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QUÉBEC VO4 #O1 | JANVIER/FÉVRIER 2O19 AVANT QU’ON EXPLOSE ANTIGONE BLACKBIRD LE COLLECTIF RAMEN KAËL MERCADER DANIEL CORBEIL FJORD L’IGP POUR LES VINS DU QUÉBEC

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L’AMOUR, ÇA SE PARTAGE ! Love is meant to be shared !

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QUÉBEC | JANVIER / FÉVRIER 2019

RÉDACTION

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«AVEC TOUS LES MOYENS QU’ON A À NOTRE PORTÉE POUR ENROBER LES CHANSONS, IL EST BIEN DE SE RAPPELER TOUTE LA BEAUTÉ QU’IL Y A DANS LA SIMPLICITÉ.» Photographe: Kelly Jacob Assistant: Julien Grimard Maquillage: Samara Habib Production: Vincent Boivent (Consulat)

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SCÈNE

Antigone

Blackbird Scène en bref

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MUSIQUE

Fjord

Musique en bref

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CINÉMA

Avant qu’on explose Cinéma en bref

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ART DE VIVRE

L’IGP pour les vins du Québec Portrait de chef: Matthieu Gralepois

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LIVRES

Feu le soleil Le modèle de Nice Hiver nucléaire (tome 3) Folk – Épisode 1

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CRÉATION

Le collectif RAMEN et Kaël Mercader

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ARTS VISUELS

Daniel Corbeil

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QUOI FAIRE

CHRONIQUES

Simon Jodoin (p6) Emilie Dubreuil (p14) Mickaël Bergeron (p24) Catherine Genest (p44)


6 CHRONIQUE VOIR QC

VO4 #O1

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THÉOLOGIE MÉDIATIQUE

MOTS & PHOTO SIMON JODOIN

Rastas blancs d’Amérique That until there no longer First class and second class citizens of any nation Until the color of a man’s skin Is of no more significance than the color of his eyes Me say war — Bob Marley C’est une comptine connue. Au cours des derniers jours, on a reproché aux médias et à certains chroniqueurs d’avoir monté en épingle l’histoire de cet humoriste qui s’est vu refuser de monter sur la scène d’un bistro géré par un groupe de recherche de l’UQAM. Le jeune homme, blanc, portait des dreadlocks, ces tresses de cheveux emmêlés, une coiffure qui a traversé l’histoire, les cultures et les continents avant de devenir mondialement à la mode grâce à l’immense succès de Bob Marley en particulier et de la musique jamaïcaine en général. La culture jamaïcaine a eu, au cours du siècle dernier, une influence majeure qui persiste encore aujourd’hui, à telle enseigne qu’en novembre dernier, le reggae de Jamaïque se voyait inscrit comme patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO.

Or, voilà le problème, le jeune homme est blanc, comme je vous disais, et il se trouve de nos jours quelques grands esprits qui considèrent que porter cette coiffure, lorsqu’on a la peau blanche et qu’on est né à Pointe-aux-Trembles, c’est s’approprier la culture d’un peuple qu’on a dominé. Je ne sais pas pour Pointe-aux-Trembles. C’est peut-être Maniwaki ou Donnacona. Vous lui demanderez si vous le croisez.

Chaque petit signe culturel, comme le fait de porter des dreadlocks, serait ainsi un symptôme de ce rapport de force distillé au fil du temps que nous aurions absorbé, inconsciemment, sans nous en apercevoir. Les plus éveillés seraient conscients de ces comportements qui relèvent de l’agression tandis que les autres, qui n’y voient aucun mal, n’auraient pas encore saisi l’ampleur de leurs privilèges et la gravité de leur faute.

On peut bien reprocher aux médias de transformer une anecdote en sujet d’actualité et en débat du jour, mais c’est faire fi un peu trop vite de l’immense connerie qui gagne certains comiques qui, au nom du progressisme, jouent aux alchimistes de la bonne conscience dans les officines d’institutions universitaires publiques.

Il y a pourtant une autre explication qui permet de comprendre la présence des dreadlocks dans les rues de Pointe-auxTrembles, Maniwaki ou Donnacona. Une explication sans doute trop simple pour ceux qui aiment créer des problèmes afin de parader en inventeurs de solutions.

Ce qu’on tente de nous dire, avec ces théories, c’est qu’au sein même du récit de l’aventure québécoise, nous devrions lire une opposition structurelle et nécessaire entre les dominants blancs triomphateurs de la civilisation occidentale et les dominés noirs descendants d’esclaves et laissés pour compte. Il faudrait même y voir un aspect constituant de notre organisation sociale contemporaine.

Il se trouve que toute une génération de jeunes mélomanes, partout sur la planète, a été séduite non seulement par le son de la Jamaïque, mais aussi par le discours de libération et de révolte porté par ses protagonistes les plus célèbres. Bob Marley, pour ne parler que de lui, fait presque figure de prophète. Partout, le reggae, le dub, le ska se sont infiltrés dans les inspirations de musiciens, du rock au punk en passant par le jazz, le hip-hop et tant d’autres genres encore. Aux quatre coins du monde, on s’est

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mis à porter le t-shirt en chantant tous en chœur Let’s get together and feel all right. C’est ce qui s’est passé au Québec. Ça s’est aussi passé au Japon, soit dit en passant. Si ça vous intéresse, allez donc écouter un peu de Joe Yamanaka. Vous apprendrez en même temps qu’on peut venir de Yokohama et porter des dreadlocks. Dans notre coin de l’Amérique, on peut dire sans crainte de se tromper que toute l’évolution de la vie culturelle, sociale et politique québécoise, depuis la Révolution tranquille, consiste à dénouer les nœuds de l’oppression, des préjugés et des inégalités. Si on est le moindrement sérieux, à la lecture de notre histoire, on doit bien se rendre compte que les Québécois, ce peuple de locataires, comme on le qualifiait naguère, ces vaincus longtemps dominés par une élite anglo-saxonne, dans leur désir d’émancipation, ont lutté non seulement pour leur libération nationale, mais aussi, surtout, pour une justice sociale qui transcende les genres, les orientations sexuelles, les couleurs de peau et les origines

ethniques. On peut bien considérer qu’on n’avance pas assez vite, mais on ne peut pas douter de la direction et aller s’imaginer que les engrenages du système qui nous sert de véhicule historique sont en quelque sorte graissés à l’idéologie esclavagiste ou à des souvenirs des traites négrières, ça relève de l’hallucination doctrinaire. Le Québec se trouve aujourd’hui aux prises avec deux formes de radicalisation, deux idéologies extrêmes qui jouent ensemble au tir à la corde: d’un côté, une bande de nonos qui fabulent sur une invasion islamique et une menace immigrante à la moindre vue d’un voile ou d’un turban, de l’autre, des savants fous qui voient poindre des suprémacistes blancs dès qu’un type porte une coupe de cheveux ou rigole en dansant manière Bollywood dans un Bye bye. Ces deux postures se singent, dans une chorégraphie parfaite, une sorte de performance de nage synchronisée où on se demande bien lequel va se noyer en premier. Toujours est-il que cette volonté de vouloir transformer les Québécois en peuple de

dominateurs blancs mérite qu’on s’y attarde. Ceux qui s’amusent à ce jeu ne semblent pas voir qu’ils reproduisent, à leur manière, tout ce qu’on peut reprocher aux visions du monde les plus inquiétantes. Pour eux, en dépit de toute histoire, une couleur de peau ne peut avoir qu’une seule signification, qu’une seule valeur. Les relations humaines doivent être réduites à une simple mathématique qui compare les individus entre eux comme des nombres – plus petit, plus grand ou égal – sur la base de leur génétique et en faisant fi de tout contexte et de toute histoire. On peut y voir un curieux revers du destin lorsqu’on constate qu’une frange de jeunes Québécois semble trouver satisfaisant de se rouler sans vergogne dans cette nouvelle morale à la mode. Tout se passe comme si, afin d’anesthésier le souvenir des défaites, ils prenaient désormais plaisir à s’injecter l’hallucination d’une posture victorieuse. Il y a peut-être là une nouvelle manière d’oublier. y sjodoin@voir.ca


SCÈNE 9 VOIR QC

VO4 #O1

VIVRE EN COULISSES S’EMMURER 31 JOURS POUR SE PLONGER DANS L’ISOLEMENT DE L’INSOUMISE ANTIGONE. C’EST LA DÉMARCHE CHOISIE PAR OLIVIER ARTEAU, QUI METTRA EN SCÈNE LA TRAGÉDIE DE SOPHOCLE AU TRIDENT EN MARS POUR SON PREMIER GRAND PLATEAU. MOTS | JULIE BOUCHARD

L’entrevue se déroule dans sa «chambre». Une vaste loge sans fenêtre tapissée de miroirs, avec toilette et douche attenantes. À partir du 5 février, Olivier Arteau dormira dans cette pièce, prisonnier du Grand Théâtre de Québec pendant un mois entier pour redonner vie à l’héroïne rebelle de Sophocle. «Il y a comme un vertige de savoir que dans 31 jours, la prochaine fois que tu ressors, tu as livré tout ce que tu avais à livrer, illustre avec passion le jeune metteur en scène. Si Antigone a la conviction de s’emmurer pour sa foi, et que le fait d’enterrer son frère lui paraît essentiel et fondamental quitte à en mourir, je me dois de parvenir à témoigner de sa conviction.»

PHOTO | BÉATRICE MUNN

mes interprètes en étant ici pendant 31 jours, c’est cette volonté d’y croire. Peut-être que c’est juste pour moi que je le fais, mais j’espère que ça va avoir un impact sur la manière dont moi je vais voir les choses, mais aussi dans la manière de le transmettre.» Tragédie au féminin

Mis à part quelques sorties dans la cour, question de s’oxygéner, l’artiste interdisciplinaire sera circonscrit dans le bâtiment. Abolissant toute forme de distraction, ce processus singulier lui permettra d’habiter corps et âme son personnage et de comprendre sa solitude. «J’ai envie de faire l’éloge de la lenteur, de ne pas succomber au système néolibéral de surproductivité. On n’a plus de temps, et c’est nous qui sommes responsables du débordement ou du trop-plein ou de la vitesse à laquelle on s’impose d’aller, et ça, c’est une volonté ferme d’y résister. Je veux voir ce que l’ennui va générer comme source de créativité. Je veux donner le meilleur de moi-même et y consacrer tout mon temps.»

Figurant parmi les œuvres les plus acclamées de la Grèce antique, Antigone a subi d’innombrables réécritures à toutes les époques et en plusieurs langues. Son personnage principal, une femme remplie d’audace et de courage qui affirme sa détermination en sacrifiant sa vie pour ses idéaux, suscite grandement l’admiration. Elle invoque la révolte passionnée contre toute forme d’oppression. Un thème universel qui s’inscrit parfaitement dans la réalité d’aujourd’hui. «Je pense que c’est quelque chose de profondément actuel, constate avec émotion Olivier Arteau. C’est quand même fou que la mort soit le moyen le plus fort pour changer les consciences! Et avec la catastrophe environnementale, la grande tragédie, c’est qu’on parle de l’humanité et qu’on ne parle pas du règne des vivants. Ce sont les vivants en ce moment qui sont en train de mourir, et le symbole que je veux transmettre dans la mise en scène, c’est qu’on tue l’espace des vivants pour encore parler de l’humain.»

Une telle méthode exige une planification serrée en amont. Un petit lit sera livré à la loge et, avec l’aide de sa mère, Arteau aura cuisiné ses repas pour tout le mois. Une fois emmuré, il pourra compter sur son assistante à la mise en scène, Léa Aubin. Complice et ange gardien, elle prendra soin de lui pendant et après les répétitions. Celui qui est également comédien pourra alors se dévouer entièrement à son œuvre et ainsi partager son expérience avec les membres de la distribution. «Ce que je souhaite témoigner à

Pour cette réappropriation du texte de Sophocle, trois puissantes voix du milieu théâtral expriment l’insoumission d’Antigone: Pascale RenaudHébert, Rébecca Déraspe et Annick Lefebvre. «Quand on m’a proposé la pièce, c’était impératif que ce ne soit pas moi qui l’adapte, affirme celui qui a récolté plusieurs prix et nominations pour ses créations. Et je ne voulais pas que ce soit le bagage personnel d’une seule femme, je voulais un éventail un peu plus grand pour nous parler de la féminité.»

OLIVIER ARTEAU

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RENCONTRER L’ART CHORÉGRAPHIQUE

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7, 8, 9 ET 13, 14, 15, 16 FÉVRIER / 2019 MAISON POUR LA DANSE

4, 5, 6, 7 MARS / 2019 MAISON POUR LA DANSE

19, 20, 21 MARS / 2019 MÉDUSE - SALLE MULTI

ALAN LAKE FACTORI(E) GRATTER LA PÉNOMBRE

DAINA ASHBEE POUR

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SAISON 2018-2019

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BILLETTERIE

ANTIGONE DU 5 AU 30 MARS 2019

MISE EN SCÈNE OLIVIER ARTEAU

Réappropriation de l’oeuvre de SOPHOCLE par PASCALE RENAUD-HÉBERT, RÉBECCA DÉRASPE et ANNICK LEFEBVRE

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DIRECTION ARTISTIQUE

ANNE-MARIE OLIVIER

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11 Courir vers la mort Les autrices recrutées par Olivier Arteau n’ont pas l’habitude de faire dans la dentelle. Le public doit donc s’attendre à être bousculé par les mots, mais aussi par la scénographie, qui s’annonce percutante. Le jeu des acteurs, lui, sera éprouvant. «On est rendu imperméable à la souffrance, parce qu’on en voit tellement, ça devient presque banal, et ça, c’est tragique! C’est pourquoi j’impose à mes interprètes d’être dans des actions physiques qui témoignent de l’acharnement, de la difficulté de respirer, de l’épuisement, pour que le spectateur n’assiste pas à un corps meurtri qui est symbolique ou “esthétisé”, mais qu’il assiste vraiment au dévouement d’une comédienne sur scène qui court sur un tapis roulant pendant 35 minutes.» Voilà qui explique davantage l’acte de cloisonnement du metteur en scène. «Pour moi, c’est important d’avoir une forme de souffrance psychologique. Je ne trouvais pas ça conséquent d’en imposer autant à des comédiens et d’entrer chez moi sans avoir à m’entraîner autant qu’eux. Cet

«POUR UN PREMIER GRAND PLATEAU, UNE ŒUVRE TRAGIQUE PERMET UNE LIBERTÉ DE CRÉATION QUI EST ÉNORME.» enfermement, et la volonté de faire autant d’heures sur le tapis roulant que Joanie [Lehoux] va en faire, ça va m’imposer une forme de rigueur, une forme d’empathie. Pour ce show-là, pour Antigone qui finit emmurée, ça me paraissait essentiel de subir un chouia ce que le personnage va vivre et ce que je vais imposer à mes comédiens.»

