Xinyi Cheng - Seen Through Others

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Xinyi Cheng Seen Through Others

LAFAYETTE ANTICIPATIONS FONDATION GALERIES LAFAYETTE



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Introduction P.  8

Xinyi Cheng Entretien

PAR CHRISTINA LI

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Biographie/ Biography P.  32

Xinyi Cheng Interview

BY CHRISTINA LI

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Plan/Map

LAFAYETTE ANTICIPATIONS FONDATION GALERIES LAFAYETTE


L'exposition Seen Through Others réunit une trentaine d’œuvres qui dépeignent les énigmes de notre époque vécues par des individus et leurs animaux de compagnie. Ces situations et personnages sont tirés des rencontres quotidiennes de l'artiste Xinyi Cheng. À travers ses gestes, ses figures et ses paysages peints, elle exprime la complexité des émotions, des désirs et des relations intimes qui font la vie contemporaine. Qu'il s'agisse d'un petit chien fixant son os sur un tapis ou d'un homme en caleçon léopard sur un canapé, les épisodes qu'elle dépeint s'inspirent des sensations, pulsions et rêveries que nous vivons dans nos réalités privées. Accompagnant une série de scènes intérieures et nocturnes, les tableaux plus récents de Xinyi Cheng explorent notre relation métaphysique au monde par le biais de la représentation d'animaux et des forces naturelles externes. Dans ces œuvres, l'utilisation effervescente de la lumière et de la couleur évoque un sentiment de liberté et une quête d'appartenance en réaction au monde déroutant qui nous entoure. Comme dans The Waves de Virginia Woolf, les portraits de Xinyi Cheng révèlent qu'être vu et raconté par l'autre nous permet aussi de nous rencontrer nous-mêmes. Pour sa première exposition personnelle institutionnelle en France, de nouvelles connexions entre ses œuvres ont été créées pour offrir une compréhension renouvelée de son travail. Répartie sur les trois étages de la Fondation, l'exposition a été conçue en dialogue avec l'architecture existante pour créer des moments de rencontre délicats entre le public et les toiles de Xinyi Cheng. Un programme d'événements permettra d'explorer les thèmes abordés par l'exposition. Découvrez les coulisses de l'exposition grâce à la web app ReBond. En partenariat avec Libération, The New York Times, Télérama et Paulette

INTRODUCTION

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The fleeting scenes and characters captured in Xinyi Cheng's paintings are drawn from her daily encounters. Her first major institutional exhibition in France, Seen Through Others, brings together a collection of more than thirty existing and new works that depict the bewildering enigmas of everyday life encountered by individuals and their animal companions. Shown in unprecedented groupings, these works form novel connections and produce new understanding of Cheng's expansive oeuvre. The exhibition stretches over three floors, designed in response to the building's architecture in order to create delicate encounters with her canvases for the audience. Cheng, through her painted gestures, figures, and landscapes, expresses the complexity of intimate emotions, desires, and relationships that underpin contemporary life. From a tiny dog staring at its bone on a carpet to a man in leopard-print boxer shorts on a sofa, the candid episodes she portrays give rise to the sensations, impulses, and reveries that we might experience in our private realities. Accompanying a sequence of interiors and nocturnal situations, Cheng's latest paintings explore our metaphysical relationship to the world through animals and external natural forces. In these works, her effervescent use of light and colour evoke a sense of freedom and a quest for belonging in the baffling world that surrounds us. As in Virginia Woolf's The Waves, Cheng's portrayal of her characters in various states of becoming reveal how we might only find ourselves when seen by others. A programme of events will explore the themes addressed by the exhibition.

INTRODUCTION

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Xinyi Cheng

Entretien par Christina Li


Pour débuter cette conversation, pourrais-tu nous dire de quelle façon tu commences un tableau ? Je sais que les photos et les images jouent un rôle important dans ton processus. Quelles sont tes sources d'inspiration ? Pourrais-tu nous faire part d'histoires intéressantes concernant certains tableaux ? CHRISTINA LI

J'attends d'être très inspirée pour commencer un tableau. Cela peut venir de nombreuses choses différentes : un mot familier ou inconnu, une expression allemande intraduisible, la technique de superposition d'Otto Dix, un visage intéressant, des extraits de films ou parfois des clips. Mon compagnon m'a récemment montré la vidéo « What is Love ? » de Jim Carrey. J'ai été fascinée par l'idée d'un voyage nocturne en voiture avec des arrêts sans fin à différentes étapes de la vie. J'ai créé Incroyable (En Route) pour réfléchir sur cette idée. Dans ce tableau, le même modèle (Thomas) apparaît trois fois. Je l'ai peint avec les différents styles de barbe et de moustache que je l'ai vu porter en dix ans depuis que je le connais. XINYI CHENG

