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N° 93 DECEMBRE-JANVIER 2020

NIAMH EN ROBE SAINT LAURENT ET BOUCLES D’OREILLES VERSACE

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CELA S’APPELLE L’AURORE Donna Khalifé · Madiyah Al Sharqi Piccadilly Theatre Beirut · Sana Asseh


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L’OFFICIEL SOMMAIRE

p. 140

p. 66

46 L’édito

120 J’ai 10 ans

48 News

122 À la recherche des seventies

54 Tendances

126 L’école italienne

58 Le « Kan U » de Fendi

140 Être soie

60 La saison du vert

150 Luca Guadagnino, la vie dans les décors

62 L’amazone urbaine d’Hermès 154 Dessine-moi un cœur 64 Dior aux Champs-Élysées

p. 158

66 Compte à rebours

156 Où Micheline Nahra exorcise ses tragédies

p. 166 86 Revival

158 1Millimetre, pour un design militant et innovant

90 Forte impression 162 Couleur Sumak 92 Dialogue en miroir 98 La « Baignoire » de Cartier 100 Croqueuse de diamants

166 Space Vacation voyage à bord d’un graphisme spatial 170 Alex Asfour arrondit les quatre coins du monde

102 Family first 174 All that Donna

112 Coup de cœur

180 Rémie Akl et Liliane El Sous dans l’objectif de la révolution

116 Entre de bonnes mains

184 L’autre route de l’aéroport

38

PHOTOS DR

110 Family affair


L’OFFICIEL SOMMAIRE p. 204

p. 224 186 Le curieux cabinet de Dr Anderson 190 1000 ans de luxe et une perle 194 Coco forever 196 Parce que l’art nous raconte 197Quand notre monde était nouveau 198 Piccadilly, salle de spectacles et mythe urbain 202 Le laboratoire de la bière 204 Mindful Kitchen, l’énergie, la saveur et l'image 208 Bonne pâte p. 218

210 La Ménagerie nourrit le corps et l’esprit 212 Le trottoir d’en face 214 Le goût du Liban à Washington 216 Aller simple pour Barcelone 218 Cocotte, la rôtisserie « healthy » de Londres 220 Yolla Noujaim ouvre un petit hôtel à Maasser el Chouf 224 La Dolce Vita

230 Adresses 232 Longue distance

40

PHOTOS DR

226 Bauer, l’histoire dans fin


N ° 9 3 D E C E M B R E -J A N V I E R 2 019/2 0 2 0

ÉDITEUR

TON Y SALAME GROUP TSG SAL Rédaction RÉDAC TRI CE EN CH EF

FIFI ABOU DIB R É D A C T R I C E E T C O O R D I N AT R I C E

SOPHIE NAHAS Département artistique D I R E C T R I C E D E C R É AT I O N

MÉLANIE DAGHER DIRECTRICE ARTISTIQUE

SOPHIE SAFI Contributeurs PH OTO

TON Y ELIEH, BACHAR SROUR RÉDAC TI O N

MAR IE ABOU KHALED, PHILIPPINE DE CLER MONTTONNER R E , LAUR A HOMSI, MAR IA LATI, MYR IAM R AMADAN, NASR I SAYEGH, JOSÉPHINE VOYEUX STYLISME

SELIM BOUR DOUK AN I L L U S T R AT I O N E T G R A P H I S M E

MAR IA KHAIR ALLAH, MAR ION GAR NIER Production DIRECTRICE

ANNE-MAR IE TABET Retouche numérique

FADY MA ALOUF Publicité et Marketing DIREC TEUR GÉNÉR AL COM MERCIAL ET M ARKETIN G

MELHEM MOUSSALEM C O O R D I N AT R I C E C O M M E R C I A L E

R AWAN MNEIMNE CO O R D I N AT R I CE M A R K E T I N G

M AGA LY MOSLEH Directeur Responsable

AMINE ABOU KHALED Imprimeur

53 DOTS DAR EL KOTOB


AÏSHTI DOWNTOWN AÏSHTI BY THE SEA


n° 1039 – novembre 2019 Directrice de la publication et de la rédaction Marie-José Susskind-Jalou Rédactrice en chef mode Vanessa Bellugeon

Directeur de création Jean-Marie Delbès

Rédactrice en chef magazine Adrienne Ribes

CONTRIBUTEURS Photographes Ronald Bellugeon

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Tél. 01 53 01 10 30

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JOAILLERIE/HORLOGERIE

PRODUCTION

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Lauren Dukoff MAGAZINE

Guen Fiore Alice Moitié

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Rédacteurs et collaborateurs

Delphine Valloire

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Allegra Forneris

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Correspondant New York

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Jean-Claude Huon

Laura Marciano Donatella Musco Traductrices Heloïse Esquié Géraldine Trolle

LES PUBLICATIONS DES ÉDITIONS JALOU L’Officiel de la Mode, L’Officiel Hommes, Jalouse, La Revue des Montres, L’Officiel Voyage, L’Officiel 1000 Modèles, L’Officiel Art, L’Officiel Shopping, L’Officiel Chirurgie Esthétique, L’Officiel Allemagne, L’Officiel Hommes Allemagne, L’Officiel Argentine, L’Officiel Autriche, L’Officiel Belgique, L’Officiel Art Belgique, L’Officiel Brésil, L’Officiel Hommes Brésil, L’Officiel Chine, L’Officiel Hommes Chine, L’Officiel Hommes Corée, La Revue des Montres Corée, L’Officiel Espagne, L’Officiel Hommes Espagne, L’Officiel Voyage Espagne, L’Officiel Art Espagne, L’Officiel Inde, L’Officiel Indonésie, L’Officiel Italie, L’Officiel Hommes Italie, L’Officiel Kazakhstan, L’Officiel Hommes Kazakhstan, L’Officiel Lettonie, L’Officiel Liban, L’Officiel Hommes Liban, L’Officiel Lituanie, L’Officiel Malaisie, L’Officiel Maroc, L’Officiel Hommes Maroc, L’Officiel Mexique, L’Officiel Moyen-Orient, L’Officiel Hommes Moyen-Orient, L’Officiel Art Moyen-Orient, L’Officiel Pays-Bas, L’Officiel Hommes PaysBas, L’Officiel Pologne, L’Officiel Hommes Pologne, L’Officiel Russie, L’Officiel Voyage Russie, L’Officiel Singapour, L’Officiel Hommes Singapour, L’Officiel St Barth, L’Officiel Suisse, L’Officiel Hommes Suisse, L’Officiel Thaïlande, L’Officiel Hommes Thaïlande, L’Officiel Turquie, L’Officiel Hommes Turquie, L’Officiel Ukraine, L’Officiel Hommes Ukraine, L’Officiel USA, L’Officiel Hommes USA, L’Officiel Vietnam Lofficiel.com


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L’OFFICIEL ÉDITO

CELA S’APPELLE L’AURORE Ce titre est emprunté au film de Buñuel (1956) qui s’achève avec les dernières répliques d’Électre de Jean Giraudoux : « - Comment cela s’appelle-t-il, quand le jour se lève, comme aujourd’hui, et que tout est gâché, que tout est saccagé, et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu, que la ville brûle (…) ? » - « - Cela a un très beau nom, femme Narsès. Cela s’appelle l’aurore. » L’Officiel Levant célèbre au seuil de 2020 sa dixième année d’existence. Un regard rétrospectif nous permet de constater que, de parution en parution, nous n’avons jamais cessé, à travers la mode et l’art, de répercuter l’élan révolutionnaire contenu dans le moindre vêtement ou objet créé tout au long de cette décennie. Jamais notre manière de nous habiller n’a été aussi libre et singulière, jamais elle n’a autant été en adéquation avec l’image que chacun veut donner de lui-même plutôt qu’avec les courants et tendances auxquels on ne fait qu’emprunter un peu d’inspiration. Jamais la mode n’aura été aussi fluide, estompant de plus en plus les marqueurs de genres. Jamais l’art lui-même n’a été aussi pertinent dans son impertinence, jouant avec les notions d’échelles pour mieux ironiser sur l’état de nos sociétés prises dans le cyclone de la transition digitale, inquiètes pour un avenir menacé par le réchauffement climatique et la pollution, négociant avec maladresse, entre déni et exagération, le tournant d’un millénaire de tous les dangers pour l’ordre établi depuis au moins deux siècles. De saison en saison, nous avons vu la conscience écologique prendre de plus en plus d’ampleur et la mode se recentrer sur le recyclage, les nouveaux matériaux qui en sont issus et la revalorisation des étoffes de stocks et des articles vintage. En opposition totale avec les tendances du début des années 2000, le nouveau luxe est devenu conscient, attaché à un mode de production équitable et à des matériaux durables mis en valeur par un savoir-faire de plus en plus prisé. La femme a radicalement changé d’image après la révolution #MeToo, tournant le dos à une mode hypersexuée. Signe des temps, la mode est par ailleurs de moins en moins mimétique. Au début de l’aventure de ce magazine, nous avions rencontré Robert Duffy, le célèbre partenaire de Marc Jacobs qui nous avait expliqué le choix de la griffe de créer une mode destinée à combler en quelque sorte les frustrations de la femme active en lui présentant comme contre-modèle une Barbie écervelée et centrée sur elle-même, qui passerait ses journées à faire du shopping et s’exposer sur Instagram. Aujourd’hui, le changement est tel qu’on a du mal à mesurer le chemin parcouru depuis lors. Le Liban, Hong-Kong, le Chili et tant d’autres pays sont en proie à des émeutes révolutionnaires dont les diverses causes se retrouvent autour d’un point commun : l’initiative et l’expression individuelles se muent en fraternités consolidées par la puissance des réseaux informatiques. Le pouvoir horizontal de ces foules s’oppose désormais au pouvoir vertical de systèmes politiques caducs et de blocs identitaires et conservateurs dans lesquelles les révolutionnaires ne se reconnaissent plus. Les arts, des plus nobles aux mineurs, nous l’annoncent depuis un certain temps : Tout est saccagé, mais cela s’appelle l’aurore. Et pour la première fois depuis longtemps, la nouvelle année s’ouvre sur les balbutiements d’un nouveau monde.

Fifi Abou Dib 46


AÏSHTI, DOWNTOWN BEIRUT, T.01.991 111 AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS, T. 04 717 716 EXT. 243

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L’OFFICIEL NEWS

PAR F.A.D

RED VALENTINO ENTRE MOUVEMENT ET ÉMOTION Parce que le vêtement est d’abord une libre expression de soi. Parce que le vêtement doit être une seconde peau et non une enveloppe figée et encombrante, Red Valentino a fait appel aux jeunes danseurs et danseuses de l’Accademia Nazionale di Dansa de Rome à refléter le message de sa collection automne hiver 2019 en étant simplement eux-mêmes. À travers la poésie du mouvement exprimée par chacun à sa manière, l’émotion affleure et circule, imprimant un tourbillon à la soie ou à la mousseline, une tension et une énergie aux étoffes plus fermes. Imprimés, flou et tailleur, entre force et grâce, réécrivent à travers la danse un romantisme contemporain, plutôt expression d’un point de vue que soumission à un code vestimentaire. Red Valentino Aïshti, 137 Rue El Moutran, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.130 Aïshti by the Sea, Antelias, L3, +961 4 717 716 ext.131

C’est un défilé déjanté qu’organisait en septembre dernier la griffe Diesel pour célébrer sa collaboration avec Coca Cola devant les Galeries Lafayette à Paris. Décapsulant une collection capsule en 12 pièces frappées du logo de la boisson la plus célèbre du monde, la non moins célèbre marque italienne de jeans et casual wear fondée par Renzo Rosso a offert un show sous le thème (Re)Collection. Avec un vestiaire en denim de la ligne Diesel Heroe agrémenté de coutures rouges et du logo Coca Cola, comprenant notamment des pantalons de coupe boyfriend et des shorts féminins effilochés, des survêtements et maillots de bain, des sweats à capuche et des T-shirts en jersey noir, gris ou blanc également agrémentés de rouge Coca. L’originalité de cette collection est qu’elle est réalisée à partie de matériaux de recyclage et informe sur la création de nouveaux tissus à partir de matériaux usagés. Des codes barre sont d’ailleurs insérés dans les étiquettes et renvoient vers des sites idoines. Une collaboration explosive qui ouvre la voie à de nouvelles pratiques. Diesel Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.121

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PHOTOS DR

DU COCA DANS LE DIESEL


L’OFFICIEL NEWS

GUCCI AVEC DES FLEURS A l’initiative de son directeur artistique Alessandro Michele, la maison Gucci propose cette saison une collection d’articles déclinés dans la célèbre toile monogrammée de la maison combinée avec le tout aussi célèbre imprimé Flora. Créé en 1966 par l’illustrateur italien Vittorio Accorneo, ce motif a été utilisé pour la première fois sur une écharpe en soie destinée à la princesse Grace de Monaco. Il représente 43 variétés de fleurs, plantes et insectes dépeints en 37 couleurs. Reproduit en impression digitale sur toile beige ou ébène, il orne des blousons et des foulards, des portefeuilles, des trousses de maquillage, des bourses à pièces de monnaie, des couvercles de mobiles, des boites à AirPods, des porte-clés, avec des finitions rouges, jaunes ou vertes, ainsi que des valises, des sacs et des sneakers. Au cœur de l’hiver, comme un éternel printemps. Gucci Gucci, 144 Rue El Moutran, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.200 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.207

CELINE, LE « TRIOMPHE » DES ORIGINES Fondée à Paris en 1945 par Céline Vipiana et son mari Richard, la marque Céline, à l’origine dédiée à l’enfant, attendra 1960 et 15 ans de croissance continue pour se tourner vers la femme avec une première ligne de maroquinerie et surtout de mocassins qui deviendront dès 1975 de grands classiques. La légende veut que Céline Vipiana, tombant un jour en panne devant l’Arc de triomphe, s’inspire des chaînes entourant le monument pour dessiner son logo en forme de double « C ». Le prêt-à-porter suivra en 1967 dans un style résolument Nouvelle Vague, sobre, minimaliste, frondeur et féministe. C’est cet ADN que le directeur artistique Hedi Slimane a voulu mettre en valeur

à travers une collection nettement plus organique, fleurant bon ses années 1970. Entre imprimés extravagants, chaînes, denim et gilets en mouton retourné, Celine nous projette dans une décennie écologique par excellence où tout Paris rêvait d’élevages dans le Larzac. L’intemporelle toile « Triomphe » orne la « Haute maroquinerie » de la maison cette saison, avec des finitions en cuir végétal, dans un esprit masculin-féminin décliné en sacs, petite maroquinerie, kits de voyage et objets de décoration. Celine Aïshti, 137 Rue El Moutran, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.104 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.204

ASPESI ET LA RÉBELLION SOURIANTE Il y a quelque chose de jubilatoire dans l’humour et le second degré que déploie Aspesi dans ses vêtements d’extérieur. Fondée par Alberto Aspesi en 1969, la marque ne s’est jamais départie de son esprit rebelle et anticonformiste, ne s’appuyant sur les classiques que pour mieux les détourner. Héritant son ADN d’une première ligne de chemises masculines, cette maison attachée aux basiques poursuit le développement de vestes, manteaux et doudounes coupés de manière à donner l’illusion d’une silhouette parfaite sans affecter le confort. Jeune d’un demi-siècle, Aspesi décline entre coloris inédits et imprimés créatifs le sens même de l’éternelle jeunesse. Aspesi Aïshti, 137 Rue El Moutran, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.130 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.121

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L’OFFICIEL NEWS

INFINITI QX50, UNE VOITURE NOMMÉE DÉSIR Impossible de perdre le contrôle avec cette voiture qui sait tout faire, même vous remplacer au volant en cas de surprise, de panique ou de défaillance. Infiniti QX50 est par ailleurs un bolide infiniment séduisant par sa puissance, son efficacité, ses lignes contemporaines, ses finitions de qualité artisanale et ses performances intuitives. Tout dans la Infiniti QX50 a été conçu pour renforcer les capacités naturelles du conducteur - du renforcement des sens sur la route aux technologies d'assistance, en passant par le premier moteur VC-Turbo au monde qui permet au conducteur de basculer de manière transparente entre puissance et efficacité. Le QX50 est doté du système de traction intégrale intelligent Infiniti. Les technologies Drive Assist réagissent instantanément aux situations de conduite critiques, offrant au conducteur une gamme de fonctionnalités de « copilote » lui permettant de garder le contrôle total à tout moment. Centré sur le conducteur autant que sur le passager, le QX50 offre un ensemble de technologies destinées à améliorer l'expérience de conduite. Et pendant que la technologie est à l’œuvre, la cabine est paisible, connectée et relaxante. Infiniti Rymco Rasamny-Younis Motor Co., Boulevard Chiyah, +961 1 27 33 33

HERNO, L’ART DE DOMPTER LE TEMPS

PHOTOS DR

Fondée en 1948, dans l’immédiat après-guerre, sur les bords du lac Majeur, par Guiseppe Marenzi et son épouse Alessandra Dina, la maison Herno a vu le jour par un enchaînement de hasards : Marenzi venait d’être congédié par le constructeur aéronautique Siai-Merchetti chez qui il avait travaillé durant toute la Seconde guerre mondiale. Il avait trouvé un emploi dans une société d’imperméables où il était affecté à l’imperméabilisation au ricin. Fort de son expérience dans ce matériau très utilisé dans l’aviation, il avait contribué au renforcement du développement de cette entreprise, et partant de là, décidé de voler de ses propres ailes. Le choix de la région particulièrement humide du lac Majeur s’est imposé comme une évidence. C’est ainsi qu’a vu le jour Herno, une griffe dont le nom s’inspire du fleuve Erno qui se déverse dans le lac. Le savoir-faire de Marenzi porte la renommée de ses imperméables par-delà les océans, et la marque ouvre une boutique en propre en 1968 à Osaka, au Japon. En 1980 commence l’aventure américaine. Éthique, écologique, la marque devient pour les initiés du monde entier le symbole discret du luxe intemporel à l’italienne, avec des collections de vêtements d’extérieur masculins et féminins d’une simplicité, d’une élégance et d’une efficacité jamais démenties. Herno Aïshti, 137 Rue El Moutran, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.120

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L’OFFICIEL NEWS

BURBERRY CÉLÈBRE LA JOIE D’AIMER « Je crois à l’idée d’unité, de solidarité, et je perçois ce qu’est l’amour aujourd’hui. Tel est pour moi le véritable esprit de la saison. C’est l’une de mes périodes préférées de l’année – où je peux m'arrêter, réfléchir et reprendre contact avec ceux qui me rendent heureux et me font me sentir chez moi, peu importe où je me trouve dans le monde. J’ai aimé, pour célébrer ma première campagne festive pour la maison, l’idée de réunir un groupe de personnes qui m’aident si bien depuis que je suis chez Burberry ». C’est par ces mots simples que Riccardo Tisci, le directeur artistique de Burberry, annonce la participation d’une exceptionnelle brochette de people à la campagne des fêtes de fin d’année de la maison : Carla Bruni, Fran Summers, Zhou Dongyu et Yoo Ah-in (ambassadeurs de la marque), Shay, Ikram Abdi Omar, Lea T, Boychild, Wu Tsang, Cecilia Chancellor, Sasha Pivovarova, Marina Morena, Mahmood, Ruben Loftus-Cheek, sans oublier le Père Noël, célèbrent la joie d’être ensemble, de s’unir, de s’aimer, avec des robes de soirée, des vêtements d’extérieur et des doudounes, des sacs, des accessoires et des foulards où dominent le tartan Burberry, l’imprimé fauve, le denim et la typographie. L’urbain chic dans sa meilleure version. Burberry Aïshti, 137 Rue El Moutran, Centre-ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.455

UN NOUVEAU NAVIRE AMIRAL POUR RALPH MASRI Dans un élégant décor de bronze doré en jeu de barres, sur fond de marbre en bandes alternées gris sombre et gris clair, le créateur joailler Ralph Masri vient d’ouvrir son nouveau navire amiral rue Weygand, à Beyrouth. Jeune étudiant à Central Saint Martins, Ralph Masri se distinguait déjà par la cohérence de ses projets, son originalité et son sens du détail, remportant le prix Swarovski dès ses débuts. Depuis 5 ans, établi joailler à Beyrouth sous sa marque éponyme, il continue à aligner prix et récompenses: deuxième des « 30 under 30 » du classement Forbes pour le MoyenOrient 2019, prix honoraire du DDFC/ Vogue Fashion en 2017, sans compter l’accueil enthousiaste que lui réservent les établissements les plus sélectifs du 51

monde, parmi lesquels The Webster, Harvey Nichols et Bloomingdale’s Dubaï, ainsi que les célébrités telles que la reine Rania de Jordanie, Meghan Markle, Gigi Hadid et Katy Perry. Ce nouvel écrin met en valeur la dernière collection Ralph Masri dédiée à Héliopolis, nom grec de la ville de Baalbeck qui abrite les vestiges du plus grand temple romain connu. Cette collection s’inspire des motifs des bas-reliefs de ce site antique vieux de plus de 5000 ans, détails d’une infinie délicatesse, audacieusement sortis de leur contexte pour exprimer toute la modernité d’un art intemporel, en or rose ou jaune serti de diamants et rubis. Ralph Masri Ralph Masri Boutique, Rue Waygand, Centre-ville, Beyrouth, +961 3 488 538


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L’OFFICIEL TENDANCES

RAINBOW

Sous la pluie, le beau temps ! Ces couleurs qui s’entrechoquent à peine sorties du tube font vibrer la grisaille. Au-delà du vêtement, un antidote aux humeurs maussades. Illustration MARION GARNIER Texte F.A.D

Staud

MSGM

Emilio Pucci

Proenza Schouler Fendi

Alexander McQueen

MSGM

Emilio Pucci

Proenza Schouler Buberry

Balenciaga

Fendi Loewe

Maison Martin Margiela

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Bottega Venetta

Photos DR

Alexandre Vauthier


L’OFFICIEL TENDANCES

JOURS DE SATIN

Sensualité de la matière, caresse sur la peau, quelque chose d’intime, dedansdehors, au-delà du vêtement, un état d’esprit et peut-être un message.

Saint Laurent Loewe

Malone Souliers

Prada No21

Balmain Alexandre Vauthier

Loewe Off-WhiteTM

Proenza Schouler

Rosantica

Saint Laurent

Cinq à Sept Jimmy Choo

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Chloé


L’OFFICIEL TENDANCES

LES MANTEAUX LONGS DE L’AUTOMNE

Rien ne coupe la silhouette ! Sur une jupe ou un pantalon, le manteau prend ses aises sur toute la longueur. Au-delà du vêtement, une armure avec de la grâce.

Staud Valentino Chloé

Loewe Valentino

Proenza Schouler Burberry

Valentino Loewe

Off-WhiteTM

See by Chloé No21

Balmain Burberry Alexander McQueen

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Photos DR

Miu Miu


Aïshti Downtown, Beirut

Aïshti by the Sea, Antelias


L’OFFICIEL ANATOMIE D'UN SAC

LE “KAN U” DE FENDI La maison romaine a l’art de créer l’envie. La preuve avec ce nouveau modèle hautement désirable.

PAR LAURE AMBROISE PHOTOGRAPHIE CÉCILIA POUPON

La tradition du it-bag En 1997, Silvia Venturini Fendi crée le sac “Baguette” qui, en peu de temps, révolutionne l’univers des accessoires. Douze ans plus tard, la créatrice récidive avec le modèle “Peekaboo”. C’est peu dire que la marque romaine est passée maître dans la création de it-bags. Le nouveau nom de la saison Avec sa structure souple, ses finitions en cuir vieilli et sa boucle métallique logo, le sac “Kan U” a tout pour plaire. Et c’est sans parler de son colorama élégant, qui s’étend du rouge brique au violet intense en passant par le noir brillant. Ses premières fans Depuis son apparition lors de la collection prefall 2019, puis sur le show automne-hiver 2019-20, le “Kan U” est déjà devenu inséparable de certaines stars comme Amal Clooney, Izabel Goulart, Priyanka Chopra, Zoey Deutch ou Angelina Jolie. Sac “Kan U” en cuir et daim multicolore, Fendi.

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L’OFFICIEL FOCUS

LA SAISON DU VERT

Y PROJECT

PAR F.A.D.

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Photos DR

Le vert dans toutes ses nuances nous invite et nous aime. Depuis le printemps dernier, la mode module cette nuance du meilleur au pire et n’en finit pas de l’explorer. Controversé, le vert est pourtant, de toute évidence, la couleur de l’esprit et de la liberté.


L’OFFICIEL FOCUS

MARC JACOBS

A la croisée du jaune et du bleu, du chaud et du froid, le vert s’annonce comme la couleur privilégiée de cet hiver. Pourtant, le vert, surtout dans le vêtement, a longtemps été une couleur maudite, surtout au théâtre. Explication : couleur difficile à stabiliser en teinture du fait, notamment, de sa double nature, le vert appliqué sur les étoffes était obtenu à partir de l’oxydation de copeaux de cuivre dans un bain acide. Absorbé par la peau, mélangé à la sueur. Le pigment ainsi obtenu devenait extrêmement toxique. De nombreux comédiens en sont morts avant qu’on ne parvienne à imputer la similitude de leurs décès à cette teinture qui, par ailleurs, donnait un effet irisé de toute beauté. Il en est resté une superstition tenace qui fait partie, avec le mot « corde », des tabous de la scène. Lors de l’exposition « Fashioned from Nature » donnée au V&A à Londres en 2018, on a pu découvrir des robes et des bijoux du 19e s. où l’on voit la fascination pour le vert poussée à l’extrême : la couleur irisée était obtenue à partir de milliers d’ailes de scarabées brodées en motifs floraux. À partir du milieu du 20e s.,

BALENCIAGA

avec le développement de la chimie des teintures et des solvants pétroliers, la couleur, devenue maîtrisable, s’est banalisée sans toutefois retrouver totalement son innocence. S’habiller en vert, et là on ne parle pas du terne kaki militaire mais du vert forêt, du vert sapin, du vert tendre, de toutes ces nuances qu’offre la nature selon le niveau de maturité des plantes, s’habiller en vert, donc, est resté relativement rare. Mais pour toutes les raisons que l’on vient de citer, on peut dire que le vert, dans la mode, est peutêtre la couleur la plus contemporaine qui soit. Aujourd’hui, avec l’urbanisation massive que subit la planète et la déperdition du patrimoine naturel, le vert répond à une nécessité. Couleur apaisante pour les nerfs, couleur stimulante pour l’esprit, le vert est privilégié dans les lieux stressants comme les hôpitaux et les lieux de réflexion comme les écoles, les universités et les bibliothèques dont l’iconique lampe de lecture est ellemême dotée d’un abat-jour vert. « Se mettre au vert » est une nécessité vitale 61

et les vertus de la reconnexion avec la nature pour la santé tant physique que mentale ne sont plus à prouver. Opposé au rouge dont on s’entend à reconnaître le pouvoir excitant ou alarmant, le vert est la couleur de la liberté : il ouvre le passage et laisse libre cours à l’imagination. Alors oui, du plus fluo au plus sage, voici le vert dans tous ses états: en robe turquoise, parka anis ou manteau forêt chez Balenciaga ; manteau militaire kaki à boutons dorés et col en fausse fourrure blanche, ou imper vert feuillage à impression de paysage naturel chez Chloé ; en kaki chez Dior avec châle blanc en plumes de marabout ; en imper kaki et noir chez Loewe ; en robe sarouel de soie lamée, manteau retro à gros bouton aiguemarine, robe à bretelles ingénue, façon lingerie chez Marc Jacobs ; en robe vert pastel, satin et manches kimono d’inspiration années 30 ou robe à bretelles en velours mordoré drapé chez Yproject... Toutes les collections proposées cette saison auront de toute façon leur touche de vert. Tendre ou diabolique, on ne pourra qu’y céder.


