Dossier Vivre 5 - Échec et foi

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ÉCHEC ET FOI

J.-F. Noble, C.-G. Demaurex, B. Bolay, J. Dubois, J. et P. Ranc, P. Dubuis

Dossier Semailles et Moisson

Conférences de Lavigny

no

5



Dossier Semailles et Moisson no 5

ÉCHEC ET FOI Exposés présentés lors des Rencontres de Lavigny, 15-16 janvier 1994


3,:͇+6::0,9͇+,͇:,4(033,: 460::65 2 parutions par an 5V

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Í?! Histoire en marche et prophĂŠtie biblique *VSSLJ[PM *VUMtYLUJLZ KL 3H]PNU` Í?! , 5PJVSL 1 =PSSHYK 1 )SHUKLUPLY ) )VSH` *O 3 9VJOH[ Í?! Les AssemblĂŠes ÉvangĂŠliques de Suisse Romande sous la loupe 4HYJ 3\[OP Í?! 3Ë•HJJ\LPS K\ WH\]YL ZLSVU SLZ iJYP[\YLZ 4HYJ -H]La Í?! Psychologie et Foi *VSSLJ[PM *VUMtYLUJLZ KL 3H]PNU` Í?! / )SVJOLY 4 ,UNLSP 4TL / )SVJOLY 3 .HSSH` < 4\LUNLY Í?! Échec et foi *VSSLJ[PM *VUMtYLUJLZ KL 3H]PNU` Í?! 1 - 5VISL * . +LTH\YL_ ) )VSH` 1 +\IVPZ 1 L[ 7 9HUJ 7 +\I\PZ n WHYHz[YL Í?! Sens de la vie, sens de la mort *VUMtYLUJLZ KL 3H]PNU`

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3Ë•L_LTWSHPYLÍ?! -:͇ ¡ --͇ ¡ -)͇ ¡Í? Abonnement annuelÍ?! -:͇ ¡ --͇ ¡ -)͇ ¡ Pour souscrire un abonnement H\_ +VZZPLYZ V\ JVTTHUKLY KLZ L_LTWSHPYLZ PZVStZÍ?! :LTHPSSLZ L[ 4VPZZVU * 7 */ (UPuYLZ .LUu]L :\PZZL :LTHPSSLZ 4VPZZVUÍ?! 7tYPVKPX\L KLZ (ZZLTIStLZ i]HUNtSPX\LZ KL :\PZZL 9VTHUKL (,:9 U\TtYVZ WHY HUUtL (IVUULTLU[ZÍ?! :LTHPSSLZ 4VPZZVU (KTPUPZ[YH[PVU JÍ? Í?V : 4 , * 7 */ )LSSL]\L .LUu]L :\PZZL

Éditions Je Sème *VTTPZZPVU KLZ tKP[PVUZ KLZ (,:9 Í?! *O KL .YHUK =PNUL */ =\MĂ…LUZ SH =PSSL 7HYTP SLZ KLYUPLYZ [P[YLZ WHY\Z ZVU[ LUJVYL KPZWVUPISLZÍ?! O +LZ TPYHJSLZ H\QV\YKË•O\PÍ?& + )YPKNL O Cep et Sarments . .H\KPILY[ O Engagement social ¡ 3H YLZWVUZHIPSP[tZ KLZ JOYt[PLUZ MHJL H\_ WYVISuTLZ ZVJPH\_ KË•H\QV\YKÂťO\P JVSSLJ[PM O +L]LUPY HK\S[L WHY SL *OYPZ[ 6 :HUKLYZ iJOLJ L[ -VP JVSSLJ[PM *VUMtYLUJLZ KL 3H]PNU` +VZZPLY :Í? Í?4 UV Â?͇iKP[PVUZ 1L :uTL =\MĂ…LUZ SH =PSSL


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<UL X\LZ[PVU KL YLNHYK Jean-François Noble, pasteur et thÊrapeute, aumônier au CHUV, Lausanne

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*SH\KL .tYHYK +LTH\YL_ WZ`JOPH[YL Chef de clinique au Service universitaire de 7Z`JOPH[YPL KL SË•,UMHU[ L[ KL SË•(KVSLZJLU[ 3H\ZHUUL

3H MVP n SË•tWYL\]L KL SH YtHSP[t Bernard Bolay 7YVMLZZL\Y n SË•0UZ[P[\[ ,TTHÂ…Z :[ 3tNPLY

3L JVTIH[ ZWPYP[\LS Jacques Dubois 7YVMLZZL\Y n SË•0UZ[P[\[ ,TTHÂ…Z :[ 3tNPLY

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Jacqueline Ranc, mère de famille, St-LÊgier

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Âą SË•tJVSL KL SË•tJOLJ ;tTVPNUHNL

7H\S 9HUJ KPHJYL KL SË•iNSPZL i]HUNtSPX\L RĂŠformĂŠe, St-LĂŠgier

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Paul Dubuis, pasteur Église ÉvangĂŠlique Libre de Neuchâtel



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La sĂŠrie d’exposĂŠs que vous propose ce Dossier vous mènera au cĹ“ur d’une question brĂťlante. Mais attention ! Il ne s’agit pas lĂ d’un ÂŤ dĂŠbat Âť oĂš de doctes orateurs dissertent et argumentent sur un problème de nature thĂŠoULTXH &HUWHV LO IDXW UpĂ pFKLU GLVFXWHU eWXGLHU DQDO\VHU le texte biblique, et le comportement humain. Mais on ne SHXW SDV SDUOHU G¡pFKHF HW GH IRL HQ VH FDPRXĂ DQW GHUULqUH GHV UD\RQV GH ELEOLRWKqTXH 2Q HVW LPSOLTXp &¡HVW un problème de vie. Pour les confĂŠrenciers comme pour leurs auditeurs et leurs lecteurs. Il est question de ce qui peut nous atteindre douloureusement, au cĹ“ur de notre SHUVRQQH HW GH QRWUH LGHQWLWp GH FUR\DQWV eORLJQpV GRQF GH O¡LQWHOOHFWXDOLVPH JUDWXLW PDLV DXVVL des ĂŠchappatoires d’un spiritualisme frelatĂŠ, les auteurs de ces textes ont abordĂŠ le thème, chacun dans son registre, DYHF ULJXHXU HW DXWKHQWLFLWp eFRXWH HW pWXGH GH WH[WHV GHV eFULWXUHV SRUWUDLW GH SHUVRQQDJHV ELEOLTXHV RXYHUWXUHV VXU GHV GRQQpHV GH OD SV\FKRORJLH PRGHUQH WpPRLJQDJHV vĂŠcus parfois poignants : les angles d’attaque du sujet sont fort divers, mais convergent. Certains exposĂŠs ont gardĂŠ plus que d’autres une forme SDUOpH TXL QRXV UDSSHOOH TX¡ Š eFKHF HW )RL ÂŞ F¡pWDLW d’abord une sĂŠrie de confĂŠrences, avec l’interaction que cela implique entre un orateur et son auditoire. Pour cette raison, il n’a pas ĂŠtĂŠ aisĂŠ Ă certains confĂŠrenciers de dĂŠtacher leurs propos du contexte ÂŤ vif Âť dans lequel ils ont ĂŠtĂŠ tenus, pour les mettre par ĂŠcrit, ÂŤ Ă plat Âť. Ă€ certains moments, les responsables de la rĂŠdaction des ÂŤ Dossiers Âť ont mĂŞme craint‌ l’Êchec de leur entreprise. S’ils se sont REVWLQpV F¡HVW TX¡LOV DYDLHQWÂŤ OD IRL )RL TXH FHV SDJHV seraient utiles Ă beaucoup, importantes pour tous. Bienfaisantes. Bienfaisantes ? VoilĂ qui ĂŠvoque la pommade qu’on met sur une plaie pour en calmer la brĂťlure ! Cependant, 7


amis lecteurs, si vous ĂŞtes Ă la recherche de pommade pour apaiser la douleur cuisante de vos ĂŠchecs, vous serez dÊçus. Ces pages ne vont pas vous transporter sur les sommets exaltants oĂš s’Êvaporent nos questions, nos inquiĂŠtudes. Bienfaisantes pourtant. Parce que propres Ă aider Ă plonger plus profondĂŠment vos racines dans ce sol ferme et nourricier de la grâce authentique qui nous est donnĂŠe HQ -pVXV &KULVW FUXFLĂ€p SRXU QRXV HW QRXV DYHF OXL UHVsuscitĂŠ pour nous et nous avec lui. Et vivant en nous, par l’Esprit Saint. *

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*

Nous tenons ici Ă remercier, et Ă fĂŠliciter, l’Êquipe orgaQLVDWULFH GHV 5HQFRQWUHV GH /DYLJQ\ TXL D FRQoX OH SURgramme et recrutĂŠ les orateurs. C’est dĂŠjĂ le troisième Dossier (cf les nos 1 et 4) qui, en rassemblant des expoVpV GRQQpV j /DYLJQ\ EpQpĂ€FLH GH FH UHPDUTXDEOH WUDYDLO prĂŠparatoire. En en laissant une trace ĂŠcrite, la rĂŠdaction de Semailles et Moisson espère prolonger l’impact de ces rencontres, et aussi encourager le plus grand nombre Ă rĂŠpondre Ă l’invitation des organisateurs qui, annĂŠe après annĂŠe, peu après la mi-janvier, mettent sur pied dans la belle salle ĂŠvangĂŠlique de ce petit village de la CĂ´te vaudoise, cette manifestation dont la rĂŠputation n’est plus Ă faire1 6LJQDORQV GpMj TXH OH 'RVVLHU QR VHUD XQ UHĂ HW GHV 5HQFRQWUHV GH /DYLJQ\ Sens de la vie, sens de la mort. Anières, le 5 mai 1995 La RĂŠdaction de Semailles et Moisson

1 *OHX\L HUUtL SLZ L_WVZtZ ZVU[ LUYLNPZ[YtZ Z\Y JHZZL[[LZ H\KPV X\L SË•VU WL\[ VI[LUPY LU ZË•HKYLZZHU[ nÍ?! 4 *SH\KL *OYPZ[LU YV\[L )Y\`uYLZ */ )\JOPSSVU :\PZZL

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<UL X\LZ[PVU de regard…

1 - 5VISL 7HZ[L\Y L[ [OtYHWL\[L (\T UPLY MVYTH[L\Y H\ */<= Lausanne



Ce n’est pas un sujet très facile parce qu’il va mettre en route ĂŠnormĂŠment de choses, il va mettre en route des choses affectives, des images que l’on a les uns des autres. Il va mettre en route aussi tout un discours qui vient de l’Êducation que nous avons reçue : vous savez qu’on ne doit pas ĂŞtre orgueilleux ! D’oĂš la question : parler de rĂŠussite est-ce de l’orgueil ou pas ? Le sujet est aussi compliquĂŠ parce qu’il baigne et parfois se noie dans la subjectivitĂŠ. 3UHQRQV SDU H[HPSOH OD YLH GX SDWULDUFKH -DFRE 2Q peut dire que Jacob a rĂŠussi Ă obtenir son plat de lentilles. &¡HVW XQH UpXVVLWH GRQW RQ SHXW GLVFXWHU OHV PR\HQV 'HX[LqPH FRQVWDWDWLRQ LO D pWp SULVRQQLHU GH VD UpXVVLWH D\DQW rĂŠussi, il a dĂť partir. Pendant 20 ans, il a travaillĂŠ dur chez son oncle, il a dĂť ĂŠpouser une femme alors qu’il voulait sa sĹ“ur. Et puis il est rentrĂŠ, et il ĂŠprouvait exactement la mĂŞme peur — 20 ans après, toujours la mĂŞme peur de son frère EsaĂź ! Le chapitre de Genèse 32 dĂŠcrit comment il fait passer avant lui ses troupeaux, ses serviteurs, ses femmes et ses enfants, lui restant seul. Il passe encore une nuit, et c’est alors qu’il connaĂŽt ce fameux combat dont il sortira boiteux. Donc 20 ans après, malgrĂŠ une rĂŠussite ĂŠconomique impressionnante, Jacob n’a pas changĂŠ. Et vu sous cet angle, il n’a pas rĂŠussi, puisqu’il a toujours la mĂŞme peur de son frère EsaĂź. Pourtant on peut se dire que sur un autre plan, ce long chemin de 20 ans a peut-ĂŞtre ĂŠtĂŠ une vraie rĂŠussite : pour lui qui ĂŠtait dans les jupons de sa mère, partir 20 ans, c’Êtait une vĂŠritable rĂŠussite : il a dĂť, il a pu quitter sa PDPDQ HW DUUrWHU G¡rWUH LQĂ XHQFp SDU HOOH La vie de Jacob : une rĂŠussite ou un ĂŠchec ? Vous avouerez que suivant les points de vue oĂš l’on se place, la rĂŠponse devient tout Ă fait discutable. 11


-H YRXGUDLV SRVHU FRPPH SUHPLqUH DIĂ€UPDWLRQ RX comme première thèse, que la notion d’Êchec et de rĂŠusVLWH HVW SXUHPHQW XQH TXHVWLRQ GH UHJDUG )RQGDPHQWDlement, c’est une question de regard posĂŠ sur un vĂŠcu. Quand je dis ÂŤ un regard posĂŠ sur‌ Âť, je veux dire que je me fabrique des images, que je me fais des reprĂŠsenWDWLRQV (Q JURV LO \ D GHX[ JUDQGHV FDWpJRULHV G¡LPDJHV O les images de ce que j’attends, du but que je veux atteindre. O l’image que je me fais de ce qui se passe, ce qu’on appellera la construction de la rĂŠalitĂŠ. La deuxième thèse, empruntĂŠe Ă Watzlawick, distingue entre deux niveaux de rĂŠalitĂŠs : O LO \ D OD UpDOLWp GH SUHPLHU RUGUH TXL HVW DX QLYHDX des faits. O LO \ D OD UpDOLWp GH GHX[LqPH RUGUH TXL HVW OH VHQV TXH je donne aux faits. C’est le fameux exemple du verre d’eau : dans un verre G¡XQH FDSDFLWp GH GO YRXV PHWWH] GO G¡HDX GO d’eau, c’est la rĂŠalitĂŠ de premier ordre. Suivant comment vous regardez ce fait, vous allez vous dire : c’est un verre Ă moitiĂŠ plein, ou c’est un verre Ă moitiĂŠ vide. Le fait de dire que c’est un verre Ă moitiĂŠ plein ou Ă moitiĂŠ vide, c’est la rĂŠalitĂŠ de deuxième ordre. Mettons ensemble les deux thèses Ă l’aide de l’exemple suivant : Vous allez dans un restaurant après avoir fait une marche HW YRXV GHPDQGH] XQ YHUUH G¡HDX 2Q YRXV DPqQH XQ YHUUH G¡HDX DYHF GO DORUV TX¡LO SRXUUDLW HQ FRQWHQLU 6XLYDQW votre tournure d’esprit, vous pouvez dire : ÂŤ mais pourquoi ne l’avez-vous pas rempli ? Je vous ai demandĂŠ un verre d’eau, je ne vous ai pas demandĂŠ un demi-verre. Âť La construction de votre attente ĂŠtait d’avoir un verre plein. 12


Si par contre vous ĂŞtes dans un chalet d’alpage, vous ne savez pas si la source va ĂŞtre gelĂŠe, vous vous dites ÂŤ ah chic ! dĂŠjĂ un demi-verre Âť — parce qu’intĂŠrieurement, vous vous attendiez Ă ne pas en avoir du tout. 0D OHFWXUH GH OD UpDOLWp GH SUHPLHU RUGUH GO GDQV XQ verre) va dĂŠpendre de mon attente, et suivant ce que j’ai FRPPH DWWHQWH MH YDLV PRGLĂ€HU SDUIRLV VDQV P¡HQ UHQGUH compte, la rĂŠalitĂŠ de deuxième ordre. Parler de rĂŠussite et d’Êchec est complexe, parce que cela fait intervenir ce qui se passe au niveau des faits, mais aussi comment je lis ce qui se passe, et ce Ă quoi je m’attendais.

4XHOTXHV GpĂ€QLWLRQV ­ SDUWLU GH FHV GHX[ DIĂ€UPDWLRQV MH YDLV SRXYRLU GRQQHU XQH GpĂ€QLWLRQ GH OD UpXVVLWH HW XQH GpĂ€QLWLRQ GH O¡pFKHF ,O \ D UpXVVLWH TXDQG O¡DWWHQWH FRUUHVSRQG j PD OHFWXUH de la rĂŠalitĂŠ. 6¡LO Q¡\ D SDV FRQYHUJHQFH V¡LO \ D XQ GpFDODJH SOXV RX PRLQV JUDQG MH YDLV WHQGUH j SHQVHU TX¡LO \ D pFKHF L’Êchec est donc le dĂŠcalage entre mon attente et ma lecture de ce qui se passe. La rĂŠussite c’est la convergence de ces deux choses.

Attente et rĂŠalitĂŠ convergent

Attente et rĂŠalitĂŠ ne convergent que partiellement

SENTIMENT DE RÉUSSITE

Attente et rĂŠalitĂŠ divergent

SENTIMENT D’ÉCHEC 13


6L YRXV rWHV G¡DFFRUG DYHF FH TXH MH YLHQV GH GLUH LO \ D en gros trois possibilitĂŠs d’agir sur ce dĂŠcalage. Âł 2X ELHQ MH WUDYDLOOH DX QLYHDX GH OD UpDOLWp HQ tentant de la changer (rĂŠalitĂŠ de premier ordre). Âł 2X ELHQ MH WUDYDLOOH VXU OH VHQV TXH MH GRQQH j FHWWH rĂŠalitĂŠ (rĂŠalitĂŠ de deuxième ordre). Âł 2X ELHQ MH WUDYDLOOH VXU PRQ DWWHQWH HQ OD PRGLĂ€DQW en direction d’un plus grand rĂŠalisme.

&KDQJHU OD UpDOLWp HW OH VHQV TXH MH OXL GRQQH Ă€ partir de ces deux catĂŠgories — rĂŠalitĂŠ de premier ordre, rĂŠalitĂŠ de deuxième ordre —, je peux changer ce qui se passe soit en agissant vraiment sur la rĂŠalitĂŠ soit en changeant le sens que je lui donne. Prenons cette deuxième possibilitĂŠ : changer le sens. C’est ce que nous sommes amenĂŠs Ă faire très frĂŠquemment comme chrĂŠtiens, quand par exemple nous demandons quelque chose dans la prière et que l’exaucement ne vient pas. Ă€ ce moment lĂ , on dira volontiers : ÂŤ Dieu a quelque chose d’autre en rĂŠserve pour moi Âť ou bien on va citer la parole de Romains 8 : 28 : ÂŤ tout concourt au bien de ceux qui aiment Dieu Âť. Donc en fait la rĂŠalitĂŠ ne change pas, mais le sens que je lui donne change pour moi, ce qui fait que je me rĂŠconcilie avec elle et qu’elle correspond quand mĂŞme Ă mon attente. L’autre façon c’est bien sĂťr de faire que la rĂŠalitĂŠ de premier ordre change ; lĂ , ce n’est pas si facile, d’abord parce que la rĂŠalitĂŠ a un certain poids, une certaine pesanteur qui UpVLVWH DX FKDQJHPHQW (QVXLWH OHV PR\HQV FKRLVLV SRXU changer cette rĂŠalitĂŠ sont souvent de nature Ă ne pas rĂŠsoudre le problème. Voici un exemple : un homme cherche ses clĂŠs sous un rĂŠverbère, au petit matin — il fait encore nuit. Passe un agent de police qui s’arrĂŞte pour lui dire : 14


ÂŤ mais qu’est-ce que vous faites ? Âť ÂŤ eh bien, je cherche mes clĂŠs Âť. Alors l’agent de police se met Ă chercher avec OXL $X ERXW G¡XQ PRPHQW LO OXL GLW Š PDLV HQĂ€Q rWHV vous bien sĂťr d’avoir perdu vos clĂŠs ? Âť Et l’autre, un peu ĂŠmĂŠchĂŠ, de lui rĂŠpondre : ÂŤ mais oui, j’ai perdu mes clĂŠs. En fait, je les ai perdues un peu plus loin, seulement lĂ EDV oD QH VHUW j ULHQ GH FKHUFKHU LO Q¡\ D SDV GH OXPLqUH ÂŞ 2Q SHXW YRXORLU FKDQJHU OHV FKRVHV HW DJLU VXU OH FRQFUHW tout en utilisant une mĂŠthode qui ne va rien changer du tout. Je vous donne cet exemple pour vous dire, selon l’adage bien connu : Ă problème bien posĂŠ, solution facilement WURXYpH 2Q IDEULTXH VRQ SURSUH pFKHF VRQ SURSUH PDOheur, en continuant Ă poser le problème dans les termes oĂš on a l’habitude de le poser. Et en posant mal le problème, on ne trouve pas la solution. Mais on n’a pas l’idĂŠe de changer la façon de poser le problème, on fait que ce que Watzlawick appelle ÂŤ toujours plus du mĂŞme Âť. Cet homme peut continuer Ă chercher ses clĂŠs, toujours plus, toujours plus, toujours plus. Il ne les trouvera pas avant OD Ă€Q GH OD QXLW Alors comme chrĂŠtien, on dira par exemple ÂŤ il faut TX¡RQ SULH SOXV ÂŞ TXDQG O¡H[DXFHPHQW QH YLHQW SDV ,O \ D ainsi une façon de rester toujours dans la mĂŞme perspective pour ne pas changer. Une illustration très pratique : F¡HVW OD IDPHXVH VLWXDWLRQ R YRXV GHYH] UHOLHU SRLQWV avec 4 droites.

/D FRQVLJQH HVW OD VXLYDQWH UHOLH] OHV SRLQWV DYHF GURLWHV VDQV UHOHYHU OH FUD\RQ $ORUV OHV JHQV HVVDLHQW LOV WRXUQHQW HQ URQG HW LOV Q¡\ DUULYHQW SDV 3RXUTXRL Q¡\


DUULYH W RQ SDV " 3DUFH TX¡HQ YR\DQW FHV SRLQWV DLQVL GLVposĂŠs, on voit un carrĂŠ. Donc on prĂŠsuppose, on construit la rĂŠalitĂŠ de ces points comme si la consigne disait ÂŤ reliez FHV SRLQWV DYHF GURLWHV HQ IRUPDQW XQ FDUUp ÂŞ 2U LO VXIĂ€W GH VRUWLU GH O¡LGpH TX¡LO V¡DJLW G¡XQ FDUUp SRXU WURXYHU la solution. C’est ce que nous faisons constamment quand nous voulons changer la rĂŠalitĂŠ : nous ne trouvons pas les solutions parce que nous posons le problème en l’enfermant dans une certaine construction de la rĂŠalitĂŠ et nous tournons en URQG Š WRXMRXUV SOXV GX PrPH ÂŞ 2Q HVW WRXMRXUV HQ WUDLQ de chercher Ă l’intĂŠrieur du carrĂŠ comment rejoindre ces SRLQWV DYHF GURLWHV F¡HVW SRXUTXRL RQ QH WURXYH SDV de solution. -H SURĂ€WH GH IDLUH XQH SHWLWH SDJH SXEOLFLWDLUH TXL VRQQHUD SHXW rWUH XQ SHX FRPPH XQH DXWR MXVWLĂ€FDWLRQ PDLV j’en prend le risque. C’est la raison pour laquelle comme FUR\DQW FRPPH FKUpWLHQ F¡HVW IRQGDPHQWDO SRXU PRL d’aller travailler avec les sciences humaines. C’est très important pour moi de me confronter Ă des gens qui ont un autre discours sur l’homme, sur le monde, sur la rĂŠalitĂŠ, pour prendre conscience de lĂ oĂš je tourne en circuit fermĂŠ, comment je suis enfermĂŠ dans ma vision. Vous savez, quand on fait une ĂŠtude biblique, on a tendance Ă retrouver dans les textes ce que l’on connaissait dĂŠjĂ . Et RQ QH GpFRXYUH ULHQ GX WRXW 2Q IDLW FH TX¡RQ DSSHOOH XQH lecture dogmatique des textes, on retrouve ce que l’on savait dĂŠjĂ et l’on est confortĂŠ, bien assis sur sa chaise. Alors que le texte doit ĂŞtre lĂ pour nous mettre en route, nous bousculer, nous faire sortir. Voici une illustration biblique : Luc 24, les disciples d’EmmaĂźs. Les disciples d’EmmaĂźs savent ce qui s’est passĂŠ Ă JĂŠrusalem. JĂŠsus, lui, est comme l’Êtranger qui n’est pas au courant des ĂŠvĂŠnements. C’est intĂŠressant 16


parce qu’en grec le terme ĂŠtranger c’est ÂŤ para oikia Âť — oikia c’est la maison, et para c’est Ă cĂ´tĂŠ, le long de. JĂŠsus, l’Êtranger, ne sait pas, il n’est pas dans la maison du savoir dont disposent les disciples. Mais lui qui est Ă O¡H[WpULHXU YD OHXU RXYULU OHV eFULWXUHV ,OV VRQW HQIHUPpV dans leur vision de ce qui s’est passĂŠ Ă JĂŠrusalem et ils ne comprennent rien et ne reconnaissent mĂŞme pas JĂŠsus Ă cĂ´tĂŠ d’eux. Et je me demande si cela ne nous arrive pas aussi Ă nous, quand nous lisons la Bible. Nous la lisons en circuit fermĂŠ. C’est l’intĂŠrĂŞt de prendre conscience de la construction qu’on se fait de la rĂŠalitĂŠ. D’avoir pu dĂŠcouvrir des choses dans les sciences humaines m’a ouvert l’esprit par rapport Ă des lieux oĂš je pouvais ĂŞtre enfermĂŠ. )LQ GH OD SDJH SXEOLFLWDLUH

&KDQJHU PRQ DWWHQWH La troisième option, c’est de changer ce Ă quoi je m’attend. Ce n’est certes pas simple de changer la rĂŠalitĂŠ, mais vous allez voir que c’est encore plus compliquĂŠ de changer ce Ă quoi on s’attend. Pour cela, il s’agit de comprendre comment cette attente se construit dans un ĂŞtre humain. Pourquoi a-t-on telle ou telle attente ? pourquoi se construit-on un but avec telle ou telle reprĂŠsentation ? Nous allons continuer Ă progresser dans la complexitĂŠ, SDUFH TX¡LO \ D SOXVLHXUV SKpQRPqQHV TXL HQWUHQW HQ OLJQH de compte. Il y a tout d’abord la satisfaction de nos besoins. Je vais avoir un sentiment de rĂŠussite dans la mesure oĂš je peux rĂŠpondre aux besoins qui sont les miens. Et dans la mesure oĂš je ne peux pas rĂŠpondre aux besoins que j’ai, je vais vivre la frustration et aller plutĂ´t en direction du sentiment G¡pFKHF 2Q SRXUUDLW QXDQFHU FHWWH DIĂ€UPDWLRQ PDLV MH 17


VLPSOLĂ€H YRORQWDLUHPHQW ,O \ D pQRUPpPHQW GH PRGqOHV GLIIpUHQWV TXL YRQW GpFULUH OHV EHVRLQV GH O¡KRPPH 2Q peut voir trois grandes catĂŠgories de besoins : les besoins SK\VLRORJLTXHV SK\VLTXHV OHV EHVRLQV UHODWLRQQHOV HW sociaux, et puis les besoins spirituels. Voici ce que disent Ă ce propos les reprĂŠsentants de quelques courants de pensĂŠe : L’Êthologie, qui a observĂŠ le comportement des animaux puis le comportement humain, insiste sur les besoins d’attachement, les besoins de liens, d’Êchanges. C’est ce couUDQW TXL D GpYHORSSp WRXWH XQH UpĂ H[LRQ VXU OHV SURFHVVXV de deuil. (Notamment Bowlby et Cyrulnik). — Un autre modèle, c’est celui d’Eric Berne qui parle de trois soifs fondamentales : nous avons besoin de stimulations, nous avons besoin de structurer notre temps, de l’organiser d’une certaine façon, et nous avons besoin d’avoir une identitĂŠ (ce qu’il appelle les positions de vie). — Un autre modèle, et celui-lĂ je vais prendre le temps de le dĂŠvelopper un peu plus, c’est ce qu’on appelle voORQWLHUV OD S\UDPLGH GH Maslow. 3RXU 0DVORZ LO \ D XQ SUHPLHU QLYHDX FRQVWLWXp MXVWHPHQW SDU FHV EHVRLQV SK\VLRORJLTXHV SDUPL OHVTXHOV LO classe des choses ĂŠvidentes comme : manger, boire, dormir, respirer, faire de l’exercice, se reposer, avoir des relaWLRQV VH[XHOOHV VH ORJHU VH YrWLU &HWWH S\UDPLGH GH 0DVlow rappelle un peu les trois ÂŤ S Âť de l’ArmĂŠe du Salut : Soupe-Savon-Salut — les besoins de base. C’est un peu plus dĂŠveloppĂŠ, mais c’est la mĂŞme idĂŠe. Le deuxième niveau, ce sont les besoins de sĂŠcuritĂŠ. Il entend par lĂ : se sentir raisonnablement Ă l’abri de menaces, de danger prĂŠsents ou futurs, vivre sans peur dans un environnement protecteur, de façon ordonnĂŠe, stable, prĂŠvisible, avec une certaine structure. Et dans ce mĂŞme besoin de sĂŠcuritĂŠ, il range le besoin d’avoir une philoso18


phie, une religion, une foi permettant de donner un sens aux choses et aux ĂŠvĂŠnements. Le troisième niveau va ĂŞtre le besoin d’appartenance et d’amour. Le besoin, c’est de pouvoir donner et recevoir DIIHFWLRQ DPLWLp DPRXU $YRLU VXIĂ€VDPPHQW GH FRQWDFWV enrichissants, proches et mĂŞme intimes avec des amis, un conjoint, des parents, des enfants. C’est aussi faire partie de groupes, de sociĂŠtĂŠs, de clubs, d’une communautĂŠ. C’est le fait de ne pas ĂŠprouver la solitude, l’exclusion, le rejet. Le quatrième niveau va ĂŞtre important pour notre rĂŠĂ H[LRQ VXU OH WKqPH GH O¡pFKHF HW GH OD UpXVVLWH F¡HVW OH besoin d’estime, qui se subdivise en deux parties, l’estime TXH M¡DL j PHV SURSUHV \HX[ HW O¡HVWLPH TXH M¡DL DX UHJDUG des autres. C’est un point important : l’estime de soi Ă ses SURSUHV \HX[ OH EHVRLQ GH V¡DLPHU VRL PrPH G¡rWUH Ă€HU de ce qu’on est et de ce qu’on fait. Le besoin de ressentir une certaine force, une certaine compĂŠtence, avoir un sentiment d’indĂŠpendance par rapport aux autres, de se sentir capable de faire face au monde et Ă la vie — en d’autres termes, capable de rĂŠussir ce qu’on entreprend. L’estime vis-Ă -vis des autres, c’est le besoin d’être respectĂŠ, d’être admirĂŠ. Le besoin d’avoir un certain prestige ; on pourrait en parler en terme de rĂŠputation, de statut social, du dĂŠsir d’être fĂŠlicitĂŠ, apprĂŠciĂŠ et reconnu. (W SXLV Ă€QDOHPHQW OH GHUQLHU QLYHDX TX¡LO DSSHOOH OHV besoins d’actualisation ou de rĂŠalisation de soi : la capacitĂŠ d’ accoucher de quelque chose Âť, c’est-Ă -dire d’avoir une vie donnant naissance Ă quelque chose qui a du sens. Dans notre langage Ă nous, chrĂŠtiens, c’est toute la dimension de la vocation. Avoir une vocation, avoir rĂŠpondu Ă la vocation que Dieu m’adresse ; c’est ce qui va donner du sens Ă mon existence.


