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MONTRÉAL VO4 #O1 | JANVIER/FÉVRIER 2O19 AVANT QU’ON EXPLOSE UNE COLONIE AALAAPI LE COLLECTIF RAMEN CAMILLE BOITEL ADAM BASANTA LOU-ADRIANE CASSIDY L’IGP POUR LES VINS DU QUÉBEC

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D E P U I S

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Une création unique pour vos moments précieux.

Be r ri- UQA M

L’art de plaire

parchemin.ca


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MONTRÉAL | JANVIER / FÉVRIER 2019

RÉDACTION

PUBLICITÉ

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«AVEC TOUS LES MOYENS QU’ON A À NOTRE PORTÉE POUR ENROBER LES CHANSONS, IL EST BIEN DE SE RAPPELER TOUTE LA BEAUTÉ QU’IL Y A DANS LA SIMPLICITÉ.» Photographe: Kelly Jacob Assistant: Julien Grimard Maquillage: Samara Habib Production: Vincent Boivent (Consulat)

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SCÈNE

Aalaapi

Camille Boitel Scène en bref

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MUSIQUE

Lou-Adriane Cassidy Musique en bref

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CINÉMA

Avant qu’on explose Une colonie Cinéma en bref

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ART DE VIVRE

L’IGP pour les vins du Québec Portrait de chef: Matthieu Gralepois

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LIVRES

Feu le soleil Le modèle de Nice Hiver nucléaire (tome 3) Folk – Épisode 1

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CRÉATION

Le collectif RAMEN et Kaël Mercader

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ARTS VISUELS

Adam Basanta

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QUOI FAIRE CHRONIQUES

Simon Jodoin (p6) Emilie Dubreuil (p14) Mickaël Bergeron (p24)


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THÉOLOGIE MÉDIATIQUE

MOTS & PHOTO SIMON JODOIN

Rastas blancs d’Amérique That until there no longer First class and second class citizens of any nation Until the color of a man’s skin Is of no more significance than the color of his eyes Me say war — Bob Marley C’est une comptine connue. Au cours des derniers jours, on a reproché aux médias et à certains chroniqueurs d’avoir monté en épingle l’histoire de cet humoriste qui s’est vu refuser de monter sur la scène d’un bistro géré par un groupe de recherche de l’UQAM. Le jeune homme, blanc, portait des dreadlocks, ces tresses de cheveux emmêlés, une coiffure qui a traversé l’histoire, les cultures et les continents avant de devenir mondialement à la mode grâce à l’immense succès de Bob Marley en particulier et de la musique jamaïcaine en général. La culture jamaïcaine a eu, au cours du siècle dernier, une influence majeure qui persiste encore aujourd’hui, à telle enseigne qu’en novembre dernier, le reggae de Jamaïque se voyait inscrit comme patrimoine culturel immatériel par l’UNESCO.

Or, voilà le problème, le jeune homme est blanc, comme je vous disais, et il se trouve de nos jours quelques grands esprits qui considèrent que porter cette coiffure, lorsqu’on a la peau blanche et qu’on est né à Pointe-aux-Trembles, c’est s’approprier la culture d’un peuple qu’on a dominé. Je ne sais pas pour Pointe-aux-Trembles. C’est peut-être Maniwaki ou Donnacona. Vous lui demanderez si vous le croisez.

Chaque petit signe culturel, comme le fait de porter des dreadlocks, serait ainsi un symptôme de ce rapport de force distillé au fil du temps que nous aurions absorbé, inconsciemment, sans nous en apercevoir. Les plus éveillés seraient conscients de ces comportements qui relèvent de l’agression tandis que les autres, qui n’y voient aucun mal, n’auraient pas encore saisi l’ampleur de leurs privilèges et la gravité de leur faute.

On peut bien reprocher aux médias de transformer une anecdote en sujet d’actualité et en débat du jour, mais c’est faire fi un peu trop vite de l’immense connerie qui gagne certains comiques qui, au nom du progressisme, jouent aux alchimistes de la bonne conscience dans les officines d’institutions universitaires publiques.

Il y a pourtant une autre explication qui permet de comprendre la présence des dreadlocks dans les rues de Pointe-auxTrembles, Maniwaki ou Donnacona. Une explication sans doute trop simple pour ceux qui aiment créer des problèmes afin de parader en inventeurs de solutions.

Ce qu’on tente de nous dire, avec ces théories, c’est qu’au sein même du récit de l’aventure québécoise, nous devrions lire une opposition structurelle et nécessaire entre les dominants blancs triomphateurs de la civilisation occidentale et les dominés noirs descendants d’esclaves et laissés pour compte. Il faudrait même y voir un aspect constituant de notre organisation sociale contemporaine.

Il se trouve que toute une génération de jeunes mélomanes, partout sur la planète, a été séduite non seulement par le son de la Jamaïque, mais aussi par le discours de libération et de révolte porté par ses protagonistes les plus célèbres. Bob Marley, pour ne parler que de lui, fait presque figure de prophète. Partout, le reggae, le dub, le ska se sont infiltrés dans les inspirations de musiciens, du rock au punk en passant par le jazz, le hip-hop et tant d’autres genres encore. Aux quatre coins du monde, on s’est

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mis à porter le t-shirt en chantant tous en chœur Let’s get together and feel all right. C’est ce qui s’est passé au Québec. Ça s’est aussi passé au Japon, soit dit en passant. Si ça vous intéresse, allez donc écouter un peu de Joe Yamanaka. Vous apprendrez en même temps qu’on peut venir de Yokohama et porter des dreadlocks. Dans notre coin de l’Amérique, on peut dire sans crainte de se tromper que toute l’évolution de la vie culturelle, sociale et politique québécoise, depuis la Révolution tranquille, consiste à dénouer les nœuds de l’oppression, des préjugés et des inégalités. Si on est le moindrement sérieux, à la lecture de notre histoire, on doit bien se rendre compte que les Québécois, ce peuple de locataires, comme on le qualifiait naguère, ces vaincus longtemps dominés par une élite anglo-saxonne, dans leur désir d’émancipation, ont lutté non seulement pour leur libération nationale, mais aussi, surtout, pour une justice sociale qui transcende les genres, les orientations sexuelles, les couleurs de peau et les origines

ethniques. On peut bien considérer qu’on n’avance pas assez vite, mais on ne peut pas douter de la direction et aller s’imaginer que les engrenages du système qui nous sert de véhicule historique sont en quelque sorte graissés à l’idéologie esclavagiste ou à des souvenirs des traites négrières, ça relève de l’hallucination doctrinaire. Le Québec se trouve aujourd’hui aux prises avec deux formes de radicalisation, deux idéologies extrêmes qui jouent ensemble au tir à la corde: d’un côté, une bande de nonos qui fabulent sur une invasion islamique et une menace immigrante à la moindre vue d’un voile ou d’un turban, de l’autre, des savants fous qui voient poindre des suprémacistes blancs dès qu’un type porte une coupe de cheveux ou rigole en dansant manière Bollywood dans un Bye bye. Ces deux postures se singent, dans une chorégraphie parfaite, une sorte de performance de nage synchronisée où on se demande bien lequel va se noyer en premier. Toujours est-il que cette volonté de vouloir transformer les Québécois en peuple de

dominateurs blancs mérite qu’on s’y attarde. Ceux qui s’amusent à ce jeu ne semblent pas voir qu’ils reproduisent, à leur manière, tout ce qu’on peut reprocher aux visions du monde les plus inquiétantes. Pour eux, en dépit de toute histoire, une couleur de peau ne peut avoir qu’une seule signification, qu’une seule valeur. Les relations humaines doivent être réduites à une simple mathématique qui compare les individus entre eux comme des nombres – plus petit, plus grand ou égal – sur la base de leur génétique et en faisant fi de tout contexte et de toute histoire. On peut y voir un curieux revers du destin lorsqu’on constate qu’une frange de jeunes Québécois semble trouver satisfaisant de se rouler sans vergogne dans cette nouvelle morale à la mode. Tout se passe comme si, afin d’anesthésier le souvenir des défaites, ils prenaient désormais plaisir à s’injecter l’hallucination d’une posture victorieuse. Il y a peut-être là une nouvelle manière d’oublier. y sjodoin@voir.ca


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DE GAUCHE À DROITE: MÉLODIE DUPLESSIS, MARIE-LAURENCE RANCOURT, NANCY SAUNDERS, LAURENCE DAUPHINAIS ET HANNAH TOOKTOO.


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LE SILENCE DU NORD AALAAPI C’EST UN DOCUMENTAIRE RADIO, MAIS AUSSI UNE PIÈCE PRÉSENTÉE AU CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI. UNE CRÉATION BICÉPHALE QUI FAIT SILENCE DEVANT LE BEAU. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

«On dit qu’on vient d’un pays nordique, mais on ne connaît absolument rien du Nord. On vit dans à peu près 2% de la superficie du pays. C’est facile de dire qu’on “explore la nordicité de notre pays”, mais en général, les gens ont bien plus le goût d’aller au chaud à Cuba que d’aller dans le Nord...» Une envie de faire se rencontrer théâtre et radio et une fascination commune pour le Nord: c’est ce qui a mené la metteure en scène Laurence Dauphinais et la réalisatrice radio Marie-Laurence Rancourt à se lancer dans Aalaapi. Voulant éviter d’imposer leur vision ou leurs fantasmes du Nord, elles ont donné la parole à celles qui y vivent et qui y sont intimement liées. «La radio nous a permis de nous effacer. Il y avait aussi cette affinité entre la radio et le Nord, où elle est très importante dans la communauté. C’est comme une rencontre idéale», confie Marie-Laurence. Les initiatrices du projet ont commencé à travailler autour de la radio avec cinq jeunes Inuites. Le projet s’est étendu sur huit mois, le temps de faire quelques rencontres et séjours ensemble. Le temps aussi de faire naître un rapport de confiance entre ces femmes, avec leur gêne et leur humilité, et d’être capables d’inventer quelque chose ensemble. Le titre du projet, elles le trouvent d’ailleurs en groupe. Aalaapi, ça veut dire que c’est beau à l’oreille; c’est faire silence pour quelque chose de beau. «La notion de silence est centrale. Dans le titre, mais aussi dans le documentaire, car il y a beaucoup de moments contemplatifs, explique Marie-Laurence. Souvent, on pense que la radio est un dispositif pour parler, mais pour moi, tu sais faire de la radio quand tu sais écouter. Il y a des moments où il faut savoir se taire et se laisser guider.»

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FORTE DE SON SUCCÈS EN ÉCOSSE EN 2018, PREMIÈRE NEIGE / FIRST SNOW SERA PRÉSENTÉE À MONTRÉAL DU

26 FÉVRIER AU 23 MARS 2019 AU THÉÂTRE DE QUAT’SOUS TEXTE /DAVEY ANDERSON, PHILIPPE DUCROS ET LINDA MCLEAN MISE EN SCÈNE /PATRICE DUBOIS QUATSOUS.COM 514 845-7277


11 SCÈNE VOIR MTL

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CE QUI SE PASSE SUR SCÈNE EST AU DIAPASON, MAIS PAS FORCÉMENT EN RÉPONSE DIRECTE AVEC LE DOCUMENTAIRE. ON VEUT TRACER UN PORTRAIT UN PEU PARALLÈLE, QUI COMPLÈTE NOTRE ÉCOUTE ET NOTRE COMPRÉHENSION…» La réalisatrice a écouté ce que les Inuites avaient envie de dire, les suivant où elles avaient envie d’aller, en sortant d’une posture de professionnelle qui veut obtenir certaines informations précises. Aaalaapi, qu’on peut écouter sur le fil Les Vivants – Magnéto, n’est pas un documentaire informatif ni un portrait du Nord, mais un portrait de ces femmes et de ce qu’elles ont mis en commun. «C’est un contenu plus personnel, souligne Mélodie Duplessis, l’une des participantes. Juste assez pour apprendre qui on est en tant qu’Inuites contemporaines, et en tant que femmes aussi. Les gens vont apprendre des choses. J’aime que le projet ne porte pas juste sur les problèmes des Inuits, dont on parle tout le temps; on est des étudiantes éduquées, et on peut parler d’autre chose que la violence, l’alcool, etc.» Le territoire par le son Laurence, elle, a travaillé à amener le son sur scène. Aalaapi a été pensé comme un projet radio-théâtre: «Le théâtre documentaire, c’est une chose, mais là on part d’un docu sonore complet en soi. Ce qui se passe sur scène est au diapason, mais pas forcément en réponse directe avec le documentaire. On veut tracer un portrait un peu parallèle, qui complète notre écoute et notre compréhension…» Sur scène, on regarde vivre deux amies dans leur maison du Nord. Les personnages sont incarnés par Nancy Saunders et Hannah Tooktoo, deux Inuites qui jouent un peu leurs propres rôles; la pièce est écrite, mais les comédiennes ont beaucoup de liberté sur scène. «Les filles apportent leur créativité, leur présence, leur singularité à l’expérience, souligne Laurence. Elles ont fait plein de propositions inspirées de leur expérience du Nord.» Les comédiennes cuisinent par exemple sur scène, pour avoir le parfum de la banique. «Il y a une odeur particulière quand tu vas dans ta famille, raconte Nancy. C’est des bouts de souvenirs de quand je vivais à Kuujjuaq, de ma famille, des petits détails qu’on apporte et qui reflètent la réalité.»