Dans la cour des grands Olivier Arteau s’est fait remarquer tant à Québec qu’à Montréal avec Doggy dans Gravel et Made in Beautiful (Belle Province), deux pièces audacieuses et percutantes. À 26 ans, il s’apprête à mettre en scène son premier spectacle en théâtre institutionnel. Un privilège incommensurable pour l’auteur et scénariste, trois ans seulement après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec. «Pour un premier grand plateau, une œuvre tragique permet une liberté de création qui est énorme, parce qu’il y a une décharge et une volonté extrêmement forte qui correspond parfaitement avec l’intranquillité que j’ai à 26 ans de vouloir créer. Antigone est adolescente, donc de le faire jeune, je trouve que ça colle avec cette espèce de férocité que j’ai en ce moment. Je trouve que le personnage s’arrime bien avec l’envie démentielle que j’ai de créer.» y Du 5 au 30 mars au Théâtre du Trident


ZONES GRISES ELLE A 12 ANS. IL EN A 40. AMOUREUX? VICTIME ET BOURREAU? AVEC LA PIÈCE BLACKBIRD, LE THÉÂTRE PREMIER ACTE NOUS PLONGE DANS LES ZONES D’OMBRE D’UNE RELATION INTERDITE, TRAVERSÉE PAR LE DOUTE. MOTS | CAROLINE DÉCOSTE

PHOTO | ELIOT LAPRISE

À la lecture du synopsis, on oscille entre surprise et dégoût. Pourtant, avec son texte d’une intelligence fine, inspiré d’un véritable fait divers, le dramaturge écossais David Harrower réussit à semer le doute. «Ce qu’on aimait de ce spectacle, c’est qu’il aborde un sujet épineux, sans prendre position», explique Gabrielle Ferron, qui joue l’ado devenue femme, Una. «C’est au public d’avoir son opinion sur le sujet à la fin de la pièce. J’avais envie de jouer ça.» L’action place les deux protagonistes face à face dans un huis clos, 15 ans après les faits. Una a vieilli. Elle a retracé Ray (joué par Réjean Vallée), qui porte maintenant un autre nom, vit dans une autre ville. Entre les deux, il y a 15 ans de questions en suspens. «Le doute est très important dans le processus: Una a passé 15 ans à se faire pointer du doigt comme une victime, alors qu’elle, elle croyait sincèrement l’aimer,

expose Gabrielle. Il y a peu de textes qui arrivent à dresser un portrait aussi humain et juste d’une situation aussi délicate. C’est confrontant, parce que ça pourrait arriver à tout le monde!» Le metteur en scène, Olivier Lépine, ajoute: «C’est lourd, mais jamais le spectateur n’est pris en otage ou ne se sent voyeur. Gabrielle a le bon mot, c’est confrontant: on se dit spontanément que 12 et 40 ans, c’est de la pédophilie. Mais le mot n’est jamais dans la pièce. C’est possible que tu te surprennes à les trouver complices. C’est comme si ces deux solitudes là se rejoignent, tout d’un coup, peu importe l’âge. Tu te dis que ça se peut, puis tu repenses à la genèse, et tu as un malaise...» Pour mettre en scène ce face-à-face plein d’émotions, il fallait jouer de nuances. «C’est carrément un marathon couru

comme un sprint, témoigne Olivier. On est tous témoins de ce premier contact en 15 ans. Parfois, les réactions du public et des comédiens sont en simultané. La proximité de l’espace en L à Premier Acte est parfaite pour ce show: même dans la dernière rangée, tu es dans la pièce avec les comédiens. On est dans un grand réalisme, pas de cue de lumière, pas d’effet théâtral, on fait confiance entièrement au texte et au jeu de Gabrielle et de Réjean. C’est un peu comme Dogme95 de Lars von Trier, au théâtre!» Autant pour Gabrielle que pour Olivier, ainsi que pour la compagnie L’Apex (dont c’est la première production), le dialogue est le mot-clé de cette pièce et de toute l’expérience théâtrale. «Le théâtre doit être un moteur de discussion; assurément que Blackbird fait jaser! C’est un bon point de départ pour parler bien entendu de consentement, mais de plein d’autres choses. Même entre nous, on n’est pas d’accord: Gab et moi, on n’a pas la même opinion de cette histoire! Et le public ne sera jamais unanime, même s’il est forcé de prendre position à la fin.» y Blackbird Texte de David Harrower Mise en scène d’Olivier Lépine Théâtre Premier Acte Du 12 au 23 février


_ SCÈNE EN BREF Mykalle Bielinsky

Philippe Ducros

Ariane Voineau

Le dernier spectacle de Philippe Ducros ayant fait partie de la programmation du Théâtre Périscope était L’affiche, une pièce coup-de-poing qui a marqué l’imaginaire et suscité de nombreuses discussions. Son retour est donc d’autant plus anticipé puisqu’il nous arrive avec une proposition au croisement du théâtre, de la photographie et de la muséologie, un projet audacieux intitulé La porte du non-retour et présenté dans le cadre du Mois Multi. Fidèle à ses habitudes, l’artiste nomade sort le spectateur de son quotidien en l’amenant dans le monde souvent rude des crises internationales, où les récits des migrants, des réfugiés ou des simples voyageurs promettent de marquer les esprits. (É. Rioux)

Elle a donné corps aux idées d’Harold Rhéaume et de Karine Ledoyen en plus de servir de modèle pour le muraliste rebelle Wartin Pantois. Les collaborations de l’interprète et chorégraphe Ariane Voineau sont plurielles, si bien qu’on ne s’étonne pas trop d’apercevoir son nom dans la brochure du Mois Multi. Cette fois, la femme de danse s’acoquine à l’artiste visuelle Sara Booth et à sa collègue Léa Ratycz-Légaré pour Ondes virtuelles, une proposition scénique bonifiée par la réalité virtuelle. À voir du 16 février au 3 mars dans le hall de Méduse. Notons aussi qu’elle offrira bientôt une pièce de son cru intitulée Sous la feuille, un spectacle jeunesse l’associant au musicien Josué Beaucage. À surveiller du côté de La Rotonde en juin. (C. Genest)

Pascale Renaud-Hébert Depuis 2015, le public de la ville de Québec est au fait de ses talents de comédienne, mais aussi de sa réputation comme dramaturge et metteure en scène. Lauréate d’une bourse de Première Ovation pour l’écriture de la pièce Sauver des vies, Pascale RenaudHébert verra cette année son texte repris à La Bordée, trois ans après sa création à Premier Acte. Une nouvelle fois, c’est elle qui tiendra les rênes de la production, à titre de metteure en scène. Il semble que ce soit l’année de la consécration pour la créatrice, qui a aussi prêté sa plume à l’adaptation d’Antigone mise en scène par son collègue Olivier Arteau au Théâtre du Trident, présentée en mars prochain. Un peu plus tôt dans l’année, vous la verrez aussi sur les planches dans la distribution de Rotterdam, toujours à La Bordée. (É. Rioux)

Photos / Mykalle Bielinsky: Manon Parent; Pascale Renaud-Hébert: Éva-Maude TC; Ariane Voineau: Émilie Dumais

On a pu apprécier le travail de Mykalle Bielinski un peu partout au cours de la dernière année. Sans répit, l’auteure-compositrice-interprète enchaîne les collaborations fructueuses à titre de créatrice musicale et sonore, ce qui fait d’elle une des conceptrices les plus en vue des arts de la scène au Québec. Elle signait récemment la musique de la pièce Consentement (présentée chez Duceppe) en plus d’apparaître au générique de Closer et de Titus, deux pièces présentées dans la dernière saison du Théâtre Périscope. En plus d’être directrice musicale pour Je me soulève, à l’affiche du Théâtre du Trident en avril prochain, Mykalle sera bientôt de retour au Mois Multi, trois ans après son premier passage. Elle y présente Mythe, une nouvelle création pour laquelle elle écrit, compose, met en scène et se prête au jeu d’un grand concert immersif au féminin pluriel. (É. Rioux)


14 CHRONIQUE VOIR QC

VO4 #O1

O1 / 2O19

SALE TEMPS POUR SORTIR

PAR EMILIE DUBREUIL

Vieillir ensemble Ne pleure pas Jeannette alazim boum boum… Quand j’étais petite, avec sa mère et notre amie Marie, nous chantions cette chanson très souvent. En jouant à l’élastique, en jouant au ballon poire, en jouant à la poupée. Et depuis qu’elle est née, je l’appelle donc Jeannette. Quand elle était bébé, je lui chantais cela pour l’endormir lorsque je la gardais pour permettre à sa mère de souffler, de faire des courses, de sortir. Mais Jeannette n’est plus un bébé, elle a l’âge qu’avait ma grande amie, sa mère, lorsque nous nous sommes connues et que nous sommes devenues d’indéfectibles amies, des sœurs. Et Jeannette ne veut plus – booooon – que je l’appelle Jeannette. — Arrêeeeeete Milouuuu! C’est pas ça mon nom boooooonnnn!

longtemps la position de sévérité qui sied à l’adulte responsable. — Jeannette, mange ta soupe! — Non! J’aime pas ça la soupe! — Jeannette, mange ta soupe! — Non! Je ne veux pas manger. Je n’ai pas faim. — Jeannette, maaaange! Jeannette, je ne veux pas me mettre en colère, mange! — Nooooonnnn! — Jeannette… Je m’énerve. Elle s’énerve aussi et crie les poings sur les hanches: «Je ne veux même pas me chicaner avec toi, t’es pas ma mère. J’aime mieux me chicaner avec ma mèèèèèèèrrrrre, ma mèèèèèère à moi.» J’éclate de rire.

Et elle se fâche. Les poings sur les hanches. Elle devient toute rouge. Et ça me fait rire. La colère des enfants me fait rire avant qu’elle ne me fasse perdre patience. Et comme je la garde depuis quelques jours car sa mère est partie prendre une pause de l’hiver, elle se fâche souvent. Elle me fait rire souvent et me fait sortir de mes gonds aussi souvent!

— Très bien alors. Je peux comprendre ça. Moi aussi, tant qu’à me chicaner, j’aime bien me chicaner avec ma mère. C’est un classique, Jeannette. Se pogner avec sa mère fait partie de la vie d’une femme, c’est assez standard.

Mais ça ne dure jamais longtemps, parce que j’ai beaucoup de difficulté à adopter très

— Va te chercher un yogourt. Je vais terminer ta soupe.

Elle me regarde, perplexe, ses yeux verts coiffés de sourcils en accent circonflexe.

Alors que je lis tranquillement dans le salon et qu’elle est censée faire la même chose dans sa chambre, je l’entends soudainement pleurer. Jeannette est à cet âge où elle peut d’une minute à l’autre alterner entre la préadolescence et la petite enfance. — Qu’est-ce que tu as ma Jeannette? — Je m’ennuie de ma maman. Pourquoi est-elle partie au Mexique? — Parce qu’il fait beau et chaud au Mexique, ma chérie, et que ta mère avait besoin de se reposer, toute seule avec ton papa. — Oui, mais mouâââ, je ne veux pas qu’elle se repose sans mouâ, qu’elle prenne des vacances sans mouâ. Elle a pas le droit de partir sans mouâ!!!!!! — Essaie de te réjouir du fait que ta mère soit bien, essaie de ne pas ramener ça à toi tout le temps… Elle me regarde attentive. Elle se calme. Réfléchit sans doute au difficile et complexe concept de l’altruisme. Et puis elle se lève en trombe, fonce dans la chambre de ses parents, sort le chandail de sa mère et enfouit son nez dedans.

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15 — Ce soir, je vais dormir avec son parfum alors…

— Je ne peux pas répondre à ça, Jeannette. Pose-moi une autre question.

Du salon, je les entends se raconter des histoires, rigoler. Et je souris.

Je ris. Elle rit avec moi. Sa mère était aussi fantasque à son âge. Elle aimait les grandes émotions, les déguisements, le théâtre.

Je lui souris, pour alléger l’atmosphère, je tente même un petit rire, mais il doit sonner faux.

Elle se couche avec le chandail et pointe une photo sur le mur.

— Pourquoi on est sur la Terre? D’où les humains arrivent-ils?

— C’est ma grand-mère! — Je sais Jeannette, je l’ai bien connue ta grand-mère… Tante Marie et moi, à ton âge, on allait jouer à la poupée chez ta grand-mère.

Les questions des enfants ne sont pas toujours drôles. Celles de Jeannette me laissent souvent pantoise. Je tente de lui expliquer.

Jeannette, je te souhaite de garder tes amis d’enfance, car c’est un privilège dans la vie que de vieillir avec nos amies, mémoires vivantes de nos parcours partagés, de nos poupées à nos premières amours, à nos grandes joies et à nos deuils. C’est comme une famille que l’on a choisie à un âge tendre.

Elle écarquille les yeux. Difficile à imaginer, sans doute, que Marie, sa mère et moi, nous avons été petites, des enfants occupées à jouer à la poupée. — Elle est au ciel, maintenant. Elle me manque beaucoup. — Je sais Jeannette, je sais. — Pourquoi les gens meurent, tante Milou? Elle n’attend pas ma réponse, elle doit savoir qu’il n’y a pas de réponse à cette question-là.

Heureusement, Chloé la voisine, et surtout sa meilleure amie, vient de sonner à la porte; elle vient dormir à la maison. Les deux petites s’installent dans la chambre encombrée de pouliches aux crinières arcen-ciel. Je les observe dans le cadre de la porte.

Jeannette, je ne sais pas trop pourquoi les humains sont sur la Terre, mais je sais que ça, les vieilles amies à qui tu n’as pas besoin d’expliquer grand-chose car elles savent, ça aide à vivre. — Bon, c’est l’heure de te coucher maintenant. — Noooooonnnnnn. y

— Tu peux retourner lire, tante Milou, et ferme la porte derrière toi. Le message est clair. Elle veut être seule avec Chloé.

