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Jeunes mots et Grande Guerre Dans le cadre de la célébration du centenaire de l’armistice du 11 novembre 1918, le Labo des histoires Auvergne-Rhône-Alpes est intervenu auprès de 6 classes de CM1, CM2 et sixième du réseau d’éducation prioritaire de la ville de Pont-de-Claix. Lors des ateliers d’écriture menés par Ernest Bois et Aude Fabulet, les élèves ont pu mettre en mots et en voix leurs impressions de la Grande Guerre, perpétuant ainsi la mémoire de ce conflit et de ses disparus. Pour conclure ce projet, une représentation a été donnée le 6 novembre à l’Amphithéâtre. Les textes que vous allez découvrir dans ce recueil sont ceux qui ont été sélectionnés par les deux intervenants et déclamés par les élèves lors de cette restitution.

Les intervenants Ernest Bois

Ancien instituteur à la Villeneuve, Ernest Bois propose désormais des ateliers d’écriture avec son association Horizons Vagabonds. Friand de poésie, il fait ainsi écrire les enfants et jeunes de tous âges. Il intervient également à la Maison des Écrits d’Échirolles depuis sa création.

Aude Fabulet

Aude Fabulet est formée à la linguistique et à la rééducation des troubles de l’apprentissage par le mouvement. Elle est investie depuis 2012 dans l’organisation des scènes ouvertes de slam à la Bobine. Aujourd’hui, elle anime des ateliers d’expression qui mêlent écriture et oralité avec tout type de public.


Sommaire Allégorie de la guerre École Jean Moulin, classe de Mme Bonnavion .......................5 Les couleurs de la guerre et de la paix #1 École Jean Moulin, classe de Mme Meunier ...........................17 Calligrammes École Îles de Mars, classe de Mme Le Masson........................23 Les couleurs de la guerre et de la paix #2 École Îles de Mars, classe de Mme Le Masson........................29 Ouane Ouarld Ouar Collège Nelson Mandela, classe de Mme Lavie......................35 Les couleurs de la guerre et de la paix #3 Collège Nelson Mandela, classe de Mme Carrée ...................37 Poilus d’ailleurs École Îles de Mars, classe de Mme Alussi ...............................43 Inscris École Îles de Mars, classe de Mme Alussi ...............................51 Les couleurs de la guerre et de la paix École Saint-Exupéry, classe de Mme Dessarce .....................61 Remerciements........................................................................65


Le rire vrille aux larmes quand la mort passe dans les tranchĂŠes


Allégorie de la guerre École Jean Moulin Classe de Mme Carole Bonnavion Ateliers mené par Aude Fabulet

Consigne d’écriture À partir d’une liste de mots faite par les enfants, chacun a choisi de faire parler un personnage, un lieu ou un objet lié à la guerre.

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Allégorie de la guerre

Je sauve ma vie Je tue des gens Je tire J’écris des lettres à ma femme et à ma famille À ma famille et à mes amis À mes amis et à mes parents — Adam

Je suis la tranchée Les soldats se protègent grâce à moi Tout autour de moi explosent des obus qui font écrouler ma terre sur les soldats. Le rire vrille aux larmes quand la mort passe dans les tranchées. Priez pour ne pas que ça vire au désastre. — Raphaël

Je fais plus de trente kilomètres Les soldats dorment en moi Je suis plein de sang Plein de trous et de bombes — Jade

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Je suis dans les mains d’un soldat Je tue des gens Je tire des balles Je suis en cuivre, en forme de « i » — Noa

Je suis un moyen de transport Le maréchal Joffre m’a envoyé pour sauver la France Grâce à moi la France a été sauvée. — Maisan

Je sers à boire, à manger, à dormir Entre mes murs, les soldats sont protégés des autres armées Dans le fort, on joue aux cartes — Elia

Dans mon chalet je donne les coups de sifflet J’appelle les taxis Pour aller à la bataille de la Marne -7-


Allégorie de la guerre

J’appelle les gens Je donne des ordres Je lève le drapeau rouge et blanc — Clément

