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MONTRÉAL VO3 #O3 | MARS 2O18 ANTHONY THERRIEN CHIEN DE GARDE LA RELÈVE RAP DINA GILBERT HUBERT LENOIR DANIEL GRENIER LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU 10e ART SOUTERRAIN LES LAURIERS DE LA GASTRONOMIE MICRODISTILLERIES QUÉBÉCOISES CULTURE D’ENTREPRISE

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V

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MONTRÉAL | MARS 2018

RÉDACTION

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Rédacteur en chef national: Simon Jodoin Rédactrice en chef adjointe et chef de section musique: Valérie Thérien Chef des sections restos, mode de vie et gastronomie: Marie Pâris Journaliste actualité culturelle: Olivier Boisvert-Magnen Producteur de contenus numériques: Antoine Bordeleau Coordonnateur des contenus: René Despars Correctrice: Marie-Claude Masse

Vice-présidente - Ventes: Valérie Brasseur Adjointe / Coordonnatrice aux ventes: Karyne Dutremble Conseillers aux solutions médias: Miriam Bérubé, Aimé Bertrand, Maxime Alarie, Daniel Di Tullio, Céline Lebrun (comptes culturels).

DISTRIBUTION Transmet / Diffumag 514 447-4100

COLLABORATEURS Alessandra Rigano, Christine Fortier, Ralph Boncy, Julie Ledoux, Jérémy Laniel, Monique Giroux, Réjean Beaucage, Catherine Genest, Franco Nuovo, Émilie Dubreuil, Normand Baillargeon, Patrick Baillargeon, Benoît Poirier, Jean-Baptiste Hervé, Eric Godin

OPÉRATIONS / PRODUCTION Vice-président - Production et Technologies: Simon Jodoin Chef de projets web: Jean-François Ranger Infographes-intégrateurs: Sébastien Groleau, Danilo Rivas Développeur et intégrateur web: Emmanuel Laverdière Développeur web: Maxime Larrivée-Roy Contrôleuse: Yen Dang Coordonnateur technique: Frédéric Sauvé Directrice - Production: Julie Lafrenière Directeur artistique: Luc Des­chambeault Coordonnatrice à la production: Sophie Privé Infographie: René Despars

COMMUNICATIONS VOIR Président: Michel Fortin Vice-président: Hugues Mailhot Impression: Transcontinental Interweb VOIR est distribué par Communications Voir inc. © 2018 Communications Voir inc. Le contenu de Voir ne peut être reproduit, en tout ou en partie, sans autorisation écrite de l’éditeur. Bibliothèque et Archives nationales du Québec Bibliothèque et Archives Canada / ISSN 0849-5920 Convention de la poste-publications: No 40010891 606, rue Cathcart, 10e étage, bureau 1007. Montréal (Qc) H3B 1K9 Téléphone général: 514 848 0805 Télécopieur: 514 848 0533

PHOTO COUVERTURE Jocelyn Michel | leconsulat.ca

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«JE NE DOIS RIEN À PERSONNE, SI JE VEUX ARRÊTER L’ANNÉE PROCHAINE, J’ARRÊTERAI. JE DOIS JUSTE FIDÉLITÉ À CE QUE JE VAIS RESSENTIR À CE MOMENT-LÀ.» Photo | Jocelyn Michel (Consulat) Assistant | Julien Grimard 2e assistante | Frédérique Duchesne Maquillage / coiffure | Brigitte Lacoste; Stylisme | Maude Sen Production | Eliane Sauvé et Vincent Boivent (Consulat)

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SCÈNE

Daniel Grenier La déesse des mouche à feu

20 MUSIQUE

Hubert Lenoir La relève rap Dina Gilbert

34

CINÉMA

Anthony Therrien Chien de garde

42

ART DE VIVRE

Lambert & fils

Microdistilleries québécoises Les Lauriers de la gastronomie

52

LIVRES

René Homier-Roy, Moi Hôtel Lonely Hearts Falaise des fous

56

ARTS VISUELS

Dix ans d’Art souterrain

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QUOI FAIRE

CHRONIQUES

Simon Jodoin (p6) Émilie Dubreuil (p18) Monique Giroux (p32) Normand Baillargeon (p40)


6 CHRONIQUE VOIR MTL

VO3 #O3

O3 / 2O18

SIMON JODOIN THÉOLOGIE MÉDIATIQUE

FATIGUE ET DIVERTISSEMENT Est-ce qu’un peuple peut mourir de fatigue? Il m’arrive de me poser la question au gré des épisodes qui jalonnent le feuilleton de notre actualité. Nous voguons d’accident en accident sans pouvoir saisir la trame essentielle de notre histoire qui se présente désormais comme une collection sans fin d’anecdotes. Un jour, des employés de commerce répondent «Bonjour, Hi» aux clients. Une affaire qui donne lieu à tout un tapage et qui se termine sans grande conséquence par une motion à l’Assemblée nationale. À un autre moment, un gérant d’un commerce Adidas à Montréal, en parfait wannabe international, s’adresse en anglais à ceux qui veulent bien l’entendre, lâchant quelques mots de français pour «accommoder» la ville de Montréal. Drôle d’idée. Quelques jours de tohu-bohu suffisent pour passer à autre chose. Le Journal de Montréal et le Journal de Québec publiaient il y a quelques jours un dossier sur les anglophones dans la capitale et la métropole. On y mentionnait un vague sondage et une suite de bavardages épars qu’on nous présentait comme un phénomène de société. J’ai bien lu 28 chroniques de leur équipe de première ligne qui s’employait à commenter. Si j’avais pu prendre des paris sur qui allait dire quoi, je serais riche. Et puis quoi encore? Quelques mouvements de bras, un peu de boucan et puis rien. Comme si on soufflait sur de la braise humide, sans réel espoir. Il y a quelques semaines, Roméo Bouchard et Louis Favreau publiaient leur manifeste de «L’aut’gau­ che», comme ils l’avaient intitulé. Ils y dénonçaient une certaine gauche qui manigance avec l’idéal multiculturaliste à la mode en boudant avec dédain la gauche sociale et ouvrière ancrée dans la culture politique canadienne-française. En quelques lignes, dans les milieux branchés, ils sont devenus de vieux

cons qu’il fallait mieux ignorer. On achève bien les chevaux. Dans le décor, on pouvait entrevoir les combats de guignols entre Québec solidaire et le Parti québécois, l’un profitant de l’autre pour se tailler une fenêtre de visibilité médiatique. Dans les maisons closes, où le jeu de la séduction se limite à proposer une solution de rechange, on fait entrer l’air comme on peut. Presque au même moment, la CAQ, ce parti qui pourrait choisir le beige comme couleur officielle, faisait une remontée dans les sondages. À toutes ces questions sur l’identité, ils pourront répondre «combien ça rapporte?» et ça devrait suffire. Quelques jours plus tard, Justin Trudeau se rendait en Inde, proclamant par l’art du déguisement la fin de l’État-nation, vêtu comme un touriste sans billet de retour. What does Canada want? Je vous le donne en mille: un grand costumier. Il y a à peine une trentaine d’années, au Québec, nous pouvions encore nous définir collectivement dans une sorte de dialogue de sourds. Nous parlions des deux solitudes. C’était simple et efficace. Devant les anglophones de l’ouest de la métropole, nous étions francophones et ça suffisait pour nous rassembler. Les humains ne sont jamais plus unis que lorsqu’ils sont contre quelque chose. Tout se jouait en mode binaire, pour ainsi dire. Devant le clergé catho, nous étions laïques. Devant le colonialisme britannique, nous étions souverainistes. Devant le fédéralisme canadien, nous étions une société distincte. Le Québec francophone pouvait ainsi se mesurer sur quelques étalons assez faciles à repérer. Les Amérindiens? C’était pas notre faute. C’était le truc des Pères de la Confédération, la loi sur les Indiens, John A. Macdonald. Mais encore là, c’était «les Indiens». On prenait tout d’un seul bloc. Au cours des dernières années, en tout cas depuis le début du nouveau millénaire, ces oppositions binaires qui nous étaient familières se sont fractu-

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rées en multiples éclats. Le miroir s’est brisé, pour ainsi dire, si bien qu’on peine à se reconnaître. Tous, tour à tour, nous ramassons des petits bouts de glaces aux formes diverses en nous demandant chaque fois, au hasard des contours, si nous pourrions nous y reconnaître. Il n’est plus question de mener un combat pour dire qui nous sommes, mais plutôt de faire une promo­tion constante de nos qualités concurrentielles auprès d’une clientèle multiforme. Il n’est plus question de mener une lutte, l’heure est au divertissement. Le Québec francophone est désormais en situation de spectacle permanent. C’est un cabaret, un théâtre de variétés. Il doit faire rire tout le monde, séduire à tout instant en quête d’applaudissements. Devant les uns, il doit savoir jongler ou danser, devant les autres, il doit être acrobate, cracheur de feu ou encore joueur de ukulélé. Personne ne doit être déçu. On devrait s’exclamer à tous les instants. Chacun devrait y retrouver avec joie, sur les portes, la lettre de son identité particulière, monsieur, madame, machin, machine, barbu de Joliette,

bouddhiste de Limoilou et unijambiste du Mile-Ex. Chaque coïncidence de l’individualité devient une finalité collective, un nœud essentiel dans un tissu social décousu et accessoire. On a beaucoup fait le procès du Québec francophone au cours des dernières années. Devant la multiplication des diversités, nous avons considérablement pressé le citron de l’inclusion de toutes les préférences qui se succèdent en laissant de côté une question essentielle à laquelle il faudra bien répondre tôt ou tard: dans quoi faut-il inclure, au juste? Il faut bien qu’il y ait quelque part un contenant, une charpente. Est-elle solide? Combien d’étages pourrons-nous y rajouter? À ceux qui demandent un moment de réflexion, on leur fait valoir que le progrès est en marche et qu’au nom de la vertu, rien ne saura l’arrêter. Se pourrait-il que certains puissent redouter, sans malice, qu’à ce rythme nous serons peut-être morts de fatigue avant la fin du spectacle? y sjodoin@voir.ca


SCÈNE 9 VOIR MTL

VO3 #O3

LOUISE LECAVALIER / AU FIL DU CORPS ELLE A 40 ANS DE CARRIÈRE MAIS ELLE N’A PAS D’ÂGE. INCONTOURNABLE FIGURE DE LA DANSE CONTEMPORAINE, LA MONTRÉALAISE CONTINUE DE PROMENER SA DANSE SURVOLTÉE SUR LES SCÈNES INTERNATIONALES. PORTRAIT D’UNE ARTISTE FLAMBOYANTE. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTOS | JOCEYLYN MICHEL (CONSULAT)

«Si j’étais un gars, je pourrais danser.» Pendant son enfance à Laval, Louise Lecavalier fait plutôt de la course avec ses frères, du vélo ou du baseball. Elle pense qu’en tant que fille, ses chances en danse ne sont pas grandes; une danseuse doit être belle et romantique... Elle arrive finalement à la danse à l’adolescence, un peu par hasard, après avoir vu une affiche dans un bus. «Après, ça s’est passé très vite.» Il y a notamment eu LA rencontre, celle avec Édouard Lock, dont elle intègre la compagnie La La La Human Steps. Elle en devient l’icône tandis que la compagnie se fait connaître à l’international, et va jusqu’à danser dans les spectacles de David Bowie. En 2006, Louise fonde sa propre compagnie, Fou Glorieux. Sa carrière est jalonnée de nombreux prix et distinctions: Bessie Award, insigne d’Officier de l’Ordre du Canada, prix de la personnalité chorégraphique de l’année du Syndicat de la critique, Grand Prix du Conseil des arts de Montréal, Prix du Gouverneur général pour les arts du spectacle, prix Denise-Pelletier… Une carrière qui a inspiré Raymond St-Jean: le réalisateur sort le 30 mars Louise Lecavalier – Sur son cheval de feu, un documentaire vibrant qui dresse le portrait de la danseuse de 59 ans. L’initiative fait au début un peu peur à Louise, peu encline à être accompagnée par une caméra pendant un an. «Mais j’ai vu le film de Raymond Une chaise pour un ange, et ça m’a décidée à le rencontrer. La danse y était très bien filmée…» Le documentaire suit Louise à Paris pendant qu’elle y présente un spectacle, puis revient à Montréal pour parler de son enfance, sa carrière, photos d’époque à l’appui. Des entrevues évoquent ensuite ses pièces et le processus de création («une improvisation, libre et

totale»), et l’équipe du film se rend jusque dans sa maison. La danseuse et la femme sont racontées par ses jumelles, quelques partenaires de danse (dont Marc Béland, «une de mes relations les plus importantes, très particulière»), son assistante à la chorégraphie ou encore son entraîneur sportif. Si Louise trouve extrêmement difficile de se voir à l’écran, elle juge le film réussi. «Il se tient. C’est pas habituel, pas glamour... Je suis contente que Raymond ait interviewé des gens très près de moi. Ç’aurait été facile de prendre un angle plus spectaculaire; là, y a pas Bowie, ni d’analyses de spécialistes en danse.» Avec les entrevues s’alternent de nombreux plans sur les corps, montrant le côté charnel de la discipline, ainsi que des pièces dansées (So Blue, Mille batailles, A Few Minutes of Lock…). «J’avais dit à Raymond que pour moi, parler n’était pas important dans le film, mais qu’il fallait y mettre le plus de danse possible, et qu’elle soit bien filmée, se souvient Louise. On n’a pas besoin de parler beaucoup pour expliquer quelque chose qui se voit. Et même si les contextes où on filme ne sont jamais aussi bien que la scène, c’est un autre point de vue sur la danse, et c’est pas mauvais.» Comme une cowboy dans la ville Cette petite blonde au look androgyne et aux cheveux fous – sa coupe courte la fait d’ailleurs furieusement ressembler à Bowie – est rapide et pleine d’assurance sur scène, mais plutôt calme et réfléchie en entrevue, le rire facile. C’est que les mots, ce n’est pas son truc, et ça la met un peu mal à l’aise. «Je fais du show live, alors j’ai l’habitude de pouvoir améliorer les choses d’un jour à l’autre. Là, les

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> mots, on peut plus les changer une fois qu’ils sont dits. C’est difficile pour moi…» Pas évident de raconter la danse. Mais elle a tout de même accepté les parties de discussions et d’explications dans le documentaire; les gens ont besoin de comprendre. «Finalement, les mots ne démystifient rien, la danse garde quand même sa part de mystère. Même pour moi, il y a une part de mystère; si j’avais tout compris, je m’arrêterais, explique Louise. Moi, je suis intriguée par les musiciens qui retiennent toutes ces notes. J’essaie de comprendre, mais au bout d’un moment, j’abdique et ça reste de la magie… Et j’en suis contente.» Le titre du documentaire, Louise Lecavalier – Sur son cheval de feu, il vient d’Arthur H, un ami. Lors d’une entrevue radio de la danseuse faite par le chanteur, que l’équipe du film était venue filmer, il invente spontanément ce qualificatif. Si l’entrevue n’a pas été gardée dans le film, la petite phrase a fait mouche et s’est retrouvée en titre du documentaire. «J’ai trouvé ça beau. Arthur, c’est la poésie en personne... com-

mente Louise. Je m’imagine souvent que je suis comme une cowboy dans la ville, avec mon vélo comme cheval. Je suis beaucoup dans l’imaginaire western. C’est un thème qui revient souvent dans ma danse.» Cette danse, comment la qualifier? «Je suis une Espagnole sur un cheval, dans le désert, toute seule. Dans la danse espagnole, le duende, il y a quelque chose qui me touche. J’aime beaucoup les danses traditionnelles, indonésiennes, africaines, le flamenco… C’est l’essence de la danse.»

sée n’est pas souvent là. Dans la danse contemporaine, c’est comme si on essayait de suivre ça en disant qu’on n’est pas trop dans le corps. Mais j’embarque pas là-dedans: la danse, l’humain, c’est forcément le corps. Moi, je persiste à vouloir faire de la danse qui est dans le corps. Pas dans l’esthétisme du corps, mais dans la vérité du corps, qui est aussi forte que la vérité de la pensée. Danser, c’est une pensée.»