De nombreux tableaux de l'exposition ont été produits en 2020 et 2021. Quelles ambiances et quelles images avais-tu à l'esprit ou cherchais-tu à représenter ? Je suppose que l'impact de la pandémie sur la vie sociale a dû influencer les œuvres que tu as créées ces deux dernières années. Cela t'a-t-il incitée à explorer de nouvelles techniques ou d'autres sujets ? C.L.

Avant la pandémie, je peignais plus de personnages en société. Je prends les gens en photo, réalise des dessins basés sur ces photos, puis je peins à partir des dessins, mais ce procédé est devenu difficilement accessible et moins pertinent à mes yeux. J'ai commencé à m'intéresser davantage aux individus, aux animaux et à la nature. Sur le plan technique, j'ai réfléchi à la façon de construire une image dans un tableau plutôt qu'à saisir un instant particulier. Cela signifie que je fais davantage appel à mon imagination qu'à des références photographiques. X.C.

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Depuis ces dernières années, tu peins plus d'animaux, comme dans The Horse Wearing a Red Ear Bonnet and Eye Blinders, ou encore dans les magnifiques tableaux de chiens au galop Swimmer et Swimmers. Qu'est-ce qui t'intéresse dans ces figures animales ? Quel rôle les animaux jouent-ils dans ton travail ? C.L.

J'ai commencé par peindre des animaux que je connais personnellement ou que j'ai croisés. Monroe est un personnage récurrent dans mes tableaux. C'est un cairn terrier très indépendant. J'ai aussi peint un cheval que j'ai vu sur une place à Rome. Il est resté longtemps immobile, avec son bonnet à oreilles en laine rouge vif et ses œillères. J'adore également la manière dont Goya peignait les animaux, par exemple l'adorable petit chien dans Portrait de la duchesse d'Alba en blanc. La mignonnerie des animaux me fascine vraiment, mais ça ne peut pas être le seul sujet de mes tableaux. Les animaux ont un regard aussi magnifique et intense que celui des humains. Je veux peindre leur résilience, leur innocence et leur sincérité. X.C.

J'ai toujours été fascinée par la récurrence de certaines images, scènes ou motifs dans le travail des peintres. Dans cette exposition, nous avons choisi de présenter de nouvelles œuvres illustrant des situations où des êtres humains sont confrontés à la nature, en particulier au déchaînement de ses éléments – un thème que tu avais déjà exploré par le passé. Nous avons aussi inclus d'autres œuvres représentant des scènes en extérieur. Reviens-tu à ces thèmes maintenant pour une raison particulière ? Ta relation à la nature ou ta compréhension de celle-ci a-t-elle changé ? C.L.

Avant, j'avais peur de me répéter, mais j'ai eu une révélation pendant la pandémie. Depuis, j'accepte le fait que je serai peut-être toujours attirée par les mêmes sensibilités et les mêmes thèmes. Une même forme recèle une infinité de possibilités. Par exemple, je reviens toujours aux thèmes aquatiques. X.C.

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La pandémie m'a aidée à surmonter la peur de me répéter, mais elle en a aussi fait naître d'autres. Cela me rappelle une expérience vécue il y a dix ans. Ma mère et moi faisions un road-trip de San Francisco à LA. La route longeait la mer et la vue était sublime. On avait des champs sur notre gauche et l'océan sur notre droite. Le soleil disparaissait derrière l'horizon et il commençait à faire nuit. Nous nous sommes engagées sur une route de montagne quand le brouillard est tombé. Il était si épais que nous sommes passées en pleins phares, mais le brouillard restait impénétrable. On voyait à peine devant nous et il n'y avait aucun endroit où s'arrêter. Voilà le sentiment que m'inspirent l'avenir et la nature depuis deux ans. Je pense que c'est pour cette raison que j'ai peint Swimmer et Swimmers. On note également qu'au fil des années, tu as lentement commencé à représenter autre chose que des personnages masculins. Des personnages féminins apparaissent dans plusieurs œuvres de l'exposition, par exemple Midday Troubles. Qu'est-ce qui t'a donné envie de peindre ces femmes ? Que recherches-tu dans tes modèles ? C.L.

