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Penser la santé

N° 12 – JUILLET 2017

TÉMOIGNAGES DE PATIENTS /

MALADIES RARES

MIEUX CONNUES. ET RECONNUES. / MOBILISATION DES HÔPITAUX / STRATÉGIE POLITIQUE

SERGE TISSERON «L’ennemi de l’empathie est le désir d’emprise» TABOU La violence chez les seniors sort de l’ombre REPORTAGE Visite au bloc opératoire Édité par le CHUV www.invivomagazine.com IN EXTENSO LA SCIENCE DU BONHEUR


«Les infographies sont rigoureuses, ingénieuses et plaisantes à regarder.»

«Félicitations pour votre magazine, qui est très intéressant et fort apprécié des professionnels de mon institution.» Johanna M., Carouge

Dominique G., Vufflens-la-Ville

«Chaque article est pertinent!» Béa B., Danemark

ABONNEZ-VOUS À IN VIVO «Un magazine fantastique, dont les posters habillent toujours nos murs.» Swissnex, Brésil

«Super mise en page!» Laure A., Lausanne

«Vos infographies sont géniales, faciles à comprendre et adaptées au public auquel j'enseigne.» Isabelle G., Lausanne

«Fort intéressant!» Hélène O., Lausanne

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Le magazine est gratuit. Seule une participation aux frais d’envoi est demandée (20 francs).


IN VIVO / N° 12 / JUILLET 2017

SOMMAIRE

FOCUS

19 / DOSSIER Maladies rares: mieux connues. Et reconnues. Médecins et patients luttent pour le développement de nouveaux traitements PAR JOËLLE CACHIN

MENS SANA

30 / INTERVIEW Serge Tisseron: «L’ennemi de l’empathie est le désir de toute-puissance» PAR FABIENNE PINI SCHORDERET

34 / TENDANCE L’autopsie ne risque pas de mourir PAR BERTRAND TAPPY

37 / PROSPECTION Blouse blanche et cheveux gris PAR PATRICIA MICHAUD

La médecine en orbite PAR SOPHIE GAITZSCH

44 / COULISSES Auteurs en inflation PAR YANN BERNARDINELLI

Le zèbre est le symbole des maladies rares depuis les années 1940, lorsque Théodore Woodward, professeur à l’Université du Maryland (USA), utilisa l’animal dans une métaphore devant ses étudiants en médecine. «Quand vous entendez des bruits de sabots derrière vous, ne vous attendez pas à voir un zèbre, mais un cheval.» Face à certains symptômes, les jeunes médecins doivent d’abord penser à une pathologie commune. Selon lui, un diagnostic de maladie rare ne doit intervenir que dans un deuxième temps.

ISTOCK

40 / INNOVATION


SOMMAIRE

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CORPORE SANO

IN SITU

48 / PROSPECTION

09 / HEALTH VALLEY

Un nouvel organe dans le corps humain?

Des caméras dans les berceaux

PAR STÉPHANIE DE ROGUIN

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La violence chez les seniors sort de l’ombre PAR ANDRÉE-MARIE DUSSAULT

53 / INNOVATION La simulation haute-fidélité: l’avenir de la formation PAR ANNE-SOPHIE DUBEY

56 /

DÉCRYPTAGE

Le gras, ça sert à quoi? PAR STÉPHANIE DE ROGUIN

60 / APERCU Quand la thyroïde dysfonctionne PAR RACHEL PERRET

62 / EN IMAGES Opération lifting PAR MELINDA MARCHESE

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14 / AUTOUR DU GLOBE Découverte de trois neurones géants

CURSUS

70 / CHRONIQUE Pour des humanités médicales

72 / TANDEM Le psychiatre Philipp Baumann et le neurobiologiste Pascal Steullet

ESA/NASA / PHILIPPE GÉTAZ / AMELIE-BENOIST/BSIP/NEWSCOM

50 / TABOU


Éditorial

LA LUTTE CONTRE LA RARETÉ NE FAIT QUE COMMENCER

DR

BERTRAND TAPPY Responsable éditorial

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«Ce qui est rare est cher»: que l’on parle d’un accès à l’océan, d’une mine d’or ou d’un coin de terre fertile, voilà une maxime qui résume quasiment l’intégralité de notre Histoire, faisant et détruisant les empires au fil des conflits et des guerres qui ont engendré le monde d’aujourd’hui. En changeant juste un mot, on obtient «ce qui est rare coûte cher». Une modification qui pourrait paraître bien anodine si elle ne témoignait pas du défi monumental que représentent les maladies orphelines dans le monde de la santé: quel poids avez-vous lorsque vous êtes le seul sur plus de 10’000 individus à avoir besoin d’un traitement? Comment convaincre l’industrie pharmaceutique d’investir des dizaines de milliers de dollars pour financer la recherche, et améliorer le sort de ceux qui vivent le même calvaire que vous au quotidien? Bien loin de provoquer renommée et richesse, rareté rime donc parfois avec injustice, patience et courage… Il n’en fallait pas plus pour nous inciter à dédier un dossier (p. 19) à ceux qui vouent leur vie à soulager ceux qui souffrent d’un mal dont le nom – lorsqu’il en a un – suscite plus souvent la perplexité que l’empathie au sein de la population. Plus égoïstement, je profite de ces quelques lignes pour témoigner de la gratitude que j’éprouve pour les quelques années durant lesquelles j’ai eu le plaisir de couver, de faire naître et de voir grandir «In Vivo». Je pars aujourd’hui vers de nouveaux horizons, mais le souvenir de ces moments sera désormais plus cher à mes yeux que n’importe quelle pierre précieuse. ⁄


POST-SCRIPTUM LA SUITE DES ARTICLES DE «IN VIVO» IL EST POSSIBLE DE S’ABONNER OU D’ACQUÉRIR LES ANCIENS NUMÉROS SUR LE SITE WWW.INVIVOMAGAZINE.COM

GÉNÉTIQUE p. 42

Détection de dix maladies La Food and Drug Administration (FDA) américaine a donné son feu vert à la société 23andMe pour la commercialisation d’un nouveau kit génétique destiné au grand public. Celui-ci permet d’évaluer les risques de contracter une dizaine de maladies comme Alzheimer, Parkinson, sur la base d’un échantillon de salive. La FDA rappelle toutefois que les variants génétiques ne sont pas les seuls facteurs qui comptent dans le développement de ces pathologies. /

IMPRESSION 3D IV n° 1

p. 62

Fabrication de peau humaine Des chercheurs de l’Université Carlos III de Madrid ont mis au point une bio-imprimante 3D capable de produire de la peau humaine pleinement fonctionnelle. Elle est conçue à partir de composants bio­ logiques appelés «bio-encres». Elle pourrait être utilisée lors de transplantations et pour des tests cosmétiques, chimiques ou pharmaceutiques. /

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IV n° 5

p. 60

IV n° 3

p. 19

Maladie cœliaque due à un virus

Les créatifs voient mieux

Il existe un lien entre une infection virale et le développement de la maladie cœliaque, une pathologie généralement considérée comme génétique. Des chercheurs de l’Université de Chicago ont montré que des souris exposées au T1L, un virus commun de la famille des Reoviridae, perdent leur tolérance au gluten. En présence de T1L, le système immunitaire perçoit le gluten comme un élément dangereux et provoque une réaction inflammatoire destructrice. /

Les personnes ouvertes à de nouvelles expériences perçoivent plus d’informations visuelles que les autres, selon une étude de l’Université de Melbourne. Cela expliquerait pourquoi elles se montrent créatives. Dans un test de rivalité binoculaire (une image rouge devant un œil, une verte devant l’autre), le cerveau ne perçoit généralement qu’une image à la fois, mais des participants ont vu les deux images fusionner. Ce phénomène s’est produit chez les personnes les plus ouvertes à la nouveauté. /

NAISSANCE PURDUE UNIVERSITY-DEPARTMENT OF BIOLOGY

IV n° 1

PERCEPTION

GLUTEN

IE n° 3

Travail de nuit et fertilité Un travail qui demande de soulever de lourdes charges et les horaires de nuit ont des conséquences négatives sur la fertilité des femmes, selon une étude de la Harvard School of Public Health. Les employées qui doivent porter de lourdes charges produisent en moyenne 1,4 ovocyte mature de moins que les autres femmes après stimulation hormonale, et celles qui travaillent la nuit, 2,3 ovocytes matures de moins. /


POST-SCRIPTUM

AUTISME IV n° 6

p. 60

Diurétique efficace

KDOG CANCER DETECT GROUP- INSTITUT CURIE

La bumétanide, un diurétique, permettrait de réduire les symptômes autistiques. C’est ce que concluent des travaux menés par des scientifiques français, issus notamment de l’Inserm. Dans le cadre d’un essai clinique, une diminution de la sévérité des troubles a été constatée chez trois quarts des enfants. La bumétanide bloque la pénétration du chlore dans les cellules neuronales. Les chercheurs veulent maintenant réaliser des tests à l’échelle européenne pour mieux cerner la population concernée par ce traitement. /

CERVEAU IE n° 7

Piste contre Parkinson Des chercheurs de l’Institut Karolinska de Stockholm sont parvenus à améliorer les symptômes moteurs de la maladie de Parkinson chez des souris. Parkinson se caractérise par un déficit de dopamine, un important neurotransmetteur. L’équipe a modifié génétiquement un virus pour que celui-ci transforme des astrocytes (cellules de soutien) en neurones produisant de la dopamine. Elle l’a ensuite injecté dans le cerveau des souris. /

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CANCER IV n° 1

p. 17

Chiens dépisteurs Le projet de recherche français Kdog, mené par l’Institut Curie, mise sur une technique originale pour dépister le cancer: l’odorat canin. Concrètement, les chiens sont entraînés à reconnaître et à mémoriser les odeurs de cancer sur la base d’échantillons de tumeurs. Les premiers tests sur le cancer du sein ont montré un taux de réussite de 100% et posé les bases pour un premier essai clinique prévu en 2018. Simple et peu coûteuse, la technique pourrait représenter une option intéressante pour le dépistage dans les pays en développement. /


Grâce à ses hôpitaux universitaires, ses centres de recherche et ses nombreuses start-up qui se spécialisent dans le domaine de la santé, la Suisse romande excelle en matière d’innovation médicale. Ce savoir-faire unique lui vaut aujourd’hui le surnom de «Health Valley». Dans chaque numéro de «In Vivo», cette rubrique s’ouvre par une représentation de la région. Cette carte a été réalisée en linogravure par l'illustrateur genevois Sébastien Fourtouill.

IN SITU

HEALTH VALLEY Actualité de l’innovation médicale en Suisse romande.

ÉCUBLENS

P. 10

Des chercheurs de l’EPFL ont inventé une tablette tactile destinée à orienter les malvoyants.

GENÈVE

P. 08

SÉBASTIEN FOURTOUILL

Pour sa première im­ plantation hors de Chine, l’entreprise Biostime a choisi le Campus Biotech.

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BIENNE

P. 08

Optimo Medical, qui développe une techno­ logie pour la chirurgie de la cornée, a reçu le prix Vigier 2017.

NEUCHÂTEL

P. 10

Un projet-pilote pour prévenir les problèmes de santé mentale chez les jeunes a été lancé.

LAUSANNE

P. 08

Une app permet d’alerter des bénévoles à proximité d’une personne victime de malaise cardiaque.

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IN SITU

HEALTH VALLEY

START-UP

«Nous souhaitons favoriser les échanges entre la Suisse et la Chine.»

CELLULES

Selexis, une start-up genevoise spécialisée dans la production de protéines recombinantes, a signé un accord avec le géant français Sanofi. La start-up développera des banques de cellules de recherche pour trois programmes biologiques du géant pharmaceutique.

BIOINFORMATIQUE

La start-up montheysanne Simplicity bio a été sélectionnée parmi les 100 finalistes du Red Herring Top 100 Europe Award. La start-up basée au BioArk développe et commercialise des outils de bio-informatique pour le marché pharmaceutique et celui du diagnostic.

CORNÉE

Optimo Medical, basée à Bienne, est l’une des cinq lauréates du prix de Vigier 2017. Cette start-up, à l’origine d’une technologie permettant de réaliser des interventions chirurgicales plus sûres et plus précises sur la cornée, a remporté un montant de 100'000 francs. Depuis 1989, la Fondation W.A. de Vigier décerne ce prix chaque année pour encourager les jeunes entrepreneurs suisses à innover.

SCLÉROSE

GliaPharm, une start-up née à l’EPFL, s’est installée en mai au Campus Biotech de Genève. La société, qui développe un traitement contre la sclérose latérale amyotrophique, cherche à réunir 2 millions de francs pour financer des essais précliniques.

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PATRICE MALARD LE PRÉSIDENT DE L’ENTREPRISE CHINOISE BIOSTIME S’EXPRIMAIT EN MAI 2017 DANS LA «TRIBUNE DE GENÈVE» À L’OCCASION DE SON INSTALLATION AU CAMPUS BIOTECH DE GENÈVE. LA SOCIÉTÉ DE GUANGZHOU Y A ÉTABLI UNE PLATEFORME POUR PROMOUVOIR LE DÉVELOPPEMENT SCIENTIFIQUE DANS LA NUTRITION, LA PSYCHOLOGIE ET LES SOINS. IL S’AGIT DE LA PREMIÈRE IMPLANTATION DE BIOSTIME HORS DE CHINE.

435

En millions de dollars, le montant déboursé par le groupe américain Boston Scientific pour acquérir Symetis, une entreprise vaudoise spécialisée dans la production de valves cardiaques. L’entrée en bourse de la société basée à Écublens a été annulée. Boston Scientific, son ancien rival, ambitionne de devenir un poids lourd sur le marché des valves aortiques transcathéters et d’autres dispositifs médicaux cardiaques.

Un nouvel anticorps pour combattre le cancer

IMMUNOTHÉRAPIE Un laboratoire de l’EPFL a découvert un anticorps efficace pour bloquer deux protéines qui régulent la croissance des vaisseaux sanguins des tumeurs. Cet anticorps, nommé A2V, favorise également un processus nécessaire pour initier une réponse immunitaire du patient. Il a aussi la faculté de bloquer les métastases, souvent fatales chez le malade. Les travaux de l’équipe de Michele de Palma ont été publiés dans la revue Science Translational Medicine.

L’APPLICATION

ECHO112-FIRST RESPONDER Ne pas perdre de temps à attendre l’ambulance avant de réanimer la victime d’un arrêt cardiaque, voilà le but de l’application de Jocelyn Corniche, anesthésiste au CHUV et à la Clinique Bois-Cerf. En cas d’urgence, l’app alerte un réseau de professionnels et de bénévoles se trouvant à proximité. L’intervention de ces «first-responders» peut faire la différence: lorsque le cœur cesse de battre, les chances de survie baissent de 7 à 10% à chaque minute qui s’écoule.

Aux frontières du métabolisme

RENCONTRE Les spécialistes du métabolisme se réuniront du 24 au 26 octobre au SwissTech Convention Center pour un symposium organisé par l’EPFL. Au programme: des discussions sur les nouvelles découvertes en biologie cellulaire, en métabolomique ou en gestion du syndrome métabolique. Certaines conférences seront ouvertes au public.


IN SITU

HEALTH VALLEY

Des caméras dans les berceaux Filmer les prématurés permet de surveiller leur état de santé et de communiquer avec les parents. Explications.

PHOVEA

NÉONATOLOGIE Un système de caméras pour mesurer la fréquence cardiaque et res­ piratoire des prématurés: cette nouvelle technologie développée par le Centre suisse d’électronique et de microtechnique (CSEM) et l’École polytechnique fédérale de Lau­ sanne (EPFL) est actuellement en phase de test. «L’objectif est double, explique Virginie Moser, chercheuse au CSEM: supprimer les capteurs fixés à même la peau, source d’inconfort et de stress, et éviter le grand nombre de fausses alertes qu’ils génèrent, car ils sont très sensibles aux mouvements.» Les caméras sont installées à même les incubateurs et fonctionnent nuit et jour. Elles détectent les variations légères de couleurs de la peau du bébé, dues aux battements du cœur, pour en mesurer le rythme et filment les mouvements de la poitrine et du ventre pour vérifier la fréquence respiratoire. Traitement en temps réel Spécialiste des systèmes de vision, le CSEM a œuvré au paramétrage des ap­ pareils. De son côté, l’EPFL a établi préci­ sément les zones de peau à mesurer. Pour le réglage des caméras, des expériences ont été menées sur les joues ou sur le front d’adultes, parties les mieux vascularisées et où la peau est la plus mince. Les deux ins­ tituts ont par ailleurs élaboré un algorithme pour traiter les données en temps réel. «Cela permet de n’avoir qu’un délai de trois secondes après chaque battement de cœur, indique Virginie Moser. Le corps mé­ dical peut alors réagir immédiatement en cas d’arythmie ou autre problème.» Le Ser­ vice de néonatologie de l’Hôpital universi­ taire de Zurich participe au projet depuis ses débuts, notamment pour faire remonter les besoins du terrain, et c’est entre ses murs que des tests ont débuté mi-juin, pour une durée de six mois. «Le nombre de prématurés est en légère hausse, souligne Riccardo Pfister, respon­ 9

TEXTE STÉPHANIE DE ROGUIN

CI-DESSUS: RICCARDO PFISTER DES HUG ET LE SYSTÈME DE VISIOCONFÉRENCE BBVISION

sable de l’Unité de néonatologie aux Hôpi­ taux universitaires de Genève. Les chances de survie des plus petits ont augmenté et les grossesses sont mieux suivies, ce qui per­ met de faire sortir les bébés plus tôt en cas de problème. La progression est marquée dans plusieurs pays d’Europe. Elle est moins nette en Suisse, mais notre pays ne devrait pas tarder à suivre la tendance.» Filmer pour créer du lien À Genève, les caméras ont investi le Ser­ vice de néonatologie il y a une dizaine d’an­ nées déjà, mais pour un usage différent: créer un lien entre le nouveau-né et ses parents, notamment lors de l’impossibi­ lité d’être physiquement sur place, dans le cas de l’ hospitalisation de la mère par exemple. Un partenariat avec la fondation Defitech a permis de mettre en place des chariots munis de caméras que les infir­ mières déplaçaient devant les couveuses. «Mais avec une protection des serveurs très élevée, les manipulations informa­ tiques étaient complexes pour les équipes soignantes», indique Riccardo Pfister. En 2015, le projet a été modernisé et simplifié. Avec le système de visioconférence BBvi­ sion, également installé aux soins intensifs pédiatriques, chaque couveuse a sa camé­ ra. L’appareil est relié à un serveur hospi­ talier sécurisé permettant aux parents d’observer leur enfant à distance, depuis la maison ou tout autre endroit, via une application mobile. Il suffit de téléphoner à l’infirmière, qui envoie un lien valable pour une durée limi­ tée. «Nous sommes en train d’étudier le niveau de stress que générerait un accès en continu, pour les parents mais aussi pour le personnel soignant», précise Riccardo Pfister. Le système actuel est largement uti­ lisé, ce qui n’empêche pas de favoriser avant tout le contact physique entre le bébé et ses parents, dès que cela est possible. ⁄


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HEALTH VALLEY

3 QUESTIONS À

YANNICK BOILLOD

UN PROJET PILOTE SUR LA SANTÉ MENTALE DES JEUNES A ÉTÉ LANCÉ EN AVRIL DANS LE CANTON DE NEUCHÂTEL. IL POURRAIT S’ÉTENDRE À D’AUTRES CANTONS ROMANDS. QUELS SONT LES PRINCIPAUX PROBLÈMES 1 DE SANTÉ MENTALE QUI TOUCHENT LES JEUNES ROMANDS?

Il s’agit principalement du sentiment de solitude – plus fort chez les jeunes que chez les personnes âgées –, du harcèlement sur les réseaux sociaux, de l’échec scolaire, de la discrimination ainsi que des questions liées à la sexualité comme l’orientation sexuelle. Ce ne sont pas là des pathologies, mais il faut bien comprendre que chez les 12-20 ans, notre public cible, il est très rare qu’un diagnostic comme la schizophrénie ait déjà été établi.

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EN QUOI CONSISTE VOTRE CAMPAGNE?

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QUELS SONT LES ASPECTS NOVATEURS DE CETTE CAMPAGNE?

Nous voulions qu’un jeune qui va mal puisse trouver en deux clics où obtenir de l’aide dans sa région. Nous avons donc créé un site qui propose des phrases comme «mes parents ne se supportent plus», «j’ai en­ vie de mourir» ou « j’aime les filles ou les garçons?». Le jeune peut cliquer dessus et trouver des conseils et les contacts d’instances compétentes. C’est le volet principal. Quatre autres le complètent: un concours d’expression artistique sur la santé mentale, des clips vidéo de prévention, des animations sur le terrain du­ rant l’été et la distribution d’un dépliant dans les écoles.

Nous avons réuni les différents acteurs de la santé mentale du canton autour d’une campagne, ce qui n’existe pas ailleurs. D’autre part, c’est la première fois que les 20'000 élèves neuchâtelois recevront de la prévention systématique sur un spectre de sujets aus­ si large. Jusqu’à présent, la prévention était ciblée par thèmes et dépendait de la participation des écoles. / Yannick Boillod, ancien président du Parlement des jeunes de Neuchâtel, est secrétaire général de Pro Juventute Arc jurassien

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L’OBJET

TABLETTE POUR MALVOYANTS Une tablette tactile destinée à orienter les malvoyants a été inventée par des chercheurs de l’EPFL. Ses 192 boutons composés d’un aimant peuvent être mis en relief en quelques millisecondes et configurer des plans de rue, de salle ou de bâtiment. Il est aussi possible de zoomer dans une portion du plan. Les malvoyants pourraient ainsi mieux se représenter le lieu inconnu dans lequel ils se trouvent et gagner en autonomie lors de leurs déplacements. WWW.BLINDPAD.EU

2,4 En millions de francs, la somme allouée par la fondation Bill et Melinda Gates à iM4TB, une fondation basée à l’EPFL qui a développé un médicament novateur contre la tuberculose. Cet argent servira à financer des essais cliniques qui auront lieu en collaboration avec la division de pharmacologie clinique du CHUV.


