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N° 89 AVRIL-MAI 2019 WWW.LOFFICIEL.COM

COMME UNE NOUVELLE PAGE

DORIA EN TOTAL LOOK PRADA.

MOUNIA AKL • ASSAAD DEBS • RASEEL HADJIAN • YOUSRA MOHSEN


PHOTOGRAPHED BY NICK KNIGHT EL MOUTRANE STREET, BEIRUT / AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS


F E AT U R I N G B OY D H O L B R O O K , M I L A N , 6 p m # D E F I N I N G M O M E N T S b y L U C A G U A DA G N I N O

B E I R U T 6 2 A b d e l M a l e k S t r e e t Te l . 0 1 9 9 1 1 1 1 E x t . 222 A N T E L I A S A ï s h t i b y t h e S e a Te l . 0 4 7 1 7 7 1 6 e x t . 21 8


F E AT U R I N G A N D R É H O L L A N D , M I L A N , 6 p m # D E F I N I N G M O M E N T S b y L U C A G U A DA G N I N O

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MAXMARA.COM AÏSHTI BY THE SEA, LEVEL 2, SEASIDE ROAD, ANTELIAS AÏSHTI DOWNTOWN BEIRUT, AÏSHTI VERDUN DUNES (FRANCHISEES MAX MARA)


L’OFFICIEL SOMMAIRE

p.118

p.132

p.164

48 L’édito

110 Sandra Mansour en dix ans et onze minutes

50 News

p.176

114 Escapade italo-américaine 58 Tendances 116 Mariage de déraison 62 La ligne « Rajah » de Gucci 118 Goût caillou 64 Comme une œuvre d’art 128 Ballon Bleu de Cartier 66 Puissance de la matière 130 La quadrature du cercle 68 Retour aux sources 132 Comme une gourmandise 70 Il maestro des sacs 136 Couleurs de saison 72 La vie est un jeu 138 Le 3-en-1 siglé YSL 88 Du jamais vu 140 Amidonner, recommencer 90 Sous le chapiteau de Dior à Dubaï 154 The leader of the pack 96 Le monde de Raseel Hadjian

172 L’artiste modèle

108 À l’heure japonaise

176 Derrière The Art Of Boo

40

PHOTOS DR

164 Cours particuliers 104 Le printemps moderniste d’Alessandro Sartori pour Zegna


L’OFFICIEL SOMMAIRE

p.234

p.238

p.180

180 Lena Merhej, des bulles et des étincelles

218 En "March" avec Léa Baroudi 220 Sauvez les fruits et les légumes

186 Studio Orient au futur antérieur 192 Guccification

222 ChewChoose, bien-être et bien manger

194 Montre-moi

226 Doux réveil au High Llama

196 AFAC ouvre l’horizon aux talents de la région

230 Juste Standard

p.222

232 Une oasis à Beyrouth 198 Mounia Akl entre réalisme magique et choc du réel 202 Le mystérieux Monsieur Debs

234 Aline, le goût de la maison à Mayfair 238 Bolero, l’adresse « chill » de Batroun

206 Tendres monologues

244 Pension de famille

212 Délires à lire

250 Animal friendly

214 De ma chambre au Phoenicia

254 Adresses

216 Les mille et une nuit de Toni Breiss

256 Le temps d’un trajet

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PHOTOS DR

240 Bkerzay, un village modèle 208 Yousra Mohsen devient Laïla Liberty


N ° 8 9 AV R I L- M A I 2 019

ÉDITEUR

TON Y SALAME GROUP TSG SAL Rédaction RÉDAC TRI CE EN CH EF

FIFI ABOU DIB R É D A C T R I C E E T C O O R D I N AT R I C E

SOPHIE NAHAS Département artistique D I R E C T R I C E D E C R É AT I O N

MÉLANIE DAGHER DIRECTRICE ARTISTIQUE

SOPHIE SAFI Contributeurs PH OTO

CHAR BEL SA ADEH, R AYA FAR HAT, SIGUR D GRÜ NBERGER, TON Y ELIEH RÉDAC TI O N

JOSÉPHINE VOYEUX, LAUR A HOMSI, MAR IA LATI, MAR IE ABOU KHALED, MYR IAM R AMADAN, NASR I SAYEGH, PHILIPPINE DE CLER MONT-TONNER R E STYLISME

K AMILLA R ICHTER I L L U S T R AT I O N E T G R A P H I S M E

MAR IA KHAIR ALLAH, MAR ION GAR NIER Production DIRECTRICE

ANNE-MAR IE TABET Retouche numérique

FADY MA ALOUF Publicité et Marketing DIREC TEUR GÉNÉR AL COM MERCIAL ET M ARKETIN G

MELHEM MOUSSALEM C O O R D I N AT R I C E C O M M E R C I A L E

R AWAN MNEIMNE CO O R D I N AT R I CE M A R K E T I N G

M AGA LY MOSLEH Directeur Responsable

AMINE ABOU KHALED Imprimeur

53 DOTS DAR EL KOTOB


Aïshti Downtown, Beirut

Aïshti by the Sea, Antelias


DIRECTION Gérants Coprésidents des boards exécutif et administratif Marie-José Susskind-Jalou Maxime Jalou Directeur général Directeur des boards exécutif et administratif Benjamin Eymère b.eymere@jaloumediagroup.com Directrice générale adjointe Membre des boards exécutif et administratif Maria Cecilia Andretta mc.andretta@jaloumediagroup.com Éditeur délégué Membre du board exécutif Emmanuel Rubin e.rubin@jaloumediagroup.com Assistante de direction Céline Donker van Heel c.donkervanheel@ jaloumediagroup.com COMMUNICATION ET RELATIONS PRESSE Thomas Marko & Associés Emmanuel Bachellerie emmanuel.b@tmarkoagency.com Céline Braun celine.b@tmarkoagency.com Tél. 01 44 90 82 60

PUBLICITÉ Directrice commerciale L’Officiel Anne-Marie Disegni a.mdisegni@jaloumediagroup.com Directeurs de publicité Christelle Mention (joaillerie, beauté) c.mention@jaloumediagroup.com Marina de Diesbach (horlogerie) m.diesbach@jaloumediagroup.com Stéphane Moussin (opérations spéciales) s.moussin@jaloumediagroup.com Régie externe Mediaobs Sandrine Kirchthaler skirchthaler@mediaobs.com Traffic manager Marie Detroulleau m.detroulleau@jaloumediagroup.com PRODUCTION Directeur de la production Joshua Glasgow j.glasgow@jaloumediagroup.com ADMINISTRATION ET FINANCES Tél. 01 53 01 10 30 – Fax 01 53 01 10 40 Directeur administratif et financier Membre du board administratif Thierry Leroy t.leroy@jaloumediagroup.com Secrétaire général Membre du board administratif Frédéric Lesiourd f.lesiourd@jaloumediagroup.com Directrice des ressources humaines Émilia Étienne e.etienne@jaloumediagroup.com Responsable comptable & fabrication Éric Bessenian e.bessenian@jaloumediagroup.com Diffusion Lahcene Mezouar l.mezouar@jaloumediagroup.com Trésorerie Nadia Haouas n.haouas@jaloumediagroup.com Facturation Stélie Morissette s.morissette@jaloumediagroup.com

INTERNATIONAL ET MARKETING Management international et marketing Flavia Benda f.benda@jaloumediagroup.com International editorial et archive manager Nathalie Ifrah n.ifrah@jaloumediagroup.com Directrice de la publicité internationale Milan Angela Masiero a.masiero@jaloumediagroup.com Senior manager publicité internationale Milan Claudia Della Torre c.dellatorre@jaloumediagroup.com Manager publicité internationale Carlotta Tomasoni c.tomasoni@jaloumediagroup.com International sales manager Margherita Noro m.noro@jaloumediagroup.com Chef de produit diffusion Jean-François Charlier jf.charlier@jaloumediagroup.com International marketing spécialist et strategic planner Louis du Sartel l.dusartel@jaloumediagroup.com Graphiste marketing & projets spéciaux Anaëlle Besson Assistant marketing Antoine Diot a.diot@jaloumediagroup.com Ventes directes diffusion Samia Kisri s.kisri@jaloumediagroup.com

FABRICATION Impression, suivi de fabrication et papier par Valpaco, 3, rue du Pont-des-Halles, 94150 Rungis Imprimé sur des papiers produits en Italie et Finlande à partir de 0 % de fibres recyclées, certifiés 100 % PEFC Eutrophisation : papiers intérieurs Ptot 0,006 kg/tonne et Ptot 0,003 kg/tonne ; papier couverture Ptot 0,006 kg/tonne PHOTOGRAVURE Cymagina ABONNEMENTS Abosiris BP 53, 91540 Mennecy Tél. 01 84 18 10 51 www.jalouboutique.com VENTE AU NUMÉRO France V.I.P. Laurent Bouderlique Tél. 01 42 36 87 78 International Export Press Carine Nevejans Tél. +331 49 28 73 28 DISTRIBUÉ PAR LES MLP Publication inscrite à diffusion contrôlée OJD ÉDITÉ PAR LES ÉDITIONS JALOU SARL au capital de 606 000 € représentée par Marie-José Susskind-Jalou et Maxime Jalou, co-gérants, filiale à 100 % de la société L’Officiel Inc. S.A.S. Siret 331 532 176 00095 Siège social : 128, quai de Jemmapes, 75010 Paris Tél. 01 53 01 10 30 – Fax 01 53 01 10 40 Dépôt légal février 2019 N° de commission paritaire 0323 K 80434 ISSN 0030.0403 Printed in EU/Imprimé en UE FONDATEURS Georges, Laurent et Ully Jalou (†) DIRECTRICE DE LA PUBLICATION Marie-José Susskind-Jalou


L’OFFICIEL EDITO

COMME UNE NOUVELLE PAGE En termes d’art, le blanc n’est pas une couleur. Il est, avec le noir, une valeur. Il brouille les lignes, nuance, allège, produit du relief, accroche la lumière. Le blanc est surtout l’espace des commencements et c’est pourquoi nous avons choisi de placer ce numéro printanier dans son sillage. Parce que la mode devient le dernier territoire où l’individu peut encore se distinguer de la foule immense de ses congénères, le vêtement devient page blanche, justement, et œuvre d’art. On y inscrit son propre manifeste. Il fut un temps où porter du blanc était un luxe, à cause de sa fragilité qui nécessite un certain entretien. Désormais, le blanc n’est plus intouchable, ni impeccable. Il est la toile offerte à tous nos chahuts. Il nous soustrait aux vieux cloisonnements des genres, à l’obsolescence des systèmes de classe et de race. En ce printemps de tous les possibles, le blanc nous libère.

Fifi Abou Dib

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L’OFFICIEL NEWS

PAR F.A.D

FIÈRES DE RALPH Ce jeune créateur joaillier fait partie des chouchous de L’Officiel Levant qui le suit depuis le début de sa carrière. Diplômé en 2011 de Central Saint Martins où, dès sa première année d’études il était déjà lauréat du prix Swarovski, Ralph Masri a vécu entre le Liban, le Canada, la France et la Grande-Bretagne. A sa sortie de l’université, il crée déjà sa marque éponyme. En 2014, il ouvre sa première boutique à Beyrouth. Son ambition est de créer des bijoux précieux inspirés du bijou couture, toujours audacieux et issus d’une narration qui fait rêver. Du modernisme à l’alphabet phénicien, des détails de vitraux aux arabesques de l’architecture orientale, ses collections ont su séduire les marchés les plus exigeants et trouver leur place tant à Harvey Nichols (Londres), Broken English (New York), Serenella (Boston et Palm Beach) qu’à Bloomingdales (Dubaï). A 29 ans, il vient d’être désigné parmi les « Middle East’s 30 under 30 » du magazine Forbes, soit les 30 jeunes gens de moins de 30 ans les plus prometteurs de la région dans leurs industries respectives. Nous lui disons notre fierté. Ralph Masri Ralph Masri Showroom, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 566 538 (Ouverture Prochaine)

DE SANG FROID Innocence et sensualité. Tels étaient les deux pôles entre lesquels, en 2014, Lorenzo Serafini, jeune créateur inconnu et pourtant chef de création chez Roberto Cavalli et Dolce&Gabbana, envisageait la nouvelle identité de Philosophy où il venait d’être appointé en qualité de directeur artistique. Cette ligne directrice est plus que jamais présente dans la nouvelle collection croisière 2019 de Philosophy by Lorenzo Serafini. L’imprimé serpent, omniprésent, sans retouche, sans couleurs, sans déguisement, affiche son côté rebelle et sauvage sur des modèles éminemment romantiques. En empruntant la mue d’un animal de sang-froid, la femme Philosophy lui prête sa douceur et sa chaleur. Innocence et sensualité : la preuve. PHOTOS DR

Philosophy Aïshti, Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.130 Aïshti by the Sea, Antelias, L3, +961 4 717 716 ext.131

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L’OFFICIEL NEWS

AÏSHTI ANNONCE LE GAGNANT DE LA VOITURE AUDI RSQ3

22 Mars 2019- Pour inaugurer la belle saison, Aïshti a annoncé le nom du gagnant du tirage de Noël portant sur la Audi RSQ3-. C’est le vendredi 22 mars 2019, en présence des invités de cet événement et dans le cadre d’une cérémonie en plein air sur le belvédère du complexe Aïshti by the Sea, que le nom du gagnant a été tiré sous la supervision d’un représentant de la Loterie nationale Libanaise. C’est M. Joseph Khoury porteur du ticket n°5262, qui a eu la chance de remporter l’exceptionnelle Audi RSQ3 exposée sur le site au moment du tirage. L’événement a été suivi d’une réception offerte par Aïshti et les Ets. F.A. Kettaneh, S.A importateurs exclusifs de Audi au Liban. Le tirage AïshtiAudi offrait à tous les clients ayant réalisé, durant la période des fêtes de fin d’année, des achats de 200$ et plus dans les magasins Aïshti la chance de participer à la loterie et de gagner la puissante Audi RSQ3. Le RSQ3 est le modèle hautes performances d’Audi dans le segment des SUV compacts. Son moteur cinq cylindres 51

turbocompressé de 2.5 litres développe 250 kW (340 hp) et 450 Nm de couple. Il accélère ainsi de 0 à 100 km/h en 4.8 secondes pour atteindre une vitesse maximale régie électroniquement de 250 km/h. Sa consommation de carburant combinée est de 8.4 litres aux 100 kilomètres pour un équivalent CO2 de 198 grammes par kilomètre. Un système d'échappement RS avec un volet commutable ajoute encore plus de volume au son incomparable du moteur à 2.5 TFSI. Depuis 2010, un jury international de journalistes a choisi ce moteur à plusieurs reprises (huit fois de suite) comme « Moteur international de l’année » dans sa catégorie. Partageant ses impressions sur son gain, M. Joseph Khoury a déclaré avec enthousiasme : « C’est la réalisation d’un rêve. Le modèle RSQ3 est mon préféré chez Audi. Il m’a toujours fasciné et je n’ai qu’une hâte, l’essayer sur la route. »

Audi Draw Aïshti by the Sea, Antelias, +961 4 717 716 Audi Showroom, Avenue Charles Helou, Mar Mikhael, Beyrouth, +961 1 560 555


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NOUNOURSEZ-NOUS TOUT PARTOUT Moschino sans nounours n’est pas Moschino. C’est pourquoi l’iconique Teddy Bear revient, rehaussé, rebrodé de perles, sequins et cristaux, sur des sweats à capuches, des t-shirts, des robes manches courtes en tulle, des pulls, des cardigans, des gilets en cuir et même gravé en empreintes sous les semelles de baskets chaussettes ou sock trainers qui laisseront de notre passage une jolie trace. Régresser, c’est peut-être la meilleure façon de marcher. Moschino Aïshti, 71 Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 99 11 11 ext.130 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.121

DURABLE AVEC CLASSE C’est la saison où l’on ouvre son vestiaire pour constater, non pas qu’on a envie de se débarrasser de tout, mais qu’on a besoin de cette petite touche de neuf qui va faire la différence. Née au Brésil mais basée à Florence, Barbara Casasola l’a compris, elle qui appartient à la génération qui réfléchit avant de jeter. Cette surdouée qui a obtenu son diplôme de l’Istituto Marangoni avec « Summa cum laude », fait ses armes chez Roberto Cavalli et travaillé comme consultante auprès de grandes marques françaises, a compris les aspirations du moment. Sa marque, Casasola, met en avant la qualité des matériaux, exclusivement italiens, et crée ces nouveaux classiques qui enchantent une garde-robe sans l’air d’y toucher. Casasola Aïshti, Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.150 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.121

Sous la direction artistique du jeune créateur Maxime Simoëns, la maison Azzaro connaît un revival qui la propulse à l’avant-garde avec les codes qui ont fait son succès. Créée en 1962 par Loris Azzaro qui souhaitait « faire des robes que les femmes portent et que les hommes leur arrachent », la griffe était déjà placée sous le signe du sexy chic et du glamour dont elle restera l’emblème. La collection prêt-à-porter printemps été 2019 est une ode aux années 1980, épaules charpentées, smokings, caftans et plissés en tissus métallisés, paillettes et pluies d’étoiles. Pour un voyage dans l’espace et le temps, et une nuit de délire au Studio 54. Azzaro Aïshti, Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.130 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.121

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PHOTOS DR

ÉBLOUISSANT AZZARO


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BIPOD CÉLÈBRE 15 ANS D’ENVOLS (Guy Nader) et Maria Campos, une performance sur la généalogie de la danse. L’amitié libano-australienne sera célébrée le 9 avril avec un spectacle de Shaun Parker&Company. Le 10 avril, le multi-talentueux Ivo Dimchev donnera un spectacle total qui promet un grand moment d’émotion. Le 11 avril, ce sera le tour de "Flow" de la compagnie Linga et Keda, emmenée par le Conseil des Arts suisse à Beyrouth. Le lendemain, 12 avril, Keda présentera un concert de musique électronique hypnotique de E’Joung-Ju et Mathias Delplanque. Le final du festival est confié, le 13 avril, à la compagnie Samuel Mathieu, emmenée par l’Institut français Liban. À travers une puissante chorégraphie, le spectacle « Guerre » mettra en avant l’interaction entre musique et danse. Le festival Bipod se tient à Citerne Beirut, une structure mobile et éphémère, destinée à héberger la nouvelle scène artistique libanaise et basée non loin du fleuve de Beyrouth, à l’intersection des rues d’Arménie et Pierre 54

Gemayel. Tout au long de l’événement, et plus précisément du 8 au 12 avril, le public pourra accéder, sur réservation, à une installation vidéo 3D de six minutes : Das Totale Tanz Theater 360° réalisée par Interactive Media Foundation et FilmTank. Parallèlement à la programmation Bipod se tient, toujours à Citerne Beirut, la 8e édition de Moultaqa Leymoun, une plateforme qui réunit danseurs et chorégraphes principalement libanais, arabes et iraniens, tels que Yara Boustany (Liban), Hamdi Dridi (Tunisie), Cynthia Tokajian (Jordanie), Bassam Abou Diab, Gacia Tokajian (Jordanie), Jadd Tank, Stéphanie Kayal, Charlie Prince, Nivine Kallas (Liban), Hiva Sedeghat (Iran), Ramz Sayyam (Palestine). Master Classes et conférences feront, une fois de plus, du festival Bipod un grand moment de la vie culturelle libanaise. BIPOD 15th EDITION Du 4 au 13 Avril, CITERNE BEIRUT, Rue Armenia, El Nahr, Beyrouth, +961 71 616 624

PHOTOS DR

Les infinies possibilités du corps. Les infinies merveilles que peut tracer un corps sculpté, affuté, formé à écrire dans l’espace les silencieuses arabesques d’un alphabet universel. Le printemps de la danse s’appelle à Beyrouth « Bipod » et il fête cette année 15 ans d’existence. Le rendez-vous a lieu du 4 au 13 avril. Ce sera comme une réunion de magiciens ouverte au public. C’est Omar Rajeh avec la compagnie Maqamat qui ouvrira les festivités avec un spectacle de 60mn intitulé « #Minaret ». Le lendemain, 5 avril, ce sera le tour de Ghida Hachicho avec « Beyond a certain point, movement itself changes », une performance qui explore la trace du mouvement. Le 6 avril, Hiva Sedaghat et Mitra Ziaee Kia danseront "Azi Dahaka", interrogeant les ténèbres. Le même soir, Bassam Abou Diab et Jacopo Jenna danseront « Incontro », chacun, tour à tour, entraînant l’autre dans son univers. Toujours le 6 avril, la soirée sera clôturée par "Set of Sets" avec GNJMC


L’OFFICIEL NEWS

LA « LEE TOUCH » CHEZ BOTTEGA VENETA

Le tressage signature se fait damier et ose les couleurs vives. Les sacs, entre cabas, polochon de marin ou clutch souple en forme de trapèze et fermoir camouflé, intrecciato ou plein cuir, se déclinent eux aussi dans de brillantes tonalités de noir, de rouge et de vert. L’imperméable , en veau beige, perd ses manches ; les escarpins s’offrent un petit air rétro avec des brides arrière élastiques et un talon de moyenne hauteur très sixties qui avait longtemps disparu du paysage. Les baskets reposent sur des semelles aérodynamiques et un sol fluo. La collection Bottega Veneta a, ce printemps, un petit parfum Céline que son identité propre exalte. C’est en effet Daniel Lee, ancien directeur du design de la maison française, qui remplace Tomas Maier à sa direction artistique depuis près d’un an. Bottega Veneta Bottega Veneta, 143 Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.565 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.101

BURBERRY CÉLÈBRE LA DIVERSITÉ BRITANNIQUE Italien formé à Central St Martins, Riccardo Tisci en connaît un rayon sur la belle diversité anglaise. En pleine incertitude du Brexit, il fait chez Burberry une démonstration de la richesse du melting pot créatif que représente la culture britannique, faisant coexister le punk et le rebelle avec le strict et le raffiné. Succédant à Christopher Bailey, le directeur artistique qui a réanimé Givenchy déploie sous la griffe née du trenchcoat militaire une collection en forme de message de gratitude à Londres, illustrant sa rapide évolution et son incroyable énergie. Sous l’intitulé « Kingdom », le défilé printemps été Burberry a commencé par quelques secondes d’obscurité totale avant de baigner dans la lumière, symbole d’une nouvelle ère qui célèbre l’attitude, l’excentricité et l’individualité caractéristiques d’une culture à nulle autre pareille. Burberry Burberry, 137 Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.455 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.123

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L’OFFICIEL NEWS

SIDONIE, UN CLASSIQUE DE PRADA REVAMPÉ Des arêtes douces enjolivées de typiques détails métalliques, une forme ergonomique tout en galbe, un rabat avec languette de couleurs contrastées, Sidonie est un sac inspiré des archives contemporaines de Prada, plus exactement de la collection accessoires 2000 de la plus engagée des marques de luxe italiennes. Ce modèle qui fut pour Prada l’emblème de son entrée dans le nouveau millénaire descend lui-même d’un bagage dessiné par le fondateur Mario Prada en 1913. Tradition et innovation se concentrent donc dans ce sac qui n’est plus un sac, mais un trait d’union entre le passé, le présent et le futur. Éminemment féminin, il a un prénom, Sidonie, qui en fait un personnage à part entière. Prada Aïshti, Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, GF, +961 1 911 111 ext.104 Aïshti by the Sea, Antelias, GF, +961 4 717 716 ext.101

COMME UNE SCULPTURE De tous les domaines de la mode, celui de la chaussure est peut-être le plus fascinant tant il se prête à toutes les interprétations artistiques et à tous les fétichismes. En seulement trois ans d’existence, la jeune marque Neous fait déjà une différence dans cet univers de tous les désirs. Inspirées du Bauhaus, ses lignes épurées transforment l’escarpin en objet design. Sans concession sur la qualité des matériaux, Neous met au service du soulier une approche architecturale et un minimalisme audacieux. Créée par Vanissa Antonious, historienne et rédactrice à Harper’s Bazaar Australie et Grande Bretagne, en tandem avec Alan Buanne, artisan chausseur formé à Florence et dans les ateliers de design et développement de Nicolas Kirkwood, l’ADN de Neous est tressé de culture et de savoir-faire.

PHOTOS DR

Neous Aïshti, Rue El Moutran, Centre-Ville, Beyrouth, +961 1 911 111 ext.110 Aïshti by the Sea, Antelias, L2, +961 4 717 716 ext.123

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L’OFFICIEL TENDANCES

HESPÉRIDÉES

Désir irrépressible de ces couleurs acidulées qui nous mettent l’eau à la bouche. Solaires comme une eau de Cologne, écorce de citron, huile volatile de bergamote, ces teintes nous drapent d’un éternel été. PAR MARION GARNIER TEXTE FIFI ABOU DIB

Gucci

Hermès

Balenciaga

Emilio Pucci

Gianvito Rossi

Philosophy Di Lorenzo Serafini

Neous

Hermès

Philosophy Di Lorenzo Serafini

Fendi Balenciaga

Cult Gaïa

MSGM

Chloé Prada 58

PHOTOS DR

No21


L’OFFICIEL TENDANCES

ENFANTS DU MONDE

La vie bohème envahit nos vestiaires. On en a rapporté d’un peu partout, et puis porté un peu partout, ces imprimés exotiques qui donnent l’impression que nous sommes de passage, pas d’ici, toujours un peu ailleurs.

Balenciaga

Chloé

Prada

Anjuna

Saint Laurent

Red Valentino

Fendi

Philosophy Di Lorenzo Serafini

Loewe

Moschino

Chloé

Balenciaga Off -White

Diesel

Hermès 59

Philosophy Di Lorenzo Serafini


L’OFFICIEL TENDANCES

GRANDES BLEUES Parce que l’eau est notre élément natal et naturel, parce que nous savons murmurer à l’oreille des requins, parce que le bleu est notre nouveau rose et que nous sommes prêtes à surfer toutes les vagues, sonder tous les océans.

Balenciaga Diesel

Fendi

Heron Preston

Prada Diesel

Etro

Dsquared2 Sportmax

Maison Margiela

Calvin Klein

Hermès Balenciaga

Prada

Off -White 60

PHOTOS DR

Fendi


L’OFFICIEL ANATOMIE D'UN SAC

L’emblème Présentée avec la collection automne-hiver 2018/19, la ligne “Rajah” a refait son apparition au défilé été 2019. Elle est devenue l’une des lignes de sacs phares de la maison. Nommée d’après le mot sanscrit signifiant “prince” ou “roi”, elle se distingue par une tête de tigre rugissant. Synonyme de grâce, de force et de grandeur, cet emblème reflète la vision créative d’Alessandro Michele pour Gucci.

Symbolisée par sa tête de tigre, la nouvelle collection de sacs de la maison florentine porte en elle les codes de l’élégance et du luxe rétro. PAR LÉA TRICHTER-PARIENTE

L’embarras du choix Sophistiqués et décontractés à la fois, les sacs de la ligne “Rajah” se portent au bras ou en bandoulière. Coups de cœur pour le maxi-cabas en cuir (marron ou blanc), en velours monogramme GG (marron et bordeaux) ou en python (taupe), mais aussi pour les pochettes en cuir (blanc) ou toile monogramme GG, ainsi que pour la version sac en forme d’enveloppe déclinée en cuir lisse (lilas) ou en crocodile (parme). D’autres motifs Gucci, tels que le ruban “Web”, le mors à cheval et le double G, sont associés à la tête de tigre pour un effet vintage renforcé. Sac “Rajah” en cuir blanc, Gucci.

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Photo DR

LA LIGNE “RAJAH” DE GUCCI

Charme vintage Sertie de cristaux scintillants et d’émail coloré, la tête de tigre fait écho à une broche conçue dans les années 1940 par Hattie Carnegie, créatrice de mode et de bijoux adoubée par l’actrice Doris Day, la philanthrope Marylou Whitney, ainsi que Mary Wells Lawrence, première femme PDG d’une entreprise cotée à la bourse de New York.


AÏSHTI, DOWNTOWN BEIRUT, T.01.991 111 AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS, T. 04 717 716 EXT. 243

ALBERTAFERRETTI.COM


L’OFFICIEL FOCUS

COMME UNE ŒUVRE D’ART

Dries Van Noten

PAR F.A.D. 64

Photos DR

Broderies, brocards, tissus rares, peaux, fourrures, rien n’a jamais été trop beau pour nous vêtir, aussi vrai que nous sommes nés nus et doués de tous les talents pour réinventer notre propre apparence. Cette saison, la mode nous peint et nous transforme en fresques mouvantes et émouvantes.


