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MONTRÉAL VO3 #12 | DÉCEMBRE 2O18 CONSENTEMENT ERIC DUPONT ROSE-MARIE PERREAULT MALEK LA CÉRAMIQUE DANS L’ART CONTEMPORAIN MARIE-PIERRE NORMAND ET JÉRÔME MINIÈRE DOMINIC JACQUES LE GRAND RETOUR DE LA PÂTISSERIE

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DIANE DUFRESNE


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MONTRÉAL | DÉCEMBRE 2018

RÉDACTION

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Rédacteur en chef national: Simon Jodoin Rédactrice en chef adjointe et chef de section musique: Valérie Thérien Coordonnatrice à la rédac­tion et journaliste: Catherine Genest Chef des sections restos, art de vivre et gastronomie: Marie Pâris Journaliste actualité culturelle: Olivier Boisvert-Magnen Producteur de contenus numériques: Antoine Bordeleau Coordonnateur des contenus: René Despars Correctrice: Marie-Claude Masse

ventespub@mishmash.ca Directeur des ventes: Maxime Alarie Spécialiste - solutions de contenu et créativité média: Olivier Guindon Adjointe / Coordonnatrice aux ventes: Karyne Dutremble Conseiller médias aux comptes majeurs: Samuel Faubert Conseillers médias: Lucie Bernier, Miriam Bérubé, Catherine Bonin, Céline Lebrun (comptes culturels), Suzie Plante

MISHMASH MÉDIA

COLLABORATEURS Normand Baillargeon, Réjean Beaucage, Mickaël Bergeron, Ralph Boncy, Maryse Boyce, Philippe Couture, Emilie Dubreuil, Christine Fortier, Nicolas Gendron, François Ginet, Mélanie Jannard, Jérémy Laniel, Jérôme Minière, Marie-Pierre Normand, Benoit Poirier, Émilie Rioux

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Chef de la direction: Eric Albert Président, directeur général – Mishmash Média: Nicolas Marin Directrice finance et administration: Caroline Alary Comptable principale: Marie-Ève Besner Gestionnaire, Technologie et Innovation: Edouard Joron

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DIANE DUFRESNE A CONNU DES HITS, MAIS CE QU’ELLE REPRÉSENTE EST PLUS GRAND QUE N’IMPORTE QUELLE CHANSON. Photographe: Jocelyn Michel (Consulat) Assistant photographe: Julien Grimard Robe costume papier et mousse: Mario Davignon Stylisme: Cary Tauben - The Project Maquillage: Gérald Bélanger Coiffure et couronne: Stéphanie Barrette Assistante Diane Dufresne: Hélène Turp Production: Vincent Boivent (Consulat)

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SCÈNE

Consentement Scène en bref

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MUSIQUE

Jérôme Minière Musique en bref

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CINÉMA

Rose-Marie Perreault Malek Cinéma en bref

40

GASTRONOMIE

Le grand retour de la pâtisserie Portrait de chef: Dominic Jacques

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LIVRES

Eric Dupont Ouvrir son cœur Les Nombrils (tome 8) Salina: les trois exils Tout savoir sur Juliette

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CRÉATION

Jérôme Minière et Marie-Pierre Normand

ARTS VISUELS

La céramique dans l’art contemporain

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QUOI FAIRE CHRONIQUES

Simon Jodoin (p6) Emilie Dubreuil (p16) Mickaël Bergeron (p28) Normand Baillargeon (p38) Catherine Genest (p58)


6 CHRONIQUE VOIR MTL

VO3 #12

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THÉOLOGIE MÉDIATIQUE

MOTS & PHOTO SIMON JODOIN

Mécanique verte Le jour où on nous a invités à signer ce fameux Pacte pour la transition, je me suis dit que j’étais mieux d’aller prendre une marche pour me parler à moi-même. Ne va surtout pas dire une connerie, que je me répétais. Il y a des moments comme ça où on sent qu’il ne faut surtout pas déconner. Le moindre gag peut vous classer parmi les suspects. Je ne sais pas si je peux vous en parler aujourd’hui, maintenant que tout le monde s’est bien engueulé. Je vais commencer par vous dire que je n’ai pas de VUS, que je composte depuis belle lurette, que le soir du menu tofu à la maison, ça me fait chier, et que, dans mes temps libres, il ne me passe pas par la tête d’aller faire un tour de fusée dans l’espace. Pas par souci d’économiser de l’essence, mais bien parce que je suis peu enclin à m’imposer la discipline des cosmonautes. Je trouve d’ailleurs que ça ouvre bien une conversation, de mettre ça sur la table, d’entrée de jeu: «Bonjour, je ne suis pas cosmonaute, je suis un piéton.» Cela étant avoué, je voudrais vous partager mon agacement. N’allez pas vous fâcher, mais il y a, dans cet appel à l’action, ce ton désespérément funèbre appuyé par toute la lourdeur de l’enflure théâtrale, ces regards assombris par la menace imminente, ces

visages jouant la tragédie, tout ce sérieux solennel qui, chaque fois – et ça ne manque jamais –, fait que je me pince en ayant envie de briser le silence liturgique: coudonc, vous êtes vraiment sérieux, là?

Allez, je vais la dire cette connerie qui me brûle les lèvres depuis le début. Car vous semblez me dire aussi qu’il y a de l’espoir si nous agissons rapidement ensemble. C’est bon, j’embarque.

Mais non, je ne vais pas vous traiter de curés. Reste qu’il y a quelque chose qui relève de l’eschatologie dans cette proposition. Ce discours sur la fin des temps, qui somme les hommes de bonne volonté de faire leur juste part pour le salut du monde, s’accompagne quand même de quelques condamnations et d’un appel au sacrifice. Dans cette soif de rédemption, on nous invite à nous confesser et à nous racheter. Tu as pris ta voiture ce matin? Plante trois arbres et quand nous serons assez nombreux à nous convertir, l’État suivra. Aide-toi, le ciel t’aidera.

Puis-je vous demander, alors: voulezvous nous montrer la lumière qu’on peut s’imaginer au bout du tunnel ou simplement la noirceur qui nous avale dans la fatalité du présent?

D’ailleurs, on a bien vu quelques chasses aux sorcières… Ah! voyez comme cette jeune mal habillée a une grosse voiture 4x4! Quelle pécheresse! Au bûcher! J’exagère? Ben quoi… Un peu, non? Je crois bien vous avoir entendu dire qu’il n’est plus question de rire, que l’heure est grave, trop grave même pour faire des blagues.

Car, voyez-vous, il m’arrive de penser que le rêve nourrit l’espoir. Je suis kétaine de même. Et c’est là que j’ai une autre question un peu plus sérieuse à vous poser. Se pourrait-il que les arts et spectacles, le divertissement, tout ce qu’on appelle platement «l’industrie culturelle», ce soit une immense machine à fabriquer du rêve? Et que lorsque madame Machin et monsieur Untel, justement, rêvent, dans leur salon, le soir venu, confortablement, ils se disent peut-être: «Ah! mon amour, si seulement nous pouvions aller à Walt Disney, Véro adore Disney! Il y avait un article splendide à ce sujet dans son magazine! Ou mieux! À Vegas, mon chéri! Tu sais, ce spectacle

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gigantesque et magnifique sur les Beatles où on chante All You Need Is Love. Tu te souviens, on chantait ça en poncho quand on s’est rencontrés!» Le rêve donc. C’est la question qui tourne dans ma tête depuis la publication de ce pacte. À quoi les gens rêvent-ils? Dans toute cette discussion, on a beaucoup parlé de ces grosses pointures du show-business qui carburent à la visibilité en mentionnant chaque fois qu’elles ont le privilège de rejoindre un vaste public. C’est d’ailleurs pour cette raison qu’on leur a demandé de signer pour partir le bal. Question d’entraîner toute une foule dans la danse. Elles attirent l’attention, elles ont de l’influence et, fortes de cette puissance d’attraction, elles nous proposent aujourd’hui de relayer l’appel des scientifiques. Mettons que, sans sourire, j’accepte cette proposition. Je veux bien, le dimanche,

écouter telle ou telle vedette se risquer à un exercice de vulgarisation sur l’art de planter des épinettes pour se racheter d’avoir pris l’avion pour aller faire du shopping à Paris. Je ne vous promets pas que je ne vais pas rire, mais je veux bien essayer. Mais, pendant ce temps, qui va s’occuper d’imaginer le monde autrement? Car c’est bien de ça qu’il est question, non? Avec toutes ces discussions très sérieuses, où il faut de toute urgence s’engager, la main sur le cœur, j’ai un peu peur qu’on oublie de déconner. À force de ne plus entendre à rire, je redoute qu’on néglige d’inventer des choses qui n’existent pas encore et qui n’existeront peut-être jamais. J’ai peur qu’on n’ose plus dire n’importe quoi par crainte de se faire reprocher de n’avoir rien d’important à dire. À force d’annoncer que le monde s’écroule, je souhaiterais qu’on n’oublie pas de dire qu’il est magnifique. Voyez-vous, je ne suis

pas un scientifique, moi. Il m’arrive de dire des conneries, pour la simple beauté du geste, pour défier la mécanique. Ça manque cruellement de poésie tout ça. Tenez, par exemple, au lieu d’une main rouge sang comme logo, moi j’aurais choisi une poignée de main orange. Car les oranges sont vertes, c’est bien connu, et que lorsqu’on fait un pacte, on se dit: «Tope là mon vieux!» Bon. Ça va. Je vous lâche. Je suis avec vous. Je l’ai toujours été. Je veux bien le signer votre pacte. Mais dites-moi, où puis-je aussi signer, en même temps, si vous le permettez, le pacte des cons? P.-S. Joyeux Noël et bonne année! Et n’oubliez pas. Il y a de la lumière au bout de l’hiver. Paix et amour aux hommes de bonne volonté. Et à tous les autres aussi. y sjodoin@voir.ca


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DU THÉÂTRE POUR NUANCER #METOO APRÈS LA DÉNONCIATION VIENT LA MISE EN PERSPECTIVE. UN AN APRÈS LES PAROLES LIBÉRÉES DU MOUVEMENT #METOO S’OUVRE UN ESPACE APPROFONDI DE RÉFLEXION. LA PIÈCE CONSENTEMENT, DE NINA RAINE, DANS UNE MISE EN SCÈNE DE FRÉDÉRIC BLANCHETTE, OUVRE LA VOIE. MOTS | PHILIPPE COUTURE

PHOTOS | JOCELYN MICHEL (CONSULAT)

Les artistes ont souvent des antennes bien aiguisées pour capter ce qui agite le social. La Britannique Nina Raine, également auteure de l’acclamée Tribus, a écrit Consent quelques mois avant que n’éclatent les premières dénonciations du mouvement #MeToo. Elle ignorait tout de ce qui se préparait, mais percevait probablement un grondement sourd, prêt à exploser, qu’elle s’est empressée de traduire dans une pièce opposant victimes et agresseurs, dans un ballet juridique dénué de certitudes. Dans sa posture de précurseure, dans le calme avant la tempête, elle a écrit une pièce pleine de nuances, sensible comme il se doit à la parole des victimes, mais également pleinement campée dans la zone grise. Voilà qui, un an après l’éclatement, nous permettra une saine réflexion.

son couple. Chaos dans la cellule amicale: l’agression sexuelle n’est soudainement plus cette chose lointaine que les amis avocats peuvent observer froidement. Et le spectateur, exposé à la complexité de la situation et à la diversité des forces en présence, ne peut pas condamner sans équivoque.

La comédienne Anne-Élisabeth Bossé y interprète Kitty, une éditrice brillante, mariée à un avocat et entourée de juristes. De ces hommes et femmes de loi parlant une langue contaminée par le jargon légaliste, elle déplore un certain manque d’empathie. Jusqu’à ce que, dans la deuxième partie du spectacle, elle emprunte elle-même leur langage pour dénoncer une agression dont elle dit avoir été victime au sein même de

«Pendant #MeToo, je n’avais pas beaucoup d’écoute pour les discours nuancés au sujet de la “zone grise”, confirme-t-elle. Je trouvais plus important de me mettre à l’écoute de la parole libérée. La pièce de Nina Raine m’a néanmoins réconciliée avec la posture de l’avocat du diable, parce qu’elle expose avec beaucoup d’intelligence la complexité de la notion de consentement. Il est vrai qu’à tout le moins, cette notion

Ce scénario a d’abord troublé la comédienne. Comme femme et comme actrice, AnneÉlisabeth Bossé a été vivement propulsée dans la réflexion sur le consentement en 2018, notamment en travaillant sur cette pièce, mais aussi par l’entremise de son personnage dans la télésérie Les Simone. Dans le cas du viol vécu par Maxime dans la série écrite par Kim Lizotte, comme dans bien d’autres cas, la zone grise n’existe pas, pense-t-elle.

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«LA PIÈCE ÉVOQUE UNE ÉVOLUTION DE L’HOMME, QUE JE CONSIDÈRE COMME ABSENTE DU MOUVEMENT #METOO JUSQU’À MAINTENANT, VERS LA DEMANDE DE PARDON.» est reçue et appliquée de manière hachurée et complexe dans notre société, pour plein de raisons, et cette pièce raconte ces différentes façons d’appréhender le réel, de jongler avec le consentement, de le considérer ou non, entièrement ou partiellement.»

Une brèche en toute chose

Dualité

Reste que les limites du système de justice, ou les failles dans sa capacité à recevoir pleinement la parole des victimes, sont bien montrées dans cette pièce peuplée de personnages d’avocats qu’une longue pratique a rendus plus pragmatiques que compassionnels.

Si le féminisme actuel prône l’idée qu’il faille avant tout «croire les victimes», il n’en demeure pas moins que la notion de consentement revêt parfois des contours flous. La pièce jongle avec cette idée en se divisant en deux parties, la première unissant le groupe d’avocats autour d’un cas d’agression sans équivoque, la deuxième s’architecturant autour d’une agression dont certains détails nous échappent et laissent place à l’ambiguïté, sinon à une diversité d’interprétations.

Frédéric Blanchette: «La critique posée par la pièce est similaire à celle des militantes dans l’espace public, qui montrent que la rhétorique juridique est souvent conçue pour coincer les victimes et les décrédibiliser.» Mais, bien évidemment, ce n’est pas aussi simple que ça. Les arguments présentés par ces avocats sont également tous valables et la pièce invite à trouver un espace de rencontre entre le juridique et l’émotionnel. «On verra en deuxième partie que c’est loin d’être simple.»

«Dans ma tête à moi, appeler ça un viol enlève toute signification au mot viol», lance l’un des personnages. «Dans ma tête à moi, dire ce que tu viens de dire, ça enlève toute signification au mot viol», répond l’autre. En deux phrases se lit toute l’intelligence dialogique de Nina Raine, une maestria de l’écriture réaliste et de la confrontation d’idées. «C’est une mise en choc des perceptions des deux protagonistes, explique le metteur en scène Frédéric Blanchette. Il est très difficile pour une tierce personne d’y apposer un jugement. Quel est le consentement véritable? La pièce pose la question clairement. Nous, sur scène, notre job n’est pas de donner des réponses, de peindre l’un des personnages comme un agresseur et l’autre comme une victime. C’est beaucoup plus intéressant si les deux ont leur vérité et qu’au sortir de la salle les spectateurs continuent à en discuter.»

Nina Raine invite aussi en filigrane à une réflexion précise sur l’accompagne­ment déficient des victimes. «Dans le système britannique, sur lequel nous avons calqué le nôtre, la victime n’a pas de défense et n’est pas accompagnée, explique Anne-Élisabeth Bossé. Cela se comprend, elle n’est pas accusée, et on ne considère pas qu’elle a besoin d’un avocat pour se “défendre”. Or, puisque sa parole est constamment remise en doute par le tribunal, il me semble que le soutien d’un avocat ne serait pas un luxe. La pièce met cette situation en relief de façon très saisissante.» Flou conjugal Dans le coin gauche, il y a Kitty. Dans le coin droit se trouve Edward. Ils forment un couple moderne, en apparence progressiste et aimant. Mais leur équilibre sera vite rompu par une affaire d’agression, mêlée à une histoire d’infidélité. Un cocktail explosif.

Voilà une autre originalité de la pièce de Nina Raine: faire évoluer en miroir la question du viol et celle de l’adultère, l’une étant comparée à l’autre et perçue comme ayant des implications similaires. Rien pour simplifier l’affaire. Mais cela permet d’éviter tout jugement trop obtus. «C’est inhabituel de mettre sur un même socle ces deux choses, remarque Frédéric Blanchette. La pièce dépeint presque l’infidélité comme une véritable agression. En y réfléchissant depuis plusieurs semaines, j’ai fini par lui donner entièrement raison là-dessus. On ne peut pas comparer le degré de violence impliqué, mais on peut dire sans se tromper que l’infidélité, c’est laisser entrer quelqu’un dans son couple sans le consentement de l’autre. Il y a une parenté avec l’agression.» Loin de se contenter de dépeindre des avocats traitant des cas d’agression, Consentement décortique plus largement une zone grise des relations hommes-femmes. Et ce, en cultivant une grande complexité intellectuelle. Frédéric Blanchette, il faut le dire, se sent comme un poisson dans l’eau dans cet univers. Habitué des écritures réalistes anglo-saxonnes, il a aussi frayé avec ces thématiques dans quelques-uns de ses récents projets, notamment Trahison, de Harold Pinter, au Théâtre du Rideau Vert la saison dernière, et Dans le champ amoureux, de Catherine Chabot, gros succès de l’Espace Libre. Le féminin l’emporte? Consentement tisse un portrait peu glorieux de la gent masculine. Par un brillant procédé dialogique à travers lequel les avocats personnifient leurs clients sur un ton badin, Nina Raine leur fait notamment tenir des propos salaces. Sans complexes, ils déploient le langage de la domination masculine ordinaire.

