Page 1

ONU-UNO CHILDREN SONG

et nous ne voulons pas être des hommes car nous ne sommes pas de la race des hommes et nous avons choisi un chien pour frère dans la rue mais nous n'avons pas choisi nos pères ni nos mères et nous ne voulons pas qu'on nous dise vous car nous sommes seul parmi eux et parmi elles et parmi nous et parmi vous et nous savons que le rêve est un travail du Haut et que le jeu est un travail du Bas et n'avons plus de nom et nous n'avons pas de sexe et nous connaissons l'oiseau

1


qui n'a qu'une aile et qui vole plus loin que le vol et nous sommes des pilleurs de nids et nous sommes des pilleurs de viande et nous ne mangeons que les fruits que nous volons dans les arbres et nous plantons des arbres pas encore né des arbres et nous sommes l'entrée de la maison et nous sommes le toit de la maison et nous sommes la porte de la porte et nous sommes la table qui mange la table où rotent le pain et le vin et nous avons des armes dans les yeux pour aimer nos mères et nous savons que nous sommes les filles de nos filles mises enceintes par les pierres et nous savons que nous sommes les fils de nos fils dans les frondes et les tambours et

2


nous sommes la nuit du jour et nous sommes le jour de la nuit et nous sommes les deux pieds de la bouche qui écartent vos bouches et nous sommes le cheval et le tigre et nous sommes le serpent et le loup et vous nous avez noyé dans la boue devant deux milliards de photographes et nous sommes l'eau qui va noyer cette eau et nous sommes le feu qui brûle le feu dans le nuage jusqu'au scorpion de l'orage et nous sommes la terre qui enterre la Terre sans morts et sans terre et nous respirons du pain d'essence et de la fumée d'échappement de camion et

3


nous sommes l'air qui respire l'air dans la narine des bêtes et nous sommes les pères de nos pères et nous sommes les mères de nos mères et nous sommes le pain qui partage le pain dans l'étoile et le trou noir et nous sommes des vieillards plus vieux que la vieillesse qui vous vieillit la tête et nous sommes des fleurs vertes au crane rasé sur les grillages des frontières et nous sommes le sang qui boit le sang et la barque qui invente l'île au centre de la mer infante et nous avons créé dieu et les singes et le cimetière de dieu et le cimetière des singes

4


et nous sommes le lit qui réveille le sommeil car les rêves sont debout et nous avons le droit de mourir en pleine vie sans dieu sans homme et sans singes et nous savons que le soleil est noir et nous cherchons l'or à plat ventre dans les mines et nous trions le charbon avec des pelles de mer et des poubelles et nous respirons de la colle et nous respirons du ciment et l'on nous découpe la peau pour qu'on trahisse nos frères cachés sous des masques et nous sommes morts avant d'avoir vendu leurs langues et nous sommes morts avant d'avoir dessiné leurs cadastres et nous sommes sans lèvres et sans dents pour défigurer

5


le silence et l'on nous découpe le visage à coups de glaces pour que nous ressemblions à la mort et nous portons notre mort à bout de bras comme une tête ou une pomme et nous savons le nom d'une maison incrée qui court plus vite que nos courses et nous cachons les fleurs qui choisissent les croix et nous plantons des miroirs qui répettent les livres et qui les trouent au centre de leurs titres et nous téléphonons au hasard des prières qui ne prient pas dans les téléphones oubliés du Monde et nous cassons les abris de verre dans les cités qui attendent les métaphores et les motos et nous sculptons dans l'exil tous les visages du vide et nous serrons un infini dans la main gauche et une Eternité dans la main droite et nous naissons sous le viol d'un taureaux et d'un homme et nous avançons sans nous voir et

6


nous sommes le serment et l'étoile et l'on trempe nos mains dans l'eau bouillante pour tisser de la soie et nous sommes l'oubli qui s'éprend de son chant de futur et de fouet ou de langues et l'on nous vend dans les orphelinats les yeux pleins de seringues et de sida et l'on place des lunes écartées entre nos jambes et nous sommes le vide qui s'échappe du plein en devenant visible et nous faisons des trous dans le ciel en labourant les nuages à coups de cerfs-volants et d'avions et nous sommes le liquide des morts et nous pouvons voir dans la nuit sans additionner les jours ou les lumières car le jour que nous voyons n'appartient pas au jour et nous construisons le vent avec du roseau et des cordes et nous dirigeons un orchestre de fer avec des flutes prises dans les squelettes des soldats et