La pièce s’appuie sur le documentaire, mais de l’environnement sonore est parfois ajouté. Les initiatrices d’Aalaapi sont dans le territoire, et elles rendent ça en optant pour un son véridique plutôt que par un faux glacier sur scène, touchant ainsi à quelque chose de plus juste et évocateur. C’est cette vision qui a convaincu Nancy d’intégrer le collectif: «Je voyais qu’il n’y avait pas de fausses perceptions. Ça va contre l’idéalisation du Nord, ça montre le vrai quotidien là-bas.» «On installe un rythme de vie, celui du Nord, ajoute Laurence. Pour nous, c’était une expérience à vivre. On voulait que les spectateurs changent complètement leur rythme intérieur et soient mis dans une posture d’écoute, qui les amène à se sentir différents à la fin de la pièce. Le fait qu’on regarde ces filles vivre, lentement, ça aide à rentrer dans leur univers. On n’est pas des conquérants qui vont au Nord en mission», conclut la metteure en scène, qui se veut dans l’antisensationnalisme. Elle et sa collègue n’avaient pas non plus envie de tomber dans la représentation culturelle typique à laquelle les gens s’attendent; elles ont cherché une spontanéité dans les rapports, attendant de voir ce qui allait surgir naturellement. Comme ces chants de gorge qui se sont incorporés à la pièce: «Nancy et Hannah font du chant de gorge spontanément quand elles sont ensemble, s’enthousiasme Laurence. Aujourd’hui, on est au Conseil des arts de Montréal, et il y a un bel écho dans l’escalier; à un moment, elles se sont mises à chanter...» Bref, Aalaapi semble avoir réussi son objectif, celui de peindre une réalité à travers l’humain au quotidien, loin de l’idée d’«un Blanc au Nord». «Quand j’écoute le documentaire, je me dis que c’est le début d’une relation, pas l’aboutissement, conclut Marie-Laurence. C’est la métaphore du rapport entre les Autochtones et les allochtones: Aalaapi, c’est le début de quelque chose de nouveau.» y Aalaapi Au Centre du Théâtre d’Aujourd’hui Jusqu’au 16 février

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LA BEAUTÉ DU DÉSASTRE CE SPECTACLE ÉTAIT DESTINÉ À MOURIR, ET POURTANT SON CRÉATEUR EN A DÉCIDÉ AUTREMENT. PREMIÈRE CRÉATION EN CARRIÈRE DE CAMILLE BOITEL, L’HOMME DE HUS EST POUR LUI LA MISE À NU DE LA PREMIÈRE FOIS, «UNE TENTATIVE DE SUICIDE» DANS LAQUELLE IL A TOUT MIS DE LUI-MÊME. PRESQUE 20 ANS PLUS TARD, IL LA REPREND ET NOUS LA PRÉSENTE DE CE CÔTÉ-CI DE L’ATLANTIQUE. MOTS | ROSE CARINE HENRIQUEZ

PHOTO | OLIVIER CHAMBRIAL

Les premières créations sont dotées d’une honnêteté franche, sans concessions, peut-être parce qu’on ne sait jamais si elles vont survivre au temps. L’homme de Hus et son petit traité autour de la fragilité et de la catastrophe ont bien survécu. Une histoire, entre le cirque et le théâtre, construite sous la forme de neuf chapitres qui se racontent toujours autrement. «C’est l’un de ces spectacles qui n’a pas vraiment d’histoire. Il y avait un corps, des objets, des échanges de sensations. Il y avait aussi ce rituel quand on est ensemble dans une salle et qu’il y a des décharges électriques de tout le monde qui a un sursaut ou qui rit en même temps.» Camille Boitel est le créateur du spectacle, mais aussi le seul interprète. Il livre une pièce tragique qui intègre dans son procédé de narration tous les styles comiques pour donner lieu à un étrange combat – jusqu’au sang – entre un homme et ses tréteaux de bois. Une situation désespérée dans laquelle l’artiste pointe une certaine beauté. «Je trouve ça très touchant les gens qui sont victimes de ce qui leur arrive et qui n’ont pas le contrôle des choses, plutôt que ceux qui sont forts, qui montrent leur force et qui soumettent la matière.» Expérience collective Mais il existe un sentiment de risque sous-jacent dans la relation entre le personnage sur scène – souvent fragile – et les spectateurs. Une relation primordiale et vibrante. «J’aime beaucoup me sentir connecté aux ventres des spectateurs, c’est-à-dire que j’aime qu’ils se sentent dans le même déséquilibre que moi. Ça détermine beaucoup l’écriture.» Sans cette relation, il n’y aurait pas ce ballet émotionnel qui caractérise L’homme de Hus. Dans cette multitude d’histoires, le rire

côtoie aussi les larmes. Camille Boitel est réticent à décrire le spectacle, ou plutôt à l’enfermer dans une définition toute faite. «Je pourrais vous dire des choses précises, mais le problème c’est quand je commence à raconter, je me dis: “Mince, ça ferme le regard.”» Un spectacle avant-gardiste Avec ce retour aux sources, Boitel déterre quelque chose qui, dans les faits, a très peu changé sur le plan de la forme et du contenu. Les regards ont évolué, avance l’artiste, sans doute parce que L’homme de Hus échappait aux catégories de son époque. «Un spectacle comme ça correspond plus à une esthétique de la catastrophe, du déséquilibre, de la

chute, qui aujourd’hui est très répandue dans le cirque contemporain, mais qui à l’époque n’existait pas du tout. Je pense que ce n’est pas le même choc.» Aujourd’hui, Camille Boitel voit en cette création son rêve de spectateur. «C’est l’une des plus belles partitions que j’ai vécues en tant qu’interprète. Je passe par neuf situations complètement différentes. Ça donne l’impression de passer par toutes les facettes de soi-même en tant qu’acteur de l’instant.» y Au Théâtre La Chapelle Du 11 au 16 février


_ SCÈNE EN BREF Xenos

Le songe d’une nuit d’été

Fanny et Alexandre

La célèbre comédie de William Shakespeare prend ici un sacré coup de jeune, alors que la compagnie circassienne de Québec Flip FabriQue vient ajouter ses acrobaties et son rythme effréné au jeu théâtral du Théâtre du Trident. On retrouve les personnages shakespeariens Puck et ses philtres d’amour, la reine des fées, le roi jaloux et la troupe de théâtre, le tout dans un joli cadre de forêt enchantée. Une dizaine d’interprètes hauts en couleur s’agitent dans cette belle collaboration multidisciplinaire et festive mise en scène par Olivier Normand, qui injecte une dose d’audace et de folie à un classique du répertoire qu’on ne se lasse pas de revoir. Jusqu’au 10 février à La Tohu. (M. Pâris)

Fanny et Alexandre est un film sur le théâtre, et le duo Sophie Cadieux/Félix-Antoine Boutin en fait une pièce de théâtre sur le film. On plonge dans l’univers d’Ingmar Bergman, dans un petit village suédois du début du 20e siècle. La famille Ekdahl dirige un théâtre où réalité et fiction s’entremêlent dans le quotidien. Neuf comédiens (dont Luc Bourgeois, Rosalie Daoust, Renaud Lacelle-Bourdon, Steve Laplante et Gabriel Szabo) donnent vie sur les planches à cette œuvre phare de Bergman, incarné ici dans le jeune Alexandre qui, avec sa petite sœur, observe les adultes et leurs relations. Et on voit déjà poindre chez Alexandre le grand cinéaste et son regard artistique. Jusqu’au 23 février au Théâtre Denise-Pelletier. (M. Pâris)

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Nous irons cirer nos canons numériques dans un sweatshop portugais Le texte de Maxime Brillon avait bien passé le test devant public lors de la 16e édition du Jamais Lu en 2017. Un peu moins de deux ans plus tard, voici que le jeune auteur reprend le volant de cette pièce dans laquelle il joue également un rôle aux côtés de Marjorie Gauvin, Marie-Ève Groulx, Karlo Vince Marra, Lise Martin, Louis-Olivier Mauffette et Joakim Robillard. La mise en scène de cette histoire éclatée, légère mais dramatique, a été confiée à Justin Laramée (Éloges de la fuite). La pièce raconte une amitié entre adolescents nonchalants dans une ère hypothétique où YouTube s’effondre, alors que l’un d’eux apprend qu’il est adopté par les voies technologiques. Du 26 février au 16 mars au Théâtre Aux Écuries. (V. Thérien)

Photos / Xenos: Jean-Louis Fernandez; Nous irons cirer...: Jobin Delaquis; Le songe d’une nuit d’été: Stéphane Bourgeois

Le chorégraphe londonien Akram Khan se met en scène dans cette création fougueuse qu’il présente depuis l’an dernier. Le titre signifie «étranger» en grec et évoque la xénophobie grandissante dans le monde. Moins de deux ans après son passage à la TOHU pour son œuvre précédente Until the Lions, l’artiste originaire du Bangladesh nous revient avec un puissant solo de 70 minutes. Il se met cette fois-ci dans la peau d’un soldat de l’Inde coloniale à l’ère de la Première Guerre mondiale, prisonnier des tranchées et de ses rêves brisés. L’important chorégraphe contemporain de 43 ans a annoncé qu’il s’agit de ses dernières performances en tant que danseur dans un spectacle de longue durée. Du 13 au 16 février au Théâtre Maisonneuve. (V. Thérien)


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SALE TEMPS POUR SORTIR

PAR EMILIE DUBREUIL

Vieillir ensemble Ne pleure pas Jeannette alazim boum boum… Quand j’étais petite, avec sa mère et notre amie Marie, nous chantions cette chanson très souvent. En jouant à l’élastique, en jouant au ballon poire, en jouant à la poupée. Et depuis qu’elle est née, je l’appelle donc Jeannette. Quand elle était bébé, je lui chantais cela pour l’endormir lorsque je la gardais pour permettre à sa mère de souffler, de faire des courses, de sortir. Mais Jeannette n’est plus un bébé, elle a l’âge qu’avait ma grande amie, sa mère, lorsque nous nous sommes connues et que nous sommes devenues d’indéfectibles amies, des sœurs. Et Jeannette ne veut plus – booooon – que je l’appelle Jeannette. — Arrêeeeeete Milouuuu! C’est pas ça mon nom boooooonnnn!

longtemps la position de sévérité qui sied à l’adulte responsable. — Jeannette, mange ta soupe! — Non! J’aime pas ça la soupe! — Jeannette, mange ta soupe! — Non! Je ne veux pas manger. Je n’ai pas faim. — Jeannette, maaaange! Jeannette, je ne veux pas me mettre en colère, mange! — Nooooonnnn! — Jeannette… Je m’énerve. Elle s’énerve aussi et crie les poings sur les hanches: «Je ne veux même pas me chicaner avec toi, t’es pas ma mère. J’aime mieux me chicaner avec ma mèèèèèèèrrrrre, ma mèèèèèère à moi.» J’éclate de rire.

Et elle se fâche. Les poings sur les hanches. Elle devient toute rouge. Et ça me fait rire. La colère des enfants me fait rire avant qu’elle ne me fasse perdre patience. Et comme je la garde depuis quelques jours car sa mère est partie prendre une pause de l’hiver, elle se fâche souvent. Elle me fait rire souvent et me fait sortir de mes gonds aussi souvent!

— Très bien alors. Je peux comprendre ça. Moi aussi, tant qu’à me chicaner, j’aime bien me chicaner avec ma mère. C’est un classique, Jeannette. Se pogner avec sa mère fait partie de la vie d’une femme, c’est assez standard.

Mais ça ne dure jamais longtemps, parce que j’ai beaucoup de difficulté à adopter très

— Va te chercher un yogourt. Je vais terminer ta soupe.

Elle me regarde, perplexe, ses yeux verts coiffés de sourcils en accent circonflexe.

Alors que je lis tranquillement dans le salon et qu’elle est censée faire la même chose dans sa chambre, je l’entends soudainement pleurer. Jeannette est à cet âge où elle peut d’une minute à l’autre alterner entre la préadolescence et la petite enfance. — Qu’est-ce que tu as ma Jeannette? — Je m’ennuie de ma maman. Pourquoi est-elle partie au Mexique? — Parce qu’il fait beau et chaud au Mexique, ma chérie, et que ta mère avait besoin de se reposer, toute seule avec ton papa. — Oui, mais mouâââ, je ne veux pas qu’elle se repose sans mouâ, qu’elle prenne des vacances sans mouâ. Elle a pas le droit de partir sans mouâ!!!!!! — Essaie de te réjouir du fait que ta mère soit bien, essaie de ne pas ramener ça à toi tout le temps… Elle me regarde attentive. Elle se calme. Réfléchit sans doute au difficile et complexe concept de l’altruisme. Et puis elle se lève en trombe, fonce dans la chambre de ses parents, sort le chandail de sa mère et enfouit son nez dedans.

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15 — Ce soir, je vais dormir avec son parfum alors…

— Je ne peux pas répondre à ça, Jeannette. Pose-moi une autre question.

Du salon, je les entends se raconter des histoires, rigoler. Et je souris.

Je ris. Elle rit avec moi. Sa mère était aussi fantasque à son âge. Elle aimait les grandes émotions, les déguisements, le théâtre.

Je lui souris, pour alléger l’atmosphère, je tente même un petit rire, mais il doit sonner faux.

Elle se couche avec le chandail et pointe une photo sur le mur.

— Pourquoi on est sur la Terre? D’où les humains arrivent-ils?

— C’est ma grand-mère! — Je sais Jeannette, je l’ai bien connue ta grand-mère… Tante Marie et moi, à ton âge, on allait jouer à la poupée chez ta grand-mère.

Les questions des enfants ne sont pas toujours drôles. Celles de Jeannette me laissent souvent pantoise. Je tente de lui expliquer.

Jeannette, je te souhaite de garder tes amis d’enfance, car c’est un privilège dans la vie que de vieillir avec nos amies, mémoires vivantes de nos parcours partagés, de nos poupées à nos premières amours, à nos grandes joies et à nos deuils. C’est comme une famille que l’on a choisie à un âge tendre.

Elle écarquille les yeux. Difficile à imaginer, sans doute, que Marie, sa mère et moi, nous avons été petites, des enfants occupées à jouer à la poupée. — Elle est au ciel, maintenant. Elle me manque beaucoup. — Je sais Jeannette, je sais. — Pourquoi les gens meurent, tante Milou? Elle n’attend pas ma réponse, elle doit savoir qu’il n’y a pas de réponse à cette question-là.

Heureusement, Chloé la voisine, et surtout sa meilleure amie, vient de sonner à la porte; elle vient dormir à la maison. Les deux petites s’installent dans la chambre encombrée de pouliches aux crinières arcen-ciel. Je les observe dans le cadre de la porte.

Jeannette, je ne sais pas trop pourquoi les humains sont sur la Terre, mais je sais que ça, les vieilles amies à qui tu n’as pas besoin d’expliquer grand-chose car elles savent, ça aide à vivre. — Bon, c’est l’heure de te coucher maintenant. — Noooooonnnnnn. y

— Tu peux retourner lire, tante Milou, et ferme la porte derrière toi. Le message est clair. Elle veut être seule avec Chloé.

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16 MUSIQUE VOIR MTL

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DOMINIQUE FILS-AIMÉ BELLE SIMPLICITÉ AVEC SA VOIX COMME SEULE ARME, DOMINIQUE FILS-AIMÉ ÉVOQUE L’IMPACT SOCIAL ET HISTORIQUE DU JAZZ SUR STAY TUNED!, UN DEUXIÈME ALBUM À LA FACTURE DÉPOUILLÉE, FONCIÈREMENT TONIFIANTE. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

PHOTO | KELLY JACOB (CONSULAT)

Les premières notes de l’opus sont d’une simplicité désarmante. Intitulée Good Feeling, l’entrée en matière fait référence à Nina Simone, l’une des influences les plus évidentes de l’auteure-compositrice-interprète montréalaise. Mais les comparaisons s’arrêtent là pour la principale intéressée, qui se défend d’entretenir une quelconque nostalgie pour les décennies charnières du jazz américain. «Dans ma tête, la musique n’a pas d’âge. C’est juste les véhicules de diffusion et les modes qui changent. L’émotion, elle, reste la même. Les humains parlent des mêmes choses depuis la nuit des temps.» Le minimalisme de Stay Tuned! nous saisit dès la première écoute. Puissante, la voix de Fils-Aimé prend toute la place qui lui revient, laissant bien souvent les instruments au rancart pour se décupler en plusieurs pistes. Dans ses excès comme dans ses silences, la chanteuse atteint sa cible. «Avec tous les moyens qu’on a à notre portée pour enrober les chansons, il est bien de se rappeler toute la beauté qu’il y a dans la simplicité. Des fois, je fausse et j’aime ça, car c’est beau de faire des erreurs. Ça témoigne d’un apprentissage, d’une vulnérabilité.» Alors que Nameless, son premier album paru l’an dernier, explorait les racines du blues, ce deuxième volet de trois s’intéresse au jazz, non pas uniquement comme mouvement artistique, mais aussi comme vecteur d’ascension sociale pour la communauté afro-américaine. «Le blues, c’était la solitude, la musique créée

par les esclaves. Et là, le jazz, c’est la révolution, l’unification des communautés, la scène qui bouillonne. C’est la découverte de nouvelles formes de libération. Le développement de la scène jazz underground a été très important dans l’histoire des Noirs.» C’est d’ailleurs dans un cadre de création totalement libre que Dominique Fils-Aimé a pu imaginer cette trilogie, qui se conclura l’an prochain avec un album au croisement du soul, du funk et du disco, trois genres qui évoquent la célébration après la lutte pour la liberté. «Le label [Ensoul Records] m’a donné une subvention et m’a dit de penser à ce que je voulais faire. Je me suis donc permis de rêver avec un projet de trois albums. Surtout, je voulais proposer un objet final cohérent qui a le pouvoir de perdurer. C’est une manière de réagir au côté éphémère de la musique, à cette époque où tout va trop vite. On veut remercier les gens qui prennent le temps d’écouter, en leur imposant une œuvre complète.» L’expérience inverse, l’artiste l’a déjà vécue à La Voix en 2015. Au lieu de faire comme beaucoup d’autres participants de la populaire émission de téléréalité, elle a choisi de prendre du recul face à ce succès aussi démesuré que temporaire. «Je voulais disparaître pour me recréer complètement. Certains veulent capitaliser tout de suite sur leur image, mais après, il se passe quoi exactement? Moi, je préfère prendre mon temps, car de toute façon, la vie est longue.»

