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Penser la santé

N° 10 – NOVEMBRE 2016

L’ÈRE DU

PATIENT INFORMÉ / PRISE DE POUVOIR / CYBERCONDRIE / AUTOMÉDICATION

DOSSIER La mort, un enjeu vivant CYNTHIA FLEURY Soigner avec humanisme BURNOUT Des parents de plus en plus épuisés Edité par le CHUV www.invivomagazine.com IN EXTENSO UNE MINUTE AVEC LE SANG


«Les infographies sont rigoureuses, ingénieuses et plaisantes à regarder.»

«Félicitations pour votre magazine, qui est très intéressant et fort apprécié des professionnels de mon institution.» Johanna M., Carouge

Dominique G., Vufflens-la-Ville

«Chaque article est pertinent!» Béa B., Danemark

ABONNEZ-VOUS À IN VIVO «Un magazine fantastique, dont les posters habillent toujours nos murs.» Swissnex, Brésil

«Super mise en page!» Laure A., Lausanne

«Vos infographies sont géniales, faciles à comprendre et adaptées au public auquel j'enseigne.» Isabelle G., Lausanne

«Fort intéressant!» Hélène O., Lausanne

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Le magazine est gratuit. Seule une participation aux frais d’envoi est demandée (20 francs).


IN VIVO / N° 10 / NOVEMBRE 2016

SOMMAIRE

FOCUS

21 / RECHERCHE La mort, un enjeu vivant Science et médecine se penchent sur la fin de vie PAR PATRICIA MICHAUD ET STEVE RIESEN

MENS SANA

32 / INTERVIEW Cynthia Fleury: «Sans humanisme, soigner devient une simple réparation» PAR BÉATRICE SCHAAD

36 / DÉCRYPTAGE L’ère du patient informé PAR JULIE ZAUGG

40 / APERÇU L’homme est un mauvais malade PAR CLÉMENT BÜRGE

43 / COULISSES Publish me, I’m famous

Chaque année, en novembre, les Mexicains se peignent sur le visage un masque pour célébrer les morts. Lors du «Día de Muertos», ils vont ainsi dans les cimetières, mangent sur les tombes, dansent, et chantent. Depuis toujours, les rites funéraires, organisés avant et après la mort d’un proche, relèvent de la religion, de la culture ou du rapport à la mort qu’entretient une communauté à une époque donnée.

HUGO BORGES / NOTIMEX / NEWSCOM

PAR BERTRAND TAPPY


SOMMAIRE

47

32

67 CORPORE SANO

IN SITU

47 / INNOVATION

10 / HEALTH VALLEY

Le porc, source d’organes

L’intelligence artificielle de Sophia Genetics

PAR YANN BERNARDINELLI

50 / TENDANCE PAR ANDRÉE-MARIE DUSSAULT

54 / EN IMAGES Le flacon importe PAR JULIEN CALLIGARO

60 /

TABOU

Des parents de plus en plus épuisés PAR GENEVIÈVE RUIZ

64 / PROSPECTION Tous myopes PAR MALKA GOUZER

67 / FAUNE & FLORE Le zebrafish

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PAR BERTRAND TAPPY

2

Un filet anti-crises cardiaques

CURSUS

69 / CHRONIQUE La recherche, un sacerdoce

70 / TANDEM L’anesthésiste Patrick Schoettker et l’ingénieur Josep Solà

LIONEL BONAVENTURE / AFP, BOGSCH & BACCO, HO-WENCHEN, GILLES WEBER

54

Le jeûne au goût du jour

16 / AUTOUR DU GLOBE


Editorial

RÉDUIRE LA MORT À NÉANT

PATRICK DUTOIT

BÉATRICE SCHAAD Responsable éditoriale

* «BEING MORTAL», METROPOLITAN BOOKS, 2014. ** «MOURIR», LE SAVOIR SUISSE, 2014.

3

Recouvrir les miroirs pour penser au disparu plutôt que se laisser happer par sa propre image, ne laisser transparaître aucun chagrin pour qu’il puisse quitter le monde en toute sérénité, ne pas toucher le corps du défunt durant trois jours et demi pour laisser la conscience s’en aller en toute quiétude. De tous temps, les hommes ont pris soin d’anticiper la mort, de la considérer comme partie intégrante de la vie. Il en allait ainsi de l’équilibre. Pourtant, à bien considérer l’histoire récente, il semble qu’une tentation inverse gagne du terrain: cryogénisation, transhumanisme, lutte forcenée contre le vieillissement, autant de tentatives de faire en sorte de réduire la mort à néant. Ainsi que le résume Atul Gawande*, professeur de la Harvard School of Public Health à Boston: «Les progrès scientifiques ont profondément modifié le cours de la vie humaine. Les gens vivent plus longtemps et mieux que ce ne fut jamais le cas dans l’Histoire de l’humanité.» Le corollaire de ce tableau radieux est moins enthousiasmant: selon lui, les progrès fulgurants donnent à croire que le vieillissement et la mort ne sont désormais plus que de simples problèmes cliniques à gérer. Or, conclut-il, «nous, dans le monde médical, avons déjà démontré de façon alarmante que nous sommes tout sauf prêts à cela.» Les études de médecine préparent à réparer le corps, mais enseignent-elles à vivre sa disparition? Certainement pas, répond Atul Gawande, qui se remémore Ivan Illytch de Tolstoï, patient sur son lit de mort dont tous les médecins alentour, éduqués à sauver, s’obstinent à nier la fin prochaine; le laissant en manque d’empathie et de compréhension à l’heure de ses derniers instants. Aujourd’hui, nourris aux progrès de la médecine, force est de constater qu’ «Ivan Illytch nous est sorti de la tête», résume le chirurgien américain. Ou, formulé par Loïc Payrard (voir p. 22), «encore trop de soignants sont incapables de parler de la mort parce que cela les renvoie à leur impuissance». Étudiant de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne, il est aussi le vice-président de «Doctors&Death» qui vise à permettre aux futurs praticiens d’évoquer leurs émotions tout comme de réfléchir à une meilleure communication entre médecins et patients. Ces derniers ne sont-ils pas en effet les premiers lésés par un discours qui fait abstraction de la finitude possible? Réintégrer la mort comme une partie intégrante des soins, la penser même quand elle paraît impensable: plusieurs professionnels de la santé y œuvrent d’arrache-pied comme le Prof. Borasio** (interview en p. 23), chef du Service de soins palliatifs et de support et entre autres défenseur de la rédaction des directives anticipées. Mais aussi ceux qui travaillent à instituer le projet thérapeutique comme un incontournable de la prise en charge. Car évincer la mort, c’est aussi en un sens déposséder le patient de ses derniers moments de vie. ⁄


POST-SCRIPTUM LA SUITE DES ARTICLES DE «IN VIVO» IL EST POSSIBLE DE S’ABONNER OU D’ACQUÉRIR LES ANCIENS NUMÉROS SUR LE SITE WWW.INVIVOMAGAZINE.COM

NAISSANCE

DON D’ORGANES IV n° 1

p. 30

Nouvelle campagne L’Office fédéral de la santé publique, en partenariat avec l’organisation Swisstransplant, a lancé une nouvelle campagne en septembre dernier. Intitulée «Le don d’organes: parlons-en!», elle vise à inciter les Suisses à affirmer clairement leur volonté sur cette question et à en parler à leur entourage. En effet, les proches de personnes décédées n’ont souvent pas connaissance de leur opinion. Près de 1500 patients se trouvent actuellement en attente d’un organe dans le pays, un nombre qui ne cesse d’augmenter. /

ADOLESCENTS IV n° 7

IE n° 3

Terme idéal pour les jumeaux

p. 19

Cerveau en mutation Des neuroscientifiques des universités de Cambridge et UCL ont étudié le cerveau de 300 adolescents par IRM. Ils ont découvert que le cortex s’affine durant l’adolescence et que la quantité de myéline, une substance qui isole et protège les fibres nerveuses, augmente dans cette zone cérébrale. Ces changements pourraient expliquer les bouleversements d’humeur vécus par les adolescents. /

Pour les grossesses gémellaires, le risque de mortalité néonatale ou de naissance d’enfants mort-nés est minimisé lorsque l’accouchement a lieu lors de la 37e semaine de grossesse, soit trois semaines avant le terme habituel. Pour arriver à cette conclusion, une équipe de scientifiques a analysé 32 études réalisées ces dix dernières années auprès de plus de 35’000 femmes. Ces résultats ont été publiés dans le British Medical Journal. /

VACCINS IV n° 7

p. 40

Les Français les plus méfiants

NUTRITION IV n° 4

p. 21

4

DAVID VIENNA

Soylent rend malade Le fabricant américain d’aliments de substitution Soylent arrête temporairement la commercialisation de ses produits phares, une barre et une boisson énergétiques, sensés apporter les vitamines et autres nutriments dont le corps a besoin au quotidien. Des consommateurs se sont plaints de vomissements et de diarrhées suite à l’ingestion du produit. L’ingrédient fautif n’a pas encore été découvert. /

La London School of Hygiene and Tropical Medicine a mené une étude sur la perception des vaccins auprès de 66’000 personnes dans 67 pays. Les Français sont les plus sceptiques: 41% des personnes interrogées doutent de la sécurité des vaccins et 17% de leur efficacité. La BosnieHerzégovine (36%), la Russie (28%) et la Mongolie (27%) affichent ensuite les taux de méfiance les plus importants. La moyenne globale se situe à 12%. /


POST-SCRIPTUM

ANTIBIOTIQUES IV n° 8

p. 40

Alerte aux superbactéries

COURTESY DR. LOÏS MIRAUCOURT

L’ONU a consacré pour la première fois en septembre 2016 une réunion à la menace des superbactéries résistantes aux antibiotiques. L’organisation a appelé gouvernements, médecins, laboratoires et consommateurs à se mobiliser. Dans l’Union européenne, ces germes sont responsables de 25’000 décès par an, selon les estimations. Et ils pourraient tuer jusqu’à 10 millions de personnes par an dans le monde d’ici à 2050, selon une récente étude britannique. /

ALLERGIES IV n° 8

p. 46

Sucer son pouce protège Selon une étude américaine et néo-zélandaise publiée dans la revue Pediatrics, les enfants qui sucent leur pouce ou rongent leurs ongles auraient moins de risques de développer des allergies. A l’âge de 13 ans, 49% de ceux qui n’avaient jamais sucé leur pouce ou rongé leurs ongles affichaient une sensibilité particulière aux allergies. Cette proportion tombait à seulement 31% pour ceux qui avaient conjugué les deux habitudes. /

5

Un œil de têtard colorisé qui permet de visualiser les récepteurs cannabinoïdes (en rouge).

