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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs


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Risto Santala

Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs


Titre original en anglais: The Messiah in the New Testament in the Light of Rabbinical Writings Editions Keren Ahvah Meshihit, Jérusalem © 1992 by Risto Santala

Les textes bibliques sont tirés de la version Segond 21 http://www.universdelabible.net La transcription des mots hébreux et grecs reproduit de façon générale celle proposée par l’auteur.

© et édition: Ourania, 2009 Case postale 128, CH-1032 Romanel-sur-Lausanne E-mail: info@ourania.ch Internet: http://www.ourania.ch )3".ÏDITIONIMPRIMÏE     ISBN FORMATEPUB     I3".FORMATPDF    


Table des matières

Introduction ..........................................................

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1. La fiabilité du Nouveau Testament ....................... 2. Jean-Baptiste, héraut du Messie ........................... 3. La naissance de Jésus ........................................ 4. Le ministère public de Jésus ................................. 5. Essais sur la vie de Jésus .................................... 6. L’enseignement de Jésus ..................................... 7. Les souffrances de Jésus ...................................... 8. Jésus et les derniers jours .................................... 9. Que dire? .........................................................

13 69 77 137 157 199 249 303 321

Bibliographie .........................................................

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Chapitre 3

La naissance de Jésus

Le fait que les Evangiles brossent des tableaux légèrement différents les uns des autres ne devrait pas nous poser problème, puisqu’ils décrivent chacun une partie seulement d’une série plus importante d’événements. Par ailleurs, chaque auteur s’exprime d’un point de vue particulier: s Matthieu écrit en tant que juif s’adressant à d’autres Juifs, et il utilise dans son argumentation des méthodes familières aux érudits juifs. s Marc s’adresse essentiellement à des non-Juifs, et il s’appuie sur les miracles et le ministère de Jésus pour attester qu’il est le Messie et le Fils de Dieu. s Luc, le seul auteur non juif du Nouveau Testament, s’intéresse plus particulièrement à Jésus en tant que Sauveur du monde, un Sauveur qui réconforte les pauvres et va chercher les perdus. s Jean présente Jésus à ses contemporains grecs comme le logos devenu homme, la parole de Dieu incarnée. Pour lui, Jésus est «le chemin, la vérité et la vie», «la lumière du monde» et «le Fils unique» de Dieu.

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs Qui est cet homme, capable de transformer le cœur et la vie de ceux qui croient en lui? Les Evangiles tentent d’apporter une réponse à cette question. Ils voient en lui le Messie promis dans l’Ancien Testament, dont la mort expiatoire et la résurrection concernent à la fois Israël et le monde entier. C’est la raison pour laquelle ils s’intéressent avant tout à sa personne, à sa naissance, à ses souffrances, à sa mort et à sa résurrection. Le lecteur est ensuite libre de décider si tout cela s’accorde avec les prophéties de l’Ancien Testament. Les sources juives les plus anciennes et les moins censurées décrivent le Messie sous des traits quelque peu ésotériques, «supra-historiques», qui rappellent l’enseignement du Nouveau Testament. s Ses origines remontent à des temps anciens, à une époque lointaine, avant même que le soleil, la lune et les étoiles existent; il existait avant la création. s C’est l’esprit du Messie qui plane au-dessus de l’eau, dans le récit de la création (Genèse 1.2). s Dieu a tout d’abord créé «la lumière du Messie». s Le Messie était dans le jardin d’Eden où il a établi sa nouvelle Torah et a prié pour les siens. Il a promis d’expier leurs péchés et de porter leurs souffrances. s Il doit naître du Saint-Esprit, d’un «utérus fermé», et par lui, Dieu «engloutira la mort». s Il est assis à la droite de Dieu comme champion et intercesseur en faveur d’Israël.1

1 Voir Risto Santala, The Messiah in the Old Testament in the Light of Rabbinical Writings

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La naissance de Jésus Ces caractéristiques correspondent-elles à l’image qui est donnée de Jésus dans le Nouveau Testament? Les Evangiles consacrent une partie de leur narration aux circonstances de la naissance de Jésus. Seul Marc passe par-dessus cette période et commence son récit avec le ministère de Jean-Baptiste. Si, comme supposé, il a connaissance des premières ébauches de Matthieu et de l’Evangile de Luc le médecin, nous pouvons aisément comprendre ce silence. Il «s’explique» sur cette omission en débutant par ces mots: «Voici le commencement de l’Evangile de JésusChrist, Fils de Dieu» (Marc 1.1). Jean lui aussi, disposant du travail de ses collègues, traite de façon totalement particulière la naissance de Jésus. Il insère une petichta, c’està-dire une «ouverture» typique de la littérature midrashique, qui contient en essence toute la thématique de son Evangile, comme une petichta doit le faire. Il explique comment le logos – la «parole», la mimra de Dieu – est devenu homme. Ainsi, Jésus, «Dieu le Fils unique», incarne la vie, la lumière, la gloire, la grâce et la vérité. Seuls Matthieu et Luc présentent la naissance de Jésus de façon relativement détaillée. Tous deux évoquent sa naissance miraculeuse, survenue avec l’assistance du Saint-Esprit, et soulignent son appartenance à la lignée de David par le biais de généalogies, Matthieu exploitant celle de Joseph, le père de Jésus aux yeux de la loi, et Luc celle de Marie, sa mère. Matthieu est le seul à mentionner «l’étoile messianique», les mages venus de l’est et les cadeaux apportés à l’enfant Jésus, faits auxquels les Juifs pouvaient accorder une certaine importance. Luc s’appuie probablement sur ses entretiens avec Marie pour décrire les événements liés à la naissance et à 79


Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs l’enfance de Jésus. Il n’y a aucun besoin d’harmoniser ou de «désharmoniser» les Evangiles; ils présentent les événements chacun selon leur point de vue et recourent aux procédés habituels dans l’enregistrement de rapports historiques.

Jean: Jésus, commencement de la création La structure de l’Evangile de Jean est différente de celle des trois autres Evangiles. Alors que Matthieu, Marc et Luc se concentrent sur la dernière année de ministère de Jésus pour en faire un portrait en forme de mosaïque, Jean décrit l’ensemble de l’activité de Jésus comme on peindrait un paysage à grands coups de brosse. Les éléments qui constituent ses cinq premiers chapitres sont absents des autres Evangiles, et la même remarque vaut pour une grande partie de la suite de son récit. Il présente tous les événements avec la précision d’un témoin oculaire, n’évoquant que des épisodes auxquels il a effectivement participé. Par ailleurs, il livre des détails d’ordre géographique, nécessaires à des lecteurs installés hors de la région d’Israël, ainsi que des précisions sur les coutumes et lois juives qu’un étranger aurait peine à comprendre.2 Jean s’exprime dans un grec plutôt bon, même si la syntaxe est quelque peu sémitique, ce qui permet de supposer une formulation originale en araméen. Tous ces facteurs vont dans le sens d’une rédaction précoce de l’Evangile. Toutefois, dès le prologue, Jean introduit des éléments qui ont amené les commentateurs à suspecter une influence gnostique, plus tardive. La suspicion est si forte, chez certains, que dans son Introduction to the New Testament 2

Jean 7.19, 23, 49; 9.17, 22; 16.2; 19.7; etc.

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La naissance de Jésus le professeur finlandais Rafael Gyllenberg, par exemple, va jusqu’à situer l’Evangile de Jean après les Evangiles apocryphes; dans son Exposition and teaching of the Bible, il le place après les lettres de Paul et l’épître aux Hébreux. A ses yeux, Jean présente une «énigme chrétienne ancienne». En 1964, j’ai eu une conversation avec le philosophe juif Martin Buber au sujet de l’Evangile de Jean. Il a affirmé que dans cet Evangile il n’entendait pas «la même voix que dans les autres Evangiles». Lorsque j’ai fait allusion aux manuscrits de la mer Morte qui attestent son arrière-plan juif, il a répondu: «C’est certainement vrai, mais vous devez comprendre que mon oreille constitue mon seul critère.» Si aujourd’hui on accepte plus facilement l’authenticité et l’ancienneté de l’Evangile de Jean, c’est peut-être parce que les critiques ne sont plus à la seule merci de leur «oreille».

Jésus la Parole Le prologue de l’Evangile de Jean fait pendant aux chapitres 20 et 21 où l’on peut lire que ces événements «ont été décrits afin que vous croyiez que Jésus est le Messie, le Fils de Dieu, et qu’en croyant vous ayez la vie en son nom» (Jean 20.31) et que, si tout avait été écrit, «je ne pense pas que le monde entier pourrait contenir les livres qu’on écrirait» (Jean 21.25). Le prologue présente Jésus comme le logos, la Parole créatrice de Dieu qui est à l’origine de toute existence, le Christus Veritas fait homme, le véritable Messie. Il est vrai que le mot logos n’apparaît que dans cette introduction. Alors responsable de l’Eglise d’Ephèse, Jean semble avoir fait un pas en direction des penseurs grecs qui étaient ses contemporains et qui considéraient la gnose philosophique ou «connaissance» du Divin comme la question la plus importante. 81


Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs Il souhaitait démontrer que «la vie, la mort et la résurrection de Christ», des événements qui font partie de l’histoire, «constituent la révélation de lui-même du Dieu éternel: la réalité éternelle se manifeste dans des événements temporels»3. Le «récit de la naissance de Jésus» proposé par l’Evangile de Jean dépeint Jésus comme le début de la création, et ce d’une manière qui rappelle les manuscrits de la mer Morte. Ces documents littéraires découverts dans les grottes de Qumran dès 1947 renferment les interprétations des Ecritures effectuées vers 100 av. J.-C. par les esséniens, une secte essentiellement composée d’anciens prêtres. J’ai eu la possibilité d’étudier ces manuscrits lors de séminaires du professeur David Flusser. Ils fournissent de nouveaux parallèles intéressants à l’Evangile de Jean et à certaines lettres de Paul. Au commencement, la Parole existait déjà. La Parole était avec Dieu et la Parole était Dieu. Elle était au commencement avec Dieu. Tout a été fait par elle et rien de ce qui a été fait n’a été fait sans elle. Jean 1.1-3 Les manuscrits de Qumran dévoilent une perspective étonnamment proche, avec le même type de construction stylistique. Car c’est à Dieu qu’appartient la justification, et de sa main vient la perfection de la voie. Et par son intelligence tout a été amené à l’être, et tout être, par sa pensée, il l’affermit; et sans lui rien ne se fait. 1QS 11.10-114 3

William Temple, Readings in St John’s Gospel, introduction p. 23 Manuel de discipline ou Règle de la communauté, Megilath ha-Serachim 4

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La naissance de Jésus Du Dieu des connaissances (provient) tout ce qui est et sera; et, avant que (les êtres) ne fussent, il a établi tout leur plan, et, lorsqu’ils sont, c’est d’après leurs statuts, conformément à son plan glorieux, qu’ils accomplissent leur tâche, sans y rien changer. 1QS 3.15-16 Dans la main du Prince des lumières est l’empire sur tous les fils de justice: dans des voies de lumière ils marchent; et dans la main de l’Ange des ténèbres est tout l’empire sur les fils de perversion et dans des voies de ténèbres ils marchent. 1QS 3.20-21 Et conformément à ton plan glorieux, et par la sagesse de ta connaissance, tu as fondé leur statut avant qu’ils ne fussent; et par l’ordre de ta volonté tout est venu à l’être, et en dehors de toi rien ne se fait. 1QH 1.19-205 Lorsqu’on sait que Jean a exercé un ministère à Ephèse, il est intéressant de lire dans la lettre de Paul aux Ephésiens des allusions au même thème de la création en Christ: En lui, Dieu nous a choisis avant la création du monde… pour que nous célébrions la gloire de sa grâce. Ephésiens 1.4, 6

5 Rouleau des hymnes, Hôdayôth, dans le magnifique et stimulant chapitre d’ouverture

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs [Christ est] au-dessus de toute domination, de toute autorité, de toute puissance, de toute souveraineté… Il a tout mis sous ses pieds. Ephésiens 1.21, 22 La lettre aux Colossiens, souvent considérée comme la jumelle de celle aux Ephésiens, vient compléter encore plus clairement la conception johannique: En effet, c’est en lui que tout a été créé dans le ciel et sur la terre, le visible et l’invisible, trônes, souverainetés, dominations, autorités. Tout a été créé par lui et pour lui. Il existe avant toutes choses et tout subsiste en lui. Colossiens 1.16-17 Le même genre de propos apparaît aussi dans la lettre de Paul aux Corinthiens, à propos du Père et du Fils: Il n’y a qu’un seul Dieu, le Père, de qui viennent toutes choses et pour qui nous vivons, et un seul Seigneur, JésusChrist, par qui tout existe et par qui nous vivons. 1 Corinthiens 8.6 L’Apocalypse affirme, quant à elle: Tu es digne, notre Seigneur et notre Dieu, toi le Saint, de recevoir la gloire, l’honneur et la puissance, car tu as créé toutes choses et c’est par ta volonté qu’elles ont été créées et qu’elles existent. Apocalypse 4.11

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La naissance de Jésus Le début de la lettre aux Hébreux rappelle le style de Jean. La comparaison sera plus simple à établir si je cite un passage issu des versets 2 et 3: Dieu, dans ces jours qui sont les derniers, nous a parlé par le Fils. Il l’a établi héritier de toute chose et c’est par lui aussi qu’il a créé l’univers. Le Fils est le reflet de sa gloire et l’expression de sa personne6, il soutient tout par sa parole puissante. Hébreux 1.2-3 Il est surprenant que, pendant de longues années, les théologiens aient été aveugles au point de ne pas remarquer l’arrière-plan juif du prologue de Jean, aussi bien dans le Nouveau Testament qu’en dehors. Comme déjà dit, ses premiers mots rappellent une «ouverture» midrashique, petichta en araméen. Les Juifs en connaissent la forme par la bénédiction qu’ils prononcent quotidiennement pour sanctifier l’eau consommée en dehors des repas: «Béni sois tu, ô roi de l’univers. Tout a été fait par sa parole» (hakkôl nihyah bidvarô). Tout Juif connaît cette prière par cœur. Elle se trouve dans le livre de prières, le Siddur, et dans la Mishna. Toutefois, le point de départ le plus naturel réside dans le concept de mimra, prisé des paraphrases araméennes de l’Ancien Testament. Alors qu’il figure 596 fois dans ces targums, il n’est jamais employé dans le Talmud. C’est l���exact équivalent du mot logos. Lorsque l’interprétation chrétienne du logos a commencé à se propager, les rabbins ont évité d’employer son correspondant araméen, le bannissant de leurs écrits. 6

