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La société occidentale a opéré un virage important. Elle est marquée par de nouvelles manières de penser, de nouvelles mentalités qui semblent, de prime abord, reléguer le christianisme au rayon des antiquités. L’Eglise a-t-elle encore un avenir? Est-elle condamnée à disparaître ou alors à se transformer au point de perdre son identité et ses valeurs? John Burke est convaincu que l’Evangile garde toute sa pertinence

PERFECTION INTERDITE

JOHN BURKE

pour nos contemporains et peut les toucher, mais que cela passe par la création d’une culture appropriée dans le corps de Christ local. Une pas la bonne nouvelle de Jésus. Vous voulez savoir comment amener ceux qui sont en recherche dans la famille de Dieu, tout comme votre Seigneur l’a fait? Laissez-vous interpeller par les réflexions et les histoires stimulantes qu’il propose! Pasteur de l’Eglise de Gateway à Austin (Texas), qu’il a fondée en 1998, John Burke est fort d’une riche expérience en matière d’annonce de l’Evangile à des personnes qui ne veulent rien savoir de l’Eglise.

CHF 39.00 / € 30.00 ISBN 978-2-8260-3258-8

9 782826 032588

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culture qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne trahit

JOHN BURKE


John Burke

Perfection interdite

Pour une Eglise accueillante


Originally published in the U.S.A. under the title: No Perfect People Allowed Copyright © 2005 by John Burke Translation copyright © 2013 by John Burke Translated by Yves Seymoens Published by permission of Zondervan, Grand Rapids, Michigan www.zondervan.com All rights reserved. Original publié aux Etats-Unis sous le titre: No Perfect People Allowed Copyright © 2005 by John Burke Copyright de la traduction © 2013 by John Burke Traduction: Yves Seymoens Publié avec l’autorisation de Zondervan, Grand Rapids, Michigan www.zondervan.com Tous droits réservés. Les textes bibliques sont tirés de la version Segond 21 http://www.universdelabible.net © et édition française: La Maison de la Bible, 2013 Chemin de Praz-Roussy 4bis 1032 Romanel-sur-Lausanne, Suisse Tous droits réservés. E-mail: info@bible.ch Internet: www.maisonbible.net ISBN édition imprimée 978-2-8260-3258-8 ISBN format epub 978-2-8260-0328-1 ISBN format pdf 978-2-8260-9687-0


Table des matières Introduction.................................................................................................................9 Partie 1 1. L’Eglise corinthienne d’Occident.................................................................. 15 2. Cyniques et éreintés.......................................................................................... 39 Partie 2 3. Recherchées: personnes qui doutent!....................................................... 75 4. Plus besoin de faire semblant.....................................................................103 Partie 3 5. Venez comme vous êtes...............................................................................129 6. Ne restez pas comme vous êtes................................................................157 7. Et les autres croyances?.................................................................................191 8. Et les homosexuels?........................................................................................227 Partie 4 9. L’humble vérité à propos de la vérité.......................................................259 10. La vérité tribale...............................................................................................287 Partie 5 11. Tout ce que Dieu vous appelle à être....................................................319 12. La monogamie mentale..............................................................................347 13. La restauration d’une génération dépendante..................................381 Partie 6 14. Personne ne doit rester seul.....................................................................421 15. La famille que je n’ai jamais eue..............................................................449 Partie 7 16. La vie ou la mort............................................................................................477 Remerciements......................................................................................................497


Introduction L’histoire de Dieu dans notre histoire On me demande parfois combien de temps il m’a fallu pour écrire ce livre. A la vérité, une quinzaine d’années. J’ai abandonné le monde des affaires pour un ministère sur les campus il y a quinze ans, parce que je voulais aider ma génération à trouver une foi authentique telle que je commençais moi-même à l’expérimenter. Les sept premières années de ministère parmi la première génération postmoderne1 américaine ont été décourageantes; j’en ai presque perdu tout espoir. Depuis lors, Dieu a mis ma philosophie de l’Eglise et du ministère sens dessus dessous. Aujourd’hui, je crois que seule une Eglise pleine de gens imparfaits agissant comme corps de Christ peut apporter l’espoir et la guérison nécessaires afin de transformer, pour le meilleur, notre monde postmoderne, et cela une vie à la fois. C’est la raison pour laquelle j’ai écrit ce livre: parce que je vois le Seigneur puissamment à l’œuvre au sein de notre génération. Il y a un an, j’ai assisté à une conférence qui portait sur le ministère dans un contexte postmoderne. Je me suis senti terriblement découragé et dérangé, fatigué de cette déconstruction de l’Eglise moderne! Pendant les six dernières années, j’avais lu un nombre important de livres, assisté à des conférences et surfé sur les blogs parlant des tendances émergentes des nouvelles générations, ainsi que de leurs nouvelles façons de penser. Lors de cette conférence, nous avons tout déconstruit, identifié tous les problèmes de l’Eglise et proclamé ce qui, nous le savions, ne fonctionnait pas. Nous avons lu les avertissements

1  Le terme «postmoderne» renvoie à une vision du monde selon laquelle, généralement, il n’existe pas de vérité ni de morale absolues; ce ne sont que des termes relatifs utilisés dans le contexte qui se trouve être le nôtre.

Introduction

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de statisticiens tels que Barna, Gallup et Regele concernant le destin imminent, et tragique, de notre génération et de l’Eglise en Amérique. Ce qui me perturbe, c’est l’absence de perspective. Nous n’avons pas besoin de plus de déconstruction, de plus de théories, de plus de statistiques, mais plutôt de signes tangibles que Dieu continue de faire ce qu’il a toujours fait dans chaque génération: construire son Eglise en partant de la plus désespérée des situations. Il n’est plus temps de déchirer nos vêtements, le moment de bâtir est venu! Lors de la conférence ce jour-là, je me suis retrouvé nez à nez avec Jack Kuhatschek, des éditions Zondervan, que j’avais rencontré des années auparavant. Il m’a écouté alors que je lui faisais part des choses étonnantes que j’avais vu Dieu opérer, au cœur de cette génération cynique, sceptique et brisée. J’ai expliqué l’espoir que j’entrevoyais pour notre Eglise et toutes celles du pays, pour notre génération. Intrigué, il est venu chez nous ce mois-là, à Austin, et a entendu beaucoup d’histoires bouleversantes de la bouche même des personnes concernées. Il m’a encouragé à faire part de tout cela à d’autres qui désireraient, eux aussi, voir Dieu atteindre notre société postchrétienne en mille morceaux. Ce livre est la preuve tangible que Dieu peut atteindre et atteint efficacement notre génération au travers de son Eglise. Austin ouvre une fenêtre sur l’avenir du fait qu’elle attire d’innombrables jeunes adultes. Un ancien numéro du magazine Forbes (juin 2003) l’appelle «ville la plus cool d’Amérique», la plaçant en tête des villes les plus attractives pour les célibataires; venant des quatre coins du pays en quête d’emploi, ils débarquent ici, dans notre capitale de la haute technologie1. Les histoires rapportées dans ce livre manifestent toute la diversité de notre génération et ce, à travers tout le pays. Au fil des pages,

1  «Best Cities for Singles», Forbes.com Magazine (accès le 5 juin 2003): www.forbes. com/2003/06/04/singleland.html (accès le 27 septembre 2004); «Austin Named Country’s Coolest City», Austin Business Journal (accès le 24 juin 2004): www.bizjournals.com/austin/stories/2004/06/21/daily48.html (accès le 27 septembre 2004).