CANNABIS IV n° 6

p. 42

Effet positif sur la vision Les cannabinoïdes, l’agent actif de la marijuana, augmentent l’activité des cellules de la rétine. C’est la conclusion d’une étude de l’Institut neurologique de l’université canadienne McGill. Les chercheurs ont exposé des têtards à des taux variables de cannabinoïdes et testé leurs réactions à différents stimuli visuels en utilisant un logiciel permettant de détecter leurs changements de comportement. Ils sont également parvenus à décrypter le mécanisme chimique à l’origine de cette amélioration. Les travaux doivent maintenant se poursuivre sur des souris. /


Grâce à ses hôpitaux universitaires, ses centres de recherche et ses nombreuses start-up qui se spécialisent dans le domaine de la santé, la Suisse romande excelle en matière d’innovation médicale. Ce savoir-faire unique lui vaut aujourd’hui le surnom de «Health Valley». Dans chaque numéro de «In Vivo», cette rubrique s’ouvre par une représentation de la région. Cette carte a été réalisée en collage digital par Jérémie Mercier.

IN SITU

HEALTH VALLEY

JÉRÉMIE MERCIER

Actualité de l’innovation médicale en Suisse romande.

6


GENÈVE

P. 08

Cinq chirurgiens ont été mobilisés pour réaliser une triple greffe croisée de reins.

EYSINS

P. 09

Le géant américain Becton Dickinson a installé son siège européen dans la commune vaudoise.

LAUSANNE

P. 11

Une carte digitale permet de localiser les entreprises de la Health Valley.

SAINT-SULPICE

P. 10

L’intelligence artificielle de Sophia Genetics promet d’améliorer les diagnostics et traitements contre le cancer.

SION

P. 08

Friedhelm Hummel dirigera la nouvelle chaire en neuro-ingénierie clinique de l’EPFL.

7


IN SITU

HEALTH VALLEY

START-UP LEVÉE DE FONDS

«Le nombre d’étudiants en médecine reste insuffisant»

Chondronest, établie sur le site technologique de PhytoArk à Sion, développe des pâtes injectables permettant de solidifier ou réparer le cartilage humain. Elle vient de boucler avec succès son premier tour de financement.

PIERRE-ALEXANDRE BART DANS UNE INTERVIEW ACCORDÉE À «24 HEURES» EN AOÛT 2016, LE NOUVEAU DIRECTEUR DE L’ÉCOLE DE MÉDECINE DE LAUSANNE A FAIT PART DE SES IDÉES POUR AUGMENTER LES EFFECTIFS. IL PRÉVOIT NOTAMMENT LA CRÉATION D’UNE PASSERELLE PERMETTANT AUX BACHELIERS EN BIOLOGIE D’ACCÉDER AU MASTER EN MÉDECINE.

STÉTHOSCOPE

Ancien étudiant en médecine à l’Université de Genève, Pierre Starkov a créé la start-up StethoMD. Il développe un stéthoscope connecté à un smartphone, qui permet de faciliter les analyses médicales et le partage d’informations. Son idée lui a valu de remporter le premier prix du Arkathon Hacking Health Valais 2016.

ROBOT

La start-up Dosepharma, fondée par un pharmacien genevois, utilise un robot coréen pour faciliter le dosage des médicaments. Celui-ci les emballe sous forme de rouleau dont les sachets détachables correspondent aux doses journalières. Le système assure la traçabilité, la propreté et la fiabilité du dosage à une quinzaine de pharmacies partenaires. La start-up a été primée par le concours «Génération Entrepreneur» en mai 2016.

30

En millions d’euros, l’investissement reçu par l’entreprise suisse Spineart de la part de la société de financement européenne Gimv. Pionnière dans son domaine, Spineart développe des dispositifs médicaux simplifiant l’acte chirurgical.

CELLULES

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CERVEAU L’EPFL a inauguré sa nouvelle chaire en neuroingénierie clinique à Sion, avec Friedhelm Hummel à sa tête. L’Allemand de 46 ans est mondialement reconnu dans la réadaptation après un accident vasculaire cérébral. Il a notamment développé une méthode fondée sur la stimulation électrique et magnétique du cerveau, qui doit permettre aux victimes d’un AVC de récupérer au mieux. La chaire a été financée à moitié par l’EPFL et par la fondation Defitech. Elle sera constituée d’une dizaine de chercheurs.

Triple greffe croisée de reins

L’APPLICATION

La start-up QGel, basée à l’Innovation Park de l’EPFL, a réussi à produire synthétiquement la substance qui lie les cellules entre elles, appelée matrice extracellulaire. Après plusieurs années de recherches, un procédé de fabrication industriel a pu être validé pour de grands groupes pharmaceutiques.

Une pointure de la neuroingénierie à Sion

URGENCES LAUSANNE «Soignez votre patience», tel est le slogan de l’application développée par le CHUV, permettant de réduire le temps d’attente aux urgences. Téléchargeable gratuitement sur les smartphones Apple et Android, elle indique le centre d’urgence le plus proche ainsi que son taux d’occupation, actualisé toutes les cinq minutes.

OPÉRATION Le 13 juillet 2016, trois donneurs et trois receveurs ont été opérés des reins en même temps au sein des Hôpitaux universitaires de Genève. C’est la deuxième fois qu’une telle greffe de reins est réalisée en Suisse. Le recours à plus d’un couple «donneurreceveur» permet d’élargir le choix, lorsqu’un proche se propose, mais qu’il n’est pas compatible avec le malade. Cinq chirurgiens, dont un prêté par le CHUV, ont été mobilisés entre 8 heures du matin et 21 heures, pour relever le défi logistique.


IN SITU

HEALTH VALLEY

Medtech et biotech résistent au franc fort Le secteur des sciences de la vie continue de progresser malgré la force de la monnaie helvétique. Les investissements et les levées de fonds se multiplient. INNOVATION L’abandon du taux plancher par la Banque nationale début 2015 a ébranlé l’économie suisse. Le choc s’estompe peu à peu, mais de nombreuses industries peinent toujours à relever la tête. Dans ce tableau peu réjouissant, comment se portent les entreprises biotech et medtech du pays?

TEXTE JULIE ZAUGG

FERRING AG, BECTON DICKINSON

Premier signe positif, la Suisse continue d’attirer des acteurs de l’étranger. La compagnie américaine de matériel médical Becton Dickinson a récemment inauguré son siège européen à Eysins, près de Nyon, et prévoit d’y construire une usine. Le spécialiste japonais de l’ophtalmologie Santen a pris ses quartiers à Genève en 2015. D’autres groupes ont renforcé leur présence. «Ferring, qui se trouve à Saint-Prex, va passer de 600 à 1000 employés et Celgene, implanté dans le canton de Neuchâtel, augmentera ses effectifs de 800 à 1000 personnes, détaille Claude Joris, le secrétaire général de BioAlps, la plateforme romande des sciences de la vie. Même Merck Serono continue à engager du personnel en Suisse.» Revenus en hausse «L’an dernier, les revenus des entreprises biotechnologiques ont atteint 5,1 milliards de francs en Suisse, soit 200 millions de plus qu’en 2014», indique Jürg Zürcher, spécialiste biotech et medtech chez Ernst & Young. Et le nombre d’employés a crû de 759 personnes ces deux dernières années. «Ces résultats ont été portés par les grandes sociétés – surtout Actelion, mais aussi Santhera, Evolva ou Basilea – qui ont réalisé de bonnes ventes et obtenu l’approbation de plusieurs médicaments», poursuit l’expert. En matière de levée de fonds, la dynamique s’avère également avantageuse. En 2015, le secteur suisse des biotechs a obtenu 907 millions de francs, un record. Plusieurs entreprises ont en outre fait l’objet d’investissements de la part de grands groupes 9

CI-DESSUS: JÜRG ZÜRCHER, LE SIÈGE DE FERRING À SAINT-PREX ET DES SERINGUES DÉVELOPPÉES PAR BECTON DICKINSON

étrangers. GlaxoSmithKline a acquis GlycoVaxyn, basé à Zurich, Pfizer a pris des parts dans Redvax, également zurichois, et Servier dans la société biopharmaceutique genevoise GeNeuro. Crispr Therapeutics, à Bâle, a pour sa part entamé une collaboration avec Bayer valorisée à 335 millions de dollars. Présence globale Comment expliquer ces chiffres favorables? «La plupart des biotechs ne dépensent pas beaucoup en Suisse, relève Jürg Zürcher. Elles produisent leurs médicaments à l’étranger et délèguent la réalisation d’études cliniques à des sous-traitants hors de Suisse.» Souvent, ces derniers se trouvent en Europe, ce qui permet à leurs mandants de bénéficier de la faiblesse de l’euro. Les entreprises biotech réalisent leurs revenus, issus de la vente de médicaments, dans le monde entier. «Il ne faut pas oublier que le franc a beaucoup augmenté face à l’euro, mais pas tellement face au dollar ou aux monnaies asiatiques, qui représentent la majorité des recettes», précise Claude Joris. Il y a toutefois une exception. «Les fournisseurs d’appareils médicaux, notamment les nombreux fabricants d’implants et de prothèses situés sur l’Arc jurassien, ont davantage souffert du franc fort, car une bonne partie de leur production s’effectue en Suisse», relève le responsable de BioAlps. Certains ont vu leurs marges s’éroder de 10% et ont dû augmenter leurs prix en conséquence. «Cela les a affaiblis face à leurs concurrents européens et asiatiques.» Avec sa situation au cœur de l’Europe, sa taxation favorable, son droit du travail peu contraignant, ses incubateurs et son excellence en matière de recherche dans les sciences de la vie, la Suisse reste une destination de premier choix pour les biotech. «La plupart des groupes qui font le choix de s’implanter ici restent, note Jürg Zürcher. Ils sont là pour le long terme.» ⁄


IN SITU

HEALTH VALLEY

3 QUESTIONS À

JURGI CAMBLONG

SOPHIA GENETICS A DÉVOILÉ UNE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE QUI PERMET UN DIAGNOSTIC PLUS RAPIDE ET PLUS PRÉCIS.