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Emilie Kahn, [la] harpiste surdouée très calée en pop ! – Glamour Paris

DISPONIBLE PARTOUT LE 22 FÉVRIER SPECTACLE-LANCEMENT CENTRE PHI 7 MARS – 19H

L’événement musical de l’hiver… et peut-être de l’année. – ICI Musique

emiliekahnmusic.com

JONATHAN COHEN

BERNARD LABADIE

Mercredi 27 février à 20 h Jeudi 28 février à 20 h

Samedi 4 mai à 20 h Dimanche 5 mai à 14 h

Dimanche 3 mars à 19 h 30

Samedi 11 mai à 19 h 30

LA CRÉATION DE HAYDN Salle Raoul-Jobin Palais Montcalm ‒ Maison de la musique

Maison symphonique de Montréal

LA MESSE EN SI MINEUR DE BACH Salle Raoul-Jobin Palais Montcalm ‒ Maison de la musique Maison symphonique de Montréal

© Dario Acosta

© Atwood Photographie

PARTENAIRE DE SAISON À QUÉBEC

PARTENAIRE DE SAISON À MONTRÉAL

VIOLONSDUROY.COM 514 842-2112 | 1 866 842-2112

418 641-6040 | 1 877 641-6040


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«JE VEUX D’ABORD ET AVANT TOUT PROPAGER UN MESSAGE D’ESPOIR ET D’UNITÉ. POUR EN ARRIVER LÀ, JE RAPPELLE CONSTAMMENT AUX GENS LEURS FORCES.» La différence comme force Originaire de Montréal, la chanteuse de 34 ans a mis du temps avant d’entrevoir la musique comme une vocation. Son enfance passée dans le Mile-End a notamment été marquée par la voix de Cesária Évora, chanteuse capverdienne notoire que sa mère écoutait en boucle. À la fin de sa vingtaine, après avoir tergiversé entre les domaines de la photographie, des relations publiques, de la psychologie et du design de mode, elle explore les possibilités du logiciel Garage Band sur son ordinateur portable. À sa portée, la chanteuse autodidacte n’a aucun autre instrument que sa propre voix. «Je voulais vraiment faire de la musique, mais je n’avais pas de connaissances musicales. J’avais juste un logiciel, des écouteurs, un micro et ma voix. Tout ce que je savais faire, c’était chanter, alors peu à peu, j’ai construit mes chansons a cappella, en recréant toutes les pistes que j’avais en tête. Je pensais que c’était une faiblesse, mais finalement, j’ai compris que ma différence était une force.» Sous le pseudonyme Do Mi, elle se produit quelques fois sur scène au sein du duo funk Tough Love Groovy Therapy à partir de 2012, puis dévoile ses premières créations en solo sur SoundCloud. «Et c’est grâce à ça que la recherchiste de La Voix m’a spottée. Dans ma tête, ça allait se rendre nulle part, mes chansons, mais finalement, j’avais une occasion en or qui se présentait à moi. J’aurais facilement pu mettre ça dans une boîte, en prenant La Voix comme une grosse machine méchante. Mais en fait, j’ai réalisé que cette machine-là était humaine et qu’on pouvait réellement toucher des gens grâce à elle.» Quelques mois après son passage remarqué en demi-finale, Dominique Fils-Aimé propose un premier EP, The Red. Intimidée, elle peine quelque peu à s’imposer face aux musiciens qui l’accompagnent. «Je me sentais inadéquate, car je ne parlais pas leur langage. Avec le temps, j’ai compris qu’il n’y avait personne d’autre que moi à blâmer dans cette histoire-là, car je n’ai pas pris le temps qu’il fallait pour parler aux musiciens. Maintenant, je m’assure toujours d’être sur la même vibe qu’eux, de les ramener à l’émotion.»

Plus étoffé que Nameless, Stay Tuned! a bénéficié du bagage musical et technique accru de la chanteuse. À ses côtés, le contre­ bassiste et ingénieur sonore Jacques Roy a repris les rênes de la réalisation. «Il s’est assuré que mes idées étaient bien encadrées. C’est le fun d’être entouré de gens qui te comprennent, te soutiennent. Les musiciens aussi sont merveilleux. Ils ont pris les mélodies que j’ai fredonnées et leur ont donné une belle couleur.» Surtout, elle a voulu que le message de liberté et d’émancipation, inhérent au concept de sa trilogie, soit au cœur du processus d’enregistrement de ce deuxième volet. «Je veux d’abord et avant tout propager un message d’espoir et d’unité. Pour en arriver là, je rappelle constamment aux gens leurs forces. Le jazz est un état d’esprit, une façon de s’approprier la liberté. Il est là, à mon avis, le pouvoir de la musique.» y Stay Tuned! Sortie le 22 février Lancement à L’Astral le 1er mars (dans le cadre de Montréal en lumière)


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SANS ADDITIF AJOUTÉ LOU-ADRIANE CONNAÎT DÉJÀ LA CHALEUR DES PROJECTEURS. APRÈS LA DÉMESURE DE DARLÈNE ET LES SIÈGES TOURNOYANTS DE LA VOIX, VOILÀ QU’ELLE S’Y RÉVÈLE EN SES PROPRES TERMES. SOBRE, TOUT EN DÉLICATESSE, AXÉE VERS L’ESSENTIEL. MOTS | CATHERINE GENEST

PHOTO | JOHN LONDOÑO (CONSULAT)


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> Sa voix est grave et les thèmes qu’elle préconise le sont tout autant. Fraîche comme la rosée qui point au lever du jour, Lou-Adriane Cassidy chante pourtant l’espoir qui s’étiole, la désillusion. Son instrument se prête merveilleusement au drame et à l’intensité. Elle semble tissée de la même étoffe que celle qui l’a mise au monde, celle qui lui a légué son matronyme et son goût pour la musique. La fille de Paule-Andrée est tombée dans la marmite quand elle était petite. «Je suis née là-dedans. J’avais 2 ans et elle m’emmenait à ses shows. Que tu le veuilles ou non, c’est sûr que ça te marque. Moi, c’est rendu indissociable de ma vie. [...] En même temps, j’ai aussi vu les difficultés. Tu vois pas ça comme un espèce de rêve inatteignable du genre “je vais faire de la musique, je vais être une star!”. Mes parents croyaient en ce que je faisais, ils m’ont encouragée, mais ils ne m’ont pas poussée vers ça non plus. Ils sont conscients que c’est pas facile et que c’est pas juste une affaire de talent. C’est une affaire de timing, de chance, de whatever.» Or, en ce moment, ledit timing est proverbialement de son bord. Remarquée par moult auteurscompositeurs à l’occasion de La Voix en 2016, l’interprète s’est ensuite vue offrir une carte de visite en or des mains de Philémon Cimon. La chanson Ça va ça va lui ouvrira finalement les portes de Grosse Boîte. Tout l’monde est malheureux (tam ti delé dilam) Son premier album s’intitule C’est la fin du monde à tous les jours et Lou-Adriane serait ravie de vous l’entendre lire avec un soupçon d’ironie. «C’est pour relativiser un peu, c’est quasiment de l’autodérision. [...] T’sais, c’est la fin du monde à tous les jours, pour tout le monde.» Cette offrande s’inscrit comme en écho aux malchances et aux drames qui accablent presque tous les êtres. Certaines pièces sont signées de sa plume, d’autres non. Peu importe! Lou-Adriane sait s’entourer et elle se plaît à le faire. «Moi, collaborer avec du monde, c’est ma manière préférée de travailler. Pour les textes, la musique, les arrangements... J’aime travailler en équipe, mais j’apprécie avoir le dernier mot pareil! En allant chercher de l’aide, je trouve que l’échange humain est vraiment riche et je trouve ça un peu absurde, mettons, qu’on sous-valorise ça par rapport au fait de tout faire soi-même. La musique, y a aucune notion de mérite là-dedans!» Les amours immatures, par exemple, est né d’une coécriture avec Rebecca Leclerc. La vocaliste et auteure s’est aventurée avec elle sur un chemin à peine déblayé, jetant une lumière crue sur une idylle entre une très jeune femme et un homme

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«COLLABORER AVEC DU MONDE, C’EST MA MANIÈRE PRÉFÉRÉE DE TRAVAILLER (...) MAIS J’APPRÉCIE AVOIR LE DERNIER MOT PAREIL!» mûr. Pour une rare fois, c’est la fille qui raconte. «Au début, je me suis vraiment débattue avec cette toune-là parce que j’avais du mal à la faire mienne. [...] Là, je n’ai plus de misère à la chanter, je ne ressens plus de gêne. Il y a comme de quoi d’amusant, aussi, parce que je suis consciente que ce que je dis n’est pas nécessairement habituel. Ça me donne une force, ce défi-là.» Lou-Adriane se révèle aussi être une étonnante compositrice, tout spécialement avec Respiration, la plage 3, une pièce qui s’avère franchement non conventionnelle sur le plan de la forme. La musicienne oppose un refrain lent, et qui ne revient qu’une fois, à des couplets entraînants. Elle inverse littéralement les codes de la pop. «C’est la première toune qui m’est venue et la première que j’ai mise en forme. [...] J’ai toujours aimé ça, les antirefrains. Un peu inconsciemment, j’ai sûrement voulu reproduire des structures de tounes que j’aimais.» Double vie Lou-Adriane n’en est qu’à son premier album, c’est vrai, mais elle a déjà goûté aux vertiges d’en haut en ajoutant sa voix au retentissant succès d’Hubert Lenoir. Une expérience grisante que bien peu d’artistes auront la chance de vivre. «J’avais fait de la scène avant, mais absolument pas dans ce contexte-là. Vite, j’ai ressenti cette espèce d’ivresse là, cette envie d’incarner la liberté. [...] Je me considère comme extrêmement chanceuse de pouvoir faire mon projet et celui d’Hubert en même temps. Moi, j’ai vraiment de la misère avec le fait de ne devoir être qu’une chose.» y C’est la fin du monde à tous les jours (Grosse Boîte) Sortie le 8 février Le 4 avril à la Sala Rossa

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_ MUSIQUE EN BREF La Renarde Après le célébré spectacle La Renarde, sur les traces de Pauline Julien, d’abord présenté au printemps à Montréal dans le cadre des Francos, les artistes de l’œuvre-hommage reprennent le flambeau pour un album et une tournée au Québec cette année. Sur disque (coréalisé par Martin Léon, sortie le 8 février), les interprètes, dont Isabelle Blais, France Castel, Louise Latraverse et Klô Pelgag, chantent les succès de la grande dame de la chanson québécoise. Ines Talbi signe l’idéation et la mise en scène du spectacle et se réserve l’interprétation de la mythique Mommy. En ce qui a trait au spectacle, qui inclut aussi des textes et des lettres en plus des chansons de Pauline Julien, il amorcera sa tournée à Montréal et à Québec avant de sillonner les routes de la province en février et mars. (V. Thérien)

Photos / Ingrid St-Pierre: Royal Gilbert; La Renarde: Éric Carrière; Karim Ouellet: Maxime Caron

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Les Francouvertes Le concours musical de la relève francophone nous permet de repérer avant tout le monde les talentueux artistes canadiens de demain. Par exemple, moins d’un an après avoir participé à la grande finale de l’édition 2018, la jeune chanteuse Lou-Adriane Cassidy sort son premier album chez Grosse Boîte. La 23e édition, dont les porte-parole sont Karim Ouellet et Saramée, se tiendra du 18 février au 6 mai. Tout d’abord, pendant sept lundis consécutifs, la ronde des préliminaires nous permettra de découvrir les 21 participants, puis ceux qui auront récolté l’appui du jury et du public poursuivront l’aventure en demi-finales et en finale. Le premier soir, au Lion d’Or, Miles Barnes, David Campana, Shotto Guapo et Major et Marie-Gold lanceront le bal sous le signe du rap. (V. Thérien)

Lomepal

Ingrid St-Pierre

Chef de file de la nouvelle vague de rappeurs français, Lomepal (né Antoine Valentinelli) crée un véritable engouement commercial et critique depuis la sortie de Flip en 2016, son premier long-jeu dépeignant l’univers d’un jeune rappeur déjanté et extraverti. Sur sa toute dernière et récente offrande, Jeannine, nommée en l’honneur de sa défunte grand-mère schizophrène, le emcee de 27 ans se montre beaucoup plus vulnérable et introverti, prospectant sans complexe les tourments de la folie, de la solitude et de la santé mentale. Un exutoire musical dans le sens brut du terme, tapissé de rimes vibrantes et de mélodies planantes auxquelles se greffent des collaborateurs de choix tels que JeanJass, Roméo Elvis, Orelsan et Katerine. Le 8 mars au MTelus. (F. Gionet)

Tout récemment, Ingrid St-Pierre dévoilait son nouvel album, Petite plage, réalisé par le très prisé Philippe Brault. À travers ses réflexions et observations humaines et émouvantes, livrées avec toute la douceur qu’on lui connaît, la chanteuse propose neuf nouveaux titres aux énergies variées, mais surtout élégantes et lumineuses, embrassant autant son côté pop que son côté plus classique au piano. Sur Sac banane, pièce la plus étonnante du lot, Ingrid se joint au duo féminin Heartstreets pour une chanson sensuelle à saveur hip-hop. Le ukulélé l’accompagne sur l’entraînante Les épousailles, à propos de l’amour et de l’engagement, et elle évoque son rôle de mère sur la planante La lumineuse (Lettre à mon fils). En spectacle un peu partout au Québec cette année. (V. Thérien)


