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Dr James Dobson

Tu seras un homme, mon fils


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Titre original en anglais: Bringing Up Boys © 2001 by Dr James Dobson French edition © 2005 by La Maison de la Bible With permission of Tyndale House Publishers, Inc. All rights reserved.

Les textes bibliques sont tirés de la Bible Segond revue, Nouvelle Edition de Genève, 1979

Traduction: Dominique Macabies © et édition: La Maison de la Bible, 2005 Chemin de Praz-Roussy 4bis CH-1032 Romanel-sur-Lausanne Internet: http://www.maisonbible.net E-mail: info@bible.ch Diffusion en France: La Maison de la Bible 255 rue de Vendôme, F-69003 Lyon Internet: http://www.maisonbible.net E-mail: diffusion@maisonbible.net ISBN 2-8260-3463-4 Imprimé en UE


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Table des matières

01. Ce monde merveilleux des garçons . . . . . . . . . . . . . .

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02. Vive la différence . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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03. Quelle est donc cette différence? . . . . . . . . . . . . . . .

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04. Esprits blessés . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . .

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05. Le père irremplaçable

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......................

06. Père et fils . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 109 07. Mère et fils . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 131 08. Des chenilles et des hommes . . . . . . . . . . . . . . . . . . 155 09. Les origines de l’homosexualité . . . . . . . . . . . . . . . . 175 10. Le parent seul et les grands-parents 11. En avant!

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 223

12. «Les hommes sont des imbéciles» 13. Les garçons et l’école 14. Prédateurs

. . . . . . . . . . . . 201 . . . . . . . . . . . . . . 241

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 271

. . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 297

15. Garder le contact . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 321 16. Discipliner . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 337 17. La plus haute priorité . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . . 363


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Il y a quelques jours, j’ai accompagné mon épouse faire ses courses au supermarché. En arrivant, nous avons été les témoins d’un bras de fer entre une dame et son petit garçon de 5 ans. Il exigeait qu’elle lui achète un gadget et, devant son refus, il a piqué la classique crise de colère. La situation était toujours critique lorsque nous nous sommes trouvés nous-mêmes à la caisse. La mère, qui ne remarquait pas combien cette scène m’intéressait, s’est finalement penchée vers son fils pour lui dire sur un ton très calme: «J’avais décidé de te donner ce que tu voulais, mais après ce que tu viens de faire, cela m’est totalement impossible: il n’y a pas de récompense pour une telle conduite.» Le gamin, lui, ne se déclarait toujours pas vaincu. Il a continué à gémir et à se plaindre. Alors sa mère lui a posé une question dont, de toute évidence, ils connaissaient tous deux la réponse: – Tu sais comme moi ce qui va arriver quand nous serons à la maison, n’est-ce pas? – Oui. – Tu peux me le dire? – Une fessée. – Exactement! Et si tu continues, il y en aura deux. La bataille était terminée. Le garçon s’est calmé et s’est ensuite conduit comme un petit gentleman. En général, je ne m’interpose pas pendant ces épisodes où l’autorité parentale est mise à rude épreuve, mais cette fois-là, j’ai fait exception. Cette mère méritait un mot d’encouragement.

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Tu seras un homme, mon fils – Vous êtes une bonne mère. – Oh! je fais ce que je peux, m’a-t-elle répondu en souriant. Puis la maman et son fiston ont franchi les portes du magasin, et je ne les ai plus jamais revus. Mais elle venait de nous donner sans le vouloir la démonstration de l’efficacité d’une discipline aussi ferme que tendre en des circonstances plutôt difficiles. Son fils avait défié son autorité de mère en présence d’inconnus, ce qui l’avait placée en position de faiblesse. Malgré l’embarras qu’elle avait dû ressentir dans une telle situation, elle était toutefois parvenue à garder son sang-froid. Pas de cris ni d’énervement. Elle s’était contentée simplement de rappeler les règles en vigueur sous son toit et valables partout où ils pouvaient se trouver. C’est ce genre de discipline assurée et aimante que ma mère, cette dame sage et dévouée, nous appliquait quand j’étais enfant. J’en ai déjà parlé dans mon premier livre destiné aux parents et aux enseignants: Oser Discipliner1. Mon but n’est pas de résumer tous les conseils de ce livre ou des autres ouvrages que j’ai écrits sur le sujet de la discipline. Il peut être utile cependant d’apporter encore quelques suggestions plus spécifiquement appropriées aux garçons. Commençons par considérer le rôle que joue l’autorité, car c’est l’élément central en matière d’éducation, surtout en ce qui concerne les garçons.

Un renversement des tendances La clé pour les parents est d’éviter les extrêmes. Au cours des 150 dernières années, l’attitude des parents a radicalement changé: elle est passée progressivement d’une oppression rigide à une permissivité molle. Les deux sont mauvaises pour les enfants. Dans les pays anglosaxons, pendant l’époque victorienne, les enfants devaient se tenir silencieux. Le père était souvent un personnage répressif et redoutable, qui punissait sévèrement ses enfants pour leurs fautes et leurs faiblesses. La responsabilité de l’éducation incombait quelquefois à la mère, mais elle aussi pouvait se montrer rude. On adoptait ces méthodes autoritaires et punitives, car on considérait l’enfant comme un adulte en miniature qu’il convenait de modeler à coups de martinet, depuis la sortie du berceau, jusqu’au début de l’âge adulte. 1

Editions Trobisch, Kehl, 1980.

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Discipliner Une telle rigidité ne pouvait que «renvoyer le balancier à l’autre bout de l’univers». C’est pourquoi, à la fin des années 50 et au début des années 60, les parents sont devenus nettement permissifs. Cette approche «centrée sur l’enfant» tendait à miner l’autorité parentale et à produire de nombreux petits tyrans domestiques. Les enfants du baby-boom qui ont grandi pendant cette période sont arrivés bruyamment à l’adolescence, et juste au bon moment pour que la société les écoute. Même si l’esprit révolutionnaire qui en a résulté s’est aujourd’hui apaisé, il continue d’agir sur les familles. Beaucoup de parents nés dans les années 60 et 70 ont élevé plus tard leurs enfants selon les mêmes méthodes permissives que leurs propres parents avaient appliquées. Ils ne voyaient aucunement en quoi il était si important d’enseigner le respect et le sens de la responsabilité à leurs fils et à leurs filles, puisqu’ils n’avaient eux-mêmes jamais appris ces choses. Une troisième génération de parents, encore plus étrangère aux principes traditionnels de l’éducation, a maintenant la charge d’élever les enfants. Naturellement, je parle en termes généraux, et il existe de nombreuses exceptions. Je suis cependant convaincu que les parents sont de nos jours plus déboussolés que jamais auparavant sur la manière d’appliquer une discipline efficace avec tendresse. Discipliner est devenu un «art perdu», un savoir oublié. Des parents bien intentionnés ont été fourvoyés par la pensée libérale d’une culture postmoderne, surtout en ce qui concerne les comportements rebelles et malfaisants. Il suffit d’observer parents et enfants dans les lieux publics. Vous verrez des mères frustrées, hurlant après leurs enfants insolents, irrespectueux et déchaînés. Même l’observateur neutre est obligé de reconnaître que quelque chose ne va pas.2 C’est la raison pour laquelle j’ai tenu à féliciter cette mère au supermarché. Je ne suis pas le seul à remarquer ce renversement des tendances, qui est attesté par diverses recherches et qui est le reflet d’un paysage social en transformation. Une récente étude conduite par le centre de recherches de l’Université de Chicago a confirmé que les parents sont aujourd’hui plus laxistes et permissifs qu’il y a dix ans.