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vous rencontrerez des personnes des côtes est et ouest. Des riches et des pauvres. Des Noirs, des Blancs et des Hispaniques, des célibataires et des gens mariés, des personnes d’arrière-plans totalement différents. Nous vivons en fait dans la société la plus diversifiée de l’histoire américaine. Et, comme vous aurez l’occasion de le constater, c’est une génération que l’on n’atteint pas avec des formules toutes faites, censées s’adapter à tout le monde. Néanmoins, ses membres forment le contexte dans lequel l’Eglise est supposée fonctionner, et ils constituent notre environnement aujourd’hui. J’ai changé certains noms et détails quand cela s’est avéré nécessaire, afin de préserver la vie privée de mes amis de Gateway. Les histoires relatées dans ce livre sont celles d’hommes et de femmes bien réels et tous très chers à mon cœur. S’ils ont été d’accord de faire part de leurs luttes, des obstacles rencontrés et de leurs difficultés, c’est dans l’espoir d’en aider d’autres à découvrir la bonté de Dieu. Certains d’entre eux ne sont pas encore parvenus à la foi, mais ils m’ont néanmoins autorisé à évoquer le processus qu’ils sont en train de vivre. Le plus dur a été d’opérer une sélection parmi les centaines de témoignages qui tous, d’une manière ou d’une autre, relatent ce que le Seigneur fait pour intégrer cette génération dans sa famille. *** Les principes pratiques en rapport avec le ministère que vous découvrirez au fil de ces pages sont illustrés par l’étonnante œuvre de Dieu dans la vie d’anciens «hors Eglise» qui font désormais partie de la communauté de Gateway. Vous devez ressentir une culture pour la comprendre. C’est pourquoi j’ai inclus ces histoires, dans l’idée de vous emmener faire un voyage expérimental de notre culture postmoderne vers notre culture d’Eglise. Mon but est de vous faire voir et sentir les luttes d’une petite centaine de personnes bien réelles issues de ce contexte. La plupart d’entre elles n’étaient pas disciples de Jésus-Christ lorsqu’elles sont venues à Gateway. Beaucoup étaient indifférentes, voire hostiles au christianisme et posaient, du point de vue postmoderne, de difficiles questions. Pourtant, elles ont trouvé dans l’Eglise une culture sécurisante et Introduction

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un environnement dans lequel elles pouvaient poser ces questions, lutter, trouver la foi et grandir.

*** A l’origine, j’ai écrit ce livre pour les responsables d’Eglise, les responsables de groupe de maison et autres pasteurs, afin de les aider à créer une culture du «venez comme vous êtes», de manière à combler le gouffre existant entre l’Eglise et notre monde postmoderne. Mais je crois qu’il peut aussi proposer une vision spécifique du combat de la foi utile à tous, croyants et sceptiques. Vous verrez dans le détail de quelles façons mystérieuses Dieu va à la rencontre de ceux qui sont en recherche; vous constaterez que personne ne se trouve ni ne peut aller trop loin pour être hors de portée de son amour. Qui que vous soyez, je prie pour que ce livre renouvelle votre confiance dans le Seigneur qui est encore à l’œuvre parmi nos contemporains. Je prie également pour qu’il vous motive à agir de telle façon que nous puissions continuer à voir le déroulement de son histoire à lui, à travers son Eglise, au fil des générations. Mon désir est de raconter ce qu’il fait dans une Eglise aujourd’hui. J’avoue être moi-même étonné de tout ce qu’il accomplit et démontre. Tout cela est simplement un cadeau que nous avons reçu et que nous cherchons à transmettre, dans l’espoir que d’autres puissent recevoir la même bénédiction de sa part. La prière que je formule est que ce livre puisse être utilisé par Dieu comme son plus grand cadeau à notre génération et aux suivantes à travers son Eglise.

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1. L’Eglise corinthienne d’Occident

Eh bien, je vous le dis, levez les yeux et regardez les champs: ils sont déjà blancs pour la moisson. Jésus, dans Jean 4.35 Ne savez-vous pas que les injustes n’hériteront pas du royaume de Dieu? Ne vous y trompez pas: ni ceux qui vivent dans l’immoralité sexuelle, ni les idolâtres, ni les adultères, ni les travestis, ni les homosexuels, ni les voleurs, ni les hommes toujours désireux de posséder plus, ni les ivrognes, ni les calomniateurs, ni les exploiteurs n’hériteront du royaume de Dieu. Et c’est là ce que vous étiez, certains d’entre vous. 1 Corinthiens 6.9-11 Qu’ont en commun un bouddhiste, un couple de motards, un activiste pour les droits des homosexuels, un transsexuel, un ingénieur en hautes technologies, un couple vivant en concubinage, un musulman, une mère célibataire de 20  ans, un Juif et un athée? Ils représentent l’avenir de l’Eglise occidentale! La plupart ont entre 20 et 30  ans. Devenus chrétiens, disciples1 de Christ, au cours des cinq dernières années, beaucoup assument maintenant des responsabilités envers les autres dans notre Eglise. C’est cette génération que l’Eglise doit atteindre si elle veut survivre. C’est une génération éclectique, engagée dans une quête spirituelle 1  L’expression «disciple de Christ» traduit la formule anglaise Christ follower utilisée par l’auteur et difficilement traduisible en l’état. C’est donc cette traduction qui prévaudra pour rendre cette expression chère à l’auteur. (N.D.T.)

L’Eglise corinthienne d’Occident

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sinueuse, et nous avons l’incroyable possibilité de lui servir de guide dans ce voyage. Mais le temps file et, à moins que les responsables de nos Eglises ne changent d’attitude et que celles-ci ne commencent à expérimenter la force d’attraction de Jésus sur le monde, en l’espace de quelques décennies elles seront totalement marginalisées! Que faut-il faire pour devenir un responsable spirituel dont le ministère ait un impact réel sur la génération postmoderne émergente? Que faut-il faire pour détourner le tsunami qui est en train d’effacer l’Eglise de la carte? Quel genre de culture pourra captiver et convaincre les générations émergentes? Comment devenir des chrétiens attractifs, capables d’amener ceux qui sont en recherche dans la famille de Dieu, tout comme Jésus l’a fait? Ce livre cherche à répondre à ces questions. En vous dépeignant le tableau de ce que Dieu fait à travers une de ses Eglises, j’espère vous aider à voir comment faire l’expérience de la présence invisible de Jésus rendue visible au travers de son corps, votre Eglise locale. Mais je dois vous avertir d’emblée: vivre l’Eglise de cette manière amène un véritable bazar… un merveilleux bazar!

