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PARLEMENT LE MAGAZINE DES GRANDS ENJEUX

N°861 - 12,00 €

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RÉGIONS : LES PRÉSIDENTS PARLENT Le départ réussi de Christiane Taubira Un premier camp humanitaire en France

Fondé en 1960


ÉDITORIAL par Jean-François Bège

© Vernier/JBV NEWS

La confession singuLière de nicoLas sarkozy

L’

hiver reste la saison idéale pour mettre ses idées au chaud sous une belle couverture. Les livres publiés par quelques acteurs majeurs du débat public l’ont une nouvelle fois démontré en janvier. Si aucun membre du personnel politique ne s’est risqué au roman érotique, plusieurs efforts littéraires dans le domaine de l’essai sont à remarquer. Nicolas Sarkozy, éclipsant une tentative analogue de son ami politique JeanFrançois Copé, se sera illustré dans la période comme le maître des aveux à la première personne du singulier. Plaidant coupable d’avoir “abaissé la fonction présidentielle” par des paroles ou comportements malheureux, l’ancien chef de l’Etat s’est livré à un exercice de contrition plus qu’inédit dans notre République. Bien qu’assimilable à des notions inscrites dans la mémoire des Français, telles que la confession catholique ou l’autocritique communiste, ce retour sur le passé présente le charme de la nouveauté et un caractère introspectif obligé. Pour l’aspect judiciaire, qui ne serait peut-être pas le moins intéressant, il faudra attendre en effet que les “affaires” ne soient plus à l’instruction. En dépit de ses limites, l’entreprise mérite donc d’être saluée sans ironie. L’originalité de la démarche n’a sans doute pas été assez soulignée. Le succès public du livre et, plus encore, la situation particulière de son auteur malmené par les études d’opinion ont incité les commentateurs à parler plutôt de “quitte ou double”. C’est l’utilité tactique d’une opération menée en vue d’une réélection qui a surtout été étudiée, appréciée, mesurée, évaluée. De cet examen soigneux n’a pas cependant surgi de diagnostic clair, hormis chez ceux qui restent hostiles à une candidature de revanche pour quantité de motifs légitimes ou non. Nul ne sait, de bonne foi, si l’ancien président continue à tort ou à raison de croire à ses chances. La politique semble plus que jamais irrationnelle et imprévisible car soumise aux rudes secousses de l’actualité mondiale. Comment pourrait-on d’ailleurs s’aventurer dans un pronostic véhément, au bénéfice d’Alain Juppé par exemple, à propos d’une alchimie aussi mystérieuse que celle de l’élection présidentielle, très souvent marquée par les surprises de dernière heure? Nicolas Sarkozy, qui avait jadis tout misé sur Balladur en lâchant Chirac, a manifestement retenu la leçon pour ce qui concerne son propre destin. Il ne se laissera pas enterrer par les sondages pas plus que par les sarcasmes.

Dans un tel contexte, le retour de la fortune favorisera peut-être, de préférence, celui qui se montrera le plus dur envers lui-même et qui paraîtra assez fort pour reconnaitre certaines erreurs. C’est ainsi que l’ancien président aimerait voir l’avenir. En étant, pour ainsi dire, perçu par ses concitoyens comme une sorte de chirurgien dont la main ne tremblerait pas, car en âge d’être moins soumis que d’autres au risque de sucrer les fraises. D’où le rêve intact d’exploiter certains atouts tant qu’il est encore temps. Il jouit d’un socle de notoriété certain, d’amis disposant de moyens financiers considérables et de la fidélité des personnalités les plus combatives, parfois jusqu’à la caricature, de sa famille politique. A l’inverse des apparences et de certains de ses propos, il n’est pas exagérément confiant dans la possibilité d’une relation directe avec les Français car il ne s’aime pas assez pour tout miser sur l’affectif. En revanche, il sait que le Pouvoir, avec un grand “P”, cela s’arrache parfois. Ce véritable chat échaudé du suffrage universel n’a pas perdu ses griffes. Il s’en sert pour défendre un territoire délimité avec soin par la conquête du parti, le changement de nom et l’installation de relais dévoués. Aucune de ces étapes n’a été négligée et l’épisode des primaires de novembre sera géré, n’en doutons pas, de la même manière méthodique et obstinée. Par ce qu’il cache comme pour ce qu’il révèle des jeux toujours recommencés de l’ambition humaine, La France pour la vie - titre de l’ouvrage - s’impose comme le plus psychologique des ouvrages politiques pullulant en ce début d’année n

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PARLEMENT

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La confession singulière de nicolas sarkozy Par Jean-François Bège.

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ÉDITORIAL...

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RÉGIONS : LES PRÉSIDENT PARLENT Propos recueillis par Valentine De Brye et Pauline Pouzankov.

22 ANALYSE Le départ réussi de christiane Taubira François Domec. 24 POLITIQUE un député contre les idées reçues

Propos recueillis par Valentine de Brye.

natacha Bouchart, une maire poule Jonathan Bensadoun.

26 PROfIL

denis Baupin voit le “vert” à moitié plein Pauline Pouzankov.

27 MERCREDI, SALLE EMPIRE

un premier camp humanitaire en france Propos recueillis par Valentine de Brye.

28 POLITIQUE

iVg : la guerre des clics Valentine De Brye. gPa/PMa et filiation : encore en gestation Louis Watrelot. La surveillance des trains : gare aux dépenses… Louis Watrelot. Pour que “prison” rime avec “raison”… Jonathan Bensadoun. des mesures pour favoriser la nourriture locale Valentine De Brye. Les ruches à l’heure du cocktail mortel Pauline Pouzankov.

30 SOCIÉTÉ

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36 CHRONOLOGIE

Valentine de Brye.


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EN COULISSES 38 ZOOM “Je ne veux pas travailler…” / il dit “merde” aux représentants politiques / des voeux en or / un retrait qui vaut cher / un député en classe / c’est du propre ! / Le BHV se fait passer un savon / L’apostrophe qui change tout / une conférence à l’écoute de l’europe...

un tour du monde en beauté Jonathan Bensadoun.

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MAPPEMONDE

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PROSPECTIVE

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RENDEZ-VOUS MÉDIAS

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La république des rumeurs désintoxiquez-vous cyber-criminologie camping-car Terreur dans l’Hexagone : genèse du djihad français

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L’avenir limité des primaires François Domec.

Pôle emploi soigne son cV Louis Watrelot.

LIVRES

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La vulnérabilité des villes

TRIBUNE

LE COURRIER DU PARLEMENT - Édité par Monde Edition S.A.S. - Siège : 3, rue Mornay, 75004 Paris - Téléphone : 01 44 54 05 50 - Fax : 01 44 54 05 55 E-mail : redaction@lecourrierduparlement.fr - www.lecourrierduparlement.fr n Directeur de la Publication - Rémy Lazimi n Secrétaire de rédaction - Sharon Lazimi n Rédacteur en chef - Jean-François Bège n Journalistes - Jonathan Bensadoun, Valentine De Brye, François Domec, Julien Dreyfuss, Pauline Pouzankov, Louis Watrelot n Dessins - Emmanuelle n Infographiste - Isabel Viana n Directrice de la communication - Danielle Decaris n Relations presse - Laurent Vigée n N° 860 n Numéro ISSN - 0045-8899 n Commission paritaire - 0214 T 91246 n Imprimé en France n Dépôt légal à parution n Photos couverture - © cf : Dossier : Régions : les présidents parlent (p.4) - Toute reproduction, même partielle, des articles publiés dans ce numéro, nécessite explicitement le consentement écrit de l’éditeur.

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© Nogues/JBV NEWS

Elles et ils sont les responsables des exécutifs régionaux désignés par les électeurs en décembre dernier. Elargissements et nouveaux découpages des territoires, prérogatives renforcées, compétences à discuter avec départements et métropoles… Il y a du pain sur la planche et beaucoup d’approches sont à renouveler, dans le cadre de l’expérimentation pratique de la loi NOTRe. Tour d’horizon avec les treize “patrons” qui ont accepté de se confier au Courrier du Parlement. Leur point commun ? Le souci de revenir aux réalités politiques régionales après l’excessive politisation nationale des élections. Le printemps des collectivités territoriales semble enfin s’annoncer.

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régions : Les PrésidenTs ParLenT propos recueillis par Valentine De Brye et pauline pouzankov

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© Twin_Hervé_Lefebvre

Alain Rousset Président de la Région Aquitaine-Limousin-Poitou-Charentes

“L’innovation n’est pas un choix mais une nécessité” Quelle pédagogie allez-vous mettre en œuvre pour que les habitants prennent conscience de leur nouveau territoire ? Quelle communication faut-il adopter, d’après vous, pour créer une véritable identité régionale intégrant les nouvelles frontières? Pédagogie est le terme adapté puisqu’il s’agira dans un premier temps de faire découvrir aux publics les régions voisines qu’ils ne connaissent pas toujours. L’aspect touristique et patrimonial bien sûr, qui est particulièrement riche dans la nouvelle région, mais aussi la grande diversité des cultures dont la réunion et le brassage enrichiront considérablement le territoire. La communication de la nouvelle Région devra se faire à deux niveaux : l’un global et transversal pour que chacun des 5,8 millions d’habitants connaisse et adhére au projet, l’autre plus local pour respecter la proximité indispensable à l’efficacité de toute communication publique. Pour faire exister la région dans le cœur de ses 5,8 millions d’habitants, pour “faire région ensemble”, il faudra très vite lui trouver un nom. Un processus participatif est en cours depuis plus de six mois sur Internet pour que les citoyens fassent des propositions. Des études sont par ailleurs en cours, des propositions sont faites par des historiens, des sociétés de conseils en “naming” font des tests sur des panels représentatifs. Il appartiendra in fine à l’exécutif de trancher, à travers sans doute un groupe de travail de toutes sensibilités. Au-delà du nom et de la communication traditionnelle que nous utiliserons pour faire découvrir nos innombrables atouts régionaux, faire vivre et grandir cette région passera avant tout par la proximité. Le Conseil régional devra être proche du terrain et apte à répondre rapidement aux attentes de tous. Chaque territoire verra le visage de la Région à travers un “élu territorial”. C’est le grand enjeu de la réforme territoriale  : être capable de proposer aux territoires une politique décentralisée d’aménagement et de développement local. Nous ferons du “sur-mesure” pour chaque territoire, en fonction de ses besoins. Une sorte de DATAR* 2.0 sera mise en place pour analyser les enjeux avec tous les acteurs locaux. * Délégation interministérielle à l'aménagement du territoire et à l’attractivité régionale

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À votre avis, comment vont s'articuler les compétences entre Régions, Départements, Métropoles, etc. ? La loi NOTRe a-t- elle clairement fixé leur répartition ? C’est un nouveau type de gouvernance, plus agile, que nous devons inventer, fondé sur la confiance dans les acteurs du territoire et leur association à l’action politique. Nous devrons réinventer la démocratie territoriale pour co-construire nos politiques. L’ensemble des 4 503 maires de la grande Région seront consultés pour l’élaboration du Schéma régional d'aménagement et de développement durable du territoire. J’organiserai très vite une conférence territoriale de l’action publique (CTAP), ce nouvel outil de concertation voulu par la loi NOTRe. La CTAP, présidée par le président du Conseil régional, est chargée de favoriser un exercice concerté des compétences des collectivités territoriales, de leurs groupements et de leurs établissements publics. Elle peut débattre et rendre des avis sur tous les sujets relatifs à l’exercice de compétences et à la conduite de politiques publiques nécessitant une coordination, ou une délégation de compétences, entre les collectivités territoriales et leurs groupements. Co-construire les politiques publiques, c’est bien entendu donner aussi toute sa place au Conseil économique, social et environnemental régional (CESER), aux idées de la société civile, c’est renforcer les commissions, les groupes de travail, c’est responsabiliser tous les acteurs dans un souci d’efficacité au service des citoyens et de tous les territoires. Vous êtes très engagé en faveur de la recherche technologique : pouvez-vous nous rappeler dans quelles filières votre région pourrait-elle jouer un rôle, notamment autour de projets verts et innovants ? L’innovation était dans mon ADN en Aquitaine, ce sera toujours le cas bien entendu en tant que président de la grande Région, car l’innovation n’est pas un choix mais une nécessité. La révolution technologique et la mondialisation, qui ont pour conséquence la remise en cause de pans entiers de notre économie, nous obligent à innover et à agir avec une vision à long terme. C’est un véritable tsunami technologique qui arrive avec les technologies “NBIC” :


vont pas est une priorité. Elle s’incarne à travers le programme “Usine du Futur” pour adapter nos entreprises au numérique, dans le soutien à la recherche que nous soutiendrons plus que jamais, dans le transfert de technologie entre universités et entreprises qui est notre méthode. Cette vision à long terme nous permettra de transformer les menaces des nouvelles technologies en opportunités de développement économique, et donc en création d’emplois. Enfin, et c’est capital, l’innovation devra être au service du développement durable et de la transition énergétique, pour préserver notre qualité de vie et notre environnement. L’enjeu de la transition énergétique ne doit pas être vécu comme une contrainte mais comme une impérieuse nécessité collective n © Emmanuel PAIN

nanotechnologies, biotechnologies avec la génomique (médecine prédictive et régénérative, impression de tissus et d’organes…), robotique et intelligence artificielle. Les incidences des NBIC seront vertigineuses sur le plan économique : le monde qui vient ne sera pas un long fleuve tranquille pour les territoires absents de ces secteurs de croissance qui feront l’essentiel de la croissance mondiale. Nous avons toutes les raisons d’être optimistes à condition d’anticiper le monde qui vient : notre région a les talents et les ressources pour accueillir sur son sol les industries du 21ème siècle. Cette vision à long terme s’incarne notamment par une forme d’aménagement du territoire indispensable  : les infrastructures numériques et Très Haut Débit. Le haut débit public partout où les opérateurs privés ne

Jean-Yves Le Drian Ministre de la Défense, Président de la Région Bretagne

“La loi noTre n’est pas parfaite mais elle ouvre des opportunités” Elu haut la main, peut on parler d’un pacte de confiance de la part des bretons autour de votre candidature ? Il y a certainement une part de confiance dans ce vote, et en tout cas, une reconnaissance pour la manière dont en Bretagne les grands dossiers sont menés au sein du Conseil régional. J’ai fait cette campagne autour de deux convictions : celle du rassemblement et celle de la confiance. J’ai présenté une liste ouverte intégrant des personnalités aux histoires politiques différentes ainsi que d’autres sans appartenance, mais désireux de s’engager pour l’avenir de la Bretagne. Cette démarche a été reconnue par les Bretons. J’ai toujours voulu dire ma confiance pour l’avenir de la Bretagne, avec mon équipe, je me suis toujours posé en adversaire du “breizh bashing”. Les Bretons, qui par nature, sont des entrepreneurs, des innovateurs prêts à relever les défis, se sont retrouvés dans ce discours. À votre avis, comment vont s'articuler les compétences entre Régions, Départements, Métropoles, etc. ? La loi NOTRe a-t- elle clairement fixé leur répartition ? La loi NOTRe n’est pas parfaite mais elle ouvre des opportunités. Elle entame la clarification des compétences, par exemple sur l’économie. Dans ce domaine, nous proposerons de partager notre compétence économique avec les intercommunalités, afin de combiner puissance régionale et proximité du territoire. Elle permet aussi

des initiatives, dans le domaine de l’emploi, elle donne un nouveau rôle à la région que nous saisirons pleinement. Mon objectif comme président de Région sera toujours de favoriser l’efficacité de l’action publique et donc de construire pour chaque dossier la bonne articulation. Par ailleurs, en Bretagne, nous avons toujours testé de nouvelles pratiques. Sur la culture, la gestion de l’eau, nous avons été des précurseurs reconnus. Nous saisirons toutes les opportunités offertes par les textes. Vous aviez déjà occupé cette fonction de 2004 à 2012 : de retour à la tête de la Région, qu’allez vous changer ou modifier par rapport à votre ancien mandat ? Ma méthode sera la même  : celle de toujours chercher le rassemblement le plus large pour mener à bien les politiques les plus ambitieuses. Je l’ai fait sur la grande vitesse ou sur le numérique. Nous pourrons le faire sur l’économie et l’emploi ou sur la transition écologique et énergétique. La Bretagne est en train de vivre une mutation importante de son modèle économique, c’est la Bretagne elle même qui va changer. Ma mission sera d’anticiper et d’accompagner ces évolutions pour que notre région reste aux avants postes, par exemple dans le domaine alimentaire, dans le domaine maritime, dans le numérique, de la mobilité, sans oublier l’énergie, la cybersécurité, les biotechnologies. Bref, la Bretagne sera le territoire de l’industrie du futur n

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© Vernier/JBV NEWS

“il n’y aura pas d’économies avec le nouveau redécoupage régional”

Bruno Retailleau

Président de la Région Pays de la Loire

Quels sont les chantiers prioritaires que vous souhaiteriez aborder pour la région ? Nous avons été élus sur un projet clair et solide, qui comporte une série de mesures fortes dont la mise en œuvre s’échelonnera sur tout le mandat. Mais il faut naturellement fixer des priorités, répondre aux grandes urgences dans les semaines et les mois à venir. La première urgence, c’est une urgence budgétaire  : la dette régionale a triplé, les taxes régionales n’ont cessé d’augmenter. Il faut regarder la situation en face  : pour continuer à investir, nous devons dégager des marges de manœuvre. C’est le sens du plan d’économies que nous allons lancer avec des mesures très concrètes comme la baisse des dépenses de communication, la maîtrise des dépenses de personnel, mais également la mutualisation avec les Conseils départementaux. Car il existe un véritable gisement d’économies dans le rapprochement et la mise en commun des moyens des collectivités. Nous revendrons par exemple les espaces régionaux dans les départements et nous conventionnerons avec les Conseils départementaux pour assurer une présence de la Région sur les territoires. Notre objectif, c’est de baisser le recours à l’emprunt et de geler les taxes régionales. La deuxième urgence est économique. Notre premier devoir, c’est d’aider les secteurs qui souffrent le plus. Je pense notamment à l’agriculture qui est stratégique pour les Pays de la Loire et qui traverse une crise qui est la fois économique, sociale, morale même. Nous allons lancer dans les prochaines semaines un plan d’urgence en faveur de l’agriculture avec des mesures concrètes sur la modernisation des exploitations, sur l’approvisionnement en produits locaux, sur les normes également… Aux secteurs les plus fragiles, s’ajoutent également les personnes les plus fragilisées par la crise, en particulier les jeunes qui sont les premières victimes du chômage de masse. La Région dispose d’un formidable outil d’insertion avec l’apprentissage, qui a malheureusement été fragilisé ces dernières années. Nous organiserons au mois de mars un Grenelle régional de l’apprentissage qui réunira à la Région les CFA, les branches professionnelles, les décideurs publics, afin de mettre en 8 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

place des mesures fortes de soutien à l’apprentissage, comme par exemple la création d’une prime régionale pour les PME qui embauchent un apprenti. Enfin, il existe une urgence territoriale dans les Pays de la Loire : rétablir l’équilibre régional, réduire cette fracture géographique entre les grandes agglomérations et les petites communes rurales qui se sentent trop souvent abandonnées par les pouvoirs publics. Je ne veux pas d’une région à plusieurs vitesses et nous adopterons dans les prochains mois un pacte régional pour la ruralité, afin de soutenir la revitalisation des centre-bourg, le développement des services et de la médecine de proximité, le désenclavement routier, la montée en débit et la lutte contre les zones blanches téléphoniques… La loi NOTRe représente-t-elle une contrainte d’après vous, ou, au contraire, facilite-t-elle la clarification des compétences  ? La dimension positive de la loi NOTRe, c’est qu’elle a renforcé les compétences économiques de la Région au moment où justement notre pays a besoin de nouvelles réponses économiques pour sortir de la crise. C’est une lourde responsabilité et nous devons être à la hauteur de ce défi en faisant des Régions les “ressorts économiques de la puissance de demain”, pour reprendre une expression du Général de Gaulle. Nous ne pourrons le faire qu’en jouant de toute la gamme de nos compétences, que ce soit sur le développement économique, la formation, l’innovation ou même encore les grandes infrastructures. Il faut faire de la Région une arme anti-crise en actionnant tous les leviers économiques que la loi nous a confiés. Mais la loi NOTRe, c’est aussi une occasion manquée. D’abord parce qu’en créant des “méga-régions” à la va-vite, qui ne correspondent pas aux réalités historiques et géographiques, le Gouvernement a affaibli le sentiment d’identification des habitants à leurs territoires. Or, l’identité est un moteur de développement. Je le constate tous les jours au plan local, et nous pouvons même le constater au plan international  : les territoires qui tirent leur épingle du jeu dans la mondialisation aujourd’hui sont souvent ceux qui disposent d’une identité forte, capable de fédérer les


Quelle pédagogie allez-vous mettre en œuvre pour que les habitants prennent conscience de leur nouveau territoire ? Quelle communication faut-il adopter, d’après vous, pour créer une véritable identité régionale intégrant les nouvelles frontières ?

fusionnés. Ceci étant, notre région est une composition récente, que certains considèrent parfois comme “artificielle” alors qu’elle est au contraire une conjugaison entre des identités fortes, qu’elles soient vendéennes, angevines, mayennaises, sarthoises et bien sûr nantaises. Nous ne renforcerons pas notre unité régionale en niant notre diversité territoriale. Au contraire, cette diversité est une chance, elle nous singularise même car les Pays de la Loire sont la seule région qui se conjugue au pluriel. Le rôle de la région, c’est aussi de respecter et de valoriser ces identités. Je ne crois pas aux institutions déracinées qui finissent toujours par être déconnectées des réalités locales n

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énergies. Par ailleurs, des méga-régions supposent des “mégaadministrations” avec un coût pour la collectivité qui augmentera à mesure que la décision s’éloignera. Car la proximité, c’est souvent la garantie d’une bonne utilisation des deniers publics. Il n’y aura pas d’économies avec le nouveau redécoupage régional : tout le monde ou presque le reconnaît aujourd’hui. Les vraies économies se trouvent dans la mutualisation des moyens des collectivités, dans la suppression des normes inutiles également qui renchérissent le coût des politiques locales.