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L’accueil enthousiaste fait à l’émission Super Nanny, en France, a montré à quel point les Français aspirent au retour des règles et du respect de l’autorité dans les foyers. (N.d.E.)

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Tu seras un homme, mon fils L’enfant parfait, selon les personnes interrogées, est celui qui a développé son «esprit critique» et qui «travaille dur». Qu’il respecte les règles, les normes de la société et ses codes de conduite n’est pour eux que secondaire. Voici comment Tom W. Smith, le directeur du centre de recherches, résume les résultats de l’enquête: «Les gens ne pensent plus comme avant. Alors que les familles d’autrefois, centrées autour des parents, valorisaient l’obéissance, on est passé maintenant à une préférence pour l’autonomie des enfants. Les parents attendent désormais que leurs enfants soient auto-disciplinés.»3

L’illusion de l’autodiscipline A vous, pères et mères, qui espérez que vos garçons se disciplinent tout seuls, je ne peux que souhaiter «bien du courage»… Viser l’autodiscipline est une chose louable, mais il est très rare qu’elle se développe naturellement. Elle doit leur être enseignée. Modeler et former de jeunes esprits ne peut être le fruit que d’une volonté et d’un travail diligents et attentifs de la part des parents. Ne vous leurrez pas, cela exige beaucoup d’efforts et de patience. Quant à ce vœu de certains parents de voir leurs enfants développer par eux-mêmes un esprit critique et une ardeur au travail, c’est une autre illusion. Il semble, dans cette étude, que les parents s’attendent à ce que leurs enfants réalisent des choses admirables, mais sans qu’ils aient à trop s’impliquer euxmêmes. Cela revient à dire à son enfant: «Tu te débrouilleras très bien sans moi, mon p’tit. Ne me dérange pas.» Si c’était si facile, pourquoi d’autres parents donneraient-ils tant de temps et d’énergie pour aider leurs enfants à terminer leurs devoirs et leur enseigner les principes et les valeurs qui façonnent une personnalité solide? L’espoir, auquel s’accrochent les parents surmenés, de pouvoir faire l’impasse sur leurs responsabilités parentales, est voué à l’échec, surtout si leur fils est une forte tête et aime plus que tout s’amuser. Quelle que soit la façon dont on envisage l’éducation, le rôle des parents est incontournable. Le Smithsonian Magazine4 a publié dans un de ses numéros un article sur un sculpteur de pierre anglais, Simon Verrity, qui se Tom W. Smith, Ties that Bind: The Emerging 21st American Family, Public Perspective, 01.2001. 4 Revue américaine d’art, d’histoire et de géographie. (N.d.E.) 3

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Discipliner perfectionnait dans son métier en restaurant des cathédrales du XIIIe siècle. En le regardant travailler, les auteurs de l’époque ont remarqué un fait intéressant: «Verrity écoute attentivement le chant de la pierre sous ses coups mesurés. Si c’est un son profond et net, tout va bien. S’il entend un «ping!» aigu, cela peut augurer mal de la suite: un morceau de la pierre pourrait se détacher malencontreusement. Il module constamment l’angle de son burin et la force de son maillet au son que produit chaque coup, s’arrêtant fréquemment pour passer la main sur la surface qu’il vient de travailler.»5 Verrity avait une conscience aiguë de l’importance de son travail. Il savait qu’un seul geste mal calculé pouvait entraîner des dégâts irréparables pour l’œuvre qui était en train de voir le jour. Son succès dépendait de sa capacité à déchiffrer les signaux que lui renvoyaient les pierres. De la même façon, les parents doivent rester attentifs à la «musique» de leurs enfants, surtout dans les périodes de conflits et de correction. Discerner comment «résonnent» les enfants exige énormément de patience et de sensibilité. Si les vôtres trouvent en vous une oreille attentive, ils vous confieront ce qu’ils pensent et ressentent. En développant votre adresse, vous aussi pouvez devenir un maître sculpteur et créer une merveilleuse œuvre d’art. Souvenez-vous juste: une pierre ne se sculpte pas elle-même. Permettez-moi de répéter ce que j’ai déjà écrit deux fois dans ce livre. Les garçons ont besoin de structures, ils ont besoin d’être surveillés et d’être civilisés. Elevés dans une atmosphère de laisser-aller, sans direction clairement définie par le chef de famille, ils commencent souvent à défier les conventions sociales et le bon sens. Beaucoup d’enfants s’effondrent et se consument pendant l’adolescence. Certains ne s’en remettent jamais complètement. Voici une autre métaphore pour me faire mieux comprendre: un fleuve dépourvu de berges devient un marécage. Votre responsabilité de parents est donc de creuser le lit dans lequel le fleuve s’écoulera. Et encore une chose: soit un enfant est commandé par le gouvernail, soit il l’est par les récifs. L’autorité, lorsqu’elle est accompagnée d’amour, est le bon gouvernail qui dirigera votre fils au milieu des récifs acérés, qui risquent d’éventrer le

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Per Ola d’Aulaire & Emily d’Aulaire, Now What Are They Doing at That Crazy St. John the Divine? Smithonian Magazine, 12.1992.

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Tu seras un homme, mon fils fond fragile de son esquif. Sans vous, il court à la catastrophe. Non à l’autodiscipline! Récemment, nous avons reçu une lettre à Focus on the Family d’une mère ayant constaté elle aussi ce qui m’attriste tant. Voici ce qu’elle écrit: «On dirait que les parents d’aujourd’hui n’ont pas d’épine dorsale! Mon mari et moi avons été stupéfaits maintes fois devant leur crainte de s’opposer à leurs enfants, même quand ceux-ci sont tout petits. Ils ne semblent pas réaliser que ce n’est pas sans raison que Dieu leur a confié la charge de les éduquer, et qu’ils en seront tenus pour responsables. Si les parents prenaient la peine d’inculquer à leurs enfants, dès leur plus jeune âge, la notion d’une autorité saine et qui honore Dieu, il leur serait bien plus facile de se faire respecter au moment de l’adolescence.» Cette mère a parfaitement raison. Les parents ont l’obligation de prendre leurs jeunes fils en charge et de leur enseigner comment se comporter de manière respectueuse et responsable. S’ils négligent cet aspect de leur mission, ce sont les deux générations qui en pâtiront.

Savoir corriger Vous avez sans doute remarqué que j’aime bien les animaux et que j’illustre souvent mes propos par des exemples tirés de leur univers. En voici encore un emprunté au monde équestre. On peut apprendre à discipliner un enfant en observant comment une jument s’y prend avec son poulain. C’est Monty Roberts, l’auteur du best-seller L’homme qui sait parler aux chevaux6, qui m’a expliqué cela. Je lui ai récemment rendu visite dans son ranch à Solvang, en Californie, afin d’apprécier de visu ses très célèbres méthodes de dressage des chevaux. Monty a commencé par me raconter qu’il avait grandi au milieu des chevaux et participé à de nombreux spectacles de rodéo, dès l’âge de 4 ans. Etant enfant, il a été engagé dans de très nombreux westerns, comme doublure des acteurs de son âge qui ne savaient pas monter à cheval. A 13 ans, il étudiait avec passion les chevaux sauvages dans les déserts du Nevada. Il se levait aux aurores et passait la journée à observer les hordes, de loin, avec des jumelles. Progressivement, il a appris à déchiffrer le langage «parlé» par tous les chevaux. Ils commu6

Editions Albin Michel, 1997.

