Journal de L'Appel n°184 (mars 2022)

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Parution trimestrielle N°184 I Mars 2022

Solidarité avec les enfants du monde

Ne laissons pas régresser l’éducation et la santé des enfants. De retour sur le terrain, L’Appel s’engage pour l’avenir des enfants.


J É DITORIAL................................................Page 2 J RETOUR À L’ÉCOLE • BURKINA FASO.......................................Page 3 • VIETNAM................................................Page 3 • RÉPUBLIQUE DU CONGO.......................Page 4 • PÉROU...................................................Page 5 • EL SALVADOR.........................................Page 5 J QUAND L’ÉDUCATION ET LA SANTÉ VONT DE PAIR • TOGO......................................................Page 6 • PÉROU...................................................Page 6 • TOGO......................................................Page 7 J L’ÉDUCATION AU-DELÀ DE L’ÉCOLE • HAÏTI......................................................Page 8 • EL SALVADOR.........................................Page 8 J DE RETOUR AU TCHAD.............................Page 9 J ÉCOUTEZ LEURS TÉMOIGNAGES • BURKINA FASO.....................................Page 10 • RWANDA.............................................Page 10 J DE RETOUR À MADAGASCAR.................Page 11 J Bon de soutien........................................Page 12

Éditorial Cette photo semble charmante, au premier regard : des petites filles qui puisent de l’eau au Tchad, mais sera-ce là toute leur vie, tout leur destin que de se charger des tâches ménagères ? Ne souhaitent-elles pas autre chose ? Trop d’enfants risquent de se voir privés de scolarité. La crise du COVID a fermé longuement les écoles, d’autres habitudes ont été prises ; les filles aident encore davantage à la maison, ou travaillent comme servantes. L’école les protégeait des grossesses et des mariages précoces. Les garçons commencent bien trop tôt des métiers qui sont trop durs pour eux. Leurs parents prennent de plein fouet la crise économique due d’abord au confinement, puis au renchérissement généralisé des prix alimentaires. Les organisations internationales s’inquiètent de voir les progrès réalisés dans l’éducation réduits à néant. La protection et la santé des enfants, qui sont des droits fondamentaux, sont menacés. Nous ressentons des inquiétudes de cet ordre dans nos sociétés occidentales où le COVID a creusé davantage les inégalités, intensifié la précarité. Mais pour les populations que L’Appel aide, c’est bien pire. Nous ressentons très fortement leur volonté de dépasser cette épreuve supplémentaire ; ils l’expriment souvent. Nous sommes à leurs côtés. Vous aussi. Merci ! Madeleine Le Moullec Responsable de publication du journal de L’APPEL

L’ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE L’APPEL

« Ces petites tchadiennes vivent dans le village de Nergui, dans la région du Guera » photo ©Hervé Vincent

aura lieu le vendredi 17 juin 2022 à partir de 14h30 au Foyer de Grenelle, 17 rue de l’Avre 75015 Paris. A l’ordre du jour, le rapport moral et d’activité 2021, les comptes 2021 et le budget 2022, le renouvellement d’une partie des administrateurs. Aide d’urgence : séisme du 14 août 2021 dans le Sud-Ouest d’Haïti

89, avenue de Flandre 75019 Paris Tél. : 01 42 02 77 78 Site : www.lappel.org E-mail : association@lappel.org Directrice de publication Madeleine Le Moullec-Schabanel avec la collaboration de Marie-Hélène Touzalin et Françoise Mekki Réalisation COPITEXTE Zone artisanale des Portes de la Forêt 14 Allée du Clos des charmes 77090 COLLÉGIEN Commission paritaire N° 0912 H 84899 ISSN 0398 6039

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Ce séisme, d’une magnitude de 7.2, a causé 2.200 morts et 12.000 blessés. Il a touché une zone moins densément peuplée que celui de 2010 à Port au Prince. Mais Haïti s’enfonce dans des problèmes sans solution et la réponse de l’Etat n’est pas à la hauteur des immenses besoins, ni en prévention, ni en réponse à l’urgence post-séisme, dans ce pays pourtant entouré de deux failles sismiques majeures. Nous avons reçu un appel de Marc-Loudwens Altidor, un ancien filleul de l’ile de La Tortue. Il est à présent médecin auprès de la Fondation La Colombe d’Haïti aux Cayes. Grâce à vos dons, nous avons pu apporter une aide d’urgence à Boulmier, à 10 kms au Nord des Cayes, où a été établie une clinique mobile : des soins ont été apportés à 123 blessés et des kits sanitaires post-soins ont été remis aux familles. Hubert Chegaray L’Appel Ile-de-France

