Page 1

Science bee

Science bee

Décembre 2009 Numéro Spécial

extinction de l’abeille

pÉNURIE DANS NOS ASSIETTES

économie

EFFONDREMENT DE LA FILIERE APICOLE

Pesticides, parasites, ondes électromagnétiques...

abeilles

La vérité sur les causes d’une disparition témoignage

il cicatrise grâce au miel Après une amputation

“beezness”

le mielleux marketing des cosmétiques


Avant-propos Les ruches du monde entier se vident « dard-dard ». Les apiculteurs se disent impuissants face aux pertes de leur cheptel. Avril 2009, l’Agence française de la sécurité sanitaire des aliments (Afssa) liste 41 causes pour lever le mystère de la surmortalité des abeilles. Des butineuses retrouvées sans vie à celles qui disparaissent, l’effondrement des colonies devient un fléau humanitaire. Un monde sans abeilles, ça commence par une tartine sans miel. Et ça finit par des repas pauvres en fruits et légumes, l’abeille assurant la pollinisation de 90 cultures différentes. Mais l’homme n’est pas menacé. La citation attribuée à tort à Einstein clamant la disparition de l’homme 4 ans après celle de l’abeille n’est qu’un leurre ! Vincent Tardieu, auteur de « L’étrange silence des abeilles » des éditions Belin en juin 2009, assure que le changement sera radical dans notre assiette. Un bouleversement de trop. Alors on s’inquiète et on accuse. Qui veut la peau de Maya l’abeille ? Depuis 1990, les professionnels de l’apiculture essaiment leurs théories sur la responsabilité des pesticides et des parasites. Aujourd’hui encore, chaque expert prêche « sa » bonne parole. Au risque d’être contredit par des études scientifiques souvent payées par les reines des industries chimiques. Avec son rapport au Premier ministre, Martial Saddier pique au vif les apiculteurs. Le mauvais savoir-faire des professionnels et amateurs est pointé du doigt. Le gouvernement s’attaque aux producteurs de miel, et choisit la facilité plutôt que d’affronter le Goliath du phytosanitaire. L’Institut technique apicole devrait contrôler les ruches françaises. Un premier battement d’aile vers l’explication de cette disparition. En attendant, on urbanise les abeilles. Nos balcons seraient plus sains que des hectares d’acacias ! Constat surprenant en pleine ère de la chasse à la pollution. Pourtant, l’abeille des villes n’est pas exposée aux champs imprégnés de mélanges toxiques. Et l’abondance des fleurs dans nos jardinières est digne d’un dîner chez Bocuse pour ces butineuses en carence alimentaire à cause d’une monoculture intensive. Notre monde offre donc une chance à l’abeille de rester en vie en l’installant sur les toits des immeubles. C’est peut-être la solution. Mais avant de sauver la meilleure ouvrière, il faut déjà comprendre les causes et les enjeux de sa disparition. Une odyssée dans le monde des abeilles, pour emmener le lecteur au cœur de la ruche.

Très chères

abeilles

Rédaction Directrice de la publication Isabelle Dumas Directeur de la rédaction Christian Redon Rédactrice en chef Anne-Sophie Vomscheid

A.BERENGER

Rédacteurs Pierre Belmont, Yaël Chambon, Sophie Donzenac, Anne-Louise Dupin, Karen Govou, Juliane Grasser, Emmanuelle Michaud, Arnaud de Foucaucourt, Emmanuelle Sauzedde. Maquettiste et secrétaire de rédaction Agathe Debraine (maquette adaptée de Science Vie )

2 science & bee > décembre > 2009

Service multimédia Sophie Donzenac Magazine réalisé en décembre 2009 par un groupe d’étudiants de : ISCPA - Institut des médias Université Professionnelle Internationale René Cassin 47 rue Sergent-Michel-Berthet 69009 LYON


Numéro

> décembre 2009

Sommaire

abeilles : la vérité sur les causes d’une disparition

22

4

6

Après une amputation, il cicatrise grâce au miel

Portrait

Au plus près des abeilles : la profession d’apiculteur à la loupe

D écouverte

Dans le monde des abeilles : organisation de la ruche et infos insolites

Depuis les années 2000, les abeilles connaissent une surmortalité aux quatre coins du monde

8

A la une 12

Société

à la recherche de l’assassin

21

Abeilles

utiles

l’envers de la productivité

22

Abeilles

et médecine

Pesticides, parasites, carence de fleurs, les experts planchent aujourd’hui sur la multicausalité

14

Les pratiques des apiculteurs pour une rentabilité toujours croissante sont pointées du doigt

16

les lacunes du suivi sanitaire

Les acteurs sont divers, les spécialistes manquent, et le contrôle des maladies s’avère peu efficace

18

20

Va plus loin

24

Extinction de l’abeille :

26

Economie :

Pénurie dans nos assiettes

L’effondrement de l’apiculture

En pratique 28

Abeilles d ’ hier et d ’ aujourdhui

Du symbole impérial à l’argument marketing, en passant par la vague bio

abeilleS SOUS LES ONDES

Souvent incriminés, les antennes-relais et téléphones portables ne présentent pas un danger majeur

Les vertus des produits de la ruche

Science & Bee

La ruche se fait urbaine

A Lyon, l’installation de ruches urbaines est mise en place pour préserver les abeilles

Dressage, détection de la pollution ou de maladies chez l’homme... Les abeilles ne servent pas seulement à produire du miel

UNE : CSIRO ; E. SAUZEDDE, E. MICHAUD

Spécial

30

Le

point sur

Le bourdon, le frelon asiatique et la guêpe

2009 > décembre > sciences & bee

3


le portrait > Laurent Truchefaud en tenue d’apiculteur. Le blanc est une couleur non perçue par les abeilles.

Laurent truchefaud, apiculteur

Au plus près des abeilles

Quand Laurent Truchefaud a commencé l’apiculture, il n’était encore qu’un jeune garçon. Pris de passion pour les abeilles, il ne vend aujourd’hui son miel qu’aux particuliers. Le contact et la proximité lui servent de moteur pour continuer ce métier.

Cachées derrière une portion d’autoroute, non loin de Champagne-au-mont-d’Or, se trouvent une dizaine de ruches. Celles de Laurent Truchefaud, apiculteur « non professionnel », et non pas « amateur », comme il tient à le souligner. « Je partage la même passion que les apiculteurs professionnels, à la seule différence que je n’en vis pas, » insiste le quarantenaire. Une « histoire d’amour » en quelque

sorte, celle d’un môme et des abeilles, qui ne l’a jamais quittée. « Mon père possédait une ruche, je l’aidais à s’en occuper. Un jour, il a décidé de m’en offrir une ». Aujourd’hui, Laurent en possède 50, réparties dans un périmètre de 200 kilomètres autour des Monts du Lyonnais. Chaque saison, il récolte environ 80 kg de miel. Une broutille, comparée aux dizaines de tonnes que peuvent produire les

A.-S.VOMSCHEID

> Des ruches appartenant à Laurent Truchefaud, près de Champagne-au-mont-d’Or. Les abeilles sortent encore en ce mois de décembre. En cette saison, elles devraient hiberner.

4 science & bee > décembre > 2009

professionnels. Qu’importe, il s’agit d’une passion, non d’un métier. Pourquoi ne pas avoir franchi le pas ? Son métier de courtier en assurance, qu’il aurait dû abandonner, lui fournit un revenu confortable. « Pour en vivre, il faudrait que je passe de 50 à 300 ruches. Seul, c’est impossible. C’est du temps, et ça a un coût  : une ruche coûte 200 euros. Je ne suis pas prêt à franchir le cap, et ne le serai probablement jamais ». C’est peut-être la raison pour laquelle la filière apicole française compte 1 500 apiculteurs professionnels - qui possèdent au moins 150 ruches - pour 70 000 amateurs. Si ce terme d’amateur l’agace, c’est que Laurent Truchefaud sait prendre soin de ses

abeilles, et les cajole. Jusqu’au petit détail qui fera la différence : il les protège du vent grâce à des pierres posées sur les ruches. « il ne sert à rien de remettre en cause nos compétences » Lorsqu’on évoque la disparition de ses protégées, il soupire : « On prendra réellement conscience du problème quand on sera mis devant le fait accompli. C’est comme le lapin de Garenne dans la région. Personne ne s’en est soucié, et il n’y en a plus ». Pour lui, la création d’un institut technique apicole permettant la formation à ce métier n’a pas lieu d’être  : « En tant qu’apiculteurs, on ne bénéficie d’aucune aide. Et


profession : apiculteur il ne sert à rien de remettre en cause nos compétences. Quand on se retrouve du jour au lendemain avec 10 ruches en moins sur 12, cela ne peut pas être de notre faute ». Pas résigné pour autant, Laurent continue tranquillement sa production de miel. Dans son jardin, il dispose d’une petite dépendance qui fleure bon l’artisanat, où cinq cuves servent à produire des miels d’accacia, de lavande et de chataîgnier. « Curieusement, avec la conjoncture actuelle, le miel que nous vendons le plus est celui que nous vendons le plus cher : du miel de lavande à 12 euros le kilo  ». Les abeilles disparaissent et transforment le miel en produit de luxe. L’engouement des consommateurs est toujours aussi fort. Arnaud de Foucaucourt

en pratique De la ruche au pot La production de miel commence lorsque les abeilles ouvrières quittent la ruche, pour recueillir du nectar sur les fleurs. Il est ramené à la ruche dans une sorte de sac attaché à leur corps. Les abeilles se passent le nectar, l’avalent et le recrachent à plusieurs reprises. Ainsi, elle le transforment en un liquide plus épais et plus protéiné. Elles le vident ensuite dans des alvéoles et éliminent l’excès d’eau en battant des ailes. L’apiculteur retire enfin les rayons de miel, le reste sert de provisions pour les larves et passer l’hiver. Yaël Chambon

organisations

Organisation eux Syndiquer pourentre sauver Les apiculteurs sont comme les abeilles. Pour survivre, ils restent 1300ensemble, signessoudés. Plutôt que d’exister sous une souveraineté communautaire, ils deviennent membres de syndicats. Chaque région, voire département, a sa propre fédération. Pléthore d’organisations naissent chaque jour, qu’elles soient destinées aux apiculteurs professionnels, amateurs ou les deux statuts confondus. Encore en janvier dernier, les trois syndicats d’apiculteurs professionnels de RhôneAlpes, du Centre Ouest et de Bretagne se sont alliés pour créer la Fédération française

des apiculteurs professionnels. Leur but étant d’être plus écoutés et plus représentés au niveau national. D’après Françoise Romanzin, présidente du Syndica national d’apiculture (SNA), « l’action de chaque syndicat reste, en plus de partager leurs difficultés quotidiennes liées au phénomène d’effondrement des colonies et au manque de formation apicole, de constituer un groupe plus puissant et plus crédible face au gouvernement ». A l’initative de Martial Saddier (voir article plus bas), le comité opérationnel apicole est constitué d’un

représentant de chaque syndicat national parmi lesquels le SNA et le SNPM (syndicat national des producteur de miel). Une façon de montrer que « le gouvernement prend conscience du problème et se préoccupe des intérêts des apiculteurs » d’après un porte-parole du ministère de l’Agriculture. Pourtant, dans ce même comité, on trouve des membres tels que des professionnels de l’Industrie chimique. L’institut technique créé à cet effet réaliserait donc des recherches assez controversées pour les A.-S.V. apiculteurs.

gouvernement

Une vérité qui dérange 1300 signes

Aci et num dolortion hent > Martial Saddier, praessectet iuscidunt député Haute-Savoie, volortisl doloboreet lan présideodolore le comité eratio dolore « pour une filière molore del er sequat apicole durable ». autpat. Grâce à son rapport en Iquis nulpute tatinci 2008, c’est la référence psustrud mincillamet parlementaire apicole.