En latin imago Dei, en hébreu tselem Elohim

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs La mimra, la parole créatrice de Dieu, existait avant la création. A propos de Deutéronome 33.27 – «Le Dieu d’éternité est un refuge; sous ses bras éternels est un abri» – le Targum d’Onkelos, qui est le seul officiellement reconnu par la Synagogue, déclare que «ces ‘bras éternels’ sont la mimra, par laquelle le monde a été créé». L’homme lui-même a été créé par la mimra. Dans mon étude sur le Messie dans l’Ancien Testament7, qui fournit un exposé détaillé des discussions rabbiniques liées à la mimra, à Metatron et à l’ange de l’Eternel, il apparaît que ces concepts sont souvent identifiés au Messie. Pour le philosophe juif Philon, le logos désigne «le représentant de Dieu, son envoyé et son ange, qui agit en tant que grandprêtre et prie devant Dieu pour Israël et pour le monde».8 La mimra est aussi souvent assimilée à Dieu. Dans les targums, s Jacob promet qu’elle sera son Dieu s’il est protégé dans son voyage; s c’est à travers elle qu’Abraham est justifié; s Moïse lui adresse des prières; s la semence d’Israël est justifiée et doit être délivrée à travers elle; s enfin, comme nous l’avons vu, le monde a été créé par son intermédiaire. Toute la théologie du logos semble liée à cette ancienne interprétation juive. Cela signifie que Jean reflète la pensée juive plutôt que la pensée grecque. 7

Risto Santala, The Messiah in the Old Testament in the Light of Rabbinical Writings 8 Gottlieb Klein, Bidrag till Israels Religionshistoria, 1898, p. 88

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La naissance de Jésus Les Juifs de l’époque de Jésus avaient une grande estime pour le livre d’Hénoc, que l’on date du 1er siècle av. J.-C. En le lisant, nous découvrons ceci: A cette heure ce Fils d’homme fut appelé auprès du Seigneur des Esprits, et son nom (fut prononcé) en présence du Principe des jours. Avant que soient créés le soleil et les signes, avant que les astres du ciel soient faits, son nom a été proclamé par-devant le Seigneur des Esprits… Il sera la lumière des nations… C’est pour cela qu’il est devenu l’Elu et celui qui a été caché par-devant lui dès avant la création du monde et jusqu’à l’avènement du siècle. 1 Hénoc 48.2-3, 4, 6 L’explication rabbinique de la préexistence du Messie et de ses origines antérieures à la création dans les discussions relatives à Michée 5.1 et au Psaume 72.17 s’appuie en partie sur le livre d’Hénoc. L’histoire ne débute pas avec le récit de la création. Genèse 1.1 utilise le mot reshîth pour désigner le «commencement». Le logos, la parole créatrice de Dieu ou mimra, existait bien avant cela. D’après Jean, Christ est le commencement du commencement: tout a été fait par lui. Le mot reshîth vient de rôsh, «tête». La lettre de Paul aux Colossiens s’appuie probablement sur ce double sens: Le Fils est l’image du Dieu invisible, le premier-né de toute la création… Il est la tête du corps qu’est l’Eglise; il est le commencement, le premier-né d’entre les morts. Colossiens 1.15, 18 87


Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs Le caractère de petichta du prologue de l’Evangile de Jean est encore souligné par la façon dont il mentionne les éléments qui seront développés dans le reste du livre. Dans ces 18 versets d’introduction, Jésus est présenté à plusieurs reprises comme le Fils unique de Dieu, la vie, la vraie lumière, la gloire, la grâce et la vérité. La signification exacte du mot grec monogenês (employé en Jean 1.18) est «seul engendré» ou «unique». Le symbole de Nicée-Constantinople affirme que Jésus est «engendré du Père avant tous les siècles» et que «par le Saint-Esprit il s’est incarné de la Vierge Marie, et s’est fait homme». C’est intentionnellement que je me suis attardé sur le problème de la préexistence de Jésus. Aucun autre Juif n’a osé prétendre, comme le fait ce charpentier trentenaire venu de Nazareth: Avant qu’Abraham soit né, je suis. Jean 8.58 Dans la prière sacerdotale, il demande: Maintenant, Père, révèle toi-même ma gloire auprès de toi en me donnant la gloire que j’avais auprès de toi avant que le monde existe… la gloire que tu m’as donnée parce que tu m’as aimé avant la création du monde. Jean 17.5, 24 L’emploi de l’expression «Fils de l’homme» par Jésus pour se désigner lui-même – qui revient pas moins de 84 fois dans les Evangiles – est une manière d’affirmer, pour reprendre les mots de Daniel, que… 88


La naissance de Jésus sa domination est une domination éternelle qui ne cessera pas. Daniel 7.14 Il rappelle aussi l’abaissement qu’a impliqué son incarnation. Dans les Evangiles, le mot «Seigneur» est appliqué 58 fois à Jésus, le mot «Christ» (ou son équivalent, «Messie») 55 fois, «Fils» 32 fois, «roi» 25 fois, «Fils de Dieu» 19 fois et «Fils de David» 9 fois. Luc est le seul à employer – dans 6 versets – le mot grec epistatês, traduit par «Maître», qui vient du verbe ephistamai, «se tenir auprès de». Il évoque le rôle du professeur qui se tient aux côtés de son élève pour l’encourager.9 Cette profusion de titres témoigne de la majesté de Jésus.