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© Photo Hervé Vincent

Sommaire


RETOUR À L’ÉCOLE BURKINA FASO

Des risques importants de déscolarisation

Avant la pandémie Les chiffres étaient encourageants : le taux brut de scolarisation était de 90,7% dans le primaire, de 52% dans le postprimaire et de 17,6% dans le secondaire. La parité entre garçons et filles s’était très nettement améliorée. Vingt mille écoles scolarisaient 5 millions d’enfants dans ce pays de 21 millions d’habitants. Toutefois il restait encore beaucoup à faire pour assurer aux enfants des connaissances de base solides, corriger les inégalités entre villes et campagnes et, au Sahel, assurer la scolarité malgré les attaques. 350 000 enfants déplacés depuis les zones non sécurisées sont venus s’ajouter aux effectifs des classes dans le nord du pays.

Le lien scolaire brisé par la pandémie Les écoles ont été fermées plus de douze mois depuis mars 2020. Trois facteurs se conjuguent pour annihiler les progrès observés : cette fermeture prolongée, l’insécurité croissante et la suspension des activités économiques. Quelles en sont les conséquences ? La qualité de l’enseignement s’est dégradée. Les familles les plus pauvres ont dû mettre leurs enfants au travail, elles n’ont plus les ressources pour assumer les frais de scolarité. Les maîtres ont cherché d’autres activités. L’état burkinabé a dû réorienter des crédits vers la santé ; il est durablement déstabilisé par les attaques terroristes et un coup d’état militaire.

VIETNAM

La situation des filles est préoccupante Dans les milieux modestes, leur déscolarisation risque de devenir définitive : elles sont placées comme servantes ou mariées très tôt. Comme dans les autres pays sahéliens, les mariages de mineurs sont très répandus : 52% au Burkina, 67% au Tchad, 76% au Niger (et seulement 7% au Rwanda). Les conséquences sur leur vie personnelle et celle de leurs futurs enfants seront lourdes.

Les inégalités scolaires sont des inégalités sociales Les familles les plus riches ont pu organiser un suivi scolaire à domicile. Des chaînes de radio ou de télévision ont développé des menus pédagogiques pour les classes d’examen mais ils n’ont pu atteindre que les foyers équipés. En milieu rural, 96,6% des familles n’ont pas de télévision. Il faudrait un véritable organisme d’enseignement à distance qui pourrait être relayé par des écoles du soir et des associations de parents et par l’utilisation de moyens numériques sur les téléphones portables, assez répandus dans la population. Michel Collomb L’Appel Occitanie (Les données de cet article sont empruntés à l’étude de Jean-François Kobiané, de l’université de Ouagadougou et de Linda Zanfini, chargée de recherches à l’AFD.)

Un « coup de pouce » pour les étudiantes : le parrainage L’Appel verse des bourses à des étudiants vietnamiens Ce programme, commencé en 2008, soutient particulièrement les jeunes issus des minorités ethniques qui ont davantage de difficultés à s’insérer dans la société. Une cinquantaine de parrains et marraines participent à ce programme en versant de 10€ à 40€ par mois. Ce sont des personnes qui savent que l’éducation est essentielle car elle permet d’obtenir les connaissances et les diplômes qui ouvrent l’accès à des emplois corrects et donc à une meilleure vie.

Début 2022, 21 nouveaux étudiants sont devenus boursiers, dont 17 filles L’Appel est sensible à ce soutien aux jeunes filles car ce sont les premières touchées lorsque la situation économique est difficile. Souvent, elles arrêtent leurs études ou se marient pour aider leur famille. Cet appui financier leur permettra d’obtenir une formation diplômante puis un emploi. Un don, ponctuel ou régulier, modeste ou généreux, participera à ce « coup de pouce » nécessaire, voire indispensable, en cette période difficile. Pascale Guimard et Patricia Rochelemagne L’Appel Ile-de-France

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RETOUR À L’ÉCOLE Deux stratégies pour favoriser la rescolarisation dans le quartier N’Goyo à Pointe Noire RÉPUBLIQUE DU CONGO

L’école associative Nelson Mandela : favoriser l’enseignement à la maison L’Appel soutient cette école associative par un parrainage collectif, à hauteur d’environ 10 000 euros par an : bourses, achats de matériel, accompagnement social des familles, mission de formation. La qualité de l’enseignement dispensé, dans un quartier populaire où les familles ont été durement frappées par la crise économique engendrée par la pandémie, est remarquable. L’école a été fermée à partir de mars 2020 ; elle a tout mis en œuvre pour favoriser l’enseignement à la maison. Ils ont élaboré des supports pédagogiques* remis chaque semaine aux parents. L’Appel a versé rapidement les sommes prévues pour l’année car il était primordial que ces fonds contribuent à maintenir le lien scolaire. Quand l’école a repris, une des priorités a été d’aider les élèves à rattraper leur retard, tout en préservant leur santé. Les effectifs ont légèrement augmenté mais l’équilibre financier reste fragile. Nous prévoyons cette année une dernière mission de formation pédagogique des enseignants.