L’OFFICIEL FOCUS

Moschino

Marni

Septembre 1998. Dans un hangar où se garent habituellement les camions de nettoyage municipaux, Alexander McQueen présente son défilé printemps été 1999. L’atmosphère légèrement nauséabonde contraste avec la sérénité de la collection, douce, vaporeuse et presque virginale, inhabituelle chez le nouvel enfant terrible de la mode. Aucun des présents n’a vu venir le moment choc. La danseuse Shalom Harlow, tout à l’heure vêtue d’un élégant smoking à même la peau, avait disparu pour réapparaître dans une robe en plusieurs couches de papier de soie. Debout sur une plateforme tournante taillée dans le podium, les bras en arrière comme prête à l’envol, ou plutôt dans une attitude d’abandon, elle est attaquée par deux robots destinés à la peinture des carrosseries. Tout en tournant sur son socle mouvant, elle reçoit des jets aléatoires de noir et de jaune qui tracent sur sa robe giclures et coulures et lui éclaboussent la peau. Inédit, le spectacle est à couper le souffle : on a l’impression d’assister tant à la création d’une œuvre d’art en direct qu’à un viol. Il y a quelque chose d’agressif dans cet assaut des robots, et de dérangeant dans la soumission de la ballerine. Mais un tournant définitif vient d’être pris. La mode austère des années 1990 vient de raccrocher pour de bon ses sobres blazers et ses déstructurations postatomiques. La jubilatoire insolence de McQueen a tout ringardisé. Depuis lors, l’industrie flirte avec l’art contemporain, variant ses engouements et ses appels du pied, multipliant les collaborations, enrôlant tantôt Takashi Murakami, 65

tantôt Richard Prince ou Yayoi Kusama pour conférer à de simples accessoires un supplément d’âme et peut-être d’éternité. Mais avec l’épuisement des ressources, l’heure devient grave et tous les créateurs savent que le temps du gaspillage est terminé. Bientôt, il sera de plus en plus difficile de produire davantage et déjà s’impose une tendance à la revalorisation de ce qui existe. Le vintage est revisité, les surplus ré-exploités, la récup’ est le nouveau chic. Dans la foulée, avec une poussée radicale cette saison, les imprimés démodés, comme exhumés d’un dépotoir, s’offrent une place glorieuse au soleil. Couleurs et dessins improbables, graffitis et généreux coups de pinceaux transforment les collections en parades de street-art, expositions mobiles, happenings fulgurants. Plus que jamais, la mode exprime les préoccupations du monde. A l’avant-garde des tendances et des attitudes de l’heure, le vêtement modifie le quotidien avec ses couleurs et ses humeurs. En nous ramenant à la spontanéité et à l’innocence de nos premiers gribouillages, en laissant place à la liberté du trait, loin des contraintes académiques, la mode a clairement quelque chose à dire sur les envies de notre génération.Et même si le message est crypté, comme ces étranges hiéroglyphes chez Balmain, ces collages exubérants chez Versace, ces taches arty chez Dries Van Noten, ces contrastes 3D chez Louis Vuitton, ces taches céruse sur beige chez Marni, ou ces gribouillages en zébrures, noir sur blanc chez Moschino, un peu plus d’art dans nos vestiaires, c’est toujours un peu plus d’esprit dans notre environnement.


L’OFFICIEL STYLE PAR F.A.D

PUISSANCE DE LA MATIÈRE

Une parka à capuche, en veau patiné, couleur caramel et surpiqûres, couleur blanc cassé. Une brassière esprit Guernesey, en maille de soie et coton. Une jupe trapèze, en veau patiné couleur caramel. Une ceinture à détail œillet, en veau de Tadelakt couleur fauve, et métal palladié. Un sac Musardine, en veau Butler couleur moka, à pochon en veau Epsom couleur cognac. Des sandales à brides en veau, couleur blanche. 66

PHOTOS DR

On touche et savoure d’abord avec les yeux. Les créations Hermès sont de véritables célébrations de tout ce que la nature a de plus beau à offrir. La beauté des matériaux impose à son tour un traitement respectueux de ces cuirs et fils supérieurs dans lesquels les couleurs se fondent jusqu’à saturation. Les silhouettes racontent toujours une histoire qui prend source aux origines de la maison. Le fondateur qui a élevé un savoir-faire classique, celui du harnais, à la noblesse d’un art, continue à transmettre ce goût jubilatoire de la belle ouvrage et l’amour du travail réalisé dans les règles de l'art, avec cette touche indescriptible qui fait une radicale différence. Chez Hermès, sophistication, précision et complications techniques sont masquées par l’évidence de la beauté pure.


Un manteau façon cape, en cachemire double-face, couleur orange néon, à empiècements en agneau nappa fin, couleur alezan, et cordage tressé de coton et agneau, couleurs blanc cassé et alezan. Un body en maille technique de soie rehaussée d’un fil d’élasthanne, couleur blanc cassé. Un short à taille haute et poches surdimensionnées, en toile de coton, couleur blanche. Une ceinture en veau Epsom, couleur blanche et métal palladié. Des sandales montantes, en nubuck et toile technique, couleur beige. 67


Une silhouette du défilé Chloé printemps-été 2019.

RETOUR AUX SOURCES Son cœur balance entre Woodstock et la Rive Gauche. Aussi bien arty qu’organique, la baba cool 2019 est-elle nouvelle au point de mériter la particule “néo” ? PA R M ATH I LD E B E RTH I E R 68

Nul doute que, dans la grande famille des idées fixes de la mode, le baba cool des années 1960/70 tient la pole position : on ne s’en lasse pas. De la pâquerette, du patte d’éph’, des lunettes mouche sur fond d’idéaux peace & love… Ces cinquante dernières années auront fait de la festivalière de Woodstock une caricature d’ellemême, délocalisée à Coachella et pétrie d’idéaux capitalistes. Une mise au point s’imposait donc. Bienvenue dans l’ère néo-hippie, soit l’apologie d’une beatnik d’avant les shorts en jean couture, les Ray-Ban dorées et la cigarette électronique. Cette fille-là est insensible au bling et son style s’en ressent : les matières sont organiques, assemblées artisanalement. Ainsi chez Missoni, cet été, Angela insiste sur l’idée d'un vêtement en puissance plus qu’en acte, voué à être une pièce unique : poncho, combinaison, chemisier sur sarouel…, les formes épurées – voire ascétiques – croisent des imprimés géométriques travaillés sur l’ensemble de la silhouette. Chatoyante dans l’austérité, l’allure évoque la Germanopratine plus que la Californienne, Loulou de la Falaise plus qu’Alessandra Ambrosio… Chez Chloé par Natacha Ramsay-Levi, Vetements ou encore Paco Rabanne par Julien Dossena, cette attitude va au-delà de la référence nostalgique. Elle signe une adhésion à des idéaux bien d’aujourd’hui : la mode durable qu’on chine ici, ailleurs, et souvent qu’on fait main. La totale liberté de mouvements – littérale et imagée – d’une fille qui quitterait bien la ville pour la campagne. Rurbaine, donc, insoumise à la surenchère de tendances… Cette néo-hippie aurait, enfin, recouvré sa dimension engagée.

Photo Marcio Madeira

L’OFFICIEL TENDANCE


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Conçu en 1997 par Silvia Venturini Fendi, le “Baguette” est considéré comme le premier it-bag. Il continue sur sa lancée glorieuse avec plusieurs nouveautés et trois courtsmétrages qui lui sont consacrés. PAR LAURE AMBROISE

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Alors que certains sacs doivent leur succès à celles qui les ont inspirés, comme le “Speedy 25” de Louis Vuitton conçu tout spécialement pour Audrey Hepburn (1965) ou le “Birkin” d’Hermès pour la belle Jane (1984), le “Baguette” de Fendi lui n’a pas été créé pour une personnalité ni inspiré par une actrice mais c’est bien l’une d’elles qui l’a rendu célèbre. Avec lui, la notion de sac culte s’est transformée en celle de it-bag, avec une connotation plus mode. On ne lui réserve pas seulement les pages des magazines de mode, il a aussi droit à sa

Photos DR

IL MAESTRO DES SACS


L’OFFICIEL STYLE

série télé et pas n’importe laquelle : la très culte Sex and the City et son héroïne Carrie Bradshaw qui lui donneront ses lettres de noblesse et la célébrité. C’est un véritable conte de fées pour la maison romaine. Naissance d’un mythe Le “Baguette” doit son succès à Silvia Venturini Fendi, qui est appelée par Karl Lagerfeld pour reprendre les accessoires de la maison Fendi dans les années 1990. Elle le conçoit alors que le sac en nylon Prada est roi. Ce n’est pas un sac qu’on cache, il s’impose malgré sa petite taille. La créatrice confiera à The Independent : “Je pense que son succès étonnant est dû en partie au fait que les femmes ont trouvé un nouveau lien émotionnel avec le ‘Baguette’. C’est le premier sac que tu portes sur ton cœur. C’est comme une ceinture de sécurité. Il en existe tellement de versions, c’était le contraire de ce qui se faisait à l’époque. Et, bien entendu, nous ne nous attendions pas à un tel succès, nous n’étions pas prêts à les produire en si grande quantité. Cela nous a donc fait faire la fameuse liste d’attente.” Ce petit sac profilé, porté sur une bretelle courte, s’adaptant aux styles de celles qui le portent grâce à ses couleurs, imprimés et matériaux aussi diversifiés que possible, devient le nouvel élu de la mode, celui dont on ne peut plus se passer. Et personne ne lui résiste, la liste est longue, très longue, de celles qui, après Carrie Bradshaw, l’ont rendu célèbre : Rihanna, Sharon Stone, Madonna, Julia Roberts, Emma Stone, Jennifer Lopez, Adriana Lima, Constance Jablonski, Freida Pinto…, jusqu’à plus récemment Gigi Hadid. Le come-back Vingt-deux plus tard, le “Baguette” continue de nous envoûter et fait un retour en force cette année. Légèrement redimensionné et toujours proposé dans les formats oversize et mini, il est confectionné dans des matériaux et coloris haut en couleur (jusqu’au fluo) incluant le cuir au logo FF en relief, démonstration du savoir-faire maison. Et la nouveauté ne s’arrête pas là puisqu’il se porte désormais aussi en bandoulière. À l’occasion de ce renouveau, Fendi rend hommage à son sac culte à travers trois courts-métrages baptisé #BaguetteFriendsForever, filmés à

Shanghai, Hong Kong et New York et diffusés sur les réseaux sociaux. Celui qui se déroule dans la ville qui ne dort jamais met en scène les influenceuses et mannequins Caro Daur, Natasha Lau, Ebonee Davis (en photo ci-dessous) et Melissa Martinez, leur amitié et leur obsession pour le “Baguette”. Son histoire n’est pas près de finir, et c’est tant mieux pour nous.


LA VIE EST UN JEU Les couleurs ne cesseront jamais de nous éblouir, preuve que nous ne cesserons jamais d’être des petites filles. Photographie Tony Elieh Direction de Création Mélanie Dagher Direction Artistique Sophie Safi


Sandales, NEOUS.


Sac, MIU MIU. Sandale, GIANVITO ROSSI. Page de gauche: Sacs, LOEWE.


Escarpin, MALONE SOULIERS BY RAY LUWOLT.


Sac, CULT GAIA. Escarpin, PRADA.


Sandales, HERMÈS. Page de droite: Sandale, BALENCIAGA.


Sac, MERCEDES SALAZAR.


Escarpin, RED VALENTINO.


L’OFFICIEL COLLECTOR

DU JAMAIS VU

PAR LAURE AMBROISE

Devenu une obsession depuis sa première sortie sur le show printempsété 2019 de Chanel, le “Side Pack” c’est un duo de sacs en agneau matelassé et rabats fermés d’un double C qui se porte croisé sur chaque hanche. Du jamais vu dans le monde des accessoires de luxe, qui nous avait habituées jusqu’à maintenant à de nouveaux volumes, de l’accordéon à l’oversized mais certainement pas à de nouveaux portés depuis le come-back du cross body. Paré de ces deux bandoulières en chaînes

entrelacées de cuir qui se glissent à la manière d’un col V de part et d’autre du cou, ce sac se veut fonctionnel et élégant. Existant en trois tailles, il adopte les couleurs les plus emblématiques de Chanel avec du noir, du blanc, du beige mais aussi du jaune citron ou du rouge. Mis en scène par Karl Lagerfeld himself sur le top Vittoria Ceretti (en photo ci-dessous) mais également sur Rebecca Leigh Longendyke, Kris Grikaite, Nora Attal et Hyun Ji Shin, il est l’un des accessoires les plus modes de la saison.

Photos Karl Lagerfeld

Après le “2.55”, le “Boy”, le “Gabrielle” et le “Chanel 31” entre autres, la célèbre maison de la rue Cambon lance le “Side Pack”, véritable révolution avec son concept 2-en-1.

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Photo Mazen Abusrour


SOUS LE CHAPITEAU DE DIOR À DUBAI


L’OFFICIEL STYLE

Au milieu de Safa Park, ce 18 mars, un immense chapiteau dressé sur la pelouse. Des guirlandes lumineuses parcourent les cordages et le fronton indique tout simplement « Dior ». A l’entrée, dans le soir qui tombe, des jongleurs et des cracheurs de feu. La maison parisienne a transporté son défilé haute couture printemps été 2019 à Dubaï. PAR F.A.D

Clair-obscur et culture photo Sur la pelouse, parmi les korrigans qui soufflaient feu et flammes, les plus belles femmes de l’Émirat, toutes ou presque en Dior, rivalisaient d’élégance. Les nombreux photographes se déplaçaient avec des cercles lumineux pour optimiser leurs effets. Au photo-booth, des invités de toutes

origines faisaient la queue pour une seconde d’immortalité. A l’intérieur de la tente, la piste soutenue par des colonnes commandait un parcours en spirale sur le damier en losanges pastel. L’atmosphère brumeuse, floutée par une lumière rosâtre, engloutissait les invités dans un clair-obscur ouaté. Produit et dirigé par le bureau Betak, le spectacle était rythmé par les sons de Sidney Guillen et Samad Jble sous la direction artistique de Michel Gaubert. L’explosion des premières notes fut accompagnée d’un subit éclairage a giorno et la suite évoquait une ouverture en cavalcade, inspirée du Galop du cirque Renz . Les mannequins, tous coiffés de bonnets pailletés de diverses nuances créés par Stephen Jones, mettant en valeur le maquillage conçu par Peter Phillips avec des signes cabalistiques sur les tempes. Une Parade à la Dior « Est-ce un homme ou une femme ? Ni l’un, ni l’autre - c’est un clown » indique en exergue le communiqué de presse de la collection, d’après une citation de Sylvie Nguimfack-Perault extraite de « Le costume de clown blanc : Gérard Vicaire, la passion pour seul habit ». Tout le programme est dans ces quelques mots, et la collection imaginée par Maria Grazzia Chiuri, pour somptueuse, n’est pas aveuglément dédiée à 92

Photos DR

Début février, c’est au musée Rodin que Dior, somptueux saltimbanque, jouait les Medrano. Sous la direction artistique de Maria Grazzia Chiuri, la griffe la plus mythique de Paris était allée chercher ses paillettes dans le dernier univers où celles-ci font encore sens : le cirque. Mais le cirque à l’ancienne dont on guettait le passage et attendait l’installation, émouvant spectacle entre joie et douleur, farces et poésie, Augustes, Pagliacci, Clowns blancs, acrobates et funambules, jongleurs et cracheurs de feu. Et parce qu’aucune représentation, fut-ce un défilé de mode, ne peut toucher son public sans émotion, la collection Christian Dior haute couture printemps été 2019 s’est inspirée de la Parade de Jean Cocteau, de la musique d’Eric Satie, des Nuits de Cabiria de Fellini, autant d’artistes sensibles à la féerie du cirque, à son côté irréel, éphémère, spectacle qui s’effondre à l’extinction des lumières et disparaît dans la nuit, sans cesse sur le départ.


L’OFFICIEL STYLE

l’exaltation de la féminité. C’est plutôt à une réinvention de soi qu’invite la directrice artistique de Christian Dior, avec une subtile contribution au renforcement des femmes. Dans cette Parade, elles sont danseuses, jongleuses, écuyères, Colombine, dompteuses ou clowns si elles le souhaitent. Du noir et blanc, des fraises, des rubans, des cravates, des brandebourgs, des plissés, des corsets de cuir, des tissus qui réfléchissent la lumière, des losanges d’arlequin, des emprunts à la série des clowns de Picasso, des pastilles, des tutus, des léotards d’acrobates, robes longues à volants et godets surdimensionnés, beaucoup de shorts et de capes longues ou courtes -vêtement magique s’il en est, des robes intangibles, enveloppées de nuages de tulle, des ruissellements de cristaux brodés, des motifs de flammes et d’astres… Bien évidemment, la silhouette Dior, toujours serrée à la taille, toujours en jupes fluides ou ballon et vestes bar réinterprétées est omniprésente. Les chaussures, babies de Pierrot croisées et bottillons pailletés à motifs d’étoiles vont inévitablement faire fureur. Au fond du cirque, un autre cirque Quinze nouvelles silhouettes spéciales ont été ajoutées à la collection pour l’événement de Dubaï. Relevées d’or et de rouge intense, ainsi que de nuances subtiles de vert et de lilas, elles déclinent entre jupes plissées en tissu métallisé arc-en-ciel, redingotes longues ajustées à brandebourgs, des vestes interprétées en capes courtes également plissées, autant d’adaptations flamboyantes en réponse aux attentes d’une clientèle inconditionnellement passionnée par la griffe et la magie qu’elle comporte. A la fin du défilé, Maria Grazzia Chiuri, modeste et effacée dans un tailleur pantalon noir, est venue rejoindre les mannequins pour le salut de départ. Et tandis qu’une explosion faisait pleuvoir des milliers de confettis dorés, masquant le lever spectaculaire d’un rideau rouge au fond de la tente, elle a tourné le dos au public en même temps que les modèles. Sur la musique toujours émouvante composée par Nino Rota pour le film 8 ½ de Fellini, la petite troupe s’est dirigée vers l’espace annexe, accueillie par des acrobates échassiers, debout sur d’immenses ballons. La fête s’est poursuivie ainsi, d’un cirque à l’autre qui semblait éternel, sous les lettres de lumière qui indiquaient : Dior Parade. 93


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L’OFFICIEL LE MONDE DE

RASEEL HADJIAN Co-directrice de Carwan Gallery à Beyrouth, Raseel Hadjian fait partie des locomotives de l’art contemporain libanais et régional. Entre ses souvenirs d’enfance au Liban entourée d’artistes et d’intellectuels, son amour pour sa ville et le rayonnement international de Carwan, elle nous raconte sa passion, son action et sa vision de l’art en général et dans les prochaines années.

V

otre engagement dans l’art contemporain, hasard ou vocation? Parlez-nous de votre parcours. Sans en être vraiment consciente, j’ai été immergée très jeune dans le monde de l’art contemporain. Mon expérience de l’art s’est faite de plain-pied, à travers ma mère, commissaire d’art, et son cercle d’amis écrivains, artistes, photographes et cinéastes. Je n’ai jamais distingué ces gens de leur art ou vu cela comme un travail. J’ai compris assez tôt que c’était la manière dont ils vivaient et respiraient. Ma mère faisait en sorte que je l’accompagne le plus souvent possible, d’une part parce qu’elle voulait m’initier à ce monde et d’autre part parce que, comme elle travaillait et que c’est ce que font les mères qui travaillent, elle n’avait pas vraiment d’autre choix. C’était une manière bien peu habituelle d’apprendre l’art, mais sans doute la meilleure. Je n’ai même pas de mots pour décrire à quel point ce fut extraordinaire, excitant et inspirant pour la petite fille que j’étais d’être ainsi confrontée à une telle diversité de formes d’expression artistique. Le terrain de jeu ultime !

PAR F.A.D PHOTOGRAPHIE TONY ELIEH

Si vous n’aviez pas travaillé dans l’art, quelle aurait été votre autre option ? Les arts font intrinsèquement partie de ma vie, mais j’ai choisi aussi d’avoir une carrière parallèle. J’ai malgré tout d’autres centres d’intérêt dont la mode fait partie. Je ne perds pas de vue l’option de travailler un jour dans la mode. Les champs d’action qui m’attirent sont très imbriqués les uns dans les autres et je les conçois de manière holistique. 96


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Où avez-vous grandi ? Quels sont vos meilleurs souvenirs d’enfance ? Je suis née et j’ai grandi à Beyrouth. L’un de mes meilleurs souvenirs d’enfance, c’est mon père me ramenant de l’école et notre traversée du campus à pied. On poursuivait la marche à travers les jardins de l’AUB pour rejoindre la maison de mes grands-parents, à côté de la rue Bliss, juste à temps pour le déjeuner.

participe à trois ou quatre foires internationales chaque année et j’y suis souvent présente. Ce sont des périodes à la fois frénétiques et passionnantes. Comment se déroule une journée de Raseel Hadjian ? Les emails avant toute chose. Selon les jours, nous avons souvent des consultations chez le client. Je reviens ensuite vers mon courrier pour assurer le suivi des projets en cours, qui vont des commandes routinières aux nouvelles œuvres commissionnées par la galerie. Ces dernières sont toujours source d’excitation. Il nous arrive d’aller jusqu’à développer de nouveaux échantillons de matériaux. Nous jouons autour de l’idée initiale.

Où vivez-vous aujourd’hui ? Où auriez-vous aimé vivre et pourquoi ? Je vis à Beyrouth. Idéalement, j’aimerais passer la moitié de mon temps à Beyrouth et l’autre moitié à l’étranger. Je me suis beaucoup attachée à Milan ces derniers temps, à travers mon travail. Une fois là-bas, il est tellement facile de rejoindre n’importe quel autre lieu en Europe.

Quelles ont été vos plus belles rencontres artistiques ? Comment ont-elles eu lieu ? L’une des rencontres artistiques les plus inspirantes que j’aie connue a eu lieu lors de ma visite de la villa Santo-Sospir à Saint Jean Cap Ferrat. Cette villa fut habitée par Jean Cocteau dans les années 1950. Elle appartenait à Francine Weisweiller, une femme de la haute société française, mécène des arts et de la mode. Cocteau pensait y passer une semaine. Il a fini par y demeurer 11 ans. Il en a entièrement décoré les murs de fresques, la plupart sur des thèmes mythologiques. Rebaptisée « la Villa tatouée », la maison accueillit Henri Matisse, Marlene Dietrich, Yves Saint Laurent et Picasso. Les histoires qu’elle recèle sont époustouflantes. L’énergie, à Santo-Sospir est si palpable que j’ai eu l’impression, durant quelques instants, d’être projetée dans le temps parmi ces personnes fabuleuses. C’est là que j’ai expérimenté pleinement le pouvoir de l’art de

Êtes-vous artiste vous-même ? Je ne suis pas une artiste. Je ne saurais dire si c’est un soulagement ou une malchance. Pouvez-vous définir brièvement votre rôle de directrice à la galerie Carwan ? Je travaille de près avec les cofondateurs Nicolas Bellavance Lecompte et Pascale Wakim sur la programmation de la galerie. J’ai le privilège de voir des projets extraordinaires se développer et prendre frome, avec certains des plus grands noms du design. Il m’arrive aussi d’offrir aux clients des consultations sur leurs intérieurs et je les renseigne en permanence sur les nouveaux arrivages de la galerie. Carwan 99


L’OFFICIEL LE MONDE DE

vivre en vous, de vous donner la possibilité de transformer un espace et de transcender le réel. La villa, comme le disait Cocteau, « est un autre monde, un monde dans lequel il est indispensable d’oublier celui dans lequel on vit ». Que conseilleriez-vous aujourd’hui à un/une jeune artiste ? D’expérimenter de nouveaux médiums, de collaborer avec d’autres artistes et d’essayer de nouvelles techniques. Ne pas se limiter à la vision étroite et isolée de leur propre conception du monde et de leur propre savoir-faire. Quelles sont à votre avis les tendances de l’art en 2019-20 ? Quelle différence verrons-nous avec l’art des années 2010 ? Cela fait un moment que nous assistons à la montée d’un art dirigé par la technologie et de studios équipés de machines de pointe. Parallèlement se manifeste un retour à la matérialité et à la nature, en raison des préoccupations environnementales et à la diminution des ressources. Nous sommes à un moment où ces différentes tendances fusionnement, et cette intersection est en train de produire de nouvelles formes esthétiques. Quels sont vos lieux préférés dans votre ville ? Le campus de l’AUB, la plage du Sporting, mon quartier de Gemmayzé, le Casablanca. Comment aimez-vous vous habiller ? Du sex-appeal et un power-dressing subtil.

Que lisez-vous en ce moment ? « Art as therapy » d’Alain de Botton. Quelle musique écoutez-vous en boucle ? Les albums de jazz de mon père. Quel est le film que vous avez le plus aimé cette année ? Je n’ai pratiquement pas visionné de nouveaux films cette année. Quel est l’artiste qui vous impressionne le plus en ce moment ? Pourquoi ? Je suis constamment impressionnée à la fois par les nouveaux artistes contemporains et les anciens maîtres. Qu’est-ce qui vous a conduit, avec la galerie Carwan, à organiser une exposition à Chesa Planta* ? Comment s’est passé l’exposition ? Carwan participe à « Nomad », l’exposition itinérante de design exclusif, depuis sa première édition à la villa La Vigie à Monaco. Nous sommes convaincus que le fait de visiter différents pays et expérimenter le design dans un environnement intime et domestique, éclairé d’une lumière naturelle, au milieu d’une tribu de gens partageant la même passion et qui sont devenus des amis proches, est une formule d’avenir. @raseel.hadjian

*Musée à Samaden, Suisse, à cÔté de Saint Moritz 100


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L’OFFICIEL STYLE

LE PRINTEMPS MODERNISTE D’ALESSANDRO SARTORI POUR ZEGNA Venu à Beyrouth en novembre dernier pour présenter les nouvelles orientations de Zegna, Alessandro Sartori, brillant directeur artistique de la prestigieuse marque masculine basée dans le Piémont, a démontré que le style est avant tout le reflet d’un art de vivre.

PAR F.A.D

L’

homme qui a dirigé de 2003 à 2011 la création de l’audacieuse ligne Z Zegna, la plus sportive et décontractée de la marque piémontaise, avait fait un détour par le chausseur et maroquinier Berluti, le temps de secouer ses certitudes et prendre un peu de recul. En 2016, il est rattrapé par ses premières amours : « Je suis revenu parce que Gildo (ndlr Gildo Zegna, PDG du groupe) voulait développer une nouvelle orientation pour la marque. L’idée était de regrouper toutes les lignes en une, sous le label Zegna, et en faire la plus grande griffe mondiale du luxe masculin ». Jusque-là, Zegna créait trois collections par saison : Couture, Sur-mesure et Z Zegna. La mission d’Alessandro Sartori consistait à trouver une identité commune aux trois lignes et faire en sorte que l’on puisse associer et combiner à loisir le formel et l’informel, le prêt-àporter et l’exclusif en toute harmonie. Une qualité liée à la culture du beau A son arrivée à Beyrouth, au seuil de l’hiver, Satori fut ravi de voir l’entrée de la Fondation Aïshti transformée en un paradis automnal entourant des mannequins de vitrine habillés de manière à refléter parfaitement son objectif. Les pieds dans un tapis de feuilles mortes, entourés d’arbres

dénudés, les mannequins étaient revêtus d’éléments de la collection automne hiver 2018-19 inspirée de l’Oasi Zegna. Cette oasis, comme son nom l’indique, est plus précisément un parc naturel de 100km2 créé par le fondateur de la marque, Ermenegildo Zegna, autour de sa première usine textile, à Trivero, dans le Piémont. Développée en véritable petite ville destinée à maintenir sur place les employés de la firme, Trivero ressemble à une cité pilote, avec école, hôpital, parcs et tout un complexe qui assure l’épanouissement de ses habitants. L’usine elle-même reçoit ses matières premières de tout un réseau intégré, comprenant même une laine de vigogne issue de fermes péruviennes pour lesquelles Zegna détient des licences. Sartori explique, à cet égard, que « Pour un designer, disposer de tout l’équipement nécessaire à sa cuisine est un véritable bonheur. » En ce qui concerne les valeurs de l’entreprise, il ajoute que « La marque considère que la qualité de ses produits ne peut être assurée que par une culture du beau qu’elle insuffle et assure à ses employés, techniciens et artisans ». Zegna et la vision de Neimeyer De fait, Zegna fabrique et développe ses propres tissus et possède ses propres laboratoires et ressources. Parmi ces 104


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L’OFFICIEL STYLE

textiles innovants, citons l’étonnant « Techmarino » dont Sartori précise qu’il s’agit de « pure laine, sans produits chimiques, lavable en machine sans repassage ». Une laine « wash and go » en somme, destinée aux jeunes hommes d’affaires qui passent leur vie entre deux avions. Pour l’été, le Techmarino est décliné en maille de jersey. La collection de la belle saison, présentée au siège de la société Mondadori, sublime architecture moderniste en bordure de Milan, conçue par Oscar Neimeyer et construite en 1968, reproduit les formes et couleurs du mythique bâtiment. Pantalons amples à rayures ou carreaux, blazers légèrement surdimensionnés en imprimés audacieux, hauts sans manches évoquant des gilets à fermetures à glissière, autant d’éléments qui baignent dans une palette solaire, entre vert acidulé, rose, jaune et diverses nuances de bleu et redéfinissent une nouvelle vision de la mode. L’élégance intemporelle de Zegna, jamais guindée, à la fois futuriste par ses matériaux, consolidée par un savoir-faire infaillible et ancrée dans l’urgence du présent, se reconnait désormais à un signe distinctif aussi discret qu’efficace : le « X » signature des maîtres couturiers et maroquiniers. 105


2 2 5 F o c h S t . , D o w n t o w n B e i r u t , Te l . + 9 6 1 1 9 9 1 1 1 1 E x t . 4 8 0 A ï s h t i B y t h e S e a , A n t e l i a s , Te l . + 9 6 1 4 4 1 7 7 1 6 E x t . 2 3 4


À L’HEURE JAPONAISE Quel beau défilé que celui présenté par Valentino à Tokyo pour sa collection pre-fall. Retour sur un show pas comme les autres qui prouve que la tradition n’exclut pas la modernité. PAR LAURE AMBROISE

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La majesté du lieu brut et désaffecté, la beauté des vêtements et la dramaturgie musicale de la pianiste Angèle David-Guillou (interprétant sa composition Desert Stilts) furent tout simplement envoûtants. Les inspirations de Pierpaolo Quand on voit le moodboard de Pierpaolo Piccioli pour cette collection, on aperçoit des images de Brooke Shields et de la top-modèle Yasmeen Ghauri dans des robes couture des années 1980. Mais

Photo Sonia Moskowitz

Ci-dessus, backstage du défilé Valentino pre-fall 2019, à Tokyo en novembre dernier.

À l’occasion de sa dernière collection pre-fall, le designer de la maison Valentino, Pierpaolo Piccioli, a décidé de rompre avec les habitudes de la marque en faisant défiler en même temps l’homme et la femme à Tokyo. Le changement de décor n’a pas été qu’une histoire de pays, mais également de scénographie, le podium intégrant les codes de Valentino aux traditions du Japon, où cohabitent romantisme et modernité. Comme à chacun des défilés de la marque, la magie a opéré.