Les Pays de la Loire ayant été laissés en l’état, l’enjeu n’est évidemment pas le même pour nous que pour les territoires ayant été

“Je n’ai jamais été dans un clivage gauche/droite” Philippe Richert Président de la Région Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine

Pensez-vous que c’est en partie grâce à Manuel Valls, qui a appelé à voter pour vous et non pour Jean Pierre Masseret (PS), que vous avez pu emporter la victoire ? Au premier tour, nous avons eu une participation relativement faible, qui a évolué au second tour avec 12% de participation supplémentaire. En regardant les résultats, il y a eu une mobilisation très forte en notre faveur, notamment grâce aux électeurs qui ont changé leurs votes. Indiscutablement, un certain nombre d’électeurs a voté pour nous alors qu’ils auraient probablement hésité en temps normal. Voter à gauche au premier tour, puis à droite au second, n’est pas quelque chose d’évident et d’automatique… Cependant, je n’ai jamais été dans un clivage gauche/droite, je pense que cette opposition systématique est un peu dépassée. J’essaye de travailler avec l’ensemble des personnes compétentes, y compris avec la minorité, afin de trouver des solutions concrètes. Il faut sortir de ces postures désuètes. Comment comptez-vous constituer une identité régionale compatible avec la nouvelle géographie du territoire ? Nous avons des territoires qui possèdent un vrai caractère. Notre région est forte et multiple. En même temps, il nous faut

construire une identité nouvelle car c’est aussi sur cela que nous construisons les réussites. Il s’agit donc de travailler pour pouvoir, ensemble, porter l’Alsace-Champagne-Ardenne-Lorraine. Le nouveau nom de notre région est également un sujet sur lequel il faut réfléchir : parler de la région A.C.A.L, ce n’est pas très esthétique et pour ma part, je préfère dire le Grand Est. Je pense que c’est à nos concitoyens de pouvoir choisir le nom qui sera défini. Selon vous, cette réélection de justesse est elle un avertissement face à la montée du FN ? Aujourd’hui, qu’avez-vous à dire aux électeurs de Florian Philippot? Les électeurs du FN sont, pour l’essentiel, des personnes qui ont été déçues par les figures politiques, mais nous allons leur démontrer qu’aujourd’hui, ils ont raison de nous faire confiance et qu’ils peuvent compter sur nous. Je veux dire à tous nos concitoyens que l’on va travailler ensemble, et leur montrer que je respecte mes engagements. J’ai démissionné du Sénat pour me consacrer entièrement à ma mission de président de Région, car j’estime que l’on ne peut pas faire semblant de tout faire en même temps, je suis ici pour être au service de mon territoire. Ce travail, nous allons le faire ensemble, sans exception n

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François Bonneau Président de la Région Centre-Val de Loire

“regarder la société telle qu’elle est plutôt que de se satisfaire des acquis” Quel sera l’ordre de vos priorités dès le début de votre mandat ? Lors de mon discours d’investiture comme des vœux du Conseil régional, j’ai annoncé que j’engageais, sans tarder, les États généraux du développement économique dans notre région. Ils vont permettre de faire un diagnostic en fédérant les énergies, pour préparer l’élaboration du Schéma du développement économique territorial. Un marqueur immédiat de la priorité que je donne à la problématique de l’emploi, à travers les leviers de la croissance des entreprises, de la formation, de l’éducation ou de l’innovation. Deuxième axe, le développement du numérique : ses usages, les bouleversements et les évolutions qu’il entraine dans le domaine de l’économie, de la santé mais aussi de l’éducation. Nous avons déjà mis en place en Centre-Val-de-Loire des dispositifs innovants en matière de formation des demandeurs d’emploi, comme le fond réactif qui permet d’identifier les postes offerts et nonpourvus, par manque de qualification au niveau territorial. L’idée étant de mettre en place des formations en lien avec les personnes et les emplois repérés : grâce à lui, deux tiers des salariés formés ont ainsi pu trouver un travail. Je souhaiterais même bénéficier d’une délégation dans ce domaine pour mettre en place les formations nécéssaires dans un dispositif unique, en travaillant avec Pôle Emploi. La loi NOTRe modifie sensiblement la répartition des compétences entre régions et départements. Est ce que cela peut entrainer des difficultés particulières sur votre territoire  ?   Bien que cette loi n’aille pas jusqu’au bout de ce qui pourrait être souhaité en matière de clarification, elle pose des axes forts dans les domaines de la compétence et de la responsabilité économique entre Région et intercommunalités, tout comme de la mobilité. Je pense que ces évolutions doivent être vécues comme l’occasion 10 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

de faire plus simple, plus vite, en composant avec moins de moyens pour la gestion des dispositifs, nous amenant à travailler avec les autres collectivités. L’essentiel étant que chaque étape soit ressentie comme un “plus” pour les usagers et non pas comme un fouilli administratif supplémentaire. Cette loi a été créée pour agir mieux, gagner en proximité et en efficacité, réduisant le nombre d’acteurs autour d’un même sujet : c’est dans cet esprit que je souhaite la mettre en œuvre. S’il peut y avoir des tensions, je ne crois pas aux difficultés.

En région Centre-Val de Loire, la reconduction de la majorité sortante induira-t-elle une certaine continuité ou au contraire amorcera-t-elle une approche nouvelle des pratiques politiques, compte tenu, du climat général des dernières régionales ? Si nous sommes en responsabilité avec une majorité à gauche depuis 1998, il faut être challenger de soi-même lorsque l’on aborde un nouveau mandat. En quelques années seulement, notre monde a profondément changé  : en témoignent la révolution numérique, les enjeux environnementaux ou encore le vivre ensemble. C’est pourquoi je préfère regarder la société telle qu’elle est plutôt que de me satisfaire des acquis, adaptant nos politiques publiques aux réalités actuelles. Pour cette même raison, il me semble que différents partis peuvent se retrouver sur un certain nombre de sujets  : j’avais d'ailleurs proposé personnellement aux élus de l’opposition de présider deux de nos commissions, de manière à ce que notre action soit l’expression de sensibilités différentes. Même si cette opportunité n’a pas été saisie, je compte réunir les présidents de groupe régulièrement pour avoir une réflexion prospective et libre sur les enjeux des décisions régionales. L’idée étant de conjuguer les énergies plutôt que de les opposer n


© DR

Christian Estrosi Président de la Région Provence-Alpes-Côte-d’Azur

“Je ne me déroberai pas ” Vous avez été trois fois membre du gouvernement, délégué à l’Aménagement du territoire, secrétaire d’Etat à l’Outre-mer et ministre de l’Industrie : en quoi ces précédentes expériences vous servent-elles dans la fonction que vous exercez aujourd’hui en région PACA ? Les Régions sont devenues avec la loi NOTRe les seules collectivités à avoir en charge le développement et l’attractivité économiques. Mes expériences ministérielles tant à l’aménagement du territoire qu’à l’industrie, me permettent non seulement d’avoir aujourd’hui une parfaite connaissance de ces dossiers, mais également d’avoir une vision globale des solutions que nous devons apporter pour gagner la bataille pour l’emploi, dont j’ai fait ma priorité. Provence-Alpes-Côte-d’Azur est une grande région industrielle, j’y ai d’ailleurs implanté neuf Pôles de compétitivité qui représentent aujourd’hui plus de 52 000 emplois. Mais notre région a également beaucoup souffert au cours des dix-huit dernières années d’un manque d’ambition de la part de la majorité sortante sur l’aménagement du territoire. Je vais donc m’employer à mener à bien de grands chantiers au cours de ce mandat, qui permettront de désenclaver des territoires et ainsi d’améliorer notre attractivité économique, car un territoire accessible est un territoire attractif.

enfin à ceux qui ont besoin de se reconvertir et d’apprendre un nouveau métier pour retrouver du travail. Garantir la sécurité des cinq millions de Provençaux, d’Alpins et d’Azuréens est également une de mes priorités. Notre pays est en guerre et fait face à l’une des menaces les plus périlleuses de son histoire. Sur ce sujet comme sur les autres, je ne me déroberai pas. C’est pourquoi nous généraliserons la vidéo-protection dans les transports en commun et aux abords des lycées. Nous avons par ailleurs déjà installé des portiques pour lutter contre la fraude à la gare Saint-Charles. Ils sont en phase d’expérimentation et si les résultats sont probants nous les généraliserons. Je vais également faire installer des portiques de sécurité pour renforcer la sécurité des usagers. Enfin, notre troisième priorité est d’améliorer l’offre de transports qui est aujourd’hui la plus mauvaise de France. Pour ce faire, je travaille en étroite collaboration avec le Président de la SNCF à qui j’ai demandé de prendre ses responsabilités pour que les habitants de notre région ne soient plus les otages d’une situation intolérable.

Vous l’avez emporté au second tour face à Marion MaréchalLe Pen : d’après vous, comment une politique régionale peutelle lutter contre une probable montée du FN lors de l’élection présidentielle ?

Quels seront les objectifs prioritaires du début de votre mandat ? Mon premier objectif, c’est de gagner la bataille pour l’emploi. Je n’accepterai jamais qu’une région comme la mienne qui dispose de tous les atouts pour réussir continue à piteusement fermer la marche du chômage avec les 3ème taux de chômage le plus élevé de France. Pour ce faire, je vais d’ores et déjà faire en sorte que les 25 000 postes actuellement à pourvoir en Provence-Alpes-Côted’Azur soient enfin pourvus. On ne peut pas imaginer qu’une pareille situation dure plus longtemps. Qui peut comprendre qu’avec près de 12% de chômeurs, on puisse avoir plus de 25  000 postes vacants ? Pour ce faire, je vais créer une banque régionale de l’emploi et revoir de fond en comble la politique régionale de la formation. De l’apprentissage à la formation continue, en passant par les formations qualifiantes, il faut que l’argent de la formation aille

La seule manière de faire reculer le Front national c’est d’être l’homme de la parole tenue par rapport à la parole donnée. J’ai toujours dit la vérité aux électeurs et j’ai toujours tenu mes engagements. Si nous ne décevons par les Français en appliquant les projets pour lesquels ils ont voté, alors le Front national continuera à perdre les élections. Le Front national prospère sur l’échec et sur la peur. Il nous faut le combattre par les résultats que nous allons obtenir. Si en Provence-Alpes-Côte-d’Azur nous gagnons la bataille pour l’emploi, alors Marion Maréchal Le Pen pourra retourner dans son château parisien, car le Front national n’aura plus lieu d’être dans notre Région. Pour durablement éradiquer le Front national et ses idées nauséabondes, nous devons réussir n

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© Elodie Grégoire

Valérie Pécresse Présidente de la Région Île-de-France

“Le déménagement du siège de la région est aussi symbolique” Lors de votre discours d’investiture, vous avez confirmé le déménagement du siège de la région “de l’autre côté du périphérique, vraisemblablement en Seine-Saint-Denis”. Est-ce une façon d’affirmer votre volonté de changement ? L’Ile-de-France change et le Conseil régional doit changer avec elle. Le déménagement au-delà du périphérique est symbolique de la nécessité d’un rééquilibrage à l’est. Il est aussi nécessaire car je veux une région au train de vie sobre. Aujourd’hui, les bureaux de la région Ile-de-France sont disséminés sur dix sites au cœur de Paris, dont sept hôtels particuliers, soit un patrimoine de 250 millions d’euros. Et à ceci s’ajoute plusieurs immeubles en location dans les plus beaux quartiers de la capitale pour plus de 26 millions d’euros de loyer par an. Je veux aussi profiter du déménagement pour décloisonner les services de la Région : la Région est certes devenu un acteur incontournable aux compétences accrues mais n’a pas réfléchi à son organisation. Ma vision de la Région est celle d’une administration moderne, respectueuse des dernières normes environnementales, technologiques, d’accessibilité et d’ergonomie. Une administration conviviale, dotée de nouveaux services de proximité, interactive et solidaire. Vous êtes par ailleurs fermement opposée au Grand-Paris, que vous avez qualifié de “contre-sens historique” : comment pourrez-vous mener combat contre ce projet tout en préservant les liens institutionnels entre la Région et les autres collectivités ? La Métropole du Grand Paris, c’est la superposition d’un cinquième échelon administratif sur celui des communes, des intercommunalités, des départements et de la Région. Elle crée une barrière administrative entre Paris et la petite couronne d’une part, et la grande couronne et ses 5 millions d’habitants d’autre part. Cette Métropole du Grand Paris fracture et divise l’Ile-de-France alors qu’il faut au contraire la rassembler. Elle complexifie alors qu’il faut sim12 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

plifier. Elle doit être abandonnée et la droite doit s’engager à le faire dans son programme de 2017. Ce qu’attendent de nous les Franciliens et les élus, c’est de régler leurs problèmes d’emploi, de logement, de transports, et d’attractivité économique des territoires, pas de créer un nouveau mécanisme institutionnel ! Partout en Europe, les Régions s’imposent comme l’échelon pertinent pour mener des politiques publiques efficaces. Les quatre millions d’électeurs qui se sont rendus aux urnes pour les élections régionales ont donné à la région Ile-de-France une légitimité démocratique forte que n’a pas la métropole. La véritable métropole du Grand Paris, c’est la Région Ile-de-France.

“La véritable métropole du Grand Paris, c’est la Région Ile-de-France.” La campagne qui vous a porté au pouvoir a été très marquée par le contexte politique national : quelle pédagogie souhaitezvous utiliser pour rappeler aux citoyens l’importance des compétences dévolues aux Régions ? La campagne régionale en Ile-de-France a été courte, très violente, et endeuillée par les attentats de novembre. Les Franciliens ont été privés d’un véritable débat démocratique, projet contre projet. C’est très regrettable. Je veux donc prendre le temps d’expliquer, étape par étape, l’avancée des chantiers que nous mettons en œuvre. Dès la séance du mois de janvier, nous commencerons à décliner le programme : acter le déménagement, supprimer la réduction de 75 % pour les étrangers en situation irrégulière qui est injuste, poser les fondements du bouclier de sécurité, mettre en place le conseil de chefs d’entreprises pour l’attractivité de l’Ile-deFrance n


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© Vernier/JBV NEWS

“construire ensemble la Bourgognefranche-comté est un acte historique”

Marie-Guite Dufay

Présidente de la Région Bourgogne-Franche-Comté

Sans avoir jamais exercé de mandat national, vous êtes désormais à la tête de la région la plus industrielle de France : quelles sont vos ambitions pour ce territoire ?   Construire ensemble la nouvelle région, mener de toutes nos forces la bataille de l’emploi et faire émerger un modèle de développement plus durable. Tels sont les principaux axes du projet de mandat dont nous préparons l’exécution. Construire ensemble la Bourgogne-Franche-Comté est un acte historique. La réunion des deux régions est un acte de confiance en l’avenir qui doit être réalisé par tous les acteurs du territoire. Cette fusion, elle réussira à condition de ne pas faire disparaître nos différences et nos singularités, et à condition que tous y participent. Les rapprochements et les fusions effectives autour de notre collectivité prennent forme. C’est une réalité territoriale nouvelle qui va prendre tout son sens pour le développement économique, l’aménagement du territoire, les transports, la formation… Mais la Région a aussi un rôle pour le vivre-ensemble. Notre société est traversée par des convulsions individualistes et d’intolérance. Parce que la culture, le sport et la vie associative sont essentiels au vivre ensemble, nous nous engageons à sanctuariser les moyens qui y sont consacrés. Nous mènerons de toutes nos forces la bataille pour l’emploi, par une pleine mobilisation des compétences économiques que nous confère la réforme territoriale, en concertation avec les entreprises et nos partenaires. Nous devons rester l’une des premières régions industrielles de France, et une grande région agricole, tout en investissant dans les gisements de nouvelle croissance pour susciter les emplois de demain. L’autre principal levier dont nous userons pleinement, c’est celui de la formation  : la formation initiale, celle des plus jeunes, et la formation tout au long de la vie, pour construire la sécurité professionnelle pour les salariés les plus exposés aux risques. Enfin, la mobilisation générale pour l’emploi prendra la forme de l’écriture de nouvelles pages du dialogue social territorial. Notre dernier défi, celui d’un développement plus durable, que nous relèverons en faisant de la Bourgogne-Franche-Comté un territoire à énergie positive. Nous soutiendrons le développement des nouvelles mobilités avec des transports plus collectifs et plus verts en prenant appui sur un service de transport ferroviaire de qualité et durable. Enfin, le développement durable, c’est aussi celui d’une région solidaire avec les personnes les plus fragiles et qui subissent 14 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

les mutations de notre économie. C’est tout l’enjeu de l’économie sociale et solidaire que nous voulons faire changer d’échelle. À votre avis, comment vont s'articuler les compétences entre Régions, Départements, Métropoles, etc. ? La loi NOTRe a-t- elle clairement fixé leur répartition ? Tout d’abord, la loi donne à notre région une dimension critique qui nous permettra de faire plus et mieux, de mobiliser des moyens d’un niveau inégalé pour construire une politique de développement et de solidarité de très grande échelle. Mais la loi renforce aussi nos compétences. Dans le domaine économique, des transports, du tourisme, nous allons pouvoir mener à bien des projets de grande envergure et garantir aux usagers et destinataires de nos services plus de simplicité, d’efficacité, de cohérence et de transparence. En créant les grandes régions, la loi organise la décentralisation de notre pays autour d’un nouveau couple Régions-intercommunalités, dont l’existence et la cohérence viennent compléter les compétences dédiées à l’Etat et aux municipalités. Mais cela ne doit pas être synonyme de lourdeur et de sectarisme. Je veillerai, avec nos partenaires, à la justice territoriale et aux soutiens aux initiatives de développement local qui vont dans l’intérêt d’une grande région forte, solidaire et responsable. Tous les acteurs concernés devront faire partie de ce projet de territoire, et le projet de mandat pourra être enrichi avec toutes les propositions émanant du territoire dès lors qu’elles serviront l’intérêt général et les valeurs que nous portons. Quelle pédagogie allez-vous mettre en œuvre pour que les habitants prennent conscience de leur nouveau territoire ? Quelle communication faut-il adopter, d’après vous, pour créer une véritable identité régionale intégrant les nouvelles frontières ? De la même manière que je suis adepte de la politique par la preuve, je souhaite faire de la pédagogie par l’action. Bien avant la promulgation de la loi NOTRe, François Patriat, président de la région Bourgogne, et moi-même alors présidente de la région FrancheComté, avions travaillé au rapprochement de nos territoires dont les destins ont souvent été liés et regorgent de ressemblances et


apercevront plus rapidement que nous ne l’imaginons. Je suis persuadée que créer une véritable identité régionale, intégrant les spécificités des anciennes régions, est à portée de main. En montrant les synergies, les complémentarités et les projets émergents, nous arriverons à mettre du liant entre les acteurs. Je l’ai annoncé durant ma campagne, je souhaite que ce mandat soit l’occasion d’élaborer un véritable programme de consultation et d’information des habitants afin de créer les conditions d’une démocratie participative. Les rencontres qui naîtront de cette dynamique apporteront leur pierre à l’édifice n © Emmanuel Vandomme

de complémentarités. D’ailleurs nombreux sont les acteurs, économiques, associatifs ou encore universitaires, à avoir pris ce chemin avant nous. Les francs-comtois et les bourguignons sont attachés à leur histoire, leurs terroirs, et plus largement à tout ce qui fait leur singularité. L’identité franc-comtoise n’est pas soluble dans l’identité bourguignonne tout comme l’identité bourguignonne n’est pas soluble dans l’identité franc-comtoise. Mais en même temps, bourguignons et francs-comtois ne sont pas réductibles à ces identités. Mon travail en tant que présidente de région, c’est de porter un projet fort pour la nouvelle région, capable d’incarner un véritable projet de société fait de solidarité, de fraternité et d’une action publique au service de ses habitants. Les nouvelles frontières offrent de nouvelles opportunités : simplification des démarches, expériences partagées, diffusion des œuvres, des projets, des idées, création d’une véritable université fédérale… Les habitants s’en

