E U R O P A dominique souse
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ISBN 89-7215-955-4
© Maison éditorial, 2022
Photographie © Dominique Souse Introduction © Carole Naggar
Maquetiste © Miriam Bùe Traduction Anglais © Carole Naggar Tous droits réservés.
ediciones
à New York-Paris, octobre-novembre 2021
Devant, un homme accroupi dont on ne voit pas ou presque le visage. Ses bretelles en V croisent son dos qui brille au soleil. Au centre, un autre homme au torse mangé d’ombre. Derrière, la barrière d’une façade sans joie, où un homme guette de loin, oisif, à la fenêtre.
Le coffre de la voiture s’ouvre comme une porte.
Cette porte bascule dans un souvenir de lecture enfantine : au fond de l’armoire en bois de pommier – une armoire profonde et longue– avancent des enfants entre les vêtements d’été qui deviennent peu à peu belles et terribles fourrures, lourds man teaux de laine, galoches.
Tout d’un coup ils sentent sur leur peau un souffle d’air glacé, perçoivent une lumière différente, une autre saison : ils se retrouvent dans un ailleurs ¹, y vivent des années ; mais lorsqu’ils reviennent au royaume des hommes, ils sont encore enfants : en temps humain leur absence n’a duré que quelques secondes.
C’est à un tel voyage de l’instant à l’éternel et retour, du souvenir à la prescience et au présent, que Dominique Souse nous convie dans EUROPA ; comme des strates une à une ajoutées au long des années, des voyages, les feuillets de ce livre nous parlent de ce monde-ci, dont nous partageons l’air, l’espace, les coutumes, mais s’ouvrent aussi sur un autre. Il ne s’agit pas ici de fantastique, mais de ce que le réel nous octroie si nous voulons bien lui prêter une attention intense, et que l’instant éclate comme une grenade mûre, laissant couler des pépites écarlates.
Ces grains, ces trésors cachés, sont ceux que poursuit Dominique, patiemment, de puis longtemps.
EUROPA n’est pas l’Europe. N’est pas une géographie, mais histoire, mémoire, espa ce-temps où les pointillés des frontières sont trop souvent des cicatrices ; où erre en core l’ange de l’histoire, les ailes brisées, depuis qu’il fut chassé des églises anciennes d’Istrie, depuis que son cœur, l’ « ex » Yougoslavie, a été jeté aux chiens.
Non, il ne s’agit ni de géographie ni même de politique.
Ici l’espace est l’épaisseur du temps. Temps d’arrêt. Temps de mémoire. Temps où voir jointoie ce qui fut brisé, blessé, et lui redonne sens.
1. C.S. Lewis .Narnia : Le lion, la sorcière blanche et l’armoire magique
EUROPA c’est une histoire, la sienne, qu’ici Dominique Souse fait nôtre, lentement, construite avec la grande patience de qui ignore les modes, va droit à l’essentiel, n’a rien à gagner ni à perdre. EUROPA c’est un parcours de plus de vingt-cinq ans.
Au cours de ses voyages, certains lieux, certains êtres ont parfois su forcer ses serrures, ouvrir en elle d’autres espaces, d’autres temps ; alors le présent n’était plus seulement présent mais charriait dans ses eaux troubles et puissantes des scories de mémoire. C’est comme si dans ce qu’on nomme la vie courante on était perdu, on n’avait accès à sa propre âme, à son propre inconscient, que par instants, par fulgurances, lorsqu’une personne, un lieu, le bruit des pas, l’odeur stagnante d’un étang, les couleurs d’une salamandre, la douceur d’un velours, sont ce briquet qui bat la mémoire, réveillant des souvenirs de douleurs, de mélancolie ou de joie. Une affinité se fait alors entre ce que l’on voit et ce que l’on savait, mais qu’on avait oublié. C’est l’étincelle qui fait une grande photographie comme une peinture, une musique, un poème.
Dominique a connu l’exil, et l’exode est inscrit dans son histoire familiale et dans ses gènes. Elle est passée du sud au nord, jetée brutalement hors du Singapour de son enfance avec sa nourriture et sa langue, ses libres jeux, ses fruits, ses corps dont la nudité était sans honte, ses marées et ses plages. Atterrie au nord de la France, le petit village de Buire : une seule rue, des maisons de bois. Elle a connu le froid, les couches de vêtements ; des pelures d’oignon. Le poêle rougeoyant était un foyer : source de chaleur, de nourriture, de rencontres dans la pièce unique où l’on travaille et ou l’on mange. L’eau venait de la citerne de pierre, le soir on chauffait des briques à glisser dans des draps raidis de gel.
