Mise en pages intérieure : Daniel Arnold, 1806 Saint-Légier, Suisse
Format papier ISBN 978-2-8260-4018-7
Format PDF ISBN 978-2-8260-9553-8
Imprimé en France, sur les presses de Sepec numérique
Daniel Arnold
Matthieu L’Évangile royal
Commentaire biblique
PRÉFACE
L’Évangile de Matthieu est dense. On le lit souvent de façon fragmentée, car chaque récit interpelle et nécessite réflexion. Certains commentaires se penchent sur tous les détails du texte grec et sondent le sens des mots utilisés. D’autres commentateurs multiplient les références à d’autres auteurs pour indiquer comment un texte est parfois compris. Chaque type de commentaires offre ses avantages, mais il est inévitable de faire des choix. On ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre.
Prenons l’exemple de la découverte d’un nouveau pays. Une personne peut le survoler en avion pour avoir une vue d’ensemble souvent inédite. Elle peut choisir de voyager en train et voir défiler à grande vitesse les campagnes et les agglomérations. Elle peut choisir de visiter le pays en voiture pour s’arrêter où et quand elle le désire. Elle peut parcourir une région à vélo pour apprécier les odeurs et découvrir (à grosses gouttes) les dénivelés. Elle peut marcher tranquillement avec son appareil photographique pour immortaliser la faune et la flore dans les moindres détails. On peut visiter un pays de multiples façons, mais on ne peut pas tout faire en même temps. Certains choix sont nécessaires.
Ce commentaire s’efforce de parcourir les vingt-huit chapitres de Matthieu attentivement, mais d’un pas résolu. « Aussi vite que possible, mais aussi lentement que nécessaire ». Chaque récit est commenté, certains détails, souvent insignifiants à première lecture, sont relevés, et la contribution de chaque récit à l’ensemble de l’ouvrage est spécifié e. Il est important de bien saisir l'agencement des récits, car la trame générale du ministère de Jésus et les choix opérés par Matthieu permettent de mieux apprécier la spécificité de chaque récit. Les contrastes avec les Évangiles de Marc et de Luc sont soulignés pour permettre de mieux comprendre les particularités de l’Évangile de Matthieu.
Les notes de bas de page sont limitées pour éviter les arrêts qui pourraient détourner de l’essentiel. Les références à d’autres points de vue sont limitées et réduites, car l’objectif n’est pas de proposer un éventail d’interprétations, mais de comprendre le texte dans son
ensemble. La bibliographie en fin d’ouvrage donne un aperçu des ouvrages consultés et permet d’élargir le champ d’investigation selon d’autres interprétations ou d’approfondir un point particulier. Les références au texte grec sont rares, car les enjeux herméneutiques pour les textes narratifs dépendent rarement des traductions, qui sont pour la plupart excellentes. Une traduction proche du texte (traduction à équivalence formelle) est préférée à une traduction trop interprétative (traduction à équivalence dynamique). La traduction de la Colombe est généralement suivie, mais pas exclusivement. Exceptionnellement, une traduction inédite est proposée.
L’ÉVANGILE DE LA ROYAUTÉ
L’Évangile de Matthieu ouvre la porte du Nouveau Testament. Il fait le lien entre plus de quatre siècles d’histoire, soit le temps qui sépare les derniers livres de l’Ancien Testament de la venue de Jésus-Christ. L’incarnation du Christ coupe l’histoire de l’humanité en deux parties. Elle bouleverse les idées reçues sur Dieu et la vie religieuse, et elle offre à l’homme pécheur une voie de salut.
Matthieu a écrit le premier Évangile. Son ouvrage s’adresse à des lecteurs instruits dans l’Ancien Testament. Ceux -ci attendaient la venue d’un roi-messie qui établirait un royaume de paix et de justice. Matthieu montre que Jésus est ce roi, mais qu’il est un monarque bien différent de celui que ses contemporains attendaient . Jésus surpasse et déclasse tous les rois qui l’ont précédé, et cela dans tous les domaines. Il renverse la perception que les hommes avaient de la justice et de la grâce divine. Jésus illumine, renouvelle et accomplit toutes les promesses divines du passé.
Matthieu développe le thème de la royauté tout au long de son Évangile. Jésus est de loin supérieur au roi attendu. Il n’est pas seulement oint par Dieu, mais il est aussi engendré miraculeusement par le SaintEsprit. Il est Emmanuel, « Dieu avec nous ». Sa justice est parfaite. Son enseignement éthique dépasse nos plus grandes attentes. Son règne apporte le bonheur et le bien-être comme en témoignent les innombrables guérisons. Jésus s’attaque avec succès aux plus grands ennemis qui ravagent l’humanité : la maladie, les possessions démoniaques, l’incrédulité des hommes et la mort.
Jésus combat le mal, mais il prépare aussi une armée pour achever son œuvre. Les « soldats » recrutés pour son armée, c'est-à-dire ses disciples, sont soumis à des règles bien différentes de celles pratiquées par les armées « classiques ». Ses disciples doivent suivre Jésus, avec simplicité et douceur. Ils ne doivent pas opprimer les populations, mais les servir et annoncer la bonne nouvelle et le salut pour tous. Jésus
L’ÉVANGILE DE LA ROYAUTÉ
encourage ses troupes (ses disciples), en particulier lorsqu’il est contesté par l’élite religieuse qui égare le peuple.
À la fin de sa vie, lorsqu’il entre dans la ville sainte, il dénonce l’hypocrisie des scribes et des pharisiens et prononce leur condamnation. Il annonce aussi les signes liés à sa seconde venue et au jugement dernier. Finalement, à Jérusalem, il affronte son destin avec courage et abnégation. Il le fait seul, non pas entouré d’une armée, mais abandonné par elle. Il offre sa vie en rançon pour le monde. Au moment de sa mort, la mort est vaincue. La terre tremble, les sépulcres s’ouvrent et des morts sortent des tombeaux. Lui-même ressuscite trois jours plus tard, comme il l’avait annoncé à ses disciples. Les derniers versets ouvrent la voie à la conquête du monde. « Tout pouvoir m’a été donné dans le ciel et sur la terre. Allez, faites de toutes les nations des disciples » (Mt 28.18-19).
Toute la vie de Jésus illustre le combat victorieux mené contre les forces du mal. Jésus est roi, général, législateur, juge, pédagogue, héros et un modèle de vie. Matthieu rapporte la naissance de Jésus-Christ, son ministère en Galilée, puis sa mort et sa résurrection à Jérusalem deux ans plus tard. Il développe le thème de la royauté messianique en quatorze sections.
UN ÉVANGILE STRUCTURÉ
Que dire sur Jésus ? Quels récits et quelles paroles fallait -il transmettre ? Jésus a guéri tant de malades et prononcé tant de paroles mémorables qu’il était impossible de tout transmettre. Les évangélistes voulaient composer un récit facile à copier et ils étaient limités par la longueur des papyrus. Jean exprime son dilemme par une hyperbole : « Jésus a fait encore beaucoup d'autres choses ; si on les écrivait en détail, je ne pense pas que le monde même pourrait contenir les livres qu'on écrirait » (Jn 21.25).
Comme les trois autres évangélistes, Matthieu devait choisir, mais il voulait aussi organiser son contenu. Pour une biographie, l’ordre chronologique s’impose, mais il est parfois souhaitable de regrouper certains événements se déroulant dans un même lieu ou traitant d’un même sujet. Matthieu est un organisateur. Il estime qu’un agencement ordonné permet de mieux saisir certains aspects du ministère de Jésus. Deux exemples suffisent à ce stade pour illustrer la démarche de notre auteur. Au début de son ouvrage, la généalogie de Jésus est présentée en trois groupes de quatorze générations. Matthieu donne ainsi une idée de sa démarche organisationnelle. Deuxièmement, au début du ministère de Jésus, Matthieu annonce que Jésus « prêchait la bonne nouvelle du royaume, et guérissait toute maladie et toute infirmité » (Mt 4.23). Les prodiges sont nombreux, mais Matthieu n’en décrit aucun à ce stade de son récit. Il préfère s’étendre longuement sur un enseignement de Jésus, le célèbre sermon sur la montagne (Matthieu 5-7). Trois chapitres sont consacrés à l’interprétation correcte de la loi. Ensuite, Matthieu rapporte dix guérisons les unes à la suite des autres dans les deux chapitres suivants (Matthieu 8-9). Enseignement d’abord, miracles ensuite.
Le soin que Matthieu apporte à l’organisation de son contenu est probablement dû à sa profession de péager, car les collecteurs d’impôts étaient habitués à compter, classer et organiser. À cette époque, de nombreuses pièces de monnaie circulaient : certaines en or, en argent ou en bronze. Elles provenaient de diverses régions. Matthieu, le péager, un
UN ÉVANGILE STRUCTURÉ
homme habitué à écrire, a mis sa formation professionnelle au service du Seigneur. Il a composé le premier Évangile de manière ordonnée pour aider les Juifs à comprendre l’Évangile.
homme habitué à écrire, a mis sa formation professionnelle au service du Seigneur. Il a composé le premier Évangile de manière ordonnée pour aider les Juifs à comprendre l’Évangile.
Trois parties principales
Trois parties principales
L’Évangile de Matthieu est composé de trois parties principales. Quatre chapitres sont consacrés à l’introduction (Matthieu 1 -4), seize chapitres décrivent le ministère itinérant de Jésus (Matthieu 5-20) et pour finir, huit chapitres sont dédiés aux derniers jours de Jésus (Matthieu 2128). Manifestement, la dernière semaine de Jésus reçoit une attention particulière, car ces jours sont au cœur de l’œuvre de Jésus (les autres évangélistes consacrent aussi un quart, voire un tiers de leur écrit aux derniers jours de Jésus).
L’Évangile de Matthieu est composé de trois parties principales. Quatre chapitres sont consacrés à l’introduction (Matthieu 1 -4), seize chapitres décrivent le ministère itinérant de Jésus (Matthieu 5-20) et pour finir, huit chapitres sont dédiés aux derniers jours de Jésus (Matthieu 2128). Manifestement, la dernière semaine de Jésus reçoit une attention particulière, car ces jours sont au cœur de l’œuvre de Jésus (les autres évangélistes consacrent aussi un quart, voire un tiers de leur écrit aux derniers jours de Jésus).
Cinq discours élaborés
Cinq discours élaborés
Une caractéristique de l’Évangile de Matthieu est l’attention que l’auteur porte aux enseignements de Jésus. Non seulement Matthieu rapporte un discours important de Jésus (le sermon sur la montagne) avant de décrire les premiers miracles, mais il consacre aussi plusieurs chapitres à d’autres enseignements. Cinq groupes d’enseignement s rythment la narration. Ces cinq « discours » développent cinq thèmes : la relation de Jésus face à la loi (Mt 5 -7), la mission des disciples (Mt 10), les paraboles du royaume (Mt 13), les exhortations à l’humilité (Mt 18) et la fin des temps (Mt 24-25). Chaque section se termine par une expression plus ou moins identique : « Quand Jésus eut achevé ces discours » (Mt 7.28 ; 11.1 ; 13.53 ; 19.1 ; 26.1).
Une caractéristique de l’Évangile de Matthieu est l’attention que l’auteur porte aux enseignements de Jésus. Non seulement Matthieu rapporte un discours important de Jésus (le sermon sur la montagne) avant de décrire les premiers miracles, mais il consacre aussi plusieurs chapitres à d’autres enseignements. Cinq groupes d’enseignement s rythment la narration. Ces cinq « discours » développent cinq thèmes : la relation de Jésus face à la loi (Mt 5 -7), la mission des disciples (Mt 10), les paraboles du royaume (Mt 13), les exhortations à l’humilité (Mt 18) et la fin des temps (Mt 24-25). Chaque section se termine par une expression plus ou moins identique : « Quand Jésus eut achevé ces discours » (Mt 7.28 ; 11.1 ; 13.53 ; 19.1 ; 26.1).
