter, la plupart des larves d’insectes présentent trois paires de vraies pattes, comme les adultes. Chez les larves qui ont déjà subi plusieurs mues apparaissent petit à petit les fourreaux alaires, d’où sortiront les ailes lors de la mue imaginale, ou mue du stade adulte (appelé imago).

Les larves d’insectes revêtent des formes peu ordinaires trahissant l’environnement dans lequel elles vivent. Celles qui fréquentent des torrents tumultueux adoptent une forme aplatie, très hydrodynamique, de manière à résister au courant. Plusieurs trichoptères fabriquent des fourreaux protecteurs, sortes de carapaces à base de soie, de grains de sable et de brindilles, selon les cas ; ces apparats, si caractéristiques, leur valent les noms de portepierre, porte-sable, porte-bois.

Respirer hors de l’eau ou sous l’eau Les invertébrés aquatiques n’ont que deux possibilités pour récupérer l’indispensable oxygène : aller le chercher à la surface ou se le procurer dans l’eau. Parmi ceux pratiquant la respiration aérienne, on en compte qui, peut-être, ont inspiré les inventeurs du tuba : les nèpes et les larves de maringouins, entre autres, sont pourvues d’un long appendice abdominal. L’animal remonte régulièrement à la surface, tête vers le bas, et aspire l’air par cette structure.

Larve de maringouin © Dreamstime


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Maringouin © Dreamstime Larve de libellule © Dreamstime

La respiration aquatique emprunte plusieurs voies. De nombreuses espèces ont des branchies, faciles à discerner ; elles ressemblent parfois à de très fines plumes et se répartissent sur l’abdomen ou à son extrémité, selon les cas. Ces organes sont d’ordinaire reliés au réseau de trachées, ces mêmes trachées que possèdent les adultes et qui permettent d’acheminer l’air vers l’intérieur du corps. D’autres animaux, dont les trichoptères logeant dans leur fourreau, sont recouverts d’une cuticule (peau) si fine que l’oxygène passe directement vers l’intérieur de leur corps, à travers la membrane.

Se nourrir de toutes les façons

La matière organique en décomposition, ressource très abondante, nourrit également une grande diversité d’invertébrés. Plusieurs – des écrevisses, les gammares, des éphémères – récoltent sur les surfaces de leur habitat des débris de différentes tailles. D’autres capturent les particules organiques en suspension ; du nombre, les trichoptères de la famille des hydropsychidés, qui fabriquent un filet de soie à l’extérieur de leur « cachette ». Ces filets, qui piègent les matières en suspension, peu-

© Michel Leboeuf

Les invertébrés utilisent tous les types de matière organique pour s’alimenter. Les herbivores broutent les plantes aquatiques,

les mousses et les algues. Certains escargots aquatiques repèrent leur nourriture à distance par chémoréception, c’est-à-dire qu’ils reconnaissent les molécules organiques produites par les végétaux, souvent des algues filamenteuses fixées aux rochers, en libre circulation dans l’eau.

Larve de plecoptère © Dick Belgers

Un cours d’eau pour royaume Il existe une grande diversité d’habitats naturels dans les ruisseaux et les rivières. La pente y joue un rôle majeur : elle détermine la vitesse du courant, donc la taille des particules transportées et des sédiments qui se déposent sur le fond, de même qu’elle a un impact sur l’oxygénation et la température de l’eau. On oppose deux grandes familles d’habitats en eau douce, soit les milieux lentiques (faible courant, sédiments fins — limon, vase —, mauvaise oxygénation et température pouvant s’élever rapidement) et les milieux lotiques (pente plus forte, sédiments grossiers — roches, gravier, sable —, bonne oxygénation, températures fraîches). À l’échelle d’un petit cours d’eau, il y a une mosaïque de microhabitats selon les changements abrupts de pentes et les embâcles formés par exemple par un tronc d’arbre en travers d’une rivière. Sur quelques mètres carrés, il est donc possible d’observer différentes conditions lentiques et lotiques. Autant de diversité d’habitats, autant d’espèces.

Léthocère d’Amérique © Fotolia

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La diversité

secrète Un peu de grec pour mieux comprendre les noms des ordres d’insectes Éphéméroptères : insectes ailés (pteron) qui ne vivent qu’un seul jour (ephêmeros). Plécoptères : insectes aux ailes (pteron) entrelacées (plektos), car leurs ailes se superposent et semblent n’en former qu’une seule. Trichoptères : insectes aux ailes (pteron) poilues (trikhos) — ce qui les différencie des mites (qui, elles, font partie des lépidoptères et possèdent des ailes munies d’écailles).

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vent avoir des formes très originales, d’où les noms anglais évocateurs donnés à ces insectes (trumpet net caddisflies ou finger net caddisflies). Dans les ruisseaux où, des rives, tombent des débris végétaux de nature et de taille variées, les détritivores s’en donnent à cœur joie ; ils y jouent un rôle très important puisque, en recyclant les éléments, ils en font bénéficier toutes les autres espèces se trouvant dans la chaîne alimentaire. Les prédateurs emploient pour leur part de nombreuses techniques pour attraper et consommer leurs proies, qui sont d’une grande diversité : œufs de poissons ou d’amphibiens, petites larves, têtards, etc. Les larves d’odonates (demoiselles et libellules) chassent à l’affût et projettent à une vitesse fulgurante leur « mâchoire » in-

Notonecte © Holger Grö̈ schl

férieure vers la proie. Les larves de dytiques arborent quant à elles des mandibules imposantes avec lesquelles elles saisissent l’animal imprudent repéré par chémoréception ou grâce aux vibrations qu’il émet. Par la suite, tout comme les nèpes, elles injectent des enzymes digestives dans les chairs afin de les liquéfier et ensuite les aspirer. Parmi les punaises, un costaud : le léthocère d’Amérique, le plus gros insecte aquatique au Québec, peut atteindre 6 cm de long. Capable d’attaquer de petits poissons, il mord, et sa morsure est réputée la plus douloureuse qui puisse être infligée par un insecte.

LES MICROMAMMIFÈRES

Au cœur du Québec et de l’Amérique

Nature sauvage

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des rivières

EN REPORTAGE

PHOTO Des espèces

primitives

dans nos bois ?

biodiversité secrète des rivières  La une plante-écosystème  L’asclépiade,  Identifier les canards d’eau douce

Partager nos passions, c’est dans notre nature. Richard Chouinard et Natalie Lacombe

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carnets sauvages

Larve de dytique sur têtard ©

Gilles San Martin

De bons bio-indicateurs Si tous les cours d’eau sont peuplés d’invertébrés, plusieurs éphéméroptères, plécoptères et trichoptères ont notamment besoin d’une bonne oxygénation, d’eau fraîche et d’un fond de roches, de gravier ou de sable ; ils ne tolèrent pas les perturbations même minimes de leur habitat en matière de pollution, d’élévation de la température de l’eau ou encore de baisse du taux d’oxygène. À l’inverse, maintes espèces sont beaucoup moins difficiles ; des chironomes ou des sangsues en grand nombre sont autant d’indices d’une possible dégradation de la qualité de l’eau. La connaissance des habitats des invertébrés et de leur seuil de tolérance aux différentes sources de pollution – grâce à des récoltes de spécimens sur le terrain – permet aux scientifiques et aux gestionnaires des bassins versants d’utiliser ces animaux comme bio-indicateurs et de mieux cibler les interventions de restauration. Bien qu’ils passent souvent inaperçus, les invertébrés aquatiques sont ainsi d’une très grande importance pour la santé des milieux humides.  Arnaud Boucheny est biologiste. Passionné par la nature, la conservation et la vulgarisation, il développe son entreprise, Corylus environnement, dans Charlevoix.

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© Martine Lapointe

E S P A C E S

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Dans les petits pots les meilleurs onguents. L’asclépiade commune est une plante de taille modeste qui abrite une richesse biologique insoupçonnée. Portrait d’un espace sauvage minuscule, étonnamment accessible et facilement repérable, où la vie foisonne : il suffit de se pencher et d’y jeter un coup d’œil attentif pour découvrir tout un peuple qui s’agite. Par Michel Leboeuf

C’est connu : l’asclépiade commune, Asclepias syriaca, est indispensable au monarque, papillon dont les chenilles broutent allègrement les tissus afin de grandir et se métamorphoser en adulte ailé. Cette plante surprenante, à la tige droite et robuste pouvant atteindre 150 cm de hauteur, a également développé toute une série d’associations avec plusieurs autres insectes herbivores, qui y trouvent à la fois un milieu de vie propice à l’élevage de leur progéniture et un réservoir d’armes chimiques nature sauvage



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destinées à contrer les attaques de leurs prédateurs. Considérant les nombreuses populations d’herbivores qui la fréquentent, il n’est pas étonnant de constater que l’asclépiade sert aussi de fécond terrain de chasse aux maraudeurs affamés de tout acabit.

Une plante ? Non, un milieu de vie Les épaisses feuilles de l’asclépiade sont le lieu d’une fébrile activité de la part d’une communauté d’insectes comptant des



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représentants dans au moins quatre ordres différents : lépidoptères, coléoptères, diptères (mouches et compagnie) et hémiptères (punaises, pucerons et tutti quanti).

© Martine Lapointe

Chez les papillons, outre la chenille du monarque, on note la présence d’une espèce nocturne, l’arctiide de l’asclépiade. Au sein de l’ordre des coléoptères, tour à tour la chrysomèle de l’asclépiade, le longicorne de l’asclépiade, la punaise de l’asclépiade et la petite punaise de l’asclépiade peuvent être observés sur la tige ou les feuilles de la plante dont il est ici inutile de répéter le nom !

