Mai 2016_Catalogue_La sensibilité des ombres

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Les Ateliers du Plessix-Madeuc La sensibilitĂŠ des ombres Guillaume Coutances Pauline Zenk

Mai 2016



La sensibilité des ombres

The shadows’ sensitiveness

Le choix d’un tel titre par Pauline Zenk et Guillaume Coutances pour l’exposition de fin de résidence m’a initialement dérouté mais aussi immédiatement touché. L’expliciter reste bien difficile car il s’agit du registre de la perception, de l’intuition et de l’indicible.

At first, I was disrupted, but also immediately touched by the title chosen by Pauline Zenk and Guillaume Coutances for the residence closing exhibition: « The shadows’ sensitiveness ». To elucidate that is quite hard because it’s all about perception, feeling and unspeakable things.

« Il n’y a pas d’ombre sans réalité, l’ombre est une réalité » François Mauriac

« There is no shadow without reality, the shadow is a reality » François Mauriac

Pauline Zenk par sa recherche autour de la mémoire collective contribue à révéler et à faire ressentir ce qui est enfoui en nous. Totalement étrangère à notre région, elle a su grâce à une collecte de fragments visuels de notre histoire et par sa propre lecture, traduire ce qui fait notre singularité bretonne.

Pauline Zenk, with her research on folk memory, helps us to reveal and feel what is buried deep inside us. As a complete stranger to our region, she collected visual fragments of our story and with her personal vision she conveyed what is essential to the Breton uniqueness.

Guillaume quant à lui nous propose à travers la recherche qu’il a entreprise sur les robots humanoïdes de nous projeter dans un proche futur en soulevant de manière très simple et directe les questions induites par l’intelligence artificielle. N’oublions peut-être pas, malgré tout, que cette dernière est en réalité le reflet de l’intelligence humaine qui, nous le savons, a des limites.

Guillaume, by his research on humanoid robots, offers us to anticipate a close future. In a very simple and direct way, he raises the questions led by the artificial intelligence. However, we must not forget that this artificial intelligence is in fact the reflection of the human intelligence. And we know that our intelligence has limits.

Le travail ainsi réalisé aux Ateliers du PlessixMadeuc par ces deux artistes est peut-être tout simplement un appel à une certaine vigilance à veiller au maintien d’une zone de sensibilité et d’intuition dans la construction du monde futur. Olivier Dupuy

Exposition La sensibilité des ombres Exhibition The shadows’ sensitiveness 22.05.2016 - 29.05.2016 Abbaye de Léhon (22) Association Les Ateliers du Plessix-Madeuc 11, Le Plessix-Madeuc 22130 Corseul contact@ateliersduplessixmadeuc.com www.ateliersduplessixmadeuc.com Couvertures : Pauline Zenk et Guillaume Coutances

This work, produced at the Ateliers du PlessixMadeuc by these two artists may simply be a call for a kind of vigilance to ensure a part of sensitiveness and intuition in the building of the future world. Olivier Dupuy


PAULINE ZENK Née en 1984 à Marburg (Allemagne), diplômée de l’Académie des Beaux-Arts de Kiel (Allemagne). Vit et travaille à Toulouse. Born in 1984 in Marburg (Germany), graduated from the Academy of Fine Arts, Kiel. Lives and works in Toulouse.

Les peintures de Pauline Zenk sont semblables à un souvenir oublié qui refait soudainement surface pour disparaitre aussitôt. Il ne reste alors des images que des persistances rétiniennes gravées dans nos mémoires. On reconnaît un lieu, une personne ou une situation qui rythme nos existences, même si de mystérieuses zones blanches subsistent. Dans les peintures de Pauline Zenk, ce sentiment est évoqué par un point noir, les zones floues d’une image ou des yeux bandés. Sensible aux lieux, aux personnes et aux traditions, Pauline fait resurgir des histoires et des images profondément enracinées dans la mémoire collective. Elle est inspirée par des photographies, medium permettant de figer un instant et qui sombrera ensuite dans l’oubli. Mais l’appareil capture une scène sans pour autant saisir la pleine signification du moment. Pauline réinterprète ces instants éphémères, ces moments gelés dans le temps par la photographie à sa façon et leur donne un nouvel écho, éternel. Les peintures elles-mêmes – d’où émane une grande tranquillité – semblent libérées de toute impermanence et sont intemporelles, comme ces journées où un soleil aveuglant ralentit tout mouvement. Au début de sa carrière, l’artiste a travaillé avec des imaginaires opposés, mêlant des photographies de sa propre famille, de son enfance, avec des images de personnes anonymes trouvées sur les réseaux sociaux. Durant ces dernières années, les voyages et les résidences l’ont conduite en Italie, au Brésil, en Colombie et maintenant en Bretagne – où elle a poursuivi sa collecte d’histoires et de photographies. Les cultures, les lieux et les personnes ne sont pas seulement mis en miroir par la réinterprétation de l’artiste, ils se reflètent également dans le choix de sa palette de couleurs : ce gris chaud des pierres de granit, omniprésent, domine les teintes de sa série de peintures sur la Bretagne. Dr Katharina Knacker, historienne d’art