7


la nuit que nous voyons est un oeuf noir sur le monde accroupi comme un oiseau de ferme et de pétrole et nous sommes un coup de couteau rouge dans la neige rouge et nous sommes le passé et l'avenir des présents de nous-mêmes et nous nous transmettons des jeux entre nous depuis cent mille ans et nous nous reconnaissons dans la foule en nous faisant des signes et nous poussons un ballon à forme de Monde à coups de pieds dans les rectangles des journaux et l'on nous fait marcher devant avec les chiens de laisse parceque nous sommes plus légers que les chars de combat et nous mourrons avec un passeport pour les nuages et nous avons des baisers immobiles et des paroles qui font reculer les mots et nous laissons des traces plus grandes que nos pieds sans pieds et sans chaussures et nous berçons des poupées à fragmentation dans les herbes et nous sommes le Zero

8


et nous sommes le Un et nous sommes le Trois et nous sommes l'habitude nouvelle du rire et nous sommes le dehors assis en tailleur qui fume une mer absolue et nous inventons l'extrémité des centres et nous perdons les cercles en les jettant dans le vide et nous sommes le premier mot qui fait un anus dans la bouche de ce qu'il dit et nous aidons le secret à devenir une place publique et nous éprouvons l'Eternité en effaçant nos jeux dans ses serpents et nous effaçons nos yeux pour entendre à la façon des aveugles et nous faisons mentir les miroirs en renvoyant tous les couloirs de leur lumière et nous jouons dans l'air avec des os de porc et

9


nous tenons des jouets à répétition braqués sur le monde et nous élevons des rats qui nous remplacent pour suive les joueurs de guitares et de fusils et nous avons des souvenirs dans le futur qui travaillent les étoiles puis qui les font exploser dans la nuit et nous sommes la cendre qui sépare la fumée de la terre et nous sommes la fumée qui sépare la cendre du feu et nous embrassons l'eau et nous embrassons le feu et nous savons parler avec les morts car nous jouons avec la terre et nous sommes plus seuls que les chiffres car nous sommes le nombre qui les unit et nous ne sommes pas la propriété de nos mères et nous ne sommes pas la maison de nos pères et nous avons le droit

10


au vol pour redistribuer ce que vous avez volé et le droit à mentir pour raconter ce qui vient et trahir vos mensonges et le droit à brûler vos feux pour adorer les feu que vous avez éteint et le droit au nuage et au raz-de-marée et le droit à la mouche et à la sphère et le droit à Midi qui creuse la lumière et nous n'appartenons à personne et nous nous appelons Personne et l'on nous force à arracher nos drapeaux sur les poteaux électriques et l'on déporte nos yeux dans tous les vélodromes de l'hiver et dans un jardin de Jetsémanie on nous met des masques sous les bombes et l'on nous déplace dans le feu pour éteindre nos races et l'on mutile nos mains ouvertes pour mendier devant des yeux fermées et un père noël noir

11


nous gaze dans une montagne kurde et on cherche encore parmi nous le premier né dans chaque chambre pour le tuer et nous ne voulons pas être des hommes car nous ne sommes pas de la race des hommes et nous avons choisi un chien pour frère dans la rue mais nous n'avons pas choisi nos pères ni nos mères et nous ne voulons pas qu'on nous dise vous car nous sommes seul parmi eux et parmi elles et parmi nous et parmi vous et nous savons que le rêve est un travail du bas et que le jeu est un travail du haut et n'avons plus de nom

12


et nous n'avons pas de sexe et nous connaissons l'oiseau qui n'a qu'une aile et qui vole plus loin que le vol et nous sommes la Table où rotent le pain et le vin et nous sommes les deux pieds de la bouche qui écarte vos bouches et nous sommes les pères de nos pères et nous sommes les mères de nos mères et l'on nous tranche le visage à coups de glaces pour que nous ressemblions à la mort et nous portons notre mort à bout de bras comme une tête ou une pomme et on cherche encore parmi nous le premier né dans chaque chambre pour le tuer

13


ONU 2002  

Poèmes de Serge Pey

Advertisement
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you