Un an après son rapport sur la mortalité des abeilles en France, Martial Saddier, député de Haute-Savoie, analyse les mesures adoptées par son comité opérationnel. Parmi les 26 propositions, quelques unes restent mal perçues par les apiculteurs. Une déclaration annuelle des ruches sera effective dès janvier 2010 afin d’officialiser les pertes de colonies. Pour Alain Goujon, apiculteur professionnel isérois, « les chiffres sont trop variables sur une année pour être fiables ». Le recensement sera surtout délicat chez les apiculteurs amateurs, tous ne sont pas déclarés. Depuis septembre 2009, une formation professionnelle est proposée aux étudiants de BTS agricole. Des cours peu utiles, d’après les apiculteurs qui sont en majorité autodidactes. Jusqu’à présent, aaucune formation n’était reconnue, et les pratiques souvent remises en question. Si ces mesures semblent être des critiques à l’égard des apiculteurs, Martial Saddier insiste : « le gouvernement et les professionnels se battent pour la même cause. Je ne veux pas me réveiller un jour et constater qu’il n’y a plus de ruches en France ». A.-S.V. 2009 > décembre > sciences & bee

5


découverte

dans le monde des abeilles 1 reine

société

Le refus de la solitude

Nettoyer, récolter, cons­ truire, nourrir les larves, défendre la ruche... Autant d’activités qui occupent la journée des abeilles. Un travail d’équipe, car elles ne craignent qu’une chose : la solitude. À l’isolement, elle préfère la vie familiale de la ruche, qui peut contenir entre 40 000 et 80 000 individus, répartis en trois catégories d’abeilles  : la reine, les ouvrières et les faux-bourdons. Le rôle de la reine est de pondre des œufs tout au long de sa vie. Une semaine après sa naissance, elle entreprend des « vols de fécondation ». Elle s’accouple avec

plusieurs faux-bourdons en plein vol, avant de revenir définitivement à la ruche. Le faux-bourdon - le mâle des abeilles - meurt peu de temps après l’accouplement, d’où son infériorité numérique au sein de la ruche : un pour 130 ouvrières. Quant à la reine, cette unique escapade nuptiale l’a fécondée à vie. Elle vivra deux à cinq ans, avec des pontes régulières.

Une garde rapprochée Dans la ruche qu’elle ne quittera plus, elle est entourée en permanence de servantes qui la réchauffent,

la nourrissent et la protègent  : les ouvrières. Cette catégorie la plus nombreuse accomplit aussi le travail le plus important, à travers trois grandes étapes. Elle est tout d’abord employée à faire le ménage, construire des cellules de cire destinées à la ponte, et nourrir les larves. Avant de se transformer en réceptionniste, qui collecte le nectar de miel, veille au mûrissement du stock, et à la sécrétion de la cire. Promue au rang de petit soldat, elle se charge ensuite de défendre la ruche, et de chasser les indésirables. Sophie Donzenac

Une ruche est composée de trois types d’abeilles. >

Entre 15 et 20 mm, elle est la plus grande. Pour donner des ordres, elle émet des phéromones, substances chimiques provenant de ses mandibules.

79 740 ouvrières Avec son ventre arrondi, elle est la plus petite. Elle a souvent des boules jaunes sur les pattes, des résidus de pollen.

549 faux-bourdons Son abdomen est court, presque carré. Ses ailes sont plus longues que son abdomen, ses yeux se touchent, il est le plus poilu.

Caricature

L’abeille impératrice

© Cati Baur

Pour la première fois dans l’Histoire, la disparition d’un régime totalitaire suscite un immense émoi. En d’autres occasions, l’effondrement d’une société aussi despotique eut provoqué la liesse du peuple. Car la reine de colonie n’a rien à envier aux plus grands tyrans. À l’image d’un Hitler ou d’un Staline, elle élimine dès son avènement les potentielles opposantes. Confortablement lovée dans sa royale alvéole, il ne lui reste plus qu’à intimer ordres et devoirs d’un jet de phéromones, tandis que ses sujettes la nourrissent et la toilettent. Pendant ce temps, les ouvrières triment, les miliciennes montent la garde, prêtes à se sacrifier pour protéger l’impératrice. Un modèle de société à faire s’étrangler Olivier Besancenot, mais qui ferait pâlir d’envie les plus enragées des féministes. La présence masculine n’est en effet qu’accessoire dans une colonie, et ne sert qu’à la fécondation. Le repos post-coïtal est de courte durée pour les mâles : ils meurent aussitôt la partie de pattes en l’air terminée, leurs organes génitaux ayant été arrachés lors de l’accouplement. Un mince espoir de révolution subsiste, lorsque la reine se fait vieillissante. Les ouvrières la massacrent alors... pour en élever une nouvelle immédiatement. Le grand soir n’est pas pour demain chez les abeilles. P. B. 6 science & bee > décembre > 2009


Le saviezvous ? > L’ouvrière pèse un dixième de gramme et rapporte en moyenne quatre fois son poids de miel et de pollen par jour, en une vingtaine d’allers-retours. Un unique voyage de la part de 50 000 abeilles permettra la fabrication d’un kilo de miel. Pour se charger au maximum, elle peut butiner jusqu’à mille fleurs. Ce sens de la rentabilité fait qu’elle dort peu, et ne vit guère plus d’un mois.

BIODIVERSITé

Insolite

La pollinisation, tâche essentielle des butineuses Fleurs, fruits et légumes ont une reproduction sexuée. Et le pollen permet d’en féconder plusieurs variétés. La pollinisation est la propagation du pollen d’un élément mâle vers un élément femelle. Il y a plusieurs types de pollinisation : par le vent, par l’eau, par les animaux et par les insectes. L’abeille est un pollinisateur important. Lorsqu’elle butine, elle se couvre de pollen. En volant, elle le dissémine un peu partout à travers champ et permet la fécondation de plusieurs types de cultures.

Danse communicative

S. D.

> En une vie une ouvrière peut parcourir l’équivalent de trois tours du monde. Soit une centaine de milliers de kilomètres en un mois. Elle s’oriente grâce aux rangées d’arbres, aux odeurs de phéromones, et surtout, à la position du soleil.

Une abeille frétille et tournicote près d’une ruche ? Rien d’anormal, elle effectue simplement une danse. Une façon bien à elle de dire où se trouve le champ à butiner. En 1919, le Professeur Karl von Frisch a découvert que les mouvements de la butineuse et leur vitesse d’exécution informaient sur la quantité, le lieu, et la qualité de floraison. Les abeilles ont plusieurs formes de danses : la danse en rond, pour les butins situés à plus de 25 mètres, la danse frétillante, dès que la distance est d’au moins 100 mètres et la danse de l’essaim exécutée par les éclaireuses. Récemment, des chercheurs ont même découvert que des abeilles de différentes espèces se comprenaient grâce à cette danse.

S. D.

> Immenses et globuleux, ses deux yeux à facettes sont composés de plusieurs petites lentilles, dont le nombre varie selon le type d’abeille : l’ouvrière en a 4500, la reine, 3500, le faux-bourdon, 7000. Pas un privilège, seulement de quoi repérer la reine de loin, et la féconder au plus vite... avant de mourir. Malgré tout, l’abeille ne voit pas de loin, ne décrypte que le soixantième de ce que perçoit l’œil humain, et distingue plutôt mal les couleurs.

2009 > décembre > sciences & bee

7


à la une Le phénomène de disparition des abeilles divise les experts du monde apicole. Agriculture intensive, pesticides, parasites ou encore ondes électromagnétiques, le der­nier rapport de l’Afssa évoque plus de 40 facteurs. Mais pour l’heure, im‑ possible de trouver une cause prin‑ cipale ou même de les hiérarchiser. Des entreprises phytosanitaires aux syndicats d’apiculteurs, à chaque acteur sa théorie.

CSIRO

beilles A La vérité sur les causes

Qu’elles soient européennes, américaines ou chinoises, les abeilles meurent de manière mystérieuse. Depuis 2000, les apiculteurs du monde entier font le même constat. Des butineuses s’envolent pour ne plus jamais revenir, ou des tapis de cadavres jaunes et noirs sont retrouvés aux abords des ruches. Vers un monde sans abeilles ? Un pessimisme quelque peu exagéré, mais qui révèle toute l’urgence de la situation. Si les chercheurs s’évertuent à percer le mystère de cette disparition, l’incertitude règne. L’abeille, de son côté, ne compte plus ses ennemis. « On dénombre plus de 61 facteurs de disparition et aucun n’émerge comme cause quasiment certaine », explique Dennis Van Engelsdorp, chercheur à l’Université de Pennsylvanie. En 2007 aux Etats-Unis, la mortalité des abeilles a atteint 90 %. Près de là, au Québec, 40 % des ruches sont portées manquantes. Au cours de l’année 2009, en Europe, ce sont plus de 4 millions de ruches qui ont déjà périt. Les causes semblent multiples et chaque pays privilégie ses théories. L’Argentine, qui pratique la culture intensive de soja, accuse les OGM. En Europe, on désigne les pesticides. >

Suite page 10


d’une disparition

Par Pierre Belmont YaĂŤl Chambon Agathe Debraine Anne-Louise Dupin Juliane Grasser Emmanuelle Michaud


à la une

>

abeilles

Europe

Monde : moins d’abeilles, plus de ruches

France

mortalité

+ 142 % (chiffres 2007)

nombre de ruches

1 360 973

nombre d’apiculteurs

(+ 64 000 depuis 2003)  

69 600

(- 30 400 depuis 2003)  

ne pas confondre

H. MOURET

Des abeilles disparaissent, mais toutes ne meurent pas Les abeilles qui disparaissent ne sont pas forcément mortes. Et c’est bien ce qui rend les scientifiques perplexes. On a constaté depuis les années 1970 une mortalité croissante chez les butineuses domestiques. Mais un autre phénomène frappe depuis peu les ruches partout dans le monde : le syndrome d’effondrement des colonies ou CCD (« colony collapse disorder »). Toutes les abeilles adultes disparaissent brutalement, en abandonnant une reine en bonne santé et d’abondants stocks de nourriture. Autour de la ruche, les apiculteurs ne retrouvent pas ou peu de cadavres. Les chercheurs commencent tout juste à mesurer l’ampleur du phénomène. En 2008, le département américain de l’Agriculture a estimé que le syndrome d’effondrement avait emporté 36 % du cheptel des états-Unis. Aucune étude n’a pour l’instant été menée sur les colonies d’abeilles sauvages. Quant aux causes, les chercheurs hésitent. Parasites, toxines, virus... Mais il est vraisemblable qu’une combinaison de ces facteurs soit à l’origine d’une disparition des abeilles, sans les tuer immédiatement.

A.-L. D.

10 science & bee > décembre > 2009

Amérique du Nord Etats-Unis : - 15 % en 2008/2009 - 60 % en 2007 Source : American Beekeeping Federation

Canada  : - 26 % (2008) Source : Canadian Honey Council

> les fleurs manquent… Jean-Paul Faucon de l’Afssa pointe du doigt un nouveau phénomène : la guerre entre les abeilles. « Il y a trop d’abeilles par rapport à la quantité de plantes mellifères ». Les colonies pour survivre rentrent alors en compétition, et vont jusqu’à se battre pour butiner des fleurs.

> …les abeilles aussi « Aux Etats-Unis, le manque d’abeilles s’est traduit par une perte de production d’amandes de 30 %. La location d’une ruche pendant la floraison de l’amandier est passée en deux ans de 50 à 150 dollars », d’après Henri Clément, président du premier syndicat français d’apiculture (Unaf). Les agriculteurs sont ainsi prêts à payer plus pour que des abeilles viennent polliniser leurs arbres.

Suite de la page 8 > Aux Etats-Unis le coupable le plus pertinent pourrait être le virus IAPV (virus de paralysie aiguë israélienne). « C’est un nouveau virus, identifié en 2004 par des chercheurs israéliens et retrouvé outre-Atlantique sur 97,5 % des abeilles malades », explique Yves Le Conte, directeur de recherche à l’Inra (Institut national de recherche agricole). Mais si l’IAPV est impliqué, il n’est pas l’unique cause. Le doute persiste. Les abeilles australiennes, touchées par ce virus, restent en bonne santé. L’Australie abrite-t-elle des pollinisateurs naturellement plus forts et plus résistants que nos abeilles domestiques  ? Le climat leur permettrait-il de combattre plus facilement les maladies  ? Les recherches, incertaines, ne permettent à ce jour aucune conclusion sur ces écarts géographiques. La mortalité des abeilles est difficilement quantifiable.


