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FÉVRIER 2012 - N°13 - Ne peut être vendu

SCOOP Le magazine des métiers du journalisme

Les nouveaux journalistes

Spécialistes et

touche-à-tout grands médias

vont-ils disparaître ? presse quotidienne régionale

dernier bastion du journalisme généraliste Journalistes politiques Une élite sous surveillance Rue89, Slate, Médiapart...

la résistible ascension des sites d’information

Publication réalisée par les étudiants de l’ISCPA-Paris


Une école professionnalisante

Depuis plus de 20 ans, l’ISCPA est l’école de tous les médias. C’est l’école qui bouge par excellence, en adéquation avec l’actualité. Derrière son nom, ce sont en fait trois écoles distinctes qui mènent aux métiers de la Communication, du Journalisme et de la Production. Leur point commun est de conduire les étudiants vers un emploi dans la filière qu’ils ont choisie grâce à une pédagogie innovante de conduite de projets, d’ateliers et de réalisations encadrées par des professionnels : cas d’entreprises, compétitions d’agences, réalisations audiovisuelles, journaux, dossiers de financements... Que ce soit en Journalisme, Communication ou Production, l’organisation des études, calquée sur le système académique européen, est articulée en semestre, avec des stages obligatoires de 3 à 6 mois par an. Par une mise en situation réelle et permanente sur le terrain, l’ISCPA Paris permet aux étudiants de développer une forte autonomie et une crédibilité professionnelle. L’enseignement, tout comme le tutorat, sont assurés par des professionnels (en exercice à 98%).

Vie associative - Evénements

La participation des étudiants aux événements et associations de l’école crédite leur CV d’expériences vécues et concrètes, en autonomie et/ou en équipe : • l’OPEN de tennis des Médias de l’ISCPA (tournoi joué entre professionnels des médias, organisé par les étudiants) • le BDE (Bureau des Elèves) •  la Junior (missions effectuées auprès d’entreprises comme une vraie prestation d’agence) • l’Association des Anciens Elèves • Et tous les événements de l’école (festivals, tournois sportifs, clubs).

ISCPA Institut Supérieur des Médias - Paris 12 rue Alexandre Parodi, 75010 Paris Tél. Service Inscriptions : 01 40 03 15 56 Fax : 01 40 03 15 31 www.iscpa-paris.com

PROGRAMMES

(programmes détaillés sur simple demande)

Journalisme

L’ISCPA propose une formation préparant aux métiers du journalisme en presse écrite, web, télévision et radio, pour devenir rapidement un journaliste opérationnel et polyvalent, garant de la déontologie propre au métier. Titre certifié par l’Etat niveau II. Titre accessible en VAE.

Communication

L’ISCPA propose un cycle Bac+3 (titre certifié par l’Etat de niveau II) et 2 cycles de niveau Master professionnel (Bac+5), préparant aux métiers de la publicité, de l’événementiel, du marketing, des relations presse, de la communication interne ou externe, du lobbying, du management et de la stratégie médias. Titre Bac+3 accessible en VAE.

Production et Diffusion Audiovisuelle ou Multimédia

(TV, cinéma, musique, jeu vidéo, spectacle vivant) L’ISCPA propose un cycle de 3 ans préparant aux fonctions de développement, fabrication, diffusion, exploitation des œuvres d’auteurs, réalisateurs, artistes... La 1ère école intégrant toutes les étapes de la création à la diffusion d’une œuvre artistique. Titre certifié par l’Etat niveau II. Titre accessible en VAE.

MOYENS TECHNIQUES

L’ISCPA Paris met à disposition de ses étudiants de nombreuses caméras numériques, un studio radio/ régie, un plateau TV/régie, de nombreux bancs de montage vidéo et son, des amphithéâtres, des salles PAO et multimédia, un accès libre Internet sur le campus...

ADMISSION

Directe ou en admission parallèle selon les places disponibles. Examens : étude du dossier, épreuve rédactionnelle, culture générale, anglais, test de grammaire et d’orthographe, entretien de motivation.

Institut Supérieur des Médias - LYON - PARIS


Editorial Michel Baldi

E

xiste-t-il un profil type de journaliste que les rÊdactions recherchent? Quelles sont les compÊtences les plus prisÊes qui font la diffÊrence lors de l’embauche ? Dans ce contexte de mutations constantes, quelle est la part du dÊveloppement du numÊrique et de l’Êvolution sociÊtale et Êconomique ? On savait dÊjà que les journalistes actuels doivent être polyvalents, mais doivent-ils être essentiellement gÊnÊralistes ou se spÊcialiser dans un domaine ? Dans ce numÊro de SCOOP, des Êtudiants en troisième annÊe de journalisme à l’ISCPA se sont penchÊs sur un thème qui leur parle, puisqu’ils devront bientôt affronter le marchÊ du travail avec leur titre de journaliste en poche. C’est donc avec une curiositÊ mêlÊe d’intÊrêt qu’ils ont dressÊ cet Êtat des lieux de la profession et de son Êvolution. Un constat lucide dans lequel l’implication personnelle ne l’emporte pas sur l’objectivitÊ, dÊmonstration

que l’on peut informer sans prendre parti. Ce n’est pas toujours le cas des journalistes politiques - en cette pÊriode Êlectorale il fallait bien se pencher sur cette Êlite de la profession - souvent rÊduite à l’autocensure et accusÊe de connivence avec ses sources (lire p. 20 à 23.) La presse quotidienne rÊgionale (PQR) est le dernier secteur de la presse Êcrite oÚ le gÊnÊraliste a toujours sa place, à l’inverse de la plupart des mÊdias dans lesquels le journaliste d’aujourd’hui doit être à la fois spÊcialiste et multifonctions (voir dossier p. 18 à 27.) Mais il n’est pas toujours bon de trop se spÊcialiser dans un domaine, car la presse professionnelle et spÊcialisÊe, qui a longtemps ÊtÊ une ruche d’emplois pour de nombreux journalistes, est dÊsormais confrontÊe elle aussi à la concurrence du Web (lire p. 28 à 31.) La lecture de ce numÊro de Scoop vous permettra de comprendre les enjeux que doivent affronter les futurs journalistes pour pouvoir exercer sereinement leur mÊtier. Car le journalisme n’est pas mort, loin de là, mais la profession Êvolue et ses changements sont porteurs de nouvelles opportunitÊs. L’enseignement que nous dispensons prend en compte ces mutations.

Scoop Une publication rĂŠalisĂŠe par les ĂŠtudiants de l'ISCPA- Paris

Institut des MĂŠdias 12, rue Alexandre Parodi 75010 Paris Tel: 01 40 03 15 56 Fax +33(0)1 40 03 15 31 Direction Directeur de la RĂŠdaction: Jean Savary Directeur de la Publication: Michel Baldi RĂŠdacteur en chef Pierre le Goupil Maquettiste: Gary Assouline avec FrĂŠdĂŠrique de Runz SecrĂŠtariat gĂŠnĂŠral de rĂŠdaction: Hicham Barrouk et Geoffrey Priol

Journalistes Akaiz Boussayna Assouline Gary Azlag Najoua Barrouk Hicham Deze Fabien Durel JĂŠrĂ´me Grimaux Emmanuelle Lahera Henri Lanen Marie Marie Perrin Priol Geoffrey Le Goupil Pierre Mazelier Sarah Salvat Jean-Baptiste Sekkai Kahina Sudre Sarah Vilsalmon Corentin

Retrouvez toutes les ĂŠditions de SCOOP sur notre site Internet http://www.iscpa-paris.com

FÊvrier 2011 - N°12

Directeur pĂŠdagogique ISCPA Paris



!$  

        Quels enjeux pour nos mĂŠtiers ?

  L’eurojournalisme se fait attendre

" La presse fĂŠminine rĂŠsiste en beautĂŠ

 # Les mĂŠdias pris dans la toile

Publication rÊalisÊe par les Êtudiants de l’ISCPA- Paris

  La saga de LibĂŠration

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Sommair 1

Médias

Les grands paquebots de l'information dans la tourmente 6 Les grands médias vont-ils disparaître ? Par Pierre le Goupil, Jérôme Durel et Marie Lanen

De TF1 au Monde en passant par L’Express et RTL, tous les grands médias traditionnels sont confrontés à l’érosion de leur audience et de leurs revenus. Le lectorat vieillit et les abonnés sont de plus en plus chers à recruter. Attaqués par les petites chaînes qui montent ou par le Web, ils peinent à se défendre.

12 La PQR dernier bastion des infos générales Par Jean-Baptiste Salvat

La PQR est le dernier secteur de la presse écrite où le journaliste généraliste a toute sa place, où par définition, il faut « toucher à tout ». Faits divers, info locale, politique, Même si les spécialistes (sport, éco surtout) sont recherchés.

14 Rue 89, Slate, Médiapart, ... nouveaux carrefours de l’info Par Kahina Sekkai, Geoffrey Priol et Sarah Mazelier

On les accuse de tuer les grands quotidiens mais on ne connaît pas le mobile du crime. L'information sur Internet menace le modèle économique de la presse, mais cherche encore le sien.

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mmaire

SOMMAIRE

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Rédactions Le journaliste "couteau suisse" 18 Spécialistes et touche-à-tout Par Boussayna Akaiz Autrefois, un journaliste était par définition un généraliste qui, à l’exemple d’Albert Londres, se mêlait autant de politique que de grand reportage ou de fait divers. Après les globe trotters, place aux experts.

20 Journalistes politiques: une élite sous surveillance Par Kahina Sekkai, Marie Perrin et Gary Assouline

Ils sont spécialistes… de la matière la plus généraliste qui soit : la politique.

22 Portraits de quatre "princes qui font l'élection" Six journalistes politiques "ténors" à la loupe.

24 Se spécialiser, un travail d'experts Par Corentin Vilsalmon Les journalistes experts : une spécialité pour la vie ?

26 Journalistes multi-tâches

La polyvalence dans le cahier des charges Par Hicham Barrouk Rédacteur et SR, JRI et monteur, plus aucun journaliste ne peut ignorer les autres fonctions de sa profession.

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Supports Presse spécialisée: les fruits amers de la passion 28 Tous journalistes ? Plus de journalistes... Par Henri Lahera Le pire ennemi du journaliste : son lecteur, quand il se pique d'informer lui aussi

30 Presse pro, presse spé, ce qui marche, ce qui résiste, ce qui ne marche plus

Par Fabien Dezé La presse professionnelle et spécialisée est elle aussi concurrencée par le Web. Comment résister ? Le déclin n'est pas une fatalité et des titres trouvent toujours leur lectorat.

32 Les sept familles des lecteurs Par Najoua Azlag

Dans la famille "enchaînée à son canard", vous avez demandé...

34 Le nouveau courrier des lecteurs Par Emmanuelle Grimmaud Il y a les trolls, les janots, les paraphraseurs, les toujours critiques... Tout un petit monde que le journaliste ne peut plus ignorer.

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MÉDIAS

Information générale

Les grands paquebots de l'in fo d Les grands médias vont-ils disparaître ? En accaparant du « temps de cerveau disponible », en proposant une information toujours plus ciblée et transversale, Internet sonne-t-il le glas des grands médias ? Par Pierre le Goupil

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MÉDIAS

n formation dans la

tourmente A

Crédit: Geoffrey Priol

vec l’apparition d’Internet en 1995 et sa montée en puissance depuis les années 2000, les grands médias font face à un nouveau défi. Les ventes ne cessent de baisser depuis l’entrée dans l’ère du numérique. Libération qui diffusait à 170 000 exemplaires par jour en 2000, plafonne aujourd’hui à 120 000. De leur côté, les grandes chaînes de télévision généralistes sont menacées par la multiplication des chaînes de la TNT et voient leur audience baisser. TF1, qui enregistrait des records d’audience à 40 millions de téléspectateurs en 1990, ne plafonne plus "qu’à" 20 millions en 2010. Seuls résistent les JT de la chaîne toujours très suivis, avec en moyenne 6,6 millions de téléspectateurs chaque soir, pas moins qu’il y a dix ans. Mais pour voir une progression, il faut regarder du côté des sites Internet d’information générales qui sont en augmentation. Selon l’OJD (Office de Justification de la Diffusion), le Figaro revendiquait 40 millions de visites sur son site en décembre 2011 contre 35 millions en janvier 2011, et Libération 20 millions en décembre 2011 contre 18 millions en janvier 2011. «L’info générale a besoin de se renouveler, elle doit trouver sa place entre le besoin d’immédiateté et celui de la spécialisation», constate Cégolène Frisque, sociologue des médias.