Elle se reprend: sa danse, c’est un moyen de transport. Un transport qui va vite. «Louise, c’est quelqu’un qui a deux vitesses: extrêmement vite et très très vite», commente un de ses partenaires dans le film. «Une danse si précise qu’elle en devient spirituelle, comme une science», avance un autre. «J’ai jamais voulu être à la mode, conclut Louise. Aujourd’hui, la danse se veut intellectualisée... Les gens respectent une pensée, mais le mouvement est sous-estimé. À notre époque, on articule beaucoup d’idées, mais la vraie pen-

Louise Lecavalier a passé quelques années à New York, pour se former, mais elle ne le ferait plus aujourd’hui. La ville est devenue trop épuisante, comme Paris. Elle lui préfère Montréal, particulièrement le quartier du Plateau au cœur duquel elle a élu domicile. Elle se promène toujours à pied ou en vélo, car elle ne conduit pas et déteste la voiture; sa place de stationnement, elle l’a transformée en un joli jardin. «C’est facile de vivre ici. Et il se passe beaucoup de choses en danse à Montréal. Pourquoi aller ailleurs? C’est une très bonne place pour

Dans le détail du mouvement

du 20 mars au 14 avril 2018 tnm.qc.ca d ’a p r è s l e r o m a n d e

nne Lepage

ie une création de Ét Vidal , Henri Chassé et Catherine te, Evelyne Brochu

erc édéric Blanchet x, Dominique Lecl Paul Ahmarani, Fr lacelle-bourdon, Simon Lacroibe on ch Va cca , renaud d Strasbourg, Re Francis Ducharme , Paul Savoie, Davi ik ch on Lim a ch l Ma ssignol, Catherine Vida Lepage Mise en scène , Alexandre Pilon-Guay, Francis Ro Tex te Étienne avec

Ewing viève Lizot te, Elen mise en scène Alex andra Sutto istance à la Ass ti et rs Ba Nouveau Monde Angelo tion Théâtre du

conception Gene

Produc


danser, y a quelque chose en plus… Tous les danseurs qui viennent ici hallucinent. On dirait que c’est une ville pour les danseurs!» Et Montréal honore Louise. L’UQAM lui a décerné cet automne un doctorat honorifique, et Denis Marleau et Stéphanie Jasmin sont allés la chercher pour lui proposer de danser dans Les Marguerite(s). Actuellement sur les planches de l’Espace Go, le spectacle revient sur la vie de l’auteure Marguerite Porete. Pour cette première incursion dans une pièce de théâtre, Louise n’a pas hésité: elle adore le travail des deux metteurs en scène. «J’aime faire des projets pour les autres, c’est un super défi. Ça me relance autrement pour mes prochaines pièces à moi. Et j’ai bien aimé l’argumentation dans le livre de Marguerite Porete. Ça me parlait, ça me touchait… Elle est dans le détail des mots comme je suis dans le détail du mouvement. J’aime cette précision et cette délicatesse d’écriture. Et c’est toujours ça que j’ai cherché dans ma danse: la douceur, la finesse… J’essaie de faire une danse fine.» Une danse qu’elle travaille depuis plus de 40 ans, et qui a évolué au fil de sa carrière, au fil de son corps. «La mémoire flanche avec le temps, le corps aussi. Il faut se rappeler du corps de l’enfance, de celui quand on a 20 ans... J’ai demandé beaucoup à mon corps, sans arrêt, et j’ai grandi de ça. Il y a une usure, oui, mais je comprends mieux mon corps. J’ai l’intelligence de mieux me préserver maintenant. À force, je finis par connaître le courant dans le mouvement; je deviens comme un chat, je me fais moins mal.» Louise insiste aussi sur la force du mental, car la danse se passe beaucoup dans la tête. Elle a notamment travaillé pendant 10 ans avec une hanche handicapée: «J’ai tellement travaillé en difficulté que j’y ai acquis une énorme force. J’avais déjà de la volonté, mais là je suis allée beaucoup plus loin.» Elle se fait finalement opérer; deux mois plus tard, la voilà déjà dans un avion pour aller danser à Vienne. Et puis il y a eu sa grossesse, l’accouchement. Une période qui transforme le corps. Une danseuse enceinte de jumelles, l’enfer! Mais non, ça ne l’a pas inquiétée. «Y a pas de pause dans la danse, même quand t’arrêtes. Ce qui m’habite continuait d’avancer en moi, raconte Louise. J’ai pensé longtemps qu’il ne fallait jamais lâcher, mais plus maintenant. Finalement, c’est dans la tête qu’il ne faut pas lâcher… Quand j’étais jeune, je dansais même trop, parfois. J’aurais dansé mieux si j’avais dansé moins; je m’épuisais dans les répétitions.» L’âge, le corps qui vieillit, tout ça ne lui fait pas peur. À 59 ans, elle voit bien des rides si elle se regarde de près dans le miroir, mais à part ça, elle se sent bien, très bien. Danser jusqu’au bout? «Je ne dois rien à personne, si je veux arrêter l’année prochaine, j’arrêterai. Je dois juste fidélité à ce que je vais ressentir à ce moment-là», affirme Louise. Elle ajoute, avec un sourire: «Quand j’ai eu mon premier contrat à 18 ans, j’ai dit: “OK, mais je danse juste un an…”» y Les Marguerites(s) jusqu’au 17 mars à Espace Go Sur son cheval de feu, en salle le 30 mars

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AVEC SON PREMIER ONE-MAN-SHOW J’ADORE, FRUIT D’UN LONG RODAGE DE PRÈS DE QUATRE ANS DANS LES BARS ET LES SALLES DU QUÉBEC, DANIEL GRENIER DONNE LIBRE COURS À SA CRÉATIVITÉ DÉBORDANTE.

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MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

’important, ce n’est pas la destination, c’est le voyage. L’adage rabâché, Daniel Grenier le connaît bien. «Si je suis ici à parler avec toi, c’est que j’aime vraiment ce que je fais... Tomber dans la relève à 40 ans, c’est vraiment pas facile», admet-il, visiblement heureux du chemin parcouru depuis la séparation des Chick’n Swell en 2014. «D’ailleurs, je conseillerais à tous les humoristes de ma génération et de celle d’avant de retourner dans les bars pour roder leur matériel avec les jeunes humoristes. Ils travaillent fort en tabarnouche, c’est inspirant.» Terre-à-terre, l’humoriste et auteur-compositeur-interprète s’est servi une bonne dose d’humilité en se réappropriant la scène en solo. «Ç’a pas été si simple, euphémise-t-il. Pendant 23 ans, j’ai été avec deux gars sur scène, à faire des sketchs de ninja comme si on était des enfants dans un carré de sable. On jouait avec un quatrième mur, comme à la télévision. Là, d’un seul coup, il n’y a plus personne avec moi, et je dois apprendre à me revirer vers les gens, à connecter avec le public. Le gros problème là-dedans, c’est que j’ai dû tout faire ça au Québec! J’aurais mieux aimé recommencer dans un autre pays, aller me planter ailleurs pis revenir ici pour être bon.»

PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

Grenier garde un souvenir doux-amer de cette période d’essai-erreur. Un spectacle donné au mythique bar Chez Maurice à Saint-Lazare a d’ailleurs failli avoir raison de lui. «Sur quinze minutes, je crois qu’il y a une minute et demie qui a bien été. C’était atroce! En plus, on m’a présenté comme un ancien membre des Chick’n Swell.... C’était vraiment chien pour les autres gars, je scrappais vraiment le nom du band! se rappelle-t-il, en riant. Le lendemain, j’avais plus du tout envie de faire de scène, mais mon gérant [Michel Grenier, son frère] m’avait booké un autre show, tout près de chez moi. J’ai décidé de construire un six minutes à partir de la minute qui a bien été. C’te coup-là, ç’a bien fonctionné.» Plusieurs centaines de numéros et de spectacles de rodage plus tard, le Montréalais d’adoption a creusé son sillon avec ingéniosité. «J’ai rodé mon show comme on fait du sirop d’érable: j’fais bouillir des jokes en tabarnane pour en arriver avec une canne», image-t-il, habilement. «Sérieusement, ça m’a pris un an et demi avant de me sentir bien seul sur scène. C’est long un an et demi quand tu joues beaucoup et que, malgré tout, t’as pas l’impression de t’amuser pour vrai. Y a fallu que je scrappe tout ce que je connaissais pour en arriver à tripper. Maintenant, j’ai un lâcher-prise total.»


Un style «what the fuck» Feu roulant d’absurdités et de pitreries en tous genres, J’adore cherche à dérouter le spectateur, à le prendre par surprise. Astucieux, Daniel Grenier y intègre la crème des trouvailles musicales et matérielles qu’il a récemment faites. «Je fais des bouts de tounes, je montre des cartons que j’ai imprimés, je prends ma guitare, je sors une poupée... Ça donne un style vraiment “what the fuck”», explique l’artiste de 45 ans, quand on lui demande de nous résumer le fil conducteur du spectacle. «Avec moi, j’ai trois valises pleines de jouets, des objets que j’ai ramassés en me promenant d’un marché aux puces

à l’autre. Un des numéros qui fonctionne le plus, c’est celui où je reproduis la chorégraphie d’un chat électronique que j’ai acheté y a plusieurs années. Récemment, il a brisé, donc je suis allé en racheter un modèle usagé un peu moins brisé, que j’ai complètement défait et ressoudé.» Bref, à lui seul, le terme «absurde» ne suffit pas pour décrire l’ampleur du délire qui habite l’artiste dans J’adore. Une précision s’impose: «C’est pas complètement insensé. À mon avis, les nouvelles, c’est mille fois plus absurde que ce que je peux faire. Moi, je peux pas regarder ça, les nouvelles. C’est trop fucké! Par contre, je regarde les nouvelles

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«À MON AVIS, LES NOUVELLES, C’EST MILLE FOIS PLUS ABSURDE QUE CE QUE JE PEUX FAIRE. MOI, JE PEUX PAS REGARDER ÇA, LES NOUVELLES. C’EST TROP FUCKÉ!»

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insolites. Un blaireau agressif qui bloque l’entrée d’un hôtel, ça, ça commence bien une journée! En fait, je souhaite surtout que les spectateurs res­ sentent un peu de poésie à voir mes trouvailles humoristiques. Je souhaite que ça leur fasse un bien réel, qu’ils puissent débrancher leur cerveau et flyer avec moi.» Et jusqu’à maintenant, la connexion se fait plutôt bien entre Daniel Grenier et le grand public québécois. En témoignent les apparitions de l’humoriste en première partie de ses deux amis proches Mike Ward et Martin Matte, qui l’ont fortement encouragé à cultiver son style décalé. «J’ai un humour très différent de Martin, mais son public embarque au boutte dans mon trip! C’est un gars qui va loin dans le sarcasme, ce qui me rejoint car y a quand même beaucoup d’ironie dans mon humour épais. Pis, Mike, il a un autre style d’humour que moi, mais très absurde aussi... T’sais, il enculera pas des vieux pour vrai!»

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Plus prolifique que jamais, le Victoriavillois profite d’une mise en scène minimaliste pour la première fois de sa carrière. Spécialiste des productions d’envergure aux nombreux encombrements techniques, son ancienne formation ne pouvait donner qu’un nombre limité de spectacles. «C’est le fun d’être autonome avec ton humour. Avec Les Chick, on pouvait presque jouer nulle part, car ça nous prenait au minimum 20 pieds de projection en arrière... Là, je fais juste trimballer mes valises pis ma guitare pis je peux faire des shows n’importe où, même dans des maisons», dit celui qui a donné un spectacle dans un garage durant le temps des fêtes. «C’est vraiment un nouveau souffle pour moi, ça va très bien. En ce moment, je suis content d’avoir mes mains sur du bois.» y J’adore Au Gesù le 17 mars

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JEUNESSE EMBRASÉE QUATRE ANS APRÈS SA PUBLICATION, LE ROMAN LA DÉESSE DES MOUCHES À FEU DE GENEVIÈVE PETTERSEN SERA MONTÉ SUR LES PLANCHES DU QUAT’SOUS PAR LE THÉÂTRE PÀP. ENTRETIEN AVEC L’AUTEURE AUX MILLE ET UN PROJETS. MOTS | JULIE LEDOUX

Catherine a 14 ans, des parents qui se quittent, des amis qui changent, le goût d’essayer n’importe quoi. C’est Chicoutimi-Nord, en 1996. Le fantôme de Kurt Cobain qui plane, l’ombre de Christiane F. qui se dessine et celle de Mia Wallace qui danse quelque part avec David Bowie, les mixtapes qu’on se fait entre amoureux, les amitiés qui meurent, les autres qui naissent. La mess bon marché ou la meilleure qui vient de Québec. La prémisse reste simple et c’est un peu tout ça, La déesse des mouches à feu, enveloppé d’une couche de drames adolescents racontés avec une verve

PHOTOS | BRUNO GUÉRIN

pure. L’écriture simple, directe, striée de métaphores propres aux excès des 14 ans de Catherine, jeune fille sans histoire, qui veut prendre sa place, dans une vie pas suffisamment explosive. Et maintenant, en plus de voir sa vie plus tard défiler sur grand écran – le roman fait présentement l’objet d’une adaptation cinématographique signée Anaïs BarbeauLavalette –, c’est sur les planches du Quat’Sous que Catherine revivra ses 14 ans, sous la direction de Patrice Dubois et d’Alix Dufresne.


SCÈNE 17 VOIR MTL

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> Catherine à travers elles Propos, somme toute, quasi banal, l’adolescence demeure bien souvent exposée avec une certaine maladresse. Difficile de retrouver la violence et l’authenticité de l’adolescence quand des acteurs dans la trentaine jouent des écorchés qui n’ont pas encore l’âge de voter. En acceptant que La déesse des mouches à feu soit adapté au théâtre, Geneviève Pettersen tenait mordicus à éviter l’«effet Watatatow»: «Pourquoi ne pas aller chercher cette énergie-là, qui est l’énergie du livre, d’une espèce de violence, de naïveté, de candeur [...]: c’est le moment où le venin arrive dans la fleur. C’est ce moment-là qu’il faut capter.» Avec à sa tête 11 adolescentes de 13 à 18 ans qui occupent tous les rôles, la pièce offre une nouvelle tribune au personnage de Catherine, qui se décline désormais en 11 versions, et une nouvelle temporalité, pour joindre «la parole de Catherine et la parole de ces jeunes filles-là. Donc, on va les entendre, on va entendre ce qu’elles ont à dire, maintenant, aujourd’hui. On est en 1996 et en 2018 en même temps.» En procédant par casting sauvage, les jeunes actrices non professionnelles se sont révélées des atouts uniques pour l’adaptation théâtrale à laquelle elles ont toutes contribué, à leur manière. «Que tu sois élevé à Chicoutimi, à Montréal ou au Wisconsin, tu vis les mêmes interrogations, tu passes par les mêmes étapes, lance l’auteure. [...] les adolescentes se frappent au même mur auquel moi je me frappais et se posent les mêmes questions, c’est juste que les moyens ont changé. [...] on est dans une société en apparence plus libre, mais la parole des jeunes filles dérange toujours autant.» Une réalité qui dérange Cette parole de jeunes femmes en devenir se déploie ainsi sur scène, avec l’aide des metteurs en scène Patrice Dubois et Alix Dufresne qui, eux aussi, souhaitaient que la scène devienne un lieu de partage et de mise en commun d’idées, et d’une prise de parole forte. Ce qu’il fallait, pour rendre justice autant au personnage de Catherine qu’aux actrices qui se sont approprié le texte, c’est se donner le temps, le courage, d’entendre la parole de ces jeunes filles «sans censure, sans poésie nécessairement, dans un très grand réalisme, dans une très grande violence aussi, évoque Geneviève Pettersen. [Ça] nous donne aussi l’impression de regarder par le trou d’une serrure. On a l’impression de voir des choses qu’on n’a pas nécessairement le droit de voir, mais qu’il faut voir. Et ça, ça crée des malaises, et c’est de ce malaise-là que je veux parler.»

Geneviève Pettersen nous fait ainsi revivre l’adolescence, nous replonge dans ce qu’il y avait de plus laid et de plus beau, dans ces années turbulentes, qu’on exécrait, pour la plupart. Jamais planqués, les mots sonnent et trébuchent, comme Catherine et ses amis. Jamais faux, le ton et le rythme s’accélèrent, à chaque tournant pris par un pick-up ou un ski-doo. La musique omniprésente – la direction musicale de la pièce a été confiée à Frannie Holder de Random Recipe et Dear Criminals – martèle chaque journée de ce qui coule dans les veines des jeunes écorchés. Avec l’aide des jeunes actrices et de la direction proposée par Dubois et Dufresne, le roman aura droit à un nouveau regard, toujours dans l’optique de poser une lunette sur une réalité peu révélée. «[J]’ai été vraiment éblouie par le recul et la capacité de remise en question de ces jeunes filles-là, et de comprendre ce qui se passait pour elles, d’avoir des réflexions sur le féminisme et sur beaucoup de choses», admet Pettersen en évoquant le processus d’adaptation de son roman pour le théâtre. «C’est une expérience artistique et humaine, vraiment incroyable. Ça va transparaître sur la scène parce que toute leur perception de ce texte-là, c’est ça, le show.» Le trop-plein d’émotions des amours adolescentes se retrouvera certes en première place, mais toujours avec un inconfort dramatique et une violence au corps irréparable. La déesse des mouches à feu offre de voler un petit bout de ces années si vite passées, mais dont les aventures sont semblables à celles d’aujourd’hui. L’important, c’est d’y croire. y Du 5 au 30 mars Au Théâtre de Quat’Sous

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18 CHRONIQUE VOIR MTL

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ÉMILIE DUBREUIL SALE TEMPS POUR SORTIR

LE PRINCE CHARMANT EST UN CAMION La voix de baryton de Dan Bigras s’élance dans toute sa virilité: «Le Dodge Ram: le courage, la légende...» Et ça me fait sourire chaque fois d’une sorte de perplexité amusée. Le camion courageux, sans peur et sans reproche est sans doute la représentation la plus positive de la masculinité que je vais voir ce soir. Tout de suite après vient une annonce d’un restaurant où un homme se fait dicter ce qu’il va manger par sa blonde castratrice. Et comme un benêt un peu lourd, il regarde la caméra et dit: «Je fais toujours ce qu’elle veut.» Tiens, le téléroman peut commencer. C’est l’histoire d’une fille névrosée qui lâche son mari pour un gars pas fiable qui a une boutique de tatouage. Il est beau, il fait des tattoos, mais est-ce que je l’ai dit? Il n’est pas fiable, il ne sait pas trop ce qu’il veut et a peur de l’engagement. On est loin du camion courageux. Mettons qu’entre Hubert et un Dodge Ram, je n’hésiterais pas trop longtemps. En parlant d’hommes, le mien est parti en voyage quelques semaines et je m’ennuie. De lui, bien sûr, mais je m’ennuie surtout tout court. Dans notre pays de neige qui a neigé et d’avertissements de pluie verglaçante et de tempêtes hivernales, je prends très au sérieux les avertissements d’Urgences-santé de ne pas aller me péter la gueule sur les trottoirs glacés de ma ville. Et puisque j’ai horreur de me battre contre le monstre du froid éolien, j’abdique et je contemple ma télé. Et je suis étonnée par ce que j’y vois; un mâle perdant, perdu, mou ou torturé ou pas fin ou maladroit. Bref, sauf rares exceptions, il n’y a aucun personnage de mâle dans notre production téléromanesque qui m’inspire de pensées impures. Toujours prompte à discuter de l’état de notre

inconscient collectif magané, j’ai téléphoné à une copine sociologue pour échanger sur nos bébittes nationales. Elle m’a coupé la parole à «représentation négative des hommes dans nos fictions». — Emilie, c’est complètement ringard ce sujet. Ce débat appartient aux années 1990 et à l’époque d’Ovila Pronovost et de ses contemporains, les Jean-Paul Belleau et autres «perdants» paradigmatiques. Enjeux, l’émission Enjeux qui a disparu il y a longtemps avait fait un reportage, tu te souviens? Luc Picard qui venait de faire Noum dans L’ombre de l’épervier nous disait qu’il en avait assez de jouer des hommes sans colonne. Ben, ça, c’est terminé. — OK. Alors, nomme-moi, ma chérie, un seul personnage mâle inspirant dans notre fiction actuelle et que tu aurais, mettons, envie de fréquenter… — Ben, il y avait les gars dans 19-2… — Hum… santé mentale fragile. — Il y a le capitaine dans District 31, c’est un bon gars. — Oui, mais, c’est un mononcle. Le reste de sa gang, on peut pas dire que ce sont des modèles de camion Dodge Ram. Courage et légende! Et disons-le, dans les dernières années, les gars, mettons dans Les invincibles, inspiraient pas tellement l’amour. D’éternels adolescents ineptes et perdus. Que dire des gars dans CA, incapables de s’engager ou complètement dominés par une germaine maléfique… — Ben tu vois, moi, c’est pas tant la représentation des gars que je trouve angoissante, mais la représentation des femmes de notre génération. Elles sont toujours au bord de la crise de nerfs. C’est comme un long, long film d’Almodovar remixé à la sauce Sex and the City. Les filles sont toutes complètement névrosées. Il y a un téléroman que je voulais

