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L'idéal d'une carte du monde est d'être sans le monde (Tout idéal d'une carte est d'être le contour d'une terre qui n'existe pas) L'idéal d'une étoile dans le ciel est d'être sans la nuit (Tout idéal d'une étoile est d'être la lumière au centre de la lumière) L'idéal d'un bâton dans le feu est d'être sans la main qui le tient (Tout idéal d'un bâton est d'être la main qui le brûle) L'idéal d'une aile est d'être sans oiseau (Tout idéal d'une aile est d'être le ciel qu'elle vole) L'idéal d'un soulier sur le chemin est d'être sans le chemin (Tout idéal d'un soulier est d'être le ciel qu'il ne chausse pas)


La poésie n'est pas une solution Aucune solution n'est une poésie Une pierre n'est pas un phénomène optique Aucun phénomène optique n'est une pierre Une chaise n'est pas un homme assis Aucun homme assis n'est une chaise Ce cerisier n'est pas un arbre Aucun arbre n'est un cerisier La neige n'est pas une lumière Aucune lumière n'est une neige La poésie n'est pas une solution Aucune solution n'est une poésie


Lorsque un homme se plaint que son cerisier est sans cerises le voleur se défend en trois points : 1- Je n'ai jamais vu de cerisier 2- Le cerisier était déjà sans cerise 3- J'ai laissé toutes les cerises sur le cerisier Lorsque un inconnu se plaint à un partisan de lui cacher son drapeau dans la montagne le partisan se défend en trois points 1-Je n'ai jamais vu la montagne 2-La montagne était sans drapeau 3- J'ai laissé tous les drapeaux sur la montagne Lorsque le photographe se plaint au marcheur de n'avoir pu photographier le sentier le marcheur se défend en trois points 1-Je n'ai jamais vu le sentier 2-La montagne était sans sentier 3- J'ai laissé tous les sentiers dans la montagne Lorsque le maître se plaint au disciple qu'il ne répond pas à sa question le disciple se défend en trois points 1-Je n'ai pas entendu de question 2-La question était sans réponse 3- J'ai laissé toutes les réponses dans la question Lorsque l'aigle se plaint que la terre ne lui rende pas son ombre la terre se défend en trois points : 1-Je n'ai jamais vu d'ombre 2-La lumière était sans ombre


3- J'ai laissÊ toutes les ombres dans la lumière de l'ombre


Les enfants morts continuent à grandir sous la terre Lentement avec des montres qu'ils font exploser ils poussent la terre dans nos mains Chaque jour on leur porte des bouquets de miroirs pour qu'ils se regardent parler à coups de fleurs et de fontaines La lumière lave la voix de toutes les ombres La lumière n'est pas la lumière La lumière n'a jamais été complètement la lumière Les ombres se ressemblent en un seul point lorsqu’il fait soleil comme une preuve de ce qui n’existe pas


Je ferme la porte à clef car elle prend l'habitude de l'infini de son ouverture entrebâillée Je connais les araignées et les fourmis logiques les souliers de papiers Je connais le revolver des mouches Toute voix est une boule dans la bouche Quand on l'entend on inverse ses oreilles pour voir l'enfant que nous avons dedans Mourir sans se retirer de la mort c'est faire un enfant dans la terre Je connais les vélos qui passent sans personne Je connais les bêtes lentes et les anges des petits galops Je connais les fleurs qui donnent l'heure aux horloges Celui qui chante fait toujours pousser une tête rouge au-dessus de la tête des morts


Une dernière fois un aimant boit une mouche Nous arrachons les rires de nos visages puis nous les lavons avec de la terre Il ne nous reste qu'une ombre de joie sur le visage Le sourire est sous le rire et ce qui nous rit n'a pas de mort ni de vie ni de dessus ni de dessous Le sourire est le pardon en nous de ce qui nous rit plus haut et plus bas que nous Un saint est un homme qui pardonne à Dieu dit le sage de la montagne Un homme reste un homme quand il ne pardonne pas à un homme de rester un homme Le rire et le sourire ne se ressemblent pas


Une fougère descend lentement dans une autre fougère Les gestes qu'elle fait font une tache verte sur la table puis elle laisse par transparence son squelette devant le feu Je la partage comme un papier Je la déshabille Je la peigne Je lui dis : Ma sœur je te parle je te tutoie Dans le double de moi sa colonne vertébrale me partage Je lui dis Je te recolle devant le feu Le ciel fait un frottement d'ailes et de vent Dans la nuit noire sur une table de marbre noir une fourmi noire Dieu ne la voit pas Dieu est tout noir


Le pêcheur qui garde la mer pétrit les morts jusqu'à la paupière des vivants puis passe du singulier au pluriel sans changer la direction du chemin ni l'eau de la fontaine On a une bouche sans langue qui réunit dans un baiser ce que la parole a séparé Où habites-tu ? Dans quelle hiérarchie de lézards et de chiens prépares-tu le feu ? Je change le calendrier de la clarté Je place trente dimanches dans une nuit Tous les jours ma grand-mère lave le soleil dans la rivière Mon grand-père ouvre une valise de papillons pour déménager les morts


Et ma main commence à mourir avant moi en essayant de déchirer en morceaux précis un verre d'eau froide Le silence qui vide la barque n'existe pas sur le lac comme la circonstance d'une lumière ferme son poing sur mon poing à côté de l'image d'une mère qui accouche son enfant par la bouche en chantant Quelquefois je me peuple d'une extrémité quand la nuit me soutient comme un malade ou un néon de pierre verte Au bout de la table un homme que je ne connais pas ferme son couteau pour dire que le repas est fini


Il ne faut pas acheter de bâton quand on peut le couper dans l'arbre soucieux de l'équilibre (B.VII) Il ne faut jamais dire arbre je ne te prendrai pas de tes bâtons dans ton déséquilibre (B.VIII) Le bâton a deux oreilles et le chemin un seul oeil pour faire l'échelle pour faire la croix et le zéro et le deux et le huit comme l'infini debout (B.IX) Qui craint le chemin ne fera pas un l'arc quand la flèche impose sa priorité courbe (B.X)


Ma mère regardait un enfant traire une chienne sur la table dans des bols rempli de fumée Ma mère disait "Quand les vivants meurent de travers le silence ramasse Dieu et le jette dans la poubelle avec les os d'un homme mort au hasard au milieu de sa mort" Ma mère pensait que le Cinq était plus grand que le Sept car les Cinq mois du soleil nourrissent les Sept mois de l'hiver Ma mère savait que le Trois était plus petit que le Un car la photo de mon père sur le mur nous portait ensemble sur ses épaules et qu'à lui seul il tenait toute la photo Ma mère disaitque Dieu est un orphelin de Dieu qui laisse toujours ses lèvres marquées en rouge dans le baiser des miroirs qui nous regardent sans jamais nous réfléchir Ma mère est morte toute droite et le silence n'a plus rien à ramasser et Dieu non plus qui sort infiniment par la porte comme un homme pour balayer sa propre poussière Quand les chiffres coulent du vin ils font des taches de nombre sur la terre


Petit récital pour Arlette