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La Fondation d’entreprise Galeries Lafayette est une institution exceptionnelle. Elle est située dans un quartier en pleine évolution, à la fois ancien et moderne, commerçant et culturel. Je remercie Rem Koolhaas d’avoir su créer un espace moderne et fonctionnel dans un cadre ancien. Nous avons voulu la Fondation à l’image des Galeries Lafayette. À la fois lieu de création contemporaine et lieu d’exposition, elle possède de multiples facettes. Ses engagements rejoignent ceux du groupe tout entier : rendre le beau accessible à tous. 1912 et l’inauguration de la coupole des Galeries Lafayette marquent les débuts d’une relation vivante avec les créateurs dans une approche multidisciplinaire. Le grand magasin est une maison de nouveautés, une maison d’avant-garde. Comme ce dernier, la Fondation d’entreprise sélectionne, met en scène et donne à voir les productions des artistes, designers et créateurs de mode. De Théophile Bader à Guillaume Houzé, c’est toute une famille qui reste fidèle à l’esprit de son fondateur en créant ce lieu de partage et d’échange pour les artistes et le public. Ginette Moulin

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Avant-propos Ginette Moulin

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Prélude Guillaume Houzé

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Composer les mesures de son espace Rem Koolhaas, en conversation avec Guillaume Houzé et François Quintin

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Photographies de Bas Princen

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Chronologie du projet

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Journal de construction

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Générique et remerciements

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Prélude — Guillaume Houzé

Longtemps, l’architecture des grands magasins, comme l’agencement des boulevards et des gares, a fait battre le cœur de nos villes en s’arrogeant des droits sur la création. L’entreprise que mon arrière-arrière-grand-père Théophile Bader a fondée pour démocratiser les modes n’aura pu s’élever, à l’image de la coupole du boulevard Haussmann, qu’à travers une vision singulière de l’art et de l’architecture. C’est dans leur union que nous envisageons le mouvement des époques et poursuivons sans cesse de nouveaux horizons. Cependant, contraints par l’émergence de la grande distribution au cours des Trente Glorieuses, nos espaces de commerce, à de rares exceptions près, se sont renfermés sur eux-mêmes. Isolés du monde extérieur, sacrifiant le contexte et l’expérience à la monstration de leurs produits, ils sont devenus des white cubes à leur manière. Dans le même intervalle, les institutions culturelles ont muté en machines à voir, vendre et communiquer. Par l’adoption de stratégies de marque et le développement d’architectures hors normes produites pour la consommation de masse, la plupart des musées sont devenus des lieux commerciaux. L’entrée du monde de l’art dans l’économie de marché a favorisé l’émergence de nouveaux acteurs privés, tantôt partenaires, tantôt concurrents, qui changent considérablement la donne. Les établissements publics, les galeries modestes et les artistes ont hélas été les premiers touchés par la baisse des crédits et des ressources traditionnelles, la hausse des coûts de production et les lourdeurs administratives. Nous sommes à la fois héritiers et responsables de ce contexte. Lorsque nous avons commencé à réfléchir à la création d’une fondation d’entreprise en 2011, nous l’avons d’abord fait dans le prolongement d’une longue tradition entrepreneuriale et familiale. Rapidement, nous avons pourtant compris que l’engagement centenaire des Galeries Lafayette et de la famille actionnaire en faveur de la création n’était pas un blanc-seing. Avant d’asseoir notre projet, il nous a fallu entreprendre un examen soucieux des difficultés que la vie économique, dont nous sommes issus, a pu faire peser sur les mondes de l’art. Et dans le même élan, nous devions catégoriquement rejeter l’idée de créer un nouvel « équipement culturel » dont l’unique vocation aurait été de conforter nos intérêts. C’est pourquoi nous avons écarté l’hypothèse de construire un sanctuaire qui n’aurait été utile ni aux publics ni aux artistes. Nous avons poursuivi notre enquête avec quelques personnalités venues de l’art, mais aussi de la recherche, de la philosophie, de l’architecture ou encore de l’urbanisme. Le constat fut unanime : sans délai, nous devions changer l’état de fait dans lequel nous vivions pour un état de faire. L’urgence n’était pas de créer une énième boîte à bijoux pour collectionneur-mécène, mais de bâtir en plein cœur de Paris une boîte à outils qui permettrait aux artistes de démultiplier leur capacité d’action, et aux publics d’être mis en présence non pas de leurs œuvres, mais de leur travail. Notre Fondation ne serait pas qu’un lieu d’exposition, mais un lieu de production de formes et d’idées qui en mettant au jour les processus à l'œuvre, renouvellerait notre engouement pour ce que l’on nomme art. Voilà tout le programme de notre Fondation d’entreprise dessinée par Rem Koolhaas et érigée au cœur du Marais. Lafayette Anticipations est installée dans un bâtiment industriel construit en 1891 par l’architecte Samuel Menjot de Dammartin pour le Bazar de l’Hôtel de Ville. Réhabilité autour d’un atelier de production, d’une tour d’exposition composée de quatre planchers mobiles et d’un passage ouvert, le 9 rue du Plâtre est respectueux de son environnement et de son patrimoine. Ce projet architectural répond au besoin d’offrir aux artistes des conditions de travail, de production et d’itération au cœur de la cité. Il rend possible un usage citoyen du bâtiment, que les publics se prêtent à son mouvement vertical ou ne fassent que passer avec le flux horizontal de la ville. Le choix de l’agence OMA est plus qu’une évidence. Rem Koolhaas est le grand architecte de l’urbanité, du retail et des musées : il était donc le seul à pouvoir transcender l’histoire des Galeries Lafayette, à en faire une synthèse franche et rigoureuse, sans compromis ni compromission. La force