Pauline Zenk’s paintings have the quality of a forgotten memory that suddenly surfaces in our thoughts and then disappears so that the image remains blurred in front of our inner eye. We recognize a place, a person or a situation, but a puzzling blank space remains, which makes us hold our pace. In Zenk’s paintings this feeling is evoked by a black dot, blurred parts of an image or blindfolded eyes. Using her sensibilty for places, people and traditions Pauline Zenk uncovers stories and images deeply rooted in the collective memory of a community. She is inspired by photographs, which she re-interprets in her own way. The medium of photography freezes a moment, which might soon sink into oblivion. The camera pictures a scene without quite capturing the full meaning of the moment. In her paintings a short, ephermal moment, as frozen in by a camera, finds a timeless, eternal depiction. The paintings in themselves seem relieved of all impermance and are instead timeless - radiating a great tranquility - like those days when a glaring sunlight slows down all movements . At the beginning of her career, the artist worked with imagery of opposing origins: whilst working with photographs of her own family and childhood, she simultaneously worked with found images of anonymous protagonist stemming from the digital database of social networks. During the last years her travels and residencies have led her to Italy, Brazil, Colombia and France - and now specifically to Brittany, where she continued collecting and searching for stories and photographs. Cultures, places and people are not only mirrored in her choice of motives but are also reflected in her color palette : Thus the ever present warm grey of the granit stones of Brittany are the dominatig hue in her breton series. Dr Katharina Knacker, art historian


Tâche noire, huile sur toile, 76 x 62 cm Black spot, oil on canvas, 76 x 62 cm


ImmobilitĂŠ, huile sur toile, 84 x 54 cm Stillness, oil on canvas, 84 x 54 cm


Midi, huile sur toile, 75 x 72 cm Midday, oil on canvas, 75 x 72 cm


Jeu de ballon, huile sur toile, 80 x 79 cm Ball game, oil on canvas, 80 x 79 cm


Marée noire, huile sur toile, 50 x 40 cm Marée noire, oil on canvas, 50 x 40 cm

Dans l’ombre, huile sur toile, 52 x 46 cm In the shade, oil on canvas, 52 x 46 cm


GUILLAUME COUTANCES Né en 1988, diplômé de l’EESAB-Rennes. Vit et travaille à Tours. Born in 1988 graduated from the EESAB Rennes. Lives and works in Tours.