IN SITU

LE CANNABIS TENTE UN RETOUR EN GRÂCE Le cannabis refait parler de lui en Suisse. Neuf ans après le refus en votation de la dépénalisation de la plante, des voix s’élèvent pour relancer le débat.

Il est temps de mettre fin à la désinformation sur le cannabis.

C’est le message qu’a fait passer au printemps dernier le groupement romand d’étude des addictions (GREA) lors d’une conférence réunissant des experts du CHUV et des HUG (Kathia Bornand et Daniele Zullino). Les spécialistes ont rappelé que le cannabis est moins addictif que le tabac ou l’alcool, qu’il ne détruit pas les cellules du cerveau – contrairement à l’alcool –, et qu’il ne déclenche pas la schizophrénie. Les can­na­binoïdes possèdent en outre des vertus thérapeutiques et peuvent agir comme antidouleurs, stimuler l’appétit ou réguler l’anxiété. Les experts invitent à prendre tous ces éléments en compte lors du débat sur le cannabis en Suisse.

Création d'une loi

Hanftheke

Les Verts ont déposé en mai 2017 une initiative parlementaire visant à légaliser le cannabis. Ils demandent la création d’une loi sur le chanvre, afin de réglementer aussi bien sa culture, que son commerce ou sa consommation. Selon eux, une telle réglementation permettrait entre autres de mieux contrôler la qualité du produit et d’éviter le marché noir. Les initiants estiment que la taxation du cannabis pourrait ramener entre 300 et 600 millions de francs d’impôts annuels, somme qui pourrait être réinvestie dans la prévention.

Une boutique spécialisée dans la vente de cannabis légal devrait prochainement ouvrir à Genève. Il s’agirait de la première «Hanftheke» en Suisse romande, alors que cette chaîne soleuroise créée par la société Swiss Cannabis compte déjà dix franchises en Suisse alémanique. Ces magasins, dont le design évoque les pharmacies d’autrefois, vendent du cannabis à fumer pauvre en THC – la substance psychoactive – mais riche en CBD – une molécule aux vertus thérapeutiques. Leur assortiment compte également du thé, des pâtes, ou encore de la farine à base de chanvre.

DR. FRED HOSSLER, VISUALS UNLIMITED /SCIENCE PHOTO LIBRARY

L’embryon livre ses secrets

GÉNÉTIQUE Des chercheurs de l’EPFL sont parvenus à identifier les protéines responsables du déclenchement de l’expression du génome lors des toutes premières heures de la vie embryon­ naire chez l'humain, chez la souris et vraisemblablement chez tous les autres mammifères placentaires. Ces résultats pourraient permettre de comprendre la cause de certains cas de stérilité et donner lieu à de nouveaux traitements pour la dystrophie musculaire. La découverte a été publiée dans la revue Nature Genetics.

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IN SITU

HEALTH VALLEY

ÉTAPE N° 12

ÉCUBLENS

SUR LA ROUTE

AMAZENTIS

Dans chaque numéro, «In Vivo» part à la rencontre des acteurs de la Health Valley. Écublens est la destination de cette édition.

Une puissante molécule antivieillissement Grâce à l’urolithine A, la société lausannoise Amazentis espère contrer les effets de l’âge sur l’activité musculaire. TEXTE: WILLIAM TÜRLER

Installée sur le campus de l’EPFL, la société Amazentis cherche à lutter contre les méfaits de l’âge sur l’organisme humain. Elle s’intéresse plus particu­ lièrement à l’urolithine A, un composé fabriqué par la flore intestinale suite à l’ingestion de divers aliments comme la grenade, la framboise ou la noix. Seul un tiers de la population est capable d’effec­ tuer cette conversion «naturellement». Les chercheurs développent donc des produits qui administrent des doses finement calibrées de la molécule. «L’urolithine A présente des proprié­ tés particulièrement intéressantes en termes de lutte contre le vieillissement, et plus spécifiquement en ce qui concerne le maintien de la fonction mitochondriale* et musculaire», souligne Chris Rinsch, CEO et cofondateur de la société. Les chercheurs d’Amazentis, en collaboration avec des laboratoires de l’EPFL, ont testé ce produit chez C. elegans (un petit ver disposant d’une durée de vie de 30 jours, 12

voir édition n° 11 de In Vivo), sur des cellules musculaires et sur des rongeurs. Dans les trois cas, ils ont pu démontrer que l’urolithine A stimule la mitophagie, un mécanisme permettant aux cellules de se débarrasser de leurs mitochondries défectueuses et qui perd en efficacité avec les années. Après ces premiers résultats encoura­ geants, la société compte mener des essais cliniques afin de démontrer l’efficacité d’un tel traitement sur l’homme, en vue d’une commercialisation future. «Aujourd’hui, il n’y a aucune solution pour améliorer la baisse de fonction musculaire liée à l’âge, alors qu’on estime qu’il y aura plus d’un milliard de personnes de plus de 65 ans en 2030, souligne le CEO. Cibler les mitochondries est une approche très prometteuse pour maintenir une mobilité optimale, même à un âge avancé.» ⁄ * LES MITOCHONDRIES SONT DES STRUCTURES QUI FOURNISSENT DE L'ÉNERGIE AUX CELLULES.


BENOÎT DUBUIS Ingénieur, entrepreneur, président de BioAlps et directeur du site Campus Biotech

Cet écosystème n’existait pas, alors nous avons décidé de le construire

DR

En cette fin de mois de juin, plus de 200 personnes se sont réunies à Renens, non seulement pour inaugurer les locaux d’UniverCité 2.0, mais aussi pour soutenir une démarche, une culture nouvelle de l’innovation. Ils étaient là, entrepre­ neurs, patrons de nos hautes écoles, industriels aguerris, innovateurs et énergisants, tous partageant la même ambition: celle de donner un sens à ce qu’ils font, de contribuer à bâtir ensemble une République de l’Innova­ tion. Mais avoir une ambition n’est pas suffisant. Le défi de notre temps est de créer un monde dans lequel chacun et chacune dispose des outils pour atteindre sa propre ambition. Les idées ne sont jamais complètement claires quand elles sont exprimées pour la première fois. Elles le deviennent à force de travail. Il faut simplement se lancer, et avancer.

Les plus grands succès viennent du fait d’avoir la possibilité de les tester, de les développer… voire d’échouer. Ces tests s’incarnent dans des lieux d’expression et d’expérimentation dédiés. C’est ce nouvel écosystème qu’héberge UniverCité à Renens. Mais ce que nous avons bâti n’est pas seulement un lieu unique qui fournit les ressources indispensables pour mettre nos idées sur un banc d’essai. C’est bien plus! Ce lieu rassemble des communautés: Hackuarium, MassChallenge, Be Curious, Made@UC, Digital Switzerland, Health Valley. Concrétiser une idée n’est pas le seul résultat du travail, c’est le fruit d’une dynamique de communauté qui œuvre en mode «innovation ouverte». Aujourd’hui, le savoir et l’expertise sont partout. Cette intelligence collective, c’est celle de communautés, celles que nous héber­ geons, qui nous permettent d’atteindre des objectifs qui seraient sinon inaccessibles.

Ensemble, nous avons la possibilité d’apporter des réponses aux défis auxquels nous devons faire face, à commencer par celui de donner un sens à notre Nous vivons dans un monde qui change, et action, et ce de façon locale. Car même les change­ un monde de changement est un monde ments systémiques et planétaires appellent des d’opportunités. Pour les saisir, il nous faut des réponses modestes, apportées par des personnes entrepreneurs qui voient le présent et dessinent ordinaires. Dans notre République de l’Innovation, le le futur. Certains d’entre nous poursuivent ou fait de joindre nos forces nous permet de matérialiser terminent leurs études. D’autres ont décidé de nos idées, de concrétiser nos ambitions, de répondre consacrer leur vie à concrétiser leurs idées. aux défis que nous nous sommes lancés. Notre force, Nombre d’entre nous avons des emplois stables, c’est la somme des énergies que nous représentons, mais utilisons-nous tout notre potentiel? divisée par le nombre de buts à atteindre. Notre rôle, Cette République de l’Innovation veut voir en nous au sein de la Fondation Inartis est de fédérer, de autant d’entrepreneurs, que nous lancions notre catalyser, d'aiguiller ces forces vers autant de projets propre projet ou que nous jouions un rôle dans un qui auront un impact non seulement sur le futur, autre. C’est cette culture forte de l’entrepreneuriat mais sur notre présent, voire sur nos expériences pour tous qui nous permet d’explorer tant de passées, que nous souhaitons transformer. ⁄ nouvelles pistes, de faire tant de progrès. Et pour donner les moyens à chacun de réaliser ses rêves, il faut donner à tous la possibilité de tester de EN SAVOIR PLUS www.bioalps.org nombreuses idées. www.republic-of-innovation.ch 13


IN SITU

GLOBE

IN SITU

AUTOUR DU GLOBE

ALLEN INSTITUTE FOR BRAIN SCIENCE

Parce que la recherche ne s’arrête pas aux frontières, In Vivo présente les dernières innovations médicales à travers le monde.

DÉCOUVERTE DE TROIS NEURONES GÉANTS CERVEAU Des chercheurs du Allen Institute for Brain Science de Seattle ont découvert trois neurones géants chez la souris. Pour y parvenir, ils ont employé une technique d’imagerie digitale en 3D. Les trois neurones connectent la plupart des zones extérieures du cerveau qui assimilent les informations sensorielles et actionnent le comportement. Ils prennent vie dans le claustrum, une couche de matière grise qui abrite le siège de la conscience. Leur découverte pourrait mettre en lumière le mécanisme de naissance de la conscience chez les mammifères.

Augmentation du nombre de cas de dépression entre 2005 et 2015, selon l’Organisation mondiale de la santé. Plus de 300 millions de personnes dans le monde vivent désormais avec cette maladie, ce qui en fait la première cause de morbidité et d’incapacité. 14


IN SITU

HEALTH GLOBE VALLEY

  L’OBJET  

UN PATCH ANTI-ALLERGIE L’entreprise française DBV Technologies a développé un patch contre l’allergie à la cacahuète. Baptisé «Viaskin», il permet de réduire de 98% le risque de choc mortel. Viaskin administre l’allergène dans les couches superficielles de la peau. Des cellules qui présentent des antigènes activent alors le système immunitaire, sans que l’allergène ne passe dans le sang. Les résultats de l'essai clinique de phase III, dernière étape avant la commercialisation, seront connus cet automne.

Une nouvelle piste pour éliminer le VIH VIRUS Une équipe de chercheurs français

(CNRS, Inserm, Université de Montpellier) a identifié un marqueur qui permet de distinguer les cellules «dormantes» infectées par le VIH des cellules saines. Ces cellules réservoirs hébergent silencieusement le virus et sont responsables de sa persistance même chez les patients sous trithérapie. Cette découverte, qui a fait l’objet d’une publication dans la revue Nature, ouvre la voie à de nouvelles stratégies pour soigner les malades.

IO CT

Des repères pour choisir

LE É S VO LA VI Quand le souffle rejoint le ciel IN

JEAN MARTIN ÉDITIONS SOCIALINFO, 2017

Cet ouvrage regroupe 36 textes du médecin et bioéthicien suisse Jean Martin, parus ces dernières années. Il s’agit de réflexions sur la fin de vie, sur le «cauche­ mar de l’immortalité», sur «l’amélioration» de l’être humain, sur les relations entre médecin et patients ou encore sur les conflits d’intérêts avec l’industrie pharmaceutique.

L'Écologie de la santé – Pour une nouvelle lecture de nos maux

«Prochainement, les décideurs les plus intelligents ne seront peut-être plus des humains.» JÜRGEN SCHMIDHUBER LE SCIENTIFIQUE ALLEMAND EST UN PIONNIER DE L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE. IL ESTIME QUE CETTE DERNIÈRE DÉPASSERA CELLE DES HOMMES EN 2050, ET QUE LES ROBOTS SERONT ALORS CAPABLES DE S’AMUSER ET DE TOMBER AMOUREUX... (SOURCE: THE GUARDIAN)

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COLLECTIF ÉDITIONS DU CHERCHE-MIDI, 2017

PAUL KALANITHI JC LATTÈS, 2017

Paul Kalanithi, brillant neurochirurgien américain et jeune père de famille, découvre à 36 ans qu’il souffre d’un cancer du poumon en phase ter­mi­nale. Cet émouvant récit autobiographique salué par les critiques aborde le défi d’affronter sa propre mort, mais aussi la relation entre médecins et patients. Best-seller aux États-Unis, il vient d’être traduit en français.

Patients FILM DE GRAND CORPS MALADE SORTIE DVD EN JUILLET 2017

Ce film drôle et émouvant est adapté du roman auto­ Rédigé par des scientifiques biographique éponyme de du CNRS, l’ouvrage fait le Grand Corps Malade. Suite point sur les recherches en à un accident dans une écologie de la santé. Cette piscine, Ben se retrouve nouvelle approche aborde tétraplégique incomplet. la santé en considérant les Il arrive dans un centre changements environne­ de rééducation où il fait mentaux et l'évolution des la rencontre d’autres modes de vie. Elle tente personnes handicapées. ainsi d'expliquer comment Commence alors un long les nouveaux pathogènes chemin pour retrouver émergent et se transmettent, sa mobilité. mais aussi quels sont les R mécanismes de la résis-­ É OS S U LES VID OM 0 U ES ET .C IQ E N N tance croissante O ZI CHR AGA RS LES NVIVOM WWW.I aux antibiotiques. LES LIENS VE


IN SITU

L'OTONAMAKI EMBALLE LES JAPONAIS Une nouvelle méthode de relaxation séduit les Japonais: l’otonamaki («otona» signifiant «adulte» et «maki», «enrouler» ou «envelopper») consiste à s’envelopper dans un tissu élastique fin pendant quinze à vingt minutes, en position fœtale. Objectif: atténuer les problèmes de posture et de rigidité du corps. Les effets thérapeutiques présumés n’ont jamais été clairement prouvés, mais les adeptes disent ressentir moins de douleurs et de tensions, notamment au niveau du dos. RODRIGO REYES MARIN / AFLO / NEWSCOM

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IN SITU

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MALADIES RARES

MALADIES RARES

MIEUX CONNUES. ET RECONNUES.

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Les pathologies rares concernent 7,2% de la population helvétique. Les patients et le corps médical se battent pour développer la recherche et les traitements encore insuffisants.

/ PAR

JOËLLE CACHIN 19


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FOCUS

MALADIES RARES

l y a autant de personnes souffrant d’une Depuis une dizaine d’années en Europe, les maladies maladie rare que de diabétiques en rares gagnent doucement en reconnaissance: sous Suisse. Pour le diabète, il y a des spécia- l’impulsion d’associations de patients, des plans nalistes, des associations, des traitements: tionaux ont été imaginés pour mettre ces pathologies un réseau de prise en charge parfaitement organisé. isolées sur un pied d’égalité avec les autres. En Suisse, Chez les malades rares, c’est loin d’être le cas.» Pour les maladies rares font leur entrée au Parlement en 2011, sous la forme d’un postulat. la présidente de ProRaris, AnneEn 2014, le Conseil fédéral insFrançoise Auberson, le combat CHIFFRES crit le concept national de malapour la reconnaissance des maladies rares dans sa stratégie dies rares est sans repos. L’asso«Santé 2020». Fixée pour 2017, ciation faîtière dénonce le vrai la mise en œuvre accumule déjà casse-tête que représentent ces deux ans de retard. Il faut dire pathologies, souvent négligées Taux de prévalence maximum que les défis sont nombreux: par la science. Peu de patients pour qu’une maladie soit mise en place de centres de réfépar maladie, spécialistes au qualifiée de «rare» rence, amélioration de l’informalance-pierre, recherches raris/ tion et de la prise en charge des simes. «Quelle que soit leur mapatients, sensibilisation et intéladie, tous les patients souffrent gration psychosociale, financed’un manque d’information, exment de la recherche... Le chemin plique-t-elle. Il faut entre 5 et 30 à parcourir est encore long. ans pour poser un diagnostic et Le nombre de maladies rares 95% des maladies rares n’ont connues et répertoriées aucun traitement.» dans le monde

5 personnes sur 10’000

6’000 à 8’000 /

580’000 Le nombre de personnes souffrant d’une maladie orpheline en Suisse Source: ProRaris et OFS 2017

COMPRENDRE LES MALADIES RARES DU DIAGNOSTIC AU TRAITEMENT Une maladie est qualifiée de rare lorsque moins d’une personne sur 2’000 en souffre dans le monde. Il y a les pathologies les plus connues, comme la mucoviscidose, les amyotrophies ou certains types de leucémie. D’autres sont plus obscures: «La génétique fait de vous un être humain puissant, explique Andrea Superti-Furga, chef du Service de médecine génétique au CHUV. Cependant, il suffit d’un tout petit changement de lettre sur une séquence d’ADN pour vous détruire d’un coup. Une petite malformation cardiaque ou pulmonaire, l’absence d’une seule enzyme peut causer des dégâts irréparables.» Dans 80% des cas, les maladies rares sont d’origine génétique. Elles peuvent être chroniques, dégénératives, fatales. 20

L’un des premiers obstacles reste l’identification précise de la maladie. L’errance médicale, cette période au cours de laquelle un diagnostic pertinent se fait attendre, est souvent due à l’absence de connaissances. «Les symptômes décrits par les patients sont souvent nombreux, sans lien direct les uns avec les autres, relève Andrea Superti-Furga. Cela rend la pose d’un diagnostic long et complexe. Il faut un certain nez pour parvenir à identifier une maladie rare.» À défaut d’y parvenir, les médecins soignent les symptômes séparément, soulagent la douleur et les carences. «Les généralistes mettent souvent du temps à rediriger les malades vers un spécialiste adéquat, parfois par manque d’information, parfois par orgueil», explique le généticien. Dans certains cas, il arrive que les médecins diagnostiquent des maux psychiques. «Le psychosomatique est très fréquent, mais pour quelqu’un touché par une maladie organique rare, l’étiquette de la psychose est terrible.»


FOCUS

MALADIES RARES

«LES FINANCEMENTS DE LA RECHERCHE NE SONT PAS SUFFISANTS» Par manque de fonds, les traitements contre les maladies rares mettent des années avant de voir le jour. Explications avec le généticien Andrea Superti-Furga. combien de temps faut-il attendre avant qu’un traitement soit trouvé? asf Le «time gap» entre la découverte de la maladie et l’accès à un médicament fonctionnel est très long. Dans le cas du nanisme, le gène a été identifié en 1995. En 2015, des premiers essais thérapeutiques d’une substance ont été conduits sur des patients adultes. Le résultat positif a montré une croissance augmentée, mais il a fallu vingt ans pour que ce traitement voie le jour!

A PROPOS RECUEILLIS PAR

JOËLLE CACHIN

in vivo Identifier des maladies inconnues, cela arrive souvent dans la vie d’un généticien? andrea superti-furga Ce n’est pas si rare que ça. Mais il demeure un nombre considérable de patients dont on n’arrive pas à identifier la pathologie. Toutefois, lorsque l’on parvient à déceler des symptômes similaires chez plusieurs personnes, on trouve parfois une mutation génétique commune. On est devenu très fort dans la découverte de gènes

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Pourquoi? Il s’agit de trouver les financements pour des recherches qui concerneront très peu de personnes. Le Fonds national suisse s’investit, mais les aides sont difficiles à obtenir. Il existe aussi des fondations qui financent la recherche pour les maladies rares, mais ce n’est encore pas suffisant.

Pourtant ce «time gap» est bien moins long pour des maladies plus communes... asf Bien sûr. Il y a ce que l’industrie pharmaceutique appelle les «blockbusters». Une nouvelle aspirine, un médicament contre les allergies, un traitement pour un certain type de cancer. Prenons quelqu’un tombant malade du cancer avec un prognostic très mauvais. Six mois à deux ans plus tard, un nouveau médicament entre sur le marché ciblant précisément ce type de mutation. La médecine de précision en oncologie fonctionne bien et se facture extrêmement cher. Les industries exploitent cela de manière éclatante.

Dans le cas où un projet de recherche est accepté et financé,

ANDREA SUPERTI-FURGA EST LE CHEF DU SERVICE DE MÉDECINE GÉNÉTIQUE AU CHUV

iv

malades. En revanche, trouver des thérapies, c’est paradoxalement plus compliqué. iv

asf

iv

GILLES WEBER

u printemps 2016, une équipe de scientifiques lausannois, dont fait partie Andrea SupertiFurga, a découvert une nouvelle maladie qui provoque un retard de développement sévère et des troubles de la croissance osseuse. Le scientifique se dit confronté au quotidien à des anomalies génétiques. La difficulté reste à comprendre comment elles s’expriment pour parvenir ensuite à mettre sur pied un traitement.


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MALADIES RARES

L’identification de la maladie est toujours vécue comme un soulagement. «Une explication médicale permet d’identifier le coupable. Cela déclenche le processus psychologique qui mène à l’acceptation de sa maladie, raconte le médecin. Dans les années 1950, on expliquait parfois un handicap génétique en disant que «le père était ivre au moment de la conception de l’enfant. Ces explications peu honorables demeurent parfois aujourd’hui encore dans l’inconscient collectif.» Quant aux médicaments destinés au traitement des maladies rares, ils sont eux aussi peu nombreux – la demande étant faible. Afin de stimuler le marché et la recherche, les autorités américaines ont établi des mesures incitatives en 1983, sous la forme d’une loi, l’Orphan Drug Act, qui stipule que les fabricants de médicaments dits «orphelins» bénéficient d’une baisse d’impôt et d’un monopole prolongé. En Suisse, des avantages similaires sont octroyés aux pharmas qui développent de tels médicaments. Parmi ceux-ci, une procédure de mise sur le marché simplifiée et moins coûteuse, ainsi qu’un allégement de la documentation scientifique à fournir à Swissmedic, l’institut chargé de surveiller le marché des produits thérapeutiques.