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du projet architectural réside incontestablement dans les liens que nous avons pu tisser, au fil des avancés, entre ces forces vives que je tiens ici à remercier chaleureusement : Éric Costa et Romain Labbé de Citynove – la foncière immobilière du groupe Galeries Lafayette – qui ont conduit la maîtrise d’ouvrage du projet ; Laurence Perrillat, administratrice de Lafayette Anticipations ; Clément Périssé et Alejo Paillard de l’agence OMA ; Colin Reynier et Édouard Guyard, jeunes architectes de l’agence DATA Architectes et correspondants locaux de l’agence OMA ; Thierry Glachant, architecte du patrimoine, Sophie Hyafil, architecte des bâtiments de France, ainsi que la direction de l’urbanisme de la Ville de Paris. Enfin, je tiens vivement à remercier Armand Mevis et Linda van Deursen pour la remarquable architecture graphique qu’ils ont conçue pour ce livre, en particulier la présentation des œuvres photographiques de Bas Princen divisée en huit cahiers qui font chacun l’objet d’un pliage singulier. Avant même qu’il ne démarre, le chantier s’est développé sur un autre front. En effet, nous n’avons pas attendu d’être confortablement installés dans nos espaces réhabilités pour envisager le potentiel du bâtiment comme lieu de travail et de réflexion. En 2013, à peine créée, Lafayette Anticipations a engagé un ambitieux programme de préfiguration sous la responsabilité de François Quintin. Inscrit dans la réalité locale du Marais et dans un contexte de coopération internationale, ce programme a permis d’accompagner l’identité en devenir de la Fondation à travers une série d’invitations, de workshops, de partenariats et de soutiens directs à la production d’œuvres. Un grand nombre de projets a été réalisé avec le Centre Pompidou, le MoMA PS1, la Kunsthalle de Bâle, Performa ou encore le New Museum de New York. Ainsi, aux temps durs de l’architecture, contraints par des délais, des budgets et des techniques, est venu s’ajouter le temps souple de la création, de l’hospitalité, parfois même de l’amitié. Toutes nos anticipations ont abouti fin 2016 à l’exposition de notre manifeste en faveur de la recherche, de l’expérimentation et de la transformation des pensées induites par la production artistique : Faisons de l’inconnu un allié. Au printemps 2018, nous sommes enfin prêts à confronter notre méthode à l’échelle de nos murs. C’est avec la première exposition monographique de Lutz Bacher en France que la Fondation ouvre ses portes. Cette artiste américaine que d’aucuns qualifieront d’« artiste d’artistes » a entamé sa carrière dans les années 1970. Elle inaugure notre programmation en s’emparant de toute l’élévation symbolique de l’édifice. L’activation de tous les espaces publics du bâtiment fera de la Fondation Galeries Lafayette, j’en suis certain, un lieu unique. Nous accorderons bien sûr à nos plus jeunes publics un espace particulier dédié à l’exercice de la vie commune, à la connaissance et au partage du faire. Nous ne pourrons accomplir ce programme qu’à la condition d’une architecture active, résumée entre sensibilité, création et expérience. Lafayette Anticipations a vocation, par excellence, à produire avant tout un renouvellement perpétuel de l’étonnement. Le bâtiment du 9 rue du Plâtre est une machine à percevoir programmée pour confronter le public dans sa chair. C’est un espace où le désir, renforcé par l’art, l’architecture, le design et la mode, se réfracte en autant de nuances qui glissent aux limites de notre conscience.