Je suis une mine qui attend d’exploser Les soldats marchent sur moi et aussitôt Boum ! — Illiess

Quand on enlève ma goupille j’explose Et si j’explose, le cratère que je forme est rond À Paris, les bombes aussi éclatent Une renarde a éclaté avec une grenade — Serena

Je suis pleine de sang Je vois des explosions Des soldats morts et sales Des fusils de grandes tranchées — Omar

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J’étais un soldat Je vivais dans les tranchées Et ma barbe poussait Je lançais des bombes Je tirais des gaz Je ne voulais pas mourir Me voilà enterré — Amina

Ma veste est pleine de boue Mes bottes sont pleines de boue Je suis en première ligne Et j’ai peur. Il y a des rats. Hier, les Allemands ont envahi notre tranchée et mon ami s’est fait tuer. J’ai repéré que je reviendrai. Mon cadavre leur échappera Théo, ton fils qui t’aime tant. — Joshua

J’ai de la barbe De la tête aux pieds -9-


Allégorie de la guerre

Ma famille me manque J’aimerais tant les revoir J’aimerais aussi arrêter la guerre Vive Noël où on a un moment à nous Ô chère famille, je ne suis pas sûr de revenir vivant Je vais peut-être me faire fusiller Ô mon cher enfant Sache que je serai toujours avec toi Ton père, en plein cœur de la mort kaki, la mort maquis — Maissane

Je ne vois plus rien avec mes yeux de terre Alsace et Lorraine Villes de guerre Je me sens dévasté, je suis détruit Pourquoi moi ? On entend battre la chamade à travers l’Europe Des hommes, au service de la France Des mecs. Des supers mecs. Et non pas des héros. — Abdallah

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Je suis le fort Je suis grand J’ai un hôpital Je soigne les blessés Je cuisine Je distribue Les armes et les obus Les gaz moutarde et les vestes Je suis sur le pied de guerre — Ilies

Je suis un poilu qui mesure 1 mètre 80 Je portais un casque et des bottes et une veste Je suis sur le sol Toutes les dates passent doucement J’étais si old, un vieux soldat Et je suis plein de boue J’écris des lettres. J’attends que la mort une nuit vienne Je me suis pris une balle mais on m’a soigné Ça va, ne t’inquiète pas — Mathéo

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Allégorie de la guerre

Je siffle pour dire aux soldats qui marchent, avec leur barbe très longue, je siffle pour les arrêter. Mon sifflet est comme un chant, une révélation en attente. — Jawed

J’envoie des lettres pour les donner aux hommes et aux femmes. Parfois c’est dur avec les fusils et les bombes. Avec une plume et de l’encre Les soldats me donnent les lettres et je les envoie aux autres. Mais la vie d’un facteur est parfois dure. Je donne des lettres aux marraines de guerre et elles répondent à leur soldat Et elles m’en renvoient vite Alors je refais le voyage à l’envers. Le soir tombe. Une page que l’on ne voit pas. C’est l’encre qui éclaire la nuit. — Alexandra

Je suis poilu Je m’appelle Luc Je mesure environ 1 mètre 80 - 12 -


Je combats les autres Je marche dans des tranchées toutes boueuses J’ai peur, j’ai froid Je risque de mourir à tout moment. J’envoie des coups de fusil, des grenades, des obus. Je n’aime pas la guerre. Ce n’est qu’une infâme et inutile boucherie. Je porte un casque et je pense à ma famille, ma chérie, mes amis. Il me vient alors une idée noire : Ne plus faire la guerre et se laisser mourir ! — Émilie

Je sers à transporter des lettres Je transporte des lettres d’adieux censurées par les chefs Ou bien des colis et je mets toutes les lettres dans une boîte. Je rêvais d’être acteur, d’aller à la fac, de conduire un tracteur ou bien de faire le tour de la terre Mais je suis éclaboussé de boue Tout le temps À la guerre comme à la guerre, j’ai gagné mes éperons. — Zinedine