Jésus la vie Il vaut encore la peine de considérer le message de la petichta de Jean tel que des Juifs peuvent le percevoir. L’étroite association de Jésus à «la vie» est particulièrement audacieuse. Jean emploie ce mot 40 fois, en accord avec le livre des Actes qui appelle Jésus «le Prince de la vie» (Actes 3.15): il souligne que… s en lui se trouve la vie (Jean 1.4; 3.15, 36; 5.24; 10.10; etc.); s il est le «pain de la vie» (Jean 6.35, 48); s il est «la résurrection et la vie» (Jean 11.25); s il est «le chemin, la vérité et la vie» (Jean 14.6).

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Luc 5.5; 8.24, 45; 9.33, 49; 17.13

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs Gottlieb Klein, ancien grand rabbin de Stockholm, a pensé que cette dernière expression était une référence cryptée. Il écrit qu’à l’époque de Jésus on s’intéressait beaucoup à la gématrie, méthode qui consiste à additionner la valeur numérique des lettres et des phrases et à en tirer des conclusions. Elle tire son origine d’une affirmation du livre apocryphe (deutérocanonique) appelé Sagesse de Salomon (11.20), que l’on peut dater au plus tôt du 2e siècle av. J.-C. en Egypte: «Tu as tout disposé avec mesure, nombre et poids.» Voici le raisonnement de Klein: Le mot hébreu pour «amour» est ahavah. La valeur numérique de ses lettres étant 1, 5, 2 et 5, on obtient un total de 13. Le mot «un», echad (1, 8, 4), a la même valeur. On a considéré que ahavah, l’amour, renvoie à celui qui est un, c’est-à-dire à Dieu. Les initiales des mots emet, «vérité», chayyim, «vie» et derekh, «chemin», forment aussi le mot echad, «un». Jésus souligne ainsi l’union qui règne entre lui et son Père.10 Il est toutefois peu concevable que Jésus ait fait reposer son enseignement sur des éléments aussi peu évidents, même s’il est vrai que, dans le judaïsme, le chiffre 1 représente l’unité de Dieu, le chiffre 3 l’essence ou l’être de Dieu et le chiffre 7 – que l’on rencontre 754 fois dans la Bible – la perfection, tout comme 10 est le «nombre de la perfection». Quant au nombre 13, alors que dans la civilisation occidentale il est le plus souvent associé à la malchance, il évoque l’amour de Dieu. 10

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Gottlieb Klein, Bidrag till Israels Religionshistoria, p. 55


La naissance de Jésus

Jésus, lumière et gloire Les notions de «vraie lumière» et de «gloire» présentes dans le prologue de Jean sont porteuses d’implications messianiques. La littérature juive11 fait le lien entre la notion de lumière et le Messie, notamment dans ses commentaires sur Genèse 1.3; Psaume 36.10; Esaïe 49.6; 60.1; Daniel 2.22. Or, la lumière est un des thèmes les plus fréquents dans le Nouveau Testament. Dans le seul Evangile de Jean, elle apparaît plus de 20 fois, et elle figure aussi dans ses lettres, associée aux verbes «marcher» (au sens de «vivre») et «demeurer». Quand la gématrie s’en mêle, elle fait le constat suivant: la valeur numérique de ôr, le mot hébreu pour «lumière», est 1 + 6 + 200 = 207. On obtient la même somme avec les épithètes divines râz, «secret» (200 + 7), et zêr, «couronne» (7 + 200), ainsi qu’avec les mots ên sôph, «sans fin» (1 + 10 + 50 et 60 + 6 + 80 = 207), et l’expression adôn ha-Olam, «maître de l’univers» (1 + 4 + 6 + 50 et 70 + 6 + 30 + 40 = 207), du nom de l’hymne qui est répété tout au long du livre de prières traditionnel. On conclut que Christ est le mystère de la divinité, la couronne de la création, le Seigneur de l’univers qui est sans fin, la vraie lumière.12 Le lecteur moyen, lui, trouvera suffisant de savoir que le Messie est présenté sans aucune ambiguïté comme «la lumière des nations» dans l’Ancien Testament. Jean ne se contente pas de présenter Christ, dans son prologue, comme «la vraie lumière qui, en venant dans le monde, 11

Voir Risto Santala, The Messiah in the Old Testament in the Light of Rabbinical Writings 12 Gottlieb Klein, Bidrag till Israels Religionshistoria, p. 11

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs éclaire tout être humain»; il rapporte aussi des paroles de Jésus lui-même dans ce sens: Je suis la lumière du monde. Celui qui me suit ne marchera pas dans les ténèbres, mais il aura au contraire la lumière de la vie. Jean 8.12 La lumière est encore pour un peu de temps parmi vous. Marchez pendant que vous avez la lumière… Pendant que vous avez la lumière, croyez en elle afin de devenir des enfants de lumière. Jean 12.35, 36 Il aurait difficilement pu s’exprimer plus simplement.