“Les électeurs nous ont fait confiance une dernière fois” Xavier Bertrand

Président de la Région Nord-Pas-de-Calais

Quels seront les chantiers prioritaires du début de votre mandat ? Le travail a été notre slogan de campagne, c’est désormais le cœur de la politique de la Région. Proch’emploi en a été la première concrétisation, pour mettre en contact les demandeurs d’emploi avec les entrepreneurs qui recrutent, et surtout, assurer la formation qui, trop souvent, fait défaut pour reprendre un travail : nous l’avons lancé dès le 5 janvier, en nous appuyant sur la plateforme téléphonique de service régionale qui existait à Amiens. Et à ce jour, nous avons reçu plus de 4 000 appels de personnes au chômage. Nous l’avons également ouverte aux entrepreneurs, qui ont été nombreux à se manifester, car ils cherchent à recruter non sans difficulté. Nous avons également voté fin janvier la mise en place de deux aides, qui étaient elles aussi des engagements de campagne : la première assurera la prise en charge de 25% des charges patronales pour tout nouvel emploi créé dans une entreprise (de – de 250 salariés/Jusqu’à 1,6 SMIC). La deuxième concerne celles et ceux qui n’ont pas d’autre choix que de prendre leur voiture pour aller travailler : la Région prendra désormais en charge 20€/mois pour tout salarié qui fait plus de 30km par trajet. Avoir entendu le message que nous ont adressé les électeurs, c’est aussi être capables d’apporter ces réponses concrètes, et immédiates. Vous avez décidé d’abandonner votre mandat de député pour vous consacrer à la région, en conservant néanmoins vos fonctions à Saint-Quentin : pourriez-vous expliquer les motivations de ce choix ? J’ai choisi de quitter mon mandat de député dès le 12 janvier,

bien que la loi ne m’y oblige pas avant juin 2017, pour me consacrer complètement à la Région. C’était aussi une obligation vis à vis de ceux qui nous ont fait confiance le 6 et le 13 décembre derniers. Je reste conseiller municipal à Saint-Quentin, et garder la responsabilité de l’Agglo, au moins pour quelques temps, c’est le moyen de suivre les actions de développement économique (puisque c’est une compétence Agglo, non Ville), qui sont en lien avec la compétence économique de la Région. J’ai bien précisé que si je considérais que cela me prenait trop de temps, je ne conserverai pas cette responsabilité. Le cumul des mandats, à l’ancienne, a vécu. Et ceux qui se sont engagés avec moi ont appliqué la même règle : Gérald Darmanin a démissionné de son mandat de député, et Natacha Bouchart quitte le Sénat. Comment, d’après vous, une politique régionale peut-elle lutter contre une probable montée du FN lors de l'élection présidentielle ? Les électeurs nous ont fait confiance une dernière fois. Il n’y a que des résultats concrets qui pourront retisser la confiance, et c’est le sens de toute notre action. Le Front National se nourrit des problèmes des gens. Si on y apporte des réponses concrètes, alors le Front National cessera de progresser. C’est pour cette raison que j’ai voulu réunir très vite l’assemblée régionale en séance plénière, pour voter rapidement les premières mesures. Redonner confiance dans la politique, cela passe par le fait de montrer quelle est l’action réelle de la collectivité et des élus, au service des habitants. C’est aider ceux qui travaillent, ceux qui cherchent du travail et ceux qui donnent du travail. C’est faire reculer le chômage, améliorer la vie quotidienne et redonner de l’espoir. n

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© Collectivité territoriale de Corse – 2016

Gilles Simeoni Président du Conseil éxécutif de Corse

Après plusieurs décennies de présence militante, les nationalistes sont pour la première fois aux commandes de la Corse : pensez-vous avoir pu combler un “vide” face aux autres forces politiques en perte de vitesse  ? Les élections territoriales en Corse ont en effet consacré une véritable révolution démocratique. L’aspiration au changement, portée par toutes les forces vives, s’est clairement manifestée : d’une part, en signifiant le rejet de tous les systèmes politiques claniques et opaques qui ont conduit l’île dans une situation économique, sociale et culturelle extrêmement difficile (chômage en croissance, précarité galopante, crise des transports, des déchets et des finances publiques...), d’autre part, en optant pour un choix d’émancipation collective assumée, portée par la liste “Pè a  Corsica” que je conduisais. Les Corses ont choisi la voie de l’équité, de la transparence, de la démocratie réelle, du respect de leur langue et de leur culture, de leurs droits collectifs en tant que peuple, communauté de destin, de la défense de leurs intérêts moraux, économiques et sociaux en toute circonstance. Ils ont aussi fait le choix d’un projet de réappropriation des outils essentiels pour assumer leur développement économique en tournant le dos à l’assistanat  et à la trop forte dépendance vis-àvis de Paris, trop souvent entretenue à dessein. Ce message fort et historique issu des urnes constitue un tournant majeur pour la société insulaire. Il nous oblige à être à la hauteur des attentes et des enjeux. Notre victoire n’est pas seulement celle d’une force politique ou d’un courant. Elle doit devenir celle de la Corse et de tous les Corses. Être au service du peuple et de l’intérêt général : c’est le sens du serment pris le 17 décembre. Votre victoire instaure clairement un revirement pour la Corse : quelles seront, concrètement, vos revendications envers l’État ? L’Etat doit prendre en considération l’exacte mesure du changement profond qui s’opère en Corse. Il ne peut s’inscrire dans un déni de démocratie en  refusant d’aborder les questions posées depuis plus de 50 ans par la Corse,  validées majoritairement par l’Assem16 | LE COURRIER DU PARLEMENT |

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“Les plus longues marches commencent par un pas”

blée de Corse et aujourd’hui de manière éclatante par un scrutin territorial sans équivoque.

Oui, le peuple corse, communauté de destin ouverte, faîte de Corses d’origine et Corses d’adoption, existe depuis des siècles avec sa langue, son rapport à la terre, son rapport à la méditerranée et au monde. Oui, il est légitime qu’à l’instar de toutes les îles d’Europe, et de la plupart des régions européennes ou nations sans Etat, notre communauté  obtienne la reconnaissance juridique et constitutionnelle de ses droits, puisse légiférer dans un certain nombre de domaines essentiels, obtienne l’autonomie financière pour ne pas vivre au crochet de l’Etat.  Tout cela doit se traduire par des politiques fortes, dans des domaines du quotidien : emploi, déchets, infrastructures, transports, etc... Mais aussi par des réformes de fond sur la coofficialité, le statut de résident pour stopper la spéculation et garantir l’accès à la terre et au logement, le transfert de la compétence fiscale (notamment la fiscalité des successions), la construction réussie de la collectivité unique en symbiose avec des intercommunalités adaptés au territoire insulaire, enfin, l’inscription de la Corse dans la constitution pour qu’un statut d’autonomie et un pouvoir législatif puissent voir le jour. Tout cela devra se concrétiser dans une discussion au grand jour au travers des groupes de travail constitués.  Le respect mutuel et le dialogue franc doivent être instaurés. Le refus  systématique ne peut tenir lieu de politique  durable concernant la Corse dans le contexte d’aujourd'hui. Nous avons œuvré et continuons d’œuvrer pour l’apaisement au sein de la société corse. Un des signes les plus forts de cette volonté de construire la paix a été le dépôt des armes réalisé par le FLNC en juin 2014. La paix, dans un conflit politique de plusieurs décennies, doit continuer à se construire à deux. C’est le sens de notre message lorsque l’on dit que l’Etat doit faire sa part du chemin sur les questions centrales posées précédemment, de même qu’en réalisant le rapprochement des prisonniers conformément à la loi, et en mettant à l’ordre du jour la question de l’amnistie, qu’il faut traiter pour solder définitivement  la période conflictuelle passée. Tout ne se passera pas en un jour, mais les plus longues marches commencent par un pas.


Toutes les forces politiques en Corse ont pris la mesure du tremblement démocratique qui s’est déroulé lors de ce scrutin. Il est bon aussi de préciser que sur les sujets centraux qui nous occupent (langue, fiscalité, foncier, spécificités dans la constitution, Padduc...) de nombreux élus de gauche et de droite, y compris au sein de l’Assemblée de Corse, partagent désormais les positions politiques portées il y a peu par le seul nationalisme, puisque des délibérations largement majoritaires existent déjà sur ces sujets.

Notre volonté est de rechercher des consensus forts sur les thèmes engageant l’avenir immédiat de notre pays sur le plan économique, social et culturel, en trouvant des points d’équilibre avec celles et ceux qui ne partagent pas nos idées. Les Corses nous ont aussi mandatés pour renforcer la démocratie réelle et la  cohésion d’ensemble qui est en train de de construire. Nous sommes donc à la fois déterminés et optimistes. Les solutions sont à portée de main n © Vernier/JBV NEWS

Avec une majorité relative, vous devrez également composer avec les autres forces du territoire pour gouverner : pensez-vous avoir la marge de manœuvre suffisante pour mener à bien vos projets ?

“nous n’avons pas le droit à l’erreur” Hervé Morin Président de la Région Normandie

Vous êtes le seul candidat centriste à avoir remporté une région : votre mandat va-t-il être représentatif des actions que pourrait mener votre famille politique à l’échelle nationale  ? J’ai été élu avec mes colistiers autour d’un programme ambitieux, réaliste et résolument tourné vers les Normands. Les actions que nous sommes en train de développer depuis notre arrivée au Conseil régional n’ont qu’un seul objectif : redonner à la Normandie la place qui est la sienne, celle d’une Région rayonnante et conquérante  ! Au-delà de cela, il est vrai que je suis le seul centriste à présider une région. La réunification de la Normandie était pour moi un combat de longue date et je suis fier d’être à sa tête. La responsabilité est donc immense mais j’ai conscience des enjeux. C’est pour cela que j’ai dit pendant la campagne que j’abandonnerai mon mandat de député et que je me consacrerai pleinement à ce combat pour la Normandie. Quelles sont vos ambitions pour la Région  ? La réunification de la Normandie est une chance inouïe pour notre territoire. C’est une nouvelle page de notre histoire que nous avons à écrire et nous n’avons pas le droit à l’erreur. C’est pour cela que j’ai voulu mettre l’accent sur le développement économique de la Normandie considérant que la meilleure des politiques sociales c’était celle qui favorisait l’emploi. Nous sommes donc en train de créer une Agence du Développement Economique de la Normandie dotée dans un premier temps de 100 millions d’euros pour soutenir nos entreprises. Dans le même temps, nous nous sommes fixés pour objectif d’augmenter de 50% le nombre d’apprentis en Normandie sur les six prochaines années. 10  000 places en apprentissage ne sont pas pourvues dans notre Région. Nous devons donc adapter notre offre de formation aux besoins des entreprises et faire de

l’apprentissage enfin une filière d’excellence. Par ailleurs, je souhaite que cette réunification soit l’occasion de la renaissance de l’identité normande. Nous avons la chance d’avoir un patrimoine, une culture, une gastronomie et une histoire connus dans le monde entier. Ce sont autant d’atouts sur lesquels nous devons nous appuyer pour bâtir la marque Normandie comme ont su si bien le faire nos amis bretons. Enfin, il y a un sujet majeur sur lequel nous devons trouver des avancées rapides, c’est celui du ferroviaire. L’Etat doit prendre rapidement ses responsabilités et investir sur les liaisons intercités en achetant des nouveaux trains. Cette liste n’est évidemment pas exhaustive et il y a de nombreux autres sujets qui seront au cœur de notre action durant les six prochaines années. À votre avis, comment vont s'articuler les compétences entre Régions, Départements, Métropoles, etc. ? La loi NOTRe a-t- elle clairement fixé leur répartition ? Avec cette nouvelle organisation territoriale qui découle de la loi NOTRe, nous devons redéfinir nos champs d’action. Vous le savez, la droite et le centre dirigent maintenant les cinq départements normands et la Région. Nous avons donc un devoir de cohérence et d’efficacité à l’égard des citoyens. C’est pour cela que nous avons constitué avec mes cinq collègues Présidents de Conseils départementaux un G6 qui a deux missions principales : déterminer ensemble les grandes politiques pour les 15 ans à venir et simplifier l’organisation territoriale pour la rendre efficace, moins coûteuse et plus lisible. Il faut en effet en finir avec les financements croisés pour gagner en efficacité et réduire les coûts de gestion. Enfin, ce modèle de coopération devra également s’appliquer avec les trois grandes métropoles normandes pour que tous les territoires profitent de cette nouvelle dynamique n

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© Lydie Lecarpentier

Carole Delga Présidente de la Région Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées

“Les promesses ne suffisent pas : il faut traduire la nouvelle région en actes forts et lisibles pour tous” Quels sont les chantiers prioritaires que vous souhaiteriez aborder pour la région ? J’avais clairement indiqué qu’il n’y aurait pas de temps de mort. Sitôt mon élection, le 4 janvier, j’ai ainsi annoncé plusieurs priorités fortes pour cette année 2016. Mes trois priorités sont soutenir l’activité et l’emploi avec un plan en faveur du bâtiment et des travaux publics, renforcer la participation citoyenne et assurer l’équilibre des territoires. Le Plan Marshall pour la croissance et l’emploi doté de 800 millions d’euros doit ainsi permettre, dès cette année, une reprise d’activité pour le secteur du bâtiment et des travaux publics, très importants dans notre région. Ce plan doit en plus avoir un effet levier pour d’autres collectivités afin de lancer des investissements conséquents. Je souhaite également développer avec ma majorité la concertation, la consultation avec comme marqueur fort la citoyenneté. A ce titre, pour le nom de notre région, je vais lancer dans les prochaines semaines une grande consultation populaire car il s’agit pour moi d’un acte fondateur. Elle sera inédite, innovante et transparente pour permettre à un maximum de nos concitoyens de choisir ce nom qui doit porter notre identité et notre ambition. Nous allons lancer également des Etats Généraux du Rail qui permettront aux usagers et aux élus de débattre et de décider ensemble du futur schéma régional ferroviaire en matière de trains du quotidien ou des lignes à grande vitesse. Ma conception de l’action régionale, c’est aussi l’équité territoriale. L’assemblée des territoires aura cet objectif. Dans cette instance, le plus petit des territoires aura le même nécessaire poids qu’une des deux métropoles. Elle permettra d’avoir une représentation de la ruralité avec la consultation notamment des Pays et Pôles d’équilibre territoriaux et ruraux. Cette assemblée proposera au Conseil régional des recommandations et des amendements sur les grandes décisions à prendre.

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À votre avis, comment vont s'articuler les compétences entre Régions, Départements, Métropoles, etc. ? La loi NOTRe a-t- elle clairement fixé leur répartition ? Grâce à la réforme territoriale, la Région est renforcée dans son rôle en matière de développement économique, d’innovation, d’internationalisation et d’aménagement durable du territoire. Cette clarification va permettre, je le crois, d’être plus efficace au service des entreprises, de nos concitoyens. Je suis pour mener ce chantier dans le dialogue, et singulièrement avec les Conseils départementaux et, par exemple dans le domaine des transports scolaires. Il y a la Loi qui doit s’appliquer et il y a la vie de nos concitoyens. Je veux être sur ce sujet, comme dans d’autres, pragmatique et soucieuse de l’intérêt général. C’est pourquoi j’attache ainsi une importance particulière à la consultation de l’ensemble des forces vives de la région, des collectivités territoriales. Ce sera également le cas pour élaborer avec elles un schéma de développement économique, un schéma de formation professionnelle et d’apprentissage, au plus près des besoins de nos jeunes, des salariés, des entreprises et des territoires. Notre région est grande, les attentes de nos concitoyens fortes. Mais j’ai l’intention de faire du sur-mesure.

Quelle pédagogie allez-vous mettre en œuvre pour que les habitants prennent conscience de leur nouveau territoire ? Quelle communication faut-il adopter, d’après vous, pour créer une véritable identité régionale intégrant les nouvelles frontières ? Languedoc-Roussillon-Midi-Pyrénées offre un nouvel horizon avec l’union de ses 13 départements, de ses deux métropoles Toulouse et Montpellier, de son réseau de villes moyennes et de la vita-


“L’urgence est de remettre l’argent de la région au service des projets concrets et utiles à nos territoires”

versités et de grandes écoles de qualité… Il faut faire partager ces richesses au plus grand nombre pour rassembler ces filières. Ce n’est pas une question de communication : c’est la condition sine qua non pour réussir. La parole, les promesses ne suffisent pas  : il faut traduire la nouvelle région en actes forts et lisibles pour tous n

© Juan ROBERT

lité de sa ruralité. Je sais que nous pourrons nous appuyer sur l’identité et la culture de notre région, son ouverture au monde, ses valeurs de tolérance et de progrès, sa “convivencia” et son sens du partage. Cette région a de nombreux atouts : elle est l’une des plus attractives, non seulement de France, mais d’Europe. Elle accueille plus de 50  000 personnes par an. Elle possède de grandes filières économiques, connues et reconnues dans le monde entier, d’uni-

Laurent Wauquiez

Président de la Région Auvergne-Rhône-Alpes

Vous êtes parvenu à arracher la deuxième région de France à la gauche : qu’aimeriez-vous changer en Auvergne-Rhône-Alpes? La première chose que je veux changer, c’est l’état d’esprit : Rhône-Alpes-Auvergne a des atouts magnifiques. Nous avons tout pour réussir, et c’est pourtant la région de France où le chômage a le plus augmenté en 2015. Je ne crois pas à la fatalité : il est temps de retrouver le sens du concret et de l’action, il est temps de retrouver le sens de l’exemplarité des élus. Cela veut dire que lorsque l’on prend des engagements, on doit s’y tenir. Mon premier engagement, c’est qu’il n’y aura pas d’augmentation d’impôts et de taxes pendant toute la durée du mandat, afin de redonner de l’air à nos concitoyens. Mais surtout, je veux que la Région cesse d’être synonyme de contrainte pour nos entreprises et nos collectivités. Elle sera désormais clairement là pour leur simplifier la vie. À votre avis, comment vont s'articuler les compétences entre Régions, Départements, Métropoles, etc. ? La loi NOTRe a-t- elle clairement fixé leur répartition ? La Région apparait aujourd’hui nettement renforcée par la loi NOTRe. Elle est une collectivité de premier plan qui s’occupe de domaines fondamentaux pour nos concitoyens : emploi, formation, transport, lycées, aménagement du territoire... La Région dispose

donc de leviers puissants pour faire bouger les choses dans notre pays. Mais la Région ne peut pas et ne doit pas vouloir tout faire elle-même. C’est pourquoi, dès que des partenariats et des contractualisations seront possibles, nous n’hésiterons pas : je compte beaucoup sur nos communes, nos intercommunalités et nos départements pour nous accompagner et relever ensemble les beaux défis qui nous attendent.