Les écoles publiques du quartier N’Goyo : poursuivre la formation pédagogique

La qualité n’est pas dans la photo… mais dans le travail collectif qu’elle montre

L’Appel a répondu à la demande du directeur départemental et les professeurs des quatre écoles publiques y sont très favorables. Une première mission de renforcement de leurs compétences a eu lieu en 2019 en présence de trente personnes, professeurs, directeurs, inspecteurs et conseillers pédagogiques. Depuis, en mars 2020, les écoles ont été fermées, les enfants déscolarisés pendant plusieurs mois, avec une reprise très progressive.

Quand la culture des salades fait progresser les élèves en biologie comme en mathématiques

Comment maintenir nos liens avec ces enseignants qui font face à des difficultés encore plus lourdes depuis cette rentrée ? Nous avons prévu une mission en avril. D’ici là se tiennent des sessions à distance, entre Lorient et Pointe Noire, par visio-conférence. En amont, il a fallu résoudre les problèmes techniques, partager avec tous les enseignants une trame pour faciliter les échanges. Chaque école s’est mobilisée pour y répondre et a nommé un rapporteur. Directeurs, conseillers pédagogiques, inspecteurs sont présents – ce qui est essentiel pour pérenniser ces formations- et ont eux aussi investi cet exercice. Au cours de la séance de janvier 2022, nous avons pu partager nos expériences professionnelles autour de la crise sanitaire, nos émotions, notre vécu, celui des enfants. Les enseignants de N’Goyo ont indiqué ce qu’ils avaient expérimenté en s’appuyant sur la première formation. Ce dispositif « à distance » prépare une réponse pédagogique partagée et adaptée à la nouvelle situation auxquels les professeurs congolais sont confrontés : comment restaurer le lien scolaire et les apprentissages après une aussi longue interruption de scolarité ? L’Appel Morbihan

* Précisons que, durant cette période, les écoles publiques n’ont pas eu les moyens de mettre en place la continuité pédagogique. Des milliers d’enfants se sont retrouvés déscolarisés pendant de longs mois.

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RETOUR À L’ÉCOLE PÉROU

Après deux ans d’interruption, nos partenaires préparent la rentrée

Deux ans sans école, c’est une catastrophe pour les enfants pauvres A part le téléphone portable de leurs parents, ils ne disposent d’aucun moyen pour suivre les programmes éducatifs, tandis que, dans d’autres quartiers, les enfants accèdent à la télévision et à l’ordinateur, voire disposent de cours particuliers. La rentrée se fera en mars 2022 et nos partenaires Mano a Mano et Qosqo Maki mettent toute leur énergie pour préparer les enfants au retour en classe, pour qu’ils ne soient pas une génération sacrifiée.

par semaine pour travailler calcul, expressions écrite et orale… Une grande tente est montée pour les accueillir, à l’entrée du quartier.

Sortir de la ville où on a été confinés si longtemps, quel bonheur !

À Lima, dans le bidonville de L’Ensenada, ce sont les vacances d’été, « Vacationes utiles » organisée par Mano a mano, dont les finances ont été fortement ébranlées par la pandémie. Ils peuvent compter sur deux animatrices financées par L’Appel et deux bénévoles qui prennent en charge 30 enfants - les 20 jeunes filles boursières de L’Appel pour 2021-2022 et une dizaine de garçons en difficulté économique -. Organisés en deux groupes, ils profitent chacun de quatre demi-journées

A Cuzco, dans le centre d’accueil Qosqo Maki, beaucoup de visites ont été effectuées pendant le confinement, très strictement appliqué, pour apporter dans les familles des livres de la bibliothèque. Un des programmes forts a permis la réalisation par des jeunes du quartier d’une série de courtes vidéos sur un thème de leur choix. La tension due à la pandémie a fortement décru et les jeunes réoccupent l’espace. Les deux volontaires du SCI* qui ont rejoint notre partenaire partent en sortie avec eux ou participent aux ateliers manuels. Anne Feltz L’Appel Ile-de-France * Service civique international

Comment un parrainage collectif peut « sauver » la scolarité de jeunes Salvadoriens EL SALVADOR

En 2022, la scolarité reste limitée

L’école Jean Calvin apporte son soutien

Le Ministère de l’Education a décidé que l’année scolaire 2022 continuerait à se dérouler de façon « semi-présentielle, optionnelle et multimodale » pour les centres publics et privés de tous les niveaux éducatifs, en continuant d’appliquer le protocole sanitaire. Ce sont les pères et mères de familles qui doivent décider sous quelle forme leurs enfants auront classe.