Italie

Luxembourg

Suède

République Tchèque

40-50 %

20 %

12 %

20 %

1 157 133

9 267

150 000

525 560

75 000

369

15 000

48 678

(+ 57 133 depuis 2003) (-5 000 depuis 2003)

(- 946 depuis 2003) (- 281 depuis 2003)

(+ 5 000 depuis 2003) (+ 1 000 depuis 2003)

(+ 47 817 depuis 2003) (- 1 056 depuis 2003)

Source : mortalité des abeilles : EFSA / Autres : Commission européenne

Asie Japon : - 25 % (sondage effectué auprès de 2 500 apiculteurs)  

Source  : Japanese Beekeeping Association

Moyen-Orient Amérique du Sud Argentine : - 32 % (2008) Source : Ministerio de Agricultura, Ganaderia y Pesca

« Comment peut-on alerter les politiques sur une problématique que l’on ne peut même pas chiffrer ! » s’exclame Yves Le Conte. « L’apiculture n’est pas un domaine prioritaire pour les gouvernements ». Certains pays ne disposent d’aucune donnée sur la mortalité des abeilles. Quant à celles communiquées, elles ne sont que des estimations : les apiculteurs remplacent rapidement leurs cheptels. En Suède, malgré la surmortalité, la hausse de ruches s’explique par une intensification de l’élevage d’abeilles. Les apiculteurs remplacent les abeilles disparues pour ne pas perturber la production de miel. Des implications économiques et humaines La disparition des abeilles présente des implications économiques et hu-

Liban : - 20 % Jordanie : - 20 % Irak : - 17 % (- 80 % à Bagdad) Chiffres 2008 Source : Centre national de recherche en agriculture de Jordanie

maines. Dans le monde, 30 % des cultures dépendraient directement de ces pollinisatrices. Pour pallier le manque d’études scientifiques, l’Union européenne met la main à la poche. Depuis mars 2009, Bruxelles finance un réseau de recherche internationale : le réseau Coloss. Un groupe qui réunit 130 scientifiques d’Europe, d’Asie et d’Amérique. Sa mission : recenser les pertes, harmoniser la recherche et favoriser les collaborations. Le manque d’information empêche les pays les plus touchés de prendre des mesures urgentes. Avec des diagnostics précis, les chercheurs espèrent développer une stratégie sur le long terme. Mais la coopération se fait désirer et le manque d’interaction entre gouvernements restent un obstacle majeur. Juliane Grasser

Taux de mortalité des abeilles (%) en fonction de l’année précédent celle indiquée

> 60 %

de 30 à 60 %

de 20 à 29 %

< 20 %

> historique Dès le milieu du xixe siècle, des colonies se retrouvent brutalement anéanties un peu partout dans le monde. Mais la mise en commun de ces découvertes ne permet pas encore de penser à un phénomène mondial. Le réel syndrôme d’effondrement est apparu un siècle plus tard. La sonnette d’alarme n’est pas tirée avant la fin des années 1990, en Europe principalement. Selon le ministère de l’Agriculture, un alarmant pic de disparition d’abeilles est constaté en 2007, aux états-Unis tout d’abord, mais aussi partout dans le monde. 2009 > décembre > sciences & bee

11


à la une

>

abeilles

à la recherche de l’assassin Après plusieurs années d’enquêtes, et parmi une quarantaine de causes recensées par l’Afssa, l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments, les spécialistes apicoles sont parvenus à identifier les trois principaux suspects : pesticides, parasites et virus, manque de ressources alimentaires. Mais le débat est loin d’être clos. « L’action des pesticides sur le système neuronal de l’abeille crée une perte de repères qui l’empêche de rentrer à sa ruche et entraîne sa mort ». henri clément président de l’unaf (union nationale d’apiculture française)

Philippe lecompte, apiculteur et président de l’association Biodiversité

B.YONTER, D.FEVRE, FlLICKR

« La dose de pesticides est minime quand la fleur est butinée par les abeilles, et ne représente donc plus aucun risque pour ces dernières ». Tout le monde est désormais d’accord pour le dire : il n’y a pas de tueur unique. Les affrontements continuent pour désigner la cible prioritaire sur laquelle devront converger tous les efforts destinés à sauver le soldat abeille. La polémique autour des pesticides a longtemps été au centre des débats, monopolisant la plus grande partie des énergies. Originaire de Lozère, Henri Clément, apiculteur et président du premier syndicat apicole français, l’Unaf (Union nationale des apiculteurs français), n’en démord pas  : les pesticides sont les ennemis à abattre en priorité, la seule cause que l’on peut combattre directement. Ce qui ne l’empêche pas d’intégrer aujourd’hui d’autres facteurs, mais « secondaires ». Autre apiculteur et autre analyse des causes du déclin des abeilles, Philippe Lecompte, président de l’association Biodiversité, s’oppose radicalement à la 12 science & bee > décembre > 2009

vision d’Henri Clément. Selon lui, les pesticides ne font même pas partie des trois principaux agresseurs. Il place en tout premier lieu le manque de ressources florales, puis le Varroa, et un autre parasite, le Nosema Ceranae, qui pourrait avoir été malencontreusement importé d’Asie par le commerce des reines. La lenteur de l’avancement des recherches scientifiques sur les parasites et les virus serait en partie due à l’acharnement de l’Unaf contre les pesticides. « Tous les budgets pour la recherche apicole, qui sont votés principalement par les syndicats d’apiculteurs, sont destinés à l’étude des pesticides », dénonce Philippe Lecompte. synergies de causes Au milieu de ce débat complexe et confus, auquel se mêlent hypothèses d’écoles, conflits de pouvoir et d’argent, le travail d’un élément neutre, un

journaliste, semble faire l’unanimité. Vincent Tardieu, qui a enquêté un an et demi sur ce problème épineux. Il tire une conclusion qui devrait réconcilier tout le monde  : ce sont les synergies entre les principales causes qui sont à la base du déclin des abeilles. « Des expérimentations ont été menées par Luc Belzunces, apicologue à l’Institut national de recherche agronomique (Inra), pour comparer les effets séparés puis conjugués de pesticides de la famille du Gaucho, du Varroa et du Nosema, d’importantes augmentations des effets de la combinaison de l’imidaclopride (la molécule active du Gaucho) et de Nosema Ceranae, alors qu’aucun des deux facteurs pris séparément n’a d’effet sur l’abeille », révèle Vincent Tardieu.

> Repères Le pollen et le nectar des fleurs renforcent le système immunitaire des abeilles. Sans fleurs à butiner, elles sont plus exposées aux autres maux dont elles sont déjà victimes (parasites, pesticides, etc.). En France, la floraison de printemps des arbres fruitiers et du colza s’achève vers le 15 mai. Après, il n’y a pratiquement plus de fleurs à butiner pendant six semaines, alors que les colonies sont au plus fort de leur développement.


Gaucho/Régent Insecticides systémiques (situés à l’intérieur de la plante) Laboratoires : Bayer ; BASF En France depuis : 1994 / 1995 Incriminé dans la disparition des abeilles, l’usage du Gaucho a été suspendu dès 1999. En mars 2004, le Conseil d’Etat retire définitivement son autorisation de mise sur le marché. Son successeur, le Régent, connaîtra le même sort, mais les procès contre ses fabricants en cause se poursuivent.

Varroa Parasite La femelle Varroa se glisse dans le couvain de la ruche, où pond la reine des abeilles. Dès sa naissance, le Varroa se nourrit du sang des larves, qui s’affaiblissent. Même abîmées, elles grandissent. Quand elles sortent de la ruche, il s’accroche à leur thorax grâce à des ventouses et continue de sucer leur sang. Sa capacité à passer facilement d’une abeille à l’autre lui permet de se diffuser rapidement.

Cruiser Insecticide Laboratoire : Syngenta En france depuis : janvier 2008 Utilisé en enrobage de semences de maïs, il contient du thiaméthoxam (même famille que les substances actives du Gaucho et du Régent). Son utilisation a été suspendue de mai à octobre 2009, et un éventuel renouvellement de son autorisation sera décidé d’ici décembre.

Plutôt que de s’épuiser à chercher qui du Varroa ou des pesticides fragilise le premier les abeilles pour laisser l’autre la tuer, ne faudrait-il pas changer de méthode, et abandonner la recherche d’une cause unique relevant d’un remède simple à appliquer, pour penser dans la globalité ? Des cloisonnements stériles La complexité relevant de facteurs multiples expliquerait le piétinement des experts. Mais de plus en plus d’intervenants dans le débat pointent du doigt les cloisonnements stériles entre

les spécialistes, étroitement enfermés dans leur raisonnement. Bien sûr, les abeilles ne pourront être sauvées qu’en passant par une opposition frontale aux logiques de profit des puissants lobbies de la chimie et de l’agriculture intensive. De nouvelles recherches scientifiques seront également essentielles pour aboutir à des moyens efficaces de lutte contre les parasites. Mais sans une véritable coopération entre tous ces acteurs, la surmortalité des abeilles n’est pas prête de diminuer. Yaël Chambon

EN CLAIR Pourquoi la science n’explique pas tout Les abeilles ne sont pas un sujet de recherche facile. Malgré les nombreuses expérimentations scientifiques menées par des laboratoires, aucune n’a encore apporté de preuve irréfutable en faveur d’une des thèses qui s’affrontent. En laboratoire, les scientifiques ont pu observer des problèmes neurologiques, des pertes d’orientation et d’appétit chez les abeilles exposées aux pesticides Gaucho et Régent (les doses administrées étant identiques à celles des champs où les abeilles butinent). Mais ces études peuvent être faussées par le changement d’environnement. L’abeille, qui ne peut fonctionner normalement qu’au sein de sa micro-société, matérialisée par la ruche, se retrouve loin de sa reine, ce qui pourrait causer les problèmes que l’on pensait dans un premier temps liés aux pesticides. Pour contrer ces arguments, les scientifiques ont donc décidé de réaliser les mêmes expérimentations, mais avec des abeilles vivant dans leur habitat naturel. Et le casse tête continue. Une abeille peut s’éloigner de la ruche jusqu’à trois kilomètres pour aller butiner. Pour tester l’impact du Gaucho sur elle, il faudra alors répandre le pesticide sur un rayon de trois kilomètres autour de la ruche, sinon les analyses risquent d’être faussées, les abeilles allant butiner des fleurs non traitées. Y. C.

> V. Tardieu a enquêté pendant un an et demi sur la disparition des abeilles. 2009 > décembre > sciences & bee

13


à la une focus

>

abeilles

La guerre des experts

Le combat dure depuis plus de 20 ans. La guerre des chefs entre pro et anti pesticides fait rage en France. Sans doute un des principaux ralentissements sur les causes de la surmortalité des abeilles. A l’heure où la multicausalité des facteurs semble acceptée par tous, il est parfois déconcertant de voir que les experts n’arrivent toujours pas à faire front commun. « Nos recherches pourraient être plus avancées. On a perdu beaucoup de temps à se bagarrer » admet, un peu dépité, Axel Decourtye,

spécialiste en écotoxicologie dans le Rhône. Chacun semble disposer d’un réservoir inépuisable de jugements cinglants à l’adresse de ses chers « confrères ». Henri Clément accuse Philippe Lecompte de sous-estimer l’impact des pesticides pour ne pas perdre les financements attribués à son association Biodiversité par BASF, la multinationale productrice du Régent. Philippe Lecompte ne se fait pas prier pour répondre  : « La position d’Henri Clément et de son syndicat, l’Unaf, est de bloquer le processus

de recherche. Il a plus d’intérêt à laisser la situation en l’état qu’à trouver des remèdes au déclin des abeilles. La crise actuelle lui permet notamment de faire bénéficier les apiculteurs d’importantes indemnités en faisant jouer les assurances ». Gil Rivière-Wekstein, journaliste agricole à Paris, ne se montre pas plus optimiste. Il estime que cette magnifique bataille pourrait durer encore 50 ans. Contaminés par un débat confus, complexe et interminable, les interlocuteurs semblent

avoir perdu leurs compétences et surtout oublié leur objectif : trouver des solutions à la surmortalité des abeilles. « Vous n’imaginez pas Henri Clément, qui tient le même discours depuis 20 ans, dire qu’il s’est trompé » explique-t-il. Pour lui, tant qu’il n’y aura pas une nouvelle génération d’experts, la situation ne se débloquera pas. Entre l’intérêt personnel et l’intérêt collectif, les seigneurs de la guerre ont tranché : ils resteront maîtres de leurs royaumes.