_  À ÉCOUTER HHHHH CLASSIQUE HHHH EXCELLENT HHH BON HH MOYEN H NUL

SHARON VAN ETTEN REMIND ME TOMORROW

TORO Y MOI OUTER PEACE

(Jag jaguwar) HHH 1/2

(Carpark Records) HHHH

On l’attendait de pied ferme, ce nouveau disque de l’Américaine, qui arrive quatre ans après le si beau Are We There. L’album détonne par sa facture sonore beaucoup moins intimiste que le reste de son registre folk-rock. Sharon Van Etten n’aura jamais été aussi submergée de sons et elle en profite pour s’éclater – sur Seventeen particulièrement. Aux arrangements et à la réalisation, John Congleton n’y est pas allé de main morte pour rendre l’ensemble touffu, surtout des compositions à base de piano et de synthés. Pour les fans de longue date, ça déroute certainement, mais l’essence de Sharon est bien là: cette voix chaude, éraillée, ces mots qui cherchent toujours la vérité et la lumière à travers la communication et l’anecdote. Les moments planants et la ballade Malibu sauvent la donne. (V. Thérien)

Outer Peace est une preuve supplémentaire de l’énorme talent de Chaz Bear, alias Toro y Moi, l’un des défricheurs sonores les plus inventifs de la décennie. Après avoir largement contribué à la popularité du chillwave et flirté avec une multitude de genres dont l’indie pop et le funk, l’auteur-compositeurinterprète se fait plaisir avec Outer Peace, un sixième album qui rompt avec l’ambiance introspective plus mélancolique de son prédé­ cesseur Boo Boo. Récemment revenu chez lui à San Francisco, après un an de retraite presque fermée à Portland, Bear livre un opus résolu­ ment festif, qui évoque avec parcimonie le Daft Punk de la fin des années 1990. Entre pop psychédélique, house, disco et R&B, l’artiste de 32 ans fait preuve de fluidité et de cohérence, alternant entre hits taillés sur mesure pour les pistes de danse (Fading, Freelance) et pièces plus langoureuses et vibrantes (Miss Me, 50-50). (O. Boisvert-Magnen)

JAZZLAB ORCHESTRA QUINTESSENCE (Effendi) HHHH Drôlement bon, ce septième opus en 15 ans du Jazzlab! Entièrement consacré aux compositions du truculent Félix Stüssi, bluesman montréalais d’origine suisse, Quintessence a le grand mérite de nous offrir une musique sophistiquée mais accessible, à la fois contemporaine et intemporelle. Pianiste à temps plein du bien nommé trio Les Malcommodes, l’audacieux Stüssi est connu pour sa virtuosité autant que pour son humour. La pochette réalisée par le photographe Michel Verreault en témoigne largement, car on y voit les huit chercheurs de l’octet déguisés en savants fous avec leurs sarraus blancs. La formation québécoise tout-étoile dirigée par le contrebassiste Alain Bédard met la table avec le désopilant Blüüsli für Gügi, mais évoque dans la pièce suivante le périple dramatique des migrants, sujet d’actualité. À consommer sans modération. (R. Boncy)

QUATUOR MOLINARI JOHN ZORN (ATMA Classique) HHHH Ce disque reprend intégralement le programme du concert donné par le Molinari dans le cadre du «marathon de quatuors» présenté au festival Montréal/ Nouvelles Musiques en 2017, et il calque aussi l’enregistrement, paru chez Tzadik il y a 20 ans, de ce qui était alors l’intégrale des quatuors de Zorn. C’est une mise en contexte, pas un reproche, parce qu’on se réjouit que les œuvres puissent bénéficier d’un nouveau regard, détaché de celui du cercle restreint des interprètes zorniens habituels. Le jeu de massacre de Cat O’Nine Tails gagne des couleurs dans une prise de son impeccable, tandis que Kol Nidre reçoit une interprétation beaucoup plus organique que dans l’enregistrement original. Le Molinari prouve également la pertinence de l’exercice, et sa valeur, dans la suite sado-maso The Dead Man et dans l’introspective Memento Mori. (R. Beaucage)

-MLETTRE INFINIE (Wagram Music) HHH

Deux ans après LAnomali, cet échange culturel si riche avec des musiciens maliens, Matthieu Chedid renfile son costume de Machistador sur cet album pavé de perles disco. On le retrouve aussi théâtral qu’à l’époque, animé de thèmes étonnants pour le genre (Logique est ton écho, Grand petit con) et capable de nous livrer des partitions de guitare trop funky pour la ligue. Des pépites dansantes qui ne tardent pas de s’échouer sur des berges plus calmes, des ballades tendres mais un peu génériques qui le coupent dans son élan. Mention spéciale à Billie, cette choriste qui prête son nom à la plage 13, un sosie vocal de Klô Pelgag (surtout sur Super-chérie) qui s’adonne aussi à être la fille du chanteur. Seize ans après avoir fait office de muse sur Qui de nous deux?, voilà que sa seule présence semble donner une direction à cette offrande curieusement hétéroclite. (C. Genest)


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ROULETTE RUSSE

PAR MICKAËL BERGERON

Bienveillance et frustration Le mot de l’année 2018 selon le Petit Robert est «bienveillance». Un mot choisi par des internautes. Je dois bien admettre que je n’aurais pas pensé à ce mot pour résumer l’année qui vient de se terminer. Sans retranscrire toute la définition du mot, notons «sentiment par lequel on veut du bien à quelqu’un» ou encore «disposition favorable envers autrui». On pourrait aussi parler d’altruisme, de bonté ou d’indulgence. C’est à se demander si les gens ont choisi un mot qui a réellement résumé la dernière année ou si c’était un souhait pour 2019. Un peu partout dans le monde, des partis se font élire avec des politiques discriminatoires ou en surfant sur les frustrations et les peurs. Des gouvernements adoptent des politiques qui vont à l’opposé de la bienveillance, des lois ou des programmes qui ne sont pas «favorables envers autrui». Bien avant les gilets jaunes en France, on a vu plusieurs mouvements s’organiser, comme les Indignés, Occupy Wall Street, le Printemps arabe, Idle No More, Black Lives Matter et même, dans une certaine mesure, le Printemps érable.

À tout ça, j’ajouterais aussi Agressions non dénoncées et MeToo, les débats autour de l’appropriation culturelle et la montée de groupes anti-immigration comme La Meute. Peu importe la lunette avec laquelle on regarde ces manifestations, et même si les revendications ne se rejoignent pas toujours ou sont parfois incompatibles, c’est l’indignation qui les alimente. Une indignation devant le manque de bienveillance des gouvernements et des élites. Il y a une colère, qui est de moins en moins sourde et qui semble toucher presque tous les milieux sociaux et culturels. Cette colère, elle se ressent sur les réseaux sociaux, aussi. Elle se voit dans les folies du Black Friday. Elle se dévoile dans un individualisme qui augmente. On se replie quand on se sent attaqué et on éclate quand on se sent sous pression. Il est vrai qu’il y a aussi une forme de bienveillance qui ressort de cette indignation. Il y a un mouvement qui en appelle à l’ouverture, au respect, à la solidarité, au «vivre-ensemble». Mais la colère se fait encore plus entendre que l’amour.

Je suis bien franchement dans l’équipe de l’amour et de l’altruisme. La violence n’est jamais gratuite. Elle fait toujours mal, elle a toujours des conséquences insoupçonnées, elle frappe souvent des personnes qui n’ont rien à voir avec cette colère, aussi légitime soit-elle. Mais même si je ne mettrai jamais le feu à une voiture, même si je ne péterai jamais une vitrine, même si je ne lancerai jamais de roches sur quelqu’un, je comprends que des gens puissent péter un plomb. Quand personne ne nous écoute, quand l’autorité nous méprise, quand nos peurs sont ridiculisées, l’envie de crier est compréhensible. Ça me rappelle une petite bande dessinée. Une strip de quatre cases. Tout juste cinq phylactères. Simple, mais qui résume si bien cette lourde tendance à individualiser des problèmes sociaux et politiques. Dans la première case, un patron explique que le bonheur des employé.e.s est en tête des valeurs de l’entreprise. «Êtes-vous heureux?», demande le patron. «Non», répond l’employé. Le patron inscrit alors une note à son dossier: «L’employé n’atteint pas ses objectifs.»

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Bien des gens qui ont un pouvoir social, politique ou économique tentent de faire croire que les solutions sont individuelles plutôt que collectives. Tous les impacts des changements climatiques ne pourront être absorbés par des gestes individuels, il faudra une réponse sociale – la majorité des gens ne changeront pas leurs habitudes si cela signifie être à contre-courant de la société. La pauvreté ne disparaîtra jamais avec la charité, mais plutôt par des gestes politiques – le salaire minimum ne permet pas de sortir de la pauvreté, mais on dit aux gens que c’est de leur faute s’ils ont de la misère à payer leurs factures. Le racisme, le sexisme, la grossophobie, le colonialisme, le capacitisme, tout ça repose sur des obstacles sociaux et non sur un manque d’initiatives personnelles. Pour une personne qui passe à travers l’étau, combien restent coincées, malgré leurs efforts?

«IL Y A UNE COLÈRE, QUI EST DE MOINS EN MOINS SOURDE ET QUI SEMBLE TOUCHER PRESQUE TOUS LES MILIEUX SOCIAUX ET CULTURELS.» Je ne me questionne pas tant sur les raisons qui incitent les Français.e.s à bloquer des carrefours giratoires, sur la peur du voile par des gens qui cherchent leur place, la colère des femmes devant la culture du viol

ou le cynisme des personnes en situation de pauvreté, mais plutôt sur la façon dont les gouvernements répondent à ces frustrations et tendent ou non l’oreille. Comment transformer cette colère en bienveillance? Comment puiser dans cette colère pour transformer notre société? La source de ces colères est dans notre façon de vivre, dans nos choix politiques. Les réponses politiques des dernières années sont aussi efficaces que l’étaient les saignées au Moyen-Âge. La première saignée n’a pas marché? On en fait une autre! Les rares fois qu’une personne allait mieux après relevaient bien plus du hasard que du «traitement médical». Toutes ces colères ne sont pas le fruit de crises individuelles. Elles sont les reflets d’une crise sociale. La bienveillance ne résume peut-être pas 2018, mais elle est peut-être l’une des réponses à tout ce qu’on a vu l’année dernière. y


DE GAUCHE À DROITE: ERIC K. BOULIANNE, ÉTIENNE GALLOY ET RÉMI ST-MICHEL


CINÉMA 27 VOIR MTL

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BOMBE À RETARDEMENT CROISEMENT SAUGRENU ENTRE UN FILM CATASTROPHE ET UNE COMÉDIE POUR ADOLESCENTS, AVANT QU’ON EXPLOSE TÉMOIGNE À NOUVEAU DE LA VIVE COMPLICITÉ ENTRE LE SCÉNARISTE ERIC K. BOULIANNE, LE RÉALISATEUR RÉMI ST-MICHEL ET LE JEUNE ACTEUR ÉTIENNE GALLOY. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

Cinq ans séparent ce film de Petit frère, court métrage initial des trois complices qui avait tracé son chemin dans plusieurs festivals à l’international, notamment à la Semaine de la critique de Cannes. C’est d’ailleurs aux abords de la Croisette que les pourparlers entourant la production d’Avant qu’on explose ont commencé. Sur place, le réalisateur et le scénariste ont rencontré Christian Larouche, producteur et président de Christal Films. «Ce qui est drôle, c’est qu’on n’a même pas parlé du film là-bas. Christian nous a dit: “Vous viendrez me pitcher quelque chose à Montréal, mais pour l’instant, on mange pis on boit”, raconte Boulianne. Un mois après, on est allés le voir avec un one pager. Tout ce qu’on avait du scénario ou presque, c’était l’histoire d’un kid qui a peur de la mort et qui veut à tout prix perdre sa virginité avant que la Troisième Guerre mondiale fasse exploser la Terre. Christian nous a fait confiance.» Et ce «kid» était tout désigné pour être joué par Étienne Galloy, jeune acteur au potentiel certain qui avait interprété un «cas à problèmes de 14 ans» dans Petit frère. Un personnage qui a assurément une résonance avec le Pierre-Luc de ce nouveau long métrage, un ado­lescent qui multiplie lui aussi les frasques douteuses, mais avec plus de candeur. «Disons qu’il est moins bum dans ce film-là. Ses choix de vie sont edgy, mais il n’a pas de malice», observe St-Michel. Davantage à prendre comme «une continuité artistique qu’une suite directe» à son prédécesseur, Avant qu’on explose s’inscrit dans la catégorie des films coming-of-age, comédies qui ont comme protagonistes des adolescents en transit vers l’âge adulte. Le scénariste de 33 ans renoue ici avec un genre bien précis qu’il avait aussi exploré dans Prank, autre long métrage mettant en vedette Galloy. «C’est la période sur laquelle j’ai le plus de recul, donc naturellement, j’ai tendance à aller vers ça, explique-t-il. Mais là, c’est la première fois que je raconte vraiment mon adolescence. J’ai moi-même perdu ma virginité très tard, à 19 ans. C’est un stress qui m’a habité durant mon secondaire et mon cégep, à une époque où, d’ailleurs, je me tenais avec Rémi qui, lui, au contraire, pognait beaucoup!» «Ouais, disons que c’est pus la même chose maintenant», blague St-Michel, avant de reprendre l’idée de son collègue. «Il y a vraiment quelque chose de l’fun à explorer dans l’adolescence, car c’est une

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28 période vraiment charnière. Les personnages changent par défaut. Ils apprennent constamment à devenir des adultes, à affirmer qui ils sont.» Sur le point d’entrer dans la vingtaine, Étienne Galloy avait environ l’âge de son personnage lorsqu’il a tourné le film, à la fin de l’été 2017. Sans entretenir la même obsession que Pierre-Luc avec la sexualité, il s’est reconnu dans le scénario. «J’avais une anxiété générale aussi grande que lui, même si j’avais pas cet enjeu-là de virginité. Je savais pas trop ce que je voulais faire et je réfléchissais pas vraiment avant d’agir.» Les dialogues crus et très réalistes d’Eric K. Boulianne l’ont instantanément charmé. «Il réussit à représenter notre langage, notre univers, nos références. À cet âge-là, on sacre, on se saoule, on n’a pas de filtre... On se dit les choses directement, mais c’est pas méchant. C’est la dynamique de groupe qui est comme ça», explique celui qui partage ici l’écran avec d’autres nouveaux visages comme Will Murphy, Madani Tall et Rose-Marie Perreault. «C’était important d’être fidèle à ce que les adolescents vivent, mais en même temps, on voulait s’assurer qu’il y avait une morale derrière ça», ajoute le scénariste, qui voulait éviter de faire un American Pie, même s’il considère la franchise américaine comme une

«L’OBJECTIF DU FILM, C’EST PAS DE DIRE QUE C’EST CRISSEMENT IMPORTANT DE FOURRER.» inspiration. «Fallait pas que ça devienne un sausage fest de niaiseries. L’objectif du film, c’est pas de dire que c’est crissement important de fourrer.» «Ça devait être drôle, mais pas gratuit, poursuit le réalisateur. Les actions que pose Pierre-Luc sont parfois condamnables, mais il veut jamais faire le mal. Il est dans l’inconnu, le déni.» En toile de fond, Avant qu’on explose laisse transparaître la vision fataliste de ses deux créateurs, qui mettent ici leurs protagonistes devant la menace d’un grave conflit géopolitique déclenchée par une attaque sous-marine des États-Unis contre la Corée du Nord. Au milieu du film, une (très) surprenante scène