Quelles préoccupations régionales feront l’objet de vos priorités dès le début de votre mandat ? Ma première priorité, c’est la baisse des dépenses publiques, et nous préparons d’ores et déjà un plan d’économies de 300 millions d’euros sur la durée du mandat. Mais je crois aussi en l’exemplarité, et c’est pour cette raison que nous avons décidé, dès notre arrivée, près de 20 millions d’euros d’économies rien que sur le train de vie des élus. A ce niveau, on se situe à mes yeux au-delà du symbole. L’urgence est de remettre l’argent de la Région au service des projets concrets et utiles à nos territoires. Nous allons donc rapidement simplifier le fonctionnement de la Région pour faciliter la vie des collectivités et des entreprises. Parmi mes autres priorités, il y a la mise en place d’un programme “zéro charge” pour le premier emploi crée, l’application de la préférence régionale dans nos marchés publics, le rétablissement des bourses au mérite pour les étudiants issus de milieux modestes et qui se donnent du mal, et enfin le renforcement de la sécurité dans nos lycées et dans les transports qui dépendent de la Région n

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L’aide sert au financement des opérations d’insonorisation de logements, d’établissements d’enseignement ou de locaux sanitaires et sociaux. Elle a ainsi vocation à financer : n les études et opérations préalables à la réalisation des travaux de renforcement de l’isolation acoustique n les travaux de renforcement de l’isolation acoustique et de ventilation induits n les honoraires de syndics (dans la limite de 2% du mont. des travaux). L’aide est destinée à l’insonorisation des seuls bâtiments répondant à la double condition suivante : n situés en tout ou partie dans le plan de gêne sonore (PGS) et existants ou autorisés à la date de publication de ce dernier n situés en dehors du plan d’exposition au bruit (PEB) en vigueur à la date de la délivrance de l’autorisation de construire. Pour les logements, l’aide est limitée dans son volume : n elle ne peut s’appliquer qu’à un montant de travaux limité à une valeur forfaitaire déterminée en fonction du nombre de pièces du logement et de la zone du PGS où ce dernier est situé ; n Le taux de prise en charge est de 80 %, de 90 ou 100%, sous conditions de ressources. Il est de 95% pour les opérations groupées.

OUI

NON

OUI OUI

3 Votre logement a-t-il déjà été insonorisé (par vous ou par les précédents propriétaires) ?

NON

NON

2 Votre logement était-il compris dans le plan d’exposition au bruit (PEB) en vigueur à la date de délivrance de l’autorisation de construire ?

OUI

Vous n’êtes pas éligible à l’aide à l’insonorisation.

n met en œuvre le principe pollueur-payeur : les avions les plus bruyants aux heures les plus gênantes sont les plus taxés ; elle est ainsi calculée selon une formule prenant en compte simultanément la masse de l’appareil, les caractéristiques acoustiques de ce dernier, l’heure de décollage, la catégorie d’aérodrome ;

n est versée par les compagnies pour tout décollage d’un aéronef de plus de 2 tonnes ;

n est perçue au profit des exploitants d’aérodrome, qui sont chargés de la verser aux riverains bénéficiaires. En Ile de France, c’est Aéroports de Paris qui est gestionnaire de ces fonds, sous l’autorité de la CCAR.

u Le montant des prestations à prendre en compte est plafonné dans les conditions suivantes :

Vous n’êtes pas éligible à l’aide à l’insonorisation. Des dispositions spécifiques sont prévues pour les écoles et bâtiments à caractère sanitaire et social.

Vous n’êtes pas éligible à l’aide à l’insonorisation.

4 Vous pouvez bénéficier d’une aide financière à l’insonorisation : Cette aide est calculée par rapport au montant

Le dispositif est financé par la taxe sur les nuisances sonores aériennes (TNSA), qui :

uCette aide est calculée par rapport au montant des prestations d’insonorisation réellement exécutées.

1 Votre logement est-il situé dans le plan de gène sonore(PGS) ?

L’aide des pouvoirs Publics est attribuée après avis conforme de la commission consultative d’aide aux riverains compétente (CCAR), qui réunis, sous la présidence du Préfet, élus, associations et parties prenantes professionnelles.

Après : - instruction par ADP auprès de qui il faut déposer le dossier de demande, - avis de la commission consultative d’aide aux riverains compétente, - convention signée par ADP.

uCe plafond : • est augmenté de 1000 € par logement en cas de travaux de ventilation mécanique ou mécano-statique dans le logement collectif ; • est augmenté de 5 000 € en cas d’isolation de la toiture nécessitant une intervention par l’extérieur. uOn retient la plus petite des 2 valeurs suivantes : soit le montant réel des prestations d’insonorisation soit le montant plafonné tel qu’indiqué dans le tableau.

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Publi-rédactionnel

Le dispositif d’aide à l’insonorisation pour les riverains des aéroports de Paris-Charles de Gaulle, Orly et Le Bourget


© Nogues/JBV NEWS

ANALYSE

Le départ réussi de christiane Taubira parFaite Dans son “tiMing”, La DéMission De La Ministre De La Justice a été saLuée par La gauche aDMirant sa FerMeté sur Les principes et par La Droite raVie De La Voir partir. un consensus assez DrôLe pour être souLigné. Mais qu’est-ce que ceLa Va changer pour François hoLLanDe ?

C

hristiane Taubira est-elle une émule du regretté Thierry Sabine ? Lorsque celui-ci a créé le Paris-Dakar, en 1978, il avait remarqué qu’après le solstice d’hiver et les fêtes, le public n’appréciait pas tant que cela que l’actualité se repose et s’ennuyait un peu devant sa télévision. D’où l’idée de créer un événement riche en images et susceptible d’être largement couvert dans une période non saturée en information. La Garde des sceaux a donc choisi le 27 janvier et non le 23 décembre pour démissionner, alors même qu’à cette dernière date elle avait été amené à dire, notamment sur une radio algérienne, qu’elle n’approuvait pas la décision de François Hollande de maintenir l’inscription de la déchéance de la nationalité dans le projet de réforme de la Constitution. Ce “timing” surprenant conduira à une aberration trop peu dénoncée d’ailleurs par les députés de l’opposition : le gouvernement a soumis au vote de l’Assemblée un texte signé par une ministre connue pour en désavouer le fond et du reste même plus en fonction au début de la discussion. Cela rappelait le chef d’oeuvre juridique de la “loi devant

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être promulguée mais non appliquée” (en dépit de l’approbation du Conseil Constitutionnel) au moment de la crise du “Contrat Première embauche” sous Dominique de Villepin en 2006. C’est à

Nul ne connait vraiment - et surtout pas ceux qui ont l’air d’être bien informé - la nature des actuelles ambitions de Christiane Taubira. des détails de ce genre que l’on s’aperçoit que la Ve République marche de temps en temps sur la tête et de plus en plus souvent…


Personnage atypique dans notre paysage démocratique, l’ancienne indépendantiste guyanaise demeure une oratrice hors pair. Personnage atypique dans notre paysage démocratique, l’ancienne indépendantiste guyanaise demeure une oratrice hors pair. Elle a trouvé, en inaugurant ses fonctions dans l’équipe Hollande-Ayrault, un sujet à sa démesure, car se prêtant plus qu’un autre aux envolées lyriques, avec le “Mariage pour tous”. Ses interventions pleines de fougue, de poésie et d’humour, en dépit des foules considérables rassemblées dans la rue par les adversaires de la réforme, ont transformé cette modification du code civil en une sorte de feuilleton faisant entrer “Les feux de l’amour” dans la culture gay. Plus tard, elle fut accusée de laxisme en matière de justice répressive. Mais cela ne compte guère. Tous les ministres de la Justice pensant à gauche ont été en butte aux mêmes critiques. Et cela n’a jamais empêché les prisons d’être surpeuplées, à toutes les époques…

Remarquée par Bernard Tapie Christiane Taubira passe pour être une “trouvaille” de Bernard Tapie et ce n’est pas faux. Le grand trapéziste des affaires politico-financières a d’ailleurs glissé, à toutes fins utiles, lors d’une émission récente, qu’il avait patronné ses débuts politiques. Peu s’en souviennent. Il faut remonter pour cela à l’inénarrable opération de style “Tontons flingueurs” commanditée avec gourmandise par François Mitterrand en 1994, lorsqu’il s’agissait d’amoindrir Rocard et les siens en organisant le succès de la liste “Energie radicale” aux européennes. Soucieux de plaire à l’hôte de l’Elysée, Bernard Tapie avait demandé à Christiane Taubira (alors plutôt proche d’Edouard Balladur) de figurer (avec d’autres tempéraments flamboyants, tel Bernard Kouchner) sur cette liste. A la manoeuvre se trouvait un personnage intéressant, l’avocat bourguignon installé à Mayotte JeanFrançois Hory qui fut, parmi d’autres aventures, l’un des éphémères compagnons de route de Bernard Tapie et président du Mouvement des Radicaux de Gauche devenu depuis le PRG. Bien après que Christiane Taubira se soit distinguée lors de la présidentielle 2002 en contribuant à l’élimination de Lionel Jospin, on retrouva curieusement Jean-François Hory dans les coulisses de la réforme constitutionnelle initiée par Nicolas Sarkozy en 2008. Il semble avoir eu pour mission de veiller à ce que les suffrages de gauche radicale - dont celle de Christiane Taubira - en faveur de la “Constitution Sarkozy” ne se perdent pas dans les couloirs du Congrès à Versailles. En tous cas, Jean-François Hory a été récompensé par une nomination au Conseil d’Etat par le tour extérieur. Christiane Taubira ne saurait donc être rangée parmi les “frondeurs” de la gauche idéologique. Son verbe hugolien et la convocation régulière du “Panthéon ultra-marin” (Césaire, Glissant…), selon le mot du journaliste Yves Tréard du Figaro ne feront jamais oublier

qu’elle a fréquenté les “durs de durs” du village politique et qu’elle est tout sauf naïve. Nul ne connait vraiment - et surtout pas ceux qui ont l’air d’être bien informé - la nature de ses actuelles ambitions ni l’épaisseur de son deal avec le chef de l’Etat. Son départ a été présenté comme un abandon du navire hollandais alors que celui-ci pencherait plutôt à droite. Avec l’aide de ses amis des éditions Philippe Rey, elle a réussi - toujours “la stratégie Sabine” - à occuper l’actualité audelà même de sa démission en faisant suivre celle-ci de la parution d’un livre imprimé en Espagne. Sur la quatrième de couverture, elle n’en est pas moins présentée comme “Garde des sceaux”. Cette curiosité “politico-littéraire” intitulée Murmures à la jeunesse, se présente comme une exhortation au courage intellectuel. “Il faut refuser, malgré les intimidations, de capituler intellectuellement, écrit-elle notamment. Oui, il faut comprendre pour anticiper et aussi pour ramener du sens au monde. Que les cris des tyranneaux de la pensée cessent de tétaniser nos esprits. Sinon, par omission, nous aurons laissé s’installer de nouvelles frustrations grosses d’exaltations macabres, nous aurons arrosé le terreau où poussent ces contentieux passionnels. (…) Oui, au pays de Descartes, convoquons la raison ”. A l’Elysée et à Matignon, on soupire cependant d’aise, surtout à la lecture de l’éloge appuyé qu’elle consacre au président de la République et à son sang-froid dans la gestion de la crise. Fidèle à son style, Christiane Taubira reste dans le ciel des idées. Elle parle de ce qui peut fâcher mais c’est si bien dit que cela ne contrarie pas vraiment. Rien à voir avec la basse polémique, la petite révélation mesquine sur les “secrets de cour”. L’ancienne Garde des sceaux ne joue pas dans la catégorie des auteurs de brûlots. Elle veut manifestement que l’on retienne d’elle l’image d’une femme de principe et non d’une médisante nantie d’un plan de carrière. Ses “petites phrases”, du genre “Je choisis d’être fidèle à moi-même”, sont autant de brefs lieux communs fort commodes pour meubler les journaux des chaînes d’info au creux des après-midi de février. Du cousu main en matière de communication… Mais pour faire quoi ? La question est en effet de savoir si cette sortie si bien médiatisée - au point d’être à la fois applaudie par la gauche admirative et la droite ravie de la voir partir - s’inscrit dans l’accomplissement d’un destin. En d’autres termes, s’il ne s’agit pas d’une étape sur la route d’une nouvelle candidature à l’Elysée. Et, pour parler crûment, si elle et ses amis - qu’elle préserve de toute publicité, au point qu’on connaît mal son actuel réseau - vont renouveler avec Hollande l’opération “gauche plurielle” qui fut fatale à Rocard d’abord et à Jospin ensuite ?

L’ancienne Garde parle de ce qui peut fâcher mais c’est si bien dit que cela ne contrarie pas vraiment. Pour le moment, sa liberté de parole retrouvée pourrait surtout gêner les signataires du manifeste en faveur des “primaires à gauche”. Rien ne laisse supposer dans l’attitude présente de la ministre démissionnaire qu’elle cherchera d’une façon ou d’une autre à se porter candidate. Mais qu’en serait-il si le jeu devenait soudain plus ouvert grâce à ces fameuses “primaires” dont l’organisation semble tout de même très incertaine ? La perspective de devoir en découdre sur les plateaux avec une telle polémiste devrait en intimider quelques-uns, pas tous n François Domec

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ANALYSE

L’exfiltration de Christiane Taubira est donc arrivée dans une période creuse de l’actualité, ce qui a autorisé toutes les exégèses médiatiques, éclipsant l’arrivée place Vendôme de son successeur Jean-Jacques Urvoas, lequel devra attendre quelques semaines avant de faire parler de lui sans que son nom soit forcément associé à celui de sa spectaculaire devancière.

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POLITIQUE

un déPuTé conTre Les idées reçues

© Vincent ISORE

Pierre Morel-À-l’Huissier possède de nombreuses cordes à son arc. Ce spécialiste de la ruralité au sein des instances dirigeantes du parti “Les Républicains”, est maire de Fournels, président de la Communauté de communes des Hautes-Terres en Haute-Lozère et élu à l’Assemblée nationale. C’est cette dernière fonction qu’il évoque avec passion dans son ouvrage “Etre député aujourd’hui”. Il revient sur les raisons de sa démarche.

Pierre Morel-À-l’Huissier Maire de Fournels, président de Communauté de communes des HautesTerres en Haute-Lozère et Député de la Lozère

C’est un devoir car il y a beaucoup de contre-vérités sur la vie parlementaire. Je m’aperçois que de nombreuses informations sont inexactes sur les revenus et sur l’aspect matériel de notre fonction (les indemnités, les retraites...). J’ai donc voulu divulguer la réalité. Par ailleurs, un citoyen ne sait pas assez à quoi sert un député, et je trouve cela dramatique. Tous les jours, je suis amené à expliquer les outils qui sont mis à disposition d’un parlementaire, à parler de son rôle et de sa fonction, de ce que l’on réalise dans l’Hémicycle. Par exemple, nous nous faisons souvent critiquer car l’Assemblée est vide, mais il faut savoir que les parlementaires ne se rendent dans l’hémicycle que pour prendre la parole ou pour voter. Sachant que les séances sont retransmises en direct, l’intérêt de s’y trouver est moindre. Pensez-vous que tout le monde devrait savoir comment se passe la vie dans l’hémicycle, ce qu’il s’y dit et comment une loi est votée ? Pourquoi avoir écrit ce livre, facile d’usage, presque pédagogique  ? Quel est le lectorat visé  de votre ouvrage ? La communication réalisée sur mon ouvrage est assez générale. L’idée étant d’être le plus vrai et le plus direct qui soit. Ce livre est vraiment écrit pour tous les citoyens qui désirent s’informer sur la fonction de député, mieux comprendre à quoi elle sert et comment fonctionne cette profession…

Bien sûr et si c’était le cas, tout irait mieux en France ! On entend énormément de choses fausses : notamment les privilèges, les lobbies, l’influence, l’argent, le pouvoir… Tout cela est négatif, je n’ai jamais lu d’articles positifs sur les réseaux sociaux concernant les députés alors qu’ils travaillent tous les jours, y compris le week-end. Ils sont en contact permanent avec la population  ; mais cela, personne n'en parle...

Vous affirmez dans votre introduction que c’est “une envie, une nécessité, un devoir” d’avoir écrit cet ouvrage. On pourrait croire qu’il s’agit presque d’une contrainte pour vous …

“Etre député ne sert plus à rien, surtout lorsque l’on est dans l’opposition” selon François Sauvadet, député UDI : que pensez-vous de cette phrase  ?

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© Vernier /JBV NEWS

Pierre Morel-À-l’Huissier trouve “dramatique” le fait qu’“un citoyen ne sait pas assez à quoi sert un député”.

Je pense que c’est la phrase d’une personne aigrie… Pourtant, il ne devrait pas l’être, parce qu’il a eu beaucoup de chance dans sa vie. Je connais bien François Sauvadet, c’est un député qui fait un travail de qualité : il a notamment été ministre de la Fonction publique. Cependant, je peux comprendre cette sorte de lassitude dans l’activité parlementaire, car un député de l’opposition se trouve dans une situation moins confortable que les autres, bien qu’elle soit nécessaire. Selon vous, quels tâche ou objectif restent les plus compliqués dans votre fonction de député  ? Nous n’avons pas les moyens intellectuels et matériels pour embrasser toute la sphère de compétence d’un député. Nous sommes amenés à intervenir sur des points agricoles, sur la fonction publique, sur l’économie, sur la politique étrangère… Il est donc compliqué de se faire une idée précise sur tout. Le second aspect relève aujourd’hui du contrôle de l’action gouvernementale. Nous n’avons pas les pouvoirs d’investigation généraux qui permettent de savoir exactement quelle somme a été consommée dans quel domaine. Il faudrait renforcer nos moyens d’action afin d’avoir accès aux documents et aux rapports internes à l’administration et au gouvernement. Pensez-vous que les citoyens, malgré tout, font confiance aux députés qui les représentent aujourd’hui ?  Ce qui est sûr, c’est qu’il existe une très profonde mutation dans

le corps social et je pense que le régime représentatif est en crise. Le citoyen se retrouve beaucoup moins dans la représentation parlementaire mais il a besoin, aujourd’hui, d’être plus consulté. C’est pour cela que je propose des recours plus fréquents à des référendums. Je pense qu’il faut faire évoluer les pratiques institutionnelles, aller vers le peuple et lui poser des questions. Nous devons interroger le citoyen sur des questions fondamentales : sur l’immigration, sur les problèmes d’intégration, ou encore sur l’état d’urgence. Le mariage pour tous, par exemple, aurait pu être soumis au vote des Français. Ils réclament ce contact entre l’élu et le corps social. Que pensez-vous de l’initiative d’un député comme Jean Lasalle, qui est parti marcher à la rencontre des Français ? Un coup de communication ou une véritable intention politique  ? Je connais bien Jean Lassalle, ce député a un caractère un peu à part politiquement et sa démarche est très intéressante. Cependant, faut-il avoir cette approche individuelle et en faire un ouvrage pour connaître le ressenti de la population, ou suffit-il d’être sur le terrain au contact des Français ? Pour ma part, je privilégie cette dernière option, c’est celle que je souhaite mettre en avant n

propos recueillis par Valentine de Brye

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natacha Bouchart, PROfIL

une maire poule

Fraîchement nommée vice-président de la région nordpas-de-calais-picardie chargée de la mer et des ports, et de la politique littorale, natacha Bouchart est une amoureuse de sa région natale. elle concentre sa carrière politique sur une proBlématique régionale devenue aujourd’hui mondiale : l’immigration illégale clandestine.