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«Je suis épouvantablement séducteur en plus d’être un violeur. Ça finit pus, les Shannon pis les Tracey qui débarquent de partout», lance Edward, l’air de rien. «D’après ce que je comprends, je fourre n’importe quelle fille qui se trouve à distance de fourrage de moi», ajoute-t-il.

Bien installé dans son machisme ambiant, l’homme montrera néanmoins peu à peu un visage moins monolithique. Jusqu’à demander pardon. Voilà qui réjouit particulièrement Frédéric Blanchette, soucieux de réfléchir à l’après-#MeToo sur la rédemption masculine.

«Ce sont des personnages à plusieurs égards condamnables avec leurs grosses blagues machistes, dit-il, mais la pièce aménage envers eux des espaces d’empathie nécessaires. Ils ont des déformations professionnelles, mais ce ne sont pas des vrais trous de cul.»


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> Il poursuit: «La pièce évoque une évolution de l’homme, que je considère comme absente du mouvement #MeToo jusqu’à maintenant, vers la demande de pardon. Un homme comme Bill Cosby, par exemple, contre qui les preuves sont limpides, aurait dû faire cette prise de parole, cette demande de pardon. Reste à voir si notre société est prête à la recevoir. Nina Raine pose cette question.» Réalisme lyrique C’est la deuxième fois que Frédéric Blanchette se consacre à l’écriture de Nina Raine, après sa mise en scène de Tribus en 2014. Passionné par les dialogues crus et corsés de cette auteure britannique en vogue, il en savoure le réalisme mais surtout les envolées: Nina Raine a une écriture lyrique et touffue même si elle

n’en a pas l’air. La traductrice Fanny Britt y ajoute une couleur québécoise qui lui sied particulièrement.

leurs répliques est porteuse de nombreuses couches de sens. Ils peuvent facilement nous duper.»

«C’est une illusion de réalisme banal, qui charrie en fait un portrait et une synthèse incroyables de l’époque, dit le metteur en scène. Sa langue est très chargée, pleine de références à la tragédie grecque et à d’autres grands écrits. Elle respecte certains principes récurrents des écritures anglaises contemporaines, dites de réalisme social, mais elle est loin d’une écriture mathématique comme celle d’Harold Pinter, dans laquelle chaque pause est importante et ultra-chargée. Elle a davantage de densité.» Et surtout, c’est «une langue de pensée en action, via la logorrhée», et une langue d’une «intelligence stupéfiante». «Ses personnages sont infiniment brillants, dit Frédéric Blanchette, et chacune de

Comme comédienne, il ne faut surtout pas «en faire trop», pense Anne-Élisabeth Bossé. «C’est un spectacle que les gens prendront plaisir à recevoir grâce à la puissance du discours. Y mettre trop d’émotions tuerait cette jouissance de la parole et de la pensée: c’est vraiment un spectacle de rhétorique et de plaisir du verbe.» Ainsi soit-il. y Du 12 décembre 2018 au 2 février 2019 Au théâtre Jean-Duceppe


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_ SCÈNE EN BREF LES ÉTOILES DE 2018

Olivier Arteau Son nom circule dans le milieu théâtral depuis la création de l’audacieux Doggy dans Gravel. On attendait donc avec impatience sa nouvelle œuvre Made in Beautiful (Belle Province), présentée au début de l’année, revisitant l’histoire du Québec à travers le quotidien d’une famille pour le moins chaotique. 2019 débute de manière grandiose pour Olivier Arteau, alors qu’il entre dans la cour des grands avec sa toute première mise en scène au Trident. Poussant l’exploration au paroxysme, le créateur ira jusqu’à s’emmurer à l’intérieur du Grand Théâtre de Québec pendant 31 jours pour se plonger dans l’isolement et la marginalité de l’indomptable Antigone. Parions que le résultat de cette démarche peu commune saura marquer l’imaginaire des spectateurs au printemps prochain. (Émilie Rioux)

Steve Gagnon Dix ans après sa sortie du Conservatoire d’art dramatique de Québec, le comédien et dramaturge s’impose plus que jamais dans les théâtres québécois. Au printemps, il signait, avec Frédéric Bélanger, une adaptation jouissive du classique Songe d’une nuit d’été au Théâtre DenisePelletier. Il a ensuite enchaîné les représentations de sa pièce Fendre les lacs au Centre national des Arts d’Ottawa, et de son puissant solo nommé Os, la montagne blanche au Périscope à Québec. Quelques mois plus tard, il remportait le prix Marcel-Dubé de l’Académie des lettres du Québec pour le texte de cette pièce. En avril 2019, il signera Harmattan au Théâtre Denise-Pelletier avant de prendre part à la grande fête de la poésie Je me soulève, au Trident. Nul doute que la prochaine année sera aussi fiévreuse que son corpus. (Valérie Thérien)

Le créateur multidisciplinaire Alan Lake est loin d’être une figure ordinaire de la danse contemporaine. Peu importe le projet chorégraphique, il repousse les limites de l’extraordinaire et développe chaque fois des concepts esthétiques provocateurs. Avec Le cri des méduses, présenté entre les murs du Grand Théâtre de Québec au printemps dernier, Alan Lake célébrait à la fois la matière et le corps avec un objet scénique situé à la frontière de la danse et des arts visuels. Fort du succès du spectacle, le chorégraphe-scénographe poursuivra cette année sa démarche symboliste dans la création de Gratter la pénombre, où des collaborateurs de longue date composeront sur scène une série de portraits quasi mythologiques qui promettent de fasciner une nouvelle fois le public. Du 7 au 16 février à la Maison pour la danse de Québec. (É.R.)

Marie Chouinard 2018 marquait 40 ans de création pour la célèbre danseuse québécoise, ainsi que les 25 ans de son Sacre du printemps, sa première œuvre conceptualisée à partir d’une partition musicale. Cette année plutôt chargée pour la chorégraphe a commencé avec une tournée canadienne, avant de mettre le cap sur l’Europe pour une longue tournée estivale. Fin juin, Marie Chouinard présentait notamment sa nouvelle œuvre  Solos et duos au Festival international de danse contemporaine de la Biennale de Venise puis au Festival ImPulsTanz à Vienne. De retour au Québec, la compagnie clôt l’année en beauté en présentant début décembre un programme double à L’Usine C, avec deux de ses plus grands succès:  Les 24 Préludes de Chopin et Henri Michaux: Mouvements. (Marie Pâris)

Photos / Alan Lake: Catherine Genest; Marie Choinard: Sylvie-Ann Paré; Steve Gagnon: Jean-François Lemire; Olivier Artaud: Béatrice Munn

Alan Lake


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SALE TEMPS POUR SORTIR

PAR EMILIE DUBREUIL

Le plus beau cadeau Je fais depuis quelques années de la randonnée pédestre en groupe. Parmi le groupe, selon les montagnes, il y a des amis proches, des connaissances, mais la majorité est formée de gens que je ne connais pas du tout a priori. C’est autre chose après la randonnée. Le hasard de la marche fait en sorte que l’on avance souvent au même rythme que quelqu’un dont on ignore tout au pied de la montagne, mais qui, au fil des heures ou des jours à avancer, à respirer ensemble le grand air, se révèle. La première fois que j’ai entendu les premiers chapitres de l’histoire de Brigitte, nous étions quelque part dans l’immensité des Chics-Chocs. — Tu fais quoi dans la vie? — Je suis traductrice. Elle était traductrice, elle l’est toujours.  Elle aurait pu être comptable ou médecin, cela n’aurait pas changé grand-chose parce qu’elle m’a dit rapidement: «Ça, c’est mon métier, mais je viens de vivre quelque chose d’absolument extraordinaire, un truc que j’ai attendu toute ma vie.»

La marche génère des conversations qui s’éloignent rapidement des banalités.

ceux qui permettraient à l’enfant de les identifier.

Brigitte, 54 ans, a été adoptée par une famille qu’elle décrit comme formidable, aimante, généreuse. Mais, du plus loin qu’elle se souvienne, elle a toujours rêvé de retrouver ses parents biologiques.

Au début des années 1990, elle a su que son père avait 31 ans quand elle est née, qu’il n’avait pas étudié après le primaire. Qu’il venait d’un milieu rural. Elle a appris que sa mère avait 24 ans quand elle est née. C’est très vague.

— Pourquoi? — Parce que c’était comme s’il y avait un fantôme qui vivait en moi. Mon miroir me renvoyait une image lisse, il y manquait le passé, l’origine, l’original. Jeune adulte, les émissions de Claire Lamarche et ses retrouvailles l’inspirent et elle s’inscrit dans un groupe, le Mouvement Retrouvailles, dont le mandat est de «matcher» des parents et des enfants qui désirent se retrouver. Mais ni sa mère ni son père biologique ne se manifestent dans les listes du groupe. Puis, dans les années 1980, la loi change et elle réussit à obtenir des «antécédents biologiques non identificatoires», une expression de jargon qui veut dire qu’un enfant adopté peut obtenir tous les renseignements sur ses parents que les services sociaux détiennent, sauf

Les années passent. Une nouvelle loi est adoptée, encore. Dorénavant, à la demande d’un enfant adopté, les services sociaux peuvent contacter la mère biologique. En 2005, elle reçoit un appel. Une travailleuse sociale insiste pour lui parler… chez elle. Elle apprend à Brigitte Castilloux que sa mère est décédée six ans après sa naissance, par suicide. «J’avais jamais envisagé cette option-là», m’a dit Brigitte. «C’était comme un tremblement de terre. La dame n’a pas voulu me donner son nom, mais elle m’a dit que ma mère avait un prénom vraiment rare. La suite fut palpitante, déchirante aussi, mais je suis devenue celle qui trouve. Pour une raison inconnue, appelons cela un cadeau. Chaque pierre retournée révélait un nouvel indice. Chaque nouvel indice s’emboîtait

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par-fai-te-ment aux autres indices. Mon histoire s’écrivait sous mes yeux, mon arbre biologique prenait racine. On avait tiré mon nom dans le grand chapeau cosmique.» Facebook y est pour beaucoup. Elle trouve des groupes qui aident gratuitement des adoptés à faire des recherches. On les appelle les search angels ou anges de recherche… Tracy, sa search angel basée en Californie, aide comme ça des centaines de personnes par année à faire des recoupements de données. La mère de Brigitte a un prénom rare, elle est morte à 30 ans, etc. Elle trouve une Lys Bolduc, les frères et les sœurs de cette jeune femme qui ont eu des enfants. Brigitte en trouve un sur Facebook, lui écrit. Il accepte de passer un test d’ADN. Bingo. C’est son cousin. Elle est bien la fille de Lys Bolduc. Elle va chercher le rapport du coroner sur la mort de sa mère et y trouve le nom du fiancé de sa mère lorsque celle-ci est

décédée. Elle le cherche sur Google, tombe sur sa rubrique nécrologique et cherche sur Facebook les gens qu’ils laissent dans le deuil. Rebingo, cet homme est bien son père, apprendra-t-elle. À peine deux semaines plus tard, elle rencontre ses tantes, puis son demi-frère. «Je les regardais et je souriais. C’était étrange et familier à la fois. C’était surtout la première fois que j’entendais quelqu’un me dire: “Mon dieu que tu ressembles à ta mère.”» Au sommet où nous mangions un sandwich, Brigitte m’a raconté que la première fois qu’on lui a donné une photo de sa mère, qu’elle a pu voir son visage, ç’a été comme un cataclysme, comme la résolution d’un portrait-robot qu’elle avait construit dans sa tête mais qui restait flou. J’ai revu Brigitte dans une randonnée récemment. En descendant la montagne, elle

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m’a dit que le plus grand regret de sa vie est de ne pas avoir libéré son père de son lourd secret avant qu’il ne meure. «Je crois qu’il ne m’a pas cherchée parce qu’il avait honte. Lys et lui n’étaient pas mariés quand je suis née. Il l’a laissée seule avec moi et elle ne pouvait pas s’occuper seule d’un enfant dans les années 1960. J’étais une enfant bâtarde.» Dieu sait que ça ne veut plus rien dire, bâtarde. Lys en est morte de chagrin. Brigitte m’a envoyé sur Facebook une petite photo prise dans un photomaton de son père et sa mère biologiques, qu’elle a encadrée et qu’elle a déposée sur le manteau de sa cheminée. «Quand je la regarde, je souris. Ce cadeau-là, l’image des deux visages qui ont créé le mien, je l’ai attendu toute ma vie…» Joyeux Noël Brigitte. Quand la neige fondra, tu me raconteras la suite. Joyeux Noël chers lecteurs, à vous et à toutes vos familles. y


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C’EST UN TITRE SIMPLE. ON L’A DÉJÀ LU, GALVAUDÉ, MAIS AUCUNE ARTISTE QUÉBÉCOISE NE S’EN COIFFE AVEC AUTANT D’AISANCE ET DE NATUREL QUE DIANE DUFRESNE. MOTS | CATHERINE GENEST

«Bien sûr que vous pouvez m’appeler Diane, c’est mon prénom!» Elle est chaleureuse, tout le contraire de ce que certains auront dit d’elle au fil des ans. Jointe par téléphone, elle crépite de joie, saupoudre ses réponses d’éclats de rire. C’est en s’ancrant dans le présent qu’on apprivoise Madame Dufresne. Son nouvel album Meilleur après, à cet égard, lance un message vraiment clair. «L’autre jour, j’étais au Centre Rockland, je cherchais des bottines pour notre séance photo. Je croise cette dame qui me dit: “Ah! vous êtes mon enfance!” C’est très drôle. Je sors un disque, ça fait 20 ans que je fais beaucoup de spectacles, je fais des trucs, des expos, tout ça, mais on me parle souvent au passé.» Sur cette nouvelle offrande, l’auteureinterprète signe pas moins de quatre textes, dont Le temps me fait la peau, la piste 3. Elle y évoque «une longue traîne [qui] sans se découdre tisse une dentelle de décennies». Une métaphore, deux strophes qui nous ramènent à Magie rose, à cette entrée en scène tout de magenta vêtue, cette étoffe qui, comme sa discographie, n’a cessé de s’allonger. «La vie, on ne peut pas la couper comme ça. On n’est ni un trophée ni un boulet. On continue. [...] La vieillesse, c’est un sujet que je voulais aborder. Quand j’arrive maintenant sur des plateaux, à des spectacles de la Saint-Jean, devant le public, je le sais

PHOTOS | JOCELYN MICHEL (CONSULAT)

que je n’ai plus le même physique. Je ne peux jouer à aucun jeu, il n’y a plus de jeu à jouer.» Au-delà de ses 74 hivers, de ce thème que l’on n’aurait jamais osé aborder, n’eussent été ces quelques morceaux, Diane Dufresne se penche sur la vaste question des changements climatiques. Elle chante L’arche comme en écho au refrain de Plamondon («ne tuons pas la beauté du monde»), à cette lettre ouverte qu’elle cosignait en septembre dernier avec une pléiade de grandes vedettes dans  Le Monde, à ce Pacte pour la transition qu’elle s’engage à respecter. Des mots de son cru emballés dans une partition de Jean-Phi Goncalves. «Moi, j’ai fait une chanson sur la disparition des animaux, mais on est des animaux nous aussi. [...] Les gens ont tellement peur de perdre quelque chose qu’ils sont en train de tout perdre. C’est assez bizarre.» Clairvoyante, elle a repris, par la bouche de ses chansons, le flambeau de la poète montréalaise Huguette Gaulin. Diane Dufresne n’est pas militante, c’est ce qu’elle vous dira, mais l’écologie est un thème cher à son cœur, une préoccupation constante. Son indignation, son affolement et ce trop-plein d’amour qu’elle éprouve à l’endroit de la Terre lui servent d’engrais lorsque vient le temps d’empoigner la plume. Ses craintes les plus vives se changent en hymnes.

Par-delà les ecchymoses Il est question de violence, aussi, sur ce disque. Celle qu’on fait aux femmes (Aimer ce qui nous tue), celle qui transperce nos écrans, trouble nos nuits, nos joies. Diane Dufresne s’est inspirée pour écrire de l’attentat du Bataclan, cet événement d’une horreur sans nom qui résonne profondément en elle et qui la ramène à ses propres parts d’ombre. «Plus jeune, quand je faisais des forums, je dois vous avouer que j’avais des menaces de mort. Un soir, quand j’ai fait le spectacle Halloween, j’ai reçu une lettre ou tu voyais le plan des tirs, la date. [...] Mais ça, c’est très, très rare par rapport à l’amour que j’ai reçu.» C’est en remuant ses souvenirs personnels les plus glauques et en puisant à même l’actualité qu’elle pondra La peur a la frousse, ce titre en hommage à ce type qui aura protégé sa douce en se plaçant contre son corps sous une pluie de balles, à cette idylle qui aura fleuri dans les flaques de sang. Où qu’elle passe, et en dépit de la colère qui la consume, Diane trouve toujours le moyen de cueillir quelques infimes parcelles de lumière. Il ne fait jamais parfaitement noir. «C’est un sujet d’ailleurs que personne n’ose toucher. Quand il arrive quelque chose dans les nouvelles, on n’est pas censé toucher à ça, mais je me suis dit que c’était tellement une belle histoire d’amour… Je voulais essayer avec la musique de

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17 JANVIER AU 2 FÉVRIER 2019 J E U D I

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S A M E D I

VIEUX-PORT DE MONTRÉAL


Catherine Major, quand même, qui a une façon de faire de la musique qui est tellement intense.» Portée par sa fougue, ne répondant qu’à son courage et à son urgence de dire, Diane Dufresne est passée maître dans l’art de démolir les plus persistants tabous. On l’a traitée à tort de provocatrice, simplement parce qu’elle a clamé ce que d’autres n’évoquent que tout bas, parce qu’elle a osé conjuguer le désir au féminin. Elle a chanté les délices de la masturbation (La main de Dieu) et elle étale aujourd’hui son goût des hommes moins mûrs sur Comme un damné, un cadeau du parolier français Cyril Mokaiesh. «J’ai toujours été outsider, faut savoir ça, même quand j’étais plus jeune. [...] J’ai eu toutes les critiques. Un moment donné, j’ai arrêté de les lire.