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DOMINIQUE FILS-AIMÉ BELLE SIMPLICITÉ AVEC SA VOIX COMME SEULE ARME, DOMINIQUE FILS-AIMÉ ÉVOQUE L’IMPACT SOCIAL ET HISTORIQUE DU JAZZ SUR STAY TUNED!, UN DEUXIÈME ALBUM À LA FACTURE DÉPOUILLÉE, FONCIÈREMENT TONIFIANTE. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

PHOTO | KELLY JACOB (CONSULAT)

Les premières notes de l’opus sont d’une simplicité désarmante. Intitulée Good Feeling, l’entrée en matière fait référence à Nina Simone, l’une des influences les plus évidentes de l’auteure-compositrice-interprète montréalaise. Mais les comparaisons s’arrêtent là pour la principale intéressée, qui se défend d’entretenir une quelconque nostalgie pour les décennies charnières du jazz américain. «Dans ma tête, la musique n’a pas d’âge. C’est juste les véhicules de diffusion et les modes qui changent. L’émotion, elle, reste la même. Les humains parlent des mêmes choses depuis la nuit des temps.» Le minimalisme de Stay Tuned! nous saisit dès la première écoute. Puissante, la voix de Fils-Aimé prend toute la place qui lui revient, laissant bien souvent les instruments au rancart pour se décupler en plusieurs pistes. Dans ses excès comme dans ses silences, la chanteuse atteint sa cible. «Avec tous les moyens qu’on a à notre portée pour enrober les chansons, il est bien de se rappeler toute la beauté qu’il y a dans la simplicité. Des fois, je fausse et j’aime ça, car c’est beau de faire des erreurs. Ça témoigne d’un apprentissage, d’une vulnérabilité.» Alors que Nameless, son premier album paru l’an dernier, explorait les racines du blues, ce deuxième volet de trois s’intéresse au jazz, non pas uniquement comme mouvement artistique, mais aussi comme vecteur d’ascension sociale pour la communauté afro-américaine. «Le blues, c’était la solitude, la musique créée

par les esclaves. Et là, le jazz, c’est la révolution, l’unification des communautés, la scène qui bouillonne. C’est la découverte de nouvelles formes de libération. Le développement de la scène jazz underground a été très important dans l’histoire des Noirs.» C’est d’ailleurs dans un cadre de création totalement libre que Dominique Fils-Aimé a pu imaginer cette trilogie, qui se conclura l’an prochain avec un album au croisement du soul, du funk et du disco, trois genres qui évoquent la célébration après la lutte pour la liberté. «Le label [Ensoul Records] m’a donné une subvention et m’a dit de penser à ce que je voulais faire. Je me suis donc permis de rêver avec un projet de trois albums. Surtout, je voulais proposer un objet final cohérent qui a le pouvoir de perdurer. C’est une manière de réagir au côté éphémère de la musique, à cette époque où tout va trop vite. On veut remercier les gens qui prennent le temps d’écouter, en leur imposant une œuvre complète.» L’expérience inverse, l’artiste l’a déjà vécue à La Voix en 2015. Au lieu de faire comme beaucoup d’autres participants de la populaire émission de téléréalité, elle a choisi de prendre du recul face à ce succès aussi démesuré que temporaire. «Je voulais disparaître pour me recréer complètement. Certains veulent capitaliser tout de suite sur leur image, mais après, il se passe quoi exactement? Moi, je préfère prendre mon temps, car de toute façon, la vie est longue.»

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JONATHAN COHEN

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Mercredi 27 février à 20 h Jeudi 28 février à 20 h

Samedi 4 mai à 20 h Dimanche 5 mai à 14 h

Dimanche 3 mars à 19 h 30

Samedi 11 mai à 19 h 30

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«JE VEUX D’ABORD ET AVANT TOUT PROPAGER UN MESSAGE D’ESPOIR ET D’UNITÉ. POUR EN ARRIVER LÀ, JE RAPPELLE CONSTAMMENT AUX GENS LEURS FORCES.» La différence comme force Originaire de Montréal, la chanteuse de 34 ans a mis du temps avant d’entrevoir la musique comme une vocation. Son enfance passée dans le Mile-End a notamment été marquée par la voix de Cesária Évora, chanteuse capverdienne notoire que sa mère écoutait en boucle. À la fin de sa vingtaine, après avoir tergiversé entre les domaines de la photographie, des relations publiques, de la psychologie et du design de mode, elle explore les possibilités du logiciel Garage Band sur son ordinateur portable. À sa portée, la chanteuse autodidacte n’a aucun autre instrument que sa propre voix. «Je voulais vraiment faire de la musique, mais je n’avais pas de connaissances musicales. J’avais juste un logiciel, des écouteurs, un micro et ma voix. Tout ce que je savais faire, c’était chanter, alors peu à peu, j’ai construit mes chansons a cappella, en recréant toutes les pistes que j’avais en tête. Je pensais que c’était une faiblesse, mais finalement, j’ai compris que ma différence était une force.» Sous le pseudonyme Do Mi, elle se produit quelques fois sur scène au sein du duo funk Tough Love Groovy Therapy à partir de 2012, puis dévoile ses premières créations en solo sur SoundCloud. «Et c’est grâce à ça que la recherchiste de La Voix m’a spottée. Dans ma tête, ça allait se rendre nulle part, mes chansons, mais finalement, j’avais une occasion en or qui se présentait à moi. J’aurais facilement pu mettre ça dans une boîte, en prenant La Voix comme une grosse machine méchante. Mais en fait, j’ai réalisé que cette machine-là était humaine et qu’on pouvait réellement toucher des gens grâce à elle.» Quelques mois après son passage remarqué en demi-finale, Dominique Fils-Aimé propose un premier EP, The Red. Intimidée, elle peine quelque peu à s’imposer face aux musiciens qui l’accompagnent. «Je me sentais inadéquate, car je ne parlais pas leur langage. Avec le temps, j’ai compris qu’il n’y avait personne d’autre que moi à blâmer dans cette histoire-là, car je n’ai pas pris le temps qu’il fallait pour parler aux musiciens.

Maintenant, je m’assure toujours d’être sur la même vibe qu’eux, de les ramener à l’émotion.» Plus étoffé que Nameless, Stay Tuned! a bénéficié du bagage musical et technique accru de la chanteuse. À ses côtés, le contre­ bassiste et ingénieur sonore Jacques Roy a repris les rênes de la réalisation. «Il s’est assuré que mes idées étaient bien encadrées. C’est le fun d’être entouré de gens qui te comprennent, te soutiennent. Les musiciens aussi sont merveilleux. Ils ont pris les mélodies que j’ai fredonnées et leur ont donné une belle couleur.» Surtout, elle a voulu que le message de liberté et d’émancipation, inhérent au concept de sa trilogie, soit au cœur du processus d’enregistrement de ce deuxième volet. «Je veux d’abord et avant tout propager un message d’espoir et d’unité. Pour en arriver là, je rappelle constamment aux gens leurs forces. Le jazz est un état d’esprit, une façon de s’approprier la liberté. Il est là, à mon avis, le pouvoir de la musique.» y Stay Tuned! Sortie le 22 février 25 avril à l’Anglicane


DE RETOUR À LA SURFACE IL Y A D’ABORD EU LES SINGLES ENREGISTRÉS ARTISANALEMENT QUI ONT TROUVÉ LE CHEMIN INOPINÉ DE MILLIONS D’ÉCOUTES. ENSUITE, THOMAS CASAULT ET LOUIS-ÉTIENNE SANTAIS ONT AUSCULTÉ LES NOUVELLES TECHNIQUES D’ENREGISTREMENT ET ÉMAILLÉ LEURS TEXTURES ÉLECTRONIQUES D’INSTRUMENTS ORGANIQUES. VOICI SHALLOW WATERS. MOTS | FRANÇOIS GIONET

Thomas (voix) et Louis-Étienne (synthés) ont mis plus de temps que prévu à pondre ce troisième projet, la suite attendue de Textures, paru en septembre 2016. Un retard de six mois sur l’échéancier fixé initialement, symptomatique d’une période «froide artistiquement» pour le duo de Québec. «On a quasiment eu un an de frustration, explique Thomas. Ça sortait pas. Tout ce qui sortait, c’était toujours les mêmes riffs avec les mêmes accords [...]. Ç’a été vraiment fâchant. Tu as l’impression de perdre ton temps.» Un passage à vide aride, quoique obligé selon Louis-Étienne, qui leur a permis de parachever les six morceaux du EP. «On a découvert plein de méthodes d’enregistrement, de sampling.

PHOTO | SAM ST ONGE

On a travaillé avec d’autres mondes, des musiciens de Québec. Ça nous a allumés sur plusieurs pistes. Ç’a été un processus fastidieux, car on a exploré. C’est pour ça que ça a pris autant de temps.» Composé et écrit à Québec au nouveau studio Le Magnétophone d’Alex Ouzilleau, Shallow Waters a été finalisé à Londres sur une période éreintante de dix jours avec Tim Bran, réalisateur émérite reconnu pour son travail avec Paul McCartney, Bloc Party et London Grammar, entre autres. Une expérience enrichissante, un «eye-opening» pour les deux hommes sur leur façon de réfléchir la musique et d’appliquer les techniques d’enregistrement.

«La communication a été excellente. S’il y avait quelque chose qui ne faisait pas notre affaire ou qu’on était en désaccord, c’était facile de l’exprimer. Tim était ouvert [aux propositions], en plus d’avoir dix solutions alternatives, raconte Thomas. Le workflow a été fantastique. Quand on n’était pas au studio, soit de 22h30 le soir à 9h le matin, il retravaillait les pièces. Je sais même pas quand il dormait!» De nouveaux outils Si Textures symbolisait leur découverte du monde électronique, Shallow Waters se présente à nos oreilles comme une œuvre plus aboutie et concentrée. L’essence des


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> trames électropop atmosphériques de son prédécesseur a été conservée, mais le duo a décidé d’élargir son éventail d’instruments, question d’avoir une nouvelle expérience de captation en studio. Guitare, piano, batterie, flûte, harpe (sur l’envoûtante If I Was to Call), section de cordes (le fruit d’une collaboration avec un quatuor de musiciennes de l’OSQ)... Les interprétations sensuelles et planantes du groupe prennent du galon. «Ç’a été un peu comme un retour aux sources pour nous comme lorsqu’on était kids et qu’on apprenait à jouer de la guitare, de la basse, du drum», remarque celui dont la voix haut perchée est d’ailleurs souvent trafiquée par vocodeur sur cette nouvelle offrande. Une douceur robotique qui nous rappelle James Blake et le travail passé d’Imogen Heap, des Anglais qui ont popularisé cet effet visant à synthétiser la voix à partir de fréquences analogues. «On a découvert l’artiste australienne The Japanese House il y a un an. Elle écrit des textes et des

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mélodies super cool avec cette mécanique du vocodeur. […] Il y a ma voix organique et une autre en parallèle que Louis va jouer sur le piano. Il peut faire des harmonies qui ne sont pas nécessairement instinctives. Ça crée vraiment quelque chose de spécial.» Avec les tumultes amoureux en trame de fond lyrique, Thomas et LouisÉtienne ont coécrit les paroles en prônant l’approche de la simplicité et des courtes lignes évocatrices. Une forme d’exutoire d’émotions communes et partagées par les deux fidèles amis pendant quelques années. «Le EP parle principalement d’une personne, relate Thomas. C’est un chapitre de ma vie qui s’est fermé et qui a duré longtemps. C’est intéressant pour nous parce que Shallow Waters est un roman qui a tout le temps les mêmes personnages.» Après avoir généré 15 millions d’écoutes sur Spotify et établi des partenariats en synchronisation un peu partout à travers le globe, les gars de Fjord sont pleinement

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conscients de l’effet de levier que peuvent produire de telles statistiques. Or, Thomas et Louis-Étienne ne sont pas prêts à aliéner leur intégrité artistique pour autant. L’année dernière, le groupe a refusé d’afficher sa collaboration avec le DJ canadien Felix Cartal sur le morceau Get What You Give pour ne pas être associé à cet «univers plus tropical» de l’EDM. Une façon en quelque sorte de ne pas tomber dans les pièges de la commercialisation et des refrains trop faciles. «Il y a des gens qui veulent absolument produire un hit ou qui ont des attentes économiques et commerciales par rapport à l’album sur lequel ils travaillent. Pour nous, ça n’a vraiment pas été le cas. On est juste des musiciens qui trippent à faire [de la musique] de manière authentique. On écrit et produit de la musique qu’on aime, sans avoir d’attentes.» y Shallow Waters (Indépendant) Disponible maintenant

Emilie Kahn, [la] harpiste surdouée très calée en pop ! – Glamour Paris L’événement musical de l’hiver… et peut-être de l’année. – ICI Musique

emiliekahnmusic.com


_ MUSIQUE EN BREF Lomepal Chef de file de la nouvelle vague de rappeurs français, Lomepal (né Antoine Valentinelli) crée un véritable engouement commercial et critique depuis la sortie de Flip en 2016, son premier long-jeu dépeignant l’univers d’un jeune rappeur déjanté et extraverti. Sur sa toute dernière et récente offrande, Jeannine, nommée en l’honneur de sa défunte grand-mère schizophrène, le emcee de 27 ans se montre beaucoup plus vulnérable et introverti, prospectant sans complexe les tourments de la folie, de la solitude et de la santé mentale. Un exutoire musical dans le sens brut du terme, tapissé de rimes vibrantes et de mélodies planantes auxquelles se greffent des collaborateurs de choix tels que JeanJass, Roméo Elvis, Orelsan et Katerine. Le 7 mars à l’Impérial Bell. (F. Gionet)

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Photos / Lomepal: Julie Oona; Forest Boys: Jean-François Cloutier

Forest Boys Il y a presque un an que le septuor funk rock s’est mis au monde, une formation menée par le charismatique Julien Chiasson, ce même vocaliste qu’on avait connu et aimé au sein des Seasons. Tandis que le cadet de la troupe (Hubert Lenoir) s’affaire à mettre à feu les conventions, son grand frère et ses potes nous consument peu à peu de leur groove contagieux. En attendant sa première offrande sur disque, un bouquet de chansons qu’il mijote déjà à l’ombre des studios, le groupe assurera la première partie de Valaire ce 16 février à l’Impérial Bell. Un mariage parfait qui risque fort bien de le propulser un peu plus haut, un peu plus loin. (C. Genest)

Bourse Rideau

Radiant Baby

Du 17 au 21 février, Québec accueille une fois de plus ce vaste congrès regroupant la fine fleur des gérants de salles et autres programmateurs. Tandis que les pros de l’industrie du spectacle en sont à magasiner leurs prochaines saisons, le grand public est également convié aux proverbiales vitrines. La Bourse Rideau constitue possiblement le secret le mieux gardé du calendrier culturel, une façon fort économique (c’est gratuit!) de s’en mettre plein les sens et de découvrir de nouveaux artistes. Au menu cette année encore? Des concerts, d’abord et avant tout, mais aussi quelques propositions théâtrales, circassiennes ou chorégraphiques. Témé Tan, lauréat du plus récent prix RapsatLelièvre et savant alchimiste afropop, y offrira notamment son tout premier spectacle dans le 418. associationrideau.ca (C. Genest)