LE PRIX DES MÉDICAMENTS FAIT DÉBAT CHERS À DÉVELOPPER, DIFFICILES À REMBOURSER «Les médicaments orphelins dédiés aux maladies rares coûtent extrêmement cher et cela ne changera pas. Il faut maintenant trouver un moyen humain de les rembourser.» Anne-Françoise Auberson pointe du doigt les assureurs qui rechignent parfois à rembourser des traitements coûteux. Le prix des médicaments orphelins fait pourtant débat. Pour Interpharma, association des entreprises pharmaceutiques suisses, le prix de vente est élevé, car le coût de production l’est aussi. Elle se base sur une étude de l’Office of Health Economics, institut anglais de recherche en santé publique, pour estimer celui-ci à 1,3 milliard de francs pour tout type de médicament. Une somme bien trop importante pour les molécules orphelines, selon d’autres acteurs du milieu. «Ce chiffre est largement exagéré, surtout si l’on prend en compte les avantages financiers octroyés par le statut de médicament orphelin, estime Andreas Schiesser, responsable du projet médicaments au sein de l’asso22

UN MALADE RARE SUR DEUX EST UN ENFANT Dans les services pédiatriques, les maladies rares font partie du quotidien. Avec des enjeux bien spécifiques. «Les médicaments pour les maladies rares sont généralement autorisés dès l’âge de 12, 16, voire 18 ans, explique Michaël Hofer, médecin adjoint responsable de l’Unité romande d’immuno-rhumatologie pédiatrique. La littérature spécialisée est toutefois suffisante pour permettre de prescrire certains médicaments à nos jeunes patients. Il s’agit ensuite de négocier avec les assureurs pour faire accepter le remboursement du traitement.» Autre challenge, la transition des jeunes malades vers la médecine adulte. «L’adolescence est un passage délicat. À cet âge, les patients rejettent souvent leur maladie ou refusent de prendre leur traitement. Ils veulent croire qu’en arrêtant d’y penser, la maladie disparaîtra.» Pour assurer une transition en douceur, le pédiatre organise des consultations communes avec le futur spécialiste adulte. «Le but est, d’une part, de construire la confiance du patient envers le nouveau médecin, et d’autre part, d’assurer la bonne transmission du dossier médical.» Une équipe internationale a récemment mis sur pied une check-list pour la transition. Destinée aux différents services pédiatriques, son but est d’améliorer ces transferts.

UN LONG COMBAT POUR LA RECONNAISSANCE

Les scientifiques et les médecins parlent de maladies rares depuis une vingtaine d’années seulement. D’une absence totale de références à la mise en place d’un concept national, ces patho­ logies se font progres­ sivement une place dans le monde médical suisse.

Création du portail Orphanet en France. Première encyclo­­pédie en ligne des maladies et des spécialistes.

La Suisse intègre le consortium d’Orphanet et commence à répertorier les centres de compé­­­ tences présents sur son sol.

1997

2001

Création de ProRaris, association faîtière des patients.

2010


MALADIES RARES

JEANNE MARTEL

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«JE ME SUIS CONSTRUITE AVEC CE HANDICAP» Ségoleine Schmutz est née avec une dysplasie spondylopériphérique, maladie génétique dont l’un des symptômes est la petite taille. Il y a 11 ans, Ségoleine Schmutz et son mari se retrouvent face au dilemme de la grossesse. «J’avais 50% de risque de transmettre le gène responsable de ma maladie à mon enfant. La décision n’a pas été évidente à prendre, mais on s’est lancés dans l’aventure malgré tout.» En 2006, elle donne naissance à un garçon en bonne santé. Le couple adopte ensuite une petite fille «pour ne pas tenter le sort une seconde fois».

«Quand les amis de ma fille de 6 ans me demandent pourquoi je fais cette taille, je leur dis que je n’ai pas mangé assez de soupe à leur âge!» À 43 ans, Ségoleine Schmutz mesure 1 m 32. Elle parle de son physique avec humour et résilience. «L’acceptation du regard des autres n’est jamais acquise. Les jours où l’on est fatigué, c’est dur. Lorsque tout va bien, c’est plus simple.» À sa naissance, la Vaudoise souffre de malformations des jambes et des pieds. «On m’a d’abord diagnostiqué une achondroplasie, une maladie des os le plus fréquemment responsable d’une petite taille. Mais je ne me suis jamais retrouvée dans cette étiquette, car mes traits physiques n’y ressemblent pas.» En 2003, un test génétique pose un nouveau diagnostic, une dysplasie spondylo-périphérique, maladie génétique qui touche moins d’une personne sur un million. «Je savais que cette révélation ne changerait rien au traitement, puisqu’il n’en existe aucun, mais elle a eu un effet sur l’acceptation de mon handicap.»

Aujourd’hui médecin-conseil dans une assurance sociale, Ségoleine Schmutz a dû adapter sa profession à son handicap, les consultations auprès des patients étant physiquement trop contraignantes. Un ajustement parmi d’autres. «Les chariots de courses, les bancomats, rien n’est adapté pour moi. Mais avec de la débrouillardise, de l’humour et un tabouret, on y arrive!»

En 2015, deux étudiantes imaginent une association dédiée aux personnes de petite taille dans le cadre de leur travail de fin d’étude. «Ces jeunes femmes ont donné l’impulsion à la création de l’Association romande des personnes de petite taille, lancée en mai 2016.» Ségoleine Schmutz en prend la présidence. «En partageant avec des parents d’enfants touchés par la petite taille, je prends conscience du parcours que j’ai moimême accompli. Car malgré l’arthrose et les douleurs, je ne changerais rien à ma situation. Je me suis construite avec ce handicap.»

Première journée suisse dédiée aux maladies rares. Fin 2010, un arrêt du Tribunal fédéral donne raison à une caisse maladie dans sa décision de ne pas rembourser une patiente souffrant de la maladie de Pompe. Les politiques se saisissent de la problématique. Ruth Humbolt (PDC) dépose un postulat devant le Parlement.

Mise en place d’une stratégie romande HUG – CHUV avec la création du portail romand pour les maladies rares. Les deux hôpitaux se profilent comme futurs centres de référence.

Le «Ice Bucket Challenge» («défi du seau d’eau glacée) a largement contribué à la visibilité de la maladie de Charcot: grâce à la participation de multiples célébrités et à une vaste diffusion sur les réseaux sociaux, 100 millions de dollars ont été collectés.

2010

2013

2014

23

Délai fixé pour la mise en œuvre du plan national pour les maladies rares. Le projet accumule deux ans de retard. Une coordination nationale est créée pour y remédier.

2017


FOCUS

MALADIES RARES

ciation SantéSuisse. Les prix ne sont pas basés sur les coûts de recherche, mais sur les bénéfices présumés du médicament sur les patients.» Olivier Menzel, président de la fondation Blackswan, spécialisée dans la recherche sur les maladies rares, est du même avis: «La phase la plus coûteuse dans le développement d’un médicament est celle des essais cliniques. Or, dans le cas des maladies rares, les patients impliqués sont tellement peu nombreux que les coûts sont réduits de facto.» De son côté, Interpharma rappelle que les 1,3 milliard constituent une moyenne et qu’il existe de grandes différences selon les indications des médicaments. L’association n’avance cependant aucun chiffre spécifique aux médicaments orphelins. Olivier Menzel tempère: «Nous devons aussi faire attention à ne pas complètement castrer les prix des fabricants. Il est important que les firmes continuent à investir dans la recherche pour les maladies rares. Simplement, tout le monde devrait jouer le jeu en fixant des marges financières raisonnables, les fabricants et les assurances.»

REMBOURSEMENTS DIFFICILES Reste qu’avec des prix très élevés, les médicaments orphelins qui ne figurent pas sur la liste des spécialités de l’Office fédéral de la santé publique ne sont pas systématiquement remboursés par les assureurs. Les critères pour apparaître sur cette liste étant stricts, les recherches sur les maladies rares, limitées en termes de patients et de spécialistes, n’y répondent pas à tous les coups. Pour décider d’un remboursement, les assureurs se réfèrent alors aux critères énoncés dans l’ordonnance sur les médicaments (OAMal). Le traitement doit être efficace, approprié et économique. «Malheureusement, lorsque les pharmas augmentent le prix d’un médicament, certaines assurances refusent ensuite de le rembourser, alors que ces traitements sont souvent vitaux pour les patients», déplore Anne-Françoise Auberson. Du côté des assureurs, on admet la complexité de ces remboursements. «Certains cas particuliers sont délicats à évaluer, se défend Andreas Schiesser. Quand une maladie n’est pas mortelle, quand la douleur et les inconvénients sont relatifs, où mettons-nous la limite? Rembourser des traitements au prix surfait, ce n’est pas juste non plus pour les autres assurés.» À leur tour, les assureurs se retournent volontiers contre les fabricants: «Prenez le cas du traitement contre la porphyrie (une affection métabolique rare, lire p. 26). Le laboratoire australien qui a développé le traitement n’a même pas déposé de dossier d’autorisation chez Swissmedic, alors que cela permettrait de simplifier les démarches de remboursement», déplore Santésuisse. 24

EXEMPLES DE MALADIES RARES MUCOVISCIDOSE Prévalence 1/8’000 à 1/10’000 selon les pays Cause Génétique Symptômes Troubles digestifs et respiratoires. Sécrétions anormales et infections des bronches et du pancréas Traitement Aucun traitement curatif

SYNDROME DE MARFAN Prévalence 1 à 5/10’000 selon les pays Cause Production insuffisante de fibrilline, protéine composant le tissu conjonctif Symptômes Dilatation progressive de l’aorte et risques de déchirure, insuffisance cardiaque, apparition de vergetures, complications ophtalmiques Traitement Prise en charge multi­ disciplinaire

MALADIE DES OS DE VERRE Prévalence 1/10’000 à 1/20’000 selon les pays Cause Génétique Symptômes Fragilité et parfois déformations osseuses, fractures Traitement Par l’orthopédie et la kinésithérapie

MALADIE DE CHARCOT Prévalence 1/20’000 Causes Génétique Symptômes Paralysie musculaire progressive, dégénérescence des moto­neurones, insuffisance respiratoire Traitement Aucun traitement curatif, prise en charge symptomatique et palliative

MALADIE DE STILL CHEZ L’ENFANT Prévalence 1/20’000 Cause Inconnue, suspicion d’implications génétiques Symptômes Fièvres chroniques, arthrose précoce et inflammations systémiques Traitement Principalement antiinflammatoire

ATRÉSIE DES VOIES BILIAIRES CHEZ L’ENFANT Prévalence 1 à 9/100’000 selon les pays Cause Non connue Symptômes Obstruction des voies biliaires chez le nouveau-né, évoluant en cirrhose en quelques mois Traitement Intervention chirurgicale ou greffe de foie


FOCUS

MALADIES RARES

0 1 Recherche

La phase de recherche est menée au sein d’un laboratoire, indépendant, universitaire ou phar­ma­ ceutique. La substance active est testée sur des animaux (phase préclinique), puis sur des humains sains (phase clinique I), sur quelques malades (phase clinique II) et enfin sur un plus grand échantillon de patients (phase clinique III).

0 2 Production et commercialisation

0 5

0 5

Substance admise sur la LS: le remboursement par la LAMal est assuré. L’OFSP fixe la somme maximale remboursée, après discussion avec les assureurs et les fabricants. Pour fixer le prix, l’OFSP effectue une comparaison avec les prix à l’étranger, et avec ceux de substances similaires en Suisse.

Substance non admise sur la LS: le remboursement se fait au cas par cas, selon les trois critères fixés par l’ordonnance sur les médicaments (OAmal): efficacité, adéquation et éco­‑ nomicité. Le médecin-conseil de l’assurance évalue chaque cas.

Remboursement

GENÈSE D’UN MÉDICAMENT ORPHELIN

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) décide de l’admission, ou non, du médicament dans la liste des spécialités (LS), sur re­com­ mandation de la Commission fédérale des médicaments.

Avant d’être à la disposition du patient, un médicament passe par de multiples étapes de tests et d’approbations administratives.

Le produit final est préparé en vue de sa mise sur le marché. Après la commer­ cialisation, des essais cliniques supplémentaires et une surveillance du médicament sont prévus (phase clinique IV).

0 4

Autorisation

0 3

Le fabricant soumet un dossier à l’Institut suisse des produits thérapeutiques (Swissmedic), destiné à prouver l’efficacité, la qualité et la sécurité du médicament. Il obtient, ou non, une autorisation. Certains laboratoires ne déposent pas de demande. Ils sont malgré tout autorisés à vendre leurs substances quand aucune alternative thérapeutique n’existe.

Associations de patients Les différentes associations de patients ainsi que la faîtière ProRaris font pression à tous les niveaux de la chaîne des médicaments. Ils encouragent laboratoires et fabricants à se lancer dans la recherche pour les maladies rares, malgré leur maigre rendement. Ils

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manifestent auprès de Swissmedic et de l’OFSP pour simplifier les autorisations de mise sur le marché et les admissions de médicaments orphelins sur la LS. Ils négocient les remboursements auprès des assureurs et entourent les patients dans leur quotidien.


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MALADIES RARES

Nadia Coutellier souffre d’une maladie extrêmement rare: la protoporphyrie érythropoïétique (PPE), une intolérance génétique à la lumière du jour. Un traitement coûteux existe, mais son remboursement reste incertain. La maladie de Nadia Coutellier a été diagnostiquée à l’âge de 5 ans. «Je me souviens d’une sortie en famille dans le petit train de Morges. Mes pieds ont commencé à gonfler, à tel point qu’ils ne rentraient plus dans mes chaussures. Je hurlais et m’accrochais à mon papa, mais le contact même de sa peau me faisait mal. Je brûlais.» À 26 ans aujourd’hui, la jeune femme, devenue assistante médicale, partage ses souvenirs avec émotion. Son enfance et son adolescence lui ont échappé, dit-elle, à cause des moqueries, des restrictions et de la

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douleur physique que lui impose sa maladie, la protoporphyrie érythropoïétique. En Suisse, près de quatre-vingt patients souffrent de la PPE. Selon les cas, quelques minutes d’exposition, même indirecte, à la lumière suffisent à laisser des brûlures pour 4 ou 5 jours. «Quand j’ai appris qu’un traitement était en cours de recherche, que quelqu’un s’intéressait à ma maladie, c’était magique.» En 2012, le laboratoire australien Clinuvel lance une phase de test pour un médiacement inédit. Nadia reçoit Scenesse, un implant sous-cutané à renouveler tous les deux mois. Le changement est radical: «Maintenant, je peux travailler, faire des balades à vélo, skier, sans douleur quotidienne. Vivre comme tout le monde. La seule chose qui peut m’influencer dans une décision c’est le courage, et non plus ma maladie.»

Début 2016, le médicament est officiellement lancé sur le marché. Son prix s’élève à 19’000 francs par dose. L’assurance de Nadia propose de rembourser 7’000 francs. «Je leur ai expliqué que cela revenait à me condamner. J’ai envoyé des lettres, j’ai contacté personnellement le médecin-conseil, qui m’a soutenue.» Après des mois de négociations et de médiatisation, Nadia obtient gain de cause. Le bonheur est de courte durée. Fin 2016, l’assurance annonce la fin des remboursements. Nouveau combat, nouvelle victoire, mais l’épée de Damoclès n’est jamais loin. Quand Nadia en parle, sa voix tremble: «Je ne peux pas envisager mon avenir sans ce médicament. C’est me renvoyer à l’enfer de mon ancienne vie, me priver d’un avenir. M’empêcher d’être moi-même.»

FRANÇOIS WAVRE / LUNDI13

«LA LUMIÈRE ME BRÛLE LA PEAU»


FOCUS

MALADIES RARES

Grâce à la révision de l’OAMal, en vigueur depuis mars 2017, la prise en charge au cas par cas a été améliorée, selon l’avis d’Anne-Françoise Auberson. Sur demande du médecin traitant, l’assureur doit se référer à l’avis de son médecin-conseil et donner une réponse dans un délai de deux semaines. «C’est un progrès, mais il demeure des différences de traitement selon les cantons et il est toujours compliqué de trouver des experts à même de donner un avis pertinent.»

PLAN STRATÉGIQUE NATIONAL MÉDECINS, PATIENTS ET POLITIQUES S’ORGANISENT «Ce sont les patients qui se sont pris en main pour sortir de l’isolement et demander des droits, explique Anne-Françoise Auberson. Les maladies rares sont arrivées sur la table des politiques grâce à un intense travail de lobbying.» Résultat, en 2015, le Conseil fédéral publie un «plan de mise en œuvre du concept national maladies rares». La colonne vertébrale du projet est la mise en place de centres de référence. Ces pôles, répartis dans toute la Suisse, doivent être organisés par types de maladie, afin de grouper les compétences et améliorer les synergies. «On veut des équipes formées de différents spécialistes, cardiologues, pneumologues, psychologues, et en particulier de généticiens, explique Loredana d’Amato Sizonenko, coordinatrice du portail Orphanet en Suisse, partenaire dans la mise en place du plan national. Certaines de ces prises en charge organisées existent déjà, il s’agit maintenant d’accorder et de répartir stratégiquement ces compétences.» Coordonnés par l’Office fédéral de la santé publique, les acteurs impliqués dans la mise en place du plan national sont nombreux: l’Académie suisse des sciences médicales, les hôpitaux universitaires, la Conférence des directeurs et directrices de la santé représentant les cantons, le Fonds national suisse de la recherche, l’association faîtière des patients ProRaris ou encore le portail Orphanet.

LES HÔPITAUX ROMANDS EN AVANCE «La mise en place du concept prend du retard, déplore Anne-Françoise Auberson. Il y a beaucoup d’intérêts en jeu. ProRaris, qui défend les patients, n’y est qu’une voix parmi d’autres.» Le directeur médical adjoint du CHUV, Jean-Blaise Wasserfallen, est confiant et croit au réseau développé par les hôpitaux universitaires romands. En 2013, le CHUV et les 27

UNE PLATEFORME POUR GUIDER PATIENTS ET MÉDECINS Quelque 6’000 pathologies sont répertoriées sur le portail romand d’information sur les maladies rares (www.info-maladies-rares.ch). Mise sur pied en 2013 par le CHUV et les HUG, la plateforme présente les prestations de prise en charge existant en Suisse romande pour chaque pathologie. Une assistance téléphonique intégrée au site permet d’informer et d’orienter patients et spécialistes. En tant que responsable du portail pour les HUG, Loredana D’Amato Sizonenko souligne le rôle de coordination que revêt la plateforme: «Nous intervenons auprès des spécialistes et les encourageons à travailler ensemble. Il nous arrive d’identifier deux domaines d’expertise qui travaillent sur le même thème sans se consulter. Le but est d’améliorer ces collaborations et d’assurer leur visibilité.» Le portail romand collabore avec l’antenne suisse d’Orphanet, plateforme internationale qui regroupe les différentes ressources utiles pour la gestion des maladies rares dans une quarantaine de pays, dont la Suisse.

HUG ont en effet mis en place une stratégie commune, sous la forme notamment, d’un portail dédié aux maladies rares (lire ci-dessus). «Le but de cette collaboration était de supprimer les barrières qui freinent l’accès à l’information pour les médecins, les patients et le public.» L’objectif de la collaboration: «Nous comparerons nos différents services sur la base de critères précis et chiffrés: combien de patients sont actuellement traités, quelles compétences sont présentes de part et d’autre, est-ce que l’on publie scientifiquement dans ce domaine, etc.» À titre d’exemple, le CHUV a ouvert en 2013 un centre spécialisé dans les maladies moléculaires, reconnu avec celui de Zurich dans le cadre de la médecine hautement spécialisée. «Pour la répartition des centres de référence en Suisse, nous sommes censés procéder selon le «gentleman agreement», c’est-à-dire selon les compétences déjà présentes dans chaque hôpital. Je me réjouis de voir comment cela se passera en pratique.» L’objectif étant que, pas à pas, ces maladies ne soient rares qu’en termes de prévalence, mais non plus négligées en matière de prise en charge et traitement. ⁄


FOCUS

PROPOS RECUEILLIS PAR

SOPHIE GAITZSCH

MALADIES RARES

INTERVIEW «LE PRIX DES MÉDICAMENTS DEVRAIT ÊTRE FIXÉ EN FONCTION DE LEUR UTILITÉ»

Le médecin alémanique Christian Kind appelle les entreprises pharmaceutiques à prendre leurs responsabilités. Les maladies rares sont-elles le parent pauvre de notre système de santé?

in vivo

christian kind Il est difficile de voir les maladies rares comme un tout: la seule chose qu’elles ont en commun est leur rareté. C’est un problème fondamental. Certaines pathologies rares ne font l’objet d’aucune recherche et les patients sont négligés, alors que d’autres sont bien connues et bien traitées, car elles sont intéressantes pour les pharmas et ont le pouvoir de faire avancer la recherche. C’est le cas, par exemple, de certains cancers infantiles, pour lesquels l’industrie s’engage. Il est facile de rassembler des soutiens et des fonds autour de ces drames qui touchent les plus jeunes. D’autre part, il ne faut pas oublier que certaines maladies qui ne sont pas rares, comme l’infirmité motrice cérébrale ou le syndrome de Down (anomalie chromo­ somique qui provoque la trisomie 21, ndlr), soulèvent beaucoup de questions auxquelles on n’a pas de bonnes réponses, mais n’attirent pas beaucoup d’attention. Rares ou non, les maladies qui n’arrivent pas à trouver une place dans la conscience publique se retrouvent souvent dans une situation de «parent pauvre».

Regard éthique Christian Kind a présidé la Commission centrale d’éthique de l’Académie suisse des sciences médicales de 2009 à 2016. Professeur en pé­diatrie, il a occupé le poste de médecin-chef à l’Hôpital des enfants de Suisse orientale, à Saint-Gall, jusqu’en 2012. Il est coauteur d’un ouvrage sur les diagnostics prénataux et préimplantatoires intitulé «Sélectionner ou accepter?» paru en 2010. 28

Les traitements pour les maladies rares, lorsqu’ils existent, sont souvent très coûteux. Qui doit payer?

iv

ck Aujourd’hui, le principe est le suivant: si l’efficacité du traitement est prouvée, s’il s’agit de l’option la plus économique disponible sur le marché, et si la personne en a besoin, alors notre système d’assurance sociale doit le prendre en charge. iv

Jusqu’où la communauté doit-elle payer?