Des vies en désordre Il était tard lorsque Lana est entrée. Les traits tendus de son visage et ses yeux rouges l’ont immédiatement trahie. Quelque chose n’allait pas. «Brad ne vient pas.» Les mots sont sortis de sa bouche accompagnés d’un flot de larmes. Maintenant qu’elle se trouvait dans l’atmosphère sécurisante de son petit groupe de maison, elle pouvait se laisser aller. Au fond d’elle-même, elle n’arrivait pas à croire qu’elle racontait tout ça à un groupe d’Eglise, mais il lui fallait bien reconnaître qu’elle n’avait jamais trouvé ailleurs un tel amour et une telle acceptation. Quand ils sont venus pour la première fois à Gateway, 16

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Brad et Lana cherchaient du soutien. Ils approchaient de la trentaine, avaient deux enfants, et j’ai immédiatement senti qu’ils partaient en vrille. Ils avaient des problèmes en tant que parents et devaient faire face à de nombreux défis professionnels ainsi qu’à des années d’abus de drogues qui les guettaient encore, tapis dans l’ombre. Invités après un culte par un autre couple, ils ont rapidement fait partie d’un petit groupe de maison. Dès le début, Lana a voulu être sûre que nous comprenions quelle était sa position. «Je pense que toutes les religions se valent, a-t-elle déclaré un soir. En réalité, je suis attirée par tout ce que les religions orientales ont à dire au sujet de la paix de l’âme. Je crois également que Jésus était un homme bon qui a vécu une vie pleine et stimulante aux yeux de beaucoup, mais je n’en sais pas plus que ça. Franchement, je n’aime pas les personnes religieuses qui jugent d’un air condescendant les autres croyances. Voilà mon arrière-plan, et j’espère que ça ne pose de problème à personne.» Elle voulait être certaine que nous n’allions pas la juger comme trop «ouverte». Lorsque Brad et Lana ont commencé à connaître le groupe, ils ont pris conscience que ce n’était pas vraiment l’Eglise de leur grand-mère. Le groupe était majoritairement formé de jeunes couples entre 25 et 32 ans. Sur douze personnes, neuf étaient venues à la foi à Gateway au cours des deux dernières années. Marcy et Casey, notre couple de motards, sont venus vêtus de noir. Marcy arborait une chevelure couleur groseille, reprise en une tresse hérissée de pointes de métal qui lui descendait jusqu’à la taille. Quant à Casey, sa longue barbe noire en bataille rivalisait avec sa queue de cheval. Quand ils sont arrivés à Gateway, ils étaient en recherche spirituelle. Casey était hésitant et méfiant mais, à peu près une année plus tard, il venait à la foi en Christ. Sa mère a prié avec moi sur son lit de mort, ce qui a aidé son fils à ouvrir son cœur à la foi. Marcy, elle, se serait bien définie comme chrétienne, mais elle ne semblait pas avoir pleinement compris la notion de grâce. Son éducation catholique lui avait donné l’espoir en Jésus et, elle en était sûre, il l’avait même aidée L’Eglise corinthienne d’Occident

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à sortir d’une enfance traumatisante. Elle avait vécu avec un homme avant de rencontrer Casey, puis ils avaient vécu ensemble avant de finir par se marier. J’ai vite été confronté au fait que le concubinage est devenu la norme, de nos jours. Un dimanche, tout au début de l’histoire de notre Eglise, j’ai donné un message à propos de l’engagement, que j’avais intitulé «Le mot E» (en raison de la peur de notre génération à s’engager). J’ai bien sûr parlé du fait de vivre ensemble avant le mariage et expliqué que, bien qu’elle semble correspondre à une approche prudente, cette démarche menait, comparée au passage immédiat par la case mariage, à environ 50 % de chances supplé

mentaires de divorcer. Tout cela parce qu’elle est dépourvue de tout sens de l’engagement (nous en parlerons plus en détail dans un prochain chapitre). La semaine suivante, je me suis retrouvé assailli par mon groupe de maison! Imaginez, un seul des couples présents n’avait pas connu le concubinage avant de se marier! La raison pour laquelle ce petit groupe était si rassurant pour réfléchir à la foi résidait dans le fait que j’étais le seul «anormal» du groupe. C’est ça, l’Eglise émergente: pas une Eglise pour une culture postchrétienne, où les chrétiens se cachent derrière les murs d’une forteresse et font des incursions dans une culture sans repères, mais une Eglise constituée à partir d’un «peuple postchrétien», une Eglise indigène qui surgit de la culture environnante pour former le corps de Christ! Certains membres du groupe avaient un passé dans la toxicomanie. Jay et Arden étaient tous deux directeurs et faisaient une brillante carrière, mais Jay était encore en probation pour dix ans, pour cause de suspicion de vente de drogues dans le passé. Il sentait la dépendance l’enserrer de près. Tous deux étaient sceptiques quant à l’Eglise et incertains de ce qu’ils croyaient. Ils avaient recherché un soutien spirituel au cœur de leur combat mais avaient été repoussés par la plupart des Eglises traditionnelles. Quatre ans plus tard, ils suivaient Christ de 18

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tout leur cœur, animaient un groupe de maison et apportaient leur aide au sein de notre ministère de restauration. Dave, ingénieur, et Kim, enseignante, sont arrivés à Gateway après avoir vu Touché par un ange, un film qui parle du désir de connaître Dieu. La nuit suivante, une radio locale a annoncé qu’il y avait une nouvelle Eglise dans la ville. Gateway constituait leur première expérience ecclésiale depuis l’enfance. Quand ils ont rejoint le groupe de maison, ils ont immédiatement demandé s’ils pourraient faire des pauses cigarette (au départ, un quart des participants à notre groupe posait la même question). A leur arrivée à Gateway, leur mariage ne tenait plus qu’à un fil. Des abus sexuels perpétrés dans l’enfance et la promiscuité avaient provoqué des dysfonctionnements sexuels et sérieusement altéré leurs liens maritaux. Ils souhaitaient désespérément comprendre si Dieu était bien réel et s’il était en mesure de les aider. De bien nombreuses questions les habitaient encore et ils craignaient d’être jugés. Karla et Greg se sont rencontrés alors qu’ils se remettaient tous deux de problèmes d’alcool. Ils vivaient ensemble depuis quatre ans quand ils sont venus à Gateway, le jour de l’ouverture de l’Eglise. Imaginez ma surprise lorsque, après notre premier culte, le deuxième couple que je rencontre me demande: «Nous voulons nous marier. Voulezvous célébrer notre mariage?» Karla se considérait comme une athée convertie à l’agnosticisme, Jésus et la Bible la faisant «flipper». Greg, quant à lui, vivait en nomade depuis quinze ans. Après avoir reçu un «tous ménages» et entendu un message peu conventionnel concernant notre Eglise sur une radio non chrétienne, ils ont finalement, tout en hésitant, décidé d’essayer: cela semblait différent. Mais ils se sont fait le serment de s’asseoir tout au fond de la salle, sur le côté, et de s’en aller si je prononçais ne serait-ce qu’un seul mot de travers. Ils ont ouvert leur cœur à Christ lors de nos rencontres de préparation au mariage. A ma grande surprise, ils ont découvert que Dieu était la puissance supérieure qui les avait sauvés des griffes mortelles de la L’Eglise corinthienne d’Occident