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COMMENT FONCTIONNE LA NOUVELLE INTELLIGENCE ARTIFICIELLE SOPHIA?

Elle apprend continuellement de ses analyses de profils génomiques de patients et du savoir d’experts, afin d’améliorer les diagnostics et les traitements. Elle s’appuie sur les informations partagées par plus de 200 hôpitaux de 33 pays que nous rassemblons depuis plusieurs années. Notre technologie d’intelligence artificielle est régulièrement mise à jour sous supervision et s’enrichit de la diversité des 200 cas qu’elle analyse pour des hôpitaux chaque jour. Dans l’évaluation du risque de développement du cancer du sein, nous arrivons à un score de prédiction 98% similaire aux résultats obtenus par les experts.

2

La grenade contre le vieillissement musculaire

DÉCOUVERTE Des chercheurs de l’EPFL et de la start-up Amazentis ont confirmé le potentiel anti-vieillissement de la grenade. En effet, une molécule de ce fruit permet d’améliorer l’espérance de vie des muscles, lorsqu’elle est transformée en urolithine A par les bactéries intestinales. Les taux d’urolithine varient toutefois selon la flore intestinale de l’individu. Ce procédé naturel est même inexistant chez certaines personnes. Amazentis développe donc des suppléments alimentaires d’urolithine pour ceux qui n’en produisent pas naturellement. Les premiers résultats des tests effectués sur des vers et des rongeurs ont été publiés dans la revue Nature Medicine.

QUELLES SONT LES APPLICATIONS D’UNE TELLE TECHNOLOGIE?

Nous pouvons recommander les meilleurs traitements aux patients, en fonction de leur profil génomique. A l’avenir, nous pourrions aller plus loin: En ayant suffisamment de données sur le type de tumeur, le traitement qui a été préscrit et sa réussite, nous pourrions ainsi envisager une sorte d’épidémiologie en temps réel. L’INTELLIGENCE ARTIFICIELLE POURRAIT3 ELLE UN JOUR REMPLACER LES DIAGNOSTICS DES MÉDECINS?

Non, ce n’est ni souhaitable ni possible. L’expert doit toujours être celui qui prend la décision ultime. Le rapport avec le patient et l’intuition du médecin restent essentiels. Notre technologie permet une prise de décision plus rapide et mieux informée. /

Jurgi Camblong est le CEO et cofondateur de l’entreprise Sophia Genetics, basée à Saint-Sulpice.

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L’OBJET

MICROBOT Nul besoin de moteur pour les déplacer: ces microstructures sont «pilotées» à l’aide de champs magnétiques, changent de forme sous l’effet de la chaleur et naviguent à l’intérieur du corps humain grâce à des flagelles, similaires à certaines bactéries. Des chercheurs de l’EPFL et de l’EPFZ ont développé ces micro-robots afin de pouvoir, par exemple, larguer des médicaments à des endroits spécifiques ou déboucher des artères.


S

HEALTH VALLEY

challenge debiopharm inartis

G E

IN SITU

masschallenge

L’objectif du concours: susciter des idées ori­­ginales dans le domaine de la santé, qui améliorent le confort physique et moral du patient. Quatre projets ont été retenus, dont un masque chirurgical transparent et un écran multifonction placé au-dessus du lit du patient. Les nominés ont reçu 5’000 francs pour consolider leur projet. Le meilleur d’entre eux remportera un prix de 25’000 francs, en vue de sa commercialisation ou de sa réalisation.

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HALL

E

N

L’incubateur de start-up américain Des a choisi les rives hackathons du Léman pour sa aux accélé­ première expérience rateurs de en Europe. Parmi start-up, de les 450 projets plus en plus proposés, une septantaine a été retenue pour se développer dans une ancienne imprimerie d’événements à Renens, dont un bon nombre de start-up offrent la représentant la médecine romande, telles possibilité aux que Pristem, Intento, Sterilux ou GaitUp. chercheurs En plus des locaux, elles ont accès à un romands de réseau international et à un coaching professionnel durant se défier et de quatre mois. Les développer 26 meilleures start-up leurs projets. swisscom startup challenge seront annoncées Cinq lauréats suisses s’envoleront en novembre et se pour la Silicon Valley pour partageront un bénéficier d’un programme de million de francs. mentorat d’une semaine. Parmi les vainqueurs, les start-up romandes NanoLive et Xsensio représentent le secteur de la santé. La première a développé arkathon hacking health valais une technologie pour étudier Créer ou développer des solutions informatiques innovantes dans des cellules vivantes au micro­le domaine de la santé, en un week-end. C’est le défi que The Ark et scope sans les endom­mager. La Swiss Digital Health ont organisé pour la deuxième fois cette année, seconde a créé un kit qui analyse à Sierre. Le projet Measure Me a reçu le prix du coup de cœur du les données bio­chimiques à la jury. L’idée: calculer le poids et la taille d’une personne à partir d’une surface de la peau. simple photo. Une troisième édition est déjà confirmée pour 2017.

Tour d’horizon.

Une carte digitale pour la Health Valley

INARTIS

EMPLOI La fondation Inartis a dévoilé une carte digitale qui géolocalise les entités de la Health Valley, ainsi que les offres d’emploi et les événements en lien avec l’innovation médicale. Cette carte démontre la puissance du secteur de la santé en Suisse romande: 962 entreprises, 29 centres de recherche et 58 services de soutien à l’innovation y sont pour l’instant représentés. La fondation a présenté sa nouvelle plateforme le 15 septembre 2016, en compagnie des acteurs clés de la Health Valley. Elle espère que cette carte les encouragera à adopter un esprit d’ouverture et de collaboration. www.healthvalley.ch

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HEALTH VALLEY

PLANTATION APPLICATION Les maladies des plantes menacent la sécurité alimentaire mondiale. C’est pourquoi des chercheurs de l’EPFL et de la Penn State University ont mis au point un algorithme capable d’identifier les maladies des cultures avec une précision extrêmement élevée. L’algorithme sera intégré à une application, baptisée PlantVillage, destinée aux agriculteurs. Ils pourront détecter les maladies en quelques secondes, via des photos directement issues de leur smartphone et ainsi prévenir les futures pénuries alimentaires.

AGENDA LES ENJEUX DU BIG DATA Jusqu’au 31 juillet 2018 Lausanne

PROMOUVOIR LA SANTÉ 19 janvier 2017 Neuchâtel

FRAYEUR AU MUSÉE Jusqu’au 23 avril 2017 Lausanne

«Se détruire pour exister, un paradoxe humain», tel est le titre de la conférence de Philippe Jeammet, psychanalyste spécialiste de l’enfance et l’adolescence. Organisée en lien avec l’exposition «Ados à corps perdus» du Musée international de la CroixRouge, la conférence invite à réfléchir sur l’anorexie et les troubles alimentaires chez les adolescents.

Le bâtiment Artlab, récemment inauguré à l’EPFL, accueille une exposition autour de la thématique du Big Data, où sera notamment présenté le BlueBrain Project. Ce dernier cherche à simuler la physiologie du cerveau humain en se basant sur des données neuro­ biologiques et sera mis en valeur dans des présentations interactives.

La promotion de la santé est-elle efficace en Suisse? C’est la question à laquelle tentera de répondre la Conférence nationale sur la promotion de la santé 2017, à l’Aula des Jeunes-Rives de Neuchâtel. Des présentations et ateliers participatifs mettront en avant des facteurs qui favorisent la réussite des interventions et des progrès à réaliser dans le domaine.

La peur est à l’honneur au Musée de la main. Sous l’intitulé «Pas de panique!» l’exposition décrypte les phobies et les angoisses, comment la peur naît dans le cerveau, comment elle se transmet à l’organisme, ou encore ce qu’il se passe quand ces mécanismes se grippent. Elle présente également les traitements qui sont aujourd’hui disponibles pour soigner certains troubles anxieux.

WWW.REDCROSSMUSEUM.CH

ARTLAB.EPFL.CH

WWW.PROMOTIONSANTE.CH

WWW.MUSEEDELAMAIN.CH

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TON KOENE / VWPICS

ADOS FACE À L’ANOREXIE 29 novembre 2016 Genève


IN SITU

HEALTH VALLEY

ÉTAPE N° 10

SUR LA ROUTE

MONTHEY

Dans chaque numéro, «In Vivo» part à la rencontre des acteurs de la Health Valley. Monthey est la destination de cette édition.