L’école Jean Calvin accueille 110 élèves de maternelle et de primaire dans un quartier, Soyapango, marqué par la pauvreté, les violences, le machisme. L’Appel la soutient par un parrainage.

Comment faire pour que les enfants pauvres ne soient pas davantage défavorisés ? Certes, le Ministère de l’Education a mis à disposition des classes, des guides, des sessions sur Google Classroom, entre autres plateformes. Mais ces outils ne sont accessibles qu’à des familles, équipées, vivant dans une zone qui reçoit l’électricité et Internet et capables de soutenir la scolarité de leurs enfants. Il leur faut un soutien personnalisé et un climat de confiance.

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Deux écolières lors d’une distribution de vivres

Cette école a le projet de renforcer ses différentes méthodes d’apprentissage et d’ouvrir des espaces de soutien scolaire pour égaliser les niveaux éducatifs des élèves. Quelques ordinateurs sont également à disposition. Les mesures de prévention de l’épidémie seront appliquées rigoureusement dans des classes divisées par deux, chaque groupe ayant cours deux jours sur quatre. Des colis de victuailles ont été distribués aux familles.

Violaine Duflo L’Appel Ile-de-France

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QUAND L’ÉDUCATION ET LA SANTÉ VONT DE PAIR TOGO

A Notsé, les écoles sont à la pointe de la santé

Les enseignants sont en formation

C’est essentiel pour leur santé comme pour leur scolarité qui n’est plus interrompue par de fréquentes maladies liées au manque d’hygiène. Les enfants transmettent aux adultes leurs connaissances et celles-ci auront une influence bénéfique sur la santé de leur future famille.

Lors de notre mission, en janvier-février 2022, une douzaine d’enseignants a bénéficié d’un renforcement de leurs connaissances à propos de Nutricartes® et Balai Santé®, introduits dans leurs établissements en 2019. Un groupe de « débutants » leur a succédé.

Installer des équipements adaptés à la demande

Comment pérenniser ces acquis ? D’abord grâce à l’appui de l’association locale : APESMIR, Association de Promotion de l’Education et de la Santé, et de son Président Tsévi qui ont la volonté de prévenir maladies et malnutrition. Les élèves pourront ainsi continuer à bénéficier des animations dans les mois et années prochaines, là où se déroule ce programme.

Ensuite grâce à des aménagements L’Appel a installé des lave-mains, les autorités y ont amené l’eau gratuitement. Hélène et Sabine, deux médecins membres de L’Appel Occitanie, ont constaté que dans les sept écoles de Notsé les élèves peuvent désormais garder les mains propres et boire de l’eau potable.

PÉROU

Nous avons discuté avec les directeurs d’autres aménagements nécessaires pour répondre aux besoins des élèves et continuer ainsi à améliorer l’hygiène scolaire : latrines, urinoirs, poubelles etc. De nouvelles écoles nous ont contactés pour recevoir des équipements d’hygiène, de nouveaux enseignants souhaitent être formés. Merci à nos donateurs et nos bailleurs qui ont contribué à ce beau résultat. Aidez-nous à poursuivre et à étendre ce programme : hygiène, santé et scolarité marchent de pair.

Sabine Temple L’Appel Occitanie

Pour la santé des enfants, deux associations… s’associent

Dans le bidonville de l’Ensenada- où travaille notre partenaire Mano a Mano – au nord de Lima, les maux du quotidien ont été trop négligés depuis la première vague de pandémie. La dentition des enfants s’est gravement dégradée.

Quand on ne peut répondre directement à la demande, comment faire ? Face aux nombreux cas graves de COVID-19 en 2020, Médecins du Monde, à la demande de L’Appel, avait pu venir à la rescousse en urgence. Aujourd’hui, c’est avec une autre ONG que L’Appel s’associe : Nomade Médical, créée et basée à Dijon depuis une quinzaine d’années. (https://www.nomademedical.com/).