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MÉDIAS

Les grands hebdomadaires généralistes tentent de tirer leur épingle du jeu. Alors que le Nouvel Observateur maintient depuis 2000 ses 500 000 exemplaires par numéro en moyenne, abonnements inclus, Marianne est quant à lui passé de 184 000 exemplaires vendus en 2000 à 264 000 en 2010. Paris Match a par contre vu son nombre de ventes chuter de 40% depuis 2000. La presse magazine menacée elle aussi Autre secteur qui connaît des fortunes diverses, la presse spécialisée. Selon Cégolène Frisque, «la presse "mag" est de plus en plus spécialisée, les presses professionnelles et techniques sont même hyperspécialisées. En télé on voit bien que les chaînes spécialisées se développent, alors que celles d’infos générales rencontrent des difficultés». L’essor d’Internet a également permis à des passionnés de créer de nouveaux sites dans un domaine bien précis. Jeuxvideo.com est l’exemple type de site d’amateurs passionnés, devenus professionnels depuis, ayant dépassé en terme d’audience les médias professionnels. Il est aujourd’hui un des 20 sites les plus visités du web français. Allociné a connu le même succès durant la dernière décennie, faisant chuter la diffusion des « historiques » Pariscope et Officiel des Spectacles.

en 2010, gonflant son CA à 597 millions d’euros. Dans le même genre, le Nouvel Observateur a racheté Rue 89, un de ses plus gros concurrents du Web. La radio elle aussi tire son épingle du jeu malgré une baisse d’audience vertigineuse depuis l’apparition d'Internet. A titre d’exemple, en 1990, RTL rassemblait près de 26 millions d’auditeurs en moyenne par jour, alors qu’elle n’atteint "que" la moyenne de 6,6 millions en 2011. Mais la radio reste tout de même le média préféré des Français avec 40 millions d’auditeurs par jour dans la semaine, toutes radios confondues. Une presse généraliste qui tente de survivre sur le Net Tous les grands quotidiens ont leur site. Le journal semble n’être plus qu’un supplément pour approfondir l’actualité. C e r t a i n s journaux c o m m e France-Soir ne survivent que sur Internet. Le Web est une nouvelle façon de consommer l’information, permettant au lecteur non plus de lire son journal, mais d’avoir directement une interaction avec le journaliste, et souvent entre lecteurs, via le système de commentaires. Le site Lemonde.fr, par exemple enregistre en moyenne 1, 8 millions de visites par jours, alors que la version papier ne se vend qu’à 286 000 exemplaires. Le Figaro lui, tourne à 1, 2 millions de visites par jour sur son site pour 317 000 ventes papier. La presse généraliste ne meurt pas, elle se transforme et migre sur la Toile. Reste à y trouver de quoi remplacer les recettes de diffusion qu'apportait l'édition papier. Autrement dit répondre à la question : Comment faire payer l'internaute ? •

La presse mag est de plus en plus spécialisée voire hyperspécialisée

Racheter pour résister La baisse d’audience des chaînes généralistes ne signifie pas forcément une fin pour elles. TF1 a racheté certains de ses concurrents de la TNT comme NT1 et TMC et a réalisé 11% de bénéfices sur chiffre d’affaire

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Feminin, le début de la fin ?

par Marie Lanen

RTL reste la première radio de France, avec plus de 6 millions d’auditeurs chaque matin. Malgré le fait que ce média ait perdu 75 % de ses auditeurs en 20 ans, elle reste, en tant que radio généraliste, la plus écoutée de France.

Jusqu’en 2010, la grosse entreprise de la presse féminine ne connaissait pas la crise. Avec le lancement cette année de trois nouveaux titres (Envy, Be et Grazia), le marché du féminin faisait figure de contre-exemple. Malheureusement, Envy (du groupe Marie-Claire) n’y a pas survécu. Fallait-il y voir un signe avant-coureur d’un début de crise ? Une chose est sûre, les chiffres 2012 de l’OJD sont là, Femme Actuelle (-5,51%*), Marie Claire (-3,21%) ou encore Glamour (-8,40%) n’y échappent pas. Quant aux deux petits nouveaux Be et Grazia, ils affichent respectivement -13,41% et -10,82%. Une baisse significative qui démontre que la presse féminine ne fait plus figure d’exception. Une presse qui lasse ? Outre les incontournables marronniers comme "perdre du poids" (avant l’été, après Noël, pour la rentrée), les unes et les sommaires déclinent les mêmes thèmes, et ne personnalisent que le dosage du cocktail sexe, séduction, shopping et psycho-tests. Le miroir que tend la presse féminine: une femme belle, mince, heureuse dans son couple et en recherche d’une sexualité harmonieuse lasse-t-il ? «Certains articles culpabilisent les femme: il faut être jolie quoi qu’il arrive et surtout mince et sympa en toutes circonstances», lance


MÉDIAS

Emeline, fidèle lectrice de magazines féminins. Trois euros pour se sentir grosse et moche, on peut finir par trouver cela trop cher. Les résistants On peut dégager trois modèles de féminins qui résistent tout de même à la crise. Causette, le magazine féminin «qui ne prend pas les femmes pour des quiches», aurait multiplié par cinq ses ventes depuis son lancement en 2009. C’est en proposant une ligne éditoriale originale, «un magazine féminin du cerveau plus que du capiton» que Causette parvient à équilibrer ses comptes tout en ne prenant que très peu de pages de publicité. Autre modèle, sans doute plus lucratif,Vogue Paris qui affiche une hausse de 12,39%. Le marché du luxe fait toujours autant rêver. Ce magazine né il y a plus de 90 ans ne fait pas son

âge! Mais le record, avec une hausse de 18,24%, est attribué à Top Santé, considéré comme un magazine féminin. Les nombreux scandales liés à la santé (Médiator, prothèses PIP), n’y sont sans doute pas étrangers. * cf : % de vente au numéro payée par acheteur A l'opposé l'un de l'autre, Causette et Vogue enregistrent des hausses importantes depuis 2010. C'est l'inverse pour le magazine Glamour.

Évolution de La diffusion de 2000 à 2010 LES NEWS MAGAZINES (en diffusion France payée) Paris Match 1990: 1 000 000 ex. 2010: 626 178 ex. Courrier International 2002: 150 433 ex. 2010: 202 557 ex. Le Nouvel Observateur 2000: 471 000 ex. 2010: 503 401 ex. L’Express 1990: 700 000 ex. 2010: 432 418 ex.

Radio (en % audience) RTL 2000 15,1% 2010 12,3% France Inter 2000 10,9% 2010 10% Europe 1 2000 10,9% 2010 9,7% France Info 2000 11,5% 2010 8,2%

Les quotidiens nationaux (en diffusion France payée) Le Figaro 2000: 360 909 ex 2010: 318 909 ex. Libération 2000: 169 011 ex. 2010: 115 952 ex. Le Monde 2000: 392 772 ex. 2010: 269 990 ex. Le Parisien 2000: 486 145 ex. 2010: 285 400 ex.

Télévision (en % audience) TF1 2000: 32% 2010: 25% France 2 2000: 21% 2010: 18% France 3 2000 18% 2010: 10%

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MÉDIAS

iPad : Pourquoi la presse ne met pas les pieds sur la tablette ? A la sortie de l’iPad en 2010, la presse écrite avait beaucoup misé sur cette nouvelle façon de consommer l’information. Bilan deux ans après. Par Jérôme Durel et Geoffrey Priol

S

ur tablette on connaissait déjà l’application qui permet de lire le site web de son journal préféré. Il est maintenant possible de s’abonner pour recevoir chaque matin un exemplaire de son quotidien au format électronique. Le modèle a partiellement convaincu aux Etats-Unis, où l’étude du MPA (Magazine Publisher of America) montre que 41% des possesseurs de tablettes déclarent s’être abonnés à un journal. De plus, avec le lancement de l’IOS 5 en septembre dernier, l’achat de journaux et la possibilité de les stocker avec l’application kiosque incite les utilisateurs à mettre la main à la poche. En revanche, l’ensemble des syndicats de la presse française ont décidé de boycotter l’iPad en précisant dans un communiqué commun que: "Les conditions commerciales imposées par Apple sont aujourd’hui inacceptables. Elles fragilisent le modèle économique de la presse et réduisent à terme les choix proposés aux internautes.” Ils dénoncent notamment l’impossibilité d’offrir des abonnements couplés comprenant papier, web et tablettes. Les éditeurs regrettent également de ne plus avoir les coordonnées des clients, les organes de presse étant ainsi privés de données marketing essentielles. iCher Cette brouille ne doit pas occulter le fait que le format électronique

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millions, c'est le nombre d'iPad vendus sur terre en 18 mois

pourrait bien être l’avenir de la lecture des quotidiens et magazines comme du livre. Le lecteur y gagne en terme d’archivage, de poids, de multimédia (vidéo et/ou son) et, en principe, de prix. Car pour l’éditeur, si développer une version iPad représente un investissement, les coûts de fabrication disparaissent, tout comme ceux d’envoi aux clients. Mais si l'on n'assiste pas au déferlement annoncé des abonnements à des journaux sur iPad, c'est que

la tablette est d'avantage utilisée comme accès facile et maniable à Internet que comme liseuse. Pourquoi payer pour s’abonner à un magazine si son contenu est disponible pour l'essentiel gratuitement sur le Web à partir du même outil ? Poser cette question, c'est poser celle du modèle économique des quotidiens et magazine et de leurs sites web: peut-on vendre d'un côté ce qu'on donne de l'autre ?

La presse sur tablette est un marché potentiel énorme. A condition de se soumettre aux conditions d'Apple : l’iPad à lui seul, représente 66% des tablettes vendues.


s

MÉDIAS

La PQN peut-elle se passer de l'iPad ? En dix ans, près des trois quarts des titres de la presse quotidienne nationale ont vu leurs diffusions totales payées chuter. Si l’Humanité résiste (-4,36%) Libération, Le Monde et Le Figaro sont à la peine avec respectivement -30,18%, -22,26% et -10,88% de baisse en 10 ans. Parmi les quotidiens qui sortent leur épingle du jeu, La Croix s’offre une progression de presque 15%. Les journaux qui ont une baisse assez faible, voire nulle pour certains, sont des journaux marqués par une ligne éditoriale bien définie que ce soit la religion pour La Croix ou bien encore l'engagement comme l’Humanité. Pour certains quotidiens comme France-Soir, la baisse de plus de moitié a eu raison du support papier dont le dernier numéro est sorti en décembre 2011. La baisse des recettes publicitaires a accentué la crise de la presse. En 2009, la publicité a reculé de 10% à 30% en moyenne selon les titres.•

"L'arrêt du papier est plus qu'envisageable" Par Geoffrey Priol

Comment expliquez-vous la chute des quotidiens nationaux ? L’une des raisons est la perte du lien qui unissait un titre de presse nationale à son lecteur. Un journal, via ses articles, était un médiateur et expliquait des faits afin de donner à son lecteur une opinion. Aujourd’hui, les quotidiens nationaux sont plus dans une optique économique et commerciale. Les

 

Diffusion 2001

Diffusion 2011

Evolution

513 585 372 661 415 324 174 310 153 048 102 097 91 662 82 314 51 518

462 535 332 120 322 872 121 707 121 203 75 070 105 363 71 290 49 271

- 9,94% -10,88% -22,26% -30,18% -20,81% -26,47% 14,95% -13,39% -4,36%

chefs d’éditions sont plus intéressés par la vente à court terme. Ils proposent des articles qui vont faire le buzz. Il y avait une volonté d’informer dans les articles qu’on écrivait auparavant alors que maintenant nous sommes plus dans une optique de divertissement. Qu’est-ce qui va inciter un lecteur à prendre le journal ? Il n’y a plus de grands articles de fond, ni de reportage de qualité qui étaient vecteurs d’un lien politique et social. Le support papier pour la PQN peut-il survivre encore longtemps ? L’arrêt du papier est plus qu’envisageable. Il n’est pas dans les possibilités des titres quotidiens de supplanter les plateformes Internet et tablettes. L’activité

(Source: OJD)

(cc Ophelia Noor/Owni.fr)

Vincent Truffy, journaliste à Mediapart et co-auteur de l’article publié en janvier 2011 "Crise de la presse : de quoi les journaux meurent-ils ?", donne son avis sur la PQN qui meurt à petit feu.