Matthieu condense l’enseignement de Jésus en cinq sections, à l’image de Moïse qui a transmis la loi dans cinq livres (le Pentateuque). Jésus est un nouveau Moïse. Cependant, Jésus dépasse Moïse et même tout l’Ancien Testament, car ses cinq discours ne font pas seulement écho au Pentateuque, mais à l’ensemble de l’Ancien Testament. Jésus est le nouveau législateur, le roi exemplaire et le prophète par excellence. Il dépasse tous les élus de Dieu du passé. Les cinq discours de Jésus rapportés par Matthieu illustrent et dépassent cinq aspects de la révélation passée. Par exemple, le sermon sur la montagne renouvelle la
Matthieu condense l’enseignement de Jésus en cinq sections, à l’image de Moïse qui a transmis la loi dans cinq livres (le Pentateuque). Jésus est un nouveau Moïse. Cependant, Jésus dépasse Moïse et même tout l’Ancien Testament, car ses cinq discours ne font pas seulement écho au Pentateuque, mais à l’ensemble de l’Ancien Testament. Jésus est le nouveau législateur, le roi exemplaire et le prophète par excellence. Il dépasse tous les élus de Dieu du passé. Les cinq discours de Jésus rapportés par Matthieu illustrent et dépassent cinq aspects de la révélation passée. Par exemple, le sermon sur la montagne renouvelle la
compréhension de la loi (Mt 5-7) ; le discours sur la mission prépare les disciples à une conquête du pays bien différente et plus radicale que celle menée du temps de Josué (Mt 10) ; le dernier discours rejoint et complète les oracles des prophètes eschatologiques (Mt 24-25).
Quatorze sections
Les cinq discours de Jésus sont complétés par neuf étapes de la vie de Jésus. En tout, cela représente quatorze sections.
1. La naissance de Jésus (Mt 1-2)
2. Préambule au ministère (Mt 3-4)
3. Discours 1 : Le sermon sur la montagne (Mt 5-7)
4. Les miracles de Jésus (Mt 8-9)
5. Discours 2 : La mission des disciples (Mt 10)
6. L’opposition à Jésus (Mt 11-12)
7. Discours 3 : Le royaume des cieux (Mt 13)
8. Des actes symboliques (Mt 14-16)
9. L’enseignement sur la Passion (Mt 16-17)
10. Discours 4 : La vie communautaire (Mt 18)
11. Le voyage vers Jérusalem (Mt 19-20)
12. Les controverses au temple (Mt 21-23)
13. Discours 5 : L’enseignement sur la fin des temps (Mt 24-25)
14. La mort et la résurrection de Jésus (Mt 26-28)
Nous suivrons cette division de l’Évangile dans notre exposé du texte. Plusieurs des quatorze sections sont composées de sept ou quatorze péricopes comme nous le verrons dans le commentaire.
UN ÉVANGILE STRUCTURÉ
Une structure en chiasme
Une structure en chiasme
Gary DERICKSON1 défend une structure en chiasme construite sur les cinq discours. Pour cela, il regroupe les sections 1 et 2 (Mt 1-4), les sections 8 et 9 (10-17), et les sections 11-12 (Mt 19-23).
Gary DERICKSON1 défend une structure en chiasme construite sur les cinq discours. Pour cela, il regroupe les sections 1 et 2 (Mt 1-4), les sections 8 et 9 (10-17), et les sections 11-12 (Mt 19-23).
A.1 Introduction au ministère (Mt 1-4)
B.1 Sermon sur la montagne (Mt 5-7)
A.1 Introduction au ministère (Mt 1-4)
C.1 Miracles et instruction (Mt 8-9)
B.1 Sermon sur la montagne (Mt 5-7)
C.1 Miracles et instruction (Mt 8-9)
D.1 Instructions aux douze : autorité et message pour Israël (Mt 10)
E.1 La nation rejette le roi (Mt 11-12)
D.1 Instructions aux douze : autorité et message pour Israël (Mt 10)
E.1 La nation rejette le roi (Mt 11-12)
F Le royaume est ajourné : Les paraboles du royaume (Mt 13)
E.2 La nation rejette le roi (Mt 14-17)
F Le royaume est ajourné : Les paraboles du royaume (Mt 13)
D.2 Instructions aux douze : autorité et message pour l’Église (Mt 18)
E.2 La nation rejette le roi (Mt 14-17)
C.2 Miracles et instruction (Mt 19-23)
D.2 Instructions aux douze : autorité et message pour l’Église (Mt 18)
B.2 Message au mont des Oliviers (Mt 24-25)
C.2 Miracles et instruction (Mt 19-23)
A.2 La Passion et la Résurrection (Mt 26-28)
B.2 Message au mont des Oliviers (Mt 24-25)
A.2 La Passion et la Résurrection (Mt 26-28)
Un Évangile pédagogique
Un Évangile pédagogique
Matthieu est un génie qui a su présenter en vingt-huit chapitres l’essentiel de la vie de Jésus de manière cohérente et facile à suivre. Il a présenté en quelques sections bien distinctes tous les points importants de la vie de Jésus. La trame suit globalement la ligne du temps, mais pas de manière rigide. Matthieu a présenté les actes et les enseignements de Jésus de façon alternée.
Matthieu est un génie qui a su présenter en vingt-huit chapitres l’essentiel de la vie de Jésus de manière cohérente et facile à suivre. Il a présenté en quelques sections bien distinctes tous les points importants de la vie de Jésus. La trame suit globalement la ligne du temps, mais pas de manière rigide. Matthieu a présenté les actes et les enseignements de Jésus de façon alternée.
Concernant les enseignements de Jésus, Matthieu a choisi de présenter cinq discours élaborés de Jésus qui abordent cinq thèmes importants. Ces thèmes ont été abordés par Jésus à des moments précis de son ministère.
Concernant les enseignements de Jésus, Matthieu a choisi de présenter cinq discours élaborés de Jésus qui abordent cinq thèmes importants. Ces thèmes ont été abordés par Jésus à des moments précis de son ministère.
1 Matthew’s Chiastic Structure and Its Dispensational Implications, Bibliotheca Sacra 163:652 (Oct 2006). Voir aussi COMBRINK H. J. Bernard: The Structure Of The Gospel Of Matthew As Narrative, Tyndale Bulletin 34:1 (NA 1983).
1 Matthew’s Chiastic Structure and Its Dispensational Implications, Bibliotheca Sacra 163:652 (Oct 2006). Voir aussi COMBRINK H. J. Bernard: The Structure Of The Gospel Of Matthew As Narrative, Tyndale Bulletin 34:1 (NA 1983).
1. Au début du ministère galiléen (Mt 5-7).
2. Après les premiers enseignements et miracles, lorsque la popularité de Jésus le pousse à préparer ses disciples pour leur mission future (Mt 10).
3. Après des critiques acerbes de la part des chefs religieux (Mt 13).
4. Sur la route qui le mène à Jérusalem, lorsqu’il prépare ses disciples à vivre entre eux l’amour chrétien une fois qu’il sera monté au ciel (Mt 18).
5. Finalement, juste avant la Passion (Mt 24-25).
Les cinq discours correspondent-ils à des discours que Jésus a prononcés dans leur intégralité, ou bien Matthieu a-t-il regroupé par thèmes des enseignements épars de Jésus ? Matthieu est un organisateur, mais pas au point de façonner le ministère de Jésus à sa guise. Jésus a effectivement prononcé de longs discours et il a aussi répété certaines paroles à diverses occasions, ce qui explique certaines différences avec Marc et Luc. Chaque discours de Matthieu se termine par l a même formule (« après avoir enseigné… »), une manière claire d’indiquer que les enseignements rapportés correspondent à un seul et même discours. CARTER relève que le sermon sur la montagne n’est pas un amalgame, mais un discours structuré.2
Entre les cinq discours (caractéristiques de l’enseignement de Jésus à des périodes précises de son ministère) , Matthieu rapporte les actes de Jésus. Il commence par deux chapitres consacrés à la naissance de Jésus (Mt 1-2), puis par deux chapitres consacrés au préambule du ministère (Mt 3-4). Les premiers miracles sont regroupés (Mt 8-9), ainsi que les premières oppositions à Jésus (Mt 11-12). Deux sections présentent deux temps de ministère consacrés en priorité aux disciples, l e second de ces temps suit la déclaration explicite de la Passion (Mt 14-17). À l’approche de la Pâque, Matthieu présente les interactions de Jésus avec les foules , ou quelques individus, lors de son dernier voyage (Mt 19-20), puis les interactions avec les chefs religieux à Jérusalem (Mt 21-23). La dernière section rapporte l’arrestation, le procès, la crucifixion et la résurrection de Jésus (Mt 26-28).
2 CARTER Steven J.: The Homiletic Design Of The Sermon On The Mount, Westminster Theological Journal 85:1 (Spring 2023).
UN ÉVANGILE STRUCTURÉ
Matthieu ne mentionne rien sur la première année du ministère de Jésus vécue au Jourdain avec quelques disciples (Jean, chapitres 1 à 5).
Matthieu ne mentionne rien sur la première année du ministère de Jésus vécue au Jourdain avec quelques disciples (Jean, chapitres 1 à 5).
Matthieu a été appelé à Capernaüm, au début du ministère galiléen de Jésus, alors qu’il travaillait au bureau des péages. Matthieu ne semble pas avoir cherché Jésus, contrairement à Jean et André qui accompagnaient Jean-Baptiste (le précurseur de Jésus). Jean et André suivent Jésus dès qu’ils le voient, avant même qu’il ne les appelle.
Matthieu, lui, est assis au bureau des péages à Capernaüm quand il rencontre Jésus pour la première fois. Là, Jésus l’appelle et Matthieu quitte aussitôt son poste.
Matthieu a été appelé à Capernaüm, au début du ministère galiléen de Jésus, alors qu’il travaillait au bureau des péages. Matthieu ne semble pas avoir cherché Jésus, contrairement à Jean et André qui accompagnaient Jean-Baptiste (le précurseur de Jésus). Jean et André suivent Jésus dès qu’ils le voient, avant même qu’il ne les appelle. Matthieu, lui, est assis au bureau des péages à Capernaüm quand il rencontre Jésus pour la première fois. Là, Jésus l’appelle et Matthieu quitte aussitôt son poste.
Le sermon sur la montagne a dû particulièrement marquer Matthieu, car c’est le premier enseignement qu’il a reçu. Cela peut expliquer la place qu’il consacre à ce discours, car les premiers enseignements reçus sur la grâce marquent particulièrement un individu.
Le sermon sur la montagne a dû particulièrement marquer Matthieu, car c’est le premier enseignement qu’il a reçu. Cela peut expliquer la place qu’il consacre à ce discours, car les premiers enseignements reçus sur la grâce marquent particulièrement un individu.
L’AUTEUR
ET LA DATE DE RÉDACTION
Les auteurs des quatre Évangiles
Les auteurs des Évangiles ne se nomment jamais directement ni n’indiquent la date de rédaction. Néanmoins, chacun a laissé des indices sur son identité.
Jean ne se nomme jamais, mais il est le témoin omniprésent et s’identifie par différents noms ou expressions dont la plus connue est « le disciple bien-aimé ».
Marc n'est pas un des douze disciples, mais il a été un proche collaborateur de Paul, puis de Pierre. De nombreux commentateurs suggèrent qu’il est le jeune homme qui s’est enfui nu dans le jardin de Gethsémané (Mc 14.51-52). La lâcheté de cet homme correspond au portrait de Jean-Marc dans sa jeunesse (Ac 13.13 ; 15.38). Par la suite, Marc a regagné l’estime de Paul ( Col 4.10 ; 2 Tim 4.11; Phm 24).