Y. C.

L’envers de la productivité

E. TOURNERET, FLICKR

Dans l’affaire des abeilles disparues, les apiculteurs pourraient bien être les victimes autant que les coupables. Dans son rapport d’avril 2009, l’Afssa* pointe certaines dérives de la profession, qui visent davantage la rentabilité des ruches que la santé des butineuses. « Il peut y avoir des apiculteurs qui ont des pratiques douteuses, reconnaît Joël Schiro, président du syndicat des producteurs de miel de France. Comme dans n’importe quel métier, il y a des gens qui font correctement leur travail et d’autres non ». Par exemple, les trappes à pollen installées à l’entrée des ruches récupèrent le pollen qui sera séché et revendu. Laissées en place toute l’année, elles affaiblissent la colonie en la privant d’une grande partie de sa nourriture. Cela gêne à la fois la croissance des larves et le changement de reine. Autre habitude potentiellement néfaste, le déplacement des ruches pour polliniser de nouveaux champs. Ces transhumances peuvent stresser les abeilles * Agence française de la sécurité sanitaire des aliments 14 science & bee > décembre > 2009

En Roumanie, les transhumances d’abeilles s’effectuent dans des camions et roulottes aménagés spécialement en ruchers. >


et provoquer des affrontements entre colonies. Les contacts plus nombreux entre les différents essaims induisent aussi une uniformisation génétique qui fragilise les capacités d’adaptation. Il est également important de maintenir l’équilibre démographique d’une ruche ou des réserves de nourriture suffisantes, particulièrement après la récolte du miel. Le problème se pose aussi pour le repérage des maladies et parasites qui touchent un essaim : les abeilles infectées peuvent rapidement contaminer les colonies environnantes. Et dans ce domaine, le remède peut être pire que le mal. L’Afssa remarque que mal appliqués, les traitements peuvent contaminer les cires de la ruche et mettre les reines en danger. Manque de formation C’est d’autant plus important que « les apiculteurs sont pratiquement les seuls acteurs de terrain, les vétérinaires étant quasiment absents », selon Jean-Marie Barbançon, spécialiste des pathologies apicoles et apiculteur dans la Drôme, dans un rapport de 2009. Ces mauvaises pratiques proviendraient d’un manque de formation. Pour s’occuper des abeilles, il n’existe en effet ni filière officielle ni diplôme d’Etat. Les apiculteurs ont donc des niveaux de formation très variés. Des stages organisés par les syndicats aux sites internet en passant par des livres, chacun se forme comme bon lui semble. La filière apicole a également la particularité d’être composée de plus d’amateurs que de professionnels (lire page 5). La distinction se fait uniquement au niveau économique : tout apiculteur qui tire des abeilles son principal

pratique dangereuse <

revenu, est considéré comme un professionnel. Les spécialistes recommandent des formations continues et contrôlées par des organismes compétents. Mais la professionnalisation de la filière n’est pas pour demain. Les syndicats rechignent à se pencher sur la question. « Je ne suis pas dans ce débat profes-

sionnels-petits producteurs », explique Henri Clément, président de l’Union nationale de l’apiculture française. Et de rappeler que les amateurs ont leur importance, puisqu’ils maintiennent un réseau d’abeilles sur tout le territoire. A.-L. D. et J. G.

/ apiculteurs Le lien n’est pas rompu partout agriculteurs

Le monde agricole a changé. Au fil du temps, les relations entre apiculteurs et agriculteurs se sont détériorées. « Avant, cela se passait bien, confie Gil Rivière-Wekstein, journaliste agricole au mensuel Agriculture et Environnement. Tout le monde se connaissait, et savait comment faire ». Mais les apiculteurs se sont peu à peu élevés contre l’agriculture intensive, et on a commencé à interdire aux agriculteurs l’usage de produits qu’ils estimaient utiles. S’il s’est radicalisé, le lien entre agriculteurs et apiculteurs n’est pas rompu partout. C’est ce qu’illustrent les projets de jachères apicoles. Le principe : les agriculteurs acceptent d’ensemencer leurs terrains en jachère avec des fleurs

riches en pollen, en échange d’une subvention du conseil général. La jachère apicole existe depuis 1992 en France, l’initiative a été impulsée par le réseau Biodiversité pour l’abeille. Ce partenariat rassemble de plus en plus d’apiculteurs et agriculteurs, et les jachères apicoles couvrent aujourd’hui plus de 1 000 hectares, répartis dans 41 départements, selon le réseau. Elles ont plus que doublé par rapport à l’année dernière. Chacun y trouve son compte. Les apiculteurs observent une hausse de la production de miel, et des abeilles en meilleure santé. Les sols des terrains agricoles se fertilisent à nouveau. Même les chasseurs approuvent : la biodiversité créée par la jachère attire le gibier sauvage. J. G.

importations

Les apiculteurs importent des abeilles du monde entier, depuis 1870. But : se procurer des races plus résistantes, plus productives et moins agressives, soit en important des races entières, soit en créant des hybrides par l’insémination artificielle. Mais ces insectes amènent parfois avec eux des maladies et des parasites, comme le

Varroa arrivé d’Asie vers 1970, ou le virus IAPV du Moyen-Orient dans les années 2000. Interdites en 2003, les importations de reines et d’essaims ont de nouveau été autorisées en 2008. Les reines doivent arriver en douane avec un formulaire des services vétérinaires attestant

qu’elle proviennent d’un élevage épargné. Un vétérinaire les examine à l’aéroport. Mais le commerce des abeilles manque encore de traçabilité, d’autant que certains apiculteurs continuent à acheter des reines hors des filières officielles, moins chères mais aussi moins fiables.


à la une

>

abeilles

Les lacunes du suivi sanitaire Tout en haut, « le ministère de l’Agriculture. Tout en bas, des agents sanitaires apicoles, sur le terrain. Les informations sur la santé des abeilles remontent peu ou mal, les vétérinaires sont jugés absents, mais les maladies sont, elles, bien présentes.  

« Depuis 40 ans, la prise en charge de l’apiculture par les vétérinaires est un échec ». Gil Rivière-Wekstein, auteur d’ « Abeilles, l’imposture écologique », pointe du doigt le suivi sanitaire de la filière apicole française, qui n’a pas su empêcher la propagation du Varroa. Si l’avis est sévère, il n’en reflète pas moins une réalité : la spécialité « abeilles » était absente de la formation vétérinaire jusqu’en 2005. Aujourd’hui, une seule formation existe en France (lire ci-contre). Pour pallier ce manque de spécialistes, des agents sanitaires apicoles (Asa) existent depuis les années 1960. Ces acteurs de terrain ne sont pas vétérinaires mais apiculteurs. Nommés par le département, ils sont chargés de contrôler le cheptel apicole, et de diagnostiquer les maladies. En théorie seulement, car le rapport d’avril 2009 de l’Afssa* a souligné les déficiences de ce suivi. Yves Layec, membre de la Fnosad**, en a conscience : « les Asa sont trop peu nombreux pour contrôler suffisamment de ruchers (deux ou trois par département, ndlr). Et ils manquent souvent de temps, puisqu’ils font le même travail que ceux qu’ils doivent visiter ». Leur formation, il la juge suffisante. A ceci près qu’elle a été interrompue en 2007, et que les départs à la retraite ne sont plus remplacés. Dispensée par le laboratoire de l’Afssa,

H.MOURET, B.YONTER, CVFSE/ENVN

* Agence française de la sécurité sanitaire des aliments

Le miel est moins sucrant que le sucre > faux Le pouvoir sucrant du miel est 1,25 à 1,35 fois supérieur à celui du sucre, grâce à sa richesse en fructose et glucose. Ainsi, une cuillère de miel suffit à sucrer un thé ou un yaourt. C’est naturel, et moins calorique (20 % de moins). 16 science & bee > décembre > 2009

la formation des Asa s’est heurtée au manque « d’effort financier » des collectivités. La Fnosad a pris le relais depuis peu, et propose des remises à niveau. Mais la remontée d’informations du terrain reste insuffisante pour mettre en place des réponses appropriées. Pour le moment, ces réponses sont au nombre de trois pour le Varroa, trois antibiotiques, dont un seul possède une efficacité suffisante, d’après l’Afssa. Médicament inefficace, trop cher, autant de raisons qui poussent certains apiculteurs à ne même pas traiter le virus. Ou à utiliser des traitements non autorisés, destinés à d’autres animaux. Yves Layec confirme  : « il suffit de connaître quelqu’un dans le monde agricole. Les antibiotiques des lapins se vendent au kilo ! » Des plans sanitaires d’élevage se mettent en place, pour mieux appliquer la réglementation en matière de pharmacie. Mais ils se heurtent à la pénurie de vétérinaires. Pour Yves Layec, il ne s’agit pas d’un échec. « Nous n’avons peutêtre pas lutté de façon efficace, mais nous n’aurions pas pu empêcher le développement du Varroa. Il est partout, même à Hawaï ! ». Un sentiment d’impuissance qui ne convainc pas Gil Rivière  : « avec un meilleur réseau vétérinaire, on aurait pu éviter la situation actuelle ». Agathe Debraine ** Fédération nationale des organisations sanitaires apicoles départementales

vrai ou faux

?

Toutes les abeilles sont à rayures jaunes et noires > faux Il existe des abeilles noires. Elles ont des reflets bleu violet sur les ailes. Cette race d’abeille a la particularité de s’adapter à un climat frais. Elles sont communément appelées abeilles charpentières et aiment vivre dans les boiseries.

Les abeilles n’aiment pas les couleurs sombres > vrai Une abeille n’est pas un insecte agressif. Elle pique pour se défendre et défendre son essaim. Mais avant de s’en approcher, mieux vaut prendre quelques précautions : être vêtu de couleur claire, voire en blanc (comme la tenue des apiculteurs), ne pas faire de gestes brusques, et éviter le bruit.

La gelée royale est produite à partir du nectar des fleurs > faux Contrairement à beaucoup d’idées reçues, la gelée royale n’est produite qu’à partir des glandes pharyngiennes situées au niveau de la tête des abeilles. Pas besoin de matière première si ce n’est l’abeille elle-même.


nos trois questions à...

Monique L’Hostis est vétérinaire et enseigne à l’école nationale vétérinaire de Nantes. Elle s’intéresse aux abeilles depuis 1983 et a mis en place une formation pour les vétérinaires voulant se spécialiser dans les abeilles.

Comment soigne-t-on une abeille ? Une abeille isolée ne vit pas. On ne parle pas d’une abeille en tant qu’individu mais en tant que colonie. Il faut donc soigner une colonie. Soigner signifie savoir pourquoi elle ne va pas bien. Nous faisons un bilan grâce à des outils de diagnostic et épidémiologiques (pour détecter les épidémies). Pour cela, nous regardons le fonctionnement de la ruche, les agents pathogènes... Et comment la maladie est arrivée, les facteurs. Le médicament est utilisé à titre préventif pour empêcher la maladie de se déclarer. Il existe très peu de médicaments efficaces une fois la maladie installée. En France, trois seulement sont commercialisés et autorisés. Tous trois sont utilisés contre le varroa. Le traitement s’effectue au moyen d’une languette déposée dans la ruche, qui diffuse un produit. Il existe aussi d’autres procédés, comme de petits gels.

Comment sont formés les vétérinaires Spécialisés APICOLES ? La seule formation qui existe est celle que j’ai créée à l’école vétérinaire de Nantes : le diplôme inter-école d’apiculture - pathologie apicole. Une formation continue est proposée aux vétérinaires pendant quatre semaines, soit 120 heures de cours. Dans une école vétérinaire ordinaire, la formation sur l’abeille représente une heure de cours. C’est une filière orpheline, et qui n’intéresse pas forcément tout le monde. Cette formation est donc post-universitaire pour les vétérinaires professionnels. Les premiers cours ont commencé en 2005. Actuellement en France, il va y avoir 37 vétérinaires apicoles ! Il existe certainement des formations personnelles, moins reconnues. Dans la mouvance environnementale actuelle, les vétérinaires s’intéressent de plus en plus à cette formation. Notre objectif serait d’avoir un maillage géographique de vétérinaires apicoles dans tout l’Hexagone. Ça avance. Le processus est lancé, mais on ne peut pas aller plus vite.