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8. OMA, vue de la villa Dall’Ava, Saint-Cloud, France, 1984-1991

9. OMA, vue de la maison Lemoine dite « Maison à Bordeaux », Bordeaux, France, 1994-1998

10. OMA, projet « MoMA Charette » (non réalisé), New York, États-Unis, 1997

11. OMA, vue du Taipei Performing Arts Center, Taipei, Taiwan, 2009-en cours

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GH : Comme celle de rompre avec les règles de conservation des villes en proposant des projets radicaux… RK : Oui, ou de se donner les moyens de faire des projets à petite échelle et de mobiliser les données qu’ils génèrent dans un effort plus grand. FQ : On peut aussi penser, d’une certaine façon, à Superstudio et à leurs propositions radicales en contrepoint total du patrimoine de Toscane. RK : C’était une vraie vision d’avant-garde, et la réponse parfaite à Archigram. Nous sommes allés en Italie et nous avons rencontré Superstudio. Nous sommes devenus amis. Nous avons organisé leurs premières performances et conférences. Ce groupe m’intéressait parce que ses membres étaient tout à fait rationalistes. La mentalité italienne exprimait cette rigueur de la culture européenne dont je parlais. Elle avait la capacité de conjuguer une vision réaliste de certains éléments avec d’autres plus libres. J’y ai trouvé un écho de ma propre sensibilité et je voyais combien les deux visions d’un projet se devaient de coexister, à quel point la tension entre une pensée libre et le principe de réalité dans lequel elle s’exprime se devait d’être dialectique. FQ : J’aimerais que nous évoquions la maison de verre de Philip Johnson car, en un sens, une architecture performative peut aussi se révéler dans la fixité des espaces à travers la mobilité des personnes qui l’habitent, et même dans des murs fixes. RK : J’ai été ébloui lorsque j’ai vu cette maison pour la première fois. Nombreuses sont les critiques à propos de Philip Johnson, dont on a dit qu’il n’était pas un bon architecte. Je pense le contraire. Je l’ai rencontré pour lui poser des questions sur New York et son implication dans cette ville. Nous étions dans son bureau du Seagram Building. Il bougeait constamment derrière son bureau. C’était si étrange que je lui ai demandé : « Est-ce moi qui vous mets mal à l’aise ? » « Non », m’a-t-il répondu, « je suis en train de voir une maquette avec mes pieds. » On est devenus amis. Lorsque j’ai terminé la villa Dall’Ava [8] près de Paris, il est venu immédiatement et a pris une journée entière pour tout voir. Il montait littéralement sur les échelles pour voir le dessus des armoires. Il avait alors quatre-vingt-cinq ans. C’était un véritable passionné d’architecture qui faisait toujours des commentaires extrêmement subtils et perspicaces.