MMOS

Les «gamers» au service de la science La start-up valaisanne MMOS a mis au point une interface ingénieuse qui traite certaines données scientifiques via des jeux vidéo grand public. TEXTE: JADE ALBASINI

Happés dans l’antre d’une guerre fictionnelle à la Star Wars, les milliers de joueurs d’EVE Online font également avancer la recherche. Depuis le mois de mars, en amont des batailles spatiales, les passionnés du jeu vidéo édité par l’Islandais CCP Games ont accès à Project Discovery, une plateforme innovante créée par la société valaisanne MMOS (Massive Multiplayer Online Science). «Notre interface de programmation fait le lien entre l’architecture du jeu et la collecte de matériel scientifique. Ces datas sont traitées ensuite par des experts», indique le cofondateur et physicien Bernard Rivaz. Depuis la mise en ligne de ce mini «serious game» intégré, les utilisateurs, avec l’aide d’un tutoriel simple, ont déjà trié plus de 13 millions d’images de cellules humaines afin de localiser différents types de protéines, soulignant au passage leurs spécificités. Un travail colossal selon Emma Lundberg, responsable d’Human Protein Atlas, l’institut suédois qui a mis à disposition cette base de données massives. «La science citoyenne existe depuis 13

longtemps sous diverses formes. Notre but est de mettre en place un laboratoire où les scientifiques injectent une série de problèmes que l’intelligence humaine peut résoudre en jouant», s’enthousiasme Attila Szantner, l’informaticien et deuxième père de MMOS. Les trois milliards d’heures par semaine consacrées aux jeux vidéo en ligne à travers le globe ont aisément convaincu les deux entrepreneurs de s’aventurer sur le terrain de la gamification de la science. Et au vu du succès de leur première expérience, que ce soit dans la communauté savante ou dans l’industrie du divertissement, ils comptent implémenter leur API (Application Programming Interface) à d’autres champs d’études en 2017. «En association avec l’Université et l’Observatoire de Genève, nous planchons sur la conception d’un mini-jeu pour booster la découverte d’exoplanètes», dévoilent-ils. Leur partenariat avec EVE Online sera également renforcé afin de créer une véritable communauté de «chercheurs citoyens». /


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HEALTH VALLEY

BENOÎT DUBUIS Ingénieur, entrepreneur, président de BioAlps et directeur du site Campus Biotech

Health Valley: se réinventer, pour perdurer

La dynamique industrielle a cela de bon qu’elle ne cesse de nous surprendre. Si on pensait la Health Valley atteinte par la fermeture du siège social de Merck Serono, elle n’a cessé de se développer. Retour sur une crise qui a conduit à de beaux succès.

7 SPIN-OFF ESSAIMÉES A ce phare qu’est devenu Campus Biotech, s’ajoutent les nombreux projets de R&D issus de Merck Serono Genève qui ont donné vie à de nouvelles sociétés et fondations. Lorsqu’un grand groupe pharmaceutique quitte un lieu, tout doit être fait pour conserver le capital humain et son expertise qui sont à la base de la dynamique industrielle. Ces graines semées représentent une grande richesse pour le territoire en lui permettant de se diversifier et de se réinventer.

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La fermeture d’un site, ou sa cession à un tiers est toujours un moment difficile pour une région, qui perd un maillon de sa chaîne d’innovation et de production. Parmi les secousses qui ont touché la Health Valley, la fermeture du siège social de Merck Serono au profit de l’Allemagne en 2012 a probablement été le départ le plus emblématique de ces dernières années. Il a levé de nombreux doutes et angoisses, et pesé de manière significative sur le moral de la région et sa dynamique de croissance. Et pourtant. La publication mi-septembre de la carte de la Health Valley 2016-2017 remet une bonne couche d’optimisme et rappelle que le groupe pharmaceutique allemand ne cesse de se développer sur ses sites d’Aubonne et de Corsier-sur-Vevey avec désormais plus de 1200 personnes employées. Mais ce n’est pas tout.

La consolidation d’une lame de fond qui a été initiée par la fermeture du site de Genève est tout aussi réjouissante. Qui a fait l’effort d’aller voir, scruter, pister ce qui a rejailli de cette crise. Une fermeture rime généralement avec des ouvertures et offre à ceux qui veulent bien le voir de belles promesses de croissance. Ces vœux passent aujourd’hui par des réalités, avec le renouveau flamboyant offert par Campus Biotech aux anciens locaux de Merck Serono à Genève. Ce hub emblématique qui rassemble recherche fondamentale, recherche clinique et entreprises du secteur des sciences de la vie, dont l’alliance GAVI, l’IFPMA (International Federation of Pharmaceutical Manufacturers & Associations), le Wyss Center for Bio and Neuroengineering, Sophia Genetics ou encore Addex Pharma, vient de passer un nouveau cap vers l’entrepreneuriat, en inaugurant il y a quelques jours le Campus Biotech Innovation Park (CBIP) dédié à l’accompagnement des jeunes pousses du secteur. Voilà donc à nouveau près de 800 personnes, qui collaborent pour dessiner la médecine de demain dans le domaine des neurosciences et de la santé digitale et globale.

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HEALTH VALLEY

DES PROJETS AU-DELÀ DU MÉDICAMENT Preuve que la R&D biopharmaceutique est aujourd’hui largement tributaire des progrès informatiques, pour le screening de molécules mais également pour le développement et la mise sur le marché des médicaments, trois entreprises du secteur de l’IT ont également été impulsées par le départ de Merck Serono de Genève. Dans le cas de Merck Serono, ce sont sept projets, portés par une cinquantaine d’ex-salariés, qui ont Il s’agit de Quartz Bio, qui développe une offre profité de l’appel d’air du départ du siège de de services dans le domaine de l’analyse de l’entreprise vers l’Allemagne, pour prendre vie. données de biomarqueurs, très utile pour le développement de la médecine personnalisée, Une démarche qui a été accompagnée par Merck de TQM Insight, spécialisée dans la gouverSerono via un programme global d’Aide à la nance informatique et d’Ondaco, qui assure création d’entreprise baptisé EPP et doté de désormais la gestion des services d’assistance 30 millions de francs suisses. informatique et le développement d’applications sur tous les sites de Merck Serono situés en Suisse. L’histoire semble

donner raison à Schumpeter et à sa «destruction créatrice» Sur les sept projets qui ont été essaimés des lieux, trois sont actifs dans le secteur du développement de médicaments, Asceneuron, Prexton Therapeutics et Calypso Biotech. Les deux premières pousses travaillent dans le secteur des maladies neurodégénératives, fer de lance de Serono à l’époque, dont on connaît le succès du Rebif dans l’indication de la sclérose en plaques. Petits frères de cette molécule, les projets portés par Asceneuron et Prexton ciblent respectivement les tauopathies, Alzheimer et plusieurs autres maladies neurodégénératives dont la maladie de Parkinson. Calypso Biotech se focalise, de son coté, sur les maladies inflammatoires chroniques de l’intestin, avec un ancrage autour des changements de la composition de la flore microbienne intestinale et leurs relations avec notre système immunitaire.

En épilogue à cette campagne d’investissement, le programme d’aide à la création d’entreprise de Merck Serono a permis l’émergence de la Fondation EspeRare, une organisation à but non lucratif destinée à créer de nouvelles opportunités de traitements pour les maladies rares. Avec un don initial de 2,8 millions d’euros, et la cession des droits sur une molécule pour le traitement de la myopathie de Duchenne, EspeRare a un rôle clé dans la mise en place d’un nouveau modèle collaboratif entre experts de différentes organisations publiques comme privées. Ainsi, l’histoire semble donner raison à Schumpeter et à sa «destruction créatrice». Une nouvelle dynamique a été mise en place, et il nous reste à souhaiter à chacune de ces sept pousses essaimées par Merck Serono de recréer un groupe industriel multinational et ainsi de conforter le patronyme de Health Valley porté par notre région. ⁄ EN SAVOIR PLUS

www.bioalps.org la plateforme des sciences de la vie de Suisse occidentale

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AUTOUR DU GLOBE

GREG IGER/KECK MEDICINE OF USC

Parce que la recherche ne s’arrête pas aux frontières, In Vivo présente les dernières innovations médicales à travers le monde.

CELLULES SOUCHES INNOVATION Un Américain de 21 ans paralysé à partir du cou suite à un accident de voiture a retrouvé l’usage de ses bras grâce à un traitement à base de cellules souches. Dans le cadre d’une étude clinique menée à l’Université de Californie du Sud, 10 millions de cellules souches programmées pour devenir des cellules nerveuses ont été injectées directement dans sa moelle épinière cervicale. L’essai clinique va maintenant être conduit dans six autres centres américains, sur des patients âgés de 18 à 69 ans.

  L’OBJET  

LE FILET ANTI-CRISES CARDIAQUES Des chercheurs de l’Université de Séoul et de l’Université Harvard ont mis au point un filet contre l’insuffisance cardiaque, qui pourrait devenir une solution alternative au pacemaker. Formé de nanocâbles d’argent et de caoutchouc, ce dispositif souple enrobe le cœur et s’adapte à sa forme pour transmettre des impulsions électriques de manière uniforme. Une avancée importante pour tous les patients pour lesquels le pacemaker est contre-indiqué.

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En mètres, la distance parcourue par les gouttelettes de salive et de mucus lors d’un éternuement. Elles peuvent par ailleurs rester en suspension dans l’air plus de dix minutes. Ces valeurs, mises au jour par une équipe de chercheurs du MIT grâce à des caméras rapides et à des modèles mathématiques, sont bien supérieures à ce que les observations empiriques suggéraient jusqu’ici.


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HEALTH GLOBE VALLEY

Traitement prometteur contre Alzheimer

RECHERCHE L’anticorps Aducanumab aurait des effets contre la maladie d’Alzheimer. C’est ce qui ressort d’un essai clinique du laboratoire américain Biogen. Chez les patients ayant reçu le traitement, des scanners du cerveau ont montré que la progression des plaques de protéines bêta-amyloïde, dont l’accumulation est liée à la maladie, était moins importante que chez ceux ayant reçu un placebo.