Jésus, vérité et grâce Les mots «vérité» et «grâce» apparaissent dans l’Evangile de Jean, aussi bien dans le prologue que dans le reste du livre, à plusieurs reprises. La notion de vérité apparaît près de 25 fois dans l’Evangile de Jean, et dans l’introduction elle est par deux fois associée à celle de grâce: Et la Parole s’est faite homme, elle a habité parmi nous, pleine de grâce et de vérité… La grâce et la vérité sont venues à travers Jésus-Christ. Jean 1.14, 17 Les disciples doivent adorer le Père «en esprit et en vérité» (4.24). Ils connaîtront la «vérité», et celle-ci les rendra libres (8.32). Jésus prie à leur sujet:

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La naissance de Jésus Père, consacre-les par ta vérité! Ta parole est la vérité. Jean 17.17 Même devant Pilate, Jésus affirme qu’il est venu «pour rendre témoignage à la vérité», avant d’ajouter: «Toute personne qui est de la vérité écoute ma voix» (18.37). Le reste du Nouveau Testament place le même accent sur la vérité. Paul, pour ne citer que lui, la mentionne environ 50 fois. La paire «grâce et vérité» apparaît en Exode 34.6, l’hymne au caractère compatissant de Dieu, qui est repris dans la littérature prophétique et dans les Psaumes: «L’Eternel, l’Eternel est un Dieu de grâce et de compassion, lent à la colère, riche en bonté et en vérité.» Le mot «vérité» traduit l’hébreu emet, que certaines versions rendent par «fidélité» mais dont le premier sens est «vérité». Parfois, les rabbins soulignent que ce mot contient la première lettre, la lettre médiane et la dernière lettre de l’alphabet hébreu, et que la vérité devrait être entièrement digne de confiance. Les Evangiles montrent que l’on voyait en Jésus un rocher inébranlable. Matthieu cite ainsi cette remarque que lui font des hérodiens: Maître, nous savons que tes paroles sont vraies et que tu enseignes le chemin de Dieu en toute vérité, sans te laisser influencer par personne, car tu ne regardes pas à l’apparence des personnes. Matthieu 22.16 La grâce, l’autre caractéristique de Dieu, lui est aussi associée.

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs La paire «grâce13 et vérité» n’est pas absente des manuscrits de la mer Morte, et notamment du Manuel de discipline: Car tous, ils seront dans la Communauté de vérité et de vertueuse humilité et d’affectueuse charité et de scrupuleuse justice. Ils se réprimanderont l’un l’autre dans la vérité et l’humilité et la charité affectueuse à l’égard de chacun. 1QS 2.24; 5.24-25 Ainsi, le prologue de l’Evangile de Jean correspond à une petichta, une «ouverture» caractéristique de la littérature midrashique, qui récapitule l’ensemble des thèmes développés dans la suite de l’Evangile. Par son style, il évoque le tout premier verset de l’Ancien Testament. La notion de logos qui y apparaît est familière à la pensée grecque, mais, loin d’indiquer une influence hellénistique, elle est à mettre en rapport avec un concept rabbinique équivalent: celui de mimra, dont l’identification avec le Messie est fréquente. Comme l’évêque William Temple l’a déclaré, dans l’incarnation de Jésus-Christ, dans l’événement historique que constitue sa vie, nous pouvons voir «l’autorévélation de Dieu, qui nous confronte à la réalité éternelle au sein d’un événement temporel».

La naissance de Jésus vue par Matthieu Chacun des quatre Evangiles livre ses propres informations sur la naissance et l’origine de Jésus. Alors que Marc se 13 Le mot hébreu chesed signifie à la fois «grâce», «bonté» et «amour» (c’est-à-dire «charité»).