Usages GH : Abordons également les projets de OMA dans lesquels tu as été amené à penser la performativité de l’espace, du mouvement, et la façon dont cette réflexion s’est articulée. Par exemple, la Maison à Bordeaux [9] est une référence qui revient de façon récurrente lorsque l’on parle des planchers mobiles de Lafayette Anticipations. RK : La Maison à Bordeaux répondait parfaitement aux attentes particulières de son commanditaire. Cette maison a été pensée autour de la modularité verticale de la pièce principale, en réponse à la demande du commanditaire qui était en chaise roulante. Nous n’aurions clairement jamais construit un tel bâtiment sans formulation explicite de ses exigences. Contre toute attente, il nous a dit : « Je ne veux pas d’une maison simple. Je veux un habitat qui reflète la complexité du monde, et non quelque chose qui me rappelle à mon handicap. » On a conçu une maison à trois étages comme une extension des mouvements qu’il lui était possible de faire : par exemple, les interrupteurs étaient placés de façon à ce qu’il puisse les actionner à tout moment. Tout était pensé pour qu’il puisse mener la vie autonome d’une personne pleinement valide. FQ : L’architecture comme prolongement du corps. RK : Oui, mais pas comme la compensation d’un handicap. Je crois qu’il y a vécu très heureux. Après son décès, nous avons échangé avec ses proches afin d’inventer un nouvel usage du dispositif pour que la maison s’adapte à la vie des autres membres de la famille. Pour cela, il fallait utiliser le système élévateur différemment, ce qui en théorie aurait modifié certaines caractéristiques de l’architecture ou bien encore la lumière… mais rien n’a été possible puisque la maison avait été classée l’année

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13. OMA, vue du Prada Epicenter, New York, États-Unis, 2000-2001

14. Vue de Sol LeWitt, Between the Lines, Fondazione Carriero, Milan, 2017, curateurs : Francesco Stocchi et Rem Koolhaas

Des lieux pour l’art GH : La liberté des usages est commune à beaucoup de bâtiments conçus par OMA. On peut penser au Prada Epicenter [13] au coin de Broadway et Prince Street à New York. Le lieu commerçant devient un espace transformable où des performances, rencontres et échanges sont alors possibles. En ce qui concerne la relation entre l’art et l’architecture, tu as été amené à concevoir de nombreux projets pour des musées, parfois réalisés, parfois non. Depuis quelques années, on voit fleurir de nouveaux espaces, de nouvelles institutions, parmi lesquels certains conçus par OMA sont porteurs d’enjeux divers et souvent très ambitieux. Comment ressens-tu aujourd’hui la relation entre l’art et l’architecture ? RK : Par le passé, j’ai conçu de nombreux projets pour des lieux d’art et peu d’entre eux ont été réalisés. Ce n’est que récemment que j’ai pu mettre en œuvre ces projets. La typologie des espaces qui seraient acceptables pour l’art est très limitée à l’heure actuelle. Il n’y a pas de conflit ouvert entre artistes et architectes, bien sûr, mais il y a beaucoup d’inhibition, une résistance sévère au sujet de ce qu’est une architecture pour l’art. L’une des manifestations les plus évidentes de ce phénomène m’est apparue lorsque nous avons participé au concours pour la Tate Gallery dans les années 1980. Le cahier des charges communiqué par Nicholas Serota disait que « les artistes d’aujourd’hui préfèrent exposer dans un espace industriel désaffecté, un espace neutre ». Dans mes expériences récentes, j’ai souvent retrouvé cette limitation dès la commande. Progressivement, les curateurs et directeurs d’institutions se sont mis à protéger les artistes en défendant leurs intérêts contre ceux des architectes, comme si, par principe, ils divergeaient les uns des autres. Cette situation dogmatique me paraît étrange : à mes yeux, l’une des fonctions fondamentales de l’art pourrait précisément être d’explorer et de révéler les potentiels de l’espace.

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FQ : Et parfois, les relations les plus passionnantes entre art et architecture s’expriment dans des interprétations décalées de la proposition architecturale. Le bâtiment de la rue du Plâtre est une proposition forte à l’adresse de la création. On peut prendre position avec ou à l’encontre de la proposition architecturale, sans être dans la seule obligation de la subir. RK : Ce dogme récent est contre-productif. Par exemple, il est presque impossible de faire une bonne exposition dans des espaces comme ceux du MoMA : les salles sont trop grandes ou mal proportionnées... Pourtant, ce sont des espaces corrects qui respectent la norme du white cube contemporain, mais je trouve que les œuvres n’y sont jamais à leur avantage. Je crois sincèrement que le frottement entre art et architecture n’est pas une mauvaise chose. Je travaille actuellement à une installation des œuvres de Sol LeWitt dans un palais de Milan [14]. C’est très amusant à faire, même si rien n’est tout à fait dans la norme. Je crois que les deux parties doivent faire preuve d’imagination et taire leurs craintes de voir leurs singularités se rejoindre.