L’OFFICIEL STYLE

L’AMAZONE URBAINE D’HERMÈS La collection Hermès automne hiver 2019 habille avant tout une idée : celle d’une femme en pleine conquête de nouveaux territoires, amazone ailée du macadam, dégageant une force sans ostentation. Entre cuir et soie, précieux détails métalliques et coupes architecturées, la douceur ne rime plus avec vulnérabilité. Bien au contraire, elle exprime l’attitude protectrice et sereine de qui n’a plus besoin de s’armer pour légitimer son pouvoir. Pliages et plissés s’ inspirent des cocardes des chevaux de concours pour parachever la triomphante allégorie du Pégase qui sommeille en chacune. La palette automnale répond aux robes des chevaux de race pour créer un vestiaire aux couleurs chaudes que la beauté des matières fait vibrer d’une vie propre. Comme toujours chez Hermès, il ne faut chercher dans cette collection ni tendances ni mode. Elle n’obéit qu’ à ses propres codes taillés sur mesure pour faire aller ensemble un récit, une éthique et la durable beauté du vrai.

PAR F.A.D

Photos DR

Une blouse façon jockey à col asymétrique, coupée dans quatre bandanas. Couvertures et tenues de jour en maxi twill de lurex, couleur rouille. Un short micro en agneau plongé, couleur terre de Sienne. Une ceinture, en veau Swift, couleur gold, à clous laqués couleur rouge H et fermoir en métal palladié. Trois bracelets Collier de chien gourmette, en veau Swift couleur gold, à plaque perlée et gravée du motif H Lift, en métal palladié. Trois bracelets Mini Dog, en veau Swift couleur gold, à plaque perlée et gravée 24,Faubourg Saint Honoré, Paris, en métal palladié. Un sac Double Sens strap maxi, en veau Barénia Faubourg, couleur fauve, à bandoulière, en veau Epsom, couleur terre de Sienne et brun Macassar. Des escarpins à bride, en tissu velours, et talon laqué ton sur ton couleur noire. 62


Un duffle-coat, en laine de chameau doubleface, couleur jaune camomille, à détails de passepoil et rabats de poches en agneau fin nappa, couleur beige moyen. Un pull à col montant, en soie imprimée à rayures, couleur ivoire. Un pantalon knickerbockers, en agneau plongé, couleur beige grège, à pattes de serrage et triple surpiqûre en losange. Une ceinture en veau Barénia couleur fauve. Des cuissardes en chèvre velours stretch, à talon laqué ton sur ton, couleur craie. 63


L’OFFICIEL STYLE

Fermé le temps de sa métamorphose, l’hôtel particulier de l’avenue Montaigne déplace son univers au numéro 127 de la plus belle avenue du monde. Un refuge du merveilleux. PAR ADRIENNE RIBES

Même quartier, même code couleur : les aficionados de la maison de luxe française seront séduits et leurs habitudes préservées. Mais les points communs s’arrêtent là. Ce nouvel écrin à l’architecture étonnante met en scène de façon inédite et sur trois étages les dernières collections (femme et homme), les différents univers de la marque, le parfum et la joaillerie. La phrase de Louis XIV nous vient à l’esprit : “On ne fait jamais rien

d’extraordinaire, de grand et de beau, qu’en y pensant plus souvent et mieux que les autres.” Une ténacité mise au service de l’excellence, bienvenue chez Dior. Déjà, la façade. Comme par miracle, parée d’un immense drapé réalisé à la main, elle est comme identique à celle du 30, avenue Montaigne. À l’intérieur, prouesses architecturales, scénographie inédite et expériences innovantes entraînent le visiteur dans un voyage au cœur de la 64

modernité et de l’héritage de la maison. Il est passionnant de (re)constater à quel point Monsieur Dior était visionnaire. Tout ici fait envie. De la toile de Jouy, présente sur tous les murs, au cannage, autre emblème de la maison, imaginé en version oversized sur des parquets retravaillés avec du béton ciré. Pop up d’éditions spéciales conçues par Maria Grazia Chuiri, corner baptisé “Show Paradise” réservé aux souliers et dédié à la personnalisation, cabinet de curiosités où sera proposée une sélection de cadeaux, de fragrances ou de beaux livres viennent enrichir cette nouvelle adresse, faisant la part belle au luxe contemporain.

Photo Kristen Pelou

DIOR AUX CHAMPS-ÉLYSÉES


Aïshti by The Sea, Aïshti Downtown, Aïshti Verdun


COMPTE À REBOURS Une saison de nostalgie nous porte doucement vers le premier jour de l’An neuf. Excitation, régression, le dernier mois de l’année est toujours haut en émotions. Avant d’ouvrir un nouveau calendrier, marquons chaque jour d’un souvenir indélébile.

Photographie Tony Elieh Stylisme Selim Bourdoukan Direction de création Mélanie Dagher Direction artistique Sophie Safi et Maria Khairallah

Page de droite: ombres à paupières, BOBBY BROWN. Eau de toilette, "Black Opium" YVES SAINT LAURENT. Bagues et collier, TABBAH. Porte-monnaie et boucle d'oreille, BALENCIAGA.


Sac à main, CELINE. Bague et bracelets, GEORGE HAKIM.


Sac à main, BOTTEGA VENETA. Bagues et bracelets, BVLGARI. Sac à main, FENDI. Page de droite: vernis, YVES SAINT LAURENT et LANCÔME. Eau de parfum, "Guilty" GUCCI. Bracelet, BALENCIAGA. Sac à main, MIU MIU.


Lunettes de soleil, STELLA MCCARTNEY. Lunettes de soleil, SUNDAY SOMEWHERE. Page de droite: fard à paupières, YVES SAINT LAURENT. Sac à main, DIOR. Vernis, CHANEL.


Lunettes de soleil, FENDI. Sac à main, PRADA. Page de droite: sac à main, LES PETITS JOUEURS. Gants, VALENTINO. Lunettes de soleil, SAINT LAURENT. Porte-monnaie, DOLCE & GABBANA.


Bagues, NADA G. Page de droite: fard à joue et rouges à lèvres, BY TERRY. Sac à main, GUCCI. Bagues, NADA G.


Bagues et bracelet, BUCCELLATI. Page de droite: pochette, DIOR.


Bracelets, MOUAWAD. Mascara, "Hypnôse" LANCÔME. Page de droite: lunettes de soleil, VALENTINO. Sac à main, LOEWE. Bracelets, MOUAWAD.


Boucles d'oreilles, BALENCIAGA. Sac à main, BVLGARI. Boucles d'oreilles, MIU MIU. Eau de parfum, "Crystal Noir", VERSACE. Page de droite: sac à main, BOTTEGA VENETA. Boucles d'oreilles, BALENCIAGA.


Eau de parfum, "Miu Miu for Women" MIU MIU. Bague, RALPH MASRI. Fard à paupières, EMPORIO ARMANI. Sac à main, FENDI. Page de droite: sac à main, FENDI. Lunettes de soleil, ALAÏA. Bague et bracelet, RALPH MASRI.


Remerciements à ART PEOPLE et AMERICANO BY THE SEA pour les plats et boissons.


L’OFFICIEL STYLE

REVIVAL Imaginé dans les années 90 par Giorgio Armani, le modèle “La Prima”, premier it-bag du designer, renaît cette saison.

Lancé en 1995 par le créateur italien, le sac “La Prima” est à l’image de Giorgio Armani : rationnellement mode. Pour l’imaginer, il a posé à ses clientes toutes les questions possibles et imaginables : “Quel sac les femmes voudraient-elles porter, de jour comme de nuit, avec leurs looks incisifs Armani, à la fois contrôlés, doux et toujours élégants ? Comment interpréter le côté androgyne dans un sac, sachant que les sacs pour femme ne sont pas seulement un accessoire fonctionnel, mais probablement une obsession, et certainement un plaisir ?” Etc., etc. En répondant à ses questions, ces femmes ont permis au créateur de faire de ce sac un incontournable de leur mode de vie. Transformé en un objet presque design par les meilleurs artisans du cuir italiens, il est celui dont on n’a jamais pu se passer. Aujourd’hui revisité, le modèle “La Prima” est le nouvel it-bag de la saison, conçu en regardant le passé pour dessiner l’avenir. Proposé en six modèles, il est disponible en veau végétal, en satin de soie, en crocodile, en lézard, en cuir verni imprimé tortue, mais aussi en version laque. Le tout dans un colorama de onze jolies couleurs, du blanc à l’ice en passant par le bordeaux et le vert militaire. Définitivement l’incarnation du made in Italy selon le Maestro. 86

Photo Dominique Issermann

PAR LAURE AMBROISE


alexandermcqueen.com


WEEKENDMAXMARA.COM

Weekend Max Mara distributor: ANTELIAS - SEASIDE ROAD, AÏSHTI BY THE SEA, LEVEL 3


L’OFFICIEL COLLABORATION

Après “FF Reloaded”, “Fendi Mania” et “Fendi Roma Amor”, la marque continue sur sa lancée dans la ligne des collections #FFSeries. Et sort la nouvelle capsule “Fendi Prints On” avec la star du rap Nicki Minaj. PAR LAURE AMBROISE

La collaboration entre Nicki Minaj et Fendi ne date pas d’hier. La star a toujours revendiqué son amour inconditionnel pour la marque italienne.En attestent son total-look logo sur la pochette de son album Chun-Li en 2018, et la sortie de son dernier single, Fendi, en collaboration avec PnB Rock et Murda Beatz. Le clip signé Steven Klein montre la rappeuse lookée de sa capsule “Fendi Prints On” lancée le 14 octobre. Bref, les liens n’ont jamais été aussi forts. Comme le déclarait Serge Brunschwig, le PDG de Fendi : “Nicki était amie avec Karl, elle l’est également avec Silvia [Venturini Fendi] et la maison. Depuis longtemps nous voulions faire quelque chose ensemble, mais nous étions occupés par le suivi des projets que nous avions avec Karl, comme le défilé couture à Rome. Nicki est une grande artiste et l’une des meilleures rappeuses qui soit. Fendi partage de grandes affinités avec elle. Et Nicki Minaj représente l’une des dimensions de la marque.” Chose promise, chose due, la ligne composée de 127 pièces révèle l’univers excentrique de la star. Les silhouettes sont accrocheuses, ultrainstagrammables, passant du XXL au près-du-corps. La sophistication est poussée à l’extrême. On joue le mélange des matières et des styles avec de 90

l’organza pailleté et du tulle tatoué logo. Le manteau est forcément oversized, le bombardier en vison, le survêtement argenté, le sweat à capuche en velours, le bikini triangulaire et les baskets compensées. Nicki Minaj avait des idées très spécifiques concernant cette collection. Les vêtements devaient prendre les corps en considération et mettre les courbes en valeur en les rendant sexy. Pour l’artiste, chaque corps a sa place dans le monde de la mode. En plus de ces contingences stylistiques, la star a voulu que certaines pièces soient accessibles, afin de parler à ses fans avec des T-shirts et des sneakers à son effigie. Nicki n’a donc rien oublié dans cette collection, ni ses racines, ni son style, ni ceux qui l’ont rendue célèbre en achetant ses disques. Enfin, Nicki a surtout célébré les femmes et leur indépendance en jouant avec les codes de la féminité assumée. Rappelons que la star du rap venue de Trinidad et âgée de 36 ans connaît un parcours sans égal, avec pas moins de dix Grammys et cinq MTV Video Music Awards. Elle est la première artiste féminine à avoir placé sept singles en même temps dans le classement américain Billboard Hot 100. Pourtant, Nicki Minaj a récemment déclaré sur Twitter qu’elle mettait un terme à sa carrière musicale. Après la musique, la mode serait-elle son nouveau champ d’expression ? Il se peut que ce ne soit qu’une question de temps. Il n’y a qu’à regarder Kanye West, Rihanna, Beyoncé, Justin Bieber. Alors, un peu de patience…

Photo Steven Klein/Fendi

FORTE IMPRESSION


Lebanon: Aïshti Downtown Beirut, Aïshti By the Sea Antelias, Aïshti Verdun

dvf.com


L’OFFICIEL DOCUMENTAIRE

Dialogue en miroir Pour la série de courts métrages “Miu Miu Women’s Tales”, Lynne Ramsay a réalisé “Brigitte”, sur la photographe Brigitte Lacombe. Une œuvre qui tient autant de la déclaration d’amitié que de la mise en abyme. PAR VINNIES MEGHAN

Dans le décor grandiose et post-industriel d’une usine hydraulique à Londres, des rires fusent discrètement sur le plateau où est shootée une série de portraits atypiques. Au centre de l’attention officie la photographe Brigitte Lacombe portant blouse et jupe noires contrastant avec sa chevelure argentée. Pleine de douceur et de concentration, elle projette l’image d’une grande prêtresse de la photo noir et blanc, vêtue d’une tenue monastique, pour elle un “uniforme” adopté lors d’un voyage au Japon il y a longtemps. En voix off, le dialogue entre la réalisatrice, l’Écossaise Lynne Ramsay, et la photographe à l’accent français très reconnaissable. Elle manie son Hasselblad et raconte, sur fond du bruit feutré du déclencheur, son histoire, ses choix de vie et son amour pour sa sœur Marian en train de poser elle aussi devant son appareil. Brigitte Lacombe explique à ses modèles la pose presque comme un exercice de yoga ou de méditation, “un équilibre entre tension et relaxation”, avec les pieds bien ancrés dans le sol et la concentration centrée sur la respiration. Pour la photographe, ce travail n’est jamais répétitif car il est fait de rencontres. Et quelles rencontres. Elle a commencé officiellement, presque par hasard, en liant connaissance avec Dustin Hoffman et Donald Sutherland au Festival de Cannes en 1975. Elle sera donc la photographe sur le film Les Hommes du Président puis du Satyricon de Fellini et enchaîne avec Rencontres du troisième type de Spielberg. Enclenchée, sa belle carrière de photographe de plateau se poursuit avec Les Liaisons dangereuses de Stephen Frears, des films de Martin Scorsese, Sam Mendes, Quentin Tarantino ou Spike Jonze. Parallèlement elle travaille comme portraitiste en noir

et blanc pour les plus grands magazines et immortalise des artistes, des acteurs ou des politiques, parmi lesquels Winona Ryder, Barack Obama, Bob Dylan, Louise Bourgeois. Elle tisse de solides liens d’amitié avec certains, notamment Meryl Streep et Miuccia Prada qu’elle a photographiée pour un magazine au moment de sa première collection. Photographe sur la plupart des courts métrages de la série Miu Miu Women’s Tales, il n’est donc que justice qu’elle devienne le sujet du 18e opus de ces “contes” féminins et féministes, filmée dans un noir et blanc somptueux qui rappelle le sien par une amie, la cinéaste Lynne Ramsay. Le film devient d’ailleurs très vite une mise en abyme de la photographe photographiée en train de photographier mais aussi un portrait en creux de la personne derrière la caméra. Devant l’objectif se succèdent des proches de Brigitte Lacombe, ses amis, des sœurs, des amoureux, mais aussi Georgie, la petite fille de Lynne Ramsay et son compagnon biélorusse, Sasha, immortalisés tous deux dans de magnifiques portraits. Un casting éclectique, brut, avec des habits intemporels et luxueux, “à la Derek Jarman” comme le remarque, amusée, Lynne Ramsay. Récompensée en 2017 au Festival de Cannes par le prix du meilleur scénario pour You Were Never Really Here, avec Joaquin Phoenix (lui-même prix d’interprétation masculine cette année-là), elle a à son actif une poignée de films admirés, sans concessions, aussi radicaux qu’elle, parmi lesquels le bouleversant We Need to Talk About Kevin, avec Tilda Swinton en mère dépassée par son fils psychopathe (Ezra Miller). Là dans un exercice inédit pour elle, elle filme une amie au travail, dans un face-à-face intense, aussi profond qu’unique. 92


Photo Brigitte Lacombe

L’OFFICIEL DOCUMENTAIRE

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L’OFFICIEL DOCUMENTAIRE

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Photos Brigitte Lacombe

L’OFFICIEL DOCUMENTAIRE

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L’OFFICIEL ANATOMIE D'UNE MONTRE

LA “BAIGNOIRE” DE CARTIER Montre des initiées par excellence, elle revient sur le devant de la scène pour séduire une nouvelle génération d’esthètes sensibles à l’élégance discrète et toute parisienne de cette référence culte. PAR HERVÉ DEWINTRE PHOTOGRAPHIE CÉCILIA POUPON

Le mythe Aux toutes premières heures du style Art déco, alors que l’on ne jure encore que par les circonvolutions foisonnantes de l’Art nouveau, Louis Cartier et Charles Jacqueau interrogent la forme et imaginent des jeux de volumes s’approchant des chimères de l’abstraction pure. Dès 1912, l’ovale imprime alors sa fascinante conjugaison de douceur et de rigueur dans le registre formel de la maison. Les muses En 1958, la montre-bracelet ovale

incurvée figure déjà parmi les grands classiques de Cartier, au même titre que les modèles “Tank” et “Santos”. Les variations créatives sont nombreuses. En 1973, elle hérite de son nom définitif et brille aux poignets des Parisiennes de légende : Catherine Deneuve et Jeanne Moreau, pour ne citer qu’elles. Le cénacle du chic se l’approprie ; c’est en quelque sorte la montre de celles “qui savent”. La renaissance Depuis quelques années, la maison a repris en main ses classiques horlogers pour mieux mettre en avant ce qui a fait 98

sa renommée : les montres de forme. Retravaillée par le studio de création de Cartier, la nouvelle montre “Baignoire” retrouve l’énergie du modèle originel de 1958. Le bracelet est plus étroit, leschiffres romains ont été redessinés sur un fond sablé argenté, le fond s’intègre désormais parfaitement au volume de la boîte, mais l’allure et la présence sont, quant à elles, inchangées. Une signature intemporelle dédiée à la beauté du geste. Montre “Baignoire” en or jaune, bracelet en alligator, mouvement à quartz, Cartier.


Aïshti By the Sea Antelias Tel 04 717 716 ext 248

Aïshti Downtown Beirut Tel 01 991 111 ext 130


L’OFFICIEL TENDANCES BIJOUX

CROQUEUSE DE DIAMANTS Radicales dans leur monochromie, ces bagues en platine ou or blanc célèbrent la reine des pierres précieuses. PA R R AWA N M N E I M N E ET S O P H I E N A H A S

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1- GEORGE HAKIM Bague “Toi et moi” pour une union de diamants taillés en forme de poire et d’ovale. 2- MOUAWAD Bague sertie d’un diamant taille brillant entouré de diamants blancs. 3- NADA G Bague "Matrix Double" en or blanc sertie d’un diamant.

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4- RALPH MASRI Bague "Arabesque Deco" en or blanc et diamants. 5- TABBAH Bague “Toi et moi”, duo de diamants taille poire entouré de baguettes. 6- CARTIER Solitaire "Destinée" serti d'un diamant taille brillant entouré de diamants. 100


L’OFFICIEL RENCONTRE

Family first

PA R M ATH I LD E B E RTH I E R

Trois ans après la première édition de Moncler Genius, comment vous positionnez-vous dans ce “hub”, vous qui êtes là depuis les débuts ? Simone Rocha : Chacun des membres a sa propre identité. À nous d’entrer en conversation avec le savoir-faire et l’histoire de la maison Moncler. Ce qui m’a toujours intéressée dans cette initiative, c’est précisément qu’elle s’apparente à un collectif. Le hub génère une sorte d’émulation chorale. Je connaissais très bien Craig Green avant le projet, mais j’ai pu rencontrer d’autres designers grâce à Moncler Genius. Pierpaolo Piccioli (Valentino) notamment. Quel plaisir, quelle joie… Un bon exemple du “génie” tel que

Moncler l’envisage ? Pour moi, le fondement du génie est la confiance. Tout se joue à ce niveau-là : avoir confiance dans son propre travail, ses capacités, et le faire bien. C’est beaucoup plus important que d’être super intelligent ou super “hype”… Il y a quelques personnalités que j’admire vraiment pour ça. L’artiste Louise Bourgeois, Rei Kawakubo de Comme des Garçons, des gens comme mes parents. Louise Bourgeois est d’ailleurs l’inspiratrice de votre collection hiver. Depuis des années, ma mode a toujours été plus ou moins inspirée de son œuvre. Pour l’hiver, je réfléchissais à une collection autour du concept de 102

“regard féminin”… Je me rappelle avoir découvert un champ de son travail, les tapisseries qu’elle avait tissées à partir de ses propres vêtements. Ça m’est apparu comme le dévouement ultime d’un artiste à son œuvre. Après en avoir parlé aux membres du studio Louise Bourgeois, j’ai pu travailler à leurs côtés sur cinq ouvrages d’art, que nous avons ensuite déclinés sous forme d’imprimés ou de broderies. Si l’œuvre de Louise Bourgeois est une inspiration “concrète”, d’autres de vos collections partent d’un sentiment, d’un souvenir… Tout à fait. J’ai créé douze collections. Elles font toujours volte-face. Celle-ci s’appuie sur une idée très spécifique ;

Photo courtesy of Moncler

Découvrant dans la communauté Moncler Genius une véritable famille créative, l’Irlandaise Simone Rocha a fait évoluer son style dans la forme et dans le fond.


La crĂŠatrice Simone Rocha.


la précédente s’apparentait davantage à quelque chose d’organique… Dans ma tête, à ce moment-là, tout se passait à Hong Kong, d’où ma famille est originaire. J’ai voulu parler de ma grand-mère, de mes tantes. Cette collection reposait sur des sentiments personnels. C’est naturellement différent de parler d’un artiste. Vous retournez parfois à Hong Kong ? Une ou deux fois par an. Mon père vient de là-bas et j’ai encore sept tantes et oncles sur place. J’ai lu qu’il était important pour vous de travailler en famille… Je travaille avec ma mère. Elle s’implique modérément dans mon business. Mon père, lui, est un ancien créateur de mode. Tous les deux ont une solide connaissance du métier. Aussi, je considère mon équipe, qui n’a pas changé depuis mes débuts, comme une famille. Oui, ça ressemble fort à une communauté ! Avec de tels parents, votre avenir était-il tout tracé ? Oui et non. J’ai toujours voulu être créative. Enfant, je préférais travailler avec mes mains, j’avais l’esprit pratique. Comme je l’ai dit, ma famille tenait sa propre maison de mode : j’ai donc passé des heures dans le studio de création, une sorte d’habitat naturel pour moi. Pourtant, je n’ai pas tout de suite songé

à en faire mon métier. Enfant, adolescente, j’étais plutôt obsédée par l’idée d’étudier les beaux-arts. C’est en suivant mon cursus au National College of Art and Design à Dublin que j’ai trouvé la manière dont je pourrais traduire, physiquement, mes émotions, mes sentiments : en faisant des vêtements. Revenons à Moncler Genius, cette collaboration vous a permis de vous ouvrir à l’outerwear. Est-ce un genre qui a fait évoluer votre style ? L’expertise dans le vêtement d’extérieur, tout ce savoir-faire autour du duvet, voilà précisément ce qui m’intéressait chez Moncler. Pour moi qui ai toujours travaillé avec des matières naturelles, organiques, comme le coton, le lin, créer à partir de matières high-tech a changé la donne. Par exemple, depuis mes débuts, je travaille le tailoring comme quelque chose de très structuré. Des trench-coats, des manteaux masculins à double boutonnière, etc. Là où un pardessus Moncler est complètement libéré. Mon travail avait besoin de cette fluidité. De quoi vos vêtements protègent-ils ? La protection renvoie à la force. Et avoir en soi une part de féminité n’est pas synonyme de fragilité. L’une de mes professeures à la Central Saint Martins, Louise Wilson, m’a transmis ce message 104

que j’ai toujours voulu développer pour ma propre maison comme pour Moncler Genius. Ce n’est pas un hasard si mes collections ont toujours été riches en volumes. Explorer cette idée de protection contre les éléments, d’adaptation à l’environnement extérieur, et la déplacer dans l’imaginaire m’a permis d’aller plus loin dans mon idée de couche protectrice. Et d’engager le débat sur féminité et force. Riches d’expérimentations, vos collections restent cependant connectées à la réalité… Je cherche toujours à ancrer mon travail dans la réalité d’aujourd’hui. Je n’ai jamais voulu que mes vêtements soient élitistes, qu’ils parlent à un type social, ou à un type morphologique en particulier. N’importe qui doit pouvoir entrer dans mon histoire et s’y sentir le bienvenu. Par le vêtement, mais aussi par des éléments rendus publics : certains ouvrages d’art qui ont inspiré mes collections, des imprimés créés avec le studio Louise Bourgeois ou la plasticienne Jackie Nickerson. C’est peut-être parce que j’ai grandi en Irlande, où tout le monde est comme “né” ensemble. Vous savez, l’Irlande, c’est trop petit pour être discriminant.