1 — Chrysomèle de l’asclépiade © Michel Leboeuf 2 — Chenille de l’arctiide de l’asclépiade © Michel Leboeuf 3 — Chenille du monarque © Josée Caron 4 — Petite punaise de l’asclépiade © Michel Leboeuf

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Fait singulier, tous ces insectes ont en commun de revêtir les couleurs du monarque, chez qui l’orange et le noir dominent. Il a été suggéré que certains de ces insectes, notamment l’arctiide, auraient recours au même moyen de défense que le monarque dont la chenille, en se nourrissant des feuilles de l’asclépiade, ingurgite aussi des glucosides cardiaques et les concentre dans son corps. Ce composé chimique, qui reste présent même au stade adulte de l’insecte, fait violemment accélérer le rythme cardiaque de tout prédateur qui l’avale. Celui-ci vomira

alors sans attendre, libérant sa proie. Confronté une nouvelle fois à un insecte de couleur orange et noir, il y prendra garde et cherchera ailleurs de quoi faire son repas. Puisque la chenille de l’arctiide s’alimente sur la même plante que celle du monarque, l’hypothèse est plausible. Quant aux coléoptères, ils présentent peut-être un bel exemple de mimétisme batésien (du nom du découvreur du phénomène, le naturaliste Henry Walter Bates, qui a proposé qu’ainsi des espèces comestibles – sans substance délétère, ou très peu –, parées comme des espèces toxiques, évitent d’être mangées).

3 En général, les insectes herbivores qui consomment les tissus de l’asclépiade ne sont pas eux-mêmes affectés par la présence des toxines, sauf parfois en ce qui concerne les populations de chrysomèles, qui semblent subir davantage de pertes lorsque l’asclépiade est massivement attaquée et se défend chimiquement en suintant du latex (voir l’encadré C OCHONS DE LAIT).

© Josée Caron

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Pays des pucerons Différentes espèces de pucerons, ou aphidés, sont visibles sur l’asclépiade. Mais trois de ces petits insectes au corps mou et en forme de poire sont étroitement associés à la plante : Aphis nerii, A. asclepiadis


Cochons de lait

© Josée Caron

C’est ainsi qu’on désigne encore parfois la plante, en référence au liquide blanc et collant qu’elle contient et qui s’en écoule lorsqu’on déchire ses tissus. Ce latex sert de barrière physique et chimique quand des herbivores de bonne taille, comme des cerfs ou des lièvres et des lapins, grignotent ses feuilles. Plus un plant d’asclépiade sera attaqué par un herbivore, plus il fabriquera de composés pour se défendre. Il s’agit donc d’une défense moléculaire, à l’instar des glucosides cardiaques qui sont aussi présents dans la plante mais en quantité moins importante. Le nom anglais de l’espèce, common milkweed (« herbe à lait commune »), fait aussi référence à la production de latex de l’asclépiade.

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et Myzocallis asclepiadis. On repère aisément les deux premiers, grégaires, sur les feuilles les plus hautes de la plante, alors que le troisième se découvre plus difficilement puisqu’il fréquente davantage celles du bas et leur face inférieure. © Josée Caron

Alors qu’Aphis nerii est vivement coloré (jaune orangé) et protégé chimiquement des prédateurs, son voisin de palier, lui, ne l’est pas. D’une coloration terne, Aphis asclepiadis serait donc davantage à la merci de ses ennemis dans l’habitat si ce n’était de son association avec des fourmis. En effet, A. asclepiadis a passé un pacte avec ces dernières : les pucerons fournissent l’approvisionnement en miellat (sucre liquide) et, en retour, ils obtiennent une protection agressive contre toute menace potentielle dans l’habitat. Est-ce un cas de mutualisme, de services échangés entre deux parties consentantes ? ou bien alors un racket digne de la pègre, version fourmi ?

1 — Nymphe de la punaise asssassine © Michel Leboeuf 2 — Agelenopsis potteri © Michel Leboeuf 3 — Aphis nerri © Michel Leboeuf 4 — Œufs de monarque © Josée Caron

de l’asclépiade, Tetraopes tetraophthalmus, se développe, bien cachée au cœur même des racines.

Accueillante, même sous terre 1

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Les racines de la plante sont également bien utiles à d’autres insectes. C’est en effet sous terre que la larve du longicorne

Tous les longicornes du genre Tetraopes – 24 espèces connues – sont par ailleurs associés à l’une ou l’autre des 130 espèces du genre Asclepias dans les Amériques. De la même façon que les parties aériennes, le système racinaire de la plante contient des glucosides cardiaques, en moins forte concentration, cependant. Comme le longicorne est en mesure de tolérer l’arme chimique de la plante, cette dernière prend les grands moyens pour tenter de déloger sa larve dévastatrice : elle libère des composés volatils qui attireront vers elle des vers nématodes qui, eux, raffolent des larves de longicorne.

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Bar à nectar

© iStockphoto

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Asclepias syriaca se révèle également fort attrayante lors de la floraison. Ses fleurs, de pourpre à rose, odorantes, attirent un large groupe d’insectes qui la visitent, cette fois dans le but de la butiner et de s’abreuver de nectar. Des mouches et des papillons de nombreuses espèces se posent sur son inflorescence, circulaire et spectaculaire, quand la floraison bat son plein, durant les mois de juillet et d’août.


© Michel Leboeuf

Une jeune entreprise québécoise, Encore3, s’intéresse beaucoup à l’asclépiade, notamment au caractère isolant et thermique de la matière soyeuse entourant ses graines. En effet, la capacité de ce matériau, qui à la fois repousse l’eau et absorbe l’huile et les produits pétroliers, rend doublement intéressant le potentiel d’exploitation de sa fibre. Mais encore faut-il en faire pousser en quantité suffisante ! C’est la raison d’être de la coopérative de cultivateurs Monark, qui œuvre à cette tâche depuis quelques années en Mauricie. Une usine de séchage et de séparation de la fibre des graines a été inaugurée récemment dans la même région. D’autres usines semblables seront possiblement implantées dans de futurs pôles régionaux de production au Bas-Saint-Laurent, en Estrie et dans les Laurentides. Cette nouvelle filière industrielle, 100 % québécoise, est appuyée par le gouvernement québécois dans le cadre d’un programme de soutien aux entreprises innovantes. En outre de créer de l’emploi, cette production pourrait bien, à terme, donner un coup de pouce au monarque, une espèce préoccupante au Canada, puisque la récolte des graines, réalisée en fin d’été, ne nuit pas au cycle de vie du papillon. En augmentant les superficies où pousse l’asclépiade, la production industrielle contribuerait même à favoriser localement le sort de l’espèce.

10 AUTRES

MODÈLES EN MAGASIN

BELOEIL - BROSSARD - BURLINGTON - CAMBRIDGE - ETOBICOKE - LAVAL - OSHAWA - OTTAWA - QUÉBEC - VAUGHAN

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L’asclépiade, vedette industrielle

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pétition pour de bons emplacements est quelquefois féroce ; il n’est pas rare de voir une de ces araignées s’en prendre à une congénère. Une autre espèce singulière se remarque assez fréquemment sur l’asclépiade : la punaise assassine, une habile chasseuse qui fait partir des réduvidés, petite famille qui ne compte qu’une quinzaine d’espèces connues au Québec. La mante religieuse s’attarde aussi sur l’asclépiade ou dans ses parages, elle qui aime s’embusquer, immobile, dans la végétation des milieux ouverts.

© Dreamstime

Utile pour les uns, toxique pour les autres

Si vous rêvez d’observer la faune de l’asclépiade L’asclépiade est une plante indigène commune qui pousse dans des milieux ouverts variés. Peu exigeante quant aux conditions de sol, on la trouve aisément le long des routes, dans les pâturages, les fossés et les champs abandonnés. Sa floraison, estivale (juillet et août), est rapidement suivie de la production des graines soyeuses à la fin d’août. L’activité des insectes y atteint son apogée entre la mi-août et la mi-septembre.

Les fleurs, pendantes au bout d’un pédoncule, sont organisées en ombelle. La plante produit ses fruits en septembre, sous forme de follicules couverts de protubérances. Semblables à de grosses gousses, les follicules s’ouvrent d’un seul côté, libérant des graines munies d’aigrettes soyeuses.

Terrain de chasse La diversité des insectes qui fréquentent l’asclépiade attire inévitablement des prédateurs. Des fourmis, des coccinelles, la mante religieuse, la punaise assassine et plusieurs espèces d’araignées y chassent leurs proies. D’entre elles, Agelenopsis potteri, une espèce commune du sud du Québec, y tisse des toiles en forme d’entonnoir dans les angles ou aux points d’insertion des feuilles avec la tige. A. potteri se reconnaît, entre autres, par les bandes longitudinales de son abdomen brun. La comnature sauvage



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Selon maintes sources, les Amérindiens utilisaient l’asclépiade dans la confection de vêtements et en raison de ses propriétés médicinales, notamment dans la fabrication d’un baume antidouleur, préparé en fin d’été à partir du matériel soyeux contenu dans les follicules. Aujourd’hui, l’espèce s’avère plus particulièrement intéressante pour le commerce − voir l’encadré L’ ASCLÉPIADE, VEDETTE INDUSTRIELLE – qu’en matières pharmaceutique ou alimentaire. La plante est comestible, mais sa consommation requiert une préparation adéquate. Au Québec, des cas d’empoisonnement à l’asclépiade sont régulièrement rapportés durant l’été. On ne doit jamais la manger crue, ou cuite sans la rincer longuement et la faire bouillir, et ce, dans deux eaux de cuisson salées différentes. Il y a également danger de confusion avec d’autres plantes, nommément l’asclépiade incarnate et l’apocyn à feuilles d’Androsème, qui lui ressemblent et qui sont elles aussi toxiques. On suggère, par ailleurs, de ne jamais manipuler la plante sans gants, la peau de certaines personnes étant sensible au latex présent dans ses tissus. Silhouette familière des milieux ouverts de la vallée du Saint-Laurent, l’asclépiade est essentielle à tout un cortège d’espèces, des plus flamboyantes aux plus discrètes.  Michel Leboeuf est auteur et vulgarisateur scientifique.


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BUSE À QUEUE ROUSSE

La buse à queue rousse habite l’Amérique du Nord,

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l’Amérique centrale et les Antilles. C’est l’une des espèces d’oiseaux les plus répandues dans ces contrées. Non seulement on la trouve dans la plupart des biomes, mais c’est souvent l’oiseau de proie le plus abondant. Cette buse a amplement profité de la colonisation européenne, s’établissant ou augmentant ses effectifs dans les zones agricoles, des montagnes du Costa Rica à la vallée du Saint-Laurent en passant par les Prairies.