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dépendance. Parfois, Greg raconte son histoire porteuse d’espérance quand notre Eglise participe à la mission «l’Eglise sous les ponts» au profit des sans-abri d’Austin. Quant à Karla, elle met au service de notre garderie ses compétences de spécialiste du développement de l’enfant. Daryl et Brianna étaient, eux, déjà croyants en arrivant à Gateway. Ils sont les représentants d’un nouveau genre de missionnaires, qui ne se contentent pas de jouer à l’Eglise en restant bien au chaud avec d’autres chrétiens. Ils veulent être les témoins de ce que Dieu fait dans la vie agitée de personnes bien réelles. Malheureusement, dans l’Eglise d’aujourd’hui, ces chrétiens-là – des chrétiens qui, à l’instar de l’apôtre Paul, veulent s’aventurer en dehors de leur zone de confort, au cœur de la culture païenne de Corinthe ou d’Austin  – sont une minorité. Beaucoup de croyants qui ont franchi les portes de Gateway au début ne sont tout simplement pas parvenus à gérer l’inconfort d’être entourés par tant de personnes en recherche. Ils entamaient une conversation dans le hall, après le culte, et prenaient petit à petit conscience que leur interlocuteur ne partageait aucune de leurs sacro-saintes convictions concernant l’avortement, le sexe avant le mariage, l’évolution ou tout autre sujet brûlant de la sous-culture chrétienne. En règle générale, après un tel échange, ils s’évitaient mutuellement. Comprenez-moi bien, je ne dis pas qu’il faille jeter au feu toute dimension morale, mais pourquoi devrions-nous nous attendre à ce qu’une société profane se comporte comme une société chrétienne? Commençons par le commencement! Selon Jésus, c’est l’amour de Dieu qui vient en premier, suivi de près par l’amour du prochain. Il faut être un chrétien d’un genre nouveau pour vivre et exercer le ministère dans le désordre de Corinthe. Or, c’est précisément là que nous vivons maintenant! 20

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Une culture très corinthienne Quand je lis les lettres adressées à l’Eglise de Corinthe, j’y vois pas mal de parallèles avec notre situation actuelle. Etant proches du centre du monde qu’était Athènes, les habitants de cette cité du premier siècle étaient fiers de leur cheminement intellectuel. En tant que citoyens d’une grande et prospère cité portuaire, ils appréciaient bien entendu le luxe et le confort. Ils aimaient aussi s’amuser, par exemple lors des Jeux isthmiques qui se tenaient au temple de Poséidon. Ils se montraient également plein d’indulgence envers les plaisirs de la vie. Corinthe était bien connue pour son ambiance de fêtes débridées et sa liberté sexuelle. Le fameux temple d’Aphrodite, déesse de l’amour, avec son millier de prostituées, trônait au-dessus de la ville, invitant chacun à venir assouvir son appétit sexuel. Faire la fête et rechercher les plaisirs hédonistes y était si commun que cela avait donné naissance au verbe «corinthianiser» («vivre à la corinthienne»), synonyme de se plonger dans les beuveries et la débauche. A l’époque, Rome érigeait la tolérance religieuse en vertu cardinale. En fait, ce que la société gréco-romaine détestait le plus dans le christianisme, c’était l’idée dépassée que Jésus était le seul chemin vers Dieu. Quant à la vérité… qu’est-ce que la vérité? N’est-ce pas un gouverneur romain, élevé dans ladite culture, qui a, pour la première fois, prononcé cette question aux accents relativistes en s’adressant à Jésus (Jean 18.38)? Corinthe était un véritable bazar! Pourtant, comme l’attestent les lettres de Paul, c’est précisément là que l’Esprit de Dieu a construit une merveilleuse Eglise, tout sauf parfaite et ordonnée, ce qui nous procure un immense espoir dans ce qu’il peut faire pour ce monde. Son Eglise, représentant son corps et fonctionnant en tant que telle, a triomphé et profondément transformé l’Empire romain. Il peut le faire à nouveau dans notre monde d’aujourd’hui, à travers ses Eglises locales. L’Eglise corinthienne d’Occident

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Pour qui sonne le glas? Après avoir étudié les différentes tendances des auditoires des Eglises américaines, l’enquêteur Georges Barna avertit de l’influence décroissante de celles-ci sur les générations émergentes, et il appelle à un changement radical et immédiat avant qu’il ne faille publier un certificat de décès: Notre objectif ne peut pas se résumer à survivre timidement. Il doit, au contraire, être celui qui nous a été assigné par Christ: exercer une influence convaincante faite d’amour, d’autorité et de guérison sur le monde. Si nous négligeons de prendre ce tournant, nous pourrions très bien aller au devant de la disparition de l’Eglise dans notre nation.1 On peut dire que l’Angleterre et le reste de l’Europe sont en avance sur les Etats-Unis, de ce point de vue-là. L’assistance au culte en Angleterre représente environ 7 % de la population, et les chiffres ne sont pas meilleurs dans le reste de l’Europe2. L’Eglise européenne est sur le chemin des dinosaures, et l’Eglise nord-américaine la suit de près. Barna et d’autres relèvent que cette génération est la première à commencer sa recherche spirituelle en partant d’un contexte extérieur au christianisme3. Les villes occidentales ont beaucoup en commun avec la Corinthe du premier siècle: santé, éducation, sport et loisirs en continu, grande diversité religieuse où la tolérance est érigée en vertu suprême, sexualité débridée comme jamais auparavant, recherche du plaisir et de la satisfaction personnels comme principe directeur, rejet absolu de toute vérité absolue!

1  George Barna, The Second Coming of the Church, Word, 1998, p. 7-8. 2  «We believe but not in the church», BBC News, UK edition (18 mai 2004): news.bbc. co.uk/1/hi/uk/3725801.stm (accès le 19 septembre 2004). 3 Barna, op. cit., p. 68.