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> filmée à la Barbade nous rappelle avec beaucoup d’originalité les répercussions des hostilités à l’international. «Je tenais à montrer des gens qui, devant la guerre qui se profile, ont aussi l’urgence d’atteindre leur idéal. En quelque sorte, c’est un miroir de la quête de Pierre-Luc», analyse St-Michel. Amorcé en 2015, le scénario a quelque peu été modifié lors de l’arrivée de Trump à la Maison-Blanche. «Au début, c’est un sous-marin américain qui coulait... Mais avec un président comme lui au pouvoir, on s’est dit que ce serait plutôt les États-Unis qui envenimeraient le conflit en attaquant un sous-marin nord-coréen… Et à un certain moment, on a eu chaud en regardant les journaux. C’était presque la guerre!» s’exclame le réalisateur. «Mais bon, depuis, les tensions entre les deux pays se sont calmées, poursuit Boulianne. On voit davantage le contexte social comme une réalité parallèle. L’idée était de mettre Pierre-Luc au pied du mur pour que toutes ses angoisses s’accentuent.» La fiction a d’ailleurs rejoint la réalité lors des premiers jours de tournage. Malgré de nombreuses répétitions avec le réalisateur, Galloy a été bloqué par un stress difficile à apaiser. «Au deuxième jour, j’ai fait une crise d’anxiété. Le pire, c’est que je savais où je

m’en allais, mais j’avais une angoisse de performance vraiment forte. C’était mon premier gros plateau, il y avait des millions de dollars en jeu, le producteur était sur place… Finalement, Eric est venu me parler, et ça m’a mis en confiance pour la suite.» Plus que satisfait de son expérience de tournage, Galloy a visiblement gagné en confiance grâce à ses deux mentors. Grâce à une subvention de Téléfilm Canada, il prendra bientôt les rênes d’un premier long métrage en carrière, «un coming-of-age encore plus trash», qu’il réalisera aux côtés de son ami Christophe Levac. De leur côté, les deux amis de longue date désirent s’aventurer sur le terrain du thriller pour leur prochaine collaboration. «On s’en va vers quelque chose de vraiment plus dark. On met tranquillement le monde de l’adolescence derrière nous», résume Boulianne. «C’est plate, car au moment où je commence à comprendre et aimer leurs gags, ils s’en vont…» lance Galloy, comme un cri à l’aide. «Sérieux, les gars, restez avec moi!» y En salle le 28 février En ouverture des Rendez-vous Québec Cinéma le 20 février


LES AFFRES DE L’ADOLESCENCE CINQ ANS APRÈS LA SORTIE DE SON BRILLANT COURT MÉTRAGE LA COUPE, PRIMÉ À SUNDANCE, LA CINÉASTE GENEVIÈVE DULUDE-DE CELLES CONCLUT SON CYCLE AUTOUR DES PASSAGES DE L’ENFANCE À L’ADOLESCENCE ET DE L’ADOLESCENCE VERS L’ÂGE ADULTE AVEC UNE COLONIE, PREMIER LONG MÉTRAGE DE FICTION QUI FAIT SUITE AU DOCUMENTAIRE BIENVENUE À F.L. (2015) ET QUI A DÉJÀ GAGNÉ PLUSIEURS PRIX EN FESTIVAL. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN

«Ce sont trois films qui se complètent et qui se sont nourris entre eux. On pourrait penser que c’est MA thématique et que je suis destinée à en parler toute ma vie, mais non!», dit-elle en riant, précisant que son prochain projet sera complètement autre chose. Si ses jeunes sujets au cœur de Bienvenue à F.L. étaient à la veille de sortir de l’école secondaire, la jeune Mylia au centre de ce nouveau film, elle, y fait tout juste son entrée, avec toutes les angoisses que cela

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

implique. Sa timidité est quasi maladive, mais elle cherchera les clés pour s’affranchir des rites de l’adolescence. À la maison, le noyau familial est fragile. Mylia protège sa petite sœur des affres de l’adolescence qui la guettent en la rejetant, mais celle-ci a un bouclier nommé naïveté. La comédienne Irlande Côté apporte de la fraîcheur et beaucoup d’humour au récit. «L’adolescence, c’est compréhensible parce qu’on passe tous par là. Moi, je suis en plein là-dedans, donc j’ai bien saisi le propos du

film et le personnage», dit Émilie Bierre, qui incarne Mylia. Presque 10 ans après ses débuts, la jeune comédienne tient ici son premier grand rôle au cinéma. Et elle a fait toute une première impression à son audition, ayant ému aux larmes la cinéaste et ses productrices. «Émilie a souffert d’intimidation lorsqu’elle était plus jeune et est devenue porte-parole de la Fondation Jasmin-Roy, indique Geneviève. Elle comprenait donc très bien les assises du personnage. Dans ma tête,


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> c’est une petite fille un peu écorchée qui a eu de la difficulté au primaire et qui entre dans un nouvel environnement au secondaire. Le personnage porte ce bagage-là, ce traumatisme d’être en relation avec les autres, de se faire de nouvelles amitiés.» La rencontre de l’autre... et de soi En décrivant Mylia, Émilie Bierre note que ses plus grandes forces sont d’accepter sa fragilité à travers les épreuves et d’être sensible à l’autre. Cet «autre» est ici représenté par le personnage de Jimmy, un camarade de classe qui vit dans la réserve abénaquise voisine. La méfiance initiale fera place à l’attirance. «Elle rencontre un nombre de personnes et elle se demande à qui s’associer, dit la réalisatrice. À cet âge-là, c’est un questionnement important parce que ça définit ton identité. L’idée derrière Jimmy (Jacob Whiteduck-Lavoie), qui est une force tranquille, c’était de mettre en scène l’autre avec un grand A. Quand j’étais jeune, y avait un garçon autochtone à mon école dans la région de Sorel-Tracy et

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ça m’a toujours intriguée. Dans ces milieux, c’est très blanc et francophone. Parfois, on ne se trouve pas dans ses propres racines ou chez nos pairs, mais dans la différence.»

non plus. Les gens du coin ne se sentaient pas mal représentés par le scénario parce que c’est quand même un film qui crée un pont entre les deux cultures.»

Le premier regard de Mylia sur les Autochtones n’est donc pas sans rappeler celui de la cinéaste qui a grandi tout près d’Odanak. Plus tard, à l’âge adulte, Geneviève Dulude-De Celles a travaillé dans une réserve pendant un mois pour Wapikoni mobile et cette expérience lui a permis de développer un nouvel attachement pour les communautés autochtones. «J’ai réalisé tous les biais et préjugés que j’avais quand j’étais enfant et qui étaient nourris par une méconnaissance générale de la culture autochtone. C’est d’abord ça que j’ai voulu mettre en scène. Après, c’est un sujet parfois délicat et j’ai eu des questionnements à savoir si j’allais nommer la communauté. J’ai fait lire le scénario à une amie d’amie qui vient d’Odanak. Elle me disait avoir l’impression de redécouvrir Odanak à travers les yeux d’une voisine, que c’était bien parce que ce n’était pas sa réalité, mais que ce n’était pas faux

À l’image de son personnage central, Une colonie est un film de cœur, sensible et émouvant. Poétique aussi, à certains égards, mais la réalisatrice croit avec raison que son long métrage n’est pas pour autant pointu. À travers un sujet universel, elle tend la main intelligemment au spectateur, véhiculant des idées sur notre vie en société par le biais d’allégories. L’image de l’affranchissement personnel est celle de sortir du cadre imposé dans un cahier à colorier. Et preuve que cette idée est marquante, Émilie Bierre s’est fait tatouer un X à l’extérieur d’un petit cercle sur le bras. «C’est devenu très représentatif pour moi, dit-elle avec un grand sourire. Du moment où tu décides d’accepter qui tu es, ce que tu veux être et d’être bien là-dedans, tu peux découvrir les plus belles choses sur toi-même.» y En salle le 1er février


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_ CINÉMA EN BREF Avec un sourire, la révolution! Le documentariste Alexandre Chartrand nous plonge en plein cœur du référendum d’autodétermination du peuple catalan – déclaré illégal par l’Espagne – qui a secoué le pays en 2017. Le film suit de près l’évolution de cette révolution, à travers les rassemblements et les manifestations précédant la tenue du référendum, et l’un des acteurs principaux du mouvement, le député Carles Puigdemont, en plus de Lluís Llach, chanteur engagé et exilé pendant la dictature de Francisco Franco. Au final, le documentaire s’avère fort émouvant de par la volonté du peuple catalan de rester pacifiste malgré les affronts des politiciens ou des forces policières. Et ça nous ramène évidemment à notre propre révolution – à plus petite échelle, bien sûr –, lorsque les Québécois s’étaient approprié la rue en 2012. À l’affiche le 1er février. (V. Thérien) 

Les Rendez-vous Québec Cinéma

20-22 Omega L’artiste multidisciplinaire Thierry Loa nous convie à un vrai travail de moine avec son premier long métrage, une œuvre expérimentale faisant écho au cinéma d’avantgarde, «une symphonie à propos de l’anthropocène» ayant remporté en novembre dernier le Prix des étudiants aux Rencontres internationales du documentaire de Montréal. Le film a été tourné pendant 5 ans dans 100 lieux différents sur pellicule noir et blanc. 20-22 Omega, suite logique du moyen métrage 20-22 Alpha (2015), est un portrait de notre époque où l’humain côtoie les machines et la technologie. Le documentaire est présenté sans dialogues, mais la musique, composée d’orgue d’église, de morceaux de chorale et de chant de gorge inuit, crée un dialogue avec les images. Le cinéaste nous convie à une grande expérience créative. En salle dès le 8 février. (V. Thérien)

Répertoire des villes disparues Denis Côté présente son 11e film, librement inspiré du roman éponyme de Laurence Olivier. À la suite d’un «accident» de voiture, un petit village du Québec est en deuil. La digne mairesse (Diane Lavallée) tente de garder le cap, malgré l’apparition progressive et inquiétante de «revenants» qui se tiennent debout en silence, contemplant les vivants. Cette part surnaturelle et ce soupçon d’inexpliqué étaient également présents dans deux œuvres récentes du cinéaste, Vic+Flo ont vu un ours et Boris sans Béatrice. Dans ce film hivernal, terne et gris, Côté travaille le son avec minutie et le grain de l’image ajoute un côté nostalgique – ou encore archivistique – pertinent. Sa recherche formelle est évidente, et même si le sujet est a priori inquiétant, une part d’humour est tout de même présente. En somme, dans ce film où eux et nous s’affrontent, une question s’imposera: partir ou rester? À l’affiche le 15 février. (M. Labrecque)

Photos / Avec un sourire, la révolution: Benjamin Hogue; Répertoire des villes disparues: Lou Scamble

Après avoir accueilli le plus récent film du grand Bernard Émond l’an dernier, les RVQC s’ouvrent cette année avec un film grand public, Avant qu’on explose, dont on vous parle dans les pages cinéma de l’édition que vous avez entre les mains. Le comédien bien connu Patrick Huard se fait chevalier (porteparole) du festival qui célèbre le cinéma d’ici pour une deuxième année de suite. La programmation complète des RVQC sera dévoilée en février, mais on peut s’attendre à quelques premières de films, des événements spéciaux, des hommages et des bons partys. Et bien sûr, l’un des grands bonheurs des RVQC, c’est de faire le plein de films québécois (courts ou longs métrages) qui se sont démarqués dans la dernière année. Du 20 février au 2 mars. (V. Thérien)


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PROTÉGER LES VINS DU QUÉBEC L’INDICATION GÉOGRAPHIQUE PROTÉGÉE (IGP) VIN DU QUÉBEC A ÉTÉ ENTÉRINÉE À L’AUTOMNE. UN PAS DE PLUS VERS LA PROTECTION ET LA MISE EN AVANT DU TERROIR POUR CERTAINS; UNE FAÇON DE METTRE LES VINS DANS DES CASES, SELON D’AUTRES... MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU

«Je suis extrêmement heureux. C’est quelque chose de très noble que le gouver­nement entérine.» La satisfaction d’Yvan Quirion est palpable alors qu’il parle de l’IGP Vin du Québec. Le Conseil des vins du Québec (CVQ), qu’il préside, planchait sur le dossier depuis trois ans. Son avance­ment avait notamment été ralenti par les changements de gouvernements, mais le dernier aura finalement été le bon. «C’est le premier dossier que le ministre Lamontagne a signé à son arrivée au MAPAQ!» s’exclame Yvan. Si une certification Vin du Québec existe depuis plusieurs années, cette IGP souligne désormais la reconnaissance officielle des gouvernements provincial et fédéral. «Comme c’est une loi, l’IGP sera inscrite dans les accords internationaux dont le Canada fait partie», explique le président du CVQ. L’appellation a été construite sur le modèle de celui de l’Ontario et sur l’IGP française Pays d’Oc. «Mais on veut rester très québécois», assure Yvan, qui possède le Domaine Saint-Jacques, en Montérégie. Cette IGP assure notamment au consommateur que les vins sont faits à 100% de raisins cultivés au Québec. Il arrive en effet que certains vignerons complètent leur récolte avec des fruits achetés ailleurs, «mais il y en a très peu, nuance Yvan. Et quand ça arrive, c’est surtout en mode survivance, à la suite de pertes». Va-t-on voir les prix des vins labellisés augmenter? «Pas du tout, affirme le président du CVQ. C’est l’offre et la demande qui vont jouer sur le prix, pas l’appellation.» Pour obtenir l’IGP, les vins doivent respecter un cahier des charges – la grille d’évaluation est pour le moment la même que pour la certification Vin du Québec. S’en vient ensuite une dégustation des vins candidats par un comité d’agrément. «La qualité des vins québécois s’est énormément améliorée ces cinq dernières années, indique Yvan. Cette qualité, c’est pas une option, c’est un choix. On est dans une démarche d’amélioration continue.»