«Notre dispositif permet un diagnostic fiable du VIH dans les régions qui en ont le plus besoin.» HELEN LEE LA CHERCHEUSE DE L’UNIVERSITÉ DE CAMBRIDGE A REÇU LE PRIX DU PUBLIC LORS DU PRIX DE L’INVENTEUR EUROPÉEN 2016. ELLE A DÉVELOPPÉ UN KIT DE DIAGNOSTIC À FAIBLE COÛT ET QUI NE NÉCESSITE PAS DE PERSONNEL QUALIFIÉ POUR DÉTECTER DES MALADIES COMME LE VIH, L’HÉPATITE B ET LA CHLAMYDIA.

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LE SÉ VO LA VI The Gene: IN An Intimate History

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Le Syndrome du bien-être

SIDDHARTHA MUKHERJEE SIMON & SCHUSTER 2016

CARL CEDERSTRÖM ET ANDRÉ SPICER L’ÉCHAPPÉE, 2016

Le médecin et chercheur américain Siddhartha Mukherjee, récompensé par le prix Pulitzer pour son livre sur le cancer L’Empereur de toutes les maladies, revient avec une «biographie» du gène. En mêlant science, histoire et expériences personnelles, l’auteur cherche à com­ prendre l’hérédité humaine et son influence sur nos vies, nos choix et nos personnalités. Il s’inter­­­ roge également sur l’avenir de l’être humain dans un monde qui parvient à «lire» et «écrire» nos informations génétiques.

Sport, régime alimentaire ultra-sain, pensée positive: la société a érigé la santé et le bien-être en valeurs fondamentales. De manière exagérée? C’est ce que pensent les chercheurs Carl Cederström et André Spicer. A contre-courant, leur ouvrage montre comment cette quête du «wellness» à tout prix, impératif moral «qui culpabilise les récalcitrants et empêche le discours critique», s’est transformé en source de mal-être.

Alors Voilà

Médecines d’ailleurs

BLOG WWW.ALORSVOILA.COM

DOCUMENTAIRES DISPONIBLE SUR LE SITE D’ARTE

Le jeune médecin français Baptiste Beaulieu a lancé son blog en 2012, alors qu’il était interne aux urgences. Son objectif? Réconcilier les soignants et les soignés. Ses chroniques à succès racontent, souvent avec humour, son quotidien à l’hôpital. Suivies par des millions de lecteurs, elles ont inspiré un roman, Alors Voilà: Les 1001 vies des Urgences, traduit dans 12 pays.

U HRONIQ S LES C OM N S VE R AZINE.C LES LIE G A M NVIVO WWW.I

ES ET LE

Dans cette série de documentaires diffusée sur Arte, l’urgentiste français Bernard Fontanille parcourt 17 pays à la rencontre de soignants et de leurs patients. Il dévoile des pratiques médicales ancestrales profondément ancrées dans les différentes cultures. Un tour du monde qui mène le spectateur auprès d’une spécialiste islandaise du sommeil, d’un guérisseur sénégalais ou encore de chamanes coréennes.

S VIDÉO

S SU R


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LA MALADIE DE RAYNAUD EN COULEUR A droite, la main d’un homme en bonne santé. A gauche, celle d’une femme atteinte de la maladie de Raynaud. Tous deux ont plongé leurs mains dans de l’eau froide pendant deux minutes avant d’être capturées par thermographie. La maladie de Raynaud diminue la circulation du sang dans les mains et les pieds, lorsque la personne a froid ou est stressée. Le résultat est frappant: celle de l’homme en bonne santé s’est réchauffée bien plus rapidement. Les zones chaudes sont en effet présentées en jaune et rouge et les zones froides dans les tons bleu et noir. Le cliché a été sélectionné cette année par le Wellcome Image Award, qui récompense les meilleures photographies scientifiques et médicales depuis 1997. THERMAL VISION RESEARCH/ WELLCOME IMAGES

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24.10.2014 14:52:54


FOCUS

LA MORT

RECHERCHE

LA MORT, UN ENJEU VIVANT /

Phénomène longtemps inexploré, la mort fait l’objet d’une attention croissante de la part de la médecine et de la science.

/ PAR

PATRICIA MICHAUD ET STEVE RIESEN

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LA MORT

ifficile d’y voir une simple coïncidence: religieux et la prolongation de l’espérance de vie ont deux des collections de vulgarisation déplacé la problématique. Aujourd’hui, aussi bien les scientifique les plus populaires en croyants que les non-croyants émettent le désir de vivre Suisse – Que sais-je? et Le savoir suisse une «bonne mort». – ont récemment publié des ouvrages sur la mort. Le phénomène intéresse La médecine palliative répond à cette évolution en toujours plus le grand public, mais aussi le monde prodiguant des soins qui ne visent pas à rallonger la scientifique, qui souhaite mieux le comprendre. Il faut vie, mais à en améliorer la qualité. Une pratique qui devient de plus en plus importante dire que la mort, sujet tabou, n’a avec le vieillissement de la populapas bénéficié jusqu’ ici d’une tion. Selon l’Office fédéral de la grande attention. «Si nos connaisQU’EST-CE QUE statistique (OFS), la part des persances sur le commencement de la LA MORT? sonnes de 65 ans et plus dans la vie sont multiples et précises, la La définition de la mort population suisse passera de 17% mort, elle, reste un domaine larges’est affinée, d’un point de vue en 2010 à 28% en 2060. De fait, ment inexploré», souligne Gian scientifique, dans les années 1960, les besoins en soins palliatifs augDomenico Borasio, chef du Service notamment grâce aux progrès de la médecine de la transplantation. menteront également. Afin de de soins palliatifs et de support du En Suisse, l’Académie des sciences répondre à ce défi démograCHUV, dans son livre Mourir. médicales (ASSM) élabore des phique, une chaire de soins palliapremières directives en 1969, tifs gériatriques – la première au Cette attention accrue intervient corrigées par la suite à plusieurs reprises. Aujourd’hui, le document monde – a été inaugurée cette analors que la notion de fin de vie s’appelle «Directives pour la née à Lausanne. connaît d’importants changedéfinition et le diagnostic de la mort ments. «Le concept de mort céréen vue d’une transplantation «On n’a jamais été moins proches brale a entraîné de nouvelles d’organes» et stipule qu’«une personne est décédée lorsque des mourants, remarque Alexanpossibilités – transplantation d’organes en tête – et passablement l’ensemble des fonctions du cerveau, drine Schniewind. Jusqu’au début y compris du tronc cérébral, a subi du siècle passé, on terminait sa vie chamboulé les esprits», relève un arrêt irréversible». Une à la maison, accompagné par sa Marc-Antoine Berthod, président définition qui pourrait à nouveau être revue, afin de correspondre à famille.» Aujourd’hui, la tendance de la Société d’études thanatolol’évolution de la pratique (lire p. 26) s’est totalement inversée: 41% des giques de Suisse romande (lire Suisses sont décédés à l’hôpital en encadré p.25). 2009, contre 40% en EMS et 20% «Longtemps, les gens s’intéressaient à ce qui se passait ailleurs, selon l’OFS. «On délègue aux soignants l’enaprès la mort, souligne Alexandrine Schniewind, pro- cadrement de la fin de vie, sans réaliser que tout un fesseure de philosophie à l’Université de Lausanne chacun est (ou sera) concerné par cette thématique.» (UNIL) et auteure de l’ouvrage La Mort. Pendant des siècles, l’Eglise a eu un discours ambigu sur l’au-delà. Plus que jamais, la mort apparaît donc comme un A la fois anxiogène, si l’on pense au purgatoire et à l’en- sujet vivant. Y compris pour les professionnels du fer, mais aussi rassurant, promettant aux fidèles l’arri- milieu médical, qui n’y sont pas toujours suffisamvée au paradis.» L’affaiblissement de l’emprise du ment sensibilisés.

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SOUTENIR LES FUTURS MÉDECINS UNE ASSOCIATION POUR INFORMER

Interpellés par le manque d’informations sur la mort dans le milieu médical, des étudiants de l’UNIL ont fondé il y a cinq ans l’association Doctors & Death. Le déclic: l’aspect «mécanique et froid» des séances de dissection. «La plupart des étudiants en médecine qui 22

arrivent dans la salle d’anatomie sont confrontés pour la première fois à la mort», constate Loïc Payrard, viceprésident de l’antenne lausannoise. «Les études de médecine sont très compétitives et montrer ses émotions face à la mort est souvent perçu comme une faiblesse. Cela crée une grande ambivalence: d’une part, on attend du praticien qu’il soit doué d’empathie et, d’autre part, on lui impose une sorte de froideur.» Le projet Doctors & Death, qui est né en terres vaudoises mais a fait des émules à travers


FOCUS

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«LA SUISSE PEUT MIEUX FAIRE EN MATIÈRE DE SOINS PALLIATIFS» Gian Domenico Borasio estime que les médecins généralistes sont les piliers de l’accompagnement en fin de vie.

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PROPOS RECUEILLIS PAR

PATRICIA MICHAUD

par des spécialistes en médecine palliative. Une grande partie des malades pourrait donc en théorie rester à la maison, à condition bien sûr que les généralistes soient mieux sensibilisés et formés, et que les soins à domicile soient mieux développés. Actuellement, alors que plus des trois quarts des Suisses souhaiteraient mourir chez eux, près de 80% des décès ont lieu à l’hôpital ou en EMS.

e suicide assisté et la notion d’acharnement thérapeutique font l’objet de vifs débats. Dans ce contexte tourmenté, les soins palliatifs ont gagné en reconnaissance ces dernières années. Mais la Suisse peut encore s’améliorer. Une piste: placer les médecins de famille au centre de la prise en charge.

