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Mai 2016 - n째 64 - lebonbon.fr


EDITO Ouais, la castagne aime la nuit, elle s'installe tranquille dans ses replis, prospère dans ses culs-de-sac, se propage dans sa pénombre. C'est presque son milieu naturel et en son sein, elle prend mille avatars : verre cassé et dents pilées, visages écrasés sur les pavés au goût de silex, cran d'arrêt reluisant à la lune, corps éthyliques qui valsent, harpies qui s'arrachent la frange, poings de mauvais garçons synonymes de KO, high kicks caillerateux pour un bout de teuch… Vraiment, la castagne aime la nuit, elle s'y développe comme une jolie fleur mais dans le fond, c'est une fleur arrosée de pisse, elle fane aussi vite que ces défoulements éphémères et reste un coup de sang bas du front. Or quand la baston rejoint les idées et qu'elle devient lutte, le combat prend enfin un sens, une direction. Ainsi, place de la République, la nuit est depuis quelques temps déjà érigée comme le terreau des contestations. « J 'ai vu des rêves s'éveiller, j'ai vu la révolte gronder, j'ai vu les codes piétinés, les drapeaux de la liberté. Ah, le joli mois de mai à Paris ! » chantait la révolution en 68, un chant qui fait directement écho à notre mois de mai à nous, à notre bagarre contre les fondements d'un système vermoulu, à notre refus du retour des puritanismes, à notre dégoût de la marchandisation des désirs. Putain, qu'on l'espère beau ce joli mois de mai à Paris, qu'on l'espère décisif comme une dernière cartouche avant la grande dépression, et surtout, qu'il ne soit pas récupéré comme son illustre prédécesseur, cause indirecte d'une libéralisation à outrance source de nos maux actuels. Nous sommes en état de guerre psychologique constante, tel est le sens de notre époque. MPK

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OURS

DIRECTEUR DE LA PUBLICATION Jacques de la Chaise RÉDACTEUR EN CHEF Michael Pecot Kleiner DIRECTEUR ARTISTIQUE Tom Gordonovitch COUVERTURE Julia Lanoë par Flavien Prioreau SECRÉTAIRE DE RÉDACTION Louis Haeffner GRAPHISTES Coralie Bariot, Marion Bonnet RÉDACTEURS WEB Olivia Sorrel-Dejerine, Rachel Thomas, Tiana Rafali-Clausse, Suliane Tillon, Agathe Giraudeau, Julie Kemtchuaing, Mélody Husson RESPONSABLE DIGITAL Antoine Viger COMMUNITY MANAGER Raphaël Breuil CHEF DE PROJET Dulien Serriere PARTENARIATS Charlotte Perget RÉGIE PUB Carole Cerbu, Arnaud Laborey, Thomas Bonnet DIRECTEUR DES VENTES Hugo Delrieu CHEFS DE PUBLICITÉ PRINT Julie Guedj, Nicolas Portalier SAS LE BONBON 12, rue Lamartine 75009 Paris Siret 510 580 301 00032 01 48 78 15 64 IMPRIMÉ EN FRANCE

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SOMMAIRE

p. 7 À LA UNE Julia Lanoë p. 15 MUSIQUE Jeremy Underground p. 23 LITTÉRATURE Les mots de minuit p. 27 CINÉMA Cannes 2016 p. 31 ART Hannibal Volkoff p. 37 GONZO Insomnie p. 42 FLYEROLOGIE Acid Avengers

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TOUS LES VENDREDIS AU BUS PALLADIUM 4

POUR ÊTRE SUR LISTE RDV SUR LEBONBON.FR 6, RUE PIERRE FONTAINE PARIS 9E


HOTSPOTS

ON EST CURIEUX D'Y FAIRE UN TOUR Il est vrai que cette soirée joliment baptisée "une soirée de merde" excite furieusement notre curiosité. Placée sous le signe de la déglingue coréenne, on est quasi-sûrs de ne pas s'y faire chier avec la new-wave dégénérée d'Infecticide, le punk de Look and Listen et les performances de Yamagata Tweakster. Mercredi 11 mai à 19h. Le Gibus. LA VILLETTE SONIQUE Comme chaque année, on ira prendre ses premiers coups de soleil dans ce qui reste le plus sympathique des festivals en plein air. Affalés dans le gazon, une bière bien tiède à la main, il sera grandement jouissif de farniente sur une programmation qui comme à son habitude, est de haute volée (Pachanga Boys, Suuns, etc…) Du 27 mai au 1er juin. Parc de la Villette. APOLLINAIRE, LE REGARD DU POÈTE Apollinaire ne fut pas seulement le poète des miraculeux Alcools, puisque celui-ci mena une carrière de critique d'art entre 1902 et 1908. Cet expo retrace le "paysage mental" de ce dernier, proposant un ensemble d'œuvres allant de Picasso à Matisse en passant par Braque et le Douanier Rousseau. Tout le mois de mai. Musée de l'Orangerie. ÉCOUTER ANNA MOUGLALIS Je ne sais pas pour vous, mais la voix d'Anna Mouglalis a sur moi un effet qui se situe entre l'hypnose et l'orgasme. Ça tombe bien puisque celle-ci lira des extraits de textes de Tsvetaeva, Bernanos, Pasolini, Camus, Pessoa ou encore Artaud sur le thème de la révolte. Bonheur intense. Mercredi 8 juin, à 20h. Maison de la Poésie.

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À LA UNE T

MPK P FLAVIEN PRIOREAU

JULIA LANOË — POÉTESSEGUERRIÈRE Il y a cette vidéo très belle de Deleuze, son Abécédaire, dans laquelle il y a ce fameux passage où le philosophe affirme de sa voix caverneuse que « le point de démence de quelqu'un est la source de son charme ». Et c'est bel et bien cette saine folie qui ne cesse de nous séduire dans le parcours de Julia Lanoë, chanteuse, co-compositrice et co-

auteur de Sexy Sushi et Mansfield Tya (dont on vous conseille chaudement l'écoute de l'excellentissime Corpo Inferno). Entre deux vannes un peu scato, nous avons pris le temps de parler des sabbats des sorcières, de Maupassant, d'humour noir, de peyotl et de Muriel Robin. Entretien.

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“J'AIME POUSSER LES LIMITES. C'EST VRAI QUE J'AI TOUJOURS ENVIE D'ALLER PLUS LOIN AVEC MON CORPS, HISTOIRE DE VOIR CE QU'IL VA SE PASSER (…) C'EST UNE MANIÈRE DE SE SENTIR VIVANT.” 8