Luc se présente dès les premiers versets comme une connaissance de Théophile à qui il dédie le livre. Les sections en « nous » dans le livre des Actes permettent au lecteur de suivre l’auteur quand il accompagne Paul.
Matthieu décrit son appel personnel lorsqu’il travaille comme péager à Capernaüm. Des douze disciples , son appel est le seul qui soit décrit (en dehors de celui des quatre premiers disciples qui tiennent une place privilégiée tout au long de l’ Évangile : Pierre, André, Jacques et Jean : Mt 4.18-22).
L’identité de ces quatre auteurs a été rapidement et largement reconnue dans l’Église primitive et n’a jamais été l’objet de discussion, car aucun autre nom n’a été proposé comme alternative. Leur nom est inscrit dans l’en-tête des manuscrits anciens : « Évangile selon Matthieu », « Évangile selon Marc », « Évangile selon Luc » et « Évangile selon Jean ».
L’AUTEUR ET LA DATE DE RÉDACTION
La période de rédaction
La période de rédaction
La période de rédaction des Évangiles a aussi été reconnue par tous dans l’Église primitive et n’a suscité aucune discussion. Matthieu est systématiquement placé en premier et Jean en dernier.1
La période de rédaction des Évangiles a aussi été reconnue par tous dans l’Église primitive et n’a suscité aucune discussion. Matthieu est systématiquement placé en premier et Jean en dernier.1
Luc apparaît souvent en deuxième position, et Marc en troisième position, mais l’ordre de ces deux Évangiles est parfois inversé. L’ordre Marc-Luc ne signifie pas nécessairement que l’Évangile de Marc a été rédigé avant celui de Luc, car l’ordre des livres de la Bible ne suit pas toujours l’ordre chronologique. Par exemple, les épîtres ont été regroupées par auteurs, d’abord celles de Paul, puis celles de Jacques, Pierre, Jean et Jude. Les épîtres de Paul adressées à différentes églises précèdent les lettres écrites à des individus (Timothée, Tite, Philémon). Ensuite, deux épîtres adressées à une même église se suivent, comme c’est le cas de 1 et 2 Corinthiens et de 1 et 2 Thessaloniciens. Le critère de longueur des épîtres a également été pris en compte. Les épîtres plus longues précèdent les épîtres plus courtes : l’épître aux Romains est plus longue que 1 Corinthiens qui est plus longue que Galates et ainsi de suite. Pour ce qui est de l’ordre Marc-Luc, il est possible que Marc ait été placé avant Luc en raison de la notoriété de Pierre, un témoin de premier plan, alors que Luc tire son autorité de Paul, qui n’a jamais connu Jésus de son vivant. Il est également possible que Marc précède l’Évangile de Luc en raison de l’affinité entre Matthieu et Marc. Marc est comme le petit frère de Matthieu. Néanmoins d’un point de vue chronologique, il semble que Luc précède Marc, car Luc a rédigé son Évangile avant le livre des Actes, ouvrage rédigé avant la fin du procès de Paul daté vers l’an 62. L’Évangile de Marc a aussi été écrit à Rome, quelques années plus tard, sous le règne de Néron, à la suite de la grande persécution de 64.2 (Voir aussi : « débat synoptique ci-après, p. 17).
Luc apparaît souvent en deuxième position, et Marc en troisième position, mais l’ordre de ces deux Évangiles est parfois inversé. L’ordre Marc-Luc ne signifie pas nécessairement que l’Évangile de Marc a été rédigé avant celui de Luc, car l’ordre des livres de la Bible ne suit pas toujours l’ordre chronologique. Par exemple, les épîtres ont été regroupées par auteurs, d’abord celles de Paul, puis celles de Jacques, Pierre, Jean et Jude. Les épîtres de Paul adressées à différentes églises précèdent les lettres écrites à des individus (Timothée, Tite, Philémon).
Ensuite, deux épîtres adressées à une même église se suivent, comme c’est le cas de 1 et 2 Corinthiens et de 1 et 2 Thessaloniciens. Le critère de longueur des épîtres a également été pris en compte. Les épîtres plus longues précèdent les épîtres plus courtes : l’épître aux Romains est plus longue que 1 Corinthiens qui est plus longue que Galates et ainsi de suite. Pour ce qui est de l’ordre Marc-Luc, il est possible que Marc ait été placé avant Luc en raison de la notoriété de Pierre, un témoin de premier plan, alors que Luc tire son autorité de Paul, qui n’a jamais connu Jésus de son vivant. Il est également possible que Marc précède l’Évangile de Luc en raison de l’affinité entre Matthieu et Marc. Marc est comme le petit frère de Matthieu. Néanmoins d’un point de vue chronologique, il semble que Luc précède Marc, car Luc a rédigé son Évangile avant le livre des Actes, ouvrage rédigé avant la fin du procès de Paul daté vers l’an 62. L’Évangile de Marc a aussi été écrit à Rome, quelques années plus tard, sous le règne de Néron, à la suite de la grande persécution de 64.2 (Voir aussi : « débat synoptique ci-après, p. 17).
Pour notre propos, l’essentiel est de réaliser que l’ Évangile de Matthieu a été écrit en premier. Notons que la priorité de l’ Évangile de Matthieu sur les autres correspond à la progression ethnique de l’ Église
Pour notre propos, l’essentiel est de réaliser que l’ Évangile de Matthieu a été écrit en premier. Notons que la priorité de l’ Évangile de Matthieu sur les autres correspond à la progression ethnique de l’ Église
1 FARNELL F. David: The Synoptic Gospels in The Ancient Church: The Testimony to The Priority of Matthew’s Gospel, The Masters Seminary Journal 10:1 (Spring 1999).
2 ARNOLD, L’Évangile de Marc. Puissance et souffrance de Jésus -Christ, pp. 30-42.
1 FARNELL F. David: The Synoptic Gospels in The Ancient Church: The Testimony to The Priority of Matthew’s Gospel, The Masters Seminary Journal 10:1 (Spring 1999).
2 ARNOLD, L’Évangile de Marc. Puissance et souffrance de Jésus -Christ, pp. 30-42.
au premier siècle. L’Église primitive est composée au début de Juifs et de craignant-Dieu, puis lorsque l’Évangile se répand dans le monde, les croyants d’origine païenne (Grecs et Romains) deviennent majoritaires. Ainsi, le premier Évangile est destiné à des croyants juifs, puis les suivants sont rédigés pour les lecteurs d’origine païenne. C’est le cas en particulier de Luc, le compagnon de Paul, l’apôtre des païens. Matthieu a écrit pour les Juifs et Luc a adapté l’ÉVANGILE de Matthieu pour les païens.
Selon FARNELL (p.54), l'Évangile de Matthieu était le plus populaire au sein de l’Église primitive, jusqu’à l’époque d’Irénée (vers 180 après J.-C.). Il était l’Évangile par excellence. De tous les écrits du Nouveau Testament, c’est celui dont l'influence littéraire a été la plus répandue et la plus profonde dans la littérature chrétienne, s'étendant jusqu'aux dernières décennies du IIe siècle. L'Évangile de Matthieu était donc la norme de la vie chrétienne. Il a façonné le quotidien du christianisme ordinaire.
Le débat synoptique
Aujourd’hui, de nombreux commentateurs affirment que l’ Évangile de Marc a été écrit en premier. J’ai réfuté cette opinion en détail dans mon commentaire sur Marc publié en 2007. 3 Il n’y a pas lieu de répéter ici cette argumentation détaillée, sinon pour affirmer que les Évangiles ne sont pas le produit de diverses communautés chrétiennes qui se seraient appuyées sur la tradition orale pour rassembler les récits, mais sont l’œuvre de Matthieu, Marc, Luc et Jean.
Concernant la longueur des Évangiles, celui de Marc est plus court, non parce qu’il a été écrit en premier, mais parce qu’il se concentre sur deux thèmes particulièrement importants pour les chrétiens persécutés de Rome : la puissance et la souffrance de Jésus-Christ. Ces deux thèmes sont plus développés dans Marc que dans Matthieu et Luc. En particulier, les récits de miracles sont plus détaillés dans Marc que dans Matthieu et Luc.
3 Ibid. pp : 13-18.
L’AUTEUR ET LA DATE DE RÉDACTION
Alan BLACK4 attire l’attention sur le contexte de rédaction de l’Évangile de Marc. Lorsque Luc a écrit son Évangile, d’autres personnes moins qualifiées avaient déjà rédigé hâtivement des textes sur Jésus (Lc 1.1-4). Selon Black, certains chrétiens à Rome s’interrogeaient sur les qualifications de Luc à écrire un Évangile, puisque ni lui ni Paul n’avaient connu Jésus de leur vivant. Les questions se pressaient dans l’esprit de ces chrétiens, d’autant plus que Luc s’écarte sensiblement de Matthieu qui était un disciple de Jésus. L’Évangile de Matthieu était largement connu parmi les chrétiens d’origine juive et d’origine païenne. Quant à Paul, il s’était concentré sur la mission auprès des païens , et certaines divergences dans l’application des lois mosaïque s avaient engendré des tensions entre les deux communautés (Ac 15.1-29).
Alan BLACK4 attire l’attention sur le contexte de rédaction de l’Évangile de Marc. Lorsque Luc a écrit son Évangile, d’autres personnes moins qualifiées avaient déjà rédigé hâtivement des textes sur Jésus (Lc 1.1-4). Selon Black, certains chrétiens à Rome s’interrogeaient sur les qualifications de Luc à écrire un Évangile, puisque ni lui ni Paul n’avaient connu Jésus de leur vivant. Les questions se pressaient dans l’esprit de ces chrétiens, d’autant plus que Luc s’écarte sensiblement de Matthieu qui était un disciple de Jésus. L’Évangile de Matthieu était largement connu parmi les chrétiens d’origine juive et d’origine païenne. Quant à Paul, il s’était concentré sur la mission auprès des païens , et certaines divergences dans l’application des lois mosaïque s avaient engendré des tensions entre les deux communautés (Ac 15.1-29).
Pierre, également présent à Rome à cette période, ne voyait aucune contradiction entre les deux Évangiles, ni entre son ministère et celui de Paul (2 Pi 3.15-16). Son opinion comptait beaucoup parmi les chrétiens d’origine juive. Pierre s’est donc efforcé de souligner l’autorité des deux Évangiles : celui de Matthieu et celui de Luc. Sentant que sa mort approchait en raison de la persécution menée à Rome par Néron, Pierre eut à cœur de laisser un texte montrant que les deux Évangiles étaient sur un pied d’égalité. Il a demandé à Marc de rédiger un tel texte (2 Pi 1.15).
Pierre, également présent à Rome à cette période, ne voyait aucune contradiction entre les deux Évangiles, ni entre son ministère et celui de Paul (2 Pi 3.15-16). Son opinion comptait beaucoup parmi les chrétiens d’origine juive. Pierre s’est donc efforcé de souligner l’autorité des deux Évangiles : celui de Matthieu et celui de Luc. Sentant que sa mort approchait en raison de la persécution menée à Rome par Néron, Pierre eut à cœur de laisser un texte montrant que les deux Évangiles étaient sur un pied d’égalité. Il a demandé à Marc de rédiger un tel texte (2 Pi 1.15).