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Discipliner niquent en agitant leurs oreilles et en exécutant des mouvements significatifs. La plus ancienne des juments, m’a-t-il expliqué, joue le rôle de chef du groupe. C’est elle qui choisit le lieu où aller boire et paître, et qui décide quand c’est le moment. L’étalon a l’impression d’être le roi, mais son rôle se borne à protéger les juments et à se reproduire. Quand un poulain, le plus souvent un mâle, se conduit mal, mord et donne des coups de sabots à ses congénères, la jument se rue sur lui. S’il ne s’écarte pas en vitesse de son chemin, elle le met les quatre fers en l’air. Puis elle l’exclut du troupeau en le chassant jusqu’à presque un kilomètre des autres. Ensuite, elle retourne près de la horde, d’où elle fait directement face au poulain. En le fixant ainsi de loin, elle lui enjoint de ne pas oser revenir en compagnie des autres, ce qui est très inquiétant pour lui, car il devient vulnérable. Les chevaux sont faits pour vivre en horde, et ils se sentent menacés dès qu’ils sont seuls dans la nature. Un puma ou tout autre prédateur peut tuer facilement celui qui n’est pas sous la protection du groupe. Bientôt, le poulain devient nerveux et se met à courir en cercles autour du troupeau. Pendant tout ce temps, la jument se tient toujours face à lui en tournant lentement sur elle-même pour le suivre, les yeux toujours rivés sur lui. Au bout d’un moment, le jeune cheval se fatigue et fait comprendre par des signes qu’il est mûr pour «négocier». Il fait ceci en baissant la tête, en bougeant ses lèvres et en grinçant des dents. Il a une oreille tendue en direction de la jument, et l’autre aux aguets, à la recherche d’un éventuel prédateur. Finalement, la jument lui fait signe qu’elle est disposée à parlementer. Elle le lui montre en tournant légèrement son corps et en regardant ailleurs. Progressivement, le poulain retourne au milieu des autres et il vient même frotter son museau contre la vieille jument. C’est alors, et alors seulement, qu’il est à nouveau le bienvenu. Il est fréquent que la jument doive discipliner ainsi un poulain en le chassant plusieurs fois avant qu’il n’accepte de se conformer aux règles de la horde. Mais il finit toujours par reconnaître que c’est elle le chef et qu’il doit se soumettre. Monty utilise ses connaissances du langage des chevaux pour faire accepter la selle à ces splendides animaux. En isolant un cheval jamais monté et en le regardant fixement à la manière d’une jument doyenne de horde, il parvient à le monter en trente à quarante-cinq minutes. Le spectacle vaut le déplacement.

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Tu seras un homme, mon fils Bon, je vous le concède, l’exemple des chevaux n’est pas directement applicable aux enfants, mais on peut en dériver des similitudes très utiles. Le père et la mère sont des figures d’autorité qui ne doivent accepter aucun comportement de rébellion ou d’irrespect. Quand l’enfant persiste à enfreindre les règles, il doit être puni juste assez pour que cela le mette mal à l’aise. Evidemment, les parents ne vont pas le chasser loin de la maison! Par contre, ils doivent lui montrer qu’ils ne sont pas contents de son comportement. En cas de conduite irrespectueuse et de rébellion contre l’autorité, cela peut être fait par une fessée modérée. On peut aussi imposer à l’enfant un temps d’isolement ou toute autre punition moins sévère. Quelle que soit l’approche choisie, l’essentiel est que l’enfant la trouve suffisamment désagréable et dissuasive. Devant l’inconfort de sa position, il finira toujours par exprimer son désir, sinon en paroles, du moins symboliquement, de réintégrer le cercle familial. Alors, les parents doivent l’accueillir à bras ouverts. C’est le moment de lui expliquer pourquoi il a été puni et de lui montrer comment éviter qu’un tel conflit ne se reproduise. A cette étape cruciale, les parents ne devraient jamais crier ou donner à penser qu’ils sont hors d’eux-mêmes. Bien au contraire, ils doivent manifester qu’ils maîtrisent la situation, comme le fait la jument en regardant le poulain rebelle droit dans les yeux. Quelques mots paisibles, prononcés avec conviction par le père ou la mère, suffisent à inspirer confiance et respect de l’autorité, ce que ne feront pas les menaces, rarement suivies d’effet, ou des gesticulations désordonnées. Cette approche de la discipline est simple à comprendre, cependant, elle est difficile à mettre en pratique pour de nombreux parents. Ceux qui ne supportent pas que leur enfant soit mal à l’aise et malheureux suite à un mauvais comportement, ou qui croient, à tort, qu’une correction risque de le traumatiser pour toujours, ne parviendront jamais à affirmer leur autorité lors des confrontations inhérentes à l’éducation. L’enfant aura tôt fait de sentir leur hésitation et d’en profiter pour pousser toujours plus loin les limites. Il en résultera des parents frustrés, irrités et inefficaces, et des enfants rebelles, égoïstes et entêtés.

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Fixer des limites Pour avancer encore dans cette perspective, permettez-moi de vous présenter un de mes amis, le pasteur Ren Broekhuisen, qui est doué d’une connaissance intuitive des enfants. Il a trente-cinq petits-enfants qui l’aiment sans mesure. Quand il a su que j’écrivais un livre sur l’éducation des garçons, il m’a fait part de son expérience: «Les enfants ont besoin de savoir que l’amour peut être sévère. Nombre de parents, de nos jours, n’osent pas manifester leur mécontentement envers leur enfant, parce qu’ils craignent de lui faire du mal ou d’être rejetés par lui. Mais au contraire, un enfant a besoin de savoir qui commande à la maison et que, sous la tutelle de cette personne, il n’a rien à craindre. Si vous lui montrez que vous êtes le chef, tout en étant bienveillant, il saura qu’il vous doit l’obéissance. Il est parfois indispensable qu’un père ou une mère s’abaisse à la hauteur de son fils et, un genou à terre, lui dise en le regardant droit dans les yeux (rappelez-vous la technique de la jument!) et avec une assurance dénuée de colère: «Je ne tolèrerai pas ta conduite une autre fois. Est-ce bien clair?» Sans crier, sans menacer, mais sur un ton suffisamment explicite pour lui faire comprendre: «Tu peux me prendre au sérieux.» Le pasteur Broekhuisen a illustré ceci par un exemple. Un jour, il a emmené un de ses petits-fils dans un magasin de jouets. Avant d’entrer, il lui a fait les recommandations d’usage: «Tu ne touches à rien sans me demander la permission.» Le garçon a acquiescé. Comme les attentes du grand-père avaient été exprimées clairement, dès le début, le garçon a pu y répondre parfaitement. Il n’y a pas eu de conflit. Voici une dernière illustration. En fixant explicitement les limites à ne pas dépasser, nous agissons un peu comme les gendarmes, lorsqu’ils font installer au bord des routes des panneaux indiquant «Vitesse limitée» ou «Attention, contrôle radar». Ils rappellent aux conducteurs que la circulation sur ce tronçon de route est régie par des règles précises, et que tout excès de vitesse entraînera les conséquences annoncées. C’est ainsi que fonctionne le monde des adultes. Le Trésor Public annonce aux citoyens: «Le tiers provisionnel doit être réglé d’ici au 30 avril, au-delà, vous paierez une pénalité de 10%.» La veille de la date limite, on voit devant le bâtiment des impôts les longues files d’attente de ceux qui s’y sont pris à la dernière minute pour s’acquitter de leur contribution. En entreprise aussi, les consignes de ce genre sont