Natacha Bouchart est devenue un visage familier dans la vie politique française, en dépit d’un parcours atypique. Militante RPR à l’âge de 16 ans, elle devient en 1993 assistante parlementaire de Claude Demassieux, alors élu député de la 7ème Circonscription du Pas-de-Calais. Mais son ascension s’arrête net après que ce dernier ait perdu son siège en 1997. La native de Lens enchaîne les années galères marquées par une période de chômage prolongée. Elle profite de ces années de creux pour reprendre ses études, obtenant par ailleurs son baccalauréat en 1998.

une étonnante ascension En 2008, Natacha Bouchart décide de se présenter aux élections municipales à Calais. Avec sa candidature, la Lensoise veut donner un souffle nouveau dans la ville où Jacky Hénin, élu du Parti Communiste, se trouve à la tête depuis près de 37 ans. En obtenant un peu plus de 54% des suffrages exprimés, sa vision novatrice réussit à convaincre les électeurs. Elle est réélue en mars 2014 avant d’être nommée secrétaire nationale de l’UMP chargée de la Ville par Nicolas Sarkozy. Entre temps, Natacha Bouchart devient sénatrice UMP en 2011 : une consécration pour cette femme, dépourvue de tout diplôme quelques années auparavant. Cinq ans plus tard, la maire de Calais renonce à siéger au Palais du Luxembourg pour aider Xavier Bertrand à sortir de la crise son département, qui compte un taux de chômage en constante croissance, faisant face aussi à la montée dangereuse du Front National et devant régler l’importante immigration clandestine de la région  : la “jungle de Calais”.

Son combat pour la défense des immigrés et leur régularisation n’est pas le fruit du hasard. En effet, Natacha Bouchart est la petite-fille de réfugiés arméniens et de travailleurs immigrés polonais. Cette dernière ne cache pas ses origines, au contraire, elle les clame haut et fort. A un meeting de Xavier Bertrand, elle décide de prendre le micro et déclare, “Je m’appelle Keuroglanian et Wojciewoski, tout ce que le FN déteste.” La “maire courage” mène son combat sur plusieurs fronts, elle veut être un rempart contre le parti d’extrême droite tout en blâmant l’attitude de certains responsables politiques britanniques qui ont affirmé au sein de la Chambre des Lords que c’étaient les aides sociales qui attiraient les migrants dans sa ville. Lors de sa démission du Sénat, l’élue calaisienne déclare, “L’urgence, c’est la région, l’emploi et le développement du territoire” décrivant l’année 2016 comme celle “du combat, du conflit et non du renoncement ”. Un programme qui a convaincu Xavier Bertrand de faire de Natacha Bouchart sa vice-présidente du Conseil régional de Nord-Pas-de-Calais-Picardie n Jonathan Bensadoun 26 | LE COURRIER DU PARLEMENT |

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© Vernier/JBV NEWS

un bouclier contre le Fn


MERCREDI, SALLE EMPIRE

© Vernier/JBV NEWS

denis Baupin

voit le “vert” à moitié plein Avec l’entrée de trois écologistes au gouvernement, les vœux du vice-président EELV de l’Assemblée nationale sont exaucés. Plusieurs jours avant le remaniement, il avait affirmé devant l’Association des journalistes parlementaires qu’il avait bon espoir que les élus de sa couleur politique feraient partie des ministres “pour mettre en œuvre certains projets”.

Fin du suspense, le gouvernement se met au vert : mais le président est-il éco-compatible pour autant ? “S’il ne l’était pas, nous ne l’aurions jamais soutenu en 2012 ”, avait affirmé Denis Baupin devant l’Association des journalistes parlementaires fin janvier. Outre la réussite de la COP21, François Hollande a cumulé bien d’autres bons points à en croire le député EELV. “Nous sommes sortis du tout nucléaire, du tout diesel, refusé le gaz de schiste et mis en œuvre de nombreux projets comme la loi de la biodiversité ”, a-t-il expliqué en remerciant la ministre Ségolène Royal d’avoir “donné une ampleur de parole aux enjeux écologiques ” bien plus grande que ses prédécesseurs. Autant dire que le vice-président de l’Assemblée nationale ne cachait pas son souhait de voir EELV revenir “aux responsabilités ” avant la fin du quinquennat, malgré ses points de désaccord avec la politique actuelle, notamment sur la déchéance de nationalité. “Il n’y a pas d’incompatibilité ” à la discussion, assurait Denis Baupin : “les écologistes ne sont pas sur la philosophie de Chevènement : un ministre ça ferme sa gueule ou ça démissionne ”. Ajoutant que son parti devrait “avoir un peu de poids dans le pays le plus nucléarisé au monde ”.

une écologie positive Son conseil : “tirer les enseignements des échecs et des choix qui ont été faits ces dernières années ”, pour

aspirer à “une écologie positive, efficace. Deux termes qui qualifient le mieux ce que [ le parti ] devrait être : des acteurs politiques, être commentateur ne m’intéresse pas.” C’est pourquoi Denis Baupin s’est dit favorable à l’idée d’une primaire, avec toutefois une petite réserve : “la tripolarisation politique va avoir un impact sur toutes les élections. Il faut se demander si poser une candidature écologiste face à Marine Le Pen ne risquerait pas de desservir son propre camp.”

“Faire bouger les choses” S’il n’a pas les réponses immédiates aux questions du chômage ou de la réforme du code du travail, l’élu a tout de même quelques “intuitions ” : “le domaine dans lequel on devrait tous plus investir, c’est la transition écologique ”, tout en appliquant le principe de “flexisécurité ” dans le domaine de l’emploi : “pour permettre plus de flexibilité mais en sécurisant les parcours professionnels ”. Quant aux soupçons qui planent sur Renault dans le cadre des normes antipollution, l’écologiste répond que “l’objectif n’est pas de faire couler l’entreprise, mais de faire en sorte que leurs véhicules soient conformes.” Son souhait pour 2016 ? “Que cette année soit celle de la fermeture de Fessenheim ”, sur laquelle il aimerait “que le président fasse preuve d’autorité ” n Pauline Pouzankov

LA SALLE EMPIRE Destinée à accueillir l’Empereur lors de l’ouverture des sessions de l’Assemblée, la salle a été décorée en 1811 par Bernard Poyet (1742-1824). Ses ornements peints en bronze feint sont l’œuvre d’Evariste Fragonard (1780-1840). Elle est aujourd’hui dédiée au travail des journalistes et réunit chaque mercredi l’association des journalistes parlementaires autour d’une personnalité politique. N° 861

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POLITIQUE

un PreMier caMP HuManiTaire en france

Les travaux vont enfin pouvoir commencer. Le premier camp humanitaire de France va ouvrir ces portes aux 2500 réfugiés de la ville de Grande-Synthe qui, jusqu’à présent, occupaient un terrain vague inondable. Un véritable « camp de la honte » pour Damien Carême, le maire de cette petite commune du nord de la France et à l’initiative du projet de construction de ce camp humanitaire.

Damien Carême Maire de Grande-Synthe

dire avec des sanitaires en nombres suffisants et des tentes chauffées pour être à l’abri. La préfecture a donné son accord pour déménager le camp vers un nouveau site aux normes internationales. Il faut quatre semaines de préparation avant de pouvoir reloger les familles : en attendant que ce nouveau camp soit construit, allez-vous trouver des solutions pour améliorer le quotidien des réfugiés ?

Aujourd’hui, votre commune est principalement connue pour le camp de Grande-Synthe, un terrain vague de 14 hectares qui abrite environ 2500 migrants. Quelle est votre plus grande préoccupation face à cet afflux de réfugiés? Il faut réagir sans plus attendre afin de ne plus subir la situation. Pour cela, j’ai proposé un plan d’action aux responsables de l‘Etat : la création d’un camp humanitaire. Plus de 200 enfants et femmes occupent ce terrain vague, et avec l’hiver et les températures négatives, il fallait agir au plus vite. L’urgence humanitaire, c’est donc de mettre en place un camp digne d’accueillir des Hommes dans de bonnes conditions, c’est-à28 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

Afin de mettre en œuvre ce camp humanitaire, il y a énormément de travail : des terrassements, de l’assainissement, de la voirie, des extincteurs à mettre en place… Quatre semaines c’est donc un délai très court pour réaliser ce chantier. En l’état, on ne peut plus rien faire sur le camp actuel, car il n’y a plus d’espaces à aménager. Nous allons simplement installer quelques toilettes supplémentaires. Par ailleurs, MSF (Médecins Sans Frontières) essaye d’organiser au mieux les accès aux douches. Nous essayons également de remplacer les tentes percées et trop abimées par de nouvelles. Cela reste extrêmement sommaire mais on ne peut pas vraiment envisager faire mieux dans ce vaste champ de boue. L’Etat a également répondu à une urgence sanitaire  avec une action immédiate : des places d’accueil ont été ouvertes dans des résidences hôtelières du nord de la France pour accueillir les personnes les plus vulnérables en cette période hivernale. L’organisation Médecins Sans Frontières craint l’arrivée de nouveaux réfugiés, mais l’installation du camp humanitaire ne le permet pas. Avez-vous prévu un plan de secours au cas où cela arrive  ? Non, nous n’avons absolument pas prévu de plan B. Je suis resté


très clair avec les organisations comme MSF, Médecins du Monde et toutes les autres qui interviennent depuis novembre 2015 : il n’y aura pas plus de 2500 réfugiés sur le territoire de Grande-Synthe.

main au sein de ma commune. J’ignore pourquoi Natacha Bouchart ne fait rien pour améliorer la situation. De mon côté, j’essaye de trouver des solutions et de les proposer au gouvernement.

Nous interdisons de nouvelles implantations sur le camp sinon il sera impossible de s’en sortir ! C’est bien pour cela que je suis proactif : pour ne pas être débordé par l’afflux de nouveaux réfugiés. 2500 c’est déjà beaucoup, nous ne pourrons pas en accepter d’autres.

Nous sommes dans l’obligation de nous occuper de ces personnes qui ont fui leurs pays. La France doit faire valoir son statut des droits de l’Homme et il est important d’avoir le courage politique de faire ces propositions.

Il faut que de nouveaux territoires ouvrent leurs portes pour les accueillir dans de bonnes conditions, c’est-à-dire en créant de plus petits camps plutôt que sur des zones de 3000 ou 6000 personnes comme nous pouvons le voir déjà à Calais. Ce qui est certain, c’est que je n’accepterai plus de voir des réfugiés supplémentaires venir s’implanter sur ma commune. La préfecture a rappelé que ce camp n’avait pas vocation à se pérenniser, cependant de nombreux migrants déclarent vouloir rester sur le camp de Grande-Synthe, avez vous déjà envisagé cette option ? Non, car ce n’est pas possible. Avec les services de l’Etat nous fonctionnons de la manière suivante : n nous œuvrons pour la lutte contre les passeurs : il est scandaleux de savoir que des passeurs interviennent sur le camp et font payer les accès aux sanitaires aux réfugiés. Nous devons reprendre l’organisation du contrôle du camp. n la promotion du droit d’asile. Peut-on parler d’un bras de fer entre vous et le gouvernement depuis de nombreuses semaines ? Qu’est-ce qui a été si compliqué pour les convaincre d’installer ce camp ? L’aspect financier ? Je préfère plutôt parler d’échanges. L’État ne voulait pas d’un nouveau camp sur son territoire, ce que je peux comprendre, mais le fait est que nous n’avons pas réussi à empêcher l’arrivée de ces réfugiés. Nous ne pouvons pas non plus les renvoyer dans leurs pays en guerre, c’est donc à nous de trouver une solution. Je crois que ce camp humanitaire est la meilleure réponse que l’on puisse apporter : pour l’État, pour la ville et pour les réfugiés. Quant à l’aspect financier, bien sûr qu’il rentre en compte… Lorsque j’ai rencontré Bernard Cazeneuve en septembre dernier, j’avais demandé une prise en charge financière, comme à Calais, et il nous a assuré qu’il allait pouvoir le faire. Aujourd’hui, le camp prend une autre dimension parce que des règles sanitaires doivent être respectées, entrainant des dépenses de plusieurs millions d’euros. Vous êtes-vous concertés avec Natacha Bouchart, la maire de Calais, pour exprimer votre volonté de mettre en place un camp humanitaire  ? Pas du tout  ! Je regarde depuis des années “l’aventure calaisienne” et l’implantation des réfugiés à Calais. Et c’est en observant cela, que j’ai décidé d’être pro-actif et de prendre la situation en

“Je crois que ce camp humanitaire est la meilleure réponse que l’on puisse apporter.” De façon plus globale, ne craignez-vous pas que les Français, et particulièrement les habitants du Nord, tolèrent de moins en moins les réfugiés, comme nous avons pu le voir en Allemagne ? Si tout est bien organisé il n’y aura pas de problèmes. De façon générale, la population n’a pas réagi de manière agressive face aux réfugiés. Si aux élections régionales, le FN a fait l’un des scores les plus faibles de l’agglomération dunkerquoise, c’est que la présence des réfugiés n’importune pas la population de la région. En revanche, ce qui pose problème et gêne les habitants, c’est la proximité et le nombre importants de réfugiés. De même pour toutes les associations qui arrivent sur la ville de Grande-Synthe et déversent des denrées alimentaires, des vêtements… Le manque d’hygiène est aussi particulièrement gênant pour les résidents proches du camp actuel. Je pense qu’avec la création du camp humanitaire, l’organisation permettra une meilleure entente avec les réfugiés. Le camp se situe sur un terrain sur lequel doivent débuter des travaux pour bâtir un écoquartier dès l’été prochain. Ces travaux verront-ils le jour  ? Je l’espère  ! Nous construisons le camp humanitaire et une fois qu’il sera fini, nous procéderons au déménagement qui se trouve à 500 mètres du terrain actuel. Nous allons persuader les réfugiés de déménager, et ceux qui n’acceptent pas de partir sur le nouveau camp seront expulsés par les forces de l’ordre. Je reprends tout simplement possession de ce terrain car les travaux doivent commencer. De toute évidence, les conditions dans ce nouveau camp seront nettement meilleures que celles du camp actuel. Steeve Briois, le candidat FN du Nord-Pas-de-Calais, a déclaré lundi 11 janvier (sur Twitter) : “Folie migratoire : il y aura aussi une “jungle” et plus en plus de migrants à Grande-Synthe dans le Nord !” Qu’avez-vous à lui répondre  ? Je n’ai rien à répondre aux attaques du Front National. Ce n’est pas du tout ma manière de faire de la politique. Il faut faire en sorte d’améliorer le vivre ensemble pour notre pays. Je suis complètement à l’inverse des thèses qu’il prône depuis des années. Ce parti ne m’intéresse pas n propos recueillis par Valentine de Brye

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SOCIÉTÉ En déplacement dans un Centre du Planning familial de Paris, la ministre de la Santé, Marisol Touraine, a annoncé que la totalité du parcours engendré par l’IVG serait pris en charge “à 100%” par la sécurité sociale à partir du 1er avril 2016. Mais l’offensive des “antis” se déchaîne sur Internet…

iVg : La guerre des cLics

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n an après le lancement du Programme national d’action pour améliorer l’accès à l’IVG, Marisol Touraine a dressé son premier bilan en se rendant dans un Centre du Planning familial situé dans le 2ème arrondissement de Paris. Et le constat semble plutôt positif selon la ministre, qui a affirmé que la plupart des mesures de ce programme avaient été mises en œuvre grâce à des outils d’information renforcés, comme la grande campagne de sensibilisation “IVG, mon corps, mon droit, mon choix”, ou encore le numéro national d’information (0800 08 11 11) anonyme et accessible 6 jours sur 7. Avec comme point majeur à compter du 1er janvier 2016 , la prise en charge intégrale de la totalité du parcours de l’IVG par la sécurité sociale ; ce qui comprend le remboursement des consultations, des analyses et échographies… Une mesure d’autant plus importante qu’elle avait été annoncée dans le programme de campagne de François Hollande en 2012, dans le cadre du projet de budget de la Sécurité sociale (PLFSS).

une guerre de l’avortement sur google ?

Les militants anti-avortement reprennent du service En juillet dernier, le centre visité par Marisol Touraine, situé dans le 2ème arrondissement de la capitale, avait été pris à parti par 3 militants de SOS Tout-Petits (une association pro-vie), qui s’étaient introduits dans les locaux afin de faire culpabiliser les femmes qui s’y trouvaient. Le Planning familial de Paris avait par la suite déposé plainte contre ces trois individus et SOS Tout-Petits pour délit d’entrave à l’IVG et à l’accès à l’information sur l’IVG. Malgré ces incidents, la détermination de Marisol Touraine n’en reste pas moins intacte : “L’IVG est un droit, il doit être défendu. Les améliorations concrètes sont là et ma détermination est sans faille pour que l’accès à l’IVG soit garanti à toutes les femmes sur l’ensemble du territoire ” n Valentine De Brye © Vernier/JBV NEWS

Un système de référencement payant fait également l’objet d’un travail approfondi parmi ce programme d’action, le but étant que le site du gouvernement (ivg.social-sante.gouv.fr) arrive en tête

des réponses sur Internet lors d’une recherche d’informations sur l’IVG. La raison de sa mise en place ? L’activisme des organisations anti-IVG sur les réseaux sociaux, que le gouvernement souhaite contrer avec une “campagne de clics”, afin que le compte officiel IVG.gouv se retrouve en pôle position sur la toile. Ce dernier arrivait en effet en 4ème place dans la recherche Google derrière un site antiavortement, IVG.net, qui a mis des moyens considérables pour se retrouver en 1ère ligne sur Internet (multiplication de liens vers leurs sites, partages des liens ext). Aux apparences trompeuses, il propose un numéro vert qui, en réalité, a pour but de faire culpabiliser les femmes sur l’avortement, voire revenir sur leur décision.

La ministre Marisol Touraine affirme sa “détermination sans faille” pour garantir l’accès à l’iVg à “toutes les femmes sur l’ensemble du territoire”.

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SOCIETE Un vide juridique et un livre. Le 14 janvier, l’Institut Famille et République publie “Le Mariage et La Loi, Protéger l’enfant” en réaction à plusieurs décisions de la Cour de cassation sur le sujet. L’occasion de revenir sur le statut des droits de l’enfant après deux années et demie de Loi Taubira.

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© Vernier/JBV NEWS

our l’Institut Famille et République, la pilule ne passe pas. “Nous constatons une violation continuelle des droits de l’enfant ”. C’est en ces termes qu’Aude Mircovic, maître de conférences en droit privé, exprime l’inquiétude de l’association face à l’augmentation des cas d’enfants issus de la GPA et de la PMA dans les couples de même sexe. Ce think tank, créé en décembre 2013, a pour ambition de “réfléchir sur les risques et conséquences de la Loi Taubira”. Ils estiment que le mariage pour tous fragilise la famille, la filiation et leurs valeurs intrinsèques. À l’approche des élections présidentielles, le groupe composé d’une trentaine de juristes tente d’attirer l’attention des acteurs politique avec son livre blanc, Le Mariage et La Loi, qui a été distribué à tous les parlementaires. Le but ? Protéger l’enfant par une révision de la Loi Taubira. En d’autres termes, redéfinir les notions de mariage, famille et filiation afin de permettre exclusivement aux couples hétérosexuels la possibilité d’élever des enfants.

mettre pleinement en œuvre l’article 143 du Code civil. L’adoption est le seul recours légal, mais le peu d’agréments délivrés aux couples, quel que soit leur sexe, rend la procédure extrêmement difficile. La PMA est réservée uniquement aux couples hétérosexuels et risque de le rester encore un moment, avec l’attente de l’avis du CCNE qui tarde à émettre son opinion… depuis mars 2013. La GPA quant à elle est tout simplement illégale. Il n’est donc que peu surprenant que des couples de même sexe se tournent vers des pays plus tolérants en matière de médecine reproductive. Deux problèmes se posent. Dans le cas d’une PMA, c’est l’adoption de l’enfant par l’autre conjoint. Pour une GPA, c’est la transcription à l’état civil français de l’acte de naissance étranger, afin que l’enfant obtienne la nationalité française.

Le Droit s’adapte à la société La justice a longtemps statué par un refus catégorique dans les deux domaines sur la base de la fraude à la loi. Mais la Cour de cassation a fini par se montrer plus souple. Plusieurs décisions susceptibles de faire jurisprudence ont été rendues pour permettre aux couples de femmes d’adopter l’enfant de leur conjointe, né de la PMA. Le sujet de la GPA est beaucoup plus tabou du fait de son interdiction absolue née de la loi bioéthique de 1994, qui interdit la marchandisation du corps humain. Cependant, le 16 juin 2014 la CEDH a condamné l’État français pour son refus de transcrire les actes de naissance de deux jumelles nées d’une GPA aux ÉtatsUnis. Les juges européens déclarent que si la France est souveraine pour déclarer la GPA illégale, cette situation est dégradante pour les enfants et “porte atteinte à leur identité au sein de la société française ”, ce qui contrevient à “l’intérêt supérieur de l’enfant ”. La bataille sur cette question est loin d’être terminée.

un débat houleux

en 2014, les manifestants de “La Manif pour Tous” descendent dans la rue pour défiler contre la gPa et la PMa.