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La naissance de Jésus contente d’une formule lapidaire – «Voici le commencement de l’Evangile de Jésus-Christ, Fils de Dieu» –, alors que Jean développe la notion de Parole «faite homme» qui est au commencement de tout, Matthieu et Luc s’attardent quelque peu sur les circonstances de cette naissance. Mais d’où viennent ces différences? L’historien Eusèbe, qui a rédigé l’essentiel de son œuvre au début du 4e siècle, s’est forgé ses propres convictions en se fondant sur le nombre important de sources dont il disposait. A ce sujet, il déclare: Il est donc vraisemblable que Jean a passé sous silence la généalogie de notre Sauveur selon la chair parce qu’elle avait été écrite auparavant par Matthieu et par Luc; mais il a commencé par parler de la divinité du Christ comme si l’Esprit divin lui avait réservé cette part, à lui, comme au meilleur. Histoire ecclésiastique 3.24.13 Pour attester la solidité de la base sur laquelle reposent ses opinions, il cite cette déclaration de Papias14: Pour toi, je n’hésiterai pas à ajouter à mes explications ce que j’ai bien appris autrefois des presbytres et dont j’ai bien gardé le souvenir, et j’en affirme la vérité. Histoire ecclésiastique 3.39.3 La spécificité du compte rendu de Matthieu a très tôt fait l’objet d’observations. Justin Martyr (environ 100-165 apr. J.-C.) emploie le mot grec apomnêmoneumata – «mémoires» – à 14 Evêque d’Hiérapolis (Phrygie), Papias est généralement situé au début du 2e siècle apr. J.-C.

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs propos des Evangiles. Il souligne que chacun des évangélistes a transmis le plus fidèlement possible des souvenirs, mais en adoptant un point de vue différent: Jean a rédigé l’«Evangile des secrets de Dieu» pour les Ephésiens, Marc, l’interprète de Pierre, a composé l’«Evangile du ministère de Jésus» et Luc, le médecin, le «récit des guérisons des malades et des personnes souffrantes». Matthieu est quant à lui appelé «l’évangéliste de la prophétie accomplie». Eusèbe cite une affirmation de Papias à son sujet: Matthieu, quant à lui, réunit en langue hébraïque les logia (de Jésus), et chacun les interpréta comme il en était capable. Histoire ecclésiastique 3.39.16 Quant à Irénée, il précise vers 180 apr. J.-C. que Matthieu a écrit son Evangile pour les Juifs dans leur propre langue au moment où Pierre et Paul enseignaient à Rome. Présenter Matthieu comme celui qui dévoile les prophéties accomplies est légitime, si l’on considère les 65 renvois à l’Ancien Testament que contient son texte, parmi lesquels 43 citations. A 12 reprises, Matthieu déclare que les prophéties sont «accomplies» en Jésus, alors que Marc ne fait ce genre d’observation qu’une fois, Luc jamais et Jean 7 fois. Matthieu est présenté comme un collecteur d’impôts de Capernaüm, et donc comme un comptable expérimenté. A cette époque, le grec était la langue de la bureaucratie et les rapports étaient soumis à Hérode Antipas. Dans ce contexte, il n’y a aucune raison de mettre en doute ses compétences rédactionnelles. Si son premier manuscrit date des années 40 96


La naissance de Jésus ou 50 apr. J.-C., moment où Pierre et Paul ont pu enseigner à Rome, il était facile pour ses lecteurs de vérifier l’exactitude de son compte rendu en interrogeant des témoins oculaires.

Jésus, fils de David Le premier point sur lequel Matthieu désire éclairer ses lecteurs, c’est celui de la lignée dont Jésus est issu. Il commence d’ailleurs son Evangile ainsi: Voici la généalogie de Jésus-Christ, fils de David, fils d’Abraham. Matthieu 1.1 Puis il dresse une généalogie qui débute avec Abraham et se termine par Joseph, «l’époux de Marie, de laquelle est né Jésus, qu’on appelle le Christ» (1.16). Il est remarquable que les Evangiles ne mentionnent aucune contestation des liens de Jésus avec la famille de David: si ses détracteurs avaient pu avoir le moindre doute à ce sujet, ils l’auraient utilisé contre lui, et cela aurait suffi à balayer ses prétentions messianiques. Or, nous lisons dans le Talmud que «Jésus était proche du royaume de Dieu»15 et les Evangiles n’évoquent aucune attaque contre sa personne. A plusieurs reprises on s’adresse même à lui en l’appelant «Fils de David»16. C’était un fait reconnu que le Messie devait venir de la famille de David. D’après Eusèbe, immédiatement après la destruction de Jérusalem, Vespasien se met à la recherche des descendants de David pour supprimer la lignée royale. Lors15 16

Sanhedrin 43a Matthieu 9.27; 15.22; 20.30, 31; etc.