C’était un monde pauvre en biens matériels, où cueillir des pissenlits dans la prairie, chercher les œufs au poulailler et les légumes au potager, pêcher, étaient des activités de subsistance ; mais cueillette, récolte et pêche étaient quand même, pour l’enfant, des jeux ; elle y a trouvé ses nourritures terrestres, ce qui a fait l’amorce de son travail, et une richesse affective et spirituelle, une tendresse, un respect qui lui fut prodigué par les ancêtres qui l’ont recueillie. Ce monde m’évoque le Japon : une civilisation de peu d’objets, mais où chacun est précieux, chargé d’histoire, où une tasse brisée est recollée, puis le sillon zigzagant de la brisure passé à l’or fin. Où on aime, plutôt que le clinquant du neuf, l’empreinte de l’usure, de la mousse, de la poussière, de la buée.
Dans son exil, Dominique a absorbé l’histoire de l’exode de ses grands-parents, de sa tante et de sa mère. Sa tante se souvient de la guerre, de sa maison de pierre près d’un dépôt de train bombardée pendant l’été 1940. Toute sa vie, sa mère est restée trau matisée de cette perte et de celle de ses frères et sœurs, et son être, loin de rassurer, irradiait angoisse et colère. Ses grandsparents, engloutis et propulsés par un groupe de deux millions de Français et de Belges, ont fui les Allemands arpentant sur quatre cents kilomètres les routes de l’exode en quête d’un refuge : des agriculteurs les aident et les logent, puis la SNCF leur alloue une petite maison de bois. Elle y passera son enfance avec ses grands-parents et sa tante : ses parents doivent travailler ailleurs et elle ne les voit que tous les deux mois- une éternité pour une enfant.
Son enfance est marqué par cet exil, cette nostalgie – saudade – et la perte de tout ce qui lui était familier : tout a changé d’un coup: la lumière, les goûts, les habitudes, les odeurs, la langue. Elle s’est trouvée au pays de l’absence et a connu de longues pé riodes de silence, de mutisme même. Elle a vécu également un décalage extrême de l’être: à l’âge de sept ans elle comprenait trois langues (tamoul, malais, anglais) mais, résistante aux mots écrits, ne pouvait pas lire : ici se trouve inscrite dans sa vie la pri mauté de l’image sur le texte.
Et ici se trouve la source du sentiment de l’absence, de l’exil, de la mémoire enfouie et résurgente, qui imprègnent toutes les photographies de Dominique Souse, dans un paradoxe extrême : car ses images portent simultanément son attention à l’instant.
L’éternité tient-elle à ce paradoxe ?
La primauté de l’image sur le texte, Dominique Souse ne la contestera que bien plus tard dans sa vie, lorsque, souvent guidée par son compagnon le peintre argentin Ser gio de Castro, elle découvrira à Paris la richesse de la poésie, de la littérature, de la musique : Vallejo, Neruda, Paz, Cortazar, Schéhadé. Puis elle découvre la poésie italienne et russe, dont Akhmatova, sans toutefois abandonner son amour immense pour le cinéma.
Elle sait rester ouverte, poreuse au monde, et ces forces vives de la poésie, de la mu sique, du cinéma, qu’elle a absorbées avidement, ont pénétré sa vision jusqu’au cœur. Ainsi les films d’Alain Cavalier ou ceux de l’expressionisme allemand, Murnau entre autres, Bresson et Bergman, le Tarkovsky d’Andreï Rublev, de Miroir et de Stalker : le thème de la quête apparaît dans tous ces films comme dans son œuvre.
Dans ses photographies je retrouve parfois, comme une citation ou un coup de phare, des traces de ses admirations – le Senagalia de Mario Giacomelli , à qui elle a rendu visite ; l’inquiétante ou absurde poésie de Christer Strömholm ; le lyrisme des contes du nord ; les enfants masqués accroupis dans l’ombre que Ralph Eugene Meatyard a mis en scène. Mais toutes ces influences ont été retravaillées, fondues au creuset de son imagination, pour composer une œuvre unique.