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Ainsi donc, tout comme dans la Corinthe païenne et pluriculturelle, l’Eglise du 21e siècle sera un bazar, si elle veut être efficace. Les générations émergentes composent la première société postchrétienne. A la différence des précédentes, leurs membres n’ont aucune prédisposition à croire dans le Christ. Non seulement la compréhension qu’ils ont du christianisme est floue, mais beaucoup en ont une vision déformée résultant de ce qu’ils ont vu. Ce que j’appelle «l’expérience postmoderne» –  notion que nous approfondirons dans le prochain chapitre – a débuté aux Etats-Unis dans les années 1960 et n’a pas seulement débouché sur une conception relativiste de la vérité; ses effets objectifs ont souvent été ignorés dans les débats relatifs à l’exercice d’un ministère dans le monde postmoderne. Cette expérience a eu pour résultat une génération de personnes blessées et brisées, certes, mais aussi affamées spirituellement, qui présentent de ce point de vue-là une ouverture jamais rencontrée jusqu’ici, même si l’Eglise semble sortie du faisceau de leur radar. Au mieux, tout comme c’était le cas à Corinthe, le christianisme constitue une option religieuse parmi de nombreuses autres tout aussi valables. D’après Leighton Ford, l’Amérique du Nord a l’insigne honneur d’être le troisième champ de mission du monde anglo-saxon1, et les EtatsUnis détiennent le triste record du nombre de personnes ne fréquentant aucune Eglise.2 Pourtant, beaucoup d’Eglises semblent ne tenir aucun compte de cette réalité. Paul était un pionnier visionnaire. Il a consenti d’énormes sacrifices en se plongeant dans un bouillon de culture qui lui était étranger. Les responsables des Eglises devraient prier et se demander s’ils forment des futurs responsables prêts à quitter leur petit confort et à

1  Leighton Ford & James Denny, The Power of Story: Rediscovering the Oldest, Most Natural Way to Reach People for Christ, NavPress, 1994, p. 43. 2  Tom Clegg & Warren Bird, Lost in America: How You and Your Church Can Impact the World Next Door, Group, 2001, p. 25.

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plonger dans le fumier occidental d’aujourd’hui ou s’ils se contentent de jouer à l’Eglise et de fabriquer des consommateurs spirituellement dépendants, qui vident n’importe quel «frigo» propre à les nourrir, s’empiffrent sans discernement des connaissances offertes, voire s’accrochent à tout ce qui donnent le sentiment d’être dans le vent. Nous ne pouvons plus nous permettre de nous tenir sur les falaises surplombant la coulée de boue culturelle, à fustiger ceux qui ne grimpent pas vers nous. Nous ne pouvons plus nous contenter de lancer des bouées sous forme de propositions destinées à présenter le salut, tout en restant bien au chaud à bord du bateau. Nous ne pouvons pas rester paresseusement assis, à nous lamenter sur ce monde qui change et à invoquer de nos vœux un retour au bon vieux temps. Le temps est venu pour les responsables chrétiens de s’accrocher fermement à la corde de l’Esprit de Dieu et d’une communauté de foi, de rassembler leur courage et de plonger dans les flots mouvants de la culture ambiante. Nous devons, à l’exemple de ce que Paul disait aux Corinthiens, nous aussi «nous faire tout à tous afin d’en sauver de toute manière quelques-uns» (1 Corinthiens 9.22b). Nous devons imiter le Dieu qui s’est plongé dans les égouts de la vie sous les traits de Jésus. Nous devons nous associer au rêve divin de mener à bien cette mission de sauvetage sur la terre à travers le corps de Christ, son Eglise1. Le grand mystère du Dieu qui se fait représenter auprès du monde par ceux qui ont sincèrement placé leur foi en lui doit devenir réalité à travers nous. Voilà quelle doit être la priorité des responsables de l’Eglise dans notre société postchrétienne: rendre visible le corps invisible!

1  1 Corinthiens 12.1-14 dépeint magnifiquement l’Eglise en tant que corps de Christ, composée de différents types de personnes qui forment ses divers organes, au travers de leurs dons respectifs et de leurs ministères.

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Voir Jésus Brad a fait une apparition tard ce soir-là. Il a confessé au groupe ce que nous savions déjà. J’étais étonné qu’il soit disposé à reconnaître qu’il consommait à nouveau du crack. Même s’il n’était pas encore chrétien, il savait que nous tenions à lui. Il avait senti la main mystérieuse de l’Esprit de Dieu s’approcher de lui sous l’apparence de ce corps de nouveaux convertis. Il savait qu’il avait besoin d’aide. Lana avait ouvert son cœur à Christ l’année précédente. Maintenant, c’était au tour de Brad. Cette nuit-là, l’improbable petit groupe agissant comme le corps de Christ l’a entouré de ses bras d’amour et de vérité. A certains moments par la confrontation, comme seuls ceux qui ont connu la dépendance peuvent le faire, à d’autres par l’encouragement, comme autant de médecins blessés ayant vu la puissance triomphante de Dieu à l’œuvre. Tandis que son petit groupe l’entourait, le touchait, Brad a prié et demandé pardon à Dieu. Il lui a dit: «Je veux que ce que Jésus a fait pour moi compte réellement pour moi. J’ai besoin de ta puissance pour faire ta volonté. Aide-moi à triompher afin que je devienne le mari et le père que tu me destines à être.» Cet épisode a marqué un nouveau départ pour Brad et Lana. Ils ont quitté progressivement le chemin de la dépendance pour celui de Christ. Ce soir-là, alors que je rentrais chez moi et que je repensais à tous les changements de vie que le Seigneur avait opérés dans le groupe, des larmes de gratitude me sont montées aux yeux. Combien de fois j’ai repris la route, après avoir quitté mon petit groupe de maison, en remerciant Dieu de nous avoir montré Jésus vivant, recherchant et sauvant ceux qui sont perdus, proclamant un temps de rafraîchissement pour les pauvres, les opprimés, les blessés et tous les laisséspour-compte de tous les temps! Je dois aussi dire qu’il a autant utilisé ces personnes dans ma vie que moi dans la leur, parce que moi aussi je suis un inadapté spirituel. L’Eglise corinthienne d’Occident

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A travers mes amis, Dieu m’a rappelé que personne ne mérite plus ou moins sa grâce, que nous en avons tous besoin. Nous devons tous grandir ensemble afin de devenir les personnes qu’il désire nous voir être. Mon petit groupe de maison n’est ni une aberration ni un exemple parfait. Quand nous avons lancé l’Eglise de Gateway en 1998, nous avions l’habitude de plaisanter à propos de notre «noyau corinthien». De 10 personnes, nous sommes passés à 2000 en l’espace de cinq ans. Et je crois pouvoir dire que la vie de celles que je viens de vous présenter est plutôt particulière. A partir d’arrière-plans déstructurés, totalement éclectiques du point de vue spirituel, Dieu a amené des centaines de personnes à la foi en Christ chaque année. Mon petit groupe de maison vit dans votre ville, tout autour de vous, et si vous ne le connaissez pas encore, c’est probablement parce que vous ne regardez pas les champs qui sont devant vous. L’état de notre société demande un nouveau genre de responsables. Etes-vous prêt? Regardez! «La moisson est grande, mais il y a peu d’ouvriers» (Matthieu 9.37)!