Il s’agit donc du niveau de rĂŠalisation de soi. Dans une perspective humaniste, il peut ĂŞtre très ĂŠgoĂŻste, voire orgueilleux. Dans l’optique chrĂŠtienne, il a du sens parce qu’il s’inscrit dans une relation avec Dieu : je rĂŠponds Ă la vocation que Dieu m’adresse. 9RXORLU PRGLĂ€HU VRQ DWWHQWH F¡HVW SUHQGUH HQ FRPSWH tous ces niveaux de besoin. Pour Maslow, tant que les besoins de base (c’est pour cette raison qu’on a parlĂŠ G¡XQH S\UDPLGH QH VRQW SDV VDWLVIDLWV RQ QH YD SDV DYRLU l’Ênergie de s’occuper des besoins qui se situent au-desVXV 3HXW rWUH HVW FH XQH GHV UDLVRQV SRXU OHVTXHOOHV LO \ a tellement de suicides en Suisse. Jusqu’à prĂŠsent (mais peut-ĂŞtre que les temps changent), on n’avait pas vraiment besoin de faire beaucoup d’efforts pour avoir la nourriture et ce qui est nĂŠcessaire Ă la vie matĂŠrielle. Mais du mĂŞme coup, il restait beaucoup d’Ênergie pour se poser des quesWLRQV GH VHQV (W Oj LO \ DYDLW XQ YLGH VSLULWXHO RQ D WRXW RQ GHYUDLW rWUH KHXUHX[ HW SRXUWDQW RQ QH O¡HVW SDV LO \ D pas de sens Ă la vie. Il ne faut pas faire une doctrine rigide de ce modèle de 0DVORZ PDLV LO pFODLUH OH IDLW TX¡D\DQW GLIIpUHQWV W\SHV de besoins, on va parler de rĂŠussite et d’Êchec tantĂ´t Ă partir d’un de ces niveaux, tantĂ´t Ă partir d’un autre. Et au fond, le vrai sentiment de rĂŠussite va intĂŠgrer tous ces niveaux, les ajouter les uns aux autres en les articulant sans les confondre. 'DQV FHWWH FRQVWUXFWLRQ GH QRV DWWHQWHV LO \ D ELHQ V€U un autre aspect, qui est la part de l’Êducation. Quand je dis ĂŠducation, j’entends ce terme de manière très large, pas seulement l’Êducation des parents, mais l’ensemble GHV LQĂ XHQFHV TXH O¡HQWRXUDJH H[HUFH VXU QRXV Toute une sĂŠrie de valeurs sont transmises soit par le discours : on m’a enseignĂŠ des choses, soit par l’exemple : on m’a montrĂŠ des choses. Ces valeurs qui m’ont ĂŠtĂŠ 20


transmises, sont, pour un certain nombre d’entre elles, conscientes. Pour d’autres par contre, elles ont ĂŠtĂŠ assimilĂŠes sans que j’en aie conscience, mais elles agissent sur moi. Elles agissent sur ma manière de construire mon EXW PRQ DWWHQWH ,O \ D WRXW FH TX¡RQ D GLW rWUH ELHQ RX SDV bien, par exemple : le respect, ou la solidaritĂŠ, ou encore l’esprit d’entreprise‌ la liste peut beaucoup s’allonger. ,O \ D DXVVL OD GLPHQVLRQ GH O¡H[SpULHQFH TXH M¡DL IDLWH dans cette ĂŠducation : qu’est-ce qui me permettait d’obtenir de l’affection, de susciter de l’intĂŠrĂŞt, de trouver une place au sein de la famille, de la classe Ă l’Êcole, du village ou du quartier, et ainsi de suite ? Cette expĂŠrience de ce qui a marchĂŠ et de ce qui n’a pas marchĂŠ pour rĂŠpondre Ă mes besoins est fondamentale dans la construction de mes attentes. Voici une petite histoire pour vous dĂŠtendre qu’on appelle l’histoire des cravates. Avec cet exemple-lĂ , vous aurez parfaitement compris l’enjeu de ce que je viens de dire. &¡HVW XQH PqUH TXL RIIUH GHX[ FUDYDWHV j VRQ Ă€OV XQH URXJH HW XQH EOHXH /H OHQGHPDLQ OH Ă€OV PHW OD FUDYDWH EOHXH HW VD PqUH OXL GLW HQ OH YR\DQW DUULYHU SRXU OH SHWLW dĂŠjeuner : ÂŤ ah, bonjour, tu n’aimes pas la rouge ? Âť /D MRXUQpH VH SDVVH HW OH OHQGHPDLQ OH Ă€OV PHW OD URXJH Sa mère lui dit : ÂŤ ah, tu n’aimes dĂŠjĂ plus la bleue ? Âť Le troisième jour, toujours au moment du petit dĂŠjeuner, OH Ă€OV YLHQW DYHF OHV GHX[ FUDYDWHV 6D PqUH OXL GLW Š F¡HVW comme ça que tu te moques de moi ? Âť (QĂ€Q OH TXDWULqPH MRXU OH Ă€OV YLHQW VDQV FUDYDWH SDUFH qu’il ne sait plus quoi faire. Sa mère lui dit alors : ÂŤ c’est tout ce que tu fais de mes cadeaux ? Âť En fonction de ce qui s’est passĂŠ, j’ai cherchĂŠ Ă faire plaisir, Ă rĂŠpondre Ă l’attente, dans le but d’obtenir ce dont j’avais besoin. Mais quand on reçoit ce qu’on appelle des 21


GRXEOHV PHVVDJHV LO Q¡\ D SDV GH VROXWLRQ VLQRQ FHOOH GH se pendre avec ses cravates ! En fonction de ce que j’ai H[SpULPHQWp MH PRGLĂ€H PD IDoRQ G¡REWHQLU SRXU DYRLU XQH UpSRQVH j PHV EHVRLQV &HFL YD LQĂ XHQFHU FH TXH MH FURLV pouvoir attendre. Si je ne parviens pas Ă obtenir ce dont j’ai besoin, je vais changer ma perception des besoins, je vais ne plus sentir que j’ai besoin de telle ou telle chose, je vais couper mĂŞme les sensations de ces besoins. Si par exemple je suis convaincu que je dois ĂŞtre le premier de classe pour continuer Ă ĂŞtre aimĂŠ par maman, MH YDLV WULPEDOHU FHWWH FUR\DQFH SV\FKRORJLTXH WRXW DX long de ma vie, je ne serai jamais satisfait des buts que j’atteins : ce n’est pas que je ne rĂŠussis pas, mais je ne fais jamais assez bien parce que je pourrais faire plus. Si, lorsque je ramenais mon bulletin scolaire avec un 8 sur 10, on me disait : ÂŤ ouais, t’aurais pu faire 10 Âť, cela risque GH PH PDUTXHU PrPH VL FHOD GDWH G¡LO \ D WUqV ORQJWHPSV -H YDLV SDVVHU PD YLH j HVVD\HU GH IDLUH HW PrPH SOXV que 10, 12 — mĂŞme si cette note n’existe pas. Ainsi je me tue d’une certaine façon, et je demeure constamment dans un sentiment d’Êchec. Ă€ ce moment-lĂ , c’est mon attente que j’ai besoin de changer. Une attente tellement exigeante, tellement exorbitante qu’elle n’est jamais atteiJQDEOH 9RXV YR\H] O¡HQMHX " 0DLV HQ PrPH WHPSV F¡HVW GLIĂ€FLOH GH VH GLUH Š MH QH YDLV SOXV HVVD\HU GH IDLUH ÂŞ VL M¡DL SHXU GH SHUGUH l’amour de papa ou de maman. Ce n’est pas facile de renoncer Ă une attente, Ă un but quand cela pourrait devenir V\QRQ\PH GH SHUGUH O¡DPRXU GH TXHOTX¡XQ 0DLV WRXWHV ces attentes ne sont pas forcĂŠment conscientes. Pour cette raison (comme nous l’avons dit), c’est parfois encore plus GLIĂ€FLOH GH FKDQJHU O¡DWWHQWH TXH GH FKDQJHU OD UpDOLWp

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-¡DL PLV GHV Ă qFKHV HQWUH WRXV FHV FHUFOHV SDUFH TX¡LO \ a une espèce d’interaction entre tous ces ĂŠlĂŠments qui se PRGLĂ€HQW FRQVWDPPHQW OHV XQV OHV DXWUHV Attentes –Buts

ExpĂŠrience Mon vĂŠcu

Éducation

Besoins

4XHOTXHV WH[WHV ELEOLTXHV 3VDXPH Un des moteurs du sentiment chronique G¡pFKHF HVW OD PDODGLH GH FRPSDUDLVRQ &¡HVW XQ PR\HQ ĂŠducatif qui est beaucoup utilisĂŠ : ÂŤ regarde ta sĹ“ur comme elle fait bien ; regarde ton frère comme il arrive bien Ă attaFKHU VHV FKDXVVXUHV FRPPH LO D Ă€QL VRQ DVVLHWWH HWF ÂŞ Depuis tout petit, on nous montre ce que l’autre fait pour nous dire : ÂŤ quand est-ce que tu vas faire mieux ? Âť Et on nous apprend Ă avoir des attentes par comparaison aux autres, au lieu d’être en contact avec nos vraies attentes. 'DQV OH 3VDXPH MH YHX[ VRXOLJQHU OHV YHUVHWV HW ÂŤ C’est toi mon hĂŠritage et ma part Ă la coupe, mon destin est dans ta main. Le sort qui m’Êchoit est dĂŠlicieux, le lot que j’ai reçu est le plus beau. Âť Dans mon histoire personnelle, ces paroles ont ĂŠtĂŠ guĂŠrissantes par rapport Ă une situation dans laquelle je me suis longtemps laissĂŠ enfermer, et qui ĂŠtait la comparaison faite par mon père entre mon frère et moi : j’ai un grand 23


frère qui a 10 ans de plus que moi. Quelle libĂŠration de prendre conscience tout d’un coup que ma part pouvait ĂŞtre bonne, non parce qu’elle ĂŠtait comme celle de mon frère ou mĂŞme mieux qu’elle, mais parce que c’Êtait la mienne. Je pense que la vraie guĂŠrison de la maladie de comparaison c’est la vocation : ÂŤ Seigneur, qu’est-ce que tu as pour moi ? Âť Hans BĂźrki avec qui j’ai dĂŠcouvert ce Psaume dit : ÂŤ c’est le plaisir d’être choisi. Choisir d’être choisi par 'LHX ÂŞ (W DX IRQG LO \ D Oj WRXWH XQH UpFRQFLOLDWLRQ DYHF soi-mĂŞme que de pouvoir choisir ce que Dieu choisit pour moi. Cela ne veut pas dire qu’il dĂŠcide tout Ă ma place mais que dans le dialogue avec lui, je regarde ce qui m’est propre et j’arrĂŞte de comparer. C’est ce que Jacob n’a pas su faire avec EsaĂź. Dans le livre des Psaumes toujours, un texte va faire ĂŠcho très fortement Ă la question des besoins, c’est le 3VDXPH . LĂ , on trouve exprimĂŠe sous la forme de OD VDJHVVH FH TXH OD SV\FKRORJLH D GpFRXYHUW ÂŤ Seigneur mon cĹ“ur est sans prĂŠtention, mes yeux n’ont pas visĂŠ trop haut. Je n’ai pas poursuivi ces grandeurs, ces merveilles qui me dĂŠpassent. Au contraire, mes dĂŠsirs se sont calmĂŠs, comme un enfant sur sa mère, mes dĂŠsirs sont pareils Ă cet enfant. IsraĂŤl met ton espoir dans le Seigneur, dès maintenant et pour toujours. Âť Le verset 2 a plusieurs traductions possibles. Chouraqui par exemple traduit : ÂŤ je l’ai fait ĂŠgal et silencieux mon ĂŞtre Âť pour : ÂŤ au contraire mes dĂŠsirs se sont calmĂŠs, se sont tus Âť. Pour le verset : ÂŤ comme un enfant sur sa mère, mes dĂŠsirs sont pareils Ă cet enfant Âť il traduit : ÂŤ comme un nourrisson sur sa mère, comme un nourrisson sur moi mon ĂŞtre. Âť ,O \ D GRQF OH QLYHDX GH GpVLUV HW GH EHVRLQV TXL VRQW une partie de moi-mĂŞme que je prends comme je le ferais 24


pour un enfant dont je m’occupe. J’ai donc besoin de rĂŠpondre Ă mes besoins, je ne peux pas vivre comme si je Q¡DYDLV SDV GH EHVRLQV 0DLV XQ SHX SOXV ORLQ LO \ D XQH autre expression très intĂŠressante, que certaines traductions rendent par : ÂŤ comme un enfant sevrĂŠ Âť. Qu’est-ce que le sevrage ? Le sevrage, est-ce rĂŠpondre aux besoins GX EpEp RX QH SDV \ UpSRQGUH " /j HQFRUH F¡HVW XQH TXHVtion de regard : est-ce que je sevre un bĂŠbĂŠ quand il a ĂŠtĂŠ repu ou parce que c’est l’âge, ou encore en fonction de circonstances extĂŠrieures ? En fait en hĂŠbreu, l’enfant sevrĂŠ c’est l’enfant repu. Le terme enfant sevrĂŠ vient de la UDFLQH Š JDPRXO ÂŞ Š *DPDO ÂŞ VLJQLĂ€H Š UpFRPSHQVp UpWULbuĂŠ Âť. Dans la mesure oĂš il a ĂŠtĂŠ rĂŠpondu Ă mes besoins de PDQLqUH VXIĂ€VDQWH MDPDLV WRWDOH ELHQ V€U M¡DL XQ UHJDUG qui ne vise pas trop haut. Un mĂŠcanisme fondamental est dĂŠmontrĂŠ dans ce Psaume : si j’ai eu de trop grands manques, j’ai des attentes GpPHVXUpHV (W FH W\SH G¡DWWHQWHV PH SHUPHWWHQW GH YpULĂ€HU TXH MH Q¡DXUDLV MDPDLV WRXW FH TXH MH YHX[ Âł HW MH UHVWH alors dans le manque. C’est un cercle vicieux ! Le manque produit le fantasme d’attentes dĂŠmesurĂŠes, par consĂŠquent je ne suis jamais satisfait de ce que j’ai. Au fond il faut agir des deux cĂ´tĂŠs. Il faut travailler sur l’image de nos attentes : avoir des attentes rĂŠalistes et accepter un certain niveau de frustration, mais il faut aussi rĂŠpondre Ă notre besoin ; il ne faut pas seulement sevrer, au sens de ne pas donner. Il s’agit de tenir les deux choses en ĂŠquilibre. En GpĂ€QLWLYH O¡DSDLVHPHQW GX EHVRLQ HVW GDQV FH YD HW YLHQW entre les deux. Un autre texte très intĂŠressant, dans le Nouveau TestaPHQW FHOXL Oj PHW HQ VFqQH OHV Ă€OV GH =pEpGpH -H YDLV IDLUH FH TX¡RQ DSSHOOH XQH FRPSDUDLVRQ V\QRSWLTXH F¡HVW Ă -dire que je vais prendre le texte dans Marc, puis le mĂŞme passage dans Matthieu.


0DUF nous dit ceci : Š -DFTXHV HW -HDQ OHV Ă€OV GH ZĂŠbĂŠdĂŠe s’approchèrent de JĂŠsus et lui dirent : MaĂŽtre, nous voudrions que tu fasses pour nous ce que nous allons te demander (il y a une attente). Il leur dit : que voulezvous que je fasse pour vous ? et ils rĂŠpondent : accordenous de siĂŠger dans ta gloire, l’un Ă ta droite, l’autre Ă ta gauche. Âť &H TX¡LO \ D G¡LQWpUHVVDQW GDQV 0DUF F¡HVW TXH FH VRQW Jacques et Jean qui expriment eux-mĂŞmes cette demande. Mais le mĂŞme texte dans 0DWWKLHX a vu la scène tout autrement : Š $ORUV OD PqUH GHV Ă€OV GH =pEpGpH V¡DSSURFKD GH -pVXV DYHF VHV Ă€OV MH OHV LPDJLQH XQ SHWLW SHX derrière), elle se prosterna pour lui faire une demande. Il lui dit : que veux-tu ? Ordonne, lui dit-elle, que dans ton 5R\DXPH PHV GHX[ Ă€OV VLqJHQW O¡XQ j WD JDXFKH O¡DXWUH Ă ta droite. Âť Je trouve cette diffĂŠrence prodigieuse : passerait-on notre vie Ă faire ce que notre mère ou notre père auraient voulu pour nous ? Je vous disais que dans la construction de nos attentes, une part est consciente et une part ne l’est SDV )LQDOHPHQW TX¡HVW FH TXL V¡HVW SDVVp KLVWRULTXHPHQW SRXU OHV Ă€OV GH =pEpGpH " (VW FH TXH FH VRQW OHV Ă€OV TXL parlaient, ou est-ce la mère ? Je ne sais pas et on ne parviendra pas Ă trancher cette question. Mais il est très intĂŠressant de remarquer que les tĂŠmoins de la scène ne savent plus très bien qui a parlĂŠ. Cela exprime l’amalgame entre OD PqUH HW OHV Ă€OV 1¡HVW FH SDV DXVVL QRWUH UpDOLWp " Pour vous en convaincre, regardez les fameuses crises du milieu de la vie : on se retrouve Ă quarante ans, on a fait une formation, on a montĂŠ une boĂŽte, on a repris un domaine‌ puis on se dit : ÂŤ mais moi, ce n’est pas cela que j’aurais voulu faire, et maintenant il me reste 20 ans pour faire vraiment ce que je veux. Et parfois je me sens FRPSOqWHPHQW FRLQFp HW M¡DUULYH j OD Ă€Q GH OD YLH HQ PH 26


disant : j’ai tout réussi mais je n’ai pas fait ce que j’aurais voulu, je n’ai pas fait ce pour quoi je suis né. Sentiment d’échec ? sentiment de réussite ? Dans ce contexte là, il est nécessaire de lire le texte bien connu de /XF . C’est ce fameux texte qui parle de haïr son père, sa mère. Il ne s’agit bien sûr pas de les haïr au sens de vouloir leur nuire et de se dresser contre eux. Il s’agit d’autre chose : « De grandes foules faisaient route avec Jésus. Il se retourna et leur dit : si quelqu’un vient à moi sans me préférer à Oj R OD 72% GLW © PH SUpIpUHU ª d’autres traductions disent « haïr ») son père, sa mère, sa femme, ses enfants, ses frères, ses sœurs, même jusqu’à sa propre vie il ne peut être mon disciple. Celui qui ne porte pas sa croix et ne marche pas à ma suite ne peut pas être mon disciple. » Pour ma part je comprends ce texte de la façon suivante : Il n’est pas question à proprement parler d’une haine à l’égard de ses parents, mais il s’agit de se séparer d’eux. Il faut éprouver cette émotion qui nous permettra cette séparation d’avec eux, sur le plan affectif. C’est-à-dire de ne plus être dans cette dépendance affective. Si par exemple je suis fumeur et que je dois arrêter de fumer, je ne vais pas parvenir à arrêter à moins de me mettre à la haïr, cette sale cigarette. Tant que c’est mon amie bien-aimée, je ne pourrai pas arrêter, je ne vais pas m’en séparer. La capacité de se séparer réside dans cette forme de haine. C’est une énergie qui n’est pas forcément négative. Je ne parle pas de la vengeance, ni d’aller faire du tort à autrui, mais de sentir ce besoin de dire : « maintenant c’est non, oD VXIÀW ª 'RQF LO \ D EHVRLQ GH VH VpSDUHU GHV DWWHQWHV de son père sur soi, des attentes de sa mère sur soi, des attentes de sa femme, de ses enfants et des images qu’on s’est faites soi-même de sa propre réussite, pour pouvoir être le disciple de Jésus. Dietrich Bonhoeffer, dans « Le 27


Prix de la Grâce Âť fait Ă ce propos un superbe commentaire : ÂŤ JĂŠsus ne veut personne entre lui et son disciple, mĂŞme pas le dĂŠsir ou les attentes du disciple par rapport Ă sa vie Âť. Je peux ĂŞtre esclave de mes propres attentes, de mes propres dĂŠsirs, de ce que je crois ĂŞtre le bonheur pour moi. Toutes ces attentes ont besoin de passer par la croix, c’est-Ă -dire d’être revisitĂŠes, remises en question pour ne plus ĂŞtre liĂŠes Ă des attentes inconscientes, par lesquelles je suis enchaĂŽnĂŠ, privĂŠ de libertĂŠ. En conclusion, nous prendrons 0DWWKLHX , un texte qui nous fait retrouver notre point de dĂŠpart : la notion d’Êchec et de rĂŠussite est purement une question de regard. JĂŠsus dĂŠclare ceci : ÂŤ La lampe du corps c’est l’œil : si donc ton Ĺ“il est sain, ton corps tout entier sera dans la lumière. Mais si ton Ĺ“il est malade, ton corps tout entier sera dans les tĂŠnèbres. Si donc la lumière qui est en toi est tĂŠnèbres, quelle tĂŠnèbres ! Âť Pour comprendre ce texte, il faut savoir que du temps de JĂŠsus, les gens pensaient que l’œil ĂŠtait comme une fenĂŞtre : par l’œil, la lumière entre dans la personne. C’est FRPPH YRV OXQHWWHV TXDQG HOOHV VRQW VDOHV YRXV Q¡\ YR\H] SOXV ULHQ 'RQF VL WRQ ÂąLO HVW VDLQ F¡HVW j GLUH VL les vitres sont propres, la lumière peut entrer en toi et tu vois clair Ă l’intĂŠrieur de toi. Mais si ton Ĺ“il est malade, Ă ce moment-lĂ la lumière ne peut plus entrer. Si donc ce qui devait ĂŞtre l’entrĂŠe de la lumière en toi est bouchĂŠe, tĂŠnĂŠbreuse, quelles tĂŠnèbres Ă l’intĂŠrieur ! Ce qui est intĂŠressant, c’est que lĂ oĂš nos traductions disent : ÂŤ si ton Ĺ“il est sain Âť, le grec dit plus prĂŠcisĂŠment : ÂŤ si ton Ĺ“il est simple Âť. Non pas double, mais simple : S’il Q¡\ D SDV GHX[ FKRVHV V¡LO Q¡\ D SDV GLYLVLRQ GDQV WRQ UHJDUG V¡LO Q¡\ D SDV XQH SDUWLH GH WRL TXL YHXW TXHOTXH FKRVH HW XQH DXWUH TXL YHXW DXWUH FKRVH 9R\H]OH UpFLW GH 28


Marthe et Marie, par exemple : Marthe avait envie d’être aux pieds de JĂŠsus et en mĂŞme temps, elle voulait lui faire un bon repas. Elle avait un Ĺ“il double sur l’heure qu’elle avait devant elle, elle ne pouvait pas faire les deux choses, il fallait qu’elle choisisse, c’Êtait ou l’une ou l’autre. Il fallait qu’elle se rĂŠconcilie avec la rĂŠalitĂŠ du temps et cesse d’être dĂŠchirĂŠe par ses attentes inconciliables. Si donc ton Ĺ“il est simple, comme celui de Marie qui ne voulait qu’une chose, tout ton corps sera dans la lumière. C’est la bonne part qui ne peut ĂŞtre Ă´tĂŠe. Un dernier texte : 3KLOLSSLHQV ,O Q¡\ HVW TXHVWLRQ ni d’ascèse (c’est-Ă -dire ne pas rĂŠpondre Ă nos besoins) ni d’un autre cĂ´tĂŠ d’un esclavage face Ă nos besoins. Mais G¡XQH VRXSOHVVH G¡XQH Ă H[LELOLWp HQWUH OHV GHX[ 3DXO OH dĂŠcrit très bien ; il est en train de parler d’une question d’argent avec la communautĂŠ de Philippes qui le soutenait, et il leur dit : ÂŤ Ce n’est pas le besoin qui me fait SDUOHU -¡DL DSSULV HQ WRXWH VLWXDWLRQ j PH VXIĂ€UH (selon OD 72% G¡DXWUHV WUDGXFWLRQ GLVHQW PH FRQWHQWHU . Je sais vivre dans la gĂŞne (dans le manque), je sais vivre dans l’abondance. J’ai appris en toute circonstance, et de toutes les manières Ă ĂŞtre rassasiĂŠ comme Ă avoir faim, Ă vivre dans l’abondance comme dans le besoin. Je peux tout en Celui qui me rend fort. Âť Pour moi, telle est la vĂŠritable libertĂŠ ! Au fond, la santĂŠ VSLULWXHOOH HW SV\FKRORJLTXH HVW GH SRXYRLU GH SDVVHU d’une situation Ă l’autre.