Que peuvent faire les patients pour que leur volonté, par exemple celle de mourir chez eux, soit respectée s’ils perdent leur capacité de discernement? gdb Le meilleur moyen est d’anticiper. Plus concrètement, on peut préparer sa mort comme on prépare d’autres aspects de sa vie. En Suisse, le nouveau droit de la protection de l’adulte, entré en vigueur en 2013, permet de nommer un représentant thérapeutique et d’élaborer des directives anticipées, à savoir des instructions concernant les traitements souhaités ou refusés par le patient dans une situation de fin de vie. La rédaction de ces directives devrait toujours se faire en collaboration avec le médecin traitant.

Où en est la Suisse dans le domaine des soins palliatifs? gdb Plusieurs grands pas en avant ont été accomplis récemment, dont l’acceptation en 2009 d’une stratégie nationale en matière de soins palliatifs. Cette dernière a permis de dynamiser l’offre de structures ad hoc dans le pays. Autres avancées majeures: l’entrée en 2012 de la médecine palliative comme discipline obligatoire durant la formation des médecins, ainsi que son accession en 2016 au statut de sous-spécialisation à part entière, à l’image par exemple de la gériatrie. Reste que la Suisse peut mieux faire. Selon un classement international établi en 2015 par «The Economist», iv

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elle se situe au 15e rang en ce qui concerne la qualité de l’accompagnement en fin de vie. Selon vous, l’avenir des soins palliatifs ne repose pas sur les épaules des unités spécialisées mais sur celles des médecins de famille… gdb En effet, les généralistes sont les piliers de la médecine palliative. Environ 80% des personnes en fin de vie pourraient être prises en charge par leur médecin de famille, moyennant l’aide de soignants et bénévoles formés. Seuls quelque 20% des décès nécessitent une prise en charge iv

GIAN DOMENICO BORASIO EST CHEF DU SERVICE DE SOINS PALLIATIFS ET DE SUPPORT DU CHUV.

ERIC DÉROZE

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LA MORT

SOINS PALLIATIFS L’exposition itinérante «Le temps qui reste» vise à mieux faire connaître au grand public les soins palliatifs. Elle réunit des portraits photographiques et des témoignages de soignants et de patients qui ont bénéficié de ces thérapies. Après le Musée de la main en 2016, l’Hôpital d’Orbe accueillera l’exposition du 9 janvier au 31 mars 2017. (De gauche à droite:

Maria-Pia Ardin, Boris Cantin, François Rossier et Elisabeth Legrand Kotwicz Herniczek) 24

LUC CHESSEX

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LA MORT

le pays, cherche à déculpabiliser les étudiants qui ressentent des émotions face à la mort. Il leur offre un espace de discussion – par exemple via une cellule de veille animée par des professeurs expérimentés – et d’information. Par ricochet, l’association vise également une meilleure communication entre médecins et patients autour de la mort. «Je connais encore trop de soignants qui sont incapables de parler de ce thème, sans doute parce que cela les renvoie à leur impuissance», regrette l’étudiant. Or, «le côté irrévocable de la mort ne remet pas en question l’importance de notre métier, dont une part consiste à être honnête avec nos patients, qui ont de toute façon accès à des tas d’informations grâce aux nouvelles technologies».

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L’ENJEU DES SOINS PALLIATIFS MOURIR SEREINEMENT À L’HÔPITAL

La sensibilisation des futurs médecins aux problématiques de la mort va toutefois dans le bon sens. En troisième année de bachelor, les étudiants en médecine de la Faculté de biologie et de médecine (FBM) doivent par exemple passer deux jours d’observation au sein d’une unité de soins palliatifs. Pour les médecins-assistants, le CHUV organise des formations spécifiques liées à la mort et à la médecine palliative, selon les besoins des différents services. Unique professeur ordinaire en médecine palliative de Suisse, Gian Domenico Borasio œuvre depuis plusieurs années avec son équipe pour encourager un changement de mentalité dans la manière de concevoir la dernière phase de la vie des patients. Chaque année, l’hôpital organise une demi-journée consacrée à la problématique de l’acharnement thérapeutique. «De nombreuses institutions nient complètement l’existence de ce problème, affirme Gian Domenico Borasio. Il existe encore une tradition d’essayer de rallonger la vie des patients à tout prix.» Les soins palliatifs n’ont pas comme objectif le rallongement de la vie, mais la qualité de celle-ci. «Il est primordial d’adopter une culture de l’écoute afin de savoir comment le patient veut vivre les derniers instants de sa vie, explique Emmanuel Tamchès, responsable de l’équipe mobile des soins palliatifs du CHUV. 25

ABORDER LA MORT DE FAÇON DÉCALÉE La Société d’études thanatologiques entend améliorer la compréhension de la mort dans notre société grâce à une communication originale. Conférence sur les bouquets funéraires au bord des routes, «Cafés mortels», performance culinaire baptisée «La mort a-t-elle du goût?» ou encore concours de mini courts-métrages «C’est pas la mort»: la Société d’études thanatologiques de Suisse romande (Set) s’évertue à gommer les zones d’ombre autour de la mort depuis sa fondation en 1982. Sans hésiter à avoir recours à des événements décalés, mais toujours sérieux. «A ses débuts, l’objectif de la Set était surtout de mettre – ou plutôt remettre – sur la place publique un sujet considéré comme tabou», explique Marc-Antoine Berthod, l’actuel président de la société. Au fil des ans, les buts de la société ont légèrement changé. «La mort et le rapport que nous entretenons avec elle ont été l’objet de nombreuses et rapides évolutions ces dernières années.» Le profil des défunts a évolué. Il s’agit avant tout de personnes âgées, en raison notamment de la forte baisse de la mortalité infantile et des développements de la médecine. Dans la foulée, le temps de fin de vie s’allonge, ce qui provoque un déplacement d’une partie des inquiétudes liées à la mort vers la période qui la précède. «La compréhension de la place de la mort dans notre société aujourd’hui et la façon de communiquer à son sujet nécessitent un peu de rattrapage.» LA SOCIÉTÉ D’ÉTUDES THANATOLOGIQUES A SON SIÈGE À L’ECOLE D’ÉTUDES SOCIALES ET PÉDAGOGIQUES DE LAUSANNE (EESP).


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LA MORT

Le personnel soignant doit communiquer de façon bienveillante et respecter les différentes échelles de valeurs des patients.» Pour des raisons historiques, les soins palliatifs sont prodigués majoritairement aux patients atteints de cancer, mais ils sont de plus en plus considérés dans d’autres situations de fin de vie. Pour répondre aux besoins des différents services, le CHUV a mis au point un programme de lits dits «identifiés». «Ce projet compte pour l’instant dix lits. Il permet aux patients de rester hébergés dans leur service d’origine, mais sous la responsabilité médicale d’une équipe spécialisée en soins palliatifs», précise Emmanuel Tamchès. Le vieillissement de la population entraîne également de nouveaux défis. «Nous devons par exemple anticiper les situations des personnes âgées qui vont décéder des complications liées directement à la démence», explique Eve Rubli Truchard. Depuis le 1er mai 2016, la gériatre codirige avec Ralf Jox, palliativiste, neurologue et éthicien, la première chaire de soins palliatifs gériatriques au monde. «Nous arrivons souvent trop tard, à un stade où le patient n’est plus capable de s’exprimer sur la manière dont il veut vivre cette dernière étape. Dans ces cas-là, la communica-

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tion avec les proches est très importante. Nous devons les accompagner dans leurs décisions en leur proposant des solutions cohérentes.»

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LE DON D’ORGANES À CŒUR ARRÊTÉ UN AMBITIEUX DÉFI ÉTHIQUE

Dans le milieu hospitalier, la mort est aussi intimement liée à la question sensible du don d’organes. Avec une interrogation fondamentale: quelles sont les conditions pour considérer qu’un patient est décédé? Depuis toujours, la mort est définie comme l’arrêt complet des fonctions vitales. Dans les années 1970, un nouveau concept voit le jour: la mort cérébrale. Le diagnostic du décès est alors basé sur l’interruption des fonctions cérébrales, tandis que le cœur continue de battre. «La majorité des transplantations a lieu suite aux prélèvements d’organes de donneurs en mort cérébrale», rappelle Manuel Pascual, médecin-chef du Service de transplantation du CHUV.

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MALADIES CARDIOVASCULAIRES

TUMEURS MALIGNES

AUTRES CAUSES

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Mais face au manque de donneurs, en Suisse comme à l’étranger, la pratique évolue. Les hôpitaux universitaires de Zurich, Genève et Lausanne se tournent désormais vers le don d’organes dit «à cœur arrêté». «Il s’agit de donneurs ayant subi des dégâts cérébraux majeurs qui sont irréversibles, mais ne remplissent pas tous les critères de mort cérébrale, explique Manuel Pascual. Après discussion et d’entente avec la famille, il est décidé de débrancher les machines et il s’ensuit un arrêt cardiaque.» Cette évolution, qui pourrait à moyen terme accroître d’environ 20% le nombre des donneurs décédés identifiés aux soins intensifs, soulève toutefois de nombreux défis. Les hôpitaux ont mis en place des

DE QUOI MEURENT LES SUISSES Les maladies cardiovasculaires se placent au premier rang des causes de décès, tant chez les hommes que chez les femmes. Les tumeurs malignes et les accidents sont les autres principales causes de mortalité dans le pays. 20’000

ACCIDENTS ET TRAUMATISMES

DÉMENCE

garde-fous d’ordre éthique: «La décision de débrancher les machines doit être complètement indépendante de la perspective du don et de la transplantation d’organes. En aucun cas la famille ou le personnel soignant ne doit ressentir une pression en ce sens.» Afin de garantir le respect de cette séparation nette, «des dizaines de séances d’information et de discussion ont été organisées à l’interne», rapporte Philippe Eckert, chef du Service de médecine intensive adulte du CHUV. Au sein de l’hôpital universitaire vaudois, alors que le nombre de retraits thérapeutiques (arrêt du traitement menant au décès du patient) se monte à environ 200 par an, «on ne table que sur environ dix cas annuels de dons d’organes à cœur arrêté», indique-t-il. Le don d’organes à cœur arrêté pose également un défi logistique. Avec cette méthode, les chirurgiens disposent de moins d’une heure pour procéder au prélèvement. La circulation sanguine ayant cessé, tous les intervenants doivent agir vite et de façon parfaitement coordonnée. Philippe Eckert confirme: «Garantir la qualité des organes tout en respectant le défunt et sa famille représente une vraie course contre la montre.» La complexité du processus est d’ailleurs «l’une des raisons pour lesquelles on a longtemps renoncé au don d’organes à cœur arrêté», précise Manuel Pascual.