C’est Dieu qui fait grandir Si la pensée de chercher à atteindre notre culture postchrétienne vous effraie, gardez courage! Dieu peut utiliser n’importe qui; cela ne dépend pas de nous, dans l’absolu, mais de lui. Malgré tout, nous avons une responsabilité. Paul rappelle, dans sa lettre aux Corinthiens: J’ai planté, Apollos a arrosé, mais c’est Dieu qui a fait grandir. Ainsi, ce n’est pas celui qui plante ni celui qui arrose qui compte, mais Dieu, qui donne la croissance. Celui qui plante et celui qui arrose sont égaux, et chacun recevra sa propre récompense en fonction de son propre travail. En 26

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effet, nous sommes ouvriers avec Dieu. Vous êtes le champ de Dieu, la construction de Dieu. 1 Corinthiens 3.6-9 En tant que chrétiens vivant dans une société postchrétienne, nous avons pour tâche d’être des fermiers culturels. Les pasteurs et responsables doivent apprendre à placer leur confiance dans le Dieu qui, tout autour de nous, en provoquant la croissance, est déjà à l’œuvre. Il ne nous appartient pas de faire grandir ou de changer qui que ce soit. Notre tâche consiste à créer un bon terrain et un environnement de qualité dans lequel les personnes pourront grandir dans la foi jusqu’à ce que, à travers son corps qu’est l’Eglise, le Dieu invisible devienne visible. Mais comment créer le terrain à travers lequel l’invisible deviendra visible? C’est là tout l’art de la création culturelle et le point central de ce livre. Pendant que nous labourons le champ avec lui en créant une culture du «venez comme vous êtes», Dieu crée la croissance. En bons fermiers culturels, nous devons prendre conscience qu’il nous a confié, à nous ses collaborateurs, la charge de préparer un terrain culturel sain. Jésus a souvent utilisé des métaphores tirées du domaine agricole pour décrire le royaume de Dieu. Je pense qu’il ne l’a pas fait seulement parce que cela convenait bien à la société agraire dans laquelle il évoluait, mais aussi parce qu’elles contiennent des principes élémentaires de croissance. Toute vie a besoin d’un bon sol pour grandir sainement; le fait est clairement établi en ce qui concerne la vie des plantes: ce n’est jamais le fermier qui est la cause de la croissance. Pourtant, s’il néglige le sol, celui-ci devient dur; s’il ne l’arrose pas ou ne lui donne pas de compléments nutritionnels, il n’y aura pas de croissance. Si le fermier ne protège pas les graines des oiseaux, leurs adversaires ruineront son travail avant même que la plante n’ait une chance. A l’inverse, s’il accomplit sa part du travail afin de créer une bonne terre, il y a croissance! L’Eglise corinthienne d’Occident

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Au dire des psychologues, les enfants ont eux aussi besoin d’une bonne terre pour pouvoir grandir. La recherche confirme que ceux qui sont élevés dans un environnement familial où règnent l’amour, l’honnêteté et la sécurité ont tendance à bien se développer. C’est la culture familiale qui influence le plus la croissance vers la maturité. Avons-nous déjà réfléchi au type de sol dont nous avons besoin pour que se développe une communauté chrétienne florissante dans notre société postchrétienne? Dieu est responsable de la croissance, du changement des cœurs; en revanche, la qualité de la terre relève de la responsabilité des disciples de Christ qui construisent cette Eglise. Créer une culture du «venez comme vous êtes» est la tâche la plus importante à laquelle nous puissions nous atteler afin de susciter l’intérêt de notre environnement. Pourtant, nous ne menons pas de gros efforts de réflexion dans ce sens. En fait, la culture étant une réalité essentiellement invisible, nous sommes pour la plupart ignorants du terrain culturel que nous avons créé dans nos Eglises, groupes de maison et ministères. Discutant de ses effets sur les organisations, le consultant James Alexander constate: «La culture est tellement enracinée qu’elle devient totalement imperceptible aux yeux des membres de l’organisation. C’est la raison pour laquelle il est si difficile pour les membres d’un groupe de parler de leur culture, puisqu’elle opère au-delà de leur conscience.»1 Cela explique aussi pourquoi plusieurs Eglises tentant d’atteindre le même groupe avec les mêmes méthodes peuvent être perçues comme totalement différemment l’une de l’autre. Ce sentiment intangible, c’est la culture; c’est ce que les personnes en recherche captent immédiatement, alors que cela peut être imperceptible aux membres réguliers. Le problème, c’est qu’elle fait toute la différence dans notre

1 James A. Alexander, «Creating a High-Performance Culture: Leadership Roles and responsibilities», AFSM International S-business, Professional Services Leadership Report, AFSMI, Q4 2001, 6. www.afsmi.org/pdf/content/PSLRQ/pslr_q4_01.pdf (accès le 19 septembre 2004).

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société postchrétienne. C’est pour cela qu’aujourd’hui, le leadership efficace doit être synonyme de création de la bonne culture. Pourtant, trop souvent encore, on se contente de mettre sur pied «des cultes portes ouvertes pour personnes en recherche» comprenant de la musique sympa, une ambiance fun, de l’art ou tout ce qui peut être «tendance», en passant à côté de l’élément nutritionnel indispensable à une saine croissance du corps. Lorsque j’étais en charge des ministères à Willow Creek, j’ai vu des responsables d’autres Eglises assister à des conférences et se montrer très enthousiastes à l’idée de conduire des personnes à Christ. Malheureusement, ils rentraient chez eux avec l’idée que ce qui leur manquait, c’était la musique, l’aspect théâtral ou divers éléments visibles. Ils se mettaient à faire plus de musique et moins de louange en se disant que s’ils intégraient plus de «contemporain», les gens viendraient. Ce que beaucoup n’ont pas perçu, c’était l’importance fondamentale de créer une culture spécifique pour atteindre une catégorie particulière de la ville. La plupart des critiques visant le caractère de «divertissement» de certaines Eglises s’expliquent par cette erreur courante. Je me rappelle qu’une fois, un membre de notre équipe est entré dans l’auditorium pendant une conférence. Il y a vu des responsables d’Eglise mesurer la salle. Par curiosité, il leur a demandé ce qu’ils étaient en train de faire. Ils ont répondu: «Nous aimons ce qui se passe ici et nous allons donc tout copier jusque dans les moindres détails.» Malheureusement, nous pourrions faire la même erreur avec les tendances générationnelles émergentes. Nous pouvons illuminer l’entrée de nos Eglises de centaines de bougies, mettre le paquet sur la qualité musicale ou faire une place à l’art sans parvenir à pénétrer ni attirer la société postmoderne. Ce n’est pas le visible qui a besoin d’attention mais l’invisible. Ce ne sont pas les bougies qui font la différence dans notre monde mais la communauté, pas le décor mais l’attitude, pas la liturgie mais l’amour. L’Eglise corinthienne d’Occident

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Plantez-vous, fertilisez-vous la culture de votre Eglise, de votre groupe de maison ou de votre ministère? Voyez-vous le fruit de l’Esprit dans votre région à travers ceux qui viennent à la foi? A quoi doit ressembler une culture du «venez comme vous êtes» dans notre société postchrétienne? Voilà les problèmes métaphysiques auxquelles nous essayerons de répondre dans les chapitres suivants. Et je crois que méditer sur les questions relatives à la création culturelle pourra être utile, quelles que soient les personnes que vous désirez atteindre. Que vous fassiez partie d’une Eglise émergente ou d’une Eglise de soixante-huitards, que vous soyez pasteur ou responsable d’un groupe de maison, comprendre la façon dont se forme une culture et l’influence qu’elle a sur l’environnement est une tâche essentielle. Permettez-moi de vous donner un aperçu des fils de la création d’une culture qui seront tissés tout au long des chapitres suivants.