Julia, pour commencer cette interview, j'aimerais revenir sur le titre du très poétique dernier album de Mansfield Tya, Corpo Inferno, où se juxtaposent les idées du corps et de l'enfer. La poésie est-elle justement la réponse, la solution par rapport à cet « enfer d'être coincé dans un corps » ? Il faut bien que l'on fasse une chose une fois que l'on est enfermé là-dedans. On pourrait aussi attendre que ça passe, moi je préfère créer et composer, ça m'aide à supporter notre condition humaine. Après, je ne suis pas non plus quelqu'un de complètement désespérée, j'ai aussi de la joie de vivre. La création artistique permet juste de rendre la chose moins difficile. Quel est ton rapport au corps ? J'aime pousser les limites. Plutôt satisfaite aussi d'être dans ce corps-là. Mais c'est vrai que j'ai toujours envie d'aller plus loin avec, histoire de voir ce qu'il va se passer. Je pense que cette expérience des limites, c'est une manière de se sentir vivant. Et ça n'a rien à voir avec l'autodestruction. Est-il vrai que tu es fascinée par la fin du monde, les sabbats de sorcières, le satanisme ? J'adore l'ésotérisme, ça me fascine. Rien à voir avec les religions, qui pour moi sont juste des sectes qui ont été légalisées. En fait, j'aime vraiment les rites. Qu'ils soient sataniques, païens, etc, les rites sont des choses que l'on ne comprend pas mais que l'on a décidé de faire, même si cela peut parâtre ridicule : allumer 7 cierges, tourner sur soi-même, lancer un chat en l'air, étriper un poulet, dire un mot en latin, et hop, ça va faire apparaître Jean-Louis David. Il y a aussi un côté "rituel" lorsque la musique prend vie sur scène… Oui, il y a quelque chose d'incantatoire. Que ce soit dans Sexy Sushi ou dans Mansfield Tya, il y a un côté obsédant à répéter une suite de

mots, ce côté "scandé" peut vite installer une transe. Justement, j'aimerais maintenant te parler de tes groupes, Mansfield Tya et Sexy Sushi. L'un est intimiste, fragile, mélancolique, l'autre punk, dada, WTF. Comment s'articule cette dichotomie dans ta cervelle ? En fait, j'ai commencé les deux groupes au même moment, il n'y a jamais eu de prépondérance d'un projet sur l'autre. J'ai toujours eu des périodes : deux ans de Sexy Sushi, deux ans de Mansfield Tya, et pour moi c'est très naturel de travailler sur ces deux fronts. Avoir un seul groupe, ça me rendrait folle : être avec les mêmes gens pour composer, créer, être en tournée… Je ne pourrais pas, c'est bien d'alterner. La dichotomie Sexy Sushi/Mansfield Tya, l'un punk, l'autre romantique, est un peu trop facile. Dans Sexy Sushi, il y a vraiment des textes mélancoliques, au fond du trou… Si je les chantais avec des violons et des guitares, on se rendrait compte à quel point c'est triste aussi. Pour moi, c'est la même facette, j'écris de la même manière. Par contre, ce sont mes partenaires qui font la différence. Mitch dans Sexy Sushi m'amène l'absurde, Carla dans Mansfield Tya, la dramaturgie. Oui, et réciproquement, il y a aussi de l'humour dans Mansfield Tya. Je suis contente que tu soulèves ça, parce que c'est vrai qu'on définit tout le temps Mansfield Tya comme un groupe un peu triste. Les chansons sont noires, certes, mais elles sont aussi cyniques. Et le cynisme, c'est drôle, on peut rire de notre noirceur, des problèmes du monde, on essaye de ne pas toujours se prendre au sérieux ; la dérision, c'est super important pour nous. Tu lis quoi ces derniers temps ? Je relis pas mal de nouvelles de Maupassant, dont une qui s'appelle La Main gauche. 9


C'est un texte sur la masturbation ? Non (rires). En fait on a sorti un album de remix du même nom, avec Rone, Flavien Berger, Camilla Sparksss… On l'a appelé La Main Gauche en référence à Maupassant. Rien à voir avec la masturbation, la main gauche, c'est en fait la mauvaise voie, la voie déviante, non orthodoxe. C'est la vilaine main. Il y a des écrivains qui sont obsédés par le caca. Toi, tes grandes obsessions en écriture, c'est lesquelles ? J'aime que mes thèmes ne soient pas datés. J'aime écrire sur les batailles et la mort. Et puis les trois axes de la création, c'est un peu l'amour, le caca et la mort, non ? T'aimes bien Antonin Artaud ? Oui, je l'ai pas mal lu et écouté. J'apprécie particulièrement sa voix, sa folie, et puis il a touché vraiment à des choses essentielles de l'être humain. Tu as lu son bouquin, Les Tarahumaras, où il est parti en Amérique du Sud bouffer du peyotl ? Non, mais j'ai fait ça moi aussi. Ah ouais ? Intéressant ça… Oui, je suis partie au Mexique pour vivre cette expérience. Il y a tout un processus : on ne pouvait pas manger ça ailleurs que dans la montagne des Huichol. Il faut aller acheter le peyotl à Mama Huichol, une vieille mamie de 80 ans qui prépare ce truc-là. Après, il faut gravir une montagne, c'est très symbolique, et faire une offrande : on a donné quelque chose qui nous tenait à cœur à la rivière. Et surtout, il ne faut rien emporter sur soi de la montagne, ni une baie, ni une fleur. Quelle a été ton initiation ? J'étais avec deux amis, et eux, ça leur a vraiment donner la vision de la beauté du monde. Moi, j'étais sous quatre ponchos alors qu'il 10

faisait 48 degrés. Et je me prenais pour un lézard. Je me suis rendu compte que j'étais plus visuelle que gestuelle. J'étais assez à l'aise sur des tas de cailloux hyper pointus. Tu sens qu'on vit une période de crise, une période charnière en référence à votre très beau morceau La fin du monde, on attend ? Oui, c'est le bordel. Ça a été très étrange de chanter cette chanson lors de notre release party le 13 novembre. J'en ai pas beaucoup reparlé, parce que ça a été difficile de chanter ce texte juste avant ces attentats. On était au Café de la Danse, et le concert s'est fini au moment où les premiers tirs ont commencé. Je me dis qu'on est la cause de toute cette merde, tout ça, c'est la conséquence de nos politiques depuis 50 ans… Le milieu de la musique, tu le vois comment, là, tout de suite ? Je me pose pas mal de questions. On nous impose quand même en tant qu'artistes des séquences albums/propos/tournées qui peuvent être lassantes à la longue. C'est très bien de faire des chansons, de communiquer avec le public mais il y a tout un pan de ce truclà qui nous transforme en objet marketing. Il faut vraiment tourner, tourner pour pouvoir survivre, il faut vendre tant d'albums sinon c'est la cata… Pour finir, une question métaphysique : ton petit remède contre la gueule de bois ? Je regarde des comiques sur YouTube. J'ai à peu près regardé tous les shows comiques de la Terre parce que j'ai souvent la gueule de bois (rires). Là, je suis vraiment dans les bas-fonds, j'en suis rendue à mater Muriel Robin. Mansfield Tya Corpo Inferno (Vicious Circle Records)


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MUSIQUE T

ARNAUD ROLLET P JEAN FUNK

JEREMY UNDERGROUND — HOW DEEP IS YOUR LOVE Au moment où vous lirez ces lignes, Jeremy Underground aura normalement tué le dancefloor du Rex pour sa toute première All Night Long dans le temple mythique de la nuit parisienne. Avant de lâcher du groove

plus de sept heures durant, le Dj et fondateur du très réputé label My Love Is Underground nous recevait dans un café de Bastille, pas loin de là où son amour inconditionnel de la house a débuté. 15