Celui-ci n’allait pas réécrire l’Évangile, mais citer abondamment Matthieu et Luc pour souligner la valeur des deux. Un Évangile plus court suffisait à cette fin. Marc voulait aussi refléter les accents que Pierre plaçait sur la puissance et la souffrance de Jésus, deux thèmes particulièrement importants pour les chrétiens persécutés. Ces éléments expliquent pourquoi la moitié de l’Évangile de Marc est commune à Matthieu et à Luc. Ensuite, un quart est tiré uniquement de Matthieu pour souligner la valeur du premier Évangile qui n’est pas devenu obsolète depuis la parution de Luc. Troisièmement, quinze pour cent des versets de Marc sont tirés uniquement de Luc pour refléter la valeur ajoutée du deuxième Évangile. Marc suit la chronologie de Luc et reprend la description plus détaillée de Luc de certains miracles, ainsi que le premier miracle de Capernaüm (la guérison d’un démoniaque dans la synagogue : Mc 1.21-28). Enfin, dix pour cent sont propres à Marc, une
Celui-ci n’allait pas réécrire l’Évangile, mais citer abondamment Matthieu et Luc pour souligner la valeur des deux. Un Évangile plus court suffisait à cette fin. Marc voulait aussi refléter les accents que Pierre plaçait sur la puissance et la souffrance de Jésus, deux thèmes particulièrement importants pour les chrétiens persécutés. Ces éléments expliquent pourquoi la moitié de l’Évangile de Marc est commune à Matthieu et à Luc. Ensuite, un quart est tiré uniquement de Matthieu pour souligner la valeur du premier Évangile qui n’est pas devenu obsolète depuis la parution de Luc. Troisièmement, quinze pour cent des versets de Marc sont tirés uniquement de Luc pour refléter la valeur ajoutée du deuxième Évangile. Marc suit la chronologie de Luc et reprend la description plus détaillée de Luc de certains miracles, ainsi que le premier miracle de Capernaüm (la guérison d’un démoniaque dans la synagogue : Mc 1.21-28). Enfin, dix pour cent sont propres à Marc, une
4 BLACK David Alan: The Historical Origins of the Gospels, Faith and Mission 18:1 (Fall 2000).
4 BLACK David Alan: The Historical Origins of the Gospels, Faith and Mission 18:1 (Fall 2000)
manière d’indiquer que Matthieu et Luc, bien qu’excellents, n’ont pas tout rapporté. Les ajouts de Marc consistent souvent en une description plus détaillée des miracles, ainsi que la narration de deux miracles particuliers (Mc 7.31-37 ; 8.22-26).
Ces explications permettent de comprendre pourquoi Marc est généralement placé entre Matthieu et Luc, puisqu’il fait office de pont entre ces deux Évangiles. Parfois, Marc est placé après Luc, car il a été écrit en troisième.
L’Évangile de Marc n’est pas un Évangile au rabais. L’auteur s’est efforcé de présenter tous les éléments essentiels de la foi. Il a notamment veillé, par exemple, à présenter toujours deux récits de miracles pour chacune des catégories de maladies rencontrées. Ces dualités soulignent la notion de double témoignage et permettent d’attester indirectement de la toute-puissance de Jésus.5 Marc est plus court, mais il est complet. Par la suite, l’Évangile de Marc a reçu moins d’attention que les trois autres, car les chrétiens souhaitent généralement obtenir le plus d’informations possible sur Jésus.
Matthieu, un Évangile pour les Juifs
L’Évangile de Matthieu présente des informations particulièrement intéressantes pour les Juifs. Nous en mentionnons ici quelques -unes qui seront développées par la suite.
Matthieu situe l’incarnation de Jésus dans le cadre de la révélation passée. Les coutumes juives ne sont pas expliquées, car les lecteurs les connaissent déjà. En revanche, les références à l’Ancien Testament sont nombreuses et permettent de montrer l’accomplissement du plan divin révélé à Israël.
L’enseignement de Jésus contrast e avec celui de Moïse, et en particulier avec l’interprétation que les Juifs faisaient de l’Ancien Testament.
Le royaume de Dieu est imminent, mais n’arrive cependant qu’après un temps de maturation fixé par Dieu. La propagation du royaume ne se fait pas par la force, mais par la prédication et par un appel à la repentance.
5 ARNOLD, L’Évangile de Marc. Puissance et souffrance de Jésus -Christ, pp. 77-92.
L’AUTEUR ET LA DATE DE RÉDACTION
Le Messie promis annonce le royaume par des gestes et des paroles. Il guérit les malades et chasse les démons , mais il est rejeté honteusement par son peuple.
Le Messie promis annonce le royaume par des gestes et des paroles. Il guérit les malades et chasse les démons , mais il est rejeté honteusement par son peuple.
La Passion du Messie n’est pas un échec, mais l’aboutissement du plan de Dieu pour la rédemption des péchés.
La Passion du Messie n’est pas un échec, mais l’aboutissement du plan de Dieu pour la rédemption des péchés.
Le salut du Messie est offert à toutes les nations. Au terme du temps de grâce, Dieu établira son royaume éternel et jugera les vivants et les morts.
Le salut du Messie est offert à toutes les nations. Au terme du temps de grâce, Dieu établira son royaume éternel et jugera les vivants et les morts.
Le peuple de Dieu ne se compose pas d’une nation, mais de communautés de frères et de sœurs attachés à Jésus et renouvelés par l’Esprit de Dieu. Chacun vit dans le respect et l’amour du prochain.
Le peuple de Dieu ne se compose pas d’une nation, mais de communautés de frères et de sœurs attachés à Jésus et renouvelés par l’Esprit de Dieu. Chacun vit dans le respect et l’amour du prochain.
L’appel de Matthieu
L’appel de Matthieu
Jésus a appelé Matthieu au début de son ministère public en Galilée (Mt 9.9 ; Mc 2.14 ; Lc 5.27-28). Ce ministère commence une année après le baptême de Jésus, très exactement après l’arrestation de Jean-Baptiste (4.12-13).
Jésus a appelé Matthieu au début de son ministère public en Galilée (Mt 9.9 ; Mc 2.14 ; Lc 5.27-28). Ce ministère commence une année après le baptême de Jésus, très exactement après l’arrestation de Jean-Baptiste (4.12-13).
L’apôtre Jean est le seul évangéliste à mentionner un ministère de Jésus avant l’arrestation de Jean-Baptiste. Durant une année, Jésus se cantonne principalement au Jourdain où, avec ses disciples, il exhorte les gens à la repentance et les baptise au Jourdain, imitant ainsi le ministère de Jean-Baptiste. L’apôtre Jean consacre cinq chapitres à cette première année (chapitres 1 à 5). Au chapitre premier, Jean mentionne l’appel des premiers disciples : Jean, André, Pierre, Philippe et Nathanaël (Jn 1.3551). Il est possible que Jésus se soit limité à ce petit nombre de disciples pendant une année, car son ministère ne faisait que suivre celui de JeanBaptiste.
L’apôtre Jean est le seul évangéliste à mentionner un ministère de Jésus avant l’arrestation de Jean-Baptiste. Durant une année, Jésus se cantonne principalement au Jourdain où, avec ses disciples, il exhorte les gens à la repentance et les baptise au Jourdain, imitant ainsi le ministère de Jean-Baptiste. L’apôtre Jean consacre cinq chapitres à cette première année (chapitres 1 à 5). Au chapitre premier, Jean mentionne l’appel des premiers disciples : Jean, André, Pierre, Philippe et Nathanaël (Jn 1.3551). Il est possible que Jésus se soit limité à ce petit nombre de disciples pendant une année, car son ministère ne faisait que suivre celui de JeanBaptiste.
Une fois Jean-Baptiste arrêté, Jésus se manifeste publiquement aux foules, dans différentes villes et de multiples manières, en particulier par des miracles et des enseignements. Durant les premiers mois de la nouvelle phase de son ministère, Jésus appelle d’autres disciples pour compléter le groupe initial. Ces hommes forment alors le groupe des douze (10.1-4). Jésus désire avoir douze témoins (et pas seulement cinq) qui voient tout ce qu’il fait et entendent tout ce qu’il dit.
Une fois Jean-Baptiste arrêté, Jésus se manifeste publiquement aux foules, dans différentes villes et de multiples manière s, en particulier par des miracles et des enseignements. Durant les premiers mois de la nouvelle phase de son ministère, Jésus appelle d’autres disciples pour compléter le groupe initial. Ces hommes forment alors le groupe des douze (10.1-4). Jésus désire avoir douze témoins (et pas seulement cinq) qui voient tout ce qu’il fait et entendent tout ce qu’il dit.
Matthieu vient de Capernaüm, la ville que Jésus a choisie comme camp de base (« sa ville [celle de Jésus] » Mt 9.1). Matthieu travaille au bureau des péages, au bord d’une route très fréquentée, puisque la voie romaine qui rejoint Damas à l’Égypte passe par Capernaüm. Il s’agit de la principale voie de communication entre la Mésopotamie et la vallée du Nil. Cela explique le choix de Jésus de commencer son ministère public à Capernaüm.
Matthieu le péager
Les trois Évangiles synoptiques mentionnent l’appel de Matthieu lorsqu’il est assis à son bureau de péage à Capernaüm.6 À cette occasion, l’homme est appelé Matthieu dans le premier Évangile (Mt 9.9) et Lévi, fils d’Alphée dans les deux autres (Mc 2.14 ; Lc 5.27). Aussitôt après son appel, Matthieu/Lévi invite Jésus à un repas avec d’autres péagers, ce qui est immédiatement condamné par les pharisiens qui estiment qu’un Juif pieux ne devrait pas fréquenter les gens de mauvaise vie, parmi lesquels on plaçait les péagers et les prostituées. Les péagers avaient mauvaise réputation, car ils collectaient les impôts imposés par les Romains . Certains péagers profitaient de la situation pour détourner une partie des fonds perçus pour leur profit personnel.
Éduqués et organisés, ils devaient gérer des monnaies de diverses origines et noter les taxes récoltées. Un papyrus datant du troisième siècle avant J.-C. mentionne cent onze genres de taxe allant des taxes sur les chevaux, les cochons, le bétail, la laine, jusqu’aux taxes du temple. 7
En Israël, les taxes religieuses étaient acceptées de bon cœur par la population, mais pas les taxes prélevées par l’autorité politique. Un péager devait écrire rapidement, précisément, et souvent en style sténographique, tout en étant attentif à tous les voyageurs qui défilaient devant lui. De formation, Matthieu était organisé et attentif aux fraudes possibles. Il s’intéressait aux pratiques commerciales et connaissait toutes les pièces de monnaie.
6 Selon Luc (5.27), cet appel a précédé le sermon sur la montagne (Lc 6.17 -49). Cependant, Matthieu place le sermon avant l’appel, car il veut commencer le ministère de Jésus avec ce discours prononcé sur la montagne.
7 MARX Werner G.: Money Matters in Matthew, Bibliotheca Sacra,136:542 (Apr 1979).
L’AUTEUR ET LA DATE DE RÉDACTION
L’Évangile de Matthieu témoigne d’un auteur possédant les qualités requises d’un péager. Au début de l’ Évangile, la généalogie de Jésus reflète la plume d’un homme qui aime classer les choses. L’ascendance de Jésus est organisée en trois groupes de quatorze générations. Par la suite, Matthieu regroupe les enseignements de Jésus en cinq « discours » afin de faire écho à la Loi mosaïque contenue dans les cinq livres de Moïse.
L’Évangile de Matthieu témoigne d’un auteur possédant les qualités requises d’un péager. Au début de l’ Évangile, la généalogie de Jésus reflète la plume d’un homme qui aime classer les choses. L’ascendance de Jésus est organisée en trois groupes de quatorze générations. Par la suite, Matthieu regroupe les enseignements de Jésus en cinq « discours » afin de faire écho à la Loi mosaïque contenue dans les cinq livres de Moïse.
Matthieu est plus précis que Marc et Luc. Par exemple, lorsqu’il s’agit de dénombrer une foule, Matthieu est le seul évangéliste à préciser que le nombre de personnes présentes lors de la première multiplication des pains est d’environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants (Mt 14.21), soit cinq mille familles. La même précision est apportée lors de la seconde multiplication des pains : quatre mille hommes, sans les femmes et les enfants (Mt 15.38). Les autres évangélistes se contentent d’utiliser le terme anêp (l’individu masculin) et non pas anthrôpos (qui désigne le genre humain).