Les vins nature, bande à part Sur la centaine de vignobles québécois produisant des vins destinés à la vente, 42 ont demandé le dossier de candidature pour l’IGP. Parmi eux, le domaine Les Pervenches, dans les Cantons-de-l’Est. Mais si la première étape – l’évaluation de la récolte – a déjà eu lieu, le vignoble hésite à aller plus loin dans le processus. Le premier obstacle: l’argent. «On est déjà certifiés biologique et biodynamique, et c’est plus important pour nous d’avoir ces certifications-là que l’IGP Vin du Québec, explique la vigneronne Véronique Hupin. Trois labels, ça fait beaucoup d’argent et de bureaucratie. C’est lourd pour une petite entreprise.» Le vignoble débourse déjà plusieurs milliers de dollars par an pour ses certifications, et l’IGP coûterait 1000$ en plus – même si le CVQ promet à ses cotisants un remboursement partiel. L’autre raison? «Comme nos vins sont très nature, je ne suis pas sûre qu’ils passeraient le comité d’agrément, confie Véronique. Mais on n’est pas préoccupés par le fait de ne pas accéder à l’IGP. Les vins nature, on a toujours été un peu une bande à part…» Même son de cloche chez Frédéric Simon, du domaine Pinard & Filles: «Il y a des frais de dossier, il faut envoyer des échantillons pour l’analyse… Je ne vois pas l’utilité de m’ajouter de la bureaucratie pour qu’un comité essaie de comprendre mes vins et de les rentrer dans une case.» Parlant de leur vignoble en Estrie, sa femme s’est vu dire par une personne «proche de l’IGP»: «Vous êtes près de Magog? C’est un terroir de bulles, vous devriez faire des bulles.» Bref, Frédéric n’a aucune intention de demander l’IGP. «Ce que j’ai toujours aimé au Québec, c’est qu’on fait ce qu’on veut. Je veux garder cette liberté de faire mes vins comme je veux, de m’amuser, et pas de devoir planter du frontenac parce que c’est comme ça qu’il faut faire

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De la pensée magique

ça devrait nous aider pour payer les taxes foncières et la réglementation, plutôt que pour la promotion. Si le vin est bon, il va se vendre. Les gens semblent penser qu’avec l’IGP, le marché mondial va s’ouvrir. C’est de la pensée magique. Un client à New York, qu’on ait ou pas une appellation, il s’en fout; il veut surtout du vin qui lui parle. C’est pas trois lettres sur la bouteille qui vont aider à vendre plus…»

Aux Pervenches, les vignerons doivent encore décider s’ils poursuivent ou non le processus pour obtenir l’IGP. Ils n’écartent pas la possibilité de filtrer une de leurs cuvées pour qu’elle passe au comité d’agrément. «Par solidarité au mouvement. On n’est tellement pas nombreux, il faut se soutenir…» Cette appellation, ils sont complètement pour. Une excellente initiative pour aller chercher plus de notoriété pour les vins du Québec et pour que les consommateurs sachent ce qu’ils boivent, pense Véronique: «C’est le fun, on veut expliquer aux gens qu’on a des terroirs ici, qui s’expriment de différentes façons.»

Une IGP qui ne changera rien non plus à la traçabilité du raisin, pense Frédéric, car celui qui veut tricher pourra toujours le faire – «la traçabilité, c’est la confiance que t’as dans le vigneron». Pinard & Filles travaille en bio, mais n’a pas la certification non plus: «C’est un lobby. Tout ça, c’est de la politique pour moi. Mais si l’IGP aide 30% des vignerons, tant mieux. Tout ce que je souhaite, c’est que ceux qui font du bon vin arrivent à en vivre.» Quant à la certification Vin du Québec, elle devrait être amenée à disparaître; au CVQ, on espère un millésime 2019 100% IGP. En attendant, le Conseil travaille déjà sur de futurs labels pour les sous-régions du Québec, comme en France. y

dans ma région. J’ai peur qu’éventuellement des bureaucrates décident à notre place ce qu’on doit faire. Ça va aller vers des encépagements. On regarde et on jalouse le système européen, mais on n’a pas besoin de le copier! Au Québec, y a pas deux vignobles pareils. Pourquoi vouloir tout définir, coller des étiquettes?»

Des fonds gouvernementaux vont d’ailleurs être alloués au CVQ pour faire la promotion des vins de l’IGP. Frédéric, dont les bouteilles Pinard & Filles s’écoulent chaque année en un claquement de doigts, a bien conscience de ne pas représenter le cas de la plupart des vignobles québécois, mais il ne pense pas pour autant que les vignerons aient besoin en priorité de pub. «Les fonds,

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PORTRAIT DE CHEF MATTHIEU GRALEPOIS CE CHEF FRANÇAIS A QUITTÉ MONTRÉAL POUR LA QUIÉTUDE DE VAL-DAVID, OÙ IL OFFICIE À LA CUISINE DU BARIL ROULANT. ET SANS REGRETS AUCUNS. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTO | SIMON JODOIN


GUIDE RESTOS 39 VOIR MTL

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> Voir: Comment es-tu venu à la cuisine?

La gastronomie québécoise pour toi, c’est quoi?

Matthieu Gralepois: J’ai découvert la restauration pendant mes études. La fac ne me convenait pas vraiment, alors je suis allé travailler dans un resto. À Montréal, je suis passé par Sur Bleury et Boris Bistro, avant d’arriver au Baril roulant il y a un an.

C’est une cuisine pas encore figée. Moi, avec mon apprentissage français et classique, je découvre beaucoup. On tente plus ici, y a pas ce côté sous cloche comme en France, où on est un peu freiné par rapport à la créativité. Ici, les gens sont super ouverts à la découverte, donc je peux tenter des choses. Et il y a un dynamisme de fou autour des produits, c’est très exaltant.

Pourquoi le choix de Val-David? On a découvert ce village et on a beaucoup aimé. Avec trois enfants, la ville ne me tentait plus. On se disait qu’on serait mieux à la campagne, et ça se révèle tout à fait vrai! C’est très agréable, aussi bien pour la vie de famille que pour le boulot. Parle-nous un peu du Baril roulant… Ç’a commencé avec un pub au cœur du village, puis une brasserie s’est ajoutée. Au restaurant, la carte est établie depuis un bout de temps, mais on la change petit à petit – sauf les classiques, comme la sauce BBQ maison au café! On va mettre en place une ardoise pour que la créativité des cuisiniers puisse mieux s’exprimer, pour dynamiser notre offre. On travaille avec des produits locaux bien faits. C’est un des plaisirs d’être en région: on est beaucoup plus proches des producteurs. On a des plats divers et variés, parfois un peu fancy – les burgers sont faits avec du bison ou du cerf par exemple, et nos poutines avec des patates au four.

Ton style de cuisine, en quelques mots? Je viens de la côte ouest en France; j’aime vraiment tout ce qui est produit de la mer. Mais mon style se définit petit à petit. Là, je suis un peu comme un enfant, je découvre tout le temps! Je veux rester dans la continuité de ce que fait le producteur: ne pas pervertir son produit, mais plutôt le sublimer. Tes trucs pour rester en forme, avec ce métier très exigeant? Travailler moins! En ce moment, je fais 20 à 25 heures par semaine. Et j’habite à 5 minutes du resto. Mes dernières saisons à Montréal ont été très intenses pour moi physiquement et aussi pour ma famille. J’ai été extrêmement soutenu par ma femme, mais il faut aussi savoir trouver un équilibre. Un producteur dont tu aimerais souligner le travail?

C’est impressionnant comme le village se remplit le week-end! Un des principaux défis, c’est de gérer l’énorme variation entre l’été où on peut faire 300 couverts dans la journée et les 40 couverts quotidiens en hiver. Ça fait des breaks, mais faut naviguer avec ça!

Question difficile! Je suis un grand fan de légumes, alors je dirais Mathieu Roy, de la Récolte de la Rouge. C’est un producteur de légumes bios de Brébeuf. J’adore ses topinambours! En purée, rôtis, bouillis… Il fait aussi de très bonnes courges, et des radis super que je sers en salade. Je suis allé le rencontrer avec mes enfants et il était très accueillant et ouvert; pour les chefs, c’est plus facile de relayer la passion comme ça.

Quelle est la différence par rapport à la ville?

Le plus bel avantage d’être chef?

C’est vraiment deux types de clientèle. Ici, elle est pas mal plus relaxe, ouverte à prendre son temps. L’ambiance est familiale et détendue. Beaucoup de gens sont ici pour faire du plein air et viennent au resto pour se reposer et échanger. On met en avant le partage, le plaisir d’être ensemble.

C’est un métier à la frontière entre l’artisanat et l’art. On a l’option d’être créatif et de faire quelque chose de concret de ses mains, d’avoir le sentiment de servir à quelque chose. Je pense que j’amène plus à la société qu’un trader.

Quels sont les enjeux d’être dans un coin touristique?

Il y a une très belle offre culinaire à Val-David, mais assez diverse pour ne pas se marcher sur les pieds. C’est aussi plus facile de trouver de la main-d’œuvre, je pense. À chaque fois qu’on a cherché quelqu’un, on a trouvé rapidement. J’ai l’impression que les gens sont plus flexibles ici.

On a la possibilité de transmettre aussi. Mon gros cheval de bataille, c’est de montrer aux enfants qu’on peut bien manger. L’éducation se fait à la maison, mais aussi à l’extérieur. On doit donc donner envie de cuisiner aux parents, leur montrer comment utiliser les produits pour contribuer à l’éducation alimentaire des enfants. Et, évidemment, donner du plaisir… y

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Sur les rayons

Sur les rayons

HIVER NUCLÉAIRE (TOME 3) CAB

FEU LE SOLEIL SUZANNE JACOB

Front froid, 92 pages

Éditions du Boréal, 128 pages

Même les plus hostiles aux temps glacials se réjouiront de la sortie du tout dernier tome d’Hiver nucléaire de Cab, publié aux éditions – c’est quasi concept – Front froid. Mais mentionnons d’entrée de jeu que l’histoire à laquelle on a affaire se déroule, étrangement, en plein mois de septembre…

Huit ans après son recueil de poésie Amour, que veux-tu faire? (Éditions du Boréal), Suzanne Jacob revient avec Feu le soleil, une collection de neuf nouvelles où la mort inéluctable rôde et où les personnages ne sont mis en échec que par leurs propres réflexions. À la lecture de ces pages, il paraît évident que l’autrice de l’incontournable essai La bulle d’encre (Presses de l’Université de Montréal/ Éditions du Boréal, 1997) et du dérangeant roman qu’est L’obéissance (Seuil, 1991) nous avait manqué. Qu’il est bon de retrouver la présence d’esprit de l’écrivaine, cette souveraineté dans la langue et cette concision dans la construction narrative qui épate. Si Feu le soleil peut être à bien des égards le livre d’une certaine désolation, reste que sa lecture en demeure une réelle célébration.

C’est qu’en 2030, la ville de Montréal est irradiée, l’hiver perdure depuis 10 ans et il ne semble pas prêt de laisser sa place au temps plus doux. Malgré un climat qui commence à exaspérer la population, c’est avec joie que nous retrouvons la pimpante et téméraire Flavie qui, dans cet épisode, deviendra la vedette des missions secrètes d’un groupe de recherche de l’UQAM. Car malgré une bonne volonté et un plan scientifiquement élaboré, l’escouade étudiante visait peut-être des objectifs allant au-delà de ses moyens... Il est impensable, par exemple, d’avoir pu imaginer traverser Hochelag’ sans l’aide d’une habituée, ce village autonome au cœur de la ville rempli d’obstacles… Bref, ne traverse pas Hochelag’ qui veut. On devra défier la grande Patronne au bras de fer devant une foule en délire, image rappelant vaguement les spectaculaires soirées de lutte de sous-sol d’église propres au quartier de l’est de Montréal. Mais les dangers pour atteindre la centrale G-3 sauront-ils calmer les ardeurs de notre livreuse à motoneige préférée? Avec originalité et humour, Cab nous replonge dans son univers fantastique qu’est celui d’un hiver perpétuel postaccident nucléaire, auquel se juxtapose pourtant des éléments savoureusement tangibles: les quartiers de Montréal, en passant par la représentation des lieux et le design des appartements. Les relations, sensibles et touchantes, entre les personnages, de jeunes adultes, se sont complexifiées au fil des tomes et comptent aussi parmi ces perles de réalisme qui surplombent une trame parfaitement colorée. Un troisième bonbon postapocalytique à la fin duquel il faudra peut-être s’avouer, comme le mentionne l’éditeur en préface, que «rien n’est éternel». Et si dès les premières pages Marco – le chum wannabe de Flavie – n’en revient tout simplement pas qu’une critique ait pu donner quatre étoiles à un film «tellement convenu» dans Voir… on oserait bien en donner autant à la bande dessinée de qui ce dernier «n’est pas tout à fait» le héros. (Mélanie Jannard) y

S’ouvrant avec Grande réserve, Jacob nous plonge efficacement dans des questionnements existentiels où toujours la vie semble nous échapper. La narratrice, décidant de boire une bonne bouteille de rouge, seule en fin de soirée, réfléchit à son couple, mais surtout à une vieille amitié qui lui a glissé entre les mains. Avec Le rituel du boa, Jacob offre en quelques pages une magnifique vignette d’amitié et d’amour, alors qu’Adagio/lapidation construit d’obscurs ponts entre le génie de Gould et Bach et le destin funeste d’une femme lapidée à des kilomètres de Montréal. D’une phrase à l’autre, Jacob est tantôt glauque, tantôt céleste, et certaines tombent comme des sentences: «Existe-t-il encore un silence non meublé?» La mère est présente dans presque tout le recueil. Tantôt comme une complice, tantôt comme un fantasme, elle est un peu ce miroir que l’écrivaine utilise pour renverser certaines de ses narratrices, ou encore pour dévier un peu de lumière dans un coin sombre. Car si Jacob aborde la mort dans ce livre, jamais on n’a l’impression de lire une écrivaine tourmentée par la mort intime, personnelle. Elle la transcende pour soulever des questions plus grandes, aux ramifications plus importantes, aux conclusions plus cruelles. Bien campées à Montréal, errant de quartier en quartier, les narratrices de Jacob éclairent des destins plus universels, évoquant des menaces tangibles, nos extinctions nombreuses. Ses personnages forment une légion et le lecteur n’aura d’autre choix que de s’adjoindre à elles. (Jérémy Laniel) y


Sur les rayons

Sur les rayons

LE MODÈLE DE NICE PATRICK BRISEBOIS

FOLK – ÉPISODE 1 IRIS

Le Quartanier éditeur, 160 pages

La Pastèque, 104 pages

Ce n’est pas parce qu’on s’est acheté une maison à La Meunière en Mauricie avec l’argent d’une bourse d’écriture qu’on ne peut pas être un clochard céleste, même si c’est peut-être un peu contre son gré. Douze ans après Catéchèse (Alto, 2006), Patrick Brisebois revient en force avec Le modèle de Nice, un roman qui rappelle ses premiers ouvrages publiés au tournant des années 2000 à L’Effet pourpre. Aussi drolatique que mélancolique, Constantin, le narrateur (et alter ego?) de Brisebois, regarde le temps qui passe avec une certaine consternation.  Écrivain commençant plus de projets qu’il n’en termine, il erre en ces pages un peu comme dans les rues de La Meunière, à la recherche de quelque chose, mais quoi?

Quiconque suit le travail d’Iris sur les réseaux sociaux avait hâte de le voir sortir enfin: le tout premier tome de Folk, qui campe à merveille l’histoire d’un «musicien» en quête de la gloire qui lui a été promise.