En ce qui concerne la représentation des femmes, je ne savais pas comment éviter les stéréotypes féminins et j'ai longtemps cherché la bonne façon de m'y prendre. J'ai rencontré Josephine (Pine Forest, 2020) et Leqi (Where Do the Noses Go?, 2021 ; Midday Troubles, 2021) il y a deux ans. Elles ont toutes les deux des visages incroyables. Josephine semble tout droit sortie d'un tableau de Botticelli et Leqi est quelqu'un de très intéressant à qui il est impossible de donner un âge. Je me souviens qu'un soir, après quelques verres, un ami a demandé à Leqi quel personnage de film elle aimerait être. Elle voulait être la xia nu (épéiste) de son film préféré, Legend of the Mountain, une production de Hong Kong des années 70. Elle voulait être cette guerrière qui apparaît comme par enchantement pour rendre la justice selon ses propres termes. Même si elle manie l'épée, elle peut encore tomber amoureuse, et même avoir un X.C.

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enfant. Et une fois sa mission accomplie, elle peut disparaître sans laisser de traces. Tes œuvres parlent d'intimité, avec les autres ou avec soi-même à travers l'espace de la contemplation, mais je me rends également compte qu'un sens de l'humour sous-jacent, une sorte de comique absurde parcourt ton travail comme un fil rouge, par exemple dans Where Do the Noses Go? ou Monroe. Pourrais-tu nous parler de la manière dont tu envisages l'humour dans ton travail et de l'importance que tu lui accordes ? C.L.

Selon moi, l'humour le plus efficace fonctionne à travers la retenue. Par exemple, dans Where Do the Noses Go? (« Où vont donc les nez ? »), c'est le titre qui rend l'œuvre amusante. Comme je ne voulais pas en faire un tableau romantique, j'ai utilisé l'humour comme un outil ou une solution pour éviter cet effet. Je recherche ce genre de décalage, d'élément de surprise qui vient perturber ce que chacun projette dans un tableau. J'aime me sentir un peu impertinente quand je peins quelque chose d'amusant. X.C.

À propos de motifs récurrents, j'aimerais parler des mangeur·euse·s et des fumeur·euse·s, ainsi que des objets qui peuplent ces scènes : la cigarette, le morceau de viande et l'os. Pourquoi es-tu si attirée par ces deux fixations orales ? C.L.

X.C. La bouche est un organe très sexy ! L'un des tableaux que je n'ai pas encore réussi à peindre est celui d'un homme mangeant seul avec voracité. Fumer, boire, manger, etc., sont pour moi des moyens permettant de satisfaire des désirs. Je trouve intéressant que l'on puisse prendre du plaisir à regarder quelqu'un d'autre en éprouver.

Comme il s'agit de l'une de tes plus importantes expositions à ce jour, tu dois être ravie d'y voir tes anciennes œuvres. J'ai été particulièrement séduite par la quiétude domestique du diptyque Incroyable (Dawn), Incroyable (Night) de 2018. Je constate aussi C.L.

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que le mot « incroyable » revient assez souvent dans les titres de tes œuvres, par exemple dans le nouveau tableau Incroyable (En Route). Que signifie ce mot pour toi ? Comment décides-tu d'inclure un tableau dans cette série ? As-tu le titre à l'esprit quand tu peins, ou est-ce la dernière décision que tu prends ? Je trouve qu'« incroyable » est vraiment un mot très cool. J'adore aussi sa sonorité. Un jour, un Français m'a dit que c'était un mot exceptionnel et qu'il ne l'utilisait que lorsqu'il le pensait réellement. Moi, je l'utilise quand je trouve qu'un tableau produit l'effet recherché. Je me souviens que dans Francis Bacon : logique de la sensation, Gilles Deleuze dit qu'un tableau fonctionne vraiment quand il touche un point sensible et qu'on y réagit physiquement. Je crois que c'est ce que je cherche à faire à travers tous mes tableaux, même si j'échoue la plupart du temps. Alors quand j'y arrive, je me félicite en le qualifiant d'« incroyable » avec un titre détaillé entre parenthèses. X.C.