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*SH\KL .tYHYK +LTH\YL_ 7Z`JOPH[YL *OLM KL JSPUPX\L H\ :LY]PJL \UP]LYZP[HPYL KL 7Z`JOPH[YPL KL S˕,UMHU[ L[ KL S˕(KVSLZJLU[ Lausanne



ÂŤ Ce qui est dit n’est jamais entendu tel que c’est dit : une fois que l’on s’est persuadĂŠ de cela, on peut aller en paix dans la parole, sans plus aucun souci d’être bien ou mal entendu, sans plus d’autre souci que de tenir sa parole au plus près de sa vie. Âť1 Cette parole est pour moi prière au moment d’être lu, entendu, pour risquer l’expression de ces quelques pensĂŠes sur l’Êchec et la rĂŠussite : cette prière pourrait ĂŞtre UHSULVH SDU FHOXL TXL OLW HW HQWHQG FHV SURSRV DĂ€Q TX¡LO QH devienne pas prisonnier de ce qui est dit lĂ . Je pars de l’idĂŠe que l’Êchec confronte l’humain Ă la problĂŠmatique de la perte. ConfrontĂŠ Ă l’Êchec, je perds FRQĂ€DQFH HQ PRL HQ G¡DXWUHV HQ 'LHX pYHQWXHOOHPHQW -H SHX[ HQ YHQLU j SHUGUH FRQĂ€DQFH QRQ VHXOHPHQW HQ PRL au niveau de mes connaissances ou de mon savoir-faire, mais aussi dans le monde qui m’environne et jusqu’à mon bon droit de vivre. Je peux en venir jusqu’à vivre un ĂŠchec comme une condamnation, une sentence de mort, au point de perdre le goĂťt de vivre. Pour le petit bĂŠbĂŠ, fĹ“tus qui est encore dans l’utĂŠrus maternel, qu’est-ce que l’Êchec ou la rĂŠussite ? Rester dans le sein de sa mère, confortable, chaud et calfeutrĂŠ, ÂŤ nourri-logĂŠ-blanchi Âť, pourrait apparaĂŽtre comme un succès enviable : mais ce succès l’amènerait pour sĂťr Ă la mort, ĂŠchec suprĂŞme en termes de survie. Sortir dans le JUDQG PRQGH IURLG DYHXJODQW EUX\DQW HW LQFRQQX REOLJH le bĂŠbĂŠ Ă entrer dans la douleur de l’exode vaginal au cours duquel il est pressĂŠ de toute part, pendant lequel son cĹ“ur va ĂŞtre soumis Ă rude ĂŠpreuve, et pĂŠriode de grand inconfort : ceci pourrait apparaĂŽtre une dĂŠmarche vouĂŠe Ă 1 *OYPZ[PHU )VIPU 3Ë•tSVPNULTLU[ K\ TVUKL *VSS ­Í?,U[YL @L\_Í?ÂŽ iK 3L[[YLZ =P]LZ 7HYPZ

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l’Êchec et pourtant‌ c’est par lĂ seulement que la vie part en se risquant, pour trouver peu Ă peu sa mesure jusqu’à son accomplissement et, en ce sens, aboutir Ă une rĂŠussite. Il me semble que les notions d’Êchec et de rĂŠussite dĂŠpendent d’une part de quand on en fait l’apprĂŠciation, dans l’immĂŠdiat ou dans l’après-coup, et d’autre part quel point de vue on adopte pour exercer ce jugement. Dans le livre de la Genèse, il est ĂŠcrit que Dieu estime la crĂŠation ĂŞtre très bonne (une vraie rĂŠussite ?) après les six jours, mais aussi qu’il se repent d’avoir crĂŠĂŠ le monde (un ĂŠchec cuisant ?) après ce que nous pourrions appeler l’Êchec (?) des humains et la rĂŠussite (?) du serpent. Mais l’histoire du salut me semble nous dĂŠcentrer de ces notions d’Êchec et de rĂŠussite, pour nous introduire dans une perspective de non-maĂŽtrise, dans laquelle la grâce de Dieu couvre ce qui nous apparaĂŽt comme nos ĂŠchecs et dĂŠborde ce que nous ressentons comme nos rĂŠussites. /¡KLVWRLUH TXL YD VHUYLU GH Ă€O FRQGXFWHXU j OD SUHPLqUH partie de notre exposĂŠ est celle d’un homme, Abraham, dans la multiplicitĂŠ de ses relations, de sa vie personnelle, de couple, de famille, sociale et spirituelle. Est-ce que la vie d’Abraham est une vie rĂŠussie ? Si on lit ce qu’en dit son serviteur quand il arrive en MĂŠsopotamie pour chercher une ĂŠpouse pour Isaac, manifestement c’est le cas : il est riche, il a femme et enfants, il est dans un âge dĂŠjĂ avancĂŠ, il est puissant. Mais quand on en relit tout le rĂŠcit, on rĂŠalise qu’elle a ĂŠtĂŠ une suite, je ne sais pas s’il faut dire d’Êchecs et de rĂŠussites, mais en tout FDV G¡H[SpULHQFHV FRQĂ LFWXHOOHV HQ UHODWLRQ DXWDQW DYHF la personnalitĂŠ d’Abraham qu’avec les ĂŠvĂŠnements extĂŠrieurs qui ont marquĂŠ son existence. J’aimerais donc reprendre avec vous quelques ĂŠtapes de la vie d’Abraham et ensuite, avec les outils qui sont OHV PLHQV HQ WDQW TXH SV\FKLDWUH HVVD\HU GH FRPSUHQGUH 34


ce qui est en jeu dans la question de l’échec et de la réussite. 'DQV PRQ FKHPLQHPHQW SHUVRQQHO HW OHV UpÁH[LRQV TXL vont suivre, je dois beaucoup au travail de Mme Marie %DOPDU\ HW j VRQ OLYUH /H 6DFULÀFH ,QWHUGLW ³ )UHXG HW la Bible.2

/D OHoRQ G·$EUDKDP RX OD OHoRQ GH YpULWp G·XQH YLH G·KRPPH Première étape : mouvement hors du pays d’origine et de la parenté. Abraham est un homme qui vit en Mésopotamie, qui a une famille, un père, une mère, qui a un lieu, une terre d’origine. Et les choses ont l’air de se passer relativement bien. Mais Abraham fait un premier mouvement géographique depuis Ur en Chaldée jusqu’à Haran en compagnie en tout cas de son père et de sa femme, ainsi que de quelques autres personnes. La raison nous en est donnée seulement après coup, au chap. 12 de la Genèse (v. 1) : © /·eWHUQHO DYDLW GLW j $EUDKDP YD W·HQ GH WRQ SD\V HW GH ta parenté, etc. » Dieu appelle Abraham. Va-t-il lui donner quelque chose ? Va-t-il le faire puissant et grand roi ? Non ! Il lui demande ce qu’il demande à chacun d’entre nous : Quitte ! Il ne lui demande pas de condamner, mais de laisser aller, de se séparer. Se séparer : c’est un verbe que l’on n’aime pas beaucoup, qui fait peur, qui a une résonance dramatique. Mais c’est la première parole adressée à Abraham 2

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que la Bible rapporte. D’ailleurs, si l’on anticipe un peu, c’est un terme qui se retrouve dans l’Êpisode de la querelle des bergers d’Abraham avec ceux de son neveu Lot. A ce moment-lĂ c’est Abraham qui dit : SĂŠparons-nous ! Il a FRPSULV OH EpQpĂ€FH TX¡RQ SHXW UHWLUHU GH FH PRXYHPHQW 'H TXRL $EUDKDP GRLW LO VH VpSDUHU " Š 4XLWWH WRQ SD\V ÂŞ l’endroit oĂš tu es nĂŠ, auquel tu appartiens, d’oĂš tu viens. ÂŤ Quitte ta parentĂŠ Âť il semble que ce terme soit reliĂŠ Ă la maternalitĂŠ, Ă notre origine par la mère. ÂŤ Quitte la maison de ton père Âť ce n’est pas seulement quitter son père, c’est aussi quitter la maison. Moi qui vois des enfants tous les jours, je peux vous dire qu’une des choses qu’ils dessinent quasiment toujours, c’est la maison ou l’appartement ou l’immeuble oĂš ils habitent. C’est une des choses auxquelles on tient le plus. Sans ĂŠpuiser toute la VLJQLĂ€FDWLRQ GH FHWWH LQYLWDWLRQ GX 6HLJQHXU VD SUpFLVLRQ peut s’expliquer ainsi : on peut quitter gĂŠographiquement son père tout en restant affectivement englobĂŠ dans les UpIpUHQFHV GH OD PDLVRQ GH VRQ SqUH ,O \ D XQH SULVH GH distance ĂŠmotionnelle qui est nĂŠcessaire. Remarquons que cet ordre, ou en tout cas cette injonction assez forte, n’est associĂŠe Ă aucune menace de punition en cas de non observation. Cela dit en passant. 6L GDQV OH FDV G¡$EUDKDP LO Q¡\ SDV HX GpVREpLVVDQFH il semble tout de mĂŞme qu’un certain temps se soit ĂŠcoulĂŠ HQWUH OD SDUROH HW VRQ H[pFXWLRQ 3XLVTX¡LO \ D HX FHWWH VRUWH G¡DUUrW j +DUDQ 2 G¡XQH PDQLqUH DVVH] pWRQQDQWH Abraham se trouve encore avec son père. Et puis il a fallu que ce père meure pour qu’Abraham puisse vraiment aller un pas plus loin. 2Q SHXW GRQF G¡RUHV HW GpMj VH SRVHU OD TXHVWLRQ (VW FH qu’il est juste de penser en termes d’Êchec et de rĂŠussite ? Personnellement, je trouve que c’est une thĂŠmatique piĂŠgeante. Si l’on pense la vie dans ces termes, on est 36


FRQGDPQp j pFKRXHU -¡HVSqUH TXH OH EpQpĂ€FH GH FHWWH MRXUnĂŠe c’est que vous pourrez vivre votre vie sans la perspective GX SRLGV WHUULĂ€DQW GH VDYRLU VL YRXV DYH] pFKRXp RX UpXVVL Deuxième ĂŠtape : en Egypte et chez AbimĂŠlec. ­ XQ PRPHQW GRQQp $EUDKDP GHVFHQG HQ (J\SWH SDUFH TX¡LO \ D OD IDPLQH HW TX¡LO D EHVRLQ GH VH QRXUULU DLQVL TXH sa tribu. Abraham demande Ă sa femme : ÂŤ Tu diras que tu es ma sĹ“ur. Je n’ai pas envie de risquer ma peau. Tu es belle. Et je tiens Ă toi, mais je tiens surtout Ă ma vie. Rends-moi ce service. Âť Et ce qu’Abraham avait anticipĂŠ arrive. En ĂŠtant tellement angoissĂŠ Ă l’idĂŠe de ce qui allait arriver, d’une certaine manière il a tout mis en place pour que cela se passe comme il l’avait redoutĂŠ (en langage technique on appelle ça une conduite d’Êchec, ou un sabotage). Effectivement, le Pharaon voit cette femme. Et il se renseigne. Alors on lui dit : c’est la sĹ“ur d’Abraham. Et il la prend. Il faudra que ce soient des paĂŻens, des gens qui ne connaissent pas le Dieu d’Abraham, qui attirent son attention sur son inconsĂŠquence, son manque de courage, certainement sur ses angoisses. Remarquons de nouveau que Dieu n’a pas de parole GH MXJHPHQW HQYHUV $EUDKDP SRXU VHV GLIĂ€FXOWpV PrPH quand elles se rĂŠpètent. Il attire son attention, sans le juger. En effet, souvenons-nous aussi qu’Abraham, comme nous tous, a besoin de refaire les mĂŞmes ÂŤ bĂŞtises Âť, tĂŠmoins de nos peurs et de notre petite foi. Quelques annĂŠes SOXV WDUG LO YD GDQV OH SD\V G¡$ELPpOHF (W LO GHPDQGH GH nouveau Ă sa femme — qui est en mĂŞme temps sa demisĹ“ur, donc il ne ment pas complètement — de se faire passer pour sa sĹ“ur pour avoir la vie sauve. Et rebelote. 37


Que se passe-t-il lors de cette rĂŠpĂŠtition ? Dieu se rĂŠvèle Ă AbimĂŠlec au travers d’un songe, la nuit. La nuit peut ĂŞtre un moment très important dans nos existences. Parce que c’est le moment oĂš on ne contrĂ´le plus rien. Et oĂš Dieu est libre de s’adresser Ă nous dans notre sommeil. Il ne veut pas nous manipuler. Mais il est libre de nous parler quand on se repose, qu’on n’est pas anxieux de l’Êcouter. Alors il nous parle (peut-ĂŞtre au travers de ce qu’on rĂŞve), nous permet de prendre conscience de nos prĂŠoccupations, d’une idĂŠe, d’une relation, d’une personne. Ne perdez pas ces choses-lĂ . Je vous suggère de les noter le lendemain matin dans un cahier. Vous pourrez SHXW rWUH SDU OD VXLWH HQ GpFRXYULU OD VLJQLĂ€FDWLRQ 5HIHUmons la parenthèse. AbimĂŠlec prend en compte ce qui s’est passe pendant la nuit. Il n’interprète pas ce qu’il a entendu comme l’expression d’une auto-censure inconsciente : ÂŤ J’Êtais tellement inquiet d’avoir une femme si belle que j’ai rĂŞvĂŠ que MH Q¡\ DYDLV SDV GURLW ÂŞ $ELPpOHF QH VH ERUQH DORUV SDV j faire des reproches Ă Abraham mais il fait ĂŠgalement un GRQ Š HQ FRXYHUWXUH GHV \HX[ GH 6DUD ÂŞ $ELPpOHF PDQLfeste ainsi qu’il a respectĂŠ la personne de Sara. IndĂŠpendamment d’Abraham. La leçon Ă retirer de tout cela, c’est que le Dieu d’Abraham n’est pas uniquement son Dieu Ă lui. Qui ne parlerait qu’à lui, qui ne se rĂŠvĂŠlerait qu’à lui ! C’est un Dieu qui parle mĂŞme Ă ceux qui ne le connaissent pas. Et dans ce sens-lĂ , je crois que c’est un très beau travail de dĂŠpossession de Dieu. C’est-Ă -dire que nous ne sommes pas les propriĂŠtaires de Dieu. Dieu est un ĂŞtre libre. Il fait grâce Ă qui il veut et il parle aussi Ă qui il veut. Il se rĂŠvèle Ă qui LO YHXW 'DQV FHWWH PrPH SHQVpH YR\H] 'LHX TXL VH UpYqOH Ă Agar chassĂŠe par Sara. Abraham devait donc d’une certaine façon perdre son 38


Dieu. Ce n’est plus ÂŤ mon Âť Dieu. Mais c’est Dieu. Et puis c’est Dieu pour tout le monde. Troisième ĂŠtape : changement de nom. Dieu va changer quelque chose Ă l’identitĂŠ d’Abraham et de Sara Ă mi-chemin de leur vie. Au fond, Abraham doit quitter son nom, par lequel il a ĂŠtĂŠ appelĂŠ depuis tout petit. Cela ne veut pas dire qu’il est un homme tout nouveau. 0DLV LO \ D WRXW GH PrPH TXHOTXH FKRVH GH FKDQJp $EUDP — A-b-r-a-m comme on le transcrit souvent —, qui est VRQ SUHPLHU QRP VLJQLĂ€H TXHOTXH FKRVH FRPPH Š SqUH ĂŠlevĂŠ Âť, inatteignable. Un père inatteignable ne peut pas ĂŞtre papa. Un père doit pouvoir ĂŞtre proche de ses enfants, Ă leur hauteur. Dans ce mouvement de rĂŠvĂŠlation — qui implique un mouvement de foi de la part d’Abraham — Dieu l’appelle Abraham : père de multitudes. Un père de beaucoup d’enfants ne peut pas ĂŞtre trop haut. Sinon il n’est pas disponible pour eux. Mais Dieu change aussi le nom de Sara. Elle s’appelait SaraĂŻ : ma princesse. Quel beau nom pour une femme de O¡2ULHQW 9RXV VHQWH] FHSHQGDQW TX¡LO \ D TXHOTXH FKRVH qui gĂŞne : c’est ce possessif. Elle ĂŠtait la possession de tout le monde, sauf d’elle-mĂŞme. Et comment Dieu change-t-il son nom ? Il supprime quelque chose. Elle s’appelle dĂŠsormais Sara, ÂŤ Princesse Âť, pour elle-mĂŞme. Princesse dans son bon droit. Le possessif a dĂť ĂŞtre abandonnĂŠ. Abraham ne va plus l’appeler ÂŤ ma Âť femme. Il va l’appeler : Sara. )HPPH 'H SOHLQ GURLW 8QH SHUVRQQH FRPPH OXL


Quatrième étape : la circoncision. C’est un épisode dont on ne sait bien souvent pas quoi faire quand on lit l’histoire d’Abraham. Je me souviens que quand mon père lisait ce récit en famille, il était quelque SHX JrQp 1RXV DXVVL RQ UHJDUGDLW OH WDSLV (VVD\RQV GH comprendre. Qu’est-ce que c’est que la circoncision ? Le texte biblique est précis et ne laisse pas d’équivoque. Il dit : c’est O·DEODWLRQ GX SUpSXFH 4X·HVW FH TXH FHOD VLJQLÀH " 3RXU les hommes, c’est un lieu très important (siège de la puissance sexuelle) et à la fois générateur d’angoisse. Est-ce que je l’ai assez grand ? Est-ce qu’il n’est pas plus petit TXH FHOXL GH WRXV OHV DXWUHV JDUoRQV " 2U TX·HVW FH TXH Dieu dit à Abraham ? Il lui dit en substance : à l’endroit qui est le lieu de ta puissance, qui est le lieu qui est tellement important pour toi, tu vas ôter quelque chose. Tu vas devoir laisser aller quelque chose. Dieu choisit ce lieu-là pour en faire le signe de l’Alliance. Lieu d’angoisse mais aussi lieu de l’illusion. L’homme qui se dit : je suis puissant, je peux conquérir toutes les femmes que je veux — c’est évidemment la pleine illusion. Et c’est cet endroit-là que Dieu choisit. Alors Abraham apprend qu’il n’est pas complet. Il ne devient pas impuissant. Mais il prend conscience de son incomplétude sans l’autre, la femme, Sara. Cinquième étape : la ligature d’Isaac. C’est un des passages les plus bouleversants de toute la Bible. Voilà que Dieu, ce Dieu bon, ce Dieu tendre, ce Dieu paternel — et maternel sous d’autres aspects — YD GHPDQGHU j $EUDKDP /DLVVH DOOHU WRQ ÀOV 7X FUR\DLV 40


SRVVpGHU XQ Ă€OV 4X¡LO QH VRLW SOXV WD SRVVHVVLRQ ,O QH s’agit pas de tuer Isaac. Dieu ne dĂŠsire jamais une Ĺ“uvre de destruction. Mais il fait une Ĺ“uvre de libĂŠration. Dieu va amener Abraham Ă pouvoir laisser aller Isaac pour qu’il devienne un jeune homme. $YDQW ,VDDF HVW XQ HQIDQW ,O HVW OH Ă€OV G¡$EUDKDP ,O le restera bien sĂťr au niveau des relations. Mais après cet ĂŠpisode, Isaac est un homme libre. Libre de vivre pour OXL PrPH HW Q¡D\DQW SOXV EHVRLQ GH IDLUH SODLVLU j SDSD HW Ă maman. 0DLV YRXV YR\H] OH WUDYDLO TXH FHWWH GpSRVVHVVLRQ LPplique, le travail ĂŠmotionnel, le changement d’attitude, l’angoisse qui doivent ĂŞtre vĂŠcus pour se libĂŠrer de ces liens, pour les parents essentiellement, mais aussi pour les enfants. Je crois qu’Abraham a dĂť aussi rĂŠviser sa conception de Dieu quand il a ĂŠtĂŠ au mont Morija. Le Dieu qu’il s’Êtait reprĂŠsentĂŠ dans sa tĂŞte, il n’avait peut-ĂŞtre plus tellement envie de le garder comme ça. Je crois qu’à chaque ĂŠtape qu’Abraham a vĂŠcue avec Dieu, son image de Dieu V¡HVW PRGLĂ€pH ,PDJH G¡XQ 'LHX TXL QH YHXW SDV DVVHUYLU l’homme, mais qui veut le rendre libre, responsable. Pas contre lui, pas en dehors de lui. Mais dans sa prĂŠsence. Avec lui. En rĂŠsumĂŠ, la sĂŠparation qu’Abraham a vĂŠcue a touchĂŠ sept domaines de son existence : sa terre - sa mère - son SqUH VD IHPPH VRQ VH[H VRQ Ă€OV HW VRQ 'LHX ,O Q¡\ a pas eu rupture mais changement de relations. S’il peut toujours dire ÂŤ mon Âť Dieu, en s’adressant Ă lui, ce n’est plus dans un esprit de possession et de maĂŽtrise mais dans un esprit tĂŠmoignant d’une relation mature, vivante, entre un homme et Dieu.

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/D OHoRQ G¡XQ PRGqOH SV\FKRORJLTXH RX OD OHoRQ GX GpYHORSSHPHQW GH OD SHUVRQQH Maintenant, nous proposons l’Êclairage que peut apporWHU XQ PRGqOH SV\FKRORJLTXH 1RXV OH IHURQV DX WUDYHUV GH O¡RHXYUH G¡(ULN + (ULNVRQ SV\FKLDWUH SV\FKDQDO\VWH d’origine europĂŠenne qui a longtemps travaillĂŠ aux EtatsUnis. Ses huit ĂŠtapes du dĂŠveloppement de la personne3. permettent un parallèle saisissant avec la vie de la foi et aident Ă comprendre pourquoi on pense en termes d’Êchec et de rĂŠussite. 3UHPLqUH pWDSH OD FRQĂ€DQFH Âł SDU RSSRVLWLRQ j OD PpĂ€DQFH Le nouveau-nĂŠ connaĂŽt très mal sa mère. Il doit cependant se laisser porter dans ses bras, se laisser nourrir par son sein. Malheureusement, certains bĂŠbĂŠs — qui peuvent avoir vĂŠcu des ruptures relationnelles — ne le font pas. Cela peut (ou en tout cas cela pouvait) les mettre en danger de mort. Le premier pas dans la foi, c’est bien celui de la FRQĂ€DQFH HQ 'LHX GRQW RQ Q¡D HQFRUH TX¡XQH LGpH WUqV IUDJPHQWDLUH 0DLV F¡HVW YUDL TXH FHWWH FRQĂ€DQFH Q¡HVW MDPDLV LQpEUDQODEOH 7DQGLV TXH OD Ă€GpOLWp GH 'LHX HOOH HVW inĂŠbranlable. Pour la très grande majoritĂŠ des personnes, elles ne remettent pas en cause en permanence cette incitation Ă vivre, ou le fait que vivre soit globalement une bonne chose. 3 0U (KVSLZJLUJL L[ JYPZL 3H X\v[L KL SË•PKLU[P[t 7HYPZ -SHTTHYPVU

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'HX[LqPH pWDSH O·DXWRQRPLH ³ SDU RSSRVLWLRQ j OD honte et au doute. Si le petit enfant se met à ramper, c’est qu’il a envie d’aller voir ailleurs et donc qu’il n’est plus pleinement satisfait dans les bras de sa mère. Il obéit à cette pulsion de vie en nous qui fait qu’on ne se satisfait jamais de ce qu’on a. De même le jeune chrétien (indépendamment de l’âge) aura envie de devenir un peu plus autonome dans sa foi, de grandir, de découvrir les alentours de sa foi, de venir en contact avec les marges de la communauté dont il fait partie. 7URLVLqPH pWDSH O·LQLWLDWLYH ³ SDU RSSRVLWLRQ j OD culpabilité. Les petits enfants ont ensuite envie de faire, de réaliser des choses. Si cela n’a pas lieu, un sentiment de culpabilité se développe, qui n’a en somme rien à voir avec ce qu’on n’a pas fait mais qui existe tout de même. Sur le plan de la foi, on a besoin de faire l’expérience que Dieu nous a donné un Esprit non de crainte mais de puissance. 4XDWULqPH pWDSH O·DSSUHQWLVVDJH ³ SDU RSSRVLWLRQ DX sentiment d’infériorité. L’enfant en plein âge scolaire travaille, apprend énormément, découvre le monde. Il prend son assise dans le monde de la réalité. Si cette étape ne se déroule pas normalement, l’enfant développe un sentiment d’infériorité. 43


&LQTXLqPH pWDSH O¡LGHQWLWp Âł SDU RSSRVLWLRQ j OD confusion des rĂ´les. C’est l’Êtape cruciale de l’adolescence. Après tout ce SUHPLHU SDUFRXUV R M¡DL SULV FRQĂ€DQFH HQ PRL HW GDQV les autres, oĂš j’ai rĂŠalisĂŠ que je pouvais avoir une mesure d’autonomie, dĂŠcouvrir le monde, ĂŞtre actif, faire des FKRVHV M¡DUULYH DX PRPHQW R MH GRLV GpĂ€QLU TXL MH VXLV /H IDLW HVW TXH FHOD Q¡HVW MDPDLV GpĂ€QLWLYHPHQW DFTXLV que c’est le travail de toute la vie. Il n’empĂŞche : c’est une ĂŠtape majeure du dĂŠveloppement de la personnalitĂŠ. C’est vrai que c’est souvent Ă l’adolescence que les jeunes ont des problèmes d’identitĂŠ, qui sont d’ailleurs tout Ă fait normaux. Les hĂŠsitations (je me sens plutĂ´t plus comme XQH Ă€OOH RX SRXU XQH Ă€OOH XQ SHX SOXV FRPPH XQ JDUoRQ c’est des questions que beaucoup ont vĂŠcues, et qui font partie de ce terrain un petit peu vague Ă un moment donnĂŠ. Cependant, si cette identitĂŠ n’est pas bien assise, il se SURGXLW XQH FRQIXVLRQ G¡LGHQWLWp ,O \ D GHV JHQV TXL QRQ VHXOHPHQW RQW GHV GLIĂ€FXOWpV j VDYRLU TXL LOV VRQW PDLV pour lesquels cette question d’identitĂŠ est une prĂŠoccupation permanente et les empĂŞche de vivre. Ce n’est qu’après une certaine crise de la foi que l’on entre plus avant dans ce que cela veut dire : ĂŞtre un disciple de Christ, ĂŞtre un enfant de Dieu. 6L[LqPH pWDSH O¡LQWLPLWp Âł SDU RSSRVLWLRQ j O¡LVROHPHQW C’est l’âge adulte, avec son besoin d’entrer en relation avec l’autre. D’abord c’est avec quelques autres, soit sucFHVVLYHPHQW VRLW HQ PrPH WHPSV (W SXLV HQVXLWH LO \ D ce choix oĂš on dĂŠcide d’entrer en relation avec une seule personne. Et de la privilĂŠgier. Si cela ne se passe pas, 44


c’est le sentiment d’isolement, d’être coupĂŠ, coupĂŠ de son conjoint, des autres, de la sociĂŠtĂŠ. L’intimitĂŠ permet de se dire beaucoup de choses. Estce qu’on le fait ? Est-ce qu’on le fait avec Dieu ? Est-ce qu’on pense qu’il nous ĂŠcoute, qu’il est intĂŠressĂŠ Ă savoir FH TX¡RQ SHQVH " 2X ELHQ HVW FH TX¡RQ VH GLW ,O IDXW TXH je sois conforme Ă l’image que je me suis faite de ce qu’il attend de moi ? 6HSWLqPH pWDSH OD JpQpUDWLYLWp Âł SDU RSSRVLWLRQ j OD stagnation. La prĂŠoccupation de l’âge mĂťr devrait ĂŞtre : qu’est-ce que je fais pour transmettre Ă ceux qui sont plus jeunes que moi ce qui remplit ma vie, ce qui fait le sens de mon H[LVWHQFH " ,O \ D WRXWHV VRUWHV GH JpQpUDWLYLWp ELRORJLTXH bien sĂťr (avoir des enfants) ; intellectuelle (enseigner, transmettre ses connaissances) ; affective (aimer ceux qui nous entourent, les nourrir, en prendre soin) ; spirituelle. +XLWLqPH pWDSH O¡LQWpJULWp Âł SDU RSSRVLWLRQ DX dĂŠsespoir. )LQDOHPHQW MH VHUDL FRQIURQWp DYHF FHWWH TXHVWLRQ HVW ce que je peux tenir toute mon existence en main ? Et puis PH GLUH LO \ D HX GH ERQQHV FKRVHV ,O \ HQ D HX GH PRLQV ERQQHV ,O \ D HX GHV PRPHQWV GLIĂ€FLOHV 0DLV 'LHX P¡D donnĂŠ une espĂŠrance. Par moments, je n’en avais plus conscience, je ne la sentais plus. Mais Dieu m’a maintenu GDQV O¡H[LVWHQFH GDQV OD YLH (W HQ GpĂ€QLWLYH DVVXPHU Ca ne veut pas dire : tout ce que j’ai fait est bien. Non. 2Q Q¡D SDV EHVRLQ GH FHOD TXDQG RQ HVW LQWqJUH 4XDQG


on est intègre, on peut prendre tout ce que l’on a vécu et se dire : oui, je l’ai vécu. C’est moi. Avec mes fragilités, mes faiblesses, mes aspects un peu tortueux, incomplets. Vous me direz : Quel est le rapport avec l’échec et la réussite ? Eh ! bien, qu’est-ce qui compose un sentiment d’échec ? L’impression d’être rejeté des autres, coupable, isolé, d’avoir eu une existence stérile. Cela peut aller jusqu’au désespoir. L’erreur est de confondre échec et sentiment d’échec. Celui-ci a peut-être un rôle pédagogique à jouer : me guérir d’un complexe de supériorité ou d’un esprit possessif. Un des objectifs de Dieu durant toute notre existence est peut-être de nous apprendre que savoir laisser aller les choses, perdre, se séparer, ce n’est pas s’appauvrir mais qu’au contraire c’est aller vers une plus grande richesse relationnelle, une plus grande liberté. À première vue, les substantifs échec et réussite n’apparaissent pas dans la Bible. Dieu ne théorise pas au sujet de l’échec et de la réussite. Il vit ces moments-là en communion avec l’homme. Pour en revenir à Abraham et Sara, ce n’est pas qu’ils aient ri à l’annonce de leur future paternité / maternité qui a fait réagir Dieu. C’est qu’ils n’aient pas osé le vivre pleinement. Car Dieu était le premier à trouver la situation H[FHSWLRQQHOOH HW VRXUFH G·XQ ULUH MR\HX[ '·DXWDQW SOXV que Sara avait parlé non seulement de conception mais de plaisir… à xxx~n âge ! Pour nous séparer, permettez-moi de vous inviter à la PpGLWDWLRQ G·XQ SRqPH GH 3DXO %DXGLTXH\ WLUp GH VRQ UHcueil PLEINS SIGNES 4, qui situe réussite et échec dans cette perspective biblique et qui témoigne de ce que je crois être le chemin que Dieu nous invite à vivre. 4

iKP[PVUZ K\ *LYM 7HYPZ

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DONNER SA VIE… « Il n est pas d’amour plus grand que de donner sa vie… » Donner sa vie… mourir de mort violente, celle du Juste mis au rang des assassins. Personne n’est à l’abri des coups. Donner sa vie, un bien grand mot pour l’étroitesse de nos vies… Et pourtant : ce peut être aussi tisser une trame très humble et très banale au plus près d un quotidien sans miracle et sans mirage. Accepter de mourir à des idées, à des principes qui avaient pris corps et visage de l’Absolu. Accepter que d’autres — et parmi les plus proches — pensent, éprouvent et vivent autrement que nous, sans les juger, ni les condamner ni se détourner d’eux. Accepter la lutte et cet affrontement loyal de l’intelligence et du cœur dont chacun sort grandi, même s’il en sort blessé. Abandonner l’idée idéale qu’on se faisait de l’ami ou du partenaire les plus proches et qui pesait sur eux comme une insupportable contrainte. Se méfier de l’affection trop laissée à elle-même, prompte aux illusions bénisseuses, aux chantages, aux marchandages. 47


Laisser à l’autre un espace de croissance et de respiration. Faire justice de l’impossible transparence : renoncer à se « fondre », car personne n’est soluble dans personne. Consentir au temps, seule vraie mesure de toute croissance : Ouvre-t-on un bouton de rose en tirant sur les pétales ? Que vaudrait un amour auquel on serait contraint ? Et que vaut une conduite, quand le cœur n’y est pas ? Accepter de mourir aussi à l’idée, à l’image qu’on s’est faite de Dieu : il sera toujours le « différent », le TOUT-AUTRE. Se laisser trouver par lui dans la banalité et la surprise des jours, des heures et des pas, toujours recommencés. Donner sa vie prend les allures d’une folie : c’est faire confiance. Croire aux initiatives, à leurs erreurs, à leurs lenteurs. Croire aux épreuves, croire aux échecs, sans 1es faire payer à ceux qui en sont victimes, à ceux qui en sont coupables. Croire sans preuves, mais pas sans discernement et encore moins sans déchirement.