En interview, tu parles souvent de ton premier vinyle acheté à l’âge de 10 ans : la compilation Hi-Fidelity du label Guidance. Exactement. Acheté chez Rough Trade à Arnaud Rebotini à l’époque, quand il était l’un des vendeurs du magasin avec Ivan Smagghe. Ce vinyle, je ne le connaissais pas avant de l’acheter : je suis simplement arrivé devant le comptoir et j’ai demandé de la deep house. Le terme n’était pas galvaudé comme aujourd’hui, avec plein de gens mal intentionnés qui se l’approprient alors que la musique qu’ils proposent n’en est pas vraiment. Cette compilation, c’est vraiment de la deep house et c’est l’appellation que je connaissais pour l’avoir découverte à l’époque. Qu’est-ce qui t’a poussé à ouvrir les portes de Rough Trade ? Après avoir découvert la house via les émissions de DJ Deep sur Nova, j’ai demandé à ma mère de m’emmener chez les disquaires ! Or, le quartier légendaire des disquaires à Paris a toujours été Bastille – il l’est encore aujourd’hui même si la donne a un peu changé. On est simplement entrés dans la première boutique, celle de Rough Trade. Ça a dû lui faire bizarre à Rebotini de voir débarquer un gosse. Tu étais le plus jeune client du shop ? Ouais, mais je n’y allais pas toutes les semaines. Forcément, je n’étais pas du tout indépendant pour pouvoir y dépenser tout mon argent de poche. Mais j’y retournais de temps à autre, ainsi que chez d’autres disquaires. Mais oui, les mecs ont quand même dû halluciner ! Bon, ce ne sont pas non plus des gens avec qui j’ai jamais eu contact par la suite. Par contre, Deep, je lui ai demandé un autographe à l’âge de 10 ans ! Et cinq ou six ans après, je le retrouve derrière le comptoir du shop 12 Inch. Je lui demande s’il se rappelle d’un gamin qui lui a demandé un autographe et il me répond que 16

oui, qu’il s’en souvient. « Eh bien ce gamin, c’est moi ! » Évidemment, j’avais bien grandi entre les deux fois. Cette première rencontre avec Deep, c’était où ? J’avais demandé à ma mère de m’emmener aux studios de Nova, pas loin de Bastille. Un jour magique pour le gamin que j’étais, voire carrément mythique et mystique ! Il se trouvait que Deep était présent ce jour-là, d’où l’autographe. Et dans l’ascenseur, je suis aussi tombé sur Bizot ! Après, ça m’a pris plusieurs années avant de retourner chez Nova, puisque j’ai fait une interview chez David Blot au mois de janvier. 20 ans avaient bien dû s’écouler… Les débuts se sont faits comme ça pour moi, de façon très précoce. Je suis tombé amoureux du truc directement et, au final, c’est mon boulot aujourd’hui. Il y a une certaine logique à tout ça, un certain destin ! En tant que gamin qui achète des vinyles deep house, j’imagine que tu es un peu à part. Je n’étais pas forcément le mec le plus populaire de la classe, c’est sûr. Tu étais un peu le nerd musical. Et aussi le premier de la classe. Je n’étais pas forcément bien dans ma peau… et ne le suis toujours pas 20 ans après ! Être immiscé dans un truc aussi pointu et underground à un si jeune âge n’a donc pas été un facteur de bienêtre. Ce n’était pas évident. Dans le milieu des 90’s, un enfant peut aussi se plonger dans les jeux vidéo, le foot, le hip-hop… Pourquoi la house ? Je ne peux pas l’expliquer : j’ai eu une espèce d’illumination un soir où je suis tombé sur une émission de Deep sur Nova. Les cassettes que j’enregistrais, je les écoutais en boucle. Ça m’a pris aux tripes, ça m’a retourné et me retourne encore aujourd’hui. Je ne peux pas dire pour-


“JE ME BATS POUR LA RECONNAISSANCE DE CE QUE J’APPELLE LA HOUSE TRADITIONNELLE, CELLE DES ORIGINES, DE 1985 À 2000. QU’ELLE SOIT RECONNUE COMME UNE CULTURE EN TANT QUE TELLE…” 17


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quoi j’ai aimé la house, la deep house américaine traditionnelle, et pas autre chose. C’est comme pourquoi je préfère les blondes aux brunes. C'est en moi, c'est comme ça. Après, c’est vrai que gamin, j’ai toujours été attiré par les adultes. Je considérais que cela m’apportait plus de choses d’être avec des gens plus âgés. Vient le moment où tu quittes le lycée afin de pouvoir t’acheter encore plus de disques… Mon adolescence a été très tumultueuse. J’ai perdu ma mère quand j’avais 15 ans et le parcours de premier de la classe s’est totalement inversé : je suis devenu le dernier. A cette époque, je perds un peu espoir en tout. Il n’y a plus que les disques qui me font me sentir bien et, effectivement, pour en acheter, il faut de l’argent. Comme je n’ai plus aucun projet d’avenir en termes d’études, je fais des petits boulots. A la suite de ça, ma collection a commencé à devenir plus sérieuse. Bon, mon équilibre psychique ne s’est pas forcément amélioré en consacrant tout à l’achat de disques, loin de là ! Je suis alors entré dans une démarche un peu plus "extrême", vers un côté plus obsessionnel, celui du collectionneur. C’est aussi ça qui forge ma connaissance de la house, ce truc qui fait que je me sois lancé dedans à corps perdu parce qu’il n’y avait plus que ça qui me faisait plaisir dans la vie et me donnait des sensations. C’est peut-être de la psychologie de bas étage, mais ne crois-tu pas qu’il y ait un lien entre le décès de ta mère, qui t’a emmené à Rough Trade, et ton besoin d’acquérir toujours plus de disques ? Peut-être… Faudra que j’en parle à ma psychanalyste ou plutôt à ma sophrologue ! En tout cas, c’est la passion qui me sauve du mal-être et de la dépression. Le métier que je fais en ce moment, c’est tout pour moi : jouer la musique que j’aime, voir que ça plaît aux gens, que j’initie les jeunes, ça a vraiment du sens pour moi.

A quel moment n’as-tu plus envie de garder tout ça pour toi ? J’ai acheté ma deuxième platine en 2004, sur le tard, car j’ai longtemps été plus porté sur la musique en elle-même, les émotions qu’elle me procure, que sur la recherche de l’enchaînement parfait ou le matos. Je ne m’étais jamais dit qu’un jour je serais Dj. C’est plus des incidents de parcours qui m’ont fait le devenir. J’ai lancé le label, puis on a commencé à me booker en soirées, etc. Tout est venu à la fin de l’adolescence, vers 2000-2002, avec l’ancien copain de ma sœur qui était Dj : il avait deux platines et c’est chez lui que j’ai pu commencer à comprendre le rythme, le tempo, etc. Je ne me suis jamais dit non plus qu’il fallait absolument que je trouve des gigs comme le Dj débutant qui essaye de se faire connaître dans les bars de son quartier. Ça m’est arrivé de le faire, mais ce n’était pas obsessionnel car, jusqu’à peu, j’avais aussi un énorme pessimisme en moi : j’étais persuadé que personne n’en avait rien à foutre du garage, que les seules musiques électroniques populaires, c’était la tech house et la minimale. Je pensais que cette musique était révolue, que les jeunes n’y connaissaient rien, etc. J’ai su renverser la tendance à coups d’énergie et maintenant, j’arrive à faire mes soirées où je joue ce que j’aime et les gens aiment aussi. Ce n’est pas une musique qui m’appartient – elle a été jouée par bien d’autres avant moi –, mais plus personne ne la jouait il y a cinq ou six ans de ça. Tu sais, moi je me bats pour la reconnaissance de ce que j’appelle la house traditionnelle, celle des origines, de 1985 à 2000. Qu’elle soit reconnue comme une culture en tant que telle, qu’il puisse y avoir des Dj's comme moi dont la spécialité est de jouer ça, avec des soirées dédiées. Que ce courant soit respecté et vécu à part entière. C’est ça mon combat principal via My Love Is Underground. — facebook.com/jeremyunderground 19


SuĂŠes nocturnes Alexandre Miraut Korobov pour le Bonbon Nuit facebook.com/alxkorobov

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LITTÉRATURE T

LES

TARA LENNART

MOTS MINUIT

Blanche comme une page, la nuit s’inscrit aux abonnés absents. Pas de marchand de sable à l’horizon ni de pilules magiques pour baver

DE

dans les bras de Morphée. Ne cherchez plus, lisez. Et dans votre lit, c’est encore mieux !