En Suisse, la solidarité fonctionne dans la tête des gens, elle est même très élevée. La population pense que la communauté doit s’engager financièrement aussi pour des traitements coûteux. ck

Pourtant, certains malades doivent constamment se battre contre leur assurance pour que leur traitement soit reconnu. Comment agir sur ce point?

iv

ck Dans des situations similaires, il existe de grandes différences d’une caisse maladie à l’autre. En ce sens, l’idée d’une caisse unique constitue une piste intéressante pour rendre le système plus équitable. Mais je pense que le point principal de cette problématique se situe au niveau de l’industrie. Les prix pratiqués pour les traitements ne sont que partiellement justifiés par les coûts de développement. Aujourd’hui, il est important que les entreprises pharmaceutiques prennent leur part de responsabilité.

Comment faire pour que les sociétés pharmaceutiques changent d’attitude?

iv

ck Des éthiciens et des philosophes appellent à la création d’un modèle international dans lequel le prix des médicaments serait fixé en fonction de leur utilité et non de leurs coûts de développement. Dans un tel système, les sociétés pharmaceutiques ne seraient plus libres de fixer leurs prix


FOCUS

MALADIES RARES

DR

Christian Kind a présidé la Commission centrale d’éthique pendant sept ans

comme elles le font aujourd’hui. Le fonctionnement actuel manque de transparence. Mais si l’on compare avec les prix pratiqués à l’étranger, on remarque que l’industrie en Suisse a beaucoup de marge de manœuvre. Cette idée serait évidemment difficile à mettre en œuvre et reste pour l’instant théorique, mais elle déboucherait sur un modèle plus durable. Actuellement, de nouveaux médicaments hors de prix arrivent chaque jour sur le marché et les entreprises pharmaceutiques dégagent des sommes folles. On ne peut pas continuer ainsi.

Serait-il possible de rentabiliser différemment les sommes investies pour le développement de tels médicaments?

iv

ck La somme employée pour traiter une seule personne atteinte d’une maladie rare pourrait en principe servir à couvrir les frais de nombreux malades pour une pathologie semblable avec des traitements meilleur marché. Dans un arrêt sur le traitement de la maladie de Pompe (une maladie génétique qui provoque notamment un affaiblissement musculaire 29

progressif et des difficultés respiratoires, ndlr) rendu en 2010, par exemple, Le Tribunal fédéral a souligné que le montant nécessaire pour soulager de manière limitée une personne atteinte de cette pathologie pourrait financer un meilleur traitement pour de nombreux patients souffrant de problèmes respiratoires chroniques d’une autre nature.

Constatez-vous une évolution positive dans la perception des maladies rares?

iv

ck On en parle beaucoup plus que par le passé, ce qui est une bonne chose. Malgré tout, les malades doivent encore souvent parcourir un long chemin jusqu’à ce qu’un diagnostic soit posé. J’espère que le développement de plateformes d’information, prévues par le concept maladies rares de la Confédération (lire p. 27), permettra une amélioration sur ce point et que les patients trouveront plus rapidement le meilleur spécialiste pour s’occuper d’eux. Quant au manque de recherche autour de certaines pathologies, je suis plus sceptique. L’industrie va là où se trouvent les profits, et cela sera difficile à corriger. ⁄


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«Pour que le personnel soignant manifeste de l’empathie vis-à-vis des patients, il faut qu’il en bénéficie lui-même.» SERGE TISSERON

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INTERVIEW

SERGE TISSERON Le psychiatre et psychanalyste livre pour

In Vivo sa vision de l’empathie à l’hôpital, à l’heure où la médecine de pointe prend son envol et où la déshumanisation des soins semble une conséquence inéluctable. INTERVIEW: FABIENNE PINI SCHORDERET PHOTO: JEAN-LUC BERTINI / PASCO AND CO

«L’ennemi de l’empathie est le désir de toute-puissance» l’angoisse. Je ne peux pas faire confiance à quelqu’un sur le traitement, si je ne peux pas Je dénonce les mauvaises interprétations de l’empathie. Par lui faire confiance sur l’horaire de sa visite. exemple, dire que l’empathie c’est se mettre à la place d’une autre personne. Soyons modestes, ça n’est pas possible! Et est-ce souhaitable? Car dans ce cas, je ne vais pas pouvoir IV Au CHUV, une vaste réflexion est menée l’aider. Je veux montrer que l’empathie est un phénomène sur la déshumanisation de la prise en beaucoup plus complexe que ce qu’on imagine. Car si elle charge. Qu’en pensez-vous? ST Le risque pour peut être une qualité tournée vers l’altruisme et l’enle patient est de ne pas être écouté, de ne pas être traide, elle peut aussi être une arme de manipulation. compris, de ne pas être pris en considération, L’empathie est une construction mentale. J’essaie de d’être traité comme un foie ou comme un cœur – ce comprendre la situation d’autrui à partir de ma propre qui a été encouragé par la fragmentation des discigrille de lecture et de mon histoire personnelle. plines. Souvent, les patients ont l’impression d’avoir affaire à des professionnels se comportant comme des garagistes qui réparent un organe. Il y a encore beauIV En tant que patient, quel type de soignant soucoup à faire pour développer une médecine plus intéhaiteriez-vous avoir? ST Un personnel qui me grée. Certaines découvertes vont dans ce sens. Par tienne au courant de l’évolution de ma maladie en exemple, le fait que notre biotope intestinal intervient me donnant le temps d’échanger avec lui. Même si dans nos processus mentaux aidera peut-être à faire boudes progrès ont été faits à ce niveau-là, on anger cette conception. Il est aussi important d’expliquer aux nonce trop souvent la vérité aux patients comme étudiants que l’angoisse majore les troubles somatiques et une corvée dont il faut se débarrasser. Ce n’est que ceux-ci majorent l’angoisse. pas parce qu’on dit la vérité au patient, qu’on le traumatise moins. Je souhaiterais aussi des professionnels très ponctuels. Quand le renIV On parle de plus en plus de médecine personnalisée. dez-vous fixé n’est pas respecté, cela génère de Comment réagissez-vous aux initiatives de Google ou IN VIVO Êtes-vous un pessimiste de l’empathie? SERGE TISSERON

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INTERVIEW

maladies, oui! Mais guérir les malades, non! d’Apple qui développent des algorithmes pour mieux déIl faut apprendre aux étudiants en médecine tecter les maladies et soigner les patients? ST C’est une forque certains malades peuvent vraiment soufmidable opportunité et un grand danger. Par exemple, que la frir sans causes objectivables dans l’état actuel rétinite pigmentaire puisse être diagnostiquée grâce à son des connaissances. L’empathie, c’est reconsmartphone permet de poser son diagnostic et d’agir très tôt. naître la souffrance de l’autre au-delà de ce Un problème se posera quand des intelligences artificielles qu’on peut lui apporter. Les médecins et les pourront établir des diagnostics et proposer des traitements soignants doivent aussi reconnaître leurs sur mesure à la place du médecin. L’expression de «médepropres limites et proposer leurs services de cine personnalisée» pour parler de l’adaptation des traitemanière modeste. Certains patients ont besoin ments aux particularités physiologiques et biologiques d’un que l’on relativise l’efficacité du traitement pour patient va créer un immense quiproquo. Une personne est qu’ils puissent se l’approprier. Il faut davantage bien plus que ses particularités biologiques! développer l’éducation thérapeutique et responsabiliser les malades sur leurs propres soins. Je vois deux évolutions possibles: soit les gouvernements et les hôpitaux décideront que nous avons besoin de moins de personnel, c’est-à-dire moins de médecins et moins de soiIV Est-ce que le modèle du patient-acteur comme gnants. Ou l’autre manière de voir les choses, c’est de se contre-pouvoir peut prévenir la déshumanisadire que grâce à la technologie, les médecins pourront se tion des soins? ST L’empathie, c’est reconnaître que consacrer à des tâches plus relationnelles et tenir compte nous sommes un humain professionnel fiable et que davantage du facteur psychologique. Il ne faudrait pas l’autre humain, le soigné, est aussi fiable que nous et qu’une machine vous crache une feuille avec le message que nous sommes embarqués ensemble sur le même «quand vous serez rentré chez vous, voici les conseils à bateau pour affronter une même maladie. L’empathie appliquer». Personne ne les appliquera. repose sur une question de confiance, de collaboration avec le soigné et de réciprocité. Le médecin n’est pas le commandant du «navire guérison» avec un patient IV Une étude américaine publiée en 2009 démontre embarqué dans ses cales. que l’empathie chez les étudiants en médecine diminue drastiquement en 3e année, au moment même où ils sont en contact avec les patients. Que IV Comment renforcer l’empathie chez les profespensez-vous de la formation des médecins et des sionnels? ST En leur apprenant à reconnaître leurs émoprofessionnels de la santé? ST En milieu médical, tions négatives et à les exprimer. Parfois certains malades sont difficiles. Il est important de l’ennemi principal de l’empathie est le désir mettre en place des groupes de parole ou des d’emprise et de toute-puissance. C’est l’idée BIOGRAPHIE réunions de services pour que les professionde contrôler complètement un parcours de Le psychiatre et nels puissent exprimer leurs expériences soins, de contrôler un malade pour qu’il gué- psychanalyste négatives. Si on ne peut pas le faire, on se risse. Les gens ont le droit de décider de ne français Serge sent coupable non pas de ne pas en faire aspas se faire soigner. Et souvent les médecins Tisseron est chercheur au sez pour un patient, mais d’en vouloir à un ont de la difficulté à l’accepter. Il y a des mé- Centre de patient de ne pas guérir. Et ceci explique en decins qui ont un problème non pas avec la recherche «psypartie le burn-out. Parce qu’on en veut au maladie mais avec la guérison. Ils ont oublié chanalyse, médepatient, on s’épuise à le guérir, non pas pour que le médecin soigne, mais c’est le malade cine et société» à l’Université qu’il guérisse, mais pour ne pas se confronter qui guérit. Et il y a des malades qui n’ont pas Paris VII Denis au fait qu’on en a marre de lui. Il faut parfois envie de guérir. C’est leur droit. Les études Diderot. Ses traaccepter qu’on préférerait qu’un patient médicales exaltent les possibilités curatives vaux portent sur meure. Il s’agit de mettre en lumière les des médecins. Les étudiants grandissent avec trois domaines: les secrets liés l’idée que le progrès aidant, ils vont posséder aux traumatismes, émotions honteuses du médecin et de travailler avec. peu à peu les moyens de tout guérir. Guérir les les relations à l’image et l’impact des nouvelles technologies dans les rapports aux autres. Il est aussi dessinateur de bandes dessinées et d’ouvrages pour enfants.

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INTERVIEW

Pensez-vous à d’autres pistes pour lutter contre l’augmentation du burn-out chez les professionnels? ST Le burn-out chez les soignants est souvent lié à un conflit d’empathie. C’est lorsque leurs conditions de travail les obligent à choisir entre l’empathie pour leurs patients et l’empathie pour leurs collègues ou pour l’institution. L’empathie n’est pas qu’une affaire individuelle, mais une responsabilité collective. Elle nécessite parfois des changements institutionnels majeurs de façon à dégager du temps pour les malades.

IV

«C’EST LE MÉDECIN QUI SOIGNE, MAIS LE MALADE QUI GUÉRIT»

Aujourd’hui, il faut éviter des restrictions de personnel, assurer que les dotations soient correctes et valoriser le travail des soignants, car on leur en demande toujours plus et ils s’épuisent. Je crois aussi à l’utilisation des exosquelettes qu’on attache à la ceinture et qui permettent de soulever des charges importantes. On devrait les intégrer en priorité dans les hôpitaux pour lever ou retourner des patients alités.

IV Que faudrait-il d’autre pour garantir le succès des

professionnels de demain? ST L’obligation pour tous les futurs médecins de faire un stage infirmier pendant six mois. Que ce soit intégré dans leur cursus univerEn d’autres termes, pour que les différentes catégories sitaire. Et leur faire accomplir pendant leur formade personnel manifestent de l’empathie vis-à-vis des tions, des travaux en équipe, notamment avec des patients, il faut qu’ils bénéficient eux-mêmes d’empainfirmiers et infirmières. Et puis, sur le terrain, que thie. Traditionnellement, les soins étaient prodigués chaque personne de la hiérarchie comprenne qu’on par des religieuses, qui n’attendaient pas de manifestane peut donner de l’empathie que si on en reçoit. tion de leur hiérarchie mais de Dieu, qu’elles trouvaient L’empathie n’est pas quelque chose que l’on prescrit dans la prière. Aujourd’hui, le personnel est civil et il a aux inférieurs: «Soyez empathiques pour que les besoin que son activité soit reconnue et valorisée par sa malades guérissent mieux.» Non! Être empathique hiérarchie même dans un contexte de restriction éconoen tant que cadre, c’est se préoccuper du bien-être mique! Il faudrait aussi instaurer dans de son équipe. Les patrons qui ont des l’enceinte d’un service des moments récréa- À LIRE équipes qui marchent bien sont souvent tifs où les gens peuvent se retrouver entre «Empathie et mani­ généreux, positifs et à l’écoute. pulations, les pièges eux et où chacun se sent soutenu. Il s’agit de la compassion», donc de revaloriser le sentiment d’apparte- Serge Tisseron, IV Et si tout était possible, que ferieznir à un collectif pour lutter contre le burn- Éd. Albin Michel, 2017 vous? ST Je développerais des temps de out et pour reconnaître à chaque profes- «Le jour où mon réunion pendant lesquels chacun pourrobot m’aimera, vers sion sa spécificité. Par exemple, je suis l’empathie artificielle», rait parler de ses difficultés dans un clisidéré du fait que l’on considère la forma- Serge Tisseron, mat de bienveillance réciproque. Une tion des soignants comme une formation à Éd. Albin Michel, 2015 équipe ne peut pas fonctionner en se des sous-tâches médicales. Non! Il n’y a «Fragments d’une psypréoccupant uniquement du bien-être chanalyse empathique», pas une catégorie professionnelle noble, les Serge Tisseron, des patients. Elle doit aussi se préoccumédecins, et des ouvriers de la maladie, le Éd. Albin Michel, 2013 per de son propre bien-être et se mettre personnel infirmier. en paix avec elle-même. ⁄ EN SAVOIR PLUS Découvrez le modèle du navire empathie développé par Serge Tisseron sur www.invivomagazine.com

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TEXTE: BERTRAND TAPPY ILLUSTRATION: PAWEŁ JOŃCA POUR «IN VIVO»

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TENDANCE

L’AUTOPSIE NE RISQUE PAS DE MOURIR

Malgré les progrès de l’imagerie, la dissection du corps humain reste dans de nombreux cas une pratique indispensable pour déterminer la cause précise de la mort.

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ne salle froide, une lumière crue, une table en inox avec, posé dessus, un corps pâle recouvert d’un drap: le décor d’une salle d’autopsie fait partie de l’inconscient collectif, même si son déroulement reste le plus souvent inconnu du grand public. Rassurons tout de suite les plus émotifs, le but de cet article n’est pas de faire l’inventaire détaillé des étapes d’une autopsie (qui ont finalement peu évolué depuis l’anatomiste André Vésale au XVIe siècle: prélever les organes, les «fixer» dans un bain et les analyser séparément), mais plutôt de se demander si les pathologistes ou les médecins légistes y auront toujours recours d’ici à 15 ou 20 ans. II y a aujourd’hui trois situations qui peuvent amener une personne décédée

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3 À 6 MOIS POUR LES RÉSULTATS On pourrait penser que les résultats d’une autopsie tombent souvent quelques minutes après l’intervention (voire instantanément, à la télévision). C’est bien évidemment faux. En médecine légale, le dossier complet comprend les analyses du scanner, de l’examen externe, de l’autopsie, d’un IRM, de l’histologie, de la toxicologie et de l’angioscan (voir In Vivo n° 1). Entre la réalisation et le temps que l’expert prend pour tout rédiger et son collègue pour valider les résultats, il faut compter 3 à 6 mois. Le corps ne reste pas plus de 24 heures sur place, afin d’être rendu au plus vite à la famille.

à passer une dernière fois sous le scalpel du médecin: en médecine légale, suite à un mandat du Ministère public pour une mort suspecte ou dans laquelle une intervention extérieure ne peut être exclue ou est avérée, en pathologie, dans le cas du souhait de proches ou du médecin traitant, afin d’effectuer de la recherche scientifique ou des investigations plus poussées sur les cas de décès naturels (après une prise en charge à l’hôpital, par exemple) ou encore en anatomie, à des fins de formation, lorsque la personne a fait le vœu de son vivant de léguer son corps à la science. Autant vous le dire tout de suite: dans les trois cas, la pratique semble avoir encore de beaux jours devant elle. Mais pourquoi? Pour Silke Grabherr, cheffe du Centre universitaire romand de médecine légale, la tendance est à l’augmentation: «Si l’on veut vraiment savoir de quoi est morte une personne, nous devrons toujours ouvrir. L’imagerie peut répondre à beaucoup de questions, mais dans de nombreux cas, elle ne répond pas à tout. Dans le cas d’une noyade, par exemple, on voit bien qu’il y a du liquide dans les poumons. Mais cela peut être du sang, de l’eau, etc.


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Et dans les cas de strangulation, on peut trouver des lésions au niveau des os et du cartilage du cou, mais dans les muscles, beaucoup de petites hémorragies sont uniquement visibles à l’autopsie. Au cours des dernières années, nous avons constaté une hausse constante du nombre de cas. Les week-ends de garde sans intervention se comptent sur les doigts d’une main!» À l’Institut de pathologie, la situation n’est pas tout à fait la même: «Si on réfléchit en termes d’offre et de demande, la question ne se pose même pas pour la médecine légale, répond Samuel Rotman, médecin au sein de l’Institut universitaire de pathologie du CHUV. La loi exige encore des autopsies médico-légales, et les proches ne peuvent pas refuser cette demande des autorités! De notre côté, c’est plus complexe. À côté des autopsies médicales, nous travaillons beaucoup sur le vivant. Près de 80% de notre activité concerne les examens d’échantillons issus de patients hospitalisés, voire même sur la table d’opération. Nous effectuons des autopsies lorsque le médecin traitant ou les proches veulent connaître plus précisément ce qui a causé la mort de leur patient, de leur conjoint, de leur enfant, de leur grand-mère, etc.» La demande d’autopsie médicale est donc une démarche difficile, qui souffre notamment des clichés véhiculés par les séries télévisées: «Les gens refusent souvent que l’on pratique une autopsie médicale, parce qu’ils imaginent qu’ils ne pourront pas revoir le corps, ou bien qu’il sera complètement méconnaissable. C’est faux: nous mettons toujours un point d’honneur à respecter le plus possible le corps. Il existe par exemple une manière très précise d’ouvrir un crâne sans laisser de cicatrice apparente, même lorsque le défunt n’a pas de cheveux. Les préparateurs font régulièrement un véritable

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CONFRONTER LES EXAMENS ANTE- ET POST-MORTEM Afin d’analyser plus précisément les besoins des proches d’un patient décédé, une analyse à grande échelle vient de débuter aux HUG. Regroupant la médecine légale, les urgences, la radiologie et la pathologie, cette étude permettra également de mieux évaluer l’efficacité des examens faits lors de l’entrée du patient, en les confrontant aux résultats des examens postmortem. En effet, un corps sans vie peut être irradié beaucoup plus qu’une personne vivante, ce qui garantit systématiquement de meilleures images.

travail d’orfèvre pour que les cicatrices soient les moins visibles possible.» Autre préjugé fréquent, la solitude du médecin dans l’intervention: «C’est bien sûr complètement erroné, confirme le pathologiste du CHUV. Les ressources de notre Service de pathologie sont composées de laborantins sachant maîtriser notre plateau technique spécialisé, allant de l’histologie standard (examen des cellules, ndlr) aux techniques moléculaires permettant une analyse du génome (examen de l’ADN des cellules, ndlr), par exemple pour étudier les mécanismes de résistance tumorale. Tout ce personnel spécialisé est un maillon important de l’élaboration du diagnostic.» Une fois l’intervention pratiquée, les résultats sont transmis au médecin traitant choisi par la famille. Avec, parfois, des surprises. «Les personnes âgées souffrent rarement d’une seule pathologie, continue Samuel Rotman. S’il est écrit qu’une personne est décédée d’un arrêt cardio-respiratoire avec une longue maladie, cela n’explique pas grand-chose: est-ce que le médicament prescrit avait agi? Est-ce que les diagnostics étaient corrects? C’est à cela que sert une autopsie médicale. Mais malgré l’aide que cela peut apporter à la famille et les idées d’amélioration que cela peut apporter à l’hôpital, il y a de moins en moins d’autopsies en Europe. Non pas à cause des progrès technologiques, mais à cause de leur coût pour l’institution et aux informations parfois erronées que les gens ont reçues sur le sujet. Le CHUV en revanche se démarque de cette tendance depuis trois ans grâce à son aide à la mise en place de notre projet. Mais beaucoup de travail reste encore à faire pour briser les clichés.» Moralité: s’ils ne veulent pas tuer l’auto­­psie, peut-être que «Les Experts» de la télévision devraient arrêter d’en faire! ⁄


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PROSPECTION

BLOUSES BLANCHES ET CHEVEUX GRIS

LYNN JOHNSON, MAHN CENTER FOR ARCHIVES AND SPECIAL COLLECTIONS, OHIO UNIVERSITY LIBRARIES

DE PLUS EN PLUS DE MÉDECINS EXERCENT APRÈS 65 ANS EN SUISSE. FAUT-IL RAPPELER LES RETRAITÉS POUR PALLIER LA PÉNURIE DE MÉDECINS? UNE OPTION, MAIS PAS LA SOLUTION, ESTIMENT LES SPÉCIALISTES.