Matthieu est plus précis que Marc et Luc. Par exemple, lorsqu’il s’agit de dénombrer une foule, Matthieu est le seul évangéliste à préciser que le nombre de personnes présentes lors de la première multiplication des pains est d’environ cinq mille hommes, sans les femmes et les enfants (Mt 14.21), soit cinq mille familles. La même précision est apportée lors de la seconde multiplication des pains : quatre mille hommes, sans les femmes et les enfants (Mt 15.38). Les autres évangélistes se contentent d’utiliser le terme anêp (l’individu masculin) et non pas anthrôpos (qui désigne le genre humain).
Concernant les fraudes, Matthieu relève, lorsque c’est possible, que plus d’un malade a été guéri, sachant que deux ou trois témoins étaient nécessaires pour valider un témoignage dans une cour de justice ( Dt 17.6 ; 19.15 ; cf. Mt 18.16). Matthieu mentionne que Jésus a guéri deux démoniaques dans le pays des Gadaréniens (Mt 8.28), deux aveugles en Galilée (Mt 9.27) et deux aveugles à Jéricho (Mt 20.30). Marc et Luc, moins attentifs à cet aspect, se contentent de mentionner un seul malade, sans doute le plus en vue des deux. Marc mentionne même le nom d’un malade, Bartimée (Mc 10.46). Notons aussi que Matthieu et Marc mentionnent deux multiplications des pains (Mt 14.13 -21 ; 15.32-38 ; Mc 6.30-44 ; 8.1-9).
Concernant les fraudes, Matthieu relève, lorsque c’est possible, que plus d’un malade a été guéri, sachant que deux ou trois témoins étaient nécessaires pour valider un témoignage dans une cour de justice ( Dt 17.6 ; 19.15 ; cf. Mt 18.16). Matthieu mentionne que Jésus a guéri deux démoniaques dans le pays des Gadaréniens (Mt 8.28), deux aveugles en Galilée (Mt 9.27) et deux aveugles à Jéricho (Mt 20.30). Marc et Luc, moins attentifs à cet aspect, se contentent de mentionner un seul malade, sans doute le plus en vue des deux. Marc mentionne même le nom d’un malade, Bartimée (Mc 10.46). Notons aussi que Matthieu et Marc mentionnent deux multiplications des pains (Mt 14.13 -21 ; 15.32-38 ; Mc 6.30-44 ; 8.1-9).
Matthieu est le seul évangéliste à mentionner que les autorités religieuses ont demandé à Pilate de faire garder l e tombeau de Jésus pendant trois jours par crainte que les disciples dérobent le corps et affirment ensuite que Jésus est ressuscité (Mt 27.62 -66). Le péager rapporte ensuite la corruption des autorités juives qui offrent aux soldats « une assez forte somme d’argent » pour qu’ils affirment que le corps de Jésus a été volé par les disciples (Mt 28.11-15).
Matthieu est le seul évangéliste à mentionner que les autorités religieuses ont demandé à Pilate de faire garder l e tombeau de Jésus pendant trois jours par crainte que les disciples dérobent le corps et affirment ensuite que Jésus est ressuscité (Mt 27.62 -66). Le péager rapporte ensuite la corruption des autorités juives qui offrent aux soldats « une assez forte somme d’argent » pour qu’ils affirment que le corps de Jésus a été volé par les disciples (Mt 28.11-15).
Les pièces de monnaie et les affaires d’argent sont mentionnées deux fois plus souvent dans Matthieu que dans Luc, et quatre fois plus que
Les pièces de monnaie et les affaires d’argent sont mentionnées deux fois plus souvent dans Matthieu que dans Luc, et quatre fois plus que
dans Marc. Le péager est précis quand il est question de monnaie. Il est le seul évangéliste à spécifier que le denier demandé aux pharisiens lors des controverses au temple servait à payer l’impôt aux Romains (« Montrez-moi la monnaie avec laquelle on paie le tribut. Et ils lui présentèrent un denier » Mt 22.19).
Matthieu est le seul auteur à rapporter l’incident de la taxe des deux drachmes (didrachma) que les percepteurs réclamaient à Pierre et à Jésus à Capernaüm, la ville où Matthieu percevait les impôts (Mt 17.24 -27). Sur l’ordre de Jésus, Pierre va à la mer, jette l’hameçon et, comme annoncé par Jésus, le premier poisson attrapé contient un statère (statêra) dans sa bouche. Cette pièce valait quatre drachmes et a permis à Pierre de payer la taxe pour Jésus et pour lui. Les deux pièces mentionnées (didrachma et statêra) n’apparaissent qu’ici dans le Nouveau Testament.
Le péager de Capernaüm est le seul à préciser le montant versé à Judas pour sa trahison (« trente pièces d’argent » Mt 26.15). Il est le seul à rapporter la parabole des ouvriers engagés à différentes heures, mais rémunérés par un même salaire, un denier (dênarion), le salaire de base d’une journée de travail (Mt 20.1-16).
La parabole du gestionnaire impitoyable (Mt 18.23-35) et la parabole des talents (Mt 25.14–30) ne se trouvent que dans Matthieu. Le gestionnaire doit rendre des comptes à son maître pour la mauvaise utilisation de son argent. Incapable de rembourser une somme vertigineuse (dix mille talents), le gestionnaire demande et reçoit la miséricorde de son maître. Dans un deuxième temps, la personne graciée refuse la moindre miséricorde à un homme qui lui doit cent denie rs, une somme quatre-vingt mille fois inférieure à l’argent dont il a été gracié (voir p.200).
La parabole des talents mentionne un maître qui demande à trois serviteurs de rendre compte des talents qu’il a confiés à chacun en fonction de leur capacité. Le dernier lui rend l’argent à contrecœur, et sans intérêt, prétextant que le bon maître est « un homme dur, qui moissonne où il n’a pas semé, et qui récolte où il n’a pas répandu » (Mt 25.24). Dans les deux paraboles, l’homme qui a mal géré les biens est sévèrement puni. Le gestionnaire impitoyable n’a pas fait preuve de miséricorde et, dans la parabole des talents, un serviteur a traité son
L’AUTEUR ET LA DATE DE RÉDACTION
maître de tyran. Matthieu rapporte aussi le « salaire » inattendu d’un paysan qui trouve un trésor dans son champ (Mt 13.44, voir p. 155).
maître de tyran. Matthieu rapporte aussi le « salaire » inattendu d’un paysan qui trouve un trésor dans son champ (Mt 13.44, voir p. 155).
Jésus appelle Matthieu au début de son ministère galiléen, car il peut utiliser un homme qualifié pour noter et transmettre ses paroles. Matthieu sait écrire et il est habitué à relever rapidement et méticuleusement les taxes perçues. Il est possible que le péager de Capernaüm ait spontanément écrit certains points des discours de Jésus.8
Jésus appelle Matthieu au début de son ministère galiléen, car il peut utiliser un homme qualifié pour noter et transmettre ses paroles. Matthieu sait écrire et il est habitué à relever rapidement et méticuleusement les taxes perçues. Il est possible que le péager de Capernaüm ait spontanément écrit certains points des discours de Jésus.8
8 Il est relativement aisé de se souvenir des paraboles, car elles sont construites sur des images. En revanche, un discours comme le Sermon sur le montagne, composé de nombreuses affirmations, demande une excellente mémoire. Matthieu avait l’habitude de noter rapidement les détails des transactions. La Bible souligne l’inspiration inerrante de l’Écriture, mais elle n’indique pas comment cette inspiration s’est faite. Nous savons en revanche que Dieu utilise les capacités naturelles d’un homme pour transmettre sa parole. Luc est un historien qui a effectué des recherches méticuleuses avant d’écrire. Matthieu est particulièrement qualifié pour transmettre un discours élaboré comme le sermon sur la montagne.
8 Il est relativement aisé de se souvenir des paraboles, car elles sont construites sur des images. En revanche, un discours comme le Sermon sur le montagne, composé de nombreuses affirmations, demande une excellente mémoire. Matthieu avait l’habitude de noter rapidement les détails des transactions. La Bible souligne l’inspiration inerrante de l’Écriture, mais elle n’indique pas comment cette inspiration s’est faite. Nous savons en revanche que Dieu utilise les capacités naturelles d’un homme pour transmettre sa parole. Luc est un historien qui a effectué des recherches méticuleuses avant d’écrire. Matthieu est particulièrement qualifié pour transmettre un discours élaboré comme le sermon sur la montagne
24
LES CARACTÉRISTIQUES DES ÉVANGILES
Les quatre Évangiles ne sont pas une biographie de Jésus à proprement parler, car ils se limitent au ministère de Jésus qui a duré trois ans. Certes, Matthieu et Luc décrivent la naissance de Jésus, et Luc ajoute un bref épisode de la visite de Jésus à Jérusalem, lorsqu’il a vait douze ans. Les deux premiers chapitres de Matthieu et les deux premiers de Luc ne sont cependant qu’une introduction à la personne de Jésus.
Le début du ministère de Jésus se situe juste après le ministère de Jean-Baptiste, lorsque Jésus a environ trente ans (Lc 3.23). JeanBaptiste, né six mois avant Jésus (Lc 1.26), sert de précurseur. Il annonce et prépare le ministère de Jésus (Mt 3.1 -12 ; Mc 1.1-8 ; Lc 3.1-20 ; Jn 1.19-28). Lorsque Jean-Baptiste est arrêté et emprisonné par Hérode Antipas (qui n’a pas apprécié les reproches du prophète au sujet de sa femme), Jésus se rend en Galilée et débute un ministère public de grande envergure. Il guérit de nombreux malades, chasse les démons et s’adresse à de grandes foules. Matthieu (4.12), Marc (1.14) et Luc ( 4.14 ; cf. 3.1920) débutent leur narration du ministère de Jésus à ce moment, juste après l’arrestation du précurseur. L’apôtre Jean, en revanche, commence sa narration dès qu’il entend pour la première fois au Jourdain le témoignage de Jean-Baptiste au sujet de Jésus (Jn 1.19), une année avant le début du ministère public de Jésus en Galilée.
Les trois années du ministère de Jésus -Christ
Les diverses fêtes religieuses mentionnées dans Jean montrent que le ministère de Jésus a duré un peu plus de trois ans. Il y a une première fête de Pâque durant laquelle Jésus se rend à Jérusalem et purifie le temple (Jn 2.13-3.21). Ensuite, Jésus retourne à Jérusalem lors d’une autre fête importante (Jn 5.1) qui est probablement aussi une fête de Pâque. En Jean 6.4, à l’approche d’une fête de Pâque, Jésus se trouve en Galilée et nourrit une foule composée de cinq mille hommes (Jn 6.5 -15).
LES CARACTÉRISTIQUES DES ÉVANGILES
En Jean 7, Jésus retourne une troisième fois à Jérusalem lors de la fête des Tabernacles qui a lieu en automne (Jn 7.2-10.21), puis une quatrième fois, lors de la fête de la Dédicace qui a lieu en hiver (Jn 10.22-39). Enfin, Jésus retourne une dernière fois à Jérusalem, au printemps, durant sa dernière Pâque (Jn 12.1). En conclusion, les fêtes mentionnées dans Jean montrent que le ministère de Jésus s’est étendu sur trois années.
En Jean 7, Jésus retourne une troisième fois à Jérusalem lors de la fête des Tabernacles qui a lieu en automne (Jn 7.2-10.21), puis une quatrième fois, lors de la fête de la Dédicace qui a lieu en hiver (Jn 10.22-39). Enfin, Jésus retourne une dernière fois à Jérusalem, au printemps, durant sa dernière Pâque (Jn 12.1). En conclusion, les fêtes mentionnées dans Jean montrent que le ministère de Jésus s’est étendu sur trois années.