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Tu seras un homme, mon fils nécessaires. On voit parfois des notes de service indiquant: «Les employés désirant se faire rembourser leurs frais de déplacement devront remettre les reçus de leurs dépenses le jour de leur retour.» Il n’y a pas lieu de se mettre en colère, dans ces cas-là, car les règles sont préétablies. Or, beaucoup de parents trouvent cette manière d’agir injuste ou néfaste, dès lors qu’elle s’applique à leurs enfants. Je suis certain qu’ils se trompent. Il est bien plus sain de définir les règles à l’avance et de les appliquer rigoureusement, plutôt que de menacer l’enfant et de le punir une fois qu’il s’est mal comporté. Le pasteur Broekhuizen fait remarquer que les parents posent trop de questions à leurs enfants: «Tu veux aller au lit maintenant? Ça te dirait de ranger tes Legos?» «Il est l’heure de manger, tu ne crois pas?» Si certains parents se limitent à ne faire que des propositions en prenant la précaution de les formuler sous forme de questions (auxquelles l’enfant peut logiquement répondre autre chose que ce qu’on attend de lui), c’est parce qu’ils craignent de dire: «Fais-le… parce que c’est ce qui convient, et parce que je te le demande.» Il est des circonstances où c’est exactement ce qu’il faut dire. C’est Dieu qui a investi les parents de leur autorité afin qu’ils guident et façonnent leur enfant. Ils devraient donc en faire usage! Après avoir rapporté ces quelques extraits de mes conversations avec Ren, désirant m’assurer que j’avais bien rendu l’essence de son message, je lui ai envoyé mon manuscrit. Il m’a répondu par écrit, dans la lettre reproduite ci-dessous, où il va un peu plus loin dans sa manière de voir les choses. Il me semble que cette lettre sera utile aux parents:

Cher Jim, Merci pour tes paroles encourageantes. Je regarde comme un privilège de pouvoir collaborer avec toi. Il me semble qu’une des grandes questions que tes lecteurs doivent se poser est: «Est-ce que je crois vraiment que j’ai l’autorité pour diriger mon foyer?» Et à mon avis, c’est là une des raisons pour lesquelles il y a tant de points d’interrogation à la fin des demandes des parents. Ils ne sont pas certains de ce qu’il convient ou non de faire en matière d’autorité au sein de la famille. Voici ce que me disait une

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Discipliner mère de quatre enfants excédée: «Comment avez-vous fait pour élever cinq enfants, votre maison devait ressembler à un zoo!» Je lui ai répondu: «L’essentiel, c’est que les enfants sachent depuis le début qui commande.» «Holà! s’est-elle écriée, mais ça fait très autoritaire.» Cette mère est représentative de toute une génération de parents qui n’ont pas connu l’autorité lorsqu’ils étaient enfants, et qui ignorent le plan divin selon lequel il leur appartient d’instruire leurs enfants sur le chemin à suivre (Proverbes 22:6). L’apôtre Paul a dit: «Si la trompette rend un son confus, qui se préparera au combat?» (1 Corinthiens 14:8). Les enfants aujourd’hui reçoivent un message confus. Combien de vos lecteurs sont conscients de savoir mieux que leurs enfants ce qui est bon pour eux? Cela me rappelle un garçon de 4 ans, qui ne daignait se mettre au lit qu’après 23 heures. Sa mère avait l’autorité pour l’envoyer se coucher à une heure plus normale pour son âge, mais elle avait peur de l’exercer. Plus les enfants grandissent, plus il devient difficile pour les parents de leur faire comprendre qu’ils en savent plus qu’eux. Lorsque les enfants ont entre 0 et 5 ans, les parents en savent 100% de plus qu’eux. Puis les choses changent, progressivement. Quand les enfants ont 8 ans, puis 18, puis 28, l’avantage passe de plus en plus en faveur de la jeune génération. Dans de nombreux domaines, mes enfants en savent actuellement bien plus que moi. Mais quand ils étaient petits, je savais que, selon le plan de Dieu, je devais exercer l’autorité qui m’était conférée. J’étais responsable devant lui de la façon dont j’usais de cette autorité. Maintenant que je suis lancé, je vais avoir du mal à m’arrêter… Un autre indice révélateur de l’incertitude des parents quant à l’autorité est ce que j’appelle «les bornes déplaçables». Un jour, j’observais dans un parc un père avec son fils. Le petit s’est mis à courir vers la route. «Eric! Eric! arrête-toi immédiatement! a crié le père. Eric, arrête-toi. Tu m’as très bien entendu.» Mais Eric, qui avait été «éduqué» à ne pas écouter, a continué à courir. Il est arrivé à la voiture, et s’est mis à tirer sur la poignée. Son père lui a alors

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Tu seras un homme, mon fils crié: «Ne lâche plus cette poignée!» Il avait totalement abdiqué son autorité. Je suis le témoin de drames de ce genre chaque fois que je fais les magasins. Le gérant fait disposer les friandises à la caisse, et au niveau des enfants assis dans le caddy. L’enfant dit: «Je veux des bonbons!» La mère répond: «Non, pas maintenant.» Le petit élève le ton et répète: «Des bonbons!» «Non!» s’écrie-t-elle. Il se penche et attrape le paquet de bonbons convoité, et la mère de dire, résignée: «N’en mange pas avant d’arriver à la voiture.» Encore un échec total. «Compter» pour faire obéir ses enfants donne l’impression, trompeuse, que c’est le parent qui commande, mais c’est aussi un cas de bornes déplaçables. «Franck, viens ici!... Attention, je compte jusqu’à trois. Un. Deux. Tr… Ah! c’est bien mon garçon, tu es un bon petit. Merci d’obéir à Maman.» Il a effectivement fini par obéir. Mais à quel prix? Quand on doit compter jusqu’à trois, on cède trois pas de terrain à son enfant. Que se passera-t-il la prochaine fois? On reculera encore de quatre, cinq, six pas? Votre réaction doit faire passer le message, sans cri ni menace: «Prends au sérieux ce que je te dis!» Une dernière chose, cette fois au sujet des grandsparents, puisque j’en fais partie; ensuite je te promets de ne pas écrire un mot de plus. On sourit d’un air indulgent et on trouve très agréable de gâter ses petits-enfants, mais c’est une grosse erreur. Quand un fruit est gâté, on le jette. Mon travail de grand-père, c’est de donner l’exemple, autant à mes enfants qu’à mes petits-enfants, en me comportant comme un chef plein d’amour. Les grands-mères, elles, ont coutume de faire des grands yeux et de dire simplement que leurs petits-enfants sont «très éveillés». «Eveillé», dans ce cas, est un mot codé qui signifie «intenable». Lorsque je m’en occupe, je me sens responsable de contribuer à leur éducation, et de leur apprendre à se montrer polis envers autrui et respectueux à l’égard de ce qui ne leur appartient pas. En même temps, je m’efface chaque fois que leurs parents sont là, parce que je ne tiens pas à saper leur autorité.