Ce n’est pas une main. Elle en a toutes les qualités apparentes, elle possède cinq doigts, elle a des ongles sur lesquels on devine des lunules et même les stries de flexion de muscles englobant les métacarpes, mais ce n’est pas une main. On le devine par une large ouverture, de la taille d’un empan, qui se trace sur le dessus de la paume. Cette béance de la chair nous permet de comprendre qu’il n’y a ni os, ni veine, ni sang : juste un enrobage écorché en un point précis. Ce que nous regardons ici : c’est un gant, pas une main, en fait, plutôt un gant à l’apparence d’une main. Quelques indices auraient pu nous l’apprendre : la présence de ce cadre dessiné à même la surface et qui prend l’allure d’un écran. Il y a aussi les regards de ces personnages aux crânes mous qui semblent figés dans une seule posture et ces effets de textures plaqués sur des feuilles de latex couleur chair. Tout ici n’est que revêtement, couverture protectrice pour des os électroniques, fragiles et précieux. Une simple façade à enfiler sur des robots géminoïdes imaginés par l’inventeur japonais Hiroshi Ishiguro. Des « robots », un peu éloignés de la définition initiale de Karel Capek en 1920, lorsqu’il avait imaginé dans une pièce de théâtre R.U.R un robot : travailleur besogneux au service de l’homme. Ceux que nous dessine Guillaume Coutances sont les copies d’employés du bureau d’Ishiguro, qui leur donnent leurs traits, leurs mimiques, leurs logiques. Des copies qui en se dédoublant trahissent dans leur matière même la présence d’un original préexistant. Guillaume Coutances, qui travaille à l’aide du dessin et de la peinture sur les questions de séries, s’est intéressé pour ce travail à la trahison de sa main et de sa précision, en regard de l’outillage mécanique qu’il tend à présenter. Choisissant son sujet au sein d’un domaine d’anticipation, proche de la science-fiction, il nous présente le fruit de sa résidence au PlessixMadeuc. Un ensemble de dessins à mi-chemin entre anatomie et portrait qui requestionnent notre rapport au visage et à sa standardisation concrète dans l’usage d’un futur cybernétique. Il explore cette « vallée dérangeante », théorisée dans les années 70 par le roboticien Masahiro Mori. Ce dernier imaginait un passage obligatoire par une phase d’adaptation du regard humain pour mieux accepter les qualités et défauts physiques des androïdes de demain. En choisissant de travailler à partir du dessin et de la question de la sérialité, Guillaume Coutances nous propose un compte-rendu d’une expédition dans l’univers aussi dérangeant que fascinant d’un monde qui s’approche à grands pas. Robin Garnier-Wenisch

This is not a hand. Apparently, it has all the properties to be one. It has five fingers. It has nails with halfmoons on them and even ribs created by the flexions of muscles embracing metacarpi. But this is not a hand. We can guess that by the large opening (i.e. the size of a hand span) that is drawn on the top of the palm. This gap in the flesh leads us to understand that there is no bone, no vein and no blood. Only a covering grazed in a precise point. Here, our eye is caught by a glove, not a hand. Actually, it is a glove looking like a hand. Some hints could have raised our suspicions: a frame is drawn on the surface and it looks like a screen. Then, there are the looks of these characters whose skulls are vague and seem to be frozen in one only position. There are these texture effects plated on flesh-colored latex sheets. Here, all is about coating, protective cover for delicate and precious electronic bones. A simple facade to put on geminoid robots created by the Japanese inventor Hiroshi Ishiguro. “Robots” that divert a bit from the one created by Karel Capek in 1920 for the play R.U.R.: a hardworking robot at the service of man. Guillaume Coutances draws copies of Ishiguro‘s office workers and gives them facial features, mimicking and logics. Because they split, these copies, in their own material, betray the existence of a pre-existing original copy. Guillaume Coutances uses drawings and paintings to question sets. In this work, he addresses the issue of the betrayal of his hand and its precision, in the light of the mechanical equipment that is suggested. The subject of this work that will be exhibited in Guillaume Coutances’ residence at Plessix-Madeuc, was picked within a field of anticipation, closed to science fiction. A set of drawings halfway between anatomy and portrait reinterrogates our relation to faces and their concrete standardization for a cybernetic future. It explores the uncanny valley hypothesis elaborated in the 1970’s by the robotics professor Masahiro Mori. The latter conceived of a necessary process of adaptation of the human looks to better accept the future androids’ qualities and defects. By his work with drawings on the notion of series, Guillaume Coutances offers us a report of an expedition in a universe as disturbing as fascinating, in a world that really will be here soon. Robin Garnier-Wenisch


Mue de robot 2 (chairs artificielles), mine de plomb sur papier, 140 x 100 cm Sloughed of robot 2 (artificial flesh), graphite on paper, 140 x 100 cm


CavitĂŠ absorption, fusain sur papier, 120 x 120 cm Cavity absorption, charcoal on paper, 120 x 120 cm


L’Êchoppe aux mille visages, huile sur toile, 200 x 160 cm The corner shop of a thousand faces, oil on canvas, 200 x 160 cm


Emballage (peau de plastique), huile sur toile, 12 x 18 cm Packaging (plastic skin), oil on canvas, 12 x 18 cm


Mue de robot (chairs artificielles), graphite en poudre et mine de plomb, 180 x 120 cm Sloughed of robot (artificial flesh), graphite powder and graphite, 180 x 120 cm


A PROPOS DE L’ASSOCIATION “Les Ateliers du Plessic-Madeuc” accueillent en résidence de création des artistes plasticiens pour des périodes de trois mois. A l’issue de chaque session, une exposition présente les travaux réalisés permettant la confrontation avec le public. Au-delà de ce soutien aux jeunes créateurs, l’association, au travers de portes ouvertes, de conférences-débats et autres interventions sur son territoire, entend démontrer que l’art est source de révélations pour chacun d’entre nous. Notre monde en recherche de certitudes ne peut que s’enrichir au contact de l’expression de ces sensibilités et de ces autres regards.

