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AMANI BODO

Ta m b o l a m a l e m b e Catalogue de l'exposition


Ce catalogue a été publié à l'occasion de l'exposition "Tambola malembe", Kinshasa, Espace Texaf-Bilembo, 11 mars - 22 avril 2016 Cette exposition a été organisée par Texaf-Bilembo en collaboration avec la galerie Angalia. Organisation de l'exposition Chantal Tombu Christine Decelle Photographies catalogue Alain Huart Conception catalogue Karin Barlet Textes catalogue Pierre Daubert Couverture Amani Bodo, Stromae magnifique (2015) © Angalia © Texaf Bilembo Tous droits réservés

L'Espace culturel et éducatif Texaf-Bilembo fondé en 2013 par Chantal Tombu, historienne de l'art et Alain Huart, écrivain photographe amoureux du Congo, a pour vocation d'initier les publics aux patrimoines naturels et culturels de la RDC. L'Espace soutient durablement la création plastique en organisant régulièrement des expositions individuelles d'artistes majeurs. Facebook : Texaf-Bilembo Angalia est une galerie d'art contemporain installée en France qui présente des artistes plasticiens vivant et travaillant en RDC. Angalia les accompagne en leur apportant un soutien au Congo et une meilleure visibilité en Europe. www.angalia-arts.com


1 Biographie 2 Symboles et surrĂŠalisme 4 L'art du fond ___ 7 Tous sapeurs ! 19 L'art du symbole 27 Hommage Ă Pierre Bodo

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Sommaire


Amani Bodo à Kinshasa, 2015 © Angalia

Pierre Bodo (à droite) avec ses fils Amani (à gauche) et Bodo fils. Source : Paris Match, in "L’art explose à Kinshasa", sept. 2014 © Pascal Maître

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Biographie 1

Né à Kinshasa en 1988, Amani Bodo est le fils cadet du regretté Pierre Bodo (1953-2015), qui fut l’un des grands représentants de la peinture congolaise. Très doué pour le dessin, le jeune Amani découvre très tôt sa vocation. A l’école, il aime mieux crayonner que jouer les premiers de la classe. Son père comprend très vite, il n’insiste pas et choisit de l’accompagner dans la voie artistique. Il lui ouvre les portes de son atelier et le forme, de la même manière qu’il avait formé l’ainé de la fratrie, Bodo fils. C’est ainsi qu’Amani commence à peindre dès l’âge de 10 ans. Il montre aussi de très bonnes dispositions pour la sculpture, mais il choisit la peinture. Il vend sa première toile à 16 ans. Après ses humanités à l’Institut des Beaux-Arts, il choisit de faire l’impasse sur l’Académie des Beaux-Arts et commence à vivre du métier d’artiste à 20 ans. Il n’a que 21 ans lorsque ses œuvres entrent dans la célèbre collection Pigozzi, une référence dans l’art africain contemporain.


Après s’être essayé au style populaire, Amani trouve sa voie dans une peinture figurative et symbolique aux accents surréalistes, nourrie par l’univers artistique familial. Il montre une grande maitrise technique, ce qui le désigne très vite comme l’un des meilleurs peintres congolais de sa génération. Dans ses tableaux, il met en image ses idées, ses visions et parfois même ses rêves. Ses œuvres sont humanistes, parfois moralisantes mais toujours bienveillantes (par exemple Cigarette, 2008, Caacart). Il use de symboles, pratique l’art de la parabole et compose parfois ses œuvres comme des rébus, ce qui peut rendre leur interprétation difficile (Zéro, 2008, Caacart ; ou Emergence, 2011, Angalia), voire même impossible. Peu importe. Le mystère aiguise l’intérêt et autorise toutes les interprétations.

Emergence, 2011

Certaines œuvres sont plus explicites. Par exemple Le rêve, un tableau de 2011 dans lequel l’artiste exprime de manière directe sa vision du rapport de l’Afrique au monde, l’un de ses thèmes de prédilection.