Nous sommes au 9 rue du Plâtre, dans le chantier de la Fondation. C’est la dernière phase de construction. L’attention est concentrée sur les circulations, les revêtements, les matériaux, les finitions, les tests mécaniques. Comme à chaque visite de Rem Koolhaas, l’allure est rapide, en essaim, entrecoupée d’arrêts brusques sur un point de vue, un environnement lumineux ou un détail. « Pourquoi faut-il refaire cette partie sous l’escalier ? » demande-t-il. On lui répond qu’elle n’est pas en homogénéité avec l’autre partie de l’escalier. « Mais le monde n’est pas homogène », dit-il en reprenant sa course avec une pointe d’irritation. Nous montons au dernier étage d’exposition, sous la verrière qui couvre le centre mouvant du 9 Plâtre. Dans un moment de pause ou d’attente, l’architecte s’abandonne à la joie furtive et silencieuse de la contemplation. Il murmure sur un ton de satisfaction confidente : « Les proportions sont magnifiques… et je n’en ai choisie aucune. » Nous nous installons tout près de la maquette du bâtiment. Au 9 Plâtre GH : Nous aimerions connaître ton sentiment « à chaud » après cette visite du 9 Plâtre. RK : On commence toujours un projet avec certaines ambitions, mais une fois qu’il prend forme, il faut bien avouer qu’on ne sait pas si ce que l’on a projeté fonctionne vraiment. Je suis frappé de voir à quel point il y a peu d’architecture à proprement parler dans ce projet. Nous avons commencé avec un lieu préexistant. Initialement, nous avions imaginé des modifications importantes, mais les architectes des Bâtiments de France et de la Commission d’urbanisme de la Ville de Paris nous ont informés que nous ne pourrions rien changer à l’existant. C’est ce qui a déclenché la conception par OMA d’une machine qui prendrait place au cœur de l’édifice. La cour intérieure est devenue le terrain d’une rencontre entre deux éléments : un bâtiment du XIXe siècle qui ne présente pas de qualité distinctive particulière, et une machine dont les proportions et les performances sont précisément dictées par lui. En un sens, ce bâtiment incarne la « rencontre fortuite sur une table de dissection d’une machine à coudre et d’un parapluie » de Lautréamont. Dans mon travail, j’expérimente depuis longtemps la possibilité de disparaître en tant qu’architecte, ou de conduire mon imaginaire vers les dessins les plus simples. Je suis très ému de voir combien cet effacement donne malgré tout une identité forte à ce lieu, et de constater à quel point cette métaphore a priori épuisée du « bâtiment-machine », prise au pied de la lettre, acquiert une viabilité nouvelle et enthousiasmante. D’autant plus si l’on considère que ce mécanisme est issu lui aussi des inventions du XIXe siècle. Leur rencontre engendre quelque chose de totalement différent de ce qu’on peut attendre en termes de réhabilitation. Et puis, nous avons assisté aujourd’hui aux premières mises en mouvement des plateformes. Il est exaltant de voir se manifester physiquement sous nos yeux le changement des proportions du bâtiment, accompagné de tous ses bruits.

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Chronologie du projet

1891

— Xavier Ruel, fondateur du Bazar de l’Hôtel de Ville (BHV), fait construire un entrepôt au 9 rue du Plâtre. Le bâtiment est dessiné par l’architecte Samuel Menjot de Dammartin.

2011

— Une équipe se constitue pour la mise en place de la Fondation d’entreprise Galeries Lafayette. Les premières réflexions portent sur la transformation du bâtiment du 9 rue du Plâtre en un lieu consacré à la création contemporaine.