TEXTE PATRICIA MICHAUD

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L’Américaine Leila Denmark est une figure emblématique de l’histoire de la médecine: née en 1898, elle a exercé son métier de pédiatre jusqu’à l’âge de 103 ans. Elle est aussi connue pour avoir contribué au développement du vaccin contre la coqueluche. Elle est décédée en 2012, à 114 ans.


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orsqu’il a entrepris ses études de médecine, Roger s’est fixé l’objectif de carrière suivant: «Travailler à fond pendant une trentaine d’années, puis prendre un retraite anticipée afin de profiter du salaire durement gagné.» Aujourd’hui âgé de 68 ans, le Bâlois exerce toujours ses activités de généraliste en cabinet. Certes à temps «vaguement réduit , mais «plus motivé que jamais» et sans doute pour des années encore. Roger ne constitue pas une exception en Suisse. «L’âge des médecins est clairement à la hausse dans notre pays», constate Christoph Bosshard, vice-président de la Fédération des médecins suisses (FMH). L’augmentation est particulièrement notable dans la catégorie des 60 ans et plus, précise-t-il. Les chiffres les plus récents publiés par la FMH sont parlants, notamment en ce qui concerne les généralistes du secteur ambulatoire: en 2016, leur moyenne d’âge était de 54,6 ans, contre 52,6 ans en 2008. Quant au nombre de blouses blanches (de la même catégorie) âgées de 65 à 69 ans, il a plus que triplé en huit ans, passant de 279 à 854. La progression est similaire en ce qui concerne les 74 ans et plus

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(2008: 48 personnes; 2016: 134 personnes). Dans la tranche 70-74 ans, elle est encore plus nette (288 médecins en 2016 contre 82 en 2008).

DÉLICATE QUESTION DE LA SUCCESSION «Certes, tous les médecins exerçant après l’âge de la retraite ne travaillent pas à temps plein», nuance Christoph Bosshard. C’est d’ailleurs la possibilité accrue de pratiquer la médecine à temps partiel (par exemple au sein d’un cabinet de groupe) qui explique en partie la recrudescence de médecins seniors. À noter aussi que passé un certain âge, de nombreux praticiens font le choix de quitter la médecine curative pour privilégier d’autres secteurs, tels que le conseil en assurances. «Vous aurez sans doute de la peine à trouver un médecin de 60 ans aux urgences», plaisante le vice-président de la FMH. «Le spectre de la médecine est suffisamment large pour offrir des options plus «tranquilles» aux professionnels en fin de carrière.» Mais pourquoi donc de plus en plus de médecins continuent-ils à se consacrer à leurs patients alors qu’ils auraient droit à une retraite bien méritée? «Le fait que les seniors soient de plus en plus en forme entre bien sûr en ligne de compte», estime Christoph Bosshard. Mais d’après les observations de la FMH, l’une

UN PHÉNOMÈNE GÉNÉRALISÉ Les médecins n’ont pas l’exclusivité du maintien sur le marché du travail après l’âge légal de la retraite, constate Magdalena Rosende. «Les chiffres de l’Office fédéral de la statistique montrent que cette tendance se manifeste de façon globale en Suisse», précise cette sociologue du travail, auteure d’une thèse sur la profession médicale en Suisse. À l’échelle européenne, l’évolution est similaire, mais notre pays fait partie de ceux présentant le taux d’emploi des seniors le plus élevé, après les pays nordiques. Le fait de poursuivre une activité professionnelle (ou non) après 65 ans découle d’éléments qui «varient fortement selon les branches et les individus». Alors que dans certains secteurs, ce sont principalement des raisons économiques qui poussent les sexagénaires à travailler, c’est le prestige lié à leur profession qui en motive d’autres à reporter la retraite. On peut imaginer que cette seconde catégorie inclut certains médecins, commente Magdalena Rosende.

des principales raisons poussant les généralistes sexagénaires, voire septuagénaires, à rester sur le marché du travail, est «la difficulté à remettre leur cabinet». Plutôt que de confier leur «bébé», ainsi que leur clientèle, à un inconnu, il n’est pas rare que les médecins


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préfèrent exercer jusqu’à ce qu’ils aient déniché la perle rare. Pas de quoi alarmer la FMH, qui, après s’être penchée sur la question des compétences des médecins de plus de 60 ans, a conclu qu’il n’y avait aucune raison de penser que le risque est accru pour leurs patients. À l’inverse, les praticiens seniors présentent plusieurs avantages comparatifs sur leurs cadets, relève Christoph Bosshard. Outre leur grande expérience pratique et théorique, ils disposent «d’un solide réseau, ce qui est très important dans notre discipline».

DÉROGATION DU CONSEIL D’ÉTAT Dans le secteur hospitalier, une progression de l’âge moyen des médecins, qui est passé de 41,5 ans en 2008 à 43,2 ans en 2016, se constate également. Même si les praticiens âgés de 60 ans et plus n’échappent pas à cette tendance haussière, leur nombre est beaucoup moins élevé que celui de leurs homologues du secteur ambulatoire. Sans surprise, le fait que, dans le service public, il n’est en théorie pas permis d’exercer son activité au-delà de l’âge de la retraite contribue à expliquer cette différence. En théorie seulement? «Dans les faits, il est possible d’obtenir une dérogation, du moins dans le canton de Vaud», souligne Antonio Racciatti, directeur des

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Ressources humaines du CHUV. Limitée à l’âge de 70 ans, cette prolongation implique le feu vert «de la direction de l’hôpital, ainsi que du Conseil d’État». En 2016, l’établissement ne recensait que 11,5 EPT (équivalents plein temps) âgés de 65 ans et plus parmi ses médecins cadres (hors agréés), 0,6 parmi ses chefs de clinique et 1,4 parmi ses médecins agréés. Une part basse et relativement stable ces dernières années.

sur toutes les lèvres, les praticiens sexagénaires pourraient constituer «une solution provisoire». Antonio Racciatti constate que dans de nombreux autres secteurs d’activité suisses, des politiques d’encouragement actif au maintien des seniors sur le marché du travail ont été mises sur pied (voir aussi encadré). Pourquoi pas dans le domaine de la médecine, comme c’est le cas en France?

«Il s’agit surtout de spécialistes hautement qualifiés, qui continuent à exercer au sein du CHUV le temps que leur relève soit assurée», précise Antonio Racciatti, «ou de collaborateurs impliqués dans des projets de recherche en cours». Même son de cloche du côté de Christoph Bosshard en ce qui concerne les hôpitaux privés: certes, on y trouve davantage de médecins ayant dépassé 65 ans (dont certains transfuges du public), puisque l’âge de la retraite n’y est pas aussi réglementé que dans le public. Mais «ce phénomène concerne essentiellement les «pontes», qui garantissent une certaine notoriété aux cliniques».

Mais le DRH d’avertir: le cas échéant, il ne doit s’agir que «d’une solution intermédiaire». À long terme, la pénurie de médecins passe par la formation des jeunes. «Et c’est justement dans le domaine de la formation que l’on devrait davantage exploiter l’expérience et les connaissances des praticiens seniors. Leurs compétences, leur vision transversale de la santé, ainsi que leur réseau en font de parfaits mentors.»

FORMER LES JEUNES EN PRIORITÉ De l’avis du directeur des Ressources humaines du CHUV, la question de l’employabilité des médecins seniors va se poser de plus en plus souvent dans un avenir proche. Dans un contexte où la pénurie de spécialistes est

Magdalena Rosende, sociologue du travail, auteure d’une thèse sur la profession médicale en Suisse (lire encadré), estime également qu’il reste primordial de mener des actions ciblées afin de doper la part des jeunes médecins. Que ce soit du côté de la vice-présidence de la FMH ou de la direction des Ressources humaines du CHUV, une chose est claire: il n’y a pas de volonté de mettre la pression sur les médecins seniors afin qu’ils restent actifs à tout prix. «Là, ce serait dangereux», avertit Christoph Bosshard. ⁄


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INNOVATION

LA MÉDECINE

ESA / NASA

TEXTE: SOPHIE GAITZSCH

Thomas Pesquet a passionné les internautes du monde entier pendant six mois: le spationaute français a mené de multiples expériences médicales dans la Station spatiale internationale. Il partageait son quotidien sur les réseaux sociaux. Il est revenu sur Terre le 2 juin 2017.

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Des expériences médicales sont menées par des astronautes sur la Station spatiale internationale. Des traitements pour de multiples maladies pourraient en découler.


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INNOVATION

EN ORBITE M

ais que font les astronautes de la Station spatiale internationale (ISS)? Avant tout, de la recherche. «C’est leur mission principale, même s’ils doivent aussi veiller à la maintenance de l’ISS, explique Jennifer Ngo-Anh, directrice du Human Research Office de l’Agence

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spatiale européenne (ESA). Ils mènent entre 30 et 50 expériences au cours de leur séjour en orbite. Celles du domaine médical occupent la majeure partie de leur temps. Ils en sont à la fois les opérateurs et les cobayes.» Ces expériences font avancer les connaissances nécessaires pour envoyer des humains dans l’espace, notamment dans la perspective d’un vol habité vers


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Mars, mais enrichissent aussi la médecine sur Terre. Les vols spatiaux constituent un terrain de recherche unique pour les scientifiques. Leur caractéristique principale: l’apesanteur, ou plutôt une situation de pesanteur très réduite, appelée microgravité. Les astronautes sont également exposés à une grande quantité de radiations, à un taux d’oxygène élevé dans les navettes et vivent durant plusieurs mois en situation de confinement. La plupart des recherches médicales en orbite portent sur les muscles, sur les os, sur le système cardio-vasculaire et sur le système neurologique. En raison de la microgravité, «le processus de vieillissement est beaucoup plus rapide dans l’espace que sur Terre, note Jennifer Ngo-Anh. On peut ainsi étudier ses effets sur une population, les astronautes, qui jouit d’une santé éclatante, ce qui est particulièrement intéressant.» La responsable du programme de l’ESA souligne encore que ces expériences prennent beaucoup plus de temps que celles menées sur Terre. «Elles durent en général entre trois et cinq ans, car il faut récolter les données de plusieurs astronautes si l’on veut obtenir un résultat significatif au niveau statistique.» «La NASA et l’ESA se sont donné très tôt comme mission de faire bénéficier les «Terriens» des expériences acquises dans l’espace, notamment sous la pression des

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bailleurs de fonds, indique Patrick Schoettker, médecin-chef au Service d’anesthésiologie du CHUV, spécialisé en télémédecine et en médecine en milieu extrême. De nombreux dispositifs médicaux couramment utilisés en milieu hospitalier trouvent leur origine dans la conquête spatiale. Une technologie de la NASA, créée en 1960 pour purifier et désaliniser l’eau dans les missions de longue durée, a par exemple permis le développement des appareils de dialyse.» Autre illustration: l’assistance ventriculaire gauche en cardiologie est inspirée des pompes d’injection de fuel des navettes spatiales. Et les techniques pour mesurer les fonctions vitales des astronautes ont permis la mise en place de pacemakers de plus en plus sophistiqués, d’appareils automatiques pour la prise de la pression artérielle et de nouvelles électrodes pour acquérir des électrocardiogrammes. Actuellement, plusieurs expériences médicales sur et autour de l’ISS sont porteuses d’espoir pour les patients. En voici trois exemples.

1.

ACCÉLÉRER LA PRODUCTION DE CELLULES SOUCHES

La thérapie cellulaire, qui consiste à greffer des cellules au patient afin de restaurer la fonction d’un tissu ou d’un organe, a connu des avancées spectaculaires au cours de la dernière décennie. Mais à l’heure actuelle, un des défis consiste à parvenir à produire rapidement de grandes quantités de cellules souches. Des scientifiques américains en ont envoyé dans l’ISS pour voir si elles prolifèrent plus rapidement dans des conditions de microgravité, comme le suggèrent des études précédentes, et si elles conservent les mêmes caractéristiques. Le but à long terme? Imiter l’effet de la microgravité et développer une technologie fiable pour fabriquer des cellules souches en grand nombre. Une seconde phase de la recherche consiste à utiliser les cellules de l’ISS dans le cadre d’un essai clinique à leur retour sur Terre, sur des patients qui ont subi un AVC. «Nous ne nous limitons pas à examiner la biologie de ces cellules et comment elles grandissent. Nous étudions aussi

L’ISS EN CHIFFRES Née d’une collaboration des agences spatiales américaine, européenne, russe, japonaise et canadienne, l’ISS: se trouve à 400 km au-dessus de la Terre, en orbite basse. évolue à une vitesse de 27’600 km/h. peut accueillir 6 astronautes, qui restent à bord pour des missions de 3 à 6 mois. Son volume habitable est d’environ 400 m³. est occupée en permanence depuis novembre 2000.

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INNOVATION

Étudier les effets d’un séjour dans l’espace pourrait ouvrir de nouvelles perspectives dans la lutte contre les superbactéries. la manière dont elles peuvent être employées pour traiter les patients, ce qui est unique», indique Abba Zubair, de la Mayo Clinic, qui dirige la recherche, dans un communiqué de la NASA. L’expérience pourrait aussi permettre d’améliorer la prévention et le traitement de certains cancers.

2.

LUTTER CONTRE L’OSTÉOPOROSE

L’Institut national de la santé et de la recherche médicale français (Inserm) travaille sur les modifications osseuses provoquées par les vols spatiaux. La perte de densité osseuse peut atteindre jusqu’à 24% en six mois pour certains os. Elle touche les os porteurs, comme le tibia, qui permettent habituellement de rester debout en luttant contre la pesanteur. La raison? Dans l’espace, ils ne sont plus sollicités comme sur Terre et sont moins vascularisés. «On observe une redistribution osseuse du bas vers le haut du corps, qui suit les masses liquidiennes, notamment le sang, dont jusqu’à un litre se déplace vers la tête», précise la responsable de l’étude, Laurence

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Vico, dans le magazine Science & Santé de l’Inserm. Les chercheurs recueillent des données avant le départ des astronautes et jusqu’à 18 mois après leur retour pour faire des modélisations et pour mieux comprendre les mécanismes à l’œuvre. Ils utilisent un scanner appelé «XtremeCT», développé en collaboration avec la société suisse alémanique Scanco, qui permet de réaliser des «biopsies virtuelles», soit de mesurer de manière non invasive la densité et la microarchitecture des os. À terme, les scientifiques espèrent améliorer les mesures pour lutter contre ce phénomène: des exercices physiques spécifiques, à l’aide de machines, et l’emploi de l’hypergravité, créée avec des appareils en rotation, une piste actuellement testée sur des souris. Ces contre-mesures pourraient également aider à combattre l’ostéoporose, une maladie qui se caractérise par une fragilité excessive du squelette.

3.

ANTICIPER LA RÉSISTANCE AUX ANTIBIOTIQUES

Au mois de février, des souches d’une bactérie résistante aux

antibiotiques (le staphylocoque doré résistant à la méticilline ou SARM) ont été envoyées sur l’ISS. Les bactéries mutent de manière accélérée dans l’espace et cette étude de la NASA vise à mieux comprendre comment elles deviennent résistantes. Les données seront ensuite utilisées pour raffiner les modèles qui prédisent comment le pathogène évoluera sur Terre. «Si la microgravité peut être employée pour voir en avantpremière à quoi les mutations futures ressembleront, alors nous pourrons élaborer des antibiotiques plus intelligents plus rapidement, a souligné la physicienne et médecin Anita Goel, qui dirige la recherche, à la chaîne de télévision américaine CNN. On peut même imaginer que les traitements seront prêts avant même que les mutations apparaissent sur Terre.» Les bactéries ont été mises en culture dans le laboratoire de l’ISS. Leur évolution est analysée grâce à un outil appelé «Gene-RADAR», développé par l’entreprise biotechnologique américaine Nanobiosym. La chercheuse a également déclaré qu’elle était curieuse de voir les effets d’autres phénomènes sur le SARM, comme les radiations électromagnétiques. Selon elle, étudier tous les effets d’un séjour dans l’espace pourrait ouvrir de nouvelles perspectives précieuses dans la lutte contre celles que l’on a baptisées les «superbugs» (superbactéries). ⁄


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AUTEURS EN INFLATION TEXTE

YANN BERNARDINELLI

Le nombre de signataires d’un article scientifique est en augmentation, pouvant ainsi atteindre plusieurs centaines de noms. «In Vivo» dévoile ce qui se cache derrière ces longues listes d’auteurs.

Q

ui est le père fondateur de la génétique? Gregor Mendel est largement reconnu comme tel, grâce à ses travaux sur l’hérédité, dont les résultats furent publiés dans un ouvrage à son nom en 1866. Et qui est celui du séquençage du génome humain? La réponse est moins évidente: en 2001, une publication sur le sujet paraissait dans la revue Nature, signé par un consortium de 300 chercheurs… Publiés à plus d’un siècle d’écart, ces textes témoignent d’une évolution flagrante: le nombre d’auteurs des articles scientifiques a littéralement pris l’ascenseur depuis le passage au nouveau millénaire, atteignant parfois des chiffres vertigineux. La palme revient aux physiciens, qui signaient à 5’154 mains un article sur le boson de Higgs en 2015. Même si ces deux cas restent extrêmes, la moyenne du nombre d’auteurs se situe aujourd’hui à une dizaine de noms par article.

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Comment expliquer cette augmentation? «La raison principale est la complexité grandissante de la technicité», indique Cécile Lebrand, responsable au sein de l’Unité de gestion des publications à la bibliothèque de la Faculté de biologie et médecine (FBM) de Lausanne. Les moyens d’investigation sont de plus en plus pointus et demandent tout un éventail de spécialistes. De plus, les éditeurs demandent que les recherches soumises à publication soient effectuées avec un panel de techniques différentes, sous réserve de ne pas les accepter. Pour ce faire, les laboratoires doivent souvent collaborer avec d’autres groupes pour mener à bien leurs recherches, voire créer de véritables consortiums internationaux. Le nombre d’auteurs s’en fait ressentir et augmente inexorablement.

L’outil de sélection Une deuxième cause de cette hausse est liée à un besoin personnel des chercheurs: celui de publier pour avancer. Le nombre de publications est la principale façon d’évaluer le succès d’un scientifique lors de l’octroi d’une position académique ou pour l’obtention de fonds de recherche. Ce système de sélection pousse certains à tenter d’apposer leur nom sur toutes les études possibles. «Dès que le chercheur est en compétition, il est jugé sur son CV de publications, indique Jérôme Wuarin, adjoint au vice-doyen du secteur recherche et innovation de la FBM. Les autres critères sont les fonds de recherche obtenus précédemment, le réseau du chercheur ou encore sa notoriété.»


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Avant même l’obtention de son doctorat, le chercheur en herbe part déjà en quête d’une place de postdoctorant. Dès cette étape, des publications en tant que premier auteur lui seront cruciales. «C’est important pour l’obtention des bourses de chercheurs débutants, mais aussi pour accéder aux plus grands laboratoires. Ceux-là mêmes qui sont abonnés aux publications dans les journaux prestigieux qui lui permettront d’accéder aux positions académiques suivantes», ajoute Jerôme Wuarin. La notoriété du journal qui publie l’article joue aussi un rôle sur le CV. Les revues à «haut facteur d’impact» (IF pour impact factor), c’est-à-dire qui jouissent d’une grande visibilité car fréquemment citées par d’autres titres, telles que Science, Nature – et une poignée d’autres – ont des IF au-delà de 30 citations par article, alors que les journaux peu prestigieux se situent en dessous de cinq. Un chercheur ne parviendra pas au premier stade du professorat lui permettant d’ouvrir son propre laboratoire s’il n’a pas une dizaine de publications à son actif, dont plusieurs à haut IF.

IF

ABRÉVIATION DE «IMPACT FACTOR»: CET INDICATEUR EST UTILISÉ POUR ESTIMER LA VISIBILITÉ DES REVUES SCIENTIFIQUES. UN JOURNAL À L’IF ÉLEVÉ PUBLIE DES ARTICLES FRÉQUEMMENT CITÉS PAR D’AUTRES MÉDIAS.

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Une pyramide de noms Quant à l’ordre d’apparition dans la liste des signatures, il dépend du rôle de chacun dans l’article. «Seuls le premier et le dernier noms comptent vraiment», indique Jerôme Wuarin. Le premier auteur est celui qui a réalisé la recherche, c’est le travailleur principal. Il peut y en avoir plusieurs, ils se suivent dans l’ordre choisi par les auteurs et sont indiqués par la mention: «ont contribué de manière égale à ce travail». Le dernier auteur est la personne qui a conçu la recherche et obtenu les financements pour la réaliser, généralement le professeur à la tête du laboratoire. Entre le premier et le dernier, l’ordre n’a pas vraiment d’importance, mais chaque publication compte à l’actif des auteurs qui y figurent. Ces noms ont tendance à finir dans l’oubli de la mémoire scientifique puisque lors de la citation d’un article, seul le premier auteur est utilisé et la découverte est en principe attribuée au laboratoire du dernier auteur. «Toutefois, tous les domaines ont leurs coutumes et cette hiérarchie très pratiquée dans les milieux biomédicaux n’existe pas chez les physiciens et les mathématiciens, qui publient leurs auteurs par ordre alphabétique», précise Cécile Lebrand.


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Directives peu respectées

Le nombre de publications scientifiques réalisées par des chercheurs suisses entre 2009 et 2013, ce qui représentait 1,2% du volume de publications mondial. Cependant, si l’on ramène le nombre de publications à la taille de la population, la Suisse occupe la tête du classement, suivie de l’Islande.