© Nicolas Bradette

Par François Morneau

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© Illustration : Charles C Marble et William K Higley

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L’invasion de la buse à queue rousse n’est pas terminée : dans les années 1990, elle a colonisé la ville de New York ; l’été dernier, un adulte s’est même perché sur la Maison-Blanche, à Washington ! Facile à identifier grâce à sa queue rousse, il suffit parfois de lever la tête pour en apercevoir une.

C’est pourquoi elle tend à éviter les zones où l’herbe est très haute et préfère poursuivre ses proies dans l’herbe clairsemée et rase, fréquemment de moins de 10 cm de hauteur. Dans les zones agr icoles, elle chasse notamment dans les friches, les champs couverts de chaume de maïs ou de soya, les champs de foin fauché et les pâturages. Le rapace capture souvent des proies dans les zones d’échangeurs autoroutiers, que ce soit au Québec ou ailleurs.

Étalement urbain

La buse construit la plupart du temps son nid dans le haut d’un grand arbre, ordinairement aux trois quarts de sa hauteur. Cet arbre est souvent un feuillu, parfois un conifère. Il peut être isolé ou situé dans une haie, un petit bois ou en forêt. Dans ce dernier cas, le nid se trouve rarement à plus de 300 m d’un biotope ouvert. On voit aussi l’espèce nicher sur un pylône, un poteau ou une falaise. Au Québec, des dizaines de nids ont été découverts sur des falaises, de la forêt boréale à la toundra forestière.

© Michel Bordeleau

© Wikimedia Commons

En 1991, une buse à queue rousse mâle s’est établie dans la ville de New York, plus précisément à Central Park. En 1992, cet oiseau, surnommé Pâle (pale male) en raison de la couleur particulièrement pâle de sa tête, s’est apparié, et le couple a finalement construit un nid sur un bâtiment, une des premières pour l’espèce. Grâce à une vidéo épiant le nid et mise sur Internet, le couple est devenu très populaire. Depuis, l’espèce a proliféré : en 2008, un recensement, vraisemblablement incomplet, chiffrait la population de la Grosse Pomme à 32 couples.

L’horizon comme demeure La buse à queue rousse chasse surtout dans les biotopes ouverts mais aussi dans des forêts claires et sur des pentes boisées escarpées. Des perchoirs en densité suffisante constituent une composante cruciale de l’habitat ; le plus souvent, ce sont des arbres, isolés, en bosquets ou en bordure de forêt, cependant l’espèce utilise également des escarpements et des structures telles que des poteaux, des lampadaires, des piquets de clôture, etc. L’oiseau a profité de la plantation d’arbres pour étendre son aire de reproduction dans les Prairies, alors que dans le sud agricole du Québec, les vastes champs dépourvus de perchoirs présentent peu d’intérêt pour lui. L’espèce concentre ses efforts de chasse dans les espaces où les proies sont à la fois suffisamment nombreuses et vulnérables.

Plusieurs cordes à son arc La buse à queue rousse emploie pour chasser trois principales techniques : la chasse à l’affût à partir d’un perchoir, le vol plané et une combinaison de vol plané et de vol battu. Selon une étude, 93,5 % des attaques sont effectuées depuis un perchoir, alors que 4,1 % le sont en plongeant à partir d’un vol plané et 2,4 % à partir d’une combinaison de vol plané et de vol battu. L’efficacité des attaques atteignait 78,3 %, et elle était 3,5 fois plus efficace quand l’oiseau était perché, à l’affût, plutôt qu’en vol. Lors des attaques du haut d’un perchoir, la buse pouvait s’en éloigner jusqu’à 150 m, mais la majorité des déplacements ne dépassait pas 15 m.

Buffet libre-service Le régime alimentaire de la buse à queue rousse est très éclectique. Pendant la saison de reproduction, il se compose en général d’environ 70 % de mammifères – surtout


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des rongeurs et des léporidés –, de 18 % d’oiseaux, de 11 % de reptiles et le 1 % restant, d’amphibiens, de poissons et d’arthropodes. Bien entendu, il existe une forte variabilité régionale. Ainsi, dans certaines études, le faisan à collier, d’autres oiseaux ou même des serpents dominaient l’assiette. Dans la ville de New York, le menu se compose principalement d’écureuils, de pigeons et de rats. On a vu la buse s’attaquer au hibou moyen-duc, à d’autres oiseaux de proie, voire à des agneaux. Mais le cas le plus spectaculaire est certes la capture d’un jeune pygargue à tête blanche qui était au nid à côté de sa mère !

© Thomas O’Neil / Wikimedia Commons

© Mike Veltri

Haute densité

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Aux États-Unis, dans des zones agricoles, la superficie du domaine vital de la buse à queue rousse en période de reproduction a été estimée entre 0,9 et 5,0 km2, et le plus souvent entre 1,5 et 3 km2. À Porto Rico, dans une région montagneuse et relativement naturelle, elle se chiffrait en moyenne à 45,8 km 2 pour des individus appariés, toutefois, contrairement à ce qui se passait aux États-Unis, les domaines vitaux des couples se chevauchaient considérablement. La densité de population de l’espèce peut atteindre localement des valeurs élevées, or moins, semble-t-il, dans les milieux naturels que dans les espaces anthropisés. Dans plusieurs zones agricoles ou périurbaines des États-Unis et de l’Alberta, elle varie habituellement entre 8 et 18 couples/100 km2. Les zones étudiées, dont la superficie atteignait entre 135 et 673 km2, ont été déterminées surtout en fonction de l’accessibilité, et probablement aussi partiellement en raison de la densité élevée et de la facilité à dénombrer les couples. Il n’est donc pas possible de transposer ces résultats à des espaces plus vastes. Dans des milieux plus naturels, la densité a été estimée localement à 3,4 couples/100 km2 dans un désert en Utah et à 0,4 couple/100 km2


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© Mike Veltri

En bref

dans une prairie du Dakota du Sud. Il existe quelques valeurs reliées à la forêt boréale : 2,1 couples/100 km2 en Alaska, entre 9 et 11 couples/100 km 2 sur une période de six ans au Yukon, et entre 3 et 6 couples/100 km2 au Québec, sur la CôteNord. En général, entre 1 et 2 km séparent les nids voisins, or près de Vancouver, on a observé aussi peu que 200 m dans un cas. Les populations étudiées variaient faiblement d’une année à l’autre.

Les causes naturelles de mortalité ne sont pas en reste. Le vent entraîne parfois la chute des nids et de leur contenu. Dans une étude au Kansas, c’était même le facteur prépondérant de mortalité, avec près des deux tiers des 126 nids touchés. En Alberta, 15 jeunes sur 18 (83 %) sont morts durant 32 heures de pluies abondantes, de grands vents et de basses températures. Un phénomène semblable a été noté ailleurs à plusieurs reprises.

Mille manières de mourir

En Californie, une recherche a révélé que les mouches noires constituaient étonnamment le principal facteur de mortalité des jeunes buses dans les nids lors d’années humides. Ces insectes peuvent entraîner la mortalité de trois façons possibles : d’abord par leur harcèlement incessant qui provoque le départ prématuré des jeunes et qui se traduit fréquemment par une chute mortelle ; ensuite par la transmission d’un protozoaire souvent fatal ; et enfin par déshydratation en raison des nombreuses blessures causées par les moustiques. D’autres études ont fait état de cas de mortalité occasionnés par les mouches noires. Comme ce facteur est difficile à diagnostiquer et passe facilement inaperçu, il est probablement sous-estimé.

Les facteurs de mortalité anthropique de la buse à queue rousse sont variés. Les avions provoquent de loin plus de mortalité chez cette espèce et l’urubu à tête rouge que chez toutes les autres espèces d’oiseaux de proie d’Amérique du Nord. Les collisions avec des aéronefs militaires surviennent habituellement pendant la période de nidification lors des vols planés de l’oiseau, tandis que celles avec des appareils civils ont lieu principalement quand ceux-ci manœuvrent au sol. Au Québec, ce sont les armes à feu et les collisions (avec fenêtres, automobiles, fils) qui constituent les premières causes de mortalité ou de blessures d’origine anthropique identifiées entre 1986 et 2014 chez les sujets récupérés par l’Union québécoise de réhabilitation des oiseaux de proie (UQROP). Dans la ville de New York, des buses s’intoxiquent régulièrement par l’ingestion de rats et de pigeons empoisonnés.

Le raton laveur et le grand-duc d’Amérique sont les principaux prédateurs de l’espèce. Le premier s’attaque aux œufs et aux jeunes dans les nids, tandis que le second nature sauvage



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Buse à queue rousse Buteo jamaicensis red-tailed hawk

Coloration : mâle et femelle presque semblables, cette dernière étant plus grande ; dos et ailes brun foncé entremêlé de blanc et de brun rougeâtre ; haut de la queue marron ; parties antérieures blanchâtres, dont la poitrine traversée d’une large bande formée de marques longitudinales noirâtres ; bec noir ; yeux brun foncé Longueur : de 48 à 61 cm Envergure : de 117 à 147 cm Masse : mâle : de 1028 à 1143 g ; femelle : de 1371 à 1600 g Nombre d’œufs : de 1 à 5, généralement 2 Durée de l’incubation : de 30 à 34 jours Soins aux jeunes : surtout par la femelle Longévité record connue : 29 ans

Répartition de la buse à queue rousse

Aire de nidification Présence à l’année


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© Alan Vernon / Wikimedia Commons

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Tomber de Charybde en Scylla Selon la mythologie grecque, Charybde et Scylla sont deux monstres marins qui habitaient le détroit de Messine situé entre la Sicile et l’Italie. Le premier symbolisait pour les marins la vie ou la mort pour tous alors que le second représentait la mort certaine pour une partie de l’équipage, mais la vie pour les autres. Ce fut ce second choix que fit Ulysse dans l’Odyssée, et peut-être pareillement la buse à queue rousse.

capture des jeunes, surtout au nid, et plus rarement des adultes. Quelques cas de cannibalisme entre jeunes aux nids ont été rapportés, généralement en période de pénurie alimentaire.