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Voir la réalité en face Le pasteur Broekhuizen fait mouche avec ces conseils. Qu’en est-il cependant de ces parents qui croient devoir se montrer éternellement positifs envers leurs enfants et leur éviter tout ce qu’ils pourraient ressentir comme négatif? Malheureusement, il y a des millions de pères et de mères qui semblent en être là. Eh bien! je ne suis pas d’accord, ni en ce qui concerne les enfants, ni par rapport à la vie en général. D’accord, la pensée positive a du bon. Les optimistes sont plus agréables à côtoyer et semblent tellement mieux profiter de la vie. Ils sont aussi plus productifs que ceux qui passent leur vie déprimés et découragés. Cependant, la «pensée négative» a aussi ses avantages. C’est à cause d’un certain pessimisme que j’attache ma ceinture quand je monte en voiture, puisque sans elle, je risque d’être gravement blessé en cas d’accident. Le pessimisme me rend assez prudent pour contracter une assurance-vie en faveur de ma famille. Je pourrais mourir subitement et laisser mes proches sans ressources. Par pessimisme encore, j’évite ce qui pourrait me conduire dans une dépendance à l’alcool, à la drogue ou à la pornographie. Je pourrais citer ainsi des millions d’exemples de ce qu’on pourrait appeler le «pessimisme positif». Les deux façons de voir les choses ont des avantages et des inconvénients. Mais celui qui ne s’autorise qu’à lire ou entendre des messages positifs, devra faire l’impasse sur la moitié des Ecritures. Jésus a exprimé certaines des pensées les plus négatives qui aient jamais été prononcées. Y compris le risque pour les personnes non régénérées de passer l’éternité sans Dieu. Et pourtant, le message qu’il adresse à notre monde perdu est l’Evangile, ce qui signifie la «bonne nouvelle». Ce qui est importe, c’est l’équilibre entre les pôles positifs et les pôles négatifs. Par exemple, si je branche un câble électrique seulement sur la borne positive d’une batterie, il ne se passera rien. Vous pourrez même le mettre dans votre bouche, il n’y aura pas de décharge. Faites la même chose avec la borne négative, et il ne se passera rien non plus. Mais que se passera-t-il si je branche un câble sur la borne positive et un autre sur la borne négative, et que j’empoigne les deux bouts? Mes cheveux se dresseront sur ma tête. Ce principe qui consiste à prendre en compte et le positif et le négatif trouve de nombreux exemples dans les Ecritures. Considérons ce passage du livre d’Esaïe: «Venez et plaidons! dit l’Eternel. Si vos

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Tu seras un homme, mon fils péchés sont comme le cramoisi, ils deviendront blancs comme la neige; s’ils sont rouges comme la pourpre, ils deviendront comme la laine» (Esaïe 1:18). Quelle merveilleuse image de l’amour et du pardon de Dieu! Cependant, quatre chapitres plus tard, Esaïe, toujours inspiré par Dieu, écrit des paroles terrifiantes: «C’est pourquoi la colère de l’Eternel s’enflamme contre son peuple, il étend sa main sur lui, et il le frappe; les montagnes s’ébranlent; et les cadavres sont comme des balayures au milieu des rues. Malgré tout cela, sa colère ne s’apaise point, et sa main est encore étendue» (Esaïe 5:25). Cet équilibre entre compassion et jugement est présent de la Genèse à l’Apocalypse. On passe de la création du monde à la chute, de la condamnation au pardon, de la crucifixion à la résurrection, du ciel à l’enfer. Le livre d’Esaïe est l’exemple le plus frappant. Les prophéties merveilleuses au sujet de la venue du Messie côtoient l’annonce des jugements les plus terribles concernant Israël ou d’autres nations. Et pourtant, toutes ces paroles se sont accomplies avec fidélité.

Trouver l’équilibre Apprendre à trouver l’équilibre entre ces deux visions des choses est particulièrement utile pour comprendre les enfants. Il y a un temps pour encourager et pour manifester de la tendresse et de l’amour, choses qui font du bien à l’enfant et qui scellent le lien entre les générations. Mais il y a aussi un temps pour discipliner et corriger. Les parents qui s’efforcent d’être toujours positifs et qui ferment les yeux sur le comportement irresponsable et rebelle de leurs enfants les empêchent de comprendre que tous nos actes entraînent des conséquences. Mais attention à l’autre extrême! Les parents qui accusent et punissent constamment leurs enfants risquent de provoquer chez eux de sérieux problèmes psychologiques. L’apôtre Paul, reconnaissant ce danger, a mis en garde les pères de ne pas punir exagérément leurs enfants: «Et vous pères, n’irritez pas vos enfants, mais élevez-les en les corrigeant et en les instruisant selon le Seigneur» (Ephésiens 6:4). Il donne le même avertissement en Colossiens 3:21: «Pères, n’irritez pas vos enfants, de peur qu’ils ne se découragent.» Pensons aussi à cette exhortation de Paul aux enfants: «Enfants, obéissez en toutes choses à vos parents, car cela est agréable au Seigneur» (Colossiens 3:20). Ces messages convergents manifestent la grande sagesse de la Parole de Dieu.

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Discipliner Je me suis permis d’insister sur le problème de l’équilibre dans l’application de la discipline, parce que c’est la clé d’une bonne relation entre parents et enfants. Mais j’avoue que demeurer en sécurité dans le juste milieu est un exploit difficile à réaliser pour les parents. Aucun d’entre nous n’y parvient parfaitement. Toutefois, il n’en reste pas moins vrai que les meilleurs parents sont ceux qui fraient un chemin aussi éloigné de la permissivité que de l’autoritarisme. Vos garçons, en particulier, bénéficieront grandement de votre direction si vous évitez les extrêmes et que vous assaisonnez votre relation d’amour.

L’importance du travail Qui dit discipliner, dit non seulement former l’enfant à une bonne conduite, mais aussi lui enseigner la maîtrise de soi et la capacité de remettre à plus tard le moment de réconfort. C’est en apprenant à travailler que l’enfant fait le premier pas vers l’autodiscipline. Or, comme nous le savons, les garçons ont une grande aversion pour le travail. Ils peuvent rester assis devant leurs livres à ne rien faire pendant des heures. Les mettre en mouvement représente un tel combat, que beaucoup de parents baissent les bras. Il est tellement plus facile de tout faire à leur place. «La vie est déjà bien assez difficile, disent-ils, nous n’allons pas encore forcer les enfants à faire ce qui ne leur plaît pas. C’est une grave erreur. Les enfants qui savent travailler sont ceux qui parviennent le mieux à se maîtriser, à persévérer dans une tâche jusqu’à ce qu’elle soit terminée, à ne pas se laisser aller à la frivolité et à un comportement immature, à comprendre que c’est en fournissant des efforts qu’on a des perspectives, et à apprendre à gérer l’argent. C’est aussi une bonne préparation à leur vie future dans le monde des adultes. Malheureusement, ce dont se plaignent le plus souvent les chefs d’entreprise c’est que trop de jeunes ne sont pas travailleurs ou s’ils le sont, ils ne savent pas comment travailler. C’est sans doute vrai, puisque selon les pourcentages, de nombreux adolescents semblent s’effondrer lorsqu’on leur confie un premier poste de travail. Il existe un autre facteur qui mérite d’être pris en compte. Il s’agit du lien direct existant entre image de soi et sens du travail. Le romancier russe Fédor Dostoïevski a écrit un jour: «Si vous voulez démolir un