Le rêve, 2011

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Symboles et surréalisme 2


Dans les années 2013-2015, Amani fait évoluer insensiblement sa peinture. Il réalise tout d’abord quelques œuvres drolatiques (Fesse book, 2014), bien exécutées mais sans véritable portée artistique. Puis il renoue avec l’univers des sapeurs, qu’il a toujours affectionné et dans lequel il excelle, mais qu’il ne s’était pas autorisé à investir réellement afin de ne pas empiéter sur le périmètre artistique de son père. Il réalise notamment une série de singes humanisés hauts en couleur (Benda bilili et Sans titre, 2014, Angalia), dans la tradition congolaise de mise en scène des animaux. Sans titre, 2015

Benda bilili, 2014

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Toile en préparation, 2015

Reconnaissable entre mille, le fond des tableaux d’Amani Bodo vaut signature artistique. Le mwangisa, comme il le nomme, est un précipité de couleur moucheté, une nébuleuse cosmique qui accroche immédiatement le regard et contribue à l’éclat et au mystère de ses œuvres. Les mwangisa des premières années étaient très colorés. Les derniers en date sont plus diversifiés et globalement plus sobres. Ils gagnent en élégance grâce à l’heureux mariage du noir et du vert. Les effets de perspective et de profondeur cosmique s’approfondissent.

Détail de fond "mwangisa"

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L'art du fond 4


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Toiles en prĂŠparation


TAMBOLA MALEMBE 11mars > 22 avril 2016

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L’exposition Tambola malembe dévoile une série jubilatoire de dix tableaux où des célébrités internationales posent à la façon des sapeurs congolais. Intitulée Tous sapeurs !, cette série en apparence légère est une véritable performance artistique. Car Amani évite l’écueil de l’extravagance pure et s’attache à respecter ses personnages. Loin de disparaitre sous leurs costumes, ceux-ci font voir leur personnalité. Il y a d’ailleurs quelque chose de tendre dans la façon dont Amani les croque. Bien sûr les poses et l’accoutrement font sourire, mais c’est la retenue qui domine dans ces représentations. Certaines apparaissent même tout-à-fait vraisemblables (le Pape François, Stromae ou George Clooney). Qu’ils soient footballeurs, politiques ou artistes, qu’ils aiment parader ou qu’ils préfèrent la discrétion, ils sont des stars, ils doivent donc poser ! Et c’est là qu’Amani Bodo les passe au révélateur : Angela Merkel fait de son mieux, elle va même assez loin, mais dans cet exercice imposé elle ne peut dissimuler une certaine gêne ; tout à l’opposé, Barack Obama est comme un poisson dans l’eau en représentation ; très détendu lui aussi, le pape François, tout en simplicité ; Stromae ? Plus vrai que nature ; Georges Clooney n’a pas à en rajouter pour séduire ; Cristiano Ronaldo, lui, est clairement dépité. C’est que la première place lui échappe encore au profit du roi Léo Messi ; Samuel Eto’o : « sapé comme jamais » dirait Maitre Gims ! Zidane ? Sous des ses airs désintéressés, il aime assez séduire. Les fonds forment toujours un dégradé où ciel et sol s’inscrivent dans un même continuum, à la façon du procédé de Vélasquez dans Pablo de Valladolid, une œuvre dont Amani s’inspire directement pour son extraordinaire Chéri Samba (2015). Dans ce tableau s’exprime à merveille la capacité de l’artiste à rendre la représentation plausible, alors même qu’il dépouille totalement le modèle de son apparence habituelle. ____________________

Tous sapeurs ! 7


George Clooney, 2015 99 x 80 cm

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CR7 mĂŠcontent, 2015 100 x 80 cm 9


Messi Le roi LĂŠo, 2015 100 x 80 cm 10


Angela Merkel, 2015 100 x 80 cm 11


Obama l'AmĂŠricain, 2015 99 x 80 cm 12


Le Pape Franรงois, 2015 99 x 80 cm 13


Stromae magnifique, 2015 100 x 80 cm 14


ZinĂŠdine Zidane, 2016 99 x 80 cm 15


Samuel Eto'o sapĂŠ comme jamais, 2016 100 x 80 cm 16


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Chéri Samba, 2015 99 x 80 cm A droite : détail