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Allégorie de la guerre

On est des poilus. J’en ai marre de me battre et le maréchal lui, reste assis. Un jour, ce sera moi le maréchal et quand je serai chef, la guerre s’arrêtera aussi vite qu’elle a commencé. Mais pour l’instant je suis juste un soldat et j’en ai assez de cette guerre Je suis là, et toutes mes affaires sont dans la boue On n’a que des képis sur la tête, ça ne nous protège de rien Tout est mauvais et des fois on ne mange pas pendant des jours Je veux rentrer à Paris Quand on est entrés en guerre, on croyait qu’elle ne durerait pas, mais on s’est trompés. J’aimerais tellement avoir un peu de ton amour, un câlin, et un bisou de tout le monde. Je vous aime ma petite famille. — Kyle

Les doigts des hommes tiennent les fusils Chaque coup de baïonnette peint de sang le cœur des soldats Le fusil a déclaré la guerre en tirant sur les ennemis - 14 -


Sur les mains des innocents, il n’y a pas d’armes, il n’y a rien La mort trace de longs sillages de feu. — Tarik


noir-cauchemar ou gris-meurtri


Les couleurs de la guerre... et de la paix #1 École Jean Moulin Classe de Mme Éloïse Meunier Ateliers mené par Ernest Bois

Consigne d’écriture En partant du poème Tu me grondes de Joël Sadeler, les enfants ont remplacé les couleurs du texte d’origine par des couleurs et des expressions représentant pour eux la guerre et la paix, en travaillant sur les rimes et les associations de mots.

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Les couleurs de la guerre... et de la paix

Tu me grondes parce que j’ai les doigts de toutes les couleurs de la guerre noire-victoire ou gris-trop de bruit parfois marron-canon ou rouge-sang et même bleu-plein de malheureux noir-désespoir ou gris-tuerie parfois vert-colère ou rouge-refuge et même bleu-en feu noir-brancard ou gris-de la pluie parfois vert-éclair ou rouge-peine du jour et même bleu-de la peur bleue noir-cauchemar ou gris-meurtri parfois marron-poison - 18 -


ou rouge-dans la bouche et même bleu-autour des yeux noir-barbare ou gris-de cris parfois violet-désespéré ou rouge-blessés et même vert-sous la terre noir-mémoire ou gris-sans mari parfois vert-habit kaki ou rouge-en armes et même bleu-dans les larmes Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix blanc-colombe ou rose-bonbons parfois bleu-ciel ou jaune-soleil et même vert-courant d’air - 19 -


Les couleurs de la guerre... et de la paix

blanc-bâtiment ou rose-qui se repose parfois bleu-fleur bleue ou jaune-cœur de l’automne et même vert-on espère blanc-nouvel an ou rose-cœur parfois bleu-tous bienheureux ou jaune-poussière d’or et même violet-pour se retrouver bleu-de la liberté ou blanc de l’égalité et même rouge de la fraternité. Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix et dans l’amitié des mains des enfants du quartier des enfants du monde entier. - 20 -


— Esma, Ilias, Mathias, Julie, Liam, Mohamed, Nathan, Oumy, Selina, Tasnim, Adam, Abdel-Aziz, Anissa, Arthur, Bastien, Bilel, Chiara, Eddine, Khalil, Louna, Nahel


Je fus domestique à Paris Je suis soldat français, on m’a blanchi d’un coup Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu’être noir


Calligrammes École Îles de Mars Classe de Mme Amandine Le Masson Ateliers mené par Aude Fabulet

Consigne d’écriture Chaque élève a choisi un texte sur la guerre de Guillaume Apollinaire parmi les vingt proposés, puis a découpé cinq phrases qui lui plaisaient et a commencé à les réassembler. Par groupe de deux ou quatre, ils ont ensuite mis en commun leurs phrases et les ont encore découpées et réassemblées à leur gré pour obtenir leur texte final.