Pour comprendre cette prise de position, il faut revenir aux origines du problème. La loi du 17 mai 2013 a ouvert le mariage aux couples homosexuels et, par la même occasion, leur offre la possibilité de fonder une famille. Si le droit leur est accordé sur le papier, quasiment aucune solution française ne leur permet actuellement de

Ces rebondissements juridiques sont intolérables pour les adhérents de l’Institut Famille et République. Leur approche de la filiation, qui ne peut selon eux être établie que si l’enfant a un père et une mère, se situe aux antipodes des modifications récentes du droit. “On prive l’enfant d’une partie de sa filiation naturelle” déclare Aude Mircovic. Si le président de l’association, Guillaume Drago, déplore ces décisions juridiques, il ne compte pas abandonner pour autant. “Il n’y a aucun obstacle dans le droit constitutionnel ou européen à la révision de la loi du 17 mai 2013 ” explique-t-il, ajoutant à l’adresse des sceptiques “Ce serait plus facile que de réformer les 35 heures ou la fonction publique”. Reste à savoir si le pouvoir législatif, voire le prochain exécutif, le désire vraiment n Louis Watrelot

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SOCIÉTÉ

La surVeiLLance des Trains : gare aux déPenses…

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l’initiative des députés socialistes Gilles Savary et Bruno Roux, le projet initial avait pour but d’empêcher la fraude dans les transports en commun. Soutenu par le gouvernement, le texte devait être voté en novembre, jusqu’à ce que les attentats du 13 ne changent la donne. La proposition de loi en question a donc été repoussée pour lui donner une dimension supplémentaire : renforcer la sécurité afin d’empêcher un possible attentat. Nombre de propositions de la commission rejoignent et complètent celles prévues par la proposition de loi. Contrôles aléatoires, meilleure organisation des services de police ferroviaires, facilitation du cadre d’intervention des agents de la SNCF et la RATP sont autant de thèmes sur lesquels députés et sénateurs sont d’accord. Cependant, si les deux chambres partagent une même volonté de renforcer la surveillance, certaines questions techniques demeurent.

© Poudou99

Le projet de loi relatif à la sûreté dans les transports en public est au centre des attentions. Après avoir été adopté à l’Assemblée nationale le 17 décembre, celui-ci est maintenant dans les mains du Sénat, qui émet quelques réserves quant aux moyens pour lutter contre le terrorisme.

Les sénateurs souhaiteraient prévenir les attentats en créant de l’incertitude.

curité. La commission sénatoriale dénonce “l’effet d’annonce de Ségolène Royal ” qui avait émis l’idée d’équiper l’ensemble des gares de l’Hexagone à la suite des attaques du Thalys le 21 août. “C’est irréalisable ” explique Alain Fouché, sénateur de la Vienne. Actuellement cantonné au Thalys, le coût d’un portique sur un quai est estimé à 2,5 millions d’euros sur une année… et pour un seul quai. Même si les pouvoirs publics ne souhaiteraient équiper que les gares TGV, il faut tout de même rappeler que leur nombre s’élève à 230. Sans compter le fait “qu’une gare c’est entre 1 et 31 quais ” explique François Bonhomme. D’autre part, les sénateurs ont été très clairs sur le scepticisme des autres États européens à engager pareille mesure. Ceci restreint la volonté de sécuriser les lignes internationales, l’attaquant du Thalys étant monté dans le train à Bruxelles.

Des pistes de réponse

Trop de voyageurs en gare de Montparnasse pour permettre une sécurité de type aéroport.

un effet d’annonce Point de départ du rapport érigé en leitmotiv, le texte fait état de l’impossible transposition du système de sécurité aéroportuaire. “Aucune mesure ne permettra d’écarter définitivement la menace pesant sur les réseaux ferrés ”, expliquent les rapporteurs. La faute à des structures non conçues pour de tels contrôles des passagers, qui accueillent des flux beaucoup plus importants de voyageurs. À ce titre, le principal point de tension repose sur les portiques de sé32 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

La solution proposée par le Sénat ? Créer un sentiment d’incertitude chez les planificateurs d’attentats par la mise en place de portiques mobiles. Ces appareils pourront être déplacés d’un quai à l’autre sans que les usagers soient prévenus au préalable. Reste que les rapporteurs n’abordent pas la question des difficultés en termes d'exploitation avec des contrôles surprises qui créeraient un ralentissement à l’accès au train. Impossible par nature de demander aux voyageurs d’un train d’arriver plus tôt. Il est très facile d’imaginer les conflits créés à cause d’un filtrage imprévu. Cette idée est d’autant plus étrange que les sénateurs eux-mêmes reconnaissent que l’attroupement généré par ces dispositifs peut représenter en lui-même une cible potentielle. Et Alain Fouché de rappeller qu’en 2013, à Volgograd, un kamikaze s’était fait exploser dans une telle file d’attente, causant la mort de 17 personnes. Autre idée, empêcher l’accès aux stations de métro après leur fermeture. Les SDF qui s’y réfugient la nuit sont en effet dans le viseur des sénateurs. Et si un terroriste se déguisait pour tenter de saboter une ligne ? Comme le diable se cache dans les détails, tout peut être sujet à contrôle. Véritablement attendue par les acteurs ferroviaires, cette loi est encore loin d’être fin prête à entrer en application n Louis Watrelot


SOCIÉTÉ Un ouvrage coécrit par Dominique Raimbourg, député PS de la quatrième circonscription de la Loire Atlantique et Stéphane Jacquot, ancien secrétaire national du parti Les Républicains, réunit deux adversaires politiques autour d’un même thème, le milieu carcéral. Un sujet d’autant plus essentiel que la France vit toujours sous l’état d’urgence.

Pour que “Prison” riMe aVec “raison”...

C © Vernier /JBV NEWS

ontraint de décaler sa parution suite aux terribles événements du 13 novembre dernier à Paris, Prison : Le choix de la Raison, est un projet devenu réalité réunissant deux anciens concurrents, Stéphane Jacquot proche de Nicolas Sarkozy et Dominique Raimbourg au côté de François Hollande lors de la campagne présidentielle de 2012. Ce livre a été écrit, selon le sympathisant des Républicains, pour le “bien commun ” sur un sujet où ils se trouvaient “régulièrement en accord ”.

essentielle selon les auteurs du livre, qui insistent vouloir s’inspirer du modèle belge ou encore canadien, qui fait davantage confiance aux bénévoles et aux ONG compétentes pour compenser les manques financiers. La France est souvent décriée pour ses prisons surchargées, ne comptant “que” 57 000 places théoriques – dont certaines seraient même non opérationnelles – pour 66 000 détenus  : soit un taux d’incarcération de 100 personnes pour 100  000 habitants. Si ce chiffre se situe dans la moyenne européenne, il reste néanmoins en augmentation puisqu’il était de 75 habitants pour 100 000 personnes sur le sol français. Pour lutter contre cette hausse, l’ouvrage prescrit un internement des individus en déficience mentale, majoritairement les délinquants sexuels ou encore les toxicomanes, dans des lieux spécialisés avec un agrandissement de certains centres carcéraux. Cependant, l’idée d’une prison de 80  000 places est “une folie ” selon Dominique Raimbourg, considérant le projet “impossible face aux manques de moyens ”. Les coauteurs sont unanimes à l’idée de la création d’un “ministère de la prison ”. Selon Stéphane Jacquot,  le milieu pénitencier qui cumule un budget à hauteur de 3 milliards d’euros ne “peut se passer de missions ministérielles sur des sujets spécifiques ”. Une des premières serait la lutte contre la radicalisation religieuse. En effet, le député socialiste et le responsable des Républicains sont en accord sur l’évolution du statut des aumôniers de prisons, souhaitant que ces derniers fassent partie du personnel administratif pénitencier, et non de “l’extérieur ”. Pour donner du poids à leurs idées, les anciens adversaires travailleront main dans la main et ont annoncé qu’ils rencontreront les futurs candidats de l’élection présidentielle à venir, dans le but de leur proposer un “pacte des prisons ”, prenant en exemple les accords sur l’écologie passés avec Nicolas Hulot en 2007.

La france est souvent décriée pour ses prisons surchargées, ne comptant “que” 57 000 places théoriques – dont certaines seraient même non opérationnelles – pour 66 000 détenus.

L’ouvrage pointe du doigt les dysfonctionnements de la chaîne pénale en France. Un des problèmes majeurs soulevés est celui du manque de moyens financiers, qui ne seraient plus en adéquation avec l’exigence et la charge de travail requise. Selon les principaux intéressés, “la justice est plus lente et traite mal de nombreux dossiers ”. La réinsertion des personnes incarcérées, mise en place par la précédente Garde des Sceaux, Christiane Taubira, est une mesure

“Le débat sur la délinquance doit être abordé avec rationalité, en privilégiant la sécurité et la lutte contre l’injustice ” ajoute Dominique Raimbourg en précisant que le chantier reste “immense ” n Jonathan Bensadoun

prison - Le choix De La raison Stéphane Jacquot et Dominique Raimbourg Economica 108 pages 19 €

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SOCIÉTÉ Les députés ont adopté à l’unanimité la proposition de loi visant à développer et promouvoir l’approvisionnement local et de qualité en restauration collective. Un texte porté par Brigitte Allain, députée EELV.

des Mesures Pour faVoriser La nourriTure LocaLe

biologique. Pour Brigitte Allain, il est nécessaire de convenir d’objectifs chiffrés pour que les pratiques puissent changer rapidement. Afin de tenir compte de la volonté de tous les élus, plusieurs retouches ont été apportées dans l’hémicycle pour aboutir à un “texte d’équilibre”.

“notre alimentation redevient politique et un patrimoine culturel à préserver” A l’heure où “une denrée alimentaire parcourt en moyenne 3000 km avant d’atterrir dans nos assiettes ”, ce rapport souligne que “de nombreuses expériences ont démontré que manger local entraîne des comportements plus responsables : recherche de produits bio, réduction du gaspillage alimentaire, tri des déchets, etc” tout en pointant les bénéfices pour “l’emploi, l’environnement et le lien social ”.

L’

Un texte de loi qui s’inscrit dans la logique des auditions menées sur les circuits courts et la relocalisation des filières agro-alimentaires. Dans ce rapport, il est avant tout question de relocalisation mais aussi de garantir aux établissements publics et privés un accès à une alimentation suffisante et de qualité, correspondant aux traditions locales.

© jimmyweee

Assemblée nationale a adopté en séance le 14 janvier, la proposition de loi écologiste sur l’ancrage territorial de l’alimentation, votée en commission le 15 décembre dernier. Ce texte fait suite au rapport parlementaire “Et si on mangeait local…”, dont la députée Europe Ecologie les Verts de Dordogne, Brigitte Allain, est également rapporteur.

A cette occasion, une pétition sous le nom d’ “Agir pour l’Environnement” a été lancée. D’après ce sondage IFOP, 76 % des personnes interrogées se sont déclarées favorables au vote d’une loi imposant l’introduction d’aliments issus de l’agriculture biologique et locale dans la restauration collective publique.

une extension de la loi d’avenir pour l’agriculture L’ambition de cette proposition de loi ? “Créer un ancrage territorial de l’alimentation par le biais de la restauration collective, publique et privée”. “Aujourd’hui, les produits bio ne concernent que 2,7% des achats alimentaires de la restauration à caractère social ” précise Brigitte Allain, ce qui très loin de l’objectif escompté. Un texte qui s’inscrit dans le prolongement de la loi d’avenir pour l’agriculture, l’alimentation et la forêt, porté par Stéphane Le Foll et qui place l’ancrage territorial agricole “au rang des objectifs de la politique alimentaire ”, toujours selon la députée EELV. Parmi les propositions, l’article premier prévoit l’obligation de servir des repas composés à hauteur de 20% de produits relevant de l’agriculture durable dans les six mois suivant la promulgation de la loi. Ce volume de produits devrait même atteindre les 40% d’ici 2020 : un enjeu doublé par une aspiration secondaire, celle de servir à hauteur de 20 % des produits issus cette fois de l’agriculture 34 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

L’objectif de la proposition de loi sur l'ancrage territorial de l'alimentation vise 40% de produits relevant de l'agriculture durable dans la restauration collective publique et privée.

Brigitte Allain a également évoqué les effets néfastes de la production agricole en affirmant que “ l’agriculture est responsable de 25% des émissions de gaz à effet de serre en France ”. Un sujet qui ne manque pas de faire écho à la conférence climat qui s’est terminée sur un accord dit “historique”. Et la député écologiste de rajouter  que “l’ancrage territorial de l’alimentation doit être considéré comme une des principales solutions pour diminuer les émissions de CO2 de l’agriculture ”. Au tour du Sénat, maintenant, de se prononcer sur la question n Valentine De Brye


SOCIÉTÉ Le procès des néonicotinoïdes n’a pas finir de faire bourdonner les élus. Alors que le Sénat a fait un pas vers l’encadrement de ces pesticides, les élus écologistes regrettent qu’un amendement plus précis n’ait pas été adopté. Notamment Joël Labbé, qui avait organisé un débat contradictoire en janvier mettant en lumière les conséquences potentielles de leur interdiction.

Les rucHes À L’Heure du cockTaiL MorTeL

munautaire européen, ce qui pose la question d’une incohérence française par rapport aux lois qu’elle a votées.” Sauf si l’on invoque le principe de précaution.

un danger pour les abeilles, mais pas seulement Aussi nombreuses soient-elles, ces complexités n’excusent en rien l’utilisation des néonicotinoïdes selon Claudine Joly, chargée des pesticides à France Nature Environnement. L’association demande même le retrait complet de ces insecticides en raison de leur toxicité, leur non-spécificité (d’autres espèces en sont impactées) et leur rémanence dans les sols. Sans parler de “l’effet cocktail” en combinaison avec d’autres produits chimiques, ou encore du danger potentiel qu’ils présentent pour la santé humaine, comme l’indique Jean Sabech. “Le thiaclopride, un cancérigène probable ; l’acétamipride et l’imidaclopride peuvent affecter le développement des neurones et du cerveau  ; ou encore le thiaméthoxame, un potentiel perturbateur endocrinien...”. Autant d’arguments qui n’ont aucune difficulté à convaincre Jean-Marc Bonmatin, chargé de recherches au CNRS et Vice-président de The Task Force on Systemic Pesticides, pour qui “les abeilles ne sont que la partie visible de l’iceberg.” Dans l’attente que les doutes sur les effets réels des néonicotinoïdes soient élucidés, il espère que “l’agriculture s’oriente vers une autre direction, pour jouer avec les lois de la vie et de la nature, et non pas inciter à la mort avec l’utilisation des pesticides.” n

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n France, seulement 25% des colonies nécessaires sont présentes aujourd’hui ”. C’est le cri d’alerte que lance Jean Sabench, responsable de la commission “pesticides” de la Confédération Paysanne, face à la mortalité croissante des abeilles constatée en Europe comme dans le monde depuis 1998. Un déclin pouvant être du à une conjonction de facteurs, la cause principale en étant, d’après cet apiculteur retraité, l’utilisation des néonicotinoïdes : des “molécules pas comme les autres ”. Une famille de pesticides dont la toxicité sur les insectes pollinisateurs a maintes fois été démontrée par les scientifiques. La raison  ? Leur action systémique sur le système nerveux des abeilles et des bourdons, nuisant à la fécondité, la longévité, mais aussi l’apprentissage  : une désorientation complète, somme toute.

pauline pouzankov

En ce sens, le rapport que vient de publier l’Anses (Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail) confirme la nécessité de “renforcer les conditions d’utilisation de ces produits”. Malgré le manque de connaissance et les incertitudes qui existent encore en la matière, les scientifiques de l’agence rappellent que les néonicotinoïdes ont “des effets sévères en l’absence de mesures de gestion adaptées”. Autant d’éléments qui ont incité le sénateur Joël Labbé à agir dans le cadre de l’examen du projet de loi sur la biodiversité. Côté agriculteurs, Eric Thiroin, le président de la commission environnement et vice-président de la Fédération nationale des syndicats agricoles, met en garde sur les “conséquences que l’interdiction des néonicotinoïdes aurait sur les revenus agricoles.” Bien qu’estimant que ces pesticides n’ont pas d’“effets néfastes au-delà de ce qui est scientifiquement acceptable ”, il a insisté sur “le besoin d’investir en France pour trouver des solutions pouvant supplanter des produits jugés risqués.” Autre difficulté, la législation européenne  : comme l’indique Eugenia Pommaret, directrice générale de l’Union des Industries de Protection des Plantes, une “interdiction des néonicotinoïdes zonale en France irait à l’encontre du règlement com-

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Des pesticides sur la sellette

Les abeilles, qui sont le pollinisateur agricole le plus important de la planète, sont en train de disparaitre par millions.

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31 décembre “Une année de souffrance et de résistance”. C’est par ces mots que le chef de l’Etat souhaite tourner la page de 2015 lors de ces vœux aux Français depuis le Salon Napoléon III au rez-de-chaussée de l’Elysée. François Hollande s’est dit “fier ” des Français face aux “tragédies qui demeureront gravées dans chacune de nos mémoires ”. Avant-derniers du quinquennat, les vœux du président ont été dominés par le thème de la protection des Français contre le terrorisme au lendemain d’un année endeuillée par les attentats de janvier et novembre.

5 janvier

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Le collectif RBSS annonce sur Twitter la mort de Ruqia Hassan, journaliste citoyenne indépendante travaillant sur les territoires syriens occupés par Daesh. Cette jeune journaliste couvrait les bombardements à Raqqa et écrivait sur les conditions de vie des habitants sous le contrôle du groupe terroriste. Ruqia Hassan se savait en danger comme le prouvent ces derniers mots postés sur les réseaux sociaux “(…) quand Daesh m’arrêtera et me tuera, ce n’est pas grave car j’ai ma dignité (…)”. La date exacte de sa mort n’est toujours pas connue mais ses publications sur les réseaux sociaux se sont brusquement interrompues en juillet dernier.

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CHRONOLOGIE

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31 décembre : le président françois Hollande adresse ses voeux aux français pour clore une année endeuillée.

7 janvier

Tarek Belgacem, un tunisien de 25 ans est tué de trois balles par un policier dans un commissariat de la Goutte-d’or dans le 18ème arrondissement de Paris. L’homme a été abattu alors qu’il forçait les barrières placées devant le commissariat de police en brandissant un hachoir de boucher et criant “Allah Akbar”. Si les forces de l’ordre pensaient dans un premier temps avoir affaire à un terroriste lié à Daesh (un texte de revendication ayant été retrouvé sur le corps mort), la famille de l’assaillant, quant à elle, rejette toute motivation extrémiste de l’auteur.

11 janvier

En 2015, ils étaient 4 millions à manifester dans toute la France en hommage aux 17 victimes des attentats de janvier. Cette année, la commémoration semble de trop pour les Français. Vers 11 heures du matin, Place de la République, environ 1000 personnes se sont rassemblées pour écouter “Un dimanche de janvier”, la chanson d’hommage de Johnny Hallyday : une foule éparse ou les groupes peinent à se constituer et où la jeunesse brille par son absence… Anne Hidalgo a expliqué ce petit rassemblement par un argument jugé un peu fragile par certains : “les Parisiens ne sont pas du matin”. Alors “que reste t’il de cette journée de Janvier ? ”. La question reste toujours en suspens.

16 janvier

11 janvier : environ 1 000 personnes se rassemblent pour écouter “un dimanche de janvier”, la chanson d’hommage de Johnny Hallyday aux 17 victimes des attentats de charlie Hebdo.

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A Ouagadougou, au Burkina Faso, une attaque revendiquée par Al Quaïda au Maghreb Islamique s’est soldée par 30 morts, dont plusieurs ressortissants français. Ce sont des lieux touristiques et fréquentés par des occidentaux (restaurant et hôtel), en plein cœur de la capitale qui ont été visés par les terroristes. Quatre français comptent parmi les victimes, dont la célèbre photographe francomarocaine Leila Alaoui, qui a succombé aux blessures infligées alors qu’elle se trouvait sur les lieux au moment de l’attentat.