Secret trop bien gardé de la scène électropop québécoise, Radiant Baby lance ce mois-ci son premier album complet sous l’étiquette Lisbon Lux Records. Fort d’une performance acclamée à la plus récente édition de M pour Montréal, le projet de Félix Mongeon, qui avait fait mouche il y a deux ans avec ses compositions pop rétro amusantes et ludiques de son premier EP It’s My Party, débarquera au Maelstrom ce 8 février. Un son et une esthétique colorée et assumée, au croisement des univers de David Bowie et Depeche Mode, vivifiés par des synthétiseurs charnus et scintillants. Idéal pour groover sur la piste de danse en fin de soirée. (F. Gionet)


_  À ÉCOUTER HHHHH CLASSIQUE HHHH EXCELLENT HHH BON HH MOYEN H NUL

SHARON VAN ETTEN REMIND ME TOMORROW

TORO Y MOI OUTER PEACE

(Jag jaguwar) HHH 1/2

(Carpark Records) HHHH

On l’attendait de pied ferme, ce nouveau disque de l’Américaine, qui arrive quatre ans après le si beau Are We There. L’album détonne par sa facture sonore beaucoup moins intimiste que le reste de son registre folk-rock. Sharon Van Etten n’aura jamais été aussi submergée de sons et elle en profite pour s’éclater – sur Seventeen particulièrement. Aux arrangements et à la réalisation, John Congleton n’y est pas allé de main morte pour rendre l’ensemble touffu, surtout des compositions à base de piano et de synthés. Pour les fans de longue date, ça déroute certainement, mais l’essence de Sharon est bien là: cette voix chaude, éraillée, ces mots qui cherchent toujours la vérité et la lumière à travers la communication et l’anecdote. Les moments planants et la ballade Malibu sauvent la donne. (V. Thérien)

Outer Peace est une preuve supplémentaire de l’énorme talent de Chaz Bear, alias Toro y Moi, l’un des défricheurs sonores les plus inventifs de la décennie. Après avoir largement contribué à la popularité du chillwave et flirté avec une multitude de genres dont l’indie pop et le funk, l’auteur-compositeurinterprète se fait plaisir avec Outer Peace, un sixième album qui rompt avec l’ambiance introspective plus mélancolique de son prédé­ cesseur Boo Boo. Récemment revenu chez lui à San Francisco, après un an de retraite presque fermée à Portland, Bear livre un opus résolu­ ment festif, qui évoque avec parcimonie le Daft Punk de la fin des années 1990. Entre pop psychédélique, house, disco et R&B, l’artiste de 32 ans fait preuve de fluidité et de cohérence, alternant entre hits taillés sur mesure pour les pistes de danse (Fading, Freelance) et pièces plus langoureuses et vibrantes (Miss Me, 50-50). (O. Boisvert-Magnen)

JAZZLAB ORCHESTRA QUINTESSENCE (Effendi) HHHH Drôlement bon, ce septième opus en 15 ans du Jazzlab! Entièrement consacré aux compositions du truculent Félix Stüssi, bluesman montréalais d’origine suisse, Quintessence a le grand mérite de nous offrir une musique sophistiquée mais accessible, à la fois contemporaine et intemporelle. Pianiste à temps plein du bien nommé trio Les Malcommodes, l’audacieux Stüssi est connu pour sa virtuosité autant que pour son humour. La pochette réalisée par le photographe Michel Verreault en témoigne largement, car on y voit les huit chercheurs de l’octet déguisés en savants fous avec leurs sarraus blancs. La formation québécoise tout-étoile dirigée par le contrebassiste Alain Bédard met la table avec le désopilant Blüüsli für Gügi, mais évoque dans la pièce suivante le périple dramatique des migrants, sujet d’actualité. À consommer sans modération. (R. Boncy)

QUATUOR MOLINARI JOHN ZORN (ATMA Classique) HHHH Ce disque reprend intégralement le programme du concert donné par le Molinari dans le cadre du «marathon de quatuors» présenté au festival Montréal/ Nouvelles Musiques en 2017, et il calque aussi l’enregistrement, paru chez Tzadik il y a 20 ans, de ce qui était alors l’intégrale des quatuors de Zorn. C’est une mise en contexte, pas un reproche, parce qu’on se réjouit que les œuvres puissent bénéficier d’un nouveau regard, détaché de celui du cercle restreint des interprètes zorniens habituels. Le jeu de massacre de Cat O’Nine Tails gagne des couleurs dans une prise de son impeccable, tandis que Kol Nidre reçoit une interprétation beaucoup plus organique que dans l’enregistrement original. Le Molinari prouve également la pertinence de l’exercice, et sa valeur, dans la suite sado-maso The Dead Man et dans l’introspective Memento Mori. (R. Beaucage)

-MLETTRE INFINIE (Wagram Music) HHH

Deux ans après LAnomali, cet échange culturel si riche avec des musiciens maliens, Matthieu Chedid renfile son costume de Machistador sur cet album pavé de perles disco. On le retrouve aussi théâtral qu’à l’époque, animé de thèmes étonnants pour le genre (Logique est ton écho, Grand petit con) et capable de nous livrer des partitions de guitare trop funky pour la ligue. Des pépites dansantes qui ne tardent pas de s’échouer sur des berges plus calmes, des ballades tendres mais un peu génériques qui le coupent dans son élan. Mention spéciale à Billie, cette choriste qui prête son nom à la plage 13, un sosie vocal de Klô Pelgag (surtout sur Super-chérie) qui s’adonne aussi à être la fille du chanteur. Seize ans après avoir fait office de muse sur Qui de nous deux?, voilà que sa seule présence semble donner une direction à cette offrande curieusement hétéroclite. (C. Genest)


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ROULETTE RUSSE

PAR MICKAËL BERGERON

Bienveillance et frustration Le mot de l’année 2018 selon le Petit Robert est «bienveillance». Un mot choisi par des internautes. Je dois bien admettre que je n’aurais pas pensé à ce mot pour résumer l’année qui vient de se terminer. Sans retranscrire toute la définition du mot, notons «sentiment par lequel on veut du bien à quelqu’un» ou encore «disposition favorable envers autrui». On pourrait aussi parler d’altruisme, de bonté ou d’indulgence. C’est à se demander si les gens ont choisi un mot qui a réellement résumé la dernière année ou si c’était un souhait pour 2019. Un peu partout dans le monde, des partis se font élire avec des politiques discriminatoires ou en surfant sur les frustrations et les peurs. Des gouvernements adoptent des politiques qui vont à l’opposé de la bienveillance, des lois ou des programmes qui ne sont pas «favorables envers autrui». Bien avant les gilets jaunes en France, on a vu plusieurs mouvements s’organiser, comme les Indignés, Occupy Wall Street, le Printemps arabe, Idle No More, Black Lives Matter et même, dans une certaine mesure, le Printemps érable.

À tout ça, j’ajouterais aussi Agressions non dénoncées et MeToo, les débats autour de l’appropriation culturelle et la montée de groupes anti-immigration comme La Meute. Peu importe la lunette avec laquelle on regarde ces manifestations, et même si les revendications ne se rejoignent pas toujours ou sont parfois incompatibles, c’est l’indignation qui les alimente. Une indignation devant le manque de bienveillance des gouvernements et des élites. Il y a une colère, qui est de moins en moins sourde et qui semble toucher presque tous les milieux sociaux et culturels. Cette colère, elle se ressent sur les réseaux sociaux, aussi. Elle se voit dans les folies du Black Friday. Elle se dévoile dans un individualisme qui augmente. On se replie quand on se sent attaqué et on éclate quand on se sent sous pression. Il est vrai qu’il y a aussi une forme de bienveillance qui ressort de cette indignation. Il y a un mouvement qui en appelle à l’ouverture, au respect, à la solidarité, au «vivre-ensemble». Mais la colère se fait encore plus entendre que l’amour.

Je suis bien franchement dans l’équipe de l’amour et de l’altruisme. La violence n’est jamais gratuite. Elle fait toujours mal, elle a toujours des conséquences insoupçonnées, elle frappe souvent des personnes qui n’ont rien à voir avec cette colère, aussi légitime soit-elle. Mais même si je ne mettrai jamais le feu à une voiture, même si je ne péterai jamais une vitrine, même si je ne lancerai jamais de roches sur quelqu’un, je comprends que des gens puissent péter un plomb. Quand personne ne nous écoute, quand l’autorité nous méprise, quand nos peurs sont ridiculisées, l’envie de crier est compréhensible. Ça me rappelle une petite bande dessinée. Une strip de quatre cases. Tout juste cinq phylactères. Simple, mais qui résume si bien cette lourde tendance à individualiser des problèmes sociaux et politiques. Dans la première case, un patron explique que le bonheur des employé.e.s est en tête des valeurs de l’entreprise. «Êtes-vous heureux?», demande le patron. «Non», répond l’employé. Le patron inscrit alors une note à son dossier: «L’employé n’atteint pas ses objectifs.»

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Bien des gens qui ont un pouvoir social, politique ou économique tentent de faire croire que les solutions sont individuelles plutôt que collectives. Tous les impacts des changements climatiques ne pourront être absorbés par des gestes individuels, il faudra une réponse sociale – la majorité des gens ne changeront pas leurs habitudes si cela signifie être à contre-courant de la société. La pauvreté ne disparaîtra jamais avec la charité, mais plutôt par des gestes politiques – le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté, mais on dit aux gens que c’est de leur faute s’ils ont de la misère à payer leurs factures. Le racisme, le sexisme, la grossophobie, le colonialisme, le capacitisme, tout ça repose sur des obstacles sociaux et non sur un manque d’initiatives personnelles. Pour une personne qui passe à travers l’étau, combien restent coincées, malgré leurs efforts?

«IL Y A UNE COLÈRE, QUI EST DE MOINS EN MOINS SOURDE ET QUI SEMBLE TOUCHER PRESQUE TOUS LES MILIEUX SOCIAUX ET CULTURELS.» Je ne me questionne pas tant sur les raisons qui incitent les Français.e.s à bloquer des carrefours giratoires, sur la peur du voile par des gens qui cherchent leur place, la colère des femmes devant la culture du viol

ou le cynisme des personnes en situation de pauvreté, mais plutôt sur la façon dont les gouvernements répondent à ces frustrations et tendent ou non l’oreille. Comment transformer cette colère en bienveillance? Comment puiser dans cette colère pour transformer notre société? La source de ces colères est dans notre façon de vivre, dans nos choix politiques. Les réponses politiques des dernières années sont aussi efficaces que l’étaient les saignées au Moyen-Âge. La première saignée n’a pas marché? On en fait une autre! Les rares fois qu’une personne allait mieux après relevaient bien plus du hasard que du «traitement médical». Toutes ces colères ne sont pas le fruit de crises individuelles. Elles sont les reflets d’une crise sociale. La bienveillance ne résume peut-être pas 2018, mais elle est peut-être l’une des réponses à tout ce qu’on a vu l’année dernière. y


DE GAUCHE À DROITE: ERIC K. BOULIANNE, ÉTIENNE GALLOY ET RÉMI ST-MICHEL


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BOMBE À RETARDEMENT CROISEMENT SAUGRENU ENTRE UN FILM CATASTROPHE ET UNE COMÉDIE POUR ADOLESCENTS, AVANT QU’ON EXPLOSE TÉMOIGNE À NOUVEAU DE LA VIVE COMPLICITÉ ENTRE LE SCÉNARISTE ERIC K. BOULIANNE, LE RÉALISATEUR RÉMI ST-MICHEL ET LE JEUNE ACTEUR ÉTIENNE GALLOY. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

Cinq ans séparent ce film de Petit frère, court métrage initial des trois complices qui avait tracé son chemin dans plusieurs festivals à l’international, notamment à la Semaine de la critique de Cannes. C’est d’ailleurs aux abords de la Croisette que les pourparlers entourant la production d’Avant qu’on explose ont commencé. Sur place, le réalisateur et le scénariste ont rencontré Christian Larouche, producteur et président de Christal Films. «Ce qui est drôle, c’est qu’on n’a même pas parlé du film là-bas. Christian nous a dit: “Vous viendrez me pitcher quelque chose à Montréal, mais pour l’instant, on mange pis on boit”, raconte Boulianne. Un mois après, on est allés le voir avec un one pager. Tout ce qu’on avait du scénario ou presque, c’était l’histoire d’un kid qui a peur de la mort et qui veut à tout prix perdre sa virginité avant que la Troisième Guerre mondiale fasse exploser la Terre. Christian nous a fait confiance.» Et ce «kid» était tout désigné pour être joué par Étienne Galloy, jeune acteur au potentiel certain qui avait interprété un «cas à problèmes de 14 ans» dans Petit frère. Un personnage qui a assurément une résonance avec le Pierre-Luc de ce nouveau long métrage, un ado­lescent qui multiplie lui aussi les frasques douteuses, mais avec plus de candeur. «Disons qu’il est moins bum dans ce film-là. Ses choix de vie sont edgy, mais il n’a pas de malice», observe St-Michel. Davantage à prendre comme «une continuité artistique qu’une suite directe» à son prédécesseur, Avant qu’on explose s’inscrit dans la catégorie des films coming-of-age, comédies qui ont comme protagonistes des adolescents en transit vers l’âge adulte. Le scénariste de 33 ans renoue ici avec un genre bien précis qu’il avait aussi exploré dans Prank, autre long métrage mettant en vedette Galloy. «C’est la période sur laquelle j’ai le plus de recul, donc naturellement, j’ai tendance à aller vers ça, explique-t-il. Mais là, c’est la première fois que je raconte vraiment mon adolescence. J’ai moi-même perdu ma virginité très tard, à 19 ans. C’est un stress qui m’a habité durant mon secondaire et mon cégep, à une époque où, d’ailleurs, je me tenais avec Rémi qui, lui, au contraire, pognait beaucoup!» «Ouais, disons que c’est pus la même chose maintenant», blague St-Michel, avant de reprendre l’idée de son collègue. «Il y a vraiment quelque chose de l’fun à explorer dans l’adolescence, car c’est une

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28 période vraiment charnière. Les personnages changent par défaut. Ils apprennent constamment à devenir des adultes, à affirmer qui ils sont.» Sur le point d’entrer dans la vingtaine, Étienne Galloy avait environ l’âge de son personnage lorsqu’il a tourné le film, à la fin de l’été 2017. Sans entretenir la même obsession que Pierre-Luc avec la sexualité, il s’est reconnu dans le scénario. «J’avais une anxiété générale aussi grande que lui, même si j’avais pas cet enjeu-là de virginité. Je savais pas trop ce que je voulais faire et je réfléchissais pas vraiment avant d’agir.» Les dialogues crus et très réalistes d’Eric K. Boulianne l’ont instantanément charmé. «Il réussit à représenter notre langage, notre univers, nos références. À cet âge-là, on sacre, on se saoule, on n’a pas de filtre... On se dit les choses directement, mais c’est pas méchant. C’est la dynamique de groupe qui est comme ça», explique celui qui partage ici l’écran avec d’autres nouveaux visages comme Will Murphy, Madani Tall et Rose-Marie Perreault. «C’était important d’être fidèle à ce que les adolescents vivent, mais en même temps, on voulait s’assurer qu’il y avait une morale derrière ça», ajoute le scénariste, qui voulait éviter de faire un American Pie, même s’il considère la franchise américaine comme une