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Calligrammes

Je désire Te serrer dans ma main Tel obus siffle la démence Dans la nuit qui criait comme une femme qui accouche Le tac tac tac monotone et bref, plein de dégoût Devenait plus intense de minute en minute. Ton sourire m’attire comme pourrait m’attirer une fleur Plein d’eaux vives et de jardiniers endiablés. — Safia et Ediz

Dans un jardin pacifique Un clair de lune Je fus domestique à Paris Je suis soldat français, on m’a blanchi d’un coup Pourquoi donc être blanc est-ce mieux qu’être noir Photographie, tu es l’ombre du soleil — Safia et Ediz

Les morts tremblaient de peur dans leurs sombres demeures Les chiens aboyaient vers là-bas où étaient les frontières - 24 -


Les peuples accouraient pour se connaître à fond Région par où se font toujours les invasions Ô palais minuscule Si je songe à tes yeux, je songe aux sources fraîches Si je pense à ta bouche, les roses m’apparaissent Et elles retombent comme une pluie de larmes amoureuses Donnons-nous la main Qu’on comprenne que l’amour Et tous les amoureux qu’un seul lien a lié Au plus près de ce que l’on appelle beauté Sont des couples enchaînés par un atroce amour Et je t’aime comme tu m’aimes Madeleine — Nathan et Mathis

Mutation de Guerre Des obus qui pétaient Eh ! Oh ! Ha ! Eh ! Oh ! Ha ! Ne pleurez donc pas sur les horreurs de la guerre Ils restèrent longtemps ainsi morts et très forts N’est-ce pas rigolo ? - 25 -


Calligrammes

Des soldats qui passaient Crapauds et crapoussins Mais ici comme ailleurs je le sais La beauté sauve mon Amour — Anicia et Mathis

Le palais du tonnerre Violente pluie qui peigne les fumées Rivière d’hommes forts et d’obus Signe de nos origines profondes On voit à gauche et à droite fuir l’humide couloir désert À ton cou penché vers l’Est Et là-haut le toit est bleu et couvre bien le regard Fermé par quelques lignes droites Le plafond est fait de traverses de chemin de fer Signe plus pur que l’Arc-en-Ciel Nous sommes l’Arc-en-terre Donnons-nous la main — Nour et Cheima

La nuit d’avril 1915 En veillant tard dans la nuit La forêt merveilleuse où je vis donne un bal - 26 -


Que les dieux de mes yeux remplissent en silence. Un amour qui se meurt est plus doux que les autres Ton souffle nage au fleuve où le sang va tarir La tôle ondulée sous la pluie Je n’en parle pas aujourd’hui mais j’y pense De mon désir qui est au-delà de la zone des armées Mon désir est là sur quoi je tire — Sarah B. et Loane

Liens Une nuit folle Pourquoi ne pas danser et discourir Je me souviens d’un lac affreux Et qui est la noblesse La force L’ardeur L’âme L’usure Petit palais où tout s’assourdit Cordes faites de cris Ô sens, ô sens chéris J’écris seulement pour vous exalter — Rayan et Asma


bleu-horizon ou vert-militaire


Les couleurs de la guerre... et de la paix #2 École Îles de Mars Classe de Mme Amandine Le Masson Ateliers mené par Ernest Bois

Consigne d’écriture En partant du poème Tu me grondes de Joël Sadeler, les enfants ont remplacé les couleurs du texte d’origine par des couleurs et des expressions représentant pour eux la guerre et la paix, en travaillant sur les rimes et les associations de mots.

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Les couleurs de la guerre... et de la paix

Tu me grondes parce que j’ai les doigts de toutes les couleurs de la guerre bleu-courageux ou vert-infirmière parfois rouge-cartouche ou gris-mutinerie et même marron-boue du front bleu-frileux ou vert-de la grande guerre parfois rouge-plus de courges ou gris-fusils et même marron-montée au front bleu-horizon ou vert-militaire parfois rouge-on se bouge ou gris-tous sous les abris et même marron-ou nous mourrons bleu-oh ! Dieux ! ou vert-révolver parfois rouge-douche - 30 -


ou gris-artillerie et même marron-nous nous battrons bleu-adieux ou vert-courant d’air parfois rouge-amour du jour ou gris-petite souris et même marron-quand nous pleurons bleu- malheureux ou vert-vers de terre parfois rouge-pris dans les souches ou gris-débris et même marron-nous resterons en vie bleu-mielleux ou vert-tranchées dans la terre parfois rouge-sur la couche ou gris-batterie et même marron-nous en réchapperons bleu-audacieux ou vert-enfer parfois rouge-mis sur la touche ou gris-maladie - 31 -