L’OFFICIEL EN VUE

De haut en bas, Valentino Garavani; “Le Triomphe de la chasteté” (1465), de Piero della Francesca; Valentino et Natalia Vodianova.

aussi un buste romain, des tableaux de madones, des jardins italiens, des fleurs, des antiquités, des détails d’architecture, des photos de mode japonaise, tout un monde très cher au designer. Hommage au pays hôte De ces inspirations est née une collection de quatre-vingt-dix silhouettes à étages, rouges et noires, tout en volumes qui ne sont pas sans rappeler les créations de designers japonais comme Rei Kawakubo ou Yohji Yamamoto, à la façon d’un hommage tout en subtilité. Chaque création a été imaginée selon la notion de wabi-sabi (concept qui relie deux principes : le wabi synonyme de mélancolie, nature, tristesse et simplicité, et le sabi qui est l’altération par le temps, la décrépitude des choses vieillissantes et la patine des objets). Un défilé qui prouve encore une fois que Valentino navigue entre beauté du passé et modernité assumée. 109


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SANDRA MANSOUR EN DIX ANS ET ONZE MINUTES


L’OFFICIEL STYLE

En 2019, Sandra Mansour fête les dix ans d’existence de sa maison de couture. Fruit d’un parcours tracé avec détermination et aplani par des hasards heureux, la marque éponyme de la jeune créatrice libanaise affirme son identité et s’installe dans la durée. PAR F.A.D

Le logo est affiché en pignon au-dessus d’un portail noir donnant sur une allée qui s’enfonce en direction des contreforts de Gemmayzé. Sandra Mansour nous accueille à la porte et nous ouvre le passage duveté de moquette gris perle, quelques marches plus bas, vers un vaste espace blanc mordoré par le soleil hivernal. Au sol, nappe de terrazzo blanc incrustée de grands éclats de marbre. Un grand canapé de velours jaune assure au visiteur une vue de premier plan sur la collection exposée sur portants et dont certains modèles sont mis en valeur sur des mannequins d’atelier. À tout moment, on s’attend à voir sortir des vastes et luxueuses cabines d’essayage alignées sur la droite quelque future mariée troublée d’en être déjà à ce tournant de sa vie. Si la créatrice s’est fait une solide réputation dans ce secteur particulier de la haute couture qu’est la robe de mariée, elle n’y est venue que par hasard. Management, Beaux-Arts et tentation des tissus Et puis d’ailleurs, que voulait au départ la frêle brunette vêtue de noir, silhouette d’elfe et regard songeur ? Sandra Mansour 111

aurait voulu être une artiste. A l’école, « élève limite» telle qu’elle se décrit, elle multipliait les options artistiques, sauvant sa moyenne générale avec son joli coup de crayon. Il faut dire que, déracinée de son Genève natal et transplantée à Beyrouth à l’âge de 12 ans, elle avait déjà tout un processus d’adaptation à gérer, le divorce récent de ses parents ne facilitant pas les choses. C’est dans l’art et par la grâce de son talent qu’elle s’affirme. Elle sait déjà qu’elle fera les BeauxArts. Pourtant, trop heureuse d’avoir réussi à décrocher son bac, elle oublie de s’inscrire à l’université et, à la rentrée, ayant quasiment raté le coche, elle n’a que la possibilité de se faire admettre en management dans une université américaine de Genève qu’elle quitte six mois plus tard pour rejoindre la Webster University, toujours au bord du Léman et s’y engager, au grand bonheur de son père que ce parcours rassure, pour trois ans de business avec option psychologie. A cette époque, elle est consciente de faire fausse route, bien qu’aujourd’hui elle se félicite de cette formation qui lui permet de diriger son entreprise avec diligence. En secret, elle prépare un portfolio qu’elle a l’intention de présenter aux Beaux-Arts de


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Genève. Elle fait partie des 80 admis à la dernière sélection. Le jury est composé de grands artistes dont, se souvient-elle, John Armleder en personne. « Dessinez à l’envers le paysage que vous voyez de la fenêtre » : Sandra Mansour est dans son élément. Pour une fois que regarder par la fenêtre d’une salle de classe fait partie des consignes ! Et elle est acceptée. Au cours des deux premières années, elle a l’occasion de participer à un atelier où la mode est abordée par le biais de l’architecture, et déjà se sent attirée par le chatoiement des tissus. Un stage chez Elie Saab et une voiture pour atelier En 2008, lors des vacances de Pâques, Sandra Mansour revient à Beyrouth et, à travers une amie commune, fait la connaissance d’Elie Saab qui l’accueille en stage dans ses ateliers. Deux semaines durant, la jeune femme est transportée. Elle n’arrive pas à mettre de mots sur ce qui est en fait une révélation. Elle a le sentiment d’avoir réellement trouvé sa place. Au lieu de regagner l’école des Beaux-Arts, elle reste chez le grand couturier et fait ses armes quatre mois durant dans tous les départements de la maison. Elle s’inscrit ensuite à l’institut Marangoni Paris et poursuit sa collaboration au siège parisien d’Elie Saab. Décidément, la vie au Liban l’appelle. Elle ne veut plus se sentir ballotée, déracinée. Elle constate par ailleurs que la dynamique industrie libanaise de la couture manque de femmes. Elle contribuera à combler ce vide. Avec un tout petit budget, elle se lance toute seule, prend des cours d’arabe, fait la tournée des fournisseurs, engage une couturière qui est aujourd’hui sa chef d’atelier, achète quelques tissus. Sa cousine se fiance et elle propose de lui réaliser une de ses robes de soirée. Le succès de la robe lui vaut trois premières commandes. Rien n’est simple sans atelier. La créatrice vit dans sa voiture, court du fournisseur au teinturier, du teinturier au patroniste, du patroniste à la couturière, présente des croquis, revient avec les prototypes chez les clientes qui sont, par hasard, toutes les trois avocates. Les essayages se font dans leurs études respectives. Les robes repartent épinglées chez la couturière… Sandra Mansour a décidément besoin d’un atelier et d’une véritable équipe. Une robe comme une autre et un tiercé de princesses Grâce à un prêt Kafalat spécialisé dans les PME, la créatrice se lance dans l’établissement de sa première maison de couture, rue Spears. A quatre, plus une brodeuse et un patroniste payés à la pièce, l’équipe réalise une petite collection de 5 modèles en 22 pièces que la créatrice entend présenter à la semaine parisienne du prêt-à-porter. Il en résulte trois commandes dont deux ne seront jamais payées. Mais la machine est en marche. Très vite, le bouche à oreille et les réseaux sociaux, notamment Facebook, Instagram n’ayant pas encore accaparé la Toile, ajoutés à un site web bien

pensé, font connaître cette petite maison où l’on fait les choses avec goût et sensibilité. Une jeune femme venue d’Arabie Saoudite demande à Sandra Mansour de lui faire sa robe de mariée, un sujet que la créatrice n’avait pas encore abordé. Mais elle accepte le challenge, se dit que c’est une robe comme une autre avec quelques métrages de tissu en plus. Elle apprend surtout à gérer l’anxiété et le stress de la cliente, inhérents à ce genre de projet. La deuxième robe de mariée est commandée par une jeune Libanaise. Cette fois, la créatrice peut l’accompagner jusqu’au seuil de l’église. Elle ressent sa fébrilité, lui tient la main, la rassure, ajuste même le nœud papillon de son père et se sent comblée par l’émotion ressentie. Très vite, la robe de mariée devient son cheval de bataille. Bientôt, elle réalise la robe de Cleopatra de Hottingen. Mette Marit de Norvège, qui découvre son travail sur Instagram, passe commande à son tour. Enfin, la créatrice de mode russe Ekaterina Malysheva, se rendant à Gstaad pour le mariage d’Andrea Casiraghi veut, elle aussi, sa robe Sandra Mansour. Celle-ci sera suivie, un peu plus tard, d’une commande de plusieurs robes, notamment une robe de mariée, pour son union avec le prince Ernst-August Junior de Hanovre. Le père de ce dernier s’oppose au mariage. S’ensuit une médiatisation qui profite à la jeune maison de couture, malgré une série de suspense qui connaîtra finalement un dénouement heureux. Raconter des histoires Délogée de son espace rue Spears qui a été revendu, Sandra Mansour est installée à Gemmayzé depuis 3 ans. A nouveau local, nouveau départ et la maison se développe doucement, organiquement, grignotant les étages qui se vident comme par miracle, en affirmant son identité qui se voudra toujours exclusive et « niche ». La créatrice qui déclare adorer raconter des histoires confie à la réalisatrice Mounia Akl le tournage d’un film mettant en scène sa collection automne hiver 2018. Ce sera « 11 minutes », un court-métrage qui met en scène les robes les plus iconiques de la saison dans un contexte onirique, presque sans référence d’espace ou de temps, dont chacun peut interpréter la trame comme bon lui semble. Avec des titres comme « L’air de l’eau », « Trajectoire du rêve», « La clé des champs » ou « L’amour fou », chaque minute est une évasion hypnotique qui semble durer une éternité. A l’image s’ajoute, pour l’été 2019, la musique avec les rythmes africains de la danse zaouli. La collection bridal, intitulée « L’Ombre d’un miracle », décline des motifs de broderie colorée joliment doublés de leur ombre brodée en cristaux incolores. L’automne hiver 2019, en préparation, met en scène dans de beaux velours chauds aux couleurs froides, des motifs en dévoré, dessinés par la créatrice, de chevaux planants et d’ours polaires. Conteuse, on vous l’a dit. sandramansour.com 112


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ESCAPADE ITALO-AMÉRICAINE Pilotée cette saison par Anthony Baratta, star américaine des designers d’intérieur, la ligne Weekend de Max Mara s’offre un crochet par le Massachusetts. La preuve, une fois encore, qu’art de vivre et mode ne font plus qu’un. PA R M ATH I LD E B E RTH I E R

Rencontre en ligne Et le vêtement, dans tout ça ? Avec trente-huit ans de carrière derrière lui, Anthony Baratta restait vierge de toute collaboration avec une maison de mode jusqu’à ce printemps 2019 et une collection capsule pour la ligne Weekend de Max Mara : “C’est une 114

grande première pour moi, quoique certains de mes tissus aient déjà été utilisés par des créateurs de mode. L’idée d’une collaboration a germé par le biais d’Instagram. Chacun a découvert le travail de l’autre, je me suis plongé dans les archives de Max Mara, et vice versa. L’inspiration a été mutuelle.” Corsaire, robe foulard ou à galons, kimono, sac “Pasticcino”, slippers…, les douze pièces dessinées par Anthony Baratta portent haut l’imprimé “cabinet de curiosités” sur fond de coupes au cordeau : “Pour moi, cette marque de mode dégage une certaine idée du luxe : la qualité des matières, du design, et une définition du goût particulière…” Fantasque mais pas bling, le style du designer d’intérieur ancre la cliente Weekend Max Mara dans un art de vivre global : “J’observe et j’ai observé, dans mon entourage, que les femmes développent un même sens de la mode et du design. Cette collection en est le symptôme.” Le début d’une aventure Lifestyle valide seulement de Montauk à Cape Cod ? Logiquement baptisé “Nantucket”, ce premier acte de l’histoire Anthony Baratta x Weekend Max Mara voit plus loin. Et prône avant tout le beau tissu et le beau motif de pied en cap et du sol au plafond : “Je pense que le design, s’il s’inspire davantage de la mode, a tout à gagner. Celle-ci est plus audacieuse… Nous, décorateurs, devons en prendre de la graine, d’autant que les gens se lassent moins vite d’un canapé que d’une robe !” Le “roi du chic de la côte Est” a parlé.

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S’il vit et travaille à New York, et ce depuis trente ans, c’est entre les Hamptons et Nantucket qu’Anthony Baratta a toujours fait son marché d’inspirations. Là, face à l’océan Atlantique, l’Américain s’est façonné une villa dans les années 1980 avant de s’atteler à celles de ses proches et amis : “L’été tout particulièrement, j’aime qu’on évolue au milieu des rayures, des fleurs, des carreaux et d’une avalanche de couleurs… Je m’intéresse aussi aux mélanges de style, pour trouver le juste milieu entre tradition et modernité.” Parmi ses signatures, le charivari de motifs fait swiper de la porcelaine de Chine, bleue et blanche, à l’univers nautique – voilier, boussole et poissonépée. Un abécédaire qu’il décline du tissu d’ameublement (tapisserie, couvrelit…) au mobilier (sofa, table de nuit, miroir…). Volubile, l’homme a mis au point quarante modèles en trois ans de collaboration avec l’éditeur de meubles Thomasville. Et il a récemment planché pour Capel Rugs sur une série de cent tapis. Son imagination bouillonnante y joue pour beaucoup. Ses études en histoire de l’art à l’université de Fordham et son association passée avec le célèbre décorateur William Diamond, également.


L’OFFICIEL STYLE

MARIAGE DE DÉRAISON Mert & Marcus 1994 x Dsquared2, c’est le nom de la collaboration entre les enfants terribles de la photo de mode et les non moins turbulents créateurs canadiens.

Ils shootent pour les magazines de mode les plus prestigieux, réalisent des campagnes de pub pour les marques influentes, la National Portrait Gallery leur a consacré une monographie et ils viennent de recevoir le prix Isabella Blow for Fashion Creator à l’occasion des Fashion Awards 2018 à Londres. La réputation des photographes Mert Alas et Marcus Piggott n’est donc plus à faire. Mais la collaboration mode manquait à leur vaste champ d’action : c’est désormais chose faite avec le lancement de la capsule Mert & Marcus 1994 x Dquared2 réalisée avec Dean et Dan Caten. Ces quatre créateurs se sont unis pour créer une édition limitée inspirée des moments forts qui ont façonné leur vie dans les 1990s. Une époque où la musique, l’art et la mode semblaient se libérer de la norme, alimentés par une ère sans restriction qui a façonné une intuition sans frontières. Dans cette ligne composée de combinaisons, bombardiers, débardeurs, T-shirts oversize et robes asymétriques, tous les modèles sont imprégnés de l’underground berlinois aux couleurs assumées. Des photos emblématiques de Mert et Marcus sont méthodiquement positionnées sur les différentes pièces de la collection. L’image migre des pages d’un livre ou d’une galerie d’art vers une collection de mode. Le vêtement, à son tour, devient aussi expressif que l’art.

Photo Mert & Marcus x Dsquared2

PAR LAURE AMBROISE


AÏSHTI BY THE SEA, AÏSHTI DOWNTOWN, AÏSHTI VERDUN

etro.com


GOÛT CAI LLOU Et si les pierres avaient un goût ? Si leurs rayons de toutes nuances de feu, sève, océan, neige ou or ne provenaient que d’un cœur liquide, sucré-acidulé, fondant jusqu’au vertige ?

Photographie Charbel Saade Direction de création Mélanie Dagher Direction artistique Sophie Safi


Boucles d'oreilles, bague et bracelet, TABBAH.


Bague "Panthère", CARTIER. Page de droite: Colliers, GEORGE HAKIM.


Bague et boucles d'oreilles, RALPH MASRI. Page de droite: Bagues et boucles d'oreilles, NADA G.


Bague et boucles d'oreilles, MOUAWAD. Page de droite: Bague et bracelets, BUCCELLATI.


Boucles d'oreilles, Vintage Buccellati en vente chez SYLVIE SALIBA. Page de gauche: Bague, bracelet et collier, BVLGARI. Modèle Isabella Khoury @ Green Apple Agency


L’OFFICIEL ANATOMIE MONTRE

Le mythe La Ballon Bleu de Cartier se distingue par un boîtier sensuel qui ressemble par sa forme à un galet, bombé des deux côtés. Cette forme arrondie est accentuée par un cabochon de saphir bleu en guise de remontoir, protégé par une arche. Ces caractéristiques suffisent à justifier le nom ludique et poétique qui lui a été attribué. « Ballon Bleu » : et le temps se fait aérien, tranquille, porté par le vent. Le déclic Flottant comme un ballon et aussi bleu que le cabochon bien niché sur le côté, la montre Ballon Bleu de Cartier ajoute une touche d'élégance aux poignets des hommes comme à ceux des femmes. Les chiffres romains sont guidés par un mécanisme de remontage bleu profond. Avec les courbes convexes du boîtier, le cadran guilloché, les aiguilles en forme d'épée et les maillons polis ou satinés du bracelet ... la montre Ballon Bleu de Cartier flotte dans l'univers de l'horlogerie Cartier.

« Un grand classique avec un grain de folie ». C’est en ces termes que Bernard Fornas, alors PDG de Cartier, décrivait en 2007 la toute nouvelle montre sortie des ateliers du « Joaillier des rois » pour élargir son offre horlogère en s’alignant aux illustres Tank, Santos ou Pasha. PAR F.A.D

Ballon Bleu De Cartier, 36 mm, en or rose et diamants

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Ballon Bleu de Cartier

Le savoir-faire Montre Ballon Bleu de Cartier, 36 mm, mouvement mécanique à remontage automatique. Boîtier en or rose 18 carats. Couronne cannelée sertie d'un cabochon en saphir. Cadran flinqué à 12 zones avec effet soleil laqué argenté, serti de 11 diamants taille brillant totalisant 0,10 carat. Aiguilles en forme d’épée en acier bleui. Cristal de saphir. Bracelet en or rose 18 carats. Taille du poignet: 180 mm. Épaisseur du boîtier: 9,35 mm. Étanche jusqu'à 3 bars (environ 30 mètres / 100 pieds).


L’OFFICIEL BIJOUX

La quadrature du cercle Élégant et fantasque, seul ou en superposition, le jonc se joue des époques et des tendances. R É A LI S ATI O N R AWA N M N E I M N E

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1. CARTIER Bracelet Love Pavé en or blanc et diamants. 2. GEORGE HAKIM Bracelet en or blanc serti de diamants. 3. MOUAWAD Bracelet en or blanc serti de diamants. 4. BVLGARI Bracelet “Serpenti” en or blanc, nacre grise, pavé diamants. 5. AKILLIS EN VENTE CHEZ SYLVIE SALIBA Bracelet “Capture-moi” en or blanc et diamants. 6. LOUIS VUITTON Bracelet “Empreinte” en or gris et diamants. 7. TABBAH Bracelet “Beret” en or blanc, serti de diamants. 8. BUCCELLATI Bracelet en or blanc gravé et diamants, collection “Macri Classica”.

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COMME UNE GOURMANDISE A l’hiver ses épices, au printemps ses délices. Alchimistes, les parfumeurs composent des senteurs inconnues et nous transforment en espèces exquises, insolites et parfois vénéneuses. Photographie Tony Elieh Direction de création Mélanie Dagher Direction artistique Sophie Safi


Eau de parfum "Mandarino Di Amalfi", TOM FORD. Page de gauche: Eau de parfum "Sky Di Gioia", GIORGIO ARMANI.


Eau de parfum "Knot", BOTTEGA VENETA. Page de gauche: Eau de toilette "Lady Emblem", MONT BLANC.


L’OFFICIEL BEAUTÉ

COULEURS DE SAISON Focus sur quatre nouveautés dont la palette ensoleille nos routines make-up. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH PHOTOGRAPHIE MARINE BILLET

De gauche à droite : hommage inspiré au glow subtil des Parisiennes, ce blush en édition limitée se dote d’un packaging unique, inspiré du cannage des chaises de bistrots. Blush in Capitals de Lancôme. À l’intérieur de cet écrin floral printanier, une formule confortable associée à une couleur intense et hautement pigmentée. Rouge à lèvres Dolcissimo de Dolce & Gabbana. Une édition collector au tube orné d’un

cœur transpercé d’une flèche, déclaration d’amour enflammée au lipstick iconique de la maison YSL, décliné pour l’occasion en quatre teintes addictives. Rouge Volupté Shine Collector Hearts & Arrows d’Yves Saint Laurent Beauté. Une formule nourrissante enrichie en vitamine C et une texture voile toute en transparence qui vient sublimer notre éclat printanier. Lip Color Sheer de Tom Ford. 136


Aïshti By The Sea, Antelias T. 04717716 Ext. 266


L’OFFICIEL BEAUTÉ

LE 3-EN-1 SIGLÉ YSL Dédiée à la fois au sourire, au teint et au regard, la palette Shimmer Rush All‑Over d’Yves Saint Laurent Beauté ne quittera plus votre sac cette saison. PAR MÉLANIE MENDELEWITSCH PHOTOGRAPHIE MARINE BILLET

Inspiré par la belle saison, le maestro Tom Pecheux imagine un tout-en-un radieux pour les lèvres, le teint et les paupières. Must-have annoncé de la saison des festivals, ce concentré d’éclat contenu dans un boîtier bijou translucide met à l’honneur à la fois la sobriété, à travers des couleurs pastel, et

la flamboyance, avec six teintes scintillantes et complémentaires. Caramel doré, violet intense et cuivre ardent : ce camaïeu opalin évoque de lointains paysages exotiques. Intensément pigmentées, les teintes irisées illuminent le regard, tandis que les deux roses gourmands viennent rehausser les lèvres et 138

le teint à l’approche des beaux jours. Un ADN rock et coloré. Incarnée par la sensuelle Staz Lindes, la campagne printanière de la marque donne à voir l’égérie dans son quotidien, sur scène, dans la moiteur d’un festival endiablé où elle apparaît sur fond de soleil couchant hypnotique.


FAKHRY BEY STREET, BEIRUT SOUKS, DOWTOWN BEIRUT AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS


AMIDONNER, RECOMMENCER

Blanc coton ou blanc neige ? De toutes les nuances, le blanc est la plus ambigüe, à la fois douce et glaçante, organique et antiseptique. On se souviendra que les cocons seront crevés, les pages noircies, les virginités conquises. Le blanc n’est jamais définitif. Photographie Sigurd Grünberger Stylisme Kamilla Richter Direction de création Mélanie Dagher Direction artistique Sophie Safi Lieu Berlin


Gilet, DSQUARED2. Chemise, MONCLER BY SIMONE ROCHA. Chemise transparente, MIUMIU. Page de gauche: veste, UNRAVEL PROJECT. Body, MOSCHINO. Bottes, MONCLER BY SIMONE ROCHA.


Page de gauche: robe, SONIA RYKIEL.


Page de droite: robe, ALEXANDER MCQUEEN. Sac, BENEDETTA BRUZZICHES.


Robe, ELLERY. Pantalon, STELLA MCCARTNEY. Page de gauche: manteau, BOTTEGA VENETA.


Page de droite: robe et tablier, MONCLER BY SIMONE ROCHA.


Page de gauche: body et jupe, MAX MARA.


Total look, PRADA. Page de droite: combinaison, GENNY. Chapeau, LOUIS VUITTON. Bottes, MONCLER BY SIMONE ROCHA.


Coiffure et maquillage Marie Thomsen. Modèle Doria Hutchinson @ GIRL mgmt.


L’OFFICIEL STYLE

LEADER OF THE PACK PHOTOGRAPHIE JESSE LAITINEN STYLISME CHRISTINA AHLBERG TEXTE SOFIA CELESTE


Robe plissée en cuir, VALENTINO.


Mannequin, transsexuelle, activiste, Teddy Quinlivan parle ouvertement de sa condition de transgenre et dénonce le harcèlement si répandu dans le milieu de la mode. Elle vit aujourd’hui à Paris et rêve de journalisme.

Teddy Quinlivan utilise les podiums comme une nouvelle plate-forme pour soutenir la communauté LGBT contre ses détracteurs. En 2015, Teddy est découverte par Nicolas Ghesquière, directeur de la création de Louis Vuitton. Une révélation qui la propulse dans le monde de la mode, où elle défile pour les plus belles maisons. À ses débuts, personne ne réalise qu’elle est un modèle transgenre. En 2017, elle décide de le revendiquer en signe de respect pour la communauté LGBT et déclare être transsexuelle dans une interview pour CNN. Un acte de courage qui met en péril les relations établies avec certaines maisons de mode. “Beaucoup n’étaient pas d’accord, ils n’étaient pas sûrs que ce soit le bon moment pour être représenté par une activiste transsexuelle. Et moi, en même temps, je ne me sentais pas à l’aise de travailler avec eux. Un peu comme quand ton petit ami, à ton insu, te trahit puis te quitte”, confie-t-elle. Sa présence sur les couvertures des magazines et dans les plus prestigieux défilés, aux côtés d’autres modèles transgenres ou non genrés comme Valentina Sampaio, Andreja Pejic ou Oslo Grace, est la preuve que la beauté n’a pas de sexe. Mais tandis que la mode et les médias sont de plus en plus à l’aise pour traiter des questions de

genre, une vague sectaire gagne certains pays, comme le Brésil, où le nombre de violences contre les transsexuels ne cesse de croître. Aux États-Unis également, la politique de Donald Trump stigmatise la communauté LGBT. Dans ce contexte, Teddy s’engage. Élevée à Worcester, une petite ville près de Boston, Teddy a connu très tôt la haine et l’ignorance. Encore dans la peau d’un garçon, elle a pratiqué le snowboard en compétition dans les montagnes du Vermont. C’était un moyen d’échapper aux mauvais traitements dont elle était victime à l’école. Teddy commence son traitement hormonal à l’adolescence. Elle convainc ses parents qu’elle est fondamentalement une femme et ils finissent par l’envoyer dans un internat pour filles. À 17 ans, elle commence sa carrière de mannequin en s’installant à New York, où elle affronte le côté sombre de l’industrie. En avril dernier, elle utilise son compte Instagram pour dévoiler les harcèlements sexuels dont elle a été victime de la part de certains photographes et directeurs de casting. “Je ne m’attendais pas à ce que, lors de ma première saison, un directeur de casting puisse me proposer de me mettre en couverture de magazines

en échange de relations sexuelles, ou qu’un styliste puisse me mettre la main aux fesses lors d’une séance photo ou même qu’un photographe me pince le sein”, écrit-elle dans un message, après la tempête #metoo. “Les femmes ne se sentent pas en confiance dans cette industrie. Nous avons besoin d’un changement. Mais rien ne se passera si les gens qui travaillent dans cette industrie n’en finissent pas avec l’indifférence.” À ce moment de notre entretien, Teddy semble détendue, très amicale. Elle finit de manger sa salade en cette belle après-midi dans le quartier du Marais, à Paris, son nouveau chez-elle. “Il y a un autre air à Paris. Quand je vivais aux États-Unis, je me sentais acceptée par la communauté LGBT, mais pas par la communauté hétéro. Ici, je me sens acceptée par tous.” Elle convient que pour le moment, la mode est la bonne plateforme pour faire entendre sa voix. “Quand j’étais jeune, je voulais être un espion et travailler pour la CIA parce que j’aime les cas difficiles à résoudre. Maintenant, je me passionne pour le journalisme. J’ai commencé à comprendre le potentiel de ce métier en cette ère de fake news, avec Trump au pouvoir.” Teddy n’a pas fini de s’engager. Traduction Géraldine Trole


Veste en cuir, pantalon en tissu technique, ceinture en cuir, GIVENCHY.


Robe ajourée en nylon, top en Lycra, jupe filet en cuir, culotte en Lycra, DIOR.


Bustier en soie, EMPORIO ARMANI. Pantalon en laine, MAISON MARGIELA. Chapeau en plumes et ceinture en cuir, VALENTINO. Escarpins en cuir, FRANCESCO RUSSO.


Chemise asymétrique en vinyle, pantalon en gabardine de laine, escarpins en cuir, MAX MARA.


Mini-robe en cuir, ceinture et escarpins en cuir, MIU MIU. Chaussettes en nylon, PRADA. COIFFURE : Christos Vourlis MAQUILLAGE : Mayumi Oda ASSISTANT PHOTO : Adrien Nicolay


L’OFFICIEL RENCONTRE

COURS PARTICULIERS Après seulement une année de castings, Emma Mackey décroche le jackpot : un premier rôle dans la nouvelle série Netflix à succès, “Sex Education”. En lycéenne qui promeut la thérapie sexuelle, elle charme par son esprit et son talent.

PAR ELSA FERREIRA PHOTOGRAPHIE ET STYLISME LAËTITIA MANNESSIER


L’OFFICIEL RENCONTRE

“Il n’y a rien de plus beau que de voir la solidarité féminine. Toute notre vie on nous apprend à être en compétition. J’ai dépensé tellement d’énergie à comparer des femmes, ça ne sert à rien.” Emma Mackey


Veste en laine et short en jersey, MIU MIU.