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Orgasme Chuck Palahniuk Quand Palahniuk pastiche 50 Shades of Grey et balance une bombe de vitriol sur notre société de consommation, attention les dégâts ! Une apprentie avocate un peu gourde, Penny, tape dans l’œil de l’homme le plus riche du monde surnommé "Orgasmus" et va, au risque de sa vie, percer son secret. L’esprit thriller de Fight Club mélangé à une bonne dose de loufoquerie et de délire ludo-sexuel, que demander de plus pour ne pas dormir ? (et avoir des idées pour pimenter sa vie sexuelle) — Editions Sonatine Entre Hommes Germàn Maggiori Tenez-vous-le pour dit : ce polar est une bombe internationale. Un concentré de brutalité extrême et de violence aveugle. Une partouze avec des prostituées et des travestis tourne mal, un malfrat filme la scène, les flics doivent retrouver la cassette qui mouille clairement un politicard véreux. Le problème, c’est que tout et tout le monde est véreux, corrompu, violent et sans limites. Flics, voyous, malfrats, criminels, politiciens, tous nagent dans une mare de sang et de poudre qui peut mener très très loin… Et vous ne posez pas le livre tant que vous n’en savez pas plus ! — La Dernière Goutte Fight Club 2 Chuck Palahniuk & Cameron Stewart Bon, on s’en souvient : dans Fight Club, Tyler Durden était un peu perturbé psychologiquement mais bien décidé à mettre une droite au consumérisme et au capitalisme. 10 ans après, Marla Singer continue les groupes de paroles, elle a un enfant et s’est mariée à "Sebastian" qui gobe des pilules à tout-va. Tyler n’est pas loin, et cette fois, il en a après le monde entier… Superbement dessiné et mené, ce roman graphique se paye le luxe de prolonger l’univers unique d’un des meilleurs romans pop du siècle, en lui apportant un nouveau souffle ! — Editions Super 8 24

Corrosion Jon Bassoff Ces Américains exagèrent. Ils sont capables d’écrire des polars absolument énormes et sadiques avec très peu d’éléments. Un ancien soldat défiguré, un bled douteux, des bagarres dans les bars, des filles un peu faciles et manipulatrices… Non seulement c’est un polar mené de main de maître mais c’est encore plus : un conte cruel, un précis de psychopathie et de folie sans limites au fin fond d’une ambiance white trash. Lynch est visiblement allé prendre son café avec Tarantino dans un drôle de drive ! — Editions Gallmeister M Train Patti Smith En voiture, Patti ! Sous la forme d’un carnet de voyage truffé de références, allusions, souvenirs, lieux, le nouveau livre de Patti Smith se promène dans sa vie. Elle évoque, et invoque, ses anciens amis, ses référents, les êtres chers qui sont partis sans fards ni postures, elle parle du lieu de son humanité. Doucement mélancolique, magnifiquement intègre, l’artiste déploie un romantisme tendre qui nous rassure et nous transporte. Oui, vieillir, c’est difficile, parfois. — Editions Gallimard Sexpowerment Camille Emmanuelle Quelle bouffée d’air frais ! Quelle vision décomplexée et vivante du sexe, des rapports amoureux, des relations homme/femme, de la sexualité et de ses courants multiples ! Camille Emmanuelle décrypte, analyse, propose, réfléchit à la question (le cul sous toutes ses formes et implications) avec la rigueur d’une sociologue et la simplicité déjantée d’une copine avec qui on aime parler à l’apéro. Libre, intelligente, sensée, la journaliste livre ici un essai indispensable à toute personne de tout âge et tout horizon qui s’interroge un minimum sur la sexualité, la sienne et celle de la société. — Editions Anne Carrière


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CINÉMA T

PIERIG LERAY

CANNES 2016 BACK TO BUSINESS

De retour nous sommes, le Bonbon Nuit débarque sur la croisette pour une sélection 2016 en family, entre la cuisse blafarde de Dolan, les crânes chauvesques des Dardenne et la touffe grisâtro-dépressive de Jarmush. Ma frêle carcasse tentera chaque jour de vous balancer ma hargne habituelle sur les films en compétition, les perles rares des sélections parallèles et les plantades rocambolesques que l’on aime pourfendre. Mais ce n’est pas tout, mes déviations nocturnes légendaires s’entremêleront aux critiques dans une insomnie qui sera, je l’espère, porteuse d’une verve explosive. Avant cette éternelle quinzaine, détour et contour d’une sélection officielle 2016 qui ne laisse que peu de place à l’improvisation : du lourd. 26

Juste la fin du monde de Xavier Dolan 10% de palmitude Comme toujours avec Xavier Dolan, on va sortir tremblotant, la larme à l’œil, avec cette agaçante sensation tourbilloforme au ventre, lui qui joue sur notre nostalgie proustienne. Et puis la superficialité de son image s’envolera pour un oubli massif et plombant quelques jours après. Le casting ne joue pas en sa faveur, avec une tripotée d’arrivistes franchouillards toujours là au mauvais moment (Cotillard, Cassel), et ses interviews dans la presse non plus (« Je vise la palme d’or »). Tout semble en ordre pour un croutage aérien en plein milieu de la cour de récré. Xavier ? Absent.


Paterson de Jim Jarmush 5% de palmitude Bien que l’espoir doré semble difficilement accessible, me voilà tout bonnement excité – et croyez-moi, il faut me pousser – devant la promesse d’un cinéma américano-rohmérien réaliste. La poésie omnipotente, lettre de noblesse du cinéma de Jarmush, Adam Driver, qui n’est pas que le fils de Han Solo, et un carnet secret de mots doux me suffiront à un bonheur douillet. Vraisemblablement sans prétention (cf. film au-dessus), Paterson sera une parenthèse d’accalmie bienvenue et plus perçante qu’apparente.

Loving de Jeff Nichols 40% de palmitude Epoustouflé par ses débuts, il est depuis Take Shelter mon pari sur l’avenir. Disciple non avoué du plus grand (Malick, à mon désespoir absent cette année), Jeff Nichols s’est un brin fourvoyé avec Midnight Special (pour être sévère) et bascule son cinéma de genre en un drame historique qui semble, de très loin, ubuesque. Mais tâchons de faire confiance à l’entriste Nichols qui saura, j’ose l’espérer, tirer de cette guerre raciale américaine plus qu’une simple histoire d’amour. Et pourquoi pas aller choper le cœur du réalisateur de Babe 2, forcément attendri par des joues rosées (George Miller, président du jury, ndlr).

Personal Shopper d’Olivier Assayas 50% de palmitude Je me rappelle d’un Sils Maria à 8 heures du matin après une nuit très courte, les paupières sont lourdes, le regard vitreux mais la douceur des Grisons suisses me maintient à flots à côté de Juliette. Binoche n’est plus, reste la sublime Kristen Stewart dans une histoire de fantôme à Paris. Sensible à l’extraordinaire dans l’ordinaire, Miller pourrait craquer pour Assayas. S'il s’y refuse, je vois ce Personal Shopper comme une belle surprise de la rue Montaigne cannoise.