De Charybde en Scylla Étrangement, il n’est pas rare que la buse à queue rousse construise son nid tout près de celui du grand-duc d’Amérique. On a répertorié près d’une centaine de cas où la distance ne dépassait pas 200 m. Les deux records se chiffrent à 21 et 20 m, le dernier provenant de la Mauricie, au Québec. Cette promiscuité entre les deux espèces serait expliquée par la tendance de la buse à revenir nicher près du nid employé l’année précédente, et pour le hibou à s’approprier l’ancien nid de la buse. Cette hypothèse est cependant loin d’être probante. nature sauvage



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Comme le phénomène n’est pas exceptionnel, la buse doit tirer un avantage quelconque de cette association, même si en général, son succès de reproduction est plus faible dans cette singulière intimité alors que celui du grand-duc est stable. Il est possible que le risque de prédation par le grand-duc – plusieurs cas de prédation de jeunes buses par le hibou ont été documentés de façon irréfutable – soit le prix à payer en vue d’éviter un risque de prédation plus élevé par le raton laveur puisque le hibou, en défendant son nid, protégerait aussi celui de la buse. Les recherches des dernières années ont révélé plusieurs cas avérés de ce genre.

Et après ? La buse à queue rousse, généraliste, a su s’adapter aux différents bouleversements survenus dans son aire de reproduction depuis quelques siècles. Il devrait en être de même dans l’avenir. Il n’est pas déraisonnable de penser qu’elle conquerra d’autres grandes villes des Amériques et même que, du fait des changements climatiques, elle s’établira plus au nord. En espérant que la conquérante ne déloge pas d’autres espèces d’oiseaux de proie.  Spécialisé en ornithologie, François Morneau est biologiste consultant depuis plus de 30 ans. Il se passionne pour les oiseaux de proie.


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Opossum d’Amérique © Thomas Kitchin et Victoria Hurst

Reliques du Jurassique Ils se baladaient déjà sur Terre à l’ère des dinosaures, voire des millions d’années avant ces derniers. Et on les trouve encore aujourd’hui dans tous les écosystèmes, dans tous les milieux, tous les habitats possibles. Qui sont-ils ? Les organismes reliques, ces espèces qui nous viennent du fond des âges. De discrets témoins d’un lointain passé, toujours là, dans les eaux salées ou douces, près des rives ou en eau libre, dans les champs, à l’orée des bois ou en forêt profonde. Ils ont peu changé depuis leur émergence originelle, parfois pas du tout. Vaquant à leurs occupations, ils se maintiennent et se reproduisent, comme jadis, comme si le monde n’avait pas changé autour d’eux. Surgis d’abord dans l’eau, ils ont conquis les terres puis les airs. Certains régnaient en maîtres sur les milieux naturels de l’Ordovicien, du Silurien, du Dévonien ou du Carbonifère. Mais de nouvelles formes de vie mieux adaptées, plus redoutablement compétitrices ou meilleures colonisatrices usurpèrent leur trône. Survivants d’une époque révolue, ils sont éponges, mollusques, invertébrés, méduses, étoiles de mer, poissons, insectes, mammifères marsupiaux — dont chez nous l’opossum —, mais aussi algues, mousses, prêles et fougères. Hommage à nos aïeux.

Sympetrum costiferum © Solange Charest / Québec couleur nature


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© Robert La Salle

Reliques du Jurassique

Environ 400 millions d’années avant aujourd’hui, plusieurs échinodermes — oursins, étoiles et concombres de mer — arpentaient déjà les fonds marins à la recherche de nourriture. Le soleil de mer épineux (à droite) fréquente l’estuaire et le golfe du Saint-Laurent.

basse jusqu’à plus de 300 m de profondeur. Dans les eaux douces et calmes du fleuve et de ses principaux tributaires, le poisson-castor (à gauche) et le lépisosté osseux (en haut) sont les derniers représentants contemporains d’espèces primitives. Tous deux sont en mesure de supporter des conditions difficiles, comme un faible taux d’oxygénation.

© Dominique Danvoye

© Michèle Amyot

On trouve cette espèce depuis la ligne de marée


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nature sauvage



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© Claude Ponthieux

© Jean-François Boutet

Reliques du Jurassique

Diplopodes (plus connus sous le nom de millepattes), éphémères, libellules et plécoptères figurent parmi les plus vénérables des espèces invertébrées. D’entre elles, les fascinantes libellules, apparues il y a environ 300 millions d’années ; géantes à l’époque (certains spécimens fossiles retrouvés mesurent plus de 70 cm), elles se présentent aujourd’hui sous des tailles plus

© Isabelle Picard

modestes. Tous ces arthropodes anciens ont été parmi les premiers à s’affranchir de l’élément liquide et à conquérir les terres.

En haut à gauche, la libellule quadrimaculée ; © Isabelle Picard

en haut à droite, le gomphe descriptif ;

nature sauvage

à gauche , un diplopode du genre Narceus ; ci-contre, l’éphémère.



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Š Michel Bury

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Fucus vésiculeux © Claude Ponthieux


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© Martine Lapointe

Reliques du Jurassique

Lycopodes brillants © Claude Ponthieux

Les algues demeurèrent sur une très longue période la seule forme de vie végétale sur la planète. Puis, il y a un peu plus de 400 millions d’années, les premiers végétaux prirent pied sur les terres émergées. Les anthocérotes, un groupe méconnu dont on ne recense qu’une centaine d’espèces sur la planète (et quatre sur le territoire québécois, dont Phaeoceros laevis, en haut à gauche), sont les plus anciennes plantes à s’être © Martine Lapointe

différenciées des algues. Puis vinrent les hépatiques, dont Preissia quadrata et Pallavicinia

lyellii (en bas à gauche) et les mousses. Lycopodes, prêles et fougères dominèrent ensuite les premières forêts marécageuses du monde, jusqu’à l’arrivée des arbres. Ces végétaux reliques sont encore bien présents de nos jours, mais sous forme de plantes herbacées.

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LES CARTES THÉMATIQUES DE NATURE SAUVAGE Une autre façon de découvrir la nature Cartes grand format (48 x 66 cm)

À l’achat du numéro Été 2011

À l’achat du numéro Printemps 2012

Nature sauvage Au cœur du Québec et de l’Amérique

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beautés rares



ables au Québec ér ln vu et s ée ac en m L es espèces

LE PETIT BLONGIOS Ixobrychus exilis

ples nicheurs , il y aurait de 200 à 300 cou les uel act s nce ssa nai con les Selon cation de l’habitat c. La destruction et la modifi de petits blongios au Québe au recherche inution de ses effectifs. L’oise dim la ent liqu exp èce esp te de cet des espaces plus avec des quenouilles et les marais de cinq hectares et , petits ies à l’affût : insectes aquatiques pro ses sse cha il où e libr au d’e s, ce maître mbre de la famille des héron poissons, têtards. Plus petit me son chant caractéristique. du camouflage se distingue par

 Pour en savoir davantage à propos du petit blongios : www3.mffp.gouv.qc.ca/faune/especes/menacees/fiche.asp ?noEsp=38 pleinderessources.gouv.qc.ca/chronique/capsule/pleins-feux-sur-une-espece-faunique-14.html nature sauvage



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Pour obtenir une copie de l'affiche grand format des espèces vulnérables et menacées au Québec : services.clientele@mffp.gouv.qc.ca, en prenant soin d’inscrire votre adresse complète.

Illustration de Claude Thivierge Texte de Diane Ostiguy, ministère des Forêts, de la Faune et des Parcs du Québec


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des atomes aux étoiles Par Ève Christian

Vitesses comparées

Guépard © Dreamstime

Usain Bolt © Le Monde

tour nés Tous les yeux seront ccasion vers Rio, cet été, à l’o e Olympiade. des Jeux de la XXXI parmi les Sur la piste du stade, les plus populaires, 1 disciplines et de s ,deap10 rè0s m lesprco mps tese inur Au celas deux nsde Daon la20di0spmar. iti des u-te d’affiche cotê i les,rela qurie e go acté glca re 12 a été sans péraettu20 m08 dete20 e, la vrJO c teur jamaïcain larin lensp neted’u enes oynt mco ébiec chaque fois y a dult,Ququ quneBo piai tyUs iona det ux médailles s in lete mreérmidpo rtél at dumesure de n io ct 4 ° ra-t-il en ts . Ser l’a orPa d’C. an t s cour veréntpéettede r l’explolait ? Et quel es n, tio ec nv de co secret ? D’où tient-il sa son est masse d’eau Due.guépard, du ? e qu ni ch te plutôt homogènvr cerf ou du liè e ?

1

Bolt vs guépard

Biomécanique 101

En regardant Usain Bolt courir, on constate qu’il développe une accélération importante — et impressionnante — vers le milieu de la course, et la termine de manière plutôt décontractée. À l’instar d’un animal ? L’un des plus rapides sur Terre est sans doute le guépard. Lors de vitesses de pointe en milieu naturel, il peut courir à plus de 110 km/h. En transposant cette donnée sur 100 m, il franchirait donc la distance en 3,27 s, alors que le record de Bolt est de 9,63 s (37 km/h). Bon, d’accord, Bolt n’a que deux jambes ; le guépard, quatre pattes. Il y a forcément quelque chose d’inadéquat dans cette comparaison, mais pas tant que cela. Voyons plutôt.

Pour évaluer la biomécanique du guépard, des chercheurs britanniques1 ont aménagé en plein air, au zoo de Whipsnade, en Grande-Bretagne, une piste sur laquelle étaient installées des plaques sensibles à la pression et des caméras perfectionnées servant à enregistrer les vitesses. Le guépard choisi dans le cadre de l’expérience a été élevé en captivité et n’a donc jamais été obligé de courir à fond de train, comme en nature, dans le but d’attraper une proie. Alors afin de s’assurer qu’il puisse parvenir à une vitesse respectable, des morceaux de poulet tirés par un câble le précédaient ; malgré cette motivation, le guépard n’est jamais allé à une vitesse au-delà de 65 km/h (se doutait-il qu’on le nourrirait plus tard ?). Les résultats ont été décevants, mais l’expérience n’a pas été vaine, car en observant la façon de courir du guépard, on a compris beaucoup de choses.