Le Parisien Aujourdʼhui en France Le Figaro Le Monde Libération Les Echos La Tribune La Croix France-Soir LʼHumanité

papier perd systématiquement son lectorat qui va vers le support numérique. Cette baisse des ventes des quotidiens ne permet plus d’équilibrer les comptes et toutes les principales rédactions doivent penser à un basculement complet vers le numérique. Et certains titres de presse y pensent déjà comme Libération.

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MÉDIAS

La PQR: dernier bastion des infos générales ?

Les nouvelles générations de journalistes se spécialisent de plus en plus. Une évolution qui touche également la Presse Quotidienne Régionale (PQR), mais dans une moindre mesure. La PQR, refuge du journaliste «à l’ancienne» ?

Par Jean-Baptiste Salvat

La Presse quotidienne régionale parvient à se maintenir en tant que grand média généraliste et se pose en dernier refuge des journalistes d'"info géné". Crédit: JB. Salvat

L

e phénomène de spécialisa- se développent, alors que celles tion concerne l’ensemble du d’info généraliste rencontrent des monde médiatique, tous supports difficultés», explique Cégolène confondus, mais Frisque, Maître s’est accéléré Avec près de 760 000 de conférence en depuis les deux exemplaires par jour, sociologie à l’Unidernières décéOuest France fait aussi versité de Nantes. nies. L’arrivée La PQR résiste à des nouvelles bien que le Figaro, ce phénomène, car technologies a le Monde, Libération et « même s’il existe rendu l’informa- l’Humanité réunis. aussi des grosses tion encore plus rédactions en réimmédiate et le public, de mieux gion, où l’on observe une forme en mieux informé, est devenu de spécialisation thématique, plus exigeant. «En télé on voit elle n’est pas forcément rigide » bien que les chaînes spécialisées poursuit-elle. Si la PQR se porte

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mieux que la PQN au regard des tirages, (Ouest France, est le seul titre français dans les 100 premiers quotidiens payants mondiaux, à la 76ème place), le manque de moyens financiers et d’effectifs favorise les profils de rédacteurs capables d’écrire vite et bien sur différents thèmes. Yannick Jouan-Jan, fondateur du site Orleansinfos.fr il y a trois ans, confirme « On reste touche-à-tout, on n'a pas forcément les moyens de sortir tous les jours un papier écrit par un spécialiste. Mais on ne


MÉDIAS

s’interdit pas de faire appel à des journalistes spécialisés, notamment pour des piges en sport ou en culture. » Dans le même temps, il défend l' aspiration à une forme de liberté qu’offre encore la profession, une certaine vision du journalisme, et se montre formel : « Je ne pourrais pas rester toujours sur la même thématique ! Cela ne me dérange pas de faire un fait divers. Un des avantages du métier est qu’on ne sait pas toujours de quoi est fait notre agenda » renchérit-il. La journée du journaliste de PQR ne commence pas toujours par la lecture des leads de l’AFP ou de Reuters comme dans une rédaction nationale. Il faut se tenir au courant de tous les évènements et connaître le who’s who local. Dans une même journée, le journaliste peut interviewer l’entraineur de l’équipe de foot local qui monte d’une division, rencontrer un édile à midi, pour finir en couvrant le conseil municipal du chef-lieu. La fin d’un mythe Pour Cégolène Frisque, on observe en réalité «la fin du mythe d’un métier commun», ce que Denis Ruellan décrit comme «une fragmentation du métier de journaliste.» Albert Londres, Joseph Kessel, Ernest Hemingway… ou même Tintin (!), c’est du passé ! Le tra-

La presse régionale se diversifie et propose son contenu sur les tablettes tactiles. DR

« C’est un avantage et un désavantage d’être hyperspécialisé» Nicolas Desroches, Journal de Saôneet-Loire

Le Web régional, un exemple à suivre Par Jean-Baptiste Salvat « Internet nous offre les outils nécessaires pour rendre l’information accessible. » Il y a trois ans, Yannick Jouan-Jan lançait Orleansinfos.fr, et le succès est au rendez-vous puisque les seuils de rentabilité commencent à être atteints. Il part d’un constat simple: «On a du Web tout le temps dans sa poche ! », avec le développe-

vail du journaliste n’est plus aussi homogène que le laisse penser la représentation que la profession se fait d’elle-même. Aujourd’hui, et de plus en plus, une plume est au service d’une rubrique, parfois d’une sous-rubrique, où les journalistes spécialistes sont cantonnés. Les infos générales elles, donnent le tempo de l’actualité chaude et fixent un cadre hiérarchisé dans lequel chaque élément prend sa place. « On fait un peu office d’agence de presse pour la Presse Quotidienne Nationale » ironise Nicolas Desroches, journaliste au Journal de Saône et Loire et vainqueur du Trophée du Scoop 2011 aux Victoires de la presse, organisées par l’Association mondiale des journaux (Wan-Ifra), pour son article qui lancera l’affaire Médiator, près d’un mois avant que le Figaro ne le reprenne (sans avoir d’ailleurs

ment des smartphones et autres tablettes numériques. Il s’agit presque d’un mariage de raison : le Web permet la proximité avec le lecteur, et cette proximité est justement une des forces de la PQR. La presse écrite a d’abord transposé le journal et ses contenus en ligne, mais quel intérêt d’acheter le papier dès lors ? Depuis, la plupart des titres ont compris qu’il faut différencier l’info, exploiter la richesse du Web 2.0 et que l’offre Web doit être complémentaire du papier. Le journaliste a la possi-

la délicatesse de le mentionner.) «C’est un avantage et u n d é s a v a n t a g e d ’ ê t re hyperspécialisé », lance-t-il. Le journaliste d’infos généralistes a l’avantage d’«avoir une approche transversale, moins restrictive, de pouvoir tout relier». Si près de 60% de ses articles concernent l’économie, il écrit aussi en santé ou en culture et réalise des interviews en dehors de son domaine de prédilection. «J’ai fait ce boulot parce que je suis curieux et que j’aime rencontrer les gens», expliquet-il. «On est de plus en plus cross-media, on écrit pour le Web qui nous permet de faire de la photo, de la vidéo et du son, on publie sur les réseaux sociaux comme Facebook ou Twitter. On est au plus proche des gens, c’est ça qui est intéressant. » •

bilité de faire de la vidéo, du son, du texte, de la photo, mais aussi d’être présent sur les réseaux sociaux et d’interagir avec le lectorat. Le principal, c’est d’innover. La particularité d’Orleansinfos.fr? Rendre l’info accessible aux malvoyants. Une difficulté supplémentaire, mais un atout également puisque l’offre de PQR pour malvoyants est quasi inexistante. Le Web permet plus de proximité, plus de réactivité, et un enrichissement considérable du contenu.

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La résistible ascension des sites généralistes

L’assassinat de la presse écrite par Internet est annoncé depuis des années. La chute de la vente des quotidiens nationaux confirme ce scénario, mais le mobile du crime reste inconnu : les sites peinent à trouver leur équilibre financier et même leur modèle économique. Par Kahina Sekkai

D

epuis le début des années 2000, les sites d’information généraliste sur Internet croîssent et se multiplient, tandis que la diffusion des grands quotidiens ne cesse de se réduire. Pourtant, qu’il s’agisse des sites « pure players », dont l’activité est menée uniquement sur la Toile, ou bien des sites de titres de presse existants, le succès d’audience n’a pas débouché sur la réussite financière. En captant lectorat et publicité, ces sites tuent le modèle économique de la presse écrite, mais sans en proposer de nouveau en remplacement. Si les sites spécialisés dans l’automobile, le cinéma, l’immobilier ou la musique sont profitables grâce à la publicité ou aux petites annonces, marché qu’ils ont littéralement phagocyté, les sites dits « généralistes » sont presque tous à la recherche de leurs revenus. Seul Lemonde.fr dit être rentable, avec une formule semipayante : pour six euros par mois, l’internaute a accès à des articles plus complets et aux archives. Mais le site existerait-il encore sans l’appui du quotidien du soir? De quoi remplirait-il sa home et ses newsletters quotidiennes s’il n’était pas adossé à l’équipe d’un des quotidiens les plus vendus ? Délivrer de l’information au moindre coût, c’est le dilemme des sites pure players qui, eux,

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ne peuvent compter que sur leurs propres forces. Tendance montante, les internautes en deviennent les auteurs, bénévoles ou presque. Cerise sur le gâteau, ce système crée un sentiment d’appartenance, comme Rue89 et ses «riverains», communauté de lecteurs-blogueurs. Dernier-né généraliste, le Plus, addition participative au Nouvelobs.com, compte 24 000 inscrits depuis son ouverture, en mai 2011. Pourtant, la

rédactrice en chef, Aude Baron, dit «privilégier un flux qualitatif à un flux quantitatif». Le travail des équipes du Plus se divise en trois axes : «d’abord la sélection parmi les articles envoyés, […], ensuite la recherche de talents et enfin l’édition et la mise en forme. Le participatif est une autre façon de faire du journalisme.» Le site prévoit même de mettre en place un «système pour récompenser les meilleurs participants, les plus fidèles». Rien de financier, précise-t-elle, «des bons

Crédit: J.B Salvat


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cadeaux, des abonnements». Pour la journaliste, le problème de ces sites est qu’ils sont trop généralistes : «La différence entre un site spécialisé et un site généraliste, c’est la valeur ajoutée. Aujourd’hui, sur Internet, il vaut mieux être très bon sur deux ou trois choses que moyen partout.» Cette envie de ne louper aucun secteur de l’actualité pousse parfois au bâtonnage de dépêche, pratique qui «ne marche pas sur le Web», de plus en plus demandeur d’une information de qualité, crédible et approfondie. L’attache de la « maison mère » La question de la crédibilité se pose différemment pour les sites issus de rédactions papier. «Un site adossé à une maison mère profite de son image», explique Johan Hufnagel, rédacteur en chef de Slate.fr. «La maison mère est une marque, et dispose d’une confiance assez forte » auprès des lecteurs. Les lecteurs qui ont découvert Slate, Rue89 ou Médiapart accepteraient de sauter dans l'inconnu alors que ceux de Liberation.fr ou Lemonde.fr savaient ce qu'ils allaient trouver. Du côté des sites attachés à un titre de presse existant, la question du modèle économique reste la même. Certains magazines proposent des offres d’achat de publicité liées papier et Web. Mais cette synergie n’est qu’une façon de camoufler un phénomène de vases communicants : toujours plus de pub sur la Toile, de moins en moins sur le papier. Pour Aude Baron, rédactrice en chef du Plus, l’appui d’une maison mère est fondamental :«On ne pourrait pas exister sans l’Obs. Au quotidien, nous sommes sept, ce qui serait impossible sans le soutien du magazine.» La jeune femme poursuit : «Aujourd’hui, tout l’enjeu, c’est exister seul, c'est très compliqué. Il n’y a pas de vrai modèle économique sur

le Net» , déplore-t-elle. Du coup, le rachat de Rue89 par le « Nouvel Obs », sonne comme un aveu d’échec de la nouvelle économie, incapable de trouver seule les moyens de son émancipation. Car tout se vend et tout s’achète sur le Web… sauf l’information.