Quelle est votre position sur la disparition des abeilles ? Pour comprendre la situation actuelle, il faut remonter le temps. Nous vivons dans un écosystème, c’est-à-dire un ensemble de compartiments vivant sur un biotope : le sol, l’eau. En résumé, la terre froide. Sur ce biotope s’installent des végétaux, sur ces végétaux, des animaux. Tout cela est lié. Et l’animal ne pourra pas vivre si la niche écologique n’est pas prête. Le paysage depuis les années 1950 a changé. Par le passé, il y avait des

Monique L’Hostis

bocages, des haies, des talus, du blé, de l’orge... C’était très artisanal, avec une structure vivrière de proximité. La faune des insectes et les coccinelles pouvaient se rendre sur le blé pour manger les pucerons. Aujourd’hui, nous avons des monocultures. La flore a changé d’allure et les animaux qui venaient sur les cultures ne peuvent plus le faire, du fait des espaces immenses des champs. La coccinelle pourra se rendre sur le

bords des cultures, mais pas au milieu. Nous déséquilibrons l’écosystème en utilisant des aides chimiques. Beaucoup d’animaux disparaissent mais on ne le voit pas. Les abeilles, les chauves-souris, les oiseaux, les hirondelles notamment. Quand on tue les insectes et les pucerons, il n’y a pas de raisons que l’on ne tue pas aussi les abeilles. Propos

recueillis par

E. Michaud

2009 > décembre > sciences & bee

17


à la une

>

abeilles

Les ruches se font urbaines Si les butineuses désertent les campagnes, elles semblent bien plus à l’aise dans les zones urbaines. Beaucoup de villes de France, Lyon en tête, se transforment en terre d’accueil pour les abeilles domestiques et sauvages. a lyon à vous la ruche

L’abeille des villes au secours !

Si vous aussi voulez faire de votre balcon un havre pour les abeilles, rien de bien compliqué.

<

cultivez sain et varié

Commencez par planter des plantes mellifères variées (lavande, romarin, chèvrefeuille), en préférant celles qui fleurissent plusieurs fois par an. Laissez aussi les pesticides au placard : vous offrirez une nourriture saine et abondante à tous les butineurs urbains.

<

suspendez un refuge

Les magasins spécialisés vendent de vrais hôtels pour insectes, à accrocher dehors. Mais une bûche en bois vermoulu trouée à la perceuse ou des petites branches creuses de sureau ou de buddleia feront aussi l’affaire. Faites attention à ne pas détruire les nids creusés dans vos volets à même le sol. H.MOURET, A-L.DUPIN, A.GRANGER, FLICKR

<

Depuis avril dernier, la mairie du 8e arrondissement de Lyon accueille sur son toit des ruches urbaines. Deux récoltes de miel ont déjà été effectuées. >

La Maison Blanche de Michelle Obama, l’Opéra Garnier à Paris et le parc de la Tête d’Or à Lyon... Tous ces lieux ont un point commun  : ils produisent leur propre miel, au beau milieu de la ville. Installées sur des toits ou dans des jardins publics, les abeilles domestiques butinent les fleurs aux alentours et produisent un miel de qualité. L’idée d’installer des Quelques branches creuses suffisent à abriter des abeilles sauvages. >

ruches en ville est moins saugrenue qu’il n’y paraît. Peu sensibles à la pollution urbaine, les abeilles souffrent beaucoup plus des pesticides qui imprègnent la campagne. D’autant que les mairies tendent de plus en plus à renoncer aux produits phytosanitaires pour leurs espaces verts, comme l’a fait la ville de Lyon qui accueille des ruches à la Duchère ou sur le toit de la mairie du 8e arrondissement. Les jardins privés et publics ont une flore abondante et bien plus variée que les campagnes abonnées à la monoculture. Tout au long de l’année, les abeilles trouvent donc de quoi butiner à l’ombre des immeubles, et la température plus élevée de quelques degrés leur permet de rester actives

votre miel maison

Si vous tenez à déguster votre propre miel au petit déjeuner, vous pouvez légalement construire une ruche dans votre jardin. Tout essaim trouvé sur votre propriété vous appartient. Mais n’oubliez pas qu’on ne s’improvise pas apiculteur. Garder ses abeilles actives et en bonne santé demande bien plus de soin qu’il n’y paraît.

18 science & bee > décembre > 2009

> Ce que les riverains en disent Dans le 8e à Lyon, les ruches installées sur le toit de la mairie surplombent les jeux pour enfants, sans inquiéter les parents. « Je viens très souvent ici, et je n’ai jamais vu personne se faire piquer », explique une jeune maman. « Et s’il y avait un danger, on nous aurait prévenus ». « Les abeilles, c’est quand même moins dangereux que les voitures », ajoute Olivier, qui ramène son fils de l’école. Le côté écologique a aussi séduit. « C’est plutôt une bonne chose de protéger les abeilles comme ça », estime Christian, qui habite quelques rues plus loin. « C’est même dommage qu’on ne puisse pas visiter... »


<

sensibiliser le public et les élus à l’importance économique et écologique des abeilles. Mais si l’Apis Mellifera qui fabrique notre miel est plutôt populaire, il ne faudrait pas pour autant qu’elle éclipse ses cousines, le millier de races d’abeilles sauvages françaises. « D’un point de vue écologique, c’est une hérésie de protéger les abeilles domestiques », s’amuse Hugues Mouret, directeur d’Arthropologia, dans le Rhône. Cette association est spécialisée dans la protection des insectes, et notamment les abeilles sauvages qui représentent un patrimoine génétique bien plus varié et garantissent une pollinisation tout aussi efficace que leurs cousines. C’est de cette constatation

qu’est né Urbanbees, un projet pilote qui réunit Arthropologia, l’Union européenne, le laboratoire apicole de l’Inra (Institut national de recherche agronomique), les villes de Lyon et Villeurbanne, le Centre de culture scientifique, technique et industrielle du Rhône et le Musée d’histoire naturelle de Londres. Objectif : accueillir au cœur de la ville les abeilles sauvages, en leur offrant des refuges adaptés et une flore variée et non traitée. Entre 2010 et 2013, les partenaires du projet vont surveiller de près la population des abeilles sauvages, pour tenter de mieux connaître ces insectes dont on sait « tellement peu de choses », selon Bernard Vaissière, chercheur à l’Inra.

Allemagne

En mai 2008, l’Allemagne s’est alignée sur la France pour faire interdire le pesticide Poncho-Maïs produit par le laboratoire Bayer, jugé dangereux pour les abeilles. En Europe, la France est le pays le plus strict pour l’utilisation de produits phytosanitaires. C’est le seul Etat membre à avoir retiré l’usage du Gaucho, pourtant homologués au niveau européen.

de l’abeille des champs même en hiver. Le miel des abeilles de ville est d’ailleurs souvent meilleur que celui des champs, avec un goût prononcé et original, dû aux très nombreuses plantes dont il est issu. Et son analyse donne de précieuses indications sur la flore urbaine et son niveau de pollution (lire page 21). Mais les ruches urbaines ne représentent pas pour autant une alternative économique. « L’avenir des apiculteurs n’est pas à Paris », reconnaît Henri Clément, président de l’Unaf. Ni à Lyon. L’Union nationale de l’apiculture française (Unaf) a beaucoup œuvré pour implanter des ruches urbaines dans toutes les régions, avec son projet « Abeille, sentinelle de l’environnement ». Une opération pour

en

<

en

Nouvelle-Zélande

En Nouvelle-Zélande, on ne cherche même pas à traiter les virus comme le Varroa. La solution est plus radicale : les colonies sont systématiquement détruites. Toute contamination est ainsi évitée, mais une perte de cheptel a un coût pour les apiculteurs. A la différence de la France, l’Etat néozélandais participe à l’effort et les indemnise.

Anne-Louise Dupin

ça se passe ailleurs <

aux

é tats-unis

Pour pallier le manque d’abeilles qui pollinisent les champs, les Etats-Unis ont essayé une solution de secours. Utiliser, par exemple, des bourdons et des mouches comme pollinisateurs de rechange. Malheureusement, ils n’ont ni l’agilité ni la polyvalence des abeilles.

<

en

C hine

Chaque année, armés d’un petit plumeau, ils fécondent les fleurs à la main. Dans la région chinoise du Sichuan, les paysans remplacent désormais les abeilles. Car celles-ci ont disparu. L’utilisation non-contrôlée de pesticides a tué toutes les plantes à pollen qui subvenaient aux besoins de la ruche. Dans cette région qui vit de la culture de la poire, la production fruitière s’est effondrée. Mais alors qu’une ruche peut féconder trois millions de fleurs en une journée, les hommes ne pourront se charger que de 30 poiriers. 2009 > décembre > sciences & bee

19


à la une > abeilles climat Le réchauffement Les changements de climat sont eux aussi mis en cause pour expliquer la surmortalité des abeilles. L’argument semble peu convaincant, pour les scientifiques comme pour le monde apicole. « C’est vrai qu’en juilletaoût, les colonies souffrent, mais le réchauffement climatique est encore une

ne convainc pas

fausse excuse. D’autre part, il peut être positif au printemps, lorsqu’il fait plus chaud. Et on n’a jamais vu autant d’apiculture dans le nord ! » affirme Jean-Paul Faucon, chef de l’unité pathologie de l’abeille à l’Afssa, qui estime que l’incidence du climat dans la disparition des abeilles est moindre.

Les climats jouent certes un rôle important, et les apiculteurs ne peuvent pas toujours les gérer, ni les prévoir. Jérôme Vandame, de la Fnosad, évoque ainsi « un hiver trop rude, qui peut décimer totalement une colonie ». Ou encore « une période de sécheresse pouvant fragiliser la colonie, qui

produira alors moins de miel ». Les pics de chaleur ou de froid ont également une influence sur la flore, et les abeilles auront plus de mal à butiner et à se nourrir. Pour Jérôme Vandame, « Oui, il y a des impacts, directs ou indirects. Mais qui sont très difficiles à mesurer ». P. B.

Abeilles sous les ondes

S.KIMMEL, M;BERAUD, S.SOARES

À l’origine, il y a George Carlo. Un chercheur américain subventionné par les entreprises de télécommunications, pour tenter de prouver la non-nocivité des ondes électromagnétiques. Hélas, ses travaux n’ont réussi qu’à prouver... le contraire. Devenu paria, le chercheur a fait des émules. C’est en Allemagne, à l’institut apicole de Mayen et à l’université de Landau, que les recherches ont continué. Les docteurs Jochen Kuhn et Herman Stever ont ainsi prouvé que la surexposition à des ondes électromagnétiques perturbait les abeilles. Leurs chiffres de 2005 montraient même que près de 70% des abeilles irradiées ne revenaient pas à la ruche. « Un faux problème » Toutefois, ces expériences sont à prendre avec des pincettes. Selon Jean-Paul Faucon, responsable de l’unité Abeille de l’Afssa (Agence française de sécurité sanitaire des aliments), la disparition des abeilles causées par les ondes « n’est pas une piste. C’est un faux problème, du “pipeau”. La preuve en est que les abeilles de ville se portent très bien ! ». Les appareils utilisés lors des expériences émettaient des ondes de type DETC, différentes de celles émises par les antennes-relais ou les téléphones portables (GSM), par exemple. 20 science & bee > décembre > 2009

> Les abeilles sont irradiées puis relâchées. L’expérience de l’université de Mayen (Allemagne) prouve que les abeilles fortement irradiées aux ondes GECT sont plus perturbées que les abeilles saines.

Mais surtout, « la saturation de ces ondes était considérable et n’a donc rien de comparable avec le milieu extérieur  », insiste J.-P. Faucon. Du côté des professionnels de la santé de l’abeille, le problème n’est pas non plus pris au sérieux. Jérôme Vandame, porte-parole de la Fnosad (Fédération Nationale des Organisations Sanitaires Apicoles Départementales), affirme que « si problème il y a avec les ondes, il ne vient sûrement pas des antennesrelais ». Coïncidence ou conséquence ? Jean-Daniel Granade, président des apiculteurs professionnels de Drôme et Ardèche, a, quant à lui, vu ses 140 ruches se vider lors de l’apparition du wifi dans sa région. Mais aucune relation n’a pour l’instant été établie. P. B.

> repères Le 4 février 2009, la cour d’appel de Versailles a ordonné le démontage de l’antenne-relais de Tassinla-Demi-Lune au nom du principe de précaution. Les riverains se plaignaient de « troubles anormaux ». C’est la première fois qu’une décision de cet ordre a été prise. Elle intervient alors que les questions se posent sur la nocivité, ou non, des ondes électromagnétiques sur les être vivants. Mais les abeilles, elles, n’ont pas de recours en justice...

450 signes


Société

abeilles utiles

Le projet Bee’s (lire <>légende en basgauche de page) photo montre que des abeilles dressées pourraient détecter des maladies humaines, comme le cancer des poumons ou de la peau.