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs que son fils Domitien devient empereur (81-96 apr. J.-C.), les petits-fils de Jude, le frère du Seigneur, sont dénoncés comme étant des descendants de David; arrêtés, ils doivent déclarer leur fortune. Ils se décrivent alors comme de simples fermiers et affirment que le royaume de Christ est céleste, qu’il n’est pas de ce monde. Sur quoi, Domitien les juge inoffensifs et les libère.17 D’un point de vue historique, il ne fait aucun doute que Jésus est issu de la lignée de David. En étudiant la bénédiction de Jacob, j’ai découvert que le midrash Rabbah mentionne une généalogie trouvée à Jérusalem et révélant que le rabbin Hillel descendait de David.18 Les archives du temple devaient aussi permettre d’étudier l’arbre généalogique de la famille de Jésus. De telles listes ne mentionnent pas systématiquement tous les maillons de la chaîne. Dans l’Ancien Testament lui-même, une comparaison de la liste d’Esdras 7.1-5 avec celle de 1 Chroniques 6 permet de constater qu’Esdras omet 6 noms entre Amaria et Azaria. C’est que l’intérêt porte plus sur la dimension légale (en lien notamment avec la possession du pays) et spirituelle des liens de parenté que sur l’aspect purement biologique. Une formule bien connue que l’on trouve dans le Pirqé Avoth présente un autre type de généralisation liée aux généalogies: Dix générations se sont succédé depuis Adam jusqu’à Noé: cela prouve la longanimité de Dieu; car toutes ces générations avaient excité sa colère, et cependant ce n’est que la dixième qui périt par le déluge.

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Eusèbe, Histoire ecclésiastique 3.12; 3.20.1-6 Voir Risto Santala, The Messiah in the Old Testament in the Light of Rabbinical Writings

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La naissance de Jésus Dix générations se sont succédé depuis Noé jusqu’à Abraham: c’est encore une preuve de la longanimité de Dieu; car toutes ces générations avaient excité sa colère, et cependant, grâce à la piété d’Abraham, tous leurs péchés furent pardonnés. Pirqé Avoth 5.2, 3 La généalogie de Matthieu comprend trois séries de 14 noms qui, si l’on recourt à la gématrie, correspondent à «trois fois David», la valeur numérique du nom «David» étant 4 + 6 + 4 = 14. Si la gématrie a souvent été utilisée comme un outil mnémotechnique, elle avait toujours un rapport direct avec le thème abordé, comme on l’a relevé19 à propos de Matthieu 1.17: Il y a donc en tout 14 générations depuis Abraham jusqu’à David, 14 générations depuis David jusqu’à la déportation à Babylone et 14 générations depuis la déportation à Babylone jusqu’au Christ. Si Matthieu a bien recours aux procédés de la gématrie, courants à son époque, nous comprenons mieux pourquoi la lignée de Joseph est, de façon quelque peu artificielle, divisée en trois séries de 14. En s’arrêtant à Abraham, il se limite à 42 générations, alors que Luc, qui poursuit jusqu’à Adam, en cite 56. Le Messie devait naître à Bethléhem, la ville de David.20 La Mishna rapporte que des membres de la famille de David étaient chargés d’apporter du bois au temple. Nombre d’entre eux devaient tout naturellement exercer le métier de charpentier, comme Joseph, puisqu’ils pouvaient utiliser les arbres tombés pour leurs propres besoins. 19 20

Voir A. Lukyn Williams, Christian Evidences for Jewish People, p. 16 1 Samuel 16.4; Michée 5.1

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Le Messie Jésus à la lumière des textes juifs Le problème, avec la généalogie de Matthieu, c’est qu’il s’empresse de déclarer que Jésus est né «par l’action du SaintEsprit» (Matthieu 1.18), ce qui semble retirer toute signification à l’établissement de la généalogie de Joseph. Par ailleurs, le Talmud se donne beaucoup de mal pour affirmer que seule la famille du côté du père est appelée famille, pas celle du côté de la mère21, et c’est peut-être pour cette raison que Matthieu livre l’ascendance «officielle» du père. C’est peut-être aussi pour la même raison que Luc rattache à Joseph (Luc 3.23) ce qui semble être la généalogie de Marie. Il débute son arbre généalogique par Héli, le beau-père de Joseph, et le termine par Adam et Dieu. Il y a deux passages du Talmud22 qui parlent de «Marie, fille d’Héli» et qui, d’après des spécialistes juifs, pourraient faire allusion à la mère de Jésus. Si on le traduit littéralement, Luc 3.23 dit à propos de Jésus: «étant fils, comme il était considéré, de Joseph, (fils) d’Héli». L’expression grecque pour «comme il était considéré», hos enomizeto, correspond à la formule hébraïque ke-chozqâ ou kemô huchzaq, qui signifie que la question a été légalement confirmée. Aux yeux de la loi, il était juste de rattacher Jésus à Joseph puis à son beau-père Héli. Pour un lecteur juif, de tels éléments suffisaient à prouver que Jésus était légalement un descendant de David, aussi bien du côté de sa mère que de son père adoptif.23 Les Occidentaux attendent souvent plus d’une généalogie que ce que les spécialistes, les Juifs eux-mêmes, avaient coutume de consigner, si bien que les listes de Matthieu et de Luc ont fait l’objet 21

Baba Bathra 109b Talmud de Jérusalem, Hagiga 2.77d et Sanhedrin 6.23c 23 D’après Baba Bathra 134a, une reconnaissance verbale de l’enfant suffisait. 22

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