L’OFFICIEL RENCONTRE

“Notre génération est plutôt à l’aise avec les conversations qui tournent autour du sexe, du plaisir. Le sexe n’est pas juste un pénis et un vagin, on a tous compris que c’est beaucoup plus divers et nuancé. Pouvoir en parler donne confiance, c’est libérateur.” Emma Mackey

C

’est un joli premier rôle. Dans Sex Education, Emma Mackey est Maeve, une jeune fille au look rock – cheveux roses, piercings et minijupe – et au caractère bien trempé. Intelligente, généreuse, sexy, drôle mais surtout effrontée et rebelle. “Unapologetic”, décrit la jeune Franco-Britannique au français aussi parfait que son anglais. En effet, Maeve ne s’excuse pas de sa présence. Et distribue les doigts d’honneur à qui la regarde de trop près. Un caractère assez différent de celui d ­ ’Emma, tout juste 23 ans et plus réservée que le personnage qu’elle incarne. “Je n’arrive jamais à faire le premier pas”, dit-elle, pourtant ouverte et avenante. “On m’a demandé si j’utilisais mon côté français pour jouer Maeve. Avec du recul, je crois que oui. Elle est directe, elle n’est pas polie.” LA CHORÉGRAPHIE DU SEXE Un rôle fort dans une série drôle et impertinente, autour d’un sujet aussi omniprésent que tabou : le sexe. Sortie en janvier dernier, la comédie s’inscrit dans la formule high school drama signée Netflix, dans la lignée de 13 Reasons Why, Stranger Things, Riverdale ou la nouvelle Élite, costumes vintage inclus. “Intemporelle”, résume Emma. Elle raconte l’histoire d’Otis (Asa Butterfield), ado réservé aux grands yeux bleus, dont la mère, Jean (Gillian Anderson), qui l’élève seule, est sexologue et assume une sexualité libérée et volage. Malgré son manque total d’expérience dans ce domaine – il est vierge et n’arrive pas à se masturber –, Otis ouvre un cabinet informel de thérapie sexuelle dans son lycée, avec la complicité de Maeve. Au final, la série est plus drôle que torride. Subtile aussi. On y rencontre des personnalités et des sexualités différentes. Homosexualité, transformisme, coming out, acceptation de soi mais aussi revenge porn, la série aborde des thèmes et des situations longtemps laissés dans l’ombre par les médias grand public. “Le but n’est pas de montrer du sexe tout le temps mais de raconter les amitiés entre les gens, les relations avec les parents. C’est ce qui donne son caractère universel à la série.” D’ailleurs, le dernier tour des castings repose sur des “tests d’alchimie”, pour jauger l’interaction entre les

personnages. Le courant passe. Notamment pour Maeve et Jackson, amants à l’écran et dont les scènes d’amour donnent l’impression que les jeunes gens ont fait ça toute leur vie. “Tout était chorégraphié, on se donnait des temps, ‘on reste cinq secondes dans cette position puis on s’embrasse’”, explique-t-elle en rigolant. Avec Jackson (Kedar Williams Stirling), étudiant modèle et athlète de haut n ­ iveau, elle noue une relation physique fougueuse mais est réticente à l’idée de partager davantage que son corps. “Ils sont tellement différents s­ pirituellement ! Cela lui permet de ne pas partager de poids émotionnel, décrypte Emma. Parfois, c’est plus facile. Je pense qu’on a tous, à un moment de notre vie, du mal à être ouvert émotionnellement, même en amitié. C’est vraiment intéressant ­d’explorer ça.” LIBÉRER LA PAROLE Sex Education arrive au bon moment car 2018 n’a pas toujours été une année tendre pour la liberté de parole sur internet. On savait l’aversion des réseaux sociaux pour les tétons féminins, voici que les derniers bastions de liberté érotique s’y mettent. Ainsi de Tumblr, qui vient de bannir les “contenus adultes” de sa plate-forme, longtemps considérée par les communautés LGBTQ comme un espace d’échange et de découverte de soi libre de jugements. Emma Mackey espère voir la série devenir un catalyseur de discussions. “Notre génération est plutôt à l’aise avec les conversations qui tournent autour du sexe, du plaisir. Le sexe n’est pas juste un pénis et un vagin, on a tous compris que c’est beaucoup plus divers et nuancé. Pouvoir en parler donne confiance, c’est libérateur.” Et de donner l’exemple du compte T’as joui (@tasjoui), un compte Instagram qui, par le biais de témoignages et du partage des expériences, explore le plaisir féminin, “­toujours un gros sujet tabou, considéré comme un secret ou un truc un peu malsain”, regrette l’actrice. Un regard féministe qui colle bien avec la ­série, marquée par des rôles féminins forts et des moments de sororité subtils mais puissants. On n’entrera pas dans les détails, mais le sujet touche visiblement Emma. “Ce sont des moments intimes mais avec une forte symbolique. Il n’y a rien de plus beau que de voir la solidarité féminine. Toute notre vie on nous apprend à être en compétition. J’ai dépensé tellement d’énergie à comparer des femmes, ça ne sert à rien.” Féministe, LBGTQ, un casting qui représente la diversité… la parfaite série woke ? “C’est équilibré”, défend l’actrice. “Il ne s’agit pas de cocher des cases, mais on parle de jeunes qui ont un éventail de choses à explorer et qui essaient de trouver leur place dans le monde.”


Manteau en mohair, chemise en taffetas, chaussettes en coton et ballerines en satin, MIU MIU. Page de droite, tunique en cuir, MIU MIU. COIFFURE : Akiko Kawasaki MAQUILLAGE : Megumi Matsuno ASSISTANTE STYLISME : Élodie Purcell


Lebanon: Aïshti Downtown Beirut, Aïshti By the Sea Antelias, Aïshti Verdun

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148 SAAD ZAGHLOUL STREET, DOWNTOWN BEIRUT / AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS / ABC VERDUN


L’OFFICIEL ART

L’ARTISTE MODÈLE Peintre, musicienne et “Balenciaga girl”, Eliza Douglas est l’une des créatrices les plus prometteuses de sa génération. Ses toiles sont un curieux mélange d’abstrait et de figuratif aux références aussi radicales que populaires. Portrait d’une Américaine bien dans son temps.

PAR CLAIRE BEGHIN PHOTOGRAPHIE COLLIER SCHORR

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’image a marqué les esprits. Pour sa première collection à la direction artistique de Balenciaga, présentée au mois de mars 2016 dans les studios de Canal+, le créateur géorgien Demna Gvasalia avait choisi d’ouvrir le défilé par un tailleur jupe en flanelle grise particulièrement austère. Plus que la veste aux épaules incurvées et la jupe crayon aux hanches rembourrées, c’est le mannequin qui portait la tenue qui a fait parler d’elle : un visage masculin aux traits durs, avec des lunettes d’institutrice et une longue chevelure brune ramenée derrière les oreilles. Eliza Douglas faisait alors ses (presque) premiers pas dans le mannequinat, en pleine nouvelle vague des modèles androgynes qui envoient balader les standards galvaudés de la féminité. L’art comme marchandise La relation d’Eliza Douglas à la mode est complexe. Après quelques contrats pour Helmut Lang et Wink lorsqu’elle avait 14 ans, l’aspirant mannequin peine à se faire une place dans le milieu, souvent rejeté pour son physique trop peu genré. Quasiment vingt ans plus tard, elle est repérée par la styliste Lotta Volkova, binôme de Demna Gvasalia. “Un camarade de classe m’a recommandée à Lotta, qui s’occupait du casting du premier défilé de Demna pour Balenciaga. Ayant été très rejetée à l’adolescence et étant bien plus âgée, plus grande et plus androgyne que la plupart des mannequins, je pensais qu’il n’y avait aucune chance que je sois retenue.” La jeune femme participe aujourd’hui à tous les défilés de la marque, et incarne à elle seule la rupture tant attendue du milieu de la mode avec l’ultra-féminité.

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Mais son intérêt pour le vêtement est plus psychologique qu’esthétique, une notion que l’on retrouve dans son travail. Car Eliza Douglas est avant tout une artiste au parcours déjà riche, particulièrement bien dans son temps et représentative d’un nouveau courant de peinture qui flirte avec la pop culture et l’hyperréalisme des années 1970. On retrouve dans son travail plusieurs références au vêtement : un chapeau ou des bottes de cow-boy, des T-shirts figuratifs aux imprimés kitsch de requins, de chats ou de dragons, ou une paire de baskets très détaillée au bout de jambes peintes d’un trait approximatif, largement inspirée du modèle Triple S de Balenciaga. “Je m’intéresse à l’influence qu’a la mode sur la façon dont on perçoit une personne, explique-t-elle. Elle engendre une réflexion intéressante sur la psychologie et le comportement.” L’une de ses dernières séries de peintures représente des chemises aux imprimés forts, desquelles dépassent les images alarmistes que l’on trouve sur les paquets de cigarettes. “Pour cette série, je me suis inspirée d’une photo que j’avais prise d’un homme qui portait une chemise à carreaux, de laquelle dépassait un paquet de cigarettes. J’aime l’idée que l’occurrence ordinaire d’avoir des cigarettes dans sa poche puisse créer une combinaison visuelle aussi intrigante. La mode est contrainte par son besoin de relation avec l’humain, elle doit avoir une utilité. L’art, lui, est supposé aller au-delà de l’utilitaire.” À travers son travail, Eliza Douglas questionne subtilement le statut de l’art comme marchandise, d’où la récurrence du vêtement dans ses peintures. “Le modèle spécifique de la basket Triple S a pris de la valeur grâce à sa rareté et à sa dimension exclusive, ce qui est similaire à la façon dont fonctionne la peinture 173

sur le marché de l’art. Un artiste est comme une marque : la peinture, ou le produit, existe comme une extension de son créateur, qui détermine sa valeur.” Si Eliza Douglas se défend d’être influencée par la culture populaire, il ressort de son travail de fortes références à la culture visuelle d’aujourd’hui, dont découle un commentaire intéressant sur sa place dans la société. Bousculer les codes Cette fascination pour la transformation de l’image en art lui vient de sa mère, photographe, avec qui elle a grandi dans le West Village de New York. “La photographie est le premier médium que j’ai exploré, explique-t-elle, mais ce n’est qu’il y a quelques années que je me suis sentie psychologiquement équipée pour me consacrer à l’art.” Passionnée de musique, elle passe ses jeunes années à alterner des petits boulots de serveuse ou de réceptionniste. Ce n’est que sur le tard qu’elle décide de se consacrer à la peinture. “En 2015, j’ai eu la chance d’intégrer l’école d’art Städelschule, à Francfort. J’ai alors eu l’occasion de me consacrer entièrement à l’art visuel, et de suivre les cours des artistes Willem de Rooij et Isabelle Graw. C’est après mon diplôme que j’ai été repérée par la galerie Air de Paris, et que ma carrière a vraiment démarré.” Son parcours personnel y est également pour quelque chose : en couple avec l’artiste Anne Imhof depuis plusieurs années, Eliza Douglas commence rapidement à composer la musique de ses performances, avant de devenir sa muse. Elle apparaissait récemment dans la performance Faust de l’artiste, qui a remporté le Lion d’or de la 57e Biennale de Venise, en 2017.


Avec son statut multiple de peintre, de muse, de performeuse et de mannequin, l’Américaine s’inscrit dans une génération d’artistes pluridisciplinaires qui repoussent les limites de la représentation, et questionnent le rapport entre artiste et œuvre. Bousculer les codes est presque une affaire de famille, comme en témoignent les deux toiles qui ont été exposées dans le hall d’entrée du Jewish Museum de New York d’avril à octobre 2018. Elles représentent de longs bras filiformes habillés de motifs rétros, terminés par des mains délicates et étrangement expressives, quelque part entre l’abstrait et le figuratif. Par ce travail, elle rend hommage à son arrièregrand-mère, Dorothy Wolff Douglas, docteure et professeure au département d’économie du prestigieux Smith College, et mentor de la féministe Betty Friedan. Dans les années 1930 et

Huile sur toile “Divide the Water” (2018).

1940, elle s’est inscrite comme une figure majeure de l’activisme aux États-Unis. “C’était quelqu’un de radical, explique Eliza Douglas. Elle a passé la majeure partie de sa vie en couple avec une femme, un mode de vie particulièrement impopulaire dans les États-Unis du xxe siècle, et sa position au Smith College était très difficile à obtenir pour une femme. Dans bien des domaines, elle a influencé les politiques progressistes de son époque.” À sa manière, Eliza Douglas reprend le flambeau. Mais refuse de donner à son travail une dimension politique. “J’ai exploré ce sujet pour le Jewish Museum car mon arrière-grand-mère était mon lien le plus proche avec l’histoire du judaïsme, voilà tout. (…) Je ne me considère que comme une artiste.” Une artiste sur laquelle on mise sans hésiter. 174

Photos Dawn Blackman/private collection New York/Air de Paris; Dawn Blackman/private collection New York/Air de Paris Ivan Murzin/Air de Paris

Ci-contre, huile sur toile “Untitled” (2018). Ci-dessous, “Weird, the Real Kind” (2017).


*Founded in ST-Tropez in 1971

Fondé à St-Tropez en 1971* 179 FOCH STREET – DOWNTOWN – BEIRUT TEL: +961 1 970588.


L’OFFICIEL DESSIN

Derrière the art of boo: Un artiste multidisciplinaire, drôle et mordant. Graphiste, écrivain, dessinateur, caricaturiste, musicien, Bernard Hage excelle dans tous les domaines. A seulement 30 ans, le jeune homme donne l’impression d’avoir déjà vécu une multitude de vies tant son parcours est couronné de succès.

Photos DR

PAR JOSÉPHINE VOYEUX

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L’OFFICIEL DESSIN

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L’OFFICIEL DESSIN

De la pub au monde réel Le talent de Bernard Hage ne se résume pas à ses prédispositions de caricaturiste. Le jeune homme a plus d’une corde à son arc. A 30 ans, il a déjà été directeur artistique chez Impact BBDO puis au sein de l’agence publicitaire Leo Burnett. Mais à partir de 2012, le jeune homme a eu besoin « de dépeindre un autre monde que celui qu’il racontait » dans ces compagnies. Il démissionne, puis se lance à corps perdu dans ses projets personnels : le free-lancing, l’organisation de sa première exposition, « Undressed – Society’s Reflection in its Brand » qui s’est tenue à la galerie Artlab en 2015, puis la rédaction de son premier ouvrage illustré, accompagné d’une bande-audio originale, « In the Dead of Night – Bedtime Stories for grown-ups » « Tout le concept de ce livre est parti d’un sentiment de grande nostalgie, raconte le jeune homme. On lisait auparavant des livres avant de s’endormir, aujourd’hui on fait défiler le fil d’actualité de nos réseaux sociaux ou on lit nos emails. J’ai voulu proposer quelque chose de nouveau, renouer avec la lecture avant de se coucher, en traitant de sujets plus matures comme l’amour, les relations humaines et la politique ». Le tout, sur le ton de l’humour noir. Car c’est bien là la marque de fabrique de Boo. Sa plume incisive, alliée à un coup de crayon innocent. Travailleur acharné, Bernard Hage prépare aujourd’hui son premier film d’animation : l’histoire de l’homme le plus malchanceux de la terre qui, après de multiples échecs professionnels, décide finalement d’investir dans un cimetière… le jour même où la population devient immortelle. On sait d’avance qu’on va s’en régaler.

C’est sûrement cela la clé de la réussite de Bernard Hage. Sans jamais verser dans le pathos, le jeune homme parvient à tourner en dérision les maux dont souffre notre société : les embouteillages, les problèmes d’eau, les coupures d’électricité, la corruption… Il transforme d’un coup de pinceau les difficultés auxquelles nous sommes quotidiennement confrontés en une farce incommensurable. L’humour est son moteur. Sa résistance même, face à l’adversité. Cinglant, Bernard Haje n’enjolive jamais la réalité mais offre avec talent un nouveau prisme à travers lequel la regarder. « J’essaie de theartofboo.com parler de tous les sujets que les médias traditionnels n’évoquent pas ou peu, précise le jeune homme. Mon objectif, c’est avant tout d’être honnête et mon médium pour y parvenir, c’est la comédie, l’humour ». Le jeune artiste n’a aucun tabou : il évoque sans détour toutes les thématiques, aussi sensibles soient-elles au Liban, comme l’identité ou la religion. 178

Photo DR

Lauréat d’un premier prix au concours Fabriano en 1996, Bernard Hage renouvelle l’exploit en 2011 pour une campagne publicitaire avec l’agence BBDO avant de publier, à l’âge de 29 ans, son premier ouvrage illustré. Aujourd’hui, c’est sous le pseudonyme de Boo, que Bernard Hage utilise sa plume aussi percutante qu’amusante, pour épingler les absurdités et maux de notre société. Si son alias est désormais connu, il reste difficile de remettre un visage, ou ne serait-ce qu’un nom, sur ces trois mystérieuses lettres… Boo est un des caricaturistes du quotidien "L’Orient-le-Jour" dans les colonnes duquel sa signature s’appose chaque semaine, depuis septembre 2018, sur des dessins d’actualité aussi comiques que glaçants de vérité. On ne saurait tous les évoquer mais de très nombreux croquis de Bernard Hage, alias Boo, ont marqué les esprits en un an et demi. Qui ne se rappelle son fameux père Noël, confortablement assis dans son traineau, les rênes à la main, sommant son troupeau composé d’une girafe, d’un chat, d’un singe, d’un renne, d'un caniche et d’une poule de « voler » ? En toute sobriété, une ligne, seule, légende l’illustration : « Un gouvernement d’Union Nationale ». Le dessin, publié en pleine crise institutionnelle, alors que le pays a mis plus de huit mois à se doter d’un conseil des ministres, illustre avec brio la cacophonie et l’imbroglio qui entourent la vie politique libanaise. « Je n’ai pas besoin de chercher de sources d’inspirations particulières, souligne l’artiste basé à Beyrouth. Je baigne dedans ! Ce pays regorge d’histoires, on pourrait parler de tout, tout le temps, notre quotidien est une source de frustration donc d’inspiration permanente ».


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Photo DR, Marina Jaber


L’OFFICIEL BANDE DESSINÉE

LENA MERHEJ DES BULLES ET DES ÉTINCELLES En crayons 2B ou 6B, c’est selon, ou parfois sur son iPad, l’illustratrice libanoallemande Lena Merhej est l’une des figures de proue de la BD Made in Beyrouth. De retour du Festival d’Angoulême avec des bulles plein les yeux – la revue Samandal qu’elle co-dirige a obtenu le premier prix de la BD alternative ! – elle nous parle – sourire intarissable – de sa vie-dessinée.

Lena Merhej, à quand remonte votre première « émotion-dessinée » ? C’était lors d’un concours de dessin au Collège protestant français de Beyrouth, je devais avoir 12 ou 13 ans. Greta Naufal, notre professeure d’arts plastiques nous avait donné pour consigne de « dessiner la nature». Je me suis mise à peindre palmiers, cactus, buissons... Je me souviens très bien du soleil dans la cour de récré… Mon dessin a remporté le premier prix ! Une grande première émotion-dessinée.

PA R N A S R I N . S AYE G H

Que dessiniez-vous le plus, enfant ? Sur tous les rebords de pages de mes cahiers et livres d’école, je tuais l’ennui en dessinant un bonhommebâton (« Stick Figure ») qui devenait en feuilletant, un folioscope (« Flipbook »). Ma manière à moi de faire mes premiers dessins animés, mais surtout de tuer le temps durant mes cours de mathématiques, de géographie… (Rires) Qui sont vos maitresses et maitres à dessiner ? Vos influences majeures ? Très difficile de tout citer ! Je peux bien sûr évoquer Gustav Klimt et Egon Schiele, deux amours qui remontent à loin, bien avant mes études de graphisme. Deux fascinations qui me viennent sûrement du côté de ma mère. Il y a aussi, bien sûr, l’illustrateur égyptien Muhieddin El Labbad à qui je dois énormément. Une grande référence pour moi. Et bien entendu le dessinateur égyptien Hijazi. Epoustouflant ! Ses traits, ses lignes, ses compositions me fascinent encore aujourd’hui. Quel est votre album de BD fétiche ? Quand je ne sais plus où j’en suis dans mes recherches, 181


L’OFFICIEL BANDE DESSINÉE

lorsque je désespère et que je me pose trop de questions par rapport à mon « pourquoi et qu’est-ce que-je-dessine », je me refugie dans les bulles de l’auteure de BD américanophilippine Lynda Barry. Elle a connu une enfance particulièrement difficile, vivant de caravane en caravane sur des aires d’autoroutes. Et pourtant, elle dessine et exorcise les démons de son enfance avec un tel naturel, une telle limpidité, un tel aplomb. C’est très inspirant.

pourquoi elle terrifie les autorités étatiques, religieuses... Elle échappe à tout contrôle, elle est libre. Qu’ils le veuillent ou non, nous vivons pleinement dans le monde de l’image. Tant pis pour eux.

La revue de bande-dessinée « Samandal » dont vous êtes la co-fondatrice a été primée au dernier Festival d’Angoulême. Que vous inspire cette grande victoire? Quel bonheur ! Inimaginable. Être reconnu à l’échelle internationale, c’est énorme. Et puis c’est aussi la preuve que le monde arabe a désormais sa place sur le marché mondial de la BD et ce malgré la grande difficulté, dans notre région, d’exercer, d’exister en tant que créateurs. Le manque de soutien… La BD a besoin de fonds, d’un marché pour grandir et se développer… Nous continuons malgré tout.

Sur quoi travaillez vous en ce moment? Je suis plongée dans les questions autour de l’identité. Un projet qui a trait à la communauté arabe de Marseille où je vis depuis plus d’un an. Qu’est-ce qu’être Arabe en France aujourd’hui ? Il y a bien-sûr, quelque part, ma propre histoire que j’aborde. Un autre projet qui me tient particulièrement à cœur, c’est « Hunna » (« Elles »), sorti le 8 mars dernier au Liban pour la Journée Internationale de la Femme. Un hommage-dessiné à huit femmes arabes qui ont changé, influencé leurs pays et leurs sociétés.

En 2010, suite à la parution du numéro 9 de « Samandal », la revue est attaquée en justice pour, entre autres, « incitation à la discorde confessionnelle, atteinte à la religion, diffamation et calomnie » et j’en passe… Pourquoi le dessin fait-il autant peur ? Parce qu’ils ne comprennent tout simplement rien à l’image. L’image n’est jamais explicite, elle ne dit pas tout… c’est

Lena, si je vous dis Beyrouth, que me répondez-vous en un mot? Je vous en dirai trois : la mer, la mer, la mer ! (Rires)

Le crayon comme arme de subversion massive? Il en a tout le potentiel ! C’est une chance inouïe d’avoir un crayon pour canaliser, exprimer la colère, la violence.

Si je vous dis Beyrouth, que me répondez-vous en quelques coups de crayons? (illustration ci-dessous)

Photo DR, La mer pour L'Officiel Levant

lenamerhej.com

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7 FO RALLM ANKI ND.C O M BEIRUT SOUKS, SOUK EL TAWILEH T. 01 99 11 11 EXT: 560 AÏSHTI BY THE SEA, ANTELIAS T. 04 71 77 16 EXT: 263 ALSO AVAILABLE AT ALL AÏZONE STORES IN BEIRUT, DUBAI, AMMAN


L’OFFICIEL DESIGN

STU D I O ORIENT AU FUTU R ANTÉRIEUR Lancée par Dima Tannir, Studio Orient est une base de données en ligne qui risque bien de bouleverser la scène régionale du design et du graphisme avec une formule innovante et un projet ambitieux.

Photo DR

PAR JOSÉPHINE VOYEUX

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L’OFFICIEL DESIGN

Photos DR, 1.Marni-earrings, 2.Mansur-Gavriel_Monochrome-Dust-Pink, 3.TABAAN_La Chaise D'une Femme Moderne_Eileen Gray_Bibendum Chair_Artwork

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La graphiste libanaise Dima Tannir, 31 ans, a décidé de créer une base d’archives locales en ligne, répertoriant l’histoire culturelle du Moyen-Orient, sur une plateforme de design collaborative. L’interface en est encore à ses balbutiements. Studio Orient est un nouveau-né de 2019. Sa page Instagram ne compte à ce jour que quelques centaines d’abonnés, et son site internet est en cours de finalisation. Mais le projet de ce studio collaboratif beyrouthin est, lui, bien abouti. Studio Orient est donc dans les starting-blocks, prêt à révolutionner la scène du design du monde arabe et à propulser ses jeunes graphistes. Car, avec son ambition de documenter l’histoire culturelle de la région en rassemblant des projets de design d’hier et d’aujourd’hui, mais également de photographies, de courts et longs-métrages, de peintures ou encore d’artisanat, Studio Orient promet de chambouler la vision même du design dans la région et de démontrer son influence, aussi inconsciente soit-elle encore, sur l’esthétique contemporaine. Une prouesse en soi. Fascinée par le cinéma égyptien Dima Tannir a longuement muri son projet. La jeune femme, diplômée de graphisme de l’Université américaine de Beyrouth et de la Sorbonne Paris 1, s’est forgé une solide expérience tant dans la recherche que dans le cadre professionnel, avant de développer sa plateforme. Elle a collaboré avec de nombreux designers, y compris Rana Salam, à Londres puis à Beyrouth, et des collectionneurs comme Daniele Balice de la galerie Balice Hertling, tout en continuant à nourrir sa culture entre histoire et archives du cinéma. 187

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L’OFFICIEL DESIGN

Des archives visuelles pour inspirer les créateurs contemporains Avec Studio Orient, c’est ce que Dima Tannir entreprend de faire: construire des ponts, entre le monde professionnel et celui de la recherche, entre les connaissances et le savoir-faire lié à l’héritage culturel arabe. « Créer une base d’archives est devenu une urgence, souligne Dima Tannir. Il est nécessaire de réaliser à quel point le design d’hier dont nous nous débarrassons désormais, comme les cartes de visite, nos correspondances, nos enregistrements audio, nos cassettes, nous influencent aujourd’hui et cristallisent notre quotidien. Ils sont notre base pour évoluer ». Sur le long terme, la plateforme de la jeune femme ambitionne d’être une interface régionale d’archives visuelles mais également un studio collaboratif qui brasserait et rassemblerait l’ensemble des médiums et corps de métier de la recherche et de la création (chercheurs, designers, artisans, stylistes, vidéastes… la liste ne saurait être exhaustive). « Je veux collecter des archives d’art visuel de designers de la région des années 40 jusqu’aux années 70 pour les analyser et en 188

offrir une grille de lecture critique, explique Dima Tannir. Elles pourraient servir de base, de modèle aux designers d’aujourd’hui, ainsi qu’être la source d’inspiration de nouveaux projets de calligraphie, de cinéma ou encore de stylisme ». Agir vite pour avancer plus vite Derrière ce projet ambitieux se cache l’envie de promouvoir et de démocratiser l’accès à la culture et à l’héritage du monde arabe, mais également une quête identitaire. Studio Orient est le projet d’une vie. La toute nouvelle plateforme créée par Dima Tannir répond à un manque dans un système éducatif qui empêche toute une génération d’avancer. « Il faut abattre les obstacles, dit-elle. Il est nécessaire de comprendre le parcours, les expériences et la production des anciens pour aller de l’avant. Il y a tout un pan de l’histoire qui n’attend que d’être découvert ». Dans la lignée de l’organisation Arab Image Foundation, qui recueille et conserve les photographies de la diaspora arabe, et le portail en ligne de la Cinémathèque de Beyrouth dédié à l’héritage cinématographique libanais, Dima Tannir se dit prête à ajouter sa pierre à l’édifice. « Si on ne le fait pas maintenant, quand le fera-t-on ? Si on n’essaie pas maintenant, quand avancerons-nous ? », insiste-t-elle. Lors du lancement de sa plateforme sur les réseaux sociaux, la jeune designer a confié avoir mis des années avant de se décider à sauter à pieds joints dans cette nouvelle aventure. Le projet, titanesque, a de quoi donner le vertige et requiert une bonne dose de courage. @studioorient.net

Photos DR, VICE UK_It's Iranian Men_poster FARSI

« J’ai toujours été très curieuse et intéressée par l’héritage culturel arabe, affirme Dima Tannir. Cela a commencé avec une fascination pour le cinéma égyptien. Petite, je regardais des films avec mon père le dimanche. On s’asseyait et on discutait pendant des heures après la projection ». Au cours de sa thèse à Paris, la créatrice-chercheuse a tracé des parallèles entre le septième art et la politique ; entre l’engagement politique des femmes en Egypte et leur représentation sur grand écran dans leur pays. « Tout est lié, commente la jeune femme. Il est simplement nécessaire de construire des ponts, de les rendre visibles ».


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L’OFFICIEL ART DE VIVRE

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GUCCIFICATION Habiller son intérieur comme on accessoiriserait un look, c’est le pari de la marque italienne qui dévoile les nouveaux modèles de sa collection “Gucci Décor” dédiée à la maison. Au programme ? Meubles, accessoires et objets ultra-désirables à collectionner. PAR LÉA TRICHTER-PARIENTE I LLU STR ATI O N A LE X M E R RY

En écho aux collections de prêt-àporter, les pièces de “Gucci Décor” font raisonner l’esthétique romantique éclectique de Gucci, tous les codes y sont joyeusement mêlés sans qu’aucune règle ne s’applique. On retrouve ainsi des dessins, mais aussi des mots issus du lexique maison avec, à l’honneur, une flore et une faune déclinées en abondance. Fauteuils, coussins, vases, vaisselle, bougies, paravents et papiers peints forment les piliers de cet univers

présenté en boutique non pas dans un espace propre, mais parmi les vêtements et les accessoires. Comme si ces pièces représentaient simplement une autre façon de s’habiller en Gucci. Bien loin d’imposer un style décoratif particulier, Alessandro Michele propose des éléments pour personnaliser son lieu de vie, impliquant une démarche de collectionneur, chère à la maison. Célébrant la richesse de la culture et du savoir-faire artisanal transalpins, Gucci n’en est pas moins un pionnier 192

de la technologie en réalité augmentée. L’application Gucci permet ainsi de voir à quoi ressemble une pièce de la collection “Gucci Décor” dans son environnement avant de l’acheter. 1. La vaisselle La gamme de vaisselle de Richard Ginori à imprimé floral “Herbarium” vert et blanc, inspiré d’un tissu toile de Jouy vintage, s’enrichit de nouveaux modèles : assiettes plates, assiettes creuses, tasses et soucoupes, carafes, une théière et une soupière. 2. Les coussins Ils rappellent ceux en velours vert rebordés du bestiaire d’Alessandro Michele, posés sur les bancs du premier rang du défilé croisière 2017 au romantisme gothique et exubérant, présenté dans le cloître de l’abbaye de Westminster. Ils sont déclinés dans une variété de formes et d’épaisseurs différentes, certains avec pompons, d’autres avec des franges.


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Coup de cœur pour les modèles avec dessins au point de croix sur fond de velours ou en laine mélangée, dont une tête de tigre, un ours en peluche, le texte “maison de l’amour” ainsi que des illustrations de Bosco et Orso, les deux boston terriers du directeur de la création, Alessandro Michele. Sans oublier les coussins en soie jacquard à motif GG. 3. Les paravents Conçus comme des ornementaux pour séparer les espaces de vie, les paravents sont revêtus de tissu à motifs ou de Lurex jacquard.

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4. Les tables Richement décorées, les tables pliantes en métal présentent l’imprimé “tigre”, le dessin de serpent-roi Gucci et le motif “Urtica Ferox”. Un nouveau modèle plus petit présente des pieds métalliques pliants soutenant un plateau amovible au décor ciselé. Les plateaux sont aussi disponibles séparément. Ces tables pliantes illustrent la vision imaginative et fonctionnelle selon laquelle les meubles et objets faciles à déplacer permettent de réinventer en permanence notre décor.