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19 écouter, mais j’ai lâché au deuxième épisode parce que les femmes crient tout le temps, pleurent, se soûlent… Si certains ont vécu une enfance à l’eau bénite, je suis de cette génération qui a grandi à l’ombre de l’écran cathodique. Les séries les plus marquantes de mon histoire avec la télé sont sans doute celles que j’ai regardées enfant: Lance et compte et Les filles de Caleb constituent, encore pour moi, des références culturelles incontournables. — Alors, viens que je te résume ça, ma chère amie sociologue: Pierre Lambert, le courage, la légende ont été remplacés de nos jours par un camion et Émilie Bordeleau est devenue une femme dans la trentaine en burn-out qui ne rencontre pas l’amour, qui a des parents très «névrosés» et qui boit beaucoup trop de vin blanc ou déménage avec des colocataires pour mettre du piquant dans son existence complètement chaotique. — Ce que je n’aime pas avec vous les journalistes, c’est que vous avez tendance à ne pas faire de nuances pour que votre explication de choses complexes soit plus percutante. Ça se peut bien, mais n’empêche. Si j’interroge ma télé et que je lui demande «Miroir, miroir, dis-

moi ce que nous sommes devenus?», ma télé me dit quelque chose qui m’énerve pas mal. Car si je comprends bien, elle veut me dire que les hommes sont désemparés devant les changements sociaux. Notamment par les résultats concrets du féminisme. Ils ont de la difficulté à trouver leur place dans la société où ils sont dominés, et donc victimes de leurs femmes castrantes. Elle me suggère aussi clairement que la libération de la femme vient avec une surdose d’hystérie pour les femmes libérées, tu sais c’est pas si facile! J’ai téléphoné à Stéfany Boisvert, une chercheure de l’UQAM spécialiste de la représentation des genres à la télé, qui m’a confirmé cette intuition: «C’est une vision répandue dans la société et donc dans notre fiction que cette émancipation des femmes rend tout le monde malheureux. On était plus heureux avant quand c’était plus simple.» Ouin. C’est vrai que Rosanna dans Le temps d’une paix n’était pas hystérique et que Joseph-Arthur était vachement sympathique. Bon. Il est temps que mon homme revienne et que le printemps se pointe, il faut que je sorte de mon divan et que j’arrête de faire de la gérance d’estrade à cinq sous sur notre inconscient collectif qui valorise plus… les camions que les hommes. y


MUSIQUE 21 VOIR MTL

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ENFANT TERRIBLE LE MUSICIEN HUBERT LENOIR ET L’ÉCRIVAINE NOÉMIE D. LECLERC LÈVENT LE VOILE SUR DARLÈNE, UN RÉCIT INITIATIQUE AUX ALLURES D’OPÉRA ROCK, UNE ŒUVRE MULTIDISCIPLINAIRE QUI, SUR SCÈNE, PREND CORPS AVEC NEUF MUSICIENS. MOTS | CATHERINE GENEST

PHOTOS | JOHN LONDOÑO (CONSULAT)

L’ascension de l’autre projet d’Hubert Lenoir, The Seasons, a été plutôt fulgurante. Belle et Bum, la télé publique en Allemagne, Le Petit Journal, les filles croisées sur Saint-Joseph à Québec qui surmontent leur gêne pour se faire prendre en photo avec ses collègues et lui. Rapidement, sans être passé par de petites salles comme le Sous-Sol de feu Le Cercle ou par des concours renommés comme Les Francouvertes ou Granby, le fab four de Courville a su conquérir l’autre côté de la 20 et même de l’Atlantique. Jeunes et étrangers à l’industrie montréalaise, les membres du groupe ont ravi le cœur des adolescents parce qu’ils en étaient presque encore eux aussi, parce qu’ils avaient su canaliser ce que les gens de leur âge avaient précisément envie d’entendre à ce moment-là. Nombreux sont ceux qui avaient sous-estimé le potentiel commercial des harmonies vocales des frères Chiasson, de cette pop rock beatlesque. En troquant son vrai patronyme contre Lenoir, Hubert est revenu là où on ne l’attendait pas tellement: mordant, charnel, socialement engagé (ou du moins, sensible au féminisme), emmitouflé de saxophones façon Bowie et, surtout, en français. Le 9 janvier, il a séduit ceux qui lui résistaient encore. En sortant Fille de personne II, il nous a introduit à Darlène, une création menée avec sa douce, sa meilleure amie, sa complice de longue date, l’auteure Noémie D. Leclerc. Une énigmatique personne par ailleurs, un visage qui ne s’oublie pas, des yeux qui te fixent sans impolitesse, mais qui imposent le respect. Elle est intimidante, Noémie. Inspirante, pour reprendre un mot à la mode, sans toutefois se

contraindre au rôle de muse. Artiste à part entière, gérante d’Hubert Lenoir lorsqu’elle n’empoigne pas le stylo, elle donne l’impression de pousser le musicien dans ses moindres retranchements. Avec Darlène, on découvre justement son chum sous un nouvel angle. Épanoui, libre surtout, en paix avec son passé pas si simple et somme toute assez récent. «J’ai passé beaucoup de temps à Paris dans les deux dernières années. J’ai quand même été proche, jusqu’à un certain point, de quelque chose de beaucoup plus glam que Courville, t’sais. C’était même pas quelque chose que je voulais, mais je me suis un peu ramassé dans des trucs qui étaient assez VIP, où on buvait du Veuve Clicquot et tout ça. Ça m’a confirmé qui j’étais et ce que je voulais pas devenir, confie-t-il. J’ai pas senti le besoin d’en vouloir plus, de fame ou de quoi que ce soit. Moi, il y a quand même beaucoup de monde dans le milieu de la musique que j’aime vraiment pas. J’ai été, quand même, brisé par le show-business un peu.» Si Noémie a choisi la banlieue et les banquettes d’un Normandin comme décor dans son roman, c’est notamment pour symboliser la quête d’authenticité d’un chanteur qui a résisté à l’appât des paillettes. À l’instar d’Arcade Fire avec The Suburbs ou de Myriam Verreault et Henry Bernadet avec À l’ouest de Pluton, l’écrivaine positionne la ville dortoir comme un lieu romantique. Sans se perdre dans de sempiternelles descriptions, elle fait de son patelin (Montmorency) un personnage en soi. «En banlieue, tu grandis et t’as ta grosse maison ou ta petite maison, tu vois toujours la même affaire, tu fais la même chose,

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22 tu joues avec tes amis dans la rue ou pas, énumère Noémie. C’est très routinier, tu vois tes parents et c’est un petit peu ta seule référence et tu te retrouves assez vite dans un genre de moule. Ton plan est tout tracé. Personnellement, fondamentalement, tu te poses jamais de question ou tu t’en poses et t’es dans un genre d’errance complète, totale. Tu sais pas quoi faire, tu sais pas ce que t’aimes, qui t’aimes pas, ce que tu veux faire, ce que t’as pas le goût de faire.» Après des années passées sur le pilote automatique, démotivée et un peu perdue, elle se fait narratrice de sa propre fable. Darlène, c’est une autobiographie fantaisiste. Noémie a trouvé sa voie, une voix, cette plume sans flafla trempée dans l’eau de rose et ponctuée d’observations tordantes. Fleur de lys C’est en fardant son regard encore plus qu’avant, en nuant sa peau de poudres cosmétiques qu’Hubert se montre sous son vrai visage. Il bouleverse les codes de genres et floute aussi les frontières entre les créneaux artistiques. Sur ce disque, il teste les limites de la pop sans se fermer de portes, sans se cantonner dans une quelconque clique. «Ça m’énerve vraiment d’entendre “ça, c’est plus à

gauche, ça, c’est plus à droite”. Et quand tu vas en France, il y a des gens pour te dire: “Ça, c’est plus pour les Parisiens, ça, c’est plus pour les provinciaux.” […] Je trouve qu’il y a beaucoup d’artistes qui se frappent aux barrières des termes qu’on a inventés juste pour classifier. C’est pour ça que je n’aime pas non plus parler de “styles”.» De toute façon, Hubert les mélange. L’album s’ouvre sur un solo du pianiste Vincent Gagnon assorti d’un bruit de fond qui nous transporte jusqu’au Clarendon enfumé d’autrefois. «C’est en fait une improvisation. Je lui ai juste dit de jouer quelque chose en do majeur en lui donnant quelques références de pianistes jazz que j’aimais. Genre Oscar Peterson, qui selon moi est le plus grand pianiste de tous les temps, et Vince Guaraldi, surtout pour l’album Jazz Impressions of Black Orpheus et la pièce Cast Your Fate in the Wind.» Éclectique, Lenoir revendique comme influences le jazz, en plus du gospel (avec Dasha Maily aux chœurs), de la musique cubaine et de Claude Dubois. «Il a été un pionnier sur beaucoup de points. Je comprends pas pourquoi on le cite pas plus en exemple comme l’un des plus grands auteurs de chansons. […] Le sentiment que j’ai quand j’écoute Claude Dubois,


23 c’est que c’est de la musique québécoise, mais universelle. Moi, j’ai horreur de placer la musique dans un contexte qui est purement québécois, c’est comme vraiment ancien comme concept. J’aimerais que les gens qui écoutent Darlène aient le même feeling que moi quand j’écoute Claude Dubois.» Dans sa première offrande, Noémie redore aussi une scène souvent considérée comme matante, comme quétaine. Denis Lévesque et La Voix y sont maintes fois évoqués sans une once de sarcasme. «Moi, j’écoute TVA tous les soirs, c’est ça mes références. […] Au lieu de porter un jugement, de rapetisser ça et de snober ça, est-ce qu’on peut juste arrêter de creuser un fossé entre la gauche et la droite? Est-ce qu’on peut construire des ponts à la place?» Darlène, c’est l’histoire de deux âmes sœurs, cette fille à la bouche en cœur, ce gars au teint de lait et aux cheveux d’ébène. Deux êtres qui se sont trouvés, qui se rejoignent dans leurs contradictions, quelque part entre avant-garde et culture pop, et dont l’histoire continuera de s’écrire en chapitres et en chansons. y

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L A   R E L È V E SE RÉVEILLE La relève rap québécoise cogne aux portes de l’industrie musicale. Sillonnant les chemins déblayés par ses prédécesseurs, elle se développe à une vitesse fulgurante aux quatre coins du Québec, et tout particulièrement à Montréal. Aperçu de ses motivations et de ses aspirations avec cinq de ses représentants notables: FouKi, Flawless Gretzky, Marie-Gold, Mike Shabb et Wasiu. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN

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i 2016 a été l’année où le rap québécois s’est faufilé au sein de la culture mainstream, phénomène qui s’est poursuivi en 2017 avec l’explosion des carrières solos de plusieurs acteurs clés du mouvement (Loud, Lary Kidd, Yes Mccan, Joe Rocca) et l’arrivée de nouvelles étiquettes (Joy Ride et Make It Rain Records), 2018 s’annonce pour être l’année des nouveaux visages. «C’est en ce moment que ça se passe», envoie Marie-Gold, rappeuse et productrice du groupe Bad Nylon qui évolue maintenant en solo. «Ça va être le takeover du Québec», prévoit FouKi, tout juste signé sous la renommée étiquette 7ième Ciel Records, qui a déjà sous son aile Manu Militari, Alaclair Ensemble et Koriass. «On verra après où tout ça va nous mener.» Loin de se restreindre au marché québécois, les rappeurs anglophones Mike Shabb, Flawless Gretzky et Wasiu envisagent les prochains mois comme le lieu de tous les possibles. «Les ÉtatsUnis sont à la recherche de nouveaux sons, donc c’est le moment de se démarquer», soutient Gretzky, qui flirte avec le trap et le gangsta rap sur sa première mixtape H.I.M. History in the Making parue l’an dernier sous Make It Rain, nouvelle branche de Bonsound. «L’affaire, c’est qu’on doit travailler cinq fois plus fort pour y arriver, car les Américains ont des préjugés envers le rap canadien. Il faut leur montrer qu’on peut manger le rap de Toronto!»

(CI-CONTRE) WASIU

PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU

Soutenue par son porte-étendard Drake, la scène hip-hop torontoise connaît une certaine popularité depuis le début de la décennie grâce à sa facture R&B planante et très accrocheuse, qui a vraisemblablement contaminé le rap américain. Pour Wasiu, il semble évident que Montréal pourrait être la prochaine ville à générer un tel engouement. «On a déjà des producteurs comme High Klassified, Kaytranada et Lunice qui sont big à l’international, mais les gens n’ont pas nécessairement fait le lien qu’ils viennent tous d’ici. Il nous manque un vocaliste, une figure of the city qui viendrait rassembler tout le monde. C’est un slow growth, mais là, on va récolter le fruit de notre labeur.» «D’ici 2020 ou 2025, on va être le nouveau Toronto ou Atlanta côté fashion et musique», ajoute Shabb, plus réaliste dans son échéancier. «Suffit que l’un d’entre nous blow up pour qu’il y ait un spotlight sur les artistes d’ici.» «Le problème, c’est que ceux qui étaient là avant nous bloquent la porte... alors que cette porte-là n’est même pas encore ouverte!», fait valoir Gretzky. «Je le dis straight: je crois qu’ils ont peur de nous. Ça fait trop longtemps qu’ils sont là.» Sans nommer quelqu’un en particulier, le rappeur met le doigt sur un fait bien réel: les rappeurs québécois actuellement sous les feux de la rampe sont en partie les mêmes qu’il y a cinq ans, de Dead Obies à Alaclair Ensemble. En fin de compte, beaucoup de ceux-ci ont collaboré les uns avec les autres, sans nécessairement prêter attention à la relève.

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(DE GAUCHE À DROITE) WASIU, MARIE-GOLD, FLAWLESS GRETZKY, MIKE SHABB ET FOUKI

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Wasiu relativise: «Ça dépend qui en fait. J’en ai vu plein se mettre devant la porte, mais j’ai aussi vu des gars comme KNLO venir me donner des props. The legend himself!» «Pour moi, ç’a pas été difficile de connecter avec des gars de la scène, mais je sais que ça peut l’être pour les autres», nuance Shabb, qui fait paraître ce mois-ci un premier album sous Make It Rain, étiquette dont la direction artistique est menée par VNCE Carter, producteur de Dead Obies.

«Ç’a pris du temps avant qu’il y ait une ouverture [de la part des artistes établis], mais je trouve ça normal», poursuit FouKi. «L’artiste de 30 ans qui a fait du rap toute sa vie, ça se peut qu’il s’en crisse des 30 petits nouveaux de la scène. Il a pas le temps d’aller tous les écouter.»

écoutés quand j’étais plus jeune. Je m’inspire d’elles et je compte m’impliquer all in pour ouvrir les portes aux filles», dit celle qui compte enregistrer un premier projet solo au courant de l’année.

Consciente de la situation, Marie-Gold a fait l’effort d’aller elle-même rencontrer les femmes qui ont marqué l’histoire du rap québécois, notamment J.Kyll (de Muzion) et Sarahmée. «Ce sont des modèles que j’ai

Au-delà de ses relations avec les vétérans de la scène, la relève soutient que son épanouissement dépend aussi de l’intérêt que lui portent les médias québécois. À ce sujet, FouKi considère qu’il y a un manque

Médias, labels et langue

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à gagner. «On dirait qu’ils font rien que parler de Loud», dit-il, en riant. «Mais pour vrai, on a attiré 700 personnes au Club Soda dernièrement, et c’est pas mal juste grâce au bouche-à-oreille et aux réseaux sociaux.» «Sérieusement, si ce n’était pas des sites de streaming et des réseaux sociaux, on serait encore dans l’underground», poursuit Wasiu. «J’ai l’impression qu’il faut qu’on blow up par nous-mêmes et que les médias vont venir après.» Avec sa formation Bad Nylon, Marie-Gold a toutefois bénéficié d’une bonne couverture médiatique pour ses EP, ses clips et ses spectacles. «Mais c’est surtout parce qu’on amenait un enjeu social», reconnaît la rappeuse de 25 ans, évoquant la spécificité de son groupe rap, l’un des seuls entièrement composé de femmes. Flawless Gretzky se dit lui aussi satisfait de la visibilité qu’il obtient. Depuis son alliance avec Make It Rain l’an dernier, alors qu’il sortait tout juste d’une incarcération pénale, il se surprend à découvrir plein d’articles à son sujet lorsqu’il tape son nom sur Google. «C’est grâce au label que ça marche», admet-il. «Entre toi et moi, un gars qui vient de faire six ans de prison et qui fait parler de lui en bien dans La Presse et dans d’autres médias, ça peut pas arriver autrement.» Heureux de ce soutien inespéré, le rappeur de 26 ans demeure réaliste: une signature avec une étiquette n’est pas un gage de succès en 2018. Son collègue Mike Shabb est du même avis: «C’est pas nécessaire d’être signé pour percer. Je pense que ça peut aider pour la promo, mais c’est tout.» «Moi, je pense que c’est surtout bon pour le booking», renchérit FouKi, qui fera paraître un premier album officiel ce printemps. «Autrement, si t’es bon dans ce que tu fais, tu vas finir par blow up… signé ou pas.» Fier d’être indépendant, Wasiu travaille d’arrache-pied aux côtés de son gérant pour lancer sa carrière. «C’est plus dur sans label, c’est certain, mais le plus important pour moi, c’est d’avoir une pleine autonomie. J’ai déjà parlé avec des gens du milieu, mais c’était pas the right fit.»

