__MAIN_TEXT__

Page 38

Cinéma / Musique / Scène / Littérature / Arts

Histoires de parapluies, et plus, si affinités...

1 0 2 ai m 4 u ’a u q Jus

3

© Antonio Gomez Garcia

La critique Comme l’indique si bien le titre, Discours à la Nation raconte plusieurs allocutions au peuple. Mais malgré qu’elles soient nombreuses, elles ont toutes quelque chose en commun : elles sont cyniques et engagées. L’auteur et metteur en scène, nous offre un travail fantastique avec cette pièce « coup de fouet » ! Peut-être certains se rappellent d’Ascanio Celestini, pour avoir fait jouer quelques-unes de ses pièces au Rideau de Bruxelles. Comme par exemple, Pecora Nera. Si ce nom vous freine, oubliez-le vite : Discours à la Nation est un texte qui surpasse mille fois la brebis galeuse ! Beaucoup de choses ont changé chez l’auteur et ce, pour un mieux !

peu paradoxalement, plus de liberté à notre interprétation…

rangs sans trop hocher de la tête. Oui…

Enfin, la plus grande nouveauté, c’est la maturité. Si on reprochait à Ascanio Celestini d’être trop vulgaire dans son humour, aujourd’hui, tout en gardant ce caractère particulier, il a su dompter les mots et ne choque plus. Ou plutôt, il choque juste. Il ne s’agit plus de blagues vaseuses, mais plutôt d’un bon ton, cassé par un mot inapproprié. Il déconstruit ainsi le mythe du langage « propre » en restant lui-même un charmant poète.

Les différents discours socio-politiques, immoraux, (et c’est un pléonasme), sont entrecoupés d’appels téléphoniques désespérés d’une femme à son concierge et sont parsemés d’anecdotes croustillantes. Cette mise en scène est captivante, les allocutions changent, les histoires s’entremêlent. Au début tout semble simple mais très vite cela se complexifie… Et apparait alors la richesse de la pensée Celestinienne !

« Cette mise en scène est captivante, les allocutions changent, les histoires s'entremêlent. »

La première nouveauté est que la pièce n’est pas jouée par Celestini lui-même, étant donné qu’elle a été inspirée en partie par le comédien David Murgia. C’est une première pour l’auteur mais l’acteur choisi est idéal. Avec une prononciation bien travaillée, il nous joue le texte rythmé et rapide à la perfection. Il capte son public, se métamorphose, se déchaîne… Bref, David Murgia est incroyable, débordant d’énergie.

Tout le reste est du Ascanio Celestini comme on l’aime, c’est-à-dire avec une scénographie simple, efficace, avec un décor mobile et transformable. Sa marque, c’est aussi son texte cynique et engagé, qui nous raconte divers récits d’un seul point de vue, celui de la classe dominante qui se moque bien de nous et de notre passivité.

Ensuite, tout le texte est accompagné de musique interprétée en direct par le bassiste Carmelo Prestigiacomo. Ce rythme donne une ambiance à l’acteur qui développe ainsi sa déclamation d’une autre manière. Cela permet, aussi et un

Oui nous sommes tous coincés chez nous parce qu’il pleut. Oui, les riches sont des hommes à parapluie qui nous laissent nous installer sous leurs pieds, nous procurant ainsi abri, miettes, mégots et excréments. Oui le capitalisme a fait de nous de gentils rebelles qui rentrent dans les

38

Ce texte, traduit par Patrick Bebi, est joué jusqu’au 4 mai au Théâtre National. Si vous souhaitez assister à un spectacle qui capte votre attention, qui vous fasse rire (parfois jaune) qui vous dérange et qui vous questionne, foncez voir Discours à la Nation. De Gramsci à Marx, en passant par le cannibalisme, ironique, de Jonathan Swift, vous ferez un nouveau voyage dans votre propre pays…

Anastassia Depauld

Profile for Le Suricate Magazine

Le Suricate Magazine - Dix-septième numéro  

L'e-magazine culturel en francophonie

Le Suricate Magazine - Dix-septième numéro  

L'e-magazine culturel en francophonie

Advertisement