Il y en avait des bonnes, c’est évident, mais je pense que les pires venaient des femmes. Je ne dirai pas de nom, ça ne sert à rien. J’ai été traitée de putain, de folle, de n’importe quoi.» Toute sa faste carrière durant, elle donnera une voix à ceux qui n’en ont pas, aux marginaux, aux stripteaseuses, aux féministes de troisième vague d’avant la lettre et membres de la communauté LGBTQ+, qui l’auront propulsée au rang d’icône. Diane Dufresne a connu des hits, elle en créera sans doute encore, mais ce qu’elle représente est plus grand que n’importe quelle chanson. Le temps, les autres, Madonna et Lady Gaga n’auront fait que la rattraper. Elle a toujours eu cette longueur d’avance. Elle est d’une autre galaxie. y

Meilleur après (GSI Musique) En vente maintenant Diane Dufresne – Aujourd’hui, hier et pour toujours (Libre Expression) En vente maintenant 10, 11 et 12 septembre 2019 avec l’OSM Maison symphonique de Montréal 4 novembre 2019 avec l’Orchestre du Centre national des Arts Centre national des Arts (Ottawa) 26 et 27 novembre 2019 avec l’OSQ Grand Théâtre de Québec


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SORTI DU BOIS AVEC SON NEUVIÈME ALBUM, JÉRÔME MINIÈRE FAIT TABLE RASE DU PASSÉ ET S’AVENTURE «DANS LA FORÊT NUMÉRIQUE». MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

C’est dans son laboratoire «à peine plus grand qu’une boîte à chaussures» que le Montréalais de 46 ans nous reçoit. Exception faite des multiples post-it collés au mur, sur lesquels sont inscrits les titres des nombreuses chansons qu’il a écrites dans la dernière année, le mini-studio est impeccablement rangé: l’ordinateur bien centré vers la fenêtre, les multiples claviers à portée de main, le Félix bien positionné dans l’étagère de droite près de l’entrée... Pourtant, il y a quelques mois, c’était le chaos ici. Jérôme avait à peine assez d’espace pour travailler, et son chemin pour se rendre à l’autre extrémité de la boîte à chaussures rétrécissait au fil des jours. Un ménage s’imposait, au sens propre comme figuré. «Je devais faire de l’ordre ici pour avoir les idées plus claires», résume-t-il.

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

Pour l’occasion, l’auteur-compositeurinterprète devait relever un défi de taille. Près de 20 ans après sa signature avec La Tribu, il sentait qu’il devait passer à la prochaine étape, peu importe ce qu’elle impliquait. «La crise de la quarantaine m’a frappé, mais à défaut d’avoir les moyens de m’acheter une Porsche rouge, j’ai quitté mon label, dit-il, en riant. Ce n’est pas un départ qui s’est fait dans la chicane. J’avais simplement la sensation qu’on se connaissait sur le bout des doigts, comme un vieux couple, et que, forcément, on allait toujours être amenés à regarder dans le rétroviseur, vers cette époque plus abondante où l’industrie allait encore bien et n’avait pas encore mangé sa grosse claque. Je ne voulais pas vivre ce déclin et, par-dessus tout, j’avais besoin de me brasser.»

Début 2017, Minière se lance dans le vide avec ses doutes et ses angoisses. «J’ai demandé conseil à toutes sortes de personnes: artistes, agents, éditeurs, labels, name it. Tout le monde me disait que de s’autoproduire, c’était complexe. On vit vraiment dans une époque passionnante: la qualité de la musique a monté d’une coche, mais en même temps, c’est une vraie jungle. On est tous rendus un peu TDAH! On est tellement bombardés de part et d’autre qu’on a du mal à créer de nouveaux souvenirs et, tranquillement, ça nous affecte. C’est la même analogie avec Tinder: tu prends, tu jettes.» C’est en réfléchissant à cette culture du jetable que l’artiste a trouvé le titre et, par conséquent, la ligne directrice qui allait traverser ce nouvel opus, Dans la forêt


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> numérique, un constat sur l’abondance d’informations, la virtualité, les fausses nouvelles, les masques que l’on met. «En fait, c’est plus qu’une forêt, c’est un vrai labyrinthe. Il était déjà là avant devant nous, mais là, on est tous pris dedans. La question, c’est de savoir à quelle branche on va s’accrocher», image-t-il. Pour le principal intéressé, cette «branche» a été son public, autant ses fans québécois que ses fans français les plus fidèles qui le suivent depuis ses débuts au milieu des années 1990 sous l’étiquette Lithium. «Je me suis posé les questions de base. Qui ai-je touché au courant de ces 20 dernières années? À qui je m’adresse? Et pourquoi je continue? Il y a 10 ou 15 ans, j’étais vraiment une bibitte dans le décor, mais maintenant, les outils que j’utilise ne détonnent plus vraiment. En fait, ils sont presque devenus la norme! J’ai dû prendre conscience que ma musique ne surprendrait

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plus personne. Tout ce que je pouvais faire, c’était d’être le plus humble possible avec moi-même et le plus sensible possible dans ce que je raconte.» Le multi-instrumentiste s’est donc mis à écrire et à composer comme jamais, enregistrant plus de 30 chansons en un peu plus d’un an. Entre le style électronique minimaliste de ses débuts et les formules plus pop qui ont marqué ses quatre derniers albums, il a d’abord cherché à libérer son abondant flux créatif, sans le circonscrire dans un quelconque concept. Bref, un album disparate, mais assumé, à l’image d’une ère composite et tourbillonnante. «J’ai voulu répondre au présent, en partant dans toutes les directions. Je voulais me pitcher dans la réalité, comme pour marquer l’album de son époque. Même chose au niveau des textes: j’ai écrit des petites notes partout, sur des bouts de papier ou dans mon téléphone, sans prendre

la peine de m’asseoir systématiquement pour écrire chaque chanson.» Sans jamais verser dans la critique franche des technologies, Jérôme Minière livre des textes nuancés dans lesquels il se positionne comme un observateur. «Y a jamais de bons ou de méchants. En fait, quand j’écris des tounes où je penche trop d’un bord ou de l’autre, je finis par les éliminer. Je n’aime pas taper sur la tête de quelqu’un, car je me sens toujours inclus dans la problématique. Avant tout, je me considère comme un paysagiste. J’aime capturer un moment, un mood et une couleur, puis en extraire une chanson. Je ne suis pas le porte-drapeau. Je suis le mec qui regarde et qui prend les photos.» y Dans la forêt numérique Sortie le 7 décembre

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_ MUSIQUE EN BREF LES ÉTOILES DE 2018

Loud Il a atteint les plus hauts sommets sans un sourire ni une perle de sueur au front, cultivant une dégaine nonchalante, un flow décontracté qui s’agence si bien à son image publique. Pourtant, un travailleur acharné se cache forcément derrière cette poker face qui aura su faire danser toutes les femmes et se tailler une place de choix sur les ondes hertziennes sans s’aliéner les plus fins connaisseurs du rap québ. Les mots d’Une année record, son premier album solo, se seront avérés prémonitoires à bien des égards, lui permettant de briller chez nous et par-delà l’Atlantique. Ce 31 mai, Loud entrera dans l’histoire et sera le premier MC québécois à se produire en tête d’affiche dans le vaste Centre Bell. Un second long-jeu serait, d’ailleurs, déjà en chantier. (Catherine Genest)

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En remportant le prix Polaris 2018, remis au meilleur album canadien par un jury composé de journalistes musicaux, l’artiste originaire du Nouveau-Brunswick a parlé d’une «renaissance autochtone». Il n’a pas tort si l’on considère que quatre lauréats récents du Polaris ont des origines autochtones. Les œuvres d’artistes autochtones seraient donc de plus en plus remarquées et encensées. Wolastoqiyik Lintuwakonawa est le titre de cet album de Jeremy Dutcher qui a marqué l’année. Le ténor a fait un travail artistique remarquable en puisant dans les mélodies traditionnelles de sa nation Wolastoq pour créer une série de pièces élégantes. Il faudra le voir (ou le revoir) sur scène en 2019 puisque son spectacle prend du galon: l’artiste est désormais accompagné d’un percussionniste, d’un claviériste et d’un violoniste. (Valérie Thérien)

Matt Holubowski La dernière année n’a pas été de tout repos pour Matt Holubowski. En plus de participer à des festivals de renom comme Osheaga, le Festif! et, surtout, Bonnaroo, l’auteurcompositeur-interprète a décroché un disque d’or (40 000 exemplaires) pour Solitudes, un deuxième album acclamé par la critique. «Je sais que c’est censé être une mesure de commercialisation, mais je le vois plutôt comme: “Il y a 40 000 personnes qui ont écouté des trucs que j’ai composés en boxer dans ma cuisine!”... C’est assez fou», nous confie l’artiste, rejoint par courriel durant ses vacances à Cracovie. Sur le point de reprendre la route pour deux spectacles au Théâtre Corona à Montréal (les 13 et 14 décembre) et une mini-tournée canadienne avec Dan Mangan, Holubowski ne se met pas de pression pour la suite des choses. «Je ne suis pas pressé. Les gens sont souvent motivés à surfer sur la vague, mais ça ne m’intéresse pas trop, à moins que j’aie de quoi de débile à dévoiler très rapidement... chose dont je doute.» (Olivier Boisvert-Magnen)

FouKi Plusieurs parlent de l’année Loud, mais il ne faudrait pas oublier l’ascension fulgurante de ce rappeur montréalais de 21 ans. FouKi est devenu le chouchou du rap québ après la parution de son premier album en avril. Son flow souple et chaleureux, posé sur les productions éclatantes et organiques de QuietMike, résonne encore dans nos oreilles. Celui dont les textes gravitent autour du cannabis et du chilling entre amis a notamment mené les nominations au GAMIQ, en plus de retrouver son nom dans la liste des meilleurs albums hip-hop de l’année au dernier gala de l’ADISQ. Après un premier spectacle à guichets fermés en décembre, le rappeur le plus zay du Québec reviendra à la Salle Multi de Québec pour une supplémentaire le 19 janvier, puis sera de passage à Saint-Hyacinthe et Sherbrooke. (François Gionet)

Photos / Loud: William Fradette; FouKi: William Arcand

Jeremy Dutcher


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À ÉCOUTER HHHHH CLASSIQUE HHHH EXCELLENT HHH BON HH MOYEN H NUL

BAUHAUS THE BELA SESSION

(Leaving / Stones Throw) HHHH

Enregistrée en 1979, six semaines à peine après la formation du groupe, cette session est à la fois la quintessence et la genèse de ce qu’est devenu le goth-rock. Grâce à Leaving et Stones Throw, les deux singles originaux (Bela Lugosi’s Dead et Harry, sortis respectivement en 1979 et 1982) sont accompagnés de trois titres jamais parus – bien que déjà joués sur scène – qui cimentent l’héritage incontestable que Bauhaus a légué à la musique qui l’a suivi. À la fois sombre, punk et naïf par endroits, ce retour en arrière nous fait réaliser combien la formation britannique avait, dès ses tout débuts, une vision décalée et unique des arrangements et des timbres. La voix iconique de Peter Murphy y résonne tout aussi fort aujourd’hui qu’il y a près de 40 ans. Bien qu’elle puisse sembler moins révolutionnaire à l’auditeur  moderne qu’aux néophytes de l’époque, la Bela Session doit être revisitée comme  un jalon essentiel et marquant de l’évolution de la musique alternative, un document historique qui a toute sa place dans la discographie du mélomane aguerri. (A. Bordeleau)

FOXWARREN FOXWARREN

TIM BRADY MUSIC FOR LARGE ENSEMBLE

(Arts & Crafts) HHH 1/2

(Starkland / Naxos) HHH 1/2

On reconnaît Andy Shauf par sa voix délicate, digne de Simon & Garfunkel, et son interprétation d’un calme exemplaire. En solo, le jeune Canadien a connu un grand succès en 2016 avec son troisième album The Party, puis ç’a été la folie des tournées. Cette année, il a pu renouer avec le groupe qu’il forme avec ses amis d’enfance et qui existe apparemment depuis une décennie. Voici donc Foxwarren. Au départ, difficile de démêler ce matériel de celui d’Andy Shauf puisqu’on reste dans le registre pop-rock-folk, un esthétisme résolument seventies (notez les influences à The Band, par exemple), mais plus on creuse, plus émergent les idées nouvelles, du psychédélisme ici et là, et des textes plus personnels que ce que fait habituellement Andy. Très bien fait. On le réécoutera assurément beaucoup cet hiver. (V. Thérien) 

Voici deux pièces qui ont été créées au Festival international de musique actuelle de Victoriaville en mai 2017. Dans la première, Désir, un concerto pour guitare électrique et grand ensemble, Tim Brady est le soliste et sa musique hypernerveuse est rendue avec précision par son excellent ensemble, sous la direction de Cristian Gort. Le mouve­ ment central, plus calme que les deux autres, permet à l’ensemble de construire des atmosphères aux couleurs changeantes, tandis que Brady semble être possédé par le Robert Fripp de Larks’ Tongues in Aspic. La deuxième pièce, Eight Songs About: Symphony #7, cherche à nous émouvoir en nous racontant, à travers un baryton et une soprano, la création de la septième symphonie de Chostakovitch, en 1942. L’œuvre est malheureusement fort didactique, ce qui lui enlève beaucoup de charme. (R. Beaucage)

FOXTROTT MEDITATIONS I-II-III (One Little Indian Records) HHH 1/2 On l’a connue sous le sobriquet MHMHMH avant qu’elle ne se rebaptise et brille par l’entremise de ses propres compos. Foxtrott nous revient cette fois avec un album relativement down tempo, mais pas moins mordant, un bouquet de pièces à la fois vitaminées et introspectives. On la retrouve là où on l’avait laissée, le cor français en moins, tanguant sous le poids de ses percussions inventives (sa grande force), ensorcelé par sa voix plus grave et gorgée de soul comme jamais. Si la prod de ces morceaux autoproduits manque un tantinet de densité sonore, on se réjouit de la voir explorer de nouveaux territoires esthétiques (l’exotique Melting Woods) et renouer avec les basses fréquences (For As Long As), une instrumentation pesante qu’elle juxtapose à un chant polyphonique. (C. Genest)

QUINSIN NACHOFF’S FLUX PATH OF TOTALITY (Whirlwind Recordings) HHHH Quinsin Nachoff, originaire de Toronto, mais basé à New York, fabrique un free jazz très texturé, et avec un son qui a une superbe présence, bravo au producteur David Travers-Smith. Celui-ci s’amuse ferme sur Splatter avec une ribambelle de vieux synthés préservés au Centre national de musique du Canada, où l’album est en partie enregistré. Le tout se déroule principalement en formule quartette, avec deux saxophonistes (Nachoff au ténor et David Binney à l’alto) appuyés par le claviériste Matt Mitchell, très sollicité, et un batteur (Kenny Wollesen ou Nate Wood, selon la pièce; les deux ensembles sur la pièce-titre). Le tout fait d’ailleurs une grande place à la batterie, heureusement tenue par deux musiciens inventifs. Plusieurs invités viennent encore enrichir la palette sonore, et le résultat est vraiment excellent. (R. Beaucage)


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LES TROIS ACCORDS BEAUCOUP DE PLAISIR (La Tribu) HHH 1/2 Cumulant désormais plus d’une vingtaine d’années de divertissements, Les Trois Accords rappliquent avec un sixième album à l’exercice d’agrément d’usage, mû par la bonifiante contrainte de la cloche à vache – percussion qui devient ici un liant de groove en jubilatoire surenchère. Des hymnes – c’en sont, et soulignons le travail d’écriture et de prosodie de Simon Proulx – concis, toniques, d’une variété rock, au mordant faussement lo-fi évoquant le tournant des années 2000, avec des textes d’apparence plus confessionnelle: serait-ce leur «album le plus personnel depuis l’autre d’avant»? Après l’allégresse de Joie d’être gai, il en ressort une sorte de suite encore euphorique, mais dont les thèmes décèlent de petites tragédies, propulsées subrepticement à travers les accoutumées candeur et plaisanterie décalée. Après deux décennies de plusieurs hauts et quelques bas, le quatuor aboutit avec son album le plus vif et homogène, et tout ça, c’est oui monsieur/madame. (B. Poirier)

MINYESHU DAA DEE (Arc) HHH 1/2 Elle était à Montréal en novembre, mais vous ne savez probablement rien de Minyeshu. La belle Éthiopienne a pourtant quitté Addis-Abeba pour la Hollande il y a plus de 20 ans, question d’élargir son public inter­ national et de poursuivre en même temps sa carrière de danseuse, d’auteure et de chanteuse, rebaptisée «la sirène» dans son pays natal. Du funk africain de l’Est? De l’ethno-pop racé? De l’éthio-jazz orchestral enraciné dans les harmonies et des rythmes de là-bas avec des cuivres à profusion et de somptueux arrangements de cordes? C’est tout ça, l’album Daa-Dee: 13 nouvelles chansons inspirées qui nous promènent de la tradition nostalgique «tizita» aux sonorités plus modernes, en passant par les danses ancestrales. Pas étonnant qu’elle ait partagé la scène avec Mulatu Astatke, Mahmoud Ahmed, Youssou N’Dour et Angélique Kidjo. (R. Boncy)

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AT THE NEXUS OF ALL STILLBORN WORLDS ZEALOTRY (Unspeakable Axe Records) HHH La meilleure façon de plonger dans le troisième album du groupe de Boston, qui comprend aussi le guitariste québécois Phil Tougas (Chthe’ilist, First Fragment, etc.), consiste peut-être à commencer par réécouter The Last Witness (2016). En plus de permettre de se refamiliariser avec le death métal progressif de Zealotry, l’exercice donne l’occasion de mieux appréhender l’univers de At the Nexus of All Stillborn Worlds, qui se distingue par la présence accrue de mélodies dissonantes et imprévisibles. Les nouvelles chansons, avec leur enchevêtrement inextricable de notes, leurs formes changeantes et l’effet sinistre des chants choraux, ne sont pas faciles à digérer, mais l’originalité du groupe, qui se compare à Gorguts, Cosmic Atrophy, Ulcerate, etc., est à son meilleur sur Irredeemable. (C. Fortier)