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Tu seras un homme, mon fils homme, donnez-lui un travail complètement absurde et sans but.»7 Il n’y a rien de plus vrai. Pendant la Seconde Guerre mondiale, on a obligé les prisonniers d’un camp de concentration situé près de la frontière hongroise à déplacer un énorme tas de terre à l’autre bout du camp. Le jour d’après, on leur a dit qu’il fallait le remettre à la place qu’il occupait la veille. Cela a duré pendant des semaines, jusqu’à ce qu’un vieil homme craque en sanglotant de façon irrépressible. Ses bourreaux l’ont emmené pour l’exécuter. Quelques jours plus tard, un autre, qui avait survécu à trois ans de camp, s’est soudain détaché du groupe pour aller se jeter sur la clôture électrifiée. Les semaines suivantes, des dizaines de prisonniers sont devenus fous, ont laissé leur travail, sont partis en courant, et ont été abattus par les gardes. Ce n’est que bien plus tard qu’on a appris que cette activité absurde avait été ordonnée par un commandant cruel qui avait décidé de faire une expérience en matière de «santé mentale». Il voulait savoir ce qui se passe quand on force des personnes à exécuter des tâches totalement absurdes. Cette funeste «expérience» a démontré la relation qui existe entre travail et stabilité psychologique dans le cadre sombre d’un camp de concentration. En réalité, ce lien concerne l’ensemble de l’humanité. Le travail que nous accomplissons donne du sens et de l’intérêt à notre existence. Ceux qui sont compétents dans ce qu’ils font ont en général une bonne estime de soi. S’acquitter avec maîtrise des tâches difficiles qui leur sont confiées leur procure de la satisfaction. A l’inverse, ceux dont la vie professionnelle est un échec éprouvent souvent des difficultés au niveau familial et dans d’autres domaines de leur vie. Je me souviens d’un été où Shirley et moi-même avions décidé de prendre deux semaines de congé pour rester tranquillement chez nous et nous reposer vraiment. Nous venions de connaître une période très éprouvante et nous pensions qu’il n’y aurait rien de plus agréable que de faire la grasse matinée et de simplement s’occuper dans la maison. Nous avons vite été déçus. Nous avons tous deux failli devenir fous. Nous avions le «cafard» et tournions en rond sans savoir quoi faire. J’ai même passé quelques aprèsmidi d’ennui à regarder la télévision. Et croyez-moi, les programmes proposés à ces heures sont capables de rendre dingue n’importe qui! 7

Fédor Dostoïevski, Les carnets de la maison morte, Editions Actes Sud, 1999.

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Discipliner Cette malheureuse expérience a eu l’avantage de m’apprendre que le travail fait partie intégrante de mon sentiment de bien-être et que ne rien faire n’est pas du tout aussi plaisant que je l’espérais. Si le travail est une valeur estimable, la question demeure, pour les parents, de savoir comment en donner le goût à leurs enfants. Je pense qu’il faut commencer par leur confier des tâches faciles, dès leur plus jeune âge, comme ramasser leurs cubes ou ramener les assiettes à la cuisine à la fin du repas. Puis, dès l’âge de 4 ou 5 ans, tous les enfants devraient assumer des responsabilités ménagères simples, comme laver la vaisselle ou sortir la poubelle le soir. La quantité et la difficulté des tâches doivent être raisonnables et proportionnées, et tenir compte du fait que l’activité principale des jeunes enfants est le jeu. Au fur et à mesure qu’ils grandissent, on peut exiger d’eux davantage de participation aux travaux ménagers et leur confier des tâches plus difficiles. Il n’est pas nécessaire de leur accorder une récompense autre que notre gratitude. Après tout, les enfants sont membres à part entière de la famille et il est donc normal qu’ils participent à son bon fonctionnement. Voici maintenant une recommandation plutôt controversée. Vous ne serez peut-être pas d’accord avec moi, mais je pense qu’il convient de n’offrir à vos enfants une rémunération que dans le cas où l’aide qu’ils vous apportent va au-delà des corvées quotidiennes, comme, par exemple, lorsqu’ils passent le samedi à ranger le garage, à laver la voiture ou à repeindre la clôture. Beaucoup de parents sont farouchement opposés à cette idée, car ils trouvent que cela revient à «acheter» les enfants. Je ne le pense pas, car c’est ainsi que cela se passe dans la vie. La plupart d’entre nous nous levons tous les matins pour aller travailler et recevons un chèque à la fin du mois. Donner un peu d’argent à l’enfant à qui l’on demande de s’investir dans la «Société Sueur» n’est pas seulement juste, mais sert également à lui enseigner le rapport entre effort et récompense. Par ailleurs, cela rend le travail moins rebutant aux yeux de l’enfant rétif. Autre chose: puisque l’enfant apprend en imitant, il est bon de leur montrer l’exemple. Au lieu de dire: «Va faire ton lit», faites-le plutôt avec lui. Travailler avec un adulte représente pour un enfant la forme la plus enrichissante de jeu, à condition de s’y prendre correctement. Rendez la corvée ludique. Ayez aussi de l’humour et trouvez

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Tu seras un homme, mon fils des occasions de rire ensemble. Si vous êtes toujours sur son dos et si vous le critiquez sans cesse, il aura rapidement une aversion pour tout type de travail. Faites en plutôt un jeu, car cela rend les choses plus faciles pour tout le monde. Je voudrais vous faire part d’une autre idée empruntée au magazine Parenting, qui consiste à initier les enfants au travail en les aidant à devenir de petits entrepreneurs. L’auteur de l’article prend l’exemple d’un enfant d’à peine 14 ans qui assemblait des micro-ordinateurs et les vendait à un prix atteignant parfois les mille dollars pièce.8 Votre enfant n’ira peut-être pas jusque-là, mais s’il peut faire certaines expériences dans le «monde des affaires», cela lui sera profitable. En fait, ceux qui ont l’occasion de gagner de l’argent et de le gérer auront beaucoup plus de chances de réussir en tant qu’adultes. En gérant leur «petite entreprise», ils peuvent mettre en application leurs connaissances en mathématiques, développer leurs aptitudes à communiquer avec les gens et, le plus important peut-être, réaliser qu’un dur labeur est récompensé. Les possibilités sont nombreuses. Les jeunes enfants peuvent accomplir des tâches ménagères supplémentaires pour lesquelles on les rémunérera. A 9 ou 10 ans, ils ne demandent pas mieux que de gagner quelques pièces en proposant leurs services aux voisins. Il y a différentes possibilités. Ils peuvent par exemple garder des animaux domestiques, faire les courses, tondre la pelouse, etc. Il est toutefois important que ces activités ne leur prennent pas un temps exagéré, puisqu’il y a tant d’autres choses à faire durant l’enfance. Vous pouvez aussi, de temps en temps, les emmener sur votre lieu de travail. Beaucoup n’ont aucune idée de la façon dont leurs parents gagnent de quoi faire vivre la famille. J’ai entendu dire (sans l’avoir vérifié moi-même) que seulement 6% des parents montrent à leurs enfants l’endroit où ils travaillent. Si telle est vraiment la réalité, c’est bien triste. Il y a un siècle, non seulement les enfants savaient parfaitement ce que faisaient leurs parents, mais, souvent, ils travaillaient avec eux. Les garçons apprenaient le métier de leur père, et les filles aidaient leur mère. Les enfants du XXIe siècle n’ont aucune idée de ce qui se passe au quotidien dans les bureaux de France Telecom, dans les ateliers de Michelin ou au restaurant qui se trouve au coin de la rue. 8

Parenting, 05.1992.