Un premier ministre dans cette émission, c’est une première. Manuel Valls a donc répondu présent à l’invitation de Laurent Ruquier dans l’émission On n’est pas couché. Le chef du gouvernement s’entretient avec les deux chroniqueurs – Léa Salamé et Yann Moix – au travers d’échanges parfois musclés sur les thèmes récurrents que sont l’état d’urgence, la déchéance de nationalité, Christiane Taubira… Jusqu’à ce que Jérémy Ferrari vienne obscurcir cette soirée, qui avait plutôt bien commencé. Rapidement, l’humoriste s’en prend au Premier ministre dans un monologue un peu gênant : “Votre gouvernement est en guerre. Nous on se fait tirer dessus quand on va voir des concerts”. Une discussion “tendue” qui n’en dessert pas moins Jérémy Ferrari qui voit les réservations de son spectacle exploser au lendemain de la diffusion de l’émission.

18 janvier

Lors de ses vœux au CESE (Conseil Economique Social et Environnemental), le président de la République annonce des mesures draconiennes pour lutter contre le chômage dans le pays. François Hollande entend dégager 2 milliards d’euros pour aider les sans emplois, dont 1 milliard sera consacré à la formation de 5000 chômeurs. L’autre moitié servira à une prime d’embauche immédiate (2000 euros par an pour les PME). Lors de ses vœux aux Français, le 31 décembre dernier, le président avait annoncé que “la lutte contre le chômage” restait sa “première priorité ” et avait décrété “un état d’urgence économique et social ”.

19 janvier

Pamela Anderson vient en découdre avec le gavage des oies… Et c’est à l’Assemblée nationale qu’elle s’en charge. Invitée par la dé-

putée EELV Laurence Abeille, l’ex star d’Alerte à Malibu provoque une véritable cohue dans la salle des Quatre colonnes du Palais Bourbon, où elle est reçue. Il est certain que le palmipède était loin d’être le centre du sujet pour cette conférence de presse qui a attiré un flot de journalistes et suscité les critiques de certains députés : “Pamela Anderson ne connaît rien ” sur la problématique du gavage des oies selon Patrick Ollier, “C’est le degré zéro de la politique” renchérit Christian Jacob. Une politique-spectacle dont certains se seraient donc bien passée.

27 janvier Dans le cadre d’une mini tournée européenne, Hassan Rohani, le président de la République iranienne, est venu rendre visite aux grands dirigeants de la ville Lumière pour signer de nombreux contrats juteux, de plusieurs milliards d’euros.  En cette occasion, le mouvement féministe “Femen”, reconnu pour ses actions musclées, a voulu dénoncer le nombre d’exécutions réalisées en Iran. L’une des membres du groupe a simulé une pendaison  sur la passerelle Debilly, près de la tour Eiffel.  Le but étant, selon ses dires, que le président iranien se “sente comme à la maison”.

11 février A quatorze mois de l’élection présidentielle, le chef de l’Etat s’offre un nouveau gouvernement, le cinquième depuis le début de son mandat. Bilan : le retour de Jean-Marc Ayrault, cette fois en ministre des Affaires étrangères, l’arrivée d’Audrey Azoulay au ministère de la Culture ou encore de la controversée Emmanuelle Cosse au Logement. Un remaniement qui a l’effet d’une bombe pour certains : Fleur Pellerin aurait même “fondu en larmes”, d’après un ministre, en apprenant sa sortie. Surprise également pour Marylise Lebranchu, qui se voit quitter le ministère de la Décentralisation et de la fonction publique : “François Hollande m’a appelée en personne. Cela a duré une minute” a-t-elle déclaré aux médias n Valentine De Brye © Roussel/JBV NEWS

16 16 janvier

19 janvier : Pamela anderson est reçue à l’assemblée nationale pour dénoncer le gavage des oies.

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ZOOM EN COULISSES

“JE NE VEUx PAS TRAVAILLER...”

DES VOEUx EN OR

“Les Français ont des poils dans la main”. C’est ce qu’a répondu le sénateur (LR) Gérard Longuet dans l’émission “Preuves par trois ” sur Public Sénat alors qu’il était interrogé sur la question du chômage et de la formation professionnelle. “C’est trop dur ”, “c’est trop loin ”, “c’est pas ce que je veux ”, “comprenez moi j’ai été formé pour faire du théâtre et on me propose de faire du commercial ” sont autant de pépites qui ont illustré son propos. Soulignant que

36 480 euros. C’est la modique somme qu’a du débourser le Service d’Information du Gouvernement (SIG) pour la réalisation de la carte de voeux de Manuel Valls, comme l’a révélé le 13 janvier Le Canard Enchaîné. Le magazine satirique ajoute que “Le SIG avait signé, à l’automne, un premier bon de commande pour 16,800 euros seulement. Le résultat n’ayant pas plu au camarade Valls et à son équipe de pub, Publicis (chargé du projet) a été prié de se

“c’est la vérité ”, l’élu a indiqué que : “nous avons trop d’inactifs, on commence trop tard, on arrête trop tôt, on ne fait pas assez d’heures par semaine, pas assez de semaines dans l’année ”.

remettre au boulot. Contre le versement d’une modeste rallonge de 19,680 euros...”. Pour des voeux affirmant que “L’exigence et l’espoir... c’est la République.”

UN RETRAIT QUI VAUT CHER La suppression d’un article concernant le “harcèlement sexiste” du projet de loi sur la sécurité dans les transports a fait beaucoup de bruit. Pour rien, selon Philippe Bas, président LR de la commission des lois de la chambre haute, puisque “ces violences relèvent de délits (...) déjà compris dans la notion de délinquance figurant expressément dans le code des transports ”. Et le sénateur d’ajouter que l’article “était donc totalement inutile et de pur affichage ”, précisant au passage : “c’est une très mauvaise technique de rédaction que d’entrer dans l’énumération d’infractions qui sont déjà couvertes de manière plus claire.”

UN DÉPUTÉ EN CLASSE

IL DIT “MERDE” AUx REPRÉSENTANTS POLITIQUES Quand Serge Grouard, député du Loiret et pilier de la campagne 2017 de François Fillon prend la plume, le ton monte. Au lendemain des régionales, l’élu a écrit une lettre au nom du “peuple de France” pour exprimer sa “colère ”. “Le peuple, vous vous en foutez. Vous n’êtes qu’arrogance, aveuglement et lâcheté. Et moi, je suis votre complice et j’en ai assez. Je vous dis merde ! Vous comprenez ? ” Tapant à gauche comme à droite, il en appelle même à virer “tous ceux qui [l’] emmerdent depuis si longtemps ”. Le site web du magazine Marianne a quant à lui remarqué une référence au slogan comme au livre de François Fillon, “Faire” : “Je sais que le temps du redressement approche. Il exige la rupture. Il exige de FAIRE.”

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Dans le cadre du parlement des enfants, les CM1-CM2 de l’école communale de Cast (Finistère) ont invité le député Richard Ferrand pour lui présenter une ébauche de proposition de loi portant sur la limite du réchauffement climatique. Après avoir répondu à une vingtaine de questions que lui ont posé les écoliers, l’élu a écouté leur projet sur la protection de la planète. Le propos ? Créer une attestation indiquant que les enfants ont acquis les connaissances et les compétences pour devenir des citoyens responsables, et changer leurs habitudes en conséquence. Pédagogue, Richard Ferrand a affirmé : “On va la préparer aux petit oignons cette loi, c’est une très bonne idée, il faut aussi réparer les choses et ne pas gaspiller.”

C’EST DU PROPRE ! Pour la députée EELV Isabelle Attard, 2016 doit être l’année du “ménage en douceur ”. Lors de sa cérémonie des vœux, l’élue a affirmé qu’elle profitera de la fermeture de l’Assemblée nationale, du 9 au 24 avril, pour aller à la rencontre des Français de sa circonscription : “instaurer la proximité, le dialogue et la confiance ”, sont autant de motivations qui l’incitent dans cette démarche.


“Pour parler politique au sens noble, recueillir des témoignages, alimenter la réflexion... Pour assurer une réponse collective au terrorisme, à la violence et à la misère.” Son but ? “Que nous soyons consom’acteur ”, dans toutes les dimensions qu’implique ce terme.

LE BHV SE fAIT PASSER UN SAVON

L’utilisation des données personnelles dans les traités et accords internationaux : c’est le sujet de la conférence qu’avait organisé l’Institut Mines Telecom le 8 janvier dernier, en collaboration avec la Chaire Valeurs et politiques des informations personnelles. Les débats, tous en anglais, étaient animés par PAUL NEMITZ, directeur des Droits fondamentaux et citoyenneté de l’Union Européenne, CLAUDE MORAES, député européen et président de la Commission des libertés civiles, de la justice et des affaires intérieures, et enfin par ISABELLE fALQUE-PIERROTIN, présidente de la CNIL et présidente du G29. Les échanges entre les responsables et l’assemblée présente, portaient sur le jugement du 6 octobre 2015 de la Cour de Justice de l’Union Européenne, et les principes de la sphère de sécurité (“Safe Harbour”).

© Telecom ParisTech

“Il faut pomper pour que ça gicle ”, “C’est connu, le plaisir vient en astiquant ” ou “Ne pas avaler ? Zut pour une fois que j’étais d’accord ” : autant de slogans grivois accompagnant un liquide vaisselle vendu par le Bazar de l’Hôtel de Ville, situé dans le Marais à Paris. Un trait d’humour que n’a visiblement pas apprécié Laurence Rossignol alors secrétaire d’État à la Famille, qui s’est indignée sur Twitter en publiant le message suivant : “Toujours humilier les femmes et les remettre à leur place : sexe et torchons. La honte doit changer de camp.” Le BHV a quant à lui expliqué que “l’idée était de miser sur le second degré et d’encourager de jeunes entrepreneurs dans leur expansion sans sexisme aucun.”

une conférence À L’écouTe de L’euroPe

L’APOSTROPHE QUI CHANGE TOUT La toile, le web, le net : côté orthographe, le député Les Républicains Patrice Martin-Lalande a tranché en déposant un amendement pour imposer l’usage de “l’internet” dans les textes officiels, comme l’a remarqué Numerama. “Il existe en effet une diversité de dénominations lorsqu’on évoque “le réseau des réseaux ” ont affirmé les députés en évoquant plusieurs variantes rédactionnelles : “Internet ”, “l’Internet ”, “internet ” ou “l’internet ””. D’après eux, cette dernière dénomination serait la plus adaptée pour qualifier “un réseau mondial public, comme “le téléphone”, ou “la télévision”, “un bien commun universel ””.

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un Tour du Monde en BeauTé

L’élection d’Iris Mittenaere au titre de Miss France 2016 le 19 décembre dernier, concordait avec une performance historique effectuée par Flora Coquerel, alias Miss France 2014. De l’autre côté de l’Atlantique, l’ex-miss Orléanaise a terminé au pied du podium du prestigieux concours de beauté “Miss Univers”, une première depuis 1953. L’occasion de revenir sur cet évènement à travers six pays.

Etats-Unis Alors que le concours de “Miss Monde” existait depuis 1951, mis en place par les britanniques, les Etats-Unis ont voulu créer une compétition parallèle pour voler la vedette à leurs camarades Anglo-saxons. C’est donc sans surprise que l’événement organisé à 38 reprises sur le sol américain a été remporté huit fois (dont le dernier datant de 2012 par Olivia Culpo) par ce même pays. Le 20 décembre 2015, c’est Pia Alonzo Wurtzbach, représentante des Philippines, qui a gagné la couronne.

Venezuela Ce pays d’Amérique du Sud est le deuxième le plus titré derrière les Etats-Unis avec le gain de sept couronnes de “Miss Univers” en 1979, 1981, 1986, 1996, 2009 et enfin en 2013. Le Venezuela n’a pourtant jamais accueilli cet évènement malgré son important palmarès. Près de la moitié des 35 titres remportés par l’Amérique dans son ensemble est dû aux succès de ces deux pays. Ce qui en fait le continent le plus récompensé.

Afrique du Sud Bien que n’ayant remporté le concours qu’une seule fois, l’Afrique du Sud a été le premier pays africain à avoir glané le titre de “Miss Univers” en 1978, permettant d’ouvrir la voie aux autres représentantes du continent. L’ensemble du territoire africain a ainsi remporté à quatre reprises le concours, grâce aux succès de la Namibie en 1992, du Botswana en 1999 et plus récemment de l’Angola en 2011. 40 | LE COURRIER DU PARLEMENT | N° 861

© Darren Decker

MAPPEMONDE


Grande-Bretagne La Grande Bretagne est à l’origine du premier concours mondial “inter-miss”, créé en 1951 et nommé “Miss Monde”. Il est toujours en concurrence avec la version américaine aujourd’hui, et ce malgré une certaine baisse d’intérêt. Si au sein de “leur propre” concours, les britanniques ont remporté 5 succès sur 45 éditions, leur palmarès est loin d'être aussi brillant dans le cadre de l’événement des “Miss Univers”. En effet, en ayant accueilli l’événement qu’à une seule reprise en 1976, l’île n’a jamais remporté ce concours. De quoi laisser planer quelques doutes sur l’équité des voix.

france Symbole mondial en matière d'élégance et de beauté, la France ne parvient pas à conquérir le podium de “Miss univers” pour autant : à l’exception du concours de 1953, soit la seconde édition américaine, qui avait été remporté par Christiane Martel à Long Beach en Californie. Depuis, le palmarès français est resté vierge de tout titre. Lors du dernier évènement organisé en 2015, Flora Coquerel (élue Miss France en 2014) a tout de même atteint le top 5 pour la première fois depuis… 1953 ! L’ex Miss Orléanaise est arrivée quatrième.

Philippines Il s’agit du pays qui a le plus organisé cette manifestation en Asie avec la Thaïlande, accueillant le concours à deux reprises, en 1974 et en 1994. Il a glané le titre de “Miss Univers” à trois reprises, en 1969, 1973 et en 2015. Ce dernier sacre a été entaché d’un scandale, suite à une erreur faite par le présentateur de la soirée, qui, dans un premier temps, avait annoncé Miss Colombie vainqueure de l’événement par erreur... avant de rectifier le tir quelques minutes plus tard, laissant Miss Philippines, Pia Alonzo Wurtzbach, récupérer le diadème tant convoité. N° 861

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L’aVenir LiMiTé des PriMaires

PROSPECTIVE

Les Français restent très attachés à L’éLection présiDentieLLe au suFFrage uniVerseL “inaugurée” en DéceMBre 1965 et Marquée par La Mise en BaLLottage Du généraL De gauLLe. cinquante ans après, iL est touJours question D’aMéLiorer ce MoDe De scrutin, notaMMent par L’organisation préaLaBLe - inspirée Du MoDèLe aMéricain - De “priMaires” perMettant De Départager Les canDiDats à L’intérieur De chaque caMp. une initiatiVe Moins “rasseMBLeuse” qu’iL n’y paraît à preMière Vue. Mieux VauDrait “une présiDentieLLe à trois tours”.

L

e mot “primaires”, de préférence au pluriel, n’aura rien de secondaire en 2016. On n’a pas fini de le lire et de l’entendre. Outre-Atlantique, les présidents sortants rééligibles sont en principe dispensés de l’exercice de pré-désignation. Comme cette année, Barak Obama ne peut plus se représenter parce qu’il a effectué deux mandats, il y aura deux conventions de désignation des candidats à la présidence aux Etats-Unis... Celle des républicains aura lieu à Cleveland, du 18 au 21 juillet. Celle des démocrates se déroulera à Philadelphie, du 25 au 28 juillet. Nous connaitrons donc en conséquence les noms de deux “finalistes” de la compétition américaine avant le traditionnel “chassé-croisé” des vacances d’été et nous pourrons donc en parler entre amis à la plage ou devant un verre de rosé frais. Il sera plus difficile en revanche, pour ce qui concerne les primaires de la droite française, d’avancer des pronostics aussi tranchés que les chiffonnades de chorizo à l’heure de l’apéro. “Le” candidat - a priori, pas de femmes parmi les favoris - ne sera désigné que le 27 novembre, après un premier tour le dimanche précédent. La montée du Front national semble maintenant interdire le luxe consistant à disposer de deux candidats pour des familles de pensée alliées et voisines. D’où le retour en force de l’idée des primaires… Un concept d’autant plus séduisant que le PS et François Hollande l’ont illustré à leur avantage électoral en 2011, en prélude à la confrontation de l’année suivante. C’est, à ce jour, le seul exemple de “primaires ouvertes” réussies dans notre pays, succès bien aidé par l’éviction brutale du favori des sondages, Dominique Strauss-Kahn, ce qui contribua à mettre peu ou prou les autres candidats sur un pied d’égalité. Non seulement les “primaires ouvertes de la gauche”, télévisées d’abondance, ont donné une forte visibilité à des leaders encore peu connus (Manuel Valls et Arnaud Montebourg, par exemple) mais - sans qu’il y ait forcément une relation forte entre

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la cause et l’effet - s’étaient inscrites au début d’un scénario s’achevant en fanfare. Le vainqueur de la confrontation interne est devenu le triomphateur de la compétition dans le pays. C’est ce qui s’appelle “la dynamique du succès”.

une compétition lourde d’incertitudes Il y a là de quoi faire rêver la droite d’aujourd’hui. La question des personnes la confronte à une équation difficile. Nicolas Sarkozy est parvenu à reprendre le contrôle du parti principal alors même que son rival Alain Juppé semble comme candidat mieux placé dans les sondages. Sans compter les autres volontaires qui ont des titres à faire valoir. Ne serait-ce que celui d’incarner un renouvellement de génération. En dépit des propos rassurants tenus dans tous les camps, dans le but de montrer la sportivité et le fair-play de chaque champion, ces primaires semblent lourdes d’incertitudes, pour des raisons déjà observées ailleurs ou dans le passé. Nicolas Sarkozy va se présenter en ancien patron de deux autres candidats, au moins, ayant exercé auprès de lui les fonctions supposant un total accord : la conduite du gouvernement pour ce qui concerne François Fillon et les affaires étrangères pour ce qui est d’Alain Juppé. Ils auront du mal à se démarquer les uns des autres. De plus, les sondages fausseront une fois de plus le jeu comme ils l’avaient fait à gauche en 2007 : Ségolène Royal était alors si bien côtée à l’extérieur qu’elle avait remporté haut la main l’étape de la désignation interne. Les militants s’étaient dits : “votons pour celle qui a la meilleure chance de gagner ”. Il est clair que beaucoup à droite raisonneront ainsi en novembre prochain. Autre sujet de perplexité : l’idée lancée fin 2015 par des personnalités de gauche souhaitant soumettre à nouveau


François Hollande à des “primaires” cette année, histoire de passer son bilan au tamis et, éventuellement, de l’empêcher d’être à nouveau candidat. Il y a là quelque chose de complètement inédit. Voire d’impossible, puisque même les américains, nos grands inspirateurs en matière de primaires, ne se sont jamais risqués au jeu de “la comparution du sortant”… Difficile de mettre un chef d’Etat en compétition avec des rivaux qui deviendraient fatalement autant de procureurs instruisant son procès. Puisse cet épisode inattendu à gauche contribuer cependant à faire comprendre que les “primaires” ont beaucoup d’inconvénients, notamment à cause de l’impossible gestion des candidatures sortantes. Elles ne méritent donc pas d’être parées de toutes les vertus démocratiques. Quitte à améliorer les choses, en effet, c’est au mécanisme lui-même de l’élection présidentielle qu’il faut réfléchir. En 2006, deux éminents professeurs de droit public, le regretté Guy Carcassonne (décédé en 2013, à soixante-deux ans…) et Olivier Duhamel, avaient étudié un système de présidentielle à trois tours. Ils étaient soucieux d’éviter en 2007 ce qui s’était produit en 2002, c’est à dire un “deuxième tour aberrant” conduisant les électeurs de gauche à voter pour le candidat de droite par refus de l’extrême-droite (cas de figure observé à nouveau, à l’échelle régionale cette fois, en 2015). Le rééquilibrage des forces à l’intérieur de la droite au bénéfice de Nicolas Sarkozy a empêché, s’ajoutant à l’organisation de primaires à gauche, la reproduction de ce scénario en 2007 et 2012. Mais la menace existe toujours, fondée sur une sorte d’axiome défini par nos deux juristes : un nombre élevé de candidats accroît mathématiquement, dans des proportions considérables, le risque d’un second tour où figurerait un candidat ayant déjà fait le plein de ses voix tandis qu’en serait éliminé un autre capable de rassembler encore beaucoup de suffrages.