Les couleurs de la guerre... et de la paix

et même marron-ensemble nous marcherons Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix blanc-colombe ou rose-amitié parfois jaune-soleil ou bleu-ciel et même couleurs arc-en-ciel blanc-ange ou rose-glucose parfois jaune-lumière ou bleu-bienheureux et même arc-en-ciel- dans les yeux bleus de ma belle Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix et dans l’amitié des mains des enfants du quartier - 32 -


des enfants du monde entier. — Adina, Anis, Dounya, Elio, Iliana, Laïba, Manon, Martin, Meryem, Nouh, Vanessa, Yeliz


Passe des sentiers de la Loire aux charniers de la gloire


Ouane Ouarld Ouar Collège Nelson Mandela Classe de 6e5 de Mme Gaëlle Lavie Ateliers mené par Aude Fabulet — Ilyès, Ilyès B., Jenna, Sabrina, Shainaz, Eya, Yanis, Solal, Badr-Dine, Roméo, Lydia

Consigne Les élèves se sont penchés sur le texte 1WW (Ouane Ouarld Ouar) du slammeur Thomas Suel, que nous n’avons pas reproduit ici pour des questions de droit d’auteur. Ils ont choisi et appris les passages qui leur plaisaient le plus, ont traduit en arabe des phrases qui figuraient en russe dans l’œuvre d’origine, puis ils ont mis en scène leurs textes pour la représentation à l’Amphithéâtre.

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blanc-colombe ou jaune-lumière


Les couleurs de la guerre... et de la paix #3 Collège Nelson Mandela Classe de 6e5 de Mme Morgan Carrée Ateliers mené par Ernest Bois

Consigne d’écriture En partant du poème Tu me grondes de Joël Sadeler, les enfants ont remplacé les couleurs du texte d’origine par des couleurs et des expressions représentant pour eux la guerre et la paix, en travaillant sur les rimes et les associations de mots.

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Les couleurs de la guerre... et de la paix

Tu me grondes parce que j’ai les doigts de toutes les couleurs de la guerre noir-cauchemar ou gris-éboulis parfois vert-kaki dans la nuit ou rouge-sang et même marron-charbon noir-brouillard ou gris-grimoire parfois vert-en enfer ou rouge-en plusieurs couches et même marron-camions noir-cafard ou gris-souris parfois vert-amer ou rouge-couche de saletés et même marron-canon noir-croire ou gris-dans les cris parfois vert- champ de guerre ou rouge-plein la bouche et même marron-balle dans le front - 38 -


noir-marre ou gris- débris parfois vert-kaki plein de bruit ou rouge-sourd et même marron-chemin de troncs noir-char ou gris-pourri parfois vert-vers de terre ou rouge-corps qui bouge et même marron-tous en rond Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix blanc-plein champ ou jaune-cône parfois bleu-joyeux ou vert-herbe et même rose-il prend la pose blanc-gentiment ou jaune-soleil parfois vert-de l’arc-en-ciel - 39 -


Les couleurs de la guerre... et de la paix

ou bleu-heureux et même rose-une grande cause blanc-colombe ou jaune-lumière parfois vert-plein air ou bleu-des vœux et même rose-tes plantes tu arroses Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix et dans l’amitié des mains des enfants du quartier des enfants du monde entier. — Ayoub, Dounia, Djibril, Leïla, Rayan, Sarah, Sari, Thibault, Yanis, Yanis B., Yvana


On ne voit pas les colonies marquĂŠes sur les monuments aux morts On ne parle pas des femmes qui travaillent Ă la place des hommes


Poilus d’ailleurs École Îles de Mars Classe de Mme Sarahbelle Alussi Ateliers mené par Aude Fabulet

Consigne d’écriture Après la lecture de Mon corps est mon pays par le poète syrien Adonis, les enfants ont chacun écrit les mots que leur inspirait cette œuvre. Avec ceux-ci, ils ont produit un texte qui devait commencer à l’origine par « Mon corps est mon pays… », puis ils l’ont réécrit comme ils le souhaitaient.