De la sélection des œuvres à l'association des tableaux, je peux dire que notre processus de travail sur cette exposition a été très collaboratif. À travers nos conversations, j'ai compris qu'il n'y avait pas vraiment d'associations fixes pour exposer certains tableaux l'un à côté de l'autre. En général, comment choisis-tu les œuvres et la manière de les présenter ? Dans cette exposition, quelles sont les associations ou juxtapositions qui t'ont surprise ? C.L.

Quand je peins un tableau, il n'existe que dans son propre monde. J'ai donc du mal à sélectionner des œuvres et à les associer. Quand je prépare une exposition, j'aime discuter avec le ou la commissaire et travailler ensemble à la sélection des tableaux. J'ai vraiment aimé travailler avec toi et te voir créer ces surprenantes paires, par exemple Resolutions et Julien, Monroe et Landline, ou encore Tango Class et Itches. Ces associations surprennent, mais elles ont du sens. Les nouvelles paires ont ouvert de nouveaux narratifs pour les anciens tableaux. X.C.

ENTRETIEN

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Parapetto, 2021, 160 x 145 cm, huile sur toile / oil on canvas


Red Kayak, 2020, 200 x 165 cm, huile sur toile / oil on canvas


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Xinyi Cheng

Interview by Christina Li


Maybe we can start this conversation by talking about how you begin a painting? I know that photos and images play an important role in your process. Where does your inspiration come from? Are there some noteworthy stories you would like to share in relation to any particular paintings in this show? CHRISTINA LI

I look and wait for strong painting impulses. They come from various places: a familiar or unfamiliar word, an untranslatable German phrase, the layering technique Otto Dix uses, an interesting face, film clips, or occasionally from music videos. My boyfriend recently showed me Jim Carrey's music video “What is Love?” I was fascinated by an evening ride having endless stops at different phases in life. I made Incroyable (En Route) to reflect on that idea. In the painting, the same model (Thomas) appears three times. I painted him with the different styles of facial hair I have seen him wear over the ten years we've known each other. XINYI CHENG

Many of the paintings in the show were produced between 2020–21. Can you describe the mood or images you were preoccupied with or were intent on capturing? I imagine that the impact the pandemic has had on social life might have influenced the works you made in the last two years. Did it drive you to explore new techniques or subject matter? C.L.

I used to paint more social situations before the pandemic. I take snapshots of people, make drawings based on these photographs, and then paint from the drawings. But that became inaccessible and then less relevant to me. I started to focus more on individuals, animals, and nature scenes. In terms of technique, I started to think more about how to build an image in a painting, rather than how to capture a moment. What that means to me is that I started to work more from my imagination than from photo references. X.C.

You have been painting more animals in recent years, namely The Horse Wearing a Red Ear Bonnet

C.L.

INTERVIEW

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and Eye Blinders, and the magnificent paintings of galloping dogs in Swimmers, and Swimmer. What do you find interesting in these animal figures and can you elaborate on the role animals play in your work? I started off by painting the animals I know personally or have met. Monroe is a frequent character in my paintings. He is a cairn terrier with a very independent personality. I also painted a horse that I encountered in a piazza in Rome. He was standing still for a long time, wearing a bright red knitted ear bonnet and eye blinders. I also just love how Goya painted animals. For example, in The Duchess of Alba, the little dog is so cute. The cuteness of animals is definitely something I am very drawn to. However, it can't be the only subject of the paintings. Animals also have beautiful and intense human-like gazes, and I want to paint their resilience, innocence, and sincerity. X.C.

What I always found compelling in a painter's work is how certain images, scenes, or motifs can recur in their practice. In this exhibition we have chosen to show new works depicting scenes of humans versus nature, and natural forces in particular—a theme that you have explored in the past. There are also other outdoor scenes that we have included in the show. Would you say that there is a reason that you have decided to return to these themes now? Has your relationship to or understanding of nature changed? C.L.

I used to be afraid of repeating myself. But I had a breakthrough during the pandemic. Since then, I have accepted that maybe in my life I will always be drawn to certain sensibilities and themes. Even within the same form, there are endless possibilities. For example, I keep coming back to underwater themes. Although the pandemic helped me overcome the fear of being repetitive, it also brought many more fears into my life. I recall an experience from ten years ago. My mother and I took a road trip from San Francisco to LA. It was a beautiful drive by the sea, there were fields to our left X.C.