Photos courtesy of Moncler

L’OFFICIEL RENCONTRE


Ci-contre et page de gauche, collection 4 Moncler Simone Rocha.


AÏSHTI BY THE SEA ANTELIAS TEL 04 717 716 EXT 277 MARCJACOBS.COM


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225 Foch St., Downtown Beirut, Tel. + 961 1 991111 Ext. 480 1 Aïshti By the Sea, Antelias, Tel. + 961 4 417716 Ext. 234


L’OFFICIEL BEAUTÉ

FAMILY AFFAIR Rencontre avec le célèbre photographe Mario Sorrenti et sa fille Gray, duo inspiré et complice qui signe la nouvelle campagne La Mer, véritable déclaration d’amour à l’océan. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH

Photo Mario Sorrenti

Quelle a été la genèse de cette collaboration père-fille ? Gray : Enfant, j’ai souffert d’un eczéma assez sévère. Mes parents cherchaient des solutions pour apaiser ma peau, mais rien ne fonctionnait vraiment. Jusqu’au moment où j’ai mis la main sur la crème La Mer de ma mère, seul remède qui apaisait mes irritations. J’étais donc ravie de pouvoir travailler au côté de mon père sur ce projet. Mario : Mon épouse, Mary, et moi avons découvert la crème La Mer il y a quinze ans au cours de l’un de nos voyages, et elle est vite devenue l’une de nos indispensables. Lorsque la marque nous a contactés, nous étions absolument ravis car ce produit fait partie de notre histoire familiale. Quelles ont été vos inspirations majeures pour ce projet ambitieux ? Mario : L’élément aquatique a nourri notre imaginaire commun. J’ai grandi au bord de la Méditerranée, à Naples, la mer me renvoie donc à mes souvenirs d’enfance. L’océan est devenu l’un des piliers de nos routines familiales. Mes enfants ont été élevés à New York, nous tenons donc à nous aménager des parenthèses hors de la ville dans l’environnement le plus naturel et

préservé qui soit. La philosophie de La Mer et son lien à l’océan sont similaires avec la façon dont vit notre famille. Gray : L’océan, l’un de mes premiers souvenirs d’enfance. Cette sensation de flotter entourée de ma mère, de mon père et de mon frère, ce love triangle qui m’apaisait et me faisait me sentir bien. Pouvez-vous nous en dire davantage sur les étapes de votre processus créatif ? Mario: Une partie de la campagne a été shootée en Espagne et l’autre à SaintBarthélemy, deux destinations étroitement liées à notre vie de famille. Nous y avons souvent voyagé avec les enfants depuis qu’ils sont petits, cela nous semblait naturel de renouer avec ces endroits qui nous lient. Nous avons passé le mois d’août en Espagne ensemble, à explorer différents lieux. Nous avons ensuite déterminé les lumières qui nous paraissaient le mieux adaptées, et avons décidé d’une esthétique assez abstraite et universelle en noir et blanc, accentuée par les silhouettes, les contrastes. Gray est mannequin, mais elle semble suivre le parcours tracé par Mario dans la photographie et la réalisation. 111

Comment cette transmission artistique s’est-elle opérée, et comment se traduit-elle au quotidien ? Gray : J’ai grandi dans un univers artistique que j’ai pu observer tout au long de ma jeune vie. J’ai toujours su que je voulais être photographe, mon père ne m’a pas influencée. Ça m’est venu naturellement, je me suis familiarisée avec un appareil qu’il m’avait offert et j’ai été prise d’une sorte de frénésie. Pendant mes années de lycée, je passais des heures dans sa chambre noire, et mon amour de la photo a évolué en parallèle du sien. Nous avons en commun cette faculté de nous connecter à notre sujet de façon pure. Nous créons une image, mais l’autre contribue à la façonner avec nous. Nous partageons cette aptitude à lire les émotions des autres naturellement. C’est l’éducation qu’il a reçue, et c’est ainsi qu’il m’a élevée. Mario : Nos approches respectives sont très différentes. Le travail de Gray est très spontané et intuitif, quand mes œuvres peuvent parfois paraître très étudiées. Je suis très inspiré par son énergie, sa curiosité. Ce qui nous réunit, c’est avant tout la passion qui nous anime, et l’émotion que nous transmettons à travers nos clichés.


L’OFFICIEL BEAUTÉ

COUP DE CŒUR : LE LIP MAESTRO MATTE NATURE DE GIORGIO ARMANI Le rouge à lèvres culte revêt ses habits d’automne : des nudes chauds et satinés au confort optimal. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH PHOTOGRAPHIE CÉCILIA POUPON

Must-have des backstages Créé par Linda Cantello, make-up artist de la maison Armani et prêtresse du nude éclatant, Lip Maestro est LE rouge à lèvres mat rêvé : un produit lumineux et longue tenue, loin des mats épais qui “plombent” et dessèchent la bouche après quelques heures.

Texture au fini ultra léger La formule magique à l’origine de ce hit beauté incontournable ? Une base gel translucide qui capture les pigments associée à un procédé high-tech qui capte et réfléchit la lumière, pour un éclat durable et un confort impeccable. 112

Palette de saison indispensable Après les grenat, écarlate et lie de vin, on revient aux nudes organiques qui fusionnent avec toutes les carnations. Du cèdre au bois de rose en passant par le beige cendré et le rose brun, on alterne ces tons chauds qui rehaussent subtilement le teint.


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L’OFFICIEL BIEN ÊTRE

ENTRE DE BONNES MAINS Coup de cœur pour les protocoles manuels exclusifs de Sophie Carbonari, la reine du massage facial que la planète mode s’arrache.

Lassée des soins du visage conventionnels où s’enchaînent masques et gommages au rythme de mélodies feng-shui planantes ? Guère plus tentée par la nouvelle vague d’experts wellness perchés qui nous vendent du vent à prix exorbitant ? Cap sur l’Hôtel de Berri, écrin design du Triangle d’or à Paris où officie régulièrement la géniale Sophie Carbonari. Dans une suite cosy aux airs de serre urbaine végétalisée, cette facialist surdouée au sourire communicatif dispense ses massages miracles au gré des fashion weeks.

Pas gourou pour un sou, pleine d’énergie, elle pratique des soins du visage énergisants à la croisée du kobido japonais et de l’ayurveda. Véritable détox des tissus glandulaires, son protocole signature aux airs de chorégraphie faciale relance la circulation sanguine et lymphatique tout en réveillant le glow de l’épiderme. La botte secrète de cette chouchoute absolue du monde de la mode ? Des formulations maison aux actifs naturels : de l’orange chargée en vitamine C et de l’huile de coco hydratante, pour un coup d’éclat cutané immédiat. 116

Photo Louis Teran

PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH


22.40 cm

AVAILABLE IN LEBANON: AÏSHTI DOWNTOWN, AÏSHTI BY THE SEA, AÏZONE BEIRUT SOUKS, AÏZONE ABC ASHRAFIEH, AÏZONE ABC DBAYE, AÏZONE ABC VERDUN 01 99 11 11 EXT. 140, JORDAN: CITY MALL +962 6 582 3724, KUWAIT: THE AVENUES MALL +965 2259 8016

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J’AI 10 ANS Créateur défricheur, porteparole du sportswear en Italie, Massimo Giorgetti fête cette année les 10 ans de sa marque MSGM. Interview. PA R M ATH I LD E BERTHIER

Dix ans, c’est à la fois court et long, si jeune et si vieux, à une époque où tout va tellement vite dans la mode… Massimo Giorgetti : J’ai l’impression d’avoir tout juste commencé l’aventure. Mais quand je me pose pour faire le point, que je repense à tous les défilés, à toutes les ouvertures de boutiques, les nouvelles lignes… et surtout aux gens qui travaillent avec moi, de Milan à la région des Marches, plus de cent personnes désormais, je réalise combien les choses ont évolué. Les responsabilités sont d’autant plus importantes mais l’énergie reste la même qu’au premier jour. Quel souvenir en gardez-vous, de ce tout premier jour ? Notre première présentation de prêt-àporter masculin en collaboration avec l’artiste Genchi. Quand les invités ont commencé à arriver, nos sweat-shirts perlaient encore de couleurs fluo fraîches… (rires) À ce sujet, on vous considère aujourd’hui comme l’un des pionniers du sportswear… MSGM a en effet été la première marque, en Italie, à introduire une vision de la mode mélangeant du streetwear à des éléments plus féminins, à du tailoring, mais aussi à utiliser le logo d’une façon nouvelle. Les couleurs, les coupes, les détails, les formes… Tout cela a toujours découlé des mondes de l’art et de la musique, mais aussi de l’esprit italien. Si le sportswear et le streetwear ont pu occuper le devant de la scène à un certain moment, l’éclectisme est toujours resté au centre du propos chez MSGM. En dix ans, le sportswear est passé de simple tendance à phénomène de société. Comment voyez-vous cette évolution ? Les gens commencent à dire que le sportswear est mort. Je pense qu’il a seulement besoin d’être revisité et adapté. Mes dernières collections, 120

surtout en prêt-à-porter féminin, vont vers une évolution du genre : plus sophistiqué, toujours bien réalisé et 100 % made in Italy. Comment vous positionnez-vous dans la grande course de la mode ? Les délais, la saisonnalité ne cessent de muer. Tout devient vraiment déroutant. Si je ne peux pas vraiment changer la tournure, le rythme que les choses prennent, je peux faire ma part du travail. Je me questionne beaucoup sur comment faire évoluer tout cela. Pour moi, l’attente joue beaucoup dans le désir. Je ne crois pas au business modèle du “see now buy now” et je ne veux pas aller dans cette direction. J’essaie d’adapter mes collections aux besoins actuels, en travaillant sur des silhouettes d’intersaisons. En quoi votre passage chez Pucci, de 2015 à 2017, a-t-il fait évoluer votre vision de la mode ? J’avais l’occasion de voir comment les choses fonctionnent chez un grand nom du luxe, mais ma vision des choses est restée la même. Il serait plus juste de dire que mon travail pour MSGM a influencé mon travail pour Pucci que l’inverse. Vous venez d’ouvrir à Milan le plus grand flagship MSGM au monde… Oui, dans le quartier de Brera. Il s’agit effectivement de notre plus grand flagship au monde et, selon moi, du plus beau jusqu’à présent. À travers ce projet, j’ai pu cristalliser mon amour pour le brutalisme et le design italien. Nous avons transformé le bâtiment, une ancienne banque, tout en préservant ses particularités, avec des murs de ciment, de l’acier, de la pierre, et un design intérieur conçu en collaboration avec Sabine Marcelis. D’autres ouvertures se préparent… Où vous imaginez-vous dans dix ans ? Pas si loin d’où je suis aujourd’hui, peut-être dans un plus grand bureau, un plus grand showroom (rires) ! Mais je ne me vois pas, moi-même, changer tant que ça. J’espère seulement pouvoir me ménager davantage de temps : voilà le vrai luxe de notre époque. Quel souvenir gardez-vous de vous à l’âge de 10 ans ? J’étais un peu introverti, un peu timide, un peu joufflu… Déjà passionné par la mode, je faisais le pied de grue devant le kiosque pour acheter des magazines de mode… Si j’avais pu me douter de ce qui allait arriver !

Photos Alessandro Furchino, MSGM 2019

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À LA RECHERCHE DES SEVENTIES

La fille du gouverneur de l’émirat d’Al Fujeira n’est pas une enfant couvée. Sheikha Madiyah Al Sharqi, sous sa marque éponyme Madiyah Al Sharqi, crée une mode courageuse qui lui vaut les éloges de la critique internationale et la reconnaissance de l’industrie. Photos Daniel Asater

PAR F.A.D

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C’est une personnalité discrète qui dirige la création de Madiyah Al Sharqi, la marque qui habille entre autres Nicole et Sofia Richie, Alessandra Ambrosia, Karolina Kurkova, Kris Jenner, Khloe et Kourtney Kardashian, Priyanka Chopra, Elsa Hosk, Heidi Klum, Lorde, Freida Pinto, Sofia Vergara, Nicole Scherzinger ou Constance Jablonski. Disciplinée, portée par une vision précise de la mode ancrée dans le glamour des années 1970 dont elle a reçu de plein fouet la nostalgie à travers les albums de famille, Madiyah Al Sharqi a fait ses études à Esmod Paris sans cesser, depuis lors, d’accumuler les prix et collaborations prestigieuses, finaliste notamment du Woolmark 2013. Son amour des étoffes irrigue de sensualité tactile des collections qui jouent le contraste des textures et la complexité de la maille. Tout naturellement, la collection Madiyah Al Sharqi automne hiver 2019 est imprégnée de nostalgie 70’s, dont la créatrice célèbre le côté audacieux et bohème associé à une touche sophistiquée. Elle y rend aussi hommage aux moments les plus emblématiques de cette décennie dont elle ressuscite à travers ses pièces les icônes et le style :

La robe à plumes scintillante portée par Cher lors du Met Gala de 1974, le pur esprit américain de Lauren Hutton, les manteaux et impers de Françoise Hardy et l’art de Jerry Hall de transformer ses tenues de jour en tenues de soirée raffinées. À l’arrivée, cette collection transcende le clivage jour-nuit. Chaque pièce est ingénieusement créée et enrichie de détails offrant à chaque tenue un caractère puissant qui permet à celle qui la porte de s’affirmer en toute occasion. La fluidité caractéristique des années 1970 imprime à toutes les silhouettes cette coupe évasée des manches et du pantalon qui signe l’allure décontractée et flatteuse de la décennie. Les vestes en cuir verni et les pardessus en jacquard sont garnis de shearling pour créer un contraste texturé, tandis qu'un cordon de serrage est intégré aux blouses et aux robes en résille lamée et incrustée de paillettes pour former un col à volants ou des manches froncées pour un jeu de volumes supplémentaire. De nouvelles nuances de paillettes brodées ont été introduites. Un blanc optique est décliné en un haut à manches évasées, un pantalon raccourci ou une mini robe. Une palette ambrée 123

réchauffe une combinaison et une robe de longueur médiane. On retrouve cette nuance associée à du vert mousse pour créer une robe caryatide bicolore à manches longues. La passion de Madiya pour les textures inattendues se révèle cette saison, au-delà de la résille signature, dans un imprimé en damier marron qui ajoute à cette collection profondeur et volumes, notamment dans un haut à boutons, une jupe crayon à mi-jambe, un manteau et une nouvelle coupe de pantalon. « La décennie 1970 a toujours été pour moi une source d’inspiration. Elle est marquée par des femmes qui ont été parmi les plus iconiques de l’univers de la mode. Elle a vu naître des courants musicaux qui font partie de notre mémoire collective. J'admire l’élégance et la sophistication qu’elle a engendrées, qu’il s’agisse d’un chemisier à imprimé graphique sur un pantalon en cuir flare le jour, ou d’une robe à paillettes sous un manteau en peau de mouton la nuit. C’est cette polyvalence et cette association de pièces sur mesure et de vêtements d’occasion qui se reflète dans la collection » affirme Sheikha Madiyah Al Sharqi qui mène de silhouette en silhouette sa propre recherche du Temps perdu.

madiyahalsharqi.com


BAG SERIES BY BARBARA


BARBARA PALVIN & DYLAN SPROUSE


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L’école

PA R S O P H I E A B R I AT

italienne

Comme à la Renaissance, l’Italie sème aujourd’hui son génie créatif dans le monde entier à travers ses marques les plus prestigieuses et ses créateurs les plus éloquents. Sa botte secrète ? Une culture, une histoire, un écosystème à nul autre pareil.

Dans le jardin d’hiver de l’hôtel Salomon de Rothschild, en pleine semaine de la haute couture parisienne, c’est une débauche de couleurs vives, un tourbillon de drapés et de sequins, une ode à la grâce et à l’extravagance que nous offre Pierpaolo Piccioli pour Valentino. “Bravissima !” s’exclame le public au passage de Lauren Hutton : l’actrice de 75 ans apparaît radieuse dans sa robe vert émeraude rehaussée de gants rose fuchsia. Éclats de joie et larmes d’émotion lorsque le directeur artistique italien vient saluer, entouré de 80 petites mains en blouse blanche. “Divin”, “magistral”, “inoubliable”, le défilé, qui met l’accent sur la notion d’inclusion, a cumulé les adjectifs élogieux. Deux jours plus tôt, une autre Italienne faisait sensation. Dans un décor chimérique, Maria Grazia Chiuri convoquait pour Dior ses ballerines en crinoline, toutes de noir vêtues, enveloppées de résille, voilette sur les yeux. Dans leurs robes bijoux, brodées de perles, cristaux et paillettes, les mannequins de Giorgio Armani s’avancent d’un pas tranquille et effectuent à plusieurs reprises un tour sur euxmêmes pour laisser le temps aux invités d’admirer leur silhouette. Une couture dans la pure tradition du “made in Italy” héritée de l’après-guerre avec Simonetta ou les sœurs Fontana. Au même moment, la maison Schiaparelli, propriété du groupe italien Tod’s, revenait sur le devant de la scène avec un nouveau directeur artistique, Daniel Roseberry. Ses robes sculpturales, de gigantesques volutes de drapés, ont fait le tour des réseaux sociaux. “C’est le grand moment de la mode italienne. Il y a toujours eu des vagues dans la mode, comme celle des Belges ou des Anglais, cette fois c’est à l’Italie de briller”,

s’enthousiasme Elisabetta Zenatello, ex-coordinatrice du marché européen pour l’enseigne Lane Crawford, aujourd’hui consultante mode. La fibre inclusive “La mode italienne fonctionne comme une grande symphonie : marques, designers et artisans travaillent main dans la main dans un système créatif et productif unique au monde, indique Maria Luisa Frisa, curatrice de mode qui a organisé l’an dernier l’exposition ‘Italiana, Italy through the lens of fashion 19712001’ à Milan. La majorité des produits de mode haut de gamme est fabriquée ici.” Tissage dans le Piémont, maroquinerie en Toscane, confection dans les Marches, l’Italie regorge de savoir-faire. “Mais au-delà de cet écosystème, c’est avant tout la capacité des designers et des managers à comprendre la société qui compte aujourd’hui. L’inclusivité est une notion particulièrement bien maîtrisée par les créateurs italiens”, poursuit la spécialiste, professeure à l’université IUAV de Venise. Ainsi, Alessandro Michele, directeur artistique de Gucci, a fait de l’accessibilité son cheval de bataille, il crée une “mode pour tous” et s’implique dans des débats de société. Dans son défilé croisière 2020, il soutenait ainsi le droit des femmes à disposer de leur corps. À chacun de ses défilés, Pierpaolo Piccioli glisse un mot sur la diversité et montre la voie avec des castings qui célèbrent la beauté sous toutes ses formes. Dans la lettre d’intention du dernier défilé haute couture Valentino, on pouvait lire : “L’inclusion, en fait, est un acte créatif et humain. (…) 126


L’OFFICIEL ANALYSE

Tous égaux, tous différents.” Une analyse sociologique très 2019. “Sans être prisonniers de ces discours dans l’air du temps, les designers italiens font avant tout de beaux vêtements, très bien coupés. Le stylisme d’Alessandro Michele est très flamboyant, très exubérant, mais lorsque vous allez en boutique, les pièces sont faciles à porter, s’adressent à tous. Ce que fait Riccardo Tisci chez Burberry est très beau aussi, tout en étant très commercial”, souligne Mimma Viglezio, consultante et rédactrice en chef de SHOWstudio. Des directeurs artistiques imprégnés d’histoire et de culture italiennes “L’Italie est un pays d’une extrême beauté, tous les designers qui vivent ou ont passé leur enfance ici y sont sensibles, cela façonne leur style. Vivre en Italie est quelque chose d’unique, il y a tant d’histoire et d’inspiration. Ces racines sont très importantes pour un créatif”, explique Andrea Lupo Lanzara, viceprésident de l’Accademia di Costume e di Moda de Rome, dont est diplômé Alessandro Michele. “Alessandro et Maria Grazia Chiuri sont tous les deux nés à Rome ; Pierpaolo Piccioli vit à Nettuno, sa ville natale, près de la capitale. La ville, qui est tout le contraire du ‘less is more’, les influence toujours beaucoup”, poursuit ce dernier. Maria Grazia Chiuri se dit même parfois “cannibalisée” par la ville, tant sa beauté et sa perfection l’ont marquée. C’est d’ailleurs la Ville éternelle et les musées du Capitole qu’Alessandro Michele a choisis pour son défilé croisière 2020. L’occasion de rendre hommage à la Rome antique, qui imprègne ses créations depuis toujours. “L’architecture italienne est une source d’inspiration inépuisable pour les créateurs”, souligne Elisabetta Zenatello, faisant référence au défilé Fendi haute couture organisé sur le mont Palatin, l’une des sept collines de Rome, avec en toile de fond le légendaire Colisée. Sur les silhouettes, on remarque des manteaux mosaïque, des frises romaines, des imprimés marmoréens… “Sans oublier un sens indéniable de la famille”, ajoute Andrea Lupo Lanzara. Tout le monde connaît Elmerinda, la mère adorée de Riccardo Tisci, qui vient de fêter ses 90 ans. “My everything”, a-t-il légendé sa photo d’anniversaire sur Instagram. Du style et des chiffres “Prince baroque”, “révolutionnaire”, “roi Soleil de la mode” :

la mode a trouvé en Alessandro Michele son nouveau maître. Il faut dire qu’il a propulsé Gucci dans l’ère de l’hypercroissance (en 2018, la marque florentine a franchi le cap des 8 milliards d’euros de chiffre d’affaires, contre 6 milliards en 2017). Autre succès : début juillet, les premiers résultats financiers de Burberry sous l’ère Riccardo Tisci sont tombés. Le groupe de luxe a annoncé une forte augmentation de ses ventes au premier trimestre 2019, le double de la croissance attendue par les analystes. Les collections du designer italien séduisent tout particulièrement les millennials chinois, et notamment la série de drops lancée par Tisci – des produits vendus en quantité très limitée sur Instagram et WeChat (comme cette paire de manches en cuir, en rupture de stock mondiale en moins de… vingt minutes). Deux créateurs italiens qui travaillent main dans la main avec deux PDG… italiens. “Marco Gobbetti chez Burberry et Marco Bizzarri chez Gucci figurent parmi les PDG les plus visionnaires du moment. Un bon mariage entre un créateur et un PDG est aujourd’hui indispensable : les duos Gobbetti/Tisci, Bizzarri/ Michele se comprennent et se soutiennent. Ensemble, ils bâtissent une stratégie de développement : la créativité au service du business”, souligne Mimma Viglezio. Une liste à laquelle s’ajoutent Pietro Beccari, PDG de Christian Dior Couture, Diego Della Valle, PDG de Tod’s, mais aussi Francesca Bellettini, à la tête de Saint Laurent – la seule femme dirigeant une maison de mode au sein du groupe Kering. “Cette dernière a toujours été très activement soutenue par Marco Bizzarri, c’est un peu son dauphin”, ajoute Mimma Viglezio. Un autre trio d’Italiens fait aussi beaucoup parler de lui en ce moment : Davide De Giglio, Marcelo Burlon et Claudio Antonioli ont fondé en 2016 la très discrète holding New Guards Group. Elle a donné naissance aux marques de streetwear les plus populaires du moment : Off-White, Heron Preston, Kirin (le label de la DJette sud-coréenne Peggy Gou) ou Palm Angels fondée par l’Italien Francesco Ragazzi qui a coutume de dire qu’on “comprend le monde grâce à ses followers”. Avec un chiffre d’affaires annuel de 420 millions d’euros, le groupe milanais a été racheté cet été par la plateforme britannique d’e-commerce Farfetch. Une occasion manquée pour l’Italie de se doter d’un groupe de mode d’envergure internationale, l’équivalent d’un Kering ou d’un LVMH, qu’elle ne possède toujours pas. 128


ÊTRE SOIE Tu cherches ta place au monde et tu la trouves par hasard au creux d’un fauteuil, dans l’encadrement d’une porte, sur une volée de marches. C’est toujours une histoire de peau qui t’incruste dans la grande histoire du monde. Tes sens absorbent avec violence le moment présent. Ton armure se mue en caresse.

Par F.A.D Photographie Bachar Srour Stylisme Selim Bourdoukan Direction de création Mélanie Dagher Direction artistique Sophie Safi Lieu Phoenicia

Page de droite: boucles d'oreilles, BALENCIAGA. Robe, ALBERTA FERRETTI.


Barrettes, ALESSANDRA RICH. Top, ATTICO. Escarpins, SAINT LAURENT.


Boucle d'oreille et robe, ALESSANDRA RICH.


Veste et pantalon, STELLA MCCARTNEY. Body et barrette, VERSACE. Boucles d'oreilles, D'ESTRËE.


Veste et pantalon, SAINT LAURENT.


Cape, VALENTINO. Page de droite: robe, SAINT LAURENT.


Robe, SAINT LAURENT. Escarpins, THE MARC JACOBS. Page de droite: robe, ALEXANDER MCQUEEN. Barrettes, ALESSANDRA RICH.


Boucles d'oreilles et robe, SAINT LAURENT.


Boucles d'oreilles, DOLCE & GABBANA. Robe, GUCCI. Page de gauche: robe, ALEXANDRE VAUTHIER. Boucles d'oreilles, BALENCIAGA.


Robe, SAINT LAURENT.


Boucles d'oreilles, BALENCIAGA. Robe, ALBERTA FERRETTI. Modèle, NIAMH O’BRIEN. Coiffure et maquillage, ÏDAY SPA.


Photo Broomberg et Chanarin

Lucas Guadagnino chez lui en Lombardie.