Sélectivité des quatre évangélistes
Sélectivité des quatre évangélistes
L’apôtre Jean couvre les trois années du ministère de Jésus, mais il se limite essentiellement à ses visites à Jérusalem. Ainsi, entre la seconde fête de Pâque mentionnée dans Jean (celle de Jean 5 en l’an 31 ap. J.C.)1, et la fête des Tabernacles en l’an 32 (Jn 7.2 à 10.21), il s’écoule dixhuit mois durant lesquels, l’apôtre Jean ne décrit que deux jours en Galilée (la multiplication des pains, la marche sur la mer et le discours sur le pain de vie le lendemain, à Capernaüm : Jn 6.1-71). Jean est donc très sélectif, car comme il le dit dans le dernier verset de son livre : aucun écrivain ne pouvait rapporter toutes les paroles et tous les actes de Jésus (Jn 21.25).
L’apôtre Jean couvre les trois années du ministère de Jésus, mais il se limite essentiellement à ses visites à Jérusalem. Ainsi, entre la seconde fête de Pâque mentionnée dans Jean (celle de Jean 5 en l’an 31 ap. J.C.)1, et la fête des Tabernacles en l’an 32 (Jn 7.2 à 10.21), il s’écoule dixhuit mois durant lesquels, l’apôtre Jean ne décrit que deux jours en Galilée (la multiplication des pains, la marche sur la mer et le discours sur le pain de vie le lendemain, à Capernaüm : Jn 6.1-71). Jean est donc très sélectif, car comme il le dit dans le dernier verset de son livre : aucun écrivain ne pouvait rapporter toutes les paroles et tous les actes de Jésus (Jn 21.25).
Les autres évangélistes sont sélectifs eux aussi, mais pas de la même manière. Matthieu, Marc et Luc ne disent rien de la première année du ministère de Jésus durant laquelle Jésus est resté relativement discret, passant l’essentiel de son temps au bord du Jourdain où il baptisait (avec ses premiers disciples) les personnes aspirant à une vie renouvelée. Les Évangiles synoptiques ne rapportent pas non plus les différents voyages que Jésus a effectués à Jérusalem durant son ministère, sauf le dernier voyage. Cet ultime voyage de Jésus à Jérusalem est décrit en détail par les quatre évangélistes. Matthieu consacre un tiers de son ouvrage à la dernière semaine de Jésus (33.4%). Marc y consacre 34,1% et Jean 37%. Luc n’y consacre que 18.5%, mais il fait précéder la narration de la Passion par une longue marche vers Jérusalem qui représente 37% de son Évangile (Lc 9.51-19.28). On pourrait presque dire que les Évangiles sont une narration de la dernière semaine de Jésus, précédée d’une longue introduction (durant laquelle Jésus prépare ses disciples à vivre cette semaine dans la foi). Une brève conclusion dans chaque Évangile
Les autres évangélistes sont sélectifs eux aussi, mais pas de la même manière. Matthieu, Marc et Luc ne disent rien de la première année du ministère de Jésus durant laquelle Jésus est resté relativement discret, passant l’essentiel de son temps au bord du Jourdain où il baptisait (avec ses premiers disciples) les personnes aspirant à une vie renouvelée. Les Évangiles synoptiques ne rapportent pas non plus les différents voyages que Jésus a effectués à Jérusalem durant son ministère, sauf le dernier voyage. Cet ultime voyage de Jésus à Jérusalem est décrit en détail par les quatre évangélistes. Matthieu consacre un tiers de son ouvrage à la dernière semaine de Jésus (33.4%). Marc y consacre 34,1% et Jean 37%. Luc n’y consacre que 18.5%, mais il fait précéder la narration de la Passion par une longue marche vers Jérusalem qui représente 37% de son Évangile (Lc 9.51-19.28). On pourrait presque dire que les Évangiles sont une narration de la dernière semaine de Jésus, précédée d’une longue introduction (durant laquelle Jésus prépare ses disciples à vivre cette semaine dans la foi). Une brève conclusion dans chaque Évangile
1 Pour les détails chronologiques, voir note 5 p. 30.
1 Pour les détails chronologiques, voir note 5 p. 30.
mentionne la résurrection de Jésus et son apparition à ses disciples. Les évangélistes montrent ainsi que pour Jésus, la Passion est le point d’aboutissement de tout son ministère.
Les évangélistes ont été sélectifs, mais chacun a rapporté l’essentiel du ministère de Jésus. Le croyant qui a lu un Évangile (que ce soit celui de Matthieu, de Marc, de Luc ou de Jean) est informé de l’essentiel.
Les contraintes matérielles
Les évangélistes ont sélectionné les récits les plus pertinents à leurs yeux, mais ils se sont aussi efforcés d’écrire des récits succincts en raison de certaines contraintes matérielles.
Le support matériel. Les rouleaux de papyrus ne pouvaient pas être trop longs, car ce support est fragile et se déchire facilement lorsque le rouleau devient trop lourd. Dans l’Ancien Testament, les rouleaux que les prophètes et scribes utilisaient ne dépassaient pas dix mètres. Le célèbre rouleau d’Ésaïe découvert en 1947 dans les grottes de Qumran (et exposé aujourd’hui au musée d’Israël à Jérusalem) mesure 7 ,34 mètres.
La longueur de l’Évangile de Matthieu est sensiblement la même. Certes, Matthieu ne contient que 28 chapitres et non 66 comme Ésaïe, mais les chapitres de Matthieu contiennent plus de versets que ceux d’Ésaïe. Par ailleurs, les scribes hébreux n’écrivaient pas les voyelles, et les mots hébreux comptent généralement moins de consonnes que les mots grecs. En conclusion, la longueur de Matthieu est similaire à celle du rouleau d’Ésaïe.
Un texte facile à copier. Indépendamment de la fragilité des papyrus, les évangélistes souhaitaient produire un texte facile à copier et à diffuser, donc pas trop long.
Pour ne pas « gaspiller » de la place, les évangélistes se sont efforcés de rédiger des récits succincts. Beaucoup de détails sont omis, et ceux qui ne l’ont pas été sont généralement significatifs et permettent de comprendre un aspect important du récit. Exceptionnellement, un auteur répète une leçon ou présente un récit analogue pour souligner un point important (par exemple, Matthieu rapporte deux multiplications des pains). Dans la pensée hébraïque, la répétition permet d’exprimer le superlatif. Pour souligner la sainteté de Dieu, on dira qu’il est « saint,
LES CARACTÉRISTIQUES DES ÉVANGILES
saint, saint ». Pour attirer l’attention, Jésus a souvent utilisé l’expression « en vérité, en vérité, je vous le dis ».
saint, saint ». Pour attirer l’attention, Jésus a souvent utilisé l’expression « en vérité, en vérité, je vous le dis ».
La concision des paroles et des miracles de Jésus s’inspire sans doute aussi de la manière dont Jésus lui-même s’est exprimé. Cela est particulièrement vrai des paraboles. Jésus a souvent utilisé cette forme littéraire pour transmettre un message. En quelques mots, le cadre est posé, puis une phrase éclaire la morale de l’histoire en conclusion. Parfois, la conclusion est même absente, Jésus laissant alors le soin à ses auditeurs de méditer l’image proposée.
La concision des paroles et des miracles de Jésus s’inspire sans doute aussi de la manière dont Jésus lui-même s’est exprimé. Cela est particulièrement vrai des paraboles. Jésus a souvent utilisé cette forme littéraire pour transmettre un message. En quelques mots, le cadre est posé, puis une phrase éclaire la morale de l’histoire en conclusion. Parfois, la conclusion est même absente, Jésus laissant alors le soin à ses auditeurs de méditer l’image proposée.
Lors de certains discours (comme dans le sermon sur la montagne), de courtes leçons se succèdent rapidement. Ce style de communication s’apparente aux proverbes, qui sont des maximes formulées en une ou deux phrases. La simplicité des images et la concision des narrations facilitent la mémorisation et la méditation.
Lors de certains discours (comme dans le sermon sur la montagne), de courtes leçons se succèdent rapidement. Ce style de communication s’apparente aux proverbes, qui sont des maximes formulées en une ou deux phrases. La simplicité des images et la concision des narrations facilitent la mémorisation et la méditation.
Les évangélistes se sont inspirés de l’art de communiquer de Jésus pour rédiger les récits de miracles. Un miracle est un prodige, mais c’est aussi une leçon pédagogique, un signe qui oriente les témoins vers une leçon plus profonde. Parfois, les évangélistes soulignent un détail pour aider le lecteur à comprendre le sens particulier d’un prodige.
Les évangélistes se sont inspirés de l’art de communiquer de Jésus pour rédiger les récits de miracles. Un miracle est un prodige, mais c’est aussi une leçon pédagogique, un signe qui oriente les témoins vers une leçon plus profonde. Parfois, les évangélistes soulignent un détail pour aider le lecteur à comprendre le sens particulier d’un prodige.
LES CHOIX DE MATTHIEU
Matthieu se concentre sur les deux dernières années de Jésus , en particulier les six premiers mois de son ministère en Galilée et la dernière semaine de Jésus. Les autres parties sont résumées, voire absente s.
Les six premiers mois et la dernière semaine
Matthieu commence la narration du ministère de Jésus après l’arrestation de Jean-Baptiste (4.12). Il se limite donc aux deux dernières années du ministère de Jésus, celles durant lesquelles Jésus s’est adressé à de grandes foules, dans diverses villes et divers lieux, et celles durant lesquelles il a accompli de nombreux miracles publics.
D’autre part, Matthieu se concentre sur les faits qu’il a vu s et les messages qu’il a entendus. Matthieu a en effet été appelé à suivre Jésus lorsque celui-ci a commencé son ministère public à Capernaüm, la ville où le péager travaillait. Comme nous l’avons suggéré, il est possible que seuls cinq ou six disciples aient été appelés dès l’entame du ministère de Jésus. (Jean, présent dès le début, mentionne André, Pierre, Philippe et Nathanaël.)
Matthieu consacre beaucoup de place aux six premiers mois du ministère en Galilée,1 car les premiers miracles qu’une personne voit et les premiers discours qu’elle entend laissent une marque indélébile sur un témoin. Sur vingt-huit chapitres, plus de neuf sont consacrés à ces six mois (4.12-13.58), soit un bon tiers de l’ouvrage.
La deuxième période de six mois n’est pas évoquée, car ces mois d’hiver2 sont consacrés au ministère des disciples , par équipe de deux. Marc et Luc n’y consacrent que quelques versets (Mc 6.7-13, 30 ; Lc 9.16, 10). Ils signalent que les disciples ont effectué de nombreuses guérisons, mais ces deux auteurs n’en décrivent aucun. Matthieu ne dit
1 Du printemps à l’automne de l’an 31. Pour les détails chronologiques, voir note 5 p. 30
2 De l’automne 31 au printemps de l’an 32.
LES CHOIX DE MATTHIEU
rien de l’activité des disciples, mais il rapporte les paroles de Jésus sur la mission des disciples, instructions données durant les six premiers mois.
La troisième période de six mois3 est résumée en deux chapitres et demi (14.1-16.12), et la quatrième période de six mois4 est rapportée en quatre chapitres et demi (16.13-20.34). La justification des périodes proposées est indiquée en note de bas de page.5
rien de l’activité des disciples, mais il rapporte les paroles de Jésus sur la mission des disciples, instructions données durant les six premiers mois. La troisième période de six mois3 est résumée en deux chapitres et demi (14.1-16.12), et la quatrième période de six mois4 est rapportée en quatre chapitres et demi (16.13-20.34). La justification des périodes proposées est indiquée en note de bas de page.5
La dernière semaine et la Résurrection sont décrites dans les huit derniers chapitres (Mt 21-28), car ces événements sont l’apogée du ministère de Jésus, une section qui représente environ un tiers de l’ouvrage.