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Donner sa vie, c est être libre, refuser de vivre peureusement : n’avoir plus « peur de tout » ; n’avoir plus peur du temps qui use et qui efface, du temps fragile – et lourd de promesse – comme toute chair vivante ; n’avoir plus peur du visage changeant des hommes. Donner sa vie, c est ESPÉRER envers et contre tout, envers et contre tous, envers et contre soi-même aussi… Donner à chacun sa chance, sans naïveté, mais aussi sans méfiance. Donner sa vie, c’est se laisser habiter, envahir par autant de visages que sont des frères à aimer. Donner sa vie, c’est laisser la vie passer À TRAVERS NOUS, dans un élan qui nous dépasse parce qu elle vient d’une source qui est très en amont de nous-mêmes et qu’elle se perd dans un océan beaucoup plus vaste que nos cœurs. Oui, c’est bien là que sont les vrais commencements et de nous et de tout.



3( -60 ± 3˕i79,<=, +, 3( 9i(30;i )LYUHYK )VSH` 7YVMLZZL\Y n S˕0UZ[P[\[ ,TTH Z St-Légier



,QWURGXFWLRQ /HV PRWV HPSOR\pV LPSRVHQW TXH O¡RQ V¡LQWHUURJH VXU leur sens. De quoi parle-t-on lorsqu’il est question de foi ? Sans doute ce qui est visĂŠ ici n’est pas le contenu de la foi, le dogme, la foi au sens objectif — ce qui est cru —, mais bien plutĂ´t l’action de croire – la dimension existentielle de la foi, la foi au sens subjectif. Cela prĂŠcisĂŠ, ce qu’il faut HQWHQGUH SDU IRL GHPHXUH HQFRUH Ă RX ­ TXRL UHFRQQDvW on la foi ? De qui disons-nous : ÂŤ il a la foi Âť ou ÂŤ c’est un homme de foi Âť ? La tendance est commune de ne juger qu’à l’apparence et de ne retenir que ce qui est visible, sinon spectaculaire. Et qu’est-ce que la rĂŠalitĂŠ ? Il n’est pas nĂŠcessaire d’être philosophe pour se rendre compte que celle-ci a de multiples visages et que chacun en a une perception personnelle. Ici, le mot rĂŠalitĂŠ s’oppose Ă ce qui est imaginĂŠ ou fantasmĂŠ et vise le rĂŠel dans ce qu’il a d’irrĂŠductible et de contraignant pour la perception intellectuelle, affective et SK\VLTXH GH O¡KRPPH (QĂ€Q OH WLWUH TXH P¡RQW SURSRVp OHV RUJDQLVDWHXUV GH FHV FRQIpUHQFHV ODLVVH HQWHQGUH TX¡LO Q¡\ D SDV WRXMRXUV correspondance entre la foi et la rĂŠalitĂŠ et que la confron1 1L TL KVPZ KL YtNSLY TLZ KL[[LZ KuZ SL KtI\[ KL JL[ L_WVZt 0UP[PHSLTLU[ WYt]\ JVTTL [L_[L KL JVUMtYLUJL SL WYtZLU[ article ne contient pas les rĂŠfĂŠrences directes des citations WYVIHISLZ PUJVYWVYtLZ PUKPZ[PUJ[LTLU[ H\ JVYWZ K\ [L_[L 1L TL Z\PZ SHYNLTLU[ PUZWPYt KLZ H\[L\YZ L[ KLZ V\]YHNLZ V\ HY[PJSLZ Z\P]HU[ZÍ?! )(;@ *SH\KL ­Í?3H MVP n SË•tWYL\]L KL SH YtHSP[tÍ?ÂŽ /VROTH Í? Í? W Í?" ),5,;9,(< :HT\LS 3Ë•tWz[YL H\_ /tIYL\_ ;VTL *VTTLU[HPYL i]HUNtSPX\L KL SH )PISLÍ?" =H\_ Z\Y :LPULÍ?! ,KPMHJÍ?" Í?" *(4,965 5PNLS 4 KL :LN\Y 1tZ\Z LZ[ \U OVTTL *VSS (SSPHUJLÍ?" 4tY` Z\Y 6PZLÍ?! :H[VYÍ?" Í?" =(5/6@, (SILY[ 3H Z[Y\J[\YL SP[[tYHPYL KL SË•tWz[YL H\_ /tIYL\_ +LZJStL +L )YV\^LYÍ?" e tKP[PVU YL] L[ H\NT


tation tourne Ă l’Êpreuve pour la foi. Que fait la foi de la rĂŠalitĂŠ ? L’ignore-t-elle pour en refuser les interrogations RX OHV GpPHQWLV " /D FRQWUHGLW HOOH SDU O¡DIĂ€UPDWLRQ GH FH qu’elle croit ? RĂŠsiste-t-elle Ă l’Êpreuve ? Se laisse-t-elle modeler par la rĂŠalitĂŠ ? C’est Ă la lumière du chapitre 11 de l’ÊpĂŽtre aux HĂŠbreux que je vous propose de tenter de rĂŠpondre Ă quelques unes GH FHV TXHVWLRQV HW GH UpĂ pFKLU DX VHQV GH OD UpXVVLWH HW GH l’Êchec dans la foi. Une prĂŠcision encore, les mots ĂŠchec et rĂŠussite qui reviendront souvent dans le cours de l’exposĂŠ sont Ă comprendre Ă vues humaines, dans les limites ĂŠtroites de notre comprĂŠhension. Ces deux termes demanderaient que l’on s’arrĂŞte et que l’on s’interroge sur l’adĂŠquation ou l’inadĂŠquation de l’application de tels concepts Ă la foi. La suite de l’exposĂŠ, sans entrer directement dans le dĂŠbat, offrira TXHOTXHV SLVWHV GH UpĂ H[LRQ

+pEUHX[ Contexte historique L’auteur comme les destinataires de cette ĂŠpĂŽtre dePHXUHQW P\VWpULHX[ 7RXW DX SOXV SRXYRQV QRXV j SDUWLU de l’ÊpĂŽtre elle-mĂŞme, esquisser une silhouette des destinataires, en ĂŠbaucher un portrait. Ce sont des chrĂŠtiens dĂŠjĂ avancĂŠs qui ont, au dĂŠbut de leur vie chrĂŠtienne, UHQFRQWUp GH QRPEUHXVHV GLIĂ€FXOWpV HPSULVRQQHPHQW sĂŠquestration des biens, injures publiques et oppositions multiples. Mais lassĂŠs, fatiguĂŠs, dÊçus, certains sont prĂŞts Ă abandonner la foi. La rencontre du Christ n’a pas dĂŠbouchĂŠ sur une situation d’accomplissement telle qu’ils O¡DYDLHQW HVSpUpH HW FRPSULVH /HV GLIĂ€FXOWpV GX SUpVHQW


par leur intensité et leur persistance, font naître le doute. Plusieurs s’interrogent sur le bien-fondé de leur appartenance au Christ. L’ensemble de l’épître, qui semble être une prédication, repose les fondements de la foi au Christ, en démontrant qu’en Jésus se trouve l’accomplissement des promesses de l’ancienne alliance. Contexte littéraire Le chapitre 11 prolonge l’exhortation du chapitre 10 qui appelait les auditeurs à la persévérance et à l’endurance. 7DEODQW VXU OD FRQWLQXLWp HQWUH OHV FUR\DQWV GH O·DQFLHQQH alliance et ceux de la nouvelle alliance, l’auteur propose une longue méditation sur la foi à partir d’exemples tirés de l’Ancien Testament et connus de ses auditeurs. Le début du chapitre 12 revient sur le problème de l’endurance et invite à porter un autre regard sur les rigueurs du présent. Il est nécessaire, avant de poursuivre, de lire attentivement le texte de l’épître aux Hébreux, de 10 : 32 à 12 : 112. 10 : 32 Souvenez-vous de ces premiers jours, où, après avoir été éclairés, vous avez soutenu un grand combat au milieu des souffrances, 33 d’une part, exposés comme en spectacle aux opprobres et aux tribulations, et de l’autre, vous associant à ceux dont la position était la même. 34 En effet, vous avez eu de la compassion pour les prisonniers, et vous avez accepté avec joie l’enlèvement de vos biens, sachant que vous avez des biens meilleurs et qui durent toujours. 35 N’abandonnez donc pas votre assurance, à laquelle est attachée une grande rémunération. 36 Car vous ;L_[L [PYt KL SH ]LYZPVU :LNVUK Yt]PZtL


DYH] EHVRLQ GH SHUVpYpUDQFH DĂ€Q TX¡DSUqV DYRLU DFcompli la volontĂŠ de Dieu, vous obteniez ce qui vous est promis. 37 Encore un peu, un peu de temps : celui qui doit venir viendra, et il ne tardera pas. 38 Et mon juste vivra par la foi ; mais, s’il se retire, mon âme ne prend pas plaisir en lui. 39 Nous, nous ne sommes pas de ceux qui se retirent pour se perdre, mais de ceux qui ont la foi pour sauver leur âme. 11 : 1 Or la foi est une ferme assurance des choses qu’on espère, une dĂŠmonstration de celles qu’on ne voit pas. 2 Pour l’avoir possĂŠdĂŠe, les anciens ont obtenu un tĂŠmoignage favorable. 3 C’est par la foi que nous reconnaissons que le monde a ĂŠtĂŠ formĂŠ par la parole de Dieu, en sorte que ce qu’on voit n’a pas ĂŠtĂŠ fait de choses visibles. &¡HVW SDU OD IRL TX¡$EHO RIIULW j 'LHX XQ VDFULĂ€FH plus excellent que celui de CaĂŻn ; c’est par elle qu’il fut dĂŠclarĂŠ juste, Dieu approuvant ses offrandes ; et c’est par elle qu’il parle encore, quoique mort. 5 C’est par la foi qu’Énoch fut enlevĂŠ pour qu’il ne vĂŽt point la mort, et qu’il ne parut plus parce que Dieu l’avait enlevĂŠ ; car, avant son enlèvement, il avait reçu le tĂŠmoignage qu’il ĂŠtait agrĂŠable Ă Dieu. 6 Or sans la foi il est impossible de lui ĂŞtre agrĂŠable ; car il faut que celui qui s’approche de Dieu croie que Dieu existe, et qu’il est le rĂŠmunĂŠrateur de ceux qui le cherchent. 7 C’est par la foi que NoĂŠ, divinement averti des choses qu’on ne voyait pas encore, et saisi d’une crainte respectueuse, construisit une arche pour sauver sa famille ; c’est par elle qu’il condamna le monde, et devint hĂŠritier de la justice qui s’obtient par la foi. 8 C’est par la foi qu’Abraham, lors de sa vocation, obĂŠit et partit pour un lieu qu’il devait recevoir en hĂŠritage, et qu’il partit sans savoir oĂš il allait. 9 C’est


par la foi qu’il vint s’Êtablir dans la terre promise comme dans une terre ĂŠtrangère, habitant sous des tentes, ainsi qu’Isaac et Jacob, les cohĂŠritiers de la mĂŞme promesse. 10 Car il attendait la citĂŠ qui a de solides fondements, celle dont Dieu est l’architecte et le constructeur. 11 C’est par la foi que Sara elle-mĂŞme, malgrĂŠ son âge avancĂŠ, fut rendue capable d’avoir une postĂŠritĂŠ, SDUFH TX¡HOOH FUXW j OD Ă€GpOLWp GH FHOXL TXL DYDLW IDLW la promesse. 12 C’est pourquoi d’un seul homme, dĂŠjĂ usĂŠ de corps, naquit une postĂŠritĂŠ nombreuse comme les ĂŠtoiles du ciel, comme le sable qui est sur le bord de la mer et qu’on ne peut compter. 13 C’est dans la foi qu’ils sont tous morts, sans avoir obtenu les choses promises ; mais ils les ont vues et saluĂŠes de loin, reconnaissant qu’ils ĂŠtaient ĂŠtrangers et voyageurs sur la terre. 14 Ceux qui parlent ainsi montrent qu’ils cherchent une patrie. 15 S’ils avaient eu en vue celle d’oĂš ils ĂŠtaient sortis, ils auraient eu le temps d’y retourner. 16 Mais maintenant ils en dĂŠsirent une meilleure, c’est-Ă -dire une cĂŠleste. C’est pourquoi Dieu n’a pas honte d’être appelĂŠ leur Dieu, car il leur a prĂŠparĂŠ une citĂŠ. 17 C’est par la foi qu’Abraham offrit Isaac, lorsqu’il IXW PLV j O¡pSUHXYH HW TX¡LO RIIULW VRQ Ă€OV XQLTXH OXL TXL avait reçu les promesses, 18 et Ă qui il avait ĂŠtĂŠ dit : En Isaac sera nommĂŠe pour toi une postĂŠritĂŠ. 19 Il pensait que Dieu est puissant, mĂŞme pour ressusciter les morts ; aussi le recouvra-t-il par une sorte de rĂŠsurrection. 20 C’est par la foi qu’Isaac bĂŠnit Jacob et ÉsaĂź, en vue des choses Ă venir. 21 C’est par la foi que Jacob mourant bĂŠnit chacun GHV Ă€OV GH -RVHSK HW TX¡LO DGRUD DSSX\p VXU O¡H[WUpmitĂŠ de son bâton.


&¡HVW SDU OD IRL TXH -RVHSK PRXUDQW Ă€W PHQWLRQ GH OD VRUWLH GHV Ă€OV G¡,VUDsO HW TX¡LO GRQQD GHV RUGUHV DX sujet de ses os. 23 C’est par la foi que MoĂŻse, Ă sa naissance, fut cachĂŠ pendant trois mois par ses parents, parce qu’ils virent que l’enfant ĂŠtait beau, et qu’ils ne craignirent pas l’ordre du roi. 24 C’est par la foi que MoĂŻse, deYHQX JUDQG UHIXVD G¡rWUH DSSHOp Ă€OV GH OD Ă€OOH GH 3KDraon, 25 aimant mieux ĂŞtre maltraitĂŠ avec le peuple de Dieu que d’avoir pour un temps la jouissance du pĂŠchĂŠ, 26 regardant l’opprobre de Christ comme une richesse plus grande que les trĂŠsors de l’Égypte, car LO DYDLW OHV \HX[ Ă€[pV VXU OD UpPXQpUDWLRQ &¡HVW par la foi qu’il quitta l’Égypte, sans ĂŞtre effrayĂŠ de la colère du roi ; car il se montra ferme, comme voyant FHOXL TXL HVW LQYLVLEOH &¡HVW SDU OD IRL TX¡LO Ă€W OD 3kTXH HW O¡DVSHUVLRQ GX VDQJ DĂ€Q TXH O¡H[WHUPLQDteur ne touchât pas aux premiers-nĂŠs des IsraĂŠlites. 29 C’est par la foi qu’ils traversèrent la mer Rouge comme un lieu sec, tandis que les Égyptiens qui en Ă€UHQW OD WHQWDWLYH IXUHQW HQJORXWLV 30 C’est par la foi que les murailles de JĂŠricho tombèrent, après qu’on en eut fait le tour pendant sept jours. 31 C’est par la foi que Rahab la prostituĂŠe ne pĂŠrit pas avec les rebelles, parce qu’elle avait reçu les espions avec bienveillance. 32 Et que dirai-je encore ? Car le temps me manquerait pour parler de GĂŠdĂŠon, de Barak, de Samson, de JephthĂŠ, de David, de Samuel, et des prophètes, 33 qui, par la foi, vainquirent des royaumes, exercèrent la justice, obtinrent des promesses, fermèrent la gueule des lions, 34 ĂŠteignirent la puissance du feu, ĂŠchappèrent au tranchant de l’ÊpĂŠe, guĂŠrirent de leurs maladies,


furent vaillants Ă la guerre, mirent en fuite des armĂŠes ĂŠtrangères. 35 Des femmes recouvrèrent leurs morts par la rĂŠsurrection ; d’autres furent livrĂŠs aux tourPHQWV HW Q¡DFFHSWqUHQW SRLQW GH GpOLYUDQFH DĂ€Q G¡REtenir une meilleure rĂŠsurrection ; 36 d’autres subirent les moqueries et le fouet, les chaĂŽnes et la prison ; 37 ils furent lapidĂŠs, sciĂŠs, torturĂŠs, ils moururent tuĂŠs par l’ÊpĂŠe, ils allèrent çà et lĂ vĂŞtus de peaux de brebis et de peaux de chèvres, dĂŠnuĂŠs de tout, persĂŠcutĂŠs, maltraitĂŠs, 38 eux dont le monde n’Êtait pas digne, errants dans les dĂŠserts et les montagnes, dans les cavernes et les antres de la terre. 39 Tous ceux-lĂ , Ă la foi desquels il a ĂŠtĂŠ rendu tĂŠmoignage, n’ont pas obtenu ce qui leur ĂŠtait promis, 40 Dieu ayant en vue quelque chose de meilleur pour QRXV DĂ€Q TX¡LOV QH SDUYLQVVHQW SDV VDQV QRXV j OD perfection. 12 : 1 Nous donc aussi, puisque nous sommes environnĂŠs d’une si grande nuĂŠe de tĂŠmoins, rejetons tout fardeau, et le pĂŠchĂŠ qui nous enveloppe si facilement, et courons avec persĂŠvĂŠrance dans la carrière qui nous est ouverte, 2 ayant les regards sur JĂŠsus, le chef et le consommateur de la foi, qui, en vue de la joie qui lui ĂŠtait rĂŠservĂŠe, a souffert la croix, mĂŠprisĂŠ l’ignominie, et s’est assis Ă la droite du trĂ´ne de Dieu. 3 ConsidĂŠrez, en effet, celui qui a supportĂŠ contre sa personne une telle opposition de la part des pĂŠcheurs, DĂ€Q TXH YRXV QH YRXV ODVVLH] SRLQW O¡kPH GpFRXUDJpH 4 Vous n’avez pas encore rĂŠsistĂŠ jusqu’au sang, en luttant contre le pĂŠchĂŠ. 5 Et vous avez oubliĂŠ l’exhorWDWLRQ TXL YRXV HVW DGUHVVpH FRPPH j GHV Ă€OV 0RQ Ă€OV QH PpSULVH SDV OH FKkWLPHQW GX 6HLJQHXU Et ne perds pas courage lorsqu’il te reprend ; 6 Car le Seigneur châtie celui qu’il aime,


Et il frappe de la verge tous ceux qu’il reconnaĂŽt pour VHV Ă€OV 6XSSRUWH] OH FKkWLPHQW F¡HVW FRPPH GHV Ă€OV TXH 'LHX YRXV WUDLWH FDU TXHO HVW OH Ă€OV TX¡XQ SqUH QH châtie pas ? 8 Mais si vous ĂŞtes exempts du châtiment auquel tous ont part, vous ĂŞtes donc des enfants illĂŠJLWLPHV HW QRQ GHV Ă€OV '¡DLOOHXUV SXLVTXH QRV SqUHV selon la chair nous ont châtiĂŠs, et que nous les avons respectĂŠs, ne devons-nous pas Ă bien plus forte raison nous soumettre au Père des esprits, pour avoir la vie ? 10 Nos pères nous châtiaient pour peu de jours, comme ils le trouvaient bon ; mais Dieu nous châtie SRXU QRWUH ELHQ DĂ€Q TXH QRXV SDUWLFLSLRQV j VD VDLQtetĂŠ. 11 Il est vrai que tout châtiment semble d’abord un sujet de tristesse, et non de joie ; mais il produit plus tard pour ceux qui ont ĂŠtĂŠ ainsi exercĂŠs un fruit paisible de justice.

&RPPHQWDLUH 8QH DQDO\VH GpWDLOOpH GX FKDSLWUH HVW LPSRVVLEOH GDQV le temps imparti, vous l’aurez compris. Aussi me contenterai-je de donner quelques lignes et remarques interprĂŠtaWLYHV DYDQW GH WHQWHU XQH GpĂ€QLWLRQ GH OD IRL HW GH OD UpDOLWp et d’esquisser une conclusion. 8QH SUHPLqUH UHPDUTXH FRQFHUQH OHV KpURV GH OD IRL SUpVHQWpV FRPPH H[HPSOHV Qui sont-ils ? Abel, HĂŠnoch, NoĂŠ, Abraham et Sara, Isaac, Jacob, Joseph, MoĂŻse, GĂŠdĂŠon, Barak, Samson, JephtĂŠ, Samuel, David, GHV SURSKqWHV GHV IHPPHV GHV DQRQ\PHV /¡DXWHXU ODLVVH HQWHQGUH TXH OD OLVWH Q¡HVW SDV FORVH ,O \ D Oj QRQ SDV des hĂŠros sans peur et sans reproche, mais des hommes 60


HW GHV IHPPHV TXH O¡eFULWXUH SUpVHQWH DYHF OHXU IDLEOHVVH SDUIRLV GUDPDWLTXH RX FKRTXDQWH ,O \ D GHV PHXUWULHUV des trompeurs, des adultères, des violents, des faibles, des incrĂŠdules. Des hommes en situation d’Êchec, des pères dÊçus par leurs enfants, Ă commencer par Isaac, Jacob, Samuel, David. Des hommes qui conçoivent Dieu de manière ĂŠtrange comme GĂŠdĂŠon qui devint idolâtre et JephtĂŠ TXL VDFULĂ€D VD Ă€OOH XQLTXH 'HV KRPPHV TXL SRXUWDQW RQW reçu le tĂŠmoignage de Dieu, des hommes que leurs fautes Q¡RQW SDV GLVTXDOLĂ€pV &H VRQW GHV KRPPHV HW GHV IHPPHV qui partagent avec nous humanitĂŠ et dĂŠchĂŠance, force et faiblesse et c’est pour cela qu’ils nous parlent. Ils sont Ă la mesure de nos peurs, de nos ĂŠgoĂŻsmes, de notre courte vue, et de notre foi. L’auteur de l’ÊpĂŽtre aux HĂŠbreux prĂŠsente la foi d’hommes et de femmes pĂŠcheurs, pris dans les mĂŞmes contradictions, confrontĂŠs aux mĂŞmes ĂŠchecs que ses destinataires. Il ne fait lui-mĂŞme ni l’Êvocation ni le commentaire de leur comportement fautif sachant que ses lecteurs sont au courant de la vie de ces hĂŠros, il ne retient d’eux que la foi vĂŠcue, persĂŠvĂŠrante, endurante au cĹ“ur d’une rĂŠalitĂŠ souvent hostile. Mais, on l’aura constatĂŠ, il n’est pas mentionnĂŠ G¡H[HPSOHV GH FUR\DQWV GH OD QRXYHOOH DOOLDQFH &HOD OLPLterait-il la portĂŠe du propos de l’auteur ? Non. Certes la venue du Christ est bien l’accomplissement des promesses de Dieu. Et du coup le contenu de la foi s’en trouve prĂŠcisĂŠ. Mais la foi, comme dĂŠmarche existentielle, n’en est pas moins exigĂŠe de ceux qui suivent le Christ. StrucWXUHOOHPHQW HW HVVHQWLHOOHPHQW OD IRL GHV FUR\DQWV GH OD QRXYHOOH DOOLDQFH Q¡HVW SDV GLIIpUHQWH GH OD IRL GHV FUR\DQWV de l’ancienne. Comme les anciens ont marchĂŠ par la foi, nous aussi nous continuons de marcher ainsi, c’est ce qu’exprime HĂŠbreux 12 : 1 : ÂŤ Nous donc aussi >FUR\DQWV de la nouvelle alliance], puisque nous sommes environnĂŠs 61


d’une si grande nuĂŠe de tĂŠmoins [de l’ancienne alliance], courons avec persĂŠvĂŠrance‌ Âť. L’ÊpĂŽtre aux HĂŠbreux maintient donc une continuitĂŠ profonde entre l’ancienne et la nouvelle alliance sur le plan de la foi. L’opposition ou l’alternance rĂŠussite-ĂŠchec. Une première lecture, rapide, de ce chapitre — lecture qui fut la mienne fort longtemps — ne garde que le souvenir des rĂŠussites extraordinaires des hommes et des femmes de IRL /HFWXUH P\RSH TXL QH YHXW GLVFHUQHU OD IRL TXH GDQV l’extraordinaire, dans les signes qui changent du quotidien, dans le renversement des circonstances. Une lecture plus attentive relève Ă la fois la prĂŠsence d’une foi qui obtient des promesses et la prĂŠsence d’une foi qui n’obtient pas les promesses. Cette ambivalence de la foi, pour ne pas dire cette ambiguĂŻtĂŠ, est dĂŠjĂ prĂŠsente dans la mise en proximitĂŠ des exemples d’Abel et d’HĂŠnoch : les deux reçoivent l’approbation de Dieu, mais l’un est tuĂŠ alors que l’autre est enlevĂŠ sans voir la mort. Les faits sont dits, sans qu’aucune explication ne vienne adoucir le constat. Ambivalence encore dans l’histoire d’Abraham TXL V¡LO REWLHQW XQ Ă€OV Q¡REWLHQW SDV OH SD\V SURPLV /¡HQsemble du passage concernant les patriarches fait alterner des phases positives et des phases nĂŠgatives qui voient respectivement la foi obtenir et ne pas obtenir, la dernière SDUWLH IDLVDQW PrPH DOWHUQHU GDQV XQ U\WKPH UDSLGH EpQpdiction et mort des patriarches. Cette alternance de phases positives et de phases nĂŠgatives pourraient bien correspondre Ă la rĂŠalitĂŠ et Ă la structure de la condition humaine FUR\DQWH /D UpĂ H[LRQ PpULWHUD G¡rWUH SRXUVXLYLH La dernière partie du chapitre 11 radicalise l’ambiguĂŻtĂŠ et joue sur l’opposition entre des situations de triomphe et des situations d’Êchecs Ă vues humaines. Les uns, par la foi, remportent des victoires, ĂŠchappent au danger, font 62


des exploits, triomphent de l’adversitĂŠ. Les autres, par la mĂŞme foi, vivent la souffrance, l’humiliation et la mort. Les uns et les autres. C’est volontairement, sans rupture, que l’auteur juxtapose ceux que nous aurions tendance Ă sĂŠparer. La mise cĂ´te Ă cĂ´te de la victoire et de l’Êchec fait ĂŠclater notre vision de la foi. Celle-ci se refuse Ă entrer dans nos conceptions rĂŠductrices et ĂŠtriquĂŠes : par et pour la mĂŞme foi l’un ĂŠchappe Ă l’ÊpĂŠe et l’autre meurt par l’ÊpĂŠe. Dans la mĂŞme foi, chacun reçoit de Dieu l’approEDWLRQ TXH VD VLWXDWLRQ VHPEOH OH FRQĂ€UPHU RX O¡LQĂ€UPHU Victoire et souffrance, rĂŠponse et silence, dĂŠlivrance et rĂŠsistance, autant d’ÊlĂŠments constitutifs de la foi. Ils en manifestent les deux faces : gloire et humiliation. Par cette ĂŠvocation provocante, l’auteur entend ĂŠnoncer un principe : la foi, dans le temps prĂŠsent, ne peut ĂŞtre vĂŠcue sans perte, sans renoncement, sans souffrances imposĂŠes par un environnement hostile. L’auteur de l’ÊpĂŽtre aux HĂŠbreux ne rĂŠpond pas au pourquoi, il constate simplement, sans discrimination. L’un vit, l’autre meurt et les deux ont vĂŠcu dans et par la foi, dans la soumission au Seigneur. Il ne dit pas que OD IRL FRQGXLW IRUFpPHQW DX VXFFqV 2X j O¡KXPLOLDWLRQ ,O UHFRQQDvW OD GLYHUVLWp GHV GHVWLQpHV GDQV XQH PrPH Ă€GpOLWp au Seigneur. En mettant cĂ´te Ă cĂ´te ces exemples de foi, l’auteur n’a pas voulu les comparer, ni les confronter, mais VHXOHPHQW PHWWUH HQ OXPLqUH OD IRL Ă€GpOLWp TXL GRQQH VHQV aux actions et aux destinĂŠes des uns et des autres. Les uns et les autres ont vĂŠcu pour le Seigneur, sans emprunter le mĂŞme itinĂŠraire. Deux remarques ici s’imposent. Celui qui vit un succès ne doit ni ne peut faire de celui-ci un passage obligĂŠ pour les autres, une pierre de touche de l’authenticitĂŠ de la foi. Celui qui, dans et Ă cause de sa foi, vit l’affrontement et la contradiction ne peut ni ne doit faire de l’Êpreuve qu’il 63