LE HuffPo.fr se lance avec le Monde Par Sarah Mazelier

AFP, Martin Bureau

Payer reste minoritaire sur Internet Pour Johan Hufnagel, «réussir à faire payer les gens sur Internet, c’est exceptionnel» de par la fonction première du Web, «un lieu de circulation de l’information sans le mur du payant». Mediapart, qui se définit sur son site comme «un journal d’information numérique, indépendant et participatif», coûte neuf euros par mois. Dans «Le projet Mediapart», l’équipe affirme s’adresser « à une clientèle que ni l’offre papier existante ni l’offre en ligne ne satisfont aujourd’hui ». Et les journalistes d’évoquer cette période entre crise de la presse papier et croissance du Web, en manque de modèle économique stable. Un modèle de développement payant, tenté par de nombreux titres de presse, mais qui a échoué à de nombreuses reprises, y compris outre-Atlantique. Aux Etats-Unis, le «New York Times» et le «Wall Street Journal», deux mastodontes américains de l’information, ont mis fin à leurs tentatives après des échecs

Arianna Huffington a créé le Huffington Post en 2005 Crédit: trulyrightview.com

Un nouveau site d’information a fait son apparition le 23 janvier dans le paysage du web français: le HuffingtonPost. fr. Fruit d'un partenariat entre le banquier Mathieu Pigasse, Arianna Huffington, la fondatrice du site américain et le journal Le Monde, le Huffpo.fr a fusionné avec Le Post, site participatif du quotidien. Il est calqué sur le modèle américain du Huffington Post. Ce site novateur repose sur la participation bénévole de contributeurs, amateurs à 80% et aussi de journalistes. Si ce site avait pour vocation de donner la parole à tous les partis politiques on lui a un temps reproché sa proximité avec le Tea Party, aile droite du parti républicain. De nombreuses célébrités ont écrit pour le "Huff" tel que Barack Obama, David Cameron, Michael Moore ou encore Hillary Clinton. Pour la version française, Anne Sinclair est devenue directrice éditoriale, David Kessler le directeur de la publication et Paul Ackermann le rédacteur en chef. De même que pour la version américaine du Huffington Post, le site mélangera informations, divertissement, opinions et blogs écrits par toutes sortes d'intervenants, dont des célébrités. Il traitera l'actualité et la politique, mais aussi la culture, les médias ou le "lifestyle".

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flagrants. Mais le terme d’échec comme celui de succès restent à définir. Equilibrer ses comptes est-il un succès ? La question se pose également en France, depuis qu’Edwy Plenel, président et directeur de la rédaction de Mediapart, a annoncé «ne plus perdre d’argent» depuis l’automne dernier. Plus de 47 000 personnes sont désormais abonnées au site lancé par l’ancien du Monde.

Un canard pas enchaîné à la Toile

Les derniers instants du papier ? Internet, coupable désigné dans la chute des ventes des journaux, devrait les pousser à l’évolution selon Aude Baron, rédactrice en chef du Plus. «Il faut trouver une valeur ajoutée. Il faut que le papier s’adapte, avec des articles peut-être plus approfondis…». Le problème posé est également celui de l’immédiateté «qui est maintenant sur Internet», causant du tort aux quotidiens. «Mais des titres comme "XXI" montrent qu’avec une forte valeur ajoutée, il y a des acheteurs. La pratique de la presse écrite ne disparaîtra pas, parce que la lecture sur Internet n’a pas cette facilité, ni mobilité, dont dispose le papier.» Et pour l’ancienne journaliste du Post. fr, le prix des tablettes et liseuses en fait un produit que tout le monde ne Délivrer de peut posséder. Malgré l’absence l’information au de pérennité é c o n o m i q u e moindre coût, pour les sites web, les journaux c’est le dilemme meurent. La d i s p a r i t i o n des sites pure d’un quotidien emblématique, players «France Soir», en est encore une preuve flagrante. «C’est une période difficile. Mais c’est aussi ce qui est beau dans cette période», perçoit Johan Hufnagel, optimiste. Mais selon lui, «ériger des modèles tout payant ou tout gratuit est une erreur, il faut inventer son propre modèle.» Grosse mission en perspective.•

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Louis-Marie Horeau, rédacteur en chef adjoint au Canard Enchaîné, lors d'une perquisition au siège du journal, dans le cadre de l'affaire Cleastream, le 11 mai 2007. Crédit: AFP

3 questions à Louis-Marie Horeau, rédacteur en chef adjoint du Canard Enchaîné Sans revenus publicitaires comment le «Canard Enchaîné» vit-il ? Le coût de fabrication est très faible: pas de papier glacé, seulement huit pages. Ensuite, nous sommes une petite équipe de rédaction. Avec un million d'abonnements et de ventes en kiosque, le journal s'en sort très bien. Contrairement à d'autres médias, nous sommes bénéficiaires avec un taux de marge sur chiffre d’affaire de 18% soit 4 millions d'euros en 2011. Pourquoi le Canard Enchaîné refuse une version Web ? Tous les sites d'informations sont déficitaires, pas forcément en déficit grave, mais déficitaires tout de même. Nous n’avons pas envie de nous lancer dedans. Constituer une équipe de spécialistes

informaticiens, agrandir l'équipe de rédaction nous coûterait plus cher. Or, on sait que les journaux qui déclinent une version Web sont doublement perdants : les lecteurs se contentent de la version Web au détriment des journaux papiers. Même si on ne mettait qu'une personne sur le site, il n'y a pas de garantie que la personne suive la ligne éditoriale. Un article engage toujours le journal où il paraît. Trop risqué... Les nouveaux sites dits d’investigation tels que Slate, Rue89 ou Médiapart représentent-ils une concurrence dangereuse ? Non, absolument pas. Leur apparition n’a en rien affecté nos ventes. Si on regarde la courbe de nos ventes, ces sites ne nous font aucun tort. L’information dite d’investigation est comme une fête, plus on est nombreux sur ces sujets, plus ont rit. Au contraire, ça produit un effet d’émulation, ça nous stimule ! Par Sarah Mazelier


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RUe89: Du site au mag Par Boussayna Akaiz

Créé en 2007 par des anciens de Libération, le site web d’information www.rue89.com a lancé en juin 2010 un magazine mensuel. «Notre motivation est d’espérer toucher un lectorat différent avec le magazine» déclare Yann Guégan, rédacteur en chef adjoint. Le contenu ne diffère pas vraiment d’un support à un autre: «Il y a un travail de réadaptation des textes du Web au magazine, mais le contenu est le même. On a une

Twitter, nouveau support d’information ? Par Geoffrey Priol

300 millions d'utilisateurs, dont 2,4 millions de Français, Twitter est devenu en à peine six ans un sérieux concurrent des sites Internet généralistes d’information. En une semaine le nombre de tweets envoyés dépasse le milliard. Ici les journalistes ne sont plus les principaux acteurs de l’information, mais de simples spectateurs qui tentent de dénicher de l’information dans des messages de 140 caractères. «Pour les journalistes, Twitter est une source d’informations et comme toute source on vérifie sa véracité. C’est devenu un

première partie composée d’articles à venir sur le site et une seconde d’articles déjà parus», précise t-il. Du fait de cette similitude de contenu seulement trois personnes ont rejoint l’équipe de 15 journalistes afin de développer cette version papier : un éditeur/ maquettiste, un iconographe et un correcteur. Et ce ne sont pas les ventes qui permettront d’étoffer cet effectif : «Le nombre de ventes pour le magazine varie entre 16 000 et 20 000 par mois, c’est assez stable mais on a du mal à dépasser ce chiffre» avoue Yann Guégan.

véritable support de travail », confie Eric Mettout directeur éditorial du site l’Express.fr. Le procès de Dominique Strauss Kahn est le parfait exemple d’une des utilisations de Twitter par les journalistes. Durant le jugement de l’ex-patron du Fonds Monétaire International, les journaux télévisés des chaînes comme I-télé, faute d’avoir un journaliste à l’intérieur du tribunal même, suivaient les tweets des personnes présentes dans la salle. A la télévision, le journaliste découvrait l’information en même temps que le spectateur, une première. Face à cette déferlante, les journalistes doivent prendre la vague mais avec précaution. Pour Eric Mettout, ce réseau social est «un moyen d’attirer

Crédit: Brice Bonneau

caractères. «C’est une les lecteurs vers les utilisation de Twitter articles des sites qu’il faut apprendre généralistes mais c’est comme par exemple surtout un immense comment retweeter, carnet d’adresses. Ici plus besoin d’inviter une Il n’existe pas une écriture personne à journalistique propre à dîner pour Twitter où l’on ne peut maintenir écrire que 140 caractères son contact, il suffit suivre des twittos de de retweeter ses qualité et tweeter à des messages et établir une relation, une personnes précises. » L’une des principales affinité avec le twittos difficultés que (la personne qui envoie des tweets). rencontre le journaliste, lorsqu’il a un compte Cela permettra au final d’avoir des Twitter professionnel, est de prendre du recul informations sur cette face à ce qu’il écrit. personne qu’elle nous donnera en privé ou «Twitter est un lieu où l’on prend plaisir à bien qu’elle révèlera échanger des messages à tous ses followers (les abonnés à son mais il faut faire attention à ce que ce compte ) ». De plus pour l’éditorialiste du soit le journaliste et non la personne qui tweete. site Internet, il n’existe pas en soit une écriture Il ne faut pas que le journalistique propre personnel prenne le pas sur le professionnel», à Twitter où l’on ne peut écrire que 140 confie Eric Mettout. SCOOP 2012

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Pointus et multifonctions

Les journalistes

Spécialistes et touche-à-tout Alors qu’autrefois le journaliste se devait d’être cet étonnant dilettante capable de parler de tout et de traiter tous les sujets, on lui demande à présent de devenir un expert dans son domaine, tout en étant capable de remplir toutes les fonctions de son métier. Par Boussayna Akaiz 18

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"cou t


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u teau suisse" A

l’époque où les grands médias traditionnels dominaient, le reporter se devait d’être « généraliste », capable de pouvoir intervenir sur différents domaines. C’était même la définition du métier. Il devait pouvoir écrire aussi bien sur la politique, que la mode, les faits divers ou de société. Albert Londres, figure tutélaire du journaliste français, incarnait parfaitement ce cliché. Du Tour de France à la guerre en Chine, en passant par le bagne de Cayenne, les asiles, le terrorisme Balkanique ou la prostitution, il a tout traité. Il y a trente ou quarante ans encore, le journaliste spécialisé était rare, c’était le laborieux qui, à longueur d’année, essayait des voitures ou commentait les cours de la Bourse. Si les domaines d’intervention du journaliste généraliste étaient multiples, en revanche la polyvalence, elle, ne faisait pas partie de ses qualités : il était un homme de presse écrite, de radio ou de télévision et s’y cantonnait. On pardonnait à un journaliste de presse écrite de bafouiller face à la caméra et au journaliste de télé ou de radio d’écrire un français parlé. On leur pardonnait surtout d’être des pachas. L’homme de plume dictait son article au téléphone ou tendait négligemment ses feuillets manuscrits à une secrétaire dactylo. Taper à la machine était une tâche obscure, « spécialisée » et même rédiger un chapô ou une légende était du ressort d’une autre race de secrétaire : le secrétaire de rédaction. Quant au journaliste de télévision, pour la moindre interview, il partait avec chauffeur, preneur de son et caméraman. Si on lui avait dit qu’un jour, son successeur parti-

rait seul à scooter et s’occuperait du montage au retour, il ne l’aurait pas cru.