La sélection officielle est d’une rare densité, n’oublions pas le retour de Refn avec l’ultra esthétique The Neon Demon (10%), Sean Penn et sa belle histoire d’amour humanitaire avec The Last Face (60%), Almodovar et sa Julieta (5%), les abonnés Dardenne avec La fille inconnue (30%), les petits frenchies toujours outsiders pour un prix du jury avec Dumont et sa Loute, Nicole Garcia avec Mal de Pierres et après l’excellent Inconnu du lac, Guiraudie peut créer la surprise avec Rester vertical (40%). Et on oublie lamentablement Ken Loach, Daniel Black (30%). Avec une telle sélection officielle, je ne sais guère comment je vais m'en sortir vivant, ou du moins en bonne santé mentale. 27


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Š Valentin Pinel


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ART T

MPK EMMANUELLE TRICOIRE & NICOLAS BELLONNE P

HANNIBAL VOLKOFF — L'ŒIL DES CORPS SATURÉS Hannibal Volkoff est un personnage étrange et fascinant. Jeune DA de la très active galerie Hors-Champs, photographe libertaire et observateur précis de la génération "préapocalypse", ce jeune homme (même pas

30 ans) manie aussi bien le lexique marxiste que son Canon 7D. Il était tout à fait essentiel par les temps qui courent que nous fassions connaissance.

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Cher Hannibal Volkoff, décline-nous poids, taille, date et lieu de naissance, régime alimentaire, phobies et addictions. 1m69, 56 kilos. Né le 4 septembre 1986 à Nantes. Je mange beaucoup de viande parce que ça aide à digérer lorsque l'on est alcoolique et drogué. Je bois beaucoup d'alcool, vin blanc, whisky, vodka… Parfois, je mange aussi des légumes. Je fais cependant attention à ne jamais devenir vegan, car c'est pour moi une véritable secte, pire, une maladie mentale comme la paranoïa ou la schizophrénie. Je n'ai aucune phobie particulière. Ma plus grosse addiction : les culs, j'ai un fétichisme très très violent des culs. J'aime avant tout les culs masculins et pas forcément nus. Voir un cul moulé dans un pantalon, c'est absolument fascinant. Tu qualifies ton travail de "reportage communautaire", peux-tu un peu développer cette ligne directrice ? Pour moi, cette notion de "reportage communautaire" s'est surtout révélée avec les soirées Club Sandwich et Flash Cocotte, de 2009 jusqu'à 2012. On y voyait clairement des nouveaux mouvements qui me paraissaient subversifs, en jouant sur diverses codes comme le mélange des genres sexuels, culturels, sociaux qui se traduisaient dans les looks. J'ai beaucoup aimé le fait de se débarrasser de toute limite. Tout ceci correspond à la définition politique du queer, c'est-à-dire que cela ne concerne pas seulement l'homosexualité. On se fout des barrières. Et pour moi, ce reportage communautaire est un reportage de crise : quand il y a une crise très très violente, juste avant, il y a cette décadence où l'on devient le plus excentrique et le plus exubérant possible. Tu as également participé à l'expo Night-clubbing récemment. Quelle est pour toi la noblesse de ce sous-genre qu'a longtemps été la photo de soirée ? Dès qu'un sous-genre est déprécié, il comporte 32

déjà une forme de noblesse. Dans la pratique photographique, le club est un terrain intéressant parce que ça bouge tout le temps, on se laisse surprendre… Pour le coup, c'est vraiment un art de capter un éphémère qui ne se révèle qu'à ce moment-là. Et pourquoi la nuit ? c'est un terrain de liberté, et on est certain qu'on ne verra pas une connasse dire : « Et les enfants alors ! », parce qu'ils sont tous couchés. Qu'est-ce que le beau pour toi ? Il y a bien évidemment plusieurs manières de le définir, la plus basique est de l'opposer au laid, comme une belle carte postale, un beau visage, avec des bonnes proportions. Cette beauté-là, je m'en fous. Les photos de mode, l'homo-érotisme classique, tout ça, ça ne m'intéresse pas. Et puis il y a le beau dans sa dimension subversive, qui est un jeu dialectique qui porte en lui une tension : c'est la beauté confrontée à ce qui va la troubler, que ce soit quelque chose de morbide ou de bizarre. C'est très baudelairien ça… Oui, je crois que Baudelaire a touché quelque chose d'extrêmement juste. Cette idée d'image ouverte, comme la définissait DidiHuberman, a une dimension spirituelle aussi. La tension ouvre la beauté, et par ce trouble, la révèle. C'est là que la beauté devient émouvante. Et puis la beauté qui me touche le plus a toujours quelque chose de nocturne, que ce soit Caravage, Boch, Goya, Bataille… Ton regard esthétique sur Nuit Debout ? Je n'arrive pas à y prendre des photos, je trouve beaucoup plus mon compte dans la vidéo, ça retransmet mieux l'énergie. Tous ces gaz lacrymogènes, ces pavés dans la gueule, ces cris, les pétards qui explosent… Il y a une véritable chorégraphie qui est beaucoup plus codée qu'on ne le croit. C'est étrange, on a l'impression que des deux côtés, ils prennent leur pied. Ce qui est normal, parce que je pense que les flics


s'ennuient énormément, et qu'il ne faut également pas sous-estimer la part d'ennui dans le militantisme. Bref, je trouve tout ça esthétiquement très beau. Et puis il y a cette énergie de la jeunesse, avec ces corps en pleine santé et très séduisants. Un ami me disait d'ailleurs que j'étais un photographe du corps excessif, du corps saturé. Je pense qu'il a raison car que ce soit dans mes partouzes, dans les soirées ou les manifestations, c'est toujours ça qui m'intéresse : la tâtonnement des limites. Et politique ? C'est absolument passionnant. Je reste de toute façon très très pessimiste sur l'avenir du monde, je crois que tout est foutu. On va au devant de drames écologiques, démographiques, économiques, vraiment absolus. Mais au sein de ce pessimisme, je suis toujours

attentif aux souffles qui vont dans le sens de la liberté, qui remettent les choses en cause. Et là j'ai trouvé que la Nuit Debout est la chose la plus intéressante qui ce soit passée ces dernières décennies. La révolution est-elle l'extase de l'Histoire ? Oui, il y a un peu de ça. Dans "l'extase" il y a quelque chose d'hystérique, psychiatriquement parlant. Slavoj Žižek rajoute d'ailleurs làdessus que l'hystérique est toujours quelqu'un qui s'oppose à la société, qui s'oppose à un ordre. C'est pour ça que pour lui, l'hystérie est plus intéressante que la perversité, qui elle, joue toujours des codes de la société. — Galerie Hors-Champs, 13 rue de Thorigny - 3e hannibal-volkoff.fr

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Stéphane Arnoux est cinéaste. Entre deux films il crée des musiques et des images, fragments d’un cinéma imaginaire qui se construit au fil du temps. Ses photographies sont avant tout des instants captés, le plus souvent à l’argentique et en noir et blanc. Elles traduisent l’émotion de la rencontre ou mettent en scène la sensualité que peut dégager un visage, un geste, une attitude. Ses derniers projets en cours sont des portraits de la jeunesse dans son environnement et un travail à venir sur les histoires que racontent des corps âgés. cinebulle.tumblr.com / chatsauvagefilms.com

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GONZO T

RAPH LA RAGE

LES SOIRÉES HYPNOSE — MYTHE OU ARNAQUE ?