RODRIGO SIMOES JAZZ BRÉSILIEN (Indépendant) HHH On connaît déjà les affinités infinies entre les jazz et les multiples musiques du Brésil, mais le guitariste montréalais Rodrigo Simoes s’applique à les démontrer ici avec une prise de risque quasi méthodique. Probablement influencé par une lignée de solistes comme Jim Hall, Pat Martino ou Toninho Horta, il trouve son phrasé, sa sonorité propre, tout en démontrant une belle qualité de jeu à la mandoline et à la guitare acoustique. Chatoyant, audacieux, volubile, le musicien compositeur est épaulé par de bons joueurs locaux parmi lesquels rayonne un Jean-Pierre Zanella en très grande forme. Et il se paye quelques fantaisies en toute liberté comme l’instrumentale Eye-Ear-Toe, un free-jazz ethnopsychédélique qui rappelle les élucubrations d’Airto Moreira avec Hermeto Pascoal à l’époque de Seeds on the Ground, à peine sortis du Bitche’s Brew de Miles Davis. (R. Boncy)

ARTISTES VARIÉS WE DON’T DIE WE MULTIPLY

(Ghost Club Records) HHHH

Voilà la carte de visite dont la scène hip-hop montréalaise avait besoin. Initié par l’étiquette Ghost Club Records et le promoteur Multiply MTL (alias DJ Asma), We Don’t Die We Multiply rassemble une vingtaine d’artistes talentueux issus d’un des écosystèmes musicaux les plus fertiles au Québec. En témoignent les performances notables de DeusGod, Kevin Na$h, JT Soul, Maky Lavender, Mori$$ Regal et ST, des rappeurs encore trop sous-estimés qui s’illustrent ici avec panache sur des productions mémorables, parfois même avant-gardistes, de Max Antoine, Lowpocus, Austin J et Nicholas Craven. Mais on retiendra surtout de cette éminente collection de chansons les prouesses de trois figures un peu plus connues du hip-hop de la métropole: Jah Maaz de LaF (brillant sur Mômes), Ogee Rodman de Dead Obies (en parfaite fusion avec Gabriella Hook sur l’incursion trip-hop All of You signée Lust) et le vétéran Imposs de Muzion (dans une forme resplendissante sur Encore en vie). (O. Boisvert-Magnen)


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ROULETTE RUSSE

PAR MICKAËL BERGERON

La guerre à l’automobile On entend souvent cette expression, que ce soit lorsque le maire Ferrandez réforme les rues du Plateau ou lorsqu’on parle du futur tramway à Québec: il y aurait une «guerre à l’automobile». Si guerre il y a, l’automobile demeure la grande gagnante, et ce, sans faire le moindre effort. Même si le projet de tramway – ou de réseau structurant de transport en commun – se fait à Québec, la place de l’automobile, elle, ne diminuera pas. Aucun plan de réduction du parc automobile ou de la place de celle-ci n’accompagne le projet. On espère que ce réseau encouragera les citoyen.ne.s à opter pour le transport en commun au lieu de leur voiture, mais rien ne les obligera à le faire. Quand une guerre est menée sans menaces, sans réprimandes, sans punitions, sans pertes, mais seulement avec des incitatifs et la mise en place d’une autre option, on peut se demander s’il y a des victimes. Tout le monde en sort gagnant. Non seulement il n’y a pas de menaces, mais on continue à agrandir les autoroutes, à construire des ponts – ou à vouloir en construire de nouveaux –, à refaire des échangeurs, à agrandir les villes avec de mauvais plans d’urbanisme

conçus pour l’automobile. Où est cette fameuse guerre? Jamais le recours à l’auto n’a réellement été remis en question. La majorité des études a beau souligner les effets nocifs de l’automobile (sur l’environnement, sur la santé publique, sur la circulation, sur l’urbanisme), aucune décision politique n’envisage sa diminution. J’adore conduire. Vraiment. Certains roadtrips font partie de mes plus beaux souvenirs. Encore aujourd’hui, l’idée de préparer un roadtrip m’excite plus que préparer un voyage en avion. Plus encore, j’aime tellement conduire que ça m’emmerde d’être passager. Sans aucun doute, mon amour profond de la route confronte mes valeurs environnementales. En même temps, je ne tripe pas sur les voitures en soi. Je ne tripe pas mécanique et on ne me verra jamais dans un Salon de l’automobile. J’aime juste ça, conduire. Pas faire de la vitesse, juste conduire. Faire de la route. C’est méditatif. Apaisant. Beau. Reste que d’un point de vue social, la voiture est sans aucun doute le pire moyen de transport. L’automobile est le mode qui

coûte le plus cher, mais qui transporte le moins de gens à l’heure. Si le transport était une entreprise privée et non du domaine public, aucune direction ne garderait un système de transport aussi peu performant. Pour un dollar payé de nos poches, l’autobus ne coûte que 1,50$ à la société alors que la voiture coûte 9,20$. Sans parler de la congestion. De la pollution. De l’espace perdu pour les stationnements. De plus en plus d’entreprises préfèrent créer des incitatifs pour prendre le transport en commun ou le transport actif plutôt que d’agrandir leur stationnement – une option trop coûteuse ou impossible, en centre-ville. Je sais qu’il y a certaines situations où l’automobile est difficile à enlever de l’équation. C’est pour ça que ce sont les infrastructures et les aménagements qu’il faut changer. Il faut modifier l’équation et non laisser toute la responsabilité aux gens, comme si l’environnement n’était qu’un choix individuel. En banlieue, par exemple, il suffirait de faire les aménagements différemment, de penser les villes autrement, et la nécessité de l’automobile diminuerait.

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La voiture électrique ne changera pas ces problèmes. Ça demeure une façon de se déplacer très improductive en milieu urbain avec de lourdes infrastructures. Tant qu’on va aménager le territoire avec la voiture au cœur des déplacements, on ne pourra pas l’enlever de l’équation. Doit-on réellement continuer à construire de nouvelles infrastructures pour l’automobile? Doit-on continuer à bâtir des quartiers conçus pour l’automobile? Doit-on continuer à s’assurer de faire de la place à l’automobile dans les centresvilles? Y faire de nouveaux stationnements? Doit-on limiter l’utilisation de la voiture en ville? Je vais plus loin encore. Doit-on repenser la possession de l’automobile? Il m’apparaît complètement absurde de payer des milliers de dollars pour un bien qui passe le plus clair de son temps à ne pas être utilisé – et à prendre beaucoup de place à ne rien faire. Combien de temps par jour un automobiliste utilise sa voiture

JAMAIS LE RECOURS À L’AUTO N’A RÉELLEMENT ÉTÉ REMIS EN QUESTION. en moyenne? Deux heures? Trois heures? Combien d’heures dans le trafic là-dedans? Et si la voiture était un bien partagé? Et si au lieu de posséder individuellement une voiture dont la plupart ne font rien dans un stationnement on se partageait l’automobile? Communauto et Car2Go sont des exemples. La location de voitures privées aussi, dans un sens. Et si la voiture intelligente qui se conduisait toute seule facilitait le partage de l’automobile?

Pourquoi pas des voitures sous le modèle des Bixi? J’imagine bien que plusieurs personnes vont me trouver farfelu ou rêveur, pourtant, c’est le modèle actuel que je trouve complètement absurde. Quand je me retrouve dans le trafic et que je vois toutes ces voitures vides – avec une seule personne derrière le volant. Quand je vois des terrains de stationnements de voitures inutilisés ou vides le soir venu. Quand je vois la pollution. Quand je vois des rues bloquées par des gens qui n’arrivent pas à avancer, et à l’inverse de grands boulevards vides en dehors du «9 à 5». Quand je vois les sommes d’argent nécessaires pour soutenir la voiture – autant par les automobilistes que par la société. Je nous trouve profondément archaïques, collectivement et individuellement niaiseux. Une pancarte, durant une manifestation, disait qu’on ne courait pas à notre perte, mais qu’on s’y rendait en char. C’est un peu ça, oui. y


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LA COMÈTE BLONDE APRÈS UNE NOMINATION COMME RÉVÉLATION DE L’ANNÉE AU DERNIER GALA QUÉBEC CINÉMA, CITÉE POUR SON INTERPRÉTATION LUMINEUSE DANS LES FAUX TATOUAGES, ROSE-MARIE PERREAULT S’APPRÊTE À VIVRE SUR NOS ÉCRANS, PETIT ET GRAND, UNE ANNÉE 2019 AUSSI FASTE QUE PROTÉIFORME. MOTS | NICOLAS GENDRON

Jointe à Paris, où elle profitait de quelques jours de répit, la jeune actrice de 23 ans venait tout juste de terminer un tournage en Tunisie pour Le monstre, une série d’ICI Tou.tv tirée du récit éponyme d’Ingrid Falaise et dans laquelle elle interprète Sophie, l’alter ego de l’auteure, qui tente d’émerger d’une relation toxique. «C’est l’un de mes plus beaux projets à ce jour. Et de longue haleine en plus, avec 33 jours de tournage. On a eu la chance de tourner souvent en ordre chronologique, ce qui facilitait les choses, comme il y a beaucoup de flashbacks pour raconter l’histoire qui s’étend sur trois ans.» Et le réalisateur Patrice Sauvé (Grande Ourse, Ça sent la coupe, Victor Lessard) fut un allié des plus précieux. «Le personnage n’est pas près de moi, mais Patrice me guidait continuellement. Je l’ai constaté en tournant avec lui. Plusieurs réalisateurs ont une confiance aveugle envers les acteurs et les dirigent peu, alors que lui avait le souci constant du mot juste, pour m’éclairer. Ce n’est pas seulement une fille naïve qui tombe amoureuse d’un mauvais garçon, non. On voulait que ce soit crédible, qu’elle retourne vers lui, même s’il la bat. C’était quand même lourd à porter, parfois. Avec Mehdi Meskar, qui jouait M, on s’y était préparés, mais on s’est surpris, en jouant les scènes de violence, à être plus secoués qu’on l’aurait cru.» Tout l’opposé des rôles de jeunes femmes fortes et libres qui s’offrent à elle ces derniers mois. Outre une courte apparition marquante dans La chute de l’empire américain, de Denys Arcand, RoseMarie avait surtout ravi les cinéphiles au début de 2018, avec deux personnages

PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU

décomplexés, qui s’affirment haut et fort: d’abord cette Mag des Faux tatouages, premier long métrage plein d’hormones de Pascal Plante, sur la fulgurance d’un amour de jeunesse; puis Denise, la fille de La Bolduc, qui rêve d’Hollywood et se bute au conservatisme de ses parents. «Je tends vers cette liberté-là, moi aussi, d’affirmer Rose-Marie, parce qu’elle n’est jamais acquise. Je veux continuer à défendre de tels personnages. J’aimerais peut-être écrire un jour, et c’est certain que j’imaginerais des femmes décomplexées, pas parfaites non plus, mais qui assument leurs failles. C’est d’autant plus beau.» La Cynthia qu’elle compose dans Avant qu’on explose, un autre premier long métrage, signé Rémi St-Michel – à venir le 1er mars 2019 –, comédie dramatique qui capte bien selon elle «l’essence d’une génération», est aussi de la même eau. Dans ce réjouissant «film d’ados», écrit par Eric K. Boulianne (Prank, De père en flic 2), elle incarne avec un naturel solaire le fantasme d’un collégien angoissé par l’idée de mourir vierge à l’aube d’une troisième Guerre mondiale. Originaire de Trois-Rivières, où elle s’adonnait entre autres au ballet classique, la comédienne a toujours beaucoup aimé le cinéma. «Petite, je regardais du Pagnol avec mon père, et j’ai été marquée par La vie est belle ou Cinéma Paradiso. J’adorais raconter ou recevoir une histoire.» À l’adolescence, sa mère l’emmène voir Fragments de mensonges inutiles, pièce de Michel Tremblay présentée par Duceppe en tournée; c’est une révélation. «C’est la première fois que j’allais au théâtre, et ça m’a fascinée. En voyant les acteurs si près de moi, j’ai réalisé

que ça pouvait être un métier en soi. J’étais quand même gênée, au secondaire, mais j’ai saisi les chances qui s’offraient à moi.» Une amie lui parle d’un projet de court métrage (Les poupées ne meurent pas, de Julie Prieur) à la recherche d’une «comédienne blonde qui fait du ballet», un rôle qu’elle décroche! Il n’en fallait pas plus pour lui permettre d’avoir «un pied dans le milieu» et de faire son entrée dans l’Union des artistes. À 16 ans, elle croise la route de Philippe Lesage, qui la voit en audition et la recrute pour Les démons, un film troublant qui connaît un parcours exemplaire en festival. Malgré tout, Rose-Marie n’a toujours pas d’agence pour la représenter à ce moment. «Mes démarches étaient laborieuses, avouet-elle, et le film de Philippe n’était toujours pas sorti. J’avais écrit à tous les agents de Montréal, qui ne me répondaient pas ou me suggéraient plutôt de faire une école de théâtre, ce qui est dans l’ordre normal des choses.» Installée à Montréal, à 18 ans, alors qu’elle travaille au Café Cherrier, elle discute avec le comédien David La Haye, qui convainc son agente Nathalie Duchesne de la rencontrer. La chimie opère, et la voilà qui auditionne quelques semaines plus tard pour 30 vies, réalisé par François Bouvier. La suite relève d’un savant mélange de rencontres et de talent confirmé. Bouvier l’embauche de nouveau sur Ruptures, puis sur La Bolduc. Quant à Lesage, qu’elle définit comme «un travaillant amoureux, passionné, avec qui on peut faire jusqu’à 30 prises d’une même scène, toujours pour le bien du projet», elle le retrouve dans Genèse, déjà primé au FNC, à Namur, en Espagne et au Mexique, que l’on verra sur nos écrans en 2019.

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Son CV ne cesse de se garnir de projets féconds. Autrefois mannequin pendant ses études, elle en joue une ces jours-ci qui doit «s’émanciper du regard des autres» après un grave accident, dans Clash, une quotidienne de Vrak «qui ne prend pas les ados pour des cons». En 2019, elle apparaîtra dans plusieurs génériques, dont celui de Gut Instinct, aux côtés de Josh Hartnett et Antoine Olivier Pilon; d’Une manière de vivre, le 11e long métrage de Micheline Lanctôt, «une femme de tête» qui lui «insuffle la volonté d’être révoltée quand il faut l’être»; et de Gold, d’Éric Morin, avec une Monia Chokri qui l’inspire grandement par sa carrière sur deux continents. Elle travaille d’ailleurs déjà à élargir son terrain de jeu. Retenez son nom, car cette comète blonde ne filera pas de sitôt. y LES FAUX TATOUAGES, DE PASCAL PLANTE

CINÉMA (À VENIR EN 2019)

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TÉLÉ

Une manière de vivre, de Micheline Lanctôt Avant qu’on explose, de Rémi St-Michel Gold, d’Éric Morin Gut Instinct, de Daniel Roby Genèse, de Philippe Lesage

La chute de l’empire américain, de Denys Arcand La Bolduc, de François Bouvier Les faux tatouages, de Pascal Plante Les démons, de Philippe Lesage

Clash, actuellement en ondes sur Vrak Le Monstre, à venir sur ICI Tou.tv


TOUTES LES NUANCES ENTRE SON PRÉSENT DANS LA NEIGE DE MONTRÉAL ET SON PASSÉ DANS LA CHALEUR DU LIBAN, UN HOMME A DES COMPTES À RENDRE AVEC LUI-MÊME. VOICI MALEK. MOTS | VALÉRIE THÉRIEN

Lorsqu’on le rencontre en début de film, Malek est en face à face forcé avec une psychologue. Peu bavard ni enclin à se faire faire la morale, il reste assez froid et mystérieux. Mais au fil du film, on découvrira ce personnage complexe, brisé, isolé, un Libanais d’origine qui tente de se reconstruire une vie dans un Montréal enneigé. «C’est un personnage à fleur de peau, nous dit le réalisateur Guy Édoin (Marécages, Ville-Marie). Il est un peu paumé, mais en même temps, il essaie toujours de s’en sortir. Il y a quelque chose

PHOTO | LES FILMS SÉVILLE

de très juvénile chez lui. Ce qui me plaisait dans ce personnage, c’est sa dualité: il peut parfois paraître détestable, mais il vient toujours nous chercher avec l’humour ou la séduction. On a travaillé le personnage dans ce rapport amour-haine.» C’est le scénariste Claude Lalonde qui a imaginé ce Malek pour le grand écran, lui qui a été mandaté pour adapter le roman Cockroach (Le cafard) de l’auteur montréalais d’origine libanaise Rawi Hage, sorti il y a 10 ans. Le personnage est un homme qui manque de sous, mais pas de confiance en lui. Lorsque Malek veut

quelqu’un ou quelque chose, il est capable de l’avoir. Il séduit la femme de ses rêves et il obtient un emploi dans un restaurant assez facilement, par exemple. Sa psychologue veut toutefois creuser plus loin afin de comprendre ses blessures et Malek se voit alors forcé de se remémorer des souvenirs douloureux de son passé avec sa sœur. Cette histoire représentait un beau défi créatif pour Guy Édoin puisqu’elle lui permettait de se sortir de sa zone de confort. «Ce qui m’a beaucoup plu, c’est le parcours du personnage principal, tout


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> ce qu’il traverse. J’avais toujours travaillé davantage avec des personnages féminins en avant-plan et c’était la première fois que je côtoyais un personnage masculin qui avait à peu près mon âge, qui pouvait en quelque sorte me confronter à moi-même.»

qui n’a pas d’argent et qui ne mange pas nécessairement à sa faim. Ensuite, on a beaucoup discuté ensemble pendant le tournage pour s’assurer que Malek n’a jamais l’air désagréable ou crade parce qu’il souhaite toujours plaire.»