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5. Les fauteuils Outre le fauteuil matelassé en cuir ou en velours coloré avec tiroir dans la partie inférieure, inspiré des porter’s chair et qui requiert soixante-quatre heures de travail, deux autres sièges voient le jour. L’un est avec un capitonnage décoratif, des oreilles et une frange à pompons, l’autre, plus bas, est plus moelleux. Ces derniers sont proposés dans différents tissus : un imprimé floral, des jacquards décoratifs et un jacquard GG. 6. Les bougies Les bougeoirs en porcelaine qui accueillent des bougies parfumées sont ornés des motifs de la maison : l’imprimé floral “Herbarium”, des motifs géométriques, le dessin de l’œil et étoile ainsi qu’un modèle rose vif orné de l’inscription Gucci en lettres gothiques noires. Les animaux du Gucci Garden à Florence – abeille, papillons et coquelets – sont produits en porcelaine 3D pour orner le couvercle des boîtes. Les cinq parfums déclinent une palette olfactive originale, avec des notes de rose de Damas ancienne, de bouleau, de cire d’abeille, de freesia, de cuir et de sel.

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7. Les vases Décorés de slogans et motifs de la maison, ils sont produits par Richard Ginori, la célèbre manufacture florentine de porcelaine fondée en 1735. Cette série de pièces nécessite des procédés de cuisson céramique complexes et exige un grand savoir-faire manuel et un haut niveau d’expertise. La fabrication des serpents qui forment les anses requiert environ cinq heures de travail.

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L’OFFICIEL EXPOS PA R N A S R I S AYE G H

MONTRE-MOI

En ces temps de plus en plus voyeurs, et tant qu’à voir, quel plus grand bonheur que celui de s’immerger dans un musée, se détacher des contingences et laisser l’esprit se reposer sur l’art ? Voici quelques belles expositions à visiter jusqu’au bout de l’été.

Aux Arts Palliatifs Au 1er août 2018, l’humanité avait épuisé toutes les ressources que la planète pouvait lui offrir. En 2019, cette date butoir s’annonce déjà pour juillet, creusant encore un peu plus notre dette envers les générations futures. Inexorablement, cette funeste date que l’on surnomme “Jour du dépassement” est chaque année de plus en plus précoce... Face à la catastrophe climatique annoncée, les arts s’organisent pour pallier le cynisme et l’inaction politique. Suturant la béance de la plaie écologique, la XXIIème Triennale de Milan réfléchit au concept de “Design de Restauration” ou comment interroger –panser?- la relation entre l’homme et son environnement. Esquivant toutes tentations de requiem et/ou autres lamentum anxio-eschatologiques, « Broken Nature » mettra en avant l'importance de la création comme devoir de réparation.

Tailleur de Rêves Plus grande exposition mode du Victoria & Albert Museum depuis celle dédiée à Alexander McQueen en 2015, l’événement "Christian Dior: Designer of Dreams" retrace l'histoire du couturier, ainsi que celle des six directeurs artistiques qui lui ont succédé à la tête de la griffe. Avec plus de 500 objets, cette exposition est la plus grande rétrospective londonienne jamais consacrée au couturier français. Longtemps fasciné par la culture britannique, ses maisons, ses jardins, sa royauté, son aristocratie, ses paquebots et ses costumes de chez Savile Row, Christian Dior a notamment créé – pièce phare de l’exposition - une robe portée par la Princesse Margaret pour son 21ème anniversaire. Plus de 70 ans après la création de la maison éponyme, ce projet de grande ampleur rend hommage à celui qui, au lendemain de la Seconde Guerre mondiale a su rendre à la couture sa part de beau, de rêve et de désir. Jusqu’au 14 Juillet. www.vam.ac.uk

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Photos DR

À découvrir, de toute urgence artistique, jusqu’au 1er Septembre 2019. www.brokennature.org


L’OFFICIEL EXPOS

Exquises Esquisses Le grand imagier arabe s’expose à l’IMA - Paris. À la plume, au pinceau ou au crayon, les dessins dévoilent un imaginaire qui au fil des siècles s’est esquissé, tantôt monochrome, tantôt coloré à l’envi, tantôt figuratif, tantôt abstrait, à l’aune de la calligraphie et de l’art de l’enluminure. Si la peinture de chevalet est une pratique nouvelle dans le monde arabe à partir du XIXème siècle, celle du dessin en revanche s’appuie sur l’excellence des arts du livre, dont l’essor débute plus d’un millénaire plus tôt! Pour donner la mesure de l’ancrage du dessin dans le monde arabe, le musée expose, outre les œuvres modernes et contemporaines de trois générations d’artistes (Dia Al-Azzawi, Kevork Mourad, Hani Zurob, Abdallah Benanteur, Boutros alMaari…), des dessins exécutées entre le XIe et le XVIe siècle sur divers supports : papier, cuir, textile ou céramique.

Photos Exquises - Assadour Figure 2003. Gouache sur papier; Beyrouth, Myriam Boulos; DR

D’exquises esquisses à croquer jusqu'au 15 Septembre 2019.

C’est Beyrouth(?!) Exclamative ou interrogative, la ponctuation elle-même ne saurait trancher. Définir, cerner, comprendre, oser tenter de faire sens. « C’est Beyrouth » dixit l’article-titre-démonstratif de l’exposition dirigée par Sabyl Ghoussoub qui réunit, à l’Institut des Cultures d’Islam à Paris, les œuvres de quinze artistes photographes et vidéastes qui livrent leur(s) Beyrouth. À travers un parcours divisé en 4 grandes parties – “Le spectre de la guerre”, “La ville multiconfessionnelle”, “Le corps comme marqueur identitaire”, “Des minorités ignorées » – les œuvres témoignent de la place de l’individu, de la religion et de la communauté dans l’espace public et intime beyrouthin. Tour à tour, Khalil Joreige et Joana Hadjithomas, Fouad Elkoury, Patrick Baz, Mohamad Abdouni, Myriam Boulos entre autres artistes dressent le portrait d’une ville énigmatique, plurielle, exaltée, insaisissable et qui se dérobe à toute tentative de définition. A découvrir jusqu’au 28 juillet 2019.

www.institut-cultures-islam.org

De Mère en Fils Laure, la mère, est née en 1931; Mazen, le fils, en 1975. La première, 88 ans, est poète, artiste et critique d’art. Le second, 44 ans, est lui-même artiste, dessinateur et musicien. A eux deux, ils forment le gang Ghorayeb-Kerbaj. Leurs noms: Laure Ghorayeb et Mazen Kerbaj. Depuis 2006, en parallèle à leurs pratiques respectives, ils ont créé une écriture à quatre mains ; quatuor où l’encre de Chine se mêle au papier. Avec “Laure et Mazen: Correspondance(s)”, le Musée Sursock se fait témoin des dessins épistolaires du tandem. Beyrouth-Berlin (où ils résident respectivement) et l’inverse, leurs échanges incessants se font sur un rouleau de papier. Le musée expose 50 mètres des 70 (!) que compte à ce jour cette - autant infinie qu’émouvantecorrespondance. Et puis, magistrale, cette fresque cantique qui célèbre les amours mythiques. Antar et Abla, Tristan et Iseult, Rimbaud et Verlaine, Adam et Eve, Ken et Barbie… un chant d’amour, puissant, émouvant, drôle, irrésistible, à célébrer jusqu’au 26 août 2019. sursock.museum

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L’OFFICIEL INITIATIVE

AFAC OUVRE L’HORIZON AUX TALENTS DE LA RÉGION Depuis son lancement en 2007 à l’initiative d’un groupe de défenseurs de la culture régionale, le Fonds Arabe pour l’Art et la Culture (AFAC) n’a cessé d’étendre ses domaines d’activité, du cinéma aux arts visuels en passant par la photographie, la musique et le documentaire. Forte de son expérience, l’organisation indépendante basée à Beyrouth peut aujourd’hui se targuer d’un vif rayonnement international.

PAR JOSÉPHINE VOYEUX

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L’OFFICIEL INITIATIVE

nous sommes adaptées aux crises polarisantes que traverse la région. L’afflux massif de migrants concerne aussi bien les sociétés européennes qu’arabes, commente Rima Mismar. Ce programme propose une nouvelle forme de production et de rencontres entre des artistes de la région, contraints à l’exil, et des partenaires européens ouverts à la discussion et au débat ». En 2018, nait ainsi « UR », une performance théâtrale britanno-koweitienne mise en scène par Suleyman al-Bassam et coproduite par le Residenztheater, le Théâtre Sabab et AFAC.

Photo DR

Le Fonds Arabe pour l’Art et la Culture est aujourd’hui une institution de référence dans la région. En douze ans, à force de réseautage et de travail acharné, la fondation est parvenue à lever trente millions de dollars pour soutenir des artistes, écrivains et chercheurs de la région. Quelque vingt millions ont d’ores et déjà été alloués. Résultat : depuis 2007, AFAC a soutenu près de 1350 projets et découvert plus de 600 jeunes talents à travers le Moyen-Orient et l’Afrique du Nord. Parmi eux, comment ne pas citer le cinéaste d’animation Ely Dagher, réalisateur de Waves’98 qui lui a valu la Palme d’or du festival de Cannes en 2015, ou la compagnie de danse panarabe ‘Min Tala’, ou encore l’étonnant jeune cinéaste soudanais Suhaib Gasmelbari, lauréat des prix The Glashütte Original et Panorama public pour son documentaire « Talking About Trees ». « La moitié des artistes que nous soutenons sont émergents, cela nous donne l’espace nécessaire pour faire de nouvelles découvertes, explique Rima Mismar, directrice exécutive de l’institution. Nous éprouvons une grande satisfaction à donner à ces talents le petit coup de pouce dont ils ont besoin pour se lancer, voler de leurs propres ailes puis rencontrer le succès à l’international ». Des partenariats avec l’Europe et la Grande Bretagne AFAC a récemment ajouté une nouvelle corde à son arc. En marge des dix programmes de soutien à la production artistique régionale ainsi qu’à la recherche, l’organisation indépendante a lancé en 2016 une plateforme créative arabo-européenne. Multidisciplinaire, cette dernière a vocation à construire des ponts entre les acteurs et institutions arabes et européens, tout en galvanisant l’imagination et l’expression des artistes. « Nous 197

Une chance de se faire entendre L’objectif semble colossal, mais l’ambition du Fonds Arabe pour l’Art et la Culture est avant tout de soutenir le développement de la scène artistique régionale en donnant la chance à de jeunes artistes prometteurs de s’exprimer à travers leur médium. L’institution promeut ainsi l’engagement civil et militant de la jeunesse arabe dans toute sa diversité, en lui offrant l’opportunité de se faire entendre et de construire son avenir. Le rayonnement d’AFAC s’amplifie : Avec 11500 propositions de projets en 12 ans, l’organisation se bat quotidiennement pour offrir de nouvelles opportunités à travers ses appels à candidatures pour des projets d’écriture, de photographie, d’arts visuels ou d’arts vivants, ajoutant à son actif un nouveau programme orienté vers l’entreprenariat culturel. « Les fonds tendent à diminuer, poursuit Rima Mismar. Nous devons donc nous battre pour multiplier les sources de financement et franchir les obstacles ». Toujours est-il que d’année en année, la scène artistique arabe ne cesse de prospérer, et AFAC y est pour beaucoup.

arabculturefund.org


L’OFFICIEL CINÉMA

MOUNIA AKL ENTRE RÉALISME MAGIQUE ET CHOC DU RÉEL La jeune garde du cinéma libanais arrive, aussi brillante et prometteuse que ses aînés. Elle est incarnée, entre autres, par Mounia Akl, jeune réalisatrice venue de l’architecture, et dont le court-métrage étudiant "Submarine" a été célébré en 2016 au festival de Cannes. Elle nous parle de son parcours, de son long métrage en cours, et de la place qu'y occupe la famille, à tous les niveaux.

PAR MARIE ABOU KHALED

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De l’architecture au cinéma Ma passion pour le cinéma a commencé grâce à mes parents, tous les deux cinéphiles. Ils m’ont fait connaître des réalisateurs que les gens de mon âge ne connaissaient pas. Très tôt, j’ai donc développé une fascination pour l’image. Comme mes parents sont architectes, j’aimais aussi beaucoup l’architecture. A 17 ans l’idée d’être réalisatrice me faisant encore peur, j’ai donc choisi l’architecture. Durant mes études universitaires j’ai compris que j’étais une réalisatrice qui ne voulait aimer l’architecture que de loin. J’ai alors commencé à faire du cinéma le weekend. A travers des projets amateurs comme « Beirut, I Love You » j’ai appris à faire du cinéma dans la rue : je jouais avec ma caméra, j’essayais. Mon diplôme en poche, j’ai postulé pour un master en cinéma à Columbia, New York, avec pour tout dossier mes pellicules des weekends. J’ai été acceptée le jour de ma remise de diplôme d’architecte. La distance m’a permis de savoir ce que je voulais raconter : des histoires libanaises, souvent. Ayant grandi dans un pays en chaos constant, auprès de parents qui divorçaient, j’étais entourée de personnages complexes. Je crois que c’est là que ma vocation de réalisatrice a commencé. Par la suite, mon film de diplôme de Columbia, Submarine, a été sélectionné au festival de Cannes. C’est ce qui a permis à ma carrière de décoller et m’a mise un peu sous les projecteurs. C’est aujourd’hui ma carte de visite, une manière de montrer mon langage visuel en termes de surréalisme et de réalisme magique. 199

Une routine stricte pour mieux profiter de la vie L’industrie du cinéma est un peu comme un ouragan, qui fait beaucoup voyager et rend la vie assez tumultueuse. J’essaye donc d’avoir une routine très stricte depuis quelques mois : réveil très tôt, à 7h, une heure de sport le matin, une heure de lecture, 4 heures d’écritures, et puis voir 3 films par semaine parce qu’en faisant du cinéma j’avais arrêté de voir des films et de lire. J’essaye aussi d’avoir un équilibre entre ma vie professionnelle et ma vie personnelle : je divise ma journée entre des moments d’écriture, de solitude, du temps pour m’occuper de moi, et des moments avec les autres, de rencontres, de réunions avec mes producteurs. Pendant très longtemps je me suis effacée complètement dans mon travail, mais si je ne vis pas ma vie, je n’aurai rien à raconter ! Un premier long métrage sur l’histoire d’une famille Je suis en train de développer mon premier long métrage, donc je commence à rencontrer des acteurs, chercher des lieux de tournage et tout ça, mais en parallèle je ne veux pas m’éloigner de mon travail continu de réalisation, parce que j’ai peur de perdre la main. Donc j’essaye de trouver des projets qui me rapprochent de ce que je veux réaliser avec mon long métrage, avec des éléments de réalisme magique par exemple. Je co-écris avec une scénariste espagnole, Clara Roquet. Ce long métrage, produit par Abbout production en co-production avec 3 autres boites internationales, vit jusque-là un très beau parcours. Je le développe depuis


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déjà deux ans, et c’est grâce à lui que j’ai pu bénéficier de la résidence du festival de Cannes, à Paris. Dans la Maison du Festival, j’occupais la chambre que Nadine Labaki et beaucoup d’autres monstres sacrés avaient occupée avant moi. C’était très émouvant. Le projet m’a ensuite emmenée au Sundance Lab, et au Torino film Lab où nous avons a gagné le prix du pitch, un prix de 50,000 euros de production. Mon scénario a eu un parcours inespéré, et j’en suis extrêmement reconnaissante. Nous sommes actuellement en phase de financement et nous avons déjà réuni 20% de notre objectif total. Le tournage est prévu pour mars prochain au Liban. Ce long métrage, suit l’histoire d’une famille et explore la manière dont la structure d’une cellule familiale reflète celle d’une société. Cette famille a un peu perdu espoir dans le Liban, et a choisi de vivre longtemps en recluse. Mais par la force des choses, elle se retrouve un jour confrontée à la réalité. Longtemps elle s’était crue bien plus heureuse qu’elle ne l’était vraiment. Elle se désintègre face à l’arrivée du monde à ses portes. Des clips de mode surréalistes et oniriques avec Sandra Mansour En parallèle je travaille sur d’autres projets où je sens que j’ai quelque chose à développer, comme les films de mode pour Sandra Mansour. J’ai rencontré Sandra lorsqu’elle réalisait la robe de mariée de ma sœur. Nous avons vite compris que nous partagions une même passion pour le subconscient et le surréalisme dans la peinture et la poésie. Nous racontions souvent des choses parfois similaires mais à travers deux mediums complètement différents. Nous avons donc décidé de faire 11 petits films, chacun exprimant un moment dans le subconscient d’une femme, dans la logique discontinue du rêve. C’était très rafraichissant, car je n’avais pas besoin de poursuivre un arc jusqu’à la fin. Nous avons eu des moments

d’émotion indicibles. Une fois l’écriture finie, Sandra me disait « j’ai envie de dessiner une nouvelle robe pour ce scénario ». Ça a donc été un va et vient, tellement stimulant qu’on a décidé de retravailler ensemble. Là, nous sommes en post-production pour une nouvelle série de clips. Cette fois-ci, le thème est le mariage, et loin d’être romantique, il traite de l’anxiété d’entrer dans une nouvelle phase de la vie. » Cyril Aris, Beirut I love you et le temps de l’insouciance fondatrice En fait, Cyril Ariss a changé ma vie et moi la sienne. J’étais étudiante en architecture et lui jeune consultant dans une grande boite. Nous nous sommes rencontrés au cours de théâtre de Michèle Malek, tous deux cinéphiles encore accrochés à leur bouée de sauvetage, à leur plan B. Perfectionnistes, nous travaillions très dur, chacun dans son domaine. Mais quand nous nous sommes rencontrés, il y a eu un déclic qui nous a donné le courage de poursuivre notre passion. Notre premier court métrage ensemble, c’était Cyril, moi et une caméra. Nous l’avons fait pour nous amuser, pour nos amis. La vidéo est vite devenue virale. C’était un film très maladroit mais très honnête, ce qui a attiré Yara Daher de la LBC, qui nous a aussitôt commandé une web-série, et c’est comme ça qu’est né « Beirut, I Love You ». Tout d’un coup, l’objet de nos weekends d’étudiants passait sur LBC tous les soirs avant les nouvelles. Parfois, des touristes nous arrêtaient pour nous remercier de leur apprendre l’arabe ! C’était l’histoire d’amis dans la vingtaine, qui poursuivaient leurs rêves. Nous étions devenus les « sweethearts » de Beyrouth. C’est un souvenir qui m’est très cher parce que ça a été mon école de cinéma, c’est là que j’ai fait toutes mes erreurs, et que j’ai compris que j’étais réalisatrice. Cyril est toujours dans ma vie, et moi dans la sienne, c’est mon meilleur ami. Nous ne coréalisons plus, mais nous travaillons toujours ensemble. 200

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Des réalisateurs qui n’ont pas connu la guerre Je suis reconnaissante d'appartenir à un pays où les réalisateurs n’ont pas été anéantis par la situation politique, mais l’utilisent comme un moteur. J’adore ma génération de réalisateurs : Ely Dagher, Cyril Aris, chacun de nous a quelque chose à dire sans être en compétition. Comme nous avons grandi après la guerre, nos histoires sont peut-être plus diverses que celles de la génération précédente, celle de Nadine Labaki et Ziad Doueiri, qui partagent un traumatisme commun. On a la chance, grâce à Nadine, de donner l’exemple d’un pays qui n’a en apparence rien à donner mais qui offre toujours plus. Un sujet de fierté Le fait d’avoir réussi à me constituer une équipe qui réunit tous mes amis. Je ne serais rien sans eux, et grandir professionnellement à leurs côtés me comble et rend l’aventure du cinéma tellement plus belle. Que ce soit Myriam Sassine et Georges Shukair mes producteurs, Cyril Aris ou Joe Saadeh mon chef op, avec qui je fais tous mes films, ou ma coscénariste Clara Roquet : sans eux je ne pense pas que ma motivation serait la même. Dans dix ans… Sur une île déserte, en train de regarder la mer ! J’ai besoin de temps loin des écrans, des antennes. J’ai besoin d’être dans la nature. Le silence est rare de nos jours. J’espère aussi que dans 10 ans, j’aurais trouvé avec mon travail une manière de contribuer à un changement pour le meilleur, que j’aurais réussi à bouger le statu quo.

Codsi sur un projet d’architecture : j’interprète en image, il interprète en son. J’aime ceux qui me font rêver avec leurs mots : Leonard Cohen, Nick Cave, David Bowie, Lou Reed. Il y a ceux qui donnent une sensualité à mon quotidien : Massive Attack, Radiohead, et les petits groupes de Krautrock comme Beak. Il y a aussi ceux qui me permettent de me plonger dans mes questions existentielles, comme les grands compositeurs russes : Brahms, Rachmaninov. Mon oncle Walid Alk était pianiste, alors les écouter c’est écouter mon oncle. La musique électronique me permet d’ouvrir certaines portes. Au début j’étais un peu réticente, c’est Joe mon chef op qui me l’a faite découvrir. Des maîtres Ingmar Bergman, Roy Anderson, Aki Kaurismäki, Luis Buñuel, Elia Suleiman, pour leur humour, même lorsqu’ils parlent des choses les plus tristes de la vie. Cela devient une manière de gagner du temps et de survivre. J’aime aussi beaucoup le cinéma de Theo Anghelopoulos et de Carlos Reygadas, dans la manière dont ils créent des images poétiques et parlent à travers elles de choses importantes. Je puise aussi beaucoup mon inspiration dans la peinture : Delvaux, Dali, Magritte, et même ma tante Nada Akl, qui m’inspire beaucoup. Ça m’apprend aussi la juxtaposition d’éléments de la vie et du subconscient dans la composition. Des livres J’aime Raymond Carver, Juan Villoro, Gabriel Garcia Marquez. J’aime aussi beaucoup Sophie Calle, une artiste française qui écrit aussi et qui est souvent dans le voyeurisme et dans l’étude de l’autre. Elle puise en elle-même pour parler du monde. Elle me permet de comprendre comment ce qui nous fascine chez l’autre en dit long sur nous-mêmes, reflète une vérité intérieure. mouniaakl.com

Écouter pour voir J’aime ce qui me permet d’imaginer des choses, de visualiser … J’aime aussi travailler avec des musiciens. La musique, comme le cinéma, est la mise en scène d’une certaine émotion. J’ai récemment collaboré avec Marc 201


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LE MYSTÉ R I E UX MONSIEUR DEBS PAR MARIE ABOU KHALED


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L’homme derrière Corida, l’agence de concerts la plus éclectique de France, est discret, presque secret : Il est pratiquement impossible de trouver quelque information sur Assaad Debs en ligne. De Nico au Krautrock, de Serge Gainsbourg et Charlotte Gainsbourg à Christine and the Queens, ce Franco-libanais nous parle de son parcours incroyable depuis 1969 et nous fait part de ses impressions musicales du moment.

Comment avez-vous commencé à organiser des concerts ? Quand j’étais plus jeune, je ne pensais pas du tout faire ça, mais j’aimais la musique, surtout le rock. La première fois c’était tout à fait par hasard. À l’époque, j’habitais chez mes parents. C’était en 1969. J’étais à Saint Germain dans une petite boutique appelée « Pan » spécialisée dans les albums rock anglosaxons -il n’y avait pas tous ces grands magasins comme la Fnac et tout ça. Un monsieur est entré avec des disques, c’était le manager de Soft Machine qui voulait promouvoir leur premier album. Il parle donc avec le responsable de la boutique, qui s’appelait Adrien Ataf, et lui demande où ils pourraient organiser un concert à Paris. Je m’entends aussitôt dire « Moi, ça m’intéresse ! ». Je n’avais jamais fait ça de ma vie. J’ai dit à Adrien « faisons ça ensemble. Je vais me débrouiller pour l’argent, t’en fais pas, et on va essayer de trouver une salle ». Nous habitions en face du Bataclan, qui à l’époque, était un très beau cinéma de quartier. Un jour, en allant au lycée (j’étais très mauvais élève et j’ai arrêté

l’école à 16 ans), l’idée me vient de parler avec les responsables du Bataclan. Après les avoir convaincus que ce n’était pas une musique de sauvages, nous avons obtenu l’accord de la salle. Mes parents m’ont aidé, et ce fut un très gros succès. La salle était comble. Il y avait très peu de salles à Paris à l’époque : l’Olympia, la Maison de la Mutualité, le Palais des Sports pour les grands concerts, c’est tout. Comment vous êtes-vous fait un nom dans l’industrie de la musique ? Environ deux ans après ce premier concert, je rencontre quelqu’un d’Antenne 2 qui cherchait une salle à Paris pour enregistrer une émission une fois par mois. Je lui recommande donc le Bataclan, où il y avait 1100 places assises. Ils veulent une salle debout. Je vais moi-même parler aux responsables du Bataclan qui acceptent de retirer les fauteuils en échange d’un minimum de deux enregistrements par mois, et c’est ainsi que commencent ces émissions. Dans la foulée, en 1973, je rencontre Nico qui avait participé à 203

un concert au Bataclan pour Antenne 2, à l’occasion d’une reformation des Velvet Underground, avec Lou Reed et John Cale. Elle me fascinait, j’étais un grand fan. Après ça, j’ai organisé une tournée de Nico et John Cale, et je suis resté avec Nico environ 2 ans, jusqu’en 75. Je m’occupais d’elle, nous avions un lien particulier. En même temps, je me suis intéressé à ce qui se passait en Allemagne, la musique cosmique ou le Krautrock: les groupes comme Kraftwerk, Amon Düül, Can, Tangerine Dream, Agitation Free… toute cette scène allemande, qui se trouvait en majorité à Berlin. Je les ai contactés l’un après l’autre pour travailler avec eux. J’en ai fait tourner quelques-uns, comme Agitation Free, qui sont même venus à Beyrouth jouer à l’Assembly Hall de l’AUB. Mais mon plus grand succès est venu en 1974, quand j’ai fait jouer Tangerine Dream et Nico ensemble à la Cathédrale de Reims. Ce concert-là a été un succès planétaire, du fait que c’était une concert rock dans la cathédrale où tous les rois de France ont été couronnés. Ça m’a propulsé.