L’étude a été publiée dans Journal of Experimental Biology il y a quelques années. nature sauvage



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Lièvre d’Europe © Fotolia

Force de propulsion Les foulées du guépard mesurent en moyenne 6 m. On est donc à même d’estimer qu’en milieu sauvage, à grande vitesse, elles atteignent aisément, voire excèdent, 7 m. Tout au long de sa course, il garde la même longueur de foulée, mais il accélère le rythme très facilement. Au départ, il faisait 3,2 foulées par seconde pour finalement en accomplir 4. Autre observation : ses pattes restent au sol assez longtemps. Résultat ? Plus longue est la durée des appuis au sol, plus importante est la force de propulsion et plus grande est la vitesse. Comme le guépard, Usain Bolt a un départ lent (relativement, bien sûr) et il accélère en milieu de course. Ses foulées sont très

Faucon pélerin © Fotolia

longues : parmi les 41 enjambées nécessaires pour franchir le 100 m, certaines dépassent 2,6 m. Elles sont aussi moins nombreuses que celles de ses concurrents : le deuxième à passer la ligne d’arrivée l’a fait en 44,5 foulées et 12 centièmes de seconde de plus. Finalement, probablement en raison de sa grande taille (1,95 m), de sa puissance et de sa cadence élevée, Bolt applique une force considérable au sol en gardant ses pieds plus longtemps en contact avec la piste. Voilà en ce qui concerne les secrets de l’homme le plus rapide de la Terre. Saura-t-il conserver ce titre aux JO de 2016 ? Cerf de Virginie © Dreamstime

Vitesses des animaux du Québec Les animaux les plus rapides du territoire québécois peuvent-ils se mesurer au guépard ? Son plus proche parent en Amérique, le couguar, ne se déplace à la course qu’à une trentaine de kilomètres par heure, car ses techniques de chasse diffèrent de celles de son cousin africain. Face à un prédateur, le cerf de Virginie, lui, arrive à pousser des pointes jusqu’à 65 km/h — et aussi bondir sur une distance de 9 m. Le lièvre d’Amérique fuit celui qui le poursuit à une vitesse maximale de 45 km/h (alors que le lièvre d’Europe, introduit en Ontario et en Nouvelle-Angleterre, file à 70 km/h). Le coyote court à 65 km/h, mais sur de courtes distances seulement. Ce sont les oiseaux qui, en vol, font preuve des plus grandes vélocités du monde animal : le canard colvert vole à 65 km/h ; l’eider à duvet, à 76 km/h. Le plus rapide d’entre tous ? Sans contredit le faucon pèlerin, qui peut fondre sur sa proie à plus de 300 km/h.

Ève Christian est météorologue, journaliste, blogueuse et chroniqueuse scientifique à ICI Radio-Canada Première.


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quelle question ! sporanges matures

Quel est cet étrange champignon qui bouge?

Ces espèces énigmatiques partagent une même caractéristique surprenante pour des soi-disant membres du règne des champignons: elles peuvent s’étendre et se déplacer, sur des distances variant entre quelques millimètres et plusieurs centimètres, là où on les trouve la plupart du temps, à la surface des souches ou des troncs d’arbres morts tombés au sol. Les myxomycètes ne se meuvent pas à la vitesse de l’éclair — les limaces les coiffent facilement au fil d’arrivée —, mais ils n’en sont pas moins mobiles et rampent à la manière d’amibes. La plupart sont saprophytes : ils se nourrissent de la matière organique en décomposition. Leur membrane externe est souple et extensible, ce qui leur permet de s’alimenter par phagocytose, c’est-à-dire en

entourant et en capturant des éléments étrangers — des bactéries, des levures, des spores de champignons, des algues microscopiques — pour ensuite les digérer.

détails d’un plasmode avec sporanges immatures

D’apparence gluante et gélatineuse, ces espèces sont petites — à peine quelques millimètres de diamètre pour plusieurs d’entre elles (et pas davantage en hauteur). On les trouve toujours au sol, sur le bois pourri, et plus fréquemment après une ou quelques journées pluvieuses, car elles aiment l’humidité. Par temps plus sec, période plus favorable à découvrir les espèces qui se développent sur la face inférieure des feuilles mortes, on les cherchera dans la litière des forêts. Une loupe est essentielle à l’observation des plus minuscules d’entre elles.

plasmode

Comment

C’est d’Allemagne, au XVIIe siècle, qu’est parvenue la toute première description d’un myxomycète, grâce à la découverte et à l’examen du lycogale du bois, très cosmopolite. Ce lycogale est l’un des représentants les plus communs des myxomycètes qu’il est possible d’apercevoir dans les forêts du Québec et des Maritimes.

les myxomycètes se reproduisent-ils? Le cycle de reproduction des myxomycètes est singulier. Agglutinés en une sorte de colonie autonome appelée plasmode, des individus (des noyaux cellulaires) d’une même espèce vivent ensemble, fusionnant leur paroi cellulaire pour bouger de concert, s’alimenter et prendre de l’expansion. C’est la phase dite de reproduction asexuée, où le plasmode croît par dédoublement des individus qui le composent.

© Michel Leboeuf

Bien qu’il ressemble à un champignon, le lycogale du bois n’en est pas un. Il fait partie d’un groupe méconnu qui compterait, selon les estimations des chercheurs, entre 800 et 1000 espèces à travers le monde : les myxomycètes.

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La phase de reproduction sexuée survient, quant à elle, lorsque le plasmode produit des sporanges — un organe, généralement monté sur un pédoncule, dans lequel se forme la semence —, d’où émergeront des spores, chacune contenant un noyau cellulaire transportant la moitié des gènes de l’individu. De


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spore

Pourquoi ces êtres vivants sont-ils si difficiles à classer? Parce qu’entre autres ils produisent des spores et partagent certaines caractéristiques superficielles avec les champignons, on a longtemps classifié les myxomycètes dans le règne fongique (appelé Fungi, en latin, ou parfois Eumycota). Mais après les avoir étudiés davantage, on a finalement choisi de plutôt les intégrer à celui des protistes (Protista, les protozoaires).

être flagellé amibe mobile

nouvel individu

Le cycle vital des myxomycètes

Les myxomycètes sont en effet plus proches des animaux que des champignons, et ce, notamment en raison de leur cycle de reproduction qui met en scène à une certaine étape des êtres qui se déplacent de manière autonome (voir l’encadré COMMENT LES MYXOMYCÈTES SE REPRODUISENT-ILS ?). La comparaison récente des séquences d’ADN de ces organismes avec les autres règnes du vivant a, par ailleurs, permis de confirmer qu’ils n’avaient rien

© Marthe Boisjoly

Si les conditions sont trop difficiles pour permettre aux spores de se développer, par manque d’humidité par exemple, celles-ci se transformeront en kystes. Sous cette forme, les spores pourront survivre très longtemps, en attendant que les conditions s’améliorent suffisamment pour qu’elles s’animent à nouveau. Certaines spores de myxomycètes ont germé après être restées à l’état de kystes pendant plus de 60 ans.

© Lorne Stobbs

chaque spore jaillira par la suite, selon l’espèce, soit une petite amibe mobile, soit un être flagellé, qui dans les deux cas cherchera à trouver l’âme sœur, ou plutôt une tendre moitié avec qui unir son matériel génétique. Ainsi naîtra un nouvel individu.

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en commun avec les champignons et qu’ils se rapprochaient plutôt des animaux unicellulaires. Délaissés par les mycologues, les zoologues et les botanistes, les myxomycètes restent encore largement méconnus. La diversité de leurs couleurs et de leur apparence en déroute d’ailleurs plus d’un : pour compliquer quelque peu l’affaire, plusieurs espèces se métamorphosent au stade reproductif en des formes diverses qui, souvent, n’ont plus rien à voir avec leur aspect pré-reproduction. Par exemple, la stémonite couleur de rouille (Stemonitis axifera) se présente en un assemblage dense de minuscules cylindres rougeâtres lorsque vient le temps de produire ses spores. Pourtant, quelques semaines avant, elle ressemblait à un amas blanc translucide semblable à un paquet d’œufs d’insectes.


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curieux de nature par Simon Diotte

Pleins feux sur les

nouveautés VOUS N’AVEZ PAS renouvelé votre garderobe de vêtements de plein air depuis la chemise à carreaux et vous dormez toujours dans une ancienne tente triangulaire qui a servi à l’armée canadienne ? Il est peut-être temps de passer au XXIe siècle ! Finie, l’époque où le meilleur magasin pour trouver du matériel de camping était le surplus de l’armée. Il existe aujourd’hui un nombre incroyable de magasins de plein air offrant du matériel high tech capable de transformer une expédition de camping en voyage de luxe, avec espresso à déguster au lever du soleil et hamac pour relaxer en après-midi. Année après année, les équipementiers investissent des tonnes d’argent en vue d’innover et de créer des produits toujours plus légers, compacts et polyvalents. Une course folle, comparable à celle de la conquête de l’espace, mais à la différence que leurs produits mènent ici à la conquête de nos espaces sauvages. Nature sauvage vous présente quelques nouveautés plein air qui débarquent cet été et s’installent sur les étagères des boutiques spécialisées. 

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Une tente qui flashe

Des tentes miniatures au poids plume, c’est parfait pour les explorateurs, mais est-ce nécessaire pour le camping de voiture ? Pas vraiment. C’est dans cet esprit que The North Face lance la collection Homestead, de l’équipement fait pour combler les adeptes de glamping en alliant design plus cool et qualité technique. Par exemple, la tente Homestead Roomy, pour deux, facile à monter, illustre parfaitement cette tendance : superficie de plancher 50 % plus grande que les tentes comparables, nombreux espaces de rangement, ouvertures laissant entrer un grand matelas gonflable à deux places. La tente est compatible avec le nouveau Tentertainment Center (vendu séparément), qui permet de suspendre haut-parleurs et tablettes électroniques à l’intérieur de la tente pour une soirée cinéma à la belle étoile. La collection comprend aussi le plus grand sac de couchage double sur le marché. Les nuits sont plus chaudes que jamais en forêt. 289,99 $ (tente) 25,99 $ (Tentertainment Center) 159,99 $ (sac de couchage)

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Votre cuisinière en bandoulière

Oyez, oyez, passionnés de cuisine ! Voici ce qu’il vous faut afin de cuisiner de somptueux repas en terre sauvage : le Onja de Primus, un réchaud portatif à deux ronds qui se porte en bandoulière. Ne pesant que 3 kg, son boîtier renferme les deux bonbonnes de propane nécessaires à son fonctionnement, contient une planche à découper en chêne et se déplie aisément sur la plage ou au sommet d’une montagne. Sa hauteur facilite la préparation des mets et son design protège les brûleurs du vent. De quoi nous convaincre de cuisiner davantage en plein air. 154 $ (chez MEC)

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Le complément parfait à la randonnée

Plus que jamais, les fabricants de sacs à dos axent leur design sur le maximum de confort à procurer aux utilisateurs. Dans sa nouvelle version, le sac à dos Trail 20, de Salomon, est un exemple parfait de ce qui se fait de mieux dans le genre : bretelles alvéolées favorisant la circulation de l’air, panneau dorsal améliorant la respirabilité, utilisation de matériaux drainant la transpiration, ceinture et sangle de poitrine ajustables, alouette ! Tout léger (380 g), il convient aussi bien à la randonnée sportive qu’à la course en sentiers, grâce notamment à son fourreau interne compatible avec tous les sacs d’hydratation de 2 L. En diverses couleurs.