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Discipliner L’animateur de radio et écrivain Dennis Prager affirme lui aussi qu’enseigner aux garçons à travailler est une très bonne préparation pour leur avenir d’hommes. Au cours de l’une de ses émissions, il a demandé à quelques femmes de dire ce qui leur venait à l’esprit à propos de la notion de «masculinité accomplie». Presque toutes ont placé en tête de leurs réponses le mot «responsabilité». Prager était d’accord, mais pour lui, ce n’était pas suffisant, car certains hommes ont un emploi à responsabilités, mais n’en sont pas moins immatures. Leur bonne volonté doit aussi s’accompagner d’un dévouement à une cause, à quelque chose de plus grand que leur propre vie. Cette faculté de vivre de façon responsable tout en étant conscients d’être partie prenante d’une mission aide les garçons à surmonter leur égocentrisme et à se percevoir eux-mêmes comme des hommes. Par conséquent, notre responsabilité de parents consiste non seulement à leur enseigner à travailler, mais aussi à leur faire comprendre le sens et but du travail. Les garçons seront vite conduits à l’idée de protéger leur future famille et de subvenir à ses besoins. Votre but est ici de leur donner un avant-goût du monde réel. Aussi, je vous conseille vivement de ne pas laisser vos enfants regarder la télévision ou jouer à des jeux vidéo stupides année après année. Apprenez-leur à être actifs, à être organisés et à travailler.

* Question / Réponse Mon fils de 14 ans n’a aucune notion concernant l’argent et la manière de le dépenser intelligemment. Il pense qu’il suffit de se baisser pour en ramasser. Comment puis-je le préparer à affronter la réalité de la vie? Conformément à ce que je disais au sujet du travail, je m’empresse de répéter que lui trouver un petit job est le meilleur moyen de lui faire comprendre le sens de l’argent. Pendant mon adolescence, j’en ai plus appris sur la valeur de l’argent en creusant une tranchée de 18 mètres à 1,5 dollars de l’heure qu’en écoutant tous les discours de

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Tu seras un homme, mon fils mes parents. Les dix billets de 1 dollar que j’ai gagnés ce jour-là avaient une très grande valeur à mes yeux. Ce travail m’a valu huit ampoules aux mains et un bon coup de soleil au visage, mais j’en ai retiré une leçon que je ne suis pas prêt d’oublier. Ensuite, vous pouvez enseigner à votre fils quelques principes simples sur la façon de gérer l’argent gagné. Voici quelques pistes de réflexion: 1. Tout ce qui existe appartient à Dieu. Bien des chrétiens pensent que le Seigneur n’a droit qu’à 10% de notre revenu, c’est-à-dire à ce qu’on appelle la dîme, et qu’on peut garder pour soi les 90% qui restent. C’est faux. Je suis convaincu du principe de la dîme, mais ne crois pas que la portion réservée à Dieu doive se limiter à 10%. Nous ne sommes que les intendants de ce qu’il nous a confié. C’est à lui que nous appartenons et c’est lui qui parfois nous retire ce que nous croyions posséder. Tout ce que nous avons nous est prêté par lui. Lorsque Dieu a repris les biens de Job, celui-ci a réagi de façon juste en disant: «Je suis sorti nu du sein de ma mère, et nu je retournerai dans le sein de la terre. L’Eternel a donné, et l’Eternel a ôté; que le nom de l’Eternel soit béni!» (Job 1:21). Une fois que nous avons compris ce principe de base, il devient évident que toute décision de dépense est une décision spirituelle. Gaspiller notre argent, par exemple, ne revient pas seulement à gâcher une partie de nos ressources; c’est avant tout une mauvaise gestion de ce qui appartient à Dieu. L’argent consacré à des dépenses sensées (vacances, glaces, bicyclettes, habits, revues, articles de sports, sandwiches, etc) c’est aussi son argent. C’est pour cela que chez nous, nous inclinons la tête pour remercier le Seigneur avant chaque repas. Tout, même la nourriture, est un don de sa main. 2. La règle du donnant-donnant s’applique partout: argent et autres récompenses s’obtiennent en échange de notre temps et de nos efforts. Je suis sûr que vous connaissez par cœur l’expression suivante: «On n’a rien sans rien.» Il est très important de comprendre cela, car, ne l’oublions jamais, l’argent se gagne en échange d’un travail, «à la sueur de notre front».

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Discipliner Voici ce que cela signifie pour nous: pensez à l’achat le plus inutile que vous ayez fait récemment. C’était peut-être un rasoir électrique qui prend la poussière sur une étagère, ou un vêtement qui vous a fait craquer, mais que vous ne portez jamais. Il est important de réaliser que vous n’avez pas acheté cet article avec votre argent. Vous l’avez payé avec votre temps, lequel vous avez échangé contre de l’argent. En fait, vous avez bradé une certaine fraction des jours qui vous ont été impartis ici-bas contre ce gadget superflu qui maintenant vous encombre. Lorsque vous aurez compris qu’à chaque fois que vous achetez quelque chose, c’est en échange d’une partie du temps qui vous est accordé sur cette terre que vous l’obtenez, vous gérerez probablement votre argent de façon plus rigoureuse. 3. Il n’existe pas de décision financière indépendante. Vous n’aurez jamais assez d’argent pour satisfaire tous vos désirs. Même les milliardaires sont limités dans leur pouvoir d’achat. Ainsi, tout achat a des conséquences directes sur nos autres désirs et besoins. Tout est lié. Cela signifie que ceux qui ne peuvent pas s’empêcher de «claquer leur argent» pour se procurer des gadgets inutiles se limitent eux-mêmes dans d’autres domaines plus importants ou d’un intérêt supérieur. A propos, savez-vous pourquoi les scènes de ménage sont souvent provoquées par des questions d’argent? Parce que les époux n’ont souvent pas la même échelle de valeurs, et que, par conséquent, ils n’ont pas la même notion de ce qui est «gaspillage» et «dépense légitime». Le cas de mes parents était typique à cet égard: si mon père dépensait 5 dollars pour des balles de tennis, il trouvait que c’était une dépense parfaitement justifiée, puisque cela lui faisait plaisir. Mais si ma mère osait acheter un ustensile de cuisine d’une médiocre efficacité pour le même montant, il lui disait qu’elle avait gaspillé de l’argent. Il ne comprenait pas qu’elle puisse aimer autant le shopping que lui aimait la chasse ou le tennis. Chacun avait sa propre vision des choses. Comme je l’ai déjà mentionné, il est important de reconnaître qu’un extra dans un domaine entraîne nécessairement une frustration dans un autre. Les bons managers savent prendre une décision financière particulière en considérant leur situation globale dans son ensemble.

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Tu seras un homme, mon fils 4. Savoir différer son plaisir, voilà la clé de la maturité financière. Puisque nous avons des ressources financières limitées et des désirs illimités, la seule façon de nous en sortir financièrement est de nous priver de certaines choses désirées. Si nous refusons cette discipline, nous nous retrouverons toujours dans les dettes. Si nous n’acceptons pas de dépenser moins que ce que nous gagnons, nous aurons beau avoir un revenu élevé, nous aurons toujours l’impression de n’avoir pas assez. Ne l’oublions pas. C’est la raison pour laquelle certains obtiennent des augmentations et se retrouvent bientôt enfoncés dans des dettes encore plus importantes. Permettez-moi de me répéter: aucun revenu ne sera jamais suffisant pour qui dépense sans se contrôler.9 J’espère que ces quatre principes vous seront utiles pour aider vos enfants à trouver une stabilité financière sans faire de compromis avec ce qu’ils croient. En bref, le secret d’une vie réussie est de la consacrer à une cause qui la dépasse, et, comme l’écrit l’auteur de l’épître aux Hébreux, de «ne pas nous livrer à l’amour de l’argent», mais de «nous contenter de ce que nous avons». Je pense que vous auriez intérêt à faire comprendre à votre fils ce que signifie faire un budget et s’y tenir. Je connais un médecin qui a quatre filles. A compter de l’âge de 12 ans, il leur a remis une enveloppe annuelle pour leur habillement. Elles devaient donc répartir leur argent sur l’année, en prévision des vêtements dont elles auraient besoin à chaque saison. La plus jeune était un peu impulsive: elle a dépensé toute son enveloppe pour s’offrir un manteau luxueux à l’occasion de ses 12 ans. Au printemps suivant, elle a dû se promener avec des bas troués et des robes usées. Ses parents étaient navrés de la voir ainsi accoutrée, mais ils ont eu le courage de tenir bon et de lui permettre de tirer un enseignement important de cette mésaventure. Cette leçon sur la gestion de l’argent lui a été profitable par la suite. Je me souviens aussi d’une mère célibataire qui avait demandé l’assistance de son fils de 15 ans pour calculer ses impôts. Quand il a pris conscience de tous les frais invisibles incombant à un foyer