«L’OBJECTIF DU FILM, C’EST PAS DE DIRE QUE C’EST CRISSEMENT IMPORTANT DE FOURRER.» inspiration. «Fallait pas que ça devienne un sausage fest de niaiseries. L’objectif du film, c’est pas de dire que c’est crissement important de fourrer.» «Ça devait être drôle, mais pas gratuit, poursuit le réalisateur. Les actions que pose Pierre-Luc sont parfois condamnables, mais il veut jamais faire le mal. Il est dans l’inconnu, le déni.» En toile de fond, Avant qu’on explose laisse transparaître la vision fataliste de ses deux créateurs, qui mettent ici leurs protagonistes devant la menace d’un grave conflit géopolitique déclenchée par une attaque sous-marine des États-Unis contre la Corée du Nord. Au milieu du film, une (très) surprenante scène

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> filmée à la Barbade nous rappelle avec beaucoup d’originalité les répercussions des hostilités à l’international. «Je tenais à montrer des gens qui, devant la guerre qui se profile, ont aussi l’urgence d’atteindre leur idéal. En quelque sorte, c’est un miroir de la quête de Pierre-Luc», analyse St-Michel. Amorcé en 2015, le scénario a quelque peu été modifié lors de l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. «Au début, c’est un sous-marin américain qui coulait... Mais avec un président comme lui au pouvoir, on s’est dit que ce serait plutôt les États-Unis qui envenimeraient le conflit en attaquant un sous-marin nord-coréen… Et à un certain moment, on a eu chaud en regardant les journaux. C’était presque la guerre!» s’exclame le réalisateur. «Mais bon, depuis, les tensions entre les deux pays se sont calmées, poursuit Boulianne. On voit davantage le contexte social comme une réalité parallèle. L’idée était de mettre Pierre-Luc au pied du mur pour que toutes ses angoisses s’accentuent.»

m’en allais, mais j’avais une angoisse de performance vraiment forte. C’était mon premier gros plateau, il y avait des millions de dollars en jeu, le producteur était sur place… Finalement, Eric est venu me parler, et ça m’a mis en confiance pour la suite.» Plus que satisfait de son expérience de tournage, Galloy a visiblement gagné en confiance grâce à ses deux mentors. Grâce à une subvention de Téléfilm Canada, il prendra bientôt les rênes d’un premier long métrage en carrière, «un coming-of-age encore plus trash», qu’il réalisera aux côtés de son ami Christophe Levac. De leur côté, les deux amis de longue date désirent s’aventurer sur le terrain du thriller pour leur prochaine collaboration. «On s’en va vers quelque chose de vraiment plus dark. On met tranquillement le monde de l’adolescence derrière nous», résume Boulianne. «C’est plate, car au moment où je commence à comprendre et aimer leurs gags, ils s’en vont…» lance Galloy, comme un cri à l’aide. «Sérieux, les gars, restez avec moi!» y

La fiction a d’ailleurs rejoint la réalité lors des premiers jours de tournage. Malgré de nombreuses répétitions avec le réalisateur, Galloy a été bloqué par un stress difficile à apaiser. «Au deuxième jour, j’ai fait une crise d’anxiété. Le pire, c’est que je savais où je

En salle le 28 février En ouverture des Rendez-vous Québec Cinéma (à Montréal) le 20 février

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_ CINÉMA EN BREF Avec un sourire, la révolution! Le documentariste Alexandre Chartrand nous plonge en plein cœur du référendum d’autodétermination du peuple catalan – déclaré illégal par l’Espagne – qui a secoué le pays en 2017. Le film suit de près l’évolution de cette révolution, à travers les rassemblements et les manifestations précédant la tenue du référendum, et l’un des acteurs principaux du mouvement, le député Carles Puigdemont, en plus de Lluís Llach, chanteur engagé et exilé pendant la dictature de Francisco Franco. Au final, le documentaire s’avère fort émouvant de par la volonté du peuple catalan de rester pacifiste malgré les affronts des politiciens ou des forces policières. Et ça nous ramène évidemment à notre propre révolution – à plus petite échelle, bien sûr –, lorsque les Québécois s’étaient approprié la rue en 2012. À l’affiche le 1er février. (V. Thérien) 

Les Rendez-vous Québec Cinéma

20-22 Omega L’artiste multidisciplinaire Thierry Loa nous convie à un vrai travail de moine avec son premier long métrage, une œuvre expérimentale faisant écho au cinéma d’avantgarde, «une symphonie à propos de l’anthropocène» ayant remporté en novembre dernier le Prix des étudiants aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Le film a été tourné pendant 5 ans dans 100 lieux différents sur pellicule noir et blanc. 20-22 Omega, suite logique du moyen métrage 20-22 Alpha (2015), est un portrait de notre époque où l’humain côtoie les machines et la technologie. Le documentaire est présenté sans dialogues, mais la musique, composée d’orgue d’église, de morceaux de chorale et de chant de gorge inuit, crée un dialogue avec les images. Le cinéaste nous convie à une grande expérience créative. En salle dès le 8 février. (V. Thérien)

Répertoire des villes disparues Denis Côté présente son 11e film, librement inspiré du roman éponyme de Laurence Olivier. À la suite d’un «accident» de voiture, un petit village du Québec est en deuil. La digne mairesse (Diane Lavallée) tente de garder le cap, malgré l’apparition progressive et inquiétante de «revenants» qui se tiennent debout en silence, contemplant les vivants. Cette part surnaturelle et ce soupçon d’inexpliqué étaient également présents dans deux œuvres récentes du cinéaste, Vic+Flo ont vu un ours et Boris sans Béatrice. Dans ce film hivernal, terne et gris, Côté travaille le son avec minutie et le grain de l’image ajoute un côté nostalgique – ou encore archivistique – pertinent. Sa recherche formelle est évidente, et même si le sujet est a priori inquiétant, une part d’humour est tout de même présente. En somme, dans ce film où eux et nous s’affrontent, une question s’imposera: partir ou rester? À l’affiche le 15 février. (M. Labrecque)

Photos / Avec un sourire, la révolution: Benjamin Hogue; Répertoire des villes disparues: Lou Scamble

Après avoir accueilli le plus récent film du grand Bernard Émond l’an dernier, les RVQC s’ouvrent cette année avec un film grand public, Avant qu’on explose, dont on vous parle dans les pages cinéma de l’édition que vous avez entre les mains. Le comédien bien connu Patrick Huard se fait chevalier (porteparole) du festival qui célèbre le cinéma d’ici pour une deuxième année de suite. La programmation complète des RVQC sera dévoilée en février, mais on peut s’attendre à quelques premières de films, des événements spéciaux, des hommages et des bons partys. Et bien sûr, l’un des grands bonheurs des RVQC, c’est de faire le plein de films québécois (courts ou longs métrages) qui se sont démarqués dans la dernière année. Du 20 février au 2 mars. (V. Thérien)


ART DE VIVRE 33 VOIR QC

VO4 #O1

PROTÉGER LES VINS DU QUÉBEC L’INDICATION GÉOGRAPHIQUE PROTÉGÉE (IGP) VIN DU QUÉBEC A ÉTÉ ENTÉRINÉE À L’AUTOMNE. UN PAS DE PLUS VERS LA PROTECTION ET LA MISE EN AVANT DU TERROIR POUR CERTAINS; UNE FAÇON DE METTRE LES VINS DANS DES CASES, SELON D’AUTRES... MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU

«Je suis extrêmement heureux. C’est quelque chose de très noble que le gouver­nement entérine.» La satisfaction d’Yvan Quirion est palpable alors qu’il parle de l’IGP Vin du Québec. Le Conseil des vins du Québec (CVQ), qu’il préside, planchait sur le dossier depuis trois ans. Son avance­ment avait notamment été ralenti par les changements de gouvernements, mais le dernier aura finalement été le bon. «C’est le premier dossier que le ministre Lamontagne a signé à son arrivée au MAPAQ!» s’exclame Yvan. Si une certification Vin du Québec existe depuis plusieurs années, cette IGP souligne désormais la reconnaissance officielle des gouvernements provincial et fédéral. «Comme c’est une loi, l’IGP sera inscrite dans les accords internationaux dont le Canada fait partie», explique le président du CVQ. L’appellation a été construite sur le modèle de celui de l’Ontario et sur l’IGP française Pays d’Oc. «Mais on veut rester très québécois», assure Yvan, qui possède le Domaine Saint-Jacques, en Montérégie. Cette IGP assure notamment au consommateur que les vins sont faits à 100% de raisins cultivés au Québec. Il arrive en effet que certains vignerons complètent leur récolte avec des fruits achetés ailleurs, «mais il y en a très peu, nuance Yvan. Et quand ça arrive, c’est surtout en mode survivance, à la suite de pertes». Va-t-on voir les prix des vins labellisés augmenter? «Pas du tout, affirme le président du CVQ. C’est l’offre et la demande qui vont jouer sur le prix, pas l’appellation.» Pour obtenir l’IGP, les vins doivent respecter un cahier des charges – la grille d’évaluation est pour le moment la même que pour la certification Vin du Québec. S’en vient ensuite une dégustation des vins candidats par un comité d’agrément. «La qualité des vins québécois s’est énormément améliorée ces cinq dernières années, indique Yvan. Cette qualité, c’est pas une option, c’est un choix. On est dans une démarche d’amélioration continue.»

Les vins nature, bande à part Sur la centaine de vignobles québécois produisant des vins destinés à la vente, 42 ont demandé le dossier de candidature pour l’IGP. Parmi eux, le domaine Les Pervenches, dans les Cantons-de-l’Est. Mais si la première étape – l’évaluation de la récolte – a déjà eu lieu, le vignoble hésite à aller plus loin dans le processus. Le premier obstacle: l’argent. «On est déjà certifiés biologique et biodynamique, et c’est plus important pour nous d’avoir ces certifications-là que l’IGP Vin du Québec, explique la vigneronne Véronique Hupin. Trois labels, ça fait beaucoup d’argent et de bureaucratie. C’est lourd pour une petite entreprise.» Le vignoble débourse déjà plusieurs milliers de dollars par an pour ses certifications, et l’IGP coûterait 1000$ en plus – même si le CVQ promet à ses cotisants un remboursement partiel. L’autre raison? «Comme nos vins sont très nature, je ne suis pas sûre qu’ils passeraient le comité d’agrément, confie Véronique. Mais on n’est pas préoccupés par le fait de ne pas accéder à l’IGP. Les vins nature, on a toujours été un peu une bande à part…» Même son de cloche chez Frédéric Simon, du domaine Pinard & Filles: «Il y a des frais de dossier, il faut envoyer des échantillons pour l’analyse… Je ne vois pas l’utilité de m’ajouter de la bureaucratie pour qu’un comité essaie de comprendre mes vins et de les rentrer dans une case.» Parlant de leur vignoble en Estrie, sa femme s’est vu dire par une personne «proche de l’IGP»: «Vous êtes près de Magog? C’est un terroir de bulles, vous devriez faire des bulles.» Bref, Frédéric n’a aucune intention de demander l’IGP. «Ce que j’ai toujours aimé au Québec, c’est qu’on fait ce qu’on veut. Je veux garder cette liberté de faire mes vins comme je veux, de m’amuser, et pas de devoir planter du frontenac parce que c’est comme ça qu’il faut faire

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dans ma région. J’ai peur qu’éventuellement des bureaucrates décident à notre place ce qu’on doit faire. Ça va aller vers des encépagements. On regarde et on jalouse le système européen, mais on n’a pas besoin de le copier! Au Québec, y a pas deux vignobles pareils. Pourquoi vouloir tout définir, coller des étiquettes?» De la pensée magique Aux Pervenches, les vignerons doivent encore décider s’ils poursuivent ou non le processus pour obtenir l’IGP. Ils n’écartent pas la possibilité de filtrer une de leurs cuvées pour qu’elle passe au comité d’agrément. «Par solidarité au mouvement. On n’est tellement pas nombreux, il faut se soutenir…» Cette appellation, ils sont complètement pour. Une excellente initiative pour aller chercher plus de notoriété pour les vins du Québec et pour que les consommateurs sachent ce qu’ils boivent, pense Véronique: «C’est le fun, on veut expliquer aux gens qu’on a des terroirs ici, qui s’expriment de différentes façons.»

Des fonds gouvernementaux vont d’ailleurs être alloués au CVQ pour faire la promotion des vins de l’IGP. Frédéric, dont les bouteilles Pinard & Filles s’écoulent chaque année en un claquement de doigts, a bien conscience de ne pas représenter le cas de la plupart des vignobles québécois, mais il ne pense pas pour autant que les vignerons aient besoin en priorité de pub. «Les fonds, ça devrait nous aider pour payer les taxes foncières et la réglementation, plutôt que pour la promotion. Si le vin est bon, il va se vendre. Les gens semblent penser qu’avec l’IGP, le marché mondial va s’ouvrir. C’est de la pensée magique. Un client à New York, qu’on ait ou pas une appellation, il s’en fout; il veut surtout du vin qui lui parle. C’est pas trois lettres sur la bouteille qui vont aider à vendre plus…» Une IGP qui ne changera rien non plus à la traçabilité du raisin, pense Frédéric, car celui qui veut tricher pourra toujours le faire – «la traçabilité, c’est la confiance que t’as dans le vigneron». Pinard & Filles travaille en bio, mais n’a pas la certification non plus: «C’est un lobby. Tout ça, c’est de

«LES GENS SEMBLENT PENSER QU’AVEC L’IGP, LE MARCHÉ MONDIAL VA S’OUVRIR. C’EST DE LA PENSÉE MAGIQUE.» la politique pour moi. Mais si l’IGP aide 30% des vignerons, tant mieux. Tout ce que je souhaite, c’est que ceux qui font du bon vin arrivent à en vivre.» Quant à la certification Vin du Québec, elle devrait être amenée à disparaître; au CVQ, on espère un millésime 2019 100% IGP. En attendant, le Conseil travaille déjà sur de futurs labels pour les sous-régions du Québec, comme en France. y


Photos: La Traversée du Lac Saint-Jean à vélo; Refuge Pageau; Les Subversifs; Artist in Residence


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PORTRAIT DE CHEF MATTHIEU GRALEPOIS CE CHEF FRANÇAIS A QUITTÉ MONTRÉAL POUR LA QUIÉTUDE DE VAL-DAVID, OÙ IL OFFICIE À LA CUISINE DU BARIL ROULANT. ET SANS REGRETS AUCUNS. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTO | SIMON JODOIN


GUIDE RESTOS 37 VOIR QC

VO4 #O1

> Voir: Comment es-tu venu à la cuisine?