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Tout en continuant de recourir aux symboles, Amani Bodo simplifie sa narration. Ainsi le tableau Esclave de l’argent (2015), où il avertit que la soumission de l’artiste à l’argent peut le conduire vers le précipice. Conscient du danger, il préfère avancer au pas de la tortue, acceptant le prix de la patience et de l’humilité (Tambola malembe, 2015), et reconnaissant son tribut aux maîtres (Tout est tracé, 2015). Il sait que les embûches ne manqueront pas sur la route qui mène à la reconnaissance internationale, à commencer par les faussaires, qui entendent profiter du succès des artistes de renom (Stop au piratage !, 2015). Les représentations de Barack Obama alternent joie et gravité, avec deux tableaux qui s’inscrivent dans la tradition de figuration narrative de la peinture populaire congolaise. Dans Obama in the US House of Representatives (2015), c’est un Obama hilare et presque incrédule qui contemple sa réussite. Changement complet de tonalité dans Penser au-delà (2015), où le président américain, toujours dans une posture de recul, songe à la signification profonde de son élection. Avec Face B (2016), Amani dénonce la duplicité, le double langage, les discours trompeurs sous les apparences flatteuses. Le plus grand format de l’exposition (135 x 124 cm) nous entraîne dans le côté sombre de la société kinoise. Chanvre et whisky (2016), c’est le cocktail hallucinatoire et destructeur auquel s’adonnent les enfants des rues, pour exalter leur imagination et toucher au plus près un monde meilleur que, de toute évidence, ils ne verront jamais.

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L'art du symbole 19


Esclave de l'argent, 2015 100 x 80 cm

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L'artiste préfère avancer au pas de la tortue, acceptant le prix de la patience et de l’humilité. 21

Tambola malembe, 2015 80 x 90 cm


Face B, 2016 110 x 80 cm

Avec Face B, Amani dĂŠnonce la duplicitĂŠ, le double langage, les discours trompeurs sous les apparences flatteuses.

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Les embûches ne manquent pas sur la route de la reconnaissance internationale, à commencer par les faussaires, qui entendent profiter du succès des artistes de renom.

Stop au piratage !, 2015 102 x 81 cm

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Chanvre et whisky, c’est le cocktail hallucinatoire et destructeur auquel s’adonnent les enfants des rues, pour exalter leur imagination.

Chanvre et whisky, 2016 135 x 124 cm

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0bama in the US House of Representatives, 2015 110 x 80 cm

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Penser au-delĂ , 2015 99 x 80 cm

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L’exposition compte plusieurs œuvres par lesquelles Amani Bodo rend un hommage appuyé à son père, décédé il y a tout juste un an, en mars 2015. La programmation de l’exposition, déjà décidée alors, apparaît aujourd’hui plus opportune encore, car elle aura laissé le temps à Amani de préparer un bel hommage artistique à son père, doublé d’un témoignage d’amour filial. Dans Tout est tracé (2015), on reconnait Pierre Bodo parmi les artistes traçant la route pour le fils. Dans le joliment nommé L’artiste dans ses œuvres (2015), l’inventeur des hommes oiseaux trône, enjôleur, parmi ses créatures reconnaissantes et plus que jamais énigmatiques. Amani étend son admiration à sa mère, dont il n’hésite pas à confondre les traits avec ceux de la Joconde, tandis que son père voit son enfant se diriger vers une carrière de peintre (Hommage à mes parents, 2015). De toute évidence, le père ne s’était pas trompé. Le fils cadet était né pour l’art. Amani Bodo est un talent brut. Il le démontre avec éclat dès sa première exposition individuelle. Sans doute ira-t-il très loin ce jeune homme juché sur sa tortue. Mais il n’y aucune urgence, il n’a que 28 ans. Tambola malembe.

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Hommage à Pierre Bodo 27


L'artiste dans ses oeuvres, 2015 89 x 80 cm

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Un bel hommage artistique à son père, doublé d’un témoignage d’amour filial.

Tout est tracé, 2015 110 x 80 cm

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Hommage Ă mes parents, 2015 110 x 80 cm

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Vues d'atelier, tableaux en préparation, et Autoportrait, 2016 A droite : Tout est tracé, détail

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Edition mars 2016 ImprimĂŠ en France

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Catalogue de l'exposition d'Amani Bodo, Kinshasa, 2016  

Catalogue de "Tambola malembe", l'exposition individuelle du jeune peintre congolais Amani Bodo présentée au centre culturel TEXAF-BILEMBO d...

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