EUROPA c’est le lieu imaginaire où Dominique Souse a conjugué ce que la vie lui donnait, le sud des origines, le nord de l’enfance, le partout des voyages et de l’errance. En Angleterre, en Belgique, en Espagne, en France, en Grèce, en Pologne, au Dane mark…
Au nord elle a trouvé sa lumière : une lumière de brume, de pluie, ou de neige, l’es tompe des contours, les ombres profondes, les trous de clarté. Au sud elle a puisé aussi bien au néoréalisme italien qu’au réalisme magique de l’Amérique latine et de ses plus grands poètes. Elle a traqué les ombres : qui noient les formes puis les reconstruisent. Qui refont du tout avec les fragments. Les lumières de crépuscule, entre chien et loup. La lumière de l’aube, « à l’heure où blanchit la campagne »². Les lumières de phares « comme des soleils couchants », écrit-elle. Elle a vu la danse des arbres qui inscrivaient leurs alphabets contre le ciel, la masse des forêts, des palmiers enfermés dans leurs maisons de verre, des grilles de terrains vagues tissées de lierre ou de vigne,des chemins de traverse, des plages immenses entamées par la morsure des marées.
Au début des années 80, avant la chute du mur de Berlin, Dominique Souse a trouvé en Allemagne de l’Est un monde intemporel tout chargé encore de la mémoire de la guerre, un monde ravaudé, fêlé, comme assemblé avec des restes. Un monde qui l’a profondément touchée à cause des échos de son enfance. A Dresde, où elle s’est rendue secrètement, sans autorisation aucune, Dominique Souse a vu l’Hiroshima de l’Europe, une ville où ruines et restes dominaient encore le paysage. Elle a saisi un univers qui m’évoque les écrits de W.S.Sebald, un univers tout pénétré des forces de l’errance et de l’exil, de la quête des racines.
À Berlin elle a rencontré des guetteurs méfiants : parmi des meubles lourds, des en fants trop sérieux aux yeux écarquillés, aux raideurs de marionnettes. A Wrocław, en Pologne, au détour d’un grand escalier aux marches dévernies, usées, deux petites filles dont les corps se dissolvaient dans la lumière de la fenêtre croisaient le fantôme flottant d’une femme âgée, une apparition fugace, une brume d’être qui se matériali serait devant nos yeux.
C’est en Belgique, au tournant de notre siècle. Un homme se baigne, debout dans la rivière. Que sur la rive un ami déploie une grande serviette blanche, et il nous appa raît comme un Christ moderne descendu vers Jean-Baptiste au fleuve Jourdain. Le rite inchangé m’évoque les baptêmes des noirs de la communauté Gullah en Caroline du sud tels que les a saisis il y a un siècle la photographe pictorialiste Doris Ulmann dans son livre Roll, Jordan, Roll ; le bain rituel purifiant de la mikvah dans la tradition juive ; les ablutions des fidèles indiens dans le Gange. Dans cette image où s’argente la lumière, le présent s’est revêtu de la tunique du temps, du pli voilé des rites.
Ailleurs des enfants en file indienne, guidés par le château fantôme, portent des cer fs-volants pliés comme des voiles de bateaux, prêts à les emporter vers les nuages. La balançoire du temps se fige, enfermant une fillette dans son triangle. Parfois Dominique Souse interroge les visages, confronte les générations, parfois aus si elle capte de loin des silhouettes immobiles qui, disent l’accord profond des êtres avec la nature et qui, dans, le paysage, apparaissent comme de minuscules menhirs, des pierres levées qui ont poussé dans l’herbe, et s’avancent vers l’eau, vers les nuages.
Trempée aux tempêtes de l’histoire et de son histoire, Dominique Souse possède la force comme l’incertitude, la joie comme la mélancolie, des survivants. Elle se recon naît dans les plus fragiles : les enfants, les anciens, les exilés, les réfugiés, les sans-lo gis. Les musiciens, les peintres, les poètes qui cherchent dans leur œuvre une mai son. Ceux pour qui le temps s’est arrêté avec l’absence, ou ceux pour qui le temps ne compte pas ou plus.
CAROLE NAGGAR in New York-Paris, october - november 2021
In front, a man crouches : his face can hardly be seen. V-shaped straps cross his back that gleams in the sunshine. In the center, another man: darkness absorbs his torso. Behind them, a grim facade is the barrier where another man, idle at the window, watches from afar.
The trunk of the car opens like a door.
That door tilts into the memory of childish reading: at the back of the applewood wardrobe– a deep, long wardrobe– children walk between summer clothes that, bit by bit, change into beautiful and terrible furs, heavy woolen coats , galoshes. Suddenly they feel a breath of icy air on their skin, a different light, another season: they find themselves in another universe 1 and live there for years; but when they return to the realm of men, they are still children: in human time their absence lasted only a few seconds.