L’achat de cette petite maison centenaire amène plusieurs promesses: «on pourra y jouer au volleyball ou y creuser deux piscines ou y laisser vaquer un cerf.» Mais cette maison vient aussi avec la quarantaine, et cette spirale existentielle dans laquelle le narrateur se perd: «quand on n’a pas d’enfants et qu’on fuit la société, les chances sont bonnes pour qu’on finisse ses jours tout seul. […] C’est le prix à payer pour la liberté totale.» Car depuis qu’il s’est installé en Mauricie, Constantin vit désormais une relation à distance avec Marianne qui habite Montréal. Si le roman raconte l’immanquable effritement de cette intimité, chaque événement est aussi, voire surtout, prétexte à digression. Les pérégrinations du narrateur et de Brisebois lui-même ne sont pas sans rappeler celles de François Blais – il faut dire qu’il est difficile de ne pas penser à l’écrivain de Grand-Mère lorsqu’il est question d’antihéros badaudant en Mauricie. Il est intéressant de voir comment Brisebois parvient à ne pas écrire un roman qui tourne à vide et qui, bien que mélancolique, ne se vautre pas dans le pathos, ne se replie pas sur lui-même. Le tout est principalement dû à l’érudition tant populaire que littéraire dont fait preuve l’auteur; entre Fitzgerald et Star Wars, entre Rimbaud et Mirrormask, la ligne est mince et Brisebois y trouve toujours son compte, le lecteur aussi. Ce n’est pas un roman sur l’écriture, ni sur la quarantaine, ni sur la fin d’un couple, ou sur la solitude et encore moins sur le modèle de Nice, et pour ces raisons, ça vaut amplement la peine de s’y plonger. (Jérémy Laniel) y

Alors que Jug, un chien quelque peu mal léché, rentre dormir seul – bien malgré lui – après une soirée bien arrosée au saloon du coin, une vision surnaturelle brusque son état d’ébriété avancé. Sous un chapeau de cowboy surdimensionné, le fantôme d’une espèce de poule géante glow-in-the-dark propose à Jug de lui offrir tout ce qu’il désire: les femmes, la gloire, la fortune. Mais évidemment, ces miracles se réaliseront sous plusieurs conditions, soit celles de s’entourer des meilleurs musiciens, rien de moins, d’aller enregistrer un album au célèbre studio Delta, et d’accomplir cette mission en moins de 100 jours. «Pourquoi fais-tu ça?», demande alors Jug à cette silhouette de volaille céleste. «Pour débarrasser la planète des branleurs comme toi!», répond-elle avant de disparaître jusqu’à la prochaine mise au point. Et Jug n’aura, en effet, plus trop le temps de niaiser. C’est avec un humour oscillant entre l’absurde et les clins d’œil qu’Iris amorce ce captivant western comique, duquel émergent presque quelques airs de cabarets folk – comme celui qui a été tenu lors du lancement du livre, à la boutique de La Pastèque en novembre dernier. Avec ses personnages représentés par des figures animales – se joignent aussi à la partie une autruche contrebassiste, des blaireaux mémères et un genre de fouine anxieuse –, l’autrice nous amène nous perdre loin, loin, loin dans le Far West, nous faisant complètement oublier toute l’improbabilité de l’histoire dans laquelle on plonge et on nage sans s’arrêter. Car les personnages sont plutôt reconnaissables: conflits de personnalités, problème d’argent, manque de volonté ou élan de vanité font partie de cette quête vers la gloire. Serait-il poussé de croire en une satire de la vie d’artiste? Le défaut de Folk est sans doute celui de nous abandonner alors que la tension s’était tout juste et parfaitement installée entre nos trois hurluberlus. À l’image des feuilletons western, la couverture du prochain épisode, qui sous-entend sa sortie imminente, nous aguiche en toute dernière page du livre et repique notre curiosité. Maintenant, «où les mènera ce chemin?» (Mélanie Jannard) y


42 CRÉATION VOIR MTL

VO4 #O1

O1 / 2O19

L’ART DE TAIRE LE MONDE PAR LE COLLECTIF RAMEN (Lux, Alycia Dufour, Sébastien Emond, Anaël Turcotte, Emmanuelle Bouchard et Sarah-Jane Ouellet) ILLUSTRATION KAËL MERCADER

j’ondule sous les bariolages urbains des escaliers en colimaçon mes bottes valsent avec les sacs à vidanges pieds nus sur les plaques tectoniques des ruelles

l’art de taire le monde en cadeau

je cours

je suis un sous-genre de chimère fausse note sous les draps je m’annule au pied du jour

saturation des obscènes raclements rythmiques vacarme d’ambulances et d’enfants couchés trop tard un chien jappe au loin crier est un réflexe d’appui mes tempes cristallisées

*****

***** je me destine à l’incertain, ça m’amuse, m’agite les sangs sans soupçonner les vents qui sifflent les mesures des trottoirs je me fraie un parcours vers ma provenance

palpitent ma capuche se décroche battue de bourrasques

***** j’partirai pas tant que j’aurai pas chanté ma toune pas question j’tais sur la liste comme tout l’monde ***** nos corps sur la piste discours lancés inaudibles on s’agite comme des perdus plus rien autour mais nous autres on s’en sacre pas vrai?

***** grandir ça débute avec un coup de synthé sous les nappes asphyxiantes tentacules sur la peau des Gameboy en fleurs par chez nous les p’tits gars tremblent fourrés de GAME OVER se réfugient là où la lumière persiste ils vont danser espérer leur premier strobe tomber dans les regards néon au fond des discothèques ils se frottent se lèchent et quand ils sautent ça fait des bruits de Mario Bros *****

espiègle, elle flotte, boîte percussive, enveloppe de tête où résonne le vide les passants sursautent les voitures freinent sur mon passage je me grise de mon infime pouvoir

les assoiffé.es crient les affamé.es dansent c’est ainsi

je suis chef d’orchestre la ville se fige sous ma poigne légère

poser un pied puis l’autre nos corps basculent vers l’avant les bras n’ont nulle part où s’appuyer genoux tremblants ATTENTION

***** 23h13 parvis de l’église Saint-Roch mes poings frappent le dos de ta guitare nos hurlements de fous scandale en ville soudain la pluie les cris la police ma bière ouverte coule dans mon sac ruisselle le long de ma jambe un vrai chien fautif, sans poteau pour son pipi

eux c’est moi je me berce près du mur m’agrippe aux jupes de la mémoire me fredonne les premières paroles apprises voix de la mère silence du père ils me regardent et appuient sur PLAY

les yeux levés vers la statue de Jésus en or les bras en croix je prie

*****

on pense que c’est pour faire rire perdre le contrôle comme source de divertissement criss a sait ben pas danser elle messemble qu’a pourrait faire comme tout l’monde pas obligée d’exagérer osti check-la check-la personne n’entend nos cris ÉCROULEMENT c’est drôle n’est-ce pas *****

j’ai pas eu de ticket, moi la police me laisse filer tu me suis courir vers le bar le plus proche la peur assèche

derrière la porte une berceuse comme pour vérifier que j’existe et que j’arrive bientôt à la maison *****


44 ARTS VISUELS VOIR MTL

VO4 #O1

O1 / 2O19


45 ARTS VISUELS VOIR MTL

VO4 #O1

O1 / 2O19

LA PAROLE DES MACHINES QUI EST LE JEUNE ARTISTE VISUEL LAURÉAT DU PRIX PIERRE-AYOT 2018? ADAM BASANTA, MAÎTRE DANS LA CRÉATION D’INSTALLATIONS SONORES ET NUMÉRIQUES, NOUS PARLE DE SA RELATION ENTRE SA PRATIQUE ARTISTIQUE ET LES POSSIBILITÉS TECHNOLOGIQUES. MOTS | ROSE CARINE HENRIQUEZ

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

En décembre dernier, Adam Basanta recevait le prix Pierre-Ayot au Musée des beaux-arts de Montréal. Une récompense, remise depuis 1996, qui souligne l’apport de jeunes artistes en arts visuels. Mais Basanta est avant tout compositeur de musique contemporaine et le chemin vers l’art numérique dans lequel il évolue est un accident récent, confie l’artiste. «Je n’ai jamais cherché intentionnellement à faire de l’art numérique. Pour moi, la technologie est un médium de notre temps et je m’exprime avec cet outil. Je ne pars jamais de l’idée préconçue de faire du travail numérique, tout dépend du concept et de l’esthétique que j’essaie de développer.»

Pour le jeune artiste qui jouit d’une belle réputation sur la scène internationale, la portée symbolique passe foncièrement avant l’outil lui-même, qui n’est qu’un moyen d’arriver à une fin. «J’évite d’utiliser un médium technologique uniquement pour sa fonction esthétique. Je cherche généralement à créer un environnement où la technologie a une certaine autonomie et où la fonction utilitaire du médium est détournée. Pour moi, cette approche est nécessaire afin de permettre une réflexion sur notre utilisation quotidienne de ces objets, et sur la façon dont leur usage affecte le monde dans lequel nous vivons pour le meilleur et pour le pire.»

la performance. «J’aime révéler par des actions performatives machinées et orchestrées comment les outils technologiques et leur processus se manifestent en temps réel, comment ces outils performent leurs fonctions, peuvent performer en dehors de celles-ci  et comment leur fonctionnalité peut aussi progresser au fil du temps.» L’artiste a développé une fascination devant l’action programmée d’une machine qui finit par créer ce qui existe déjà, allant jusqu’à remettre en question ce que l’on consomme en matière d’art.

Né en Israël et ayant grandi à Vancouver, Adam Basanta vit à Montréal depuis huit ans. Ce prix est d’autant plus significatif qu’il lui vient de sa ville d’adoption. Sans compter la célébration de son statut d’artiste de la relève qui a une place à prendre, selon lui. «Il est important d’avoir une nouvelle génération avec de nouvelles idées qui perturbent ce qui est déjà établi. C’est pourquoi il est nécessaire que les artistes, organisations, galeries et institutions prennent des risques et qu’ils encouragent les artistes émergents et créent des infrastructures, comme le prix Pierre-Ayot, pour soutenir leur pratique.»

Performance active

Au-delà du langage technique propre à la manipulation numérique, la manière de travailler d’Adam Basanta est profondément intuitive. Cela commence avec une idée qui prend vie sous la forme d’un casse-tête qu’il faut assembler. Une partition qu’on doit arriver à faire jouer. «J’essaie de trouver une relation poétique entre le concept et la technique, dans laquelle l’un exprime l’autre. Je travaille constamment à faire des va-et-vient entre le développement technique et conceptuel. Ma recherche n’est pas seulement intellectuelle, je m’appuie beaucoup sur mon instinct et j’improvise beaucoup. Au fur et à mesure que mon processus créatif progresse, les détails sont modifiés et l’œuvre évolue d’une manière généralement organique.»

Le travail de celui qui est fasciné par la technologie repose sur l’utilisation de celle-ci comme vocabulaire pour parler de choses profondément humaines, sociales et culturelles. «Je cherche ainsi à ébranler la fonction des outils technologiques et à interroger le rapport que nous entretenons avec ces objets.»

À la dernière Biennale internationale d’art numérique (BIAN), Basanta présentait la fascinante œuvre All We’d Ever Need Is One Another, une installation qui fabrique des images grâce à une numérisation autogérée. «Une usine d’art» indépendante de l’influence humaine. L’installation générait des images envoyées à un ordinateur qui les comparait à une base de données d’œuvres d’art contemporaines. Quand l’image créée aléatoirement ressemblait à 83% à l’une de ces œuvres existantes, elle était qualifiée de réussite et devenait par le fait même une œuvre d’art. Il s’agit d’une œuvre décisive, car c’est la première fois que l’artiste se lançait dans la production d’images en deux dimensions. Une orientation qu’il compte poursuivre durant l’année 2019. Cette œuvre met également en scène une composante centrale dans la pratique d’Adam Basanta: l’autonomisation de

Poésie sous-jacente

Dans la métropole, Adam Basanta est représenté par la galerie Ellephant. Il participe actuellement à l’exposition collective Data Dating à la galerie Charlot à Paris. y


QUOI FAIRE

46

PHOTOS JEAN-FRANÇOIS GRATTON

SCÈNE

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LE MYSTÈRE CARMEN

ART

THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE – 26 FÉVRIER AU 16 MARS

THÉÂTRE DU RIDEAU VERT – 29 JANVIER AU 2 MARS

Touché par la mise en scène de Lorraine Pintal lors de son adaptation scénique du Journal d’Anne Frank, Eric-Emmanuel Schmitt lui a demandé de travailler avec lui sur Le mystère Carmen. Pour ce spectacle musical, l’auteur partagera la scène avec la soprano Marie-Josée Lord sur la belle partition de Georges Bizet.

La pièce a connu un gros succès en France à sa création il y a 25 ans. Art, de l’auteure Yasmina Reza, est ici mise en scène par MarieFrance Lambert, qui dirige une belle distribution: Benoît Brière, Martin Drainville et Luc Guérin. Une comédie loufoque qui parle d’art, mais aussi d’amitié entre trois personnages complices.


S P E C TA C L E-L A N C E M E N T DU NOUVEL ALBUM D’EMILIE KAHN, OUTRO 7 mar s – Cen t r e P h i

La harpiste montréalaise Emilie Kahn lance Outro, le riche successeur de 10 000 (2015). Anciennement connue en tant qu’Emilie & Ogden, Kahn livre avec son plus récent album une étincelante collection de chansons indie pop empreintes de mélancolie face à l’âge adulte. Un concert à ne pas manquer!

CHANCES / S É R I E M I L E-O U T

J O N AT H A N C O H E N E T L A C R É AT I O N D E H AY D N

1 8 j a nv i e r - Th é â t r e Ou t r e m ont

3 m a r s - Ma i son sy m ph oni qu e de Mont r é a l

Ne manquez pas le deuxième rendez-vous de la série Mile-Out au Théâtre Outremont avec Chances, le vendredi 18 janvier à 21 h. Le trio Chances est reconnu pour marier pop-indie, électro et chants du monde. Une musique inventive et lumineuse, qui frappe droit au cœur.

C’est dans la fébrilité et l’effervescence des débuts que le directeur musical des Violons du Roy, Jonathan Cohen, dirige La Chapelle de Québec pour la première fois. À cette occasion, ils interprètent en compagnie de grands solistes La Création de Haydn.

O R C H E S T R E M É T R O P O L I TA I N : BRILL ANT TCHAÏKOVSKI 1 e r fé v r i e r - Ma i son sy m ph oniq ue d e M o n tr é a l

PREMIÈRE NEIGE / FIRST SNOW du 2 6 févr ier au 23 m ars 2 01 9 T héâ t r e de Q uat ’Sous

Première neige / First Snow est construite sur les étonnantes similitudes historiques, politiques et sociales entre l’Écosse et le Québec. En ressort un vibrant dialogue sur notre capacité à nous émanciper des idées reçues pour réécrire notre Histoire et envisager notre désir à atteindre la souveraineté, qu’elle soit personnelle, ou sociétale.