écologie Quand miel et pollen mesurent la pollution Les avions ne sont pas les seuls à voler autour de Lyon Saint-Exupéry. Des abeilles aussi, installées au bout des pistes pour mesurer la pollution : dix ruches en tout, et leurs quelque 800 000 habitantes. Ces abeilles butinent surtout les céréales cultivées autour de l’aéroport. Le miel produit et leur pollen sont analysés pour mesurer les taux de métaux lourds (plomb, zinc et cadmium) et d’hydrocarbures.

secret défense

L’art confidentiel du dressage d’abeille Dresser une abeille, c’est possible, mais top secret. Dans des camps militaires grandeur miniature, les armées française et américaine entraînent les abeilles à reconnaître une couleur, une odeur ou une texture (lire aussi ci-dessous). L’expérience est en fait relativement simple. Martin Giurfa, directeur du centre de recherche sur la cognition animale, confirme « Les abeilles

sont capables d’apprendre toutes les informations, si elles sont récompensées par une sucrerie après ». L’abeille conservera cet apprentissage dans sa mémoire tout au long de sa vie. Dans un laboratoire, les abeilles sont facilement contrôlables. Mais une fois lâchées dans la nature, la tâche se complique. « Même s’il existe des radars que l’on

fixe sur les abeilles, ils risquent de ne plus fonctionner à cause des arbres et arbustes ». En Suisse et aux Etats-Unis, des chercheurs essayent même de remplacer les chiens par des abeilles renifleuses ! Pour l’instant, les armées n’ont pas dévoilé le but précis de leurs recherches, ni aucun résultat. Pour Martin Giurfa, ces études restent encore trop contestées. Emmanuelle Michaud

expérience

Détectrices de maladies Des abeilles pourraient diagnostiquer nos maladies. C’est en tout cas ce qu’a voulu prouver Susana Soares, designer espagnole, avec son projet « Bee’s » (photo ci-dessus). Les outils : des objets en verre. Leur forme arrondie maximise l’impact de l’analyse du souffle. À l’intérieur, deux chambres à air. La plus petite sert d’espace de diagnostic, tandis que la grande contient les abeilles entraînées. Le patient expire alors dans la petite chambre, et si les abeilles reconnaissent une odeur associée à une pathologie, elles y entrent. Elles peuvent aussi surveiller les cycles de fécondité d’une femme, grâce à des changements d’odeurs provoqués par les hormones. E. M.

< Les ruches de l’aéroport de Lyon Saint-Exupéry sont gérées par l’apiculteur professionnel Michel Béraud.

Elles permettent également de mesurer la composition et l’évolution de la flore autour de l’aéroport. L’utilisation de pesticides est contrôlée : des jachères apicoles sont en cours d’installation. Précieux outils pour mesurer la pollution, ces abeilles d’aéroport n’en oublient pas de faire leur travail. Elles produisent 200 kg de miel par an, gérés par Michel Béraud, apiculteur professionnel. E. M.

2009 > décembre > sciences & bee

21


Société

abeilles et médecine

témoignage

« J’aurais pu éviter l’amputation »

E.MICHAUD

Le miel a sauvé son pied. Ou presque. Antoine Bonfils a découvert malgré lui les vertus du miel. Cela s’est produit au retour d’une expédition dans l’Everest, après avoir été amputé des orteils.

Si à peine trois mois lui ont suffit à se relever après son amputation, Antoine Bonfils le doit en partie aux vertus cicatrisantes du miel. Car il y a tout juste un an, le jeune journaliste, alpiniste et coureur cycliste, part à l’ascension de l’Everest réaliser une émission pour France 2. Pris dans une avalanche, il est porté disparu. « Pendant quatre jours, c’est le calvaire. Sans eau. Sans nourriture ». Rapatrié en France, le diagnostic est sévère : « Mes orteils sont perdus. Il ne sont plus vascularisés. Je dois être amputé ». Le 11 novembre 2008, Antoine n’a plus d’orteils au pied droit. De son côté, le professeur Descottes travaille depuis 25 ans sur les vertus du miel. Lorsqu’ Antoine découvre ses travaux, il n’hésite pas une seule seconde. « Qui est le charlatan ? Un chirurgien orthopédique qui t’ampute sans se soucier des conséquences futures sur ta vie ? Ou un chirurgien qui travaille depuis 25 ans sur l’apithérapie et a soigné plus de 3 000 patients de façon « douce »  ? Bien sûr, j’avais

quelques réticences à utiliser du miel sur mon pied, mais c’était sans commune mesure avec la barbarie dont ont fait preuve certains chirurgiens ». Tartiner le pansement comme une biscotte Avant de se lancer, Antoine veut connaître les risques. Il en parle à son prothésiste. Il ne trouve aucune contreindication. Il consulte six chirurgiens. Aucun ne partage le même avis sur cette méthode de cicatrisation. Antoine est abasourdi. Le 1er janvier 2009, il reçoit un kilo de miel de thym assorti de la posologie. « Je dois tartiner le pansement de miel, comme une biscotte, et me l’appliquer sur le pied. » A partir de cet instant, Antoine arrête la morphine. C’est une libération : « Avec le miel sur la plaie, les pansements n’attachent plus. ça se décolle tout seul, sans effort et surtout sans douleurs. » Le 15 février, Antoine est en selle sur un vélo. La plaie est cicatrisée. Aujourd’hui, il participe de nouveau à des courses. Le miel a été pour

22 science & bee > décembre > 2009

< De passage à Lyon, Antoine Bonfils n’a pas résisté à un tour de Vélov’. Les deux pieds sur les pédales, rien ne transparaît de son amputation des orteils droits, il y a tout juste un an.

lui une découverte. « Je regretterai une chose toute ma vie : avoir été amputé ! Le docteur Descottes m’avait dit avant de mourir* qu’on aurait pu éviter l’amputation en mettant du miel sur les nécroses. Cela aurait ravivé les chairs et les tissus et aurait

aidé la revascularisation des orteils ». Un regret qui ne l’empêchera pas de partir pour l’Himalaya en avril prochain. Quant au miel au thym, c’est maintenant sur de vraies biscottes qu’Antoine l’utilise. Emmanuelle Michaud


Le saviezvous ? en pratique

Cicatriser grâce au miel Les produits de la ruche ont des vertus reconnues. Le miel, particulièrement, possède des pouvoirs antibactériens et cicatrisants. Un constat que le professeur Bernard Descottes, chef du service de chirurgie viscérale et transplantation du CHU de Limoges, a fait il y a 25 ans. En 1984, il utilise pour la première fois le miel sur une plaie infectée après une opération. Un succès. Mais il faut être prudent. « Ce n’est pas un produit miracle », précise Ghislaine Pautard, infirmière au CHU de Limoges dans l’équipe du professeur Descottes. En effet, même si l’utilisation des produits de la ruche se développe, il faut respecter un certain protocole. Venin d’abeille, propolis (cf « Le saviez-vous ? »), gelée royale... autant de produits sont utilisés en apithérapie. Les tests et expériences sur

le venin d’abeille ne sont pas suffisants, il n’y a aucun recul sur son utilisation. Le CHU de Limoges travaille avec un apiculteur qui suit lui-même une charte à usage médical. Le miel qu’il fournit à l’hôpital est analysé et stocké dans la pharmacie centrale de l’établissement. Les patients qui ont recours à cette technique se voient distribuer un pot de 40 grammes de miel. Il n’est pas utilisé par l’équipe de chirurgie de façon systématique. L’exploitation du miel se fait pour une cicatrisation de seconde intention ou cicatrisation dirigée. « Lorsqu’il y a complication après une opération et qu’un hématome ou un abcès apparaissent alors on peut se servir du miel comme cicatrisant », explique Ghislaine Pautard. « On évacue l’abcès et on applique le miel en fine pellicule sur la cavité. Pour le

maintenir, on l’emprisonne avec une compresse ». Grâce au miel, les plaies cicatrisent deux fois plus vite. Mais cette méthode et l’apithérapie plus généralement ne sont pas reconnues officiellement. Une association francophone d’apithérapie (AFA) a été créée en 2007. « Cet organisme vise à promouvoir la reconnaissance des produits de la ruche auprès du monde médical, para-médical et celui des médecines traditionnelles », raconte Marie-France Trouvé, membre de l’association. Un objectif difficile à atteindre tant qu’aucune preuve scientifique n’a été apportée. Cette démarche a débuté il y a peu. Des scientifiques se sont mis à effectuer des recherches sur le sujet afin de mieux se servir des produits de la ruche. Emmanuelle Sauzedde

allergies

Les dangers du venin Aujourd’hui le venin est utilisé pour soigner les rhumatismes, arthrites chroniques et certaines maladies inflammatoires. Mais ce n’est pas sans risque. La réaction allergique ne dépend pas de la dose de venin injectée. Une seule piqûre suffit à la déclencher. La douleur est immédiate. L’aiguillon et la glande à venin restent accrochés à la peau. Il faut donc retirer le dard rapidement. Le réflexe serait d’utiliser une pincette par exemple. Surtout pas ! La glande pourrait éclater et libérer encore plus de venin. Comme on ne connaît pas la provenance de l’abeille, il est important de désinfecter la plaie. Il existe quelques astuces pour éviter de se faire piquer. Les parfums ou les crèmes solaires odorantes attirent les guêpes et les abeilles. Les couleurs des vêtements trop lumineuses pouvant ressembler à celles des fleurs sont déconseillées.

E. S.

> Le pansement au miel pourrait faire son apparition en France, alors qu’il existe déjà en Allemagne, aux Pays-Bas et aux États-Unis. Le docteur Descottes aurait réussi à convaincre un laboratoire pharmaceutique de fabriquer ce pansement. Imbibé de miel, il permettrait de cicatriser plus rapidement qu’avec un pansement ordinaire. > La propolis est un enduit dont les abeilles se servent pour protéger la ruche d’ennemis potentiels. Elles la fabriquent à partir de diverses résines qu’elles recueillent sur les bourgeons et l’écorce des arbres comme le peuplier. Pour certains apiculteurs, la propolis est une gêne. Elle se vend très cher et est utilisée dans beaucoup de produits de beauté et d’homéopathie. > Grâce à son PH acide, le miel est un antiseptique. Une oxydase, enzyme permettant la fixation du miel sur la peau, est contenue modifie le glucose en eau oxygénée, un nettoyant puissant. C’est pour cela que le miel ne pourrit jamais ! Le miel de thym est le plus recommandé. Le thym est l’un des plus puissants antiseptiques. En règle générale, il est conseillé d’utiliser le miel mono floral, fait à partir d’une seule variété de fleurs (miel d’eucalyptus, de lavande, de sauge).

2009 > décembre > sciences & bee

23


science&bee

>

va plus loin

R epères Difficile de concevoir un monde sans fruits, sans légumes. C’est pourtant le scénario catastrophe véhiculé par certains défenseurs des abeilles, si la disparition de celles-ci s’avérait irrévocable. Un alarmisme loin d’être justifié, qui met cependant en avant le rôle fondamental de l’abeille pour l’homme.

Extinction de l’abeille Pénurie dans nos assiettes

FLICKR, E.SAUZEDDE

Par Karen Govou Einstein l’aurait annoncé : « Si les abeilles venaient à disparaître, l’homme n’aurait plus que quatre années devant lui ». Sans abeilles, plus de pollinisation, plus de plantes, plus d’animaux, plus d’hommes ? Une citation devenue célèbre mais dont l’authenticité reste douteuse (lire page 25). Ce schéma un peu simpliste part néanmoins d’une réalité : les abeilles sont à la base de notre alimentation. La production de nombreux fruits et légumes dépend en effet de la pollinisation par les abeilles. Leur disparition entraînerait un changement conséquent dans notre mode d’alimentation. Aujourd’hui, le consommateur peut s’approvisionner dans un supermarché. Il peut remplir son caddie de fruits et légumes variés, et pourra choisir entre l’orange d’Espagne, de France ou encore de Floride, pour un prix abordable. 24 science & bee > décembre > 2009

Autre époque, mêmes conditions, les abeilles en moins. Ce consommateur verrait son choix considérablement restreint, avec des étalages moins garnis. Surtout, la différence se sentirait au niveau de son porte-monnaie : les fruits et les légumes seraient devenus des produits de luxe. Leur production resterait possible, en partie grâce à l’autopollinisation passive ou au vent. Mais sans l’action des abeilles, le résultat naturel est moins efficace et moins rapide. La qualité des produits est amoindrie. Un budget nourriture qui exploseRAIT Pour Bernard Vaissière, spécialiste de la pollinisation des cultures au sein du laboratoire Abeilles et environnement de l’Inra, le consommateur verra son budget nourriture exploser. Un risque

> Les abeilles ne sont pas les seuls insectes pollinisateurs. Les bourdons sont aussi très importants pour la biodiversité et l’agriculture. Cependant, ils ont aussi tendance à disparaître (lire page 30). > Pour Nicola Gallai, du laboratoire montpelliérain d’économie théorique et appliqué (LAMETA), la disparition des abeilles est une menace pour la consommation. > Bernard Vaissière est chargé de recherche à l’Inra (Institut national de la recherche agronomique) et animateur du Laboratoire de pollinisation entomophile. Il est l’un des rares chercheurs français spécialistes des insectes pollinisateurs.