Pour ce film, le réalisateur a trouvé un solide allié en la personne de Tewfik Jallab, un acteur français vu dans Né quelque part aux côtés de Jamel Debbouze en 2013 et qui était de Ce qui nous lie de Cédric Klapisch en 2017. Tewfik Jallab porte le film sur ses épaules et s’avère être une grande révélation. Le comédien a bien su travailler toutes les nuances du personnage, indique Guy Édoin.

Malek trouve refuge chez les femmes dans sa vie. Il a un rapport de séduction avec la copine, la sœur, en passant par la fille du patron et la psychologue. Cette dernière, interprétée avec aplomb par Karine Vanasse, joue un rôle important dans l’évolution de Malek. Au-delà de la thérapie, la psychologue le suit dans sa tête (et dans son appartement). «Son rapport avec elle est toujours très clair et franc. Il y a la vraie personne assise devant lui avec son cahier de notes, puis la version érotisée de Malek, qui apparaît chez lui. C’est comme si elle jouait dans sa tête pendant la thérapie et puis elle lui apparaît dans une version érotisée.»

«Ç’a été une grande rencontre pour moi. C’est une révélation humaine, d’abord, et puis une révélation d’acteur également. J’ai rarement vu un acteur aussi engagé envers un rôle. Il en est très fier. L’apport est total. Tewfik s’est vraiment investi en perdant du poids pour se mettre dans l’esprit du personnage. En début de film, il pique dans les assiettes des autres, lui

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se regardent même pas dans la rue, remarque Malek à un moment dans le film –, la psychologue incarne cette «occidentalité-là qu’il ne comprend pas toujours, précise le réalisateur. Malek n’a pas les mêmes référents. Il cherche à les comprendre, mais il n’est pas capable. C’est intéressant d’avoir ce regard qui n’est pas occidental». Les quelques flashbacks dans un Liban chaud, lumineux et ensoleillé accentuent d’ailleurs ce contraste avec notre nordicité. «On aimait beaucoup l’idée de juxtaposer le froid hivernal et la chaleur du Liban, ajoute Guy Édoin. Le défi ici, lors du tournage, c’est qu’avec les hivers québécois, on ne sait jamais si on aura de la neige ou pas. À la première journée de tournage, je pense qu’il est tombé un mètre de neige et trois semaines plus tard, il fallait en acheter et en saupoudrer partout pour que les raccords de scènes soient crédibles!» Bienvenue au Québec. y

Et dans cette histoire de recherche de soi d’un immigrant au Québec – où les gens ne

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_ CINÉMA EN BREF LES ÉTOILES DE 2018

Sophie Dupuis Rarement un film québécois a eu une aussi belle histoire de bouche-à-oreille que Chien de garde. Sorti en mars, le film a captivé les publics avec son portrait saisissant d’un noyau familial violent. Le long métrage récoltait huit nominations au Gala Québec Cinéma en mai. Les performances magnifiques de Théodore Pellerin et de Maude Guérin ont été soulignées. Et cerise sur le sundae: Chien de garde a été sélectionné pour représenter le Canada aux Oscars dans la catégorie Meilleur film en langue étrangère. Avec le court métrage Faillir en 2012, qui traitait avec délicatesse d’un désir impossible entre un frère et une sœur, on avait repéré chez Sophie Dupuis un talent rare. La voilà maintenant sur une belle lancée. Pour son deuxième long métrage, Souterrain, elle s’invitera chez les mineurs dans sa patrie natale de l’Abitibi. (Valérie Thérien)

En 2018, le cinéaste originaire de Québec Pascal Plante nous proposait l’un des meilleurs films québécois de l’année, Les faux tatouages. «Fuck les films romantiques!» lisait-on sur l’affiche du film à sa sortie en salle l’hiver dernier. Son histoire de jeunesse et d’amour est rugueuse mais tendre, sur fond de musique punk-métal et de Sèche tes pleurs de Daniel Bélanger (oui, oui!). Ce premier long métrage de Plante a fait bien du chemin, se rendant jusqu’aux publics de Slamdance (États-Unis) et de la Berlinale (Allemagne). En entrevue avec nous cette année, le comédien Anthony Therrien – qui incarne Théo – soulignait avec raison l’excellence des dialogues réalistes du scénario de Plante, et mentionnait par le fait même que le réalisateur avait laissé aux acteurs beaucoup de liberté. On suivra son prochain projet de près. (V.T.)

Marguerite Bouchard On l’a remarquée dans des séries télé d’envergure ces dernières années (19-2, District 31),mais la jeune comédienne de 18 ans a fait un saut au grand écran cette année en donnant vie avec aplomb au rôle principal dans Charlotte a du fun. Pour mieux relever ce défi, elle retrouvait une mentore, la comédienne et réalisatrice Sophie Lorain, qui l’avait dirigée il y a quelques années dans Nouvelle adresse. Si le film était celui de l’émancipation d’une jeune femme, l’actrice, elle, semble aussi s’être affranchie dans ce rôle frais et réaliste. Elle porte Charlotte sur ses épaules dignement. On peut suivre Marguerite Bouchard dans la troisième saison des aventures de Marc-en-peluche à TéléQuébec. Et on lui souhaite d’autres beaux défis cinémato­graphiques en 2019. (V.T.)

Lévi Doré Révélé à la télévision dans Au secours de Béatrice et au théâtre dans La divine illusion, Lévi Doré vient de connaître son année charnière grâce à son premier rôle dans La chute de Sparte, film adapté d’un roman de Biz dont l’histoire est centrée autour d’un adolescent renfermé qui doit apprendre à s’affirmer. «J’ai vécu mon secondaire 5 en même temps que je tournais le film! C’est un rôle qui m’a vraiment beaucoup apporté sur le plan émotif», révèle l’acteur de 17 ans, encore enthousiaste par rapport à cette expérience de tournage dont il avoue ne pas avoir assez profité. En vedette dans la série Plan B cet automne, Doré admet avoir «hâte de décrocher un nouveau rôle au grand écran» et, d’ici là, il s’apprête à relever deux beaux défis en 2019: un rôle dans la pièce Mauvais goût de Stéphane Crête à L’Espace libre et un autre dans l’émission jeunesse Clovis (une nouvelle mouture de Conseil de famille) à Télé-Québec. (Olivier Boisvert-Magnen)

Photos / Sophie Dupuis: Patrick-Joseph Dufort; Lévi Doré: Kelly Jacob; Margerite Bouchard: Fred Gervais Dupuis

Pascal Plante


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PRISE DE TÊTE

PAR NORMAND BAILLARGEON

Le jeu de l’inexpliqué Je vous propose un petit jeu. Voici ses règles. Vous êtes placé devant un phénomène singulier, plus ou moins étrange, un phénomène qui rompt avec l’ordre usuel des choses. Il est en ce sens inexpliqué, du moins par le cadre habituel qui vous permet d’ordinaire de comprendre le monde. Ce phénomène attire pour cela votre attention. Vous voulez comprendre. Vous tentez donc des explications que vous testerez le plus soigneusement possible. Il se peut que vous parveniez à expliquer le phénomène intrigant. Tant mieux, tout rentre alors dans l’ordre. Mais il se peut aussi que vous ne le puissiez pas. Peut-être même que personne ne le pourrait. Voici alors vos options. Une première possibilité est de conclure que cette incapacité est provisoire et que nous parviendrons un jour, on peut l’espérer, à expliquer le phénomène intrigant. Une autre possibilité est que la solution soit connue de certaines personnes savantes qui pourraient vous l’expliquer.

Mais il se peut aussi que vous ne vouliez pas connaître cette explication et que vous vous prêtiez, émerveillé, à ce phénomène – ce qui peut d’ailleurs être très agréable. C’est un peu cela qui se produit durant le spectacle d’un magicien. Une autre possibilité est d’interpréter le phénomène en disant que c’est un miracle. Il n’est pas interdit de penser qu’on explique alors l’inexplicable par plus inexplicable encore.

expliquer. Prenez en compte le nombre de maisons visitées, la durée de chaque visite, le temps alloué, calculez la vitesse requise en tenant compte de la montagne de biscuits avalés. D’ailleurs, si la science amusante derrière tout cela vous intéresse, vous sourirez pas mal en lisant ceci: [http://www.daclarke.org/Humour/santa.html]

Une dernière possibilité est que finalement, le phénomène allégué n’ait pas eu lieu: l’explication est alors qu’il n’y avait en fait rien du tout à expliquer.

J’ajouterai que la créature que l’on connaît aujourd’hui est bien récente: elle est née sous le pinceau d’un artiste travaillant pour Coca-Cola dans les années 1930 du siècle dernier. Elle est un des facteurs qui nourrit cette singulière frénésie consumériste du moment. Au fait: mérite-t-elle une explication? Laquelle?

À présent, jouons.

Mais passons à un autre phénomène.

Les cadeaux d’un barbu

Une étrange étoile

On vous parle d’un barbu de rouge vêtu qui distribue des cadeaux à tous les enfants sages de la Terre entière, cela en une seule nuit et en voyageant sur un traîneau tiré par des rennes volants.

Mathieu, et il est le seul des quatre évangélistes à parler de cela, raconte que des mages ont suivi depuis l’Orient une étoile qui les a conduits à l’étable où Jésus est né. Si ces crèches de la saison qu’on voit un peu partout sont souvent surmontées d’une étoile, c’est justement en souvenir de celle-là, la fameuse étoile de Bethléem.

Enfant, vous y avez peut-être cru. Était-ce pour le mieux? Quoi qu’il en soit, devenu adulte, vous savez bien qu’il n’y a pas de phénomène à

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Des astronomes (typiquement des croyants) ont, depuis Kepler, proposé des explications à ce singulier phénomène. Kepler, justement, a cru à un alignement des planètes Saturne et Jupiter, survenu dans la constellation des Poissons, qui est, comme par un heureux hasard, le symbole des chrétiens. Hélas, pour lui, cette conjonction ne pouvait être confondue avec une étoile, moins encore avec une étoile qui resterait si longtemps visible que les mages l’auraient suivie durant les semaines qu’a duré leur périple. Une autre hypothèse est qu’il s’est agi de l’implosion d’une étoile, laquelle dégage une formidable lumière. Une autre encore est qu’il s’agissait d’une comète. Mais pour diverses raisons, aucune des hypothèses envisagées ne correspond aux faits rapportés. D’autant que les mages ont vu l’étoile à l’est, allant vers l’est, et l’ont

suivie pour aller à l’ouest! Là où personne ne semble d’ailleurs l’avoir vue… Par contre, il faut le savoir, ce genre de récit dans lequel un phénomène céleste accompagne la naissance d’un être destiné à devenir exceptionnel est courant à cette époque.

Vous le savez: on a résolu une part de leurs mystères. Mais il nous reste encore bien du travail. En attendant, vous songez que ce que vous voyez est l’état des étoiles il y a bien longtemps, le temps que leur lumière vous parvienne.

Alors? Mystère résolu? Mystère persistant? Miracle? Magie? À vous de décider.

Vous pensez alors aux gens que vous aimez et qui vous attendent à l’intérieur, vous pensez à tout ce qui vous lie à eux et elles. Vous avez une pensée pour ce brave Emmanuel Kant (1724-1804). Sur sa tombe, il a fait inscrire: «Deux choses remplissent le cœur d’une admiration et d’une vénération toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s’y attache et s’y applique: le ciel étoilé audessus de moi et la loi morale en moi.»

Mais voici un dernier jeu. Une nuit La nuit commence alors que les enfants déballent leurs cadeaux. Grand moment. Qu’est-il pour eux? Pour vous? Comment l’avez-vous préparé? Qu’auriez-vous aimé qu’on vous dise, ou qu’on vous cache, enfant? Vous passez ensuite à table avec la famille et les amis. Ce soir-là, précisément, vous ressentez une bien vive émotion et vous repensez aux mêmes fêtes des années passées. Vous sortez dehors et contemplez les étoiles.

Ce que vous ressentez, je vous le souhaite, est vraiment étrange et n’arrive pas si souvent. Une sorte de phénomène singulier, qui rompt avec l’ordre usuel des choses. Je vous laisse l’expliquer. Ou pas. Pendant que vous rentrez retrouver les enfants et vos proches. y


LE GRAND RETOUR DE LA PÂTISSERIE AUTREFOIS ZAPPÉ OU RELÉGUÉ AUX GRANDES OCCASIONS, LE DESSERT REVIENT DANS LE QUOTIDIEN. EXIT LE BEURRE ET LE SUCRE: LE GOÛT EST DORÉNAVANT AUX FRUITS ET À LA LÉGÈRETÉ. MOTS | MARIE PÂRIS


GASTRONOMIE 41 VOIR MTL

Dans le sillon de la cuisine, la pâtisserie se transforme. Son évolution est plus lente, d’abord parce que les pâtissiers travaillent moins par instinct et ont plus tendance à suivre les recettes de référence – qui contiennent souvent beaucoup de sucre et de beurre. Certes, le sucre avait un rôle à jouer à l’époque, quand la réfrigération était rare dans les boutiques et qu’il servait d’agent de conservation. Mais plus d’excuse aujourd’hui pour alléger la mesure! «En France, on parle du “désucrage” de la pâtisserie, ce qu’on commence à entendre ici, indique Patrice Demers. Mais il ne suffit pas d’enlever le sucre, il faut garder un équilibre, repenser les desserts. On peut refaire les classiques, mais en s’adaptant.»

PATRICE DEMERS, PHOTO MICKAEL A. BANDASSAK

À sa boutique montréalaise de SaintHenri, Patrice Pâtissier, on trouvait par exemple cet été un Forêt-Noire où la cerise était plus présente que dans la version traditionnelle. «C’est une façon de rendre la pâtisserie plus équilibrée: laisser plus de place aux fruits, explique Patrice. Le sucre est mauvais pour la santé et les gens y font plus attention. Les pâtissiers n’ont pas le choix de s’adapter; si on veut que notre métier continue d’exister, on va chercher des desserts moins sucrés, plus frais, de meilleure qualité. Si le client peut se gâter en se faisant un peu moins mal et en se sentant moins coupable… tant mieux!» Patrice utilise une bonne partie de fruits du Québec à l’année en surgelant ses produits ou en les transformant pour les garder.

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Si sa pâtisserie change les traditions, la clientèle est au rendez-vous. «Je me fais souvent dire par ceux qui ont moins l’habitude d’aimer le dessert que les miens leur plaisent vraiment. Habituellement, c’est trop sucré ou gras, et là, ils se retrouvent», raconte le pâtissier. Il juge le consommateur très ouvert d’esprit, comparé aux États-Unis par exemple – où l’on voit beaucoup moins de fines pâtisseries dans les grandes villes. «Là-bas, les clients sont plus friands de tendances, comme les macarons ou les cupcakes...» Dessert de chefs Les cuisiniers commencent à comprendre que la pâtisserie est importante, et les


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clients deviennent plus exigeants envers le dessert. Patrice Pâtissier a d’ailleurs reçu en stage quelques chefs désireux d’apprendre certaines bases. C’est que pâtisserie et cuisine sont intrinsèquement liées: si Patrice Demers s’est inspiré de Pierre Hermé ou Philippe Conticini, il a également été influencé par des chefs et par sa formation de cuisinier. «Ça différencie mon approche. Ce travail du goût, je le retrouve plus chez les cuisiniers. C’est rare qu’en pâtisserie on parle d’assaisonnement, mais c’est quelque chose que j’essaie de montrer à mon équipe. On essaie de bâtir des saveurs un peu comme le ferait un cuisinier…» Chez Patrice Pâtissier, les lunchs sont préparés par des pâtissiers les fins de semaine. Ce que Patrice trouve très important: «Goûter et assaisonner leur amène quelque chose de plus. En pâtisserie, parce que c’est réussi techniquement, on s’imagine que c’est toujours bon.

Pâtisserie pour tous les jours

de temps en temps.» Gaël prend le temps d’expliquer et de parler des ingrédients, car «il y a une éducation à faire». Certains clients viennent encore seulement pour un anniversaire, mais le passage au quotidien se fait tranquillement. Si la pâtisserie était auparavant réservée aux fins de semaine ou aux occasions, Patrice a vu une évolution ces cinq dernières années: «On est maintenant beaucoup plus occupés en semaine!»

Une qualité qui se retrouve dans le prix, que certains rechignent à dépenser, mais qui n’effraie pas une clientèle de plus en plus régulière. C’est le cas chez Gaël Vidricaire, qui a ouvert sa pâtisserie en 2016 à Québec, dans Montcalm: «On est plus cher qu’ailleurs, mais les gens sont plus intéressés par les petits artisans qu’ils connaissent. Le geste de consommer est plus personnel. Et une bonne pâtisserie, c’est comme un bon vin ou un bon chocolat. Tout le monde a besoin de se faire plaisir

L’engouement pour la nouvelle pâtisserie se voit notamment dans la multiplication des magazines sur le sujet, professionnels comme grand public, et des boutiques haut de gamme comme Rhubarbe et Crémy à Montréal, ou Olivier Poitier à Laval. «En région, y a encore du chemin à faire. Y a de très bonnes boulangeries, mais pas vraiment de pâtisseries, note Patrice. Mais ça prend un gros bassin de population pour pouvoir faire de l’extrême fraîcheur…» Il regrette cependant que le mouvement aille

C’est pas forcément vrai: y a une différence entre un bon et un très bon dessert.» Par exemple, les textures ont leur importance et sont plus faciles à travailler dans un plat; en pâtisserie, il faut penser à leur évolution dans le temps – surtout pour un dessert de boutique avec une durée de vie plus longue qu’au resto, où il est monté à la dernière minute et servi tout de suite.