DANS LA CHAMBRE DES MERVEILLES D u 1 3 fé v r i e r 20 19 a u 5 ja nv i e r 20 20 à Point e - à - Ca lli è r e

Cette exposition de Pointe-à-Callière vous fera entrer dans l’univers fascinant et insolite des cabinets de curiosités! Laissez-vous éblouir par des installations spectaculaires présentant plus de 1000 magnifiques objets souvent exotiques et parfois étranges. Des animaux naturalisés, en passant par certaines curiosités de la nature ou des objets scientifiques, profitez d’une incursion privilégiée dans le monde des collectionneurs d’ici et d’ailleurs. Illustration : Josée Bisaillon

Le colossal Concerto pour piano no 1 résonne dès les premières notes aux cuivres qui anticipent déjà la grande mélodie du mouvement magistral qui l’a fait connaître. On le redécouvre ici en compagnie de la chef Keri-Lynn Wilson et du jeune Zhan Hong Xiao, gagnant de la seconde édition de l’émission Virtuose, dans une partition qui donne au pianiste un rôle particulièrement expressif. L’espoir et la lumière qu’évoque la Symphonie no 5, avec sa flamboyante mélodie thématique d’abord entonnée aux bois, et qui nous dirige tout au long de la pièce comme un guide en terre inconnue. photo E. Moreno Esquibe


ANTHONY MONTREUIL MEDLEY SIMPLE MALT – 16 FÉVRIER

Si Les Denis Drolet et Jean-Thomas Jobin ont depuis un moment repoussé les frontières de l’absurde au Québec, Anthony Montreuil s’assure de les renvoyer encore plus loin. Celui qui «adore le cheddar» et qui clame être né en 1620 après qu’une explosion eut congelé tous les «oursons en peluche de Madame Bouvier» présente un premier spectacle complet: Hamburger.

CENDRES THÉÂTRE PROSPERO – 19 FÉVRIER AU 9 MARS

PREMIÈRE NEIGE/FIRST SNOW

KURT VILE

THÉÂTRE DE QUAT’SOUS – 26 FÉVRIER AU 23 MARS

MTELUS – 15 FÉVRIER

Créée à la suite du référendum écossais de 2014, cette pièce est le fruit d’une collaboration entre le National Theatre of Scotland, la compagnie Hotel Motel et le Théâtre PÀP, compagnie résidente au Quat’Sous. Réunissant une équipe d’artistes provenant des deux continents, le spectacle met en lumière des similitudes sociales, politiques et historiques entre l’Écosse et le Québec.

Deux ans après avoir offert deux spectacles dans la métropole (un à Osheaga et un autre présenté à guichets fermés au Théâtre Corona), Kurt Vile et son groupe The Violators visent plus haut avec un spectacle au MTELUS. Moins acclamé par la critique que la plupart de ses prédécesseurs, son huitième album Bottle It In reste une belle réussite dans sa carrière jusqu’à maintenant sans faille.

PEGGY BAKER DANCE PROJECTS – WHO WE ARE IN THE DARK

THÉÂTRE FAIRMOUNT – 8 FÉVRIER

PLACE DES ARTS – THÉÂTRE MAISONNEUVE – 27 FÉVRIER AU 2 MARS

F O I R E D E L’ E M P L O I DE CHARLEVOIX 2 2 m a r s - Sal l e de Lo is ir s d e S a in t -H il ar io n

Vivre et travailler dans Charlevoix: le rêve! Le Salon de l’emploi du grand Charlevoix est l’événement par excellence. C’est l’occasion idéale de rencontrer, sous un même toit, une quarantaine d’employeurs et voir plus de 1 000 emplois offerts, à Saint-Hilarion le vendredi 22 mars de 13 h à 20 h.

Danseuse contemporaine canadienne reconnue mondialement, Peggy Baker revient avec une nouvelle création. Entourée du batteur Jeremy Gara et de la violoniste Sarah Neufeld, membres du groupe montréalais Arcade Fire, Peggy Baker fait se rencontrer la danse, la musique indie rock live et les arts visuels, avec notamment des toiles de John Heward.

CHOSES SAUVAGES Après avoir fait le tour d’une partie du Québec avec Foreign Diplomats, la formation montréalaise Choses sauvages revient chez elle pour un spectacle qui, comme d’habitude, s’annonce pour être vigoureux et suintant. Quelque part entre Mac Demarco et Chic, le groupe dévoile un groove rondement travaillé, magnifiquement déployé grâce à une chimie indéniable entre ses cinq membres.

TAVERNE TOUR

MONTREAL LOVES DILLA

DIFFÉRENTS LIEUX – MONTRÉAL –

AUSGANG PLAZA – 9 FÉVRIER

31 JANVIER AU 2 FÉVRIER

Pour sa quatrième édition, le Taverne Tour prend de l’expansion. En plus d’investir l’avenue du Mont-Royal, l’événement se déploiera dans quelques endroits clés du boulevard Saint-Laurent. Au total, c’est donc plus de 50 formations qui joueront dans une vingtaine de lieux de la métropole durant trois jours. Galaxie, Lydia Képinski, Random Recipe, Laura Sauvage et Metz seront de la partie.

La célébration annuelle Montreal Loves Dilla, en hommage au regretté producteur J Dilla, reprend du service pour une 12e fois, en rassemblant une horde de talentueux producteurs et DJ montréalais. En plus des habitués Sev Dee, Toast Dawg, Manzo, Ephiks, Manifest et Mark the Magnanimous, la soirée regroupera deux autres grands adeptes du visionnaire musicien: Vlooper et KenLo Craqnuques d’Alaclair Ensemble.

MUSIQUE

En 2012, l’artiste multidisciplinaire Menka Nagrani recevait le Prix de la création artistique du Conseil des arts et des lettres du Québec pour l’ensemble de son parcours artistique. Cette année, elle revient en tant que metteure en scène, chorégraphe et directrice musicale avec Cendres. Mêlant danse contemporaine et percussive, théâtre, gigue et complaintes traditionnelles, la pièce parle de deuil et d’espoir.


PL ACE PUBLIQUE

Conta ctez-nous p our a ffi ch e r v ot r e com m e r ce / 514 8 48 0 8 0 5

CENTRE DES FEMMES DE MONTRÉAL

OASIS SURF

A M E R I S PA

3 5 85 Rue St -U r bain 5 14 84 2-5 5 6 2

Qua rtie r D I X 3 0 – 9520 bou l. Le du c Su ite 0 1, B r ossa r d 51 4 372- 7 8 7 3

Vi si t e z not r e si t e we b pour conna î t r e nos 15 a dr e sse s 1 8 6 6 26 3 - 7 47 7

c e n t r edes fem m es demtl.org

oa sissur f. com

a m e r i spa . ca - m om e nt spa . ca

Au Centre des femmes de Montréal, accompagner nos participantes dans leur recherche d’emploi prend un sens tout particulier lorsque celles-ci souhaitent intégrer un milieu majoritairement masculin. Souvent considérées comme des métiers manuels, ces professions sont de plus en plus spécialisées. Technologie de l’information, ingénierie, gestion de projet, environnement, management; autant d’exemples que de profils différents de femmes qui souhaitent réaliser leur objectif professionnel.

Oasis Surf, unique au Canada!

Amerispa soufflera cette année les bougies de son 25e anniversaire.

L’expérience nous a appris qu’un accompagnement spécialisé fait la différence. À la fine pointe des tendances en recrutement, nous offrons tous les outils nécessaires à une recherche d’emploi réussie. Les ateliers thématiques, le réseautage et les stages en entreprises de notre programme Action-Réaction ont fait leur preuve. Et, grâce à notre programme Virage, plusieurs femmes profitent d’un parcours d’orientation professionnelle qui leur permet de faire un choix de carrière éclairé, d’étudier dans un domaine qui répondra à leurs aspirations et s’inscrira dans un domaine d’avenir.

Oasis Surf est un concept unique en son genre avec sa vague, son resto-bar de 200 places et sa boutique de surf! La vague de surf signée Surfstream, exclusive à Oasis Surf et unique au Canada, permet l’usage de vraies planches avec ailerons donnant ainsi la chance de pratiquer le surf comme dans l’océan et dans les rivières. Nul besoin d’avoir des bases de surf! Notre vague est sécuritaire et optimale pour débuter en surf dès l’âge de 4 ans! Notre chef, Sébastien Picard, vous fera découvrir un menu inspiré des plus grandes destinations surf du monde. Des fish tacos de la Californie jusqu’aux grillades de Bali en passant par les poke bowl de Hawaii au Hamburgers d’Australie, son expertise vous donnera l’impression d’être sur une terrasse au bord de la mer!

Amerispa, la plus grande bannière de spas au Canada, incarne sans contredit l’image de la détente et du bien-être. Cette entreprise québécoise qui soufflera les bougies de son 25e anniversaire à l’automne prochain, compte maintenant quinze centres de santé et de beauté à travers le Québec. Les centres Amerispa situés dans les hôtels Fairmont se sont dotés d’une image de marque singulière et distinctive sous l’appellation Moment Spa. Dans la région de Montréal, on retrouve le centre Amerispa à l’hôtel Le Crystal et le centre Moment Spa au Fairmont Le Reine Elizabeth. Prenez le temps de vous ressourcer et d’apprécier des moments de détente inoubliables. Vous serez séduits par la gamme complète de soins de massothérapie, esthétiques et corporels prodigués par des professionnels hautement qualifiés.


JASON BAJADA LE MINISTÈRE – 12 FÉVRIER

PL ACE PUBLIQUE

L’auteur-compositeur-interprète montréalais célèbre les 10 ans de son premier album en carrière, Loveshit, avec une mini-tournée de trois spectacles qui s’arrêtera à Montréal, Val-David et Québec. Lancé en février 2009, cet album avait permis à son auteur de devenir l’une des nouvelles coqueluches de la scène indie locale à l’époque.

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VINCE STAPLES MTELUS – 28 FÉVRIER

L E R O YA L 12 32, aven ue du M o n t-Roya l Est M on t r éal bar l er oyal .ca

À l’angle de l’avenue Mont-Royal et de la rue Breboeuf, sous le fameux bar à vin “Rouge-Gorge”, se cache l’un des plus somptueux bars du Plateau: le Royal. Dans un décor enchanteur signé Zébulon Perron, les mixologues du Royal vous feront découvrir des cocktails d’une qualité exceptionnelle. Ambiance feutrée, dj, spiritueux rares, vins biologiques et cuisine délicate s’accordent pour vous offrir une expérience hors du commun. Au Royal, rien n’est laissé au hasard. La carte de cocktail, une création conjointe de Manu Ruiz et de Maximilien Jean, brille par son originalité. La sélection de vin, une gracieuseté du sommelier Alain Rochard, regorge de belles références bio ou natures. C’est sans aucun doute la prochaine destination à ajouter sur votre liste!

ALITA: BATTLE ANGEL EN SALLE LE 14 FÉVRIER

Au 26e siècle, un scientifique sauve Alita, une jeune cyborg inerte abandonnée dans une décharge. Ramenée à la vie, elle doit découvrir le mystère de ses origines et le monde complexe dans lequel elle se trouve, afin de protéger ses nouveaux amis contre les forces sombres lancées à sa poursuite.

EDMOND EN SALLE LE 8 FÉVRIER

Décembre 1897, Paris. Edmond Rostand n’a pas encore 30 ans mais déjà deux enfants et beaucoup d’angoisses. Il n’a rien écrit depuis deux ans. En désespoir de cause, il propose au grand Constant Coquelin une pièce nouvelle, une comédie héroïque, en vers, pour les fêtes. Seul souci: elle n’est pas encore écrite. Pour l’instant, il n’a que le titre: Cyrano de Bergerac.

THE RHYTHM SECTION EN SALLE LE 27 FÉVRIER

Après la disparition de sa famille dans un accident d’avion des plus suspects, une femme, qui aurait dû être à bord de l’appareil, sombre dans une lourde dépression. Lorsqu’elle réalise qu’il ne s’agissait toutefois pas d’un accident, elle devient une tueuse à la recherche des responsables. Rien ne l’arrêtera dans sa soif de justice et de vengeance.

ARTS VISUELS

CINÉMA

Chouchou de la presse américaine depuis la sortie de son percutant EP Hell Can Wait en 2014, Vince Staples poursuit son chemin avec audace, s’assurant de toujours se renouveler album après album. Lancé en novembre dernier sous Def Jam, son troisième opus FM! a fait partie des listes de fin d’année de la plupart des médias spécialisés (de Pitchfork à NME).

Nels entreprend de démanteler le cartel de Viking. Sa quête de justice va rapidement se transformer en une vengeance sans pitié.

ASTÉRIX: LE SECRET DE LA POTION MAGIQUE EN SALLE LE 15 FÉVRIER

À la suite d’une chute lors de la cueillette du gui, le druide Panoramix décide qu’il est temps d’assurer l’avenir du village. Accompagné d’Astérix et Obélix, il entreprend de parcourir le monde gaulois à la recherche d’un jeune druide talentueux à qui transmettre le Secret de la Potion magique...

CAPHARNAÜM EN SALLE LE 1ER FÉVRIER

À l’intérieur d’un tribunal, Zain, un garçon de 12 ans est présenté devant le juge. À la question «Pourquoi attaquezvous vos parents en justice?», Zain lui répond: «Pour m’avoir donné la vie!» Capharnaüm retrace l’incroyable parcours de cet enfant en quête d’identité et qui se rebelle contre la vie qu’on cherche à lui imposer.

COLD PURSUIT EN SALLE LE 8 FÉVRIER

Bienvenue à Kehoe, luxueuse station de ski du Colorado. La police locale n’y est pas franchement très sollicitée jusqu’au jour où le fils d’un conducteur de chasse-neige, Nels Coxman, est assassiné sur ordre de Viking, un baron de la drogue. Armé d’une rage implacable et d’une artillerie lourde,

THIERRY MUGLER MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL – 2 MARS AU 8 SEPTEMBRE

Le MBAM frappe un grand coup en présentant la toute première exposition consacrée au créateur Thierry Mugler, styliste et couturier français maintenant âgé de 70 ans. À travers «une scénographie spectaculaire», l’expo propose quelque 140 tenues jamais exposées, réalisées entre 1973 et 2001, en plus de nombreux accessoires, costumes de scène, clips et vidéos, documents d’archives et croquis inédits.

FESTIVAL ART SOUTERRAIN RÉSEAU SOUTERRAIN DE MONTRÉAL – 2 AU 24 MARS

Pour sa 11e édition, le festival Art souterrain tapisse d’art contemporain le réseau piétonnier souterrain de Montréal ainsi que huit lieux satellites. Cette fois, une soixantaine d’artistes locaux et internationaux ont eu le mandat de créer une œuvre autour du thème «Le vrai du faux». La photographe Maude Arsenault, l’artiste et réalisateur Martin Le Chevallier ainsi que la galeriste et consultante Joyce Yahouda sont les trois commissaires de l’expo.


Situé au cœur du plateau Mont-Royal, cette authentique cave de jazz vous offre une expérience unique en présentant des musiciens de la scène jazz d’ici et d’ailleurs.

DIÈSE ONZE JAZZ & RESTAURANT 4115-A, St-Denis, Montréal 514 223 3543

TOUT SIMPLEMENT SAVOUREUX!

PIZZERIA MOZZARELLA BAR ENOTECA 105, RUE SAINT-PAUL OUEST, MONTRÉAL 514 419-8380 • MANGIAFOCO.CA


L’AMOUR, ÇA SE PARTAGE ! Love is meant to be shared !

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Magazine Voir Montréal V04 #01 | Janvier/Février 2019  

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