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salle de spectacle : la Cigale, qui est toujours à nous. Ensuite, nous nous sommes associés à Because, le label de disques créé par Emmanuel de Burtel, l’ex-patron de Virgin EMI Europe, qui était très proche de mon associé. Nous faisons maintenant partie du groupe Because, et nous avons racheté Talent Boutique, un tourneur et organisateur plus électro, ainsi que le très branché Super!, et People, qui est plus électro. Quelle est la rencontre qui a le plus marqué votre carrière ? Si vous ne pouviez en citer qu’une seule C’est impossible. Je dirais Nico. Gainsbourg aussi, c’était l’exception : je me suis occupé de très peu d’artistes français. J’ai organisé les concerts de Serge Gainsbourg dans les années 80 : comme il venait souvent au Palace, pendant un an, chaque fois que je le voyais, je lui parlais, l’encourageais à faire des concerts. Il ne voulait rien entendre, mais m’invitait à diner chez lui. Et un jour il m’a dit : OK. On a organisé un concert deux jours de suite au Palace, et trois ou quatre dates en province. Il venait de sortir son album de reggae avec la Marseillaise qui avait du mal à démarrer. Les musiciens qui étaient tous Jamaïcains ont eu peur, parce qu’à Strasbourg ça avait causé une émeute. Ils ont vu tellement de policiers armés dans la salle qu’ils ont dit « nous on ne joue pas, c’est pas notre problème », et ils sont tous partis. Grâce à l’annulation de ce concert et au bruit que ça a fait, l’album s’est encore mieux vendu ! Rencontrer Eric Clapton a aussi été très important pour moi. J’étais très impressionné, pour moi c’était un dieu. Aujourd’hui encore, quand il vient en France, je lui organise ses concerts. J’ai deux regrets dans ma vie, celui de ne pas avoir produit Pink Floyd, et celui de ne pas avoir produit les Rolling Stones. Je suis un grand fan de Pink Floyd depuis le début. Vous êtes musicien ? Très mauvais. Je joue un peu de piano et quelques notes de guitare, mais je ne suis pas musicien, je chante très mal. Si je l’étais, je ferais du rock certainement ! 204

Photos DR

Comment avez-vous monté votre compagnie, Corida ? J’avais fondé plusieurs autres compagnies avant Corida. J’ai commencé par travailler pour Richard Branson, qui lançait Virgin Records, en 73. A l’époque, il s’occupait de Mike Oldfield, un premier gros succès qui a lancé le label Virgin. Je lui ai parlé de Tangerine Dream. Il les a signés sur mes conseils. Tangerine Dream a été un groupe très important pendant 3-4 ans, et a vendu beaucoup de disques, surtout après le concert de la Cathédrale de Reims. Grâce à ma collaboration avec Branson, j’ai commencé à m’occuper des tournées des groupes anglais et américains de son label. Kevin Coyne, Soft Machine (dont je m’étais occupé en 69), les Caravan, Captain Beefheart, la scène de Glastonbubry… j’ai même organisé la première tournée de Patti Smith. C’était juste moi à l’époque. Je ne savais même pas qu’il fallait une licence, une inscription au registre de commerce… C’était underground, c’était alternatif et, aidés par le magazine Actuel, nous avions créé un réseau à travers la France qui s’appelait Réseau Zéro, avec des groupes d’étudiants fans de rock qui nous aidaient dans chaque ville. Certains sont toujours dans le métier. Ensuite je me suis associé avec un garçon qui s’appelait Pascal Bernardin, et on a créé ensemble Wahwah, une société de management d’artistes et organisation de concerts qui a duré deux ans. Nous avons organisé les tournées d’artistes comme Emmylou Harris, qui faisait de la musique country. Après ça, j’ai monté Rosebud avec un autre ami, Fréderic Sefrati, et après Rosebud j’ai été engagé au Palace comme directeur des concerts. Le Palace était l’endroit incontournable du moment : boîte, restaurant, club privé, il y avait tout, et comme c’était un ancien théâtre, nous y organisions des concerts. Nous avons eu les Talking Heads, les B52, les Stray Cats, Mick Jagger, The Police, et Dire Straits dont nous nous occupons encore. Après cette période est née ma structure actuelle, Corida, que j’ai créée en 1986 avec Jacques Renaud, mon associé, qui était propriétaire des Bains Douches. Nous avons eu l’exclusivité des concerts du Palace et avons aussi racheté une salle de cinéma pour en faire une


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Que pensez-vous de l’avenir de l’industrie de la musique ? Je crois que la musique va toujours continuer, ce n’est pas possible que ça s’arrête. Mais tout a changé dans le business, déjà le disque se vend beaucoup moins bien, il y a le téléchargement par internet, mais le gros problème c’est que la musique est devenue une industrie de masse, au même titre que les détergents … heureusement qu’il y a quelques petits labels indépendants, parce que tout a été repris par les « majors », ces gros mammouths pour qui tout n’est que business. En tout cas, la scène est devenue très importante dans la vie d’un artiste. À mes débuts, les artistes faisaient des tournées pour promouvoir un album mais le concert n’était pas leur principale source de revenus. Aujourd’hui c’est l’inverse, on produit de la musique pour pouvoir la jouer en tournée, les disques se vendant beaucoup moins bien. Qu’est-ce que vous pensez de la scène musicale libanaise ? Je trouve qu’il y a des choses très intéressantes. Il y a vraiment une grande diversité, et j’aimerais bien que plusieurs artistes libanais puissent exploser internationalement. Dans les groupes qui m’ont beaucoup plu, il y a eu Lumi, Mashrou’ Leila dans un autre style, les Wanton Bishops. Moi j’étais fan des Soapkills, c’est le premier groupe libanais que j’ai trouvé intéressant. Sinon, il y a de grands musiciens et compositeurs comme Khaled Mouzanar, qui devraient être mieux reconnus. J’aime bien Postcards, et dans la musique orientale, j’aime la voix et la personnalité d’Aziza. J’aime bien aussi Moe Hamzeh, qui est maintenant le responsable de Warner pour le Moyen Orient. J’adore bien sûr aussi Feyrouz. Quels sont les artistes à suivre en 2019 ? Une artiste « Corida » : Christine and the Queens, devenue « Chris », dont le deuxième album marche très bien, aux États-Unis comme en Angleterre. Il y a un garçon que j’aime beaucoup, très bluesy, mais qui malheureusement n’a pas explosé, c’est The Legendary Tigerman. Il est Portugais mais

il a vécu à New York, et c’est le cousin de la chanteuse Nelly Furtado. Son vrai nom est Paulo Furtado. Il y a aussi Naya, une chanteuse francaise qui a 18 ans. Elle en avait 14 quand je l’ai connue, et elle avait fait The Voice Kids. J’avais beaucoup aimé son premier EP. Je demande toujours conseil à ma femme Balkis avant de décider de travailler avec un artiste. Il faut reconnaitre qu’elle a une très bonne oreille. Quand elle me dit « j’aime ça », je suis sûr que ça va marcher. Un lieu préféré à Beyrouth ? Le problème c’est qu’à Beyrouth les lieux changent rapidement. Quand tu viens souvent, ça va, mais parfois, d’une année à l’autre, il y a des endroits que tu as aimés qui ne sont plus là. Il y a un endroit que j’adorais, c’était le B018, c’était un des endroits les plus magnifiques et magiques de Beyrouth (ndlr: le B018 vient de rouvrir ses portes après un chantier de rénovation). J’aimais bien aussi le Central avec son bar tout là-haut. J’adore aller au Music Hall. Comme salon de thé, je préfère la Mie Dorée, parce que je suis très sucre. Alors, quel est votre dessert préféré ? En général c’est le chocolat, mais un peu aussi le citron. Il y a des choses que je n’aime pas du tout, comme la pistache. Je peux en manger, mais pas dans un dessert. J’adore la limonade libanaise. Un film préféré ? Parmi les films récents, j’ai adoré Capharnaum. Et parmi les films que j’ai aimés dans ma vie, je dois citer Citizen Kane. Un autre film que j’avais beaucoup aimé en 1970 était « Je t’aime, je te tue », Ich liebe dich, ich töte dich de Uwe Brandner. C’est un film assez dur qui m’avait marqué. J’aime beaucoup Psychose de Hitchcock, surtout le jeu d’Anthony Perkins, c’est un très grand acteur. En revanche, je ne suis pas du tout impressionné par Star Wars, c’est pas mon truc.

corida.fr 205


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TENDRES MONOLOGUES Avec “Soliloquy”, Lou Doillon, la plus anglaise des chanteuses françaises, affirme définitivement son talent abrupt.

Si Lou Doillon a appelé son nouveau disque Soliloquy, ce n’est pas par hasard. Au théâtre, un soliloque est un monologue à haute voix avec le public. “J’ai, pour la première fois, eu envie d’écrire sur des choses communes, des petits détails. C’est ce qui manque le plus lorsque les gens ne sont pas là”, confie-telle. Ce genre de petits détails qui nourrit des chansons universelles… Depuis la sortie de son premier album, Places, en 2012, celle qui se cherchait jusqu’alors entre comédie et mannequinat s’est imposée véritablement musicienne. Il lui avait fallu prendre son courage à deux mains pour présenter à la face du monde son folk introspectif soutenu par Étienne Daho. Sur Lay Low (2015), elle a pris des risques en collaborant avec Taylor Kirk (tête penseuse du 206

groupe Timber Timbre) pour un résultat plus bluesy, convaincant mais moins accessible. Avec Soliloquy, Lou décide une fois encore de tenter le diable. Elle a demandé à Benjamin Lebeau, moitié de The Shoes, et à Dan Levy, fondateur de The Dø, de s’en partager la production. Résultat, l’ensemble sonne à la fois rock et synthétique, mélancolique et rageur, tendre et sexy. On apprécie particulièrement It’s You, ritournelle féminine confectionnée à distance avec Cat Power. D’ailleurs, les livres de Sylvia Plath et Simone de Beauvoir étaient à son chevet durant la genèse de l’album… “Lou est pleine de poésie”, confie à son propos Cat Power. Ce dont témoignent les douze morceaux miroitants de son album. loudoillon.fr

Photo Craig McDean

PAR SOPHIE ROSEMONT


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L’OFFICIEL DANSE

YOUSRA MOHSEN DEVIENT LAÏLA LIBERTY C’est l’histoire d’une jeune Libanaise à la plastique parfaite, passionnée de danse au point d’y consacrer sa vie et de se spécialiser dans la rigoureuse discipline de la danse de cabaret avec talons. Le parcours de Yousra Mohsen la conduit au Crazy Horse. Rebaptisée Laïla Liberty, elle participe aux tableaux spectaculaires de l’un des plus célèbres cabarets de Paris. Elle raconte son expérience PAR F.A.D

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qui devez-vous votre plastique exceptionnelle et vos mensurations rares dans le bassin méditerranéen ? Ma mère et mon père sont des sportifs, plus ou moins grands de taille, je pense que c’est à eux que je dois mon physique, ou c’est juste la nature qui en a décidé ainsi. Qu’est-ce-qui vous a poussée, en 2017, à participer au concours Miss Liban ? Quelle vision aviez-vous alors de la carrière d’une Miss ? Comment avez-vous vécu le fait d’avoir fini 4e dauphine ? Ma mère a beaucoup insisté pour que je participe au concours Miss Liban en 2017, nous sommes trois filles et je suis la cadette ; c’était un rêve pour ma mère de voir l’une de ses filles participer à un concours de beauté. Je rentrais de Los Angeles au Liban pour l’été et je n’avais rien de prévu, ma mère a donc sauté sur l’occasion pour me convaincre de participer. Le monde des miss, surtout au Liban, est très particulier, j’étais très partagée sur le fait de participer au concours. Je craignais de perdre mon temps. Je dois avouer que l’expérience que j’ai vécue a été inoubliable et j’ai rencontré des personnes formidables avec qui je suis toujours en contact. En dehors de la riche expérience humaine, j’ai toutefois eu l’impression, tout au long de ce concours, que ma place était ailleurs.

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L’OFFICIEL DANSE

C’est assez drôle car tout au long de la préparation au concours, je savais que je ne voulais plus en faire partie, mais il était déjà trop tard. Je ne pensais qu’a une seule chose, rentrer à Paris et reprendre les cours de danse à l’Académie internationale de la danse. Le fait de finir 4ème dauphine a été un soulagement : ma mère était heureuse de me voir sur le “podium” et moi de pouvoir rentrer en France et poursuivre ce que j’aime vraiment faire !

Photo Russel Cador@LailaLiberty-YousraMohsen

Qui a été votre plus grand soutien, parmi les membres de votre famille et vos amis, quand vous avez décidé d’accepter l’offre du Crazy Horse ? Ma mère m’a toujours beaucoup soutenu, elle m’a toujours poussé à suivre mes rêves et à être rigoureuse. Certaines personnes n’ont pas compris mon choix ou ne voulaient tout simplement pas comprendre et ce n’est pas grave. Je suis déterminée et c’est le plus important. Aviez-vous déjà assisté aux shows du Crazy ? Quelle idée vous faisiez-vous de l’endroit ? pourquoi avez-vous préféré travailler là plutôt que postuler au Moulin Rouge ou au Lido ? Quand j’ai découvert la danse en talons, je me suis intéressée aux cabarets parisiens, ma curiosité m’a entraînée dans les trois cabarets les plus prestigieux de Paris. J’ai vu les shows du Crazy Horse, du Moulin Rouge et du Lido. J’ai préféré le cadre plus intimiste du Crazy, l’ambiance m’a tout de suite touchée, j’ai senti une connexion particulière avec son spectacle. J’ai trouvé les chorégraphies très subtiles mais aussi très fortes. La femme est vraiment mise en valeur grâce aux jeux de lumières, elle est habillée de lumières, ce qui fait que le 209

spectateur ne pense pas un seul instant à la nudité sur scène. La subtilité des mouvements, les costumes, les visuels… tous ces petits détails font du Crazy Horse une maison unique et magnifique. Comment se passe une journée de Yousra Mohsen au Crazy Horse ? Êtes-vous contrainte à une discipline stricte, de longues heures de répétition, un régime alimentaire particulier ? Avez-vous le temps de faire autre chose ? Chaque jour j’arrive aux alentours de 18h30, je me prépare jusqu’à environ 19h30 et puis je m’échauffe pendant 30 minutes. Nous avons deux shows par soir en semaine et le dimanche et 3 shows le samedi. La vie de danseuse en général demande beaucoup de discipline et de rigueur. Il faut manger sain, bien s’hydrater mais aussi … s’autoriser quelques excès de temps en temps pour ne pas créer des frustrations inutiles ! Je vais aussi à la salle de sport dès que je peux. Je suis intermittente au Crazy Horse, et grâce à cela j’ai la possibilité de participer à beaucoup de projets dans le monde de la danse, en plus du Crazy. Je me considère comme un esprit libre, j’aime faire beaucoup de choses en même temps. Combien de temps vous faut-il pour vous préparer avant d’entrer en scène (maquillage, coiffure et autre) ? Je mets environ 45 minutes à une heure entre le maquillage et la coiffure Quelles sont les principales difficultés de la danse de cabaret avec talons ? Quelles sont les difficultés inhérentes aux tableaux auxquels vous participez, notamment Vestal’s


L’OFFICIEL DANSE

Quel est votre tableau préféré ? Pourquoi ? “Rougir de Désir” et “ Lay Laser Lay” sont mes deux tableaux préférés car ils transmettent une certaine sensibilité, teintée de mélancolie. C’est un mélange intriguant et émouvant que j’adore. Je n’arriverais pas à choisir entre les deux ! La musique de “Rougir de Désir” (par Antony & The Johnsons) me donne des frissons et le mouvement sur la roue dans la fumée de “Lay Laser Lay” m’émeut à chaque fois… Êtes-vous la même ou tout à fait une autre quand vous incarnez Laïla Liberty ? (Qui vous a donné ce surnom ?) Dès que j’arrive au Crazy Horse le soir, dès que je passe la porte du Crazy, je deviens Laïla, exactement la même mais en plus “Crazy”. Je n’en dirais pas plus, il faut le voir pour le croire ! C’est la directrice artistique ainsi que les shows managers qui nous « baptisent » de notre nom de scène, à la fin de la période de formation. Elles nous observent et nous trouvent un nom de scène en rapport avec notre personnalité et notre histoire. Et puis, juste avant l’ouverture de rideau de

la première sur scène, elles nous proposent notre nouveau nom « Crazy ». Saviez-vous que nous n’avons le droit de refuser qu’une seule fois ? Le public interagit-il avec les danseuses ? Pouvez-vous nous raconter une anecdote à ce sujet ? Au Crazy Horse, la scène est très proche du public et la salle est plutôt intime et cosy, ce qui facilite l’interaction avec le public. Nous pouvons souvent entendre les réactions des spectateurs, nous leurs parlons aussi grâce aux chansons que nous chantons en playback, les gens sont souvent heureux, parfois gênés. C’est amusant et très intéressant de pouvoir communiquer avec le public tous les soirs sur scène, observer leurs réactions et voir les étoiles dans leurs yeux, je dirais que c’est une forme de reconnaissance. Avez-vous rencontré des personnalités mythiques du Crazy telles que Dita von Teese, Christian Louboutin ou Philippe Decouflé ? Si oui pouvez-vous nous raconter ? J’ai eu la chance de rencontrer Dita Von Teese qui assistait à un show au Crazy Horse, elle m’a complimenté sur mon solo « Femme Fatale » … Venant de la Reine de l’effeuillage, c’était un honneur ! Comment imaginez-vous la suite de votre aventure ? J’espère continuer à danser sur la scène du Crazy, je voudrais aussi continuer à travailler avec d’autres chorégraphes, continuer à me former en tant que danseuse polyvalente, voyager et découvrir le monde… j’ai envie de faire beaucoup trop de choses. J’ai hâte de voir ce que le futur me réserve !

@yousramohsen 210

Photo Russel Cador@LailaLiberty-YousraMohsen

Desire ? Il faut être bien ancrée dans le sol lorsqu’on danse sur des talons, il faut être gainée pour être le plus stable possible. Pour “Vestal’s Desire” il est nécessaire de bien plier les genoux pour faciliter le mouvement des hanches. Il est aussi important d’isoler le haut du corps du bas du corps et de pouvoir dissocier les mouvements. Tous les tableaux du show au Crazy Horse sont différents et spéciaux à leur manière, il faut être à l’aise avec plusieurs techniques. Ça a l’air simple quand on regarde le spectacle, mais en réalité c’est un énorme travail technique et mental…


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L’OFFICIEL LIVRES

Délires à lire

PA R N A S R I S AYE G H

Vagabondage, voyage autour d’une chambre, architectures du bout du monde, musique, photo, immersion sensuelle et sensorielle entre signes et papier… Voici de beaux livres à ouvrir comme on enfonce une porte sur l’inconnu.

Nuits en Satin Blanc Chambres de lune ou chambres de miel ; amours d’un instant, ou amours d’une vie, ce titre Thames and Hudson recense les antres les plus sexy et/ou romantiques (c’est selon) du monde. De Costwolds – nid du romantisme anglais – aux Caraïbes en passant par Phuket, Paris ou encore Venise, « Mr & Mrs Smith Presents the World's Sexiest Bedrooms » est LE titre-pour-fairel‘amour de ce printemps. Fondée en 2003 par James et Tamara Lohan, l’agence Mr & Mrs Smith, qui compte à ce jour plus d’un million de membres, est désormais une référence incontournable en matière d’adresses luxe-glam ! On s’enamoure de ses chambres lascives, de ses bungalows langoureux et de ses chalets au charme suranné. Irrésistibles ! En guest-stars, les avis de grands pontes du goût tels Lauren Laverne, Raymond Blanc ou encore Stella McCartney. A effeuiller de toute urgence!

Bizzart Six ans après la publication de leur référentiel “Art and Queer Culture”, les éditions Phaidon persistent et re-signent la deuxième édition -revue, augmentée et très attendue !- d’un titre désormais culte. Sous la direction de Catherine Lord et de Richard Meyer, cette somme indispensable sonde l’impact des cultures Queers dans les champs des arts visuels. « Queer » que l’on pourrait traduire par « bizarre » ou « étrange » désigne selon les auteurs « l’étendue des pratiques culturelles qui s’oppose à l’hétérosexualité normative ». A la suite de nombreuses histoires de l’homosexualité dans l’art, la critique Queer entend dépasser les revendications identitaires pour se concentrer sur l’influence qu’elle a pu exercer sur les arts contemporains. Aux pages-cimaises de cette fascinante odyssée, sont convoqués entre autres œuvres-cheffes, les imaginaires éclatants et débridés d’un Oscar Wilde, d’un Robert Rauschenberg ou encore d’une Catherine Opie. Par amour de l’étrange ! 212


L’OFFICIEL LIVRES

Photos DR

Le Corbu ; encore ! Richard Pare est photographe d’architecture. Il fut dans les années 70 et 80 le fondateur et le responsable de la collection de photographies du Centre canadien d’architecture ; l’une des plus belles au monde. Pendant près de dix ans, cet amoureux du béton arpente les routes du monde, pour recenser les œuvres du Corbu. Déployés sur quatre continents, les bâtiments construits entre 1907 et 1965 n’avaient jamais été ainsi embrassés par l’objectif d’un photographe aussi attentif aux détails. Des chalets suisses construits à la sortie de l'adolescence aux étendues écrasées de soleil du Pendjab, “Le Corbusier. Tout l’œuvre construit” nous incite à une promenade architecturale mondiale et inédite. Chaque bâtiment est ainsi raconté face à ce qu'il est devenu aujourd'hui, une histoire qui "fait apparaître les espérances, les déceptions et les rancœurs" de leur créateur, précise le fondateur de la Cité de l'architecture de Paris qui co-signe magistralement ce titre Flammarion. Edifiant!

Let’s Groove ! Photographe afro-américain, natif de Los Angeles, Bruce W. Talamon qui se destinait au départ à une carrière d’avocat, s’est retrouvé dans le sillage des légendes de son temps. Tout au long des années 70, il bénéficiera d’un accès illimité au cœur même de la scène musicale. Dans son panthéon figurent des monuments de la prodigieuse décennie tels Earth, Wind & Fire, Marvin Gaye, Diana Ross, Al Green, James Brown, Barry White, Aretha Franklin, les Jackson Five, Donna Summer et Chaka Khan... En live, en backstage, ou dans la “vraie vie”, le jeune homme tire le portrait des grands monstres charismatiques et exubérants de la Soul, du Rhythm’n’Blues et de la Funk. Edité par Taschen, ce collector groovy aux 300 clichés présente pour la première fois les fantastiques archives de Talamon. R.E.S.P.E.C.T et émotions! 213


L’OFFICIEL PHOTO

DE MA CHAMBRE AU PHOENICIA PAR F.A.D.

Voilà trois ans que le légendaire hôtel Phoenicia, repère iconique de Beyrouth et de l’histoire moderne et contemporaine de la ville, organise un concours de photographie lié à sa propre identité. Les résultats viennent d’être annoncés.

Les participants pour l’année 2018-19 étaient : Lara Karam - "Affaire 924", février 2018 Fadi Farhat - "Lost Edges", mars 2018 Marie-Noelle Fattal - "Palmiers 40", avril 2018 Marcia Gunning - "Golden Eye", mai 2018 Vanessa Bittar - "Acte 2, scène 2", juin 2018 Maria Zoghbi - "Couches d'histoire", juillet 2018 Hoby Ratsimbazafy - "Jour de nuit", août 2018 Tarek Haddad - "L'heure des réflexions", septembre 2018 Roudy Doumit - "Tétromino P", octobre 2018 Susan Hall - "Phoenicia Hotel Beyrouth", novembre 2018 Blanche Eid - "Respirez à fond", décembre 2018 Hiba Hage - "Amethyst Balance", janvier 2019

Grande gagnante de ce concours, Marcia Gunning, avec son projet « Golden Eye » a vu son prix augmenté de 727$, somme correspondant au numéro de la chambre qu’elle a occupée. Sa photo représente un homme en uniforme d’officier de marine, parlant au téléphone, saisi à travers un motif circulaire de la maçonnerie. Tarek Haddad a remporté, pour son travail « Reflecting time », le second prix récompensé par une caméra Fujifilm. Roudy Doumit a reçu pour sa part le troisième prix pour « Tetromino P » et un bon d’achat de 500$ auprès de Fine Art Photography Academy. Cette année, le jury était notamment composé du photographe et réalisateur Charbel Boueiz, du photographe Raymond Khalifé, de l’écrivain et artiste Jeroen Kramer, de la photo-journaliste internationale et ambassadrice de Leica Emily Garthwaite, de Tania Atallah fondatrice de la Fine Art Photography Academy (FAPA), de la présidente de la fondation Videoinsight Rebecca Russo, du photographe Roger Moukarzel et de cinq autres membres. Les prix ont été annoncés par Emily Garthwaite et décernés dans le cadre d’un cocktail donné au lobby de l’hôtel Phoenicia le 19 mars dernier. Les œuvres resteront exposées et proposées à la vente jusqu’au 19 avril, inscrivant une fois de plus l’hôtel Phoenicia dans la mouvance d’un mécénat culturel qui a largement contribué, ces dernières années, à la promotion et au développement des arts au Liban. Phoenicia Hotel, Minet El Hosn, Beyrouth, +961 1 369 100 214

Photo Hoby Ratsimbazafy "Day at Night"

Depuis trois ans, l’hôtel Phoenicia de Beyrouth organise un concours de photo pour le moins original : Douze participants sont sélectionnés chaque année et invités à passer tour à tour, un par mois, une nuit dans une chambre de l’hôtel tirée au hasard. Durant les 24h que dure son séjour, chaque artiste photographe saisit avec son objectif un instant ou un angle particulièrement révélateur de l’atmosphère et de l’identité de l’établissement. A la fin du concours, trois œuvres sont primées. La première est récompensée d’une enveloppe de 5000$ à laquelle s’ajoute un montant correspondant au numéro de la chambre occupée par l’artiste. Toutes les œuvres sont ensuite tirées à 5 exemplaires vendus 500$ dans le cadre d’une exposition qui se tient dans les salons de l’hôtel durant un mois. Le bénéfice des ventes sera partagé entre l’artiste et une association humanitaire de son choix.


L’OFFICIEL DESIGN ÉVÉNEMENTIEL

LES MILLE ET UNE NUITS DE TONI BREISS Le mariage est encore pour beaucoup le grand moment d’une vie, le fameux « grand jour » qui ancre un couple dans sa réalité de couple et le place au centre de la communauté qui le consacre. Toni Breiss, créateur et designer d’événements, a l’art de transformer cette fête en féerie. PAR F.A.D.

Surprendre, émouvoir, faire briller les yeux A la tête de sa maison Level by Toni Breiss, l’entrepreneur n’est pourtant pas la fée Clochette. Bâti comme un athlète, organisé, précis, il jongle sans répit avec les fuseaux horaires entre téléphones, réunions avec assistants et clients, communications avec les fournisseurs et les équipes d’installation… ses journées n’ont ni début ni fin, d’où la nécessité pour lui d’être toujours au meilleur de sa forme. Planificateur né, Toni Breiss affirme qu’il n’imaginerait jamais faire autre chose de sa vie. Depuis qu’il en a fait l’expérience en

qualité d’organisateur d’événements au palace Four SeasonsGeorges V de Paris, il se passionne pour ce métier qui l’engage à donner vie à une idée et créer l’impossible à partir de rien, tout en anticipant les difficultés avec toujours un plan B sous le coude. Sa plus grande satisfaction ? Surprendre, émouvoir, faire briller les yeux de joie et d’incrédulité. Demandez-lui jusqu’où il pourrait aller pour la magie d’un moment, il vous répondrait, rêveur : « très loin ». Jardins magiques et terrasses champêtres Très loin, comme créer pour une seule nuit un immense chalet suisse en rondins équipé d’une bibliothèque en mezzanine et précédé d’un marché de Noël avec des kiosques où l’on distribue vin chaud et fourrures, au bord de Nahr el Kalb ? Très loin comme assurer la présence d’un artiste inaccessible pour animer la soirée ? Ou comme créer une flottille d’objets gonflables pour la beach party du lendemain (avec toute la difficulté de les gonfler sur place avant l’arrivée des invités), importer des centaines de guirlandes lumineuses pour en orner les convives et autant de moulins à vent pour créer un jardin magique, ou encore transformer le toit d’un immeuble en une terrasse champêtre ? Tout cela il l’a fait, et plus encore. En véritable chef d’orchestre, il dirige et coordonne tous les corps de métier possibles pour faire advenir l’irréel dans la réalité : imprimeurs, artistes vidéo, photographes, fleuristes, 216

Photo DR

Avec la belle saison qui s’installe, nombre de jeunes couples rêvent déjà à la grande célébration de leur mariage. Entre cérémonie civile, cérémonie religieuse, cocktail de réception, dîner et soirée incluant les familles et amis, party avec les copains, after, sur-after et lendemains qui chantent, que ce soit au Liban ou à l’étranger, l’organisation est un tel casse-tête qu’on n’a même pas le temps de peaufiner tous ces détails qui feront la magie du moment : la conception des invitations, le décor, les fleurs, l’éclairage, la musique, l’animation, le tout en cohérence avec un thème inédit, lui-même difficile à cerner et décliner. Pour celles qui n’ont pas eu la chance d’avoir une fée pour marraine, Toni Breiss s’est érigé magicien. À lui qui se fait fort de faire exister l’inexistant, le prodigieux est tout simplement naturel.


L’OFFICIEL DESIGN ÉVÉNEMENTIEL

jardiniers, pâtissiers, éclairagistes, musiciens, ingénieurs du son, ouvriers du bâtiment, menuisiers, tapissiers…on en oublie. On l’imagine aisément dans le rôle de l’Apprenti sorcier de Fantasia, levant le bras pour transformer des balais en porteurs d’eau, l’eau des seaux en torrents, les torrents en musique et en pluie d’étoiles. A la différence qu’il ne lui suffit pas de lever le bras, ni même les deux bras. Le travail acharné est son unique source de sorcellerie. Finesse et imagination Certes, les budgets qui lui sont confiés sont parfois énormes. Et encore une fois, jusqu’où peut-on aller avec un budget illimité ? « On peut faire beaucoup, évidemment, confie-t-il, mais il faut connaître la limite au-delà de laquelle on est dans la débauche et le mauvais goût. La finesse et l’imagination ne sont jamais tributaires du budget, c’est même l’inverse. » Et si le financement est un critère important dans le succès d’un événement, la générosité du cœur l’est encore davantage. Sans émotion, on n’atteint pas son objectif. » Et c’est uniquement quand les jeunes mariés, qu’il a couvés et écoutés plusieurs semaines durant, viennent lui exprimer leur bonheur, ou qu’un papa bienveillant lui affirme : « Cela valait chaque centime dépensé » que, tel Mary Poppins, il peut se dire « mission accomplie » et s’envoler vers une nouvelle aventure. tonibreiss.com; @tonibreiss

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L’OFFICIEL INITIATIVE

EN "MARCH" AVEC LÉA BAROUDI Contre la peur de l’autre et les conflits sectaires qui minent le Liban, une jeune femme a pris le parti de rapprocher les jeunes de communautés opposées. Entre théâtre, musique et lieux de rencontre, Léa Baroudi (OBE) multiplie les ponts et donne envie de les franchir.