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aux extrêmes: dans du haut de gamme hyper qualité ou du très industriel. «En France, c’est à ça qu’on assiste, avec le développement de la pâtisserie presque haute couture. J’espère qu’au Québec, le milieu va rester, car il en faut pour tout le monde.» Trop de haut de gamme? Pas pour autant, nuance Patrice, qui pense que chaque pâtissier a sa signature et qu’il y a donc de la place pour chacun. «Plus on sera nombreux, plus l’univers de la pâtisserie sera riche», ajoute Gaël Vidricaire. À Québec, les pâtissiers ont commencé à organiser des rencontres informelles pour échanger sur ce qu’ils font ou parler des concours, «pour rester dynamiques». Parfois, des clients entrent dans la boutique de Gaël et lui disent: «Des pâtisseries comme ça, j’en avais juste mangé en Europe. Je savais pas que ça existait ici!» L’artisane voit ainsi la pâtisserie au Québec comme le vin ou le fromage il y a 20 ans: avec un bel avenir devant elle. y PÂTISSERIES GAËL VIDRICAIRE

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PORTRAIT DE CHEF DOMINIC JACQUES ON L’A VU À L’ÉMISSION LES CHEFS! EN 2012. IL EST DEPUIS AUX FOURNEAUX DE SON RESTO DE QUÉBEC LE QUAI 19, DEVENU CHEZ RIOUX ET PETTIGREW L’ANNÉE DERNIÈRE. ADEPTE DE PRODUITS LOCAUX ET DE SOUVENIRS CULINAIRES, DOMINIC CUISINE LE FUTUR EN S’INSPIRANT DU PASSÉ. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTOS | FRANCIS FONTAINE


GUIDE RESTOS 45 VOIR MTL

> Comment es-tu venu à la cuisine?

Ton plat phare, c’est quoi?

Mon père était chef, et on a toujours bien mangé à la maison. J’ai commencé à cuisiner à 16 ans dans un petit resto grec où je faisais des salades. J’ai aussi été livreur pour une pizzeria – ce que je préférais, c’était faire à manger pour le staff! J’ai fait ensuite l’École hôtelière de la Capitale, puis j’ai travaillé au Panache, dans un grand resto en France, à l’Initiale, au Laurie Raphaël... Puis on a lancé Le Quai 19.

Le boudin noir. La cuisine des abats me vient de mes grands-parents, et j’ai voulu l’amener à un autre niveau. J’ai travaillé longtemps sur la recette de ce boudin. Il est plus axé sur les herbes et le côté piquant. Je le fais un peu à la créole: lardé, avec des oignons caramélisés… Les clients capotent. On fait 12kg de boudin par semaine! Il sera toujours sur la carte. Il n’y a que les garnitures autour qui changent selon les saisons.

Chez Rioux et Pettigrew, c’est un resto plein d’histoire…

Un resto coup de cœur?

On a déménagé en 2017 et on a changé de nom. Les locaux sont tellement empreints d’histoire, les murs parlent d’eux-mêmes! Avant, c’était un magasin général d’importexport, le plus grand entrepôt de la rue Saint-Paul. On retrouve ce côté d’époque dans ma cuisine, avec les épices par exemple… C’est quoi ton style de cuisine? Je vais chercher mes racines, la cuisine de ma grand-mère, de mes parents. Pour moi, c’est ça la cuisine: je veux vivre une émotion et rappeler des souvenirs aux gens. C’est une cuisine gourmande, généreuse, de partage. Je veux aussi dénaturer les produits le moins possible. Ça fait 20 ans que je fais ce métier. J’ai gardé plein de choses de mes expériences, mais faut aussi s’adapter. Je fais plus attention à ce que je mange et ça se reflète dans mon travail: y a moyen d’avoir une cuisine gourmande mais plus légère. Je mange moins de viande, plus de légumes… J’ai toujours des plats végés et véganes au menu. Quel est ton souvenir culinaire le plus marquant? La cuisine réconfortante de nos parents! Le bouilli de légumes du jardin de mon père, qui rassemble la famille. Ma mère, c’est la tomate. Y en a partout chez eux, sur les rebords de fenêtres, sur le comptoir... Je la travaille partout où je peux; je l’ai d’ailleurs cuisinée pour la finale des Chefs. Un producteur dont tu aimerais souligner le travail?

Le Battuto! Guillaume St-Pierre et Paul Croteau travaillent fort, et le resto est complet tous les jours. Manger là-bas, c’est une super expérience, sur le plan de la bouffe mais aussi de l’ambiance. Tes trucs pour garder la forme dans ce métier demandant? Je reste à Neufchâtel et je viens au resto en vélo! Je fais 30km de vélo par jour, de mai jusqu’à la première neige. Ensuite, je fais de l’elliptique à la maison. Mon autre truc, c’est de bien manger. Le plus bel aspect du métier de chef? La reconnaissance de ce qu’on fait. On a une cuisine ouverte, on est près des clients. Les gens viennent nous voir pour nous remercier et c’est la plus belle satisfaction. Ça, et sortir les producteurs de l’ombre. J’aime beaucoup chercher de nouveaux produits! Le pire inconvénient? L’être humain, c’est le plus difficile à gérer. Il faut être diplomate et à l’écoute des employés. Mais j’ai de la chance, j’ai une super équipe solide. Il faut aussi être prêt à travailler les soirs ou pendant que les autres sont en congé. Mais avec de la passion, on y arrive… Un plaisir coupable côté bouffe? Autant je mange bien, autant je peux me lâcher lousse de temps en temps. Et c’est important. La semaine dernière, je suis allé manger une poutine avec mon ti-gars – eh qu’elle était bonne! La gastronomie québécoise, c’est quoi pour toi?

Puisqu’il faut en choisir un, je citerais Les Élevages JK, à Saint-Lambert. C’est un microélevage où ils font des œufs bios, des poulets et des coqs à chair, des agneaux et des pintades qui sont élevés en semi-liberté. Ils font des produits incroyables.

On est de plus en plus capables de s’autosuffire. On est enfin rendus avec notre propre identité. On fait aussi attention à l’environnement: la cuisine québécoise est plus réfléchie et intelligente. J’essaie d’en être un exemple. y

VO3 #12

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LIVRES 47 VOIR MTL

VO3 #12

TOUTES LES ROUTES MÈNENT À MINAS GERAIS ENTRETIEN AVEC L’ÉCRIVAIN ERIC DUPONT CHEZ LUI, AU MOMENT DE LA PARUTION DE SON PLUS RÉCENT LIVRE, LA ROUTE DU LILAS, ET QUELQUES JOURS APRÈS LA NOMINATION DE LA TRADUCTION ANGLAISE DE LA FIANCÉE AMÉRICAINE À L’UN DES PLUS PRESTIGIEUX PRIX CANADIENS, LE GILLER. MOTS | JÉRÉMY LANIEL

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

Six années ont passé depuis la parution de La fiancée américaine, l’un des récents succès monstres en littérature québécoise. Lauréat du Prix des libraires et du Prix littéraire des collégiens, le livre avait fait un réel tabac en librairie, trônant au sommet des meilleures ventes plusieurs mois après sa parution. L’auteur s’est fait attendre de son public, un lectorat ayant considérablement augmenté, il va sans dire. Mais à la lecture de La route du lilas, on comprend que ce dernier n’a pas chômé, livrant une somme de près de 600 pages, voyageant de Rio de Janeiro jusqu’à l’arrière-pays brésilien en passant par le sud des Grands Lacs, Montréal, Paris et Notre-Dame-du-Cachalot.  Deux femmes prennent chaque année la route du lilas (route fictive imaginée ici par l’auteur), suivant ainsi la fleuraison de cette plante en partant du Midwest américain jusqu’aux affluents du fleuve Saint-Laurent. Elles s’adjoignent d’une troisième personne, Pia, de Minas Gerais, aux confins du Brésil, qui semble dans une fuite en avant. Pourquoi et vers où? Deux questions qui seront le moteur même du présent livre. Si La fiancée américaine était composé comme un opéra, sorte de fil d’Ariane réunissant les multiples récits qu’on y retrouvait, l’auteur préfère ici l’histoire d’une plante qu’il souhaite fédératrice.

«Le lilas est une plante emblématique pour moi et pour beaucoup de gens, dit Eric Dupont. C’est très difficile d’arriver devant les gens et de les intéresser à des histoires qui ne sont pas les leurs. J’ai encore tenté de trouver un élément fédérateur, et si dans La fiancée américaine, La Tosca (un opéra de Verdi) était un élément sensoriel et cérébral, cette fois-ci, le lilas est purement sensoriel. Le lilas est associé à l’enfance, à l’école, à la fin des classes, une espèce d’affection maternelle. Lorsqu’on propose le lilas comme point de rencontre entre le lecteur et l’auteur, on a un terrain de rencontre très fertile, sans mauvais jeu de mots. On a tous une histoire avec le lilas. La mienne en est une comme cent autres.» «Brazil is not for beginners» Si l’œuvre de Dupont nous a fait voyager de la Gaspésie jusqu’en Italie en passant par Berlin, c’est au cœur de l’Amérique latine que La route du lilas prend racine. Pour l’auteur, c’est une phrase d’une poète américaine qui, pour lui, représente toute la complexité du Brésil: «Elizabeth Bishop disait: Brazil is not for beginners. C’est un pays très compliqué, une société avec ses propres règles, presque culturellement autosuffisante, c’est tout cela que je trouvais intéressant.»

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Partageant sa vie depuis plus de 10 ans avec un Brésilien, Eric Dupont savait qu’il allait un jour écrire sur ce pays qu’il fréquente depuis longtemps, mais pas avant d’en connaître la langue. C’était pour lui essentiel d’entendre ce pays se raconter par des sources primaires pour pouvoir lui faire honneur. Pour un écrivain qui aime jouer avec les codes du réel dans ses propositions littéraires, aborder la société brésilienne n’est pas chose facile: «La préoccupation avec la vraisemblance n’est pas la même là-bas qu’ici. Le travail sur un certain réalisme magique ne peut pas se faire de la même façon si l’on veut rendre compte d’une réalité. Il y a des gants blancs qu’on ne met pas là-bas, il y a un rapport aux extrêmes qui n’est pas le même», explique l’auteur, en rappelant qu’il n’y a qu’au Brésil qu’un candidat à la présidentielle (depuis élu président) peut se faire poignarder en pleine foule et en direct à la télévision. Mais si les errances géographiques et les sauts dans le temps sont monnaie courante dans La route du lilas, la langue est primordiale pour Dupont, désirant qu’à chaque page, le lecteur sache quelle subjectivité prend la parole. «Je veux

absolument que l’on comprenne, partout dans le livre, qu’il s’agit d’un Québécois qui parle du Brésil, que c’est Dupont qui parle, que l’on comprenne d’où j’écris.» Portraits de femmes Ce sont les femmes qui portent entièrement cette Route du lilas, qu’on pense à Édith Piaf qui erre en ses pages, à Isabella Preston «la reine de l’horticulture ornementale», ou à Léopoldine de Habsbourg, «cette obscure archiduchesse autrichienne méconnue même des Autrichiens, qui est allée mourir au Brésil et dont seuls les Brésiliens se souviennent et même là» (l’un des personnages clés du roman). Tous voient leurs destins s’entremêler dans cette fresque romanesque pour tenter de cerner une autre réflexion brésilienne de l’auteur. «Entre 4000 et 5000 Brésiliennes meurent chaque année de violence conjugale. C’est là que je me suis intéressé à la question: est-ce qu’il existe un endroit sur terre où la femme est à l’abri de la violence masculine? Non, il n’existe pas cet endroit-là. […] Le Brésil nous rappelle cette triste réalité: on ne pourra pas parler de progrès social tant et aussi longtemps qu’une moitié de l’humanité se sentira

menacée par l’autre. La porte de la barbarie est toujours entrouverte.» Roman ample aux moteurs multiples, La route du lilas propose un parcours en terre typiquement dupontienne, où la langue s’amuse et les faux-semblants sont nombreux. Un peu comme les premiers effluves du lilas nous arrivent en mai pour nous rappeler la fin des classes, un nouveau roman d’Eric Dupont qui paraît à l’automne nous assure un hiver au chaud avec de longues heures de lecture de ces mots que l’auteur nous promet avoir écrits avec le cœur. y

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OUVRIR SON CŒUR ALEXIE MORIN

LES NOMBRILS (TOME 8) EX, DRAGUE ET ROCK’N’ROLL DELAF ET DUBUC

Le Quartanier, 376 pages Les anecdotes aux apparences banales sont parfois les pièces les plus difficiles à placer. À l’image d’un cassetête dont les morceaux sont étalés devant nous, Ouvrir son cœur d’Alexie Morin, qui brille parmi la liste préliminaire du Prix des libraires dans la catégorie roman québécois, est un récit fragmenté dont la construction – ou la reconstruction – se fait de manière organique, sans points de rupture. «Moi aussi! Moi aussi, je me suis fait opérer, je me suis fait opérer deux fois.» Avec l’enthousiasme d’une enfant qui «parle comme un dictionnaire», la jeune Alexie se rend intéressante auprès de Fannie, une petite voisine – qui deviendra une amie importante – souffrant d’une malformation cardiaque. Alors qu’avec recul, la narratrice adulte évoque la maladresse de comparer son opération à l’œil à celui d’une chirurgie où la vie est en jeu, il s’agit du seul moment du récit où cette dernière s’offre le droit de ressembler à l’autre. Amitié, humiliations, solitude, distractions de fond de classes – ou de bord de fenêtres. C’est dans les Cantonsde-l’Est que grandit Alexie; ceux à l’antipode des condos hygge de Bromont. À Windsor, tout est frette et rien n’est grandiose, on naît de pères travailleurs d’usines et de mères couturières chichement payées. Avec ses 255 fragments dont la prose est remarquable, Morin revendique le presque ordinaire et la non-beauté en dépeignant un portrait juste et plutôt rare: une anxiété qui ne repose pas sur le regard des autres, mais uniquement sur la certitude d’être inapte à interagir, à se mouvoir dans l’espace. «Je regardais mon reflet dans le miroir et je me disais qu’il était injuste, profondément, qu’on ait pu me traiter de laide, qu’il fallait être soi-même de mauvaise foi, soi-même méchant pour me dire laide, parce que je n’avais rien de laid, et que je ne voulais de mal à personne.» Personnifié comme «L’œil croche», le strabisme de la narratrice est un pivot, la toute première marque d’une différence qui s’ancrera autrement. Ouvrir son cœur: d’abord comme une manière de se dévoiler sans détour malgré la honte, d’offrir aux autres les souvenirs qui ont été implantés et les traces qu’ils auront laissées; puis, comme une véritable dissection de soi, celle qui découpe avec minutie chaque partie de l’existence pour continuer à l’habiter. (Mélanie Jannard) y

Dupuis, 48 pages Prêtes pour du changement? Car si l’affirmation de soi et l’émancipation sont le moteur des derniers épisodes des Nombrils, Delaf et Dubuc passent en cinquième vitesse avec Ex, drague et rock’n’roll que nous attendions depuis Un bonheur presque parfait paru il y a déjà trois ans. Les couteaux – ou les ciseaux – volent bas dans la chambre de nos bombasses nationales, qui la partagent depuis le match de leurs parents. De son côté, Karine n’a rien à cirer des enfantillages de ses vieilles copines: ex-bouc émissaire, celle qui est devenue la star de l’école est en tournée avec son band Albin et les albinos, dont la popularité avait été propulsée par une tentative de meurtre du chanteur. Et elle sera prête à tout pour éviter qu’un autre groupe populaire ne leur vole le spotlight pour une «raison» tout aussi saugrenue. Mensonge, jalousie, manipulation: Les Nombrils n’ont jamais donné dans la dentelle ni le politiquement correct, et c’est là une des grandes forces – encore trop peu courantes en littérature jeunesse – de la série. Qui a envie d’être prise par la main? Bon; peut-être Jenny qui, en peine entre son image «impeccable» et l’amour pour quelqu’un «hors de ses standards», subit l’amertume d’une pauvre Vicky incapable de supporter ni le succès ni le bonheur d’autrui. Karma is a b*tch, disait-on? Je m’en ennuyais, des éclats de rire francs que provoque l’humour unique de Delaf et Dubuc, tantôt franchement grinçant, tantôt complètement absurde, mais toujours savamment calibré. Malgré ses mises en scène cruelles et ses vacheries impardonnables, ce n’est pas sans émotion que le duo, que j’ai rencontré au Salon du livre de Montréal, parle de ses personnages et des chemins parfois rocailleux qu’il leur est donné d’emprunter. L’illustrateur mentionnait d’ailleurs avoir été touché en dessinant pour la dernière fois – jusqu’à nouvel ordre – l’iconique chapeau vert de Jenny. Prélude d’une finale importante, surprenante, qui tirera certainement une larme aux plus grandes fans d’entre nous – tousse, tousse. On m’a rassurée: un prochain tome est bel et bien prévu, avant quoi on pourra lire un Vacheries, série satellite de planches à gags. Marc Delafontaine et Maryse Dubuc, merci de faire confiance à votre lectorat; merci pour ce huitième tome qui, au-delà des apparences, est empreint d’une grande sensibilité. Comme Jenny, je vous lève mon chapeau. (Mélanie Jannard) y


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SALINA: LES TROIS EXILS LAURENT GAUDÉ

TOUT SAVOIR SUR JULIETTE ÉRIK VIGNEAULT

Actes Sud, 160 pages

Le Cheval d’août, 192 pages

Certains écrivains nous accompagnent longtemps. Je me souviens encore très bien, alors jeune lecteur et nouveau libraire, découvrir Laurent Gaudé avec Le soleil des Scorta (prix Goncourt 2004), un roman que je ne cesse de conseiller. C’est que Gaudé a le temps pour raconter des histoires, il a la main pour le récit épique, incantatoire, étant capable de retenue et de grandiloquence au tournant d’une même phrase. Depuis, pour moi, chaque nouvelle parution de cet auteur est une sorte de rendez-vous, une assurance d’émerveillement. Avec Salina: les trois exils, Gaudé reprend une de ses pièces de théâtre publiée il y a plus de 15 ans pour y insuffler ce souffle romanesque qu’il maîtrise si bien. Halte littéraire en hommage à la mémoire et à ces pays de sable où les pierres sont les témoins d’histoires qui se doivent d’être racontées.