> En cas de disparition totale des abeilles domestiques, on pourrait toujours consommer des fruits et légumes mais de moindre qualité.


Une soi-disant citation d’einstein... datée des années 1990 Qui a dit : « Si les abeilles venaient à disparaître, l’homme n’aurait plus que quatre années devant lui. Sans abeilles, plus de pollinisation, plus de plantes, plus d’animaux, plus d’hommes » ? C’est dans les années 1990 que la citation apparaît

pour la première fois dans des journaux belges, suite à un communiqué de presse distribué par l’Union nationale d’apiculture française. Souvent attribuée à Einstein, il n’a cependant jamais été prouvé qu’il en

soit l’auteur. Aucun écrit d’Einstein n’a été retrouvé à ce sujet. Jean-Christophe Vié, auteur du livre Le jour où l’abeille disparaîtra, indique d’ailleurs sur la quatrième de couverture que ce mystérieux oracle lui est attribué « probablement à tort ».

la chaîne alimentaire > La chaîne alimentaire est constituée de l’ensemble des êtres vivants qui se nourrissent les uns des autres. C’est à partir de cette chaîne que l’équilibre de l’écosystème s’établit. Les relations entre les abeilles et les plantes à fleurs sont très proches des relations entre l’abeille et l’homme. L’homme étant au bout de la chaîne alimentaire, la disparition d’un maillon de cette même chaîne provoque une gêne non négligeable pour la survie de l’être humain.

qui pourrait se répercuter de l’assiette au moral. En effet, d’après Nicola Gallai, du laboratoire montpelliérain d’économie théorique et appliquée (Lameta), une augmentation des prix amène bien souvent à une perte de bien-être. Plus sérieusement, dans un numéro de la revue Ecological Economics parue en 2009, Bernard Vaissière affirme : « les équilibres alimentaires mondiaux seraient profondément modifiés pour trois catégories (les fruits, les légumes et les stimulants, comme le café et le cacao) en cas de disparition totale des pollinisateurs : la production mondiale ne suffirait plus à satisfaire les besoins aux niveaux actuels. Les régions importatrices comme l’Union européenne seraient plus particulièrement touchées ». Mais Nicola Gallai insiste : l’espèce humaine ne va pas disparaître quatre

bactérie

plante

homme

abeille

ans après un déclin des pollinisateurs. Les principales cultures consommées par les hommes ne dépendent pas de ces insectes (Klein et al. 2007). On parle ici des céréales, comme le blé ou des pommes de terre. De plus, les

2007). Aujourd’hui, la vanille est même pollinisée à la main à Madagascar et à la Réunion, car la seule espèce qui la pollinise a disparu. Même si le consommateur n’en a pas toujours conscience, il est difficile

Les principales cultures consommées par les hommes ne dépendent pas des pollinisateurs abeilles domestiques sont élevées par l’homme. Il peut ainsi contrôler à long terme leur abondance. Problème : ces pollinisateurs domestiques ne sont pas efficaces sur toutes les cultures. La vanille, par exemple, ne peut être fécondée que par un pollinisateur sauvage, et non domestique (Klein et al.

d’imaginer un repas sans l’action pollinisatrice des abeilles. La production de plus de 3⁄4 des cultures dépend de la pollinisation. En cas de disparition totale des abeilles, l’homme ne viendrait pas à disparaître en si peu de temps, mais la flore et la faune seraient particulièrement touchées. 2009 > décembre > sciences & bee

25


science&bee

>

va plus loin

> Comme beaucoup, cet apiculteur français ramasse des abeilles par poignées au pied de ses ruches.

Economie L’effondrement de l’apiculture

Par Anne-Sophie Vomscheid Les apiculteurs ont le bourdon. Si leurs ouvrières disparaissent, c’est toute une chaîne de production qui s’arrête. Ce déclin des pollinisateurs n’entraîne pas qu’un changement dans l’assiette du consommateur. Les apiculteurs doivent réfléchir à une réorientation, une solution de repli. En France, on constate déjà une diminution d’effectif dans la profession. Dans son rapport de 2009, l’Afssa (Agence française de la sécurité sanitaire des aliments) chiffre un arrêt d’activité chez 15 000 apiculteurs sur 84 000 entre 1994 et 2004. Depuis,

l’apiculture française perd environ 1 000 artisans par an, amateurs et professionnels confondus. Une baisse d’activité conséquente qui oblige les grandes surfaces à faire appel à d’autres pays producteurs de miel pour répondre à la demande des consommateurs français. Du miel de chine à 70 centimes le kilo D’après Olivier Belval, apiculteur bio dans les Cévennes, « sur 40 000 tonnes de miel consommé, seules 18 000 sont produites en France ». Grands amateurs

de miel, les Français ne peuvent plus assouvir leur envie sucrée grâce aux produits locaux. Pourtant, en 1995, les apiculteurs français se retrouvaient trop souvent avec un excédent en pots de miel. En pratiquement quinze ans, la donne a changé. Désormais, les chaînes de distribution sont obligées d’importer du miel d’Argentine, de Chine, du Mexique ou encore du Brésil. Pour les apiculteurs, c’est un réel coup de poignard dans le dos. « On ne peut plus rivaliser avec l’étranger. En Chine, le prix du kilo de miel coûte 70 centimes d’euros. Comment les concurrencer quand les professionnels français vendent au gros 6 euros le kilo ? » analyse Laurent Truchefaud, apiculteur lyonnais depuis 35 ans. Même si cet artisan est qualifié d’amateur à cause du faible nombre de ruches qu’il détient, une cinquantaine, il reste concerné par le problème. Il constate les dégâts de cette course à la productivité directement sur les champs où il a installé ses ruches. « Il y a trois ans, mes abeilles pouvaient butiner les fleurs des poiriers. L’agriculteur a dû tout stopper, ses fruits étaient trop chers comparés aux prix étrangers ». Un cercle vicieux dirigé par les grandes distributions à la recherche des meilleures marges à effectuer sur leurs produits. Louer son emplacement Avant, les apiculteurs pouvaient établir leurs ruches sur des terrains sans débourser un centime. Le troc n’est plus rentable. Désormais, ils doivent louer leur emplacement. Un investissement que tous ne peuvent pas se permettre. Et qui entraîne l’abandon d’activité de certains agriculteurs. A terme, ces artisans seront amenés à changer leur production, en attendant des aides financières colossales.

E.TOURNERET, J.GRASSER, FLICKR

< Part des pays producteurs de miel dans la production mondiale en 2007. Cette production mondiale s’élève cette même année à 1,4 million de tonnes.

26 science & bee > décembre > 2009


SCIENCE&BEE en pratique

abeille d’hier

Symbolique

L’abeille représente l’ardeur au travail, la chasteté, les vertus parfaites, la résurrection... Chaque pays, chaque époque trouve un symbole lié à l’abeille. Sélection.

Un emblème impérial En 1804, Napoléon Bonaparte alors Premier consul, songe à instituer un nouveau régime impérial. Il lui faut donc de nouveaux emblèmes et symboles. Parmi les différents animaux qui lui sont proposés (éléphant, lion, aigle, coq), les abeilles ont sa faveur particulière : « Elles sont l’image d’une république qui a un chef ». 300 abeilles d’or découvertes dans le tombeau de Childéric Ier (an 481), ont montré que la ruche était le modèle de la monarchie absolue. Conservées à la Bibliothèque nationale de France, elles ont éveillé la curiosité de Napoléon Ier. Il a décidé de faire de l’abeille un symbole héraldique, remplaçant la fleur de lys, symbole royaliste.

Même si elles ont été plus discrètes que l’aigle, Napoléon a porté ses abeilles sur son grand manteau de pourpre le jour de son sacre et a demandé à ce qu’elles soient présentes, non seulement sur les tentures de ses palais, mais aussi sur celles des tribunaux et des administrations impériales. Une légende corse dit également qu’à la naissance de l’empereur, une reine et un essaim d’abeilles virevoltèrent devant la fenêtre de la chambre. La reine Abeille entra, se posa sur le nourrisson futur empereur puis s’envola. Un signe que seuls les hommes appelés à conduire une nation reçoivent.

La vanille sauvée par un esclave Si la vanille est présente et plantée dans l’île Bourbon (ancien nom de la Réunion) à partir de 1819, elle n’est pas pour autant exploitée. Sa fécondation naturelle n’est pas possible sur l’île, la fleur est condamnée à la stérilité. Seule une abeille du Mexique appelée la Melipone est capable de se faufiler dans la corolle de l’orchidée afin de déposer du pollen sur le pistil. En 1841, un jeune esclave nommé Edmond Albius découvrit la fécondation artificielle de la vanille. Un procédé utilisé aujourd’hui dans le monde entier.

E. S.

EmmanuelleSauzedde

sur la bouche de platon

En hébreu, le nom de l’abeille Dbure vient de la racine Dbr, parole. Une abeille se serait posée sur la bouche de Platon, enfant, « annonçant la douceur de son éloquence enchanteresse » ou encore sur les lèvres de saint Ambroise, patron des apiculteurs.

Une croyance assez répandue dans le Maghreb veut que l’âme s’échappe du corps sous la forme d’une abeille ou d’une grosse mouche et qu’elle rôde ainsi quarante jours auprès de la tombe du disparu. Elle va ensuite rejoindre le barzah, immense rucher dans le ciel, où chaque

âme occupe une doit donc jamais tuer alvéole. une abeille, puisqu’on C’est sous forme ne sait s’il s’agit d’abeilles que les âmes des morts viennent sur terre rendre > « Abeille » écrit en arabe visite à d’une vraie abeille ou leurs proches, en d’une âme qui vole. particulier chaque vendredi, auprès de E. S. leurs tombes. On ne 2009 > décembre > sciences & bee

27

Khalid ALJUMAILY

Au Maghreb, l’âme se fait abeille


SCIENCE&BEE en pratique ...et d’aujourd’hui

Beezness

Les produits de la ruche ne contentent pas que notre appétit. Désormais, on utilise l’image du miel pour mieux vendre. Sans hésiter à ruiner les abeilles pour une plus jolie peau.

Le mielleux marketing du cosmétique Lait crème et miel chez Nivea, lait corporel amande et miel dans les rayons de « The Body Shop », lait corporel du côté de « L’Occitane »... Ou encore la dernière nouveauté de Gemey Maybelline : un rouge à lèvre au « crémeux du nectar de miel ». L’offre à base de miel dans les cosmétiques est pléthorique. Surfant sur la vague du bio et des produits naturels, les industriels ont trouvé le filon. Cependant, il semblerait que les ingrédients naturels – le miel en particulier – ne soient pas suffisamment présents dans les produits pour avoir une quelconque incidence sur la peau. Le docteur Sandra Rochet, experte en dermatologie et cosmétologie à Lyon, explique : « Les acheteurs sont très mal

gelée royale : l’essaim ferme

informés, et c’est l’image du produit qui fait la différence. En ces temps de « bio-attitude », il suffit de coller une étiquette « 100% naturel » pour que l’on achète, sans prendre le temps de regarder la composition du produit ». En effet, l’arnaque apparaît criante. Chez Nivea, la teneur en miel dans la composition générale est de l’ordre de 0,001%. Et dans la plupart des produits les annonçant comme la base même de la composition, ils se classent en général en 6e ou 7e position après les composants « chimiques », comme c’est le cas chez Le Petit Marseillais. « Il faut savoir que le miel utilisé par les industriels est systématiquement synthétisé, et n’est donc plus vraiment naturel », analyse encore