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Poilus d’ailleurs

« François Ferdinand et sa femme assassinés par un étudiant serbe ! » « Les Allemands veulent la France et la France veut l’Allemagne » « Armées d’ici et d’ailleurs, combattez pour votre pays ! Les prisonniers travailleront pour nous ! » — Assia

Mon corps est mon pays et je le protège. Je le protège de l’Allemagne qui nous menace d’envahir. Les français attaquent en cachette dans les tranchées pour tuer le Boche ennemi. — Kenza

Mon corps est mon pays Je le sens, je le protège L’Allemagne est perçue comme une cible — Sarah

« L’Allemagne est noire, l’Allemagne est cruelle ! » nous répètent les livres Tandis que nos soldats, les pauvres, vivent dans les tranchées. - 44 -


Tous les jours, sous la pluie, le soleil, ils ne peuvent jamais se raser, Si bien qu’on les appelle : poilus — Rodi

Ils écrivent dès qu’ils en ont le temps. Ils envoient des lettres à leurs familles où ils écrivent ce qu’ils subissent. Parfois les soldats deviennent amis pour ne pas s’ennuyer Parfois ils sculptent le reste des obus et des balles Parfois le soldat prie pour ne pas mourir — Ahmed

Je n’existe pas Je suis blessé, caché dans une tranchée Je regardais mon ami, il était là, Prêt à m’encourager Mais il a tiré Trop tard pour prier Mon coéquipier m’a secouru Mais quand il a vu que j’étais blessé il m’a laissé - 45 -


Poilus d’ailleurs

Mon corps est mon pays, Il est devenu une cible depuis qu’il est visible. — Mohammed

Être soldat, c’est mourir de faim et ne pas revoir les siens pendant quatre ans. La guerre, c’est terrible et c’est long ! Mon corps et mon pays sont en danger — Noura Hanne

Ma femme me manque et mes enfants aussi J’ai peur de mourir et je n’ai pas envie de ne plus voir ma famille. Je suis obligé de dormir dans les tranchées. On subit des trucs terribles et le chef s’en fiche. — Noura Hanne

J’ai visité Vizille avant d’entrer à l’armée. Mais aujourd’hui j’ai l’impression d’être une cible Je préférerais être un agent secret. Ça ne se voit pas, mais j’ai peur du noir Je crains qu’on m’attaque la nuit - 46 -


Je voudrais être invisible — Nouha

Un bleu a peur des soldats, de l’armée, d’être attaqué et trahi Des fois on ne voit pas les ennemis dans le noir Ils ont des armes invisibles On ne voit pas les ombres dans la nuit Les soldats ont créé une Bible de survie — Bruno

Je me bats, nous nous battons Pour notre patrie qui meure petit à petit. Nous nous battons pour la même cause, dans le même camp, Mais pas avec les mêmes pensées Ce qui ne nous unit pas pour autant Dommage pour notre pays — Cemur Malik

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Poilus d’ailleurs

Les colonies sont rayées de la mémoire On mitraille des patronymes, tu parles ! L’injustice est visible pour les Noirs. Trahison, mensonge, les colonisés ne sont pas marqués. Les moqueries des poilus sur les bleus, les zouaves, les tirailleurs sénégalais. Et pendant ce temps-là les Allemands fabriquent des gaz mortels. — Gerbier

Impossible de sortir les prisonniers français des prisons allemandes On ne voit pas les colonies marquées sur les monuments aux morts On ne parle pas des femmes qui travaillent à la place des hommes — Kiara

Les soldats sentent la mort à leurs pieds mais ensemble, nous sommes invincibles — Tous


Je suis mort le 13 mai 1919 à Grenoble. Mais avant ça, j’ai vécu.