La dernière semaine et la Résurrection sont décrites dans les huit derniers chapitres (Mt 21-28), car ces événements sont l’apogée du ministère de Jésus, une section qui représente environ un tiers de l’ouvrage.
Matthieu rapporte les événements dont il a été témoin, mais pas de manière aussi absolue que Jean qui ne rapporte que les événements dont il a été témoin.6 Matthieu introduit son Évangile par quatre chapitres consacrés à la naissance de Jésus (1.1-2.23) et au préambule du ministère de Jésus (3.1-4.11). Dans ces chapitres, le péager transmet les paroles reçues par d’autres témoins. C’est aussi le cas du procès et de la mort de Jésus qu’il n’a pas vus.
Matthieu rapporte les événements dont il a été témoin, mais pas de manière aussi absolue que Jean qui ne rapporte que les événements dont il a été témoin.6 Matthieu introduit son Évangile par quatre chapitres consacrés à la naissance de Jésus (1.1-2.23) et au préambule du ministère de Jésus (3.1-4.11). Dans ces chapitres, le péager transmet les paroles reçues par d’autres témoins. C’est aussi le cas du procès et de la mort de Jésus qu’il n’a pas vus.
Pour Matthieu, les moments forts du ministère de Jésus sont les six premiers mois et la dernière semaine.
Pour Matthieu, les moments forts du ministère de Jésus sont les six premiers mois et la dernière semaine.
3 Du printemps à l’automne de l’an 32.
4 De l’automne 32 au printemps de l’an 33.
3 Du printemps à l’automne de l’an 32.
4 De l’automne 32 au printemps de l’an 33.
5 Jean-Baptiste a commencé son ministère la quinzième année de Tibère (Lc 3.1), en 29 ap. J.-C. L’année suivante, au printemps de l’an 30, Jésus appelle ses premiers disciples (Jn 1.35-51), puis il se rend à Jérusalem à l’occasion de la fête de la Pâque (Jn 2.13). Après de nombreux mois consacrés à baptiser les gens au Jourdain avec ses disciples, Jésus retourne à Jérusalem pour la fête de la Pâque en l’an 31 (Jn 5 .1).
5 Jean-Baptiste a commencé son ministère la quinzième année de Tibère (Lc 3.1), en 29 ap. J.-C. L’année suivante, au printemps de l’an 30, Jésus appelle ses premiers disciples (Jn 1.35-51), puis il se rend à Jérusalem à l’occasion de la fête de la Pâque (Jn 2.13). Après de nombreux mois consacrés à baptiser les gens au Jourdain avec ses disciples, Jésus retourne à Jérusalem pour la fête de la Pâque en l’an 31 (Jn 5 .1). Dès l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus entame son ministère public en Galilée. À l’automne de cette année (l’an 31), Jésus prononce le discours sur les paraboles du royaume ; il illustre son propos par des images tirées du monde agricole automnal (le temps des labours et des semailles). Les mois d’hiver sont consacrés au travail missionnaire des disciples. La troisième période débute avec la multiplication des pains située à la période de Pâque de l’an 32 (Jn 6.4). Six mois avant sa mort, Jésus annonce sa Passion aux disciples et se rend à Jérusalem à l’occasion de la fête des Tabernacles (Jn 7.2). Il meurt au printemps de l’an 33 à Jérusalem.
6 Voir ARNOLD, Le meilleur de Jésus. L’Évangile selon Jean , pp. 14-18.
Dès l’arrestation de Jean-Baptiste, Jésus entame son ministère public en Galilée. À l’automne de cette année (l’an 31), Jésus prononce le discours sur les paraboles du royaume ; il illustre son propos par des images tirées du monde agricole automnal (le temps des labours et des semailles). Les mois d’hiver sont consacrés au travail missionnaire des disciples. La troisième période débute avec la multiplication des pains située à la période de Pâque de l’an 32 (Jn 6.4). Six mois avant sa mort, Jésus annonce sa Passion aux disciples et se rend à Jérusalem à l’occasion de la fête des Tabernacles (Jn 7.2). Il meurt au printemps de l’an 33 à Jérusalem.
6 Voir ARNOLD, Le meilleur de Jésus. L’Évangile selon Jean , pp. 14-18.
Les enseignements de Jésus
Matthieu attache un intérêt particulier aux enseignements de Jésus . Est-ce par intérêt personnel ? Ou parce qu’il a été plus impressionné par ses enseignements que par ses miracles ? Est-ce parce qu’il a commencé à prendre des notes lors des conférences de Jésus ? Formé à inscrire rapidement les taxes, le péager a-t-il spontanément noté les éléments clés des « conférences/sermons » de Jésus ? Matthieu a peut-être rédigé les récits des miracles plus tard, lors de la composition de son Évangile, car il est plus facile de décrire brièvement de mémoire un événement exceptionnel que de rendre compte d’un exposé sur plusieurs chapitres . La priorité accordée à l’enseignement est-elle due aux intérêts des destinataires ? Les Juifs accordaient-ils une priorité à ce sujet. Matthieu s’adresse à des Juifs qui sont particulièrement attentifs à l’enseignement de Jésus, car le Sauveur a été condamné en raison de ses déclarations et non de ses miracles.
Quoi qu’il en soit, Matthieu a organisé son Évangile autour de cinq « conférences » qui transmettent l’enseignement de Jésus. Il convient de noter que notre péager-scribe rapporte surtout des enseignements suivis (que l’on peut appeler sermon ou conférence). Les paraboles et les leçons de choses, données lors de repas avec les pharisiens7 ou de rencontres imprévues, sont absentes de l’Évangile de Matthieu, excepté les quatre longues paraboles communiquées aux chefs religieux lors des controverses au temple (21.28-22.14).8
Papias a écrit au deuxième siècle que Matthieu avait d’abord écrit les « logia » de Jésus en langue hébraïque. Certains commentateurs suggèrent que ce père de l’Église fait référence à une première mouture de l’Évangile, rédigée en hébreu. Les « logia » (les paroles) représenteraient un fascicule ne contenant que les prédications de Jésus. La possibilité d’un tel écrit ne peut pas être exclue, mais cette hypothèse repose sur des bases ténues, car aucun manuscrit contenant uniquement les discours de Jésus n’a jamais été trouvé ni en hébreu, ni en grec, ni en aucune autre langue. Nous suggérons que Matthieu a peut-être pris des notes, mais cela ne veut pas dire qu’il l’ait fait, et encore moins qu’il les
7 Voir Luc 7.41-50 : 11.5-13 ; 14.15-24.
8 Pour être complet, on peut encore relever deux illustrations en 9.16 -17, ainsi que la parabole des ouvriers engagés à différentes heures (20.1 -16).
LES CHOIX DE MATTHIEU
ait publiées. Des notes manuscrites ou un brouillon ne sont qu’une ébauche utile à l’auteur, rien de plus.
ait publiées. Des notes manuscrites ou un brouillon ne sont qu’une ébauche utile à l’auteur, rien de plus.
Les cinq « sermons » de Jésus couvrent cinq domaines de la foi. 1) Dans le sermon sur la montagne, Jésus situe son enseignement éthique et religieux par rapport à la loi de Moïse. 2) Dans l’exposé sur la mission, il précise les comportements attendus de ses disciples dans la propagation de l’Évangile. 3) Les paraboles du royaume annoncent la victoire finale du règne messianique après un temps d’attente. 4) Le sermon sur la vie communautaire exhorte les disciples à l’amour réciproque. 5) Le discours eschatologique décrit les troubles de la fin des temps et le jugement final sur les justes et les pécheurs.
Les cinq « sermons » de Jésus couvrent cinq domaines de la foi. 1) Dans le sermon sur la montagne, Jésus situe son enseignement éthique et religieux par rapport à la loi de Moïse. 2) Dans l’exposé sur la mission, il précise les comportements attendus de ses disciples dans la propagation de l’Évangile. 3) Les paraboles du royaume annoncent la victoire finale du règne messianique après un temps d’attente. 4) Le sermon sur la vie communautaire exhorte les disciples à l’amour réciproque. 5) Le discours eschatologique décrit les troubles de la fin des temps et le jugement final sur les justes et les pécheurs.
Coutumes et chronologie
Coutumes et chronologie
Matthieu n’explique ni les coutumes juives ni ne donne de références chronologiques contrairement aux autres évangélistes qui s’adressent à des païens peu familiers avec les pratiques juives et distants des événements.
Matthieu n’explique ni les coutumes juives ni ne donne de références chronologiques contrairement aux autres évangélistes qui s’adressent à des païens peu familiers avec les pratiques juives et distants des événements.
Les lecteurs de Matthieu sont juifs et connaissent le contexte politique et géographique de la venue de Jésus. Matthieu ne fournit pas de repères chronologiques, à la différence de Luc qui mentionne que Jésus est né à Bethléhem à la suite d’un premier recensement ordonné par l’empereur César Auguste dans son empire (Lc 2.1-3), un fait qui aide les lecteurs païens à situer les événements dans le temps. Les lecteurs juifs de Matthieu connaissent la date du règne d’Hérode le Grand, ainsi que les atrocités qui ont marqué la fin de son règne (2.1, 13-22). Le péager de Capernaüm n’a pas besoin d’indiquer le nom des autorités religieuses et politiques au début du ministère de Jean-Baptiste comme le fait Luc (Lc 3.1-2).
Les lecteurs de Matthieu sont juifs et connaissent le contexte politique et géographique de la venue de Jésus. Matthieu ne fournit pas de repères chronologiques, à la différence de Luc qui mentionne que Jésus est né à Bethléhem à la suite d’un premier recensement ordonné par l’empereur César Auguste dans son empire (Lc 2.1-3), un fait qui aide les lecteurs païens à situer les événements dans le temps. Les lecteurs juifs de Matthieu connaissent la date du règne d’Hérode le Grand, ainsi que les atrocités qui ont marqué la fin de son règne (2.1, 13-22). Le péager de Capernaüm n’a pas besoin d’indiquer le nom des autorités religieuses et politiques au début du ministère de Jean-Baptiste comme le fait Luc (Lc 3.1-2).
Les lecteurs de Matthieu sont familiers du contexte culturel , géographique, chronologique et temporel des événements, ce qui n’est pas le cas des lecteurs de Luc, habitants de Rome. Matthieu n’a pas besoin d’indiquer l’âge de Jésus au début de son ministère comme le fait Luc (« environ trente ans » Lc 3.23), car ses lecteurs peuvent eux-mêmes déduire l’âge approximatif de Jésus. Les rares informations chronologiques contenues dans Matthieu concernent les derniers jours
Les lecteurs de Matthieu sont familiers du contexte culturel , géographique, chronologique et temporel des événements, ce qui n’est pas le cas des lecteurs de Luc, habitants de Rome. Matthieu n’a pas besoin d’indiquer l’âge de Jésus au début de son ministère comme le fait Luc (« environ trente ans » Lc 3.23), car ses lecteurs peuvent eux-mêmes déduire l’âge approximatif de Jésus. Les rares informations chronologiques contenues dans Matthieu concernent les derniers jours
de Jésus. Le complot situé deux jours avant la Pâque (26.2) et la Résurrection au lendemain du sabbat (28.1).
Le cadre de la révélation vétérotestamentaire
Le cadre chronologique qui intéresse Matthieu (et ses lecteurs) est celui de l’Ancien Testament. C’est le cadre rédempteur.