vraiment un statement», affirme-t-il. «On fait de moins en moins nos trucs chacun de notre côté, et la scène est plus unie que jamais.» Loin d’avoir connu l’époque où les deux solitudes rap de la métropole s’ignoraient, FouKi et Mike Shabb ne voient pas de barrières entre l’anglais et le français. «Pour la nouvelle génération, y a pas de différence», estime ce dernier. «On vit la même chose, alors pourquoi pas faire notre musique ensemble?» De toute façon, les paroles n’ont plus l’importance qu’elles avaient dans le rap. Fortement influencés par les tendances américaines, la plupart de ces jeunes rappeurs ont davantage de considération pour la musique que pour le message et le texte. «Je crois que, depuis 2010, les beats ont pris le dessus sur les paroles. Je dis pas que c’est pas important d’avoir des bons textes, mais ce n’est plus nécessaire pour être dope et avoir du succès», observe Shabb. Marie-Gold acquiesce: «En France, l’une de mes rappeuses préférées, c’est Lala &ce, et on comprend même pas quand elle rappe! Elle pourrait parler n’importe quelle langue, et ça ne dérangerait pas. Sa voix devient un instrument.» Même s’il porte toujours un respect indéfectible à la scène rap new-yorkaise des années 1990, Flawless tend lui aussi à emprunter de nouvelles avenues. «Quand je suis sorti de prison, je n’ai pas eu le choix de suivre la tendance, car ce sont majoritairement les jeunes qui écoutent [cette musique]. Mais il est possible d’être quelque part au milieu, entre le rap à la mode et le rap lyrical.» Un équilibre que recherche également Wasiu à 27 ans: «Il y a quelques années, j’ai compris que je n’avais pas besoin de sacrifier qui j’étais pour être sur la mappe. De toute façon, au-delà des modes, ce qui va te permettre de rester au top, c’est ta façon de spit. Es-tu capable de rapper, oui ou non?» À cet égard, la relève n’a pas à douter de son potentiel. y

MARIE-GOLD

Publié en octobre dernier sur sa page Soundcloud, son plus récent opus MTLiens 2 est le fruit d’un travail de grande envergure. Totalement en contrôle de son produit, Wasiu y prouve sa polyvalence et ses qualités de rassembleur en travaillant avec la crème des rappeurs et producteurs montréalais, de Kaytranada à KNLO. À la toute fin, la chanson Loi 101, en collaboration avec Dead Obies et Lary Kidd, témoigne de la vitalité de notre scène rap franglaise. «C’est


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L’ORCHESTRE COMME INSTRUMENT En décembre dernier, danseurs et spectateurs ont été agréablement surpris de voir une femme à la tête de l’orchestre du spectacle Casse-Noisette des Grands Ballets canadiens. Dina Gilbert a dirigé l’œuvre de Tchaïkovski, une quasi-première au sein de la compagnie. Entretien avec une jeune chef qui est en train de se tailler une place de choix au sein de l’univers classique. MOTS | ALESSANDRA RIGANO

Dina Gilbert a remporté le prix «Découverte de l’année» lors du 21e Gala des prix Opus en février dernier. Une distinction que Yannick Nézet-Séguin a également reçue en début de carrière. Chef assistante de Kent Nagano à l’Orchestre symphonique de Montréal pendant trois ans, la jeune trentenaire est déjà reconnue pour son énergie et son geste assuré. Aujourd’hui directrice musicale de l’Orchestre symphonique de l’Estuaire à Rimouski et de la Kamloops Symphony en Colombie-Britannique, elle continue de diriger l’orchestre de chambre l’Ensemble Arkea, qu’elle a fondé à Montréal il y a un peu plus de six ans. «Ce que je considère comme important dans une programmation, c’est d’y inclure de la musique d’aujourd’hui, des compositrices et des compositeurs canadiens. J’essaie aussi de programmer l’œuvre de femmes compositrices parce que s’il y a un problème de représentativité dans la profession de chef d’orchestre, celui qui existe en composition est encore plus grand.» Il est difficile de passer outre la notion de parité en discutant de musique classique avec une femme qui s’illustre dans un milieu qui a longtemps été celui des hommes. «La sœur de Mozart était très brillante. On reconnaissait le talent des femmes à l’époque, mais pas qu’elles pas­sent à la postérité.» Bien que les auditions à l’aveugle aient changé la donne pour les musiciens, certaines chefs d’orchestre n’ont pas encore la chance d’éviter les biais inconscients des directeurs d’orchestres ou des conseils d’administration. «On est de plus en plus de femmes chefs d’orchestre. En classe au doctorat, on était trois femmes pour deux hommes. Ce n’est pas parce qu’il y a moins d’intérêt pour le métier ni parce que le public ou les musiciens ne sont pas prêts à

PHOTO | NADIA ZHENG

nous voir diriger.» Le plafond de verre ne s’est pourtant pas érigé au-dessus de celle pour qui cette profession semblait destinée. Dina Gilbert a grandi à Saint-Georges de Beauce en baignant dans l’univers de la musique, sans pour autant avoir un orches­ tre local duquel s’inspirer afin de poursuivre le métier qui est aujourd’hui le sien. «On était six filles et mes parents considéraient que c’était important de jouer du piano et de chanter.» À l’adolescence, elle dirige déjà le chœur d’enfants de l’église locale, puis elle répète l’expérience lors de son passage dans les cadets de l’air auprès de 45 musiciens élites du Québec qu’elle accompagne en tournée estivale pendant 9 semaines. Elle admet, en riant, n’avoir retenu que certains principes de survie en forêt. Cette étape représente cependant, sans qu’elle le sache à l’époque, une étape marquante qui la mènera vers la profession. «Être chef d’orchestre, c’était pour moi l’équivalent d’être astronaute: c’est un métier que je connaissais, mais j’ignorais le chemin qu’il fallait prendre pour l’exercer.» C’est le professeur et chef d’orchestre Paolo Bellomia qui a remarqué son talent dans une classe optionnelle au baccalauréat. C’est ce même professeur qui l’a accompagnée pour sa préparation à l’audition de la maîtrise. «À la seconde près où on m’a acceptée dans le programme, j’ai réalisé que toutes ces étapes avaient eu leur raison d’être. Je me sentais musicienne, sans nécessairement être interpellée par une carrière de pianiste ou de clarinettiste. Quand la direction d’orchestre s’est présentée à moi, je me suis dit, hors de tout doute, que je ne pouvais faire que ça! C’est un métier qui me nourrit, qui me fascine, qui stimule constamment ma curiosité et ma volonté d’en apprendre

plus. Si je me suis dirigée vers ce métier, c’est vraiment grâce à Paolo Bellomia et Jean-François Rivest qui m’ont enseigné à l’Université de Montréal.» L’importance de la communauté revient continuellement dans son discours lorsqu’elle parle des mentors qui l’ont inspirée et de son rôle en tant que directrice musicale ou chef d’orchestre. Comment la nourrir, comment la faire vibrer différemment avec la musique? «Lors des concerts présentés récemment à Kamloops, j’ai invité un membre du public à venir diriger la pièce de rappel. Pendant un concert aux ÉtatsUnis, j’ai invité 10 spectateurs à s’asseoir au sein de l’orchestre. Évidemment, les musiciens doivent être à l’aise de se prêter au jeu. Ce sont des choses simples qui ont un impact direct sur le public. J’aime beaucoup jouer là-dessus!» Cela explique sans doute son intérêt et sa facilité à diriger des œuvres très classiques, au même titre que des concerts qui bousculent la forme et le fond du domaine. Dina Gilbert faisait récemment ses débuts avec l’Orchestre Philharmonique de Radio France dans un programme hip-hop symphonique auprès des artistes IAM et MC Solaar. De retour au Québec, elle a dirigé la musique du compositeur John Corigliano lors de la première mondiale de la présentation avec orchestre du film Le violon rouge. À l’étranger, on l’a invitée à diriger des orchestres aux ÉtatsUnis, en Chine, en Roumanie et en Estonie. Cette vie qui la fait voyager, la maestria l’aime déjà. C’est cependant de voir ses orchestres gagner en reconnaissance qui représente à ses yeux le plus important gage de succès pour les années à venir. Quant aux projets qui se présenteront à elle, si le concert a une valeur artistique et qu’il peut «toucher des gens», elle ira de l’avant. y


À ÉCOUTER

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HHHHH CLASSIQUE HHHH EXCELLENT HHH BON HH MOYEN H NUL

SUUNS FELT

(Secret City Records) HHH

Quatrième album de la formation montréalaise, Felt voit Suuns prendre un virage un petit peu plus audacieux que ce que la bande nous avait laissé entendre sur ses précédents efforts. Ici, la musique semble plus libre: les structures rythmiques sont moins rigides et les éléments électroniques beaucoup plus aventureux: Daydream, Moonbeams et le premier extrait Watch You, Watch Me en sont d’ailleurs d’excellents exemples. Si la signature Suuns demeure toutefois la même – la voix étouffée de Ben Shemie et le ton généralement inquiétant et/ou claustrophobe, on sent tout de même un certain désir d’aller ailleurs, de laisser filtrer doucement la lumière (Peace and Love, Baseline). Encore une fois réalisé par John Congleton (St. Vincent) et enregistré à Montréal au studio Breakglass, Felt est légèrement moins caustique et incisif que les premiers albums du quatuor, mais fort probablement le plus expérimental du lot. (P. Baillargeon)

L’IMPÉRATRICE MATAHARI

BRENDA NAVARRETE MI MUNDO

(microqlima) HHH

(Alma) HHHH

Héritiers directs de Le Couleur, les esthètes derrière L’Impératrice articulent leur nu disco franco autour d’une voix féminine (Flore Benguigui, l’âme du groupe) au timbre aussi enfantin que charnel. Ils se démarquent quand même avec cette basse franchement lancinante, celle d’un David Gaugué qui caresse les cordes avec adresse dès la plage no 1. Suit Erreur 404, la ligne terriblement efficace du refrain («Bon voyage, imbécile/Mes hommages du bout du fil»), des paroles qui résument bien l’amertume des amours déçues. Si l’insertion d’anglais au refrain de Matahari lui fait perdre en saveur, on fait vite de retrouver l’accent très frenchy sur Paris, une pièce théâtrale à souhait qui évoque l’ère des cabarets pour ensuite casser l’image de cette ville qui, après tout, «n’est pas comme au cinéma». Un moment fort d’un disque inégal en proie aux redites, au remplissage. (C. Genest)

Il y a de ces albums explosifs qu’on écoute, début février, et dont on sait d’instinct qu’ils seront encore parmi nos favoris au moment du bilan de l’année. Cubaine pur-sang avec un look d’enfer, Brenda Navarrete possède la voix idéale et le caractère pour défendre ce qu’elle chante. À la fois très roots et très jazz, sensuelle, mystique et gouailleuse aussi, la musique qu’elle nous propose dans ce premier opus solo est récupérée en partie du répertoire d’Interactivo, un groupe majoritairement féminin dont elle était la figure de proue. Enregistré à La Havane, où elle cogne sur ses tambours Batàs depuis le conservatoire Amadeo Roldán et où elle a remporté le premier prix du célèbre concours de percussion La Fiesta del Tambor, Mi Mundo (Mon monde) a été réalisé par Peter Cardinali avec une poignée de musiciens très créatifs, dont le batteur Horacio «El Negro» Hernandez et les bassistes Munir Hossn et Alain Perez. Olé! (R. Boncy)

SCUMPULSE ROTTEN (Gore House Productions) HHHH 1/2 Tout droit d’Édimbourg nous arrive une dose extrêmement contagieuse de black métal infusée de grind et de punk. Le quatuor formé en 2013 après la séparation de Fifteen Dead, qui livrait un black métal crust plus cru que Scumpulse, a lancé en 2014 By Design, un EP qui valait le détour. Rotten poursuit sur la même lancée, mais en ratissant encore plus large sur le plan du mélange des styles, car si le black, le grind et le punk forment le noyau musical de Rotten, on y trouve aussi des touches de heavy métal dans les solos de guitare et du thrash dans le dynamisme des compositions ultra-accrocheuses et réjouissantes. De quoi plaire à un vaste bassin de fans, en commençant par ceux de Carcass, Darkthrone, Exhumed et At The Gates. (C. Fortier)

THE DOORS LIVE AT THE ISLE OF WIGHT 1970 (DVD/CD) (Eagle Rock) HHHH Certains fans en avaient déjà vu des extraits ici ou là, mais voici la totale: la dernière prestation européenne des Doors, dans la nuit du 29 août 1970 au festival de l’île de Wight. Une période trouble pour le groupe – c’est largement évoqué dans le bref documentaire qui accompagne le film. Le concert vaut néanmoins le coup: Back Door Man, Break on Through, When the Music’s Over, Light My Fire et, bien sûr, The End. La restauration en 5.1 donne du coffre à l’affaire et l’ambiance rougeâtre du show est parfaitement de mise. Il ne restait plus que deux concerts à ce groupe... Pour voir un sacré bon band qui a brûlé beaucoup trop vite. (R. Beaucage)


DISQUES 31 VOIR MTL

KRISTIAN NORTH THE LAST ROCK N ROLL RECORD

ROBI BOTOS OLD SOUL

(Lone Hand) HHH 1/2

(440 E /Universal) HHH 1/2

Auparavant aux devants de l’estimable formation punk garage Babysitter, le Montréalais aux racines britanno-colombiennes Kristian North se refait et, sur ce premier solo, se fixe en esthète des canons de l’outrance 80s, de ses salves fédératrices jusque dans ses méprisables des périodes creuses et explicites. Soutenu par le souple apport d’un lot de musiciens montréalais (dont Caila Thompson-Hannant, Renny Wilson et Mich Cota), North investit son croon sur des pièces aux égards sentis, boogies de ressorts sentimentaux et ballades de rémission à la souveraineté pettyesque, s’appropriant un DOR (dance-oriented rock) réhabilité qui résonne avec les affections soft rock de la ville. Comme l’admission manifeste de l’authenticité de ce qui rejoint le commun, c’est une dédicace – marquée de quelque écorchure punk résiliente – au révolu autant qu’au nouvel éternel, et les fans d’Alex Cameron s’en ébaudiront. (B. Poirier)

Le quatuor à cordes dans Budapest évoque avec beaucoup d’amertume et de nostalgie ses souvenirs d’une enfance tourmentée en Europe de l’Est, mais le claviériste Robi Botos, établi au Canada, joue sur les mots en choisissant l’épique Old Soul, qui raconte son périple vers l’Amérique, comme pièce titre de son nouvel album. Vieille âme, on le croit volontiers. Avec du cœur, certes! (Écoutez Praise et Hope.) Pourtant, RB reste un fan fini du vieux groove sale, soul et funky à l’os, comme on peut l’entendre dans la pièce d’ouverture, tout comme dans son hommage final à Prince (Calhoun Square) avec le guitariste béninois Lionel Loueke, la trompettiste Ingrid Jensen et Cory Henry à l’orgue Hammond B3. Mention spéciale au saxophoniste Seamus Blake, touchant. (R. Boncy)

DAVID AMRAM SO IN AMERICA (Affetto/Naxos) HHH 1/2 On peut dire que le pianiste et compositeur américain David Amram a eu une vie musicale sacrément bien remplie, comme le montre ce disque qui survole son catalogue de musique de chambre de 1958 à 2017. Les pièces les plus récentes font écho à ses débuts, alors qu’il y a 60 ans, il accompagnait Jack Kerouac au piano durant des lectures publiques. Ces «2 Excerpts from On the Road» sont lus par l’actrice Estelle Parsons qui retrouve avec naturel le beat de Jack, précurseur du spoken word. Les autres pièces, instrumentales, sont de factures diverses, mais sonate ou élégie, elles ont toujours ici ou là quelques inflexions jazz, et elles portent aussi leur lot d’images. (R. Beaucage)

KAE SUN WHOEVER COMES KNOCKING (Moonshine) HHHH Né au Ghana et élevé par un père collectionneur de disques, le Montréalais d’adoption Kae Sun tire profit de son énorme bagage musical sur Whoever Comes Knocking, un troisième album sur lequel il filtre ses nombreuses influences sans se limiter à un seul style ou pire, se perdre à travers d’improbables mélanges. Épaulé par son collaborateur de longue date Joshua Sadlier-Brown à la composition et à la production (ainsi qu’Ariane Moffatt et Fredro sur les superbes Fix Up et Breaking), le chanteur à la voix vive et souple dévoile une synthpop métissée de R&B, de soul et de folk, intégrant au passage diverses sonorités minimalistes à son enrobage pop peaufiné. Même si quelques textes manquent de relief (tout spécialement Longwalk), Kae Sun livre ici un album d’envergure internationale aux nombreux bons moments. (O. Boisvert-Magnen)

VO3 #O3

O3 / 2O18

FANNY BLOOM LIQUEUR

(Grosse Boîte) HHH 1/2

Coréalisé avec Tōkinoise, sobriquet sous lequel sévissent désormais ses collègues de feu La Patère rose, l’album Liqueur plonge dans la pop sans pince-nez. On y découvre une Fanny Bloom comme rajeunie par ces arrangements à la mode: des percussions tropicales à contretemps (On s’aimera, Queue leu leu, son duo avec Karim Ouellet), des échantillonnages ludiques et de l’autotune discret qui met étrangement bien en valeur sa voix déjà haut perchée. Variée, cette troisième offrande solo nage dans des eaux jazzées avec Jaser Jaser, pièce swingante à souhait qui rappelle sa collaboration avec La Pastèque pour la BD La femme aux cartes postales – le récit d’une chanteuse de cabaret. Même si l’exercice de style électropop des extraits radio pastiche à merveille notre époque, c’est vraiment lorsqu’elle sort des tendances (intemporelle Lily) que cette grande sousestimée se révèle au sommet de son art. (C. Genest)


32 CHRONIQUE VOIR MTL

VO3 #O3

O3 / 2O18

MONIQUE GIROUX SUR MESURE

J’EN PERDS MON LATIN C’est à en perdre son latin. La maire de Paris, Anne Hidalgo, reçoit la mairesse de Montréal, qui n’est pas la femme du maire, mais bien celle qui a remporté la majorité des suffrages aux dernières élections et dont la cote d’amour a chuté plus vite que ne fond la neige. Amour n’est-il pas masculin au singulier et féminin au pluriel? On passe pour qui? OK. Si ce n’était que ça. Je suis chroniqueuse, animatrice et non pas chroniqueure, animateure, je suis conceptrice et pas concepteure ou encore moins concepteuse, auteure et peut-être autrice, pas auteuse. Pour des raisons de talent, je ne suis pas actrice, pourquoi pas acteure. Je suis propriétaire, journaliste, j’ai été recherchiste, documentariste, ce qui, ma foi, est beaucoup plus simple. J’ai été camelot de La Presse. UNE camelot. Non seulement ce petit métier s’est perdu, mais le journal n’existe plus. M’aurait-on traitée de camelote? J’ai été emballeuse. Je m’emballais déjà à l’époque pour la musique, les voyages et la langue, mais j’emballais surtout du fromage Oka sur une chaîne dans l’usine d’Agropur. Cent meules à l’heure. Je suis fille unique, orpheline de père. Je suis radiocanadienne, je regarde TVA, HGTV, TV5, Planète, Télé-Québec, mais jamais V, c’est trop pour moi. Rien de tout ça n’est bien grave. J’utilise parfois les toilettes des hommes quand la file est trop longue chez les dames et qu’on sonne la fin de l’entracte. Et non, ça n’a rien à voir avec mon genre, mon absence de genre ou mon orientation sexuelle. C’est juste que j’ai envie. Souvent, je lance le bal. «Si elle y va, on y va aussi.» Vous devriez voir la complicité féminine en pareille circonstance.