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ATTENTION : LES OPINIONS DE L’AUTEUR N’ENGAGENT QUE LUI L’hypnose est un sujet que j’ai toujours rêvé de démolir. Pas le concept de l’hypnose en lui-même, je n’ai pas cette prétention, mais l’hypnose spectacle. Le fait d’utiliser cette discipline afin d’impressionner trois cents mille crétins chez Patrick Sebastien le samedi soir sur France 2. Ce bâtard de Mesmer par exemple, j’aurais bien aimé me le faire. Mais par flemme et lâcheté je choisis la facilité, une association de pratiquants à la petite semaine, des hypnotiseurs en carton. Je décide de démarrer en bas de l’échelle, l’hypnose bien bien pourrie. Et dans un bar miteux de préférence.

Ⅰ Le rassemblement que je choisis presque au hasard via des événements Facebook se déroule tous les jeudis dans les sous-sols mal décorés d’un resto-bar à chier d'Odéon qui fait des crêpes bio dégueu. Par respect, on ne citera pas le bar… J’arrive donc au Zinc, rue Monsieur-le-Prince, un peu en retard. Mais je vois que je n’ai rien manqué. Trois mecs qui semblent tout droit sortis du Jamel Comedy Club commencent à nous présenter le truc comme des lycéens de banlieue. L’un d’entre eux, un peu looké comme le Maître Gims, nous présente l’hypnose : « Ouais donc tu vois l’inconscient, c’est ce qu’il y a au-dessus du conscient. Bref, c’est ce que ton cerveau voit pas. Tu vois ? » Au niveau du public, y'a pas mal de vieilles connasses, quelques hardos aux looks ringards, pas mal de beaufs et un couple de cons. En tout cas c’est sûr, personne ne vient de Paris. Tous venus dans l’espoir de faire 38

comme chez Hanouna quand Gilles Verdez était persuadé qu’une vache (présente sur le plateau) était Rihanna. lol. Enfin faut pas trop en rire, ça lui est resté pendant des semaines. Récemment il a confondu Joey Starr avec un blaireau perdu dans sa loge et s’est pris une déconvenue en direct à la télé. mdr. L’hypnose ça peut être dangereux.

Ⅱ La star de la soirée arrive. Le spécialiste de l’hypnose spectacle en salon bruyant, le Mesmer de Pontault-Combault, appelonsle Jean-Pierre. Un prénom beaucoup donné aux Asiatiques dans les années 80 pour passer inaperçu. Ce qui a fait beaucoup de mal à toute une génération de Jean-Pierre asiatiques, aux parents qui n’ont pas pensé tout de suite que c’était un prénom de mec de 50 balais. Après quelques blagues nazes de bienvenue - des vannes d’un niveau encore plus pitoyable que celles que je viens de vous faire -, le mec a eu besoin de lancer des vannes communautaires débridées sur les Asiatiques qu’il semble vouloir représenter, comme pour installer un climat de confiance. Parfois le mauvais humour communautaire fait l’effet inverse de ce qu’il est censé procurer et me fait me sentir dans un pays bien raciste. Mais c’est un autre débat. Le type nous fait un premier test, un truc avec des doigts qui s’écartent et qu’on est censé ne plus pouvoir écarter après. Seulement j’arrive à faire l’impossible, sans problème. Ça ne fonctionne pas, les dés étaient pipés… « Bon, ceux qui ont ressenti un effet sont ceux qui sont sensibles à l’hypnose. Qui a senti un truc ? » Tous les gens les plus moches présents dans la salle lèvent la main. Et croyez-moi, ils n’avaient pas l’air d’être les plus finauds non


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plus, en général ça va de paire. L’audience se divise en plusieurs groupes. Comme en EPS, je suis choisi dans le groupe le plus pourri, dirigé par le Maître Gims, celui du couple de cons avec qui je commence un peu à discuter. C’est la troisième fois qu’ils viennent, ils sont comme des oufs. Le mec s’appelle Fabien, un prénom de mec sympa mais un peu con. Ce dernier ne déroge pas à la règle.

Ⅲ Notre professeur commence à essayer de nous détendre. Comme une vieille cassette de relaxation achetée 30 francs chez Nature et Découvertes en 1996. Sauf qu’à la place du bruit des vagues ou d’un didgeridoo fait sur synthé, on entend les gens bourrés du dessus, et la voix de Jean-Pierre, qui parle super fort à son groupe attribué, et toujours en train de faire des blagues de merde. C’est insupportable. Pourquoi ne pas faire ça sur un quai de métro pendant que vous y êtes bande de charlatans ?! Après moults essais, le mec a beau faire son truc avec ses doigts pourris devant moi, les claquer et dire violemment « tu dors », ça ne fonctionne pas. Si vous aviez vu comme il avait l’air con… Ça valait pas bien le prix de l’entrée : une conso obligatoire. (ATTENTION SPOILER). Une bière que je n’ai même pas payée parce que je me suis barré avant la fin. Au bout du troisième essai, alors que tout le monde rentre en hypnose, je fais un peu semblant, peut-être que ça va venir. Mais non, toujours pas. Le couple bad trip, lui, tombe plus facilement en transe que moi. Après quelques mind fuck à la con, le Maître Gims fait se transformer la fille en Blanche Neige. Et là, la conne se transforme et parle avec une voix débile aiguë de pouffiasse. Elle commence à énumérer les animaux de la forêt qu’elle semble apercevoir. Je ne sais pas si ça m’énerve parce que j’ai envie de lui foutre une

beigne et voir si elle se croit toujours dans un Walt Disney, ou si je suis désappointé parce que ça ne fonctionne pas sur moi. Je fais chier mon maître d’ambiance pour ressentir au moins un petit truc. « Ce qui me ferait plaisir, c’est de rigoler un coup » lui dis-je. Il me susurre à l’oreille de suivre un escalier de marbre puis de me retrouver dans une salle de cinéma où serait diffusé le film le plus drôle que j’ai jamais vu. Je m’imagine Lucy de Luc Besson (c’est vrai que j’avais bien rigolé) et me mets à me marrer. Lui se sent satisfait, mais qu’il ne s’enflamme pas, c’est juste que la tête de merde de la voisine d’en face en transe me fait marrer. Je ne suis absolument pas hypnotisé.