L’OFFICIEL DESIGN

Luca Guadagnino, la vie dans les décors Ce réalisateur italien aux multiples talents possède des liens singuliers avec la mode et l’architecture d’intérieur. Sa fascination pour le beau et l’artisanat, il en fait une force dans son cinéma, qui le mène sur des projets atypiques, sur et hors des plateaux. PAR VIRGINIE BEAULIEU

Il explore en images le désir, la sensualité et les tragédies humaines. Ce cinéaste italien, un des plus importants aujourd’hui, a notamment réalisé ces dix dernières années quatre films qui ont su provoquer la ferveur de publics radicalement différents : Amore, A Bigger Splash, Call Me By Your Name et Suspiria. Mais il est aussi unique dans l’histoire du cinéma pour une autre raison : ses relations particulières avec l’univers de la mode et de l’architecture d’intérieur. Il navigue donc entre ce monde de luxe d’un côté et de l’autre un cinéma d’auteur puissant où l’espace, les maisons mais aussi les costumes racontent des histoires dans l’histoire. L’expérience du vécu Enfant, il voit Lawrence d’Arabie et sait d’instinct qu’il veut devenir réalisateur. Né à Palerme d’une mère algérienne et d’un père sicilien professeur d’histoire et de littérature italienne, il vit ses cinq premières années en Ethiopie où son père est en poste. Adolescent aux engagements intenses, Guadagnino adhère au parti communiste italien puis étudie à l’Université de Rome l’histoire et la critique de cinéma où il excelle (sa thèse porte sur Jonathan Demme). De ces années-là, il garde des goûts tranchés ; par exemple, il déteste le cinéma italien des années 80 qu’il trouve étriqué. Il n’aime pas non plus qu’on lui parle d’esthétisme, un concept piège pour lui qui ne cherche pas la belle image mais l’expérience du vécu. Il se revendique d’abord comme un “raconteur d’histoires”. En décembre 2015, il me confiait en interview : “J’adore l’idée d’un cinéma maximaliste. Je donne tout chaque fois que je filme. Le perfectionnisme et le savoir-faire, c’est très important. C’est très physique aussi. Même les films les plus intellectuels d’Ingmar Bergman sont formellement d’incroyables artefacts. Si vous négligez cet aspect en tant que cinéaste, vous risquez vraiment de devenir arrogant et présomptueux. Tous les réalisateurs que j’aime, sans exception, Hitchcock, Fritz Lang, 151

Max Ophuls, Mizoguchi ou Bertolucci, étaient de grands artisans.” De tempérament festif, Luca Guadagnino aime plus que tout la bonne cuisine, parler et être entouré d’amis. Sa créativité de réalisateur se développe donc au sein d’une tribu amicale mouvante. Ses journées de tournages s’achèvent souvent en groupe par des repas devenant brainstormings informels, ou une projection de film qui finit en débat. Cette ébullition permanente est un vrai mode de travail pour lui : “J’aime tellement les artistes. Je me sens tellement privilégié d’avoir fait de ma vie une constante collaboration avec eux. Leur compagnie peut guérir toutes les blessures de la vie car vivre est une activité qui blesse. J’adore les personnalités bigger than life, je n’en ai pas peur, je m’en nourris. Les artistes sont en quelque sorte des créatures pleines de contradictions, ils embrassent ces contradictions avec fragilité et tendresse et c’est magnifique.” Des nouveaux mondes à créer Parmi ces artistes, on trouve l’actrice anglaise Tilda Swinton, qui joue dans presque tous ses films, qu’il a rencontrée en 1994 lors d’une rétrospective Derek Jarman et avec qui il a eu un coup de foudre amical et artistique. Perfectionniste comme lui, Silvia Fendi est aussi une amie proche qui travaille avec lui et le soutient depuis 2005 quand elle lui a commandé deux courts métrages, The First Sun et The Golden Mirror, pour présenter respectivement les collections Fendi homme printemps-été 2006 et automne-hiver 2006-07. En 2009, elle est productrice associée du film I Am Love, puis productrice de Suspiria en 2018. En juin dernier, Guadagnino est l’artiste invité sur la collection homme printemps-été 2020 “Botanics for Fendi”. Pour la collection, il crée des imprimés graphiques dessinés pendant le tournage de Suspiria, donne des idées pour le casting, et trouve le lieu du défilé : les jardins somptueux de la Villa Reale à Milan.


Page de droite : sur le tournage de “Call Me By Your Name”, Armie Hammer et Thimothée Chalamet, dans la Villa Albergoni, en Lombardie. Tilda Swinton, dans un costume dessiné pour “Suspiria”. La collection Fendi Homme, été 2020.

L’OFFICIEL DESIGN

Les souvenirs de son enfance en Ethiopie ont aussi inspiré la confection de longues chemises en soie. Le vêtement pour Guadagnino dit quelque chose de celui qui le porte. Il forme presque le corps, et le transforme, exprime les sentiments. Et pour bien transcrire ces impressions à l’écran, rien de tel qu’une spécialiste du costume. Depuis 2015, Giulia Piersanti est une des collaboratrices essentielles du réalisateur. Basée à Milan, cette spécialiste de la maille a fait ses études à la Parsons School de New York puis a commencé chez Miu Miu avant de travailler, entre autres, pour Celine, Balenciaga, Lanvin. Elle possède selon Guadagnino une connaissance encyclopédique du vêtement et des identités sociales qui s’y rapportent, et entre dans le monde du cinéma grâce à lui avec A Bigger Splash (où Tilda Swinton porte de superbes créations de Raf Simons pour Dior). Sur Call Me By Your Name, elle accomplit un grand travail de recherche sur la mode estivale des années 80 en s’inspirant des films de Rohmer, notamment Pauline à la plage. Elle arrive à retranscrire un monde à la fois sensuel et nostalgique et personne n’est prêt d’oublier les minishorts d’Armie Hammer. Pour Suspiria, qui se déroule dans une académie de danse berlinoise en 1977, dirigée par un convent de sorcières, Giulia Piersanti a conçu tous les costumes, imprimés inclus. Il aurait même été question à un moment de transformer ce travail en une véritable collection. En 2018, dans le New York Times, Guadagnino dit de sa costumière : “Je ne m’imagine pas travailler sans Giulia sur mes prochains projets. Nous travaillons d’ores et déjà sur de nouveaux mondes à créer.” “L’espace est tout” Autre amie et collaboratrice importante, Violante Visconti Di Modrone, spécialisée en décoration, était consultante et ensemblière des décors sur Call Me By Your Name. Petitenièce du cinéaste légendaire Luchino Visconti, avec qui Guadagnino partage une certaine obsession du détail, elle a habillé d’objets et d’œuvres d’art la maison dans le film pour lui donner une âme, celle d’une maison de famille au riche passé aristocratique, devenue le refuge estival d’une tribu d’intellectuels. Comme le réalisateur le dit souvent dans ses interviews, pour lui, “l’espace est tout”. Il pose les bases d’une intrigue, peut raconter les personnages aussi bien que des dialogues, influence, transmet des émotions et une atmosphère. Il y a dix ans, il tourne Amore dans la sublime Villa Necchi Campiglio de style Art déco, un cadre rigide et étouffant pour l’héroïne, une mère soumise dans une famille de riches industriels, qui aspire à la liberté puis sombre dans la tragédie (Tilda Swinton impeccable en Jil Sander par Raf Simons). En 2010, dans T Magazine, Guadagnino a cette

phrase par rapport à sa vision du film : “J’ai écrit un scénario qui demandait un cube de marbre avec un grand escalier et des surfaces nettes.” Pour Call Me By Your Name, il trouve littéralement la maison de ses rêves, la Villa Albergoni, à quelques kilomètres de Crema en Lombardie où il vit et travaille, dans un appartement au deuxième étage d’un palais baroque. En 2017, il livre dans A.D. : “Il me semble que je vais posséder cette maison pour toujours. J’ai eu la même sensation pour Amore. J’ai tourné dans cette incroyable demeure au centre de Milan, et je n’y suis jamais retourné mais elle est à moi.” Maître d’œuvres Pas étonnant, donc, que depuis deux ans il se soit tourné de manière très professionnelle vers sa deuxième passion : l’architecture d’intérieur. Il a ainsi conçu pour ses amis, le fondateur de Yoox Federico Marchetti et sa compagne la journaliste de mode Kerry Olsen, le décor de La Filanda, une maison sur les bords du lac de Côme. Après avoir soumis la famille à un questionnaire psychologique précis sur ses goûts et habitudes, il engage 150 artisans pour mettre en œuvre son projet, sur lequel il travaille pendant les week-ends durant le tournage de Suspiria (on notera au passage la force de travail que l’exercice nécessite). Pour un résultat bluffant : au fil des pièces, des détails incroyables en laiton, des alliances de marbre bleu et rose poussière, une cuisine toute en déclinaisons de jaune citron laqué, des tapis de la manufacture Cogolin, des lampes Michael Anastassiades, des tissus Kvadrat, etc. Avec le même perfectionnisme, il a aussi conçu l’intérieur d’une boutique Aesop à Rome, dans une esthétique monastique inspirée par l’église San Lorenzo toute proche, avec du marbre rose pâle et vert foncé et des carreaux gris et beige. Cette nouvelle occupation ne l’empêche pas de s’engager sur des projets cinématographiques audacieux pour 2020 : Guadagnino termine son documentaire Salvatore Ferragamo: The Shoemaker of Dreams, et travaille sur un concept encore jamais exploré, l’adaptation au cinéma de l’album mythique de Bob Dylan Blood on the Tracks en un film choral sur un scénario de Richard LaGravenese (The Fisher King, Sur la route de Madison). Il tourne aussi depuis cet été une série en huit épisodes pour HBO qu’il a écrite et réalisée, We Are Who We Are. Au casting, Chloë Sevigny, Mia Goth, Kid Cudi, Kyle McLachlan et la fille cadette de Martin Scorsese, Francesca. Il suit là les tourments amoureux de deux adolescents dans une base de l’armée américaine en Italie : Fraser Wilson qui arrive tout juste de New York avec ses parents, et Caitlin Harper, sa nouvelle amie. C’est là qu’il excelle : raconter l’histoire d’un été solaire, compliqué, traître, cruel à en briser le cœur. 152


Photos Sony Pictures Releasing France, DR


L’OFFICIEL DESIGN

Photos Elie Bekhazi

DESSINE-MOI UN CŒUR

PA R N A S R I N . S AYE G H

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L’OFFICIEL DESIGN

À la direction artistique de son atelier One Over Studio, Sana Asseh anime une plateforme de design qui transforme chaque produit en expérience collective, à travers des collaborations idéales entre créatifs et clients.

Pour faire le portrait d’un cœur, prendre d’abord une feuille de papier. Tracer, en son milieu, deux grands cercles se chevauchant, légèrement. Tracer ensuite deux lignes perpendiculaires se croisant au milieu de l’endroit où les cercles se rencontrent. Maintenant, esquisser une ligne oblique à partir du côté de chaque cercle pointant vers l'intérieur et le bas. Ces deux lignes obliques doivent se rejoindre au centre. Tracer la courbe des cercles sur la partie supérieure pour réaliser une forme de cœur parfaite. Effacer à présent les lignes inutiles. Le voici. Votre cœur. C’est en déni de tout kitsch, et par-delà l’usure de ce symbole que la designer libanaise Sana Asseh s’est pliée, l’automne dernier, à cet exercice pour célébrer les trois ans de sa plateforme de création One Over Studio. Après avoir passé 12 ans dans les rangs de la firme de luminaires de créateurs. PSLAB, la directrice artistique décide de fonder son propre studio. Design de marque – et de choix – sa touche séduit et sublime de nombreuses adresses beyrouthines. Lieu du haut-design, du sur-mesure, véritable fabrique du beau, son studio qui n’est autre que sa propre demeure réfléchit la typographie, le tissu, la matière, l’espace. A l’écoute des murmures du papier, elle invente de nouvelles formes d’expression. 155

Un nouveau chapitre collaboratif Menant sa carrière en solo, certes, mais néanmoins réfractaire à toute solitude, Sana Asseh a ouvert en Octobre dernier les portes de son atelier à la scène beyrouthine. Il s’agit d’un acte d’amour collectif, explique la dame de cœur, qui partage ainsi ses inspirations et son savoir-faire-beau aux créateurs de la ville. Baptisé One Over Collaborations, ce nouveau chapitre convoite le partage d’idée, de connaissances, d’imaginaires. Généreusement lové dans le creux de la main, gravé dans le bois, imprimé sur des tissus, perforé sur des cartes postales, poinçonné sur et sous moultes autres formes et supports, le cœur a ses multiples raisons d’inspirer et d’inciter à la création. Variation autour d’un même t’aime, One Over Collaborations est avant tout pour Sana, un manifeste du travailler-ensemble; une commune-fabrique, une greffe créative qui fait vœu de décloisonner les métiers, de faire communier les flux esthétiques de la ville et bien au-delà, dans un seul et même mouvement d’émulation pour le beau et le bien de créatrices et créateurs tel(le)s Myriam Boulos, Farah Fayyad, Bahij Jaroudi, Ghaith&Jad, et Mashatel Mahfouz et bientôt de nombreux autres ; peut-être vous ? Pour finir, vous pouvez maintenant, si vous le souhaitez, colorier le dessin. A l’envi(e). oneover.work


L’OFFICIEL DESIGN

Photos Marie Rime

OÙ MICHELINE NAHRA EXORCISE SES TRAGÉDIES

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Née dans un village où règne une perpétuelle et sans cesse possible désolation, Micheline Nahra invente la résilience par l’objet. PA R N A S R I N . S AYE G H

“Ce que l’intelligence nous rend sous le nom de passé n’est pas lui. En réalité, comme il arrive pour les âmes des trépassés dans certaines légendes populaires, chaque heure de notre vie, s’incarne et se cache en quelque objet matériel. Elle y reste à jamais captive, à moins que nous ne rencontrions l’objet. À travers lui nous la reconnaissons, nous l’appelons, et elle est délivrée”. Designer d’outre-tombe, la jeune créatrice libanaise Micheline Nahra exorcise ses tragédies au travers de sa dernière création. “A Dinner for One”. Proustienne passionnée, la jeune créatrice n’hésite pas à citer “Contre Sainte-Beuve”, le célèbre recueil de critique littéraire de Proust, pour conjurer la mort et invoquer les esprits de la mémoire. Méridionale de naissance – elle grandit dans un Sud-Liban très occupé par la guerre -, Beyrouthine d’éducation, (diplômée en architecture de l’AUB)-, néerlandaise par sa spécialisation – elle parfait ses esthétiques à la prestigieuse Design Academy Eindhoven -, Micheline Nahra sonde le passé pour en extraire le stuc d’une mémoire endolorie par le deuil. Nous sommes le vendredi 6 décembre 2002. Il est dix heures et sept minutes à Ebel El Saki dans le Caza de Marjeyoun lorsque soudain, depuis la cuisine des Nahra où la famille est affairée à préparer le café, on entend, au loin, le bruit assourdissant d’une explosion. Le fracas des bombes fige le temps ; la cardamome, aphasique, et cet acouphène qui bourdonne dans la cuisine. Le clan revêtira le deuil de l’oncle et du cousin pendant de longues années. Dix sept ans se sont écoulés. Nous sommes au marché aux puces de Eindhoven, ville embaumée de printemps. Micheline repère une table et quatre chaises. Leur chêne est somme toute quelconque, n’était cette écharde du souvenir qui soudain, ce matin-là, la rattrape. D’un geste ému, franc, décidé, la jeune étudiante s’empare de ces meubles et s’empresse de s’enfermer dans son atelier de menuiserie. Un mois durant, elle taille, découpe et ponce les éclats du chêne. De l’assise aux pieds en passant par les barreaux, elle scinde l’objet, le divise, le sculpte pour le ré-agencer, le réinventer, l’unifier. Le diner, prévu pour quatre, se transmue en diner solitaire. Donner corps à l’absence, la rendre visible. Monument au(x) mort(s) ? Serait-ce plutôt ce geste puissant, entêté, pour célébrer la vie ; à l’éternel de la mémoire? Son bois recomposé est vivant, il respire, vibre, se souvient de vécus, d’histoires. Multiples. Il recolle les débris à rebours des guerres et tente, l’imaginaire enfiévré, de conjurer, de suturer la mort. La belle cicatrice. michelinenahra.com 157


1MILLIMETRE, POUR UN DESIGN MILITANT ET INNOVANT 158

Photos Arthur Woodcroft

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Fondé en 2015 par Sara Jaafar, diplômée de l’Architectural Association, 1millimetre est un studio de design, basé entre Beyrouth et Londres, qui défend la vision d’un design innovant, à la croisée de l’utilitaire et de l’esthétique. Son ambition ? Révolutionner le quotidien avec des objets et meubles d’intérieur aussi ergonomiques que beaux.

Photo Charbel Saade

PAR JOSÉPHINE VOYEUX

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Faciliter le quotidien Le studio 1 millimètre ne s’est pas vraiment fixé pour mission de laisser une empreinte indélébile dans l’industrie – bien que la majorité de ses créations soient de véritables pièces d’exception – mais plutôt de faciliter le quotidien de ses utilisateurs. L’ambition de la jeune architecte Sara Jaafar, fondatrice de la maison, se résume ainsi à concevoir et produire dans le respect de l’environnement avec une priorité donnée au confort. « Mon travail consiste à fabriquer des objets, avec le désir d’ajouter quelque chose de nouveau en tenant compte de l’état actuel du monde, dans un contexte de crise mondiale des déchets », souligne la créatrice. Les cinq chalets qu’elle vient de terminer au Liban, sur la plageresort Kalani, à Halat, ont été créés à partir de matériaux 100% recyclés. « Très soucieuse de l’environnement, j’ai

été particulièrement attristée d’apprendre la fermeture de la dernière usine de recyclage de verre au pays du Cèdre, souligne-t-elle. Pendant un an, j’ai donc demandé que soient ramassés tous les déchets en verre dans plusieurs bars de la capitale (Osteria, State Garden, Mezcaleria, Tenno, GrandFactory…) en vue de les faire recycler, pour les utiliser dans mon projet ». Les sols et les murs de ces chalets ont ainsi été moulés à partir de morceaux de verre. La philosophie de Thomas Heatherwick Esthétique, finesse, souci du détail, les objets créés par Sara Jaafar, ne sont jamais communs, quelconques ou même familiers. Bien au contraire. Chacun des designs proposés par 1millimetre présente une particularité, et quand on lui demande, « 1 millimètre, pourquoi ce nom ? » la créatrice plaisante : « Tout simplement parce que chaque millimètre compte. Je suis très rigoureuse et j’apprécie que les gens avec qui je travaille partagent ma constance et ma patience. Je crois qu’il est nécessaire de répéter et répéter encore les mêmes tentatives pour être convaincu de la solution adoptée». Quand Sara Jaafar cite Thomas Heatherwick parmi ses sources d’inspiration et ses influences, ce n’est pas uniquement parce qu’elle a été formée dans le studio et sous la direction de ce chef de file du nouveau design britannique. Elle est une véritable disciple du créateur du B of The Bang de Manchester et de la structure du Vessel de l’Hudson Yards’ Public Plaza à New York. Depuis le lancement de son studio 1millimetre, en 2015, la jeune femme fait partie à son tour de la nouvelle garde du design libanais. 1millimetre.com

Photo Charbel Saade

C’est un modèle fabriqué à la main, en Angleterre, à partir d’une seule pièce de cuir traité par tannage végétal. A mi-chemin entre fauteuil et hamac, la chaise « The Pinch» est 100% ergonomique : elle a été conçue de manière à fournir le maximum de confort, de sécurité et d’efficacité. En épousant les formes du corps, cette chaise créée à partir de rivets de cuivre reliés par des cordons en cuir tanné végétal, donne en effet la sensation instantanée de flotter. Même constat pour « The Drape », siège tout en formes ondulées, et qui bénéficie lui aussi du même cadre en acier tubulaire. Ce second modèle allie à la perfection géométrie de pointe et pliages origami pour offrir un fauteuil aussi commode que graphique. Le cuir, ici encore, fabriqué en Toscane, est tanné végétal.

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Photos DR

L’OFFICIEL DESIGN

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COULEUR SUMAK Pris de passion pour le tissage de tapis kilim, un artisanat en voie de disparition au Moyen-Orient, Naji Raji crée sa marque Sumak Homeware pour remettre en valeur cette technique oubliée. PA R M A R I A L ATI

Architecte d’intérieur depuis de nombreuses années, il insuffle sa vision créative à des projets de restaurants comme Em Nazih et Pool d’Etat, ou de mode comme Boutique Hub et Emergency Room. Naji Raji a l’œil pour cerner les détails qui font la beauté de sa ville, Beyrouth : les motifs moulés dans le fer forgé sur les balcons, les vieilles arcades, les carreaux terrazzo qui ornent sols et murs et les tonalités chaudes ou plus pop de certains immeubles anciens. Avant de lancer la confection d’une collection de tapis, le créateur choisit une histoire qu’il retranscrit en dessins géométriques contemporains. Également membre fondateur de l’association Save Beirut Heritage qui veut préserver le patrimoine architectural libanais, Raji s’inspire d’abord du style traditionnel des quelques maisons qui perdurent dans la capitale ainsi que des immeubles hétéroclites, tantôt art déco, tantôt plus bruts, construits par des architectes de renom à Beyrouth entre les années quarante et soixantedix. Il y puise sa palette de couleurs à laquelle il prête une attention toute particulière. Pour reproduire à l’identique les coloris qui caractérisent la ville, il se rend dans un atelier en Égypte où sont fabriquées ses collections et y peaufine une « soupe » afin d’obtenir la tonalité recherchée en mélangeant des pigments de couleur naturels dans de l’eau bouillante avec du vinaigre et du sel. Il explique que certaines couleurs sont impossibles à fabriquer avec ces ingrédients naturels. Il se garde donc de les choisir pour ses tapis. Mis en scène par le créateur, posés sur la balustrade d’un balcon puis photographiés, les tapis se fondent dans les coloris et formes de la façade d’un immeuble traditionnel. De Kafr el Sheikh à Gemmayzé Il y a deux ans, au cours d’un voyage d’agrément, Naji Raji traverse le Nil et s’arrête au hasard d’une visite dans la ville

de Kafr el Sheikh, dans un des derniers ateliers d’Égypte qui fabrique encore des tapis tissés à la main. Le jeune architecte s’y pose alors quelques mois, le temps d’une parenthèse, histoire d’apprendre les rouages d’un métier qui se perd. Il imagine sa première collection, en observant en particulier l’immeuble dans lequel il a grandi à Gemmayzé, premier immeuble qu’il a sauvé à travers son association. Exposées à Art Lab, la majeure partie des douze pièces uniques faites main ont trouvé leur place dans les maisons de collectionneurs d’art, artistes, et autres amateurs de beaux objets. La réalisation de chaque pièce prend environ deux mois. Huit tapis ont été fabriquées dans l’atelier de Kafr el Sheikh et Naji Raji a choisi de tisser lui-même les quatre autres, y introduisant des broderies représentant des détails traditionnels modernisés, tel l’œil bleu protecteur. Les tapis kilim sont tissé avec du coton et de la laine d’Égypte. Le créateur explique que la laine libanaise, affectée par la proximité de la mer Méditerranée, est plus duveteuse, contrairement à la laine du désert. D’où la difficulté de l’utiliser pour réaliser les tapis kilim pour lesquels la texture doit être plate et le résultat obtenu lisse sur les deux faces réversibles. Sa prochaine collection, prévue en janvier, sera centrée sur le thème des arcades, « qu’on retrouve partout, ces temps-ci », souligne-t-il : des immeubles, aux poignées de sac à main en passant par la publicité. Naji Raji a choisi d’introduire une autre technique, le tapis shaj, doux, à poils longs, au tissage réalisé à plat au verso et dont on ne peut voir le résultat qu’en retournant la pièce. Le créateur réfléchit à de nouvelles idées pour Sumak Homeware, parmi lesquelles la création de meubles en matériaux divers pour continuer de mettre en valeur ces techniques ancestrales de tissage.

@sumak_homeware 163


7FORALLMANKIND.COM BEIRUT SOUKS, SOUK EL TAWILEH T. 01 99 11 11 EXT: 560 AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS T. 04 71 77 16 EXT: 263 ALSO AVAILABLE AT ALL AÏZONE STORES IN BEIRUT, DUBAI, AMMAN


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Elle met à l’honneur non seulement le septième art mais également le huitième, représenté par la télévision. Avec ses affiches d’inspiration vintage, hautes en couleur et très graphiques qu’elle publie sous la signature Space Vacation, l’illustratrice Samar Haddad rend un hommage vibrant aux personnages, films, séries et show télévisés de sa génération. PAR JOSÉPHINE VOYEUX 166

Illustration Space Vacation

SPACE VACATION VOYAGE À BORD D’UN GRAPHISME SPATIAL


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d’illustrations de George Barbier et le film « Jaws ». « Parfois j’aime aussi m’amuser et tenter des mélanges inattendus de films, musique et art », continue l’artiste. C’est ce qu’elle a fait, également, avec « Love will tear us apart» - une sorte de medley entre « Le Baiser » de Gustav Klimt, Joy Division et « The Virgin Suicides » de Sofia Coppola. Un cachet retro A une culture approfondie du grand et du petit écran, Samar Haddad ajoute ainsi une bonne dose de talent et une imagination prolifique. A travers ses séries Space Vacation, l’artiste semble se mettre au défi. Chacune de ses nouvelles productions place un peu plus haut la barre de la créativité et de la dextérité. Inspirée par de nombreuses références parmi lesquelles l’illustrateur canadien Gary Taxali, le bédéiste américain 168

Jeffrey Brown ou encore l’animatrice Lorraine Sorlet, elle dépeint un univers imaginaire avec beaucoup d’humour, de piquant et de perspicacité. Bien qu’ils puissent laisser place à l’interprétation, ses messages sont toujours directs et vifs. Indéniablement modernes, ses posters n’en perdent pas pour autant leur cachet rétro. Samar Haddad joue ainsi avec sa réalité et offre un équilibre enivrant entre fiction et vérité, sérieux et humour. « La liste de mes inspirations ne saurait être exhaustive, souligne-telle. J’ai beaucoup de référents, ils me permettent de me dépasser et d’élargir ma propre perception ». Un vaisseau dans le silence de la nuit Et pour cela, Samar Haddad opère toujours selon le même protocole. « Le processus de création est le même pour chacune de mes productions, précise la fondatrice de Space Vacation.