La polyvalence comme crédo A présent le journaliste tend à devenir un spécialiste à qui l’on demande d’avoir des connaissances assez pointues sur un, voire deux thèmes : de l’économie au sport, en passant par la culture, la santé, les transports, le high tech. Ce « rubriquage » des équipes de rédaction n’est pas nouveau mais l’émergence du Web et la place qu’y prend le lecteur via les forums ou les « réagir à cet article » font que le journaliste ne dominant pas son sujet est immanquablement jeté aux fauves. A la télé et à la radio aussi, le lecteur/téléspectateur/auditeur est aujourd’hui plus présent et ne se prive pas de pouvoir réagir instantanément à une information donnée, parfois de manière virulente. Cette irruption du lecteur, et pire, du lecteur « spécialiste de son sujet » oblige les médias à faire appel à des journalistes ayant une parfaite maîtrise de leur(s) domaine(s) de prédilection. Du coup, l’école de journalisme ou l’apprentissage par la pige ne sont plus des viatiques : beaucoup ont des diplômes provenant d' univers aussi divers tels que sciences humaines, médecine, cinéma, économie ou ingénieur. Le casque et la plume En même temps qu’il devient spécialiste d’un domaine, le journaliste doit devenir un généraliste dans sa profession, et en maîtriser toutes les fonctions. Un rédacteur doit écrire aussi bien pour la version papier que la version web, savoir prendre des photos

par nécessité économique, des vidéos pour le Web. Un journaliste radio ou télé doit aujourd’hui pouvoir tenir son blog ou écrire pour un site. Le rédacteur fait de l’editing sur le logiciel de PAO, le JRI du montage. Tout journaliste doit désormais maîtriser les outils techniques mis à sa dispostion. Un secteur en crise Cette nécessité de polyvalence est d’origine essentiellement économique : les ventes sont en baisse tout comme les recettes publicitaires, ce qui entraine des réductions d’effectifs . Aux quelques grandes rédactions aux effectifs pléthoriques d’autrefois ont succédé des myriades de micro équipes. Dans ces rédactions peau de chagrin, les tâches spécialisées telles que secrétaire de rédaction et photographe n’ont guère d’avenir. Les rédacteurs font de plus en plus leur editing et cherchent ou prennent les photos. L’omniprésence d’Internet est aussi pour beaucoup dans ces changements. Les sites web délivrent aussi bien du texte, que du son ou de l’image. La presse traditionnelle tente de suivre cette surenchère sur ses sites, sans pour autant avoir les moyens de recruter. On est donc passé d’un modèle à un autre. Pour surnager, le journaliste doit posséder plusieurs aptitudes, tout en étant spécialiste dans un domaine. Cette nécessité se ressent jusque dans la formation des journalistes de demain, les écoles ayant le devoir de jongler avec ce nouveau paradoxe. •

le journaliste, Expert de son domaine et multi-fonctions

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Journalistes politiques, une élite sous surveillance Entre tutoiement, déjeuners informels et SMS, les relations entre journalistes et politiques sont parfois ambigües. A l'approche des élections présidentielles, la question de la connivence se pose plus que jamais. Par Marie Perrin

«C

’est un aboutissement », déclare Michel Revol, journaliste politique au magazine Le Point, « pour un journaliste politique, couvrir les élections du futur président de la république c’est le but ultime ». Bertrand Delais, journaliste politique pour France Culture compare cette élection au plus grand événement sportif : «C’est comme les Jeux Olympiques pour un journaliste sportif, c’est le même enjeu pour nous. Ce n’est pas le plus important, mais c’est le plus intense dans notre carrière. » Mais les journalistes politiques peuventils traiter librement des informations concernant les hommes du pouvoir ? Tous s’accordent à dire que l’auto censure est de mise dans ce milieu. « Il faut savoir se retenir. Si on ne divulgue pas certaines

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informations gênantes sur leur vie, les politiques nous en sont reconnaissants et n’hésiteront pas à se confier de nouveau. Ils nous donneront plus facilement des informations. C’est un cercle fermé où il y a beaucoup d’hypocrisie», déclare Michel Revol. Certains ont défié à leurs frais ces hommes puissants. C’est le cas de Bertrand Delais. En 2002, le journaliste s’entretient avec Lionel Jospin, alors Premier Ministre et candidat à la présidentielle : «Je parlais avec lui de manière informelle. A un moment il m’a dit qu’il faisait un très bon bilan de ces derniers mois. Je lui ai répondu qu’un bon bilan ne garantissait pas qu’il se fasse élire en tant que Président. Il s’est braqué et n’a plus rien dit. Mais les conséquences de mes paroles ont été immédiates. Quelques jours plus tard, un petitdéjeuner de presse était organisé

et je n’étais pas convié. Je n’ai plus jamais été invité et Lionel Jospin m’a clairement mis à l’écart. Nous sommes face à des gens puissants, qui ont du pouvoir et peuvent décider de notre carrière. » Maintenir un rapport de confiance Cette anecdote montre que la liberté n’est pas le maître mot de cette profession où le compromis est permanent. Le lien qu’établissent les journalistes avec les hommes politiques nécessite un rapport de confiance qu’il faut absolument conserver. « C’est un équilibre fragile, il faut savoir donner autant qu’il faut savoir rendre », explique Michel Revol. Pour autant, les journalistes ne privilégient pas forcément leur carrière : «Je ne ferais pas le choix de ma carrière si j’avais

Entrée de Ségolène Royal puis de Laurent Fabius au Marriott à Paris le 25 mars 2008 Crédit photo: tibotanguy/Flickr


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Acrimed, le gendarme du journalisme Par Kahina Sekkai

Créé en 1996, Acrimed (Action Critique Médias) se donne pour mission d’être un observatoire des médias. L’association s’est lancée après un appel suite aux manifestations de 1995, et qui débute ainsi: «Nous soussignés,

laisse parfois à désirer», regrette Michel Revol.

«Les présidentielles pour nous c’est comme les Jeux Olympiques pour un journaliste sportif, c’est le même enjeu». Michel Revol, journaliste politique au Point.

Un manque de recul pour les journalistes Pour Bertrand Delais, le manque de distance qui caractérise les relations entre journalistes et politiques reste le point faible du métier. «Le vouvoiement qui était de mise avant ne l’est plus aujourd’hui. On se tutoie tous, quelles que soient nos fonctions. Il n‘y a plus de respect, mais une grande brutalité, une trop grande franchise dans nos paroles. La pression est énorme sur nous, les journalistes, car quelque part nous devenons les chargés de com des politiques», déclare Michel Revol. Mais ce qui dérange le plus ces professionnels de l’information politique, c’est le manque de liberté des hommes politiques eux-mêmes. Toutes leurs paroles et leurs moindres faits et gestes sont contrôlés. « Les politiques ont une énorme maîtrise d’eux-mêmes. Avant de nous parler ils endossent leur

citoyens, responsables associatifs, politiques et syndicaux, intellectuels et chercheurs, journalistes, voulons réagir à la manière détestable dont la plupart des rédactions des grands médias rendent compte de la réalité. » Depuis, Acrimed ne manque pas de relever chaque irrégularité dans la presse, sur tous les

Crédit photo: tibotanguy/Flickr

une info en exclusivité. Après bien sûr, tout dépend de l’information. Par exemple je ne vois pas l’intérêt de parler des frasques sexuelles de DSK, ça ne va pas faire avancer les choses de savoir que cet homme a un comportement sexuel déviant. Il fait ce qu’il veut avec qui il veut. Tant qu’il ne se serait pas présenté, jamais je n’en aurais parlé. Par contre dès qu’il devient candidat, là c’est intéressant de le souligner. » Les journalistes politiques, bien que spécialistes dans leur domaine, sont amenés à traiter toutes sortes de sujets, de l’ONU aux impôts en passant par les mœurs, la sécurité ou encore les retraites. Ils sont donc des généralistes spécialisés en politique. Michel Revol déplore d’ailleurs ce côté si hétérogène du métier : «Quelque part, c’est décevant car on nous demande vraiment tout et rien. On ne fait pas forcément que suivre tel ou tel parti. Il faut qu’on soit apte à parler de n’importe quel sujet à n’importe quel moment. » Autrefois considéré comme l’élite du journalisme, ils sont désormais de moins en moins perçus comme les meilleurs. La dépolitisation et la crise du journalisme sont passées par là et le métier a perdu l’aura qu’il avait autrefois. «Le prestige du journaliste disparaît. En même temps la qualité des professionnels

blindage car ils ne veulent faire aucune gaffe», confie le journaliste de France Culture. Mais la question la plus récurrente pour les journalistes politiques est celle de l’objectivité. Est il réellement possible pour ces spécialistes de mettre de côté leurs opinions personnelles et de garder une parfaite neutralité face aux différents partis qu’ils côtoient ? La plupart sont tentés de répondre « oui », mais tous l’avouent, la neutralité n’existe pas. «On prend forcément un peu parti dans nos articles.» •

sujets, encore plus à l’occasion d’élections politiques. Pour 2012, comme pour 2002 et 2007, l’association est en veille permanente et n’épargne aucun média. Depuis les six derniers mois, LeMonde.fr , «VSD» ou encore l’émission de Laurent Ruquier «On n’est pas couché», ont été épinglés pour leur traitement de l’actualité politique. L’association

reproche à l’animateur de France 2 d’avoir "tourné en ridicule" le candidat du NPA Philippe Poutou. Le site d’Acrimed consacre même une rubrique intitulée «Journalisme et politique» à propos du « journalisme de révérence », où l’association dénonce les tentatives de déformations de l’information au service d’entités politiques.

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Portrait de quatre "princes qui font l'élection" A l’approche de l’élection présidentielle, quelques journalistes politiques sortent du lot. Dans le métier depuis des dizaines d’années, ils ont su durer et naviguer entre les médias malgré des parcours différents. Zoom sur quatre tenors. Par Kahina Sekkai

l’hebdomadaire «Politis» après une maîtrise en droit public et un diplôme de journalisme à l’IUT de Bordeaux. Avant de devenir directeur adjoint de la rédaction de RTL, il est passé par diverses rédactions prestigieuses: Libération, Le JDD, L’Express, Le Monde et France Inter. Il est aujourd’hui le plus connu des journalistes politiques et a même sa propre marionnette aux Guignols de l’Info. Sylvie Pierre-Brossolette

Jean-Michel Aphatie Du matin jusqu’au soir, JeanMichel Aphatie ne pense qu’à la politique. De l’antenne de RTL pendant la matinale au «Grand Journal» de Canal+, le journaliste à l’accent basque reconnaissable est devenu un passage incontournable pour

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les politiques. Pour autant, le parcours de Jean-Michel Aphatie est à part dans le journalisme, car il n'est pas issu de la pépinière Sciences Po, dont provient nombre de ses collègues. Le natif des Pyrénées-Atlantiques n’a obtenu son bac qu’à 24 ans, après avoir abandonné l’école à 14 ans. Il est entré à

La rédactrice en chef du service politique du « Point » a un parcours atypique. Avant de rejoindre « L’Express » en 1976, toute droit sortie de Sciences Po, elle était en charge des relations avec la presse de Françoise Giroud durant un an, quand la co-créatrice du news magazine était ministre de la Condition féminine. Elle l’a ensuite suivie au ministère de la Culture en tant que conseillère technique. Rédactrice en chef de la rubrique France-actualité jusqu’en 2007, elle est devenue chef du service politique du « Point » après le départ de Catherine Pégard, devenue conseillère du président nouvellement élu Nicolas Sarkozy. Jean-Pierre Elkabbach Intervieweur politique d’Europe 1, dont il a été le patron pendant trois ans, il est une des figures les plus anciennes du journalisme politique. Diplômé de Sciences Po Paris et de l’Institut Français de Presse, il

Jean-Michel Apathie Copyright site Internet Médias Sylvie Pierre-Brossolette copyright DR Jean-Pierre Elkabbach copyright Eric FougereVIP Images- Corbis


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devient correspondant de la Radio française à Alger en 1960. Dix ans plus tard, il devient le présentateur du journal de la Première chaîne. Il entre à Europe 1 après la présidentielle de 1981 et obtient le poste de directeur d’antenne en 1987. Six ans plus tard, cet Algérien de naissance est élu président de France 2 et France 3. En 1999, il fonde la chaîne Public Sénat et en devient président. Il occupe ce même poste à Europe1 en 2005 mais est contraint de le quitter en 2008 pour avoir annoncé par erreur la mort de Pascal Sevran. Alain Duhamel Journaliste multi-médias, Alain Duhamel entame en 2012 sa neuvième couverture d’une élection présidentielle, ou plutôt sa huitième car il a, en 2007, été écarté de l'antenne pour avoir pris parti en faveur de François Bayrou devant ses étudiants.