Des directives, érigées par l’Académie des sciences SOURCE: SEFRI 2016, ANALYSE BIBLIOMÉTRIQUE DE LA RECHERCHE et signées par l’UNIL-CHUV, existent et régissent SCIENTIFIQUE EN SUISSE 1981–2013 la manière de signer une publication. «Ces règles font indirectement partie intégrante des contrats des chercheurs, indique Jovan Mirkovich, directeur administratif du département formation et recherche du CHUV. Elles stipulent, en partiPourtant, il n’est pas rare que certains cherculier, qu’un auteur doit avoir contribué de macheurs imposent leur nom pour avoir prêté du nière essentielle au travail de recherche lors de matériel, qu’ils introduisent un auteur dans sa planification, de sa réalisation, de son interl’intention d’aider une carrière, ou qu’ils signent prétation ou de son contrôle.» un article, car ils ont une position académique supérieure. «Parfois, c’est à se demander si les Or, la perception de ce qui est considéré com­ cher­cheurs connaissent les directives…», note me contribution essentielle est variable et Jovan Mirkovich. En médecine comme ailleurs, sujette à l’auto-interprétation des chercheurs. tous les membres d’une équipe ont tendance à être coauteurs par défaut. Jerôme Wuarin met en garde Selon les directives, la pure exécution d’une contre ces pratiques en rappelant «qu’un coauteur tâche telle que la collecte de documents n’a est également responsable de la véracité d’un article». pas de caractère scientifique si elle est exécutée sans compréhension des questions À l’ère de l’open data (partage universel de données), scientifiques de base et sans pouvoir d’évane faudrait-il pas en finir avec les auteurs et rendre luation. Les soutiens financiers et organianonymes les publications scientifiques? «Assurésationnels ou la simple mise à disposition ment une folie! s’écrient les trois experts interrogés. de matériel ne donnent aucun droit à être La sélection académique est basée sur le CV d’auteur auteur. Finalement, le fait d’occuper une des chercheurs. L’anonymisation ébranlerait tout le sysfonction de cadre supérieur ne justifie tème.» Les listes interminables de signatures ont donc pas à lui seul la qualité d’auteur. une longue vie devant elles. ⁄

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CHRONIQUE

GUY VALLANCIEN Chirurgien, membre de l’Académie nationale de médecine

Réparer l’homme, oui. Mais faut-il vraiment l’augmenter? Oui, certains d’entre nous sont devenus des cyborgs, chair et machine confondues, dans l’espoir de réparer un défaut physique, de compenser un handicap, de cicatriser une blessure ou de guérir une maladie.

La vogue transhumaniste, dans ses approximations technoscientifiques, fait rêver plus d’un homme, dans l’espoir de vivre dans un monde moins rude. Elle s’est engouffrée dans la brèche béante, ouverte Il s’agit là de compenser des déficits, de par la perte d’autorité des églises et des remettre l’homme malade en capacité de grandes sagas socialo-communistes, qui penser et d’agir comme avant, en recouvrant faillirent à rendre l’homme intrinsèquement son autonomie et sa liberté d’être. Aucun meilleur. Une telle mouvance, nouvelle secte frein à la recherche ne doit alors ralentir cette branchée, rappelle les énoncés scientistes quête d’une compréhension intime de qui du XIXe siècle en s’appuyant sur des a priori nous sommes. Aucun principe de précaution sommaires dans une troublante confusion ne doit nous empêcher d’élucider les mécades genres. Le transhumanisme repose sur nismes physiques, chimiques, biologiques et le credo selon lequel la puissance croissante psychiques qui concourent à notre présence des technologies numériques, Intelligence au monde. artificielle et robots combinés, répondra à tous nos manques, corrigera toutes nos faiblesses, Tout autre est le passage de la réparation éliminera mal-être et passions. L’être vivant de l’homme blessé, malformé ou malade, à bientôt réduit au stade de larve dans ses gestil’augmentation de nos capacités cognitives et culations brouillonnes et impuissantes, face au diktat imparable de la machine pensante, chose physiques brutes. À quel titre accepterai-je cette impersonnelle, sans idéal ni sentiments.Triste intrusion dans mon intimité, et pour quoi faire? monde en perspective! Qui finalement a intérêt à me doper aux «anabolisants numériques», quand on m’interdit les On ne peut rester coi face à ceux qui clament à substances biologiques en compétition sportive? tout-va que l’augmentation de l’homme est actée L’appât du gain et la domination suprême à terme, au prix d’exemples comme l’utilisation du sous couvert du libre marché? Nul ne répond, et Viagra, de la chirurgie plastique, des vaccins le secret des grandes entreprises du numérique ou des prothèses et des objets connectés qui gèrent le monde depuis leur collection de datas implantables dans nos corps biologiques. m’inquiète. Elles plaident la transparence pour les autres, mais surtout pas pour elles-mêmes. Nous ne pourrons continuer longtemps ainsi sans réfléchir, ensemble, à ces questions qui engagent aujourd’hui PROFIL Professeur d’urologie à l’Uninotre avenir personnel et collectif; comme jamais. versité Paris Descartes de Je plaide pour l’ouverture d’une Conférence des parties 1992 à 2015, Guy Vallancien du numérique, une COP digitale, qui nous permette est le fondateur du conseil de définir les limites pour ne pas aller trop loin au nom d’administration de l’École européenne de chirurgie. Il de l’humanité. ⁄

DR

est l’auteur de La Santé n’est pas un droit: manifeste pour une autre médecine (2007), et La médecine sans médecin? Le numérique au service du malade, (2015).

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À LIRE

«Homo artificialis, plaidoyer pour un humanisme numérique», Éd. Michalon, 2017.


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TEXTE STÉPHANIE DE ROGUIN

UN NOUVEL ORGANE DANS LE CORPS HUMAIN? UN GROUPE DE CHERCHEURS IRLANDAIS PROPOSE DE CONSIDÉRER LE MÉSENTÈRE, IMPORTANT TISSU DU SYSTÈME DIGESTIF, COMME UN ORGANE DISTINCT. LE SUJET FAIT DÉBAT CHEZ LES SCIENTIFIQUES.

O

n pourrait croire à une révolution dans le monde médical. La découverte du 79e organe du corps humain, comme le titraient en début d’année de multiples sites d’information scientifique, mais aussi grand public. Le Prof. Calvin Coffey, de l’Université de Limerick, l’annonçait fin 2016 dans la revue «The Lancet»: le mésentère, peu étudié jusqu’alors, présente une continuité et des fonctionnalités propres. Il pourrait de ce fait être considéré comme un organe à part entière. «Le mésentère est connu depuis très longtemps, affirme Nicolas Demartines, responsable de la chirurgie viscérale au CHUV. Cette découverte n’en est pas vraiment une.» Tissu gras reliant l’intestin à la paroi abdominale, il apparaît déjà dans les représentations anatomiques de Léonard de Vinci, au XVIe siècle. Au début des années 1980, ses liens et même son indissociabilité avec le côlon sont affirmés. «C’est assez rare qu’un IN CORPORE SANO

article s’intéresse si spécifiquement à une structure seule, avance Michel Maillard, médecin adjoint au Service de gastroentérologie et d’hépatologie du CHUV. Que le mésentère ait une importance dans le corps humain, certes, mais le qualifier d’organe me paraît un peu abusif.» UTILITÉ EN CHIRURGIE

Peu étudié car difficile d’accès, le mésentère est néanmoins considéré par le corps médical, notamment lors des opérations. «Lorsque nous pratiquons une résection d’un cancer du côlon ou de l’intestin, nous devons connaître tout le territoire vasculaire à l’intérieur du mésentère», poursuit Nicolas Demartines. En tout, six artères le nourrissent, ainsi qu’un réseau de veines et de lymphatiques. «Les chirurgiens doivent savoir où couper lors d’une opération oncologique. Comme nous intervenons toujours sur le mésentère, nous le connaissons bien.» Le rôle principal du mésentère consiste à maintenir les vaisseaux nourriciers de l’intestin,

explique le spécialiste. Le tissu a également une fonction de nettoyage et de drainage, de par la multitude de ganglions qu’il possède. Ceux-ci filtrent ce qui sort de l’intestin, participant ainsi au système lymphatique. Ce tissu gras est également bien connu des gastro-entérologues. «Dans la maladie inflammatoire

COMMENT DÉFINIR UN ORGANE? «Partie du corps d’un être vivant nettement délimitée et exerçant des fonctions particulières», énonce le Larousse. «On ne pourrait pas parler d’organe avec un élément diffus, réparti partout», selon le gastro-entérologue Michel Maillard. «Il existe des structures du corps extrêmement importantes qui ne sont pas considérées comme organes, l’aorte du cœur, par exemple», ajoute Nicolas Demartines.


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MEDICIMAGE/UIG UNIVERSAL IMAGES GROUP/NEWSCOM

Chez les mammifères, le mésentère est un repli du péritoine reliant l’intestin grêle à la paroi postérieure de l’abdomen.

de Crohn par exemple, un mésentère rétracté peut constituer un signe», explique Michel Maillard. Les pathologies propres au mésentère sont également connues, et traitées. La plus fréquente est le volvulus intestinal. «À cause d’un mésentère pas assez fort pour contenir l’intestin, ce dernier forme une sorte de nœud, décrit Michel Maillard. Le traitement consiste à opérer par endoscopie pour libérer l’intestin. Des hernies mésentériques peuvent également apparaître, suite à une chirurgie de l’obésité. «Après une intervention de type by-pass, l’intestin a des risques de se coincer dans le mésentère, car le trou dans lequel on le fait passer est plus gros qu’avant.» Une nouvelle intervention est CORPORE SANO

alors nécessaire pour ajouter un point de suture supplémentaire. UNE STRUCTURE IMPORTANTE ET CONTINUE

Pendant longtemps, on a pensé que plusieurs structures séparées reliaient l’intestin à l’abdomen. Les chercheurs irlandais insistent aujourd’hui sur le caractère continu du mésentère, et le prouvent dans leur article, planches anatomiques à l’appui. En revanche, ils admettent les nombreuses inconnues qui subsistent. «La plupart des organes ont une unité distincte de fonctionnement. Celle du mésentère n’a pas encore été identifiée», écrivent-ils. «On commence à mieux connaître certaines de ses fonctionnalités, renchérit Michel PROSPECTION

Maillard. On sait que des hormones présentes dans la graisse mésentérique jouent un rôle dans l’obésité et dans le syndrome métabolique.» Le fait d’étudier de manière approfondie le tissu adipeux permet également de mieux comprendre le mésentère, qui est essentiellement constitué de graisse. Selon Calvin Coffey et son équipe, l’étude du mésentère permettrait de faire avancer les connaissances «des maux abdominaux et non abdominaux, incluant le cancer colorectal, des maladies inflammatoires de l’intestin, des maladies cardiovasculaires, du diabète, de l’obésité et du syndrome métabolique». Ils espèrent alors en faire un champ de recherche à part entière. ⁄


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LA VIOLENCE CHEZ LES SENIORS SORT DE L’OMBRE tant répandues. Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), environ 20% des individus âgés de 65 ans et plus subiraient des mauvais traitements.

TEXTE: ANDRÉE-MARIE DUSSAULT

Encore largement ignorés, les mauvais traitements infligés aux personnes âgées concerneraient 20% des plus de 65 ans.

U

ne petite dame frêle à la tête blanche qui se fait bousculer par un professionnel pressé. Un octogénaire incapable de se déplacer seul à qui l’on refuse de l’aide pour aller aux toilettes. Une victime d’Alzheimer gavée de médicaments par son fils pour l’endormir. Autant d’exemples parmi les mauvais traitements infligés chaque jour à des personnes âgées. Des violences dont on ne parle pas encore assez et qui sont pour-

Les experts soupçonnent qu’il ne s’agit là que de la pointe de l’iceberg – de nombreux cas n’étant pas déclarés. Médecin responsable de l’Unité de médecine des violences du CHUV, Nathalie RomainGlassey explique que les victimes ne s’identifient pas forcément comme telles et si c’est le cas, toutes ne vont pas dénoncer les abus. «Distinguer une maltraitance d’un comportement acceptable ne va pas toujours de soi et ce qui n’est pas admissible dans un contexte peut l’être dans un autre.» En quoi consiste une maltraitance à l’égard d’une personne âgée? Selon la définition de la Déclaration sur la prévention globale des abus à l’encontre des aînés, adoptée par l’OMS en 2002, il s’agit d’un acte isolé ou répété, ou d’un manque d’action appropriée, survenant dans le cadre de toute relation où il y a une attente de confiance, et qui cause un dommage ou de la détresse à une personne âgée. La maltraitance peut être de nature physique, psychique, sexuelle ou financière, fait valoir Nathalie Romain-Glassey, ou encore, elle peut prendre la forme d’une négligence intention-

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nelle ou non. «L’infantilisation ou certaines formes d’humiliation peuvent à la fois offenser et être faites avec bienveillance.» Selon les chiffres recueillis par la permanence téléphonique de l’association romande Alter ego, qui travaille en faveur de la prévention de la maltraitance envers les aînés, les types de violence signalés sont surtout d’ordre psychologique (27%) et financier (33%), suivis par la négligence (19%) et la violence physique (8%). Plus de 60% des victimes sont des femmes, âgées de plus de 80 ans. Dans 36% des cas, les auteurs de maltraitance sont des membres de la famille de la personne abusée, dans 28% et 23% des situations, les maltraitants sont respectivement des professionnels de la santé et les enfants. Docteure en psychologie et professeure à la Haute école de santé La Source à Lausanne, Delphine Roulet Schwab rappelle qu’en Suisse le phénomène est évoqué seulement depuis la fin des années 1990, suite à différents scandales rapportés par les médias. «Cependant, ceux-ci donnent la fausse impression que les violences sont surtout commises en institution – EMS, foyers de jour, centres hospitaliers... – où il y a plus de contrôle. Alors que 90% des 65 ans et plus vivent à domicile, parfois à huis clos.» Plus de la moitié des appels reçus chez Alter ego concerne ainsi des mauvais traitements perpétrés à la maison, contre 34% en milieu institutionnel. Néanmoins, dans le cadre d’une étude menée en 2011 par Delphine Roulet Schwab, les trois quarts des responsables d’institution affirmaient avoir eu affaire CORPORE SANO

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DANS 36% DES CAS, LES AUTEURS DE MALTRAITANCE SONT DES MEMBRES DE LA FAMILLE à ce problème. Depuis que ces formes de violence font partie du débat public, la tolérance à son égard s’est réduite considérablement, souligne la professeure. «Des pratiques jugées acceptables il y a à peine quelques décennies – comme attacher une personne âgée à sa chaise pour éviter qu’elle ne tombe – sont unanimement condamnées aujourd’hui, bien qu’exceptionnellement tolérées à certaines conditions strictes, définies par la loi.» AMÉLIORER LA FORMATION

Comment prévenir les mauvais traitements envers les aînés? Nathalie Romain-Glassey et Delphine Roulet Schwab sont coresponsables d’un module de formation biennal de sept jours intitulé «Maltraitance envers les personnes âgées: aspects et soins médicolégaux»,


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destiné aux professionnels dans les domaines de la santé, du social et du judiciaire. Son but: sensibiliser ces derniers à la problématique et les équiper pour mieux y faire face. «Une des plus-values de la formation est son caractère interdisciplinaire, tant au niveau des responsables que des participants», explique Nathalie Romain-Glassey.

de maltraitance, s’ils sont bien outillés. Fort de cette certitude, il a adapté au contexte romand une grille d’évaluation permettant aux professionnels des soins à domicile de renforcer leur capacité à détecter les situations problématiques. «L’élément le plus important à enseigner au personnel soignant est l’observation», avance-t-il. Plusieurs signes peuvent permettre de dépister des situations de maltraitance.

«Parmi les intervenants, lors du premier module qui s’est déroulé en septembre 2015, nous avons accueilli des professionnels d’EMS, de soins à domicile, un procureur, un chef de brigade de la police, un médecin gériatre, etc. Les participants étaient surtout des professionnels de la santé, mais aussi des juristes, des assistants sociaux, des responsables d’EMS...» Infirmier clinicien spécialisé au Service de gériatrie et réadaptation gériatrique du CHUV, Christophe Nakamura est aussi convaincu des vertus de la formation. Son mémoire de Master – pour lequel il a été primé par la Fondation pour la recherche en soins – est dédié au dépistage de la maltraitance envers les aînés. Selon lui, les infirmiers peuvent jouer un rôle important pour déceler les signes

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Un changement de comportement doit mettre la puce à l’oreille. «Par exemple, si tout à coup, une personne présente une mauvaise estime d’elle-même, des idées suicidaires ou un repli sur elle.» Il faut se poser des questions et investiguer davantage. Les aînés ne parlent pas spontanément. «Ils peuvent avoir honte, se sentir responsables, avoir peur de représailles ou de devoir quitter leur domicile.» Dans le domaine de la prévention et du dépistage, certains pays ont pris une longueur d’avance. Aux États-Unis, depuis les années 1970, plusieurs États ont exigé que les situations de maltraitance soient systématiquement signalées aux autorités compétentes. Au Canada, il existe même une chaire de recherche sur la maltraitance envers les personnes âgées. La Suisse doit encore faire des efforts, estime Christophe Nakamura. «Au niveau national, il n’y a pas encore de coordination en ce qui concerne la prévention. Une motion allant dans ce sens a été rejetée en 2010 par le Conseil national, qui considérait le sujet comme étant du ressort des cantons.» Lever le tabou aiderait certainement à relancer le débat. /

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LA SIMULATION HAUTE-FIDÉLITÉ: L’AVENIR DE LA FORMATION

Les étudiants et professionnels de la santé disposent aujourd’hui de supports hautement technologiques pour apprendre ou parfaire leurs gestes cliniques. VOISIN/ PHANIE / SCIENCE PHOTO LIBRARY

TEXTE: ANNE-SOPHIE DUBEY

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«V

Aussi plausible que cette série d’événements puisse paraître, le patient en question est en réalité un patient simulateur, c’est-à-dire un mannequin. Il s’agit toutefois d’un modèle hautement technologique. Équipé d’un système sans fil, sa voix, ses mouvements respiratoires ou encore ses paramètres vitaux tels que son pouls sont contrôlés à distance par des experts. «Le mannequin peut reconnaître le médicament administré et réagir en fonction: par exemple, l’instructeur fera dilater ses pupilles, accélérera son rythme cardiaque, etc.», signale Katia Cruchon, représentante pour la Suisse romande des mannequins fabriqués par l’entreprise norvégienne Laerdal. La simulation dite «haute-fidélité» consiste donc à confronter les apprenants et professionnels de la santé à des situations le plus réalistes possible par le biais de technologies de plus en plus performantes, «dans le but d’améliorer la qualité et la sécurité dans les pratiques», explique Emmanuel Bernaz, infirmier chargé d’enseignement CORPORE SANO

JI-ELLE / WIKIMÉDIA

ous ne savez pas à quel point j’ai peur!» Le patient sue, sa fréquence cardiaque augmente. Il verse même quelques larmes. Une jeune femme médecin essaie alors de le calmer, avant de l’endormir par voie intraveineuse, puis de procéder à une intubation trachéale pour qu’il puisse respirer durant l’opération.

et instructeur responsable de la pratique simulée pour le Centre des formations du CHUV. «Outre l’apprentissage de gestes techniques, la simulation permet aussi de travailler des compétences transverses comme la prise de décision, la communication, la gestion des risques et des erreurs, le leadership et l’interprofessionnalité», ajoute-t-il. NOUVEAU CENTRE

Le succès de la méthode est tel que la clinique de la Source, la Haute école de santé vaudoise, la Faculté de biologie et de médecine de Lausanne ainsi que le CHUV se sont réunis pour ouvrir un centre entièrement dédié à la simulation. Les mannequins qui s’y trouveront seront manipulés dans un environnement presque identique à celui de l’hôpital. L’enquête nationale sur les événements indésirables liés aux soins (ENEIS), menée en France au début des années 2000 par le Ministère de la santé, a montré que 10% des hospitalisations sont INNOVATION

liées à un événement indésirable lors de la prise en charge ou d’une hospitalisation antérieure. 80% d’entre elles sont très certainement dues à une série d’erreurs humaines. En Suisse romande, la simulation est intégrée dans les formations depuis une vingtaine d’années pour limiter ces erreurs de communication. Elle s’adresse autant aux médecins qu’aux infirmiers, sages-femmes, physiothérapeutes et ergothérapeutes, en formation pré-graduée, post-graduée ou continue. La simulation optimise l’ap‑ prentissage des soins de base tels que la pose d’une perfusion. Elle permet aussi d’exercer la gestion de situations rares (par exemple, un accouchement lors duquel le cordon ombilical s’enroule autour du cou du bébé) ou de crise (telles que la réanimation cardio-pulmonaire ou l’annonce d’une mauvaise nouvelle en soins palliatifs). Les instructeurs préparent des scénarios à l’avance, mais «la mise en situation n’est qu’un prétexte pour développer la pratique


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DES MANNEQUINS EN COTON ET EN BOIS Le recours à la simulation dans le domaine de la santé n’est pas une pratique moderne. Des mannequins sont utilisés pour l’apprentissage de gestes cliniques depuis le XVIIIe siècle.

1778

Angélique du Coudray, sage-femme française, conçoit une poupée pour enseigner les gestes d’accouchement (photo). Elle est faite d’un vrai bassin osseux recouvert d’un tissu en coton. Un fœtus de 7 mois, des jumeaux et un nouveau-né rendent la simulation de la naissance encore plus réaliste.

1911

Madame Chase, du nom de l’infirmière qui l’a développée, fait son apparition dans un hôpital du Connecticut. Il

s’agit d’un mannequin en bois innovant, car il est équipé de membres articulés et d’un site à injections sur son bras.

1960

Rescusci Anne est créée par le producteur de jouets norvégien Asmund Laerdal, en collaboration avec deux médecins. L’usage révolutionnaire du plastique permet l’exercice de la réanimation cardio-pulmonaire.

1966

SimOne, inventé aux USA pour entraîner les anesthésistes à l’intubation trachéale, est le premier mannequin contrôlé par ordinateur. Les mannequins haute-fidélité actuels s’en inspirent.

réflexive», souligne Pierre-Yves Roh, infirmier anesthésiste, maître d’enseignement et responsable du centre de simulation de la Haute école de santé du Valais. «L’essentiel de l’apprentissage se déroule lors de la séance de débriefing qui suit l’exercice de simulation en tant que tel et dure deux, voire trois fois plus longtemps», précise-t-il.

familiariser avec la communication non verbale», indique PierreYves Roh. Ainsi, la formation en santé recourt à des comédiens professionnels pour faciliter la gestion des émotions lors de la prise en charge d’un vrai patient. Maquilleurs et metteurs en scène mettent aussi en œuvre leurs talents pour rendre la scène jouée la plus crédible possible.