CONCLUSION Je retourne donc finir ma bière et parle un peu au couple sur qui ça a marché. C’était rigolo. Leurs épaules servaient de bouton. En touchant à droite, ils se transformaient respectivement en Blanche Neige donc, et en Grincheux. Je joue un peu avec eux, ça me rappelle la blague de la télécommande à tête de con de quand t’es gamin. Je les remets normal pour leur poser une question qui me taraude depuis un moment. Quelle profession exercent les deux seuls couillons avec qui l’hypnose low cost marche à donf. La réponse, aussi choquante que sans surprise, me frappa aux oreilles comme une évidence insoupçonnable : - On est comédiens (éclat de rire). J’appuie sur le bouton Blanche Neige, je branche l’autre en mode Grincheux, et je les laisse s’éclater pendant que je me casse. - Monsieur ! Il faut régler la bière. - Je vais juste fumer j’reviens ! Tiens, je t’ai bien hypnotisé fils de pute. 41


Acid Avengers, c'est qui, c'est quoi ? Anciennement nommé Acid Attack !, Acid Avengers est un label de soirées créé par Tripalium Records dont l'objectif est de « mettre à l'honneur les sons hallucinés qui ont fait l'âge d'or de la rave, et qui, aujourd'hui encore, imposent leur sens intemporel de la fête sur les scènes techno, house et IDM. » Acid Avengers, c'est un son, c'est une teuf, mais c'est aussi une esthétique. Enters Ivan, aka Prozeet, concepteur graphique de ces délirants flyers à la touche délicieusement BD. Né en 1983, Prozeet est un graphiste à l'ancienne : pour ses illustrations, il réalise d'abord un crayonné qu'il repasse d'un encrage au feutre fin, avant de numériser l'ensemble pour le retravailler informatiquement (« sauf le dernier flyer », nous confie-t-il, « celui-ci, je l'ai directement dessiné à la tablette gaphique »). Ce détail a son importance : c'est peut-être pour cela que ses dessins sont si vivants. Le slogan des soirées Acid Avengers - "un œil dans le passé et un pied dans le futur" - s'incarne à merveille dans son trait, qui rappelle les maîtres du roman graphique américain. En s'intéressant de plus près à sa production graphique, on y décèle tout ce qu'on associe aux comics arty US, Charles Burns en tête, et à l'esthétique rock et street en général : le clair/obscur porté à son paroxysme avec des ombrages en à-plats de noir hachuré caractéristiques, un sens de la composition extrêmement développé et une certaine jouissance dans le détail référencé. Aujourd'hui, Ivan est à la fois dessinateur de BD et illustrateur freelance : il se consacre en ce moment à son dernier projet, Bastard Comix #2 - une BD 100% sérigraphiée à la main qui sort chez Le Chakipu. 42

Stylistiquement, les illustrations de Prozeet nous rappellent les plus belles heures de l'affichage rock et underground, qu'on peut retrouver dans des ouvrages de référence tels que la Bible du genre Art of Modern Rock : The Poster Explosion de Paul Grushkin & Dennis King ou, plus près de nous, dans le recueil de Didier Maiffredy Rock Poster Art. A chaque mouture de soirée son concept : une icône, entourée de ses "Avengers" formant comme autant d'apôtres de l'acid. Ça vous rappelle quelque chose ? Jésus, La Liberté guidant le Peuple, les outlaws genre gang de Billy The Kid et, ce mois-ci, une sorte de mix entre les premiers pas de Neil Armstrong sur la Lune et Gravity. Le format de ces flyers est aussi un clin d'œil aux couvertures de comics américains et fanzines de BD US, comportant à chaque fois un numéro, un titre bien souvent énorme et une composition pleine page. Enfin, pourquoi cet omniprésent smiley ? Pour quiconque fréquente un minimum les soirées techno, la référence va de soi : le smiley, c'est l'icône de la new beat, des 90's, des raves et autres Summers of Love sous influence, aussi bien au sens propre que figuré, puisqu'avant d'incarner l'acid (le son-son), il incarne littéralement l'acide (la dro-drogue). Ou plus précisément les pilules d'ecstasy so 90's sur lesquelles on pouvait fréquemment le retrouver gravé, avant qu'il soit associé au mouvement rave et se retrouve imprimé sur les T-shirts des acidheads du monde entier. La boucle est bouclée, le smiley c'est la fête, le smiley, c'est la vie : vive les Acid Avengers. prozeet.tumblr.com


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INSOMNIE T

MPK

LA NUIT DES MUSÉES La soirée du samedi 21 mai sera un peu particulière puisqu'il s'y tiendra la 12e Nuit européenne des musées. Au lieu de clubber ce soir-là, on s'est dit que ce serait pas mal d'aller y faire un tour, du coup, on vous balance quelques infos et des suggestions de parcours. Presque entièrement gratuite et organisée par le ministère de la Culture et de la Communication, cette nuit dédiée à l'art regroupe 3200 musées répartis dans plus de 30 pays européens. Ayant pour but de démocratiser la culture, de nombreuses activités dévoileront à tous les publics une facette inédite ou différente du musée d'aujourd'hui : visites éclairées, street art et light painting, parcours ludiques, projections inédites, ateliers, concerts ou spectacles de danse, art numérique, chasses au trésor et jeux, autant d'animations exceptionnelles… Avec en plus cette année un nouveau projet numérique, la NUIT(MAGINATION), projet permettant aux internautes de légender les œuvres ayant trait à la nuit, rêve, immagination, via Facebook.

Parmi les dizaines de manifestations à Paris, le Bonbon Nuit vous a sélectionné les suivantes : → Street Art au musée Gustave Moreau, où vous pourrez voir les bestiaires du streetartist Codex Urbanus se croiser avec celui du légendaire Gustave Moreau. → L'artiste Huang Yong Ping investit le Grand Palais pour la Monumenta 2016. → Le concert de groove éthiopien au musée du quai Branly avec le groupe Krar Collective. → Le cinéma de nos ancêtres, démonstration de lanterne magique au musée des Arts et Métiers. → Mieux que les enquêtes de Bellemarre, les archives de la police de Paris vous ouvrent leurs portes à l'Hôtel de police des 5e et 6e. Pour plus d'infos, n'hésitez pas à aller sur nuitdesmusees.fr ! 45


TAPAGE NOCTURNE T

SYD ALEXENDER

NUIT DEBOUT La foule, assise, regarde unanime dans une même direction. On pourrait en son sein palper le battement des tempes à l’unisson, et prendre la température, qui avoisine la fièvre. Face à elle, le tribun s’enflamme : « Il faut que nous écrivions une Constitution, la Constitution de la République Sociale ! ». Tonnerre d’applaudissements. Damned. Nous sommes le 34 mars du Nouveau Calendrier et déjà une idée à la con pour enthousiasmer les camarades réunis place de la République. L’économiste et philosophe Frédéric Lordon vient de parler et la béatitude se lit sur les visages. Les mains se lèvent et reprennent la chorégraphie d’« ainsi font font font les petites marionnettes » en signe d’approbation à chaque fin de phrase, conformément au folklore immémorial des Assemblées Générales à tendance subversive. On a beau vouloir de tout cœur la destruction de ce qui paraît déjà être un monde ancien, où chacun serait voué à se construire soi-même comme une start-up et à se vendre comme une vulgaire marchandise dans une mise en scène péniblement narcissique, tendance "winner d’école de commerce qui a compris la vie", tout ce cérémonial quasireligieux cohabite très mal avec la gueule de bois et le manque de sommeil, même lorsque l’on cherche en toute bonne foi à se rendre utile à la révolte. Ce dimanche-là, c’était compliqué. J’en profite donc pour discuter avec les uns et les autres, à la buvette, devant les différents stands, dans les marges.