Diplômé de Sciences Po en 1962, il devient éditorialiste pour Le Monde dès 1963. Sept ans plus tard, le jeune prodige est aux commandes de l’émission télévisée « A armes égales », sur la Première chaîne. Depuis la fin des années 1980, il opère sur France 2 pour diverses émissions («Cartes sur tables», «L’heure de vérité», «Mots croisés») et participe occasionnellement au «Grand Journal». Après des passages à Europe 1 et France Culture, Alain Duhamel rejoint RTL en 1999. Ses talents de chroniqueur le mènent dans de nombreux titres : « Libération », «LesDernièresNouvellesd’Alsace», «Nice-Matin» et «Le Point». La politique est le cœur de ses papiers et de ses livres. Un de ses derniers ouvrages, Cartes sur table*, traite des relations entre politique et télévision. • • Avec Patrice Duhamel et Renaud Revel, Editions Plon, 2010 Alain Duhamel, source CAPE

Journalistes et politiques: les liaisons dangereuses

Par Gary Assouline

Connivence, n. f : «Complicité intellectuelle et morale, qui peut amener à faire abstraction d’entorses à la morale commises par l’autre.» Cette définition tirée du Larousse pourrait servir de sous-titre à certains articles d’analyse politique. Les relations entre journalistes et hommes politiques passent difficilement l’examen de la critique, notamment sur les

forums de discussion en ligne où l’on dénonce allègrement le «cul et chemise» des uns et des autres. S’ils exercent chacun un métier intrinsèquement différent, l’un ne peut vivre sans l’autre et les deux s’alimentent voire s’aimantent. La connivence est souvent fille de proximité. Les journalistes qui suivent au quotidien les partis et hommes politiques dînent dans les mêmes restaurants et dorment dans les mêmes hôtels lors de leurs déplacements. A force de vivre ensemble, le rapprochement est

inévitable. Tutoiement, vouvoiement, la frontière est assez mince, au risque que les relations évoluent. Récemment, Valérie Trierweiler, Audrey Pulvar ou encore Béatrice Schonberg, liées respectivement à François Hollande, Arnaud Montebourg et Jean-Louis Borloo ont dû mettre entre parenthèse leur carrière de journaliste politique le temps de la campagne présidentielle. Entre la liaison amoureuse et amicale, le public a l’impression que journalistes et politiques sont

redevables les uns des autre. La connivence, c’est l’histoire d’une rencontre qui vise à séduire l’autre dans un dessein professionnel et qui suit son propre intérêt. Le risque de proximité ne caractérise toutefois pas les seuls journalistes politiques mais tous les journalistes spécialisés. Voyages tous frais payés pour des tests et conférences à l’étranger, étroitesse du milieu professionnel, tout concourt à favoriser le syndrôme de la connivence.

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Se spécialiser, un travail d De plus en plus de journalistes se dirigent vers le journalisme spécialisé. Le choix de la passion, ou de la raison, à condition de ne pas s'enfermer. Par Corentin Vilsalmon

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ue choisir ? Presse généraliste ou presse spécialisée ? Si le journalisme politique ou généraliste dans un grand quotidien reste la voie royale, beaucoup de débutans choisissent d’exercer dans le secteur spécialisé, représenté en grande majorité par des magazines mensuels. C’est le cas de nombreux étudiants en journalisme, passionnés par la filière sportive. Une filière si prisée que l’Ecole du Journalisme, basée à Nice, a créé une formation spéciale en fin de cursus pour les étudiants qui veulent se diriger vers la presse sportive pour rejoindre des magazines comme l’Equipe Mag ou encore So Foot. La passion, c’est ce qui a motivé le choix de Pascal Golfier, ancien étudiant à l’ISCPA Paris et actuellement journaliste pour le bimensuel Moto Revue. Passionné par ce domaine, il s’est instinctivement dirigé vers la presse spécialisée : «C'est plus agréable qu’un support de presse généraliste parce qu’on bosse sur ce qu’on aime, mais c'est quand même parfois répétitif justement parce qu’on traite toujours le même sujet. » Selon lui « la première raison qui pousse les journalistes à choisir la presse spécialisée c’est qu’elle est le secteur le plus épargné par la crise de la presse écrite par rapport aux autres supports comme les quotidiens et hebdomadaires généralistes. » Il insiste sur le fait que le turn-over dans les rédactions étant important, il est plus facile pour de nouveaux rédacteurs d’intégrer un support spécialisé. Il relativise pourtant et

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insiste sur le fait qu’il reste malgré tout du travail dans les rédactions généralistes. «Par contre si on cherche à rester stable il faut plutôt aller dans la presse spécialisée. » Trop pointu, pas assez pointu ? Pour Jean-Michel Bossuet, journaliste pour la revue Aviation & Pilote depuis une dizaine d’années, «la spécialisation permet de consolider sa place dans le métier. Si l'on est très pointu il y a plus de chances de se faire contacter par d’autres journaux pour un avis d’expert ou même pour une pige. » Dès lors il s’agit de faire attention à la spécialisation à outrance.

Travailler au sein d'un magazine spécialisé est un bon moyen de commencer une carrière pour les jeunes journalistes. DR

A terme, le journaliste spécialiste et/ou passionné peut risquer de perdre le recul et l’objectivité nécessaires pour traiter l'information. Il risque également de devenir trop pointu pour le lecteur profane qui ne suit pas forcément de façon assidue la parution des magazines. Le rôle du journaliste étant d’expliquer clairement, de vulgariser un sujet, le risque d’une spécialisation à outrance serait alors de perdre le lecteur lambda avec un jargon trop spécifique, voire d’aller jusqu’à devenir le porte-parole de son secteur. « Il ne faut pas voir la spécialisation comme quelque chose d’exclusif, explique Jean-Michel Bossuet. Il faut regarder l’actualité, observer tous


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l d’expert les domaines et ne pas être mono sujet, contrairement à la presse professionnelle d’entreprise. Mais il faut savoir être pointu dans son sujet. » C’est d’ailleurs ce que cherchent les employeurs, à savoir des salariés pointus qui ont les contacts et les connaissances appropriées dans un domaine mais qui demeurent capables de se convertir à un autre. Mais le principal risque est de tomber dans la connivence avec les acteurs de son secteur d'activité, ce qui peut aboutir à l’auto-censure, soit par peur de déplaire à une relation soit dans le but de favoriser ou caresser dans le sens du poil tel ou tel annonceur. Comment réussir à se reconvertir lorsque l’envie prend de changer d’horizons ? Pour Pascal Golfier, la reconversion est possible, mais il faut pour cela montrer qu’on peut également écrire sur d’autres sujets qui ne font pas partie de sa spécialité. « Faire des piges en dehors du magazine peut assurer une porte de sortie vers un média plus général. Les journalistes qui gardent plusieurs domaines d'action sont favorisés pour se reconvertir. » La clé est donc de posséder plusieurs domaines d’expertise. «Je pense que je ne ferai pas ça toute ma vie, explique Pascal qui évoque une possible reconversion dans plusieurs années. Peut-être que je me tournerai vers l'enseignement comme activité annexe en plus de me diriger vers un média plus généraliste. Dans mon milieu (NDRL : la moto) les journalistes qui cherchent à se reconvertir partent le plus souvent dans la communication, chez les importateurs de moto notamment. » •

Exemple d'une infographie réalisée à partir d’informations extraites d’une base de données.

Data : entre spécialisation et généralisme Par Corentin Vilsalmon Le data journalisme, c'est l’art de savoir décoder des données chiffrées pour en extraire de l’information et l’organiser sous forme d’infographies parfois interactives. Pas encore très développée dans les rédactions de presse écrite, cette pratique s’est nettement ancrée dans les pages des sites web. Pour Nicolas Patte, data journaliste pour le site internet Owni.fr, «le data journalisme est un procédé éditorial qui me paraît dépasser la question du spécialiste opposé au généraliste. Un journaliste de données peut tout aussi bien couvrir la finance internationale que le hockey sur glace.» Une question «centrale» du data journalisme et qui pourrait voir se transformer les rédactions web est le métissage possible entre le journaliste qui récolte les données, les recoupe et en tire une information, et le graphiste, qui met en forme ces informations. Un métissage entre deux professions qui pourrait accoucher d’un nouveau type de journaliste, qui oscille toujours entre spécialité web et généralisme dans les sujets abordés.

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Experts mais touche-à-tout La pénurie d’embauches et les exigences des médias ont poussé les journalistes à devenir à la fois polyvalents et de plus en plus spécialistes d’un sujet. Par Hicham Barrouk

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l y a encore une dizaine d’années, un journaliste de télévision était accompagné d’un preneur de son et d’un caméraman lors de ses déplacements sur le terrain. Un équipage devenu obsolète avec le développement du nombre de chaînes de télévision et de la puissance des outils numériques. Dorénavant le journaliste reporter d’images (JRI) assure de plus en plus la fabrication complète de son sujet. Tournage, prise de son, montage, le JRI se doit d’être autonome mais surtout polyvalent. Dans les grandes rédactions audiovisuelles telles que TF1 ou France Télévisions, le JRI n’est chargé que de

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la prise de vue et parfois du commentaire, mais la réalité est toute autre dans les petites rédactions. Cette nouvelle polyvalence exigée des journalistes n’est pas seulement le fait du JRI. La capacité à occuper toutes les fonctions tend à devenir la règle dans un métier en crise. Au sein même des rédactions « papier », le journaliste ne se contente plus de rédiger ses articles. De plus en plus, il en écrit titre-châpo-légende, ne laissant au secrétaire de rédaction (SR) que la coupe et la correction. Quand il y a correction... La plupart des sites d’informations se passent de cor-

recteurs et la tolérance aux fautes et coquilles semble peu à peu gagner les versions papier. Quel est le destin du SR ? Pas rose. Leurs effectifs fondent déjà comme neige au soleil. « S’ils n’étaient pas aussi syndiqués, leur nombre dans la presse magazine aurait été encore plus réduit», confie ce DRH d’un grand groupe de presse. Aujourd’hui, nous nous posons la question de leur reconversion en journalistes rédacteurs.» Au delà de l’éditing, un journaliste de la presse écrite se doit désormais de maîtriser les outils du Web. L’écriture d’un article sur Internet est bel et bien différente

Les rédactions sont de plus en plus hétéroclites. Cette image d'illustration extrapole le phénomène des journalistes polyvalents. Photo: Geoffrey Priol