Illustration Space Vacation

Sélectionner un poster en particulier pour parler de l’art de Samar Haddad reste difficile tant la série hommage au cinéma et à la télévision de la jeune artiste est florissante. Certains immortalisent une série télévisée, d’autres un chef d’œuvre du grand écran, et d’autres encore célèbrent avec patriotisme le Liban et le soulèvement populaire que le pays connaît depuis le17 octobre. Avec un cosmonaute et un chat qui crache de la fumée, « Legion » fait un clin d’œil à la série de science-fiction éponyme diffusée sur Fox en 2017. « Lorsque je l’ai vue pour la première fois, j’ai été époustouflée, réagit Samar Haddad. J’ai inclus dans mon illustration tous les personnages bizarres qui évoluent dans le décor 60’s de Legion». « Pool Intentions », l’illustration qui met en scène une sirène-marquise, est un savant mélange de références entre une adaptation


Je m’inspire de ce qui m’entoure jusqu’à ce qu’une idée finisse par m’habiter. Je la note ou esquisse un petit croquis et y reviens fréquemment pour développer mon concept. A partir de là, je commence à dessiner et tester différentes palettes de couleur. Je m’arrête sur une composition lorsque je suis satisfaite de mes progrès. Je finis toujours derrière mon ordinateur, car l’outil numérique m’offre une certaine flexibilité et la possibilité de tout recommencer au besoin, ou du moins de modifier certains éléments ». La jeune illustratrice travaille généralement à la tombée de la nuit, lorsque l’agitation de la ville s’estompe. « C’est le moment où je ne suis plus bombardée de questions, d’emails, de textos, appels téléphoniques ou sollicitée par les réseaux sociaux. Je peux me concentrer pendant des heures sans être interrompue ». Car les créations de Samar Haddad sont un véritable voyage. Elles exigent, de la part de l’artiste, une ultime concentration pour plonger dans ses pensées et évoluer dans son univers. Space Vacation. Le nom du studio de l’artiste se suffit à lui-même. « Pour moi,

illustrer, dessiner ces posters a d’abord été une échappatoire, une sorte de voyage à bord d’un vaisseau paisible », confirme l’artiste. Avant de se lancer dans ces illustrations et de lancer officiellement sa propre maison à Beyrouth, en 2016, lors d’une première exposition à Minus 1, Samar Haddad a travaillé pendant douze ans dans des studios de graphic design. Space Vacation était avant tout, pour elle, et à ses débuts, sa bouffée d’oxygène. « Je n’en pouvais plus des briefs des clients et de toutes leurs restrictions. J’avais besoin de réfléchir, de laisser mes pensées divaguer, d’exprimer mon art sans être limitée », confie l’artiste. Spontanément dirigée vers l’illustration, Samar Haddad poursuit aujourd’hui son épopée - un voyage stimulant qu’on a envie de lui souhaiter le plus long et paisible possible, tant pour le plaisir de nos yeux que pour la stimulation de nos méninges !

spacevacation.me


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Photos DR

ALEX ASFOUR ARRONDIT LES QUATRE COINS DU MONDE

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Son trait de crayon, épais, souple et très coloré, a donné naissance à une très belle collection de posters de voyages… New-York, Sidney, Rome, Barcelone, Paris, Berlin ou Beyrouth, aucune grande métropole n’a échappé au regard d’Alex Asfour. Il en a dessiné les contours dans un esprit vintage, très doux, avec une pointe d’ironie. PAR JOSÉPHINE VOYEUX

Avez-vous déjà été à Amsterdam ? À Santorin ? Vous êtes-vous déjà baladé sur les rives de la Seine ? Avez-vous déjà traversé l’Atlantique pour visiter Montevideo, la capitale de l’Uruguay, San Antonio au Texas, ou Détroit la plus grande ville du Michigan ? Il est rare de réaliser tous ces voyages en une seule vie, mais à défaut, avec un simple poster, le surprenant Alex Asfour parvient à vous plonger dans la magie des villes, et vous imprégner de leurs ambiances particulières. Depuis 2012, l’illustrateur américain de 30 ans, basé à Fort Lauderdale, en Floride, s’évertue à reproduire le visage des plus grandes métropoles des quatre coins du monde. Il les dessine à travers leurs emblèmes et caractéristiques, dans un style rétro à mi-chemin entre l’abstraction lyrique et la nouvelle figuration. Impossible donc d’envisager un poster de Washington sans la Maison blanche, de Berlin sans la porte de Brandebourg, de Madrid sans le Palais royal, de Londres sans la City, ou encore de Saint-Louis, sans sa Gateway Arch, cette fameuse arche de 192 mètres de haut conçue dans

les années 1960 par Eero Saarinen en commémoration de la conquête de l’Ouest. « J’ai beaucoup valdingué mais n’ai pas visité toutes les villes que j’ai dessinées, admet l’illustrateur. Je ne suis par exemple encore jamais allé en Afrique ou en Asie, mais cela ne m’empêche pas d’en faire des posters. J’aime beaucoup réaliser des esquisses des destinations où je rêve de me rendre». Et c’est bien là tout le talent d’Alex Asfour : mêler le réalisme et l’imaginaire dans un minutieux travail de composition marqué par un coup de crayon fluide, accompagné d’un langage esthétique vintage. La sobriété de son trait ressuscite l’histoire et imprègne de poésie les lieux dessinés. Magique. Des centaines de posters illustrés par le jeune artiste nous font ainsi voyager du continent américain au Japon en passant par les Caraïbes, le Moyen-Orient et l’Europe. Aujourd’hui, ces affiches sont même déclinées en pins et font l’objet d’un album, publié en 2018, sous le titre « Departures », 171


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Ce choix du cœur est finalement le choix de la raison. La machine s’emballe rapidement pour IdeaStorm Studio. Alex Asfour enchaîne les contrats. Parmi ses collaborations, le groupe Venus Hum – pour qui le jeune illustrateur a réalisé la couverture de l’album « Best Remodeled », mais aussi Airbnb, Disney, Uber ou Budweiser. Pour la marque de bière le fondateur d’IdeaStorm Studio a eu pour mission de capturer la beauté des parcs nationaux américains. « J’ai dû utiliser une palette de couleurs très limitée et un espace restreint,

explique-t-il. Cela a été un projet très important pour moi, très ambitieux. Les dates de rendus étaient très serrées mais cela a été une expérience unique et très stimulante de travailler avec des designers et des directeurs artistiques de grand talent ». Alex Asfour travaille aujourd’hui sur les illustrations d’un livre lié aux Iles Vierges, dans les Antilles, où il a grandi. Le jeune homme s’en réjouit. A seulement 30 ans, il multiplie les projets d’un côté ou de l’autre du globe. Sa veine rétro et son univers très coloré séduisent immédiatement. « J’aime vraiment ce que je fais, je pense que je suis très chanceux d’être un illustrateur. Mon unique rêve dans la vie, c’est de continuer à faire ce que je fais, et de pouvoir en vivre ! ». C’est tout ce qu’on lui – ou plutôt nous souhaite… De Fort Lauderdale, de Beyrouth ou de Kuala Lumpur, peu importe, tant que son art nous inonde de couleurs et de magie ! ideastormstudios.com 172

Photos DR

où l’on retrouve des œuvres produites entre 2012 et 2017. Alex Asfour n’a aucun regret, bien au contraire, d’avoir démissionné de son poste de graphiste en 2012, pour monter son propre studio, IdeaStorm. « Au début, lorsque je me suis lancé, je me destinais à faire des projets plus classiques, des logos et des campagnes publicitaires, précise Alex Asfour, mais progressivement j’ai pu me concentrer complètement sur ma passion, l’illustration ».


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ALL THAT DONNA Le jazz de Donna Khalifé est absolument libre. Comme elle. Née dans la musique, elle passe son enfance entre les disques d’Ella, de Duke et de Thelonious et autres Fitzgerald, Ellington et Monk. Elle les connaît tous. Par cœur. Aujourd’hui chanteuse et contrebassiste, elle vient tout juste de sortir son deuxième opus, “Hope is the thing with Feathers”, album à la douceur corrosive tout droit inspiré d’un vers d’Emily Dickinson. Rencontre à l’interstice du poème. PA R N A S R I N . S AYE G H


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Donna Khalifé, quelles sont vos origines musicales? Je suis tombée dans la musique – ou plus précisément dans un piano - à l’âge de sept ans. A 13 ans, je décide de faire ma rebelle. Réfractaire à la discipline, je sors du piano pour me mettre à la guitare. Bob Dylan et Joan Baez étaient là, et dans mon esprit et dans mon chant. Car le chant aussi était présent très tôt, de manière très instinctive. Je mémorisais tous genres de chansons et je chantais. J’accompagnais mon père – ingénieur du son et musicien autodidacte – qui a très vite repéré ma facilité à retenir tous les morceaux. Dans les années 2000, je découvre l’Orchestre Philarmonique du Liban. Je ne ratais aucun concert. Chaque fois, je me précipitais pour m’asseoir au premier rang jusqu’au soir où je me suis retrouvée assise près du cameraman. Il ignorait tout de la musique ! Lorsqu’il voyait un hautbois il disait “Flute! Flute!” et je lui disais “mais tu n’entends pas le hautbois?!” (Rires). A partir de ce moment là, je n’avais plus qu’une seule idée en tête: tenir une partition d’orchestre en main. Savoir la déchiffrer, la lire, la comprendre. C’est là que j’ai vraiment décidé de devenir musicienne. C’est à ce moment là que vous vous envolez pour Paris? Tout à fait. Après un bref passage par la Sorbonne en musicologie, j’intègre le Conservatoire de Paris. Et là je plonge dans le classique. Six ans d’harmonie, de contrepoints, j’obtiens le Premier Prix d’Orchestration. Il était temps pour moi de réaliser mon rêve: intégrer la classe de direction d’orchestre. C’est là que j’ai réellement appris comment penser la musique.

Photo DR

Mais comment le Jazz est-il arrivé vers vous? Le jazz était déjà là depuis bien longtemps! Les solos d’Ella Fitzgerald, je les connaissais par cœur depuis toute petite. A force de les écouter j’étais obsédée. J’en connaissais tous les arrangements! J’ai donc décidé au bout de quatre ans de quitter la direction d’orchestre et de m’adonner au Jazz. Donna, c’est quoi le Jazz pour vous? Le Jazz pour moi, c’est avant tout l’improvisation. Il y a dans le jazz tout au plus 30 secondes d’écrits qui peuvent à leur tour 175

être réinterprétés. C’est cette liberté que je n’avais pas dans le classique qui m’a séduite. Je me sens moi-même dans le jazz. Je me sens libre. C’est aussi ces sensations que procure le partage avec les autres musiciens, le risque et surtout l’humilité. C’est à la fois être à l’écoute et de soi et des autres. Vous êtes à la fois chanteuse et contrebassiste. A quel instant la voix devient-elle à son tour instrument? Des le début! La voix peut tout faire. Absolument tout! Des aigus au graves en passant par l’entre-deux, la voix peut et doit pouvoir tout faire comme tout instrument peut et doit pouvoir tout faire. Pourquoi ménager la diva dans sa zone de confort? (Rires) Qui sont vos maitresses et maîtres de jazz? Ella et mon tout premier disque que j’ai encore, “Ella and Basie!”. Il y a aussi Sarah Vaughan, Thelonious Monk, j’aime beaucoup ce qu’il écrit et puis bien entendu Charles Mingus. Aujourd’hui j’écoute surtout Carmen McRae et Betty Carter. Mais je reviens toujours vers Ella. Elle est tout simplement incroyable. Je ne peux pas me passer de sa virtuosité et surtout de son sens de l’amusement. Et puis, il y a l’obsession. Je dis toujours à mes élèves « Obsédez-vous! » L’obsession, c’est aimer un artiste en l’écoutant en boucle jusqu’à le détester puis l’aimer à nouveau. Et on recommence. Vivre de ses obsessions. Tout, tout, tout et maintenant. C’est vivre pleinement quelque chose, le respirer, baigner dedans. Qu’est-ce qui risque de ne jamais vous obséder ? Le reggae (rires) et le blues. J’ai l’impression d’écouter la même chose. La musique que j’aime c’est la musique qui me surprend. Je n’aime pas le connu, l’attendu. Parlez-nous de “Hope is the thing with Feathers”, votre nouvel album. Après “Heavy Dance” mon tout premier album sorti en 2017 où j’ai tout lâché – ma tête était alors remplie de beaucoup beaucoup de bruits – je me suis en quelque sorte retrouvée, assagie. Aujourd’hui quatre ans après mon retour au Liban, je


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m’ont tout de suite attirée et inspiré le concept d’écriture qui est très étroitement lié au sens et au caractère. Hope is the thing with feathers, est le titre de l’album et un hommage à cet espoir, cet oiseau qui est toujours présent malgré les différentes circonstances et qui ne demande jamais aucun entretien. (Toujours là à nous pousser vers l’avant.) Uti var hage est un morceau traditionnel suédois que j’ai decouvert durant ma résidence avec le Vindla string quartet, à Malmö en décembre 2017. Il est présent à deux reprises dans l’album, une fois arrangé par la violoniste Caroline Karpinski et c’est la version qu’on avait jouée durant le festival à Malmö, et en dernier track, une version arrangée par moi-même pour le trio avec le saxophone en plus. Ce titre me touche particulièrement puisqu’il est question encore une fois de la nature, de la connexion avec la nature pour trouver la joie, les remèdes à nos maux et l’espoir. Le thème initial de Romane a été écrit par mon père en dédicace à la fille de mon ami d’enfance qui venait de naitre .En l’adoptant et le réadaptant à ma manière, je l’offre à tous les petits venus au monde et dans nos vies pendant ces dernières années . Je célèbre aussi la vie mais d’une autre façon dans Sultan qui est un morceau composé pour mon grand-père et avec lequel j’ai voulu rendre hommage à toutes les personnes âgées sur cette planète sans exception, pour lesquelles j’ai une affinité particulière. Enfin Ta’iran est un morceau improvisé sur un poème de Hassan Abdallah. Cette fois, le récit reste caché. On s’en est inspiré pour peindre ce paysage vaste et l’état de félicité qu’une situation peut procurer. Le poème d’Emily Dickinson dont le titre de l’album est extrait m’a touchée à la première lecture. Elle assimile l’espoir à un chant d’oiseau qui malgré les tempêtes est toujours là. C’est cet espoir intérieur. Vital. J’ai toujours espoir que malgré tout, tout va bien se passer ! donnakhalife.com 176

Photo DR

réalise de plus en plus pourquoi j’ai voulu rentrer et m’installer ici. Plus le temps passe plus je pense comprendre mieux les choses. Je me suis mise à faire plus attention aux petits détails de la vie, aux bonheurs quotidiens. Je me sens plus apaisée. Je me suis connectée à la nature, et quelque part aussi à une certaine forme de méditation. Mon rythme de vie, mes habitudes et ma perception de la vie ont du coup changé petit à petit. Et pendant cette mutation naissait le nouvel album “Hope is the thing with feathers”. Cet album est peut-être ma façon de m’installer, de trouver mon monde. Une manière de rechercher et de trouver le Beau. Je ne saurais dire ce qui est venu avant, mon désir de changer ma perception du quotidien et sa dynamique ou l’idée de l’album. Peut-être était-ce un processus simultané et très complémentaire. Cette fois-ci, j’ai décidé de me lancer le défi de mettre en musique des textes, de la poésie et essayer d’explorer ce monde tout en restant fidèle à mon langage musical. Mon deuxième défi était de créer une musique qui soit facile d’accès mais sophistiquée en même temps. Pour cela je me suis entourée des mes compagnons de jeu Raffi Mandalian à la guitare et Fouad Afra à la batterie. Puis pour l’enregistrement nous ont rejoints Philippe Lopes de Sa au saxophone, Arthur Satyan au Rhodes et le quatuor à cordes Vindla string quartet. Chaque morceau a son histoire, son inspiration ou sa dédicace. My favorite things est un morceau repris, bien entendu, que j’ai réarrangé et qui reflète ces petites choses présentes au quotidien et qui nous font très plaisir. Vocalism commence par un thème que j’ai retrouvé dans mon cahier, des bribes d’un thème que j’ai écrit il y a quelques années et que j’ai développé pour arriver à une improvisation à la voix sur un extrait d’un poème de Walt Whitmann qui s’intitule Vocalism. Koutalon kharsa’ est ma première tentative de mettre en musique un poème en arabe littéraire. Le poème vient d’un poète contemporain et ami, Fadi Tofeili, qui m’a proposé plusieurs textes .Le thème de ce poème et son humour implicite


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REMIE AKL ET LILIANE EL SOUS DANS L’OBJECTIF DE LA RÉVOLUTION Remie est "performing artist", actrice et réalisatrice. Lilane est sa productrice. Ensemble, ce duo de choc dissèque l’identité libanaise de manière aussi crue qu’onirique. Dans les videos, c’est Rémie qui parle, qui nous fait part de ses questionnements. Tant et si bien que sa frange et ses yeux noirs ainsi que le grain de sa voix font désormais partie des repères de la « Révolution d’octobre » libanaise.

Photos DR

PAR MARIE ABOU KHALED


L’OFFICIEL AUDIOVISUEL

Ce sont nos questionnements à tou(te)s. De sa voix à la fois douce et neutre, mais déterminée, Remie Akl déclame : « Mon arabité m’a élevée dans la connaissance que je suis une fille et que cela est honteux. Mais je l’aime beaucoup »; « mon arabité est défaillante. Mais je l’aime beaucoup». Avec la productrice Liliane el Sous, Remie Akl met sur la table ce qui dérange, ce qui attire, ce qui attendrit. Mais surtout, toutes deux revendiquent leur arabité dans ce que celle-ci impose de respect et ce qu’elle exige de dignité. Depuis le début de la révolution libanaise, elles travaillent sans relâche, inondant les réseaux sociaux de ces vidéos encourageantes et informatives. Rencontre avec deux femmes qui prennent la révolution à bras le corps. Quels ont été vos parcours respectifs ? Remie : J’ai commencé par obtenir une licence en journalisme à l’Université Libanaise, puis une autre en cinéma à l’Université Kafaat. Séduite par le cinéma documentaire, j’ai quitté le Liban pour suivre un master dans cette discipline à l’Université Lumière Lyon.

Liliane : J’ai enchainé une licence en gestion hôtelière à l’École Hôtelière et une licence en théâtre à l’Université Libanaise. Quels ont été les moments décisifs de vos parcours respectifs ? Remie : Quand je suis rentrée au Liban. Lilane : Quand j’ai quitté mon emploi pour me consacrer à mon travail en freelance. Remie et Lilane : Nous avons été toutes les deux profondément marquées par nos projets de diplôme en master. Ces travaux sont en quelque sorte eux aussi des moments décisifs. Comment vous êtes-vous rencontrées et comment avez-vous commencé à travailler ensemble ? Remie : Nous nous sommes rencontrées une première fois sur le tournage d'une publicité télévisée. Deux mois plus tard, nous nous sommes retrouvées dans la maison de production où travaillait Liliane, et nous avons entrepris en tandem un premier projet. Notre lien 181

est fort, notre amitié grandit de jour en jour, car nous réalisons tous nos projets ensemble. Nous nous comprenons très bien et avons une confiance aveugle l’une en l’autre. Comment fonctionne votre duo dans le cadre d’une démarche artistique commune ? Nous nous soutenons mutuellement au maximum, nous nous écoutons. Nous nous intimons la conviction absolue que le résultat final sera supérieur à nos espérances. Nous ne nous autorisons aucune concession sur la qualité. Où trouvez-vous l'inspiration ? Remie : Je trouve l’inspiration dans les causes humaines, les droits de l’homme, les relations humaines… L’inspiration, pour moi, n’est pas dans un tableau, une chanson ou une image qui m’impressionne. Elle est plutôt dans le vécu de personnes véritables : une histoire, une expérience pénible, émouvante ou rocambolesque, une prise de risque... Ce sont ces récits qui suscitent ma créativité en m’incitent à me lancer sur un projet. Souvent,


L’OFFICIEL AUDIOVISUEL

Liliane: ll y a six mois, j'ai senti le besoin de me reconstruire et de sortir de ma zone de confort qui était alors en train de me tuer lentement. Je voulais raviver ma capacité de vivre une nouvelle expérience, m'exprimer, suivre ma passion et être inspirée. J'ai quitté mon emploi et j'ai commencé à travailler seule, j'ai changé de routine. J'ai fait ce saut dans le vide. J'ai commencé à penser « pourquoi pas ? » plutôt que « c’est impossible ». Je pense que si on en a la volonté, on peut toujours changer sa vie. Je m’entoure à présent en permanence de ce qui me stimule. J'ai commencé à passer du temps seule, à lire, faire des recherches, prendre soin de moi et faire de l'exercice. J'adore la mer. Il me suffit de la sentir proche pour me sentir motivée. Enfin, Remie est la seule personne qui me soutienne, qui croie en moi et qui me pousse toujours vers l’inspiration, m’entraînant avec elle dans sa quête. Ensemble nous restons motivées et grandissons dans ce que nous aimons. Quelles réactions espérez-vous susciter par votre travail ? Remie et Liliane : Avant les réactions, nous cherchons d’abord les émotions. Il n’y a pas une seule façon de s’émouvoir devant une œuvre, tous les sentiments sont les bienvenus. Ensuite, on peut observer les actions surprenantes qui en découlent. On cherche toujours à inspirer, mais aussi à éduquer et éveiller le spectateur sur un point : « Tu peux toimême opérer le changement ; tu es le changement, le vecteur de l’action ». Nous avons besoin d’une société qui agit et ne se contente pas de réagir.

Quelle a été pour vous la plus grande révélation amenée par la révolution libanaise ? Remie et Lilane : Une révolution peut ne pas être rouge du sang des martyrs, mais plutôt rouge d’amour et de passion pour un pays et une cause. Pour nous la plus grande révélation a été celle de l’immense talent des Libanais dans tous les domaines. Les Libanais ont pu prouver au monde qu’une souffrance collective peu se transformer en une œuvre artistique collective. 
 Avez-vous le rêve de collaborer avec quelqu'un en particulier ? Si oui, qui? Remie et Lilane : Pour le moment nous rêvons simplement que nos histoires et nos films atteignent le plus grand nombre au Liban, et touchent des personnes d’horizons et de convictions différentes. Nous voulons continuer à travailler ensemble, sur des projets plus ambitieux en durée et en budget. Peut-être des docu-fictions pour Netflix ? Quels sont vos projets ? Remie et Lilane : En ce moment nous travaillons sur un documentaire de 52 minutes sur la relation de la femme avec sa chevelure.



 Quel rôle a joué la femme libanaise selon vous dans la révolution libanaise ? Remie et Lilane : Sans trop de discours philosophiques, la femme libanaise est la maman de la révolution, la sœur, la fille, et l’amante. Avec son exubérance, c’est elle la protectrice et la locomotive de ce soulèvement. @remieakl @lilianeelsous 182

Photos DR

ces expériences sont inspirées de personnes inconnues et de certaines provocations. 



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L’OFFICIEL MUSIQUE

PA R M A R I A L ATI 184

Photo Zaid Khaled

L’AUTRE ROUTE DE L’AÉROPORT


L’OFFICIEL MUSIQUE

Bribes de la vie dans une capitale voisine, racontées sur scène pendant le concert du groupe Akher Zapheer. Venus de Amman, les musiciens se produisaient pour la première fois sur la scène libanaise dans le cadre d’un concert organisé à Ked par Beirut Jam Sessions.

À Amman, un peu comme à Beyrouth, les jeunes veulent s’échapper. Pour sortir, ils partent vers la route de l’aéroport prendre un verre ou fumer et surtout déconnecter, mais cette artère se transforme très vite. Un peu comme à Beyrouth aussi, elle est envahie par les constructions et fait désormais partie de la ville. Basem Sayej explique que ces six dernières années, Amman s’est étalée à une vitesse vertigineuse pour engloutir ses environs. Il raconte qu’il y a dix ans, sur cette fameuse route de l’aéroport, il n’y avait qu’un McDonald. Les paroles des chansons du premier album d’Akher Zapheer que Basem a commencé à écrire en 2007 sont néanmoins toujours d’actualité et aujourd’hui encore les jeunes d’Amman ne rêvent que d’une chose, comme à Beyrouth : partir. Basem écrit depuis qu’il est enfant. Ses chansons racontent l’histoire de la jeunesse d’Amman, entre les escapades pour fuir la ville, les amours, tromperies et déceptions. Kif Akoun Sadeeq parle de la difficulté de former de vraies amitiés, car chacun porte un masque et ne montre de soi que ce qu’il choisit de montrer. Dans Tahet el Baher el Mayyet il mêle fiction politique et inspiration biblique pour dénoncer le sort de notre région où les peuples ne sont pas maîtres de leur destin. Un premier album, ‘Converse Culture’, sort en 2012 et la chanson Akherto Lahen Hazeen propulse le groupe sur le devant de la scène. Mais l’élan est interrompu car les membres partent chacun de leur côté. Basem, également ingénieur informatique pour une compagnie qui crée des logiciels antivirus, part vivre quelques années en Australie. L’expérience de l’exil En exil à Sydney, il continue de peaufiner un deuxième album. Entre sa jeunesse à Amman et les transformations de l’exil, les paroles évoluent en même temps que le jeune homme qui a aujourd’hui trente-cinq ans. Là-bas il découvre la vie en solitaire, la fragilité des liens qui parfois s’effritent avec la distance et les nouveaux liens qui se créent. La perte de proches et la constatation que finalement on n’a souvent que soi-même vers qui se tourner. De retour en Jordanie, une terre rouge, dit-il, pour décrire les paysages de son pays qui contrastent avec le Liban et ses montagnes vertes, Basem part à la recherche de musiciens pour préparer le troisième album d’Akher Zapheer, plus sombre que les précédents. Il rencontre Rami Alqasem, le bassiste, également animateur pour une station radio, Masis Mardirossian qui joue de la batterie et Amr Abukhlif, guitariste. Ensemble ils redémarrent et se produisent sur les scènes de Amman, d’Alexandrie et du Caire. Ils ont aussi désormais leurs fans à Beyrouth. Sur la scène de Ked, dans une ambiance cool et décontractée, impossible de se retenir de danser aux rythmes rock années quatre-vingt-dix de leur musique, teintée d’accents grunge, ou plus sombres de métal, parfois subtilement jouée sur une gamme de notes orientales qui rappelle que ces musiciens racontent finalement notre histoire aussi. Et l’on se prend à chanter, dans cet arabe un peu étrange, pour répéter les paroles de Basem, chanteur et guitariste, qui parle de sa jeunesse à Amman et puis de sa nouvelle vision des choses que les années passées loin de son pays lui ont imposées. Le groupe s’apprête à lancer ses deux albums, histoire de rappeler qu’ils n’en sont pas à leur Akher Zapheer (ou dernier souffle). @akher.zapheer 185


L’OFFICIEL EXPO

Le curieux cabinet du Dr Anderson Il était inévitable que le monde de Wes Anderson, cinéaste esthète, entre un jour en collision avec l’univers feutré et passionnant des musées. C’est désormais chose faite avec une exposition dont il est le commissaire, à Milan cet hiver.