Mars 2012

Juillet 2012

Octobre 2012

Novembre 2012

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Février 2013

— OMA propose un Avant-projet sommaire I (B) sur la base de l’option radicale et développe l’option dite « mur courbe ». La partie arrière du bâtiment est remplacée par des plateaux d’exposition neufs. Les circulations et gaines techniques sont concentrées sur le mur mitoyen est. Elles sont contenues par un voile de béton qui les enveloppe et laisse entrevoir leurs formes depuis les espaces d’exposition.

Mars 2013

— La direction de l’urbanisme de la Mairie de Paris et les architectes des Bâtiments de France informent la Fondation d’entreprise que le nouveau Plan de sauvegarde et de mise en valeur du Marais (PSMV) exigera la conservation de l’ensemble du bâtiment existant. L’option radicale est rejetée en raison de l’étendue des démolitions de l’existant qu’elle implique. Le projet revient au stade d’esquisse.

Avril 2013

— OMA achève l’Esquisse II. Celle-ci reprend les principes de l’option « en T » de l’Esquisse I (conservation des maçonneries et des planchers des ailes, démolition des toitures des ailes et curetage de la cour). OMA y ajoute une structure centrale qui prend appui sur la façade au niveau 1. Elle supporte des planchers mobiles ainsi qu’une toiture vitrée couvrant l’arrière de la parcelle. Le noyau de circulation du public est implanté à l’angle nord-ouest du bâtiment. La démolition des toitures, dont l’intégrité historique est confirmée par une expertise, n’est pas consentie.

Juin 2013

— OMA propose l’Esquisse III. Elle reprend les principes de l’Esquisse II, mais conserve les toitures des ailes. Une structure indépendante de l’existant supporte les planchers et la toiture vitrée. L’excroissance en fond de parcelle est démolie pour laisser place à un noyau de circulation neuf. L’idée sera abandonnée car la démolitionreconstruction de l’excroissance la soumet aux règles d’un bâtiment neuf.

— Guillaume Houzé rencontre Rem Koolhaas pour la première fois. — Première visite de Rem Koolhaas au 9 rue du Plâtre — OMA soumet une première esquisse de projet architectural, l’Esquisse I (A). Cette première proposition conserve le corps de bâtiment donnant sur la rue du Plâtre et remplace la partie arrière par une construction neuve sur l’emprise des ailes et de la cour existantes. OMA imagine un noyau de circulation permettant la liaison entre le bâtiment ancien et la partie nouvelle, ainsi que l’installation d’un plateau mobile extérieur côté est.

— OMA propose l’Esquisse I (B) qui comprend deux options. La première, dite « radicale », reprend l’Esquisse I (A) et rend mobile une portion d’un des plateaux créés à l’arrière du bâtiment. Une deuxième option, dite « en T », propose la préservation des maçonneries et planchers sur la totalité du bâtiment existant. Les toitures des ailes sont remplacées par un plancher vitré qui recouvre l’intégralité de la partie arrière du bâti. La cour est occupée par un plancher potentiellement mobile.

— En accord avec l’équipe de préfiguration de la Fondation d’entreprise, OMA développe l’option radicale qui mènera à l’Avant-projet sommaire I (A).


Les prospects (régulation des hauteurs et des écarts entre volumes bâtis) s’appliquant à la parcelle ne permettent pas de dégager une volumétrie plus généreuse que celle de l’existant.

Juillet 2013

— OMA propose l’Esquisse IV, qui sera celle du projet définitif : la totalité du bâtiment est conservée et une structure indépendante prend place au sein de la cour. L’excroissance de l’aile est est conservée. — Le collectif d’architectes Rotor intervient au 9 rue du Plâtre et aménage temporairement ses espaces en réutilisant le mobilier et les matériaux disponibles sur place. Cet aménagement permet l’occupation provisoire du lieu par l’équipe en attendant le début du chantier de construction.

Septembre 2013

— OMA propose l’Avant-projet sommaire II et sa notion de « tour d’exposition », ainsi qu’un double jeu de planchers mobiles.