PAR MYRIAM RAMADAN

de Beyrouth avec des jeunes mobilisés pour distribuer des fleurs blanches en signe de paix et de « plus jamais ça ». Le bouche à oreille médiatique fait écho à l’international, et des associations encouragent la naissance de l’ONG MARCH. Café, théâtre et catharsis En 2012, Léa Baroudi suit une formation en médiation. Elle constate qu’après la guerre civile libanaise, le silence a continué à régner sur les évènements et leurs causes, et les gens n’ont pas fait leur deuil. Les peurs n’ont donc pas été résolues. Après avoir visionné la pièce de Zeina Daccache, “Twelve Angry Men”, réalisée avec la contribution de prisonniers, Baroudi décide de faire de la scène sa plateforme de résolution des conflits. Elle choisit Tripoli comme première étape de travail. La « capitale du Nord » venait d’être témoin, en 2014, de combats sectaires entre les quartiers avoisinants de Bab el- Tebbane et Jabal Mohsen. Seize jeunes hommes (8 de chaque quartier) ayant participé aux combats acceptent de jouer « Guerre et amour sur le toit », une pièce cathartique montée par Lucien Bourjeily. Ce spectacle sert de thérapie aux jeunes des deux communautés, qui se lâchent, tombent le 218

Photo DR

La trentaine à peine et déjà une longue histoire dans l’action humanitaire, Léa Baroudi vient d’être nommée membre honoraire de l’ordre de l’empire britannique (Honorary Member of the Order of the British Empire) pour ses efforts dans la promotion des libertés d’expression, des droits de l’homme, et sa bataille pour l’acceptation du pluralisme religieux au Liban. Elle qui a grandi dans une maison où la tolérance et le respect des différences étaient de rigueur, n’aime pas être identifiée à une « activiste », mais plutôt à une personne qui rapproche les gens les uns des autres. Après un diplôme en business à l’AUB, un autre à HEC et plusieurs années de travail dans un bureau de consultation, elle crée en 2011 l’association MARCH. Ce projet, elle le ruminait en fait depuis 2005, année où les tensions sectaires furent particulièrement aigues au Liban. Cette peur de l’autre, elle l’avait même ressentie dans son entourage. C’est ainsi qu’en 2010, un regroupement « impulsif et spontané » d’amis prend forme avec une décision commune : s’activer pour prôner un éveil à la mansuétude. Une première initiative, « Al Bosta Natretna 3al Kou3 », a lieu dans les environs de l’ancienne ligne de démarcation


L’OFFICIEL INITIATIVE

masque et narrent leurs parcours difficiles. Loin de s’arrêter là, et souhaitant faire davantage pour ces jeunes des quartiers défavorisés, Baroudi ouvre avec leur aide et leur soutien un café culturel entre les deux quartiers dits «chauds». Ce café, baptisé « Kahwetna » est aujourd’hui un lieu de rencontre pour ces jeunes qui ont réussi à accepter et surmonter leurs différences religieuses, et qui ont réalisé qu’il y avait entre eux davantage de raisons de se rapprocher que de s’opposer. L’endroit leur offre, entre autres, des ateliers de formation et des activités culturelles et sportives. Par ailleurs fervente adepte de l’inclusion des femmes dans la société, Léa Baroudi lance en 2016 le projet « Beb el- Dahab » regroupant des hommes et des femmes des deux zones en crise pour reconstruire ensemble ce que leur guerre a détruit. Pendant que les hommes rénovent les magasins de l’intérieur, les femmes, elles, refont les enseignes. Tous suivent, en parallèle, un programme complet de réhabilitation. L’immense bénéfice social, psychologique et émotionnel qu’ont tiré ces jeunes de Tripoli de ce modèle de « réhabilitation sociale » a été répliqué à Beyrouth. Là les jeunes des quartiers de Khandak el- Ghamik, et Tarik Jdide se sont retrouvés autour de la pièce 219

« Hona Beyrouth », écrite par Yehia Jaber. Un café « Hona Beyrouth » a aussi fleuri dans le quartier de Horch Beyrouth pour les mêmes raisons qu’à Tripoli : à travers les ateliers proposés, rapprocher les jeunes de différentes religions et les guider vers l’acceptation d’autrui, quelle que soit leur appartenance, ainsi que leur donner de l’espoir et la possibilité de se construire un avenir meilleur. Les jeunes de la région délaissée du Akkar ont eu de même l’opportunité de jouer dans une pièce faite pour eux : « Habib el-Kell » écrite par Nehme Nehme. Toujours sur sa lancée avec l’aide de quelques pays Européens et de la Grande Bretagne qui vient de l’élever au titre de Chevalier de l’Ordre de l’Empire britannique (OBE) Léa Baroudi aimerait montrer au gouvernement libanais que MARCH est un modèle durable à soutenir. L’ONG qui essaie de son mieux de s’adapter aux besoins des habitants de chaque région construit à présent un centre vert au Chouf. Le but principal de ce nouveau projet qui pourrait s’étendre à d’autres régions est de permettre la création d’un écosystème pour contenir l’exode rural.

marchlebanon.org


L’OFFICIEL GASTRONOMIE DURABLE

SAUVEZ LES FRUITS ET LÉGUMES Les supermarchés, les restaurants, les boulangeries et même nos frigos recèlent des produits qui finiront à la poubelle, bien qu’ils soient encore propres à la consommation. Eat Save Love part en mission de sauvetage glamour pour ces produits abandonnés.

PA R M A R I A L ATI I LLU STR ATI O N M A R I O N G A R N I E R

C’est le sort de cette tomate à la forme un peu trop carrée, de ce concombre un peu trop gros ou trop arrondi, de cette poire trop mûre ou encore de ce pot de yaourt proche de sa date limite de consommation, qui sera à jamais délaissé dans le frigo du supermarché au profit d’un autre indiquant une date plus éloignée, qui émeut Diana Fayad et l’encourage à agir. Des milliers de personnes à travers le monde connaissent encore la faim au quotidien et pourtant des tonnes de nourriture bonne à consommer finissent dans nos poubelles tous les jours. C’est à Dubaï que Diana se rend compte plus que jamais de l’ampleur du phénomène. Elle y habite entre 2010 et 2013 et se demande où va la nourriture abondante après chaque réception où elle est invitée dans les hôtels de luxe. De retour à Paris où, depuis, elle travaille et expérimente des recettes à ses heures perdues, elle se réjouit de voir des initiatives qui prennent le problème à bras le corps. Diana, mordue de cuisine depuis son adolescence, participe alors à un boot camp à Bruxelles qui a pour thème de trouver des solutions contre le gaspillage de nourriture. C’est là que lui vient l’idée de Eat Save Love. Abandonnant l’idée d’un restaurant gourmet, elle opte finalement pour un concept de repas pop-ups au cours desquels la gastronomie est mise au service d’ingrédients sauvés qui ont encore tout bon. Tapas de champignons et houmous aux courgettes Diana veut montrer que c’est d’autant plus dommage de jeter ces aliments encore savoureux qu il est possible de réaliser avec des chefs-d'œuvre culinaires. Energie en poche, la jeune femme décide de secouer les mentalités, d’une ville à l’autre. A Vienne d’abord, elle met à profit ses contacts avec des ONG locales pour organiser une rencontre dans un jardin urbain, 221

au cours de laquelle des femmes passionnées de cuisine partagent et font déguster leurs recettes. Soupes, tapas de champignon, moutabbal, houmous aux courgettes et cookies au chocolat font mouche. Quelques semaines plus tard, elle recommence avec le même groupe enthousiasmé qui se retrouve, à cause de la pluie, à l’intérieur de la villa attenante, autour d’un délicieux repas concocté avec des ingrédients rescapés. Avant chaque pop-up, Diana récupère des œufs, du fromage et du pain. Elle explique que les boulangeries sont obligées de vendre le pain fabriqué le jour même, jamais celui de la veille, et les étals doivent être toujours pleins pour attirer les clients, même le soir. Du coup, d’appétissantes pâtisseries finissent par être jetées en fin de journée. Voilà de quoi présenter un pudding, des dips dans lesquels on trempe sa baguette toastée, et toujours des légumes en veloutés chauds ou verrines fraiches, récupérés parfois dans des boutiques bio. À Beyrouth, début janvier, pour soutenir la mission Eat Save Love, il y a eu foule au Riverlane Park, prêté pour l’occasion, où les chefs Tina Wazirian et Bob Deeb secondés par une poignée de volontaires, et en partenariat avec Act4Tomorrow, se sont donné la réplique pour créer un repas gourmet pour plus d’une centaine de personne réunies sous les arbres. Dans les plateaux, rouleaux d’aubergines, tacos de choux fleurs, avocats et agrumes, pommes de terre au four et bruschettas ont pris place à côté de copieuses salades de betteraves, laitues et grenades. Les recettes sont improvisées le jour même car les ingrédients ne sont pas connus à l’avance. Conquis, les participants désormais prêts à changer quelques habitudes alimentaires, seront de nouveau de la partie pour le prochain évènement que Diana prévoit bientôt dans sa ville natale.

@eatsavelove.dfv


L’OFFICIEL SAVEURS

Photos DR

CHEWCHOOSE, BIEN-ÊTRE ET BIEN-MANGER

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L’OFFICIEL SAVEURS

Artiste et galeriste, Léa Sednaoui avait choisi un parcours professionnel bien défini, ouvrant à la Quarantaine The Running Horse, une des premières galeries d’art contemporain de l’après-guerre. On la retrouve orchestrant ChewChoose, une plateforme en ligne dédiée à la cuisine et au manger-sain par groupe sanguin. Elle raconte ce détour. PAR F.A.D.

Comment s’est passée votre transition de l’art contemporain à la nourriture ? Organique. Fermer la galerie The Running Horse a été une décision simple à prendre. Quand on sait qu’on a besoin de tourner la page, on le sait, et on franchit le pas sans regrets. J’avais 28 ans, besoin de me recentrer sur moi-même mais surtout me rafraîchir intellectuellement. Pendant les 2 dernières années de la galerie, j’allais très souvent à Paris où je prenais des cours à l’école de cuisine d'A lain Ducasse. Cela m’a fait réaliser qu’au-delà d’être un grand chef, M. Ducasse était propriétaire de plus d’une dizaine de restaurants, d’une maison d’édition, de deux écoles de cuisine, d’une chocolaterie, bref de tout un univers. La puissance des notions d’image de marque et d’art de vivre m’impressionne. Je m’inscris aussitôt en master d’identité graphique à Londres. Je me lance ensuite en consultante freelance, et petit à petit prends acte du fait que la plupart de mes clients travaillent dans la nourriture. Je me convertis consultante culinaire, un travail niche et créatif. Cela me conduit tant à établir la stratégie de Sev’s Cake à Bruxelles qu’à créer des recettes pour le groupe D’Adamo Personalized Nutrition, ou superviser la direction artistique et l’écriture du livre de cuisine de la famille Missoni...Parallèlement, ChewChoose voit le jour. Qu’est ce qui, dans votre parcours personnel, annonçait cette vocation ? D’une part, j’ai toujours été immergée dans le monde de la cuisine à travers ma famille, maternelle et paternelle. Du côté maternel, c’était le savoir, la transmission, la perfection. Du côté paternel, c’était plutôt l’innovation, le goût des choses simple et pures et beaucoup de curiosité. A 18 ans, lors de ma première année de fac, logée dans une résidence d’étudiants, je réalise mon premier risotto « comme indiqué sur le paquet ». J’y ajoute un bouillon de légumes maison. Le goût, la texture étaient comme au restaurant, ce qui m’épate. Cela dit, je n’ai jamais eu l’ambition de devenir un chef professionnel. C’est un monde de brutes, difficile pour une petite femme. Mais surtout, la cuisine, au-delà de la gourmandise, est pour moi clairement un acte d’amour, 223

de générosité, de partage, tant culturel que maternel. Je ne suis pas maman mais je crois à cette transmission d’amour, de soutien, d’amitié, de présence, et de reconnaissance de la personne pour qui on cuisine. Quel est votre souvenir culinaire le plus marquant ? Il y en a trop…mais entre autres : -Avaler des tentacules de poulpes vivants en Corée du Sud. -Les « pâtes » calamar-carbonara chez Thoumieux par JF Piège. -Le biryani au thon frais de mon amie mauricienne Yashveena, une révélation. -Observer, à l’âge de 6 ans, mon père préparer du foul moudammas pour le petit déjeuner, pensant qu’on allait manger du caca. -Les omelettes aux huîtres à Taiwan. Quelles ont été vos principales influences, dans le domaine de la nutrition ? C’est un domaine que j’apprends encore. Du point de vue nutritionnel, ma principale inspiration est évidemment le régime du groupe sanguin établi par le Dr. Peter D’Adamo. Ce régime a été une révélation pour moi et tant d’autres. Il faut l’essayer pour croire à ses bienfaits. La nourriture est véritablement un antidote à nos maux. Tout commence de l’intérieur et pourtant nous accuserons toujours de nos maux des facteurs externes (stress, trafic, société…). Une vraie, bonne alimentation apporte l’équilibre du corps mais aussi de l’état d’esprit et des émotions. J’en retiens qu’il faut éliminer autant que possible les aliments industriels. Cela paraît évident pour certains mais n’est pas encore acquis par beaucoup... Du point de vue bien-être, vivant dans une ville robotisée comme Londres, je suis affectée par l’obsession collective du « vivre mieux et plus longtemps » qui génère des milliards de dollars chaque année. Nous nous retrouvons à obéir à des tendances comme manger de l’avocat pour bénéficier de la « bonne graisse», ou se recharger à 11h avec des boulettes de protéines, ou dévorer affamé -mais avec le sourire namasté-, une salade de kale-poulet grillé recouverte de graines pour la satiété


L’OFFICIEL SAVEURS

et des omégas qui nous feront tenir jusqu’au cap des 17h. Nourrissant, certes. Didactique, certes. Mais j’ai bien peur que le plaisir gustatif et les traditions en pâtissent et disparaissent petit à petit, à grande échelle. Comment a commencé le projet ChewChoose? A l’aube de mes 30 ans, je réalise que mon hygiène de vie post-master est assez désastreuse et que je suis loin d’avoir la forme d’une jeune femme de 29 ans. Ma famille paternelle est touchée par le cancer, y compris mon père que j’ai perdu à 18 ans. Je décide de changer mes habitudes pour mieux prendre soin de moi-même, calmer les angoisses liées à mon nouveau départ, faire du sport, perdre du poids, faire disparaître une acné surprise (à 29 ans !), bref vivre mieux. La recherche commence, beaucoup de lecture, et je tombe sur « Eat Right 4 Your Blood Type », le livre du Dr. Peter D’Adamo, naturopathe et professeur en génétique. Ce bestseller du NYT a été vendu à plus de 7 millions de copies. La lecture en est agréable, claire, informative et équilibrée tant sur le plan scientifique qu’historique et anthropologique. Séduite, j’essaie le régime pendant 5 mois et, cliché mais vrai, cette nouvelle routine change ma vie. Le cap des 30 ans est pour moi une période de transition très difficile, avec un déménagement bref à Beyrouth qui me plonge dans une dépression. J’étais déboussolée. Reprendre sa vie à zéro au seuil de la trentaine et se réinventer sans repères n’était pas évident. Le régime m’a remise sur pieds et m’a redonné goût à la vie. Quand je réalise l’impact de cette nouvelle discipline alimentaire sur mon moral, un besoin instinctif de partager ce bien-être me pousse à créer un petit compte Instagram baptisé ChewChoose (Chew = Macher / Choose=Mastiquer). Au départ, c’est sympa, ça m’encourage à me coller à ce régime bien-être et je n’ai pas d’autre intention que de transmettre l’information. Mes photos sont maladroites, le style un peu grotesque, mais le temps passe, et tout se perfectionne. Un jour, je reçois un message sur Instagram de l'équipe de D’Adamo, me proposant un rendezvous. Ils m'embauchent en freelance pour créer des recettes et faire des photos dans l’esprit ChewChoose. Aujourd’hui, ChewChoose se développe comme une marque à part entière, doucement mais sûrement !

Pourquoi avoir choisi de vous concentrer sur le régime basé sur les groupes sanguins ? Notre type sanguin n’est pas seulement un marqueur dans notre sang. Il est présent dans tous les fluides que nous sécrétons (salive, mucus, transpiration et autres) et affecte largement notre digestion. À chaque type sanguin correspond une liste d’ingrédients très bons, bons ou à éviter qui stimulent différemment l’organisme et le métabolisme. Chacun de nous est unique et il me semble logique qu’un même régime ne soit pas nécessairement bon pour tout le monde. Le Blood Type Diet est personnalisé, en symbiose avec la nature de chacun. Quels sont vos produits de prédilection ? -Le zeste de citron. J’en mets partout ! -L’huile de noix. Ronde, douce et nourrissante, elle transforme mes salades. -Je ne peux pas vivre sans ma mandoline et un bon couteau. Composez-vous vous-même toutes vos recettes ? Quel est le secret d’un plat savoureux, voire addictif ? Oui! Toutes mes recettes sont d’abord inspirées par mes cultures, les voyages et les saisons. J’adapte chaque recette par rapport aux types sanguins. D’ailleurs sur mon site www.chew-choose.com, mes recettes sont détaillées selon ces trois critères : le plat, les ingrédients et les types sanguins. Un plat savoureux c’est un équilibre de saveurs, de textures et d’odeurs. Ma démarche consiste à dénuder les plats. Ingrédients comptés et célébrés, moins de gras, techniques de cuisson simples et douces pour permettre aux aliments d’illuminer notre palais. En toute simplicité. Quels sont vos projets dans le futur proche ? Faire vivre ChewChoose au-delà des plateformes en ligne. Un supper-club, des cours de cuisine, quelques collaborations, une gamme d’arts de la table, un livre peut-être? A suivre! Je voudrais alerter sur le fait que le BTD ne remplace pas la médecine. Il faut bien entendu consulter son nutritionniste ou son médecin en cas d’incertitude face à des symptômes et maladies.

chew-choose.com 224


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L’OFFICIEL CAFÉ

DOUX RÉVEIL AU HIGH LLAMA On s’y arrête pour un expresso sur le pouce, en filant au bureau, ou un café filtré à la cafetière à savourer avec un riche bol de porridge d’avoine parsemé d’amandes grillées, bananes, dattes et noix muscade. The High Llama, avec ses merveilleux arômes, est la nouvelle adresse pour se lever du bon pied.

Elles éclosent dans une ferme de Colombie ou dans un village reculé d’Éthiopie avant d’être torréfiées à Beyrouth et d’atterrir dans nos tasses fumantes. Les six variétés de graines de cafés soigneusement sélectionnées et servies en grands crus au bar à café de The High Llama raviront connaisseurs et amateurs du compagnon préféré des matins difficiles. Côté café, expresso, americano, macchiato, cortado ou mocha se partagent la tête d’affiche. Les graines récoltées au Honduras, au goût doux et équilibré, font figure de favorites car elles se marient bien avec le lait. Simon Balsom, passionné de café, recommande, pour passer les graines du Burundi à la saveur légère de fruits rouges, la cafetière Chemex et son filtre papier qui laisse couler lentement le liquide pour en renforcer le goût. Pour les graines de Colombie, il opte pour la machine French Press : les parfums plus corsés d’herbes et de fruits du café moulu infusent de longues secondes dans l’eau chaude pour une texture plus onctueuse et des arômes exaltés. A la lisière entre un bon petit déjeuner familial copieux à l’anglaise et une adresse branchée new yorkaise, les pancakes au sirop d’érable, les bols de Granola et pudding avec fruits secs, noix de coco et amandes qui croustillent sous l’avoine et aussi les bretzels sont autant d’arguments pour nous tirer du lit le matin. 226

Photos DR

PA R M A R I A L ATI


L’OFFICIEL CAFÉ

Tous les Noëls, Simon et sa femme vont à New York et en ramènent de nouvelles recettes de bagels. Pour retrouver un peu de la grande pomme à Beyrouth, on a le choix entre The New Yorker, le classique au saumon, cream cheese et avocat ; The Brooklyn, avocat et salade d’œufs, ou The Soho au beurre de cacahuète et banane, tous servis à toute heure. Au déjeuner va pour l’option saine et légère : un bol de salade haut en couleurs où les ingrédients branchés, chou kale, riz noir et graines de tournesol, font leur apparition. Plein d’énergie en aprèm à coup de smoothies onctueux au lait d’amande, épinards et banane ou au lait de coco, avocat, banane, miel, graines de lin et de chia, avant de trinquer en soirée avec une bonne bouteille de vin de petits producteurs libanais autour d’un bol de crudités ou d’un toast avocat au levain. Un air de Paris ou d’Amsterdam Simon et Lama voyagent à leur façon, de café en café. C’est comme ça qu’ils

choisissent de découvrir la vraie ambiance d’une ville. Installés avec leur tasse au coin d’une rue, ils regardent les habitants affluer pour un moment de détente. Lama est Libanaise, traductrice de profession. Simon, écrivain, est Anglais et travaille au Liban depuis quatre ans. Il rédige des rapports pour les Nations Unies et erre dans les ruelles pour y découvrir les talents et entrepreneurs qui insufflent à Beyrouth une énergie positive, en créant des lieux d’art et de convivialité. A force de dénicher de bonnes adresses, le couple décide de créer son propre espace. Clin d’œil au prénom de la jeune traductrice entrepreneure et à l’expression ‘high on coffee’, pour leur boisson de prédilection, le café The High Llama sera un lieu cosy ou l’on peut se poser à toute heure, pour une réunion entre collègues, avec ses amis, en famille ou seul derrière son ordinateur en s’emparant d’une copie de Wallpaper, The New Yorker ou Monocle que Simon prend soin de laisser trainer. Les fondateurs choisissent d’installer leur 227

café au coin d’une rue d’Achrafieh où les boutiques du quartier et les voisins qui se saluent évoquent les trottoirs de Paris ou d’Amsterdam, villes où l’on se promène entre les cafés pour la pause déjeuner ou en début de soirée pour un apéro après le boulot. Dans la salle lumineuse avec pignon sur rue, ou au calme à l’étage, les meubles simples en bois aux allures scandinaves ont été dessiné par le couple et fabriqués de manière artisanale dans la ville de Tripoli. Les tasses, plats et ustensiles à café design viennent quant à eux du Japon. Entre un voyage et l’autre, le couple goûte et ramène des perles de cafés venues d’Indonésie ou du Guatemala pour proposer à la carte des nouveautés temporaires, des ‘guest coffees’, avec différentes techniques de presse ; Pour Over, Cold Brew ou encore ‘Arab Press’, ces recettes sont testées sur place. Ils recommandent leur technique préférée pour chaque type de café, que les clients attablés peuvent ensuite savourer sans se presser. @the.high.llama.beirut


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A la place du mythique Myu, voici le Standard. Ambiance assagie, recettes gourmet et cool-attitude, ici on se laisse porter, ou plutôt « go with the flow ». PA R M A R I A L ATI

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Photos Anthony Ghanimeh

JUSTE STANDARD

n une douzaine d’années, les adolescents que nous étions, qui sautillaient de bar en bar à Gemmayzé, tout fiers d’arriver en voiture dans ces rues étriquées, ont grandi. Aux nuits de folies interminables, nous préférons les soirées tranquilles entre potes. À la musique assourdissante, nous avons substitué la lounge. Aux bières et vodka à gogo, ce sont les cocktails et la gastronomie qui ont désormais nos faveurs. Et l’un de nos bars préférés a muri avec nous. Le survolté Myu s’est mué en un discret Standard. Aux commandes de ces deux bars, Joe Mourani, avant tout un fin gourmet. Diplômé en ingénierie de McGill, il se forme en art culinaire à l’Institut Paul Bocuse à Lyon, avant d’enchainer les expériences dans l’hôtellerie, notamment au Crillon, à la Maison Blanche des frères Pourcel ou au restaurant Lapérouse (ouvert depuis 1766). De retour à Beyrouth en 2005, il repère une enclave dans une ruelle de Gemmayzé et choisit d’abandonner une offre de travail au Crillon pour ouvrir son propre bar. Le jeune entrepreneur oriente ensuite ses ambitions vers le désert californien, où il inaugure à Palm Springs, en 2011, le restaurant Workshop avec un ancien camarade de l’école hôtelière. Ce n’est évidemment pas par hasard qu’il choisit ce QG des rock stars dans les années 70 qui, après une période d’accalmie, attire de nouveau la jeunesse branchée qui se rend au festival de musique Coachella dans la vallée voisine.


L’OFFICIEL BAR

Architecture fluide intégrée dans la nature et produits frais, ce restaurant « farm to table » est couronné en 2015 du James Beard Award pour son design aux lignes pures. En 2019 est venu s’y ajouter un bar. Un second Workshop s'établira bientôt à Los Angeles. Joe Mourani n’en oublie pas pour autant de faire vibrer les noctambules à Beyrouth, au Ballroom Blitz ou au Stéréokitchen. Il décide dans la foulée de fermer le Myu, lieu de ses premiers succès et longtemps référence de la night life libanaise, où l’on pouvait à la fois boire, déguster, se trémousser, voir et être vus. En phase avec la nouvelle identité de Gemmayzé, plus sobre, un brin hipster, où concepts de bars et restaurants niche ont pris place, il ouvre Standard. Déco flexible, menu évolutif et lieu polyvalent. Au Standard pas de menu fixe, pas de déco figée, pas de formule toute faite. C’est le feeling du moment, l’envie des clients qui oriente la direction de ce bar, qui peut prendre des allures de bistrot de quartier à midi avant de se fondre en workspace dans l’aprèsmidi et bar dinatoire le soir. Les clients matinaux sont aussi de la partie, et pour les accueillir, le brunch, disponible toute la journée, s’étoffe : omelette à la grecque avec du fromage feta ou œufs sunny side up, granola ou croque-monsieur, rien n’est exclu et les spécialités du jour sont inscrites à la craie sur le tableau noir pour un menu qui évolue en permanence. 231

Les créations gastronomiques sont imaginées par Joe : salade thaï, souris d’agneau avec sauce chocolatée ou "msakkhan" façon tacos dans un pain à l’avoine. Les cocktails suivent le tempo et se font plus épicés en hiver, frais et allégés à la belle saison. Mahmoud el Safi, ami de longue date de Joe et designer de mode, a pris en charge la décoration du lieu. Il embarque le restaurateur pour choisir des luminaires à Basta et ils installent des néons rouges, orange et verts au plafond et côté cuisine. Pour le reste ce sera de la récup : les vieux tabourets, canapés, tables et bar du Myu on the Roof ou du Stéréokitchen sont légèrement retravaillés, les anciennes peintures décapées pour laisser place au béton brut embelli par le temps, les conduits d’air conditionné sont repeints et laissés à découvert et les plantes vertes occupent plus de place. Seules les anciennes vitres un peu arrondies du Myu par lesquelles on entrevoyait déjà l’ambiance à l’intérieur ont disparu. Elles ont cédé la place à une terrasse délimitée par une baie vitrée finement quadrillée, espace aérien qui s’ouvre en été pour qu’assis à l’intérieur au bar ou attablé sur le trottoir, on se sente toujours dehors. S’adapter, c’est le credo du Standard, qui, porté par des bases solides, peut flouter son identité, un peu comma la ville où il se trouve, qui change en permanence et qui reste pourtant bien ancrée dans sa profonde histoire.

Rue Gouraud, Gemmayzeh, +961 71 555 727


L’OFFICIEL BAR

UNE OASIS À BEYROUTH Dans une ruelle de Bourj Hammoud, derrière une grille enfouie sous les arbres, au bout d’une allée surplombée d’un bâtiment à l’abandon, la lueur d’un feu de cheminée nous guide dans ce bar chaleureux où la verdure domine. D’emblée, Union Marks marque des points.

PA R M A R I A L ATI P H OTO S R AYA FA R H AT

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L’OFFICIEL BAR

“ On y entend un

enregistrement de chant d’oiseau et l’espace est très instagrammable

Assis au bar, visage affable et barbe poivre sel, Mark Hadifé nous replonge dans le passé glorieux de la ville. Il y a dix ans, alors qu’il travaillait dans la publicité, à l’occasion d’un photoshoot, il tombe sur cette usine de textile, autrefois l’une des plus prospère du pays, dont l’activité avait dû cesser depuis une vingtaine d’années. L’espace fait office de labyrinthe à travers lequel on se déplace d’un atelier à un autre encore plus vaste ou sont encore disposés, ici et là, des métiers à tisser et machines à coudre. Les bâtiments ont été retapés et Mark choisit son refuge dans la cour intérieure qu’il reverdit pour y passer soirées et weekends. Il y accueille des amis autour d’un feu et s’occupe de son potager qui embaume le thym et le romarin. Dans ce calme refuge insoupçonné au sein du chaos alentour, petit à petit un bar, Union Marks, redonne vie aux vieux murs. Anciennes tables de travail et tabourets récupérés dans l’atelier deviennent des ‘shared tables’, ces tables partagées autour desquelles, d’abord timides, on se pose d’un côté avec des amis ou en amoureux, avant que la conversation et les rires gagnent finalement toute une tablée d’inconnus qui se rencontrent. Dans un coin, un vieux piano déniché dans la ruelle voisine. Ailleurs, une vieille machine à coudre posée près de mannequins en rotin. A côté des vitres qui encadrent le jardin, des réchauds traditionnels, fabriqués par un artisan du quartier, contribuent à rendre l’atmosphère chaleureuse. L’intérieur se fond dans la nature ambiante et les plantes vertes sont partout, même dans les toilettes, « passage obligé, rit Mark : on y entend un enregistrement de chant d’oiseau et l’espace est très instagrammable. » 233

Une parenthèse privilégiée Retour dans la salle principale de Union Marks, qui a probablement servi, pense Mark, d’atelier de retouches. Au bar, devant l’ordinateur, il choisit une chanson dans la playlist créée par son fils. Les cocktails empruntent leurs noms aux textiles vestimentaires : cashmere, velours, popeline… Des arômes fruités parfument la boisson Gabardine : pamplemousse, citron et liqueur d’abricot. Les notes florales pétillent dans un verre de Linen; roses, lavandes ou fleurs séchées. La douceur du miel ou du mastic se fondent dans les cocktails Wool et Silk. Dans les assiettes, des amuse-gueules, un voluptueux croque-monsieur réconfortant ou encore des recettes arméniennes revisitées imaginées par la femme de Mark, le classique mante, du basterma avec fromage fondu enroulé dans des feuilles de riz et de fines saucisses aromatisées à la mélasse de grenade enrobées dans un pain markouk. Dès que la météo le permet, c’est dans le jardin que l’on s’installe sous les étoiles autour d’un brasero ou que l’on s’attable pour un brunch paresseux le dimanche. Dans les vastes salles alentours, le plafond d’une hauteur vertigineuse et de larges baies vitrées accueillent parfois des défilés de mode et récemment une exposition de photographie de la jeune artiste Ayla Hibri. L’occasion de déambuler dans les allées d’un passé vibrant. On retourne ensuite dans l’ambiance cosy du bar pour un dernier verre, entre le confort du bois et l’exotisme des plantes, avant de ressortir de cette parenthèse privilégiée pour retrouver les klaxons, le brouhaha et les constructions pêlemêle qui composent désormais notre ville. @unionmarks


ALINE, LE GOÛT DE LA MAISON À MAYFAIR C’est une des adresses les plus attachantes de Londres. Dans la file qui se forme à l’entrée de l’enseigne Aline, à Mayfair, des clients de toutes générations et nationalités anticipent les saveurs réconfortantes et l’atmosphère amicale d’un restaurant où l’on se sent d’emblée chez soi.