Organisée à l’origine par le Kunsthistorisches Museum de Vienne, qui a confié avec à-propos ses immenses collections aux bons soins du réalisateur et de sa compagne, Juman Malouf, écrivaine, illustratrice et costumière, tous deux commissaires exceptionnels, cette exposition se retrouve cet automne à la Fondation Prada à Milan. Son titre même est aussi énigmatique que ceux des films du cinéaste : “La momie de musaraigne dans son sarcophage et autres trésors”. Il a fallu plus de deux ans à ce couple de perfectionnistes assumés pour trier dans les quatorze collections – parmi lesquelles les antiquités romaines, grecques et égyptiennes, le cabinet des monnaies, la collection des instruments de musique historiques, l’armurerie impériale ou encore le musée du Théâtre et les animaux empaillés du musée d’Histoire naturelle – ainsi que dans les immenses remises ; soit à peu près quatre millions d’objets. Le résultat : un choix étonnant de quatre cents pièces (dont la majeure partie n’a jamais été exposée) recouvrant une période de plus de cinq mille ans ; la plus ancienne étant un collier de perles en céramique égyptien et la plus moderne un singe sculpté en bois d’Indonésie. Mais, bien sûr, comme pour ses films, où il construit son récit grâce à la chimie entre un décor, un acteur et une musique, c’est ici l’ensemble de l’exposition qui compte, ces centaines d’objets narrant chacun une petite histoire faisant partie d’un grand tout. On y trouve une salle réservée aux portraits d’enfants, une autre consacrée à la couleur émeraude, ou à un bestiaire fabuleux. Des portraits en médaillons de poche du xviiie siècle s’alignent avec un soin

maniaque près de pièces de monnaie. La mise en abyme se poursuit avec des dessins délicats de Juman Malouf représentant certaines œuvres, comme des doubles fantômes. Évidemment, tout cela n’entre guère dans ce qu’on a l’habitude de voir dans un grand musée, c’est anticonventionnel, anecdotique, chaotique, absurde peut-être, même un peu punk aux yeux d’un critique d’art. Mais cette exposition correspond néanmoins à la vision de deux artistes singuliers. L’art s’est toujours invité dans les films de Wes Anderson, que ce soit dans sa photographie même (on ne compte plus les sites Internet qui décomposent les couleurs de ses plans par gammes Pantone) ou dans son décor. Par exemple, personne n’a oublié les deux tableaux gigantesques de l’artiste mexicain Miguel Calderón représentant des motards dans la campagne avec des masques africains dans un fameux champ-contrechamp de La Famille Tenenbaum (2001). Depuis 2010, la galerie Spoke Art à San Francisco a même créé une exposition annuelle, “Bad Dads”, où toutes les œuvres sont inspirées de ses films. Dans cet univers très fétichiste et sentimental, les objets sont toujours dotés d’une âme, et deux de ses films – Fantastic Mr. Fox (2009) et L’Île aux chiens (2018) –, qui ont été tournés selon la technique très astreignante de la stop-motion animation, le prouvent bien en insufflant la vie à des objets inanimés. Exposition “Spitzmaus Mummy in a Coffin and Other Treasures. Wes Anderson and Juman Malouf ”, à la Fondation Prada, à Milan, jusqu’au 13 janvier 2020.

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Photo Christian Mendez

PA R D E LP H I N E VA LLO I R E


Wes Anderson et sa femme Juman Malouf au Kunsthistorisches Museum de Vienne à l’occasion de leur exposition “Spitzmaus Mummy in a Coffin and Other Treasures. Wes Anderson and Juman Malouf”


Pièce d’armure de joute, Allemagne, xvie siècle.

Évidemment, tout cela n’entre guère dans ce qu’on a l’habitude de voir dans un grand musée, c’est anticonventionnel, anecdotique, chaotique, absurde peut-être, même un peu punk aux yeux d’un critique d’art. Mais cette exposition correspond néanmoins à la vision de deux artistes singuliers.

“Un philosophe de l’Antiquité”, de Giovanni Gerolamo Savoldo, 1520/30.

“Chat”, inconnu, xviiie siècle.

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Photos KHM-Museumsverband ; Jeremias Morandell

Vue de l’installation.


L’OFFICIEL EXPO

10000 ANS DE LUXE ET UNE PERLE Depuis le 27 octobre, une exposition sur le thème « 10000 ans de luxe » déploie sous le dôme géant du Louvre Abu Dhabi un échantillonnage de tout ce que l’humanité, d’Occident en Orient, a pu créer comme objets de désir depuis l’Antiquité. La sublime architecture de Jean Nouvel offre un écrin idéal aux œuvres présentées en collaboration avec le musée des Arts décoratifs de Paris.

Photos © Department of Culture and Tourism – Abu Dhabi. Photo Ismail NoorSeeing Things

PAR F.A.D

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Héritier d’une longue tradition de pêche aux perles, l’émirat d’Abu Dhabi est l’adresse naturelle du rare et du beau. Aussi l’exposition « 10000 ans de luxe » y trouve-t-elle son environnement idéal. Qu’est-ce que le luxe ? Sous son immense dôme puitsde-lumière, le Louvre Abu Dhabi, architecture contemporaine inspirée de l’art islamique, propose une réponse en 350 œuvres majeures à cette question à la fois relative et subjective. En cette année placée par l’émirat sous le vocable de la « Tolérance », au sein de ce musée qui se veut un lieu de dialogue des cultures, entre couture, joaillerie, art visuel, mobilier et design, avec des chefs-d’œuvre venus des collections d’institutions et de grandes marques internationales, le Louvre Abu Dhabi prouve que le luxe est aussi le désir le mieux partagé de l’humanité. La perle première et le collier de la diva Sous la direction d’Olivier Gabet, directeur du musée des Arts décoratifs de Paris, l’exposition s’ouvre sur une pièce iconique de l’histoire de l’émirat : la perle d’Abu Dhabi, la plus ancienne perle au monde, datant

d’environ 5800-5600 avant notre ère, premier témoignage connu de la pêche aux perles, découverte sur l’île de Marawah à Abu Dhabi en 2017 et prêtée par le Zayed National Museum. Autre pièce emblématique et chargée d’émotion : un collier ancien de perles naturelles ayant appartenu à la diva Oum Koulthoum, également issu de la collection du Zayed National Museum. « Jamais dans l’histoire de l’humanité le mot « luxe » n’a été aussi fréquemment utilisé que dans ces premières décennies du 21e siècle. Ce concept évolue au sein d’un melting pot d’influences complexes, souvent subtiles et parfois contradictoires. L’identité même du Louvre Abu Dhabi, musée universel, façonné par le dialogue entre les civilisations, est une invitation à embrasser les mille et une facettes du luxe depuis les époques les plus reculées jusqu’à ses manifestations les plus actuelles. Le projet a été conçu en lien avec cette approche singulière du musée, offrant aux visiteurs une vision panoramique sur un phénomène plurimillénaire », a souligné Olivier Gabet à l’ouverture de l’exposition. 191

Sur la route des caravaniers Idéalement situé sur la voie des chalands maritimes et le chemin des caravanes, Abu Dhabi s’est développé grâce au commerce et à la circulation des marchandises. C’est aussi à cette activité que l’émirat doit sa culture de tolérance et son intérêt pour les échanges culturels qui vont souvent de pair avec l’échange des biens. Une grande variété d’objets de luxe de l’Antiquité romaine est exposée dans le cadre de cet événement, dont des meubles et objets décoratifs précieux et des bijoux personnels parmi lesquels un minutieux camée de Tibère et Caligula produit à Rome entre 31 et 37 de notre ère. Un « collier aux poissons » datant du 2e millénaire avant J.-C résume à lui seul la définition du luxe : rareté, valeur des matériaux ou perfection du savoir-faire, ou les trois à la fois. L’importance de la route de la soie comme véhicule d’échanges entre les civilisations est soulignée par un fragment de velours italien du 15e siècle en soie exotique et fil métallique, présentant des motifs floraux empruntés au style ottoman.


Démocratisation et nouveauté Avec l’avènement de l’ère industrielle, la notion de luxe change et la qualité de nouveauté s’ajoute à la rareté. Dès le 19e s., avec l’ouverture en Europe des premiers grands-magasins, notamment à Paris, le luxe se démocratise grâce aux multiples que peut créer l’industrie et quitte la sphère aristocratique pour se mettre à la portée d’une bourgeoisie enrichie. Les grands magasins deviennent à la mode et proposent des articles tels que bijoux, haute couture, services de table, bagagerie, mobilier, à un public plus diversifié que jamais. Des pièces éblouissantes des porcelainiers Meissen et Sèvres et de la dentelle de Chantilly présentées dans le cadre de cette exposition, notamment une extravagante horloge avec couple de bergers, réalisée vers 1740 par la fabrique Meissen, montrent que désormais s’ajoutent aux pièces d’exception des objets en série de tout aussi belle facture. La mode aussi Le luxe suit aussi l’émancipation de la femme, comme le montre la fameuse « petite robe noire » de Chanel créée en 1920. L’exposition fait naturellement la part belle à la mode avec des prêts exceptionnels de prestigieuses maisons comme

Christian Dior, Givenchy, Chloé, Azzedine Alaïa, Maison Schiaparelli, Lanvin et d’autres. Est aussi présentée, prêtée par le musée des Arts Décoratifs, une robe en brocart de soie datant de l’ancien Empire ottoman qui mêle des influences turques et parisiennes. Parmi les pièces contemporaines, citons une robe du soir en organza de Karl Lagerfeld pour Chanel, des accessoires d’équitation recouverts de plumes de coq par Hermès et une robe brodée de sequins de la collection printemps/été 2019 d’Élie Saab. Un parfum dans un nuage Pour accompagner Dix mille ans de luxe, le Louvre Abu Dhabi présente, jusqu'au 1er février 2020, une installation olfactive intitulée OSNI - Le Nuage Parfumé (OSNI = Objet Sentant Non Identifié), créée par le parfumeur de la Maison Cartier, Mathilde Laurent, et Transsolar KlimaEngineering. La commissaire de cet événement est Juliette Singer, conservatrice en chef pour l’art moderne et contemporain au Louvre Abu Dhabi. Les visiteurs de l’installation seront invités à gravir un escalier en colimaçon pour s’immerger dans un nuage parfumé.

louvreabudhabi.ae 192

Photo © Department of Culture and Tourism – Abu Dhabi. Photo Ismail NoorSeeing Things

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COCO FOREVER Après Londres, Séoul, Hong Kong et Shanghai, l’exposition “Mademoiselle Privé” s’est installée au B&C Hall-Tennoz, Tokyo. Articulé autour de la haute couture, de la haute joaillerie et du parfum No5, ce voyage dans le temps est une immersion dans la sphère la plus intime du 31, rue Cambon, la célèbre adresse de Coco Chanel.

Là où tout a commencé L’exposition est une invitation à s’immerger dans l’intimité de l’appartement de Gabrielle Chanel. Ce “bivouac de luxe” est décoré de paravents laqués de Coromandel, de lustres en cristal de roche et de miroirs vénitiens. Il est le lieu où la créatrice a travaillé, reçu ses amis, lu de longues heures, rêvé, mais jamais dormi – regagnant chaque fin de soirée sa chambre du Ritz. Il révèle son caractère sans compromis. Que ce soient les couleurs, l’atmosphère raffinée ou la collection d’objets rares, chacun de ces éléments compose la genèse du vocabulaire esthétique de Chanel. Les codes du luxe L’exposition est articulée autour de l’appartement de Mademoiselle et du nuancier chromatique de Chanel : le blanc miroir, le beige, le noir, le rouge et le doré. Chaque pièce ou élément est associé à des silhouettes de haute couture signées Karl Lagerfeld et Virginie Viard, au savoir-faire des métiers d’art, à la haute joaillerie avec

ses rééditions et à l’histoire du No5. Le blanc miroir fait référence au célèbre escalier du 31, rue Cambon. Celui où la créatrice aimait s’asseoir pour regarder ses défilés sans être vue. Un blanc miroir à la fondation de son vocabulaire esthétique, associé au noir ou à l’argent. On le retrouve sur l’étui de voyage chromé du No5. Ce blanc incandescent est aussi celui du diamant magnifié par Mademoiselle Chanel en 1932. Le beige est la couleur de son mythique sofa, avec ses coussins assortis et son matelassage diamant rappelant celui du fameux sac “2.55” qu’elle créa en 1955. Elle aime le rendre sophistiqué et l’impose dans la haute couture, la haute joaillerie et, plus récemment, il est le colorama d’une gamme de parfums et de produits de beauté Chanel. Le noir, clin d’œil à sa salle à manger est sans doute la couleur qui incarne le mieux les choix visionnaires de Mademoiselle. Il a été interprété magistralement par Karl Lagerfeld, puis par Virginie Viard. Il demeure un axe créatif majeur et exprime toute la radicalité du style de la maison, passant 194

du minimalisme au spectaculaire sans jamais rien perdre de son élégance. Le rouge est l’une des nuances de son bureau, synonyme de tous les défis, du tailleur 3D doublé de satin rouge matellassé au flacon de cristal Baccarat en édition limitée. Le doré, qui s’impose près de la cheminée, se retrouve tant sur l'anse et le fermoir du sac “2.55” que sur les broderies et les parures les plus étonnantes. Une fois passé la porte de “Mademoiselle Privé”, ici brodée par les ateliers Lesage et qui a demandé plus de 1 200 heures de travail, ce sont tous les codes de la célèbre maison de la rue Cambon qui s’offrent à vous. À l’occasion de l’ouverture de l’exposition à Tokyo, Rina Sawayama, Soo Joo Park, Pharrell Williams et DJ Mike Larson se sont partagé la soirée entre DJ sets et concert privé. La performance a été suivie d’une afterparty qui a fait danser les plus belles filles de la soirée, de Sofia Coppola à Iris Law en passant par l’actrice japonaise et ambassadrice Chanel, Nana Komatsu.

Photo Olivier Saillant

PAR LAURE AMBROISE


Exposition “Mademoiselle Privé”, séquence “Or”


L’OFFICIEL EXPO

PARCE QUE L’ART NOUS RACONTE De Paris où le musée des Arts décoratifs nous met « dans les pompes » de nos prédécesseurs, à Beyrouth où, en pleine révolution milléniale, le musée Sursock réveille les désirs des swinging 60’s, à Vell am Rhein où le design donne forme au rêve, l’art est encore le meilleur moyen d’expliquer l’histoire par le plus beau des détours.

La démarche de l’histoire En baskets, sandales, souliers, espadrilles, ou encore en babouches, charentaises et/ ou même en ballerines, le Musée des Arts Décoratifs de Paris donne une expo à votre pointure! Après « La Mécanique des dessous » et « Tenue correcte exigée! », le MAD poursuit l’exploration du rapport entre le corps et la mode avec un troisième volet tout aussi inédit que surprenant! « Marche et démarche. Une histoire de la chaussure » s’interroge sur le statut de cet accessoire indispensable en visitant les différentes façons de marcher. Déchaussant la grande histoire à travers cet accessoire anodin, l’exposition dévoile près de 500 œuvres en proposant une lecture insolite d’une pièce vestimentaire tantôt banale tantôt extraordinaire. D’un soulier porté par Marie-Antoinette en 1792, aux chaussures de Chaplin en passant par les bottes de Sept-lieues ou encore par les talons démesurés - et fétiches - des dames du Crazy Horse, c’est à pied d’œuvre que l’art enfile nos Histoires. Jusqu’au 23 Février 2020. www.madparis.fr

Beyrouth Sixties L’association Ashkal Alwan et le Musée Sursock nous proposent une odyssée au cœur du Beyrouth des années soixante, dans une ville alors enivrée de son propre swing. Dans “At the still point of the turning world, there is the dance”, c’est Helen Khal (1923-2009) qui mène le bal. Artiste, écrivaine, galeriste, Helen Khal a été, durant les années 60, au centre d’une fascinante génération d’artistes libanais. Peintre prolifique, co-fondatrice de la mythique Gallery One, critique d'art pour “The Daily Star” et pour “Monday Morning”, elle a laissé une trace indélébile sur le paysage artistique de Beyrouth. Amour, amitié, sexe et maternité sont autant de thèmes pour aller à la rencontre d’une période capitale de Beyrouth et surtout redécouvrir les œuvres d’artistes tel(le)s Chafic Abboud, Yvette Achkar, Etel Adnan, Huguette Caland, Simone Fattal, Farid Haddad, Saloua Raouda Choucair, Aref Rayess et Dorothy Salhab-Kazemi. Les arts dansent. Jusqu’au 19 janvier 2020. sursock.museum 196

Ce clair désir d’objet Direction Well am Rhein dans le sud de l’Allemagne et son incontournable Vitra Design Museum pour découvrir « Objets du Désir : Surréalisme et Design». Figurant parmi les mouvements d’art les plus influents du XXème siècle, le surréalisme dont la paternité est attribuée à André Breton dans son manifeste de 1924, a su révolutionner l’imaginaire. Dès lors, subconscient, rêves, obsessions, hasard et irrationnel réinventent une nouvelle réalité artistique. Les objets du quotidien ont aussi été contaminés par le rêve, devenant à leur tour les protagonistes de ces nouvelles images. C’est ainsi que de nombreuses pièces ont été créées comme « Bicycle Wheel » de Duchamp ou encore « Lobster Telephone » de Dalí. Du graphisme, à la mode, en passant par la photographie ; cadavres et autres designs exquis exhibent les œuvres surréelles de Gae Aulenti, Achille Castiglioni, Giorgio de Chirico, Le Corbusier, Max Ernst, Ray Eames, René Magritte, Isamu Noguchi, Iris van Herpen et bien d’autres. Vertiges esthétiques. Jusqu’au 19 Janvier 2020. www.design-museum.de

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L’OFFICIEL LIVRE

QUAND NOTRE MONDE ÉTAIT NOUVEAU Andy Warhol, Jean-Michel Basquiat, Charlotte Perriand, Coco Chanel, comment imaginer notre monde sans la trace de leur passage ? Voici des livres qui rappellent à notre mémoire ces époques dont ils furent les enfants naturels et les héros discrets.

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PA R N A S R I S AYE G H

JM & Andy New York, 1983. Dans la faune de l’avantgarde de Manhattan, une amitié se noue. Electrique et électrisante, la relation complexe qu’ont entretenue Andy Warhol – grand prince du NY cool - et JeanMichel Basquiat – jeune talent émergé de la scène graffiti - a toujours fasciné le monde de l’art. Aujourd’hui considérés comme des légendes de l’underground, les deux hommes et leur relation n’en finissent pas de fasciner les esthètes. Les éditions Taschen leur consacrent un livre documentaire intime. "Warhol sur Basquiat" rassemble une collection d’images de Basquiat photographié par Warhol. S’y glissent des clichés des deux personnages, travaillant ou passant simplement du temps ensemble, parfois entourés d’autres artistes de l’époque, tels que Keith Haring, Grace Jones ou, alors encore jeune débutante, Madonna. Très commentée, leur relation fait scandale, puisque d’aucuns accusent Warhol de se servir du jeune prodige, et de l’accaparer. Ce beau livre rend hommage à cette amitié si particulière en présentant des centaines d’images inédites des deux hommes. L’émotion Pop !

Le Monde selon Charlotte Il y a vingt ans s'éteignait Charlotte Perriand (1903-1999). Tandis que la fondation Louis-Vuitton lui consacre une grande exposition, « Le monde nouveau de Charlotte Perriand » - jusqu’au 24 février -, Gallimard en édite le catalogue officiel. Longtemps oblitérée par l’histoire, l’œuvre de Charlotte Perriand recluse dans l’ombre d’un Corbusier ou d’un Prouvé est enfin reconnue. Du design à l’architecture en passant par la photographie, il est impossible de restreindre le travail de la créatrice à un seul domaine d'expression. Trop souvent limitée à quelques sièges et autres tables emblématiques, sa recherche se situe au fondement même du design moderne. Designer d'avant-garde, elle repense l'espace à partir de l'expérience humaine, s'inspirant des modes de vie et des cultures – en particulier japonaise – pour enrichir ses créations et concevoir l'architecture dans le respect de la nature. Dans cet ouvrage, Laure Adler nous livre le portrait d'une femme libre, engagée et visionnaire. Merci Charlotte! 197

Impossible Coco! Tout semble avoir été dit, écrit, filmé, dessiné, murmuré, défilé sur l’iconique Gabrielle Chanel, et pourtant, les éditions Assouline reviennent avec un ouvrage d’exception pour rendre hommage à la créatrice des créatrices. Dans “Chanel: The Impossible Collection », le critique de mode Alexander Fury nous parle de Gabrielle Chanel à travers un ouvrage conçu comme un véritable musée littéraire. Au fil des cintres, le vestiaire, dans sa sélection rigoureuse de cent looks légendaires, rassemble les meilleures images des photographes de mode, des musées spécialisées et des collections privées les plus célèbres du monde. Quelques rares photos d’archives minutieusement sélectionnées reviennent sur les mémoires de la Maison. Pour Coco, « la mode n’est pas seulement quelque chose qui existe dans les vêtements. La mode est dans le ciel, dans la rue, la mode a à voir avec les idées, notre façon de vivre, les choses qui arrivent ». Un ouvrage-monument fabriqué artisanalement et indispensable pour les passionné(e)s de mode.


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L’OFFICIEL PATRIMOINE

PICCADILLY, SALLE DE SPECTACLES ET MYTHE URBAIN Rue Hamra, derrière la façade de marbre et de verre d’un immeuble moderniste qui a connu des jours meilleurs, un grand lobby circulaire conduit à une salle de cinéma-théâtre calquée sur le célèbre Piccadilly de Londres et portant la même enseigne. Ouvert en 1966, le Piccadilly connaîtra moins de dix années fastes avant d’accompagner les malheurs de Beyrouth. PAR F.A.D

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ans les années 60, alors que la capitale libanaise connaît un pic de développement inédit, les souks se font trop étroits pour les commerces et entreprises en pleine expansion. Une nouvelle artère s’ouvre à un jet de pierre du centre névralgique : la rue Hamra qui sera bientôt comparée aux Champs Élysées. Bouillonnante de jour comme de nuit, cette rue percée à travers un champs de terre rouge et de cactus va devenir le pôle d’attraction touristique du Liban et magnétiser un monde arabe délivré de l’impérialisme mais livré à ses propres démons traduits en dictatures. À Hamra se font et se défont les idéologies. Les cafés-trottoirs sont théâtres de débats continus, animés par des intellectuels, des transfuges et des réfugiés, et hantés en cette période de guerre froide par des espions du monde entier. Mais le brillant paysage urbain recouvre de ses néons et paillettes les tragédies qui couvent. La mode ici précède la mode, réceptive aux tendances les plus avant-gardistes. A l’initiative de deux hommes d’affaires, dans un immeuble récent, lisse et brillant comme les aime l’époque, un théâtre s’ajoute aux salles de jeu, lieux de loisir et nombreux cinémas de la rue : le Piccadilly. Nous sommes en 1966 et la salle d’à peu près 700 places accueille pour sa soirée inaugurale un orchestre viennois. Le ban et l’arrière-ban 199

de la république, en frac et robes longues, conduit par le Premier ministre Saëb Salam, enveloppe le lieu d’une aura de raffinement et d’élégance qui en seront, avant la guerre, la marque absolue. Comparé à un temple de la musique, du cinéma et des arts de la scène, le Piccadilly, sans imposer de règles, n’accueillera plus de spectateurs qu’habillés de manière à faire honneur aux célébrations qui s’y tiennent. Les frères Rahbani, producteurs des premières comédies musicales libanaises, décèlent les premiers le potentiel de cette salle qui attire les élites. En 1968 y est jouée la comédie « Al Chakhs » (la statue) avec pour vedette la diva Fayrouz au summum de sa gloire. Dès lors, le Piccadilly devient « le bébé » de Fayrouz qui y tiendra en quasi-permanence le haut de l’affiche. S’y succèderont, en plus de Fayrouz, les plus grandes vedettes de l’époque, notamment Dalida qui y reviendra à plusieurs reprises, Youssef Chahine, et un bataillon d’acteurs et de chanteurs égyptiens. L’un des premiers films qui y est projeté est Doctor Zhivago de David Lean avec Omar Sharif, Julie Christie et Alec Guinness. Aux entractes, les rideaux tombent et un piano apparaît sur l’avant de la scène, hissé par un monte-charge à travers une trappe. L’intermède musical permet au talent de jeunes et moins jeunes pianistes de s’exprimer.