Maki, pour monter toute la logistique. Contact est déjà pris avec un dentiste local et l’association Odontologos sin fronteras (http://www. odontologossinfronteras.org.pe/). Ensemble, ils définiront les besoins et verront les conditions de travail possibles. L’envoi du matériel nécessaire se fera pendant le second trimestre. Nos partenaires locaux seront responsables du recrutement et de l’accueil des patients. Le projet impliquera en outre deux jeunes dentistes issues de l’Ensenada qui ont jusqu’à présent aidé Mano a Mano pour l’apprentissage du calcul.

Deux membres de l’Appel, les Raynard, en Nomade Médical en action mission au Pérou auprès de Qosqo Maki, nous pour de jolis sourires ont mis en relation avec le docteur Levy, dentiste hospitalier et membre de Nomade Médical. Le projet : intervenir à 4 ou 5 dentistes, dont un pour la prévention, en août prochain, pendant trois semaines !

Et voici comment cela va se passer Le Docteur Levy et une de ses collègues vont partir le 6 mars pour une mission exploratoire de dix jours auprès de Mano a Mano et Qosqo

À travers ces liens entre associations nous apportons à des jeunes de Lima et Cuzco des soins qu’ils ne connaîtraient pas dans cette période de paupérisation. Comme on le dit à Nomade Médical :

Votre soutien peut en faire sourire plus d’un » Anne Feltz L’Appel Ile-de-France

Vous verrez également le travail de L’Appel avec une autre ONG dans l’article Madagascar page 10. Nous y formons des agents communautaires de l’association Un Enfant Par la Main. A La Tortue, la bibliothèque (page 8) bénéficie d’un don de livres par Bibliothèques sans frontières. Quant aux associations locales, elles sont nos partenaires de longue date ou nos futurs partenaires. « L’union fait la force » est un vieux et efficace principe mis au service des enfants.

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QUAND L’ÉDUCATION ET LA SANTÉ VONT DE PAIR Diagnostic et prise en charge précoce de la surdité : un partenariat associatif TOGO

© Photo Hervé Vincent

Après un temps « suspendu », mais riche d’échanges vidéo, nous étions très attendus à Lomé en décembre 2021. Cette mission de 15 jours a été riche, intense mais trop courte. C’est donc décidé, nous repartirons début mars.

L’école primaire Ephphata a continué son travail auprès des jeunes sourds Orthophonie, langue des signes, bilans audio­métriques et orthophoniques, échanges avec les enseignants et les parents… Les jeunes sourds inscrits en inclusion dans un collège « ordinaire » sont soutenus par quatre moniteurs, un par niveau. Les cours leur sont ainsi réexpliqués en langue des signes. La réussite scolaire de ces enfants, autrefois laissés de côté, prépare leur insertion dans la société et le monde du travail.

Notre nouvel objectif : la création du centre de diagnostic et de prise en charge précoce des enfants sourds Beaucoup trop d’enfants sont privés de communication, de développement de la pensée, de scolarité, de vie sociale … parce qu’ils sont sourds et qu’aucun diagnostic n’a été posé, ou alors très tardivement. Cependant c’est entre les premiers mois et 6 ans qu’il faut agir. Des parents de jeunes sourds de l’école, parfois sourds eux-mêmes, ont subi gravement l’absence de diagnostic et de prise en charge précoce de la surdité. Ils se mobilisent pour que les choses changent. Avec l’appui de L’Appel lors des premières années, puis en toute responsabilité, ils ont constitué l’association gestionnaire du futur centre, avec des statuts, un bureau, un CA. Ce partenariat associatif est essentiel pour une implantation pérenne.

Diagnostic

Un centre performant pour mieux accompagner enfants et familles Ce centre, qui sera équipé en matériel de diagnostic et en personnel formé en audiométrie, audioprothèse, orthophonie… va permettre à de très jeunes sourds et à leur famille d’être mieux accompagnés (connaissance de la surdité, développement d’un langage adapté…). Il aidera aussi à construire avec eux les prérequis pour une scolarité inclusive, soutenue et de qualité.

Et maintenant ? Il faut construire et trouver les financements Deux experts bénévoles de L’Appel, Christine et Thierry RAYNARD, ont lancé un appel d’offres auprès de 13 architectes pour la construction du centre… Nous avons besoin de donateurs et de mécènes, d’entreprises pour financer la construction, l’équipement et former les futurs personnels. Thérèse Guichard-Gaudin, Françoise Raisson, Jean-Marie Gaudin L’Appel Enfants Sourds du Togo

Nous cherchons des parrains

Les trois enfants d’Irène ont besoin d’être appareillés. Clarissio, 13 ans ; Prudencio, 5 ans et Blessings, 10 ans. Nous avons attribué une bourse à des petites filles dont les parents ne pouvaient pas payer l’internat. Il faudrait pouvoir répondre à d’autres demandes. Pouvoir apprendre et entendre ne devrait pas dépendre des revenus des parents. Contactez le siège ou utilisez le bon de soutien. « Parrainages TOGO EST »

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L’ÉDUCATION AU-DELÀ DE L’ÉCOLE Les jeunes Tortugais ont maintenant des livres… à dévorer !