Définir la culture Premièrement, qu’entend-on exactement par «culture»? On pourrait la définir comme la «colle» qui tient ensemble tous les éléments d’une société. Dans l’Eglise, cette «colle» est faite des pratiques et comportements des gens, dans le sens où ils déterminent comment et pourquoi ils agissent ou réagissent, mais c’est aussi la somme de tous les comportements, attitudes et styles des personnes ainsi que des programmes et cultes de l’Eglise1. La culture forme la texture de la vie relationnelle et communautaire au sein de l’Eglise locale. Le résultat d’une réelle culture du «venez comme vous êtes» est une communauté de foi engagée que Dieu utilise pour transformer des individus, des quartiers, des villes et des sociétés. C’est ce qui se passe lorsque les responsables contextualisent

1  Edgar H. Schein, Organizational Culture and Leadership, 2e éd., Jossey-Bass, 1992.

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vraiment le message de Christ de façon à l’adapter à la culture ambiante et que le corps de Christ grandit sur ce terreau. Nous devons néanmoins nous garder de penser que la communauté en soi constitue une réponse: s’il en existe qui donnent la vie, il en existe aussi, au sein des Eglises locales, des groupes de maison et des ministères, qui sont répressives et toxiques.

L’état d’esprit des responsables Créer une culture du «venez comme vous êtes» commence avec la façon de penser des responsables. La manière dont ceux-ci se voient, eux et leur Eglise, constitue le soubassement à partir duquel la culture va se forger. Suivant la façon dont ils interagissent avec les autres, ils vont façonner la culture ambiante, de la même façon que des parents créent et modèlent la culture familiale. Quelle culture créez-vous? Ce livre va vous présenter un exemple de rapports entre l’Eglise et la culture qui lancera peut-être un défi à la façon dont vous-même envisagez les choses. Peut-être prendrez-vous conscience qu’il y a un hiatus entre ce que vous pensiez créer et ce que ressentent les personnes en recherche fréquentant votre Eglise. Peut-être, au cours de votre lecture, saisirez-vous qu’il ne s’agit pas seulement d’ajouter une méthode ou une stratégie à votre arsenal mais de revoir totalement votre manière de penser, que ce qui doit être modifié, ce sont vos façons de voir et vos attitudes, car elles façonnent la culture de votre Eglise. Dans la création d’une culture, c’est ce qui se passe dans le cœur et la tête des responsables qui a le plus d’impact. Voilà pourquoi ce livre évoque plus d’expériences que de recettes pratiques. Au cours de votre lecture, vous serez invité à rejoindre des existences qui croisent l’histoire de Dieu avec son Eglise. Cela vous amènera à réexaminer votre vision de vous-même et de vos responsabilités. L’Eglise corinthienne d’Occident

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*** Il y a deux ans, je suis passée par un divorce, et ce n’est que récemment que j’ai recommencé à aller à la messe. Mais je me sentais tellement coupable que je ne me suis plus sentie chez moi. C’est pour cela que ça a été un grand pas pour moi d’entrer dans votre Eglise, dimanche passé. Je dois dire que j’ai été très bien accueillie par tout le monde et que j’ai aimé le déroulement du culte et l’enseignement. Je voulais juste vous remercier, vous et l’équipe, pour l’environnement chaleureux et plein d’amour que vous avez créé afin que les gens puissent au moins s’ouvrir à l’écoute du message. Ils savent qu’ils sont aimés tels qu’ils sont et où qu’ils en soient. Je sais que l’attitude générale vient d’en haut, dans toute organisation, qu’elle soit bonne ou mauvaise; sachez que la vôtre est géniale ! Gabrielle

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L’atmosphère dans l’assistance L’«ambiance» des cultes ou des groupes de maison contribue aussi à créer la culture. Le «look» et le ressenti, le facteur qualité, le style de musique et la façon dont les gens parlent et s’habillent et dont ils agissent les uns envers les autres en public, tout cela est très important. Cela indique aux autres à quoi vous ressemblez, à quoi ils peuvent s’attendre et comment ils doivent agir. Cet aspect public de la culture, plus que tout autre, doit être contextualisé par rapport aux attentes des non-croyants autour de vous, si vous voulez les atteindre. Dans les chapitres suivants, vous aurez un aperçu des cultes à Gateway et vous pourrez vous faire une idée de l’atmosphère générale, qui influe sur celle des groupes de maison. Mais n’oubliez pas: les aspects visibles d’une Eglise ne sont qu’une petite partie de sa culture globale. 32

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Une enquête de «satisfaction» Un des aspects les plus visibles de la culture correspond à ce qu’une personne moyenne, déjà croyante ou en recherche, perçoit de la façon dont elle doit vivre et fonctionner dans l’Eglise. Cette étude de la perception extérieure est l’aspect le plus négligé; c’est pourtant celui qui a le plus d’impact. Qu’est-ce qui est communiqué encore et encore? Quelles histoires sont racontées? Quelles expériences spirituelles sont mises en avant afin de montrer ce que l’Eglise devrait être? Qu’est-ce que le commun des mortels pense de votre Eglise, de la raison de son existence et du rôle qu’il peut y jouer? Comme je l’ai dit à nos propres responsables, nous pouvons avoir la musique la plus sympa, la communication la plus convaincante, la technologie la plus pointue, si les personnes en recherche n’aiment pas ce qu’elles voient en nous, elles ne reviendront pas. Nos membres sont notre «arme secrète». Alors, comment créer la culture adéquate dans l’assistance? Au fil des pages, nous examinerons la notion de perception, nous nous demanderons «quelles histoires raconter» afin de créer la culture adéquate.

L’organisation La création d’une culture ne peut pas être séparée de l’organisation concernée. Si l’Eglise, le corps de Christ, est un organisme, il doit fonctionner de manière coordonnée. Comment organiser les choses de manière à rehausser et soutenir la culture, un peu comme le squelette soutient le corps? Une organisation trop rigide, qui manque de flexibilité et d’agilité, ne permettra pas au corps de s’exprimer pleinement. D’un autre côté, l’absence de charpente organisationnelle entrave le corps et l’empêche de s’exprimer dans la diversité et l’unité. L’Eglise corinthienne d’Occident

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Vous allez avoir un aperçu de certaines structures susceptibles d’être utilisées pour soutenir et alimenter le corps de Christ afin qu’il puisse vivre pleinement son mandat culturel et sa mission.