vit un critère de vĂŠritĂŠ de la foi. Vivre le succès sans vantardise et l’Êpreuve sans culpabilitĂŠ, vivre le succès sans culpabilitĂŠ et l’Êpreuve sans orgueil, voilĂ ce que vise et permet la foi. Par la longue ĂŠvocation du chapitre 11, il ne nous est pas donnĂŠ une vision totalitaire de la foi, mais bien plutĂ´t une valorisation de la diversitĂŠ des situations humaines. L’auteur ne glisse ni vers le triomphalisme ni vers le dolorisme, mais dans l’Êquilibre maintient que gloire et souffrance sont deux faces de la mĂŞme foi. ,O IDXW QXDQFHU FHSHQGDQW O¡DSSUpFLDWLRQ GH O¡pFKHF FRPPH GX VXFFqV Tous les ĂŠchecs ne paraissent SDV GpĂ€QLWLIV HW VDQV DSSHO &HUWDLQV pFKHFV ODLVVHQW HQWUHvoir une autre rĂŠalitĂŠ qu’ils ĂŠbauchent en creux. C’est le cas d’Abel qui bien que mort continue de parler. C’est OH FDV GHV SDWULDUFKHV TXL ELHQ TXH Q¡D\DQW SDV REWHQX OH SD\V SURPLV O¡RQW FRQWHPSOp HW VDOXp GpPRQWUDQW TXH OHXU espĂŠrance dĂŠpassait la seule rĂŠalisation d’une promesse ici HW PDLQWHQDQW &¡HVW OH FDV HQFRUH GH WRXV OHV DQRQ\PHV qui malgrĂŠ ou par leur souffrance ont montrĂŠ l’indignitĂŠ GX PRQGH OHXU H[FOXVLRQ VLJQLĂ€DQW OHXU DSSDUWHQDQFH j un autre monde. Ces ĂŠchecs sont plutĂ´t le signe d’une attente, d’un manque et semblent tourner les regards vers un accomplissement futur. Ces inaccomplissements sont caractĂŠristiques d’une pĂŠriode transitoire qui conduit au temps de l’achèvement. Ils sont la marque du ÂŤ pas encore Âť. Cette pĂŠriode transitoire n’est pas encore le lieu de la prĂŠsence ĂŠvidente de Dieu. De mĂŞme aussi les victoires ou les rĂŠussites semblentHOOHV SURYLVRLUHV Ă€JXUDWLYHV RX SUpĂ€JXUDWLYHV VHUYDQW GH paraboles. Elles ne sont pas la rĂŠalitĂŠ ultime mais elles la GpVLJQHQW ,O \ D OD UpVXUUHFWLRQ SDUDEROLTXH G¡,VDDF HW OHV rĂŠsurrections par lesquelles des femmes retrouvent l’être 64


cher. Mais ces rĂŠsurrections ne sont que les indices d’une DXWUH UpVXUUHFWLRQ PHLOOHXUH GpĂ€QLWLYH FHOOH Oj 'H PrPH encore la notation : ÂŤ ils obtinrent des promesses Âť, au Y HVW HOOH FRUULJpH SDU OH MXJHPHQW JOREDO GX Y Š LOV n’obtinrent pas la promesse Âť. Les rĂŠalisations partielles de la promesse ne doivent pas ĂŞtre confondues avec son REWHQWLRQ GpĂ€QLWLYH TXL UHVWH HQFRUH j YHQLU &HV YLFWRLUHV importantes et nĂŠcessaires, sont les marques du ÂŤ dĂŠjĂ Âť. /D SpULRGH WUDQVLWRLUH TXL HVW FHOOHV GHV FUR\DQWV FRQWLHQW dĂŠjĂ des signes de l’action et de la prĂŠsence souveraines de Dieu. &HWWH PDQLqUH GH WUDLWHU UpXVVLWH HW pFKHF WpPRLJQH G¡XQH pFKHOOH GH YDOHXU RULHQWpH RX UpRULHQWpH Elle ne prend pas sa source dans les apprĂŠciations et conceptions humaines sur ce que devrait ĂŞtre la vie, la rĂŠussite ou l’Êchec. Cet autre ĂŠtalonnage des valeurs s’origine en Dieu, l’auteur de la vie et celui qui lui donne sa consistance et sa cohĂŠrence. Cette apprĂŠhension diffĂŠrente des valeurs provient d’une vision renouvelĂŠe de la rĂŠalitĂŠ, vision qui me semble avoir quatre axes constitutifs. 1) Les tĂŠmoins de l’ancienne alliance se savaient appartenir Ă une histoire dont ils n’Êtaient pas les auteurs ultimes mais Ă laquelle, pourtant, ils participaient pleinement. EntraĂŽnĂŠs par Dieu dans cette histoire, ils ont ĂŠtĂŠ capables de voir au-delĂ de leur propre existence individuelle — ainsi, l’Êchec d’une vie, toujours Ă vue humaine, n’implique pas nĂŠcessairement l’Êchec de toute une hisWRLUH /HV DQFLHQV RQW VRXPLV QRQ VDQV GLIĂ€FXOWpV QRQ sans histoires, leur histoire Ă l’Histoire, sans que, pour autant, leur personne soit annihilĂŠe. Ils se savaient intĂŠgrĂŠs Ă cette histoire, gardĂŠs dans le souvenir.


Les uns et les autres, les victorieux comme les perdants, ont reconnu un projet qui les dĂŠpassait. Dans la foi, ils ont mis leur vie au service de ce projet, estimant que leur destinĂŠe personnelle importait moins que le projet de Dieu. Ils n’ont pas jugĂŠ bon de vivre dans une autre perspective TXH FHOOH GH 'LHX UHFHYDQW GH OXL OD GpĂ€QLWLRQ GH OHXU YLH et de leur identitĂŠ. Ils ont par consĂŠquent acceptĂŠ une autre ĂŠchelle des valeurs, ne craignant pas de mettre leur vie en jeu, sachant qu’ils seraient eux-mĂŞmes confrontĂŠs Ă la contradiction et Ă l’opposition que Dieu rencontre dans le monde. Ce n’Êtait ni le succès ni l’Êchec Ă vues humaines qui importaient, mais la rĂŠalisation du projet de Dieu. Aujourd’hui, dans une sociĂŠtĂŠ qui privilĂŠgie l’individu et sa rĂŠalisation personnelle, les ĂŠchecs et les rĂŠussites VRQW YpFXV GH PDQLqUH K\SHUWURSKLpH HQ UHODWLRQ GLUHFWH et proportionnelle avec le dĂŠracinement social et l’excès de conscience de soi. Appartenir Ă une histoire qui transFHQGH O¡LQGLYLGX HVW XQ GpĂ€ SHUPDQHQW 1H QRXV PpSUHQRQV SDV FHWWH GLIĂ€FXOWp HVW DXVVL FHOOH GHV FKUpWLHQV ² car la culture ambiante ne les laisse pas indemnes. C’est ELHQ Oj TXH GHYUDLW LQWHUYHQLU O¡eYDQJLOH HW OD FRPPXQDXWp chrĂŠtienne en revalorisant les liens sociaux et le sentiment d’appartenance Ă une histoire.3 2) Le chapitre 12, qui traite de la rĂŠsistance et de O¡HQGXUDQFH GDQV OD IRL PHW OHV GLIĂ€FXOWpV GX SUpVHQW au compte du pĂŠchĂŠ qui agit dans le monde et place les croyants au cĹ“ur d’un grand combat. L’opposition au pĂŠchĂŠ ne va pas sans souffrance, sans renoncement, dans la reconnaissance de la limite et de la faiblesse. Mais 3 ,[ WS\Z WYtJPZtTLU[ n SË•OPZ[VPYL KL SË•iNSPZL X\P HUUVUJL SL 9V`H\TL KL +PL\ <UL OPZ[VPYL TV\]LTLU[tL JOHV[PX\L L[ JHOV[HU[L KVU[ ZV\]LU[ H]LJ YHPZVU SLZ JOYt[PLUZ t]HUNtSPX\LZ UL ZVU[ WHZ Ă„LYZ L[ KVU[ ZV\]LU[ n [VY[ PSZ YLM\ZLU[ KË•LU HZZ\TLY SË•OtYP[HNL 6U UL IYPZL WHZ PTW\UtTLU[ UV[YL SPLU n SË•OPZ[VPYL

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l’auteur va plus loin encore. Il fait de la rĂŠalitĂŠ le cadre de la pĂŠdagogie divine en vue de l’accès des croyants Ă la maturitĂŠ. /HV FUR\DQWV VRQW GHV rWUHV HQ GHYHQLU HW FRPPH tels ils ont besoin d’une formation, d’une ĂŠducation dont OH FDGUH HVW OD UpDOLWp SUpVHQWH -pVXV ELHQ TXH )LOV D G€ apprendre l’obĂŠissance par la souffrance pour conduire j OD PDWXULWp FHX[ TXL SDUFH TXH Ă€OV DSSUHQQHQW j OHXU tour l’obĂŠissance dans la souffrance. Et c’est JĂŠsus, dans son humanitĂŠ, qui est prĂŠsentĂŠ comme exemple ultime, et plus encore comme source de persĂŠvĂŠrance et d’endurance. JĂŠsus lui-mĂŞme a fait l’expĂŠrience de la rĂŠalitĂŠ en refusant de la transformer pour la rendre plus acceptable et en acceptant d’incarner ici et maintenant l’obĂŠissance Ă Dieu. Il a fait l’expĂŠrience de l’Êchec selon les normes humaines, la croix, après avoir vĂŠcu la rĂŠussite, toujours selon les mĂŞmes normes, en dĂŠplaçant des foules qui auraient voulu le faire roi. C’est toujours de Dieu qu’il attendait l’approbation. La rĂŠsistance de la rĂŠalitĂŠ oblige l’adoption de comportements qui la prennent en compte sans rĂŞver d’une fuite hors du temps, dans l’idĂŠal, ou d’un bouleversement des circonstances et des conditions de vie. La rencontre de la rĂŠalitĂŠ et de sa rĂŠsistance est nĂŠcessaire au proFHVVXV G¡DFFqV j OD PDWXULWp 2U QRXV YLYRQV GDQV XQH sociĂŠtĂŠ qui privilĂŠgie l’adolescence et ses valeurs et fait de l’adolescence, non plus une ĂŠtape transitoire, mais un ĂŠtat durable.4 La spontanĂŠitĂŠ devient un absolu, l’instantanĂŠ, l’immĂŠdiat, le partiel, sont plus vrais que la chose SUpSDUpH pODERUpH SHQVpH /¡pPRWLRQ SULPH OD UpĂ H[LRQ Les slogans adolescents deviennent ceux de la sociĂŠtĂŠ tout 4 7V\Y JL JV\Y[ Kt]LSVWWLTLU[ QL TL Z\PZ PUZWPYt KL ;VU` (5(;9,33( 0U[LYTPUHISLZ HKVSLZJLUJLZ *VSS ,[OPX\L L[ :VJPt[tÍ?" 7HYPZÍ?! *LYM *\QHZÍ?" L tKP[PVU WW

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entière : ÂŤ je veux tout, tout de suite Âť. Encore une fois, O¡eJOLVH QH VRUW SDV LQGHPQH GH OD IUpTXHQWDWLRQ QpFHVVDLUH de la culture ambiante. Elle a aussi tendance, par rĂŠaction Ă un christianisme doloriste, rigoureux, dĂŠshumanisant et dessĂŠchant, Ă favoriser l’adoption de valeurs adolescentes. La croissance avec ses contraintes, la discipline avec ses exigences entrent en dĂŠcalage avec le discours FRQWHPSRUDLQ HW GHYLHQQHQW G¡DXWDQW SOXV GLIĂ€FLOH j YLYUH que l’on se sent ĂŞtre poussĂŠ dans la marge de la sociĂŠtĂŠ. 3) L’ensemble du chapitre 11, comme aussi le reste de l’ÊpĂŽtre, oppose Ă la rĂŠalitĂŠ visible et sensible une rĂŠalitĂŠ invisible qui la transcende. NoĂŠ, averti, a vu ce qui n’Êtait pas encore et a agi en consĂŠquence. Il a discernĂŠ ce que la rĂŠalitĂŠ prĂŠsente ne laissait pas entrevoir et il a pris des dispositions en opposition avec la rĂŠalitĂŠ visible. De mĂŞme MoĂŻse peut-il rĂŠsister au roi parce qu’il voit celui qui est invisible. La foi refuse d’accorder Ă la rĂŠalitĂŠ connue naturellement le statut de rĂŠalitĂŠ ultime et dĂŠcisive. Elle n’accorde pas au monde l’autonomie qui lui ferait trouver HQ OXL PrPH VD VRXUFH HW VRQ G\QDPLVPH (OOH GLVFHUQH parce qu’elle confesse le Dieu crĂŠateur, que ce que l’on peut connaĂŽtre du monde n’est pas tout du monde et que le monde prĂŠsent renvoie Ă un autre monde. Ă€ la rĂŠalitĂŠ SUpVHQWH HOOH QH UHFRQQDvW GRQF TX¡XQH YDOHXU Ă€JXUDWLYH importante certes, mais limitĂŠe. Tout n’est pas dit ici, un autre jugement est portĂŠ, autonome et souverain celui-lĂ , qui donne Ă la vie son sens. La foi refuse donc de recevoir de la seule rĂŠalitĂŠ prĂŠsente validation et orientation. Le dernier mot appartient au cĂŠleste et non au terrestre pour reprendre les catĂŠgories de l’ÊpĂŽtre. Il n’est donc pas question de nier la rĂŠalitĂŠ mais de la dĂŠpasser. Dans la foi, c’est l’ambivalence de la rĂŠalitĂŠ prĂŠsente qui est rĂŠvĂŠlĂŠe. Celle-ci Ă la fois manifeste et cache la prĂŠsence de Dieu. 68


La foi n’est par consĂŠquent pas une mĂŠthode CouĂŠ revue et corrigĂŠe chrĂŠtiennement. La foi ne nie pas la rĂŠalitĂŠ contraire en s’auto-persuadant de la rĂŠalitĂŠ de ce qui est espĂŠrĂŠ. Mais parce que la foi est relation Ă une personne vivante et agissante, elle est plus que l’engagement de ceOXL TXL FURLW 3OXV TXH OD FRQYLFWLRQ VXEMHFWLYH GX FUR\DQW SOXV TXH OD FRQĂ€DQFH QXH /D IRL SDUFH TXH VRQ REMHW HVW Dieu, est fondement des choses espĂŠrĂŠes, dĂŠmonstration des choses invisibles. La foi voit ce qui est invisible, saisit ce qu’elle espère parce qu’elle est suscitĂŠe par Dieu et qu’en elle Dieu parle. La foi est Ă la fois engagement personnel et attestation divine. Et l’attestation divine dĂŠmontre que la foi a un rapport authentique avec l’invisible et les biens espĂŠrĂŠs. La foi, parce qu’elle est attestation divine, permet de vivre ĂŠchec et rĂŠussite dans l’attente que Dieu porte un UHJDUG GpĂ€QLWLI VXU QRWUH YLH 0DLV GpMj HOOH VDLVLW GDQV OH temps prĂŠsent, l’approbation de Dieu. Si elle ne peut encore dĂŠchiffrer toute la rĂŠalitĂŠ, donner sens Ă chaque ĂŠvĂŠnement, elle sait que ceux-ci n’Êchappent pas au regard de 'LHX TXL HQ UpYpOHUD OH P\VWqUH DX MRXU GH O¡DFKqYHPHQW 4) 4XDWULqPH D[H HQĂ€Q GDQV OD IRL OH UDSSRUW DX SUpsent est conditionnĂŠ par la relation au futur. La rĂŠalitĂŠ prĂŠsente est non seulement dĂŠpassĂŠe par la rĂŠalitĂŠ invisible, mais plus encore par la rĂŠalitĂŠ Ă venir. Les tĂŠmoins de la foi ont reconnu le caractère provisoire du temps prĂŠsent et par consĂŠquent l’inachèvement caractĂŠristique de leurs entreprises comme des rĂŠponses divines. Vivant dans un temps intermĂŠdiaire, ils se sont vus ĂŠtrangers et YR\DJHXUV GDQV O¡DWWHQWH GHV ELHQV GXUDEOHV HW GpĂ€QLWLIV Toute leur vie a ĂŠtĂŠ le tĂŠmoignage de cette espĂŠrance qui les tendait en avant, vers la rĂŠalisation eschatologique des SURPHVVHV $\DQW GLVFHUQp HW FRPSULV OD YDOHXU OLPLWpH GH OHXU KLVWRLUH LOV Q¡RQW SDV FUDLQW GH IDLUH FRQĂ€DQFH DX 'LHX


qui faisait les promesses et qui rendait l’attente si longue. Dans la foi, ils ont vu l’objet de leur espĂŠrance, le saluant de loin. Cette salutation de loin les gardait de l’illusion de se croire en possession des biens promis. Mais cette VDOXWDWLRQ GH ORLQ VLJQLĂ€H DXVVL TXH OHV UpDOLWpV j YHQLU atteignaient dĂŠjĂ , par anticipation, les patriarches. Elle leur donnait le courage d’espĂŠrer, de marcher, de poursuivre la route. Comment donc attendre ici-bas la rĂŠalisation totale de notre espĂŠrance alors que la foi ne peut ĂŞtre qu’apĂŠritive, XQH PLVH HQ DSSpWLW OD Ă€JXUDWLRQ WDQJLEOH GH QRWUH HVSprance ? Mais comment aussi ne pas considĂŠrer dans le prĂŠsent les signes de cette espĂŠrance qui dĂŠjĂ nous atteint ? L’Êquilibre de la foi demeure dans l’acceptation pleine et entière tant des limites que des acquis de la foi. La foi permet l’accès Ă l’espĂŠrance et discerne, sans les possĂŠder encore, les biens Ă venir. Du coup, elle accepte de se laisser former et informer par ce qu’elle perçoit et saisit. L’espĂŠrance des biens Ă venir comme la perception GH O¡LQYLVLEOH RQW PRGLĂ€p FRQVLGpUDEOHPHQW OD PDQLqUH GH vivre des tĂŠmoins de la foi et leur façon de se positionner GDQV OH PRQGH (OOHV RQW GRQQp j OD UpĂ H[LRQ XQ SRLQW d’appui hors de la rĂŠalitĂŠ prĂŠsente. La foi est donc une autre intelligence de la rĂŠalitĂŠ, une comprĂŠhension renouvelĂŠe de notre condition d’existence dans le monde. La foi est bien cette capacitĂŠ d’ordonner et de hiĂŠrarchiser les ĂŠvĂŠnements et les valeurs pour dĂŠchiffrer la rĂŠalitĂŠ prĂŠsente. Elle peut ĂŞtre positive, optimiste parce qu’elle s’appuie sur le Dieu souverain et aimant. Dans une sociĂŠtĂŠ qui privilĂŠgie les valeurs adolescentes, la foi pourrait bien ĂŞtre passĂŠe de mode. Car elle propose l’endurance et la persĂŠvĂŠrance, l’attente et la non-obtention de ÂŤ tout, tout de suite Âť, l’expĂŠrience de la limite et le refus de la fuite. Elle propose l’intelligence au travail 70


dans une prise en compte sérieuse de ce qui est confessé, la structuration de l’être autour d’un projet donné, la construction de la personne à partir d’une compréhension théocentrique de soi et du monde, l’acceptation de l’alternance irrégulière de phases positives et de phases négatives. Tout cela en sachant que l’invisible dépasse le visible et que l’avenir appartient au Dieu qui promet et tient ses promesses et qui révélera en son temps la portée de nos échecs et de nos réussites.

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LE *64)(; :7090;<,3 7YtKPJH[PVU

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Je n’ai pas choisi ce thème, mais je l’ai acceptĂŠ. Dans VD IRUPXODWLRQ LO Q¡\ D QL OH PRW pFKHF QL OH PRW IRL mais tous les deux se trouvent enfouis dans la rĂŠalitĂŠ du combat spirituel. Le sujet est redoutable parce qu’il nous implique tous, sans exception. Il est aussi redoutable parce que beaucoup de chrĂŠtiens savent dĂŠjĂ , ou croient savoir. Pour aborder notre sujet nous allons parcourir, parfois rapidement, 4 ĂŠtapes : 1) L’origine dans le temps 2) Le sommet atteint 3) L’Êquipement nĂŠcessaire 4) Les fronts du combat En introduction, prenons connaissance du texte classique d’(SKpVLHQ . C’est seulement Ă partir de OD WURLVLqPH pWDSH TXH QRXV QRXV \ DUUrWHURQV SOXV SDUWLculièrement. $X UHVWH IRUWLĂ€H] YRXV GDQV OH 6HLJQHXU HW SDU VD force souveraine. RevĂŞtez-vous de toutes les armes de 'LHX DĂ€Q GH SRXYRLU WHQLU IHUPH FRQWUH OHV PDQÂąXYUHV du diable. Car nous n’avons pas Ă lutter contre la chair et le sang, mais contre les principautĂŠs, contre les pouvoirs, contre les dominateurs des tĂŠnèbres d’ici-bas, contre les esprits du mal dans les lieux cĂŠlestes. C’est pourquoi, prenez toutes les armes de 'LHX DĂ€Q GH SRXYRLU UpVLVWHU GDQV OH PDXYDLV MRXU HW tenir ferme après avoir tout surmontĂŠ. Tenez donc fermes : ayez Ă vos reins la vĂŠritĂŠ pour ceinture ; revĂŞtez-vous de la cuirasse de la justice ; mettez pour chaussures Ă vos pieds les bonnes dispositions que donne l’Évangile de paix ; prenez, en toutes circonstances, le bouclier de la foi, avec lequel vous pourrez pWHLQGUH WRXV OHV WUDLWV HQĂ DPPpV GX 0DOLQ SUHQH] aussi le casque du salut et l’ÊpĂŠe de l’Esprit qui est


la Parole de Dieu. Priez en tout temps par l’Esprit, avec toutes sortes de prières et de supplications. Veillez-y avec une entière persĂŠvĂŠrance. Priez pour tous les saints et aussi pour moi : que la parole, quand j’ouvre la bouche, me soit donnĂŠe pour faire connaĂŽtre avec hardiesse le mystère de l’Évangile.

/¡RULJLQH GDQV OH WHPSV OD FKXWH HQ (GHQ *HQqVH j

L’origine absolue du combat spirituel a commencĂŠ avant le temps, avant notre temps, par une rĂŠvolte totalement P\VWpULHXVH GH /XFLIHU SRUWHXU GH OXPLqUH TXL D FRQoX OD folle idĂŠe de s’Êlever jusqu’à Dieu, avant d’être prĂŠcipitĂŠ. Mais commençons dans notre temps. Dès lors, le sujet se tourne vers nous-mĂŞmes. Pourquoi et pour quel enjeu le combat spirituel ? Dernier venu, l’homme seul a ĂŠtĂŠ crĂŠĂŠ en image de Dieu. Et c’est bien Ă cause de cette ÂŤ ressemblance Âť unique qu’il se trouve engagĂŠ dans ce combat. Les puissances mauvaises se sont unies pour la contester et la dĂŠtruire. Mais Dieu la rĂŠclame et la restaure. OĂš et depuis quand le combat spirituel ? Dès les origines humaines, en Eden dans le jardin Ă cultiver et Ă garder. Le garder de qui ? Le garder de quoi ? Un arbre est dĂŠfendu parmi tous les autres. Dieu n’a pas mis la barre si haute. Il n’a pas interdit la moitiĂŠ du jardin. Tous les arbres sont donnĂŠs Ă l’homme, sauf un. Et voici le tentateur. Et voici la tentation. Puis la chute ! C’est lĂ qu’a commencĂŠ le combat spirituel et l’homme est sorti vaincu. Le jour oĂš tu en mangeras le fruit, tu mourras. Ce mĂŞme jour l’homme est mort spirituellement. $X YHUGLFW GH 'LHX VXLYHQW OHV V\PSW{PHV HQ FDVFDGH nuditĂŠ, honte, peur, fuite, division, accusation, domina76


tion, souffrance, rejet, frustration, sĂŠparation. Ce que Dieu dit, s’accomplit toujours. Alors la malĂŠdiction frappe. Parole de Dieu au serpent : tu seras maudit. Puis parole de Dieu Ă l’homme : le sol sera maudit Ă cause de toi. Quant Ă l’homme il est frappĂŠ PDLV SDV PDXGLW SDV HQFRUH 0DW 3RXU O¡KRPPH Dieu pose les jalons du retour possible. Trois jalons sont donnĂŠs comme autant de signes de grâce. Le premier, par la parole au serpent : la postĂŠritĂŠ de la femme t’Êcrasera la tĂŞte, tu lui blesseras le talon. Nous comprenons que le Christ est ici annoncĂŠ dans son sacriĂ€FH j OD FURL[ Le deuxième, par l’animal que Dieu imPROH DĂ€Q GH FRXYULU OD QXGLWp GH O¡KRPPH GpFKX 1RXV comprenons que Christ immolĂŠ nous couvre de sa justice et nous restaure ainsi devant Dieu. Le troisième : l’arbre GH YLH VXEVLVWH PDLV OHV FKpUXELQV j O¡pSpH Ă DPER\DQWH HQ interdisent l’accès. Nous comprenons que le Christ ouvrira le passage en ĂŠtant frappĂŠ par le châtiment de Dieu. Les trois signes se rejoignent. Ils conduisent Ă Christ dans son Ĺ“uvre pour nous. Signes du jugement qui tombe sur lui, pour que nous soit accordĂŠe la grâce du Seigneur. Après la dĂŠfaite de l’homme, le combat spirituel amorce, par le Christ, un tournant dĂŠcisif et glorieux. Conclusion de ce premier volet : le combat est dĂŠsormais installĂŠ dramatiquement, universellement. CaĂŻn tue Abel. /pPHN SRO\JDPH FKDQWH VHV YHQJHDQFHV 3XLV VXUYLHQW OH dĂŠluge comme un signe anticipĂŠ du jugement universel Ă€QDO HQĂ€Q OD WRXU GH %DEHO V\PEROH GH O¡RUJXHLO TXL YHXW se faire un nom dans un sursaut d’autonomie. Et puis, et puis‌ jusqu’à aujourd’hui.

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/H VRPPHW DWWHLQW OH &KULVW LQFDUQp OHV eYDQJLOHV $FWHV HW

Comment considÊrons-nous ce moment unique dans notre histoire ? Comme une Êtape ou comme un accomSOLVVHPHQW GpÀQLWLI " /D TXHVWLRQ HVW LPSRUWDQWH HW HOOH touche notre comprÊhension du combat spirituel. Sur ce point les avis divergent. Plusieurs ne voient qu’une Êtape et Êvoquent, entre autres, les raisons suivantes : O

Nous sommes quelque part entre la première et la seconde venue de Christ. Tout n’est pas encore pleinement rĂŠalisĂŠ.

O

Nous nous situons entre le ÂŤ dĂŠjĂ Âť et le ÂŤ pas encore Âť. ,O QH VDXUDLW \ DYRLU DFWXHOOHPHQW G¡DFFRPSOLVVHPHQW GpĂ€QLWLI

O /¡eFULWXUH

HOOH PrPH XWLOLVH GHV H[SUHVVLRQV TXL ĂŠvoque le ÂŤ devenir Âť d’une situation prĂŠsente incomplète. Nous n’avons que les arrhes de l’Esprit, nous n’avons pas encore atteint la perfection, le but, etc.