PAR F.A.D


L’OFFICIEL RESTO

Photos DR

Stagiaire dans le domaine de la finance à Quilvest Private Equity, Tarek Farah se destine à une toute autre carrière quand, travaillant pour la société sur le dossier de la restauration rapide, il constate une lacune dans le marché londonien en termes de repas express de qualité pour les employés de la City. Peinant lui-même à savourer, sur le pouce, une pause déjeuner satisfaisante, lui vient alors l’idée de créer un concept de sandwiches haut de gamme. Parallèlement à son travail, il se met en quête d’un local bien situé et trouve, par chance, un emplacement à Mayfair, sur Maddox street, qui lui semble idéal. Il se lance dès lors tout à la fois dans le peaufinage de son concept, la création de l’image et la décoration du lieu. Les obstacles ne manquent pas pour le débutant qu’il est : la législation anglaise, l’acquisition des licences, la lenteur des travaux, la préparation d’un menu convainquant, la formation d’une équipe… Il apprend de ses erreurs, se forme sur le tas, mais persévère avec détermination, sans jamais baisser les bras. « Un concept qui me ressemble » Un an après l’ouverture, le noyau de clients fidèles qui commence à se former lui suggère, le sachant Libanais, de passer à une formule de cuisine libanaise. « A ce moment-là, 235

confie Tarek Farah, j’ai pris conscience de quelque chose de fondamental. En effet, pourquoi ne pas ouvrir un resto libanais ? Les Londoniens aiment tellement la cuisine libanaise… En réfléchissant à la question, et avec le recul, j’ai enfin réalisé qu’en fait j’aurais bien plus d’enthousiasme à vendre un concept qui me ressemble. J’ai donc voulu promouvoir le Liban que j’aime, tel que je le connais, avec les saveurs de sa cuisine et de ses bons vins, dans un environnement et une atmosphère moderne, jeune et relaxe ». Faire connaître le Liban dans ce qu’il a de meilleur C’est ainsi que deux ans plus tard, en 2017, Tarek Farah change l’enseigne « Aline’s, Mayfair » pour « Aline, Lebanese Kitchen». Mêmes murs chaleureux en brique, repeints en blanc, même bar fédérateur, mêmes banquettes conviviales, même palette souriante, dominée par l’orange et le turquoise, mais tout dans le décor évoque désormais le Liban, entre nostalgie et design contemporain : « Chez Aline, au-delà de la cuisine fraiche et authentique et de l’accueil toujours amical, attentionné et chaleureux, notre but est surtout de faire connaitre le Liban, sa culture, son art, sa musique et tout ce qu’il représente pour nous de beau et d’authentique. Notre environnement met en valeur les différents talents libanais.


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Mais qui est Aline ? C’est le moment d’apprendre qui est Aline, dont le grand portrait souriant déverse ses bonnes énergies sur la salle. « Ma passion pour la cuisine, l’accueil et les réunions autour d’une belle table pour partager le plaisir d’un repas gourmand et gourmet me vient de ma mère, Aline, dont le soutien a été immense tout au long du projet et encore aujourd'hui. D’où le nom du restaurant : je voulais qu’on s’y sente bien, comme chez soi ou mieux, comme chez elle. », nous confie Tarek Farah. A cette bonne étoile s’ajoute pour lui, dans le

domaine difficile de la restauration, la présence à ses côtés de son épouse, Monika, dont la touche féminine contribue à faire une différence. Et quand des clients libanais affirment au jeune entrepreneur que « chez Aline, on mange aussi bien qu’au Liban », il est heureux du bonheur qu’il partage. Falafel et Rose gin&tonic Petit coin d’évasion et de détente entre Orient et Méditerranée dans le froid londonien, Aline offre une carte traditionnelle de mezzés et grillades, ainsi que d’excellents plats du jour dont raffolent les initiés. Tout y est cuisiné « maison », dans les règles de l’art inspirées de la cuisine d’Aline et affinées par la consultante culinaire Anissa Helou. Et si les falafels de l’enseigne sont de loin les meilleurs de Grande Bretagne, les cocktails ne sont pas en reste, qu’ils soient classiques, comme le Bellini, ou créés de toute pièce comme le Rose gin& tonic. Quant à ses projets d’avenir, le fondateur d’Aline Lebanese Kitchen ne les imagine que liés à la mission qu’il s’est donnée : « promouvoir la beauté du Liban et de ses produits ».

Aline Lebanese Ktichen, 14 Maddox st. Mayfair, Londres. @alinelebanesekitchen 236

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Nos luminaires ont été créés par PSLab, un graffiti du portrait d’Aline a été commissionné auprès de Yazan Halwani, nous jouons la musique de Mashrou’ Leila, Adonis et Melmo (Marie Abou Khaled). Vous trouverez aussi sur le mur du bar une citation du Prophète de Gebran Khalil Gibran en néon: « Let there be a song in your heart ». Nos carafes à eau, ou « briq », sont réalisées par des artisans libanais, et nos plateaux de tables en marbre blanc incrusté de bronze rappellent les tables traditionnelles des pâtissiers libanais. Je vous laisse découvrir le reste lors de votre prochaine visite chez Aline ! »


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BOLERO, L’ADRESSE « CHILL » DE BATROUN

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La famille Daou vient d’ouvrir à l’année son jardin en bord de mer. Au programme : plage, farniente sous les oliviers et friké de poisson. PA R P H I LI P P I N E D E C LE R M O NT- TO N N E R R E

Les habitués du festival Wickerpark connaissaient déjà par cœur son jardin en bord de mer. Planté d’oliviers et de pins, le terrain accueille chaque année, en septembre, ce rendezvous culturel et environnemental. Propriétaires des lieux, les Daou viennent d’ouvrir à l’année cet espace de 3500 m2 qui jouxte leur maison familiale, aménagé en une aire de détente baptisée Boléro. Outre le restaurant de 60 couverts, plusieurs petits coins ont été aménagés au milieu du jardin et sur la plage : une petite librairie, un espace hamac, un beach bar, des douches et des cabines et une micro-maison posée sur des roulettes. « Boléro n’est pas vraiment un bar, ni un restaurant, mais plutôt un concept modulaire. Si vous voulez vous installer avec votre caisse de bière à l’ombre des oliviers on vous apportera un frigo ! » résume Michelle Daou. Le parc abrite plusieurs espèces d’arbres et de plantes typiquement méditerranéennes ; oliviers, bougainvilliers, érythrines, pins, roseaux, agaves, cactus. Amoureux de la nature, les propriétaires privilégient une gestion écologique. « On s’efforce autant que possible d’avoir recours à des matériaux naturels comme l’osier ou le bois à la place du plastique. Les pailles, par exemple, sont en pâtes ou en bambou », explique la jeune femme. Côté restauration, la carte propose une série de mets à la fois simples et savoureux. Bruschetta, soupes, salades, plateaux de fromages et de charcuteries sans oublier la spécialité de la maison : un succulent friké de 239

poisson réalisé par Zeina Daou dont la recette est le secret le mieux gardé de Batroun. Par ailleurs, le restaurant organise régulièrement des « collaborations culinaires », ouvrant sa cuisine à des chefs, comme Pascal Semerdjian. Hommage à un amoureux de la vie Avec Boléro, la famille entend perpétuer une tradition d’hospitalité. Les Daou ont cela dans le sang. L’accueil chez eux est un sport familial. « Nous sommes une famille politique: mon grand-père était député et mon père également très engagé pour Batroun. Les portes de notre maison ont toujours été ouvertes. Nous avons a eu envie de créer un lieu qui puisse profiter à tout le monde, apporter un plus à la ville », explique l’une des propriétaires. L’endroit prévoit d’accueillir toute l’année divers événements ouverts à tous - ateliers, programmations artistiques, collaborations culinaires – mais aussi des manifestations privées – mariages, anniversaires. Avec ce projet, Michelle et ses frères et sœurs, Mounir, Aimée et Georges Junior, ont avant tout voulu rendre hommage à leur père, Georges, décédé il y quelques mois. « Nous avons décidé d’appeler le projet « Boléro » en référence à son morceau préféré. Nous avons également choisi certaines de ses peintures pour les imprimer sur nos sous-verres », confie la jeune femme. « Papa était un amoureux de la vie, de l’art et de la culture et il nous a transmis tout cela ». @bolerobatroun


BKERZAY, UN VILLAGE MODÈLE Avec sa forêt à perte de vue, ses vieilles pierres et sa vocation pour le bien-être, cette bourgade éco-durable est le lieu idéal pour faire le vide.

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PA R P H I LI P P I N E D E C LE R M O NT- TO N N E R R E


L’OFFICIEL ÉCOTOURISME

C’est un projet qui ne cesse de s’épanouir. Le village authentique de Bkerzay, à cheval entre Deir Dourit et Baakline, s’est doté il y a un an et demi d’une maison d’hôte. Avec ses chambres confortables, décorées en blanc et bois, ses deux piscines en extérieur (dont une chauffée l’hiver), son hammam et sa salle de gym, c’est l’endroit idéal pour faire le vide entre 120 dollars et 410 dollars la nuitée, petit déjeuner inclus. De petits détails, comme les poêles installés dans chaque pièce, les tomettes au sol, ou encore les murs de pierres apparentes accentuent le cachet champêtre des lieux. Le grand salon, baptisé « Le café de la place », avec sa cheminée, ses livres et ses jeux de société, ainsi que le hammam, avec son dôme qui laisse pénétrer la lumière, entièrement reconstitué dans le pur style damascène, contribuent au dépaysement. Des cures de bien-être d’une durée de cinq jours sont proposées aux visiteurs pour un prix qui varie entre 1200 et 1500 dollars. Au programme : consultation avec une diététicienne, yoga, massage, hammam, randonnée, etc. Tenu par un des grands noms libanais de la cuisine, le chef Hussein Hadid, le restaurant propose quant à lui une grande variété de plats, à la fois locaux et internationaux. Un espace de jeu séparé, avec des animations dédiées aux enfants doit très bientôt voir le jour. « Nous 241

avons actuellement deux types de clientèle qui coexistent: celle qui vient se ressourcer et profiter du calme et les familles qui veulent offrir un grand espace vert à leurs enfants. L’idée est de pouvoir satisfaire et accueillir tout le monde en même temps », explique Karim Salman, directeur de Bkerzay. Olives et poterie La maison d’hôte est venue s’ajouter aux nombreux projets déjà existants à Bkerzay : l’atelier et la boutique de poterie, tout d’abord, où l’on perpétue l’artisanat local, mais aussi la savonnerie, le pressoir à olives et les activités d’apiculture. A l’occasion de la fête des potiers, Bkerzay réunit chaque année, en septembre, deux jours durant, des artisans de tout le pays. L’endroit accueille également des résidences d’artistes et des ateliers. « On cherche à encourager l’art en général, en particulier tout ce qui a trait à l’artisanat, au bricolage et aux travaux manuels. C’est vraiment un espace qui permet de prendre du recul, de trouver l’inspiration », poursuit le responsable. Perché à flanc de montagne, accolé à la forêt de Baakline, le site est lui-même entouré d’un vaste parc. Entièrement construit en 2008, avec des pierres taillées à la main, le village de Bkerzay est sans âge. La bourgade dans son ensemble reproduit l’architecture traditionnelle


L’OFFICIEL ÉCOTOURISME

libanaise. Le projet a été imaginé et réalisé par le père du manager, l’architecte Ramzi Salman, directeur du groupe de construction A.R. Hourie, qui compte notamment à son actif les chantiers d’élargissement du port de Beyrouth, des Souks du centre-ville ou encore de Zaitounay Bay. « C’est un terrain que j’ai agrandi petit à petit après l’avoir acquis, de manière à en préserver la majeure partie, soit 85%, de toute construction. Nous avons même fait en sorte de retirer définitivement tout droit de construction. J’ai voulu protéger les lieux et en même temps revitaliser la région en créant une micro-économie. Nous employons aujourd’hui une centaine de personnes », explique le Libanais de 60 ans, originaire de Baakline.

Photo DR

Label durable Le projet a reçu la note « très bien » de la BREEAM, la première certification mondiale en matière de design durable. « Le village a été construit sans déraciner le moindre arbre», poursuit l’entrepreneur. Le site fonctionne à l’énergie solaire et dispose d’une station d’épuration permettant de réutiliser l’eau usée pour l’irrigation. L’hôtel a été conçu en plusieurs blocs indépendants afin de réduire la consommation d’électricité. À Bkerzay, la récupération est un must : le mobilier provient en grande partie de brocantes. « On voudrait faire davantage. À terme, on aimerait par exemple se débarrasser complètement du plastique », indique Karim Salman. Après onze ans passés au Etats-Unis, le trentenaire, diplômé d’un MBA en informatique à l’université de Columbia, se consacre à ce projet à plein temps : « On veut montrer qu’il est possible de réussir à faire quelque-chose tout en tenant compte de nos responsabilités envers la nature, sans prendre de raccourcis, de manière responsable ». bkerzay.com

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A better way to live

AĂŻshti, seaside road Antelias, Lebanon T. 04 711 941


PENSION DE FAMILLE Si elle partage son temps entre Miami et son pays d’origine, la créatrice de mode colombienne Silvia Tcherassi se réclame aussi d’un certain art de vivre “à l’italienne”… Rencontre à Carthagène, dans l’hôtel familial, avec Silvia et sa fille Sofia. PAR CÉLESTINE FANGUIN P H OTO G R A P H I E S E R G I O C O RVA C H O

Dans la cour de la Mansión Tcherassi, Silvia porte une blouse, un pantalon et un chapeau de sa marque, Silvia Tcherassi.


L’OFFICIEL ART DE VIVRE

S

ilvia Tcherassi a deux amours, le design et la mode, passions que cette ex-Miss Barranquilla, née sous le soleil de Colombie, cultive dans l’hôtel qu’elle a inauguré au cœur du vieux Carthagène. Aussi baroques que brutalistes, riches en couleurs et en motifs, ses créations lui ont ainsi valu sa place parmi les designers sud-américains les plus respectés. Désormais installée à Miami, Silvia Tcherassi vit et œuvre en famille, passant peu à peu le témoin de son empire à sa fille Sofia, étudiante à la Parsons de New York, et à son fils Mauricio.

Qui vous a donné le goût de la mode ? Silvia Tcherassi : Très jeune, j’avais déjà un sens du style assez développé. J’aimais mélanger les vêtements, les accessoires… Avec les T-shirts blancs de mon père, des épaulettes et de grosses ceintures, je cherchais à recréer le parfait uniforme des années 1980. Votre style, en trois mots ? En deux : élégance et nonchalance. Quelle “puissance créatrice” a inspiré la femme et la designer que vous êtes ? L’art et l’architecture guident mes collections depuis plusieurs années, en particulier le travail d’artistes pionnières comme Frida Kahlo, Louise Bourgeois et Anne Truitt. Les architectes modernistes Mies van der Rohe, Le Corbusier et la merveilleuse Charlotte Perriand aussi, tout comme Jean Nouvel et Zaha Hadid. Les femmes de tête des romans de Gabriel García Márquez ont pu m’influencer, comme les paysages de sa ville imaginaire Macondo, leurs couleurs, leurs textures… Au-delà des références, parlez-moi de l’ADN de votre maison. Je dirais qu’il “synthétise” mes racines latines, mon ascendance européenne et mon rapport – conciliant – à l’innovation. À ce sujet, vous dites être sensible au cinéma de sciencefiction… Tout à fait. Le monde magique du film Avatar, de James Cameron, a servi de référence à ma collection hiver 2010. J’ai tenté d’en capturer les textures et, surtout, les contrastes entre futurisme et primitivisme.

Citez-moi un accessoire dont vous ne vous séparez jamais ? Mes lunettes de soleil. Je collectionne d’ailleurs des modèles vintage, des pièces uniques en leur genre… En mode, êtes-vous plutôt fidèle ou volage ? Fidèle et rationnelle la plupart du temps, à quelques exceptions près. Une tendance actuelle que vous approuvez ? La nouvelle approche du minimalisme, plus capricieuse, moins clinique. Et une autre que vous désapprouvez ? L’usage abusif du logo. Parlons art de vivre. On vous croise où à Carthagène ? À une table du Vera, le restaurant de la Mansión Tcherassi, à contempler le jardin vertical toujours changeant et exubérant. Et quand vous n’êtes pas en Colombie ? Chez moi ou dans mon studio, à Miami. J’aime aussi me perdre dans les rues de Madrid, de Milan… Je passe mes étés en Méditerranée et la toute fin de l’année à Carthagène. À quoi ressemblent vos intérieurs ? J’y mélange des pièces vintage et d’autres plus contemporaines. À la maison comme dans mes boutiques, j’utilise la même formule en piochant dans ma collection personnelle de meubles et de lampes du milieu du xxe siècle italien. Où vous fournissez-vous en beaux objets ? J’adore Milan. Pour la mode, les articles vintage et les livres rares, je vais chez Nonostante Marras d’Antonio Marras, où il règne une atmosphère incroyable. C’est fou de pouvoir trouver un espace aussi poétique et envoûtant dans une zone industrielle de la ville. Dans le quartier de Brera, je joue l'autochtone de passage en visitant les galeries et restaurants… Pour le design, mon “saint des saints” est le Spazio de Rossana Orlandi, via Matteo Bandello. Citez-moi un objet que vous rêvez d’acquérir ? Une œuvre d’art en textile signée Louise Bourgeois. Trois choses que vous emporteriez sur une île déserte ? De l’eau, de la crème solaire… et un moyen de communiquer !

“L’art et l’architecture guident mes collections depuis plusieurs années, en particulier le travail d’artistes pionnières comme Frida Kahlo, Louise Bourgeois et Anne Truitt. Les architectes modernistes Mies van der Rohe, Le Corbusier et la merveilleuse Charlotte Perriand aussi, tout comme Jean Nouvel et Zaha Hadid.” Silvia Tcherassi 245


L’OFFICIEL ART DE VIVRE

De haut en bas, Silvia porte une robe chemise, des lunettes de soleil, un foulard et un sac SILVIA TCHERASSI. Sofia porte une veste, des boucles d’oreilles et des mules CHANEL, une robe Silvia Tcherassi, un chapeau HERMÈS. Sofia porte une robe Silvia Tcherassi, des sandales VALENTINO.

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“Les femmes de tête des romans de Gabriel García Márquez ont pu m’influencer, comme les paysages de sa ville imaginaire Macondo, leurs couleurs, leurs textures…” Silvia Tcherassi

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L’OFFICIEL LIFESTYLE

Sofia porte un maillot de bain SILVIA TCHERASSI, des lunettes de soleil CELINE PAR HEDI SLIMANE, des boucles d’oreilles CHANEL.


A better way to live

Phantom Reactor, a new breed of wireless speaker, starting $1,250

AĂŻshti, seaside road Antelias, Lebanon T. 04 711 941


L’OFFICIEL ÉVASION

ANIMAL FRIENDLY Des animaux sauvages à notre porte, des nouveau‑nés à accompagner, des espèces en danger à soigner… : la nouvelle hôtellerie conjugue avec talent exclusivité et amour des animaux. Voici nos quatre adresses préférées. PAR EUGÉNIE ADDA

Aider les éléphants au Four Seasons Golden Triangle Perchées sur pilotis, à la lisière d’une épaisse forêt de bambous le long d’un affluent du Mékong par lequel on arrive, les quinze tentes du Four Seasons Golden Triangle, à Chiang Rai en Thaïlande, donnent une nouvelle dimension à la tendance un rien galvaudée du glamping. Il y a la nature, d’abord, celle brumeuse et infiniment fertile du nord du pays, à l’exacte frontière avec le Laos et le Myanmar, où l’œil se perd

inévitablement, malgré la sophistication post-coloniale de ces campements cinq étoiles, dont le plus grand avoisine les 230 mètres carrés. Il y a les dîners à la belle étoile, les séances de méditation face à l’immensité, les excursions en Jeep dans les villages voisins et les soins du spa à ciel ouvert, comme perdu en pleine jungle. Mais surtout, il y a les éléphants. Vingt en tout, sauvés de l’exploitation commerciale et touristique par la Golden Triangle Asian Elephant Foundation, avec laquelle s’est associé le Four Seasons pour offrir aux pachydermes ce sublime sanctuaire. Pas de balades à dos d’éléphant, donc, mais des promenades à leurs côtés pour assister au lever du soleil, et la possibilité de les nourrir, de les soigner et de se baigner avec eux, le tout aidé par des experts et bénévoles. Pour aller plus loin, l’hôtel et la fondation ont mis au point un système de parrainage mensuel, qui permet de soutenir les soins vétérinaires et de suivre la réhabilitation des animaux. Protéger les bébés tortues au Cuixmala Fondé à la fin des années 1980, le domaine de l’extravagant milliardaire britannique Sir James Goldsmith est, depuis 2004 et sous l’impulsion de sa fille Alix Marcaccini, l’hôtel le plus confidentiel du Mexique. Folie d’inspiration néomauresque avec ses onze chambres, ses trois villas et sa piscine à débordement donnant sur une plage évidemment privée, ce repaire de VIP (dont, au hasard, Emily Ratajkowski, la famille Delevingne, Madonna, Mick Jagger ou Heidi Klum) accueille encore des fêtes dont l’impétueux fondateur serait fier. Une utopie comme on n'en fait plus, posée dans un parc 250

Photos DR

C

e n’est un secret pour personne, la population animale mondiale est sérieusement menacée. Espèces en voie d’extinction, destruction de l’habitat naturel et surexploitation, les cinquante dernières années ont vu le nombre d’animaux sauvages décroître de 60 %. Que faire ? La réponse n’est pas simple, mais les initiatives à petite échelle se multiplient dans nos sociétés mondialisées. Et l’hôtellerie ? Elle aussi s’y met, doucement, réconciliant tourisme premium et vie sauvage, luxe recherché et sensibilisation aux espèces menacées, traquées ou surexploitées, s’associant désormais avec des organisations, des sanctuaires et des parcs naturels. Une nouvelle direction encore plus respectueuse de l’environnement, encore plus immersive. Mais aussi l’occasion pour les amoureux des animaux de s’approcher au plus près de leurs espèces préférées, dans une démarche d’aide et de respect.


Au Four Seasons Golden Triangle, en ThaĂŻlande.


De haut en bas, le Cuixmala et sa plage, au Mexique. Au One&Only Nyungwe House, au Rwanda. Le Wolf Lodge, en Norvège.

Côtoyer les chimpanzés au One&Only Nyungwe House Tout juste ouvert dans l’un des états africains les plus respectueux de l’environnement, le Rwanda, le nouveau joyau du groupe One&Only se pose au milieu de plantations de thé, en bordure du Nyungwe, iconique parc national rwandais couvrant 1 020 kilomètres carrés de forêt tropicale et abritant, à lui seul, 20 % de la population de primates d’Afrique, dont la plupart des espèces sont en voie de disparition. On vit ici au rythme de cette nature intacte, dont les senteurs fraîches et entêtantes d’eucalyptus embaument jusque dans les chambres somptueuses, jouissant d’une vue sur les montagnes vaporeuses et leur lumière dorée. Petit déjeuner au lever du soleil, yoga dans des cabanes perchées dans les arbres, cuisine bio et soins holistiques inspirés par les rituels africains…, le Nyungwe House coche toutes les cases de l’éco-resort contemporain avec, en plus, une démarche philanthropique visant à soutenir les communautés locales

grâce à des journées d’aide et des terres allouées aux familles de cultivateurs. Une nouvelle approche du tourisme, qui passe aussi par un trekking responsable. Autorisées seulement par groupes de huit, les randonnées, assez sportives, ont lieu à l’aube dans le parc national tout proche. Elles permettent d’observer les chimpanzés et singes colobes dans le respect de leur habitat naturel, alors qu’un expert nous éclaire sur les conditions de préservation de ces espèces menacées. Dormir avec les loups au Wolf Lodge Parc animalier le plus au nord de la planète, en Norvège, le Polar Park Arctic Wildlife Centre compte un seul et unique logement. Bienvenue au Wolf Lodge, gite réinventé installé, littéralement, au milieu des loups. Ultra-exclusif, disponible uniquement sur demande et accessible pour huit hôtes à raison de quinze séjours par an, l’endroit fournit l’une des expériences les plus inédites au monde. Déco hygge soignée avec peaux de bêtes, grand salon et table d’hôtes où officie un chef privé, le Wolf Lodge emprunte plus au confort premium du chalet genevois qu’à la rusticité du gîte de montagne. Mais ici, malgré l’intimité des lieux, on a comme l’impression d’être observé. Pas de gestes brusques, pas d’enfants en dessous de 15 ans, nous prévient-on. Car tout autour du Wolf Lodge, séparée des hôtes par les seules baies vitrées, rôde une tribu de loups norvégiens qui, malgré leur domestication – tous sont nés en captivité –, ont conservé leur instinct primaire, sauvage et curieux. On sort accompagné d’un guide privé – le cofondateur et gardien du parc, créé à l’origine pour protéger cette espèce crainte souvent chassée par la population locale –, à notre entière disposition pendant tout le séjour, pour approcher de très, très près, les sept loups parfaitement acclimatés au contact humain et tenter le wolf kiss sous le soleil de minuit. Autre privilège, un accès privé à l’intégralité du parc animalier, avec ses lynx, ses ours et ses renards arctiques. 252

Photos Michael Gilbreath, Thomas Eckhoff, DR

de dix hectares sur la sauvage Costalegre, disposant d’une piste d’atterrissage, d’une ferme lui permettant une parfaite autosuffisance, de cours de tennis et terrains de golf, d’écuries et, surtout, de sa propre réserve naturelle classée Unesco Biosphere, comptant zèbres, antilopes, crocodiles, pumas ou encore jaguars, évoluant pour certains en liberté autour de l’hôtel, parmi quelque douze mille espèces de plantes et d’oiseaux. L’endroit compte également ses propres programmes de conservation et de recherche, pour les félins, les crocodiles, les oiseaux, mais surtout les très menacées tortues de mer. Sept cent mille de leurs petits ont été protégés et libérés depuis le début du programme, il y a trente ans, augmentant considérablement le nombre de nids sur la côte mexicaine. Et lorsque la saison le permet, les guests sont appelés à contribuer en aidant à collecter les œufs et libérer les nouveau-nés.


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AĂŻshti, seaside road Antelias, Lebanon T. 04 711 941


L’OFFICIEL ADDRESSES

A, B

E, F, G, H

ALEXANDER MCQUEEN +961 1 99 11 11 EXT.130

ELLERY +961 1 99 11 11 EXT.140

ANJUNA +961 1 99 11 11 EXT.140

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AZZARO +961 1 99 11 11 EXT.130

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NEOUS +961 1 99 11 11 EXT.110

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SONIA RYKIEL +961 1 99 11 11 EXT.130

CULT GAIA +961 1 99 11 11 EXT.104

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STELLA MCCARTNEY +961 1 99 11 11 EXT.575

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MERCEDES SALAZAR +961 1 99 11 11 EXT.104

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DRIES VAN NOTEN +961 1 99 11 11 EXT.130

MIU MIU +961 1 99 11 11 EXT.130

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MOSCHINO +961 1 99 11 11 EXT.130 MOUAWAD +961 1 99 98 91 MSGM +961 1 99 11 11 EXT.130

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L’OFFICIEL CORRESPONDANCE

LE TEMPS D’UN TRAJET PAR LAURA HOMSI I LLU STR ATI O N M A R I O N G A R N I E R

Mardi soir, après une longue journée au bureau, j’attends que le métro daigne enfin arriver. Comme d’habitude, en m’engouffrant dans la rame, je cherche une place pour le trajet. Il reste un siège un peu plus loin près d’une silhouette avachie de jeune homme, les yeux rivés sur un portable sous une grosse casquette branchée. Je me dis que je dois avoir exactement la même silhouette que lui, agrippé à son portable. Et la voix de ma mère résonne dans ma tête, m’enjoignant de me tenir droite. En m’installant, je découvre que ce n’est pas du tout un ado, mais un monsieur aux cheveux blancs qui doit avoir dans les 70 ans. Il cachait bien son jeu sous sa casquette. Il s’éclate sur un jeu vidéo avec une dextérité folle et n’abandonnera qu’au moment de s’en aller, 6 stations plus loin. On ne tombe pas toujours sur ceux auxquels on s’attend. Et on peut parfois faire des rencontres imprévues, pleines de poésie. La dernière fois que j’ai pris un taxi, j’étais très-très-très en retard. Il aurait fallu que je sois à l’autre bout de la ville 20 minutes plus tôt pour un rendez-vous professionnel. Assise sur la banquette arrière, je rongeais mon frein, très nerveuse. Un coup de fil plus tard, pour expliquer mes déboires à une amie, je ne me sentais pas mieux d’avoir vidé mon sac. Le chauffeur me dit ‘’je suis stressé pour vous, ne vous inquiétez pas, on va y arriver’. Il a été adorable, et fait des pieds et des mains sur la route. De fil en aiguille, on a commencé à débattre de nos couleurs préférées. Je lui ai parlé de bleu canard, il a enchaîné sur le bleu Klein. On était tous deux d’accord sur le bleu outremer. J’ai découvert un passionné, et une nouvelle palette de nuances.

Quand nous sommes arrivés à destination, j’étais presque reconnaissante que ce retard m’ait donné l’occasion d’avoir une si jolie discussion. C’est drôle quand ce sont des inconnus qui réussissent à vous égayer une journée. En général, lundi dans le métro, les gens sont tous gris. Et j’en vois très peu (aucun ?) sourire. J’ai presque l’impression que c’est à la mode de détester le lundi, c’est devenu tellement en vogue. Ça a donc été une vraie surprise quand, au terminus de la ligne, le conducteur du métro a déclamé au micro “Vous êtes arrivés à destination. Je sais que c’est dur. Je sais que c’est lundi. Soyez forts, soyez courageux. Vous allez y arriver. On va y arriver. Bonne semaine !’ Sa voix résonnait dans la rame, et les gens incrédules levaient les yeux de leur portable, enlevaient leurs écouteurs pour se sourire. Je pensais que ce genre de moment n’existait que dans les vidéos “feel good” un peu niaises qui circulent sur le net. Son petit discours m’a redonné foi en l’humanité (il m’en faut peu, je sais). Pleine d’entrain, j’ai pris l’escalator menant vers la sortie. J’avais un générique de film dans les oreilles, je m’y croyais. Sauf que j’ai été accueillie par une douche froide. Pour de vrai. Il pleuvait des cordes dehors. Et évidemment, je n’avais pas de parapluie. Dégringolade de ma foi en l’humanité. Je me suis retrouvée à un feu piéton, sous la pluie. Il était long ce feu, et je commençais à être très mouillée. Sauf qu’à un moment, je n’ai plus senti les gouttes. J’ai levé la tête, et j’ai vu que mon voisin de feu rouge avait décidé de m’abriter sous son parapluie avec un sourire. Foi en l’humanité remontée à bloc, j’étais prête à commencer ma semaine. 256


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L'Officiel-Levant April/May Issue 89  

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