ABOUT THE ASSOCIATION “Les Ateliers du Plessix-Madeuc” welcome artists in residence for three months periods. An exhibition at the end of each session, presenting the realized work, enables a meeting with the public. Beyond this support to young artists the association through its open days, conferences, debates and other interventions within its territory - intends to demonstrate that art is a source of revelation for every one of us. Our world, in its search for certainty, can only be enriched through contact with.


ACTIONS SUR LE TERRAIN

FIELD ACTIONS

Durant leur résidence, les artistes s’engagent à réaliser des actions sur le terrain avec certains publics ciblés. En utilisant l’art comme prétexte à la découverte des autres par le partage d’expériences, ces actions permettent de mieux comprendre la démarche de l’artiste.

During their residencies, artists commit themselves to make field actions with targeted audiences. Using art as an excuse to discover others by sharing experiences, these actions aim at a better understanding of the artistic approach.

ITEP DE LÉHON

ITEP DE LÉHON

Une première visite aux Ateliers du Plessix-Madeuc a permis aux élèves de découvrir le travail des artistes et leur démarche de création. Les artistes se sont ensuite rendus à l’ITEP durant une matinée pour réaliser une série de portraits avec les élèves.

The first visit at the Ateliers du Plessix-Madeuc let the students discover the artists’ works and their creative approaches. Then, the two artists went to the medico-educative institute of Léhon to take portrays of the pupils.

Chaque jeune a choisi un autre jeune pour en faire un portrait et le détourner (robot, animal…). A partir de dessins croqués par Pauline Zenk et Guillaume Coutances, les élèves ont pu projeter les transformations qu’ils souhaitaient.

Each person had to choose another student and take portray of her/him and then had to twist it (robot, animal …). From the sketches drawn by Pauline Zenk and Guillaume Coutances, the students decided the transformations they wanted to undertake.

A travers ce projet, les élèves se sont intéressés aux rapports de chacun avec le corps ou le visage d’autres personnes connues, mais également aux sentiments et aux représentations que chacun y projette.

This project interested the students in the relation anybody has with the bodies or the faces of other persons that they meet on a regular basis. It also got them interested in the feelings and representations that they transmit.


LYCÉE AGRICOLE DE CAULNES Une première séance entre les résidents du PlessixMadeuc et les élèves a permis de découvrir les univers artistiques des deux plasticiens : Pauline Zenk et Guillaume Coutances. Ces derniers ont pu présenter les travaux développés durant la résidence. Chaque élève a apporté une photo ayant du sens pour lui (de sa famille, de ses amis ou proches...). A partir de celles-ci, il a pu exploiter plusieurs possibilités plastiques (dessin, pastel, peinture) et en choisir une pour retravailler sa photo. En utilisant la photographie entière ou simplement un détail, il a été question de renforcer le lien entre l’objet et l’individu. La photo devait donc toucher les élèves et être forte. Une phrase a été écrite au dos de chaque réalisation. Une discussion sur l’accrochage des dessins durant l’exposition de fin de résidence à Léhon a clôturé cette collaboration avec les artistes. Ainsi, les élèves ont pu décider de la mise en valeur de leurs travaux et approcher les questions liées au montage d’une exposition.

AGRICULTURAL SECONDARY SCHOOL OF CAULNES The first session between artists in residence at Plessix-Madeuc and the pupils gave them the opportunity to discover the artistic universes. The two plastic artists, Pauline Zenk and Guillaume Coutances presented the works executed during their residences. Each student brought a personal picture: family, friends or relatives. From these pictures, they explored the different plastic possibilities (drawing, pastel, painting …) and choose one of them in order to rework it. Using the entire pictures or only details, the issue was to strengthen the link between objects and people. Thus, pictures had to be essential for them. A sentence was written on the back surface of every production. This collaboration with the artists was closed by a discussion on the way to hang drawings during the exhibition at Léhon. Thus, pupils could decide the enhancement of their works and in this way, they could get a first idea of the questions raised by the set-up of an exhibition.



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