JEUX D’ACTEURS

La simulation se déroule parfois dans un environnement hybride. Cette technique maximise l’acquisition de certains gestes procéduraux, sans négliger l’aspect relationnel des soins. «Par exemple, un acteur pourrait être allongé dans un lit, son bras caché sous un drap et remplacé par un bras en plastique. L’étudiant peut dès lors s’entraîner à faire une prise

Des acteurs, qualifiés dans le jargon de «patients simulés», sont également sollicités pour contribuer au réalisme d’une séance de simulation. «Avec les mannequins actuels, les paramètres vitaux peuvent être modifiés selon l’envie. Les acteurs, quant à eux, peuvent faire des mimiques, ce qui permet aux étudiants de se CORPORE SANO

INNOVATION

de sang tout en discutant avec le patient de ses angoisses», commente Pierre-Yves Roh. Même si les formations en santé disposent d’une série d’outils pour simuler au mieux la réalité, la «basse fidélité» est parfois suffisante, en fonction des buts recherchés. «Un système électronique haut de gamme n’est pas forcément nécessaire pour des pratiques simples et usuelles comme le massage cardiaque externe. «Basse fidélité» n’est pas synonyme de «basse qualité» d’enseignement», note Emmanuel Bernaz. Mais une chose est sûre, «les exercices de simulation ne s’improvisent jamais. Il y a un vrai travail de préparation qui est réalisé en amont. Les formateurs déterminent des objectifs pédagogiques précis, afin de répondre à un besoin issu de la pratique clinique.» «Malgré toutes ces avancées technologiques, la simulation ne remplacera jamais l’apprentissage au lit du malade. Vous pouvez apprendre les gestes de la nage sur un tabouret, mais tôt ou tard, il faudra bien vous jeter à l’eau», conclut Pierre-Yves Roh. «Pour des raisons éthiques, les premiers gestes ne devraient plus être réalisés sur un patient. Mais jamais nous ne parviendrons à imiter exactement l’imprévisibilité: un téléphone qui sonne, une visite improvisée de la famille, etc.», complète Emmanuel Bernaz. Aujourd’hui, la richesse de l’enseignement en santé réside donc dans la complémentarité entre la réalité et la simulation. /


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Le gras, ça sert à quoi? Souvent considérée comme nocive pour la santé, la graisse remplit des fonctions importantes pour l’organisme. Les chercheurs tentent aujourd’hui de les mettre en lumière. TEXTE: STÉPHANIE DE ROGUIN

L’

essor rapide de l’obésité en ce début de XXIe siècle (600 millions d’adultes à travers le monde sont aujourd’hui concernés) a poussé les chercheurs à s’intéresser de près au tissu adipeux. Le gras représente certes un danger lorsqu’il s’accumule de manière importante, mais il est indispensable à la vie. «La pathologie rare appelée ’lipodystrophie’, caractérisée par une absence de tissu adipeux, est très grave», observe François Pralong, chargé de l’obésité, des troubles du comportement alimentaire et de la nutrition clinique au Service d’endocrinologie, CORPORE SANO

diabétologie et métabolisme du CHUV. LES DIFFÉRENTS TYPES DE GRAS

Les acides gras poly-insaturés Les acides gras polyinsaturés ne peuvent pas être synthétisés par l’organisme: ils sont donc apportés par l’alimentation, sous forme d’oméga 6 (huile de tournesol, de pépins de raisin, noix de Grenoble, graines de sésame) et d’oméga 3 (graines de lin, de chia, de chanvre, huiles de colza et de noix, maquereau, sardines, saumon). Dans l’idéal, ils correspondent à 10% des apports en graisse. DÉCRYPTAGE

Que sait-on déjà sur le rôle de la graisse? Certaines de ses fonctions positives sont connues depuis longtemps, par exemple celle de réserve d’énergie. Ce rôle est assumé par un type en particulier, la blanche, de manière particulièrement efficace. «Le tissu adipeux concentre 7 calories par gramme, alors que le tissu musculaire n’en contient qu’une par gramme», illustre le Prof. Abdul G. Dulloo, du Département de médecine et physiologie de l’Université de Fribourg. La graisse blanche se divise en deux parties: le tissu sous-cutané et le tissu viscéral, ou intra-abdominal. C’est l’accumulation de graisses dans le second qui pose problème. «Nous ne parvenons pas encore à déterminer comment se fait


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STEVE GSCHMEISSNER / SCIENCE PHOTO LIBRARY

Microscopie électronique colorisée d’un échantillon de tissu adipeux

la répartition entre les deux tissus lors d’un excès de nourriture», note François Pralong. On observe que les femmes concentrent de manière générale les excès dans le tissu sous-cutané, et les hommes plutôt dans le viscéral. Après la ménopause, le mécanisme des femmes s’apparente à celui des hommes, ce qui pousse à croire qu’il y ait un lien entre hormones sexuelles et tissu adipeux. «On observe d’ailleurs que les personnes anorexiques sont souvent infertiles», précise Abdul G. Dulloo. CORPORE SANO

DÉCRYPTAGE

Les acides gras trans Les acides gras trans ont une longue durée de conservation et résistent à des hautes températures de cuisson; ils sont très appréciés de l’industrie agroalimentaire. On les trouve dans les pâtisseries, les biscuits, la margarine, les céréales... Il faudrait les limiter à 2% des apports en graisse.

La graisse brune, quant à elle, contribue à la régulation thermique du corps, produisant de la chaleur lorsqu’elle est activée. Très présente chez les nourrissons, qui jusqu’à l’âge d’une année ne possèdent pas la capacité de frissonner, elle existe chez l’adulte de manière passive. «Il y a énormément d’intérêt à activer cette graisse brune, et même à faire proliférer ces cellules graisseuses», estime le spécialiste. Avec des inconnues cependant: quelles conséquences cela


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aurait-il sur le système cardiovasculaire ou sur l’appétit?

dans les greffes de seins, note Annick Jeannerat, docteure en biologie à l’Unité de thérapie Les acides gras saturés se DÉFINIR LE NIVEAU régénérative du CHUV. Les trouvent principalement dans les graisses d’origine DE SATIÉTÉ chercheurs sont même animale (beurre, lait, Le tissu adipeux constitue allés plus loin, puisque le crème, fromages, viande...) lui-même une glande qui tissu adipeux a récemment et dans certaines huiles produit des hormones, dévoilé un autre de ses (de palme ou de coco). Ils font monter le taux appelées «adipokines». atouts: il contient des de «mauvais» cholestérol «La principale, la leptine, cellules souches en grand et contribuent à son sert à définir notre niveau nombre, beaucoup plus dépôt dans les artères, de satiété, explique faciles d’accès que celles favorisant les risques cardio-vasculaires. Pour François Pralong. Chacun de la moelle osseuse. cette raison, ils ne de nous en possède Pluripotentes, elles devraient pas dépasser une certaine quantité, peuvent être dirigées 25% des apports proportionnellement à sa en culture afin de devenir en graisse. masse de tissu adipeux.» des cellules cardiaques, Découverte en 1994, la de cartilage, d’os, ou leptine a révolutionné la manière de même neuronales. «La découverte de considérer le tissu adipeux: celui-ci est alors ce réservoir de cellules a suscité un devenu un organe endocrine en tant que énorme intérêt», souligne la chercheuse. tel. Deux autres hormones, l’adiponektine De nombreux projets de recherche se et la résistine, participent à la régulation penchent sur leur utilisation pour soigner du métabolisme des acides gras. les maladies cardiaques et les tendinopathies.

Les acides gras saturés

RÉSERVOIR DE CELLULES SOUCHES

Depuis la fin des années 1990, une centaine de substances liées au tissu adipeux ont été découvertes. Récemment, des chercheurs américains ont mis en lumière le rôle des micro-ARN, qui influencent l’expression des gènes à travers le corps. Ceux-ci participeraient à faire communiquer le tissu adipeux de façon étroite avec d’autres organes, comme le cœur ou le foie. «Le tissu adipeux communique de toute façon avec les autres organes, via les hormones, avec le cerveau et le tissu musculaire, nuance François Pralong. En ce qui concerne les micro-ARN, la recherche est en cours, il est trop tôt pour envisager une application clinique.»

Une question reste toutefois en suspens: comment traduire ces découvertes en traitements? «Vu la complexité de l’obésité, il est difficile d’imaginer en trouver dans un avenir proche, reconnaît Abdul G. Dulloo. Il faut poursuivre les recherches et absolument continuer à lutter en matière de prévention.» ⁄

Enfin, le tissu adipeux est utilisé en chirurgie reconstructive, notamment CORPORE SANO

DÉCRYPTAGE

Les acides gras mono-insaturés Les acides gras monoinsaturés se trouvent dans les graisses végétales (huile d’olive, d’arachide et de sésame...), les oléagineux, la viande et certains fruits gras comme l’avocat ou l’olive. Ils permettent de réduire le mauvais cholestérol et devraient représenter 65% des apports en graisse.


59 RECHERCHE

«In Vivo» vous fait découvrir dans chaque numéro les travaux d’une équipe de chercheurs de la Faculté de biologie et médecine de Lausanne

ANITA LÜTHI

Professeure associée au Département des neurosciences fondamentales (DNF) de l’UNIL

Eveil

Les nouveaux cycles du sommeil TEXTE: WILLIAM TÜRLER

«Le

sommeil est si fondamental qu’il doit avoir une fonction importante pour notre santé et notre activité mentale.» C’est pour mettre en lumière cette fonction qu’Anita Lüthi, professeure associée au Département des neurosciences fondamentales (DNF) de l’UNIL, et son groupe de recherche ont choisi d’investiguer l’activité cérébrale chez la souris endormie. Les chercheurs ont tout d’abord tenté de comprendre comment le sommeil réussit à concilier deux caractéristiques par ces circuits qui détermine comment, lorsque essentielles: celui d’être continu nous dormons, nous percevons les stimuli externes et réparateur, d’une part, et celui tout en profitant de notre sommeil pour la récupérade rester fragile et réactif à des tion et le bien-être de la mémoire.» stimuli extérieurs, d’autre part. Les mesures prises sur le rongeur, grâce à des technologies de pointe, ont démontré que le sommeil passe d’un état à l’autre toutes les 25 secondes environ. Ce rythme implique non seulement une activité du cerveau, mais aussi une accélération et une décélération du battement cardiaque sur cette même échelle de temps. «L’activité du cerveau est régie par les neurones, qui peuvent être excitateurs (ils déclenchent la communication nerveuse) ou inhibiteurs (ils empêchent la communication nerveuse), détaille la chercheuse. C’est l’équilibre créé

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sommeil non-REM

L’équipe lausannoise tente aussi de démontrer que le sommeil représente l’un des états du cerveau mettant le plus fortement en évidence notre santé physiologique et mentale. En dérivant des marqueurs du sommeil chez la souris, des applications utiles à la clinique, telles que de nouvelles mesures de qualité sommeil REM et de fragilité du sommeil, sont et le style de vie. Finalement, à terme envisageables. nous aimerions savoir si, et comment, ce rythme est perturbé «Nous avons identifié un nouveau dans des conditions patholorythme de 25 secondes dont il giques, telles que des maladies faut connaître les origines et les neuropsychiatriques ou des conséquences sur le sommeil, problèmes cardiovasculaires.» ⁄ poursuit Anita Lüthi. Nous devons aussi comprendre comment il détermine l’architecture du LES TROIS ÉTATS DE VIGILANCE (ÉVEIL, sommeil et comment il est régulé SOMMEIL LENT ET SOMMEIL PARADOXAL) par les expériences de la journée MESURÉS CHEZ LA SOURIS.

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QUAND LA THYROÏDE DYSFONCTIONNE Les maladies et les cancers de la thyroïde augmentent en Suisse comme ailleurs dans le monde. Que se passet-il avec cette glande, qui se dérègle au lieu de réguler notre corps et nos humeurs? TEXTE: RACHEL PERRET

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ous êtes fatigué? Nerveux? Vous avez pris du poids ou au contraire avez fondu? Vous manquez peut-être de quelques bonnes nuits de sommeil ou alors souffrez d’un dysfonctionnement de la thyroïde. Selon Gerasimos Sykiotis, endocrinologue au CHUV, un trouble thyroïdien peut facilement passer inaperçu. «Pris un à un, les symptômes d’un dérèglement de la thyroïde sont difficiles à reconnaître, car ils peuvent être causés par quantité d’autres pathologies et n’incitent pas forcément à aller consulter. C’est leur constellation qui doit alerter.» Ainsi, des palpitations, associées à des tremblements, un état de nervosité ou une perte de poids peuvent être liés à une hyperthyroïdie (production excessive d’hormones thyroïdiennes). La fatigue, la dépression et la prise de poids sont elles des signaux communs de l’hypothyroïdie (production hormonale insuffisante). Deux maladies qui CORPORE SANO

semblent se répandre comme une épidémie. Au CHUV, 80% des consultations en endocrinologie concernent des troubles de la thyroïde.

le développement de tumeurs, ou nodules, qui viennent perturber son fonctionnement.» DES CANCERS SURDIAGNOSTIQUÉS?

Or, en Suisse, les cas de tumeur Les causes d’un dérèglement de de la thyroïde ont augmenté, cette glande sont nombreuses. en moins de vingt ans, de 40% «Chez les femmes, les raisons chez les hommes et de 60% les plus fréquentes sont liées à chez les femmes, selon un des réactions d’auto-immunité, rapport en 2015 de l’Office détaille Gerasimos Sykiotis. Le fédéral de la statistique et de système immunitaire ne l’Institut national sur reconnaît plus la THYROÏDE l’épidémiologie et thyroïde comme Située dans le cou juste l’enregistrement du faisant partie du sous la pomme d’Adam, cancer. Comment corps et l’attaque. la glande thyroïde expliquer une telle Certains médicacontrôle notre métabolisme de base. C’est hausse? «Cette ments, utilisés par augmentation est exemple en immuno- elle, par exemple, qui régule la température spectaculaire partout thérapie, peuvent du corps. Sous l’effet dans le monde, également avoir un de la TSH (thyréostiremarque Gerasimos impact sur la fonction muline) sécrétée par l’hypophyse, la thyroïde Sykiotis. Mais il faut thyroïdienne. Parmi fabrique les hormones noter que la mortalité les autres causes T4 (thyroxine) et T3 des cancers de la fréquentes, on relève (triiodothyronine). thyroïde, elle, n’a pas aussi les carences en Indispensables au bon développement du fœtus augmenté. Nous iode, oligo-élément et de son cerveau, elles n’avons pas plus de nécessaire au bon stimulent le métabopatients qui décèdent fonctionnement de la lisme cellulaire et la croissance. et les modalités de thyroïde, ou encore APERCU


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SEBASTIAN KAULITZKI / SCIENCE PHOTO LIBRARY

GILLES WEBER

GERASIMOS SYKIOTIS

LA GLANDE THYROÏDE

traitement n’ont pas fondamentalement changé. Ce qui a évolué, en revanche, ce sont les techniques d’examen.»

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n effet, la multiplication des investigations par imagerie, mais aussi la grande précision actuelle des techniques comme l’échographie, l’IRM et le CT-scan, permettent aujourd’hui de révéler à nos yeux des nodules de moins de 3 mm qui seraient passés totalement inaperçus auparavant. «Il s’agit en général d’examens radiologiques, effectués pour d’autres raisons et qui, par hasard, révèlent des irrégularités. On parle alors d’«incidentalomes». On diagnostique ainsi beaucoup de petits cancers, des microcarcinomes de moins d’un centimètre, dont la vaste majorité des cas n’a pas d’importance CORPORE SANO

clinique.» La tendance actuelle consiste à adopter une attitude moins agressive envers ces petits nodules et de les surveiller plutôt que d’effectuer systématiquement une biopsie. Gerasimos Sykiotis évoque une autre piste, encore à explorer. «Selon une étude épidémiologique menée aux États-Unis et récemment publiée dans la revue «JAMA», il pourrait y avoir un lien entre la croissance des cas de cancers thyroïdiens et l’exposition à certains facteurs environnementaux, tels que le tabagisme, l’obésité et les divers perturbateurs endocriniens comme les pesticides et le bisphenol A.» Deux processus simultanés semblent ainsi être à l’œuvre: d’une part, le surdiagnostic médical, et, d’autre part, l’évolution de notre environnement. APERCU

IODE Les hormones thyroïdiennes sont produites à partir d’un élément naturel, l’iode, que la thyroïde capte dans notre alimentation. Ce micronutriment, très abondant dans l’eau de mer, s’accumule dans les algues, dans les poissons et dans les crustacés. Mais il y en a peu dans le sol des pays éloignés de la mer. En Suisse, on ajoute de l’iode dans le sel depuis 1922. Or, effet collatéral des campagnes sanitaires pour diminuer la consommation de sel, les carences en iode et leurs maux menacent à nouveau. Une étude de 2014 révélait que 2% des Suisses et 14% des Suissesses étaient concernés. Depuis, la Commission fédérale de l’alimentation demande aux salines suisses d’augmenter la teneur en iode de 20 à 25 milligrammes par kilo de sel.

«La vaste majorité des maladies de la thyroïde peuvent être traitées de manière très efficace. Et si je devais choisir un cancer, c’est pour celui de la thyroïde que j’opterais!» rassure Gerasimos Sykiotis. Bonne nouvelle également pour le régime des Suisses: consommer du poisson, des crustacés, des haricots verts, du soja, du lait, du fromage et des œufs, sources d’iode, c’est déjà soigner, de façon préventive, cette si précieuse glande. ⁄


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OPÉRATION LIFTING Inauguration Le CHUV a ouvert en mars dernier son nouveau bloc opératoire. Visite des lieux. TEXTE: MELINDA MARCHESE, REPORTAGE PHOTO: PHILIPPE GÉTAZ

En mars 2017, le bloc opératoire du CHUV a démarré sa nouvelle vie: c’est désormais dans une construction installée au-dessus des urgences que le personnel accueille et opère les patients. «L’ancien bloc, construit en 1982, avait impérativement besoin d’être rénové, explique François Marguet, responsable des lieux. Nous avons ainsi ouvert ces 16 salles pour permettre le bon déroulement des travaux pendant trois ans.» La structure «ad interim» ne deviendra pas obsolète pour autant: «Dès 2020, le bloc opératoire comptera 22 salles, réparties sur deux sites.» 105 millions de francs seront au total investis pour concevoir et équiper chaque espace, de la salle de réveil à la zone technique, en passant par les espaces de repos et les salles opératoires des deux sites. «Tout a été pensé pour faciliter le travail des équipes et pour favoriser le confort et la sécurité des patients, détaille Julien Didier, ingénieur biomédical. L’appareillage est aujourd’hui plus sophistiqué, plus léger, plus compact, plus maniable et plus écologique.»

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ÉQUIPEMENT HIGH-TECH

Les plafonds des nouvelles salles réunissent un équipement de pointe: écrans, caméras, lampes opératoires et autres supports fournissant les diverses énergies (gaz, électricité, réseau informatique) se trouvent en hauteur. Les sols sont à présent libres de tout câble ou appareillage pour faciliter le nettoyage et la mobilité du personnel.

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ZONE STÉRILE

Au-dessus de chaque table opératoire, un plafond à flux d’air unidirectionnel permet une gestion optimale de celui-ci: directement récupéré et filtré, il reste dans la zone stérile où se déroule l’intervention. Ce système empêche la diffusion des germes à l’extérieur de la salle et réduit les risques d’infection chez le patient. Les lampes opératoires sont équipées de LED. «C’est un précieux avantage, assure Julien Didier. Elles offrent une meilleure qualité de lumière et ont une plus longue durée de vie que les anciennes. Et surtout, elles ne diffusent pas de chaleur et dessèchent moins les tissus pendant l’opération.»

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ÉCRANS MULTITÂCHES

De multiples écrans ont été installés autour de la table d’opération. Le chirurgien visualise ainsi avec aisance les radiographies et les paramètres vitaux du patient qu’il opère. Des résultats d’analyse peuvent également lui être transmis de la part du laboratoire pendant l’intervention. Les autres membres de l’équipe, de l’anesthésiste à l’instrumentiste, parviennent aussi à suivre l’opération en direct. «Chacun peut ainsi anticiper ses gestes, remarque Julien Didier. Une caméra filme l’intervention, ce qui nous permet de la diffuser en direct sur les écrans de la salle, à des fins de formation. Si besoin, ces images peuvent également être retransmises à l’extérieur du bloc.»


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SALLE DE RÉVEIL

Un bureau central, installé au cœur de la salle de réveil, permet à l’équipe soignante de veiller sur chaque patient. À côté de chaque lit, un ordinateur permet à l’infirmier ou l’infirmière d’insérer dans le dossier informatisé les données relevées auprès du malade.