Pour juger de cette question si importante nous devons absolument dĂŠpasser nos situations personnelles et nous ĂŠlever au niveau de la rĂŠvĂŠlation globale. Nous devons saisir l’importance dĂŠcisive et la grandeur inĂŠgalĂŠe du VDFULĂ€FH GH -pVXV Parler d’une ĂŠtape c’est confondre deux choses : l’œuvre historique de Christ accomplissant une fois pour toutes la Loi et les Prophètes, et‌ l’appropriation progressive dans notre vie personnelle de ce que Christ a cachĂŠ dans VD &URL[ /HV SDUDEROHV GX UR\DXPH QRXV SHUPHWWHQW GH saisir ce qui est dĂŠjĂ fait et pourtant encore Ă accomplir. 78


Parler du sommet n’est pas exagĂŠrĂŠ. Le CrĂŠateur est devenu crĂŠature : la Parole a ĂŠtĂŠ faite chair. L’incarnation n’est pas une thĂŠophanie fugitive. JĂŠsus s’est incarnĂŠ dans le sein de sa mère neuf mois avant de naĂŽtre. VoilĂ qui GHYUDLW IDLUH UpĂ pFKLU FHX[ TXL WRXFKHQW DX[ HPEU\RQV Le combat spirituel passe aussi par lĂ . /¡eWHUQHO HVW DLQVL HQWUp GDQV OH WHPSRUHO 4XDQG OHV WHPSV RQW pWp DFFRPSOLV 'LHX D HQYR\p VRQ )LOV Qp VRXV la loi. Venant sur terre, il rĂŠcapitule et abolit le culte PRVDwTXH WRXV OHV ULWHV VDFULĂ€FLHOV GH O¡DQFLHQQH DOOLDQFH +pEUHX[ ,O DFFRPSOLW HW PDJQLĂ€H WRXWHV OHV SURPHVVHV de l’Ancien Testament. Il est le Dieu qui sauve IsraĂŤl, et sauve le monde en mĂŞme temps car IsraĂŤl est le canal par lequel l’eau vive doit couler pour inonder le monde par le message de la Bonne Nouvelle. JĂŠsus a dit Ă la Samaritaine : ÂŤ Le salut vient des Juifs Âť (Jean 4 : 22). Nous connaissons tous Jean 3 : 16. Mais le verset suivant ? Š 'LHX Q¡D SDV HQYR\p VRQ )LOV GDQV OH PRQGH SRXU qu’il juge le monde, mais pour que le monde soit sauvĂŠ par lui. Âť Et le suivant ? ÂŤ Celui qui croit en lui n’est pas jugĂŠ, mais celui qui ne croit pas est dĂŠjĂ jugĂŠ parce qu’il Q¡D SDV FUX DX QRP GX )LOV XQLTXH GH 'LHX ÂŞ Et les suivants ? ÂŤ Et ce jugement, c’est que la lumière ĂŠtant venue dans le monde, les hommes ont prĂŠfĂŠrĂŠ les tĂŠnèbres Ă la lumière parce que leurs Ĺ“uvres ĂŠtaient mauvaises. Celui qui pratique le mal hait la lumière et ne vient point Ă la lumière de peur que ses Ĺ“uvres ne soient dĂŠvoilĂŠes, mais celui qui agit selon la vĂŠritĂŠ vient Ă la lumière parce que ses Ĺ“uvres sont faites en Dieu. Âť Nous sommes ici très exactement au cĹ“ur du combat spirituel. Le Christ est la pierre d’angle, le seul fondement posĂŠ. Par lui, en lui, les trois signes perçus dans Genèse 3 VRQW DFFRPSOLV GpĂ€QLWLYHPHQW


Et tout ce qui doit encore se passer : le retour de Christ, O¡HQOqYHPHQW GHV FUR\DQWV OH MXJHPHQW GX PRQGH OHV nouveaux cieux et la nouvelle terre sont simplement et directement la consĂŠquence de ce qui s’est passĂŠ Ă la croix GH &KULVW /H 3qUH QH IDLW TXH SURORQJHU FH TXH OH )LOV D accompli Ă Golgotha. Au dossier du combat spirituel, Jean 12 est incontourQDEOH -pVXV \ SDUOH GH OD PDQLqUH GRQW LO HQYLVDJH OHV PR\HQV GH FRPEDWWUH ,O UpYROXWLRQQH QRV QRWLRQV G¡pOpYDtion. Il nous fait entrer dĂŠjĂ dans le drame de sa passion, et conclut par un ÂŤ maintenant Âť dĂŠcisif : L’heure est venue R OH )LOV GH O¡KRPPH GRLW rWUH JORULĂ€p (v. 23). De quoi parle-t-il ? Le verset suivant nous l’apprend : du grain de blĂŠ qui doit tomber en terre pour porter beaucoup de fruit. La marche vers la gloire du trĂ´ne passe par la mort de la croix. Aurions-nous encore une hĂŠsitation ? Les v. 32-33 nous obligent : ÂŤ Quand j’aurai ĂŠtĂŠ ĂŠlevĂŠ de la terre, j’attirerai tous les hommes Ă moi‌ il indiquait ainsi de quelle mort il devait mourir. Âť Et c’est bien ici que la voix du Père se fait entendre. JĂŠsus en donne aussitĂ´t l’interprĂŠtation Ă une foule dĂŠsemparĂŠe et complètement dĂŠpassĂŠe. Il dit : ÂŤ Maintenant a lieu le jugement de ce monde, maintenant le prince de ce monde sera jetĂŠ dehors. Âť Au moment oĂš le Christ meurt sur la croix, le combat VSLULWXHO SUHQG XQ WRXUQDQW GpFLVLI HW GpĂ€QLWLI 8QH GHV sept paroles l’atteste. Au moment de remettre son esprit entre les mains du Père, JĂŠsus dit : ÂŤ Tout est accompli Âť -HDQ &HWWH SDUROH j HOOH VHXOH QH SHUPHW SOXV GH parler simplement d’Êtape mais devient le point de rĂŠfĂŠrence absolu Ă partir duquel nous luttons et combattons avec l’espĂŠrance de la victoire totale. 2VHUDLV MH GLUH TXH QRXV VRPPHV XQ SLHG GDQV OH Š GpMj ÂŞ et un autre dans le ÂŤ pas encore Âť. La formule est audacieuse. Il ne faut pas qu’elle prĂŞte Ă confusion. Nous ne 80


marchons pas en boitant mais nous sommes néanmoins, simultanément dans une situation double : encore dans le temps et déjà participant à l’éternité ; encore sur la terre et déjà assis dans les lieux célestes en Christ. Que dit Colossiens 1 : 12-14 ? « Rendez grâces au Père qui vous a rendus capables d’avoir part à l’héritage des saints dans la lumière. Il nous a délivrés de la puissance des ténèbres et QRXV D WUDQVSRUWpV GDQV OH UR\DXPH GX )LOV GH VRQ DPRXU en qui nous avons la rédemption, le pardon des péchés. »

/·pTXLSHPHQW QpFHVVDLUH Nous avons bien compris que nous ne saurions nous croiser les bras mais que nous sommes nécessairement engagés dans une lutte gigantesque. Ephésiens 6 parle de principautés, de pouvoirs, de ténèbres d’ici-bas, d’esprits du mal dans les lieux célestes. Les dimensions du combat sont à la mesure du ciel et de la terre. 1RXV Q·DYRQV SDV FKHUFKp FH FRPEDW 1RXV \ VRPPHV impliqués malgré nous. Trois expressions nous renseignent sur les intentions du Malin : 1) les manœuvres du diable, 2) le jour mauvais, OHV WUDLWV HQÁDPPpV GX 0DOLQ Assurément la vie chrétienne n’est pas une promenade de santé. Nous sommes avertis que nous n’avons pas à lutter contre la chair et le sang. Nous ne luttons pas avec des armes terrestres contre des êtres terrestres pour les PHWWUH SK\VLTXHPHQW j PRUW 1RXV ODLVVRQV FHV IDX[ FRPbats spirituels aux intégrismes de ce monde. L’enjeu est ailleurs, bien plus redoutable. 81


Ce combat est totalement en dehors de nos possibilitĂŠs intrinsèques. Nous avons besoin d’un recours et d’un secours et nous l’avons. Les armes de Dieu nous sont promises, offertes. Nous ne pouvons combattre que par elles. La description de la panoplie fait apparaĂŽtre un soldat ÂŤ Ă l’ancienne Âť. Une forme de parabole. Le personnage est V\PEROLTXH /D GHVFULSWLRQ TXL HVW VRPPDLUH pQXPqUH GHV pOpPHQWV PDWpULHOV TXL UHoRLYHQW DXVVLW{W OHXU VLJQLĂ€FDWLRQ spirituelle. C’est elle qui compte. DĂŠpassons les ÂŤ armes du soldat romain Âť pour aller aux armes de Dieu. Il faut remarquer que la première mention est pour la vĂŠritĂŠ. Si nous voulons combattre victorieusement, nous devons ĂŞtre vrais de la vĂŠritĂŠ de Dieu. JĂŠsus est le chemin, la vĂŠritĂŠ et la vie. Si ce point n’est pas acquis, inutile d’aller plus loin. L’accent est mis deux fois sur l’expression : toutes les armes de Dieu, v. 11, 13. Elles sont siennes. Il accepte qu’elles deviennent nĂ´tres. Nous voilĂ rassurĂŠs, mais aussi avertis. Elles deviennent nĂ´tres, en restant les siennes. Avec ces armes, je n’ai pas le droit de faire ce que je veux, de combattre mon propre combat, pour ma propre gloire. Vous demanderez si c’est possible. Il semble que oui. Selon Matthieu 7, des gens qui auront prophĂŠtisĂŠ, chassĂŠ des dĂŠmons, fait beaucoup de miracles s’entendront dire : ÂŤ Retirez-vous de moi, je ne vous ai jamais connus Âť. EphĂŠsiens 6 : 10 commence par une merveilleuse promesse : Š )RUWLĂ€H] YRXV dans le Seigneur‌ revĂŞtezvous‌ Âť Ă€ la nĂŠcessitĂŠ du combat rĂŠpond la possibilitĂŠ de nous revĂŞtir du Seigneur lui-mĂŞme. L’expression ÂŤ dans le Seigneur Âť montre qu’il s’agit bien de sa personne, et il nous donne aussitĂ´t ÂŤ sa force Âť. Ainsi, notre souci d’être bien ĂŠquipĂŠs trouve sa rĂŠponse lorsque nous sommes dans OH 6HLJQHXU $YHF OXL HW SDU OXL QRXV DYRQV WRXW HQ VXIĂ€sance et en plĂŠnitude. 82


EphĂŠsiens 6 : 17 termine par : ÂŤ Prenez l’ÊpĂŠe de l’Esprit qui est la Parole de Dieu. Âť Dans le descriptif, c’est la seule arme offensive. L’Esprit a donnĂŠ la Parole. Et la Parole est Esprit et Vie. La voilĂ , l’ÊpĂŠe Ă deux tranchants. PrĂŠtendre Ă l’Esprit sans avoir la Parole, ce n’est plus avoir l’ÊpĂŠe de Dieu, comme d’ailleurs se rĂŠclamer de la Parole en nĂŠgligeant l’Esprit. Les deux situations sont identiques dans leur rĂŠsultat, chaque fois l’ÊpĂŠe de Dieu est absente. Et sans elle, nous ne pouvons pas combattre les puissances mauvaises. /H PRW GH OD Ă€Q PHW O¡DFFHQW VXU OD SULqUH, et avec quelle insistance : ÂŤ Priez en tout temps par l’Esprit, avec toutes sortes de prières et de supplications. Veillez-y avec une entière persĂŠvĂŠrance. Priez pour tous les saints et aussi pour moi‌ Âť Quelle prière ? Il est prĂŠcisĂŠ que nous devons considĂŠrer la diversitĂŠ offerte dans ce domaine : ÂŤ toutes sortes de prières Âť. Nous ne pouvons nous cantonner dans la prière rĂŠpĂŠtitive, froidement liturgique. Elle doit s’adapter aux besoins des autres : ‌ pour tous les saints‌ et pour moi Âť, dit Paul. Elle est combative. L’apĂ´tre ne demande SDV j rWUH SURWpJp GHV GLIĂ€FXOWpV PDLV G¡DYRLU GH OD KDUdiesse pour proclamer la Parole du Seigneur. Hardiesse et sagesse. De la prière, nous passons Ă la supplication. Pouvons-nous la comparer Ă la prière puissance 10 ? C’est la prière du combattant qui ne lâche pas prise. D’ailleurs c’est bien sur ce point que l’accent est mis ÂŤ veillez-y avec une entière persĂŠvĂŠrance Âť. Nous le savons. Mais le pratiquons-nous ? Car dans le combat spirituel, rien ne doit rester au seul niveau de la thĂŠorie verbale. En parler c’est bien et nĂŠcessaire. Mais nous devons rapidement entrer dans la pratique. La prière rejoint la Parole-Esprit. Par la prière, nous manions l’ÊpĂŠe de Dieu. Ă€ sa Parole, nous joignons la 83


nĂ´tre inspirĂŠe de la sienne. Nous entrons ainsi dans le mĂŞme combat par les mĂŞmes armes du mĂŞme Seigneur. C’est notre salut. ,O \ D G¡DXWUHV IRUPHV HQFRUH GH OD SULqUH TXH QRXV HQWHQdons très peu aujourd’hui, peut-ĂŞtre trop peu. Prière d’humiliation, de repentance, peut-ĂŞtre aussi de consĂŠcration renouvelĂŠe. Elles font pourtant partie du combat spirituel. Et de la louange, que faut-il en dire ? AssurĂŠment, elle n’est plus l’enfant pauvre. Nous avions du chemin Ă rattraper et nous l’avons fait. La louange garde son importance et sa valeur dans le combat spirituel, Ă une condition, c’est qu’elle ne se fasse pas envahissante, investie Ă elle seule GH WRXWHV OHV YHUWXV VRUWH GH ORXDQJH HQ]\PH JORXWRQ Alors elle serait incantatoire. Et l’Êtant, elle deviendrait paĂŻenne. Nous devons veiller Ă garder le sens de la mesure. L’issue du combat pour nous en dĂŠpend aussi. Pour ĂŞtre vainqueur, nous devons revĂŞtir Christ et marcher sur ses traces. ÂŤ Celui qui dĂŠclare demeurer en lui, doit aussi marcher comme lui, le Seigneur, a marchĂŠ. Âť (1 Jean 2 : 6). RevĂŞtir Christ c’est se tenir devant sa croix Âł Oj R LO D SD\p QRWUH UDQoRQ GHYDQW OH WRPEHDX YLGH — lĂ oĂš nous avons reçu les certitudes de la vie ĂŠternelle ; devant le trĂ´ne de la grâce — lĂ oĂš nous sommes invitĂŠs Ă demander misĂŠricorde et grâce, sagesse et force, et oĂš nous sommes exaucĂŠs‌ secourus dans nos besoins. Aller Ă la croix, au tombeau et au pied du trĂ´ne, c’est passer et repasser partout oĂš le Christ a ĂŠtĂŠ pour nous sauver et pour nous associer Ă sa victoire.

/HV IURQWV GX FRPEDW VSLULWXHO ,O HVW LQGLVSHQVDEOH GH OHV PHQWLRQQHU 2Q Q¡pTXLSH SDV GHV VROGDWV SRXU OHV HQYR\HU Q¡LPSRUWH R R ERQ OHXU 84


semble ! Une armĂŠe a un chef, une stratĂŠgie. L’ennemi occupe des fronts. Nous devons les connaĂŽtre. Nous n’avons pas le droit Ă l’erreur. Par oĂš commencer ? Peut-ĂŞtre en faisant cette première remarque importante, que le combat spirituel n’est pas une arène dans laquelle nous descendons pour offrir un spectacle Ă nos admirateurs. Chaque fois qu’il devient un show, un acte mĂŠdiatique, et il l’est trop souvent, il n’est SOXV TX¡XQH FDULFDWXUH VDQV VLJQLĂ€FDWLRQ GX YUDL FRPEDW spirituel. Il est beaucoup trop sĂŠrieux pour ĂŞtre un spectacle. Un combat mais plusieurs fronts, de multiples engagements mais une victoire. Nous pouvons regrouper les fronts en quatre secteurs. Nous ne devons pas les cloisonner, car souvent ces fronts nous obligent Ă des combats simultanĂŠs. Ils peuvent interfĂŠrer. L’ennemi est rusĂŠ et se voudrait destructeur sur tous les plans. a) Premier front : Ă l’intĂŠrieur de nous-mĂŞmes. &H TXL SUpFqGH D VXIĂ€VDPPHQW pWDEOL OD FKRVH 'HV H[hortations ont ĂŠtĂŠ donnĂŠes, des avertissements aussi. Nous QH QRXV \ DUUrWHURQV SDV GDYDQWDJH PDLQWHQDQW VLQRQ SRXU rappeler la prioritĂŠ de ce front par deux paroles de Paul : Actes 20 : 28. Aux anciens d’Ephèse il dit : ÂŤ Prenez donc garde Ă vous-mĂŞmes et Ă tout le troupeau sur lequel le Saint-Esprit vous a ĂŠtablis ĂŠvĂŞques pour faire paĂŽtre l’Église de Dieu‌ Âť ; Ă TimothĂŠe dans 1 Tim. 4 : 16 : ÂŤ Veille sur toimĂŞme et sur ton enseignement, avec persĂŠvĂŠrance. Âť Il n’est pas inutile de redire que la victoire, sur ce front comme sur les autres, ne dĂŠpend pas d’abord des charismes mais de la saintetĂŠ de notre vie personnelle‌ une autre manière de dire ÂŤ dans le Seigneur Âť.


b) Deuxième front : la famille. Celle dans laquelle nous vivons comme parents ou FRPPH HQIDQWV D pWp GpFODUpH Š DQQpH GH OD IDPLOOH ÂŞ SDU O¡81(6&2 0DLV QRXV Q¡DYRQV SDV DWWHQGX OD dĂŠcision de cet organisme pour saisir l’importance de la famille, cellule de la sociĂŠtĂŠ. Toutes les annĂŠes, depuis les origines, ont ĂŠtĂŠ celles de la famille. La première famille d’Adam et d’Eve avec CaĂŻn et Abel prouve combien la famille est dramatiquement impliquĂŠe dans le combat spirituel. La femme n’a pas gardĂŠ sa place parce que son mari n’a pas pris la sienne. Un frère a tuĂŠ l’autre par jalousie et vengeance. La famille est, par excellence, le lieu oĂš les masques WRPEHQW 2Q QH SHXW \ MRXHU SHUSpWXHOOHPHQW OD FRPpGLH 2Q \ HVW FRPPH RQ HVW HQ UpDOLWp (QWUH pSRX[ SDUIRLV une certaine connivence s’installe. La femme sauve les apparences pour ne pas humilier son mari. Le mari fait de mĂŞme pour ne pas perdre la face. Mais les enfants ? Ils savent bien et rĂŠagissent d’autant. Ils sont trop spontanĂŠs pour entrer dans les combines. Et lorsqu’ils le font malgrĂŠ tout c’est pour se perdre Ă leur tour. Malheur, disait JĂŠsus, Ă qui sera en scandale Ă l’un de ces petits. Si nous voulons juger de la vie d’un responsable, pasteur ou ancien, ne le regardons pas alors qu’il est en chaire, allons plutĂ´t l’observer dans sa maison. Cela ne VLJQLĂ€H SDV TXH FKDTXH IRLV TX¡XQ HQIDQW Š WRXUQH PDO ÂŞ c’est la faute des parents. La conversion de nos enfants Q¡HVW MDPDLV XQH SULPH GRQQpH j QRWUH Ă€GpOLWp PDLV XQH mesure de grâce. Projetons toutes les exigences de la Parole de Dieu qui nous obligent intĂŠrieurement, dans notre vie de faPLOOH GDQV QRV UHODWLRQV FRQMXJDOHV SDUHQWDOHV Ă€OLDOHV /R\DXWp YpULWp DPRXU Ă€GpOLWp WUDQVSDUHQFH MRLHÂŤ HW 86


humour devraient ĂŞtre le partage du pain quotidien‌ avec OD IRL HW OD SULqUH 6L QRWUH YLH HVW VDLQWH TXH QRWUH IR\HU le soit aussi et que Dieu nous soit en aide. Sachons en tout cas que l’ennemi guette le front de la famille. Elle offre des points naturellement faibles par les FRQĂ LWV SHUVRQQHOV TXL SHXYHQW VL YLWH VXUJLU c) Troisième front : l’environnement circonstanciel. Il s’agit de tous ces imprĂŠvus qui surgissent et font basculer l’harmonie en un instant. Une visite chez le docteur et le pronostic d’un cancer ; un examen de laboratoire et le verdict d’une maladie incurable ; une sortie en voiture et un accident qui se termine Ă l’hĂ´pital pour les uns, Ă la morgue pour les autres ; une lettre inattendue de licenciement et le spectre du chĂ´mage qui commence, etc. Nous ne manquons pas d’être frappĂŠs par le caractère de soudainetĂŠ. Le voilĂ ÂŤ le mauvais jour Âť dont parle EphĂŠsiens 6. AussitĂ´t, nous sommes sollicitĂŠs Ă l’extrĂŞme et il s’agit de combattre le bon combat de la foi, de faire nĂ´tres ces paroles de JĂŠsus dans Luc 12 : ÂŤ Ne vous inquiĂŠtez pas pour votre vie de ce que vous mangerez, ni pour votre corps de quoi vous serez vĂŞtus. La vie est plus que la nourriture et le corps plus que le vĂŞtement. Regardez les corbeaux. Ils ne sèment ni ne moissonnent, ils n’ont ni cellier, ni grenier et Dieu les nourrit. Ne valez-vous pas beaucoup plus que les oiseaux ? Qui de vous, par ses inquiĂŠtudes, peut ajouter une coudĂŠe (toute petit rallonge) Ă la durĂŠe de sa vie ? Et si vous ne pouvez pas la moindre chose, pourquoi vous inquiĂŠtez-vous du reste ? Âť C’est une chose de connaĂŽtre ces textes, c’en est une autre de les vivre lorsque nous sommes dans le besoin. /H FRPEDW VSLULWXHO \ REOLJH OHV DUPHV GH 'LHX QRXV OH 87


permettent. Les promesses de Dieu ne sont pas des paroles d’hommes. Dans les circonstances adverses, nous devons et pouYRQV QRXV \ DWWDFKHU HQ VDFKDQW TXH WRXWHV FKRVHV VRQW GDQV OHV PDLQV GX 6HLJQHXU 1RXV QH YR\RQV SDV HQFRUH d’issue. Mais Dieu connaĂŽt dĂŠjĂ la rĂŠponse, elle est dĂŠjĂ HQ PDUFKH &RQĂ€DQFH FRQĂ€DQFH FRQĂ€DQFH HQ XQ 'LHX qui ne ment jamais. d) Quatrième front : l’environnement relationnel. Dieu place sur notre chemin des hommes et des femmes que nous allons devoir aider. Ce sont ces ÂŤ bonnes Ĺ“uvres TXH 'LHX D SUpSDUpHV G¡DYDQFH DĂ€Q TXH QRXV OHV SUDWLquions. Âť (Eph. 2 : 10) Pour beaucoup, aujourd’hui, c’est sur cet aspect qui se concentre le combat spirituel. Nous avons compris qu’il dĂŠborde largement ce seul plan. A tout concentrer sur ce front, nous pourrions en arriver Ă nĂŠgliger les autres fronts. L’environnement relationnel occupant pratiquement toute OD SODFH LO SHXW \ DYRLU GHV H[DJpUDWLRQV HW GHV GpUDSDJHV D’oĂš la rĂŠaction, chez certains, de ne plus trop vouloir considĂŠrer cet aspect du combat. Ce serait une erreur. Le besoin est grand et nous devons ĂŞtre prĂŞts Ă assumer tout ce que le Seigneur nous demande de faire en son nom et pour sa gloire. ,O \ D GHV KRPPHV HW GHV IHPPHV TXL RQW EHVRLQ G¡XQH PDLQ WHQGXH G¡XQ IR\HU RXYHUW G¡XQ UHJDUG GH FRPpassion, d’une oreille attentive, d’un accompagnement ĂŠclairĂŠ, d’un cĹ“ur rempli d’amour, d’une prière-secours. Tout cela dans une attitude patiente, persĂŠvĂŠrante et humble, marquĂŠe par la douceur Ă l’image du Christ qui ĂŠtait doux et humble de cĹ“ur. 88


Nous n’avons pas le droit de dominer sur les autres, de leur faire violence. Nous ne devons pas nous imposer et nous rendre indispensables. ConsidĂŠrons comment le &KULVW D UHVSHFWp FKDTXH KRPPH FKDTXH IHPPH 5pĂ pchissons Ă deux fois avant de nous engager sur le terrain des paroles prĂŠtendues d’autoritĂŠ. Conduisons Ă Christ, conduisons Ă la Parole de Dieu, Ă ses promesses. Invitons j OD IRL HW j OD UHSHQWDQFH 6R\RQV V€UV TXH QRXV GLVWLQguons bien, dans chaque situation, entre les coupables et les victimes. Ne faisons pas de confusion. Restons des bergers, pas des directeurs de conscience. /H YUDL FRPEDW VSLULWXHO Q¡pFUDVH MDPDLV O¡DXWUH 0pĂ€RQV nous de nos recettes toutes prĂŞtes. Sachons comprendre le WHPSV GH 'LHX HW SUHQGUH VRQ U\WKPH 1RXV Q¡DYRQV SDV OH droit d’aller plus vite que lui. Nous n’avons pas davantage le droit, en cas de non-rĂŠponse, Ă conclure par une accusation qui ajoute aux problèmes et Ă la dĂŠtresse des autres. ,O \ D WURS GH IDXVVHV QRWHV HQ FH GRPDLQH

(Q FRQFOXVLRQ 6RPPHV QRXV SUrWV j HQWUHU GDQV OH FRPEDW " eSURXYRQV QRWUH FÂąXU DX SOXV SURIRQG GH QRXV PrPHV 1¡\ D W LO SDV dans nos vies un lien, une habitude dont nous ne parlons Ă personne mais qui nous fait souffrir et qui peut faire souffrir les autres ? Un pĂŠchĂŠ non confessĂŠ, pas encore abandonnĂŠ ? ÂŤ Tant que je me suis tu, mes os se consumaient, ma vigueur n’Êtait que sĂŠcheresse‌ J’ai dit : J’avouerai mes transgressions, et tu as effacĂŠ la peine de mon pĂŠchĂŠ. Âť (Ps. 32). Il est essentiel de vivre, devant le Seigneur et devant les hommes, dans une totale transparence. Notre homme extĂŠrieur se dĂŠtruit. Nous pouvons croire Ă la guĂŠrison mais


WRXV QRXV YLHLOOLVVRQV HW ÀQLVVRQV SDU PRXULU /H FRPEDW spirituel se situe, lui, principalement en l’homme intÊrieur qui se renouvelle de jour en jour. Courage et force dans le Seigneur. Combattons jusqu’à OD ÀQ OD YLFWRLUH HVW DX ERXW (W GpMj OH 6HLJQHXU QRXV OD donne.


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Tout au long de ma vie chrĂŠtienne, Dieu ne m’a pas enlevĂŠ les ĂŠpreuves ou les ĂŠchecs, mais il a permis que je vive avec. 6RXYHQW GHV DPLV TXL WUDYHUVHQW XQ PRPHQW GLIĂ€FLOH me demandent de prier pour eux. Lorsque je leur rĂŠpond DIĂ€UPDWLYHPHQW MH QH SHX[ SDV P¡HPSrFKHU GH OHXU GLUH aussi : ÂŤ je vais surtout demander Ă Dieu de vous aider Ă discerner comment accepter votre situation prĂŠsente, SDUFH TXH F¡HVW Oj WRXW OH P\VWqUH ÂŞ Qu’est-ce le chrĂŠtien demande Ă Dieu la plupart du WHPSV TXDQG LO \ D XQ REVWDFOH XQH pSUHXYH XQH PDODGLH RX XQ pFKHF " 2Q GHPDQGH DXVVLW{W j 'LHX GH UpVRXGUH OH problème, d’enlever l’obstacle, de guĂŠrir immĂŠdiatement ! Cela paraĂŽt logique. 4XH QRXV VR\RQV FUR\DQW RX QRQ OD YLH VXU FHWWH WHUUH HVW SDUVHPpH G¡HPE€FKHV &HOD VHPEOH LQMXVWH FDU LO \ D ceux qui rĂŠussissent et ceux qui ratent. L’homme ne comprend pas toujours ce qui lui arrive. Il se pose des questions, notamment des ÂŤ pourquoi ? Âť. Mais il est prĂŠfĂŠrable de dire : ÂŤ comment ? Âť — ÂŤ comment accepter, comment surmonter l’Êpreuve ? Âť Dieu ne va peut-ĂŞtre pas nous tirer de lĂ comme ça, d’un coup. Il ne va pas non plus nous expliquer ce qui nous arrive, on le dĂŠcouvrira peut ĂŞtre plus tard. Mais il nous dit : ÂŤ Je suis lĂ , au milieu de tes ĂŠchecs et de tes ĂŠpreuves. Âť Ce n’est pas seulement quand tout s’est bien passĂŠ que l’on doit dire : ÂŤ Ah ! C’Êtait formidable, Dieu ĂŠtait avec moi ! Âť L’Êchec est prĂŠsent dans nos vies. Je crois qu’il faut l’accepter. Mais la foi est lĂ aussi, et c’est ce qui nous aide Ă voir l’Êchec avec un regard diffĂŠrent. Avoir un enfant handicapĂŠ, est-ce un ĂŠchec ? /H MRXU RX QRXV DYRQV FRPSULV TXH QRWUH Ă€OV (PPDQXHO n’avait pas ĂŠtĂŠ complètement guĂŠri de sa mĂŠningite, il m’a fallu admettre la rĂŠalitĂŠ de la situation.