D’ailleurs, quelle idée, ces urinoirs à tout va... Ça ne vous gêne pas de vous la sortir au grand vent debout face au mur à côté d’inconnus qui font de même? C’est d’un moyenâgeux terrible, franchement. Et puis, les boules à mites… Pendant qu’on y est, je m’éloigne du sujet, mais pouvez-vous ben me dire pourquoi les cloisons des toilettes publiques ne vont pas du plafond au plancher pour un peu plus d’intimité? Par souci d’économie de matériaux? Si on parvenait à résoudre cette anomalie architecturale, on aurait plus de facilité à atteindre l’équité, du moins en matière de cabinet d’aisance. Plus de file inutile, plus d’entracte interminable, de madame qui se tortille tout au long de la deuxième partie parce que son tour n’est jamais venu. Ah oui, j’ai oublié de vous dire, je suis pudique, du latin pudicus. Vous vous souvenez de l’énumération des pronoms personnels? On les répétait par cœur comme une prière. Ou comme ces conjonctions en forme de question, «mais, ou, et, donc, or, ni, car»? Je, tu, il, nous, vous, ils. Je, tu, il, nous, vous, ils. Je, tu, il, nous, vous, ils. Point d’elle ni d’elles, que des il et des ils. Le masculin l’emportait sur le féminin. On nous martelait que la mère de Jésus était une pauvre vierge sans défense, et sa maîtresse Marie-Madeleine, une pute qui, on l’a découvert beaucoup plus tard, et les historiens ne s’entendent toujours pas là-dessus, s’est fait passer pour un gars pour assister au dernier repas. La vierge Marie n’était pas forcément vierge. Une ingénieuse n’est pas forcément une femme ingénieur. Ce n’est pas incompatible, cela dit. On peut à la foi être une ingénue ingénieure ingénieuse et vierge. Une entrepreneuse est-elle une entrepreneure entreprenante ou pas?

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Pourquoi dit-on une auteure-compositrice-interprète? Parce que c’est plus joli à l’oreille qu’autricecompositrice? Mais ne l’est-ce pas moins qu’auteuse-compositeuse? Oh là là… je cherche une explication. La Banque de dépannage linguistique de l’Office québécois de la langue française (OQLF) propose cette solution à la question de comment savoir ce qui se trice et ce qui se teure: «Les noms passent de -teur à -trice lorsqu’ils viennent de noms latins se terminant par ‑tor et -trix. [...] Ces noms s’inscrivent souvent dans une famille qui comporte un nom se terminant par -tion, -ture ou -torat.» Comme dans administration, administrateur, administratrice, acupuncture, acupuncteur, acupunctrice, rectorat, recteur, rectrice. OK. Mais encore… Toujours extrait de la Banque de dépannage de l’OQLF: «On constate que les noms qui passent de -eur à -euse remontent, dans la grande majorité des cas, à un verbe. On peut former ces noms à partir du participe présent du verbe auquel on soustrait la terminaison -ant pour la remplacer par le suffixe -eur ou -euse.» Comme dans le verbe chauffer qui a pour participe présent chauffant, donc chauffeur devient chauffeuse. Je continue de chercher: «Comme les noms en -eur qui forment leur féminin en -euse, les noms en -teur ont un féminin en -teuse, car le verbe dont ils dérivent a un t à sa finale. Ces noms n’ont pas dans leur famille de nom en -tion, -ture ou -torat.» Comme chanter, chanteur, chanteuse. Voulez-vous que je répète? J’ai relu 20 fois avant de le copier-coller, exaspérée. Y a pas de chantion, de chanture ou de chantorat, OK là? Ça n’existe pas. Mais ça ne règle pas la question de l’auteur-autrice. Quelle heure est-elle? Ouiiiiiii, une heure plus tard, ça y est, je l’ai, tout s’explique!!! «Certains féminins en -trice sont en concurrence avec de nouvelles formations en -teure. La forme autrice, tout à fait régulière, car on avait en latin auctrix, ne s’est pas imposée dans l’usage au Québec, où auteure est maintenant plus fréquent. À côté de sculptrice, forme régulière, on emploie également sculpteure.» C’est bien ce que je disais. Que faire quand on a perdu son latin? y


CINÉMA 35 VOIR MTL

VO3 #O3

O3 / 2O18

FAIRE SA PLACE À 20 ANS, ANTHONY THERRIEN CONNAÎT DÉJÀ UNE ASCENSION REMARQUÉE AU GRAND ÉCRAN. SON RÔLE PRINCIPAL DANS LES FAUX TATOUAGES DÉVOILE UN JEUNE ACTEUR AU JEU NATUREL BIEN MAÎTRISÉ, CAPABLE DE NUANCE ET D’INTENSITÉ. MOTS | OLIVIER BOISVERT-MAGNEN PHOTO | ANTOINE BORDELEAU

Pour incarner Theo, jeune homme renfermé qui rencontre une jeune fille au charisme contagieux (RoseMarie Perreault) le soir de son 18e anniversaire, Anthony Therrien a dû laisser de côté sa verve naturelle pour explorer une timidité hermétique, insaisissable aux premiers abords. «Même si je suis quelqu’un de volubile dans la vie, j’me suis rendu compte qu’il y avait beaucoup de moi dans ce personnage-là. La sensibilité de Theo, celle qu’on découvre dans les scènes de couple et d’amour, elle me ressemble beaucoup. Ma copine et mes amis proches qui ont vu le film l’ont tout de suite remarqué.» Premier long métrage de Pascal Plante, cinéaste de Québec qui en signe également le scénario, Les faux tatouages raconte une histoire d’amour typique. «C’est un scénario super simple: gars rencontre fille, tombe en amour, amour impossible», résume Anthony Therrien, à propos de ce film présenté dans plusieurs festivals de renom comme Slamdance et la Berlinale. «Mais ce qui rend le tout super attachant et super beau, c’est vraiment les dialogues. Ç’a pas de bon sens à quel point ils sont sur la coche! Y a pas de fausses paroles qui sonnent weird, c’est juste parfait. Faut dire aussi que Pascal nous a donné beaucoup de liberté sur le plateau. C’est la réalisation la plus souple que j’ai connue.»

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La place aux jeunes L’année suivante, Anthony Therrien obtient un rôle secondaire dans le film très médiatisé de Yan England, 1:54. Pour son deuxième long métrage, Charlotte a du fun, Sophie Lorain fait également appel au jeune acteur, qui entame le tournage de ce film tout de suite après avoir terminé celui des Faux tatouages à l’hiver 2017.

ANTHONY THERRIEN ET ROSE-MARIE PERREAULT DANS LES FAUX TATOUAGES.

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Né en décembre 1997 à Charlemagne, là où il réside toujours, Anthony Therrien a eu la piqûre pour le jeu à l’école primaire, en participant assidûment aux spectacles de fin d’année et en s’impliquant au sein de Côte à côte, entreprise qui offre notamment des cours de théâtre aux jeunes. Peu après avoir demandé à ses parents de l’inscrire dans une agence artistique, il a obtenu son premier rôle parlé au cinéma dans Le torrent (2012), drame historique réalisé par Simon Lavoie à partir d’une nouvelle d’Anne Hébert. «Ç’a tellement été enrichissant comme tournage! Dès l’audition, ç’a cliqué entre Simon et moi. Je crois qu’il aime les personnages avec un visage particulier et probablement que le mien, avec toutes ses cicatrices, l’interpellait.» Ce «visage particulier», surplombé par un charmant bec-de-lièvre qui lui donne l’air d’avoir eu la vie dure, a sans doute plu à Mathieu Denis, qui l’a choisi pour interpréter le militant felquiste Jean Corbo dans un drame biographique paru en 2015. Ce premier rôle principal au cinéma a confirmé bien des choses dans la tête de l’adolescent. «À mes débuts, j’avais une attitude très candide. J’aimais l’idée de faire des films, de rencontrer des gens. Mais là, j’avais 15 ans et je cherchais à me définir, et Corbo a été en quelque une sorte une révélation. Le personnage que je jouais était beaucoup plus complexe et mature que moi. J’ai beaucoup appris à travers lui, et ç’a confirmé que je voulais être comédien dans la vie.»

Très différents, ces films mettent toutefois en lumière un changement important dans l’industrie du cinéma québécois: les cinéastes font de plus en plus confiance à de jeunes acteurs méconnus du grand public. L’éclosion hâtive d’un artiste comme Anthony Therrien est tributaire de cette récente ouverture de la part de l’industrie: «Je crois que les gens réalisent qu’il y a du talent dans la jeunesse et que, parfois, le manque d’expérience qui nous caractérise en tant que jeunes acteurs peut causer de belles surprises. C’est super flatteur qu’on nous choisisse, au lieu de tomber dans la facilité en allant chercher des acteurs plus vieux à qui on met du linge cool pis une casquette.» Venant tout juste de changer de décennie, le Charlemagnois entrevoit les défis qu’il devra surmonter prochainement afin de poursuivre son impressionnante grimpée. «J’approche un stade où je vais entrer en compétition avec des acteurs plus vieux comme Antoine Olivier Pilon ou Pier-Luc Funk, qui sont très bons et consistants dans leur jeu, et qui sont plus connus que moi. Par moments, ça devient un peu paniquant… D’ailleurs, en ce moment, je tourne pas.» Sans plan B depuis qu’il a abandonné ses études collégiales en gestion de commerce, Anthony Therrien apprend à ses dépens la réalité du métier qu’il a choisi durant son adolescence. «Quand t’arrives à 15-16 ans et que t’as fait deux longs métrages, t’es vraiment sur un nuage. Après, quand ça se met à ralentir, que tu lâches l’école et que tu dois te pogner une p’tite job pour éviter de devenir fou à rien faire chez toi, tu réalises que la compétition est plus forte que tu pensais et que c’est à toi de rappeler aux gens que t’existes. J’ai maintenant une vision plus réaliste et parfois même pessimiste du métier, car quand tu travailles pas pendant un bout, tu finis par douter de toi… Malgré tout, je pense que j’ai ma place dans ce milieu-là. J’ai hâte de voir ce que l’avenir me réserve.» Probablement de grandes choses. y Les faux tatouages – en salle depuis le 16 février Charlotte a du fun – en salle le 2 mars


CINÉMA 39 VOIR MTL

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DEUX FRÈRES CHIEN DE GARDE, LE PREMIER LONG MÉTRAGE DE SOPHIE DUPUIS, DÉPEINT L’HISTOIRE D’UNE FAMILLE DE VERDUN TISSÉE TRÈS SERRÉE SUR FOND DE PETIT BANDITISME ET DE DEAD OBIES. MOTS | JEAN-BAPTISTE HERVÉ

PHOTOS | BABAS LEVRAI

«L’étincelle qui a donné naissance à ce projet de long métrage est l’histoire qu’un ami m’a racontée d’une jeune mère d’un collecteur de dettes de drogue», nous explique Sophie Dupuis. «Elle voulait préserver sa relation avec son fils, alors elle a fermé les yeux sur cette réalité. C’est un récit qui m’a obsédée longtemps, j’ai voulu en faire un film qui raconte aujourd’hui une histoire plus complexe.» Chien de garde dépeint le quotidien d’une famille dysfonctionnelle composée de JP (JeanSimon Leduc), sa mère Joe (Maude Guérin), sa copine Mel (Claudel Laberge) et son frère Vincent (Théodore Pellerin), dont les membres vivent ensemble dans un petit appartement de Verdun. «J’ai choisi Verdun, car j’avais envie de sortir de chez moi. Et j’avais aussi envie de combattre cette idée souvent répandue d’un Montréal anonyme et impersonnel, poursuit Dupuis. Je trouve que chaque quartier est comme un village. J’ai une vie dans mon quartier qui peut faire penser à celle que j’avais en Abitibi avec ses visages et ses habitudes.»

JP et Vincent travaillent dans le cartel de leur oncle Dany (Paul Ahmarani) qui, un jour, demande à JP un travail d’une autre nature. C’est le pivot de l’intrigue qui fera se questionner JP sur la nature de ses engagements et sur sa relation avec son frère Vincent. JP est le pourvoyeur de cette famille. Il est la figure paternelle tout en étant un fils, un frère et un amoureux, une situation qui l’encombre. Il est coincé et devra faire un choix lorsque son oncle menacera de donner cette job à Vincent, son frère fulgurant. Vincent est un original, un intense, c’est un personnage démesuré qui provoque l’harmonie autant que le chaos. «Avec Vincent, j’avais envie d’un personnage vulnérable qui a constamment besoin de support et de surveillance. Je me suis donné comme objectif de faire un film de personnages, et le travail de Théodore pour l’incarner a précisé le personnage que j’avais écrit.» Théodore Pellerin, que l’on verra dans trois longs métrages en mars au Québec, a littéralement embrassé corps et âme le rôle du petit frère de JP. Pellerin semble un acteur qui joue jusqu’au bout de ses limites. Sur le plateau et dans la vie, les comédiens sont devenus très intimes. Pour cimenter le groupe, la réalisatrice de Val-d’Or a organisé cinq semaines d’ateliers. Un travail qui a porté ses fruits, car on sent une véritable intimité familiale à l’écran. Ajoutez un tout premier rôle au cinéma pour Marjo, et vous obtenez un premier long métrage qui réussit à camper son sujet dans un Québec que l’on reconnaît et qui nous ressemble. Cette situation familiale dans laquelle se retrouve le héros du film, et l’absence irrémédiable du père, embrasse la tradition littéraire et cinématographique d’un Québec en quête d’identité perpétuelle. y Première présentée en clôture des Rendez-vous Québec Cinéma En salle le 9 mars


40 CHRONIQUE VOIR MTL

VO3 #O3

O3 / 2O18

NORMAND BAILLARGEON PRISE DE TÊTE

AUX FUTURS MINISTRES DE L’ÉDUCATION ET DE L’ENSEIGNEMENT SUPÉRIEUR Il y aura bientôt des élections au Québec et personne ne sait donc qui, le lendemain, sera titulaire du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et qui aura hérité du ministère de l’Enseignement supérieur. Si on consulte l’actualité la plus récente, il se pourrait que certains sujets, dont nous venons de discuter collectivement, soient à l’ordre du jour, voire à l’agenda ministériel.

faudrait pour ce faire se poser des questions difficiles, par exemple sur le fait de payer des étudiants pour venir étudier en région éloignée; sur le rôle, justement, des cégeps en région éloignée; sur la pertinence de la formation commune; sur celle des attestations d’études collégiales; sur les finalités visées par les cégeps; et de très, très nombreuses autres.

Permettez-moi de vous en rappeler quelques-uns.

On n’a pas pris le temps de le faire.

Les commissions scolaires La Coalition Avenir Québec (CAQ), qui pourrait bien former le prochain gouvernement, propose quant à elle d’abolir les commissions scolaires. Vaste programme, aux implications nombreuses et lourdes, mais qui mérite examen et réflexion. Encore une fois, il a surtout suscité une levée de boucliers idéologiques de personnes ou d’organismes ayant un intérêt (typiquement économique…) pour la question.

Les écoles privées Les cégeps Nos cégeps ont 51 ans. Ce sont des institutions originales, sans équivalent ailleurs dans le monde. Ils ont été créés après mûre réflexion par des personnes sérieuses qui ont mis le temps qu’il fallait pour arriver à cette proposition. Cela dit, rien, évidemment, n’oblige à les penser immuables ou éternels. Le think tank Cirano vient justement, dans une longue et volumineuse étude, de suggérer de les abolir. Leur argumentaire mérite qu’on en discute. Il réfère à un concept généralement honni de bien des gens en éducation, celui de capital humain. Mais la cause vaut la peine d’être entendue et débattue et de l’être sérieusement. (Pour ne rien vous cacher, je suis un fervent défenseur des cégeps…) Pour cela, il faut prendre le temps qu’il faut, se placer au-delà de la partisanerie dans la perspective du bien commun et convoquer les données probantes pertinentes. On ne l’a pas vraiment fait avant de juger de cette étude et je crains qu’on ne le fasse pas. Il

D’autres encore… Québec solidaire, de son côté, propose d’éliminer les subventions à l’école privée. Il semble bien y avoir une majorité de personnes en faveur de cette politique. Mais cette fois encore, elle est lourde de conséquences, à la fois pratiques, politiques, institutionnelles et économiques. Combien cela coûtera-t-il? Que fera-t-on, en pratique, des enfants qui ont entrepris leurs études dans une école privée? Quid des enseignantes qui y travaillent? Et mille autres. En examinant tout cela sérieusement, qui sait, certaines personnes changeront peut-être finalement d’idée. Cette fois encore, pressés par l’actualité, on n’a guère eu le temps de le faire. Le débat, ou plutôt ce qui en tient lieu, s’est largement fait entre personnes et institutions ayant un intérêt et restant souvent campées dans leurs positions idéologiques; il leur est donc difficile de se placer dans la perspective qu’il faudrait adopter, qui est celle de penser en fonction du bien commun et d’invoquer froidement les données probantes pertinentes.

Je pourrais poursuivre cette énumération. On parlerait alors du curriculum de l’école québécoise; plus spécifiquement, du cours d’éducation à la sexualité; ou encore du cours ECR (éthique et culture religieuse); on n’oublierait pas la formation des maîtres; le décrochage des enseignant.es; les difficultés rencontrées par certains devant la violence dans les écoles où ils enseignent; des universités; et de bien d’autres sujets encore. Et je n’évoque ici que les sujets abordés, et bien souvent évités, dans l’actualité toute récente. Qui doit décider de ce qu’il convient de faire? Pas moi. Pas vous. Encore moins un groupe de pression. Pas non plus les acteurs en place et, j’ose le dire, pas même des gens qui ont le pouvoir de le faire parce qu’ils ont, cette fois-là, remporté des élections.