Il y a dix ans maintenant, Guy Carcassonne et Olivier Duhamel préféraient parler de “tour intermédiaire”. Le mécanisme consisterait à prendre pour seuil 20 % des suffrages. Si plus de deux candidats le dépassent, rien ne change et les deux qui sont arrivés en tête s’affrontent normalement au second tour. Si moins de deux candidats ont atteint ce seuil, un tour intermédiaire est organisé, dès le dimanche suivant, auquel participent les quatre candidats qui ont obtenu le plus de suffrages au premier tour. Les deux premiers dans ce deuxième tour participent seuls au tour décisif, quinze jours plus tard. L’élection, dans cette hypothèse, ne prendrait qu’une semaine de plus. Nos deux spécialistes écrivaient à ce propos : “Si ce système avait existé dans le passé, il aurait joué deux fois. En 1988, le tour intermédiaire aurait redonné une chance à Raymond Barre, peut-être plus apte que Jacques Chirac à l’emporter sur François Mitterrand. Jean-Marie Le Pen eût également été présent, mais seulement à ce tour intermédiaire, à la différence de 2002, où Lionel Jospin et François Bayrou auraient disputé au moins un tour de plus.” “L’on peut juger tout cela, a priori, bien compliqué. Toutefois, premièrement, c’est assez aisément explicable et compréhensible, et pourrait provoquer un consensus entre droite et gauche, contre lequel même les extrêmes auraient du mal à s’élever. Deuxièmement, de deux choses l’une : ou le dispositif ne sert jamais, et rien n’aura changé, ou il devra être activé et l’on sera alors bien heureux qu’il existe.” Comme on n’a pas eu besoin du “système CarcassonneDuhamel” en 2007 et en 2012, grâce au retour de l’empoignade classique gauche-droite, la réflexion sur “le troisième tour” ou le “tour intermédiaire” est restée au point mort. Elle ne reprendra sans doute qu’en 2022 ou 2027. Lorsque l’on aura mesuré, sans doute dès 2017, toutes les limites des primaires… n François Domec © Vernier/JBV NEWS

Pour mettre un minimum de rationalité dans ce qui pourrait être une foire d’empoigne, on a déjà essayé de modifier à plusieurs reprises les “filtres de sélection”, notamment par le jeu des parrainages, jusqu’aux fameuses “500 signatures” d’élus. Il est difficile d’aller plus loin et de restreindre encore la possibilité de se présenter. Non seulement cela ferait hurler les partis extrêmes mais des “petits partis” veulent profiter de la notoriété que donne une prési-

dentielle et il serait injuste de les en priver. Comment, dès lors, rendre plus clair et plus démocratique le scrutin, sans limiter à l’excès le nombre de candidatures, ni organiser des “primaires” contrôlées par les partis ? Réponse : en se ménageant la possibilité d’un tour facultatif.

alain Juppé dédicace son livre “Pour un état fort” dans une librairie parisienne.

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PôLe eMPLoi soigne son cV

RENDEZ-VOUS MÉDIAS

À

© Vernier/JBV NEWS

défaut de lever d’emploi étant statistiquement Jean Bassères, présiDent l’état d’urgence, il moins qualifiés que le reste de De pôLe eMpLoi, a présenté faut combattre le la population active. De ce fait, contexte “éconol’annonce d’un financement Les Vœux De son institution mique et social ”. massif est une aubaine : “en Pour François Holdépit des efforts financiers à La presse. oBJectiF 2016 : lande, l’un des aspects phares supplémentaires qui ont été de cette lutte est l’inversion du menés ces dernières années, réponDre présent à L’appeL chômage. Une condition sine nous restions à des investisDu présiDent De La répuBLique, sements en termes de formaqua non, bien que très floue, qu’il s’est imposée pour briguer tion inférieurs à d’autres pays et Montrer Les réForMes un nouveau mandat en 2017  ; européens comme l’Autriche, quitte à en faire une affaire le Danemark, l’Allemagne ou engagées par L’opérateur personnelle au vu de la hausse la Norvège ”. Jean Bassères indique que le coût moyen d’une croissante de demandeurs d’empuBLic. formation serait d’environ 2500 ploi supplémentaires depuis euros par personne, soulignant 2013, au nombre de 600 000. que toutes ne débouchent pas Dernière cartouche ou réelle volonté citoyenne, le plan des 500  000 formations supplémen- sur des emplois stables. Les métiers dits de “tension”, qui connaissent des difficultés à trouver du personnel, sont déjà couverts par taires tombe sur les épaules de Pôle emploi. les programmes de formations prioritaires. Cap sur les emplois d’avenir. Les 500  000  offres annoncées devraient être réservées aux “emplois du futur”, liés par exemple à l’économie verte ou aux Meilleure qualification nouvelles technologies. Autre annonce importante, une assistance pour une meilleure insertion renforcée auprès des créateurs d’entreprises, “leviers de la reprise d’activité ” selon le président de Pôle emploi. L’objectif est de passer Un milliard d’euros pour doubler le nombre de formations en l’esde 35  000 à 70  000 formations dans ce domaine. Pas de calenpace d’une année  ; en 2014, Pôle Emploi en avait déjà dispensé drier précis quant à la mise en place du plan 500  000, mais des environ 420  000. Un objectif ambitieux que Jean Bassères n’en réunions avec les Régions pour discuter des besoins de chaque juge pas moins réalisable  : “nous sommes convaincus que nous bassin d'emplois. saurons relever ce défi ”. Pour le président de Pôle emploi, l’absence de qualifications augmente le risque de chômage, les demandeurs

Myriam el khomri, ministre du Travail, en visite au LaB Pôle emploi sur le thème des solutions numériques pour l’emploi.

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une restructuration de pôle emploi Si le plan national occupe une place centrale dans la rentrée 2016, Pôle emploi procède également à de grands changements structurels. Au programme, une refonte de la prise en charge des demandeurs d’emplois. Désormais, les personnes concernées devront en premier lieu s’inscrire sur Internet, ce qui permettra de régler en amont les questions d’indemnisation. Le premier entretien assurera ainsi d’aborder directement les questions de diagnostic. Le fonctionnement des agences, lui aussi, se modifie. L’après-midi, leur accueil sera fermé ; le but étant de mettre en place, avec son conseiller référent, “des relations plus approfondies qui permettent de construire et d’accompagner un projet de formation ”. Les syndicats CGT, FO, SUD et FSU protestent déjà contre cette mesure


© Vernier/JBV NEWS

une transparence pas toujours assumée Désormais, les résultats de chacune des 869 agences seront rendus publics, avec “quatre indicateurs importants et représentatifs” : le volume des retours à l’emploi, les délais d’indemnisation, la satisfaction des demandeurs d’emploi et celle des entreprises. Ainsi, en 2015, 3,7 millions de demandeurs d’emploi ont pu retrouver un emploi de plus d’un mois, soit une augmentation de 3,2 % par rapport à 2014. 93% des demandeurs d’emploi ont été indemnisés dans les délais. Côté satisfaction, deux demandeurs d’emploi sur trois se déclarent satisfaits, avec un taux de 65% pour les entreprises.

“Je me concentre sur les résultats, pas les moyens.” Il existe un dernier indicateur, celui de la taille des portefeuilles de chaque agence par catégorie de suivi. Sur son site Internet, Pôle emploi déclare que chaque conseiller gère un portefeuille (NDLR : un nombre de demandeurs d’emploi) plus ou moins important en fonction du type d’accompagnement. Pour la catégorie la plus légère, qui s’adresse aux demandeurs les plus autonomes et proches du marché du travail, le conseiller peut être en charge de 200 à 350 personnes.

“nous sommes déterminés à relever le défi du million de formations” affirme Jean Bassères, le président de Pôle emploi.

qu’ils jugent contre-productive et qui risque d’handicaper fortement ceux qui n’ont pas accès au net. Qu’à cela ne tienne, Jean Bassères prévoit de mettre à disposition du matériel informatique dans les agences, ainsi qu’un accompagnement par une équipe de 1800 jeunes effectuant leur service civique.

D’importantes disparités se dessinent néanmoins en regardant la taille des portefeuilles de chaque agence par catégorie de suivi. Quelques unes ont une moyenne de 400 à 450 dossiers par conseiller. À l’agence de la Tour du Pin dans le département de l’Isère, ce nombre grimpe jusqu'à 1 125 personnes, soit quatre à cinq fois plus que les chiffres annoncés. Au président de Pôle emploi de tempérer : “je me concentre sur les résultats, pas les moyens”, ajoutant qu’“il sera beaucoup plus intéressant de comparer les indicateurs au fil du temps plutôt qu’entre agences à un instant T ”. Il faudra donc vérifier ces données en fonction des futurs chiffres... Et des autres agences pour vérifier l’absence de causalité entre moyens et résultats n Louis Watrelot

UN fIL D’ARIANE NUMÉRIQUE DANS LE DÉDALE ADMINISTRATIf Le quotidien du demandeur d’emploi synonyme de parcours du combattant ? peut-être plus pour longtemps. Le 21 janvier pôle emploi a signé un partenariat avec l’ong Bayes impact. créée en 2014 par paul Duan, cette petite organisation basée à la silicon Valley veut révolutionner l’utilisation du numérique afin de rendre le monde meilleur. L’ong doit mettre en place une plateforme web qui permettra de faire un diagnostic sur les démarches les plus efficaces à entreprendre en fonction de son profil. une simplification et un gain de clarté qui séduisent Jean Bassères : “Ce partenariat s’inscrit pleinement dans la démarche d’innovation ouverte engagée par Pôle emploi, notamment pour enrichir l’Emploi Store ouvert en juillet dernier ”. L’application devrait être lancée en fin d’année.

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LIVRES

LA RÉPUBLIQUE DES RUMEURS alexandre Duyck editions Flammarion enquête 300 pages 19,90 €

La république des rumeurs “Est-il possible de faire carrière en politique sans être victime de rumeur ?” Voila une question qui ne laisse pas beaucoup de place à l’affirmation, comme en témoigne le dernier livre d’Alexandre Duyck qui s’imisce dans les coulisses de la Vème République, de 1958 à nos jours. Des “partouzards de Pompidou” à la Mazarine en passant par la célèbre expression “les sans dents” de François Hollande, aucun homme politique n’est épargné. Pointant l’effet dévastateur que de simples “on dit” peuvent avoir sur leur carrière, cet ouvrage illustre parfaitement les propos de Jean-Pierre Raffarin à propos de l’extrème violence de ses fonctions : “la politique à un haut niveau est la seule activité qui dépasse la haine et l’amour” n Valentine De Brye

CYBER-CRIMINOLOGIE xavier raufer cnrs editions 240 pages 20 €

Péril en l’ordinateur Dans son ouvrage aux prévisions cataclysmiques, Xavier Raufer revient sur un siècle de croissance exponentielle de l’informatique à travers le globe. Au fil des pages, il devient évident que l’utopie d’un net libre de toutes réglementations s’évapore avec une extrême rapidité face à la cyber-criminologie, penchant virtuel des criminels 2.0. À travers une étude approfondie, fournie de sources toutes plus pointues les unes que les autres, l’auteur dresse un tableau inquiétant du futur de notre société ultra connectée, complètement impuissante face à des enjeux mondiaux, dont les conséquences sont imprévisibles. Bienvenue sur la Toile, où l’être humain ne se trouve pas transcendé, mais uniquement exacerbé dans ce qu’il a de meilleur et surtout de pire n Louis Watrelot 46 | LE COURRIER DU PARLEMENT |

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DÉSINTOxIQUEZ-VOUS Véronique Vasseur et clémence thévenot editions Flammarion 287 pages 19 €

désintoxiquez-vous Cinq fruits et légumes par jour, du poisson deux fois par semaine, sans oublier les traditionnelles 20 minutes de jogging : autant de recommandations “santé” qui peuvent, in fine, faire plus de mal que de bien. Du moins à en croire ce livre co-écrit par le docteur Véronique Vasseur et la journaliste Clémence Thévenot, présenté comme un “guide de survie” dans le terrain miné de notre quotidien, aussi basique soit-il. Alimentation, hygiène-beauté, téléphonie : nous nous “empoisonnons” sans le savoir, à raison de 100 000 substances chimiques affectant nos organismes chaque jour, même si toutes ne sont pas également nocives. “Ce que nous mangeons, ce que nous respirons ou ce qui entre en contact avec notre peau affecte chaque cellule de notre corps  : des hormones aux os, des nerfs à la peau, des enzymes aux muscles.” Voila pour le diagnostic. “Tel un poison administré, goutte après goutte. Invisible mais corrosif.” Si ce discours - un brin alarmiste - pourrait en faire tomber plus d’un dans la paranoïa ou l’extrémisme écologique, les auteurs n’en dégagent pas moins de nombreuses pistes pour se “décontaminer”  ; y compris de la désinformation qui règne souvent dans ce domaine. Le livre explique notamment les ingrédients à éviter dans les cosmétiques, quels aliments privilégier pour diminuer sa consommation de pesticides, ou encore comment limiter son exposition aux ondes ou aux perturbateurs endocriniens. Hypocondriaques s’abstenir. À défaut de vous sauver la vie, aucun doute que cet ouvrage vous incitera à revoir vos pratiques quotidiennes et commencer, peut-être, une petite cure “detox”. Toujours bienvenue après les fêtes, d’autant plus qu’elle n’exige aucune prescription n Pauline Pouzankov


CAMPING-CAR sophie Brocas editions Julliard 228 pages 19 €

en soixantaine… Dans vingt ans et sans doute avant, le choeur universitaire et la critique littéraire en son ensemble installeront la légende singulière de Sophie Brocas. On dira de cette ancienne journaliste devenue préfète de la République qu’elle s’est inscrite dans l’illustre catégorie des serviteurs de l’Etat capables d’inventer, pour se délasser et pour le plus grand plaisir de leurs lecteurs, des univers romanesques baroques et sans rapport apparent avec la France administrative. L’un des héros de “Camping-car” est certes haut fonctionnaire en disponibilité. Mais c’est tout ce qui le rattache à une République qui le méprise au point de le payer à ne rien faire. Car, afin de tromper l’ennui, il est surtout auto-entrepreneur spécialisé dans l’éloge funèbre des chiens et des chats enterrés au cimetière des animaux de compagnie à Asnières. Pour soixante euros, il déclame de magnifiques discours retraçant la brève existence des épagneuls ou des caniches ayant partagé la vie de maîtres qui ne retiennent pas leurs larmes lors de la cérémonie. Alexandre - c’est son prénom- sait

évoquer le caractère à la fois craintif, voyou et joueur du compagnon disparu. “Vous avez su si bien parler de Popeye” viennent lui dire les propriétaires effondrés…. Le Bossuet des Fox à poil dur est loin d’être le seul personnage de cette histoire de sexagénaires s’embarquant pour une virée en Camping-car du côté de Charleville-Mézières. Il y a le conducteur d’autobus dragueur, le menuisier qui a passé sa vie dans le sous-sol du Palais Garnier et quelques femmes impitoyables. Ces amis de toujours sont parfaitement vrais, comme cela arrive rarement dans les romans. On jurerait les avoir croisés. Il leur arrive à la fois des choses très tristes et très drôles, comme dans la vie réelle. Mais pour manier avec une telle simplicité l’humour, la mélancolie et l’optimisme, il faut avoir une plume précise, une tête bien faite et surtout ne pas se prendre pour une écrivaine. Après le succès de son premier roman, Le Cercle des femmes, telle est Sophie Brocas, fine mouche et couturière d’histoires au sommet de son art n Jean-François Bège

TERREUR DANS L’HExAGONE : GENèSE DU DJIHAD fRANçAIS gilles Kepel et antoine Jardin editions gallimard 320 pages 21 €

Terreur dans l’Hexagone : genèse du djihad français Pourquoi la France est-elle devenue la cible privilégiée des djihadistes? Comment les réseaux sociaux ont-ils joué un rôle crucial dans la radicalisation de certains jeunes ? De quelle façon le FN s’est-il emparé de la peur des Français pour tenter de devenir le premier parti de France ? Autant de questions que traite Gilles Kepel (en collaboration avec Antoine Jardin), dans son dernier ouvrage en deux actes, permettant de mieux comprendre la propagation de la haine et du terrorisme

dans notre pays. Le premier évoque la période d’incubation “de Clichy à Sarkozy ” et le “grand basculement dans l’Islam de France entre 2005 et 2012 ”. L’auteur y aborde les “premiers terrains du djihad” et le rôle des émeutes de Clichy en 2005 dans la radicalisation de certains jeunes de banlieues. L’acte II se situe quant à lui entre 2012 et 2015, que le spécialiste de l’Islam et du monde arabe nomme “L’éruption ” : des massacres perpétrés par Mohamed Merah

aux attentats de Charlie Hebdo et de l’Hyper Casher. Cette seconde partie de l’ouvrage éclaire le lecteur sur le parcours de ces jeunes djihadistes “purs produits des quartiers populaires”, faisant le parallèle avec l’arrivée fracassante du Front National, qui se galvanise du climat anxiogène régnant dans les familles françaises. A défaut d’être positif, Terreur dans l’Hexagone décortique habilement les mécanismes de ce drame n Valentine De Brye

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© Regiars

TRIBUNE

La VuLnéraBiLiTé des ViLLes

isMet geri, Vice-présiDent europe Du suD chez ForgerocK

Le concept de smart city n’est plus une idée futuriste et lointaine. Il informatiques souhaitant créer des réseaux de style botnet constis’agit d’une véritable initiative que les gouvernements du monde tués d’appareils compromis et s’en servir afin d’exécuter des tâches entier adoptent. Toutefois, alors que l’Internet différentes de celles pour lesquels ils étaient des Objets (IdO) continue à stimuler le dévedestinés à l’origine. loppement des smart cities, il accroît égaleAlors que le concept de smart Par exemple, imaginez qu’un pirate informament la nécessité de faire face aux problèmes cities (villes intelligentes) tique puisse compromettre le système gérant liés à la sécurité qui vont de pair avec elles. devient de plus en plus une le flux de trafic d’une ville et qu’il fasse passer Au début du lancement de la première vague au rouge tous les feux de signalisation du réalité les problématiques d’implémentations de l’Internet des Objets, il centre-ville aux heures de pointe. Associez concernant leur sécurité le y a quelques années, la communication et la cela à des interférences sur les stations de connectivité étaient naturellement les objecdeviennent également. Que radio locales : il ne serait alors plus possible tifs principaux. Le fait de se connecter au d'avertir les citoyens. Alors que les automopeut-on faire pour s’assurer bilistes emprunteraient leur chemin habituel réseau de “simples” objets tels que les téléviseurs, les ampoules et les thermostats repréque les pratiques de sécurité pour se rendre au travail sans se douter des sentait une importante avancée technique. la ville entière risquerait de se remises en place soient adaptées problèmes, Ces nouveaux “objets” connectés donnaient trouver embouteillée en l’espace de quelques à cette réalité ? de tels résultats que les aspects concernant minutes. Non seulement cet incident coûtela gestion des accès et de l’identité étaient rait de l’argent à la ville du point de vue de la souvent négligés. Alors que les communicaproductivité, mais les services d’urgence ne tions de l’IdO gagnent en maturité et en stabilité, nous comprenons pourraient également pas intervenir rapidement, ce qui pourrait maintenant mieux leurs vulnérabilités. potentiellement coûter des vies. L’impressionnante quantité d’appareils de l’Internet des Objets offre un important vecteur d’attaque à des personnes malveillantes. À l’échelle d’une ville dans laquelle des milliers d’appareils communiquent simultanément à la fois avec des utilisateurs et entre eux, les implications en matière de sécurité sont importantes. Les villes intelligentes représentent la cible idéale pour les pirates 48 | LE COURRIER DU PARLEMENT |

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Par conséquent, il est essentiel de prendre des mesures efficaces à cette échelle afin de sécuriser les smart cities. Tout programme doit être vérifié régulièrement (par la puissance publique) afin de garantir que les dernières innovations y soient intégrées et qu’il soit toujours conforme.


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