It is on such a journey from the instant to the eternal and back, from memory to pres cience and to the present, that Dominique Souse invites us with EUROPA; like layers added one by one over years and over travels, the pages of this book tell us about this world, where we share the air, the space, the customs, but also open up onto another. I don’t mean the otherworldly or fantastical, but the gifts that reality bestows us if we practice intense attentiveness: then the instant could burst open like a ripe pomegra nate, letting loose its scarlet grains.
These are the grains, the hidden treasures that Dominique has been pursuing pa tiently and for a very long time.
EUROPA is not Europe. It is not a geography, but history, memory, space-time whe re the dotted lines of the borders too often are scars; where the angel of history still wanders with broken wings, ever since he was driven away from the ancient churches of Istria, since his heart, the “ex” Yugoslavia, was thrown to the dogs.
No, it’s not about geography, or even politics.
1. C.S. Lewis.Narnia: The Lion, the Witch and the Wardrobe
Here space carries the thickness of time. Down time. Memory time. A time when the act of seeing knits together what was broken, wounded, and gives it back meaning. EUROPA is a story, her own, that Dominique Souse makes ours; it is slowly built with the great patience of one who ignore fashions, aims straight for the core, has nothing to gain or lose. EUROPA is a journey of more than twenty-five years.
During Dominique’s travels, certain places, certain beings have sometimes been able to force her locks, open up other spaces, other times within her; then the present was no longer just present, but with its murky, powerful waters, carried shards of me mory. It is as if, in what we call everyday life, we were lost, could only access our own soul, our own unconscious, intermittently, by flashes, when a person, a place, the sound of footsteps, the stagnant smell of pond waters, the colors of a salamander, the softness of a velvet, become this light that stirs memory, awakening remembrances of pain, melancholy or joy. An affinity is then formed between what we see and what we once knew but had forgotten. It is the spark that makes a great photograph as well as a painting, a music, a poem.
Dominique experienced exile, and exodus is written in her family history and in her genes. She went from south to north, thrown brutally out of the Singapore of her childhood, its food and fruit and language, the freedom of its games, tides and bea ches and naked bodies that did not know shame. She landed in the north of France, the small village of Buire : a single street, wooden houses. She has known the cold, the layers of clothes, onion peels. The glowing stove was a hearth: a source of heat and food, the place of asembly in the only room where everyone worked and ate. The water came from a stone cistern, in the evening bricks were heated to slide between sheets stiff with frost.
It was a world poor in material goods, where picking dandelions in the meadow, fishing, fetching eggs in the henhouse and vegetables in the kitchen garden, were subsistence activities; but for the child, gathering, harvesting and fishing were still playing; this is the place where she found her earthly nourishment, the seeds for her future work, and emotional and spiritual wealth, tenderness and respect lavished on her by the ancestors who took her in. Her childhood world reminds me of Japan: a civilization of few objects, but where each is precious, loaded with history, where a broken cup is glued together, then the zigzagging furrow of the break painted over with fine gold. A. world which does not cherish the brashness of the new, but rather the imprint left by wear, foam, dust, and mist.
During her exile, Dominique absorbed the story of her grandparents, her aunt and mother’s exodus. Her aunt remembers the war, her stone house bombed-out near a train depot in the summer of 1940. All her life, her mother was traumatized by this loss and that of her siblings, and, far from reassuring, her being radiated anguish and anger. Engulfed and propelled by a group of two million French and Belgians, Do minique’s grandparents fled the Germans, walking four hundred kilometers on the roads of exodus in search of a refuge: farmers helped them and lodged them, then the train company allotted them a small wooden house. She would spend her childhood there with her grandparents and her aunt: her parents had to work elsewhere, and she only saw them every two months - an eternity for a child.
Her childhood is marked by that exile, that nostalgia – saudade – and the loss of everything that was familiar to her: everything had changed suddenly: light, tastes, habits, smells, language. She found herself in the land of absence and experienced long periods of silence, even muteness. She also experienced an extreme shift in her being: at the age of seven she understood three languages (Tamil, Malay, English) but, resisting the written word, could not read: this is when the primacy of image over text got inscribed into her life.
And this is the source of the feeling of absence, of exile, of buried and resurgent me mory, which permeates all of Dominique Souse’s photographs; but, paradoxically, her images also carry her full attention to the instant.