Inscris École Îles de Mars Classe de Mme Sarahbelle Alussi Ateliers mené par Aude Fabulet

Consigne d’écriture Inspirés par la lecture du texte Carte d’identité du poète palestinien Mahmoud Darwich, les enfants ont noté des mots sur le thème de la guerre et de la nonreconnaissance des soldats des colonies. En partant de noms, de numéros de régiments, dates et lieux de mort de soldats ayant réellement existé, ils ont ensuite écrit les textes suivants.

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Inscris

Inscris : Je suis malien Je suis parti de mon pays sans le vouloir Car si je refusais, on me fusillait ! Je m’appelle Amadou Bâ La guerre est un enfer On dort très mal la nuit Et mal dormir, c’est mauvais pour la santé. Sans oublier qu’il y a des rats et d’autres insectes dégueulasses qui mangent nos repas. — Manon

Inscris Je suis Di Ciccio Antoine Je suis triste car je quitte ma famille — Lola et Abderrahmane

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Inscris : Je suis sénégalais Je m’appelle Mamady Samoké et j’étais tirailleur J’ai fait la Première Guerre mondiale Inscris : Je suis mort à Valence le 4 septembre 1916 À cause d’une maladie, à cause de la mort, à cause de la guerre. Quand j’étais vivant, j’écrivais à ma femme et à mes dix enfants. J’avais écrit. Et tous mes copains sont morts, tués par les Allemands. Morts. Et pas de noms sur les monuments. Inconnus nous sommes restés. Je voulais te dire une dernière chose : Inscris mon nom et celui de mes amis. J’espère que cette lettre passera. — Mariana

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Inscris

Inscris Je suis Azanga Bamba Mort à Valence en 1918 Enterré dans le carré militaire Je suis parti de chez moi en pleurant J’ai combattu auprès d’autres invisibles Et on dormait dans les tranchées. — Medine

Inscris : Ibra N’Diaye Je suis marocain Je me suis battu pour la France Moi, Ibra N’Diaye Tirailleur du 82e régiment J’ai vu tant de soldats mourir devant moi — Marouane

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Inscris : Je suis africain. Mon nom est Ismailla Siki. Tirailleur sénégalais. Et inscris aussi, je suis enragé — Julien

Je me suis réveillé. Je m’appelle Demba Omar. Avec mon ami Ibra, on a entendu que tous ceux qui avaient entre 19 et 48 ans devaient partir à la guerre. Georges Clémenceau nous disait que c’était vrai. Alors on a mis nos uniformes, on s’est mis au travail, on s’est entraînés. On a fait la guerre. Après trois années passées dans les tranchées, Ibra est mort. Alors je suis parti avec une mitraillette dans le camp ennemi et j’ai mitraillé. — Mahmed

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Inscris

Moi c’est Diar. Je suis majeur. Je suis mort le 30 octobre 1918. J’inscris... Ma mère est morte il y a quelques mois de cela... Avant de mourir elle m’envoya à la guerre. Elle s’appellait Camille, elle avait 90 ans. Inscris -----------CENSURE---------------------------J’étais dans les tranchées, mon ami s’est fait tuer devant mes yeux. Un moment très traumatisant. J’ai décidé de le venger !!! J’ai foncé chez l’ennemi et bam ! On m’a tiré dessus. J’inscris... Origine : albanaise... Mort sur le terrain. — Ema

Inscris : Je suis tunisien Mon nom est Dridi Je suis mort à Valence le 9 janvier 1919 — Camille

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Inscris : Je suis algérien Mon nom est Abdoul Boudjema Je suis tirailleur et je suis mort le 10 avril 1917 à Valence. Je suis mort à cause des gaz jetés par mon ennemi Inscris : J’ai onze enfants et je supporte quatre bébés qui pleurnichent toutes les heures. J’écris tous les jours à ma femme et à mes grands enfants, des lettres immenses remplies d’encre où je leur dis que mon oncle est mort et aussi mes amis Matteo, Mohammed, Miki, Christophe J’inscris leurs noms. — Chaima