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MALADIES DÉMENCE RESPIRATSOIRES

MALADIES ACCIDENTS ET RESPIRATOIRES TRAUMATISMES

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MALADIES DES ORGANES URINAIRES

MALADIES INFECTIEUSES

CIRRHOSE DU FOIE

ANOMALIES CONGÉNITALES

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MALADIES DES ORGANES URINAIRES

MALADIES INFECTIEUSES

ANOMALIES CIRRHOSE CONGÉNITALES DU FOIE

CAUSES DE MORTALITÉ PÉRINATALE

CAUSES DE MORTALITÉ PÉRINATALE


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LES EXPÉRIENCES DE MORT IMMINENTE UN PHÉNOMÈNE AU CŒUR DES NEUROSCIENCES

UNE ESPÉRANCE DE VIE QUI PROGRESSE

Les progrès en neurosciences ont, quant à eux, permis d’apporter de nouveaux éclairages sur les expériences de mort imminente (EMI). Mentionnés dans l’Antiquité déjà, ces phénomènes n’ont cessé depuis d’alimenter les fantasmes, ceux-ci étant associés tantôt à du mysticisme, tantôt à de la charlatanerie.

En 1960, 19,8% des hommes décédaient après 80 ans. Ils sont aujourd’hui 51,2% à atteindre cet âge-là. Ces chiffres confirment une tendance démographique forte: les Suisses vivent de plus en plus longtemps. Leur espérance de vie est la plus longue au niveau mondial, juste derrière les Islandais pour les hommes (85 ans), et après les Japonaises pour les femmes (80,7 ans).

Les EMI ont ensuite été projetées sur le devant de la scène contemporaine en 1975, lorsque le médecin et psychiatre Raymond Moody a publié sa célèbre enquête La vie après la vie. Basée sur de nombreux témoignages, elle décrit les caractéristiques communes les plus souvent relatées par les personnes ayant vécu des EMI: lumière blanche au bout d’un tunnel, rencontre avec des proches disparus, sensation de flotter au-dessus de son corps, contact avec une unité transcendante. Depuis, ces expériences sont prises au sérieux par la communauté scientifique. En 2001, la première recherche prospective sur le sujet, conduite aux PaysBas autour du cardiologue Pim Van Lommel, estime que 12% des patients réanimés après un arrêt cardiaque auraient expérimenté une EMI. De la certitude que le cerveau s’arrête quelques dizaines de secondes après le cœur, on passe à une nouvelle hypothèse, celle de la mort par étapes. Selon une recherche de grande ampleur dévoilée en 2014, l’EMI surviendrait dans un laps de temps d’environ trois minutes. Menée durant quatre ans sur plus de 2000 patients hospitalisés au Royaume-Uni, aux EtatsUnis et en Autriche, l’étude AWARE parvient en outre au résultat suivant: près de quatre patients sur dix ayant survécu à un arrêt cardiaque ont décrit une sensation de conscience, sans pour autant parvenir à relater des souvenirs précis. Sur ces 39%, seuls 9% décrivent par contre des expériences que l’on pourrait qualifier d’EMI. Aujourd’hui, plusieurs études en neurosciences ambitionnent de trouver des réponses à ce phénomène, dont celle d’une équipe de chercheurs de l’Université du Michigan. Réalisés sur des rats, les tests démontrent que l’activité cérébrale s’intensifie de façon exceptionnelle durant trente secondes après l’arrêt cardiaque, notamment dans les zones associées à la conscience et à la vision. Selon George Mashour, l’un des coauteurs de l’étude, les visions relatées par les 28

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personnes ayant vécu une EMI pourraient s’expliquer par une communication devenue anarchique entre les différentes parties du cerveau. Rien n’indique toutefois que les résultats seraient semblables chez l’homme.

VRAI / FAUX «Les soins palliatifs permettent de prolonger la vie.» VRAI Même si l’objectif de la médecine palliative n’est pas de prolonger la vie, mais d’améliorer la qualité de celle-ci, FEMMES des études ont clairement démontré que des soins palliatifs prodigués de façon précoce peuvent aussi rallonger la vie des patients de manière significative.

Si les causes et les contours précis des EMI de32% meurent encore aujourd’hui largement débattus, «une chose est toutefois certaine», écrit Gian Dome48% qui ont nico Borasio dans son livre Mourir: «Ceux approché ainsi la mort confient que désormais ils la 65% redoutent moins et qu’ils69% sont plus calmes face aux 71% épreuves. Leurs témoignages nous invitent donc à considérer ce phénomène sous un angle positif.»/ EN SAVOIR PLUS LIVRES

«Mourir. Ce que l’on sait. Ce que l’on peut faire. Comment s’y préparer», Gian Domenico Borasio, PPUR, 2014. «La Mort», Alexandrine Schniewind, PUF, 2016.

80 ANS OU PLUS

«Le personnel soignant peut aider les gens à mourir à l’hôpital ou dans un EMS.» 65 – 79 ANS FAUX Dans certains cantons, comme

41%

«La mort: une inconnue à apprivoiser. Des étudiants en médecine engagent une réflexion», Marc-Antoine Bornet, Arnaud 22% 20% Bakaric, Sophie 19% Masmejan et Sophie Kasser, Favre, 2013. ONLINE 10% 9% 8% www.penserlamort.ch,

site 2%

2010

2000

autorisé au sein des hôpitaux, si le patient ne peut pas retourner à son domicile, par exemple. Mais le personnel soignant n’est pas autorisé à aider une personne à mourir. Le patient doit en effet faire appel à une association externe, telle que EXIT.

«It’s not about dying» TEDxCHUV 36% Domenico de Gian Borasio, 2014

MOINS DE 40 ANS

«Voilà comment je veux mourir.» Emission «Temps 19% présent» du jeudi 13 octobre 2016 12% www.rts.ch

de la Société 3% 2% d’études thanatologiques

2015

Vaud et Genève, le suicide assisté est 40 – 64 ANS

VIDÉOS

4% 1980

«En Suisse, chacun est libre de choisir où il souhaite mourir.»

8%

VRAI En Suisse, 80% des gens meurent à l’hôpital ou en EMS. Si une personne souhaite mourir à la maison, elle peut théoriquement le faire, mais à condition que des proches soient prêts et capables de prendre en charge une grande partie des soins.

1960

20% 28%

HOMMES

«En cas de mort cérébrale, le personnel soignant peut automatiquement prélever les organes.»

42% 49%

80 ANS OU PLUS

51%

FAUX Le prélèvement d’un organe n’est autorisé que si le donneur y a préalablement consenti. En l’absence d’un document attestant le refus ou le consentement de la personne décédée, un don d’organes peut toutefois être effectué si les proches de la personne y consentent.

40%

65 – 79 ANS

44%

35% MOINS DE 40 ANS

31%

31%

28% 21% 18% 12%

1960

7% 1980

29

5% 2000

17%

15%

3%

3%

2010

2015

INFOGRAPHIES: SÉBASTIEN FOURTOUILL, SOURCES: OFS

40 – 64 ANS

«Les organes peuvent être prélevés sur une personne décédée hors d’un hôpital depuis plusieurs heures.» FAUX Lorsqu’ils sont privés d’oxygène à l’intérieur du corps, les organes ne peuvent être prélevés qu’après une période définie, allant de 30 à 60 minutes. La tolérance à l’ischémie – le temps pendant lequel un organe peut survivre sans oxygène – varie en effet d’un organe à l’autre.


FOCUS

PROPOS RECUEILLIS PAR

PATRICIA MICHAUD

in vivo

LA MORT

INTERVIEW «ON ATTEND DÉSORMAIS DE LA MÉDECINE QU’ELLE ÉLOIGNE LA MORT»

Jean-Daniel Tissot a codirigé un ouvrage sur l’immortalité. Pour «In Vivo», il décrypte cette utopie et les avancées scientifiques qui lui font écho.

Comment définiriez-vous l’immortalité?

jean-daniel tissot

L’immortalité, c’est un non-sens, c’est une utopie, une sorte de rêve. J’éviterais de la définir! Au fond, l’immortalité, c’est une projection de l’homme pour repousser sa propre mort.

L’immortalité est donc impossible, malgré les avancées scientifiques?

Mais c’est compter sans le fait que nos cellules savent qu’elles ont vieilli. Tout est fait chez l’homme pour que la mort soit programmée. Chez les animaux aussi, d’ailleurs, même si on ne sait pas pourquoi il y a des différences au niveau de l’espérance de vie des espèces.