Matthieu montre comment le ministère de Jésus s’inscrit dans la révélation passée. Il cite de nombreuses prophéties de l’Ancien Testament. Elles sont particulièrement abondantes au début et à la fin de son livre, c'est-à-dire lorsqu’il décrit la naissance et la mort de Jésus.
Plusieurs citations étonnent, en particulier au chapitre 2. Comment Matthieu peut-il associer le massacre perpétré par Hérode à Bethléhem à la parole de Jérémie sur les lamentations des mères hébraïques lors du siège de Jérusalem six siècles plus tôt (2.17-18) ? Pourquoi appliquer à Jésus la prophétie d’Osée sur la sortie d’Égypte d’Israël réalisée du temps de Moïse (2.15) ? Quant à la citation des prophètes « Il sera appelé Nazaréen » (2.23), elle n’apparaît dans aucun texte de l’Ancien Testament.
Comment Matthieu peut-il convaincre les Juifs incrédules grâce à de telles citations ? Cette question a fait couler beaucoup d’encre. La difficulté vient du postulat de départ : « Matthieu cherche à convaincre les Juifs incrédules ». Mais est-ce vraiment là la démarche de notre auteur ? Cherche-t-il à convaincre ou à enseigner ? Sa démarche est-elle apologétique ou pédagogique ? S’adresse-t-il aux incrédules ou aux croyants ? Matthieu accorde une place considérable aux enseignements de Jésus. En revanche, les miracles, souvent cités par Jésus comme preuve de sa divinité (Jn 5.36 ; 12.37), sont rapportés succinctement. Marc privilégie les actes de puissance, mais Matthieu préfère les sermons. Le péager de Capernaüm est un pédagogue.
Les références aux textes de l’Ancien Testament doivent être comprises à la lumière de la relation entre Jésus et la Révélation passée. Jésus est l’accomplissement du plan rédempteur de Dieu. Jésus n’accomplit pas seulement quelques prophéties isolées, ici et là, mais il éclaire, survole, résume, complète et réalise tout le plan de salut élaboré par Dieu, depuis la chute jusqu’à la rédemption finale.
L’histoire de Jésus commence avec la conception miraculeuse de Marie. Ce miracle est unique. Dans le passé, Dieu était déjà intervenu
LES CHOIX DE MATTHIEU
pour aider des femmes stériles à enfanter (Sara, Rébecca, Anne, Elisabeth). Ici, c’est une vierge qui enfante par l’action du Saint -Esprit. Cet acte divin correspond à une nouvelle création ; avec Jésus, l’humanité pourra repartir sur de nouvelles bases. En effet, après le péché d’Adam et d’Ève, Dieu a manifesté sa patience et sa grâce, et n’a pas détruit l’humanité. Lors du jugement du déluge, il a préservé une famille. Après le déluge, Dieu entame un projet de rédemption avec Abraham. Celui-ci est le père d’un peuple particulier, un peuple élu, choyé et gardé par Dieu dans la mesure où la nation est fidèle. Malheureusement, génération après génération, Israël s’est détourné de l’Éternel.
pour aider des femmes stériles à enfanter (Sara, Rébecca, Anne, Elisabeth). Ici, c’est une vierge qui enfante par l’action du Saint -Esprit. Cet acte divin correspond à une nouvelle création ; avec Jésus, l’humanité pourra repartir sur de nouvelles bases. En effet, après le péché d’Adam et d’Ève, Dieu a manifesté sa patience et sa grâce, et n’a pas détruit l’humanité. Lors du jugement du déluge, il a préservé une famille. Après le déluge, Dieu entame un projet de rédemption avec Abraham. Celui-ci est le père d’un peuple particulier, un peuple élu, choyé et gardé par Dieu dans la mesure où la nation est fidèle. Malheureusement, génération après génération, Israël s’est détourné de l’Éternel.
Jésus est le nouvel Adam. Il va parcourir toutes les étapes du plan rédempteur avec succès. Il sera le nouvel Israël, le nouveau Moïse, le nouveau David, le prophète par excellence, le rédempteur parfait qui offre sa vie en sacrifice pour le monde.
Jésus est le nouvel Adam. Il va parcourir toutes les étapes du plan rédempteur avec succès. Il sera le nouvel Israël, le nouveau Moïse, le nouveau David, le prophète par excellence, le rédempteur parfait qui offre sa vie en sacrifice pour le monde.
Matthieu souligne certaines de ces étapes. Les citations de l’Ancien Testament au chapitre 2 font référence à des phases importantes de l’histoire d’Israël : le séjour en Égypte, l’oppression des Babyloniens et la mise en retrait temporaire d’Israël. (Des explications détaillées sont fournies dans le commentaire.)
Matthieu souligne certaines de ces étapes. Les citations de l’Ancien Testament au chapitre 2 font référence à des phases importantes de l’histoire d’Israël : le séjour en Égypte, l’oppression des Babyloniens et la mise en retrait temporaire d’Israël. (Des explications détaillées sont fournies dans le commentaire.)
Le parcours de Jésus dès sa naissance est celui qu’Israël a emprunté avant lui. Souverainement conduit par Dieu, Jésus est emmené en Égypte tout comme Jacob-Israël a dû s’exiler en Égypte. Puis, Jésus retourne dans le pays de ses ancêtres après le temps d’oppression tout comme Israël est retourné dans la Terre promise. Jésus est sorti indemne d’un massacre sans précédent tout comme un reste d’Israël a survécu aux massacres des Babyloniens. Le retour au pays est fait discrètement, presque en secret. Les parents s’établissent dans un village isolé, loin des affaires du monde, tout comme les Hébreux rentrés au pays sont restés dans l’ombre des grandes nations (Perse, Grèce, Rome).
Le parcours de Jésus dès sa naissance est celui qu’Israël a emprunté avant lui. Souverainement conduit par Dieu, Jésus est emmené en Égypte tout comme Jacob-Israël a dû s’exiler en Égypte. Puis, Jésus retourne dans le pays de ses ancêtres après le temps d’oppression tout comme Israël est retourné dans la Terre promise. Jésus est sorti indemne d’un massacre sans précédent tout comme un reste d’Israël a survécu aux massacres des Babyloniens. Le retour au pays est fait discrètement, presque en secret. Les parents s’établissent dans un village isolé, loin des affaires du monde, tout comme les Hébreux rentrés au pays sont restés dans l’ombre des grandes nations (Perse, Grèce, Rome).
Matthieu transmet cinq sermons de Jésus qui font écho aux cinq livres de Moïse. Dans le premier, Matthieu précise que Jésus est monté sur la montagne pour transmettre son enseignement (Mt 5.1), un écho manifeste à l’enseignement divin transmis à Moïse au mont Sinaï.
Matthieu transmet cinq sermons de Jésus qui font écho aux cinq livres de Moïse. Dans le premier, Matthieu précise que Jésus est monté sur la montagne pour transmettre son enseignement (Mt 5.1), un écho manifeste à l’enseignement divin transmis à Moïse au mont Sinaï.
La généalogie de Jésus est focalisée sur David, le roi avec qui Dieu a fait alliance. Notons que Matthieu commence la liste des ancêtres de
La généalogie de Jésus est focalisée sur David, le roi avec qui Dieu a fait alliance. Notons que Matthieu commence la liste des ancêtres de
Jésus avec Abraham, l’ancêtre du peuple élu, l’homme situé au début du plan de rédemption.
Les références à l’histoire d’Israël sont nombreuses, parfois expliquées, parfois simplement évoquées. Jésus doit passer quarante jours dans le désert pour être tenté, tout comme Israël a passé quarante ans dans le désert. La seule différence, ici comme ailleurs, est que Jésus est resté droit et n’a jamais cédé à la tentation.
Lire l’histoire de Jésus sans discerner les liens avec l’histoire passée d’Israël, c’est rester dans l’aveuglement des disciples d’Emmaüs avant que Jésus leur explique comment « toutes les Écritures » (Lc 24.27), depuis Moïse (le Pentateuque) jusqu’aux prophètes, de la Genèse à Malachie, annoncent la vie et le ministère de Jésus. Dans ce commentaire, nous nous efforçons de comprendre le texte à la lumière christocentrique. Comme l’exprime l’apôtre Paul à la fin de la partie doctrinale de l’épître aux Romains au sujet de Jésus : « Toutes choses sont venues à l'existence par lui, pour lui et c'est en lui que tout existe. À lui la gloire dans tous les siècles ! Amen ! » (Ro 11.36).
Quatorze références. L’une des particularités de Matthieu est la fréquente référence à l’accomplissement des Écritures. Matthieu en présente quatorze, alors que Marc et Luc se limitent à deux et Jean en présente sept. Le nombre de références dans Matthieu et Jean ( quatorze et sept) est un choix délibéré de ces deux auteurs pour souligner l’ensemble.9
Les quatorze références à l’accomplissement des Écritures chez Matthieu ont été désignées par l’expression « formula-citations » (KAISER, AUGUST) ou « fulfillment formula citations » (CROWE).10 Dix d’entre elles, utilisent le singulier (« le prophète » : 1.22 ; 2.15, 17 ; 4.14 ; 8.17 ; 12.17; 13.14, 35 ; 21.4 ; 27.9) et quatre, le pluriel (« les prophètes » : 2.23 ; 5.17 ; 26.54, 56). Les dix références qui mentionnent un prophète citent des textes précis, alors que les quatre références « aux
9 Pour Jean, l’importance du chiffre sept ressort particulièrement dans son Évangile (ARNOLD, Le meilleur de Jésus, p. 31-34) et dans l’Apocalypse.
10 AUGUST Jared M.: ‘He Shall Be Called A Nazarene’ The Non -Citation Of Matthew 2:23, Tyndale Bulletin 69:1 (NA 2018). CROWE Brandon D.: Fulfillment In Matthew As Eschatological Reversal, Westminster Theological Journal 75:1 (Spring 2013). KAISER Walter C., Jr, The Uses of the Old Testament in the New (Chicago: Moody, 1985), p. 4.
prophètes » ne correspondent à aucune référence connue.11 Matthieu utilise l’expression « afin d’accomplir » dans un sens large. C’est l’Ancien Testament dans son ensemble qui annonce la personne et l’œuvre de Jésus-Christ.
prophètes » ne correspondent à aucune référence connue.11 Matthieu utilise l’expression « afin d’accomplir » dans un sens large. C’est l’Ancien Testament dans son ensemble qui annonce la personne et l’œuvre de Jésus-Christ. 11 AUGUST p.63-73.
11 AUGUST p.63-73.
Commentaire
DANIEL ARNOLD
MATTHIEU
Matthieu s’adresse à des lecteurs juifs, familiers de l’Ancien Testament, qui attendaient la venue d’un roi-messie. Pour eux, ce roi-messie devait établir un royaume de paix et de justice. Et comme le montre l’évangéliste, Jésus est ce roi. En revanche, il est un monarque bien différent de celui que ses contemporains attendaient : il surpasse et déclasse tous les rois qui l’ont précédé, et ce, dans tous les domaines. Il renverse la perception que les hommes avaient de la justice et de la grâce divines, éclaire, renouvelle et accomplit toutes les promesses divines du passé. Jésus est l’Emmanuel, « Dieu parmi nous ».
Ce commentaire suivi souligne la trame narrative et la structure organisationnelle élaborée par Matthieu autour des cinq grands discours de Jésus, en particulier le sermon sur la montagne, les paraboles du royaume et le discours eschatologique.
Un enseignement très pertinent pour nous, aujourd’hui !
Suisse, Daniel Arnold a enseigné à l’Institut biblique et missionnaire Emmaüs durant plus de 30 ans, avant de prendre sa retraite en 2014. Fasciné par les textes narratifs de la Bible, il a publié 11 commentaires bibliques, dont celui-ci, ainsi qu’un ouvrage de référence sur l’éthique chrétienne et deux recueils de pièces de théâtre pour Noël