Comprendre le contexte Bien que les principes de la création d’une culture soient transculturels, ils doivent être adaptés à chaque contexte spécifique1. Permettezmoi donc de vous parler un peu du cas d’Austin et de notre Eglise afin de vous aider à mieux appliquer ces principes à votre propre environnement. L’Eglise de Gateway est adaptée au contexte unique d’Austin. Au moment où j’écris ces lignes, 50 % des personnes qui la fréquentent sont célibataires, contre 60 % dans la ville d’Austin. La majorité n’ont aucun arrière-plan ecclésial, comme plus de 85 % des habitants d’Austin; dans notre sondage annuel, 60 % disent ne pas avoir été véritablement engagées avec le Christ à leur arrivée chez nous, même si aujourd’hui la plupart se définissent comme ses disciples. La diversité ethnique d’Austin se traduit approximativement par la présence de 30 % de personnes de couleur (quelle qu’elle soit); Gateway en compte 20 %. A peu près 75 % des personnes qui nous ont rejoints ont moins de 40 ans et viennent d’arrière-plans totalement différents; pourtant, nous pouvons voir l’Esprit de Dieu en amener des centaines à la foi chaque année. A travers l’histoire de personnes bien réelles qui sont venues à la foi en fréquentant notre communauté, vous verrez de quelle manière une culture du «venez comme vous êtes» peut mettre à l’aise les cœurs les plus endurcis des générations émergentes. En revanche, vous ne  

1  Pour un traitement en profondeur de la contextualisation de la culture, je recommande le livre The cultural perspective, sous dir. Ralph Winter et Steven Hawthorne.

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pourrez pas faire l’économie de la démarche consistant à comprendre les spécificités de votre contexte pour la création d’une culture. Nous discuterons des principes de contextualisation susceptibles de vous aider à déterminer le chemin à suivre afin de «labourer culturellement» votre terrain particulier, unique, qu’il s’agisse de votre Eglise, de votre ministère ou de votre petit groupe de maison. Mon intention est d’encourager les chrétiens et les responsables d’Eglise à surmonter leurs peurs de plonger et de s’engager dans notre culture postchrétienne, quel que soit le contexte, et de croire à nouveau que Dieu peut et veut travailler au travers de ceux qui le suivent dans l’Eglise locale, afin d’amener l’espoir et la guérison au monde qui nous entoure. Je veux d’emblée clarifier un point: je ne prétends pas que ce qui se passe à Gateway soit la seule façon d’atteindre la société postmoderne ni que notre Eglise doive être imitée par tous. Dans la grande diversité de notre monde, de nombreuses méthodes et stratégies doivent être employées en vue de créer le terrain adapté au bon contexte. Gateway n’est pas une Eglise parfaite, loin de là! Tout comme il n’existe aucune personne parfaite, il n’existe aucune Eglise parfaite. Nous ne prétendons absolument pas posséder toutes les réponses ni connaître toutes les questions, mais nous voyons Dieu à l’œuvre, en train de former son Eglise avec une génération brisée et perdue. Ce livre est donc simplement l’histoire de l’action étonnante de Dieu dans notre génération, un Dieu qui recherche et sauve ceux qui sont perdus, en utilisant son Eglise pour cela. Et tandis que je l’écris, ma prière est que le Seigneur puisse l’utiliser pour en aider beaucoup d’autres à trouver la foi au travers du ministère des Eglises locales ou de petits groupes. Avant de parler des spécificités d’une création de culture visant à fertiliser un terrain, nous devons comprendre les luttes liées au sol aride et diversifié de la génération actuelle. Les gens entendent la Parole de Dieu mais, la plupart du temps, elle tombe dans une terre L’Eglise corinthienne d’Occident

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desséchée. Par conséquent, notre tâche consiste d’abord à tenir compte du contexte qui a provoqué cette dureté de cœur envers la Bible et l’Eglise de Christ. Quels sont les combats sociologiques des cinquante dernières années qui empêchent les gens de trouver la foi à travers l’Eglise locale? Comment vivons-nous et extériorisons-nous notre foi chrétienne pour que le terrain de l’Eglise locale devienne un lieu où l’on puisse grandir, envers et contre tout? Dans les chapitres suivants, nous explorerons ces questions en remontant à la source des cinq plus grands problèmes que notre génération rencontre par rapport à la foi chrétienne: la confiance, la tolérance, la vérité, le désespoir et la solitude.

Guide d’étude Analyse de la culture 1. Comment les personnes définiraient-elles le «ressenti» de votre Eglise après quelques expériences? Envisagez la possibilité de demander à l’un de vos voisins de venir deux ou trois dimanches au culte et de vous dire honnêtement et franchement comment il a trouvé les gens et si cela correspond à votre évaluation, ainsi que ce qu’il a ressenti. 2. Ecrivez ce que, d’après vous, votre Eglise met en valeur. Qu’aimeriezvous qu’elle mette en valeur? 3. Ecrivez: Façon de voir des responsables, Atmosphère dans l’assemblée, Enquête de satisfaction et Organisation. Tout en lisant le reste du livre, notez à côté de chaque expression les idées susceptibles de vous aider à créer la culture que vous désirez.

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Questions pour petit groupe 1. Comment définiriez-vous le «ressenti» et l’«expérience» de votre groupe? (Est-il chaleureux? Pareil à une famille? Pédagogique? Respectueux? Stimulant?) 2. Demandez aux participants de votre groupe de décrire, de manière anonyme sur une feuille, leur ressenti quant à ce qui s’y passe habituellement. Demandez à une personne de ramasser les feuilles et de les lire à voix haute. Discutez-en et essayez de comprendre d’où vient la culture existante. 3. A présent, notez sur une autre feuille les mots qui définissent le mieux l’environnement idéal que vous souhaiteriez créer pour chacun. Que quelqu’un lise ces mots. Ensuite, réfléchissez ensemble à la raison pour laquelle vous désirez créer cet environnement. 4. Lisez 1 Corinthiens 9.20-23. A votre avis, qu’entend Paul par «se faire tout à tous»? En quoi la culture dans laquelle vous vivez est-elle différente ou proche de celle de Corinthe? Quelles sont les manières de «nous faire tout à tous» sans compromettre notre appel à suivre Christ?

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La société occidentale a opéré un virage important. Elle est marquée par de nouvelles manières de penser, de nouvelles mentalités qui semblent, de prime abord, reléguer le christianisme au rayon des antiquités. L’Eglise a-t-elle encore un avenir? Est-elle condamnée à disparaître ou alors à se transformer au point de perdre son identité et ses valeurs? John Burke est convaincu que l’Evangile garde toute sa pertinence

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JOHN BURKE

pour nos contemporains et peut les toucher, mais que cela passe par la création d’une culture appropriée dans le corps de Christ local. Une pas la bonne nouvelle de Jésus. Vous voulez savoir comment amener ceux qui sont en recherche dans la famille de Dieu, tout comme votre Seigneur l’a fait? Laissez-vous interpeller par les réflexions et les histoires stimulantes qu’il propose! Pasteur de l’Eglise de Gateway à Austin (Texas), qu’il a fondée en 1998, John Burke est fort d’une riche expérience en matière d’annonce de l’Evangile à des personnes qui ne veulent rien savoir de l’Eglise.

CHF 39.00 / € 30.00 ISBN 978-2-8260-3258-8

9 782826 032588

JOHN BURKE

culture qui, contrairement à ce que l’on pourrait penser, ne trahit

JOHN BURKE

Perfection interdite (MB3258)  

La société occidentale a opéré un virage important. Elle est marquée par de nouvelles manières de penser, de nouvelles mentalités qui semble...