Is eternity the result of this paradox?
Dominique Souse did not contest the primacy of image over text until much later in her life, when, often guided by her companion the Argentinian painter Sergio de Castro, she discovered in Paris a wealth of poetry, literature, and music: Vallejo, Neruda, Paz, Cortazar, Schéhadé… Then she discovered Italian and Russian poetry, including Akhmatova, without however giving up her immense love for the cinema.
She knows how to remain open, porous to the world, and these living forces of poe try, music, cinema, which she eagerly absorbed, have penetrated her vision to her heart. Thus the films of Alain Cavalier or those of German expressionism, Murnau among others, Bresson and Bergman, the Tarkovsky of Andreï Rublev, Mirror and Stalker: the theme of the quest appears in all these films as in her work. .
In her photographs I sometimes find, like a quote or a flash of light, traces of her admirations – the Senegalia of Mario Giacomelli, whom she visited; the disturbing or absurd poetry of Christer Strömholm; the lyricism of northern tales; the masked children crouching in the shadows that Ralph Eugene Meatyard staged. But all these influences have been reworked, melted in her imagination’s crucible, to form a uni que work of art.
EUROPA is the imaginary place where Dominique Souse combined what life gave her, the south of the origins, the north of childhood, the everywhere of travels and wanderings. England, Belgium, Spain, France, Greece, Poland, Denmark ...
In the north she has found her light: a light of mist, of rain or snow, of blurred con tours, deep shadows, holes of brilliance. In the south she drew from Italian neorea lism as well as from the magical realism of Latin America and its greatest poets. She tracked down shadows that drown shapes and then rebuild them, recreate a whole from fragments. The twilight, ‘between dog and wolf’. The light of dawn, “ when the countryside whitens.” 2 Headlights “like setting suns,” she writes. She saw the dance of the trees tracing their alphabets against the sky, the mass of forests, palm trees enclosed in their glass houses, gates of wasteland woven with ivy or vines, side roads, immense beaches bitten by tides.
In the early 1980s, before the fall of the Berlin Wall, Dominique Souse found in East Germany a timeless world still laden with the memory of the war, a world that was mended, cracked, as if put together from leftovers. A world that touched her deeply because of the echoes of her childhood. In Dresden, where she went secretly, without any permission, Dominique Souse saw the Hiroshima of Europe, a city where ruins and remains still commanded the landscape. She has grasped a world that reminds me of W.S.Sebald’s writings, a world permeated by the forces of wandering and exile, by the search for roots.
In Berlin she met suspicious watchers: posed among heavy furniture, wide-eyed, overly serious children stiff like puppets. In Wrocław, Poland, turning the corner of a large staircase with bared and worn steps, two little girls whose bodies dissolved in the light from the window crossed the floating ghost of an elderly woman, a fleeting apparition, a haze of being that coalesced in front of our eyes.
It is in Belgium, at the turn of our century. A man is bathing, standing in the river. When a friend on the shore unfurls a large white towel, the bather becomes a mo dern Christ who went down to John the Baptist at the Jordan River. The unchanged ritual reminds me of baptism in the Black Gullah community of South Carolina, as captured a century ago by pictorialist photographer Doris Ulmann in her book Roll, Jordan, Roll; of the mikvah purifying bath in the Jewish tradition; of the ablutions of the Indian faithful in the Ganges. In this image where the light silvers, the present wears the tunic of time, the veiled fold of rites.
2. Victor Hugo, poem wri tten on September 3, 1847
Elsewhere children in a single file, guided by the ghost castle, carry kites folded like boat sails, ready to carry them up to the clouds. The swing of time freezes, locking a little girl in her triangle. Sometimes Dominique Souse questions faces, confronts generations; sometimes she captures from afar motionless silhouettes which spell the deep agreement between people and nature and which, in the landscape, appear as tiny menhirs, raised stones that have grown in the grass, and advance towards the water, towards the clouds.
Drenched in the storms of history and her history, Dominique Souse possesses the strength and incertitude, joy and melancholy, of survivors. She recognizes herself in the most vulnerable: children, the elderly, exiles, refugees, the homeless. Musicians, painters, poets who seek a home in their work. Those for whom time has stopped with an absence, or those for whom time does not, or no longer, matters.
Il faut être libre d’avancer dans sa vie, en restant enfant avec une gravité d’adulte. Ainsi on découvre le monde»*
«
*«We have to be free to move forward with our life, remaining a child but with adult seriousness. Thus we discover the world »