Décembre 2013

Mars 2014

Octobre 2013

Octobre 2013 —- juillet 2014

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— La Fondation d’entreprise Galeries Lafayette est officiellement créée. — La demande de permis de construire du projet du 9 rue du Plâtre est déposée. — Le premier événement, intitulé « Les Prolégomènes », est accueilli au 9 rue du Plâtre : durant deux jours s’y déploient des discussions et des réflexions collectives sur les enjeux de l’émergence d’une institution nouvelle. — Le bâtiment du 9 rue du Plâtre est investi par l’équipe de la Fondation d’entreprise qui y développe son programme de préfiguration intitulé « Lafayette Anticipation ».

— L’Avant-projet détaillé définit les matériaux du bâtiment et apporte des précisions quant à l’aménagement du rez-de-chaussée, aux plans des étages, à l’éclairage de l’espace et à la scénographie. Plusieurs précisions structurelles sont ajoutées (escalier, tour et caillebotis). Le traitement de la façade (ravalement et menuiseries) est détaillé en collaboration étroite avec les architectes des Bâtiments de France.

— La Fondation d’entreprise obtient son permis de construire.

Mai 2014

— La phase Projet (PRO) permet de détailler l’emprise et le fonctionnement des équipements techniques selon les fortes contraintes de l’existant et les besoins de l’utilisateur. Les détails de mise en œuvre des matériaux sont développés. — Début de la phase d’appel d’offres permettant de choisir les entreprises à même de réaliser un projet dans un site contraint avec des exigences maximales

Juillet 2014

— La Fondation d’entreprise présente Venir Voir Venir au 9 rue du Plâtre, première présentation publique du projet architectural. Au cours de ces quatre jours se tiennent une conférence de presse de Rem Koolhaas ainsi qu’une discussion publique entre l’architecte, Guillaume Houzé et François Quintin.

Octobre 2014 Novembre 2014

— Début des travaux de curage et de déplombage — Début du chantier — Travaux de démolition des noyaux existants et de la dalle de la cour. Les fondations de la tour d’exposition sont coulées.


Mars 2015

— Travaux de forage pour les puits de géothermie

Septembre 2015

— Début de la construction — Arrivée des corps d’état techniques et secondaires

Avril 2016

— Les équipements de géothermie sont installés. — Une grue à tour est installée rue du Plâtre en fond de parcelle dans la trémie du monte-charge.

Juillet 2016

— Les façades intérieures et extérieures sont restaurées sous le contrôle de l’architecte des Bâtiments de France, en collaboration avec l’architecte en chef des monuments historiques.

Septembre 2016

— La charpente de la tour centrale est livrée, assemblée et montée sur site.

Novembre 2016

— La salle événementielle, avec sa dalle sur plots et sa double charpente indépendante, est construite. Cet espace bénéficie d’une isolation acoustique renforcée.

Janvier 2017

— Les premières volées de l’escalier en béton fibré sont réceptionnées au 9 rue du Plâtre. Leur placement à la grue dans l’étroite trémie commence. — L’assemblage des structures métalliques de chaque plancher mobile débute. Les ossatures assemblées sont implantées sur les crémaillères de la tour d’exposition. — Les moteurs des planchers mobiles sont pré-montés en atelier.

Février 2017

Mars 2017

Avril 2017

— Une grue mobile est installée pour mettre en place les vitrages horizontaux et verticaux de la verrière. — Le bâtiment du 9 rue du Plâtre est hors d’eau.

Mai 2017

— Les portes et les cloisons sont posées, les revêtements et le mobilier fixe installés et les enduits achevés.

Juillet 2017

— Les premiers éléments verriers de la tour centrale sont livrés. — La pose de la verrière de la tour débute. — La grue à tour est démontée. — Les planchers mobiles sont mis en mouvement et réglés.

Novembre 2017

Mars 2018

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— Le parquet en bois de bout, les luminaires d’exposition et le système de désenfumage sont posés.

— Les travaux du bâtiment du 9 rue du Plâtre sont réceptionnés. — L’équipe de la Fondation d’entreprise s’installe dans le bâtiment. Le pôle de production est formé à la manipulation des planchers. — Lafayette Anticipations – Fondation d’entreprise Galeries Lafayette ouvre ses portes au public.


Journal de construction

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Profile for Lafayette Anticipations

9 Plâtre  

9 Plâtre  

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