La gastronomie québécoise pour toi, c’est quoi?

Matthieu Gralepois: J’ai découvert la restauration pendant mes études. La fac ne me convenait pas vraiment, alors je suis allé travailler dans un resto. À Montréal, je suis passé par Sur Bleury et Boris Bistro, avant d’arriver au Baril roulant il y a un an.

C’est une cuisine pas encore figée. Moi, avec mon apprentissage français et classique, je découvre beaucoup. On tente plus ici, y a pas ce côté sous cloche comme en France, où on est un peu freiné par rapport à la créativité. Ici, les gens sont super ouverts à la découverte, donc je peux tenter des choses. Et il y a un dynamisme de fou autour des produits, c’est très exaltant.

Pourquoi le choix de Val-David? On a découvert ce village et on a beaucoup aimé. Avec trois enfants, la ville ne me tentait plus. On se disait qu’on serait mieux à la campagne, et ça se révèle tout à fait vrai! C’est très agréable, aussi bien pour la vie de famille que pour le boulot. Parle-nous un peu du Baril roulant… Ç’a commencé avec un pub au cœur du village, puis une brasserie s’est ajoutée. Au restaurant, la carte est établie depuis un bout de temps, mais on la change petit à petit – sauf les classiques, comme la sauce BBQ maison au café! On va mettre en place une ardoise pour que la créativité des cuisiniers puisse mieux s’exprimer, pour dynamiser notre offre. On travaille avec des produits locaux bien faits. C’est un des plaisirs d’être en région: on est beaucoup plus proches des producteurs. On a des plats divers et variés, parfois un peu fancy – les burgers sont faits avec du bison ou du cerf par exemple, et nos poutines avec des patates au four.

Ton style de cuisine, en quelques mots? Je viens de la côte ouest en France; j’aime vraiment tout ce qui est produit de la mer. Mais mon style se définit petit à petit. Là, je suis un peu comme un enfant, je découvre tout le temps! Je veux rester dans la continuité de ce que fait le producteur: ne pas pervertir son produit, mais plutôt le sublimer. Tes trucs pour rester en forme, avec ce métier très exigeant? Travailler moins! En ce moment, je fais 20 à 25 heures par semaine. Et j’habite à 5 minutes du resto. Mes dernières saisons à Montréal ont été très intenses pour moi physiquement et aussi pour ma famille. J’ai été extrêmement soutenu par ma femme, mais il faut aussi savoir trouver un équilibre. Un producteur dont tu aimerais souligner le travail?

C’est impressionnant comme le village se remplit le week-end! Un des principaux défis, c’est de gérer l’énorme variation entre l’été où on peut faire 300 couverts dans la journée et les 40 couverts quotidiens en hiver. Ça fait des breaks, mais faut naviguer avec ça!

Question difficile! Je suis un grand fan de légumes, alors je dirais Mathieu Roy, de la Récolte de la Rouge. C’est un producteur de légumes bios de Brébeuf. J’adore ses topinambours! En purée, rôtis, bouillis… Il fait aussi de très bonnes courges, et des radis super que je sers en salade. Je suis allé le rencontrer avec mes enfants et il était très accueillant et ouvert; pour les chefs, c’est plus facile de relayer la passion comme ça.

Quelle est la différence par rapport à la ville?

Le plus bel avantage d’être chef?

C’est vraiment deux types de clientèle. Ici, elle est pas mal plus relaxe, ouverte à prendre son temps. L’ambiance est familiale et détendue. Beaucoup de gens sont ici pour faire du plein air et viennent au resto pour se reposer et échanger. On met en avant le partage, le plaisir d’être ensemble.

C’est un métier à la frontière entre l’artisanat et l’art. On a l’option d’être créatif et de faire quelque chose de concret de ses mains, d’avoir le sentiment de servir à quelque chose. Je pense que j’amène plus à la société qu’un trader.

Quels sont les enjeux d’être dans un coin touristique?

Il y a une très belle offre culinaire à Val-David, mais assez diverse pour ne pas se marcher sur les pieds. C’est aussi plus facile de trouver de la main-d’œuvre, je pense. À chaque fois qu’on a cherché quelqu’un, on a trouvé rapidement. J’ai l’impression que les gens sont plus flexibles ici.

On a la possibilité de transmettre aussi. Mon gros cheval de bataille, c’est de montrer aux enfants qu’on peut bien manger. L’éducation se fait à la maison, mais aussi à l’extérieur. On doit donc donner envie de cuisiner aux parents, leur montrer comment utiliser les produits pour contribuer à l’éducation alimentaire des enfants. Et, évidemment, donner du plaisir… y

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Sur les rayons

Sur les rayons

HIVER NUCLÉAIRE (TOME 3) CAB

FEU LE SOLEIL SUZANNE JACOB

Front froid, 92 pages

Éditions du Boréal, 128 pages

Même les plus hostiles aux temps glacials se réjouiront de la sortie du tout dernier tome d’Hiver nucléaire de Cab, publié aux éditions – c’est quasi concept – Front froid. Mais mentionnons d’entrée de jeu que l’histoire à laquelle on a affaire se déroule, étrangement, en plein mois de septembre… 

Huit ans après son recueil de poésie Amour, que veux-tu faire? (Éditions du Boréal), Suzanne Jacob revient avec  Feu le soleil, une collection de neuf nouvelles où la mort inéluctable rôde et où les personnages ne sont mis en échec que par leurs propres réflexions. À la lecture de ces pages, il paraît évident que l’autrice de l’incontournable essai La bulle d’encre (Presses de l’Université de Montréal/ Éditions du Boréal, 1997) et du dérangeant roman qu’est L’obéissance (Seuil, 1991) nous avait manqué. Qu’il est bon de retrouver la présence d’esprit de l’écrivaine, cette souveraineté dans la langue et cette concision dans la construction narrative qui épate. Si Feu le soleil peut être à bien des égards le livre d’une certaine désolation, reste que sa lecture en demeure une réelle célébration.

C’est qu’en 2030, la ville de Montréal est irradiée, l’hiver perdure depuis 10 ans et il ne semble pas prêt de laisser sa place au temps plus doux. Malgré un climat qui commence à exaspérer la population, c’est avec joie que nous retrouvons la pimpante et téméraire Flavie qui, dans cet épisode, deviendra la vedette des missions secrètes d’un groupe de recherche de l’UQAM. Car malgré une bonne volonté et un plan scientifiquement élaboré, l’escouade étudiante visait peut-être des objectifs allant au-delà de ses moyens... Il est impensable, par exemple, d’avoir pu imaginer traverser Hochelag’ sans l’aide d’une habituée, ce village autonome au cœur de la ville rempli d’obstacles… Bref, ne traverse pas Hochelag’ qui veut. On devra défier la grande Patronne au bras de fer devant une foule en délire, image rappelant vaguement les spectaculaires soirées de lutte de sous-sol d’église propres au quartier de l’est de Montréal. Mais les dangers pour atteindre la centrale G-3 sauront-ils calmer les ardeurs de notre livreuse à motoneige préférée? Avec originalité et humour, Cab nous replonge dans son univers fantastique qu’est celui d’un hiver perpétuel postaccident nucléaire, auquel se juxtapose pourtant des éléments savoureusement tangibles: les quartiers de Montréal, en passant par la représentation des lieux et le design des appartements. Les relations, sensibles et touchantes, entre les personnages, de jeunes adultes, se sont complexifiées au fil des tomes et comptent aussi parmi ces perles de réalisme qui surplombent une trame parfaitement colorée. Un troisième bonbon postapocalytique à la fin duquel il faudra peut-être s’avouer, comme le mentionne l’éditeur en préface, que «rien n’est éternel». Et si dès les premières pages Marco – le chum wannabe de Flavie – n’en revient tout simplement pas qu’une critique ait pu donner quatre étoiles à un film «tellement convenu» dans Voir… on oserait bien en donner autant à la bande dessinée de qui ce dernier «n’est pas tout à fait» le héros. (Mélanie Jannard) y

S’ouvrant avec Grande réserve, Jacob nous plonge efficacement dans des questionnements existentiels où toujours la vie semble nous échapper. La narratrice, décidant de boire une bonne bouteille de rouge, seule en fin de soirée, réfléchit à son couple, mais surtout à une vieille amitié qui lui a glissé entre les mains. Avec Le rituel du boa, Jacob offre en quelques pages une magnifique vignette d’amitié et d’amour, alors qu’Adagio/lapidation construit d’obscurs ponts entre le génie de Gould et Bach et le destin funeste d’une femme lapidée à des kilomètres de Montréal. D’une phrase à l’autre, Jacob est tantôt glauque, tantôt céleste, et certaines tombent comme des sentences: «Existe-t-il encore un silence non meublé?» La mère est présente dans presque tout le recueil. Tantôt comme une complice, tantôt comme un fantasme, elle est un peu ce miroir que l’écrivaine utilise pour renverser certaines de ses narratrices, ou encore pour dévier un peu de lumière dans un coin sombre. Car si Jacob aborde la mort dans ce livre, jamais on n’a l’impression de lire une écrivaine tourmentée par la mort intime, personnelle. Elle la transcende pour soulever des questions plus grandes, aux ramifications plus importantes, aux conclusions plus cruelles. Bien campées à Montréal, errant de quartier en quartier, les narratrices de Jacob éclairent des destins plus universels, évoquant des menaces tangibles, nos extinctions nombreuses. Ses personnages forment une légion et le lecteur n’aura d’autre choix que de s’adjoindre à elles. (Jérémy Laniel) y


Sur les rayons

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LE MODÈLE DE NICE PATRICK BRISEBOIS

FOLK – ÉPISODE 1 IRIS

Le Quartanier éditeur, 160 pages

La Pastèque, 104 pages

Ce n’est pas parce qu’on s’est acheté une maison à La Meunière en Mauricie avec l’argent d’une bourse d’écriture qu’on ne peut pas être un clochard céleste, même si c’est peut-être un peu contre son gré. Douze ans après Catéchèse (Alto, 2006), Patrick Brisebois revient en force avec Le modèle de Nice, un roman qui rappelle ses premiers ouvrages publiés au tournant des années 2000 à L’Effet pourpre. Aussi drolatique que mélancolique, Constantin, le narrateur (et alter ego?) de Brisebois, regarde le temps qui passe avec une certaine consternation.  Écrivain commençant plus de projets qu’il n’en termine, il erre en ces pages un peu comme dans les rues de La Meunière, à la recherche de quelque chose, mais quoi?

Quiconque suit le travail d’Iris sur les réseaux sociaux avait hâte de le voir sortir enfin: le tout premier tome de Folk, qui campe à merveille l’histoire d’un «musicien» en quête de la gloire qui lui a été promise.

L’achat de cette petite maison centenaire amène plusieurs promesses: «on pourra y jouer au volleyball ou y creuser deux piscines ou y laisser vaquer un cerf.» Mais cette maison vient aussi avec la quarantaine, et cette spirale existentielle dans laquelle le narrateur se perd: «quand on n’a pas d’enfants et qu’on fuit la société, les chances sont bonnes pour qu’on finisse ses jours tout seul. […] C’est le prix à payer pour la liberté totale.» Car depuis qu’il s’est installé en Mauricie, Constantin vit désormais une relation à distance avec Marianne qui habite Montréal. Si le roman raconte l’immanquable effritement de cette intimité, chaque événement est aussi, voire surtout, prétexte à digression. Les pérégrinations du narrateur et de Brisebois lui-même ne sont pas sans rappeler celles de François Blais – il faut dire qu’il est difficile de ne pas penser à l’écrivain de Grand-Mère lorsqu’il est question d’antihéros badaudant en Mauricie. Il est intéressant de voir comment Brisebois parvient à ne pas écrire un roman qui tourne à vide et qui, bien que mélancolique, ne se vautre pas dans le pathos, ne se replie pas sur lui-même. Le tout est principalement dû à l’érudition tant populaire que littéraire dont fait preuve l’auteur; entre Fitzgerald et Star Wars, entre Rimbaud et Mirrormask, la ligne est mince et Brisebois y trouve toujours son compte, le lecteur aussi. Ce n’est pas un roman sur l’écriture, ni sur la quarantaine, ni sur la fin d’un couple, ou sur la solitude et encore moins sur le modèle de Nice, et pour ces raisons, ça vaut amplement la peine de s’y plonger. (Jérémy Laniel) y

Alors que Jug, un chien quelque peu mal léché, rentre dormir seul – bien malgré lui – après une soirée bien arrosée au saloon du coin, une vision surnaturelle brusque son état d’ébriété avancé. Sous un chapeau de cowboy surdimensionné, le fantôme d’une espèce de poule géante glow-in-the-dark propose à Jug de lui offrir tout ce qu’il désire: les femmes, la gloire, la fortune. Mais évidemment, ces miracles se réaliseront sous plusieurs conditions, soit celles de s’entourer des meilleurs musiciens, rien de moins, d’aller enregistrer un album au célèbre studio Delta, et d’accomplir cette mission en moins de 100 jours. «Pourquoi fais-tu ça?», demande alors Jug à cette silhouette de volaille céleste. «Pour débarrasser la planète des branleurs comme toi!», répond-elle avant de disparaître jusqu’à la prochaine mise au point. Et Jug n’aura, en effet, plus trop le temps de niaiser. C’est avec un humour oscillant entre l’absurde et les clins d’œil qu’Iris amorce ce captivant western comique, duquel émergent presque quelques airs de cabarets folk – comme celui qui a été tenu lors du lancement du livre, à la boutique de La Pastèque en novembre dernier. Avec ses personnages représentés par des figures animales – se joignent aussi à la partie une autruche contrebassiste, des blaireaux mémères et un genre de fouine anxieuse –, l’autrice nous amène nous perdre loin, loin, loin dans le Far West, nous faisant complètement oublier toute l’improbabilité de l’histoire dans laquelle on plonge et on nage sans s’arrêter. Car les personnages sont plutôt reconnaissables: conflits de personnalités, problème d’argent, manque de volonté ou élan de vanité font partie de cette quête vers la gloire. Serait-il poussé de croire en une satire de la vie d’artiste? Le défaut de Folk est sans doute celui de nous abandonner alors que la tension s’était tout juste et parfaitement installée entre nos trois hurluberlus. À l’image des feuilletons western, la couverture du prochain épisode, qui sous-entend sa sortie imminente, nous aguiche en toute dernière page du livre et repique notre curiosité. Maintenant, «où les mènera ce chemin?» (Mélanie Jannard) y


40 CRÉATION VOIR QC

VO4 #O1

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L’ART DE TAIRE LE MONDE PAR LE COLLECTIF RAMEN (Lux, Alycia Dufour, Sébastien Emond, Anaël Turcotte, Emmanuelle Bouchard et Sarah-Jane Ouellet) ILLUSTRATION KAËL MERCADER

j’ondule sous les bariolages urbains des escaliers en colimaçon mes bottes valsent avec les sacs à vidanges pieds nus sur les plaques tectoniques des ruelles

l’art de taire le monde en cadeau

je cours

je suis un sous-genre de chimère fausse note sous les draps je m’annule au pied du jour

saturation des obscènes raclements rythmiques vacarme d’ambulances et d’enfants couchés trop tard un chien jappe au loin crier est un réflexe d’appui mes tempes cristallisées

*****

***** je me destine à l’incertain, ça m’amuse, m’agite les sangs sans soupçonner les vents qui sifflent les mesures des trottoirs je me fraie un parcours vers ma provenance

palpitent ma capuche se décroche battue de bourrasques

***** j’partirai pas tant que j’aurai pas chanté ma toune pas question j’tais sur la liste comme tout l’monde ***** nos corps sur la piste discours lancés inaudibles on s’agite comme des perdus plus rien autour mais nous autres on s’en sacre pas vrai?