$WWHQWLRQ 1H FUR\H] SDV TXH MH VRLV YHQXH YRXV GLUH Š -¡DL HX SOHLQ GH GLIĂ€FXOWpV HW M¡DL WUqV ELHQ UpXVVL j OHV surmonter ! Âť Non, je voudrais partager ce que j’ai compris DX WUDYHUV GH FHV GLIĂ€FXOWpV HW UDFRQWHU FH TXH 'LHX D IDLW dans ma vie. Dieu m’a aidĂŠe Ă surmonter les circonstances de la vie de tous les jours qui ĂŠtaient pour moi diffĂŠrentes de celles des autres mères de famille. Pour ma part, ce que je considère comme une possibilitĂŠ d’Êchec, c’est la manière d’aborder ce qui nous arrive : si je me tourmente, si je culpabilise ou si je m’accuse, j’aurai tendance Ă considĂŠrer que c’est un ĂŠchec personnel. Et pourtant, il faut admettre son incaSDFLWp HW F¡HVW OH VHXO PR\HQ GH SURJUHVVHU /¡pFKHF P¡D ĂŠtĂŠ utile dans la mesure oĂš j’ai acceptĂŠ de faire un pas en avant. Et je ne crois pas que Dieu veuille nous condamner si on se pose des questions. Quand nous nous sommes rendu compte du retard d’Emmanuel, nous avons priĂŠ, et chaque fois, après, j’avais la paix, alors mĂŞme que les progrès d’Emmanuel ĂŠtaient loin d’être rapides. Je raconte ce que j’ai vĂŠcu dans le livre ÂŤ Je suis la maman d’un enfant handicapĂŠ Âť1. Vingt-quatre heures après sa naissance, notre enfant fut terrassĂŠ par une mĂŠningite. Alors que je ne l’avais presque pas eu dans les bras, il fut transportĂŠ d’urgence Ă l’hĂ´pital R LO UHVWD MRXUV HQWUH OD YLH HW OD PRUW &¡HVW j FH PRment-lĂ que je compris pourquoi nous lui avions donnĂŠ ce SUpQRP (PPDQXHO TXL VLJQLĂ€H Š 'LHX DYHF QRXV ÂŞ 'DQV cette chambre de clinique, Dieu ĂŠtait avec moi, j’avais la paix malgrĂŠ l’angoisse, malgrĂŠ la sĂŠparation d’avec mon bĂŠbĂŠ. 1 1L Z\PZ SH THTHU KË•\U LUMHU[ OHUKPJHWt 1HJX\LSPUL 9HUJ iK *VU[YHZ[LZ * 7 */ :HPU[ 3tNPLY


Emmanuel nous fut rendu Ă six semaines et nous avons cru qu’il ĂŠtait guĂŠri. Je suis très reconnaissante d’avoir eu une pĂŠriode de quelques mois pendant laquelle je me suis occupĂŠe de mon bĂŠbĂŠ sans me rendre compte qu’il n’Êtait pas comme les autres. Puis les doutes ont commencĂŠ, les progrès ĂŠtaient lents et je le comparais avec les enfants de mes amies. Ce fut alors la pĂŠriode des haut et des bas, des espoirs dÊçus et des efforts par moi-mĂŞme : je voulais trouver une solution humaine Ă cette situation. Chaque fois que je priais, j’avais la paix, la mĂŞme paix qu’à la clinique : (PPDQXHO HVW ELHQ FRPPH oD 'LHX OH EpQLW HW FHOD VXIĂ€W Pourtant cela paraĂŽt un peu simpliste et de ce fait j’oubliais vite cette certitude pour retomber dans mes questions. D’un autre cĂ´tĂŠ cet enfant, malgrĂŠ son retard, ĂŠtait un UD\RQ GH VROHLO TXL FKDQWDLW HW ULDLW WRXWH OD MRXUQpH 3URgressivement je m’habituais Ă l’accepter comme il est. Mais la vie n’Êtait pas facile : Emmanuel ĂŠtait très vif et il s’agitait beaucoup, faisant toujours le mĂŞme geste en se tapant la tĂŞte. Il criait fort dans la rue ou dans les magasins et je me faisais remarquer. Ă€ trois ans il ne marchait pas, il fallait le tenir et mon dos me faisait mal. L’oculiste ne nous donnait pas grand espoir quant Ă sa vue. Un jour dans une salle d’attente je tombais sur un article intitulĂŠ : ÂŤ L’idiot du village est mort Âť. En rĂŠsumĂŠ, la conclusion ĂŠtait la suivante : les gens qui connaissaient ce ÂŤ retardĂŠ Âť pensaient que sa mort ĂŠtait une dĂŠlivrance, mais sa proche famille qui l’aimait comme il ĂŠtait, le pleurait FDU OHXU UD\RQ GH VROHLO OHXU DYDLW pWp HQOHYp Je crois que depuis ce jour je n’ai plus dĂŠsirĂŠ qu’Emmanuel soit autrement. J’ai carrĂŠment arrĂŞtĂŠ de le comparer aux autres. J’ai compris que s’il n’Êtait pas dans la norme humaine, il ĂŠtait comme Dieu avait permis qu’il soit. Notre ĂŠchelle des valeurs n’est certainement pas la


mĂŞme que celle de Dieu. Sur cette terre tout doit ĂŞtre performant, depuis le berceau jusqu’aux hautes ĂŠtudes, mais pour Emmanuel il en va diffĂŠremment : il est lui, il est ÂŤ Dieu avec nous Âť. Pour moi, un enfant handicapĂŠ n’est pas un ĂŠchec. La manière de l’accepter aurait pu en ĂŞtre un. Ma vie aurait pu ĂŞtre empoisonnĂŠe par l’amertume si je n’avais pas compris une chose essentielle dans la foi FKUpWLHQQH j VDYRLU TX¡DX[ \HX[ GH 'LHX OHV YDOHXUV VRQW Ă l’inverse de celles de notre monde. ConsĂŠquence praWLTXH Ă€QLH FHWWH UHFKHUFKH GH OD JORLUH FHWWH TXrWH GH l’absolu, ce dĂŠsir de grimper toujours plus haut et cette dĂŠprime devant les ĂŠchecs. Non ! l’important pour Dieu c’est tout autre chose. Grand ou petit, handicapĂŠ ou bien portant, conforme au moule ou marginal, semblable Ă tous les autres ou diffĂŠrent, peu importe ! Dieu nous aime, et il est avec nous dans nos ĂŠpreuves. Cette terre de labeur, de tristesse et d’espoir prendra Ă€Q XQ MRXU HW O¡eWHUQLWp GDQV OD SUpVHQFH GH 'LHX QRXV DWWHQG 1RXV FRQQDvWURQV DORUV XQ PRQGH R LO Q¡\ DXUD plus ni pleurs ni souffrances. Les handicapĂŠs seront des ĂŞtres Ă part entière. Comme disait le GĂŠnĂŠral de Gaulle Ă l’adresse de sa femme le jour du service funèbre de leur Ă€OOH $QQH TXL pWDLW KDQGLFDSpH Š 9HQH] 0DLQWHQDQW HOOH est comme les autres Âť. Je constate que dans ma vie, Dieu n’a pas enlevĂŠ les ĂŠpreuves. Les circonstances‌ il faut faire avec. Le weekHQG TXDQG (PPDQXHO HVW Oj RQ SHXW GLIĂ€FLOHPHQW VRUWLU Je dois l’habiller, le laver, l’accompagner. Cependant, il nous apporte beaucoup, il est attachant, très gai et, comme il aime beaucoup la musique, nous avons du plaisir Ă en faire avec lui. Mais je dois encore aborder un autre sujet d’Êchec qui est en rapport avec la surditĂŠ de mon mari. Il vous en


parlera lui-mĂŞme. Quand Paul a subitement perdu l’ouĂŻe HQ VHSWHPEUH M¡DL pWp WHUULEOHPHQW DIIHFWpH 'HSXLV lors, notre façon de vivre a ĂŠtĂŠ perturbĂŠe. Avant, je menais une vie relativement calme, mais depuis que Paul a perdu l’ouĂŻe, ma disponibilitĂŠ a dĂť ĂŞtre accrue, principalement parce que tout passe par le tĂŠlĂŠphone. Du fait que Paul n’est plus en mesure de tĂŠlĂŠphoner, je suis devenue son oreille ! Au dĂŠbut, je n’Êtais pas capable de faire face Ă toutes les situations, mais avec le temps je progresse ! Je constate de temps Ă autre que mon tempĂŠrament reprend le dessus, que mon ĂŠgoĂŻsme remonte Ă la surface ; je commence Ă me rĂŠvolter et rien ne va plus. Dans ce cas prĂŠcis, c’est un ĂŠchec. Je crois que ce qui compte c’est de plaire Ă Dieu, et de V¡DFFHSWHU WHO TX¡RQ HVW F¡HVW DXVVL OXL IDLUH FRQĂ€DQFH FDU Christ est lĂ . Si on veut vivre en chrĂŠtien, l’Êchec ou la rĂŠussite deviennent secondaires par rapport Ă nous. Ce qui compte HQ SUHPLHU F¡HVW TXH 'LHX VRLW JORULĂ€p SDU QRWUH DWWLWXGH de tous les jours. ĂŠtre enfant de Dieu, c’est vivre pour Christ, et c’est lĂ XQH UpDOLWp ELHQ SOXV LPSRUWDQWH TXH G¡DQDO\VHU VHV pFKHFV ou de se lamenter. Le but de notre vie, c’est de rechercher la prĂŠsence de 'LHX 2U SDU OHV pSUHXYHV HW OHV pFKHFV 'LHX VH UpYqOH j nous.



À 3˕i*63, +, 3˕i*/,*

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eFKHF HW )RL " /H VXMHW HVW H[FHOOHQW GX PRLQV SRXU PRL Mais le choix de ce thème n’est-il pas un peu saugrenu ? En effet, dans certains milieux chrĂŠtiens, on aurait tendance Ă parler de victoire, de miracle, de bonheur, et ainsi de suite. Certes, il n’est pas faux de parler de ces choseslĂ , mais notre vie est-elle faite de miraculeux seulement ? ExpĂŠrience faite, ma rĂŠponse sera plutĂ´t nĂŠgative. Par pudeur, ou par faiblesse, le chrĂŠtien parle rarement de ses ĂŠchecs. Ce sont les bĂŠnĂŠdictions, les dĂŠlivrances, les rĂŠponses divines qui prĂŠdominent. Et pourtant, l’Êchec fait partie intĂŠgrante de notre vie. Je dirais mĂŞme plus : notre existence terrestre est marquĂŠe plus par les ĂŠchecs que par les victoires. Nous n’avons jamais comptabilisĂŠ QRV pFKHFV HW QRV GpIDLWHV &HSHQGDQW VL O¡RQ UpĂ pFKLW quelques instants, les ĂŠchecs sont plus instructifs, du moins sur le plan de la foi, que les victoires.

'H JUDQGHV Š YLFWRLUHV ÂŞÂŤ Ma vie a ĂŠtĂŠ faite de hauts et de bas. Il serait exagĂŠrĂŠ G¡DIĂ€UPHU TXH PRQ H[LVWHQFH Q¡D pWp TXH IDLWH G¡pFKHFV 0D FRQYHUVLRQ j &KULVW HVW j PHV \HX[ OH SOXV JUDQG miracle. N’est-ce pas extraordinaire de dĂŠcouvrir le salut dans une famille athĂŠe, communiste et ÂŤ stalinienne Âť de surcroĂŽt ? N’est-ce pas merveilleux que Dieu ait inclinĂŠ le cĹ“ur de mon père, qui ĂŠtait toujours athĂŠe, pour me SD\HU PHV pWXGHV GH WKpRORJLH j O¡,QVWLWXW %LEOLTXH GH Nogent-sur-Marne ? Je pourrais citer d’autres exemples, entre autres ma consĂŠcration diaconale et mon service GDQV O¡eJOLVH UpIRUPpH YDXGRLVH TXL SURXYHQW TXH 'LHX au moment voulu, donne Ă ses enfants des victoires qui marquent une vie tout entière. 101


0RQ SUHPLHU pFKHF ­ F{Wp GH FHOD M¡DL DVVXPp DYHF SHLQH HW GLIĂ€FXOWp parfois, des situations contraires qui se sont soldĂŠes par des ĂŠchecs, et mĂŞme par de graves dĂŠfaites. J’ai racontĂŠ tout cela dans mon livre1. Les ĂŠchecs existentiels m’ont IUDSSp GH QRPEUHXVHV IRLV HW PD FRQĂ€DQFH HQ 'LHX D pWp en quelques occasions, sĂŠrieusement ĂŠbranlĂŠe, mais jamais elle n’a ĂŠtĂŠ mise Ă terre. ComptĂŠ, sonnĂŠ, mais jamais k.-o. En d’autres termes, les ĂŠpreuves ÂŤ terrestres Âť peuvent nous toucher profondĂŠment dans notre chair et notre âme, mais Dieu est celui qui, en toutes circonstances, nous garde et QRXV IRUWLĂ€H VSLULWXHOOHPHQW Mon premier ĂŠchec remonte Ă l’âge de dix ans. J’Êtais jeune, mais j’avais un projet de carrière : je voulais devenir mĂŠdecin. Ma motivation ĂŠtait profonde. Je dĂŠsirais de tout cĹ“ur servir tous ceux souffrent. HĂŠlas, un stupide DFFLGHQW GH YRLWXUH PLW Ă€Q j FH EHDX UrYH -¡pWDLV GHYHQX sourd et je compris dès lors que je ne serais jamais mĂŠdecin. Mon dĂŠsespoir fut immense. Ma douleur aussi. Je subis en effet pas moins de quatorze opĂŠrations. Je me rappelle de la dernière intervention chirurgicale. J’avais VRXIIHUW WHUULEOHPHQW M¡pWDLV WRPEp HQ V\QFRSHÂŤ -¡DYDLV dit Ă ma mère, assise Ă cĂ´tĂŠ du lit : ÂŤ Maman, je prĂŠfère mourir plutĂ´t que vivre Âť. J’ai toujours considĂŠrĂŠ cet accident de voiture comme un ĂŠchec. J’Êtais un ĂŠlève douĂŠ, j’Êtais motivÊ‌ Et puis, SOXV ULHQ -¡DL YpFX GHV PRPHQWV GLIĂ€FLOHV 3RXU PRL O¡pFKHF pWDLW WRWDO ,O Q¡\ DYDLW DXFXQ PR\HQ SRXU UHYHQLU j OD VLWXDWLRQ DQWpULHXUH 7RXW pWDLW Ă€QL -¡DL DVVXPp FHW ĂŠchec seul. La souffrance, puis la rĂŠvolte et la rĂŠsignation, 1 1L UL MHPZ H\J\U KL TH ]PL 7H\S 9HUJ iK *VU[YHZ[LZ * 7 */ :HPU[ 3tNPLY

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ont fait de moi un  athÊe pur et dur . L’Êchec du nonFUR\DQW HVW FHOXL GX FRPEDW FRQWUH OD VROLWXGH HW OD IDWDOLWp C’est une lutte inÊgale, le dÊsespoir prenant souvent le pas sur l’espoir.

6DYRLU DWWHQGUH O¡KHXUH GH 'LHX Comme je l’ai ĂŠcrit dans mon livre, ma conversion et mon appel au ministère ont ĂŠtĂŠ des moments forts dans mon existence. Mes premiers pas dans ma vie chrĂŠtienne n’ont pas ĂŠtĂŠ faciles. J’Êtais souvent victime de mon tempĂŠrament fougueux et l’impatience me minait. Lorsque Dieu m’appela Ă ce ministère particulier qui est le mien, j’Êtais prĂŞt Ă tout, sauf Ă attendre vingt ans ! /H MHXGL DYULO j 0DWKD 'LHX P¡DSSHOD j VRQ service. C’Êtait au cours de ma deuxième annĂŠe d’Êtude Ă l’Institut Biblique de Nogent. La soudainetĂŠ de l’action de Dieu m’avait surpris, et je pensais qu’aussitĂ´t mes ĂŠtudes terminĂŠes, je trouverais une place dans l’œuvre de Dieu. Eh bien, non ! Le ÂŤ dĂŠsert Âť commençait, un long dĂŠsert, morne et ponctuĂŠ par des ĂŠchecs. $X PRLV G¡DR€W PRQ SqUH GpFqGH &RPPH LO n’avait pas pu nous reconnaĂŽtre civilement, ses avoirs furent bloquĂŠs et mes frères et moi avons dĂť quitter notre appartement. Comme je n’avais pas trouvĂŠ une place dans OH PLQLVWqUH M¡HQWUHSULV XQ Š 7RXU GH )UDQFH ÂŞ 'H 1vPHV j 3DLPSRO HQ SDVVDQW SDU /HQV HW &OHUPRQW )HUUDQG MH cherchai ma place. Une annĂŠe plus tard, je revins Ă Nice, GpFRXUDJp HW GpVDEXVp 0RQ YR\DJH Q¡DYDLW pWp TX¡XQH succession d’Êchecs. J’avais cru que ÂŤ ça marcherait Âť, TX¡HQĂ€Q M¡DXUDLV Š XQH SODFH DX VROHLO ÂŞ C’Êtait au mois de fĂŠvrier. Le Carnaval de Nice battait son plein. Quant Ă moi, j’Êtais seul, sans emploi. Je n’avais 103


plus d’argent et j’avais faim. Je criais Ă Dieu. Le pire allait venir : au bout de tout, j’acceptai de vendre des confettis. J’en ai vendu des dizaines de cornets pour un misĂŠrable gain. De retour dans ma chambre, j’Êtais dĂŠsespĂŠrĂŠ : ÂŤ Seigneur, faire des ĂŠtudes de thĂŠologie, et vendre des confettis, pourquoi ? Âť Ma dĂŠsillusion ĂŠtait grande. Tandis que mes condisciples de Nogent exerçaient des responsabilitĂŠs dans leurs ĂŠglises respectives, pour ma part, je tournais en rond dans mes problèmes. J’Êtais malade (affection du foie), et sans sĂŠcuritĂŠ sociale, sans travail. J’avais faim, et mon avenir ĂŠtait bouchĂŠ car personne ne voulait engager une personne malentendante. J’ai vĂŠcu ces moments terribles comme un ĂŠchec personnel. J’Êtais culpabilisĂŠ, je ne savais plus Ă quelle porte IUDSSHU -¡DYDLV IRL HQ 'LHX MH FUR\DLV DX 'LHX VRXYHrain et au Dieu de grâce, je suis redevenu romantique. Je lisais la Bible, mais aussi Lamartine. Je vivais cette VLWXDWLRQ SDUDGR[DOH WDQW{W ELHQ WDQW{W PDO -H FUR\DLV TXH 'LHX YRXODLW IRUWLĂ€HU PD IRL PDLV MH QH FRPSUHQDLV pas la duretĂŠ et surtout la succession des ĂŠpreuves. Je me disais : Quelques ĂŠpreuves, d’accord. Mais tout ça, non ! 6RXV O¡LQĂ XHQFH GX URPDQWLVPH ODPDUWLQLHQ M¡DL GpYHloppĂŠ une ÂŤ philosophie de l’Êchec Âť. L’Êchec ĂŠtait l’arbre qui cachait la forĂŞt. L’Êchec faisait partie de ma vie, et je QH YR\DLV SOXV OH ERQKHXU 3OXV H[DFWHPHQW MH OH YR\DLV Ă travers les orages de la Nature. Le bonheur ĂŠtait virtuel, et non rĂŠel. Autrement dit, illusion. Cependant, la foi se manifestait toujours en moi, et Ă FDXVH GH FHOD MH Q¡\ FRPSUHQDLV SOXV ULHQ -H OLVDLV OD %LEOH HW M¡HVVD\DLV GH SUHQGUH OHV SURPHVVHV GH 'LHX j OD lettre, selon l’Esprit, avec le cĹ“ur. Mes prières ĂŠtaient de FRQĂ€DQFH HW GH FHUWLWXGH ,O VH SURGXLVLW HQ PD FRQVFLHQFH un combat intĂŠrieur : promesses de Dieu Ă venir contre dĂŠsir de rompre le cercle des ĂŠchecs et des incertitudes. 104


L’Êtat de tension ĂŠtait donc inĂŠvitable et cela allait m’obliger Ă me remettre en question. )LQDOHPHQW 'LHX HQWHQGLW PHV SULqUHV HW OD UpSRQVH PH YLQW GH 3DULV 8Q IR\HU GH MHXQHV Ă€W DSSHO j PHV VHUYLFHV HW F¡HVW DLQVL TXH SULW Ă€Q XQH pSRTXH SDUWLFXOLqUHPHQW GLIĂ€FLOH GH PRQ H[LVWHQFH

9LYUH O¡pFKHF F¡HVW VH UHPHWWUH HQ TXHVWLRQ L’Êchec apparaĂŽt pour l’homme comme une dĂŠfaite. Mais Dieu transforme nos dĂŠfaites en victoires. Cela a ĂŠtĂŠ vrai pour moi. Plus tard Ă nouveau, j’ai connu le chĂ´mage. Je me rappelle du jour oĂš le prĂŠposĂŠ m’avait inscrit comme ÂŤ pasWHXU DX FK{PDJH ÂŞ &H MRXU Oj M¡DYDLV pWp QR\HU PD SHLQH DX PLOLHX GHV HQWUHS{WV GX )ORQÂŤ $X SOXV SURIRQG GH mon dĂŠsespoir, je dis Ă Dieu : ÂŤ Je te remets mon ministère Âť. Je ne comprenais plus rien. L’Êchec, un de plus, P¡DYDLW HQIRQFp SV\FKRORJLTXHPHQW HW VSLULWXHOOHPHQW Un des mes amis rencontrĂŠ plus tard m’avait dit : ÂŤ C’est bon pour la chair ! Âť Mais presque dix annĂŠes de dĂŠsert s’Êtait dĂŠjĂ ĂŠcoulĂŠes. ,O IDXGUD HQFRUH GL[ DQV SRXU TXH OH GpVHUW SUHQQH Ă€Q Dix ans de plus pour que l’ appel de Matha Âť se concrĂŠWLVH HQĂ€Q 'LHX FRQĂ€UPHUD FHW DSSHO GH IDoRQ GUDPDWLTXH J’Êtais diacre dans une paroisse lausannoise et j’Êtais responsable du ÂŤ culte de l’enfance Âť. Lors de la première rencontre, alors que nous chantions un chant de JEM, en une fraction de seconde, mon audition cessa brusquement. Ce fut dĂŠbut d’une ĂŠpreuve terrible. Perte totale de O¡RXwH GE FH TXL YHXW GLUH TXH M¡HQWHQGDLV j SHLQH XQ rĂŠacteur d’avion au dĂŠcollage Ă un mètre !), perte de mon travail de diacre de paroisse, revenus diminuĂŠs considĂŠra


blement, sentiment d’être inutile (AI), etc. De plus, j’avais la douloureuse impression d’être un fardeau de plus pour PD IHPPH DYHF QRWUH Ă€OV (PPDQXHO FHOD IDLVDLW GHX[ handicapĂŠs dans la famille‌ Ces ĂŠpreuves, la dernière en particulier, fut celle d’une très sĂŠrieuse remise en question. Je repartais Ă zĂŠro. Tout d’abord, ce fut ma femme qui m’exhorta en me disant que Dieu me donnerait un nouveau ministère. Puis, Ă l’hĂ´pital, une nuit, ce fut le cauchemar : je crus que Dieu m’avait DEDQGRQQp &H IXW XQ PRPHQW HIIUR\DEOH 6HQVDWLRQ GH vide, d’anĂŠantissement, de mort, d’angoisse. Pire, comme autrefois Job, je m’en suis pris Ă Dieu et je me considĂŠrais comme un ÂŤ serviteur inutile Âť. Mais Dieu, dans mon malheur, intervint‌ Depuis lors, Job est devenu mon ami. Cette expĂŠrience marqua profondĂŠment ma vie tout entière. Elle me montra que les ĂŠchecs sont une source d’enrichissement extraordinaire. Ă€ ce niveau, la notion d’Êchec ou de victoire n’a plus cours, mais j’ai compris cette nuit-lĂ qu’il fallait ĂŞtre entièrement soumis Ă la volontĂŠ de Dieu. DĂŠsormais, j’acceptai l’Êchec (et la victoire) comme faisant partie intĂŠgrante de la vie de la foi. 'DQV WRXV OHV FDV 'LHX VHUD WRXMRXUV JORULĂ€p

/¡pFKHF PR\HQ SpGDJRJLTXH GH 'LHX eFKHF HW IRL " 3RXU PRL FHV PRWV RQW XQH SRUWpH FRQVLdĂŠrable. L’Êchec m’a appris l’humilitĂŠ devant Dieu et les hommes, l’Êchec m’a donnĂŠ l’amour et la compassion pour les dĂŠfavorisĂŠs de la vie, l’Êchec a transformĂŠ ma façon de penser et d’agir. L’Êchec et la foi ont redonnĂŠ Ă ma vie et Ă mon ministère une nouvelle dimension. Une dimension insoupçonnĂŠe et insoupçonnable, celle de O¡DPRXU LQĂ€QL GH 'LHX HQYHUV VHV HQIDQWV 106


eFKHF HW VRXIIUDQFH YRQW GH SDLU ,O Q¡\ D SDV G¡pFKHF sans une certaine souffrance. Celui qui subit un ĂŠchec connaĂŽtra la peine ou le dĂŠsespoir. Il sera pour un moment un ĂŞtre Ă part, un incompris, un inconsolable. Il lui faudra du temps, beaucoup de temps, pour accepter une situation nouvelle. Prendre du recul, ĂŞtre seul face Ă Dieu, rĂŠapprendre Ă lire la Bible ou Ă prier, sont, du moins pour PRL OH VHXO PR\HQ SRXU VRUWLU GH O¡RUQLqUH &DU OH GDQJHU serait de se complaire dans l’Êchec. Un ĂŠchec amène un DXWUH pFKHF HW DLQVL GH VXLWH &HWWH HVSqFH GH PRUWLĂ€FDWLRQ Q¡HVW DEVROXPHQW SDV FKUpWLHQQH )LQDOHPHQW O¡pFKHF HVW OH PHLOOHXU PR\HQ SpGDJRJLTXH SRXU DPHQHU OH FUR\DQW j UHFRQQDvWUH VHV SURSUHV OLPLWHV HW j JORULĂ€HU OH 'LHX PDMHVtueux et souverain. Si mon existence n’avait ĂŠtĂŠ que rĂŠussite, jamais Dieu ne m’aurait accordĂŠ autant de bĂŠnĂŠdictions dans ma vie chrĂŠtienne. L’apĂ´tre Paul a ĂŠcrit que toutes choses concourent au bien de ceux qui aiment Dieu2. Je sais ce que ce verset veut dire‌

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'pMjÂŤ PDLV SDV HQFRUH Les choses ne sont pas ce qu’elles devraient ĂŞtre ! Elles ne vont pas comme elles devraient aller ! ÂŤ Jusqu’à ce jour, la crĂŠation soupire et souffre‌ Âť (Rom. 8 : 22) La crĂŠation fait l’expĂŠrience continue de la lutte, du combat et, surtout, de la souffrance. Non seulement la crĂŠation, mais encore ÂŤ nous aussi Âť, les chrĂŠtiens qui avons les prĂŠmices de l’Esprit. Dès lors, un regard honnĂŞte et lucide, un regard courageux sur la rĂŠalitĂŠ ne peut qu’entraĂŽner OH FRQVWDW VLQRQ G¡pFKHF SRXU OH PRLQV GH YLFWRLUHV VRXYHQW UHPLVHV HQ TXHVWLRQ 7RXWHV QRV SDUROHV SRXU HVTXLYHU FH GLDJQRVWLF Q¡\ changeront rien. ÂŤ Le dopage spirituel, distillĂŠ dans un climat euphorique Âť fera peut-ĂŞtre illusion. (J. Blandenier, 6 0 QR

2Q GpFODUHUD DYHF HQWKRXVLDVPH TXH O¡pFKHF HVW LQFRPpatible avec la plĂŠnitude de l’Esprit qui nous a ĂŠtĂŠ proPLVH (PSLpWDQW GpMj VXU OH 5R\DXPH HQFRUH j YHQLU FHWWH SURFODPDWLRQ ODUJHPHQW LQĂ XHQFpH SDU O¡LGROkWULH PDWpULDliste exalte et promet beaucoup : beaucoup plus qu’elle ne peut tenir. Aussi la dĂŠception, le dĂŠcouragement, l’incrĂŠdulitĂŠ puis le dĂŠsengagement risquent fort de suivre cette prĂŠdication triomphaliste. 4XH GLW O¡eFULWXUH " /¡eFULWXUH ODQFH XQ GRXEOH pFODLUDJH VXU OHV FLUFRQVWDQFHV H[LVWHQWLHOOHV GH O¡eJOLVH '¡XQH SDUW HOOH GLW OD SUR[LPLWp GX 5R\DXPH SDU — les signes de puissance qui le signalent parmi nous, — les dons avant-coureurs du monde Ă venir, — les dĂŠmonstrations de l’autoritĂŠ du Christ ressuscitĂŠ, 111