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de celle du “papier“ mais le développement de ce “nouveau média“ oblige les journalistes à s’adapter et à faire le saut. Plus qu’une alternative, c’est une nécessité. « Le journaliste web, c’est une sorte de couteau suisse » Avec la multiplication des sites Internet, le journalisme web est devenu un métier à part entière où il faut maîtriser les outils multimédias tout en ayant les capacités rédactionnelles d’un journaliste de outils 2.0, Gary voit le journalisme presse écrite. web comme un métier d’avenir. Gary Assouline, étudiant en 3ème « Avec le Web, je ne me suis plus année de journalisme a réalisé contenté de faire de la rédaction, de nombreux stages sur des j’ai aussi fait du montage vidéo et sites tels que 20minutes.fr et est des retouches photos. Le journaliste bien conscient de cette nouvelle web, c’est une sorte de couteau demande. «J’ai suisse. vraiment appris Av e c l e sur le Web à "Savoir Être autonome, problème me servir de q u e nouveaux outils compétent et polyvalent" c o n n a î t informatiques la presse que je ne pensais jamais avoir à écrite, le Web est devenu un utiliser. Et l’écriture n’est pas la acteur majeur dans le traitement même que dans la presse papier. de l’information. » On nous demande de traiter l’information plus rapidement, Savoir faire le lien entre le Web il n’y a pas forcement d’analyse et le papier comme pour le "papier". C’est de Cette polyvalence présente l’information brute et instantanée. dans le journalisme web et qui Le travail n’est donc pas le même s’étend aux autres médias est de mais ce fut vraiment enrichissant». plus en plus enseignée dans les Maquettiste et utilisateur assidu des écoles de journalisme. Savoir La formation continue indispensable pour évoluer Par Hicham Barrouk Encore un luxe il y a quelques années, la polyvalence est devenue indispensable aujourd’hui. L’entrée dans le journalisme 2.0 a accéléré la formation aux nouveaux outils technologiques. Ancien étudiant à l’EFJ, Walid Dziri, aujourd’hui

reporter free lance, a connu cette nouvelle exigence du métier. «Je pensais faire de la presse écrite au départ mais j’ai dû me spécialiser dans la télé car si je voulais trouver du boulot, on m’a fait comprendre qu’il fallait savoir être multitâches». Pas forcement disposé à faire du documentaire, Walid Dziri a dû se former à cette spécialisation bien particulière. «Les écoles

être autonome, compétent et polyvalent, voilà les nouveaux défis des futurs journalistes. Pour Ludovic Blecher, rédacteur en chef du site Liberation.fr, cette nouvelle demande était encore impensable il y a 10 ans. «Le métier a vraiment changé. Avec l’émergence d’Internet, les attentes ne sont plus les mêmes. Il faut savoir faire le lien entre le papier et le Web». Ne pas confronter ces deux médias n’est pas simple et les tenants du "papier" ne voient pas toujours d’un bon œil l’émergence de ce journalisme web. «Le Web est souvent perçu comme u n c o n c u r re n t p o u r l e s journalistes de la presse écrite mais en réalité, il est de plus en plus difficile de dissocier l’un de l’autre. » •

de journalisme forment de plus en plus à tous les médias. Grâce à cette multi formation, j’ai pu m’orienter vers la télé et plus particulièrement vers le métier de reporter». Une opportunité qui a permis à ce jeune journaliste de 25 ans de partir en reportage en Libye, en pleine guerre civile. Mais Walid Dziri n’est pas un cas à part. De plus en plus de jeunes journalistes

Les élèves journalistes de l'ISCPA sur le terrain lors de l'exercice Coalition à l'Ecole Militaire en avril 2010. Crédit: Victor Ponti

qui ont connu cette multiformation se retrouvent désormais sur un marché du travail qui exige d’eux une polyvalence à toute épreuve. Même s'il est conseillé aux journalistes de demain de se spécialiser dans un domaine, tel que la politique, le sport ou encore l’économie, il faut savoir être capable de travailler sur tous les supports.

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Presse spécialisée

Une presse qui récolte les fru it

Si la santé actuelle de la presse généraliste inquiète, la presse professionnelle et la presse spécialisée sont, elles aussi, confrontées à la concurrence du Web. Comment résister ? Avec une information à forte valeur ajoutée. Par Henri Lahera

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u its amers de la passion A

vec presque 1400 publications imprimées, la presse professionnelle représente un gros pourcentage du paysage de l’information. Elle pèse plus de deux milliards d’euros de chiffre d’affaire et emploie 15 700 salariés. Si la presse écrite subit un revers important, et souffre de la concurrence d’Internet, la presse professionnelle subit cette crise de manière disparate. Certains secteurs ont vu leur nombre de parutions chuter, d’autres arrivent à maintenir des chiffres de vente satisfaisants (magazines juridiques, touristiques ou industriels). Catherine Chagniot, directrice de la communication à la FNPS (Fédération Nationale de la Presse d'Information Spécialisée) apporte des précisions sur ce marché hétéroclite : «Il est certain qu’Internet a touché la presse de manière générale. De nombreux annonceurs ont diminué leurs budgets publicitaires. Les pure player (sites d’informations œuvrant uniquement sur le Web) proposent un modèle économique nouveau, alors que les sites de nos journaux professionnels ne font souvent office que de vitrines.»

d’agriculteurs en France. En revanche, il est vrai que la presse Informatique et Electronique a vraiment subi une forte baisse du papier (- 35, 55 % sur l'année 2011) et que plusieurs journaux ont mis la clé sous la porte. Encore une fois, c’est explicable. Les passionnés de High-tech sont naturellement passés sur le média Internet » L’IDG (pour International Data Group), un immense groupe de presse américain qui possède de nombreuses parutions informatiques s’est d’ailleurs retiré de plusieurs d’entre elles. Alors qui s’en sort vraiment ? «De nombreux secteurs se maintiennent bien. La presse juridique est un bel exemple de constance. C’est évidemment dû à un sujet très technique, où les connaissances nécessaires ne sont pas à la portée de tous. Mais aussi grâce à des articles précis et sans cesse renouvelés.» Les chiffres de l’OJD (Organisme de Justification de la Diffusion) permettent même de voir de belles progressions. La presse technique et industrielle croît de 20%. Un secteur qui remonte même la pente après quelques années moroses. Le Journal du textile, Voyages d’affaires… autant de publications qui ont la côte auprès des cadres. Un bilan moins alarmiste que celui de la presse spécialisée grand public qui souffre d’avantage de la gratuité du Net. La presse informatique n’est hélas pas un cas isolé. Le sport et l’automobile subissent également le désaveu du

Les pa ss i o n n é s de High-tech sont n at u r e l l eme n t passés sur le média Internet

Mais cette crise ne semble pas uniquement liée à Internet. «Chaque secteur n’est pas touché de la même façon, de nombreux éléments entrent en jeu. La presse agricole, riche de 150 titres, voit sa diffusion baisser inexorablement, et ce n’est pas seulement à cause du Net. Cela s’explique aussi par la diminution du nombre

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public. Jadis prospères, les magazines automobiles ont divisé leurs diffusions par deux et peinent à accrocher un lectorat qui trouve l'information technique gratuitement sur le Net. De même, florissantes il y a une dizaine d’années, les revues cinématographiques se comptent désormais sur les doigts de la main. Au delà de la presse gratuite cinéma (Kinémag, Illimité…) il faut bien sûr compter sur la Toile. Voilà déjà une vingtaine d’années que des sites sur le 7ème art existent, mais ils ne sont plus seulement consultés pour les bandes annonces ou les horaires des séances. Ils concur- La valeur ajoutée: rencent directement un contenu dense, le média papier en des interviews offrant fiches des- exclusives, des criptives, critiques, analyses de reportages et surtout professionels avis de spectateurs. Avec plus de six millions de visites mensuelles, Allocine.fr est le principal acteur de ce bouleversement. Racheté en 2007 par un fonds américain pour 120 millions d’euros, le site réunit des membres passionnés et consommateurs de cinéma et vit d’une publicité ciblée vers ce "lectorat" recherché car jeune et nomade. De même, les nombreux blogs indépendants sont venus agrémenter le contenu déjà présent. Ces passionnés ajoutent leur pierre à l’édifice et contentent aussi les cinéphiles. Comment lutter ? « Il faut proposer un contenu plus dense, des analyses qu’un amateur ne pensera pas à suggérer. Mais surtout proposer une valeur ajoutée que seul un magazine reconnu pourra obtenir : mettre en avant une interview exclusive, un festival ou un colloque réservé aux pros, du contenu photo spécifique… » explique Catherine Chagniot. Une différenciation qui semble actuellement le seul moyen de conserver ses clients, mais qui semble aujourd’hui à la portée des grand acteurs du Web…•

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Jean-Marie Charon:

Le Web peut être l'allié du papier

Pour le spécialiste des médias Jean-Marie Charon, le passage de l'écrit du papier à l'écran n'est pas un drame. Propos recueillis par Fabien Dezé

SCOOP : Dans quel état se trouve la presse imprimée française aujourd’hui ? J.M. Charon : De nombreux secteurs se dégradent. La plupart des contenus sont attaqués par Internet comme la presse TV ou les magazines féminins populaires. Des hebdomadaires sont devenus bimensuels, les contenus ont dû être repensés. Le basculement s’est fait encore plus rapidement en ce qui concerne la presse professionnelle. Cela signifie-t-il la fin de la presse papier ? Non, il y a toujours de la place pour certains contenus. Par exemple les nouveaux magazines féminins arrivent à se faire une place au soleil car les thématiques se diversifient. En général, le public accorde plus de crédibilité aux infos sur le papier qu'à celles que l’on trouve sur Internet même si cela a tendance à changer avec la nouvelle génération. Quelle stratégie doivent adopter les groupes de presse dans les années futures ? Ils doivent davantage jouer sur la complémentarité entre le numérique et l’imprimé en couplant les abonnements papier avec le Web. Un groupe comme Lagardère a mis du temps à se mettre à Internet mais depuis 2006, il rachète de nombreux sites pure player.

Quel est votre sentiment face à cette évolution ? Ce n’est pas un drame que la presse papier bascule sur le numérique. Des sites comme Médiapart ou Rue 89 développent une vraie information, travaillée avec un contenu fort. les Top et flops en 2011

Presse écrite +8,27% de ventes +19,27% de ventes -23% de ventes -10,46% de ventes

Web

+62,59% de visites +30,98% de visites -3,84% de visites -16,26% de visites


La presse spécialisée face à la crise Du sport à la culture, en passant par la mode, presque tous les secteurs sont sous le feu du Web. Ou s'en servent...

D

ans la crise que traverse la presse écrite, les magazines spécialisés ne sont pas épargnés. Seuls certains secteurs arrivent encore à se faire une place au soleil. C’est le cas de la presse culinaire avec des magazines comme Régal, Maxi Cuisine ou encore Marmiton (issu du site du même nom) dont les courbes de vente persistent à grimper. La cuisine est devenue l'un des premiers loisirs et un des principaux centres d'interêt des français commme le montre le succès de plusieurs émissions de télévision. Ce n’est pas le cas de la presse automobile qui doit se résoudre à la diminution de la passion portée à la chose automobile, mal qui frappe bien d'autres secteurs de cette presse dite à «centre d’intérêts». Les centres d’intérêts vont et viennent. Qui se souvient qu’il y eut un magazine consacré aux Pin’s ? La presse auto, comme la presse moto, bateaux, vélo est en prime confrontée à l’éclosion de nombreux sites attirés par le lucratif marché des petites annonces. Des sites qui ont peu à peu étoffé leurs actus et essais et sont devenus au fil du temps de véritables concurrents de l’Auto Journal, l’Automobile Magazine

publicité

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L’AJE, pour une information européenne de qualité

Par Fabien Dezé

et consorts. La presse sportive est également en très grande difficulté (France Football baisse de 23, 45% en 2011 et Onze Mondial de 29, 83 %).