L’OFFICIEL PATRIMOINE

aidant, la scène prend feu, rideaux compris. Si le feu est maîtrisé, c’est surtout la cendre qui recouvre et détruit ce qui a pu être préservé de ce haut lieu des arts du spectacle. "19-82000". Un pompier aura tenu à immortaliser dans le stuc le moment de cette seconde mort. Lors de l’inauguration de la Xe édition de Beirut Art Fair en octobre 2019, les visiteurs n’ont pas manqué d’être pris à la gorge par une toile posée à l’entrée de l’exposition. Affichée à l’avant du stand de la galerie Saleh Barakat, « Piccadilly », de l’artiste Ayman Baalbaki, offre une vision incroyablement puissante de ce lieu de tous les paradoxes. Entre carnage et féerie, un combat de brosses rouges et noires inondé d’une lumière dorée raconte, dans l’étroit huis-clos de l’espace de la salle, ce qui a été et ce qui tente encore d’être. Sans cesse les jeux sont faits et défaits et le dé roule une fois de plus entre le meilleur et le pire. Et une fois de plus, des volontés convergent pour ressusciter cette salle qui continue, précieuse telle qu’en ses débuts, à vouloir le meilleur sinon rien. 200

Photo DR

Le fantôme, le peintre, le pompier et la Belle au bois dormant Bien que la guerre éclate en 1975, le théâtre vivote jusqu’au milieu des 1980, entre fermetures et réouvertures provisoires, au gré des propositions et des accalmies. Lors du bombardement israélien de 1982, une légende urbaine affirme que le président de l’OLP Yasser Arafat s’est momentanément réfugié dans le parking de l’immeuble qui abrite le théâtre. Un jour arrive pourtant où la salle met définitivement la clé sous la porte. Les murs vert céladon, les ors et la pourpre des rideaux et des fauteuils de velours s’endorment alors du sommeil de la Belle au bois dormant, surannés mais intacts, attendant le réveil en grâce que la salle mérite. Ce jour arrive le 19 aout 2000, une date griffonnée à la main sur un des murs de la salle. Et pour cause : le metteur en scène Roger Assaf ayant obtenu l’autorisation d’y donner une pièce de théâtre, des équipes se mettent en branle pour monter le décor et rafraîchir les lieux. Une cigarette ? Un court-circuit ? Le « Fantôme du Piccadilly » ? Pots de solvants et de peinture


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L’OFFICIEL RESTO

LE LABORATOIRE DE LA BIÈRE Derrière les murs d’une bâtisse aux allures de cave, Chris Fadel, l’un des deux maîtres brasseurs d’Elmir vient de terminer l’embouteillage d’un lot de bière.

Photos Mario Daou

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L’OFFICIEL RESTO

On embarque avec lui pour un tour de la brasserie. Première étape, le stock d’ingrédients : Il en existe quatre pour fabriquer la bière. Les graines, en général de l’orge mais aussi du blé, du seigle ou autre. La température et le temps de cuisson auront un impact sur la couleur, et leur sucre servira à la fermentation. Puis les houblons, qui, explique Chris, sont les bourgeons d’une fleur qui pousse dans des vignes plantées dans l’hémisphère nord où les températures sont basses. Le houblon apporte arôme et amertume. Enfin, la levure qui transforme le sucre en alcool et dioxyde de carbone (CO2), et bien sur l’eau. Chimiste de formation, Chris, l’un des deux brasseurs avec son acolyte Marc Bou Zeidan professeur de microbiologie alimentaire spécialisé en fermentations et levures, souligne que le choix de chaque ingrédient viendra influencer le goût et la couleur du breuvage final. Quand son cousin Noël Abi Nader, qui s’amusait à préparer sa propre bière à la maison, propose à Chris de collaborer pour le projet Elmir, ce dernier est emballé et s’inscrit pour suivre le cursus de la World Brewing Academy avant de devenir brasseur. Les trois partenaires choisissent des machines de pointe pour chaque étape de fabrication. Ils commencent par moudre les graines, et rajoutent de l’eau chaude pour l’empâtage, avant de filtrer pour récupérer le moût, le liquide qui remonte à la surface. Puis ils portent à ébullition tout en rajoutant le houblon dans la cuve, où la chaleur en fera ressortir l’amertume, avant de passer à la centrifugeuse pour clarifier le liquide. Une fois la mixture refroidie, la levure est rajoutée pour la fermentation. Dernière étape avant l’embouteillage, la maturation, pendant laquelle le niveau d’oxygène est maintenu bas, ce qui permettra d’allonger la durée de vie de cette bière sans additifs. Soirées privées, bières et plats mijotés Dans un coin de la brasserie, l’espace laboratoire est le terrain 203

de jeu de Chris et Marc, ainsi que de leur équipe d’ingénieurs chimiques et de scientifiques. Ils y testent de nouvelles recettes, et contrôlent la qualité de la bière. Ils s’assurent aussi de la consistance obtenue pour chaque lot qui ira se poser sur le zinc des bars, dans les restaurants, les épiceries et les supermarchés. Les cuves de fermentation ont été conçues au Liban, dans l’usine Tecman adjacente au local de la brasserie. Incursion ensuite dans l’espace bar, dont les boiseries ont également été réalisées sur place. Il accueille des soirées privées au cours desquels bières et plats mijotés sortis de la cuisine vont de pair. Sur le comptoir, cacahuètes et pistaches annoncent l’heure de la dégustation. Un verre de Wheat Ale, une bière blanche à base de blé et d’orge révèle des arômes de clou de girofle et banane, puis la Pilsner, qui requiert une fermentation à basse température et plus lente, impose son caractère, un léger goût de pain et de l’amertume. Place à l’Amber Ale, couleur ambre, une bière douce aux saveurs de caramel et noix obtenues avec du malt bien caramélisé, avant de tenter l’Indian Pale Ale au goût corsé et notes exotiques de fruits tropicaux. L’histoire dit qu’il y a plus de deux cents ans, cette bière, appelée simplement Pale Ale, était envoyée par bateau aux armées coloniales postées en Inde, et contenait plus de houblon pour la préserver plus longtemps ce qui lui donnait un arôme fort et plus d’amertume. Dans les années quatre-vingt, de petits brasseurs américains ont tenté d’en retrouver la recette pour la remettre au goût du jour. Chris verse ensuite sa préférée, la Doppelbock, une bière complexe, aux accents de miel et fruits rouges, autrefois brassée par des moines allemands et dont la levure dense en faisait même un repas. Une autre édition spéciale pour les fêtes de fin d’année, au goût intense de chocolat noir, est brassée avec de la mélasse de caroube. Avides de faire découvrir aux foodies des saveurs inédites, les brasseurs peaufinent de nouvelles recettes dans leur laboratoire, la brewhouse. @elmirbrewery


L’OFFICIEL BIEN MANGER

PAR MARIE ABOU KHALED

Mindful Kitchen, l’énergie, la saveur et l’image

Photos DR

J’ai découvert Elizabeth Najem à Souk el Tayeb. Elle m’a révélé les energy balls les plus gourmands et les plus parfumés que j’aie jamais goûtés. À base de plantes et de fruits, relevées de saveurs orientales, ces friandises ont été l'une de mes découvertes culinaires de l’année.


Passant, un jour d’été à Beyrouth, au marché Souk el Tayyeb consacré aux producteurs et traiteurs libanais, je m’arrête devant un stand qui vend des « boules d’énergie », friandises à base d’aliments énergétiques entièrement naturels, sans sucre ajouté. Devant son petit étal, Elizabeth Najem, qui les confectionne encore en amateur, détaille les ingrédients de chaque friandise : dattes, miel, fruits secs… des combinaisons subtiles, complexes et divinement parfumées, qui fondent en bouche et réconfortent. « Toute petite, je rêvais déjà d’avoir un café ou un spa, un lieu où je pourrais offrir aux gens quelque chose qui leur permettrait de se ressourcer, de se détendre et de se sentir bien », me confie la jeune femme qui a néanmoins décidé, au moment d’entrer à l’université, de suivre des études d'architecture d’intérieur. Si la première année se passe paisiblement, son intérêt pour le domaine commence graduellement à battre de l’aile. Elle obtient malgré tout son diplôme et choisit de faire une longue pause qu’elle consacre à chercher sa véritable vocation. Elle qui se dit « incapable de 205

travailler sur quelque chose qui ne (lui) tient pas à cœur » se pose mille questions : « Qu’est-ce qui pourrait me plonger dans un état de concentration tel que je ne sentirais plus le temps passer ? Quelle est l’activité qui pourrait me conduire à m’effacer complètement au profit de mon travail ? Mais aussi, qu’est-ce que mon cœur d’enfant a encore l’espoir d’accomplir ? ». Une période sabbatique Petite, elle avait pour ambition de faire un métier qui permettrait aux gens de se ressourcer et de s’occuper d’euxmêmes de manière saine. Parallèlement, elle a toujours eu une passion pour la photo, art qu’elle a appris sur le tas, en lisant le manuel d’instruction de sa caméra. Et puis elle toujours aimé, aussi, faire la cuisine pour la famille et les amis. Enfin, comme elle adore la nature et part souvent en randonnée, elle emporte toujours avec elle des energy balls confectionnées la veille, à partager avec ses amis. Pendant cette période sabbatique, elle accepte un travail dans un showroom d’ameublement en tant


L’OFFICIEL BIEN MANGER

Le bon et le beau Voilà la jeune femme engagée dans l’aventure entrepreneuriale. Établie à son compte, elle organise sa vie. Si elle quitte un travail sécurisant, c’est surtout pour laisser libre cours à sa créativité. Pour ne pas se contenter de « faire des boules et les livrer », ou « d’appliquer une recette », elle s’offre le temps de

tester de nouveaux mélanges de saveurs, et surtout de faire de belles photos de ses produits, dans un décor inspiré de l’harmonie des ingrédients, pétales de roses, écorces d’orange ou autres ornements comestibles qu’elle finit par y incorporer. Entre sa vocation pour la nourriture bonne et saine et son talent de photographe, elle s’épanouit et donne le meilleur d’elle-même. Depuis un an, Elizabeth Najem se réveille tous les matins à 5 :30 pour préparer les commandes du jour et se confectionne souvent un porridge avec des pommes, des bananes et du chocolat noir qu’elle savoure avec un café en guise de petit-déjeuner. Mindful Kitchen, son concept, est basé sur deux piliers : de bons ingrédients et du sucre naturel, avec des dattes et de la melasse de caroube ou de raisin. Parmi ses créations vedettes : La Snicker Bar à base de farine sans gluten, caramel de dattes, beurre de cacahuète, chocolat semi-noir sans lactose et sel de l’Himalaya. Cette recette est aussi déclinée en « peanut butter balls. On fondra aussi pour ses truffes au chocolat, toujours à base de dattes mais en plusieurs versions dont une aux noix.

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que vendeuse et consultante. Elle y propose ses energy balls. Il y avait aussi à côté du magasin un café où elle passait toutes ses périodes de pause. C’est ainsi qu’elle décide de commencer sa vie professionnelle par les opportunités qui lui semblent les plus accessibles : cuisine et photo. Un jour, elle parle de son projet aux responsables du café. Ils demandent à goûter. Elle apporte son plateau du showroom et… « ils ont tout de suite adoré ». C’est ainsi qu’elle reçoit sa première commande. Elle place au café une sélection de plusieurs parfums, et elle est aussitôt lancée. « C’était il y a un an, et ça m’a permis de quitter mon travail dans la déco. Depuis, mes gourmandises sont proposées dans plusieurs cafés, et je continue à tenir un stand a Souk el Tayeb tous les samedis, tant qu’il ne pleut pas », raconte Elizabeth.


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BONNE PÂTE Ils se cachent dans un joli coin de Saifi, elle en cuisine, lui en salle au milieu de tableaux d’artistes méditerranéens contemporains. Remo Ciucciomei pose sur les tables des plats appétissants, verse le vin et converse un moment.

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L’OFFICIEL RESTO

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moureux de la région méditerranéenne, de ses multiples reliefs entre montagnes, îles ou grottes et de ses variétés infinies de légumes, le tout rassemblé autour d’un seul bassin, Remo et sa femme Veronica ont choisi de s’installer au Liban il y a une quinzaine d’années. Lui vient de la petite ville de Castelfidardo dans la région d’Ancona, ville où l’on fabrique des accordéons de père en fils. Les artisans de sa famille assemblent jusqu’à mille pièces entre métal, étoffe ou bois pour monter chaque instrument. Veronica quant à elle confectionne des raviolis depuis sa jeunesse, qu’elle a passée derrière les fourneaux au restaurant de ses parents. Au Liban, ils retrouvent un art de vivre à l’italienne des années soixante-dix incarné par des entrepreneurs dynamiques qui choisissent de vivre à la campagne et d’y cultiver de bons produits, des légumes ou des œufs, et d’y fabriquer du vin ou de la confiture. Ce retour aux sources, les Ciucciomei décident de le valoriser quand, il y a plus de vingt ans, ils établissent leur entreprise de conseil et certification en produits organiques. Accréditée auprès de la Commission européenne et devenue un des leaders du secteur, leur société marque de son sigle, CCPB, les produits bio du Liban et des pays de la Méditerranée, gage de provenance et de fabrication. CCPB facilite entre autres les échanges entre les pays du Moyen Orient et le nord du bassin méditerranéen pour redynamiser cette région qui autrefois, rappelle Remo, était le cœur battant du commerce entre les civilisations. En hommage à Homère L’espace Remomero, ouvert en mars, est une ode à l’appréciation des bonnes choses qui résultent d’un

savoir-faire et d’un travail laborieux. Marcher, goûter, écouter : Une vision inspirée par Homère, le narrateur de la Méditerranée, dit Remo, et dont le nom, Omero en italien, compose une partie de Remomero. Dans les assiettes, Veronica twiste les recettes classiques qu’elle maîtrise à la perfection : raviolis préparés à la façon de Friuli, sa région natale, farcis de ricotta fumée venue des Alpes, de poires et d’herbes aromatiques, ou un tendre veau de lait accompagné de champignons et légumes. A chaque voyage, leurs recettes s’enrichissent de nouvelles découvertes. Ils choisissent quelques ingrédients locaux comme le thym ou l’huile d’olive de la campagne libanaise, plus neutre, moins forte en goût que celles des olives italiennes, pour relever un plat de pâte, une burrata fondante baignée dans une simple eau de tomates, ou préparer une glace au zaatar. En marchant vers la vaste étagère où sont posées les bouteilles, Remo parle de vignobles libanais, italiens, mais aussi de ces vignes à cheval entre l’Italie et la Slovénie et dont l’œnologue produit un vin naturel avec zéro sulfites, grâce à un long travail de patience qui dure huit lunes, pour créer ce vin qui vit avec le temps. Et pour le plaisir des yeux, dans cette galerie du goût, des tableaux d’artistes italiens, libanais ou encore grecs qui changent au fil des expositions et des rencontres, entourent les tables. Il y a les sculptures de Paolo Figar, les toiles de Lemeh42 qui revisite avec ludisme des œuvres de peintres classiques de la Renaissance tels Michel-Ange ou Leonard de Vinci pour montrer que même les œuvres de grands maîtres sont le fruit de nombreux essais, d’échecs et de persévérance. Sur un mur, l’artiste syrien Wissam Shaabi illustre les scènes de la vie quotidienne à Remomero : discussions au bar, flânerie autour des œuvres et dégustations qui réveillent tous les sens. remomero.net

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L’OFFICIEL RESTAURANT

La Ménagerie nourrit le corps et l’esprit Tout a commencé par une boulangerie, Bread Republic, jouxtée d’un bar à vin, Bread Republic La Pizzeria and Wine Room. C’est ainsi que le fondateur, Walid Ataya, règne désormais sur ce coin de la Rue Chehadeh, à Achrafieh, où il vient d’ajouter un nouveau concept de restauration sous l’enseigne « La Ménagerie ».

En plus d’une invitation à bien manger, La Ménagerie recrée tout un art de vivre plongé dans une ambiance de marché où l’on peut aussi bien acheter des fleurs que des objets de brocante ou de design, entre ustensiles de cuisine, vaisselle et meubles. L’enseigne doit son nom aux très beaux masques d’animaux que le propriétaire, Walid Ataya, avait commencé par y suspendre. La diversité d’articles qu’il a décidé d’y proposer par la suite allait bien avec cette appellation. Wallid Ataya, dont le parcours est profondément ancré dans l’architecture, avec un diplôme en architecture d’intérieur de la BUC et un autre en architecture de North Carolina, cultive depuis sa plus tendre enfance un faible pour la cuisine. Lui qui aux Etats-Unis concoctait des mets savoureux pour ses amis, déclare cependant avec humour, en demandant pardon à sa maman, qu’il n’a jamais de

sa vie aimé la cuisine traditionnelle et familiale. Chaises d’école pour école buissonnière En 1986, Walid Ataya rentre au Liban et se prépare à prendre la voie de la restauration en apprenant la confection du pain, en particulier le pain au levain. En 2000, il ouvre Bread Republic, une boulangerie qui propose différentes variétés de miches et baguettes. En 2004, il décide d’étendre son concept à un restaurant, Bread, en partenariat avec le designer Johny Farah. En 2006, en pleine guerre de juillet, le restaurant est prêt à ouvrir, mais la situation étant ce qu’elle est, l’entrepreneur ne trouve même pas de chaises sur le marché local. Faute de mieux, il meuble le lieu destiné à accueillir « Bread Republic La Pizzeria and Wine Room » avec des chaises d’école dont il trouve un stock chez un fournisseur. Ces chaises, 210

avec leur côté « école buissonnière », rencontrent un franc succès et ajoutent un tel cachet au lieu qu’elles ne seront jamais changées. Pour La Ménagerie, son nouvel établissement situé en face des deux autres, le restaurateur propose un menu qui change tous les jours, loin de la cuisine traditionnelle qui, on l’a compris, « n’est pas sa tasse de thé ». Pour flatter et surprendre les papilles, il décline viandes et poissons sur un mode insolite. Entre un tartare de cabri aux deux saveurs, un carpaccio de maquereau et poutargue ou une « Salata mechwieh », on se laissera également surprendre par cet « Almighty brisket sandwich », ce burger de chèvre et frites au confit, ce frikeh au poisson et fruits de mer et ce « Jarret amoureux ». Las du sempiternel fondant au chocolat ? Le fondant au coing est à lui seul une révolution contre les desserts bateaux. À la Ménagerie, diversité fait beauté. @la_menagerie_beirut

Photos Danielle Haddad

PAR MYRIAM RAMADAN


L’OFFICIEL RESTAURANT

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L’OFFICIEL RESTOBAR

Le trottoir d’en face Assis dans de doux fauteuils en velours Carlos Hardane et Charif Doumit sirotent leurs cocktails. Ensembles, ces deux vétérans des nuits beyrouthines ont insufflé leur art de vivre au Trottoir de Paloma. Visite guidée.

Il y a quatre ans, assis dans son bureau, Carlos Hardane fixe un coin de Gemmayzé où se trouve à l’époque une boutique de vélos. Il traverse la rue et c’est le coup de cœur pour ce lieu qui s’avère immense. Il y a quelques mois, l’entrepreneur décide d’investir l’endroit pour y créer un café, et Le Trottoir de Paloma s’installe. Charif Doumit, propriétaire des établissements Al Mandaloun, et désormais partenaire de Carlos pour ce nouvel espace insolite, nous accompagne pour découvrir le « clou » de leur restaurant polyvalent, bar, café trottoir. Il s’agit d’une vaste véranda où les tables sont entourées de verdure, où la lueur des étoiles éclaire les noctambules à travers le toit en verre rétractable, soutenu par des poutres de bois rapportées par le jeune restaurateur d’un de ses voyages. Passage ensuite par le trottoir spacieux, où les discussions fusent autour d’une bonne assiette, avant d’entrer dans une grande salle où des tables rondes côtoient des canapés et un bar imposant du coin lounge. Contrastant avec le noir et blanc graphique du sol, les tissus veloutés ou chinés dans des tons poudrés des chaises et fauteuils, les assiettes aux motifs orientaux colorés, chaque détail est choisi et personnalisé par Charif qui place ici et là des trouvailles rapportées de

ses périples à travers le monde. Tout comme la statuette de Bouddha qui trône parmi les bouteilles au milieu du bar, les objets qu’il conserve d’abord chez lui finissent par trouver une place de choix dans chacun de ses restaurants. La salle conçue légèrement en hauteur permet de profiter de la vue sur le trottoir et d’observer les passants dans la rue, confortablement installé dans un intérieur feutré, un brin rétro. Les pièces en bois, et notamment le bar, ont été créées sur mesure pour Le Trottoir de Paloma. Atmosphère, atmosphère… Jamais à cours de ressources, les deux entrepreneurs chevronnés ont allié leurs forces pour créer cet établissement. Charif, expert en restauration prend les rênes de la cuisine de cent cinquante mètres carrés. Carlos, quant à lui, assure au bar. Autrefois propriétaire du mythique pub Treesome, il lance il y a deux ans une compagnie de bar catering et conseils, avec deux partenaires, des jumeaux, qui lui inspirent le nom de l’enseigne : Double Shake. Les frères Alan et Kevin Haddad, mixologues récompensés lors de compétitions locales et internationales comme la World Class Competition organisée par Diageo, la Bartenders Society Competition ou le 212

Mediterranean Cocktails Challenge organisée par Skinos, imaginent les cocktails signatures parmi lesquels Vert le Trottoir, un gin tonic revisité avec jus d’ananas, sirop de pois chiche, coriandre et vinaigre de pomme, Moulin Rouge préparé avec de la grenade et des raisins verts, un ingrédient emprunté à la sauce de la taboulé, ou le Terracotta Spritz, un mélange de vodka, sake, prosecco, fruit de la passion, citronnelle et gingembre. Dès sept heures du matin les hommes d’affaire s’installent pour boire un café, savourer une chakchouka aux œufs, des gaufres ou un bol Acai bananes. Au fil de la journée, Le Trottoir de Paloma continue de s’animer entre ceux qui viennent manger sur le pouce un croque-monsieur, un lobster roll ou une pizza à la truffe, et ceux qui prennent leur temps pour déguster un coquelet, une piccata au citron ou le plat du jour. Le soir, les fêtards se partagent des dips comme des tortilla guacamole, un houmous pois chiche et menthe, une des recettes favorites de Charif, ou une assiette de saumon fumé. Entre les plats gourmands, les boissons créatives et l’ambiance chaleureuse, les rois de l’hospitalité ont conquis un nouveau territoire, Le Trottoir de Paloma. @trottoirdepaloma

Photos DR

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Photos Muncheez, DR DR

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LE GOÛT DU LIBAN À WASHINGTON Muncheez aux saveurs libanaises et Residents aux martinis-phares à DC, deux adresses gastronomiques orchestrées par David Nammour.

PAR MYRIAM RAMADAN

David Nammour qui, depuis environ huit ans, tisse son propre chemin dans le monde de la restauration, ne reste pas moins le fils de son père Béchara Nammour, pionnier, dans le Liban d’après-guerre, des restaurants à thèmes. Ses établissements, à part Beyrouth, sont bien ancrés depuis longtemps aux ÉtatsUnis et plus spécifiquement à Washington DC. Pour David (31 ans), tout a commencé avec ‘Muncheez’ ouvert en 2010 dans le quartier huppé de Georgetown. L’idée de se lancer dans la restauration rapide et néanmoins « anti-fast food », lui était venue alors qu’il était à l’Université de Duke, et qu’il « en avait assez des pizzas dégoulinantes et autres sandwichs froids et indigestes ». Il propose à la place des spécialités libanaises tels que man’ouché, lahm b’ajine, chawarma et autres produits de street-food locales. Les responsables de l’université trouvent le projet intéressant, mais la crise économique du pays en 2010 limite les possibilités d’innover dans le menu des cantines du campus. David, qui a grandi au Liban, a fait des études de génie civil (Duke University) suivies d’un master dans le même domaine à la Columbia University. C’est à cette époque, en 2010, qu’il prépare ses spécialités libanaises dans le bistrot qu’il vient d’ouvrir sous l’enseigne Muncheez. Cette enseigne a pignon en plein Georgetown, le quartier légendaire et toujours « in » de Washington DC. Le quotidien Washington Post dédie un article à ce coin « trendy » aux saveurs libanaises qui apaise la fringale (« Muncheez » en anglais) et flatte le palais sans vider le portefeuille. On y lit : « Pas besoin d'être un étudiant couchetard pour sombrer dans la "Muncheez Mania" à Georgetown. La carte de ce snack New Look est bien plus sophistiquée que vous ne le pensez. Tenez, par exemple le "saj" ! »... David rénove son bistrot en 2018 en collaboration avec Marc 215

Dibeh. Il veut que la nourriture proposée soit inspirée de la street food libanaise qu’il a savourée durant son enfance à Beyrouth, man’ouché, mezzés, fatayer et crêpes comprises. Un deuxième Muncheez est ouvert dans un autre quartier très prisé de la capitale fédérale, Tenlytown. En août dernier naît Muncheez 3 à Dupont Circle (Washington DC), un quartier aussi central et « in » que Georgetown. Le restaurant incarne essentiellement le même concept que l’original (donc même menu inspiré de la « street food » libanaise), mais le décor diffère. Marc Dibeh qui a conçu l’espace y a introduit de nouveaux éléments tels que des escaliers reproduisant ceux de Gemmayzé, et un artiste local a illustré sur du bois récupéré du Liban des noms de marques et d’enseignes libanaises. A quelques pas de Muncheez, David Nammour, en partenariat avec des investisseurs libanais (Farid Azoury entre autres) et de différentes nationalités, ouvre également un café/bar baptisé The Residents. Comme Muncheez n’offre pas d’alcool, l’idée d’ouvrir un café-bar adjacent est venue naturellement, alors que dans les premiers Muncheez on mangeait sur le zinc. Les associés de différentes nationalités ont ainsi désiré créer un endroit qui leur ressemble, et qui reflète l’image de la capitale des États-Unis, celle d’un « melting-pot » où se sont harmonieusement mêlés des gens de diverses origines et nationalités, d’où le choix de l’appellation Residents (les résidents). Ce bar propose des « signature cocktails » parmi lesquels le « Martini-espresso » tient la vedette. De plus, sous la houlette du Chef Asad Holmberg, un menu généreux d’inspiration méditerranéenne couvre le petit déjeuner, le déjeuner et le diner. De quoi perpétuer la tradition Nammour sans en démériter. muncheezdc.com; @residentsdc


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ALLER SIMPLE POUR BARCELONE Deux Libanaises lâchent tout pour ouvrir un bistro dans la capitale catalane.