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Une proposition et une promesse La question de l’éducation est, et je pèse mes mots, vitale. Et cet enjeu absolument fondamental devrait être abordé sans partisanerie et avec une impartialité qui ne se soucie de rien d’autre que de vérité et de justice. Or, au Québec, l’heure n’est plus aux rapiéçages, aux idéologies, aux approximations ou à la défense d’intérêts particuliers. Elle n’est plus non plus à une réforme conçue dans des officines d’experts autoproclamés – on a déjà donné, merci… L’heure est à une longue et sérieuse consultation publique menée par des personnes indépendantes éclairées par des données probantes (là où elles existent et sont pertinentes). L’heure est à ce que j’appelle une Commission Parent 2.0 examinant nos structures, nos programmes, nos idéaux et les moyens que nous sommes collectivement disposés à nous donner pour les atteindre.

«AU QUÉBEC, L’HEURE N’EST PLUS AUX RAPIÉÇAGES, AUX IDÉOLOGIES, AUX APPROXIMATIONS OU À LA DÉFENSE D’INTÉRÊTS PARTICULIERS.» On raconte que Churchill, quand, depuis Londres, il dirigeait les opérations des alliés durant la Deuxième Guerre mondiale, avait averti toutes les personnes qui devaient lui communiquer des informations qu’elles devaient le faire de manière claire et succincte et qu’il ne lirait pas des documents interminables. On doit en effet parfois pouvoir exposer un argumentaire de manière convaincante, claire et concise.

portes ouvertes

Mercredi 28 mars de 16 h à 19 h

C’est ce que je m’engage à faire aux personnes qui auront, après l’élection qui s’en vient, hérité du ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et de celui de l’Enseignement supérieur. Donnez-moi une simple demi-heure. J’ai de très nombreux arguments autres que ceux qui précèdent.

Cinéma - Télévision - Médias interactifs

Chiche?

inis.qc.ca

Je vous reviendrai là-dessus au lendemain de vos nominations. y


«TOUT LE MONDE OU PRESQUE A FAIT DES ÉTUDES EN DESIGN, MAIS BEAUCOUP DE GENS ONT EU COMME MOI DES JOBS BEIGES AVANT…»


ART DE VIVRE 43 VOIR MTL

VO3 #O3

DE LA LUMIÈRE EN AFFAIRE ON CONNAÎT LAMBERT & FILS POUR SES SUPERBES LUMINAIRES, QUI SE VENDENT PARTOUT DANS LE MONDE ET FIGURENT DANS DE NOMBREUSES REVUES ET SALONS DE DESIGN. MAIS SI LES JEUNES DESIGNERS SONT ATTIRÉS PAR CETTE PME MONTRÉALAISE MONTANTE, C’EST AUSSI POUR SA CULTURE D’ENTREPRISE, UNE DES CLÉS DE SON SUCCÈS. VISITE D’UNE ENTREPRISE PAS TOUT À FAIT COMME LES AUTRES. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTOS | ARSENI KHAMZIN

C’est Soleil, la massothérapeute, qui nous accueille dans les locaux. Elle vient passer ses vendredis chez Lambert & Fils pour masser les employés. «Au début, je leur enseignais le yoga. C’est l’employeur qui payait, on faisait les cours sur le lieu de travail, raconte Soleil. Dans les cours, les gens me confiaient qu’ils avaient des douleurs reliées à leur position de travail. Comme je suis aussi massothérapeute, j’ai proposé de faire des massages en prévention des blessures... Rapidement, on a eu de bons résultats.» C’est qu’ici, les initiatives ne viennent pas forcément de la direction, et chacun peut proposer ses idées pour améliorer le quotidien. L’entreprise fait ainsi venir un mécano au début du printemps pour réviser les vélos des employés, elle offre des cours de français et d’anglais sur les heures de travail, fait livrer un fût de bière le vendredi... Si l’atelier regorge de vis, de boulons ou de matériaux en tous genres, l’ambiance est bien loin des Temps modernes: le travail se fait en musique, dans un grand loft de Villeray plein de plantes vertes (chaque employé a la sienne) où se promène un chien, et bouffes en commun, barbecues au parc ou 5 à 7 sont récurrents. Depuis sa création par Samuel Lambert en 2010, l’entreprise a quasiment doublé son nombre d’employés chaque année, pour arriver à 55 aujourd’hui. Ici on croise un Écossais, là un Iranien… Celui-ci vient du monde de la restauration, cet autre des finances, et on voit des jeunes filles à la silhouette

frêle aux machines. Bref, il y a de tout. «C’est une question d’énergie, on veut varier l’écosystème», justifie Samuel, le boss. Il ajoute en riant: «Comment je recrute? Faut avoir les mains sales!» Tous les mois, chaque employé cumule 100 dollars Lambert & Fils, qui lui permettent de s’offrir un luminaire au bout d’un moment. «Je n’ai moi-même pas le niveau de salaire pour me permettre d’acheter une de nos lampes, donc je trouve normal de les rendre accessibles aux gens d’ici. On leur fait aussi des bons rabais.» En outre, les employés ont accès aux équipements pour leurs projets personnels. Responsabiliser chaque employé Sept mille lampes sont sorties de chez Lambert & Fils l’année dernière, et environ le double est attendu pour cette année. L’entreprise va devoir bientôt déménager, par besoin d’espace… Dans les nouveaux locaux, les tables collaboratives seront privilégiées au lieu d’espaces de travail individuels. Si chaque lampe est en général montée à la main par un employé, il arrive que l’équipe s’organise en travail à la chaîne pour une commande de gros volume. «Là, le directeur général est en train de monter des boîtes de lampes à la main, commente Soleil. Tu vois pas ça partout quand même!» Marc-Olivier vient du monde des médias, où il était analyste financier. «Ici, c’est une ambiance très familiale,

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> et c’est ça qui m’a attiré. Tout le monde ou presque a fait des études en design, mais beaucoup de gens ont eu comme moi des jobs beiges avant… En partant de l’entrevue, je me disais: “J’aimerais ça passer mes journées ici!”» La dernière initiative en date, c’est le lab créatif: un atelier hebdomadaire d’exploration avec du béton, des retailles de laiton, de la formation sur certaines machines… «Au premier lab, on a tout de suite ressenti que ça avait ravivé quelque chose. L’aprèsmidi qui a suivi, les gens étaient rechargés, plus motivés», se souvient Marc-Olivier. Dans les nouveaux locaux, un espace de galerie est prévu pour exposer des œuvres des employés ou d’artistes extérieurs. La première série de laboratoires a abouti en une exposition, Patent Pending, qui s’est tenue le mois dernier à Espace Projet.

«C’est un lieu d’expérimentation pour montrer le fruit de ces laboratoires. N’importe quel employé pouvait proposer un projet, un panel a sélectionné les œuvres, et ceux qui n’ont pas été retenus aidaient les autres à mettre leur idée en place.» Patent Pending explore ainsi à travers des œuvres multisensorielles les frontières entre l’art contemporain et le design. L’employé qui a géré l’organisation de l’expo n’avait jamais fait ça auparavant. «On responsabilise chaque employé sur un projet. Ils comprennent mieux la direction après, ils deviennent des partenaires dans un objectif commun», explique Samuel. Miel sur le toit «L’expo, c’est une idée qui est venue d’une emplo­yée. L’initiative est vraiment la bienvenue, c’est ça qui est cool ici», souligne Boris. Lui, c’est l’homme à tout faire chez

Lambert & Fils: il adapte les espaces de travail afin que tout le monde soit confortable, aide à un photoshoot, donne des formations pour utiliser les outils correctement, s’occupe des plantes… «Je donne un coup de pouce à tous ceux qui en ont besoin. Chaque compagnie devrait avoir un homme à tout faire! Selon moi, j’ai le meilleur poste au monde.»

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Boris a notamment lancé l’idée des ruches sur le toit. Tous les employés y ont participé activement sur les heures de travail, et ont pu récolter une grosse production de miel cet été. «C’est parti d’un projet environnemental, on voulait être plus green… Quand on va déménager, on va assurément garder nos ruches.» Autant d’initiatives qui ont construit une culture d’entreprise au fil du temps. Tout s’est fait de façon très organique, assure Samuel. «Initialement, le but c’est de faire de la rétention d’employés. C’est aussi parce que j’ai envie d’être entouré de gens qui sont motivants et motivés. J’ai envie de cohabiter avec des employés qui sont dans un bon état d’esprit, et je ne serais pas en business si ça ne se passait pas comme ça. Oui, ç’a un coût, mais quand on fait de la rétention d’employés, ça rapporte aussi!»

(CI-CONTRE) RUCHE SUR LE TOIT (EN-HAUT) L’EXPO PATENT PENDING

La Chambre de commerce de l’Est de Montréal a décerné récemment un prix d’entrepreneur à Lambert & Fils. Cet état d’esprit communautaire sera-t-il facile à préserver malgré la croissance exponentielle? «Oui. Il le faut, sinon ça ne sera plus mon entreprise! répond d’emblée Samuel. Si on l’oublie et qu’on dérive trop vers la performance au détriment de ce qui nous est cher, on se le fait rappeler par les employés.» En attendant, c’est la fin d’après-midi et donc bientôt l’heure de la bière. Soleil range sa table de massage après sa visite hebdomadaire chez Lambert & Fils. «Avec eux, mon vendredi est toujours très pétillant…» y


ART DE VIVRE 47 VOIR MTL

VO3 #O3

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GOUTTE À GOUTTE LE MONDE DE LA DISTILLERIE QUÉBÉCOISE EST EN PLEINE ÉBULLITION, UN PHÉNOMÈNE NOUVEAU QUI ENTRAÎNE AVEC LUI PLUSIEURS REMISES EN QUESTION ET QUI INVITE À REPENSER NON SEULEMENT LES MODES DE PRODUCTION ET DE DISTRIBUTION, MAIS AUSSI LES LOIS QUI RÉGISSENT LA PRODUCTION D’ALCOOL. REGARD SUR UN TERROIR EN MUTATION. MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTOS | ANTOINE BORDELEAU

La bouteille de gin forestier Canopée, de la distillerie Mariana en Mauricie, coûte 35$ en magasin. La Société des alcools du Québec (SAQ) a quant à elle acheté la bouteille… 8,15$. En enlevant le coût de production (environ 5$), «il nous reste juste quelques piasses, littéralement», indique Jean-Philippe Roussy, un des deux distillateurs à l’origine de Mariana. Si la multiplication des distilleries québécoises ces dernières années laisse croire à un secteur florissant, en coulisses, nombreuses sont les entreprises à l’avoir difficile.

Du côté de la SAQ, on nous explique que le prix d’achat est négocié avec les producteurs. «En vertu des accords internationaux, la SAQ doit appliquer un traitement égal à tous les produits d’une même catégorie, donc la même structure de prix. Le prix de vente est quant à lui déterminé en fonction du prix du fournisseur, selon la grille de calcul prévue. Des promotions peuvent s’appliquer en plus», résume Linda Bouchard, agente à la SAQ. La société publie la structure de prix d’un spiritueux dans un rapport annuel.

SPIRITUEUX LOCAL, FORMAT 750ML (EN DOLLARS ET EN POURCENTAGE)

MAJORATION (1)

13,21 $

50,8 %

PRIX DU FOURNISSEUR EN $ CANADIENS INCLUANT LE TRANSPORT

14,77 $

18,4 %

DROITS D’ACCISE VERSÉS AU GOUVERNEMENT DU CANADA

3,58 $

13,8 %

TAXE DE VENTE PROVINCIALE

2,26 $

8,7 %

1,13 $

4,3 %

1,05 $

4,0 %

26,00 $

100 %

TAXE FÉDÉRALE SUR LES PRODUITS ET SERVICES TAXE SPÉCIFIQUE VERSÉE AU GOUVERNEMENT DU QUÉBEC

PRIX DE VENTE AU DÉTAIL (LA BOUTEILLE)

(1) La majoration permet d’assumer les frais de vente et mise en marché, de distribution et d’administration et de dégager un résultat net. 25 mars 2017


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«On est parmi les moins chers des produits québécois, assure Jean-Philippe avec son gin à 35$. Il y a deux, trois ans, on croyait vraiment pas que les gens allaient acheter des gins à 50$. Traditionnellement, les Québécois n’étaient pas des consommateurs de ces produits, donc notre approche était de les y amener avec un bon rapport qualité-prix, et de là développer la culture du spiritueux.» Une fois les bouteilles achetées par la SAQ, il faut qu’elles soient commandées en succursales. Ça, c’est encore la job des producteurs. À eux de faire connaître leurs produits et de faire des dégustations; l’équipe de Mariana est allée jusque sur la Côte-Nord, dans un grand tour du Québec, pour faire découvrir leurs alcools. Un travail de communication qui aurait presque nécessité un employé à temps plein. Aujourd’hui, Mariana met plus l’accent sur la distribution locale. «Avant, c’était surtout avec les gros groupes internationaux comme Bacardi que dealait la SAQ. Ils ne comprenaient donc pas par exemple qu’une petite distillerie ait surtout besoin d’avoir ses produits bien distribués localement. Aujourd’hui, ils comprennent mieux.»

UN FILM DE SOPHIE

DUPUIS

AXIA FILMS PRÉSENTE UNE PRODUCTION DE BRAVO CHARLIE SCÉNARIO ET RÉALISATION SOPHIE DUPUIS PRODUCTION ETIENNE HANSEZ AVEC JEAN-SIMON LEDUC THÉODORE PELLERIN MAUDE GUÉRIN CLAUDEL LABERGE PAUL AHMARANI MARJO IMAGE MATHIEU LAVERDIÈRE DIRECTION ARTISTIQUE ERIC BARBEAU COSTUMES PATRICIA MCNEIL MONTAGE DOMINIQUE FORTIN SON FREDÉRIC CLOUTIER PATRICE LEBLANC LUC BOUDRIAS MUSIQUE ORIGINALE GAETAN GRAVEL PATRICE DUBUC CHANSON ORIGINALE DEAD OBIES

AU CINÉMA LE 9 MARS

Ce que confirme Linda Bouchard, de la SAQ: «Pour la distribution, tout dépend de la quantité disponible, de la nature du produit, du moment d’introduction… Les producteurs peuvent visiter nos succursales pour présenter et proposer leurs produits. Nous pouvons aussi distribuer le produit dans des secteurs spécifiques, principalement à cause de besoins régionaux et pour s’assurer d’une distribution adéquate en fonction de l’approvisionnement. (...) Nous travaillons de très près avec l’industrie des spiritueux et les associations qui la composent, tout comme nous l’avons fait pour les vignerons.» Une force du nombre Alors qu’il ne reste que quelques dollars au producteur une fois la bouteille vendue à la SAQ, la seule option reste de vendre de gros volumes. La majeure partie des distilleries au Québec travaillent donc avec une base d’alcool qu’ils achètent et aromatisent, au lieu de produire leur propre base d’alcool à partir de grains, ce qui demande plus de temps. «Pour ceux qui essaient de faire leur alcool du grain à la bouteille, présentement c’est très difficile, sou-

ISLA BLANCA UN FILM DE

Jeanne Leblanc CHARLOTTE AUBIN

THÉODORE PELLERIN

JUDITH BARIBEAU

LUC PICARD

AU CINÉMA DÈS LE 2 MARS


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ligne Jean-Philippe. Les jeunes qui se lancent dans la distillerie (Radoune, Saint-Laurent, O’Dwyer, Distillerie du Fjord, etc.) n’ont pas d’autre choix que de faire de l’alcool industriel, parce qu’ils n’ont pas assez de ressources pour partir du grain. Pour certains, la distillerie est un projet de préretraite, et ils commencent avec des sous… Nous, on est partis de rien, fallait faire de l’argent rapidement.» Depuis sa création il y a trois ans, Mariana produit des alcools de type industriel. «Mais c’est voué à changer prochainement; on a fait des pressions. Il y a des producteurs qui sont sur le point de fermer car c’est trop difficile. Les marges sont faibles, et il faut se battre pour vendre beaucoup de bouteilles… Mais on croit beaucoup que les lois vont changer. Il y a de plus en plus de distilleries qui apparaissent sur la scène québécoise, il va y avoir une force du nombre.» Soutenir l’industrie En effet, du côté de l’Assemblée nationale, un projet de loi concernant les producteurs d’alcools devrait être validé au printemps. Ce texte devrait notamment «[…] permettre au titulaire de permis de distillateur de vendre les alcools et les spiritueux qu’il fabrique sur les lieux de fabrication pour consommation dans un autre endroit», comme le stipule le texte. Un représentant du gouvernement du Québec avait en effet annoncé ce changement à venir en mai dernier lors de l’assemblée générale de l’Association des microdistilleries du Québec, qui compte une douzaine d’entreprises. Pour le ministère des Finances, ce projet de loi 150 est une manière pour le gouvernement de soutenir l’industrie: «Autoriser la vente sur les lieux de fabrication pour les microdistillateurs industriels répond à une demande de ce milieu. Il a été déterminé de soutenir le développement de cette industrie, cela au bénéfice de toutes les régions du Québec.

Cette mesure dévoilée dans le Budget 2017-2018 était également accompagnée d’autres mesures visant à soutenir cette industrie, notamment l’autorisation de faire déguster des produits ainsi qu’un soutien financier de 5,2 M$ sur cinq ans.» Comme les vignerons «On se prépare au changement de loi, confie Jean-Philippe. C’est pour ça qu’on investit: on va acheter un gros alambic pour faire du whisky et du rhum sur place, des produits artisanaux.» De cinq actuellement, Mariana va passer à huit alcools différents d’ici le mois de mai. «On va aussi créer un centre de visiteurs et de dégustation ici, avec une boutique. On va pouvoir accueillir les gens et vendre sur place. Mais c’est sûr que si on pouvait tout vendre sur place, on travaillerait beaucoup moins par rapport à que ça nous rapporte…» Le projet de loi souligne en effet que «[le titulaire de permis de distillateur] peut également vendre les alcools et les spiritueux qu’il fabrique sur les lieux de fabrication pour consommation dans un autre endroit pourvu qu’ils aient été achetés de la Société. Toutefois, il ne peut les vendre à un titulaire de permis délivré en vertu de la Loi sur les permis d’alcool». Ainsi, toutes les bouteilles vendues à la distillerie doivent avoir été achetées au préalable par la SAQ, et les distillateurs ne feront pas plus de bénéfices sur les produits en vente à la SAQ, dont le prix a déjà été fixé. En outre, le producteur ne peut pas vendre directement son alcool à un restaurant ou à un bar, comme c’est possible pour les vignerons. Pour le ministère des Finances, les différences dans les régimes de commercialisation du vin et de spiritueux s’expliquent par plusieurs raisons: «Dans le cas des spiritueux, nous avons affaire à des produits de distillation, un procédé de fabrication très différent et donc avec des caractéristiques différentes. Entre autres, les taux d’alcool des spiritueux nettement plus élevés que ceux du vin et de la bière ajoutent une préoccupation additionnelle du point de vue de la santé et de la sécurité publique.» Bref, si ce qui sort de nos alambiques continue de nous étonner, il reste encore plusieurs questions à distiller au cours des prochains mois. y

Photo | Marie Pâris

«LE PRODUCTEUR NE PEUT TOUJOURS PAS VENDRE DIRECTEMENT SON ALCOOL À UN RESTAURANT OU À UN BAR, COMME C’EST POSSIBLE POUR LES VIGNERONS.»