***** grandir ça débute avec un coup de synthé sous les nappes asphyxiantes tentacules sur la peau des Gameboy en fleurs par chez nous les p’tits gars tremblent fourrés de GAME OVER se réfugient là où la lumière persiste ils vont danser espérer leur premier strobe tomber dans les regards néon au fond des discothèques ils se frottent se lèchent et quand ils sautent ça fait des bruits de Mario Bros *****

espiègle, elle flotte, boîte percussive, enveloppe de tête où résonne le vide les passants sursautent les voitures freinent sur mon passage je me grise de mon infime pouvoir

les assoiffé.es crient les affamé.es dansent c’est ainsi

je suis chef d’orchestre la ville se fige sous ma poigne légère

poser un pied puis l’autre nos corps basculent vers l’avant les bras n’ont nulle part où s’appuyer genoux tremblants ATTENTION

***** 23h13 parvis de l’église Saint-Roch mes poings frappent le dos de ta guitare nos hurlements de fous scandale en ville soudain la pluie les cris la police ma bière ouverte coule dans mon sac ruisselle le long de ma jambe un vrai chien fautif, sans poteau pour son pipi

eux c’est moi je me berce près du mur m’agrippe aux jupes de la mémoire me fredonne les premières paroles apprises voix de la mère silence du père ils me regardent et appuient sur PLAY

les yeux levés vers la statue de Jésus en or les bras en croix je prie

*****

on pense que c’est pour faire rire perdre le contrôle comme source de divertissement criss a sait ben pas danser elle messemble qu’a pourrait faire comme tout l’monde pas obligée d’exagérer osti check-la check-la personne n’entend nos cris ÉCROULEMENT c’est drôle n’est-ce pas *****

j’ai pas eu de ticket, moi la police me laisse filer tu me suis courir vers le bar le plus proche la peur assèche

derrière la porte une berceuse comme pour vérifier que j’existe et que j’arrive bientôt à la maison *****


ARTS VISUELS 43 VOIR QC

VO4 #O1

O1 / 2O19

L’UTOPIE À L’ÉPREUVE DU RÉEL POUR LA 9E MANIF D’ART DE QUÉBEC, L’ARTISTE DANIEL CORBEIL PROPOSE CITÉ LABORATOIRE, UNE GIGANTESQUE MAQUETTE D’UNE TOUR VÉGÉTALE DÉTOURNANT CERTAINS CODES DE L’ARCHITECTURE ET DES UTOPIES SURVIVALISTES. MOTS | MARYSE BOYCE

PHOTO | GUY L’HEUREUX

Adolescent, Daniel Corbeil rêvait d’une carrière de biologiste ou d’architecte. Faute d’une certaine inclination pour les mathématiques, il s’oriente plutôt vers les arts visuels mais ne perd pas de vue ces deux champs d’intérêt, qu’il intègre dans sa pratique en créant des structures improbables où le vivant tente de s’adapter. Sa Cité laboratoire, qui en sera à sa quatrième version à la biennale de Québec, a d’abord été présentée à la Maison de l’architecture du Québec en 2012, comme un clin d’œil du destin. Originaire de l’Abitibi, l’artiste a passé son enfance à s’amuser sur d’immenses terrains de mines désaffectées, offrant un regard à la fois nostalgique et très lucide sur ce qu’il qualifie de saccage environnemental. La question du paysage et des transforma­ tions que lui impose l’humain tient donc une place prépondérante dans son travail. Ses œuvres nous amènent à réfléchir à un futur où l’humain et les différents écosystèmes devraient évoluer en milieu clos. Un propos qui s’articule parfaitement avec la thématique environnementale de la biennale: Si petits entre les étoiles, si grands contre le ciel.

tellement immense. Tu ne peux pas te substituer au vivant qui a pris des millions d’années à se construire.» C’est d’ailleurs en réponse à tous les stéréotypes mis de l’avant par les projets futuristes – des utopies se manifestant inévitablement par le bonheur ostentatoire de ses habitants et une nature luxuriante – que Corbeil a voulu répondre par le concret et voir comment le vivant y évoluerait.

et l’artiste préfère laisser les visiteurs décider si ce qu’ils voient s’approche d’une vision idéaliste ou cauchemardesque du futur. Ainsi, si certains apprécient le côté ludique de l’œuvre, qui se rapproche de l’utopie, d’autres y dénotent une certaine mélancolie: «Ce serait triste d’être réduit à vivre dans une infrastructure comme ça, déconnectée du vivant, où le vivant est domestiqué.»

Nécessaire transparence

Chose certaine, scruter l’imposante maquette d’une dizaine de pieds de diamètre amène le spectateur à s’interroger sur ce que l’avenir lui réserve, une réflexion qui a guidé l’artiste tout au long de sa création. Le projet est présenté avec un des dessins architecturaux qui a mené à son élaboration ainsi qu’une installation photographique intitulée Nébulosité.

«Quand tu travailles la maquette, t’es en contrôle sur un monde que tu fabriques. Pour moi, c’est important que les gens puissent se mettre dans ce rôle-là, et non pas simplement en observateur d’un monde en miniature.» Pour ce faire, le sculpteur prend les visiteurs à témoin et dévoile à certains endroits les coulisses de son processus façonné par des objets trouvés qu’il incorpore à son travail, le menant parfois sur des trajectoires inattendues. Ainsi, les observateurs attentifs pourront trouver des annotations dans la tour, de même que des fragments de nid d’abeilles devenus éléments architecturaux, des petits tiroirs convertis en habitations et d’autres objets détournés de leur fonction première.

Insuffler du risque Utopie/dystopie Travailler avec les végétaux comporte son lot de défis, et cette perte de contrôle plaît à l’artiste. «C’est un art où il faut toujours s’ajuster», résume-t-il avec le sourire. Cet hiver, il a donc dû redoubler d’efforts et d’ingéniosité pour faire sortir de sa dormance la mousse qui évoluera dans sa sculpture. «Maintenir le vivant dans une infrastructure, que ce soit ça ou le Biodôme, ça demande une complexité technique

Quand on lui demande quelle vision sous-tend ses créations, Corbeil répond qu’il oscille entre optimisme et défaitisme: «Avec mon travail d’artiste en arts visuels, ça serait difficile de pointer l’un ou l’autre.» Cité laboratoire est-elle une structure en construction, ou le signe d’une inévitable décrépitude? L’œuvre est suffisamment ouverte pour supporter les deux hypothèses

Après la Manif d’art, Cité laboratoire sera transposée en plein air pour la saison estivale dans un lieu qui reste encore à déterminer. Son créateur laissera la nature prendre le contrôle de la structure avant de la documenter par sa pratique photographique, puis de la démonter pour se concentrer sur d’autres projets artistiques. La biennale de Québec constitue donc l’ultime – mais pas la moindre – occasion d’éprouver ce projet dans le réel. y Du 16 février au 22 avril au Musée national des beaux-arts du Québec (Dans le cadre de la Manif d’art)


44 CHRONIQUE VOIR QC

VO4 #O1

O1 / 2O19

PETITS VELOURS

PAR CATHERINE GENEST

Le voyou, la fée et la MC C’est vers un jardin aux bulbes bleus que le Français Thibaud Vanhooland, alias Voyou, nous tend la main, un univers luxuriant qui nous rappelle un tantinet l’esthétique botanique et candide de Polo & Pan. Justement, il a souvent assuré les premières parties du duo sur les scènes de la Mère Patrie et même de Londres. Et puis, c’est possiblement la seule influence tangible qu’on puisse accorder au musicien lillois, et donc ch’ti de son état, récemment relocalisé sous les lumières de Paris. Le Nord a tellement plus à offrir (Juliette Armanet comprise) qu’une poignée de grimaces de Dany Boon! Parce que Voyou, voyez-vous, crée une chanson fraîche, modelée par son goût des percussions brésiliennes, des cuivres (il a d’abord été trompettiste) et par l’équipe qu’il forme avec Diogo Strausz pour les arrangements. Une inventivité musicale qui accote aisément la grande qualité de sa prose, cette façon qu’il a de faire rimer ses idées sans chichi ni prétention, des textes fort coquets qu’il livre avec un détachement certain. Il a un peu de Mac DeMarco dans le nez, aussi, c’est vrai. Si Vanhooland peut se permettre cette nonchalance qui nous charme, c’est forcément parce qu’il a travaillé comme un fou en amont. Orfèvre des mots, le parolier les assemble avec une dextérité fine, créant des images fortes, des lignes qui n’ont d’égal que ses vidéoclips aussi

PHOTO CAMILLE DRONNE

ILLUSTRATION ALEXANDRA LEVASSEUR

boboches que savamment étudiés. Pince-sans-rire dans ses interprétations, mais foncièrement pur en ses qualités d’auteur, Voyou se fait le porte-voix d’un

message exempt d’ironie, de tout cynisme. Une bienveillance jamais doucereuse qui réchauffe nos tympans tandis que l’hiver s’allonge de notre côté de l’Atlantique.


> Son premier long-jeu intitulé Les bruits de la ville sortira ce 16 février, sous les Disques Entreprises. Aucune date n’est encore prévue en sol québécois, mais faites que les dieux du spectacle, des Francos et du FEQ ne le laissent pas rouler seul sur son tandem. Sous la peau L’enfance de toute fille se clôt à la va-vite et dans des effusions de sang, un passage obligé dont on vient, en vieillissant, à oublier le caractère réellement traumatisant, presque violent. C’est ce souvenir à la fois universel et profondément ancré qu’exhume Eisha Marjara pour mettre la table, asseoir les bases de son personnage qui souffre du poids du temps qui passe. La narratrice de Fée est de celles qui s’accommodent mal des règles et autres aléas de la puberté, qui vacillent à l’idée de grandir, de devenir femme. Une peur qui s’avérera symptomatique d’un trouble bien plus grave encore. Lila, le personnage principal, est atteinte d’anorexie. Et on fait vite de s’attacher à cette adolescente au cœur cent fois trop grand pour son corps, à ce petit bout de dame rongé par un mal insaisissable, mais bien visible. L’auteure signe, volontairement ou non, l’équivalent d’un guide à l’intention des proches de celles et ceux qui souffrent de cette terrible maladie. On se surprend à lire ses phrases comme s’il s’agissait des nôtres, en étant happée par la lucidité de l’héroïne, ses descriptions nettes et précises, ce décor drabe si précisément détaillé qui prend vie au dos de nos pupilles. C’est comme si on était là, à sa place, allongée sur son petit lit d’hôpital, à compter les tuiles du plafond, à les contempler. Ç’aurait pu être nous, ç’aurait pu être une amie. L’équilibre ne tient souvent qu’à peu de choses. Eisha Marjara signe un roman sensible et empreint d’un intarissable respect. Fée est un témoignage à la fois puissant et tendre d’une vie presque mise à mort, d’un huis clos dans les abysses du mal-être. On s’éprend également d’admiration pour le personnel soignant, tendrement dépeint au fil du livre, ces femmes et ces hommes qui tenteront de reconduire Lila vers la lumière.

COURTOISIE MC MARQUIS

À lire dès maintenant aux éditions Marchand de feuilles.

l’éducation catholique qu’elle a reçue, parsemée de slogans païens et autres tabernacles décontextualisés.

Venez comme vous êtes MC Marquis transcende les frontières des galeries et des centres d’artistes, du circuit traditionnel. Elle est de celles, les rares, qui rayonnent au-delà des cercles d’initiés. À l’instar des produits dérivés qu’elle propose, ses pièces uniques attestent de sa passion pour la pop culture poussiéreuse, de son goût pour la nostalgie. On la reconnaît aussi à ses talents d’auteure, à son esthétique inoffensivement kitsch qu’elle juxtapose à des gros mots. Il y a, chez Marie-Claude, un clash entre délicatesse et vulgarité qui fait sourire. Fanatique d’art religieux, la créatrice pourtant (très) laïque collectionne les artéfacts baroques dénichés dans les sous-sols d’églises. Des trésors qui lui servent de canevas pour l’installation qu’elle étrenne ces jours-ci entre les murs de la Station 16, une expo inspirée par

Ce n’est pas une critique adressée au clergé, précisons-le d’emblée, pas même une attaque à l’endroit des pratiquants. Bien au contraire! Les œuvres du corpus, presque une centaine au total, visent à interroger notre rapport à la spiritualité. Est-ce que l’impopularité de la religion transforme nos rapports interpersonnels? Avons-nous, de par notre émancipation, évacué toute vertu? Cette fois encore, MC Marquis encapsule sa colère dans un écrin fragile et cassable. Ses assiettes et ses broderies se parent de phrases assassines, fofolles et brutalement honnêtes. L’artiste signe, à elle seule, ce décor photogénique qui risque fort bien de résonner auprès des millénariaux de l’enfer. y Ouvert à tous/Open to All est présentée du 7 au 25 février à la galerie Station 16, au 3523, boulevard Saint-Laurent, à Montréal.


QUOI FAIRE

46

PHOTO CARLOS GUERRA

MUSIQUE

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BOOGÁT

IZZY-S

CHANSONS CHUCHOTÉES

L’ANGLICANE – 7 FÉVRIER

DAGOBERT - 1ER FÉVRIER

STUDIO D’ESSAI DE MÉDUSE – 4 ET 5 FÉVRIER

Depuis qu’il a coiffé son sobriquet d’un accent, Daniel Russo Garrido embrasse une esthétique sonore plus mexicaine que jamais, étanchant nos soifs de mezcal avec des chansons fort à propos. De passage à Lévis, il nous offre les pièces de son plus récent album qui oscille entre reggaeton et hip-hop, propos féministes et carrément comiques.