Il y a des auteurs qu’on fréquente comme de vieux amis. De bonnes connaissances que l’on est toujours heureux de recroiser çà et là dans notre parcours de lecteur. Et il arrive qu’on partage, bien que sans le savoir, ce groupe d’amis avec d’autres, qui prennent, comme nous, autant de plaisir à les lire. C’est cette impression forte qui m’a accompagné tout au long de ma lecture du premier roman d’Érik Vigneault, Tout savoir sur Juliette. Rapidement et dans une même page, j’y ai croisé l’écrivain barcelonais Enrique Vila-Matas, le Portugais Antonio Lobo Antunes, l’Autrichien Thomas Bernhard. Tous étaient là, réunis dans cet amour du jeu et celui de la langue. Mes craintes initiales de trouver en ces pages un mauvais pastiche des auteurs qui m’ont formé comme lecteur se sont vite estompées: au sortir du livre et sourire aux lèvres,  Tout savoir sur Juliette est l’une de mes lectures les plus brillantes des dernières années.

Un cri strident déchire le silence des montagnes. Un chevalier inconnu entre au village avec un nouveau-né, collé sur lui. Ainsi, en l’espace d’un instant, en déposant au sol et au cœur du monde cet enfant aux pleurs sauvages avant de faire demi-tour et partir vers l’horizon, cet homme donnera naissance au mythe. Ce n’est que des années plus tard que cette histoire sera pleinement racontée. C’est au moment où Malaka, «fils élevé dans le désert par une mère qui parlait aux pierres», désire la porter à son dernier repos qu’il décide de relater l’existence de celle qui lui donna la vie. Car c’est ainsi que fonctionne l’île cimetière, trouvée par-delà la montagne que l’on croyait infranchissable: le sanctuaire écoute le récit de tous les morts venant à lui, et ce n’est qu’à la fin qu’il décide s’il ouvre ses portes ou non au défunt. Si le procédé narratif rappelle un peu La mort du roi Tsongor (prix Goncourt des lycéens, 2002), le livre s’en détache pour proposer une histoire tout autre, celle de cette femme au cœur d’une tribu qui la reniera; d’une vie entière, mariée contre son gré, d’accouchement dans la haine et la colère, et de progéniture assoiffée de vengeance et d’honneur. Salina est un roman à la fois court et précieux, une autre réussite signée Laurent Gaudé. (Jérémy Laniel) y

Un homme revient à Barcelone après avoir habité pendant 25 ans à Montréal. Au rythme de la ville, il erre à la recherche de Juliette. C’est à peu près tout ce que vous devez savoir sur ce livre, car ce genre de proposition littéraire repose sur un pacte: vous devez accepter de vous y perdre, de suivre le rythme d’un narrateur erratique, de poursuivre une ligne narrative aux nombreuses digressions. Le chemin peut sembler ardu, et pourtant! Faites confiance à l’écrivain qui est, je vous l’assure, en plein contrôle de son livre, un livre riche en circonvolutions anecdotiques, en apartés historiques et en questionnements culturels. Tout savoir sur Juliette est un projet dense, assurément. Avec un grain de cynisme et d’ironie, oui, bien sûr. Mais c’est un livre jouissif, drôle, qui jamais n’abandonne son lecteur dans les méandres de la littérature obscure, bien au contraire. C’est une épopée sur des chemins réflexifs qui s’entrecroisent au hasard des pages, où le talent digressif de Vigneault ne sonne jamais plaqué ou creux. Car il est là le tour de force de l’écrivain, jamais on n’a l’impression qu’il s’écoute écrire, qu’il se joue de ses codes avec condescendance. Oh, et en passant, ne vous leurrez pas: vous ne saurez rien sur Juliette. (Jérémy Laniel) y


52 CRÉATION VOIR MTL

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LA LOTERIE DES DISPARITIONS D’ESPÈCES MOTS | JÉRÔME MINIÈRE

«Mammifères, oiseaux, poissons, reptiles, amphibiens: les populations de vertébrés ont été réduites de 60% depuis 1970...» Ce sont les premières lignes d’un article publié il y a peu par le journal Le Monde. Dans toutes les langues, on vous le dira, nous faisons face à la plus grande extinction d’espèces, et surtout la plus rapide, depuis les dinosaures. Et, comme pour les changements climatiques, l’humain a une responsabilité certaine. Je suis né en 1972, presque en même temps que le mouvement écologiste. À l’école primaire, je me souviens de livres et de dessins animés qui évoquaient des dystopies environnementales futuristes dans lesquelles tout le monde portait un masque à gaz, où la dernière fleur se fanait, où les humains devaient quitter la planète à bord d’une fusée. Bien qu’encore lointaine, la menace écologique était présente dans l’imaginaire de ma génération. J’ai voté pour la première fois en 1990: pour le Parti vert. Chaque année depuis, j’ai espéré que les choses changent et que la conscience écologique prenne la place qui lui revient dans les priorités humaines. Aujourd’hui, mes tempes commencent à grisonner, mes enfants sont grands et ce jour n’est jamais vraiment arrivé, il a été sans cesse repoussé, parce qu’il ne rentrait pas dans des agendas aux cases trop petites. J’ai plutôt été témoin de la fuite en avant d’une société capitaliste, toujours plus lisse et performante, inégalitaire et sans pitié. Tout doit y rouler plus vite, plus fort et plus loin. Mais pour aller où? Quand on n’est pas capable de suivre, on nous propose des pilules pour redevenir un cheval qui danse sur le grand carrousel néolibéral, un moi que l’on peut tartiner partout sur les autres, comme du Nutella, aveuglant et sucré. Si nous allions au bout de cette logique absurde, nous devrions créer une loterie

ILLUSTRATION | MARIE-PIERRE NORMAND

consacrée aux disparitions d’espèces, afin de tirer pleinement profit de cette extinction de masse. Elle remplacerait le loto traditionnel, le bingo, les courses de chevaux, de lévriers et autres combats de coqs. Ainsi chacun pourrait, chaque semaine, espérer faire fortune en pariant sur l’éradication complète d’une espèce particulière. Et le mouvement s’accélérant, on assisterait à une pluie de gros lots. De récents millionnaires, fiers d’avoir vu juste, témoigneraient avec émotion: «Vous savez, pour l’émyde mutique, cette petite tortue cambodgienne, j’ai toujours su que cela se passerait cette semaine.» Ces activités de loterie auraient en plus le mérite d’éduquer le peuple, qui connaîtrait sur le bout des doigts le nom de chaque espèce, même en latin. Avec le temps, la morale des plus gros joueurs (à eux seuls capables de foutre une espèce en l’air en une semaine) deviendrait de plus en plus élastique, avec pour conséquence une accélération des disparitions. Ultimement, un président milliardaire ou un oligarque gagnerait cette absurde compétition exercée contre nous-mêmes. Il savourerait dans son bunker souterrain la disparition de ses congénères, après avoir un peu précipité le mouvement en balançant quelques bombes ou un virus létal. Être seul sous terre, même gagnant de l’ultime gros lot, aurait quelque chose de problématique, mais il aurait prévu le coup, sauvant de l’apocalypse plusieurs femmes de son choix à des fins reproductrices. L’espèce humaine ne serait pas complètement éteinte, mais elle ne mériterait plus son nom. Malgré les déceptions, malgré mon sentiment d’impuissance, ma honte et ma tristesse, je ne peux m’empêcher d’aimer la vie sur cette planète et les humains que je côtoie. Je ne peux croire que nous soyons complètement mauvais, c’est juste que nous trichons depuis trop longtemps à la même vieille partie de Monopoly, et que pour l’instant personne n’est venu d’en

haut, d’en bas ou d’à côté pour nous dire d’arrêter. Nous attendons une intervention extérieure, un genre de Zeus avec des éclairs ou une autre entité céleste qui nous rappellerait à l’ordre. Il ne tient qu’à nous de quitter ce jeu destructeur. Personne n’ose abandonner le premier, afin de gratter encore quelques dollars, et de ne pas perdre la face. Il faut avouer que le défi qui nous attend a quelque chose de paralysant. Si nous voulons maintenir un écosystème propice à la vie sur Terre; changer comme individus, comme systèmes politiques ou comme sociétés ne sera pas suffisant. Nous sommes dans l’obligation de modifier la trajectoire de notre espèce, ni plus ni moins! Celle empruntée depuis des millions d’années nous a menés à un cul-de-sac. Nous avons de la difficulté à nous entendre sous notre propre petit crâne, entre frères et sœurs, entre amis, dans un couple, sur des sujets triviaux, sur un terrain de foot, au travail, en vacances, dans une ville, à l’école, dans les débats publics, sur les réseaux sociaux, dans les domaines politiques, spirituels ou économiques, à l’échelle d’une province, d’un pays ou d’un continent. Alors, imaginez le travail qui nous attend! Je ne crois pas aux grandes utopies ni aux lendemains meilleurs. Notre espèce est capable du meilleur comme du pire, point. L’écologie n’est pas une religion. Il n’est pas nécessaire que nous soyons d’accord sur tout, cela s’appellerait un régime totalitaire. Par contre, nous pouvons exercer notre jugement, et reconnaître qu’il est temps d’agir ensemble sur ce sujet précis, au-delà de nos différences. Ne baissons pas les bras! Nous n’avons pas le luxe de nous passer de l’espoir, de la joie et de la beauté. Dans les situations de grand péril, les humains ont jusqu’ici su dépasser leurs différences et leurs inimitiés pour mettre au monde la meilleure partie d’eux-mêmes. C’est encore possible aujourd’hui. «L’impossible, nous ne l’atteignons pas, il nous sert de lanterne.» – René Char y


LIVRES 53 VOIR MTL

VO3 #12

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ARTS VISUELS 55 VOIR MTL

VO3 #12

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LA CÉRAMIQUE DANS L’ART CONTEMPORAIN APRÈS UN RETOUR EN FORCE CHEZ LES ARTISANS CES DERNIÈRES ANNÉES, L’ENGOUEMENT POUR LA CÉRAMIQUE SE FAIT À SON TOUR SENTIR DANS L’ART CONTEMPORAIN. ON DRESSE UN ÉTAT DES LIEUX AVEC DES ARTISTES QUI LUI ONT FAIT UNE PLACE DE CHOIX DANS LEUR PRATIQUE. MOTS | MARYSE BOYCE

«C’est intéressant de constater que depuis quatre ou cinq ans, il y a une telle résurgence du désir pour la matière et l’artisanat au sein de l’art contemporain», observe l’artiste Lindsay Montgomery, qui présentait cet automne Neo Istoriato au Centre Materia de Québec. Cette réflexion sur la place des métiers d’art dans l’art contemporain a d’ailleurs donné lieu cet été à l’exposition Fait main au Musée national des beaux-arts de Québec, où le médium de la céramique était à l’honneur.

repose sur une pratique liée aux métiers d’art parce que je suis vraiment l’artisan de mes œuvres. J’interviens sur mes objets de façon à ce qu’ils passent d’un statut d’objet à un statut de sculpture.» Très conceptuelles, ses créations constituent néanmoins de véritables tours de force techniques et s’inspirent de la grande porcelaine européenne des 18e et 19e siècles, dont il détourne les codes pour poser une critique sur l’objet de collection comme moyen de démontrer son statut.

En 2013, la galerie Art Mûr consacrait une exposition entière à la question avec De la porcelaine à l’œuvre. Derrière cette démonstration foisonnante, l’idée était de voir comment les artistes contemporains «se réapproprient les techniques artisanales pour faire des œuvres actuelles», spécifie le cocommissaire et codirecteur de la galerie Rhéal Olivier Lanthier. «Ce qui fait une œuvre contemporaine, c’est le fait que ce soit non utilitaire, que ce soit une œuvre avec un contenu conceptuel et non un contenu à des fins usuelles.»

Cette maîtrise sans faille de techniques anciennes pour subvertir les codes s’applique aussi à la démarche de Lindsay Montgomery, dont le travail pourra être vu à Montréal à La Guilde à compter du 21 février prochain. Céramiste partageant sa vie entre Toronto et Montréal, où elle enseigne à Concordia, elle s’inspire notamment de procédés classiques remontant au 16e siècle pour créer des œuvres grandioses dont le message est infusé de réflexions féministes.

Le travail de l’artiste montréalais Laurent Craste se trouve précisément à la rencontre entre les métiers d’arts et l’art contemporain. «Je suis vraiment à cheval entre les deux, puisque j’ai une pratique de sculpture, donc d’arts visuels, mais qui

Amélie Proulx, Métaphores mortes, 2016. Porcelaine, terre sigillée, 30 x 51 x 46 cm Photo: Étienne Dionne Avec l’aimable permission de la Galerie 3.

Pour l’artiste québécoise Fanny Mesnard, issue de la peinture et du dessin, la découverte de la céramique comme médium a agi comme catalyseur dans son univers peuplé d’animaux texturés et colorés. Les possibilités amenées par le volume lui permettent de faire dialoguer ses créations dans l’espace par le truchement

Laurent Craste, La fin d’une potiche, 2012. Vase: 23,5 x 40 x 29 cm; guéridon: 32 x 101 x 32 cm Photo: David Bishop-Noriega Collection permanente du Musée des Beaux-arts de Montréal.

d’installations. Sa pratique se nourrit de cet aller-retour entre les disciplines: «Le dessin vient s’incruster dans la sculpture, et inversement, la sculpture peut inspirer des motifs qui vont entrer après dans le dessin.» Cybèle Beaudoin Pilon se consacre entièrement à la céramique depuis sa sortie du Centre de céramique Bonsecours il y a un an et demi. Celle qui se considère comme artiste avec un bagage technique d’artisane croit que la création d’objets utilitaires n’est pas incompatible avec l’art: «Un objet n’a pas besoin d’être dans un contexte muséal ou de galerie pour être une sculpture. Une sculpture peut très bien partager notre quotidien et avoir une fonction utilitaire également.» La recherche des motifs et des couleurs caractérise ses créations. La Montréalaise d’origine américaine Linda Swanson s’attelle dans sa pratique à révéler des procédés inhérents à la céramique: «Ce sont des matériaux qui ont cette capacité de changer d’état dans le four. Ils passent de l’impermanence à la permanence, de liquide à solide, et ces changements me fascinent.» Ce contraste entre la souplesse de l’argile et l’immuabilité de la céramique une fois cuite anime également l’artiste Amélie Proulx. Sa pratique consiste à

Laurent Craste, Style colonial, 2012. 31 x 86,5 x 31,5 cm Photo: David Bishop-Noriega Collection Claridge

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56 ARTS VISUELS VOIR MTL

VO3 #12

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insuffler du mouvement à son médium de prédilection à travers des installations très poétiques qui incorporent des représentations de la nature à des composantes électroniques et cinétiques, ainsi que de la numérisation et de l’impres­ sion 3D. «Je me suis toujours considérée comme quelqu’un de mon temps, même si j’utilise un matériau qui est sur la terre depuis des millions d’années.» Comment expliquer le regain de popularité actuel pour la céramique? Pour Linda Swanson, qui partage son temps entre sa pratique artistique et l’Université Concordia, où elle enseigne et coordonne le programme de céramique, palper la matière reprend son importance dans un contexte où nos vies se passent de plus en plus virtuellement. Comme le disait l’artiste textile Anni Albers du mouvement Bauhaus, qu’elle nous cite pour conclure: «Nous touchons les choses pour nous assurer de la réalité.» y

Amélie Proulx, Dactyles - Corvus, 2017. Porcelaine, glaçure. Environ 35 x 30 x 20 cm chacun. Photo Kohler Co., Rich Maciejewski. Avec l’aimable permission de la Galerie 3.

Fanny Mesnard, Secrets de bestiaire, 2017. Exposition à la galerie de la bibliothèque Gabrielle Roy (Québec). Photo Charles-Frédérick Ouellet.


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58 CHONIQUES VOIR MTL

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PETITS VELOURS

PAR CATHERINE GENEST

Sans fard aucun Je suis de celles qui reviennent à Sex and the City comme au latté à la citrouille épicée lorsque le taux d’ensoleillement vient à baisser. Un soupçon de réconfort sucré dans l’hiver qui s’installe tranquillement, le goût de vivre à travers d’autres tandis que le froid et la fatigue me menottent à la mollesse de mon divan. Écrire que j’attendais une série comme M’entends-tu? depuis longtemps serait, à ce stade, un gros euphémisme.

Florence Longpré, improvisatrice notoire, scénariste en plus du reste, signe ici une vibrante fable sur l’amitié. Nicolas Michon et Pascale Renaud-Hébert l’ont épaulée dans l’écriture, cosignant avec elle une tragi-comédie féministe qui laisse enfin une place de choix à des acteurs racisés, habituellement bornés aux clichés. C’est une œuvre dégoulinante d’humanité et fraîche, en osmose avec notre temps.

Elles sont trois: Ada, Fabiola, Caro. On fait vite de s’attacher à ces filles qui préfèrent clairement la Labatt 50 aux cosmopolitains, à ces belles imparfaites qui parlent la bouche pleine, calfeutrent leurs failles avec du papier collant. Elles sont vraies, décoiffées. Elles ont un peu de sauce au coin de la bouche en mangeant leurs burritos. Elles nous ressemblent.

Et puis, au final, qu’on boive de la bière tablette ou de la vodka chère, nos romances finissent toujours par nous saouler. On ne naît pas égales, c’est vrai, mais l’amour et ses peines nous rattrapent toutes, autant que nous sommes. Sur les ondes de TéléQuébec et en ligne dès le 15 décembre.