HAÏTI

Il n’y a que très peu de bibliothèques à la Tortue, alors l’ouverture d’un lieu de lecture sur l’île est un évènement. Voilà qu’un fonds de 1500 livres non scolaires, donnés par Bibliothèque Sans Frontières et transportés – difficilement - par nos soins, est arrivé, en mars 2021, dans l’école de Tendron, au centre de l’île.

Faire fonctionner cette bibliothèque ? Un étudiant de l’Ecole Normale implantée à Tendron a été embauché. Le bibliothécaire d’une école de Grande Terre est venu sur l’île pour le former, l’aider à s’organiser et à classifier les ouvrages. L’Appel a fourni le mobilier.

Qui la fréquente ? Toute l’année, du lundi au vendredi, la bibliothèque ouvre ses portes au public scolaire (200 élèves en primaire, 35 au collège) et aux maîtres. Pendant la période scolaire, toutes les classes, accompagnées de leur instituteur, y passent une heure chaque semaine. L’école finissant à 13 heures, l’accès est ensuite libre de 14 à 16 heures. Pendant les vacances, chaque enfant doit y venir un jour par semaine. Deux professeurs sont alors présents. Enfin, les 60 étudiants de l’École Normale d’Instituteurs et de Jardinières de la Tortue (ENIJET) trouvent une aide précieuse dans le fonds pédagogique.

Bibliothèque et scolarité Les manuels scolaires sont trop rares ; L’Appel a donc ajouté cinq exemplaires des 41 livres inscrits au programme. Manuels et livres sont écrits en français, puisqu’en Haïti, dès le primaire, la langue d’enseignement est le français. Toutefois, nous avons ajouté quelques livres en anglais et espagnol, mais surtout nous voulons acquérir des livres d’auteurs haïtiens, ainsi que des livres d’enfants en créole haïtien, pour aider les jeunes Tortugais à mieux connaitre leur pays et leur histoire. Le directeur d’école Philippe Renald et le bibliothécaire Pierre-Marc Wolsen adressent à l’Appel les mots suivants :

Bravo pour votre bonne initiative en construisant une vie intellectuelle où la lecture devient un repas quotidien » Sylvie Andral L’Appel Ile-de-France

Les jeunes sont partie prenante des choix éducatifs qui engagent leur futur EL SALVADOR

Avec L’APPEL nous défendons les droits humains, donc celui de l’égalité hommes-femmes ; c’est un droit, à enseigner ou plutôt à faire vivre, dès la petite enfance, aux filles et aux garçons. Les parrainages de filles et garçons aident et encouragent leur scolarité. Le soutien à des établissements scolaires et centres d’aide aux devoirs favorise une formation égale entre filles et garçons. Certes l’évolution des comportements familiaux est lente mais l’école peut apporter beaucoup en faisant de l’égalité filles/ garçons une préoccupation essentielle. Des résultats visibles nous viennent des jeunes eux-mêmes : ce sont eux qui ont formé leur groupe « Tu Decides » que nous soutenons. L’objectif premier était la prévention des grossesses d’adolescentes. Il s’est élargi à tous les droits humains et environnementaux.

Stimulées par le dynamisme de ces jeunes, les femmes ont fondé leur propre association qui veille sur les droits des femmes et des enfants.

La violence ne doit pas dicter notre avenir. Nous devons reprendre le contrôle de notre vie, malgré les dangers auxquels nous sommes exposés. » Violaine Duflo L’Appel Ile-de-France

De nouvelles compétences bénévoles pour L’Appel : Christiane et Thierry Raynard sont conseillers en gestion et pilotage d’entreprises. Ils étaient à Cusco au printemps dernier pour conseiller l’association Qosqo Maki qui doit réorienter ses plans de formation des jeunes en boulangerie et menuiserie, revoir l’implantation de la boulangerie, développer son hôtellerie solidaire… Ils ont également mis en action leur réseau personnel pour faciliter l’accès des jeunes de Qosqo Maki et Mano a Mano aux soins dentaires. Les voilà repartis pour Lomé, au Togo, où ils vont se consacrer à la partie construction du projet de centre de détection précoce de la surdité. Vous aussi, vous avez des compétences à consacrer à nos projets, sur place, ou en restant en France ? N’hésitez pas, contactez-nous !