L’indispensable protection

L’imperméable idéal est celui qui protège contre la pluie tout en étant à la fois respirant, c’est-à-dire capable d’évacuer vers l’extérieur l’humidité générée par le corps humain. C’est justement la mission de la Zeta LT, veste technique de l’équipementier canadien Arc’teryx. Sa conception en tissu Gore-Tex nouveau genre, qu’on appelle la technologie Gore C-Knit, promet une protection efficace contre les intempéries tout en étant hyper respirable, compacte, souple, légère (de 300 g à 335 g seulement) et silencieuse (faible bruit de froissement). Une poche intérieure à portefeuille ou à téléphone protège ces derniers des éléments. Sa coupe ajustée facilite la superposition de couches légères, comme un duvet ou une laine polaire. En quatre couleurs. 470 $

Et la lumière fut Redessinée et plus performante que jamais, la lampe frontale Spot, de Black Diamond, vous dépannera, que ce soit en camping ou pris au dépourvu sur un sentier à la tombée de la nuit. D’une puissance maximale de 200 lumens, elle est équipée de la technologie PowerTap, qui ajuste la brillance d’un simple tapotement du doigt. La Spot possède aussi un mode éclairage rouge − préservant la vision nocturne −, un indicateur de l’état des piles et un mode verrouillage. Résistante, elle est protégée contre l'immersion dans l'eau. Bref, beaucoup de techno dans une si petite frontale ! 47,99 $ (à La Cordée)

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Du ping-pong de camping ! Que faire quand on en a assez de manger des guimauves ? On organise une compétition de ping-pong sur la table de piquenique. Ce jeu de voyage à filet rétractable, de Outside Inside, s’installe sur la plupart des tables, promettant des soirées enlevantes en camping. Celui qui perd fait la vaisselle. 28,50 $ (chez MEC)

100 $

Simon Diotte est rédacteur en chef d’ Oxygène.


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La formation des vagues La vague est une onde qui se propage entre deux fluides en mouvement. Sur la mer ou sur un lac, elle apparaît à la surface de contact entre l’eau et l’air. Un plan d’eau doit avoir une certaine superficie pour permettre au vent de se manifester, puis de faire naître et grandir la vague. Car c’est bien le vent qui l’engendre en tout premier lieu.

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À la surface de l’eau, le vent s’écoule de manière irrégulière et y provoque l’apparition d’ondulations, engendrées par le transfert de l’énergie du vent (le premier fluide) à l’eau (le second fluide). D’un côté de l’ondulation (a), une force de pression s’exerce sur la face exposée, tandis que de l’autre côté (b), la pression est moindre parce que la zone est protégée du vent. La rétroaction s’engage, une vague surgit. Contrairement à une idée répandue, les marées n’engendrent pas les vagues, bien qu’elles puissent influencer leur déferlement sur le rivage.

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VENT

a) b)

© Illustrations : José Charron

EN BREF

© Dreamstime

phénomènes 101



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VENT NT VE

VENT

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C’est la force du vent qui détermine non seulement la taille des vagues, mais aussi leur durée et leur étendue. Le mot anglais fetch est parfois utilisé pour désigner la superficie en mer ou d’une étendue d’eau sur laquelle souffle le vent sans rencontrer d’obstacle. Formées d’ondulations régulières dont l’amplitude varie lentement, de longues lames se dirigent alors toutes dans la même direction : c’est la houle. En haute mer, ces lames peuvent se propager pendant plusieurs jours.

Longueur d’onde Crête

Crête

Les vagues records La hauteur des vagues varie de quelques centimètres, à l’instar de celles d’un lac, à plusieurs mètres, comme on peut en voir dans l’océan. Le record homologué, mesuré par instrumentation, a été établi à 32,3 m, une vague observée dans le Pacifique en 2008.

© Visitcentroportugal.com

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Là où des ondulations formées dans des secteurs distincts d’une nappe d’eau se rencontrent, on remarque une zone de turbulence, car ces ondes, de différentes longueurs, se propageant dans des directions divergentes. Une nouvelle houle est engendrée par l’interférence d’ondes qui se rejoignent. La présence d’un obstacle — une île, un récif, un haut-fond — modifie également la direction de la houle.

Au large, en eaux profondes, les vagues ne subissent aucune perturbation créée par le contour du fond. Par contre, à l’approche de la côte, les vagues sont ralenties, leur vitesse s’abaisse et leur longueur d’onde diminue. Leurs crêtes se resserrent, les vagues se redressent et se cambrent, entraînant leur déferlement sur le rivage. La configuration du littoral — la présence d’une baie, le delta d’une rivière ou encore la pente d’une plage — détermine la hauteur et l’impact des vagues sur la côte.

C’est un Français, Benjamin Sanchis, qui aurait surfé sur la plus haute vague du monde, estimée visuellement à 33 m, en décembre 2014, à Nazaré, sur la côte du Portugal.

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un sentier sous la loupe par Simon Diotte

La réserve naturelle

Jean-Paul-Riopelle

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-Paul-Riopelle Réserve naturelle Jeanx Pins se trouve au e int po la L’entrée de Haute-Ville, à à la fin du chemin de la ement sur place. nn tio Sta ai. 3,5 km du qu 1 877 876-5444

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© Claude Duchaine

aller si vous rêvez d’y an-Paul-Riopelle La réserve naturelle Je ues, au large de se situe sur l’île aux Gr rendre en Montmagny. On peut s’y en montant à voiture, à pied ou à vélo le-aux-Grues— bord de la traverse L’Is de deux à Montmagny, qui effectue r, selon quatre départs par jou s, entre avril et l’amplitude des marée t gratuit. décembre. Ce service es rque dans un des Autre option : on emba AML, en partance bateaux des Croisières est possible de Berthier-sur-Mer. Il accostant sur d’empor ter son vélo. En nduire ou rouler l’île, on doit marcher, co r au portail de la sur 4 km avant d’arrive ison estivale, réserve naturelle. En sa e Canada y Conservation de la natur . es offre des visites guidé

© Josée Caron

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Ouverte officiellement au grand public depuis 2010, la réserve naturelle Jean-Paul-Riopelle, située à la pointe aux Pins, à l’ouest de l’île aux Grues, offre non seulement des points de vue remarquables sur les îles et îlots de l’archipel de L’Isle-aux-Grues et les montagnes de Charlevoix, mais elle renferme également des écosystèmes forestiers exceptionnels, où poussent des plantes endémiques à l’estuaire du Saint-Laurent. Une boucle de 2,5 km permet d’explorer ce magnifique milieu naturel fragile, cadre qui a servi d’inspiration au grand peintre Jean-Paul Riopelle.

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UNE HALTE AU MILIEU DU FLEUVE Jean-Paul Riopelle a peint les oies blanches comme nul autre, mais cet oiseau migrateur, de passage au printemps et à l’automne, n’est pas le seul à fréquenter cette île pittoresque. On peut y observer, sur une année, 241 espèces d’oiseaux, qu’ils soient nicheurs ou migrateurs. Cette grande diversité aviaire s’explique à la fois par la richesse naturelle des battures, qui attirent les oiseaux marins, et par son important couvert forestier, qui en fait une halte de choix pour les oiseaux forestiers. « Dans cette portion de l’estuaire, le fleuve affiche une largeur moyenne de 17 km. Lors de leur migration, les oiseaux forestiers doivent absolument s’arrêter sur l’île pour reprendre des forces », explique Manon Delauménie, guide-naturaliste à Conservation de la nature Canada, organisme propriétaire de la pointe aux Pins depuis 2007.

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PLANTES RARES Peu après le premier belvédère, prenez le temps d’observer la flore forestière qui tapisse le sol. Dans cette forêt refuge poussent six espèces désignées vulnérables au Québec. Vous y repérerez aisément, aux abords du sentier, la sanguinaire du Canada, une plante herbacée arborant une seule et grande feuille ayant vaguement l’apparence d’un panache d’orignal ; elle doit son nom étrange à ses racines qui contiennent un latex rouge. La cardamine carcajou, la cardamine géante, l’ail des bois, la floerkée fausse-proserpinie, dont il n’existe que 20 occurrences recensées au Québec, et la matteuccie fougère-àl’autruche, dont les jeunes pousses sont communément appelées têtes de violon, sont les autres espèces vulnérables qui ont pris racine dans cette aire protégée. Quant à la flore du littoral, elle abrite plusieurs espèces endémiques à l’estuaire du Saint-Laurent, c’est-à-dire qui ne poussent nulle part ailleurs au monde, comme la gentiane de Victorin, fortement menacée de disparition.

© Simon Diotte

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4 NÉS SOUS LA NOUVELLE-FRANCE

Malgré le nom de pointe aux Pins, la réserve naturelle de 48 ha renferme très peu de spécimens de cette espèce. « Malheureusement, tous les grands pins ont été sacrifiés par le passé au profit de la construction navale », explique Manon Delauménie. Toutefois, on suppose que les bûcherons avaient un faible pour les sucreries, car les érables à sucre ont été épargnés. Résultat : on observe aujourd’hui dans la réserve une érablière mature où figurent de nombreux spécimens de plus de 300 ans, que les troncs au diamètre imposant rendent facilement reconnaissables. Jusqu’à ce que le territoire soit protégé, on y exploitait une cabane à sucre.