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Inscris

Inscris : Je suis martiniquais. Je m’appelle Damour Adrien et j’étais canonnier dans le 11e bataillon. Je suis mort le 13 mai 1919 à Grenoble. Mais avant ça, j’ai vécu. Avec mes camarades, j’ai rigolé, parlé, dormi, écrit des lettres à ma famille, dans les tranchées. Cette guerre a duré longtemps. Et pour manger il fallait ramener des pommes de terre du village, là où les femmes travaillaient. Ma femme a même repris mon travail d’infirmier. Et tous les gens morts, je les aime comme s’ils étaient de ma famille. J’espère que ma lettre va passer. — Melek

Inscris : Je suis Arzal Léopold J’ai combattu pour la France Je suis mort à Uriage en 1918 J’étais si triste de partir à la guerre. Jusqu’au bout je suis resté solidaire. — Asli


noir-mémoire ou gris- débris


Les couleurs de la guerre... et de la paix #4 École Saint-Exupéry Classe de Mme Barbara Dessarce Ateliers mené par Ernest Bois

Consigne d’écriture En partant du poème Tu me grondes de Joël Sadeler, les enfants ont remplacé les couleurs du texte d’origine par des couleurs et des expressions représentant pour eux la guerre et la paix, en travaillant sur les rimes et les associations de mots.

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Les couleurs de la guerre... et de la paix

Tu me grondes parce que j’ai les doigts de toutes les couleurs de la guerre noir-barbare ou gris-fusils parfois vert-kaki de la vie ou rouge-sang et même bleu foncé-soldats tombés noir-désespoir ou gris-trop de bruit parfois vert-galère ou rouge-feu de l’enfer et même bleu foncé-fond des tranchées noir-gloire ou gris-cris d’horreur parfois vert-misère ou rouge-blessures et même marron-démon noir-traquenard ou gris-papa est parti parfois vert foncé-tanks prisonniers ou rouge-coule dans les veines - 62 -


et même marron-canon destruction noir-mémoire ou gris- débris parfois vert-infirmière ou rouge-cartouche et même marron-des plombs Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix blanc-du drapeau blanc ou rose-amour parfois bleu clair-ciel ou vert clair-gentillesse de la mère et même violet-violon blanc-ange du ciel ou rose-fleur au fusil parfois bleu clair-feu dans l’air ou vert clair-sagesse du père et même violet-violette cueillie

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Les couleurs de la guerre... et de la paix

blanc-colombe ou rose-pétales parfois jaune-soleil brillant ou vert clair-atmosphère et même violet-violette Tu me grondes et tu te trompes mes doigts je les ai trempés dans les couleurs de la paix et dans l’amitié des mains des enfants du quartier des enfants du monde entier. — Adam, Alexis, Élise, Héva, Israël, Jovana, Kaïs, (Mohammed) Amine, Sawsene, Thaïs, Zakary, Abdourahmane, Christavie, Emma, Hugo, Jade, Jana, Mohamed Islem, Lina, Lucas, Nabil, Dalil


Le Labo des histoires remercie pour leur participation tous les élèves et l’équipe pédagogique des écoles Jean Moulin, Saint-Exupéry, Îles de Mars et du collège Nelson Mandela, ainsi que Marion Garabedian, coordinatrice du réseau d’éducation prioritaire de Pont-de-Claix, l’équipe de l’Amphithéâtre, et bien sûr ses intervenants Aude Fabulet et Ernest Bois, sans qui ces textes n’auraient pas pu être produits. Merci également à Grenoble-Alpes Métropole, aux services de la ville de Pont-de-Claix et au collège Nelson Mandela pour leur soutien financier.

Réalisation : Labo des histoires Auvergne-Rhône-Alpes, janvier 2019 Crédit texture : Annie Spratt - Unsplash


photo : Carlos Irineu da Costa sur Unsplash

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