Photos DR

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Six ans après avoir rêvé d’ouvrir un restaurant libanais à Barcelone, Cindy Nehme et Paola Syriani savourent le bonheur de voir leur projet réalisé. « Nous étions venues une première fois en 2013, nous sommes tombées amoureuses de la ville. Nous nous sommes promis de revenir y monter un bistrot », confie Cindy, 34 ans. Les deux amies ont inauguré en juin « Beryti », (mon Beyrouth, en arabe), un restaurant aux saveurs du pays du Cèdre. « On a voulu cet endroit à l’image du Liban que l’on aime, trendy avec de la culture et du folklore », explique cet ex directrice de création digitale dans la publicité. Quartier Gracia « Ca a été un long processus qui a duré un an et demi », poursuit-elle. En 2017, elles font enregistrer une société en leurs noms à Barcelone depuis Beyrouth et formulent une demande de visa. Un an plus tard, celle-ci est approuvée. « Le jour où l’on a reçu la réponse on n’y croyait pas », avoue l’entrepreneuse. C’est l’heure du grand départ. Les deux partenaires plient bagages pour s’envoler en aller simple vers l’Espagne. Pendant six mois, elles « sauteront d’Airbnb en Airbnb » en attendant de trouver l’emplacement idéal pour abriter leur bistrot. En octobre 2018, elles dénichent le spot parfait, au cœur du quartier Gracia. « Avec ses rues étroites et son esprit hippie, c’est un peu l’équivalent d’Achrafieh au Liban », explique Paola, 38 ans, ancienne directrice de casting. Le bail signé en janvier 2019, les deux femmes se lancent dans les travaux, guidées à distance par Vanessa Ephrem, leur directrice de projet libanaise. « Pendant deux mois on s’est appelées tous jours sur Skype » raconte Cindy. Cinq mois plus tard, Beryti est prêt à ouvrir. Les entrepreneuses vont toquer à toutes les portes de la rue pour se faire connaître auprès du voisinage. « On a tenu à faire un opening spécialement pour les gens du quartier », indique la Libanaise. 217

Comme à la maison Depuis, l’endroit ne désemplit pas. Leur concept : le fait maison. « Les plats que l’on sert ne sont autres que les recettes de nos mères et de nos grands-mères », affirme Paola. « On les appelle tout le temps pour qu’elles nous donnent leurs conseils ». Au menu : pommes de terre au zaatar et à l’ail, légumes au zaatar libanais, kechik (pâte de yaourt de brebis et de blé déshydratée), kebbé de lentilles, lentilles au citron ou encore awarma (confit de mouton). Le tout arrosé d’un Muse, un vin libanais provenant des vignobles d’Aynata, dans le nord du Liban, « un vin brave, courageux et moderne jusqu’au design de sa bouteille », souligne Cindy. Cinq mois après son ouverture, Beryti peut déjà compter sur une base de clients réguliers. « Certains ne regardent même plus le menu, ils nous font confiance pour choisir à leur place », s’enthousiasme la trentenaire. La carte, qui comprend une quinzaine de plats, varie en fonction « des produits disponibles sur le marché ». Présentes à la fois en cuisine et en salle, les restauratrices sont sur tous les fronts. « Nous avons des journées de 18 à 20 heures », sourit Paola. D’une capacité de 30 couverts, le bistrot se veut un lieu convivial où l’on vient aussi pour échanger. « La nourriture est un brise-glace pour entamer une conversation, les possibilités sont infinies, les gens vous laissent entrer dans leur intimité », constate Cindy. A l’entrée, un salon aménagé avec de gros coussins sur le sol accueille les visiteurs. Avec des livres, des fleurs, des bougies et des meubles chinés disséminés un peu partout, le décor se veut informel. Beryti reçoit aussi régulièrement des événements culturels et artistiques. En septembre, la chanteuse et compositrice Tania Saleh et la troupe Hishik Bishik, de passage à Barcelone dans le cadre du festival Mercè, sont venus tour à tour se produire dans le restaurant. Pour la plus grande fierté de nos jeunes restauratrices. @berytibistro


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COCOTTE, LA RÔTISSERIE « HEALTHY » DE LONDRES

Quatre copains ont lancé il y a près de trois ans un concept autour du poulet rôti dans la capitale britannique.

Photos DR

PA R P H I LI P P I N E D E C LE R M O NT- TO N N E R R E

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Envie de poulet rôti ? Ces deux mots mis ensemble font saliver plus d’un gourmand. A Londres, quatre jeunes entrepreneurs ont ouvert Cocotte, une chaine de restaurants qui met à l’honneur la célèbre volaille. L’idée, un concept « healthy » de restauration autour du poulet, a tout de suite trouvé son public et les deux branches de l’enseigne dans les quartiers de Noting Hill et d’Hoxton Square cartonnent. Trois antennes supplémentaires ouvriront d’ici le mois de mars à South Kensington, Queens Park et Kings Road, des zones plutôt résidentielles dans l’ouest de la ville. « Cocotte c’est un restaurant local, un point de ralliement sympa dans le quartier », explique un des partenaires, Ziad Noujaim, 33 ans. L’aventure a commencé il y a deux ans et demi. « C’est un projet de copains. On trouvait qu’il manquait un endroit qui serve un bon poulet rôti à Londres », raconte le Libanais qui a grandi à Paris et s’est installé depuis une dizaine d’années de l’autre côté de la Manche. Aux commandes, à part Ziad Noujaim : Bertrand Perrodo, Capucine Martin et Romain Bourillon, le CEO de la bande, formé à l’école parisienne Ferrandi. « C’est le seul qui a une expérience dans la restauration, alors que les autres associés sont dans des secteurs totalement différents, la mode, la finance et l’industrie », poursuit Noujaim. 24h de préparation Le poulet est préparé dans les règles de l’art, mariné pendant 12h puis cuit à très basse température pendant 12 autres heures avant d’être mis à la broche. Cocotte propose en accompagnement un éventail de salades riches en energy food – lentilles, kale, noix, légumineuses etc. - et de succulentes soupes, notamment le bouillon de poulet, spécialité de la maison. « C’est le plat parfait après le sport », assure Noujaim. Qu’il s’agisse de Noting Hill ou de Hoxton Square, chaque établissement est aussi très agréable pour aller boire un verre. La maison offre notamment une série de cocktails rafraîchissants, comme le Cocotte’s ( Belsazar rosé, pamplemousse, vin pétillant et Schweppes) ou La Vie en Rose (vin pétillant, vin rosé, liqueur de grenade et menthe fraiche). Côté tarifs, les prix sont accessibles par rapport à la moyenne londonienne, ajoute Noujaim. « On peut compter entre 20 et 25 livres par personne (soit entre 26 et 32 dollars) », indique-t-il. La déco, urbaine, allie des matériaux simples : bois, pierres apparentes, lampes en métal, etc. Le soir l’ambiance se tamise, et l’atmosphère devient plus familiale le week-end.

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Photo DR, Ghina Fleyfel

L’OFFICIEL AUBERGE

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Yolla Noujaim ouvre un petit hôtel à Maasser el Chouf Deux ans après la fermeture de l’auberge d’Arcenciel, Al Fundok accueille les visiteurs dans l’édifice entièrement rénové. PA R P H I LI P P I N E D E C LE R M O NT- TO N N E R R E

Les habitués de Maasser el Chouf connaissent l’endroit par cœur. Situé au beau milieu du village, le bâtiment a longtemps abrité l’auberge gérée par l’association Arcenciel, jusqu’à sa fermeture en 2017. Avant la guerre, c’était une école, construite dans les années 50 par la famille Noujaim, et rattachée à l’archevêché melkite de Saïda. « C’était une école importante, car celles-ci n’étaient pas si nombreuses dans la région à l’époque », raconte Yolla Noujaim, architecte et propriétaire de l’établissement qu’elle vient tout récemment de transformer en hôtel. C’est donc une nouvelle page qui s’ouvre pour ce lieu qui reste un exemple du travail de réconciliation post conflit dans cette région profondément meurtrie par la guerre dans la montagne. L’histoire de ces pierres est intimement liée au combat de Yolla et Charles Noujaim pour redonner vie au village. A la fin de la guerre, « le Chouf avait une image de mort », rappelle la Libanaise de 64 ans. « On a commencé à réfléchir au meilleur moyen de réconcilier les habitants ». Le couple se lancera ainsi dans de nombreux projets, parmi lesquels un projet d’hôtellerie confié à l’association Arcenciel. « On voulait que ce lieu soit un lieu de rencontre pour des gens qui n’avaient plus de maison à Maasser el Chouf »,

poursuit Yolla. Fermé il y a deux ans, l’établissement a rouvert en juillet sous une autre formule. Si le standing est plus élevé, la vocation de « lieu de rencontre » perdure. Sur la devanture du bâtiment, on aperçoit le nom de l’hôtel, Al Fundok, accompagné de son logo, un âne. « L’âne est l’animal qui ouvre la montagne », précise Yolla. « Le thème de l’hôtel est le bonheur. Quand les gens arrivent chez nous, ils ont un sourire qu’ils ramènent avec eux quand ils partent ». L’hôtel propose même des « challenges de bonheur ». « On a fait travailler tous les gens du village » Al Fundok comprend 17 chambres. Six chambres supplémentaires sont situées dans une petite maison individuelle adjacente, Beit el Hanna. Le prix de la nuitée est de 100 dollars en haute saison. Un tarif relativement bon marché, souligne Yolla. « On veut rester dans cette gamme de prix pour que tout le monde puisse se permettre de passer un week-end à la montagne sans dépenser la moitié de son salaire ». Chaque chambre a sa propre salle de bain. Les matelas sont en tissus bio et les draps en coton d’Égypte. « On a voulu privilégier le confort », insiste-t-elle. Le mobilier a été entièrement réalisé par des artisans locaux. « On a fait travailler tous les 221

gens du village », assure la propriétaire. L’établissement regorge aussi d’objets « ramassés dans différents pays du monde » par Yolla, au gré de ses voyages. Les visiteurs ont accès à plusieurs pièces communes, du lobby avec sa cheminée, au bar « Mule » et au restaurant « Em Boutros », et jusqu’aux différentes terrasses et au grand jardin où est aménagé un coin pour les enfants. La perle de l’établissement est surtout sa cuisine, tenue avec passion par Lena Noujaim. Tous les ingrédients proviennent du jardin de Yolla, un verger exceptionnel contenant pas moins de 30 plantes médicinales. « Nous n’avons pas de menu, les repas sont élaborés en fonction de ce que la terre nous donne », précise la propriétaire. Une partie de la production est vendue tous les samedis au marché de la réserve de cèdres du Chouf. La maison propose en semaine un menu à 20 000 LL, comprenant un plat à base de viande, un plat végétarien, une entrée et un dessert. L’été le buffet, succulent, est à 50 000 LL. L’année prochaine, les visiteurs pourront profiter d’une piscine creusée dans un petit jardin isolé, à cinq minutes de marche de l’hôtel. Pour la période de Noël, des week-ends à thèmes, musique, cinéma, sont prévus, ainsi qu’une soirée pour le Nouvel An. alfundok.com


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LA DOLCE VITA Trois hot spots transalpins, tout nouveaux ou rénovés, à découvrir pour des escapades entre soins et art de vivre. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH

1. Mandarin Oriental Lago di Como D’une beauté rare et sauvage, adorée des célébrités – de Gianni Versace en son temps à George Clooney, Brad Pitt ou Natalie Portman dernièrement –, la région du lac de Côme permet une reconnexion totale à la nature, à 50 kilomètres à peine de l’effervescence milanaise. Entre lac et montagnes, on vient s’oxygéner loin du stress de la rentrée au Mandarin Oriental Lago di Como, qui révèle son nouveau visage après une complète rénovation. Niché à Blevio, au cœur de jardins

luxuriants rassemblant une cinquantaine d’espèces végétales, le palace s’articule autour de la sculpturale Villa Roccabruna, demeure néoclassique du xixe siècle. Outre son restaurant gastronomique, l’Aria, on se rend dans ce havre de paix aux vues à couper le souffle pour se ressourcer dans l’enceinte de son superbe spa holistique : 1 300 mètres carrés consacrés aux bienfaits de l’eau sous toutes ses formes, du circuit Kneipp au hammam en passant par les douches sensorielles et la grotte de sel de l’Himalaya. Le point d’orgue de cette expérience

immersive hors pair ? Une baignade méditative dans le bassin extérieur de 16 mètres, comme posé en lévitation sur le lac. 2. Como Castello del Nero Planté dans la campagne toscane au beau milieu de la région viticole du Chianti, le dernier-né du groupe Como prend place dans l’enceinte du Castello del Nero, château du xiie siècle repensé du sol au plafond par la talentueuse Paola Navone. Au programme de cette carte postale bucolique : un restaurant étoilé qui

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Photos DR

célèbre la gastronomie italienne et demeure fidèle à la philosophie Como, “de la ferme à la table” – le domaine de 740 hectares comprend d’ailleurs ses propres ruches ainsi que ses oliveraies. Idéal pour recharger ses batteries à l’approche de l’hiver, l’élégant hôtel 5-étoiles propose également l’offre soins Como Shambhala qui a fait la réputation du groupe hôtelier, complétée par un patrimoine thermal d’exception. 3. Il Palazzo Experimental Déjà surmené(e) et à deux doigts du burn-out ? On s’accorde un moment rien que pour soi à Venise, le temps d’une parenthèse qui aère le corps comme l’esprit. Chef de file incontesté de la jeune garde hôtelière, l’Experimental Group investit désormais la Sérénissime et signe l’une des ouvertures les plus remarquées de cette fin d’année. À l’origine de la transformation de ce joyau de la Renaissance, comprenant 32 chambres et suites, la très douée Dorothée Meilichzon. Avec son marbre Breccia Capraia, ses miroirs antiques et ses carreaux émaillés faits main, l’écrin aux trois entrées sur le canal de la Giudecca réinterprète avec brio les fondamentaux du design italien. Centre névralgique de ce spot chaleureux à taille humaine, son restaurant, qui propose une carte locale et saisonnière, portée par des pasta maison et des fromages tout droit venus des fermes environnantes. 225


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BAUER, L’HISTOIRE SANS FIN Avec sa façade byzantine qui semble dominer le Grand Canal et son esprit rococo qui incarne à lui seul le style de la Cité des Doges, il fait figure d’icône. Mais loin de s’endormir sur son prestigieux passé, l’hôtel se réinvente sans cesse, avec la volonté de continuer à traverser les âges. PAR EUGÉNIE ADDA

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n la dit, chaque année, tombée aux mains de la foule qui l’inonde. Pourtant, Venise, dont Thomas Mann écrivait déjà qu’elle était à la fois conte de fées et piège à touristes, se tient, fière comme le campanile de sa place Saint-Marc, au milieu des clichés qu’elle entretient sans rougir. Et c’est en son cœur que se trouve le Bauer, hôtel plus que centenaire. C’est dans l’une de ses suites, côté Palazzo, que Donald Sutherland et Julie Christie se lançaient dans une des scènes d’amour les plus controversées du cinéma des 70s. C’est là, aussi, dans les canapés en velours de son bar, que Jackie Kennedy et Marilyn Monroe venaient traîner après dîner. Et c’est sur sa terrasse surplombant le Grand Canal que 227

Lady Gaga s’affichait, tête renversée et sourire extatique, lors du dernier Venice Film Festival. Le Bauer, icône d’une ville affichant une des plus fortes concentrations d’hôtels de luxe au monde, n’a, a priori, plus grand-chose à prouver. Il aurait pu s’enfoncer, depuis des décennies, dans la désuétude charmante du pur style vénitien, se reposer, enfin, sur une réputation largement acquise et sur la foule que brasse chaque soir son Settimo Cielo, rooftop le plus haut de Venise donnant sur Santa Maria della Salute. Il aurait pu. Mais Francesca Bortolotto Possati, héritière et businesswoman impressionnante, a transformé l’établissement familial en véritable galaxie vénitienne. Et prouvé que le poids de la tradition est aussi un tremplin vers l’avenir.


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L’art en héritage Situé dans un bâtiment xviiie sur le Campo San Moisè, entre la place Saint-Marc et le Grand Canal, le Bauer-Grünwald ouvre ses portes en 1880, après le mariage du jeune entrepreneur autrichien Julius Grünwald et de la fille de M. Bauer, influent directeur de l’Hôtel de la Ville. Il devient, avec son bar, sa table et ses 200 chambres, le point de ralliement de la haute société locale. Repris par les héritiers Grünwald, l’endroit vivote jusqu’en 1930, avant que le constructeur naval Arnaldo Bennati n’en fasse l’acquisition et entame une rénovation qui durera dix ans. En 1949, le nouveau Bauer affiche une façade gothico-byzantine et se dote d’une aile conçue dans le style Art-déco. M. Bennati y ajoute le chauffage central et l’air conditionné – une première à Venise – et inaugure son Settimo Cielo, terrasse nichée au 7e étage et qui n’a, depuis, jamais été dépassée. Ministres, familles royales et intellectuels prennent leurs quartiers dans les salons rococo, dans les chambres 1930 avec vue sur Santa Maria della Salute et au club Arlecchino, bientôt rejoints par le ToutHollywood. En 1997, c’est à Francesca Bortolotto Possati, petite-fille d’Arnaldo Bennati, que revient la direction du lieu. Fidèle à la tradition familiale, Francesca (seule directrice d’hôtel à Venise), ferme le Bauer pendant deux ans. Il affichera désormais deux identités : l’une 1930, hommage à l’âge d’or du Bauer, et l’autre néoclassique qui réunit tout ce que l’on vient encore chercher à Venise, avec son mobilier d’époque, ses murs damassés et sa vue sur le Grand Canal. Grandeur et Décadence Dans une ville où le rococo domine sans partage depuis des siècles, Francesca Borlotto Possati assume de ne pas trop bousculer la tradition. Jacquards de soie et moulures baroques recouvrent les murs des 135 chambres et des 58 suites que compte l’hôtel, décorées pour la plupart dans le mobilier vénitien qu’on aime, avec ses commodes laquées, ses chinoiseries, ses abats-jours écrans, ses assises crapauds et ses têtes de lit capitonnées. Un ensemble si cohérent que rien ne semble avoir bougé d’ici depuis des siècles, témoin de l’amour que porte Francesca à sa ville natale. Et pour pousser plus loin la nostalgie d’une Cité des Doges en pleine décadence, on choisira la Suite Royale, 100 mètres carrés de terrazzo à fresques et de stucs d’origine, où descendirent Elizabeth Taylor, Al Pacino ou encore Charles et Camilla qui s’y offrirent un dîner privé. Pour les autres, c’est chez De Pisis

qu’il faudra s’installer. La table du Bauer, installée côté Palazzo, complète sans faute de goût l’expérience vénitienne. Dans l’assiette, du poisson frais et des primi bien orchestrés, du minestrone tradi aux très mondains cacio e pepe. On peut aussi monter au Settimo Cielo pour dominer Venise le temps d’un verre et d’un snaking, ou se lover dans un fauteuil club au B Bar, et y apercevoir, un soir d’hiver, une célébrité descendue incognito. Loin de la foule Havre de paix salutaire dans une Cité des Doges toujours bondée, le Bauer Palladio, acquisition plus récente du groupe, se niche sur la lagune de la Giudecca, juste en face de l’établissement historique et à quelques minutes de Riva ou de Vaporetto. Plus intime avec ses 58 chambres et 21 suites, il prend des airs de résidence d’artiste presque confidentielle, baignant dans une ambiance boudoir, où les teintes poudrées s’allient à des panneaux floraux xixe, des soies délicates et la lumière tamisée des lustres Murano. D’autres propositions, plus récentes, présentent un dépouillement monastique, hommage à l’histoire du lieu, un couvent xvie signé de l’architecte Andrea Palladio, tête de file de la Renaissance italienne. Mais on se rend surtout au Palladio pour son spa, réputé comme le plus spacieux de la ville, couru pour son accès aux jardins et pour son salon donnant de plain-pied sur le Grand Canal, avec vue carte postale sur le campanile de la basilique Saint-Marc. On y réservera un bain de lait et pétales de rose, un soin à la vapeur micro-moléculaire mais surtout, lorsque le temps le permet, un massage au milieu des glycines du jardin. Une atmosphère de maison de campagne dont peuvent aussi jouir les guests du Bauer Hotel, qui offre des navettes pour venir profiter du spa ou de l’Ulivo, la table installée dans la cour du couvent, qui sert de mars à octobre les meilleurs spaghettis alle vongole de la ville. Plus exclusive encore, la Villa F, demeure xvie siècle et ancienne pension d’artistes installée juste à côté, déploie 11 suites d’un luxe absolu, conçues comme autant d’appartements privés où vivre à la manière des familles nobles de l’âge d’or de Venise. Un joyau jalousement préservé, avec son personnel de maison, sa piscine de méditation et son décor dramatique, mixant fresques et terrazzo d’origine et pièces d’art contemporain commandées par Francesca Bortolotto Possati, connue aussi par le Tout-Venise pour son mécénat éclairé, responsable et philanthrope. 228


Photos Simon Watson, DR

La suite Présidentielle au Palladio Hotel & Spa.

La suite Zaffiro à la Villa F.


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LA MER +961 1 99 11 11 EXT.104

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LOEWE +961 1 99 11 11 EXT.130 MAISON MARGIELA +961 11 11 11 EXT.130 MALONE +961 1 99 11 11 EXT.110 MARC JACOBS +961 1 99 11 11 EXT.104

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SAINT LAURENT +961 1 99 11 11 EXT.130

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CINQ A SEPT +961 1 99 11 11 EXT.140

STELLA MCCARTNEY +961 1 99 11 11 EXT.130

D'ESTRËE +961 4 71 77 16 EXT.121

SUNDAY SOMEWHERE +961 1 99 11 11 EXT.104

DIOR +961 1 99 11 11 EXT.592 DOLCE & GABBANA +961 1 99 11 11 EXT.555

E, F, G, H, J

T, V, Y TABBAH +961 1 97 57 77 VALENTINO +961 1 99 11 11 EXT.569

EMILIO PUCCI +961 1 99 11 11 EXT.579

VERSACE +961 1 99 11 11 EXT.130

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The perfect stairs competitor.


L’OFFICIEL CORRESPONDANCE

LONGUE DISTANCE Par Laura Homsi Illustration Marion Garnier

J’ai le téléphone en intraveineuse. Comme tout le monde, je suis en overdose de connectivité. J’ai explosé mon temps passé devant les écrans. Ma télé qui ne connaissait que Netflix est branchée sur les chaînes d’infos en permanence. À l’affût de la moindre nouvelle, image, vidéo qui me pourraient me donner l’impression d’y être. Je n’arrive pas à m’arrêter, animée par ce besoin quasi viscéral d’être sur le terrain. Vivre par écrans interposés, c’est un peu le quotidien de tous les Libanais de l’étranger. On a fini par développer des techniques imparables pour être ensemble. Si on n’est pas dans la même ville pour aller au cinéma, on se synchronise pour commencer un film en même temps, histoire d’assurer les commentaires en temps réel via WhatsApp. On ne se retrouve plus pour dîner au bistrot du coin, mais sur FaceTime Video. On envoie des mini clips d'anniversaire à défaut de pouvoir exprimer ses vœux de vive voix. On s’envoie des photos du jardin sous la neige pour suivre l’évolution des saisons. On découvre les nouveauxnés à travers la lumière bleutée d’un téléphone. Plus tard, on jouera à la poupée avec eux sur Skype, en se demandant ce qu’ils comprennent de cette distance. On se crée des rituels d’appels. J’ai appris à “rentabiliser” tous mes trajets à pied pour passer des coups de fil. Même ma grand-mère est sur Instagram. Elle essaie de capter la moindre photo de ses petitsenfants qu'elle pourra ensuite montrer à ses copines.

- enfin, on peut faire quelque chose ! On se repère vite entre Libanais qui se dirigent vers le point de ralliement. Des gens qui ne se connaissent pas se sourient d'un air de connivence. Il y en a qui distribuent à boire et à manger. Les man'ouchés n’ont pas le même goût qu’à la maison mais on croque dedans avec appétit. S’il pleut, on squatte le parapluie du voisin qui aura l’élégance de laisser faire. Un inconnu prend la relève pour agiter mon drapeau quand une crampe me tord le bras. Les pancartes sont magiques : Certains demandent du zaatar à leur mère, d'autres se disent en mal de pays, il y aussi des dessins Astérix et Obélix qui soutiennent le Liban... Il y a des jeunes, des vieux, des bébés et même des chiens. Il y a toujours un mouvement de dabké, avec des rondes de deux, trois, quatre rangées. On danse sous le drapeau. On se réapproprie l'hymne national. Il pleut et personne ne bouge. Le temps de quelque-heures, on est galvanisés. Le trajet du retour est folklorique. Le drapeau est brandi dans les couloirs du métro, les chants continuent. Personne n'arrive à s'arrêter. Il y a cette expression qui dit qu'on peut se sentir très seul, même dans une foule. Je peux vous dire que je me suis perdue dans cette foule des dizaines de fois. Trempée, frigorifiée, mais je ne me suis jamais sentie seule. Et c'est ça notre force, cette certitude qu’ensemble, on ne sera jamais seuls. Alors on se donne rendez-vous, dimanche après dimanche. Les pancartes évoluent, la météo aussi, on commence à se reconnaître. J’ai appris à agiter mon drapeau avec plus de professionnalisme. Les semaines passent, la ferveur reste. Tous animés vers un seul but, cet avion du retour. Quand j’y pense j’ai le cœur qui bat la chamade. Je rêve de cette voix nasillarde qui sera « heureuse et honorée » de m’accueillir à l’aéroport. J’ai hâte de retrouver ce convoyeur en panne. Je veux serrer dans mes bras tous ceux qui, depuis quelques semaines ont tout lâché pour manifester. On est là, on arrive en renfort !

Mais en situation de « thawra », la distance devient presque insoutenable. J'ai la chair de poule en permanence. On vit dans une sorte de huit clos, je reçois les mêmes contenus des dizaines de fois. Et j'en redemande. Malgré cela, on a du mal à « sentir » ce qui se passe. Alors j'intensifie le nombre d'appels pour prendre le pouls de la situation sur place. Chacun vit cet éloignement à sa façon. Moi, je compense en sur-partageant. Les manifestations de la diaspora sont un soulagement. Diaspora en état de transe 232


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L'Officiel-Levant December/January Issue 93  

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