Victime de l’explosion des sites spécialisés. Moins concurrencée par le web gratuit, l’information professionnelle pure conserve sa valeur marchande. Là, le danger ne vient pas des amateurs éclairés, ni de sites «pure-player» (nés sur Internet) mais des entreprises, associations et syndicats du secteur qui trouvent sur la Toile un moyen très peu onéreux de diffuser leur bonne parole tout en délivrant gratuitement l’essentiel de l’actualité du secteur. Ainsi, dans le domaine du poids-lourds, des magazines comme les Routiers ont affaire au site de la chambre syndicale des fabricants de camions, à celui des syndicats de conducteurs et de patrons, aux newsletters des affréteurs, chargeurs etc…•

L’AJE est la section française de l’AEJ (Association of european journalists), association née en 1961 qui rassemble des professionnels des médias de tout l’Europe. La mission de l’AEJ est de sensibiliser les journalistes, les étudiants en journalisme, aux questions européennes et de promouvoir une information européenne de qualité dans les médias. En France, l’AJE organise des séminaires dans les écoles de journalisme, le prix Louise Weiss du journalisme européen, des conférencesdébats, et une mise en réseau des compétences. Jean Quatremer, correspondant de Libération à Bruxelles, a été élu président en 2008. L’AEJ est aussi engagée dans le combat pour la liberté de la presse en Europe, et a publié le rapport «Goodbye to media freedom ?» Avec plus d’un millier de membres et 27 sections nationales (janvier 2011), l’AEJ peut être considérée comme le plus grand club de journalistes d’Europe. Elle est reconnue par le Conseil de l’Europe et par l’Unesco, et a le statut d’observateur auprès du Conseil de l’Europe.

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Le jeu des 7 familles de lecteurs Dresser un panorama des lecteurs de presse à travers des portraits, des clichés du lecteur d’aujourd’hui: un vrai exercice de style et d’observation. Et vous, quel type de lecteur êtes-vous ?

Par Najoua Azlag

Le radin Le radin a souvent l’œil dans le Libération de son voisin. S’il lit son propre journal, c’est Métro, Direct Matin ou 20 Minutes car le radin ne lit "que" la presse gratuite et ces journaux n’ont plus de secret pour lui. Il lit tout dans ces trois quotidiens, absolument tout, même la rubrique l’inconnu du métro. Il écoute aussi la radio et regarde la télé. Son budget info: l’électricité et la redevance. Il est tellement pingre qu’il n’abandonne pas ses précieux journaux dans le métro, comme le font certains, histoire de faire tourner l’info. Oh non, il les rapporte chez lui pour allumer le feu ou emballer les épluchures. L’enchaîné à son canard Comme son nom l’indique il ne lit qu’un seul journal, le seul qu’il considère comme fiable: le Canard Enchaîné bien sûr, auquel il est abonné depuis le lycée. En vrai

passionné, il lui est impossible de jeter un seul numéro. Il lit son canard parce qu’il trouve un traitement différent de l’information. Différent de quoi ? Il ne sait pas, il ne lit que le Canard. Mais il est sûr que le sarcasme des auteurs et le sens de l’humour avec lequel est traité un sujet aussi grave que l’affaire Karachi ne se trouve «nulle part ailleurs». Son canard il l’aime au point d’y découper des articles, des citations, des illustrations qu’il met dans son album collector. Un jour, il a même écrit à la rédaction pour dénoncer les agissements de son maire et les turpitudes de son patron. Sa correspondance débutait par: «mon cher Canard». 1,20 € ce n’est pas excessif. L’hyper branché sur-connecté Casque ultra design vissé sur les oreilles, il est informé en continu par des alertes infos sur son smartphone. Les alertes c’est bien,

Son Canard Enchaîné, il le chérit et attend chaque semaine son seul et unique journal pour trouver les véritables informations avec toujours la pointe de sarcasme qu’il aime tant. Crédit: Najoua Azlag

Crédit: Najoua Azlag

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mais après, les articles il les lit directement sur sa tablette. Ultra connecté, il se promène avec son iBook dans l’attaché case et le moindre temps mort est une plage de surf sur le figaro.fr, mediapart. fr, jelistout.org, jeminforme.net, sans oublier twitter bien sûr. Au courant de tout, mais ne comprenant rien, il aimerait avoir le temps de réfléchir à tout cela, mais il ne veut pas prendre de retard dans la lecture de ses newsletters. L’hyper branché sur-connecté surfe sur la vague d’info mais celle-ci lui passe souvent au-dessus dans un grand buzz d'écume. La curieuse Adepte de la presse people, elle épluche plus qu’elle ne lit Be, Closer, Public, Voici et autre Oops. Lorie, Sharon ou Kelly, ne rate aucun épisode de la vie des stars, mais lorsqu’on lui demande qui est le président des Etats Unis elle répond « Brad Pitt, euh, non, Georges W. Clooney» ! Habillée comme ses icônes, elle est avide de potins, de photos divertissantes, et de télé-réalité.


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La presse féminine est devenue accro à ce lectorat autant attiré par la vie des stars que par le nouveau sac à la mode. Ni Elle ni MarieClaire ne se permettent plus de faire l’impasse sur les émois de Nolwenn ou le nouveau nez de Scarlett. Le procrastinateur Comme son nom l’indique, le procrastinateur lira demain ce qu’il ne peut lire aujourd’hui, à moins qu’il ne lise ce qu’il devait lire hier, ou avant hier. Le procrastinateur rêverait d’ «avoir le temps» et que l’on instaure des journées de 48 heures. Le procrastinateur amasse, entasse, accumule, empile magazines et journaux, leur greffe des post-it et les laisse en vue, ouverts à la page qu’il faudra absolument lire. Il vit dans un véritable capharnaüm entre les piles des divers titres de presse qu’il achète. Mais pourquoi les achète-t-il sans les lire ? Parce qu’en vacances, il aura le temps. Le bon côté de la chose, c’est que sa tâche s’allège avec le temps. Ainsi, depuis que l’armée américaine a quitté l’Iraq, ça fait un paquet de quotidiens à jeter sans remords. Le papy Baguette sous le bras, pipe au bec, sifflotant du Michel Sardou, le papy a cette habitude quotidienne, non, plutôt cette tradition quasi religieuse, de se rendre tous les matins à la même heure, chez son marchand de journaux. Il le connaît depuis toujours, papote volontiers pluie et beau temps, dernière collection presse spéciale 2CV, et demande « Alors qu’est-ce qu’il y a de bon aujourd’hui à lire». Il regarde la Une de son journal, y découvre les gros titres et se dit que devant son bol de café et sa tartine il aura

de quoi s’occuper l’esprit jusqu’au déjeuner. Le papy est un amateur de faitsdivers, surtout lorsque ceux-ci se déroulent dans sa commune de 3000 âmes et qu’il connaît l’un des protagonistes. Chez lui, il commente chaque article à sa compagne qui apprécie sa concision dans l’analyse pendant qu’elle épluche les pommes de terre.

Ne laissant rien passer des actualités people du moment, la curieuse ne perd pas une miette sur les amours et les petits défauts de ses idoles. Crédits DR

Le décorateur Dans le kiosque de la place de la Madeleine, le décorateur, bien habillé bien coiffé, balaye d’un coup d’œil les présentoirs et arrête son choix sur Beaux Arts Magazine. Il sait à l’avance que le dossier sur les « grandes expositions de 2012 » ne l’intéresse pas plus que cela, mais ça en jette. Le décorateur aime décorer son intérieur de jolies revues, celles que l’on appelle « coffee table magazine ». Sa table basse, envahie de XXI, de Magazine du Monde, d’Archéologia et de Géo, décrit celui qu’il aimerait être, cultivé, curieux et globe-trotter. •

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Le courrier des lecteurs revient en force

Avec l’info en ligne, le journaliste ne peut plus ignorer son lecteur. Ce dernier le commente en bas de page, l’interpelle, le critique. Trolls, paraphraseurs et autres jamais contents apportent-ils un plus à l’information ? Parfois oui. Par Emmanuelle Grimaud

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aston Lagaffe, qui croule sous le courrier des lecteurs et en fait des cocottes, c'est une époque révolue. Désormais, le courrier des lecteurs ne finit plus au fond du placard ou à la poubelle. Le lecteur étant devenu rare et cher, son courrier mérite donc la plus grande considération. L'hebdomadaire Marianne en fait même une rubrique vedette sur quatre pages. Mais c’est sur la Toile que le lecteur a vraiment pris le pouvoir avec les commentaires au bas des articles. Véritable baromètre du succès ou de l’échec d’un article, le nombre de réactions détermine sur certains sites le hit parade de ce qu’il faut lire. Le trolling, un phénomène récurrent Calomnier les journalistes par le biais de commentaires incongrus est devenu monnaie courante. Les auteurs ne peuvent plus ignorer les trolls qui critiquent à tout va et polluent le débat. Mais qu’est-ce qu’un troll ? À l’origine, le terme fait allusion au trolling, une technique de pêche utilisée par les chalutiers qui consiste à attraper le plus de poissons possible en laissant trainer des appâts derrière le navire. En argot Internet ce n’est ni plus ni moins qu’un lecteur qui vient casser une discussion, tuer le débat ou nourrir artificiellement une polémique. Le plus souvent dans un français approximatif. Ainsi à en croire « OSEF » (acronyme de «On s’en fout »), « les journalistes devraient un peu plus chercher la

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petite bête avant de véhiculer au mieux des informations imprécises, au pire des manipulations », ou encore « pourquoi traiter de ce sujet alors que des gens meurent en Indonésie ». Pour Grégoire de Villepoix, rédacteur en chef du site meltyStyle.fr, « deux types de commentaires dérangent la rédaction: les spams qui sont des liens vers des pubs et les critiques parfois insultantes. Dans les deux cas les internautes sont immédiatement bannis du site.» Comment gérer les commentaires ? Internet étant un espace de liberté quasi absolue, le dilemme se pose: faut-il privilégier le volume et laisser en ligne les commentaires stupides ? Ou bien faut-il supprimer les commentaires qui n’apportent ni fond ni discussions, ou qui n’ont rien à voir avec le sujet. Reuters a créé un statut de «commentateur VIP». Les commentateurs passent

Le «Trollface», le visage du troll, symbolise la critique non constructive et est devenu le personnage récurrent du net. Le site français jetetroll.com regroupe tous les comics réalisés sur le web dédié au trollface. Crédit photo: Geoffrey Priol

des niveaux et obtiennent des «pouvoirs » au fur et à mesure de leur progression. Au début, ils sont de «nouveaux utilisateurs» et leurs commentaires sont systématiquement modérés par la rédaction. Ils gagnent des points à chaque fois qu’un commentaire est validé. Au bout d’un certain nombre de points, ils deviennent «utilisateurs reconnus». A partir de là, leurs commentaires sont validés sans intervention du modérateur. Les commentaires sur le site d’information Rue89 sont, quant à eux, soumis à un classement. La rédaction sélectionne les commentaires les plus intéressants. Ceux-ci s’affichent sous le contenu, alors que les autres demeurent moins visibles. Les internautes peuvent également voter pour une réaction. Slate.com a, pour sa part, choisi de ne pas publier de commentaires non identifiés. Les lecteurs ont la possibilité de commenter les articles en s’identifiant à partir du compte de leur choix (Facebook, Twitter, Google, Yahoo !, etc). Une chose est sûre, le journaliste ne bénéficie plus de son aura d’autrefois. Mais est-ce un mal ? Grégoire de Villepoix confie « il nous est déjà arrivé d’étoffer un article grâce aux connaissances d’un lecteur aguerri. C’est fabuleux. Le journaliste doit accepter que le lecteur en sache parfois plus que lui sur certains sujets pointus. Qu'il puisse améliorer un article est une des plus grandes évolutions apportées par le Web ».•


BIENVENUE DANs LE MONDE DEs POssIBLEs

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Institut Supérieur des Médias - LYON - PARIS

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