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DE RETOUR AU TCHAD Première mission avec L’Appel, premiers pas en Afrique centrale : le témoignage de Stéphanie, sage-femme © Photo Hervé Vincent

La logistique : un vrai casse-tête Sans l’expérience d’Anne et Hervé, qui viennent au Tchad depuis une trentaine d’années, manger, se déplacer, dormir ne serait pas simple. Nos logements sont connus et c’est appréciable d’avoir quelques explications avant d’attaquer le plat de chameau grillé aux mouches avec le pain… et tout cela avec la main !

L’action : du concret Et enfin, le tapis jaune, rouge, vert, et bleu des Nutricartes se pose sur une natte à l’ombre d’un grand arbre. Les femmes sont en cercle autour du tapis, les bébés sont là, au sein ou dans le dos, les jeunes enfants autour ; les hommes, pas très loin, tendent une oreille... La séance s’anime... je souris. C’est parti ! »

Les incontournables

Stéphanie Hessmann L’Appel Durance) Stéphanie

© Photo Hervé Vincent

Se repérer dans les multiples sigles des associations, ONG, partager le «langage» des humanitaires..., connaître l’historique des missions, les partenaires passés que nous saluons, les présents que nous évaluons et les futurs que nous apprenons à connaître...

Visites aux Autorités : Gouverneurs, chef de police, chef de village, responsables et coordinateurs en tout genre…Puis viennent les réunions pour l’organisation, le planning, les conventions...

Le COVID a empêché nos missions pendant deux années. Nous sommes retournés au Tchad en janvier 2022. A Bongor AKWADA, notre principal partenaire, a poursuivi ses activités, ellesmêmes ralenties par les mesures prises par l’Etat tchadien pour contrer l’épidémie. Nous les avons retrouvés pour coconstruire des projets plus ambitieux pour 2022, dans le domaine de l’éducation non formelle des jeunes, avec l’exposition et les clips vidéo du projet « Jeunes dans la ville, devenir citoyen » et dans le domaine de l’éducation nutritionnelle avec l’outil « Nutricartes » bien connu des lecteurs de l’APPEL.

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Du nouveau dans le Guera La diffusion des Nutricartes se poursuit largement au Tchad notamment dans la région du Guera, où nous avons un excellent formateur local. Ceci permet de répondre à la demande de petites ONG tchadiennes en cours de développement. C’est ainsi que l’une d’entre elles est en train de déployer l’outil auprès de nomades sédentarisés, une population extrêmement vulnérable. Notre but est bien que les Tchadiens s’approprient nos outils.

Anne et Hervé Vincent L’Appel Durance)

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ÉCOUTEZ LEURS TÉMOIGNAGES BURKINA FASO

Karma : vivre, agir, s’entraider, malgré tout !

Chaque matin les villageois(es) de Karma se posent les mêmes questions lancinantes : « Mangerons-nous correctement ? » « Les bandits nous laisseront-ils tranquilles ? » Le paludisme et la Covid rôdent. À l’école aussi, les maitres tremblent mais veulent coûte que coûte continuer à enseigner. Oui la vie est dure à Karma mais quel village solidaire ! Voici le témoignage de deux piliers du village : Boureima :

Adama :

Nous restons tous unis et nous nous battrons pour faire avancer notre village. Notre ami L’Appel a toujours été présent à nos côtés. Nous voulons vous rassurer que nous sommes déterminés à avancer malgré cette situation d’insécurité que vit le Burkina Faso. »

Je connais la résilience de mon village : insécurité ne signifie pas fin des activités de développement ! » Tous à Karma font confiance à L’Appel. En 2021, outre une aide alimentaire, nous avons fortement soutenu l’école : logements d’instituteurs, bibliothèque, boites de secours, cantine, fournitures scolaires, bourses d’études pour le collège. Le reboisement est poursuivi, le jardin potager en place, pour et par le Groupement des Femmes, enfin, un élevage de poules a débuté. Jean Loireau Groupe de Die Deux écoliers récompensés lors de la fête de fin d’année

RWANDA

De nouvelles maisons pour des enfants rwandais

Daniel et ses trois enfants devant l’ancienne maison

La nouvelle maison

Daniel et sa famille Voici comment Daniel résumait sa situation en juillet 2020 :