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© Simon Diotte

DES SPÉCIMENS À L’ABRI, MAIS POUR COMBIEN DE TEMPS ?

LA NAISSANCE DE L’ESTUAIRE MOYEN Le sentier débouche ensuite sur une plage, d’où on contemple la grève et l’estran rocheux. Ce littoral marin s’avère un habitat essentiel à la survie de plusieurs oiseaux, dont le canard noir, les bécasseaux et la grande oie des neiges. La végétation y est dominée par le scirpe d’Amérique, une plante aux puissantes racines qui protègent les berges de l’érosion des vagues et des glaces. La pointe aux Pins baigne dans une eau saumâtre, donc légèrement salée. On se situe ici aux débuts de l’estuaire moyen, un milieu de vie très riche du point de vue de la faune aquatique. Parmi les 203 espèces de poissons recensées dans le Saint-Laurent, 61 vivent en eau saumâtre, dont l’esturgeon noir, le plus gros poisson fréquentant nos eaux douces. Ce poisson sans écaille mesure jusqu’à 2 m de longueur.

Cette forêt refuge abrite aussi quelques noyers cendrés, un arbre en voie de disparition au Canada. Pour une rare fois dans l’histoire, ce n’est pas l’humain qui est responsable de son statut précaire, mais une maladie fongique, le chancre du noyer cendré. Ce champignon tue à coup sûr tous les arbres auxquels il s’attaque. Identifiables par leur écorce striée de sillons qui s’entrecroisent, les noyers cendrés de l’île aux Grues seraient actuellement épargnés par le chancre, mais pour combien de temps encore ?

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DE JOYEUX NAUFRAGÉS Avant, on ne trouvait aucun cerf de Virginie sur l’île aux Grues. Mais depuis quelques années, on les voit de plus en plus brouter sur l’île. D’où viennent-ils ? Selon les insulaires, ces nouveaux résidants seraient originaires de l’île voisine, la Grosse Île. Ils auraient fui les lieux lors d’une partie de chasse organisée par Parcs Canada en 2012 afin de contrôler un problème de surpopulation. Paniqués, ils auraient sauté dans les eaux froides du Saint-Laurent et nagé jusqu’à l’île aux Grues, où ils profitent maintenant d’un cadre enchanteur à l’abri des chasseurs. Plus prosaïquement, les cervidés auraient peut-être utilisé la banquise pour coloniser l’île. Peu importe leur provenance, ils sont désormais là pour y rester.

Simon Diotte est journaliste et rédacteur en chef du magazine Oxygène.


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école buissonnière

Les plongeurs

PLONGEUR OU BARBOTEUR ?

Les canards plongeurs, contrairement aux barboteurs, disparaissent complètement sous la surface de l’eau lorsqu’ils se nourrissent. Leur plongeon ne dure souvent que quelques secondes, mais ils peuvent rester sous l’eau jusqu’à deux minutes et plonger jusqu’à 10 m de profondeur. Leur disgracieuse démarche sur terre s’explique par leurs pattes situées vers l’arrière du corps. Cette physionomie de même que leurs pattes − plus larges que celles des canards barboteurs − les avantagent cependant lors des plongées. Leur envol est plus laborieux : ils doivent prendre leur élan en battant des ailes et en courant sur l’eau. Une quinzaine d’espèces de canards plongeurs nichent dans le sud du Québec. Plusieurs sont à leur aise dans les milieux marins, mais les espèces présentées ici vivent essentiellement en eau douce. Tout comme le canard branchu, quelques canards plongeurs font leur nid dans des arbres. Et plusieurs de ces espèces de canards dites arboricoles pratiquent une forme de coparentalité. En effet, les femelles du canard branchu, du garrot à œil d’or et du harle couronné pondent occasionnellement leurs œufs dans les nids d’autres canes de leur espèce, et parfois même d’une autre espèce. Quand ces couvées mixtes sont menées à terme, il en résulte des portées de canetons de plusieurs espèces conduites par leur mère adoptive. On n’est pas si loin de l’histoire du vilain petit canard...

© Claude Mireault / Québec couleur nature

par Virginie Angers

Identifier les canards

d’eau douce Ils font partie de notre folklore : le vilain petit canard d’Andersen, les sarcelles de Vigneault, les histoires de chasse à la sauvagine, sans oublier l’incontournable danse... Du ruisseau étroit à l’estuaire majestueux, les canards sont présents dans tous les types de cours d’eau. Certains occupent même des endroits fort improbables: les arbres. Bienvenue dans leur univers. COMME LA PLUPART DES OISEAUX, les canards présentent généralement un grand dimorphisme sexuel pendant la période de reproduction. Les mâles, plus colorés, se servent de leurs atours pour séduire les femelles alors que ces dernières, vêtues de tons de brun, passent inaperçues parmi les herbes, camouflant et protégeant ainsi leur couvée. Portez attention aux cris qui vous aideront lors de l’identification ; les sifflements, croassements et grognements dépassent bien souvent les coin-coin si familiers. Chez les canards, les portées sont imposantes : régulièrement plus de dix œufs. Cette grande productivité est nécessaire pour contrebalancer

une forte prédation des nids de la part des renards, moufettes, martres, loutres et ratons laveurs, qui s’en prennent aux œufs et aux canetons. Une fois les petits à l’eau, oiseaux de proie, brochets et tortues serpentines s’ajoutent à la liste. Les canards se catégorisent en deux grands groupes selon leur régime alimentaire et la manière dont ils cherchent leur pitance : les plongeurs et les barboteurs. Bien que plusieurs canards fréquentent l’eau salée, les espèces présentées ici vivent essentiellement en eau douce. La coloration du plumage des mâles est à son apogée du printemps jusqu’au milieu de l’été.  nature sauvage



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Aythya collaris

© Dreamstime

Fuligule à collier Le fuligule à collier a la tête et le dos foncés, aux reflets iridescents. Sa petite huppe donne à sa tête un aspect anguleux. Ses flancs sont pâles et une tache blanche pointe vers le haut, devant l’aile. Mais où se trouve donc le collier qui sert à le désigner ? Il s’agit en fait d’un anneau blanc situé à l’avant de son bec bleu, juste avant la pointe noire. Moins apparent, l’anneau est tout de même observable chez la cane, dont la tête est également anguleuse. On remarque aussi chez cette dernière, parée de tons de brun, un cercle blanc autour de l’œil. Bien qu’il soit un canard plongeur, ce fuligule ressemble davantage aux canards barboteurs par son régime alimentaire, son habitat et son comportement. Il se nourrit notamment de tubercules et de végétation submergée ainsi que d’invertébrés. Particulièrement associé aux forêts de conifères, il fréquente le plus souvent des petites étendues d’eau peu profondes. Il peut tout autant prendre son envol en bondissant directement hors de l’eau, comme les barboteurs, qu’en courant à sa surface.

Garrot à œil d’or

© Dreamstime

Judicieusement nommé en raison de la teinte dorée de son œil, c’est néanmoins grâce à la tache ronde et blanche entre l’œil et le bec, visible de loin, qu’on identifie à coup sûr le mâle de cette espèce. La femelle arbore une robe grisâtre, une tête d’un brun uni et un bec sombre. Ce garrot, principalement boréal, est connu pour sa parade nuptiale unique : le mâle courbe la tête vers l’arrière, bec au ciel, puis lance un cri rauque en ramenant ensuite brusquement la tête vers l’avant. En vol, l’oiseau peut dépasser les 60 km/h et ses ailes émettent un sifflement caractéristique.

Bucephala clangula

Lophodytes cucullatus

© Wikimedia Commons

Grand harle Le grand harle est l’un des plus grands canards d’Amérique du Nord, pesant jusqu’à 2 kg. Les mâles se particularisent par leur corps blanc, leur dos noir, leur tête vert foncé et leur long bec rouge. Le plumage de la femelle est gris pâle, et sa tête brun-roux arbore une petite huppe. Aux repas, le poisson est à l’honneur. La forte taille du grand harle lui permet des prises plus imposantes que celles de ses cousins : jeunes truites et jeunes saumons figurent parfois au menu. L’espèce est donc une habituée des grands lacs à l’eau claire et des rivières poissonneuses. Vous habitez près d’un plan d’eau et vous voulez augmenter vos chances d’observer les canards arboricoles, dont le grand harle ? Sachez que la plupart d’entre eux emménagent dans des nichoirs leur étant destinés.

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© Dreamstime

Harle couronné Il est bien dénommé, le harle couronné, vu sa grosse crête noire ornée d’une tache blanche triangulaire. Son dos foncé, sa poitrine parée de motifs noir et blanc ainsi que ses flancs brun-roux ajoutent à son port altier. La femelle, aux teintes gris-brun, porte elle aussi une huppe dont les plumes rousses sont si fines qu’on croirait des cheveux. L’espèce vit dans les régions forestières où elle fréquente les petits cours d’eau. Les harles étaient auparavant connus sous le nom de becs-scies du fait de la physionomie de leur bec allongé, muni de « dents » grâce auxquelles ils capturent efficacement leurs proies grouillantes : petits poissons, têtards, écrevisses, grenouilles, etc. Sous l’eau, le harle couronné chasse à vue. En plus d’avoir des yeux aux capacités réfractives, améliorant sa vision sous-marine, cet oiseau possède une paupière interne transparente qui protège ses yeux.


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école buissonnière

Identifier les canards

d’eau douce Les barboteurs Les barboteurs sont bien nommés. Ils se déplacent lentement et s’alimentent simplement en immergeant la tête et le haut du corps, laissant leur postérieur hors de l’eau, à la verticale, bien en vue. C’est dans cette position, peu élégante mais rigolote, qu’ils se nourrissent de tout ce qui leur passe sous le bec : herbes, vers, insectes, larves, petits mollusques, crustacés et amphibiens. La plupart des espèces s’aventurent aussi hors de l’eau, notamment pour aller glaner le grain dans les champs. En cas de danger, les barboteurs ont la capacité de s’envoler directement à la verticale, sans avoir à courir sur l’eau.