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Ce qui est fou avec Nuit Debout, c’est qu’à part quelques illuminés citoyennistes qui voient la Vierge en 3D quand on leur parle de refaire les institutions de la République, la plupart de ceux qui s’y trouvent s’en disent frustrés. Pas assez d’action pour les camarades autonomes, trop de violence contre les vitrines et les boucliers des gentils policiers pour certains écolos, trop de bobos et pas assez de présence des quartiers populaires pour quelques bobos, trop de prises de parole à deux balles, pas assez de projets politiques pour les représentants des partis, pas assez de syndicalistes, trop de touristes, trop de bonnes intentions : la liste est longue. Mais le fait est que tous ces gens qui trouvent à y redire tiennent fermement la place de la République depuis quelques jours et y retourneront encore et encore, feront face à la féroce répression des CRS (et derrière eux, du gouvernement, et derrière lui du MEDEF), bien conscients que ce mouvement, en fin de compte, c’est un peu ce qu’on en fera. Quelques jours plus tard (enfin, quelques nuits), le ton a changé. Les mandarins se sont faits rares, la Nuit Debout vit sa propre vie. Soir après soir, pendant que l’AG détourne l’attention des caméras, qui continuent d’y traquer en vain quelque mémorable intervention ou quelque franchissement de ligne rouge qui permettrait de condamner le mouvement, c’est sur les côtés que se trament les choses décisives, celle dont on parlera à nos petits enfants. Des groupes se forment : deux personnes discutent, les voix s’échauffent, les idées se


télescopent, un passant commente, la troupe s’agrandit, quelqu’un reçoit un texto : les CRS attaquent les migrants à Stalingrad, un tour de parole à l’AG annoncera la nouvelle et la petite troupe se met en marche pour faire barrage de son corps. Certains camarades se prennent à rêver que les migrants viennent rejoindre le mouvement place de la République. Echec. Débriefing. Les amitiés se nouent, d’autres projets prennent forme : il faut rejoindre les syndicalistes en lutte, soutenir ceux que l’on défère devant la justice, détruire les symboles que la mort sème sur notre chemin, banques, commissariats. En un clin d’œil, sortis d’on ne sait où, les projectiles peuvent pleuvoir et transformer un distributeur d’euros en œuvre d’art contemporain collective. Souvent traqués par les CRS, les camarades essaient de rester groupés, mais le troupeau s’amenuise, les ombres s’évaporent dans la nuit, mais se retrouveront bientôt.

feurs venus écouter de la dubstep à la nuit tombée, curieux venus s’informer, militants venus s’organiser, discuter, douter ensemble, fanfares, collectifs antispécistes et enfin simples jeunes, seuls ou par groupes, venus se retrouver, s’aimer parfois, et fomenter tout un tas de petits projets pour faire dérailler la machine du renoncement quotidien. Il y a forcément beaucoup de choses qui pourraient se passer autrement, mais la simple existence de ce truc (comment le nommer autrement ?) et le seul fait qu’on ne s’en satisfasse pas sont une bonne nouvelle pour notre génération autant que pour la nuit parisienne.

On ne compte plus les initiatives qui partent de ces nuits, qu’il s’agisse de l’apéro chez Valls, des Avocats Debout, pour prêter leur secours judiciaire à ceux qui seraient inculpés dans le cadre du mouvement social, du cortège pour soutenir les grévistes de la SNCF ou les intermittents du spectacle à l’Odéon, la réunion d’assemblées féminines non-mixtes, les stands autour de la question des violences policières (généralement racistes), jusqu’à la permanence d’une infirmerie, d’où part un contingent de volontaires à chaque manif pour prendre soin de ceux qui subissent la répression des miliciens du capital, parfois nommés policiers - l’auteur doit à l’une desdites volontaires d’avoir récupéré la vue après une charge de lacrymo particulièrement violente, puisse Dieu Tout Puissant l’accueillir en Son infinie miséricorde…

Tout cela ne serait pas possible sans l’aide bien involontaire du monde extérieur, fièrement représenté par les CRS, agréables arroseurs automatiques au gaz lacrymo, les décérébrés qui leur donnent des ordres (n’oublions pas qu’à la base, l’idée est de se rassembler contre la Loi Esclavage), les médias qui leur servent la soupe en s’indignant des violences contre les guichets de banque et de la pacifique exclusion d’un " philosophe" raciste, mais ne pipent mot des dizaines et des dizaines de camarades qui terminent leurs nuits en sang, parfois en garde-à-vue, pour avoir seulement voulu protester contre la vie moche, insipide et étrangère à nous-mêmes que nous préparent de concert banquiers, flics, politiques, médias, courtisans et collaborateurs. Nous devons vous remercier, experts pleins de "maturité", de "responsabilité" et de "réalisme" : si vous n’offriez pas un spectacle si dégueulasse, ce grand foutoir où se retrouvent des gens qui d’ordinaire ne se parlent pas ne serait qu’un rêve perdu dans l’imagination de quelques doux rêveurs que leur entourage ne tarderait pas à qualifier d’utopistes.

Et ce qui était quelque chose comme une thérapie de groupe pour classes moyennes en voie de déclassement est devenu quelque chose d’absolument inclassable, où cohabitent teu-

A part ça, les dockers du Havre ont fait savoir que si lors des manifs un seul étudiant était touché, ils bloqueraient le port. Ce n’est que le début. Nous sommes en route. 47


AGENDA JEUDI 12 MAI — 20h Rosa Bonheur gratuit Pulp is Back avec Arnaud Rebotini 23h00 Le Klub 8€ Empyrean, Brume, Re-Play, Soul3ye VENDREDI 13 MAI — 00h Bus Palladium gratuit Bonbon party 23h30 Badaboum 15€ Ftwr Night Avec Fred P 23h00 Glazart 16/22€ Angerfist, The Sickest Squad, AK47, I:GOR, The Clamps, Valerick SAMEDI 14 MAI — 00h Batofar 12/15€ Somewhen, SHDW, Obscure Shape 23h30 La Gaîté lyrique 18€ Lindstrøm, Andre Bratten, Uncle O, Clara 3000 23h45 La Confiserie 10€ School's Out avec Dko, Hardrock Striker, Flegon & Sung at La Confiserie JEUDI 19 MAI — 18h À la folie Gratuit I Can't Get No Slip - Blue Michou M.a.m.d Aka Rim-K, Roselito Aka José, Remy's Mix, Guigui Gugu, Sissi Cocotte VENDREDI 20 MAI — 00h Bus Palladium gratuit Bonbon party 23h30 Showcase 10/15/20€ Sam Paganini - Mikael Jonasson - Charles Fenckler – Zoe

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21h Concrete gratuit avant minuit Atom TM & Tobias Extended Live, Dino Sabatini Live, Claudio PRC, Hubble, Le Paresseux SAMEDI 21 MAI — 00h Glazart 12/15€ Steve O'Sullivan, Ctrls, Mazen Ti, Abby Syna, Metroklub, Undefined Project 00h Le Trabendo Smallpeople, Moomin, Christopher Rau, Jacques BON 23h Petit Bain 10€ 10 ans Novorama: Bagarre(Djset) Maestro Leonxleon Novorama Soundsytem JEUDI 26 MAI — 19h Rosa Bonheur gratuit Le Rosa invite DJ W!LD 00h La Java 5€ Toba, Charles Hascouët, Jack Uzi, Francis Keat, Matou VENDREDI 27 MAI — 00h Bus Palladium gratuit Bonbon party 00h Faust 8/12/15€ Roche Musique: Wantigga, Chloe Martini, Oshean & Cezaire 00h La Rotonde 5€ Untitled Présente Credit 00 SAMEDI 28 MAI — 21h La Bellevilloise 8/15€ Mona's Danceteria avec Giles Smith, DJ Andre, Nick V & Mona Dance Contes 00h Faust 10/15/20€ The Tribes x The Cat & The Dog: Guy Mantzur, Mark Finkel & Dan Marciano


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