Florence Longpré (Gaby Gravel dans Like-moi!), Mélissa Bédard (Star Académie) et Ève Landry (Jeanne dans Unité 9) cassent le moule auquel elles auraient pu rester confinées, bousculant allègrement les si stricts codes du casting. Elles interprètent des rôles infiniment plus complexes et riches que ce qu’il nous est habituellement donné de voir à la télévision. M’entends-tu?, c’est l’histoire de celles qu’on ne raconte jamais, de ces vies fauchées d’avance. Accablées sous le poids de leurs noms de famille et des erreurs des autres, elles sont devenues, l’une pour l’autre, la sœur et la mère qu’elles n’auront jamais pu avoir. Elles se sont choisies.

La voix de Kirouac résonne déjà allègrement sur les pistes de danse de la Belle Province, captant au passage l’attention des foreurs du rap québ. La dernière pépite en date? C’est lui. Paul Provencher, dit Poulet (un sobriquet hérité de ses années comme mascotte à Brébeuf), s’associe au faiseur de rythmes KodakLudo pour créer des pièces nappées de références aviaires et autres cocoricos retentissants.

Coq au vin

Tandis que d’autres façonnent leur street cred d’anecdotes de pacotille, le MC des beaux quartiers joue la carte de l’humour animalier, de la gourmandise (il adore les bagels) et de l’écoresponsabilité – genre.

Kirouac, autrement dit, c’est pas mal l’antithèse du gangsta rap. Plutôt que de frimer en voiture, Paul pédale fièrement sur son Bixi dans le vidéoclip de l’hymne homonyme. J’roule sur Parc mais j’ai pas mes cartes Mais j’ai pas mon permis J’vais être le dernier à passer mes cours de conduite Mais j’ai mon Bixi faque don’t give On est à Montréal À l’aube de 2019, Kirouac et Kodakludo mettent le cap sur d’autres horizons et s’apprêtent à lever le voile sur leur second EP réalisé en tandem. Ledit maxi sortira en janvier et s’intitule Amos, en hommage à la saga de Bryan Perro, au dénommé Daragon. Une offrande musicale divisée en quatre pistes pour autant d’éléments, une contrainte qui sied bien au champ lexical ludique de ce pincesans-rire aux ambitions festives. Des effusions de joie et un goût de la bringue qui atteignent leur paroxysme sur Eau, une nouvelle chanson des plus funky qui porte l’empreinte du guitariste Will Murphy, un héritier de Nile Rodgers. Paul Poulet y ose un assemblage de mots séduisants et même lubriques, dans la plus pure tradition disco. Une plongée en eaux douces sur des rythmes dignes de Chic ou d’Earth, Wind & Fire.

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59 Beaucoup sont appelés, l’étau se resserre sur les recrues du hip hop local qui se bousculent au portillon, mais Kirouac impose son style à la bonne franquette et fait tranquillement sa marque. Nul doute qu’une maison de disques saura mettre le grappin sur lui dans un futur proche. Hiver scandinave On la connaît d’abord pour ses Moomins (francisé: Moumines), créatures fantasques aux allures d’oursons et d’hippopotames, d’étranges hybrides, de mignons personnages qui verront grandir moult générations d’enfants depuis leur venue au monde dans les années 1940. Tove Jansson est une illustratrice légendaire, une icône de la littérature jeunesse. Or, son œuvre ne s’y limite vraiment pas. Son univers, si morose et mystique à la fois, aura été forgé d’expériences diverses, de ses études aux Beaux-Arts, mais aussi de la Seconde Guerre mondiale. La comète qui filait au-dessus de Moominland n’était, en fait, pas moins qu’une métaphore pour évoquer les désastres d’Hiroshima et de

Nagasaki. Il y avait ce côté grave et sombre chez elle, dans tout ce qu’elle touchait. Au cours de sa prodigieuse carrière, la Finlandaise donnera dans la caricature politisée et antifasciste, les fresques d’inspiration Art déco et les romans pour grandes personnes. Des pans de sa vie qui resteront tristement relégués au second plan. La Peuplade réédite ces jours-ci l’un de ses derniers ouvrages, un livre originellement paru en suédois en 1989. À travers les pages de Fair-Play, Madame Jansson dépeint le quotidien de deux artistes, glorifiant les petites manies qui les lient, le confort de la routine. C’est un récit tendre qui donne à rêver d’amour et de lenteur. On y suit deux femmes imprégnées de leurs projets, de minutieuses artisanes, deux recluses qui partagent leur vie tout en veillant à préserver leur si fertile solitude, leur jardin secret. Une histoire toute simple, d’une douceur exquise, à lire au coin d’un feu dès le 29 janvier. y


QUOI FAIRE

60

PHOTO CHANTAL ANDERSON

MUSIQUE

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NONAME

THE INTERNET

THÉÂTRE CORONA VIRGIN MOBILE – 4 JANVIER

MTELUS – 8 DÉCEMBRE

Alors que la scène rap américaine semble n’avoir d’yeux que pour la rivalité entre Cardi B et Nicki Minaj, d’autres rappeuses américaines tirent leur épingle du jeu avec une proposition moins pompeuse. Du lot, la Chicagoane Noname croise rap et neo-soul avec une originalité rafraîchissante, comme en témoigne son premier album Room 25, l’un des plus achevés de l’année.

Mêlant soul, R&B, trip-hop et funk, le quintette The Internet obtient un succès d’estime manifeste depuis la parution de son troisième album Ego Death, nommé dans la catégorie du meilleur album urbain contemporain aux Grammys 2016. Mené par la chanteuse Syd, le groupe est toujours aussi convaincant sur Hive Mind, son plus récent album acclamé par la critique.


KARKWATSON

KACEY MUSGRAVES

MTELUS – 16 ET 17 DÉCEMBRE

MTELUS – 12 JANVIER

Dix ans après un passage mémorable, voire historique, au National, la réunion entre Karkwa et Patrick Watson reprend du service pour deux spectacles à Montréal et un autre à Québec qui promettent d’être à la hauteur de la réputation des deux artistes, deux des plus influents de la décennie 2000 au Québec. Sur scène, la chimie du supergroupe de neuf musiciens est palpable.

Maintenant que Taylor Swift a complété son virage pop, le country américain a une nouvelle star: Kacey Musgraves, une auteure-compositrice-interprète qui bénéficie d’un succès critique et public impressionnant depuis la sortie de son premier album officiel en 2013. Avec son plus récent Golden Hour, sacré meilleur album aux derniers Prix annuels de la Country Music Association, la Texane frappe un autre grand coup.

EN TOUTE COMPLICITÉ 21 dé ce m br e - Ma i son sy m p h o n iq ue de Mont r é a l

MONONC’ SERGE ET WD40

IGLOOFEST

FOUFOUNES ÉLECTRIQUES – 30 DÉCEMBRE

QUAI JACQUES-CARTIER – 17 JANVIER AU 2 FÉVRIER

C’est maintenant rendu un classique: pour souligner le temps des Fêtes, Mononc’ Serge prépare un spectacle spécial, probablement l’antithèse la plus marquée au défilé du père Noël. Cette fois, le chanteur, bassiste et bête de scène propose Les fêtes révolutionnaires conservatrices, un spectacle visant à soutenir son 12e album en carrière paru à la fin 2017. À ses côtés, une autre légende vivante du rock québécois: WD40.

Le rendez-vous hivernal le plus festif à Montréal reprend du service pour une 13e édition qui prendra place sur trois fins de semaine étendues, du jeudi au samedi. Comme d’habitude, la programmation sera relevée à souhait, notamment avec le groupe trance anglais Above & Beyond, le DJ house Chris Lake, le duo français Polo & Pan, la superstar de l’EDM Diplo et le musicien électronique expérimental Four Tet.

C’est à Clara Schumann que l’on doit le seul Concerto pour piano composé par son mari Robert. Il avait d’abord écrit une Fantaisie pour piano et orchestre que Clara lui suggéra de transformer en concerto en bonne et due forme. L’adresse et la sensibilité de la pianiste et amie de l’OM Hélène Grimaud que l’Orchestre retrouve, sont à l’honneur dans cette pièce ample et tendre à la fois. photo Mat Hennek

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SKEELS DANSE LA ROSE DE JÉRICHO 13 dé ce m br e - Th é â t r e de la V il l e

Nourri de son héritage de danse classique, contemporaine et urbaine, Andrew Skeels entraîne dans sa gestuelle fluide sept danseurs, tous emportés dans cet hymne à la solidarité et cette échappée belle, qui a l’effet d’une source d’eau vive.

PHOTO MATT SMILENOT

photo Damian Siqueiros


62 QUOI FAIRE VOIR MTL

VO3 #12

12 / 2O18

SCÈNE

VRAIMENT DOUCEMENT PLACE DES ARTS – THÉÂTRE MAISONNEUVE – 5 AU 8 DÉCEMBRE

Ce nouveau spectacle du grand chorégraphe Victor Quijada se trouve à la croisée du hiphop et de la danse contemporaine, entre spontanéité et élégance. Vraiment doucement est rapide et énergique, porté par 10 danseurs de la compagnie RUBBERBANDance sur fond de musique live. Une ode au corps en mouvement. 

LA NUIT DU 4 AU 5 CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI – 11 AU 21 DÉCEMBRE

Cette création de Rachel Graton mise en scène par Claude Poissant reprend la scène après son premier succès. Criante d’actualité, un an après le début du mouvement #MeToo, la pièce aborde le thème du viol via le récit d’une jeune victime qui décide de parler plutôt que de se taire.

SHEN YUN PLACE DES ARTS – SALLE WILFRID-PELLETIER – 3 AU 6 JANVIER

Danses, chants et musiques s’entremêlent dans ce ballet grandiose et haut en couleur. Inspiré de la Chine ancestrale, le spectacle de Shen Yun, première compagnie de danse classique chinoise au monde, nous plonge dans les légendes et les traditions de cette civilisation si riche de culture et d’histoire.

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JULIEN LACROIX

CORIOLAN

PLACE DES ARTS – CINQUIÈME SALLE –

THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE –

10, 23 ET 24 JANVIER

15 JANVIER AU 9 FÉVRIER

Grand gagnant de l’édition 2017 des Olivier avec trois statuettes, Julien Lacroix poursuit sa belle lancée avec Jusqu’ici tout va bien, un premier oneman-show qui met de l’avant son talent inné d’improvisateur et son personnage totalement déphasé. Fort du succès de son spectacle en duo avec Mehdi Bousaidan, le Montréalais part maintenant à la conquête du Québec en solo.

Robert Lepage revient de nouveau à Shakespeare, auteur qu’il affectionne tout particulièrement, pour mettre en scène cette tragédie dans l’énergique traduction de Michel Garneau. Lepage s’entoure ici d’une très belle distribution, avec notamment Alexandre Goyette dans le rôle du héros éponyme, Anne-Marie Cadieux et Rémy Girard. Une version résolument contemporaine du classique shakespearien, à ne pas rater. <

PHOTO JEAN-FRANÇOIS GRATTON


Ph. Colombe St-Pierre, restaurant Chez St-Pierre; restaurant Le Petit Bistro; Bistro Chez Roger


CINÉMA

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ON THE BASIS OF SEX

POINT D’ÉQUILIBRE

EN SALLE LE 25 DÉCEMBRE

EN SALLE LE 14 DÉCEMBRE

Biopic basé sur la vie de jeune adulte de la juge de la Cour suprême américaine Ruth Bader Ginsburg. Lorsqu’elle décide de travailler sur un cas important de fraude de taxes avec son mari Martin Ginsburg, elle réalise qu’il pourrait changer la direction que prend sa carrière et la façon dont la Cour juge la discrimination sexuelle. On y suit également l’histoire d’amour romanesque de Ruth et Marty.

Premier long métrage documentaire de la réalisatrice Christine Chevarie-Lessard, Point d’équilibre explore le monde de l’enseignement du ballet. À travers un an de tournage, Chevarie-Lessard s’intéresse aux jeunes de 10 à 14 ans inscrits au programme professionnel de l’École supérieure de ballet du Québec, exposant un milieu clos où la quête identitaire et le désir de plaire sont rois.


ALITA: BATTLE ANGEL EN SALLE LE 21 DÉCEMBRE

Basé sur un très populaire manga japonais de science-fiction, ce film de Robert Rodriguez se déroule au 26e siècle et suit les aventures d’un cyborg possédant le corps d’une adolescente qui devra lutter pour sa survie dans un monde postapocalyptique ravagé par une guerre dévastatrice.

PL ACE PUBLIQUE

Cont a ct e z - nou s pour a ffi ch e r v ot r e com m e r ce / 514 8 48 0 8 0 5

WELCOME TO MARWEN EN SALLE LE 21 DÉCEMBRE

Après s’être fait tabasser dans un bar, le photographe Mark Hogancamp reste plusieurs jours dans le coma. À son réveil, il est frappé d’amnésie. Il va alors se créer un monde imaginaire, nommé Marwencol. Il est rapidement obsédé par la création en miniature d’une ville au temps de la Seconde Guerre mondiale. Ce film est inspiré de faits réels.

SHOPLIFTERS EN SALLE LE 28 DÉCEMBRE

Quelque part à Tokyo, Osamu Shibata et sa femme Nobuyo vivent dans la pauvreté, survivant en grande partie grâce à la pension de la grand-mère de la famille. Alors qu’Osamu et son fils sont en train de voler à l’étalage dans une épicerie, ils tombent sur la jeune Yuri, 4 ans, esseulée et sans-abri. Ils la ramènent chez eux, où ils découvrent des signes apparents de sévices sur la petite. Ils décident alors, malgré leur situation précaire, de l’adopter officieusement.

VICE EN SALLE LE 25 DÉCEMBRE

Dans ce film très attendu, Christian Bale interprète l’ancien vice-président des États-Unis Dick Cheney. On y suit la discrète évolution de Cheney à la Maison-Blanche. De son embauche jusqu’à sa position d’«homme le plus puissant du monde», où il a changé le pays et la planète de façon encore ressentie à ce jour, Vice montre comment l’homme d’affaires a su naviguer dans les eaux troubles de la politique américaine aux côtés de George W. Bush. >

LA COMÉDIE DE MONTRÉAL

FUMILE

1113, b ou lev ard d e M aisonneu ve E st 514 3 03 - 253 5 la c omed ie. ca

1 8 63 , ru e A mherst 450 542- 8 270 fu mile. ca

En plein cœur du Quartier latin, cette magnifique salle de spectacle propose à l’année des comédies de vaudeville de grande qualité. Cette salle se veut un lieu convivial et chaleureux, où vous aurez vos plus grands fous rires! Dotée de 200 places assises, vous profitez de la proximité avec les artistes. De plus, vous rencontrez les artistes après le spectacle et parfois même avant… (une particularité très appréciée du public québécois: notre hôte, Jamin Chtouki, reçoit le public même s’il est sur scène 30 minutes après!). Un bar vous permet de boire un verre durant le spectacle dans la salle, grâce à de charmantes petites tables. A l’affiche actuellement depuis 15 mois le spectacle Les hommes viennent de mars les femmes de vénus. D’autres succès à venir. Représentation le 24 décembre! Salle disponible à la location.

Fumile est une jeune compagnie qui fabrique des chapeaux sur mesure haut de gamme et quatre saisons. Mélodie Lavergne et Alex Surprenant, copropriétaires, partent à l’assaut de l’hiver hâtif en vous présentant une collection adaptée aux rudes hivers québécois. Les matériaux utilisés se veulent d’être durables avec de la fourrure et des tissus recyclés. La marque se donne comme mandat d’être écoresponsable, ne lésinant rien sur la qualité, le confort et l’unicité des produits. Le port du chapeau revient en force, suffit d’oser l’exploration pour découvrir le chapeau parfait à votre personnalité! Il vous est possible d’essayer tous les modèles à l’atelier-boutique Fumile situé au 1863 rue Amherst. Vous pouvez d’autant plus trouver des chapeaux et bérets en feutre fourrure de qualité supérieure, ainsi que des chapeaux de paille panama. Le tout est confectionné sur mesure pour chaque client et les produits se retrouvent en vente directement sur www.fumile.ca.


ARTS VISUELS

CARLOS SANCHEZ (NÉ EN 1976) ET JASON SANCHEZ (NÉ EN 1981), THE EVERYDAY [LE QUOTIDIEN], 2000. MBAM, DON DE LA COLLECTION DE LA FAMILLE LAZARE.

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ART & POUVOIR

KRISTY LUCK + ALAN PRAZNIAK

ÉTATS D’ÂMES, ESPRIT DES LIEUX

ARSENAL, ART CONTEMPORAIN –

PROJET PANGÉE –

MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL –

JUSQU’AU 21 DÉCEMBRE

JUSQU’AU 22 DÉCEMBRE

JUSQU’AU 28 AVRIL

Rassemblant les œuvres de plusieurs artistes locaux et internationaux, notamment Marc Séguin, Anish Kapoor, Dale Lewis et Xu Zhen, Art & Pouvoir s’interroge sur le pouvoir à travers la présentation d’un «monde décadent dont les limites – violences quotidiennes, actes terroristes, conflits armés, migrations, etc. – sont de plus en plus visibles». Deux grandes salles et trois espaces multimédias sont mis à la disposition de cette expo.

Les peintres américains Kristy Luck et Alan Prazniak s’unissent pour River Belly, une exposition qui entrevoit le paysage «comme manière de revisiter certains souvenirs et influences du passé». Alors que Luck travaille avec de «délicates couches successives de cire et de peinture à l’huile», Prazniak «peaufine la surface de ses peintures» avec des couleurs chaleureuses comme le rouge feu et le jaune miel.

Le collectionneur montréalais Jack Lazare a rassemblé 80 photographies d’artistes majeurs canadiens et internationaux qui invitent, chacune à leur façon, «à ressentir l’atmosphère et l’esprit de lieux réels ou imaginaires, intimes ou anonymes». Edward Burtynsky, José Manuel Ballester, Nicolas Dhervillers, Lee Friedlander et Jiagang Chen y sont notamment en vedette.

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Magazine Voir Montréal V03 #12 | Décembre 2018  

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