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© Richard Bartz

Canard colvert C’est l’image classique du canard, et pour cause : le colvert est l’espèce la plus commune tant ici qu’en Europe et en Asie, elle est peu farouche, et dans sa lignée se trouve l’ancêtre de la plupart des races domestiques. Sa tête vert brillant, son bec jaune et ses pattes orange foncé ne laissent pas le mâle passer inaperçu. La femelle, brunâtre, a aussi le bec orangé. Mâle, femelle et jeunes portent une barre iridescente bleu-violet bordée de blanc sur la partie antérieure des ailes : c’est ce qu’on appelle le miroir. Également connu sous le nom de malard, cet oiseau fréquente abondamment les mares et cours d’eau urbains. Le pain et les frites sont donc, occasionnellement, au menu. Son succès démographique s’explique d’ailleurs par sa grande capacité d’adaptation, tant en milieu naturel qu’en ville.

Canard noir

© Dreamstime

Le canard noir est l’exception qui confirme la règle : le plumage nuptial du mâle est semblable à celui de la femelle, tous deux arborant une livrée brun foncé et une tête plus pâle. La couleur du bec distingue les deux sexes : jaune chez le mâle, verdâtre chez la femelle. Des traits caractéristiques différencient la femelle du canard noir de celle du colvert : le miroir de la première espèce est liséré de noir et, en vol, une large tache blanche en dessous de l’aile fait contraste avec le reste du corps. Un individu présente à la fois des traits du colvert et du canard noir ? Vous n’avez pas la berlue : les deux espèces se croisent avec succès. Présent sur tout le territoire québécois, le canard noir se rencontre davantage que le colvert dans la forêt boréale.

Anas rubripes Le canard d’Amérique est très élégant : tache verte chatoyante qui s’étend derrière son œil, bande blanche qui orne son front et le dessus de sa tête, bec bleu pâle, poitrine qui prend souvent des teintes de mauve rosé. Les anglophones l’appellent parfois baldpate, en référence à la bande blanche qui fait penser à un crâne chauve. En vol, on le reconnaît par son ventre et le dessous de ses ailes qui sont blancs, comme la grande tache située juste devant le miroir. Les flancs de la cane sont plus roux que ceux des femelles des autres espèces, et son bec est bleu-gris à bout noir. Plus court que celui des autres barboteurs, ce bec permet au canard d’Amérique d’arracher les végétaux plus vigoureusement, ce qui fait de lui le plus végétarien des canards barboteurs.

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© Dreamstime

Canard d’Amérique


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© Claude Céré / Québec couleur nature

© iStockphoto

Canards colverts

Sarcelles à ailes bleues

Sarcelle d’hiver

© Dreamstime

Une tête cannelle, une tache vert émeraude qui s’étale de l’œil à la nuque, une bande blanche verticale qui précède l’aile, un corps gris finement strié, voilà la sarcelle d’hiver. Son miroir, pareillement présent chez la cane, est particulier puisque bicolore : vert dans la partie proche du corps, noir vers l’extérieur. C’est le plus petit barboteur des espèces nord-américaines, les plus frêles spécimens ne pesant que 200 g à l’âge adulte. Cette sarcelle recherche avant tout les zones très peu profondes des plans d’eau où elle récolte la vase avec son bec, filtrant à travers de fines lamelles les particules alimentaires dont elle se nourrit.

Anas crecca Sarcelle à ailes bleues

Anas discors Canard branchu

© Dreamstime

Le canard branchu est à la fois le plus coloré et le plus extravagant des canards de nos contrées : huppe verte, œil rouge, motif facial blanc, plumes du dessus de l’aile bleues et mauves. Même la femelle, malgré son plumage gris-brun plus terne, revêt des touches raffinées : tache blanche autour de l’œil et petite huppe. Pourquoi branchu ? Contrairement aux autres barboteurs qui nichent généralement au sol, le canard branchu établit son nid dans un arbre creux. Ses pattes sont d’ailleurs munies de solides griffes qui lui servent à s’accrocher à l’écorce des arbres. En raison de ses préférences de nidification, c’est le plus forestier des canards barboteurs.

Aix sponsa Virginie Angers possède une formation en génie forestier et un doctorat en biologie. Elle est lauréate de plusieurs concours de vulgarisation scientifique, dont celui de l’ACFAS.

© Dreamstime

Grâce à ses larges croissants blancs à la base du bec, la sarcelle à ailes bleues mâle se reconnaît de loin. C’est cependant en s’approchant, jumelles aidant, qu’on appréciera la finesse de ses traits : tête gris-bleu, bec bleu profond, délicates mouchetures noires sur son plumage brun. En vol, on distinguera le miroir vert et la partie avant de l’aile, bleutée. La femelle se démarque des autres espèces par la présence de blanc à la base de son bec bleu et son miroir bleu pâle. Très présente dans les prairies canadiennes, le palmipède s’observe notamment à proximité des milieux agricoles au Québec.


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saveur nature par Marie d’Amours

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MASQUE À LA FRAISE POUR LE VISAGE

Le fraisier des champs

> 100 g de fraises, bien lavées > 125 ml de yogourt nature > 15 ml de jus de citron

LE GENRE LATIN de l’espèce, Fragaria, signifie « fragrance », une allusion au doux parfum de la fraise. C’est surtout dans les champs qu’on cueille les fraises, quoique certains spéci-mens s’étalent aussi dans les sous-bois. Dès la fin de mai, on peut apercevoir sa fleur blanche, odorante, celle-là même qui produira plus tard un faux fruit, c’est-à-dire un réceptacle charnu et rouge (la fraise !), garni de petites graines, ou akènes, qui sont en fait les véritables fruits du plant.

Chili en 1710 de grosses fraises blanches qu’il trouva délicieuses. Il en rapporta quelques plants en France, mais tous moururent avant le printemps… tous sauf un. Il le planta dans un champ, où celui-ci fut fécondé par le pollen d’un petit fraisier des champs. Depuis, la fraise commerciale, produit du croisement de ces espèces, a volé la vedette à celle des champs, qui demande beaucoup plus de temps et de patience à cueillir… quoique sa saveur reste inégalée !

Les fraises cultivées ont fait leur apparition dès le XVIIIe siècle. Un militaire au nom prédestiné, le lieutenant Frézier, découvrit lors d’un voyage au

Toutes les parties du plant du fraisier sont médicinales. Les Amérindiens utilisaient les fruits et les feuilles, qui contiennent assez de vitamine C pour aider à prévenir le scorbut. Jadis, on donnait du jus de fraises comme antiseptique aux malades atteints de typhoïde. Avec le rhizome, on préparait un tonique pour redonner de l’énergie après un long hiver. Quand on a besoin d’un laxatif, c’est le fruit qu’il faut manger en grande quantité.

© Michel Leboeuf

Ce masque exfolie et réduit l’inflammation de la peau.

INGRÉDIENTS

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nature sauvage

© Marie d’Amours

Fragaria virginiana famille des rosacées fraisier de Virginie, fraisier sauvage, caperon, fraisier des vaches wild strawberry, Virginia strawberry



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PRÉPARATION



> Passer tous les ingrédients au mélangeur et broyer jusqu’à obtention d’une crème. > Laisser reposer 20 minutes avant d’appliquer sur le visage et le cou. > Laisser agir pendant 15 minutes. > Rincer.

Vous connaissez la confiture de fraises, la tarte, le shortcake, le sorbet aux fraises, mais avez-vous déjà fait un masque à la fraise ? Du fait de ses propriétés toniques, c’est tout indiqué !  Marie d’Amours est pharmacienne et auteure. Elle signe une collection intitulée Herboriste en herbe pour faire apprécier les plantes sauvages et en faire découvrir les surprenantes propriétés.


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Sur la piste de nos cervidés

Du jamais vu… DU JAMAIS LU !

ORIGNAL ◊ CERF DE VIRGINIE ◊ C ARIBOU Jacques Prescott . Jean Ferron . Joëlle Taillon

COLLECTION

Un livre qui saura plaire à la fois aux amants de la nature, aux étudiants en sciences naturelles et aux chasseurs d’expérience.

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Voici l’ouvrage le plus complet jamais écrit sur les cervidés du Québec. Rédigé par trois biologistes et chercheurs chevronnés – Jacques Prescott, Jean Ferron et Joëlle Taillon –, Sur la piste de nos cervidés est une mine de renseignements sur l’orignal, le cerf de Virginie et le caribou. L’ouvrage, abondamment illustré de croquis et de photos remarquables, traite de la biologie et du cycle de vie de ces grands mammifères, de leurs comportements, de leur écologie et de leur conservation.

Caribou

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Joëlle Taill

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FICH E SIGN

«C’est un magnifique livre. C’est une splendeur. »

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Rangifer taran

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Renne (en (anglais) eer,r, caribou eer ◊ Reind titut) u k (inuk tagnais) uttuk Tuttu ◊ T (innu-mon ◊ Atik w (cri) ◊ Atihk

Joël Le Bigot Samedi et rien d’autre Radio-Canada

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FICHE SIGNALÉTIQUE rginianus virginianus Odocoileus vir 84

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éfère plutôt au euil (qui rréfère Chevreuil Chevr eolus Capre Capreolus opéen, Capr européen, euil eur chevreuil chevr un plus a ooe deer en anglais, eolus, rroe capreolus, capr ieux Continent) Vieux petit cousin du V irginie Virginie euil de V Chevreuil ◊ Chevr ◊ Cariacou ◊ Whitetail ◊ White-tailed deer

Cerf Virginie

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« Un ouvrage qui va faire le bonheur de tous les amateurs de nature. Un ouvrage unique sur ces trois géants de nos bois. » Yanick Villedieu Les années lumière Radio-Canada

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Jean Ferron

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ervidés e s ccervidés amill e ddes FFamille oms utr e s nnoms AAutres

Élan Élan d’Amérique Orignac (en usage au XVIIe siècle, d’un mot basque signifiant cerf) Orignal d’Amérique Orignal de Sibérie Moose (de l’amérindien Mush – Moose ononcez mouche – qui signifie prononcez pr «mangeur de branches») ◊ Siberian moose

COLLECTION


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Magazine Nature sauvage - no 32 - Été 2016  

Extrait du magazine. Abonnez-vous à naturesauvage.ca.

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