Ma maison va s’effondrer ; l’air et la pluie passent à travers le toit et les murs, ça rend mes enfants malades. Comment faire sans argent ? mon champ est trop petit ; je cultive aussi chez les voisins, mais ça suffit tout juste pour manger. »

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Les choses ont bien changé en septembre 2021 : Daniel, sa femme et leurs trois enfants ont maintenant une nouvelle maison de quatre pièces et le sourire des enfants fait plaisir à voir ! Le programme de constructions de L’Appel En 2021, malgré les mesures de confinement, le programme a été achevé en septembre : six maisons neuves et trois maisons réhabilitées ont été données à des familles très démunies. Ainsi depuis 2006 ce sont au total 179 maisons qui ont été construites grâce aux financements rassemblés par L’Appel. Tous les villageois contribuent aux travaux de fondation et à la fabrication des briques composées d’argile et de fibres végétales. Les murs sont ensuite enduits pour plus de solidité. Cette dernière tranche du projet est financée grâce à l’aide de la Fondation Abbé Pierre. Nous recherchons actuellement un autre mécène pour poursuivre la construction de ces maisons. Notre objectif ? atteindre le nombre de 200 maisons en 2024. Nadine Lalande L’Appel Isère

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DE RETOUR À MADAGASCAR Après deux ans d’absence, enfin une mission à Antanarivo Je fais les repas des enfants avec de la viande ».

Mes enfants vont bien !

Les légumineuses aussi, c’est bon pour eux ».

Des changements importants

Les agents communautaires, des partenaires précieux

Pendant deux ans, nous avons pu échanger de nombreuses fois par courriel et nous n’avons donc pas été trop surpris des changements importants survenus chez notre partenaire, l’association Miray : le dispensaire « historique » a quitté l’ouest d’Antananarivo pour le sud, plus près du centre ville. Depuis huit mois, quatre sage-femmes et deux assistantes nutritionnelles, « toutes nouvelles », sont arrivées.

Nous avons travaillé avec ceux du village de Mahazaza à 40 km. au nord d’Antananarivo. Ces agents ont été formés aux Nutricartes® il y a trois mois par le docteur Voahangy, à la demande de l’association « Un Enfant Par La Main » avec qui L’Appel a signé un contrat de formation.

Une continuité dans les enseignements Madame le docteur Voahangy a su transmettre les messages importants et efficaces de la méthode Nutricartes®. Dans tous les quartiers visités, les mères s’expriment. Elles sont contentes d’avoir des recettes qui mélangent différents ingrédients. Les enfants très dénutris sont rares.

Et pour les femmes enceintes… Les nouveaux locaux du dispensaire permettent uniquement les consultations prénatales, pas les accouchements. Les mamans bénéficient de quatre consultations prénatales, elles ont le temps d’exprimer leurs inquiétudes sur leur grossesse et l’accouchement.

La sage-femme m’écoute ; elle me rassure ! Je sais quoi faire si j’ai des problèmes. » L’éloignement du nouveau centre complique cependant le suivi des femmes enceintes dans le cadre du programme « mille jours ».

Une médecin a été très heureuse de nous raconter qu’un enfant dénutri, renvoyé chez lui par l’hôpital, sans aucun conseil nutritionnel, avait repris du poids grâce aux connaissances acquises lors de la formation. L’agent communautaire intervient peu pendant une séance et laisse les mères trouver seules les solutions pour préparer un repas équilibré en tenant compte de leur budget. Les difficultés de compréhension sont rapidement corrigées.

Les familles doivent changer d’habitudes alimentaires, mais ça ne va pas vite.» nous disent-ils. Mais patience…Dès que l’enfant va mieux, prend du poids, les changements se mettent durablement en place . On forme aussi le personnel des cantines : s’ils peuvent donner le midi de la viande ou des légumineuses, cela évite aux parents d’acheter ces aliments de construction qui sont plus chers.

Une application Smartphone, une approche du futur, pourquoi pas ? La démonstration a été présentée aux agents communautaires et leur a beaucoup plu. Il faudra cependant des ajustements pour obtenir un fonctionnement satisfaisant.

Paul Sanyas - Isabelle Combet L’Appel Ile-de-France

Catastrophes en série D’abord, une tempête tropicale a inondé une partie de la région d’Antanarivo. Ensuite, une semaine plus tard, plus au sud, un violent cyclone a provoqué 120 morts, détruit maisons et écoles, voies de communication et toute une zone agricole productrice de riz, nourriture de base à Madagascar. Des populations démunies de tout vont confluer vers les villes ; le prix des denrées de base, déjà élevé, va augmenter.

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