La gelée royale aurait des propriétés incroyables sur l’homme ! Entre autres, elle stimulerait l’activité intellectuelle et sexuelle, raffermirait les chairs et ralentirait le vieillissement. Tout cela à grand renfort de marketing, estampillé « bio ». Une vraie manne céleste pour nos amis bobos, particulièrement chez la gent féminine. En réalité, aucune étude sérieuse n’a pu prouver ces fameuses vertus. On pille donc une ressource vitale à la ruche pour d’hypothétiques bons soins des grandes dames. La gelée royale est en effet l’unique nourriture de la reine d’une colonie ainsi que des larves. Qui plus est produite en très petite quantité. Mais qu’importe, après tout, si c’est efficace pour les abeilles souveraines, pourquoi ne pas en donner à celles qui rêvent d’éternité ? En revanche, cela ne fera certainement pas de vous une reine... P. B. 28 science & bee > décembre > 2009

le docteur Rochet. Il reste toujours les petits magasins traditionnels. Mais les produits qui – à l’inverse de ceux des industriels – contiennent des quantités de miel suffisamment importantes pour être efficaces, restent bien moins abordables. Par exemple, comptez 20 euros pour 100ml de masque purifiant à base de miel de lavande, et 6 euros pour un stick à lèvres. Dernière solution, la plus économique  : ressortir les recettes de grand-mère. Un demi-yaourt nature et une cuillère à café de miel liquide constitueront un masque de beauté pour affronter l’hiver au naturel. Arnaud de Foucaucourt

Le danger se vend bien Elles ont sauté sur l’occasion. Les marques Ricola et Hagen Dazs se sont fait les porte-drapeaux de la lutte contre la disparition des abeilles. Rivalisant d’ingéniosité, la Suisse et l’Américaine ont trouvé le moyen de conjuguer coup marketing et « mécénat » des butineuses. Ricola s’est jointe à l’association Terre d’Abeilles, à qui elle reverse une partie de ses profits. Hagen Dasz s’implique dans la sensibilisation, avec un clip en ligne : des break-dancers sont déguisés en abeilles. Efficace pour cibler un public plus jeune, c’est certain. Pour sauver les abeilles, on repassera. A. de F. Le clip en ligne sur www.keskiscpass.com


Miel bio : une arnaque ?

de france et d’ailleurs

Il est le plus demandé, il n’est pas le plus offert. Le miel français ne fournit même pas la moitié des 40 000 tonnes de miel consommées chaque année dans l’Hexagone. Chine, Argentine, Mexique fournissent ainsi la majeure partie des commerces. Dans un tel marché, l’étiquette « made in France » vaut de l’or, et certains n’hésitent pas à l’apposer sur leur miel... chinois par exemple. Les analyses régulières qui permettent de vérifier si le miel est bien de lavande, d’acacia ou autre, permettent aussi de démasquer les fraudeurs. La nature des plantes butinées est en effet découverte, et permet de les situer dans le monde.

« Rassurant » pour certains, « une arnaque » pour d’autres, le miel bio se répand sur les étalages, des marchés aux grandes-surfaces. La mention « AB » sur les pots dorés correspond en tout cas à un cahier des charges contraignant. «  On sait qu’une abeille ne butinera pas dans un rayon de plus de 3 km, explique Olivier Belval, apiculteur bio des Cévennes. Il faut donc vérifier qu’il n’y a pas de pesticides sur ce périmètre  ». Facile pour les fleurs sauvages comme le châtaignier, plus compliqué pour les plantes de culture, lavande, tournesol, colza, rarement bio sur une telle surface. Mais pour ce professionnel, « la pureté totale n’existe pas. Le miel est déjà un produit sain. Il s’agit surtout d’une garantie supplémentaire, de l’engagement d’un contrôle, au maximum de ce que peut faire l’apiculteur ». Ce qui ne se limite pas à l’aire de butinage de ses abeilles. Le cahier des charges décrit aussi ce que l’apiculteur apporte à sa ruche. Elle recevra le miel de l’exploitation, celui d’une autre exploitation bio, ou par dérogation, du sucre de canne biologique. Et pas question d’utiliser antibiotiques ou molécules de synthèse.

La lutte contre les virus doit se faire par des techniques « mécaniques » ou des produits à base de plantes. N’importe quel apiculteur peut se conformer au cahier des charges. Mais la certification – et le droit d’apposer la fameuse étiquette – a un coût. Pour Olivier Belval et ses 500 ruches : 650 euros par an. Un investissement pris en charge par plusieurs régions, Rhône-Alpes notamment. Grâce à cette aide et face à une demande en plein essor, la part des apiculteurs bio en France a presque doublé en un an. Ils sont aujourd’hui 408, pas encore assez pour assurer l’offre.Olivier Belval refuse deux ou trois magasins par mois, faute de pouvoir les fournir. Le créneau à combler s’avère tentant pour certains, et la répression des fraudes épingle régulièrement les appellations abusives. Agathe Debraine

Les OGM plantent les apiculteurs Septembre 2007, scandale à Lussas en Ardèche. Une enquête révèle la contamination aux OGM, du miel et du pollen de plusieurs apiculteurs. Révélation qui entraîne un an plus tard l’interdiction pure et simple de la culture OGM du maïs MON810. L’Ardèche, un des plus gros bastions apicoles, possède aussi un gros vivier d’agriculteurs. A l’époque, ils cultivent justement ce maïs, seule culture OGM autorisée en France. Les apiculteurs alertent les pouvoirs publics sur les risques de contamination. «  Michel Barnier, ancien ministre de l’Agriculture, et Jean-Louis Borloo, ministre de l’Ecologie, me prenaient pour un fou, » raconte Jean-Daniel Granade, président du syndicat des apiculteurs professionnels Drôme-

Ardèche. Pour eux, les abeilles, ne butinent pas le maïs ». Pour prouver leurs dires, les apiculteurs font expertiser six ruches. Des échantillons de miel et de pollen sont envoyés à deux laboratoires indépendants : Ampligène à Lyon et Applica en Allemagne. Résultat positif. Les échantillons contiennent entre 0,7 et 1 % d’OGM. Pour Nadia Sefouhi, responsable du laboratoire Ampligène, ces résultats sont logiques : « En pollinisant une fleur de maïs OGM, l’abeille contamine forcément toute la ruche ». Cependant, pour la laborantine, les résultats ont été minimisés. « J’ai trouvé un taux d’OGM bien plus élevé que ceux annoncés ». Et pour cause, en France le seuil toléré

avant étiquetage est de 0,9%. « Un produit étiqueté, c’est un produit qui ne se vend pas  ! » clame Jean-Daniel Granade. Pour les apiculteurs professionnels, l’amputation du chiffre d’affaire se répercute sur les ressources. Jusqu’à aujourd’hui, les OGM ne sont pas mis en cause dans la mortalité des abeilles, aucun décès n’étant lié à leur culture. S’il en est de même pour l’homme, la crainte des OGM provient d’une méconnaissance de leur effet sur l’organisme et beaucoup de consommateurs les boycottent. Sophie Donzenac

2009 > décembre > sciences & bee

29


SCIENCE&BEE en pratique

le point sur

Les autres

On les confond souvent avec l’abeille. Couleurs similaires, même bourdonnement, la trompe dans les fleurs ou dans nos assiettes. Mais connaissent-ils aussi ce phénomène de disparition ?

en danger

Le bourdon de l’oubli Il disparaît comme sa cousine. Le bourdon terrestre,

comme la tomate ne peuvent être fécondées que par

le plus courant sur les quelque 200 espèces recensées

des insectes vibreurs tel que le bourdon. Il peut aussi

dans le monde, est pourtant le grand oublié de l’affaire.

travailler jusqu’à des températures très basses (10°C).

Surnommé « cul-blanc » en raison de sa couleur, il est

Moins rentable économiquement que l’abeille domes-

pourtant le plus important pollinisateur pour garantir

tique, sa disparition suscite moins d’émoi. Et certaines

la diversité des plantes. En complément de l’abeille,

espèces ont d’ores et déjà disparu et, en France, un

le bourdon et sa petite colonie ( environ 200 individus

observatoire des bourdons* a été créé par le Musée

par colonie) vont se concentrer sur différentes fleurs

d’histoire naturelle. Il fait appel à la population pour

quand l’abeille va polliniser des champs entiers grâce

compter les bourdons dans les jardins.

à la quantité d’ouvrières. De plus, certaines espèces

Pas guêpe, l’abeille

attention

M;PEZERT, D.FEVRE, J-C.MOFFAT

30 000 abeilles contre 30 frelons asiatiques. La force du nombre ne fait pas le poids face à la férocité du prédateur. Arrivé depuis 2004 en France, en Aquitaine, alors qu’il voyageait dans des poteries importées de Chine, le frelon asiatique semble s’être acclimaté à une vitesse impressionnante. Et a fait des abeilles métropolitaines son plat favori. 30 science & bee > décembre > 2009

* www.observatoire-des-bourdons.fr

ne pas confondre

< légende photo gauche

L’autre menace : le frelon asiatique

A. M.-F.

Une seule dizaine de ses congénères peut décimer des colonies entières de butineuses. La méthode est simple mais efficace : il attend leur retour pour les attraper en plein vol, et les dévorer. Seules les abeilles japonaises ont pour l’instant trouvé la parade : elles l’encerclent et le « surchauffent » par leurs battements d’ailes. Aux dernières nouvelles, Vespa Velutina, de son nom scientifique, serait aussi installée en ville, à commencer par Paris. A. M.-F.

Souvent confondues, l’abeille et la guêpe sont deux insectes bien distincts. La première ne pique que pour se défendre, elle est herbivore. Surtout, elle meurt après la piqûre. La guêpe est quant à elle carnivore. Son dard réutilisable lui sert à tuer les insectes et éloigner les intrus comme l’homme. Elle remporte néanmoins le concours de beauté : moins velue, des rayures plus marquées, et une fameuse « taille de guêpe   » . A. M.-F.


SCIENCE&BEE en pratique

à voir, à lire

Agenda

Conférences, expositions, rencontres avec les professionnels de l’apiculture, pour le plaisir des gourmands et autres curieux.

Et aussi... >

L’étrange silence des abeilles

Vincent Tardieu, L’étrange silence des abeilles ; Enquête sur un déclin mystérieux, Pour la science, Paris  : Belin, 2009, 350 p.

Jusqu’au 17 décembre 2009

L’abeille s’expose

>

L’abeille sentinelle de l’environnement

Exposition « Secrets d’abeilles, une histoire de miel » à Bourg-en-Bresse. Entrée libre. Médiathèque Elisabeth et Roger Vailland 1 rue du moulin de Brou 01000 Bourg-en-Bresse 04 74 45 37 34

dès le 9 février 2010

les 9 et 10 janvier 2010

Le Monde des abeilles

Le miel en foire

L’exposition «  Les abeilles – que se passe-t-il  ?  » aura lieu à Caluire-etCuire. Plein tarif : 8 €, tarif jeune : 5 €. Le Radiant, 1, rue Jean Moulin, 69300 Caluire-et-Cuire.

13e foire aux miels à la Croix-Rousse, organisée par le syndicat d’apiculture du Rhône et de la région lyonnaise

Henri Clément, L’abeille sentinelle de l’environnement, Paris : Alternatives, 2009, 143 p.

> Abeilles, l’imposture écologique Gil RivièreWekstein, Abeilles, l’imposture écologique ; Affaire des pesticides « maudits », Paris : Publieur, 24-11-2006, 306 p.

Syndicat d’apiculture du Rhône et de la région lyonnaise 18 rue des Monts d’Or 69 890 La-Tour-de-Salvagny

>

Le jour où l’abeille disparaîtra

Dimanche 21 mars 2010

La Maison des Abeilles fête le printemps

Conférence : l’Abeille au cœur de votre vie, organisée par l’association Terre d’Abeilles. Inauguration d’une ruche vitrée en activité. Miels et produits de la ruche. Dégustation gratuite. La Maison des Abeilles La Vallée (Route de Concremiers) 36300 INGRANDES Tél. 02 54 28 68 63

jeudi 1er avril 2010

Fête du miel Une fête pour les gourmands et curieux des fruits de la ruche. Rencontre avec les apiculteurs de la région et jeux de dégustation. 06370 MOUANS SARTOUX Plus d’informations sur http://www.mouans-sartoux.com»

Jean-Christophe Vié, Le jour où l’abeille disparaîtra... : ... l’Homme n’aura plus que quatre années à vivre, « Divers récits », Paris : Arthaud, 2008, 218 p.

>

Le traité rustica de l’apiculture Yves Le Conte, Jean-Marie Barbançon, Le traité rustica de l’apiculture, Paris  : Rustica, 2006, 538 p. 2009 > décembre > sciences & bee

31


Pas rassasié ? Vidéos, interviews, bonus… www.keskiscpass.com


Science et Bee la magazine sur les abeilles  

Magazine d'inverstigation réalisé par les étudiants de l'ISCPA Lyon sur les abeilles et le risque de leur disparition.

Advertisement
Read more
Read more
Similar to
Popular now
Just for you