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PARTY DE CUISINE LE SECTEUR ALIMENTAIRE A LUI AUSSI DROIT AU GLAMOUR: LE MOIS PROCHAIN AURA LIEU LA SOIRÉE LES LAURIERS DE LA GASTRONOMIE, POUR RÉCOMPENSER LES TALENTS DANS LE DOMAINE… MOTS | MARIE PÂRIS

PHOTO | N3 PRODUCTION

«Comment ça se fait que ça existe pas déjà?» Cette phrase, Christine Plante l’entend souvent depuis les deux années qu’elle travaille à organiser le tout premier gala de l’industrie de la restauration. Après tout, la musique a l’ADISQ, l’humour les Olivier, le cinéma et la télé... «C’est dans l’air du temps. Cette idée devait se matérialiser à un moment, justifie la directrice des Lauriers de la gastronomie. Les galas, ça crée un moment dans l’année où tout le Québec se penche sur une industrie précise, où le public entend de nouveaux noms, découvre ce qui s’est passé… C’est aussi l’occasion d’aborder les enjeux qui touchent cette industrie.» Le but de ce gala, c’est de montrer que la gastronomie est en train de se faire une place dans la grande famille de la culture. Les Québécois sont aussi créatifs dans l’assiette que n’importe quel autre secteur culturel: la gastronomie est aujourd’hui consommée pour se divertir, en même temps qu’elle construit l’identité. Une identité culinaire québécoise plutôt récente – l’Institut de tourisme et d’hôtellerie du Québec (ITHQ) fête tout juste ses 50 ans cette année – qui a besoin de s’affirmer. C’est aussi l’occasion de faire se parler différents acteurs d’un même domaine. «Beaucoup de gens contribuent à la grande chaîne de

l’alimentation, et ce sont des gens qui n’ont pas forcément l’habitude de se rassembler. Il y a le MAPAQ [ministère de l’Agriculture, des Pêcheries et de l’Alimentation du Québec] et les grandes sociétés d’État d’un côté, et de l’autre, il y a les petits restaurateurs, les chefs qui essaient de faire marcher leur resto, explique Christine Plante. Faire un gala, c’est l’occasion de communiquer, et de faire la fête autour de la gastronomie. On va se dire qu’on est bons, car c’est vrai.» Projecteurs sur les coulisses Parmi la quinzaine de catégories récompensées par des Lauriers, on retrouve bien sûr le Restaurant ou le Chef de l’année, mais aussi des acteurs de la restauration habituellement moins mis en lumière, comme les sommeliers, les serveurs ou les producteurs: «On veut dire merci et bravo à ceux qui sont plus en coulisses. Les chefs ne seraient pas grand-chose sans tous ces gens…» Des Lauriers seront également remis à l’Entreprise de l’année, pour récompenser ceux qui permettent le rayonnement de la culture culinaire québécoise et les initiatives contribuant à la solidifier et à mieux la faire connaître. «Il pourrait autant s’agir du chef Laurent Godbout qui a ouvert sa cabane à sucre en Floride, de Ricardo qui sort un livre de cuisine en

France, ou d’un chef qui propose un menu sur les traditions autochtones», indique la directrice du gala. Caméra à l’épaule, Christine Plante et son équipe ont commencé par aller voir les acteurs du milieu pour leur parler des Lauriers et leur demander ce qu’ils en pensaient. «J’ai pris le temps de faire une job de porte-à-porte avec les premiers intéressés. Et un des premiers retours qu’on a eus, c’est: “Comment ces prix vont être attribués? Est-ce ça va être encore toujours les mêmes, un petit jury qui donne des prix à ses amis?”» Pour répondre à cette inquiétude, l’équipe des Lauriers a formé un comité éthique composé de personnes de différents horizons, et Christine Plante a été coachée par la directrice de l’ADISQ pour réglementer l’attribution des prix. Pour voter, une brigade de volontaires a en outre été constituée, à laquelle plus de 500 personnes partout au Québec se sont inscrites. «Le meilleur moyen pour que ça soit juste, c’est que ce soit l’industrie qui se prononce. C’est un processus très neutre qui fonctionne sur le nombre.» Une brigade qui doit représenter tout le Québec et pas juste la métropole. Car si Montréal a bien sûr une place particulière


par le nombre de restos qu’elle abrite, «nos produits viennent de partout, insiste la directrice, et il n’y a pas qu’à Montréal qu’il y a des bons restos!» Pour démocratiser encore le gala, l’équipe a décidé de rendre gratuite l’inscription à la brigade ainsi que la soumission de nominations. «On veut faire un cadeau à l’industrie. Les billets pour la soirée seront aussi à un prix assez modique, entre 50 et 100$.» Trophées et tapis rouge L’initiative est déjà appuyée par le MAPAQ, l’Union des producteurs agricoles (UPA), la Société des casinos, Tourisme Montréal, l’ITHQ… «On a plein de grands noms qui croient à nos Lauriers de la gastro­ nomie», assure Christine Plante, qui énumère quelques-uns des noms de la

trentaine d’ambassadeurs du projet: les chefs Ricardo et Martin Juneau, le fondateur de Ils en fument du bon Félipé SaintLaurent, le président de la Tablée des chefs Jean-François Archambault, la critique gastronomique Marie-Claude Lortie… Le gala aura lieu le 16 avril prochain – un lundi, car c’est soir de congé dans le monde de la restauration –, au Salon 1861, «dans la Petite-Bourgogne, un quartier efferves­cent en gastronomie». L’organisation prévoit recevoir environ 750 personnes, mais le lieu pourra en accueillir jusqu’à 1500. Si l’équipe travaille actuellement sur un partenariat avec un réseau de télé grand public, la formule de la transmission télévisuelle n’est pas encore confirmée. «Les grands galas québécois s’éloignent aussi doucement de la

formule de gala télévisée en direct, ils vont s’en aller vers des formules numériques», assure la directrice. Les Lauriers se sont offert les services de Roy-Turner, l’agence qui gère les grands galas comme les Olivier, et prévoit un tapis rouge au début de la soirée. «Le glamour, c’est très important! On ne se rend pas compte de la créativité et de la richesse qu’on a en gastronomie, on a une gêne à reconnaître ce domaine comme un secteur culturel. Il faut qu’on fasse ce pas-là. Les artistes adorent se mélanger au monde de la gastronomie… Le secteur est déjà peuplé de vedettes!» L’équipe prévoit déjà une cérémonie des Lauriers pour 2019. Histoire de montrer que la gastronomie est aussi performante que les autres secteurs, et que ce n’est plus un secret. y


RHR… LUI MOTS | FRANCO NUOVO

PHOTO | MICHEL CLOUTIER


LIVRES 53 VOIR MTL

VO3 #O3

> J’ai marché dans ses pas pendant des décennies. Je l’ai côtoyé. Nous avons eu des amis communs. Nous avons travaillé ensemble. J’ai été plus d’une fois chroniqueur à des émissions qu’il animait. Pendant 11 ans, plusieurs mois par année, j’ai occupé son fauteuil à C’est bien meilleur le matin; et j’en passe. Donc impossible pour moi de prétendre que je ne le connais pas du tout et que je découvre sa vie dans Moi, sa biographie. Or, René Homier-Roy est un homme très discret, qui parle beaucoup mais peu de lui, et voilà qu’avec la complicité du journaliste Marc-André Lussier, il a accepté de se confier, de se raconter. Toutefois je mentirais en vous disant que je n’ai rien appris. J’ai découvert le parcours d’un homme qui, porteur d’un nom composé, ce qui était plutôt rare chez les gens de sa génération, en arborant fièrement une allure de dandy comme se plaît à le souligner Lussier et avec une élégance certaine peut témoigner à lui seul de l’histoire culturelle du Québec des 60 dernières années. Il était là, partout, toujours: journaliste d’abord, critique, chroniqueur à la radio et à la télé, animateur bien sûr. Il a aussi donné naissance à des magazines comme Nous, qui était le miroir d’une époque. Il a connu beaucoup de hauts, mais aussi des bas desquels il s’est relevé. En somme, il était là, avant, alors que la noirceur recouvrait encore le Québec et pendant qu’émergeait la lumière. Il était là et il y est toujours. On en apprend. D’abord sur son enfance, sur sa famille, sur les périodes difficiles que ses parents et sa fratrie ont eu à traverser. Il était un enfant timide, très timide. Peut-être est-ce pour cela, en fait, qu’en luttant contre sa réserve naturelle, René est devenu un si bon communicateur. Comme tant d’autres d’ailleurs. On comprend son amour pour l’architecture, pour les espaces où on respire et son horreur des appartements si montréalais qui s’éternisent en longueur. On découvre son goût pour les sciences politiques qu’il a étudiées à l’Université d’Ottawa. Dans cette danse pas toujours naturelle avec Marc-André Lussier, on découvre un homme fidèle en amitié, en amour. Des amitiés qui se comptent sur les doigts d’une seule main et qui ont duré une vie. Sa vie auprès d’un homme à peine plus vieux que lui, le réalisateur Pierre Morin, qu’il a connu dans sa jeune vingtaine. Il est mort il y a quelques années d’un problème cardiaque dans leur maison des Cantons-de-l’Est. Il se confie sur la perte coup sur coup, en quelques mois, de ses amis JeanLouis, Marie-Hélène et Pierre, son homme, sa douleur, son deuil, mais surtout sa résilience qui l’ont ramené sans attendre à son micro.   

Il se rappelle, lui qui n’aimait pas encore la danse, sa visite chez Balanchine à New York. Il se souvient du premier film qu’il a vu et de la révélation que fut Bergman. Il raconte le haut-le-cœur que lui inspire Rohmer, ce qui m’a chez lui toujours beaucoup fait rire. Il évoque son passage à La Presse où il était responsable de Spec, cette section déjà révolutionnaire. Il est de Woodstock, de mai 1968 et de la montée indépendantiste. Il est des Belle-Sœurs de Tremblay, de L’Osstidcho et de Jaune, comme d’autres avant lui avaient été «de lacs et de rivières, [...] de sucre et d’eau d’érable, de Pater Noster, de Credo». Dans ce  Moi  qui pourrait être un peu nous, on apprend ce qu’il pense aujourd’hui de la radio publique qu’il aime tant, mais qui l’a aussi blessé le jour où, après 15 ans, il a quitté l’animation de C’est bien meilleur le matin. Il soulève l’inélégance occasionnelle dans ce métier. Il se prononce ouvertement, ce que, par réserve professionnelle, il n’a jamais fait. Maintenant, je ne peux faire autrement que vous communiquer mes réserves sur cet ouvrage. J’aurais souhaité que cette vie qui est loin d’être finie, j’en suis certain, me soit racontée de façon chronologique, du début à la fin, sans sauts dans le temps, sans ellipses. J’aurais aussi préféré, même si on retrouve la plume de René à la fin de certains chapitres, que cette biographie soit en fait une autobiographie, écrite de la main de René, qu’il se raconte lui-même, qu’il s’enfarge à l’occasion, qu’on le découvre intimement derrière chaque mot, chaque virgule. Quand on lui demande pourquoi il ne l’a pas fait et pourquoi il a tardé, RHR répond qu’il est trop paresseux. Je le crois. Après avoir tant fait, la paresse devient un privilège. Cela dit, ces quelques bémols n’enlèvent rien au plaisir que j’ai eu à lire, même entre les lignes, le parcours de celui qui, sans le savoir probablement, a été un de mes maîtres. y

MOI RENÉ HOMIER-ROY ET MARC-ANDRÉ LUSSIER Leméac, 208 pages

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RESTAURANT BAR

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HÔTEL LONELY HEARTS HEATHER O’NEILL Alto, 544 pages Il est quand même incroyable qu’une écrivaine anglo-montréalaise puisse rouler sa bosse depuis plus de 10 ans en cumulant des nominations pour les plus prestigieux prix littéraires canadiens et internationaux, mais que son œuvre ne soit pas accessible en français – si on fait abstraction de la terrible traduction franchouillarde de son premier roman Lullabies for Little Criminals pour le compte des éditions 10/18 à Paris, qui n’est même pas digne de mention. Nous parlons d’Heather O’Neill, dont les quatre premiers livres ont été acclamés par la critique. Depuis un an, les éditions Alto et l’écrivaine et traductrice Dominique Fortier s’attellent à la tâche avec soin, question de rectifier le tir, d’abord avec la traduction d’un recueil de nouvelles, La vie rêvée des grille-pain, puis maintenant avec le plus récent roman de l’écrivaine, Hôtel Lonely Hearts. À notre grand bonheur. Tout comme ses deux précédents romans, Hôtel Lonely Hearts prend place en plein cœur de Montréal. Cette fois, c’est celui de la Première Guerre mondiale et des années folles, alors que l’histoire commence en 1914, au moment où nos deux protagonistes, Rose et Pierrot, sont abandonnés par leur mère dans un orphelinat. L’une est frivole, l’autre lunaire, ensemble ils ne désirent rien de moins que de conquérir la ville. Lui au piano, elle sur scène; le plan semble si simple. Mais c’est sans compter les bandits de bas étage et la sœur Éloïse qui ne cesseront de tout faire pour les séparer. Si on retrouve d’entrée de jeu le monde de l’enfance cher à Heather O’Neill – qu’elle dépeint avec autant de brio que de violence –, le roman couvrira une vie, une vie entière à se perdre et à se retrouver. Énumérer les scènes cruelles qui sont légion dans ce livre donnerait l’impression de tenir entre nos mains un roman noir, alors que de parler seulement du désir qui propulse Pierrot et Rose en ferait un roman d’amour. Pourtant, c’est exactement entre les deux que le livre excelle: par la vivacité, l’humour et l’intelligence qui caractérisent le style de O’Neill. De l’invraisemblable, elle en fait du vrai, des embâcles et des désastres, elle en fait du beau. Après quelques pages, on la suivrait n’importe où. Il est précieux de pouvoir désormais la fréquenter, car elle est sans nul doute l’une des écrivaines les plus douées de sa génération. (Jérémy Laniel) y


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D E P U I S

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L’art de plaire

Sur les rayons

FALAISE DES FOUS PATRICK GRAINVILLE Seuil, 642 pages Il n’est pas rare d’entendre, lors d’une soirée littéraire ou en plein salon du livre, quelqu’un déclamer la mort du roman. Les sagas et les fresques romanesques auraient terminé leurs vies utiles au 20e siècle et la littérature serait maintenant ailleurs, quelque part dans l’autofiction, par une emprise plus concrète du réel. L’essayiste américain David Shields soutenait justement ce point dans son récent livre Besoin de réel. Pourtant, certains auteurs persistent et signent, tentant ainsi de défendre l’édifice romanesque. Le dernier roman de Patrick Grainville en est fort probablement le plus brillant exemple des dernières années. Falaise des fous, publié au Seuil, est l’une des fresques les plus jouissives qu’il nous ait été donné de lire. L’auteur, lauréat du prix Goncourt en 1976 – alors âgé de seulement 29 ans – pour son quatrième livre, Les flamboyants, signe ici son 26e roman, laissant au lecteur tout le plaisir de découvrir la maîtrise d’un écrivain avec 46 ans de métier. Les falaises du titre sont celles de l’Étretat, en pleine Normandie; celles qui séparent terre et mer, ces belvédères naturels desquels les célèbres Monet et Courbet ont tant peint. À ces peintres se joindront Picasso et Pissaro, tout comme de grands écrivains, qu’on pense à Maupassant, Hugo ou encore Proust, pourquoi pas! À des lieues de Paris, c’est un siècle qui se termine et un autre qui se commence: le narrateur, de retour du conflit algérien, relate cette époque et ses rencontres. Les maîtresses et les amis du narrateur lui feront parvenir les rumeurs de l’affaire Dreyfus et de la Commune de Paris au cœur de ces paisibles paysages, permettant ainsi à Grainville de ne rien laisser passer de l’histoire en marche. Brodé sur plus de 600 pages, on pourrait penser qu’il s’agit là d’un roman empreint d’une grande nostalgie pour une époque révolue, celle des artistes penseurs, de ces génies qui ont, de leurs mains, forgé tendances et courants. C’est pourtant tout le contraire qui s’offre à nous, entre la naissance de l’impressionnisme jusqu’à l’arrivée du Spirit of St. Louis – premier avion à traverser l’atlantique en 1927. Grainville peint, à sa façon, une fresque majeure d’un siècle qui se termine et d’un autre qui commence. Cette valse entre des monstres de la littérature et des peintres incontournables est une ode grandiose à l’art dans toute sa splendeur. (Jérémy Laniel) y

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Ci-haut / Doyon Rivest, Art souterrain 2017 Page de droite, en haut / Martin Parr; en-bas / Karine Giboulo


ARTS VISUELS 57 VOIR MTL

VO3 #O3

O3 / 2O18

Sous les pavés, de l’art! Frédéric Loury n’est pas natif de Montréal et on lui avait vanté cette ville souterraine; un mirage pour de nombreux Montréalais et une franche déception pour ces touristes qui s’attendent à observer une communauté se mouvoir sous les rues de Montréal. Il y a 10 ans, il a donc «créé une ville, le temps d’une soirée». MOTS | ALESSANDRA RIGANO