9 Ron & Judy Blue, Money Matters for Parents and their Kids, Nashville: Thomas Nelson, 1988.

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Discipliner (comme le remboursement mensuel du crédit et des intérêts sur la maison, les primes d’assurances), il a été stupéfait. Ce que doit comprendre votre fils c’est que l’argent a un rapport étroit avec le travail, et que toute dépense a des conséquences sur d’autres postes budgétaires. Si on dépense un certain montant pour une chose, cet argent nous manquera pour une autre chose qui pourrait s’avérer plus importante. Autrement dit, enseignez à votre fils qu’il est impossible, dans la vie, d’avoir le beurre et l’argent du beurre. Même si c’est vous qui subvenez à ses besoins pour l’instant, rien n’est gratuit. Votre fils n’a que 14 ans et il est normal, à cet âge, de ne pas saisir ces réalités. Je ne connais pas beaucoup d’enfants de cet âge qui les aient bien comprises. Il est temps, cependant d’entreprendre son éducation dans ce domaine.

Mon adolescent se plaint toujours d’un manque de confiance de notre part. C’est ce qu’il nous dit chaque fois qu’il veut faire une chose à laquelle nous opposons un refus. Comment devrions-nous réagir? Les enfants sont experts pour déstabiliser leurs parents lorsqu’un différend surgit entre eux. L’une des techniques de manipulation les plus efficaces à la disposition des adolescents est celle que vous mentionnez. La réaction habituelle des parents est de se justifier: «Mais non, mon chéri, ce n’est pas parce que nous t’interdisons de rentrer si tard à la maison que nous ne te faisons pas confiance, mais…», et ils ne savent plus comment continuer. Ils sont sur la défensive et c’est l’adolescent qui prend l’avantage. Dans cette situation les parents devraient rappeler à leurs enfants que la confiance ne se donne pas en bloc. En d’autres termes, ils leurs font confiance dans certaines occasions, mais pas dans toutes. Il ne s’agit pas de raisonner selon le «tout ou rien». Prenons à nouveau un exemple du monde des affaires: beaucoup d’entre nous sommes autorisés à dépenser l’argent de la société qui nous emploie, mais sur certains postes bien définis seulement. Et nous n’avons pas accès à la totalité des fonds. La confiance accordée à chaque employé est très précisément délimitée. De même, on peut être habilité à acheter jusqu’à 5000 dollars de matériel ou de mobilier de bureau, mais au-delà,

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Tu seras un homme, mon fils il faut l’autorisation d’un supérieur. Ce n’est pas que les patrons craignent forcément que les employés détournent de l’argent. Ils savent d’expérience que la confiance s’accorde dans des circonstances et des buts particuliers. De même, les adolescents doivent comprendre que si leurs parents leur donnent la permission de faire certaines choses, ils ne leur permettent pas tout. S’ils se montrent dignes de confiance, les parents leur laisseront plus de latitude. Ce qui compte, c’est que vous ne soyez pas dupes des arguments culpabilisateurs de vos enfants lorsqu’ils prétendent, à tort, qu’on les maltraite si on ne leur laisse pas tout faire. Ne mordez pas à cet hameçon-là.

Mon mari et moi avons l’impression de devoir discipliner nos enfants trop souvent. Comment leur donner envie d’obéir? Quand un enfant se conduit mal en permanence c’est le signe qu’il réclame de l’attention. Certains préfèreraient être recherchés pour meurtre, plutôt que de ne pas être désirés du tout. Donnez un aspect ludique et amusant à vos rapports avec vos enfants, et vous serez surpris. Vous verrez de grands changements. N’hésitez pas à revenir parfois aux bases de l’éducation. Lorsqu’une équipe de sport commence à perdre, en général, l’entraîneur reprend les bases. Procurez-vous un bon livre sur la discipline et tâchez de discerner vos erreurs éventuelles.

Nous avons surpris notre fils de 7 ans en train de faire souffrir les chiens et les chats de notre quartier. Nous avons essayé de lui interdire de recommencer, mais en vain. Je me demande si ce comportement ne cache pas quelque chose de plus grave. La cruauté envers les animaux est parfois le symptôme d’un grave problème émotionnel chez l’enfant, et il serait faux de penser que ceux qui s’y adonnent de façon chronique ne font que traverser une phase. Vous avez raison d’y voir un signal d’alarme à prendre au sérieux. Je ne veux pas vous inquiéter inutilement et dramatiser, mais sachez que la cruauté de l’enfant se transforme souvent en comportements violents à l’âge adulte.10 Je vous conseille donc de consulter 10

Ray Reed, Abusers Often Start with Animals, Roanoke Times and World News, 19.01.1995.

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Discipliner un psychologue ou un psychiatre afin de faire un bilan. Et quoi qu’il en soit, ne tolérez plus ces actes de cruauté envers les animaux.

Mon fils de 22 ans vient d’emménager à nouveau chez nous après avoir laissé tomber ses études et gâché sa vie. Alors qu’il est au chômage, il refuse de nous aider à la maison et se plaint de la qualité de ma cuisine. Que dois-je faire? A votre place, je l’aiderais à faire sa valise, avant ce soir si possible. Les garçons comme le vôtre ont décidé de ne pas grandir. Pourquoi se fatigueraient-ils? Votre foyer constitue à ses yeux un nid des plus confortables: on lui sert à manger, on lui fait sa lessive et on lui paye ses factures. Il n’a donc aucun intérêt à affronter la dure et froide réalité de la vie, et il a décidé qu’il était urgent de ne rien faire. Il a besoin d’être poussé hors du nid. Je sais combien il est difficile de déloger les enfants qui ont décidé de revenir se faire cajoler par leurs parents. Ils ressemblent à ces chatons si attendrissants qui miaulent devant la porte d’entrée en attendant qu’on leur serve leur coupelle de lait tiède. Mais en ce qui le concerne, lui permettre de rester chez vous et de perdre son temps une année après l’autre, surtout sans suivre de formation pour entrer dans le monde du travail, c’est cultiver son irresponsabilité et son état de dépendance. Et ce n’est pas de l’amour, même si cela peut y ressembler. Il est temps de pousser votre fils à se prendre en main. Gentiment, mais fermement, forcez-le à devenir autonome. Si vous n’avez pas le courage d’agir ainsi, vous ne ferez que le paralyser complètement, car vous lui ôterez toute motivation à mettre sa vie en ordre. Bonne chance!

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