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vec ses minuscules fleurs blanches perchées au bout d’une tige maigrelette, l’arabette des dames ne séduira jamais les fleuristes. Pis, si elle pointe sa corolle dans un jardin ou entre les dalles d’une terrasse, elle sera arrachée comme une mauvaise herbe. Mais «Arabidopsis thaliana» n’en a cure. Son public à elle, ce sont les scientifiques. Rien qu’à l’Université de Lausanne, ils sont une centaine à lui consacrer leurs journées. Cousine du colza et issue de la famille des choux, «Arabi­ dopsis» constitue l’organisme de référence pour l’étude des plantes, à l’instar de la souris, de la droso­phile ou du ver «C. elegans» pour le monde animal. Produisant une nouvelle génération tous les deux mois, elle se prête très bien à l’étude de la génétique grâce à son nombre relativement restreint de CORPORE SANO

NOM ARABIDOPSIS THALIANA OU ARABETTE DES DAMES TAILLE 30 À 40 CM DE HAUT CARACTÉRISTIQUES CYCLE DE VIE D’ENVIRON 10 SEMAINES

L’arabette des dames Une plante modèle pour la recherche. TEXTE: MARTINE BROCARD

FAUNE & FLORE

gènes. «Pour une plante, son génome est de très petite taille, quelque 135 mégabases. En comparaison, celui de l’humain en comprend 22 fois plus», indique Christian Fankhauser, professeur au Centre intégratif de génomique de l’UNIL. Les applications de la recherche sur cette eurasienne qui a colonisé les Amériques, concernent en premier lieu l’agronomie. Les scientifiques étudient ses réponses à la sécheresse, à la salinité, ou encore aux bactéries. Mais l’intérêt pour la plante dépasse largement ce cadre. «‹Arabidopsis› a permis de tirer des enseignements dans l’étude de l’immunité innée, des rythmes circadiens ou encore de l’épigénétique. Il s’agit de la plante sur laquelle on possède de loin le plus d’informations, et il est étonnant de voir à quel point celles-ci se transposent aux autres plantes, et parfois au-delà.» ⁄

MICROSCOPIE ÉLECTRONIQUE, RALF J. SOMMER, JÜRGEN BERGER / MAX PLANCK INSTITUTE FOR DEVELOPMENTAL BIOLOGY.

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PREMIÈRE THÉRAPIE DE RÉGÉNÉRATION DE LA CORNÉE

HOLOCLAR UNE MOLÉCULE, UNE HISTOIRE TEXTE: BERTRAND TAPPY

25 ans: c’est le temps qu’il aura fallu à une équipe de l’Université de Modène (I) pour parvenir à commercialiser Holoclar, un traitement de la déficience en cellules limbiques de la cornée. Situées à la base de la cornée, ces cellules assurent normalement que cette dernière soit recouverte d’un épithélium (tissu) parfaitement transparent. Leur disparition, suite à un traumatisme ou à une brûlure par exemple, résulte en une opacification de la cornée, qui devient laiteuse et rend la personne atteinte aveugle. Depuis peu, la firme Chiesi offre ainsi un service allant de la récolte de cellules souches limbiques restantes chez le patient à leur amplification in vitro et enfin à la livraison d’un greffon autologue prêt à être implanté dans l’œil lésé. L’indication est suffisamment rare pour que le traitement soit considéré comme «orphelin». Mais si la quête

Face aux maladies rares, les chercheurs peuvent déposer des brevets pour des thérapies à base de cellules souches. L’exemple d’Holoclar.

fut si longue, ce n’est pas seulement à cause du défi scientifique: la technique fut moins un obstacle pour l’équipe de la Prof. Graziella Pellegrini que les 20 ans nécessaires à l’obtention des autorisations de vente. Mais pourquoi ont-ils dû passer toutes les étapes de ce processus? Tout simplement parce que la législation a évolué: depuis une dizaine d’années, tout appareil médical et toute technique de traitement doivent suivre le cheminement qui était autrefois l’apanage du seul médicament. Au standard actuel, un centre

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de production cellulaire doit en effet pouvoir garantir un processus sûr, standardisé et donc dûment homologué, validé et contrôlé. «Le concept de médicament continue à évoluer, explique le Prof. Thierry Buclin, chef de la Division de pharmacologie clinique du CHUV. On entend parfois dire que le marché du médicament est asséché. C’est inexact! Je pense plutôt que la créativité dans ce domaine est en train de se réinventer. Les blockbusters – produits rapportant un milliard par année – seront de moins en moins des médicaments

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mettant tous les patients à la même enseigne comme l’aspirine ou le viagra. Il s’agira plutôt de modes de production qui permettront de décliner toute une gamme de produits, éventuellement associés à des dispositifs techniques, de manière différente pour soigner chacun de façon précise et individuellement ajustée. Seul revers de la médaille, ce type d’approche se paiera au prix fort.» Dans cet immense brassage d’intérêts médicaux, scientifiques et commerciaux, les partenariats publicsprivés à l’image d’Holoclar – qui vient d’obtenir les autorisations de distribution à l’échelon européen – ont une belle carte à jouer. L’Arc lémanique n’est pas démuni de ressources pour affronter ces nouveaux défis. Mais peut-être faudra-t-il commencer par inventer pour nos décideurs un médicament contre l’impatience… ⁄


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ISABELLE LEHN

Directrice des soins CHUV, vice-présidente au Conseil d’administration du Sidiief *

Le personnel soignant, maillon essentiel dans la prévention et dans la prise en charge du sida

Malgré les progrès phénoménaux accomplis ces trois dernières décennies, 2 millions de nouvelles infections par le VIH sont recensées chaque année et l’épidémie fait encore rage chez les populations fortement exposées au virus. Dans le même temps, le sida suscite moins d’intérêt et de financements internationaux, et certaines régions du monde marquent un retard conséquent dans la riposte.

Il faut dire que l’enjeu est de taille. L’objectif mondial d’éradication du VIH voudrait que 90% des personnes infectées connaissent leur séropositivité, que 90% des personnes atteintes du VIH soient sous traitement antirétroviral durable et, enfin, que 90% des personnes qui suivent ce traitement aient une charge virale supprimée. Cette stratégie vise à éviter 21 millions de décès liés au sida et 28 millions de nouvelles infections d’ici à 2030. En Suisse, où l’accès à un traitement efficace pose moins problème, c’est le dépistage qui s’avère encore suboptimal. Une personne atteinte de VIH sur cinq n’aurait pas encore été dépistée selon les estimations. Pour cette raison, les professionnels se mobilisent. D’une part, pour organiser des actions massives de prévention et de dépistage auprès de la population, d’autre part, pour accompagner année après année, celles et ceux qui vivent sous traitement, mais dont la vie quotidienne reste affectée par la maladie.

SAM

L’OMS et l’Onusida recommandent l’implication d’acteurs communautaires formés dans tous les volets de la lutte contre le VIH, du déploiement de nouvelles stratégies de prévention, comme la prophylaxie pré-exposition par voie orale, au dépistage démédicalisé et à la dispensation d’antirétroviraux. En Afrique, les médecins sont rares et les services Avec ou sans les projecteurs médiatiques et saturés. Les infirmiers et les infirmières politiques, en Afrique comme en Suisse et constituent un maillon essentiel d’une action n’importe où dans le monde, l’action coordonnée décentralisée en faveur de la prévention dans des infirmiers et infirmières est essentielle. ⁄ la communauté, du dépistage et de l’accès rapide aux traitements. Dans une prise de position récente intitulée «Miser sur la profession infirmière: une stratégie gagnante», plus d’une quinzaine d’associations africaines et les membres du Sidiief* issus de 34 pays francophones invitent les États à s’appuyer sur leurs compétences * SECRÉTARIAT INTERNATIONAL DES INFIRMIÈRES ET INFIRMIERS pour favoriser l’accès aux traitements. DE L’ESPACE FRANCOPHONE

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CHRONIQUE


CURSUS

CURSUS

UNE CARRIÈRE AU CHUV

Pour des humanités médicales

CHRONIQUE

Jean-Daniel Tissot Doyen de la FBM

Nous avons donc besoin, face au mouvement de technicisation de la médecine, Vincent Barras qui déborde la déferlante Directeur de l’IUHMSP des «omiques», d’un lieu où Elena Martinez penser, avec la perspective & Nicolas Berlie critique nécessaire, ces phéDécanat FBM nomènes: des personnes qui réfléchissent à l’impact des changements pour le patient, la médecine, la ous avons besoin société, qui les anticipent, les encadrent, voire de l’histoire. Et cela les remettent en question. C’est pourquoi la plus que jamais, dans l’époque d’accélération FBM va créer en 2018 un Institut des humanités en médecine (IHM) qui, se fondant sur actuelle: l’histoire les structures de l’actuel IUHMSP, élargira permet le pas de côté, la mise en perspective; son champ disciplinaire: il développera les sciences sociales en médecine, inclus les elle est la réflexion qui suit l’action, et qui enjeux liés à la communication hospitalière – vœu pieux – la précède. Or, la Faculté de biologie et de médecine (FBM) dispose d’un et à la spiritualité, et intégrera le volet académique de l’éthique clinique et de l’éthique formidable outil avec son Institut universitaire d’histoire de la médecine et de la santé de la recherche. Une partie de l’action sera hospitalière, car intimement liée aux activités publique (IUHMSP). Alors qu’on parle aujourd’hui de «santé de soins; mais l’IHM devra devenir une personnalisée», que tous les acteurs concer- agora au sens antique du terme: un lieu de nés fourbissent leurs armes, cette spécificité recherche, d’échanges et de création d’idées. La FBM ne pourra mener à bien son donne à la FBM une position enviable pour jauger, la tête froide, ce grand point d’inter- projet qu’en nouant des collaborations étroites avec les autres Facultés de l’UNIL: rogation. Car c’en est un: vit-on les preun IHM ne peut vivre sans être alimenté par mières heures d’une révolution médicale et l’histoire, les sciences humaines et sociales, sociale, ou ces effets d’annonce grossissentle droit, l’économie, la théologie. Et cet ils une simple évolution? L’histoire le dira, espace de réflexion sur l’évolution de la mémais la génétique, la génomique, la transdecine sera aussi un lieu de traduction vers criptomique, la métabolomique sont déjà des composantes de la médecine. Et nombre le grand public. S’il faut «remettre l’humain de questions que ces disciplines soulèvent – au centre», comme le promettent tous les acteurs de cette médecine personnalisée, juridiques, éthiques, économiques, et plus la cité ne saurait être tenue à l’écart. ⁄ largement sociétales – resteront posées.

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CURSUS

Logistique commune Le 26 juin 2017, le CHUV et les HUG ont posé la première pierre d’un nouveau complexe logistique commun, à Bussigny (VD). Cette plateforme réunira les magasins centraux des deux hôpitaux universitaires, d’ici à fin 2018. Le CHUV et les HUG ont décidé de regrouper leurs stocks de marchandises hors de leurs cités hospitalières, pour résoudre un même problème de place et optimiser leurs coûts d’exploitation. RP CHUV-HUG

Cancer du poumon La Prof. Solange Peters, cheffe du Service d’oncologie médical et présidente de l’ESMO, vient de publier les résultats d’une recherche sur le cancer du poumon dans la prestigieuse revue The New England Journal of Medicine. L’étude porte sur une nouvelle thérapie ciblée, qui freine pendant plus de deux ans la progression de la maladie, grâce au médicament «alectinib». De plus, cette molécule réduit de 84% le risque de voir la maladie progresser au niveau cérébral. MM ONCOLOGIE

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ACTUALITÉ

Mieux vivre l’accouchement grâce à Tetris Le célèbre jeu vidéo diminue les symptômes de stress post-traumatique suite à une césarienne en urgence. RECHERCHE

Subir une césarienne en urgence peut constituer une expérience traumatique pour une mère. Pour réduire les difficultés liées à un tel accouchement, les jeux vidéo constituent une piste prometteuse. Antje Horsch, psychologue et responsable de recherche au Département femme-mère-enfant du CHUV, et son équipe ont mis en évidence que jouer à Tetris au cours des six heures qui suivent la naissance de l’enfant peut réduire les symptômes de stress post-traumatique. Un tiers des femmes développent un stress post-traumatique suite à une césarienne en urgence, un geste médical qui concerne environ 15% des naissances. Ce trouble se manifeste par des souvenirs intrusifs, des flash-backs ou encore des cauchemars, et peut

affecter le lien d’attachement entre la mère et le bébé. Les chercheurs suisses, qui ont collaboré avec des scientifiques de l’Institut Karolinska, en Suède, et des universités d’Oxford et de Cambridge, ont travaillé sur la prévention. Ils ont testé l’hypothèse qu’une tâche cognitive capable de perturber la consolidation de la mémoire pourrait empêcher les souvenirs traumatiques de s’installer. En tout, 56 mères ont participé à l’étude. Une moitié a joué à Tetris pendant quinze minutes dans les six heures suivant l’accouchement, en plus des soins habituels, tandis que l’autre a reçu uniquement les traitements usuels. Les femmes du premier groupe ont présenté moins de souvenirs intrusifs durant la première semaine du post-partum et étaient moins nombreuses à recevoir un diagnostic de stress post-traumatique après un mois. SG


PASCAL STEULLET

TANDEM

PHILIPP BAUMANN


CURSUS CURSUS

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UNE CARRIÈRE AU CHUV

a psychiatrie cohorte de jeunes Le psychiatre Philipp Baumann est une développant et le neurobiologiste Pascal Steullet patients branche un trouble psychocomplexe, où il est tique. «À terme, mènent conjointement des devenu incontourcette recherche recherches sur les anomalies nable de créer des permettra de révéler cérébrales de la schizophrénie. collaborations entre des anomalies cliniciens et neuroqui pourraient TEXTE: WILLIAM TÜRLER, PHOTOS: ÉRIC DÉROZE biologistes. Philipp être utilisées Baumann, clinicienpour identifier les chercheur et médecin-psychiatre, travaille de différentes phases de la maladie et prédire concert avec Pascal Steullet, neurobiologiste son évolution», indique le neurobiologiste. et responsable de recherche, dans le cadre du programme de recherche mis en place entre Philipp Baumann, qui est également responsable le Service de psychiatrie générale (PGE) et le du programme TIPP (Traitement et intervention Centre de neurosciences psychiatriques du CHUV. dans la phase précoce des troubles psychotiques), «Nous collaborons sur un projet interdisciplinaire travaille dans la prise en charge des jeunes qui vise à mieux comprendre le rôle du thalamus patients avec un trouble psychotique. «Mon rôle (une structure anatomique du cerveau, ndlr) est d’amener une expertise clinique au projet et dans la schizophrénie, souligne Philipp Baumann. d’identifier des questions cruciales pour l’amélioraNotre approche est une étroite collaboration tion des traitements et de la prise en charge entre les recherches fondamentales et cliniques: des patients. Je coordonne également la partie des anomalies observées chez les patients neuro-imagerie, en collaboration avec le laborapeuvent être reproduites chez des modèles de toire d’analyse d’images médicales (MIAL) au souris, afin d’y étudier les mécanismes patholoCHUV, pour étudier avec une haute résolution giques, mais les recherches sur les modèles le thalamus chez les jeunes patients présentant animaux peuvent aussi orienter nos hypothèses un premier épisode psychotique.» à tester chez les patients.» De son côté, Pascal Steullet apporte plus particulièDes résultats récents de Pascal Steullet et de rement ses compétences de neurobiologiste en ses collaborateurs indiquent qu’une région-clé soutien aux recherches cliniques. «Nous allons du thalamus (le noyau réticulaire) est très vulnéégalement poursuivre nos recherches afin d’approrable au stress oxydatif (soit l’agression des cellules fondir nos connaissances sur les anomalies induites par des molécules oxydantes) et pourrait être au niveau du thalamus par un stress oxydatif et affectée chez les patients souffrant de schizophrésur les mécanismes moléculaires impliqués. Les nie. Le but consiste donc à identifier, par imagerie, résultats de cette recherche permettront d’affiner de possibles anomalies du thalamus chez une et de diriger les investigations vers les patients.» ⁄

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CURSUS

Nouveau chef pour le DAL Le Prof. Alain Farron a pris la direction du Département de l’appareil locomoteur du CHUV le 1er juillet 2017. «Avec l’augmentation de l’espérance de vie, ce domaine constituera l’un des enjeux de santé publique du XXIe siècle», a-t-il déclaré. L’orthopédiste spécialisé dans les atteintes de l’épaule et du coude exerce au CHUV depuis 1990, notamment comme chef du Service d’orthopédie et de traumatologie depuis 2008. SG ORTHOPÉDIE

Directrice nommée

La Prof. Solange Peters a été nommée cheffe du Service d’oncologie médicale du CHUV, qu’elle dirigeait auparavant par intérim. Elle a pris ses fonctions le 1er juillet 2017. Solange Peters est spécialisée dans l’immunothérapie des tumeurs thoraciques et de leur caractérisation moléculaire. Son expertise dans le traitement personnalisé du cancer des poumons a fait de Lausanne l’un des hauts lieux européens de l’oncologie thoracique. SG ONCOLOGIE

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ACTUALITÉ

Double récompense Le Prof. Jean Bourhis a reçu une double récompense lors de la conférence annuelle de la Société européenne de radio-oncologie (European SocieTy for Radiotherapy and Oncology, ESTRO), en mai dernier, à Vienne. Le premier prix est le «Jens Overgaard Legacy Award», qui récompense les articles originaux les plus cités dans le domaine de la radio-oncologie. Il était décerné pour la première fois. Paru en 2009, l’article en question, cité plus de 1500 fois, mettait en avant les bénéfices de l’association de la radiothérapie et de la chimiothérapie dans le traitement des cancers de la tête et du cou. Attribué tous les deux ans, le «ESTRO Regaud Award» est la plus haute distinction décernée par l’ESTRO. Par ce prix, la société récompense le professeur Bourhis pour sa contribution globale aux progrès réalisés dans sa discipline. Ses domaines d’intérêt académique et clinique concernent l’ensemble de la radio-oncologie ainsi que l’innovation et la recherche translationnelle en radiothérapie. RP

RADIO-ONCOLOGIE

Prix européen pour Thierry Calandra Le Prof. Thierry Calandra, chef du Service des maladies infectieuses du CHUV, a reçu le Prix d’excellence 2017 de la Société européenne de microbiologie clinique et des maladies infectieuses. Cette distinction récompense la carrière et la «contribution exceptionnelle» du médecin suisse à son domaine de recherche. Les travaux de Thierry Calandra, diplômé des universités de Lausanne et d’Utrecht, portent entre autres sur l’immunité naturelle, le sepsis et sur les infections bactériennes et fongiques aux soins intensifs et chez les patients immunodéprimés. Le chercheur est à l’origine de près de 300 publications, notamment dans de prestigieuses revues telles que le New England Journal of Medicine, Nature ou The Lancet. SG MICROBIOLOGIE


CONTRIBUTEURS

JOËLLE CACHIN Jeune diplômée de l’Académie du journalisme et des médias, Joëlle Cachin a réalisé le grand dossier du numéro sur les maladies rares (p. 19-29). Ce travail l’a amenée à rencontrer une dizaine d’intervenants, dont deux femmes atteintes de pathologies rares, qui ont accepté de livrer leur témoignage.

STÉPHANIE DE ROGUIN Journaliste au sein de l’agence LargeNetwork, Stéphanie de Roguin s’est penchée pour ce numéro de «In Vivo» sur les vertus du tissu adipeux (p. 56), les secrets du mésentère (p. 48) et sur les nouvelles technologies qui investissent les services de néonatologie (p. 9).

FABIENNE PINI SCHORDERET Spécialiste de la communication institutionnelle, notamment dans le sport international, Fabienne Pini Schorderet a rejoint le CHUV en 2013 en tant que chargée de communication. Elle s’est rendue à Paris pour interviewer le psychanalyste Serge Tisseron (p. 30).

BACKSTAGE

DR

HEALTH VALLEY L’illustrateur genevois Sébastien Fourtouill a gravé sur une plaque de linoléum la carte de la Suisse romande. À l’aide d’une presse à tailledouce, l’image a ensuite été imprimée sur papier (p. 6).

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IN VIVO

Une publication éditée par le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et l’agence de presse LargeNetwork www.invivomagazine.com

ÉDITION

CHUV, rue du Bugnon 46 1011 Lausanne, Suisse RÉALISATION ÉDITORIALE ET GRAPHIQUE T. + 41 21 314 11 11, www.chuv.ch LargeNetwork, rue Abraham-Gevray 6 redaction@invivomagazine.com 1201 Genève, Suisse T. + 41 22 919 19 19, www.LargeNetwork.com ÉDITEURS RESPONSABLES Béatrice Schaad et Pierre-François Leyvraz DIRECTION DE PROJET ET ÉDITION ONLINE

Bertrand Tappy REMERCIEMENTS

RESPONSABLES DE LA PUBLICATION

Gabriel Sigrist et Pierre Grosjean DIRECTION DE PROJET

Melinda Marchese

Alexandre Armand, Francine Billote, Valérie Blanc, DIRECTION GRAPHIQUE Gilles Bovay, Virginie Bovet, Darcy Christen, Muriel Cuendet Teurbane, Jelena Cvetanovic, Diana Bogsch et Sandro Bacco Stéphanie Dartevelle, Diane De Saab, Frédérique Décaillet, Muriel Faienza, RÉDACTION Marisa Figueiredo, Pierre Fournier, LargeNetwork (Yann Bernadinelli, Martine Brocard, Joëlle Cachin, Katarzyna Gornik-Verselle, Aline Hiroz, Joëlle Isler, Anne-Sophie Dubey, Andrée-Marie Dussault, Sophie Gaitzsch, Melinda Marchese, Nicolas Jayet, Émilie Jendly, Éric Joye, Patricia Michaud, Stéphanie de Roguin, William Türler), Rachel Perret, Cannelle Keller, Simone Kühner, Fabienne Pini Schorderet, Bertrand Tappy Anne-Renée Leyvraz, Élise Méan, Laurent Meier, Éric Monnard, Brigitte Morel, Thuy Oettli, Manuela Palma de Figueiredo, Odile Pelletier, RECHERCHE ICONOGRAPHIQUE Isabel Prata, Sonia Ratel, Myriam Rege, Bogsch & Bacco, Sabrine Elias Ducret Marite Sauser, Dominique Savoia Diss, Jeanne-Pascale Simon, Elena Teneriello, COUVERTURE Aziza Touel, Vladimir Zohil et le Service de Bogsch & Bacco communication du CHUV. PARTENAIRE DE DISTRIBUTION

BioAlps

IMAGES

SAM (Éric Déroze, Philippe Gétaz, Jeanne Martel, Gilles Weber), Bogsch & Bacco, Paweł Jońca, Sébastien Fourtouill

MISE EN PAGE

Bogsch & Bacco pour LargeNetwork TRADUCTION

Technicis IMPRESSION

PCL Presses Centrales SA TIRAGE

18’000 exemplaires en français 2’000 exemplaires en anglais Les propos tenus par les intervenants dans «In Vivo» et «In Extenso» n’engagent que les intéressés et en aucune manière l’éditeur.

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