Si ces dizaines de kilomètres d’avenues piétonnières sont essentiellement utilitaires toute l’année, le commissaire principal et directeur général d’Art souterrain leur accorde une vocation plus festive. Avec l’aide de son équipe et des stagiaires qui ont «joué un rôle essentiel», il transforme six kilomètres du réseau en terreau pour l’art et en lieu de rencontre pour un public de tous horizons; un parcours d’expositions gratuites dévoilé lors de la Nuit blanche qui se poursuit pendant trois semaines. Frédéric Loury s’est retrouvé en art par coups de hasard. Titulaire d’une maîtrise en commerce et en administration, il a été pendant 15 ans le propriétaire de la galerie SAS située près de la Place des Arts à Montréal et il s’est, un jour, prêté au jeu de la Nuit blanche. Café et enthousiasme à portée de main, il a accueilli le public pour lui parler d’œuvres, dans un endroit qui rebute habituellement les néophytes en art visuel. Aujourd’hui, il a troqué sa fonction de galeriste pour se consacrer à l’organisme Art souterrain. Il se sent à sa place dans ce rôle dont le but est de «servir le citoyen». La première édition de l’événement a été déterminante: «Il y avait des espaces où on pouvait à peine circuler. Je souhaitais générer cet engouement pour les arts visuels tout au long de l’année.» Au cours de la décennie qui a succédé à l’événement d’un soir, l’organisme a développé des activités de médiation afin de tisser des liens avec les communautés

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« Une mise en scène spectaculaire, riche »

— Francine Grimaldi, ICI Radio-Canada Première, Samedi et rien d’autre

« [L’exposition] dépasse tout ce qu’on a pu présenter ici sur le sujet à cause de la variété des thèmes abordés. » — Claude Deschênes, avenues.ca

« Une très belle exposition, très vaste » — Catherine Richer, ICI Radio-Canada Première, Le 15-18

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Une exposition organisée et mise en tournée par le Musée des beaux-arts de Montréal avec la participation du Château de Fontainebleau et le soutien exceptionnel du Mobilier national de France. Le Musée remercie le ministère de la Culture et des Communications du Québec et le Conseil des arts de Montréal pour leur soutien constant. | Joseph Franque, L’impératrice Marie-Louise veillant sur le sommeil du roi de Rome (détail), 1811. Musée national des châteaux de Versailles et de Trianon. Photo © RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Daniel Arnaudet


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> artistiques et citoyennes. «On essaie de satisfaire le plus grand auditoire possible, sans édulcorer et sans amoindrir la qualité de la programmation.» À l’occasion de son anniversaire, Art souterrain a conclu un partenariat avec la Bibliothèque nationale qui présentera, en première, l’exposition Éclats de mémoire – Quand l’art retravaille le passé. Cette exposition mettra en lumière le travail des artistes visuels québécois Sébastien Cliche, Moridja Kitenge Banza et Marc-Antoine K. Phaneuf jusqu’en août prochain afin de souligner le 50e anniversaire de la création de la Bibliothèque nationale du Québec et du dépôt légal. Ce lieu satellite, comme les huit autres définis par Art souterrain, s’ajoute à l’offre de l’organisme afin de créer davantage de ponts entre l’art et le public. «On ne peut pas prétendre changer les mentalités si on n’est présent que trois semaines par année. Si pendant le temps d’un festival, on réussit à créer la passerelle entre l’espace public et les lieux de diffusion, je dirai que mon objectif est atteint. Ainsi, on offre l’occasion à ces lieux satellites de créer des liens avec des publics qui ne sont pas les leurs.» Dans le cadre de la présente édition, Art souterrain rassemble les œuvres d’artistes canadiens et internationaux autour du thème du travail. «C’est un thème dont on parle continuellement dans les pages économiques ou sociales, mais en art? Jamais.» C’est également un concept qui a grandement évolué au cours des dernières années, souligne-t-il. Il ne suffit que de s’attarder à la relation de plus en plus intrusive entre un employeur et son employé, aux espaces de bureau ouverts ou encore à la façon dont les entreprises se doivent de courtiser une relève. Les commissaires, Pascale Beaudet, docteure en histoire de l’art, et Emeline Rosendo, designer d’événement, ont contribué à sélectionner les œuvres des 94 artistes de cette édition. On y retrouve entre autres l’œuvre de l’artiste français Julien Prévieux qui expose des lettres de nonmotivation, ou celle du Néerlandais Jan Banning qui offre un regard sur la bureaucratie au sein de différents pays. Art souterrain a également entamé la refonte de sa signalétique en limitant les flèches au sol et en créant de nouvelles zones de haltes. Des médiateurs plus aguerris seront présents tout au long du parcours, en plus des fiches informatives. La scénographie sera également bonifiée et réfléchie en relation avec la signalétique. «Mon souhait serait que les gens fassent le parcours en plusieurs fois. En le faisant sérieusement, cela peut prendre 24 heures.» y Du 3 au 25 mars

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QUOI FAIRE

MUSIQUE

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PHOTO | MAYA FUHR

HELENA DELAND SALA ROSSA – 2 MARS

Après avoir partagé son temps entre le Québec et les États-Unis, la chanteuse Helena Deland revient à Montréal pour le lancement de son très attendu album Altogether Unaccompanied. Elle en dévoilait le premier extrait en janvier dernier, There Are a Thousand, chanson envoûtante qui promet un chemin doux pour le reste.


QUOI FAIRE 61 VOIR MTL

MGMT

PHILIPPE BRACH

MTELUS – 17 MARS

MTELUS – 16 MARS

Il nous a fait languir depuis des années, mais le groupe rock alternatif est de retour. Son récent album, Little Dark Age, paru le mois dernier, persiste dans la voie du mélange des genres et dans la tendance new wave et ambigu. Le concert en vaudra certainement le détour.

Brach et son imagination débordante se retrouvent sur la scène du MTELUS pour notre plus grand bonheur. Son dernier album, véritable tourbillon d’univers et de textures, a confirmé que l’artiste avait un esprit inventif, joueur et qu’il savait prendre des risques.

SUUNS

ESSAIE PAS

LE NATIONAL – 9 MARS

RIALTO – 30 MARS

Montréal en lumière semble les aimer et nous aussi. La formation fera sa rentrée montréalaise avec sa musique rock électro, cristallisante et métallique pendant le festival hivernal. En dévoilant leur récent extrait en début d’année, ils nous ont promis un nouvel album moins sombre. Cela reste encore à voir.

Le duo Marie Davidson et Pierre Guerineau récidive avec New Path, un album inspiré d’un roman hallucinatoire. Ajoutez cela à son penchant pour une musique électronique sombre et poignante, et on risque d’avoir une expérience hors du commun sur scène. < Au Rialto, ce sera soir de lancement.

VO3 #O3

O3 / 2O18

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ACTIVITÉS


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FISHBACH L’ASTRAL – 10 MARS

On l’a découverte à la dernière édition des FrancoFolies de Montréal, cette révélation française avec sa voix chaude et son univers électro-pop insolent. En à peine deux ans, la jeune femme marque déjà les esprits avec ses textes très intimes. Elle ne s’arrête pas qu’à la musique, car on pourra la voir au cinéma dans Vernon Subutex de Virginie Despentes.

CATHERINE LEDUC

CABANE PANACHE ET BOIS ROND 2018 PROMENADE WELLINGTON – 22 AU 25 MARS

On espère que le printemps sera déjà là, mais dans le cas contraire, se réchauffer sera possible dans ce qui se veut le plus gros party de bois en ville. Des prestations musicales seront au programme avec Fred Fortin, KNLO, Rednext Level, Brown, Les chiens de ruelles, Pépé et sa guitare, Mononc’ Serge, Sara Dufour et Zébulon.

CASA DEL POPOLO – 29 MARS

Durant sa mini-tournée, Catherine Leduc prend le temps de revenir à Montréal pour nous présenter ses plus récentes chansons de l’album Un bras de distance avec le soleil qui a été un coup de cœur pour plusieurs médias. Un album caractérisé par la poésie et la sincérité.

PLANTS AND ANIMALS LE MINISTÈRE – 16, 17 ET 18 MARS

Le trio rock de renommée internationale ne s’offre pas un, mais trois soirs dans sa ville natale pour une série de concerts intimes afin de fêter les 10 ans de l’album Parc Avenue. Les deux premières soirées sont déjà complètes. Rien de plus normal pour un groupe important de notre scène locale.

LARY KIDD L’ASTRAL – 2 MARS

Moins d’un an après le début de son aventure solo, Lary Kidd (qui était du trio Loud Lary Ajust) revient déjà avec son Contrôle V2 pour un lancement qui s’annonce festif, rien qu’à voir les noms de ses invités: FouKi, Joe Rocca, Imposs et Karim Ouellet. <

PHOTO | WILLIAM FRADETTE

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SCÈNE

LE POISSON COMBATTANT

TOUT CE QUI VA REVIENT

THÉÂTRE PROSPERO – 6 AU 17 MARS

THÉÂTRE LA CHAPELLE – 7 AU 15 MARS

Le Prospero reçoit de la belle visite de Suisse. Fabrice Melquiot nous offre cette histoire de séparation et de perte, mettant en scène le comédien Robert Bouvier. La pièce joue avec les éléments visuels et sonores pour nous livrer un récit de reconstruction de soi et le chemin pour se bâtir de nouveaux souvenirs.

Trois solos, trois interprètes au phrasé distinct: Clara Furey, Louise Bédard et Sarah Dell’Ava. Elles accompagnent la chorégraphe Catherine Gaudet dans cette exploration où il est question de dualisme. Un état entre «le réel et le fantasme, le passé trouble et le présent flou, le cauchemar et le rêve doux».

CHIENNE(S)

P.O.R.N.: PORTRAIT OF RESTLESS NARCISSISM

CENTRE DU THÉÂTRE D’AUJOURD’HUI 13 AU 31 MARS

THÉÂTRE LA CHAPELLE – 9 AU 11 MARS

Le terme de l’anxiété occupe la place centrale dans cette pièce coécrite par Marie-Ève Milot et Marie-Claude St-Laurent, deux auteures à surveiller. L’anxiété lorsqu’on est une femme et qu’on navigue entre règles et conventions étouffantes. Un véritable saut au sein de ses angoisses.

Cette performance, qui s’adresse aux 18 ans et plus, explore le phénomène de la pornoculture. Les artistes Nadia Ross et Christian Lapointe ont fait le constat que tout était devenu pornographie, entre autres nos manières de consommer, et ils se posent la question sur notre capacité à nous sortir de ce courant.

PHILADELPHIA HIGH SCHOOL

HAMSTER LA LICORNE – 6 AU 24 MARS

Mise en abyme, réappropriation, culture teenage, une combinaison intrigante pour ce texte de Jonathan Caron qui signe également la mise en scène. La pièce tangue entre la fiction et la réalité et l’auteur explore cette tendance à vivre par procuration dans une société numérique et addictive.

L’auteure et comédienne Marianne Dansereau nous donne à voir son premier texte pour le théâtre mis en scène pour la première fois. Une histoire à la forme éclatée qui entremêle des lignes de vie parallèle. Un prétexte pour parler d’amour, de solitude et d’errance.

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THÉÂTRE DENISE-PELLETIER – 13 AU 31 MARS

UN FILM

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LE SONGE D’UNE NUIT D’ÉTÉ THÉÂTRE DENISE-PELLETIER – 21 MARS AU 18 AVRIL

Ce classique de Shakespeare ne se démode pas. Frédéric Bélanger et Steve Gagnon y trouvent un terrain de jeu en revisitant cette histoire de passion amoureuse et de jeunesse innocente.

« Sans doute le meilleur f ilm d’Anne Fontaine. »

L’express

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DES PROMESSES, DES PROMESSES LA LICORNE – 19 MARS AU 6 AVRIL

Présentée pour la première fois en 2016, la traduction du texte de Douglas Maxwell revient, toujours brûlante d’actualité, traitant d’intégration, de religion et d’ignorance. Le puissant monologue mettait en scène la comédienne Micheline Bernard qui a été acclamée pour sa performance. La pièce mérite certainement sa reprise.

IMPROMPTU THÉÂTRE DU RIDEAU VERT 20 MARS AU 21 AVRIL

LA CARTOMANCIE DU TERRITOIRE

L’IDIOT THÉÂTRE DU NOUVEAU MONDE

ESPACE LIBRE - DU 27 MARS AU 7 AVRIL

DU 20 MARS AU 14 AVRIL

Basée sur plusieurs séjours dans différentes communautés des Premières Nations du Québec, cette création théâtrale et vidéographique est composée de témoignages et de réflexions intimes et géopolitiques. Elle parle de notre rapport aux réserves autochtones et aux réserves naturelles, et de la colonisation du territoire et de la pensée.

Pour leur entrée au TNM, la metteure en scène Catherine Vidal et l’auteur Étienne Lepage relèvent l’audacieux défi d’adapter le chef-d’œuvre absolu de la littérature russe, L’Idiot de Dostoïevski. Évelyne Brochu, Francis Ducharme et Renaud LacelleBourdon y feront résonner toute l’ampleur de cette histoire de désir et de folie. D’après le roman de Dostoïevski Une création d’Étienne Lepage et Catherine Vidal

Liszt, Chopin, Musset, Delacroix, Musset et Sand. Tout ce beau monde réunit dans cette libre adaptation du scénario de Sarah Kernochan par l’auteure Marie-Josée Bastien qui nous propose une comédie romantique d’époque pleine de rebondissements et portée par une efficace troupe de comédiens.

SVADBA ESPACE GO – 24 AU 31 MARS

Un opéra de chambre a capella, voilà ce qui est invitant. L’atelier lyrique de l’Opéra de Montréal s’installe à l’Espace Go six soirs pour nous offrir six voix de femmes dans une création mêlant théâtre et musique. Une œuvre lyrique qui sera présentée en langue serbe avec sous-titres français et anglais.

SIMON GOUACHE L’OLYMPIA – 20 MARS

Découvert au Gala Juste pour rire en 2012, Simon Gouache présente enfin son premier one-man-show où il se met à nu. Un spectacle dans lequel on risque de se reconnaître et d’apprécier l’écriture de l’humoriste. >

CHIEN DE GARDE EN SALLE LE 09 MARS

NAPOLÉON: ART ET VIE DE COUR AU PALAIS IMPÉRIAL MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE MONTRÉAL

JP vit avec son frère Vincent, sa mère Joe et sa copine Mel dans un petit appartement de Verdun. Constamment sur la corde raide, JP tente de conserver un équilibre entre les nombreux besoins de sa famille de qui il se sent responsable, son travail de collecteur qu’il fait avec son frère et ses fonctions dans le petit cartel de drogue de son oncle Dany qu’il considère comme un père.

3 FÉVRIER AU 6 MAI

Bienvenue au Palais impérial! Rassemblant plus de 400 œuvres et objets d’art pour la plupart jamais présentés en Amérique du Nord, cette exposition majeure fait revivre l’ambiance somptueuse de la cour de Napoléon et porte un nouveau regard sur ce personnage historique. François-Pascal-Simon Gérard, Portrait de Napoléon en grand habillement, 1805. Château de Fontainebleau, musée Napoléon 1er. Photo © RMN-Grand Palais / Art Resource, NY / Gérard Blot.

PHOTO | MIKE PELLAND


QUOI FAIRE 65

RED SPARROW

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EN SALLE LE 2 MARS

Dominika Egorova, jeune ballerine dont la carrière a pris fin à la suite d’une blessure, est recrutée par les services secrets russes. Après un long entraînement, elle devient une agente dont les seules armes sont la beauté et le charme afin de séduire une cible. Excellant dans ses tâches, elle s’attaque à un jeune agent infiltré de la CIA… Sa mission la plus dangereuse.

AILLEURS EN SALLE LE 16 MARS

Dans une banlieue aisée de Québec, Tv fugue de chez lui afin de sauver son meilleur ami Samu. Recherchés par la police et leurs familles, les deux adolescents rencontrent un groupe d’orphelins qui vivent au cœur de la ville. Cette rencontre mettra leur amitié en danger, mais leur permettra aussi de découvrir l’amour, la liberté et de devenir des adultes, chacun à sa manière.

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66 ISLA BLANCA EN SALLE LE 2 MARS

Après avoir fugué pendant huit ans pour une raison inconnue, Mathilde revient dans sa ville alors que sa mère est mourante. Pendant une journée, elle devra affronter les conséquences de ses décisions d’adolescence pour espérer faire la paix avec son passé.

THOROUGHBREDS EN SALLE LE 8 MARS

Deux adolescentes originaires de la même banlieue du Connecticut se retrouvent après avoir été séparées pendant plusieurs années. L’une est une élève brillante, tandis que l’autre est une jeune cavalière qui a blessé son cheval. Elles essaieront ensemble de régler leurs problèmes, sans se soucier des conséquences.

YOU WERE NEVER REALLY HERE EN SALLE LE 2 MARS

Nina, fille d’un sénateur, est enlevée par un réseau de prostitution. Joe, un vétéran de la marine reconverti en tueur à gages, est engagé pour la retrouver. Le voilà entraîné dans un cycle de vengeance, de corruption et de violence.

ACRIMONY EN SALLE LE 30 MARS

Alors que son mariage se délite au fil du temps, Mélinda est trahie par son mari qui a une relation avec une autre femme. Cette dernière vit comme si elle était la vraie épouse de l’homme infidèle. Une situation qui va littéralement enrager Mélinda.

ISLE OF DOGS EN SALLE LE 23 MARS

Dans ce plus récent film d’animation de Wes Anderson, un maire japonais ordonne la mise en quarantaine de tous les chiens de la ville à la suite d’une épidémie de grippe canine. Les animaux sont alors transportés sur une île qui est rapidement surnommée l’île aux chiens. Atari, un jeune garçon de 12 ans, décide de se rendre sur cette île pour retrouver son fidèle Spots.

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EXPOSITION 2915 ATELIERS JEAN BRILLANT – 8 AU 24 MARS

Une exposition gratuite et multidisciplinaire, comment y résister? Il s’agit d’une rétrospective pour les cinq ans du programme Métissages urbains de l’organisme d’innovation sociale EXECO. Les artistes explorent diverses formes artistiques comme la vidéo, la gravure, le land art ou le collage.

ENNEMI CENTRE PHI – JUSQU’AU 10 MARS

Vivre la guerre à travers le regard et la parole de combattants, c’est ce que propose cette expérience de réalité virtuelle installée au Centre Phi. Le correspondant de guerre Karim Ben Khelifa a voulu montrer le revers de trois conflits historiques en donnant une voix à des soldats ennemis, révélant ainsi ce qui se cache dans le cœur des hommes.

PRINTEMPS NUMÉRIQUE DIFFÉRENTS LIEUX – MONTRÉAL – 21 MARS AU 21 JUIN

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S’échelonnant sur plusieurs mois et se dévoilant à travers de nombreux événements et conférences, dont Mutek, le Printemps numérique est un grand happening annuel célébrant la création numérique sous toutes ses formes. Montréal, ville numérique? Les nombreuses initiatives créatives nous portent à croire que oui.


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Magazine Voir Montréal V03 #03 | Mars 2018  
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