Révélation probante de la scène rap montréalaise, Izzy-S a fait bonne figure en novembre dernier avec Empire, un percutant premier album en carrière. Impassible au micro, il garde toujours son sang-froid, même lorsqu’il aborde des sujets violents, en phase avec son lourd passé dans les rues de la métropole. Il sera accompagné par Tizzo, Ross, Velozo et KMKZ en première partie.

Lou-Adriane n’est, pour ainsi dire, par la seule Cassidy à faire couler de l’encre cette saison-ci. Sa maman occupe aussi le haut de l’affiche, mais au Mois Multi dans son cas, avec ce concert ultra intimiste livré au creux de nos oreilles. À ses côtés, notamment: le pianiste émérite Vincent Gagnon et l’extravagant Gab Paquet.


POUR | DAINA ASHBEE

G R AT T E R L A P É N O M B R E A L A N L A K E FA C T O R I ( E )

D u 4 au 7 m ar s M ai son pour l a dan s e de Qu éb ec

Reconnue comme l’une des chorégraphes les plus prometteuses de sa génération, Daina Ashbee révèle avec audace et aplomb les univers intimes. Solo névralgique dansé avec affront par la récompensée interprète Paige Culley, cette œuvre radicale à la lisière de la danse et de la performance convie le public à une expérience spirituelle.

photo Daina Ashbee

L E S VA R I AT I O N S E N I G M A ET LE CONCERTO POUR VIOLON DE MENDELSSOHN L e 2 0 févr ier - Gr an d T héâ tre d e Québ ec

Un chef-d’oeuvre de la musique anglaise, composé sous forme d’énigmes. Elgar, inspiré par des personnages de son entourage, a écrit ces variations à l’image de portraits musicaux. Aussi au programme, l’une des oeuvres majeures du répertoire romantique pour violon interprétée par le brilliant violoniste Roman Simovic. Un concert dirigé par Bramwell Tovey, dont la réputation dépasse toutes les frontières.

D u 7 a u 9 e t du 13 a u 16 fé vr i e r Ma ison pour la da nse de Qu é be c

Dans une déclinaison de solos pensés pour ses collaborateurs de longue date, le chorégraphe de Québec Alan Lake s’avance sur les territoires intimes des interprètes. Portraits mouvants inspirés des histoires personnelles et des fantasmes des danseurs et danseuses, cette nouvelle création continue d’enrichir le langage et la mythologie propre à Lake.

ANTIGONE Du 5 au 30 mars Gr a nd Th é â t r e de Qu é be c

Depuis que Sophocle a créé le personnage d’Antigone, les artistes de toutes disciplines confondues se sont appropriés cette figure mythique de l’opposition à l’ordre établi. Et si Antigone vivait à notre époque? Qu’est-ce qui la ferait se tenir debout, quelle forme prendrait sa résistance?

photo François Gamache

J O N AT H A N C O H E N E T L A C R É AT I O N D E H AY D N

ASTRONETTES, L A LONGUE MARCHE VERS LES ÉTOILES

2 7 et 2 8 fé v r i e r Pa la is M ont ca lm , Ma i son de la m u si qu e

D u 12 fé v r i e r a u 2 m a r s 20 19 Th é â t r e P é r i scope

C’est dans la fébrilité et l’effervescence des débuts que le directeur musical des Violons du Roy Jonathan Cohen dirige La Chapelle de Québec pour la première fois. À cette occasion, ils interprètent en compagnie de grands solistes La Création de Haydn.

En 2035, un équipage composé uniquement de femmes s’envole pour la première mission de colonisation de la planète Mars. À travers leur épopée, on suit le parcours des pionnières de la conquête spatiale et des grandes aventurières de l’Histoire qui ont pavé la voie pour des générations de femmes à venir. Une création du Théâtre Niveau Parking écrite et mise en scène par Caroline B. Boudreau et Marie-Josée Bastien


JÉRÔME 50 L’ANTI – 2 MARS

DAVID GOUDREAULT IMPÉRIAL BELL – 8 FÉVRIER

Présenté en février de chaque année, le Mois Multi est un festival qui regroupe des œuvres novatrices dans le domaine des arts multidisciplinaires et électroniques. Venez assister à la présentation de spectacles, d’installations, d’environnements immersifs et d’œuvres qui fusionnent langages, matériaux, techniques et procédés artistiques de toute nature.

PHOTO SARAH BALHADÈRE

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JOE BEL VIEUX BUREAU DE POSTE DE SAINT-ROMUALD – 23 FÉVRIER

Elle est Française, mais c’est à Montréal qu’elle enregistre son premier long jeu, aux côtés de Marcus Paquin, un collaborateur d’Arcade Fire et The National. Rêvant clairement de grands espaces (il faut voir ses clips) et inspirée par le folk un rien suranné de l’anglophonie, Joe Bel a le don de composer des mélodies qui restent collées à nos têtes.

On se propulse jusqu’en 2035 dans cette pièce futuriste de Marie-Josée Bastien et Caroline B. Boudreau. Elles signent ici un plaidoyer féministe à saveur sci-fi, l’histoire de trois astronautes qui s’envoient en l’air pour coloniser la planète Mars.

ANDY SHAUF

ROSALIE VAILLANCOURT

IMPÉRIAL BELL – 9 FÉVRIER

THÉÂTRE PETIT CHAMPLAIN – 1ER ET 2 MARS

Il nous avait émus en 2016 avec un très beau disque intitulé The Party, un vrai petit bijou sur le plan des arrangements. Porté par sa voix tendre et son attirance pour la musique des années 1970 (pensez à Cat Stevens), l’auteurcompositeur-interprète saskatchewanais nous transporte vers des contrées paisibles, mais pavées de guitare électrique.

À quelques mois de sa première médiatique, Rosalie Vaillancourt continue la tournée de rodage de son premier one-womanshow, Enfant roi. Celle qui cultive avec excentricité son rôle de «fille naïve un peu trash» dégage une énergie aussi désinvolte qu’indomptable sur scène. 

THE BARR BROTHERS PALAIS MONTCALM – 20 FÉVRIER

F O I R E D E L’ E M P L O I DE CHARLEVOIX

ASTRONETTES THÉÂTRE PÉRISCOPE – 12 FÉVRIER AU 2 MARS

Les frères Barr entrent au Palais et par la grande porte. Un écrin de choix pour la proposition musicale longuement peaufinée, ce folk rock assez mordant qu’ils étrennent depuis les tout débuts de la décennie sur les scènes de Montréal, de leurs États-Unis natals et du monde entier.

2 2 mar s - Sal l e de Lo is ir s d e Sa int-Hila rion

DEAD OBIES

Vivre et travailler dans Charlevoix: le rêve!

IMPÉRIAL BELL – 1ER MARS

Le Salon de l’emploi du grand Charlevoix est l’événement par excellence. C’est l’occasion idéale de rencontrer, sous un même toit, une quarantaine d’employeurs et voir plus de 1 000 emplois offerts, à Saint-Hilarion le vendredi 22 mars de 13 h à 20 h.

Amputés d’un membre fugueur, les Dead Obies reviennent tout de même à la charge avec un troisième opus qui verra le jour ce 15 février. À se mettre sous la dent en attendant le grand jour? Deux chansons franchement différentes: la doucereuse  Run Away et l’anxiogène André, possiblement leur track la plus expérimentale à ce jour.

ALITA: BATTLE ANGEL EN SALLE LE 14 FÉVRIER

Au 26e siècle, un scientifique sauve Alita, une jeune cyborg inerte abandonnée dans une décharge. Ramenée à la vie, elle doit découvrir le mystère de ses origines et le monde complexe dans lequel elle se trouve, afin de protéger ses nouveaux amis contre les forces sombres lancées à sa poursuite.

CAPHARNAÜM EN SALLE LE 1ER FÉVRIER

À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans est présenté devant le juge. À la question «Pourquoi attaquezvous vos parents en justice?», Zain lui répond: «Pour m’avoir donné la vie!» Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer.

CINÉMA

M O I S M U LT I 20 19 2 4 j a n v ier au 3 m ar s - M é d use

Slameur notoire et auteur d’une série de livres vantés par les libraires, David Goudreault entreprend ce mois-ci une opération de charme dont aucun amant des lettres ne sortira indemne. Il débarque sur cette (très) grande scène armée de ses mots et d’une poignée de blagues. Une consécration en soi.

SCÈNE

Il prône La hiérarchill, mais ceux qui le connaissent vraiment parleront de lui comme d’un bourreau de travail qui s’ignore. Lorsqu’il ne séduit pas les touristes avec ses reprises cocasses et incarnées, Jérôme 50 (né Charette-Pépin) trimballe sa guitare de part et d’autre des bars-spectacles pour propager sa bonne nouvelle. Et on en redemande!


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Une buvette dans le Vieux-Port de Québec

RIDEAU 2019 – Le plus grand congrès francophone des arts de la scène en Amérique

Ouverte dernièrement dans le Vieux-Port de Québec, la buvette Écho est le projet ambitieux des propriétaires du restaurant l’Échaudé. Situé dans une bâtisse historique datant de 1860, le local aux dimensions minimalistes peut accueillir jusqu’à 25 personnes. Dominic Marcoux, jeune chef passionné et talentueux, révèle son savoir-faire dans un menu composé de petits plats à prix alléchants, suggérant le partage au centre de la table. Côté salle à manger, Vincent Roy vise essentiellement dans sa carte des choix de vins gouleyants, des bières de microbrasseries et des alcools du terroir. Le duo Dominic et Vincent, ayant travaillé précédemment à l’Échaudé, assure avec brio la mise en scène afin de créer l’atmosphère typique d’un endroit dans lequel on se sent bien et où les échanges se font naturellement. Ouverte du mardi au samedi, dès 16h30, la buvette est l’endroit idéal pour y prendre l’apéro, festoyer avec ses proches ou pour une soirée privée.

C’est du 17 au 21 février prochain que l’événement RIDEAU tiendra sa 32e édition au cœur de notre charmante capitale nationale. Plusieurs centaines de professionnels du spectacle convergeront par Québec pour y découvrir des artistes prometteurs et ainsi planifier les programmations futures des espaces de diffusion. Rendez-vous désormais incontournable, le Forum RIDEAU, organisé dans le cadre de l’événement, invite les diffuseurs, producteurs, artistes et tous les travailleurs culturels à venir interagir et réfléchir afin de favoriser les échanges d’idées et la création de liens entre tous les acteurs du milieu. Le grand public est également invité à prendre part à ce foisonnement d’activités en assistant gratuitement à de nombreuses vitrines de spectacles de la série Entrées libres. Des spectacles pour tous les goûts et à l’image de la vitalité de notre création artistique.


C’est un fabuleux monde peuplé de fées et d’autres créatures sibyllines aux traits délicats, un univers inspiré par la Roumanie de ses ancêtres qu’elle ne découvrira qu’à l’âge adulte. Animée d’une grande poésie, Estée Preda crée des personnages qui marquent durablement notre imaginaire.

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ASTÉRIX: LE SECRET DE LA POTION MAGIQUE EN SALLE LE 15 FÉVRIER

COIFFURE KIEF 27 5 0, ch em in Sain te-Foy, Sa inte-Foy 4 18 6 5 6 -04 6 6 coiffur ekief.co m

Coiffure Kief: le juste équilibre Depuis plus de 30 ans, ce salon de coiffure réputé de la Plaza Laval ne cesse de se réinventer. Des valeurs bien ancrées On ne réussit pas à faire fonctionner un commerce pendant 33 ans sans ligne de conduite. C’est ce que croit le propriétaire de Coiffure Kief, Louis Deschênes. Entouré aujourd’hui d’une équipe de coiffeurs et de techniciens tous détenteurs d’une norme professionnelle, ses mots d’ordre sont: rigueur, expertise et formation continue. Des gages de confiance dans un milieu en constante évolution. Se renouveler La mode change et les traitements se modernisent sans cesse. La coloration et la coiffure doivent donc suivre les dernières tendances et nouveautés. L’équipe de Coiffure Kief va les débusquer à Toronto, New York et même Londres pour en faire profiter sa clientèle. Ce printemps, vive les jeux d’ombre et de lumière dans vos cheveux, Mesdames!

À la suite d’une chute lors de la cueillette du gui, le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion magique...

COLD PURSUIT EN SALLE LE 8 FÉVRIER

Bienvenue à Kehoe, luxueuse station de ski du Colorado. La police locale n’y est pas franchement très sollicitée jusqu’au jour où le fils d’un conducteur de chasse-neige, Nels Coxman, est assassiné sur ordre de Viking, un baron de la drogue. Armé d’une rage implacable et d’une artillerie lourde, Nels entreprend de démanteler le cartel de Viking. Sa quête de justice va rapidement se transformer en une vengeance sans pitié.

EDMOND EN SALLE LE 8 FÉVRIER

Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore 30 ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci: elle n’est pas encore écrite. Pour l’instant, il n’a que le titre: Cyrano de Bergerac.

THE RHYTHM SECTION EN SALLE LE 27 FÉVRIER

Après la disparition de sa famille dans un accident d’avion des plus suspects, une femme, qui aurait dû être à bord de l’appareil, sombre dans une lourde dépression. Lorsqu’elle réalise qu’il ne s’agissait toutefois pas d’un accident, elle devient une tueuse à la recherche des responsables. Rien ne l’arrêtera dans sa soif de justice et de vengeance.

Archi solide sur le plan technique, le peintre Thierry Arcand Bossé se démarque par son trait net et précis, ses scènes résolument figuratives, mais pas forcément réalistes. On le reconnaît à ses gris et bleus profonds de même qu’à son goût pour les choses du web, ce monde presque parallèle qui finit toujours par déteindre sur ses toiles.

FIVE PAIRS MÉDUSE – SALLE MULTI – 17 FÉVRIER AU 3 MARS

On pourrait croire à des oreillers qui auraient pris vie, modelés par le souffle de celles et ceux qui y déposent leur tête à la nuit tombée. C’est une œuvre forte et minimaliste à la fois que signe le Berlinois Nils Völker, une installation cinétique qui lui aura été inspirée par la surconsommation et les changements climatiques.

POLLY APFELBAUM CENTRE MATERIA – 16 FÉVRIER AU 20 AVRIL

Le MNBAQ et la Coop Méduse n’ont pas le monopole de la Manif d’art. À preuve: la plas­ ticienne américaine Polly Apfelbaum débarque au Centre Materia pour présenter une série de couvre-chefs de son cru, et forcément très colorés, des chapeaux inspirés par la pratique des autres participants de la biennale. >

ARTS VISUELS

ESTÉE PREDA CRITERIUM – 8 AU 13 FÉVRIER

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Magazine Voir Québec V04 #01 | Janvier/Février 2019  

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