— les manifestations charismatiques qui transcendent l’ordre naturel des choses, Âł OHV DSSXLV HW OHV FRQĂ€UPDWLRQV TXL DFFRPSDJQHQW OH tĂŠmoignage authentique, — les communications du St-Esprit qui permettent aux HQIDQWV GH 'LHX GH YLYUH FRPPH GHV Ă€OV KpULWLHUV dès maintenant. Par ses interventions souveraines, Dieu vient cautionner la prĂŠdication de sa Parole et ĂŠtablir la seigneurie de JĂŠsus GDQV O¡eJOLVH HW SDU HOOH 7RXWHV FKRVHV VRQW UpHOOHPHQW sous les pieds du Seigneur : Dieu n’a rien laissĂŠ qui ne soit insoumis. DĂŠjĂ maintenant. Cependant‌ Vouloir escamoter la suite de cette rĂŠvĂŠlation revient Ă amputer la vĂŠritĂŠ pour n’en retenir que ce qui nous convient ; Ă n’en conserver qu’une partie par laquelle nous humilierions la rĂŠalitĂŠ humaine, toute ordinaire, toute banale, faite aussi de faiblesses, d’Êchecs et de souffrances1. La rĂŠalitĂŠ que JĂŠsus lui-mĂŞme a connue et assumĂŠe. Refuser le ÂŤ oui, mais‌ Âť de notre condition, c’est saboter la modeste et humble condition des chrĂŠtiens qui PDUFKHQW Ă€GqOHPHQW PDOJUp OHV pSUHXYHV &HOOHV TX¡LOV doivent affronter sans intervention miraculeuse, parce que Dieu l’a prĂŠvu ainsi. /¡LGpDOLVPH GDQV OD YLH GH O¡eJOLVH HVW VRXYHQW GHVWUXFWHXU GH O¡eJOLVH (W FHX[ TXL OH SURSDJHQW FRPPH GHYDQW ĂŞtre la norme, esquintent les liens fraternels et sèment dĂŠception ou irritation2. 1 1L TË•PUZWPYL PJP KL SË•L_JLSSLU[ HY[PJSL ­Í?0KtHS L[ YtHSP[tÍ?ÂŽ KL @]LZ +HYYPNYHUK WHY\ KHUZ SLZ *HOPLYZ KL SË•0UZ[P[\[ KL 5VNLU[ ¡ UV VJ[ 2 =VPY n JL WYVWVZ SLZ YLTHYX\LZ [YuZ MVY[LZ KL + )VUOVLMMLY KHUZ ZVU WYLTPLY JOHWP[YL ­*VTT\UH\[tÍ?ÂŽ KLÍ?! +L SH ]PL JVT T\ UH\[HPYL +LSHJOH\_ 5PLZ[St YtLK 3HIVY L[ -PKLZ

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/¡eFULWXUH GpĂ€QLW FODLUHPHQW OH WHPSV SUpVHQW SDU FHV PRWV Š FHSHQGDQW QRXV QH YR\RQV pas encore maintenant que toutes choses lui soient soumises Âť. Je prĂŠtends que ce constat est libĂŠrateur. Il nous libère des espoirs illusoires, il nous dĂŠgage d’une recherche inquiète, tendue, incessante, angoissĂŠe, de la soi-disant volontĂŠ de Dieu qu’on assimilerait Ă l’Êlimination de toute GLIĂ€FXOWp j OD UpVROXWLRQ GH WRXW SUREOqPH j OD JXpULVRQ de toute maladie‌ si nous ĂŠtions ce que nous serions censĂŠs ĂŞtre ! Le chrĂŠtien vit essentiellement d’espĂŠrance en Dieu, d’une espĂŠrance inĂŠbranlable, qui ne trompe pas 5R HW QRQ SDV GH IUDJLOHV HVSRLUV j FRXUW WHUPH GH satisfactions immĂŠdiates liĂŠes à — l’irruption d’un ĂŠvĂŠnement favorable — l’acquisition d’un objet (fut-ce d’une villa pour ses vieux jours !) — un changement de situation matĂŠrielle — l’obtention d’un exaucement‌ Dieu nous appelle Ă relativiser nos courts espoirs — incertains et fragiles — et Ă renforcer notre espĂŠrance en Lui. C’est une ĂŠcole que souvent seul l’Êchec peut nous faire suivre. *

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9RLFL XQ LQGXVWULHO Dans la force de l’âge. ,O V¡HVW Ă€[p XQ EXW WRXW j IDLW ORXDEOH HQ VRL VH PHWWUH Ă son propre compte. Monter son affaire. CrĂŠer son entreSULVH SHUVRQQHOOH )RQGHU XQH VRFLpWp MHXQH HW G\QDPLTXH 3RXU FHOD LO D SD\p OH SUL[ 0DWpULHOOHPHQW G¡DERUG 0DLV VXUWRXW LO D SD\p GH OXL PrPH HQ HIIRUWV HQ WUDYDLO HQ ĂŠnergie‌ Il a investi : 113


Âł HQ KHXUHV TXL RQW Ă€OpÂŤ — en argent, qui a fondu‌ — en santĂŠ : qu’il a perdue. Nous l’avons vu se courber peu Ă peu sous le poids ĂŠcrasant de sa tâche. Lutter, se battre avec un grand courage, s’Êpuiser. Un soir, je l’ai retrouvĂŠ Ă l’hĂ´pital, aux soins intensifs, entre la vie et la mort. Son entreprise est en bout de course. C’Êtait, au plan matĂŠriel, l’entreprise de sa vie. Il lui avait donnĂŠ une raison sociale. C’Êtait son affaire. Ă€ ce frère dans la foi, que dirons-nous, aujourd’hui, au PRPHQW GH VD OHQWH FRQYDOHVFHQFH " 4XHO eYDQJLOH OXL SUpVHQWHURQV QRXV " &HOXL GH OD SURVSpULWp " 2X FHOXL GH OD rĂŠalitĂŠ ? Aurions-nous la mĂŠchancetĂŠ d’inventer de bonnes raisons Ă son ĂŠchec, dont il serait seul responsable ? Je lui ai laissĂŠ seule une phrase. Un verset biblique en l’occurrence. ÂŤ Après que Jean-Baptiste eut ĂŠtĂŠ livrĂŠ, JĂŠsus alla en GalilĂŠe oĂš il prĂŞchait la bonne nouvelle de Dieu. Âť (Marc 1 : 14.) La contradiction, inscrite dans cette parole, l’Êchec, O¡pSUHXYH P\VWpULHXVHPHQW IRQW SDUWLH GX GHVVHLQ GH 'LHX GH O¡DFFRPSOLVVHPHQW GH VD YRORQWp ERQQH YR\H] +pEUHX[ HW VSpFLDOHPHQW GqV OH YHUVHW &H Q¡HVW pas, bien sĂťr, une rĂŠponse qui puisse satisfaire notre soif de solutions rationnelles. Nous porterons toujours en nous OD QRVWDOJLH GHV H[SOLFDWLRQV GpĂ€QLWLYHV 0DLV MXVTX¡j FH jour, nous n’en n’avons pas. Pourquoi ?‌ $YHF O¡eFULWXUH QRXV FRQVWDWRQV QRXV VRXSLURQV QRXV espĂŠrons. Nous n’expliquons pas. Au-delĂ des ĂŠgarements dont il faut parfois nous attribuer la responsabilitĂŠ, nous devons absolument convenir, avec ceux qui souffrent des revers de fortune, que le temps 114


prĂŠsent n’est pas, selon Dieu, celui oĂš la sĂŠcuritĂŠ est garantie. Ni celui oĂš le succès accompagne nĂŠcessairement l’obĂŠissance. 2X SLUH OH WHPSV R O¡DERQGDQFH VHUDLW le signe de la bĂŠnĂŠdiction, ce que sous-entend insidieusement ÂŤ la thĂŠologie de la prospĂŠritĂŠ Âť quand elle attise la convoitise des chrĂŠtiens. Non, l’Êchec n’est pas obligatoirement liĂŠ Ă nos dĂŠfaillances. Mais il fait partie intĂŠgrante de la mise Ă l’Êpreuve de notre foi. '¡XQH IRL TXL GRLW DSSUHQGUH j VH QRXUULU QRQ SDV GH OD UpXVVLWH GH O¡¹XYUH GH QRV PDLQV PDLV GH 'LHX VHXO HW GH O¡DVVLVWDQFH GX 6DLQW (VSULW Si ce frère en la foi se met Ă espĂŠrer selon Dieu, je crois TXH OH 6HLJQHXU OXL FRQĂ€HUD G¡DXWUHV UHVSRQVDELOLWpV 2X TXL VDLW XQ MRXU GDQV OH 5R\DXPH OD JHVWLRQ G¡XQH RX GH GL[ YLOOHV " /XF

Âł (Q DWWHQGDQW GLW LO FHV GLIĂ€FXOWpV QRXV RQW DWWDchĂŠs l’un Ă l’autre, ma femme et moi. Et puis nous nous sommes rapprochĂŠs de nos enfants. Et il ajoute : Tout ça‌ ça soude ! *

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8QH IDPLOOH WUqV GXUHPHQW pSURXYpH La femme, encore jeune, subit une maladie incurable. 2Q SHXW ELHQ V€U HQMROLYHU HW GLUH OHV FKRVHV DXWUHPHQW dD n’empĂŞche pas qu’elle la subit, contre son grĂŠ, contre sa volontĂŠ, contre son dĂŠsir le plus profond, contre sa chair qui dĂŠpĂŠrit, contre chacune de ses journĂŠes, contre son avenir‌ ÂŤ TX¡HOOH VXELW OD ORL LQH[RUDEOH GH OD P\RSDWKLH TXL OD WLHQW PDLQWHQDQW GDQV XQH FKDLVH G¡LQĂ€UPH TXL O¡DIIDLEOLW HW OD SDUDO\VH WRXMRXUV SOXV GH PRLV HQ PRLV


/D IRL Q¡HVW MDPDLV DXWDQW OD IRL TXH ORUVTX¡HOOH DI IURQWH O¡pFKHF OH QRQ H[DXFHPHQW La foi de cette femme n’a pas de grands ĂŠlans, elle n’est pas aurĂŠolĂŠe d’allĂŠluias. Mais c’est la foi ! Toute nue. Quand je la visite, je la trouve lasse, en souci pour son mari et ses enfants, abattue, refusant l’Êpreuve imposĂŠe et l’acceptant tout en mĂŞme temps. Et je dĂŠcouvre chez elle, envers et contre tout, une espèce d’obstination de sa foi qui, faiblement mais avec tĂŠnacitĂŠ, rĂŠsiste Ă la dictature de la rĂŠalitĂŠ. La foi est totalement le don de Dieu, et non pas le produit de notre effort et de notre spiritualitĂŠ. Cette femme, avec un beau courage, tient. Elle tient faiblement et fermement dans la foi qui lui est donnĂŠe. Elle exerce, sans en ĂŞtre consciente, un vrai prophĂŠtisme dĂŠmonstratif. Ă€ sa manière, elle rĂŠussit. (OOH D UpXVVL GpMj LO \ D WURLV DQV TXDQG HOOH D DVVLVWp DX dĂŠcès de son frère, mort de la mĂŞme maladie. Elle a rĂŠussi encore Ă vaincre, l’automne dernier : sa SURSUH VÂąXU HQ SURLH j GH JUDQGHV GLIĂ€FXOWpV WRXUPHQWpH dans son esprit, profondĂŠment affaiblie dans sa volontĂŠ, un matin s’est enlevĂŠ la vie qui lui ĂŠtait devenue Ă charge. Ainsi elle a perdu son frère. Elle a perdu sa sĹ“ur. Ses parents sont bien atteints dans leur santĂŠ. L’autre jour, je lui ai donnĂŠ une image. Lorsque j’Êtais petit gamin et que j’entendais le voisin qui arrivait au bas de la charrière avec son attelage, je me prĂŠcipitais Ă sa rencontre. Et j’exerçais Ă moi tout seul une fonction ĂŠminemment importante : Quand le cheval s’Êtait arc-boutĂŠ pour tirer son chargement sur une dizaine de PqWUHV HQ SHQWH UDLGH HW TX¡LO V¡DUUrWDLW SRXU VRXIĂ HU MH saisissais aussitĂ´t un sabot de bois que je coinçais sous la roue. Le cheval alors pouvait relâcher sa traction et reprendre des forces avant l’Êlan suivant. 116


&¡HVW OH VDERW GH ERLV Âł HW OHV VLHQV DXVVL Âł TXL OXL permettaient, d’Êtape en ĂŠtape, de parvenir au haut de la charrière. En vĂŠritĂŠ, c’Êtait moi, le gamin, qui ĂŠtait Ă l’origine du succès de l’entreprise !! -¡HQ pWDLV WUqV Ă€HU C’est pourquoi je dis Ă cette femme si ĂŠprouvĂŠe : je VXLV HQ DGPLUDWLRQ GHYDQW WRL WRQ PDUL HW WHV HQIDQWV dD Š F{WH ÂŞ WUqV GXU SRXU YRXV WRXV ,O \ D GHV MRXUV R YRXV semblez ne plus avoir l’Ênergie d’aller plus loin. Et puis voilĂ que vous rĂŠsistez, vous refaites quelques mètres. Vous vous empĂŞchez de reculer. Vous continuerez car votre espĂŠrance ne vient pas de vous. Ce n’est pas vous, ni vos ĂŠtats d’âme, ni vos ĂŠtats de service qui crĂŠent votre foi. JĂŠsus-Christ lui-mĂŞme est la source de votre courage. C’est pourquoi vous tiendrez. Nous tiendrons avec vous. Alors continuez : Ă la fois dans une totale insĂŠcuritĂŠ quant Ă vous-mĂŞmes, mais dans une totale assurance quant au Seigneur. ÂŤ Crantez-vous Âť sur lui ! ,O HVW LPSRVVLEOH TXH YRXV QH VR\H] SDV WRXFKpV SDU aucun doute, par aucune inquiĂŠtude, par aucune rĂŠvolte : mais poussez le coin sous la roue ! Le coin de la Parole GH 'LHX /D 3DUROH GH OD IRL /D SURPHVVH GH O¡eFULWXUH Ce que Dieu dit ! Vous n’avancez pas par la joie, vous avancez par la foi. eFRXWH] &DOYLQ Š 2U FHOXL TXL HQ EDWDLOODQW FRQWUH VRQ LQĂ€UPLWp V¡HIforce en ses dĂŠtresses de persister dans la foi et de s’y avancer est dĂŠjĂ victorieux pour la plus grande partie. Âť (Comm. Ps. 27 : 14.) En JĂŠsus RessuscitĂŠ, vous ĂŞtes dĂŠjĂ victorieux pour la plus grande partie. Un jour, quand vous connaĂŽtrez comme vous avez ĂŠtĂŠ connus, vous direz avec l’apĂ´tre, en toute 117


connaissance de cause : « Nous savons que toutes choses ont concouru ensemble à notre bien. » (cf. Ro 8 : 28.) *

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([SpULHQFH SHUVRQQHOOH Mes propos, jusqu’ici, pourraient paraître, malgré mes précautions, ceux d’un observateur compatissant qui n’aurait pas lui-même goûté à la souffrance profonde et à l’échec. Il n’en est rien. J’ajoute donc ici quelques mots de mon expérience personnelle. Dieu a été très bon pour moi et les miens : il a permis que je connaisse la plus grande détresse de mon existence dans le cadre privilégié d’une communauté chaleureuse. J’ai expérimenté « le 36e dessous » (cf Daninos), les affres de la dépression prolongée, la perte du désir de vivre. J’ai connu progressivement le mouvement giratoire des pensées qui s’emballent, incontrôlables et noires. J’ai connu la peur au ventre et l’angoisse qui dévorent notre propre substance intime. L’incessante remise en question et la culpabilité démesurée qui minent en profondeur. La perte du sentiment d’identité, l’incapacité de toute activité. La sensation d’une solitude grandissante, d’un abandon, d’une mort… En un mot : l’échec de ma vie. Mais non pas l’échec de ma foi ! D’une foi « don de Dieu ». Je n’avancerai pas plus loin dans la description de cette crise dépressive aiguë. Sa compréhension demanderait du temps, beaucoup de nuances et tout autant de précautions. Pour ne pas dire des bêtises ! À l’heure où les journaux viennent de nous apprendre qu’un Suisse sur quatre passe une fois ou l’autre par une sérieuse phase dépressive, il 118


convient d’être prudent et instruit dans ce domaine avant que d’en parler prĂŠcipitamment. Je dĂŠsire donc inscrire cette maladie dans son dĂŠcor concret plutĂ´t que de thĂŠoriser Ă son sujet. Et dire comment l’Esprit de Dieu a travaillĂŠ pour me soutenir dans l’Êpreuve. Il a mis, Ă mes cĂ´tĂŠs, très souvent des hommes ou des femmes par qui il m’a fait des signes, pour que je ne sombre pas dans l’abattement total. Ils m’ont apportĂŠ Ă€GqOHPHQW OD 3DUROH GH 'LHX &¡HVW GDQV OHXUV \HX[ TXH M¡DL YX EULOOHU OD SHWLWH Ă DPPH EOHXH GH O¡HVSpUDQFH HW d’indĂŠfectible amitiĂŠ, que j’ai appris Ă ne pas dĂŠsespĂŠrer fondamentalement de moi et de Dieu. -H UHQGV JUkFH j 'LHX DYHF XQH UHFRQQDLVVDQFH LQĂ€nie, pour la femme qu’il m’a donnĂŠe comme vis-Ă -vis, Simone, qui a combattu avec acharnement, sans jamais concĂŠder une quelconque autoritĂŠ, aucune lĂŠgitimitĂŠ, aucune raison d’être, aux forces de destruction qui cherchaient Ă m’anĂŠantir. Nous en connaissons d’autres il est vrai, qui avec le mĂŞme farouche courage et la mĂŞme tĂŠnacitĂŠ ont soutenu un combat spirituel sans rĂŠpit, en rĂŠsistant jusqu’au bout sans obtenir pour leur conjoint bien-aimĂŠ ce qui avait ĂŠtĂŠ promis. Mais ils ont reçu par leur foi un bon tĂŠmoignage +pE $YHF O¡DVVXUDQFH HW OD FRQVRODWLRQ TXH ELHQW{W YLHQGUD Š OD Ă€Q GH FHOXL TXL SUHVVXUH TXH OH SLOODJH HVW j VRQ WHUPH HW TXH FHOXL TXL SLpWLQH GLVSDUDvWUD GX SD\V ÂŞ (V

-H UHQGV JUkFH j 'LHX SRXU QRV TXDWUH Ă€OOHV TXL RQW FRQWLQXp j YLYUH MR\HXVHPHQW j QRV F{WpV PHWWDQW FKDTXH jour un peu de soleil et de chaleureuse affection dans la maison, malgrĂŠ leur peine. $X SOXV IRUW GHV GLIĂ€FXOWpV QRXV DYRQV pWp FRQGXLWV j VROOLFLWHU O¡DLGH G¡XQ H[FHOOHQW SV\FKLDWUH &HOXL FL P¡D


posĂŠ une seule question, celle qui devait lui accorder Ă PHV \HX[ XQH JUDQGH DXWRULWp — Si je vous soigne, est-ce que vous obĂŠirez ? 3RXU XQ SDVWHXU F¡HVW XQH GHPDQGH GLIĂ€FLOH j VDWLVIDLUH -¡DL REpL j FHW KRPPH GH VFLHQFH HW M¡DL DYDOp HQ FRQĂ€DQFH toutes les pilules qu’il m’a successivement ordonnĂŠes ! La traversĂŠe a ĂŠtĂŠ longue. 8Q MRXU XQH IHPPH GDQV O¡eJOLVH D SRVp VRQ UHJDUG VXU PRL P¡D UHJDUGp YUDLPHQW GDQV OHV \HX[ VDQV EURQFKHU Elle m’a dit alors : — Je te trouve très courageux. C’Êtait bien la qualitĂŠ qui paraissait, par expĂŠrience et sensation, me manquer le plus cruellement. —‌ Je te trouve très courageux. Tu es au cĹ“ur d’un GpĂ€ &HOXL TXH O¡(QQHPL W¡D ODQFp GHYDQW OH 6HLJQHXU HQ voulant te faire craquer et abdiquer. Mais ce n’est pas possible. Tu es dĂŠjĂ vainqueur. Ce regard et cette parole, ce jour-lĂ , cela a valu plus qu’une pleine bibliothèque thĂŠologique ! *

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/H VXUVDXW /H VXUVDXW GH OD FRQĂ€DQFH Q¡HVW SDV WRXMRXUV SURYRTXp SDU XQH H[KRUWDWLRQ j OD FRQĂ€DQFH 0DLV LO HVW UpYHLOOp par un ÂŤ signe de vie Âť ordinairement simple, humble et prĂŠcaire, vrai, nu. Ce signe ĂŠmane habituellement d’un ĂŞtre qui lui aussi a connu, sous une forme ou une autre, la vie au travers de la mort. Son sourire dit Ă lui tout seul que les puissances de la mort ne sont pas les plus fortes. Ce jour-lĂ , j’ai eu le sentiment d’avoir ĂŠtĂŠ compris. 'DQV OH P\VWqUH GH PD VRXIIUDQFH HW GH PD GHVWLQpH SHUsonnelle. 120


2U F¡HVW MXVWHPHQW SDUFH TX¡HOOHV Q¡RQW SDV pWp HQWHQdues en profondeur que certaines dĂŠpressions sont Ă reFKXWHV RX FKURQLTXHV 1¡D\DQW SDV pWp YUDLPHQW pFRXWpHV elles en sont rĂŠduites Ă se rĂŠpĂŠter. Comme les plaintes d’un petit enfant que ses parents n’entendent pas. Un autre signe de vie : Dans ces moments d’angoisse profonde, j’allais souvent m’enfermer, comme pour accorder mes pensĂŠes de dĂŠtresse Ă la pĂŠnombre. Un après-midi, de plein ĂŠtĂŠ, plein de chaleur et de lumière, alors que je pleurais mon impuissance et ma douleur, j’ai entendu soudain mon voisin rire EUX\DPPHQW GDQV OD FRXU GH OD IHUPH YRLVLQH Aux ĂŠclats, d’un rire franc, gĂŠnĂŠreux. Ce rire, qui tranchait dans le silence de l’après-midi, m’a paru venir d’un autre monde. De celui dont j’avais ĂŠtĂŠ chassĂŠ par la maladie et qui semblait me rappeler Ă lui. Ce rire a pĂŠnĂŠtrĂŠ mes ombres, comme un rire‌ ÂŤ prophĂŠtique Âť, qui m’aurait dit : Âł +p /D YLH HVW Oj OD YLH FRQWLQXH LO \ D XQH SODFH SRXU WRL LO \ D XQ DYHQLU TXL W¡DWWHQG 7RXW Q¡HVW SDV GLW Lève-toi, mets-toi sur tes jambes. Sors‌ ! Ce rire, cet après-midi, m’a dĂŠsenclavĂŠ de moi-mĂŞme. Il faudrait ajouter encore la multitude des signes de O¡DPLWLp Ă€GqOH GH WHOOHPHQW GH IUqUHV HW GH VÂąXUV WRXW DX long de ces mois. Ils m’ont ĂŠtĂŠ nĂŠcessaires pour cranter mon espĂŠrance et faire Ă nouveau surface dans le monde des vivants. De tous ces amis qui — je le dis encore craintivement — m’ont aidĂŠ Ă faire de cette crise une chance. Une occasion de larguer des sĂŠcuritĂŠs vieillies, de m’ouvrir Ă la nouveautĂŠ de l’Esprit. *

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2IIULU VRQ PDQTXH ,O \ D WRXMRXUV GDQV OD YLH G¡XQ LQGLYLGX HQ GpWUHVVH — Une première marche qu’il lui faut gravir pour remonter de la cave, — un bout de chemin qu’il peut dĂŠjĂ entamer. — un pilotis, pour s’arracher au marais, et auquel il peut dĂŠjĂ s’accrocher, — un coin qu’il peut mettre derrière sa roue pour ne pas reculer plus, — un cran qu’il faut lever pour se dĂŠgager du bourbier. — un lieu de sa personne ĂŠbranlĂŠe oĂš il trouve encore une prise intacte pour s’Êlever. Un jour, Ă Paris, après des mois d’inactivitĂŠ, j’ai ĂŠtĂŠ obligĂŠ de remplacer, pour le message du culte, un pasteur soudainement absent. J’Êtais, avec Simone, devant un texte qui nous ĂŠtait donnĂŠ et qui me laissait sans inspiration aucune. Quand soudain s’est imposĂŠe Ă nous cette parole : Š $PL SUrWH PRL WURLV SDLQV FDU MH Q¡DL ULHQ j RIIULU ÂŞ (Luc 11 : 6). Celle-ci devint, paradoxalement, la trame de la prĂŠdication ! — Un pasteur peut-il offrir quelque chose quand il a les mains vides ? RĂŠponse : il peut offrir son manque ! Il faut donc lui rĂŠclamer cet effort : offrir son manque, son incapacitĂŠ, son doute, son dĂŠsespoir, sa maladie, sa souffrance, pour participer lui-mĂŞme Ă son propre relèvement. Bien sĂťr, ce discours pourrait paraĂŽtre volontariste, Ă la force du poignet. Comme allant dans le sens de ceux TXL ErWHPHQW DIĂ€UPHQW Š ,O IDXW WH VHFRXHU ÂŞ &H VHUDLW le cas si le St-Esprit lui-mĂŞme, en rĂŠponse Ă notre prière apparemment inexaucĂŠe, n’accordait pas justement le vouloir et le faire. Avec la foi pour agir, et encore la force nĂŠcessaire pour rĂŠussir. 122


7HQWHU XQH GpPDUFKH G\QDPLTXH DXSUqV G¡XQH SHUVRQQH DIIDLEOLH GDQV VRQ SV\FKLVPH Q¡HVW OpJLWLPH TXH VL QRXV sommes nous-mêmes sous la conduite du Saint-Esprit et animÊ par sa force. *

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7HUPLQHU SDU O¡HVVHQWLHO ­ O¡KHXUH R OHV WKpRULHV KXPDQLVWHV Ă HXULVVHQW MXVTXH GDQV O¡eJOLVH j O¡KHXUH R EHDXFRXS GH WKpUDSLHV DQDO\VHQW l’homme, ses ressources, ses potentialitĂŠs, ses capacitĂŠs et le renvoient Ă une auto-guĂŠrison de son caractère, de son comportement, de ses relations, donc Ă son impuissance essentielle‌ ÂŤ GDQV O¡eJOLVH GH -pVXV &KULVW QRXV SUrFKRQV -pVXV Christ ! Nous connaissons JĂŠsus-Christ, notre espĂŠrance. Nous connaissons sa mort et sa rĂŠsurrection qui sont gages d’un avenir favorable, d’une repentance acceptĂŠe, d’un pardon gĂŠnĂŠreusement offert. Dès lors, nous annonçons la possibilitĂŠ de l’homme nouveau en Christ, qui par lui triomphe de son ĂŠchec fondamental, de son pĂŠchĂŠ confessĂŠ : — en communiant par la foi Ă son Sauveur, — en s’ouvrant aux ÂŤ communications du Saint-Esprit selon sa volontÊ‌ Âť 2U RQ SHXW SDUIRLV FUDLQGUH TXH OD SUpGLFDWLRQ GH OD &URL[ VH GLVVROYH DX SURĂ€W GH YDLQHV GpPDUFKHV SUpWHQGXPHQW OLEpUDWULFHV 2Q SHXW FUDLQGUH OD FRQVpTXHQFH GH cette perte de substance ĂŠvangĂŠlique : Ă savoir une banalisation du pĂŠchĂŠ inhĂŠrent Ă toute crĂŠature, une minimisation de l’œuvre libĂŠratrice de l’Esprit-Saint et de son action surnaturelle, transcendante, parmi nous. 123


C’est pourquoi nous proclamons : ÂŤ Nous ne voyons pas encore que toutes choses lui soient soumises‌ mais nous contemplons JĂŠsus, couronnĂŠ de gloire et d’honneur. Âť +pE -pVXV &KULVW 6DXYHXU HW 6HLJQHXU D UHoX des mains du Père l’Esprit qu’il a rĂŠpandu sur nous. Pour nous rendre victorieux de nos faiblesses ou pour nous les faire supporter avec foi. *

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Le prophète EsaĂŻe a fait autrefois l’annonce, prophĂŠWLTXH GH OD YHQXH GX )LOV GH 'LHX &HOXL TXL QRXV D pWp donnĂŠ, qui vit maintenant parmi nous, qui agit en notre faveur, qui s’active Ă nos cĂ´tĂŠs. Le prophète dĂŠclare qu’on l’appellera ÂŤ Admirable, Conseiller, Dieu puissant, Père ĂŠternel, Prince de la Paix. Âť (V 7HO HVW -pVXV PDLQWHQDQW LFL SRXU QRXV Admirable‌ C’est Lui que nous contemplons, c’est sur Lui que nous crantons notre espĂŠrance.

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