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and the ocean on the right. The sun was disappearing on the horizon and it was getting dark. We started to drive into the mountains. The fog started to come in, and it got so heavy that we turned the full beam lights on, but it was impenetrable—we could barely see what was in front of us. There was nowhere we could stop. This is how I feel about the future and nature in the last two years. I think that's why I painted Swimmer and Swimmers. It is also notable that, over the years, you have slowly moved away from only portraying male characters in your work. There is a female figure that appears in several paintings in the show, such as Midday Troubles. What compelled you to paint her and other women in your paintings? What do you look for in the people who you depict in your paintings? C.L.

When it comes to painting women, I didn't know how to break through a female stereotype, I couldn't find an entry point for a long time. I met Josephine (Pine Forest, 2020) and Leqi (Where Do the Noses Go?,2021; Midday Troubles, 2021) a couple of years ago. They both have amazing features, Josephine looks like someone from Botticelli's paintings, and Leqi is a very interesting person with an ageless face. I remember one evening over a few drinks, a friend asked Leqi who she would want to be if she could be a character in a movie. Leqi said that she would want to be like the xia nu (swordswoman) in her favorite movie, Legend of the Mountain, a Hong Kong movie from the '70s. She wanted to be a xia nu who comes out of nowhere to do justice according to her own moral principles. Even as a “swordswoman”, she is still able to fall in love, perhaps even have a baby. When she has done what she has to do, she could leave everything and everyone without a trace. X.C.

While most of your work evokes intimacy, either with others or within oneself through this space of contemplation, I also realize there is an underlying sense of humour, a kind of comical absurdity that runs through your work, as in Where Do the Noses Go? or Monroe. Can you elaborate C.L.

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on how you view humour within your work and why it is important to you? The most effective humour for me is something that holds back. For example, with Where Do the Noses Go?, the title makes this work funny. I didn't want this to be a romantic painting, so I used humour as the tool or the solution to avoid that effect. I look for this kind of twist, an unexpected element that disrupts one's projection in each painting. I like to feel a bit cheeky when I am making a funny painting. X.C.

Speaking of recurring motifs, I'd love to discuss the motif of eating and smoking, as well as the objects in these scenes: the cigarette, the leg of meat, and the bone. Is there a reason why you are drawn to these two oral fixations? C.L.

The mouth is a very sexy organ! A painting I still haven't managed to paint is a man eating alone, voraciously alone. For me smoking, drinking, eating, etc., are ways of fulfilling desires. I think it's interesting that we can get pleasure from looking at someone else's experience of pleasure. X.C.

As this is one of your biggest exhibitions to date, it must be a thrill for you to see your older works. I was particularly drawn to the earlier diptych Incroyable (Dawn), Incroyable (Night), for its domestic quietude. I also see that the word incroyable comes back quite often in the titles of your work, such as the new Incroyable (En Route). What does this word mean to you, and when do you decide to include a painting in that series? Do you paint with the title in mind or is the naming the last thing that happens? C.L.

I think it's a really cool word: incroyable. I also love how it sounds. A Frenchman once told me that it's an exceptional word, he would only use it when he really means it. I use it when I find the effect really works X.C.

XINYI CHENG

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in the painting. I remember when I read Francis Bacon: The Logic of Sensation by Gilles Deleuze on Francis Bacon. He said something like, “when a painting really works it hits on your nerve, and you respond to it physically.” I think that's what I always want to do with my paintings, but I don't succeed most of the time. But when it happens, I give myself a thumbs up, and call it incroyable with a detailed title in brackets. From the selection of the works to the pairing of the paintings, I can say that the process of working with you on this exhibition has been a very collaborative one. I sensed in our conversations that there isn't really a set way certain paintings ought to be shown next to others. How do you usually decide what works are presented and how? What are the combinations or juxtapositions in this show that you found surprising? C.L.

When I make each painting, they only exist in their own world. Because of this, I have a hard time selecting works and putting them together. While working on an exhibition, I like to talk to the curator and work on the selections of paintings together. I really enjoyed working with you and seeing you putting surprising pairs together. For example, Resolutions with Julien, Monroe with Landline, and Tango Class with Itches. They were surprising, but they also made sense. I think the new pairs opened up new narratives for old paintings. X.C.

The space of the Foundation is extremely specific, and I thought it was important from the start not to try to fight against but to work with the architecture. As the first painter organizing a solo show there, what were your initial concerns and can you share your thoughts behind the working process leading to the final exhibition design? C.L.

The architectural elements are so present in the space, and of course the platform. I really appreciated what Christine Ilex Beinemeier, the scenographer of the show, X.C.

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