L’homme a beau être programmé pour mourir, il n’en rêve pas moins d’immortalité…

iv

iv

jdt La médecine peut progresser autant qu’elle veut: tant qu’il y aura des prédateurs autour de nous, nous mourrons. Alors certes, des expériences telles que le clonage tendent à faire croire que nous nous rapprochons de l’immortalité.

jdt Ce paradoxe reflète assez bien notre société contemporaine. On nage en plein «Parce que je le vaux bien» et cet égoïsme pèse sur l’ensemble de la population planétaire: on fige tout, on bloque tout, sans possibilité d’évolution. Je recommande la lecture du chapitre XX du Livre I des «Essais» de Montaigne, «Philosopher, c’est apprendre à mourir». Dans ce magnifique texte, on lit entre autres: «Chiron refusa l’immortalité, informé des conditions de celle-ci par le Dieu même du temps et de la durée, Saturne, son père.»

Biographie Jean-Daniel Tissot a dirigé le Service régional vaudois de transfusion sanguine (SRTS VD) de 2007 à 2014. En août 2015, il devient doyen de la Faculté de biologie et de médecine (FBM). Après un premier ouvrage sur la thématique du sang (Ed. Favre, 2011), il réunit une vingtaine de penseurs d’horizons différents – un professeur de médecine et de littérature, un dessinateur, un biologiste, un psychiatre, un avocat, un architecte, un mathématicien ou encore un alpiniste – pour réfléchir à la vaste problématique de l’immortalité. Né à Lausanne en 1955, Jean-Daniel Tissot a lui-même effectué ses études de médecine à l’Université de Lausanne (UNIL). Il a une formation en médecine interne, en hématologie clinique et en hématologie de laboratoire, ainsi qu’une spécialisation en médecine transfusionnelle. 30

iv

Mourir est donc une expression d’altruisme?

Oui. A condition bien sûr que la mort ait lieu à la fin d’une vie accomplie. jdt

Faites des enfants plutôt que de rêver d’immortalité: c’est votre message?

iv

jdt Absolument: laissez la place! L’homme est capable de créations magnifiques, par exemple dans le domaine artistique. Mais ce sont ces créations qui doivent demeurer immortelles, pas l’homme lui-même. J’ai parfois l’impression que les personnes qui rêvent d’immortalité n’ont pas pris le temps de s’arrêter et de bien réfléchir à la question. Supposons que je ne meure pas: dans une société future qui aura forcément connu de profonds changements culturels, serai-je toujours moi-même? Ne serai-je pas une tout autre personne, influencée par ces changements? Dans le même ordre d’idées, je suis toujours


FOCUS

LA MORT

amusé de constater que les gens souhaitent rarement être immortels à 120 ans, mais figés à un âge plus seyant, par exemple 60 ans.

Jean-Daniel Tissot, doyen de la Faculté de biologie et de médecine de l’Université de Lausanne.

L’un des buts de la médecine n’est-il pas de prolonger la vie?

jdt Avant, la médecine était censée soigner. Mais actuellement, on s’attend à ce qu’elle éloigne la mort. Je ne suis pas en train de dénoncer les avancées médicales. La transplantation est un progrès magnifique. Je constate simplement que des gens qui étaient censés mourir ne meurent plus, qu’on dispose désormais de nouvelles technologies pour se «réparer». Je pense non seulement aux greffes mais aussi aux organes artificiels. Cela ouvre la porte à de nouveaux espoirs en ce qui concerne l’immortalité. Parallèlement, en réduisant notablement la liste des causes de décès, les évolutions scientifiques nous laissent un panel pas très gai de pathologies. D’ailleurs, aujourd’hui, les gens ont plus peur de la souffrance que de la mort. Ils rêvent d’immortalité, mais ils se suicident davantage. Cherchez l’erreur…

Certains estiment que l’une des clés de l’immortalité se cache dans l’apoptose. Qu’entendent-ils par là?

iv

jdt L’apoptose est la mort contrôlée de certaines cellules. Elles s’autodétruisent afin de maintenir l’équilibre au sein des organismes multicellulaires. Prenez le cas d’un bébé: c’est l’apoptose qui va éviter qu’il ne naisse avec les pieds palmés. D’aucuns pensent que si l’on parvient à contrôler les mécanismes sous-tendant l’apoptose, on pourra dans la foulée repousser les limites de cette mort programmée qui, à l’échelle du développement, sculpte la vie et nos apparences, un suicide altruiste en quelque sorte. 31

HEIDI DIAZ

iv

iv

Vous ne semblez pas convaincu…

L’apoptose est l’expression même du fait que la vie dépend de la mort. Si on reprend l’exemple du fœtus: en se sacrifiant, les cellules formant la membrane située entre les petits orteils permettent de construire le bébé. Nous sommes donc tous le fruit d’une multitude de micro-morts! ⁄ jdt

À LIRE «L’immortalité. Un sujet d’avenir», Jean-Daniel Tissot, Olivier Garraud, Jean-Jacques Lefrère, Philippe Schneider, 2014, Editions Favre.


MENS SANA

«L’hôpital d’aujourd’hui est soumis à des procédures de rationalisation qui font que, petit à petit, les professionnels ne peuvent plus soigner convenablement.»

RUE DES ARCHIVES / MONIER

CYNTHIA FLEURY

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MENS SANA

INTERVIEW

CYNTHIA FLEURY La philosophe et psychanalyste vient de créer

la première chaire de philosophie à l’hôpital de l’Hôtel-Dieu à Paris. En quoi celle-ci permet-elle de repenser les soins et la santé? Interview. INTERVIEW: BÉATRICE SCHAAD

«Sans humanisme, soigner devient une simple réparation» qu’il faut un nouveau terme, la remplaçabiIN VIVO Selon vous, notre société produit des individus qui lité, pour qualifier ce processus de grande ont le sentiment d’être remplaçables. Qu’entendez-vous disqualification du sujet. par là? CYNTHIA FLEURY La question de la souffrance au travail, de l’obsolescence programmée qui structure littéralement le champ économique n’est pas nouvelle, mais elle s’accéIV Quelles sont les conséquences de ce senlère fortement depuis une trentaine d’années. La révolutiment de remplaçabilité? En quoi est-ce tion néo-managériale s’est abattue à la fois sur les services que cela modifie le comportement des indivipublics et sur les entreprises. Elle pousse cette notion de dus? CF On ne dit plus au sujet qu’il ne vaut rien, remplaçabilité à son maximum: si vous n’acceptez pas mais on lui fait comprendre qu’il est remplaçable des conditions inacceptables éthiquement, vous êtes au même titre qu’un produit. Ce processus balaie précarisé, placardisé, remplacé voire licencié. Petit à la singularité. Cela a plusieurs conséquences: la prepetit, se construit un monde strictement marchand, mière, c’est une forme de découragement, de déprétenu essentiellement par un jeu de multinationales et ciation, de mésestime de soi, voire de passage à l’acte de processus qui cherchent à tout monétariser. Nous contre soi-même. La deuxième, c’est le ressentiment ne sommes pas du tout dans le domaine du complot qui conduit à des comportements psychotiques de mais dans une dynamique capitaliste extrême, exbase jusqu’à des passages à l’acte plus dangereux encore traordinairement dérégulée. Ceci avec l’aval des pour soi-même et autrui. Enfin, l’histoire nous a toupolitiques, qui ont peut-être cru que c’était là une jours montré que la traduction politique du ressentiment bonne manière de faire. Or, on est retourné quarenvoie à plus de votes xénophobes, et de repli. siment à la crise de 1929 en termes de répartition des richesses sur cette planète. En tout cas IV Cette idée de remplaçabilité grandissante des indiaux Etats-Unis, où 1% de la population détient vidus s’applique-t-elle au milieu hospitalier, aux pro2% de la richesse mondiale; ce n’est vraisemfessionnels comme aux patients? CF Comme différentes blablement problématique pour personne entreprises, l’hôpital a été bombardé par une révolution puisque ça continue. Tout cela me fait dire managériale basée sur la tarification à l’acte. Elément sur-

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MENS SANA

INTERVIEW

d’être unique. A la chaire, nous avons voulu réaliste quand on pense que le temps accordé au patient, la initier une réflexion sur «soigner l’hôpital», singularité d’un diagnostic constituent aussi une forme de dans la veine de Tosquelles. Un médecin, soin. L’hôpital d’aujourd’hui est soumis à des procédures de référent d’une grande école, a par ailleurs rationalisation qui font que petit à petit les professionnels ne lancé une réflexion sur les violences subies peuvent plus soigner convenablement. par les étudiants en médecine.

«LES HUMANITÉS INSTAURENT UNE PUISSANCE CRITIQUE À L’INTÉRIEUR DE L’HÔPITAL.»

Cette violence est-elle propre à l’hôpital? Cette violence n’est pas spécifique à l’hôpital, elle est caractéristique de nos sociétés. Mais elle est encore plus problématique à l’hôpital, lieu du soin. Nous sommes globalement confrontés à un délire d’évaluation, de rentabilité qui est antinomique du soin, du temps accordé à autrui. Aujourd’hui, les objectifs sont axés sur la rentabilité et la restriction budgétaire. L’enjeu de la chaire est donc de redonner de la IV La tarification devrait donc tenir compte de la vaplace aux Humanités qui doivent accompagner la leur de la relation? CF De la relation, du temps pour médecine et instaurer une puissance critique à établir un diagnostic, ce qui permet aussi d’éviter de l’intérieur de l’hôpital. Le travail de la chaire c’est renvoyer quelqu’un faire une radio ou de subir une de réfléchir à une approche plus holistique du soin, opération alors qu’il n’en a pas besoin. Nous sommes existentiel, institutionnel et politique. L’hôpital a dans une ère d’hyper-technicité qui empêche le caracbesoin d’une appropriation citoyenne de ce qui fait tère clinique de la médecine de s’opérer. Or la médela santé, car le premier partenaire des changements cine sans la clinique, c’est de l’informatique. La techde fond de la médecine comme le virage vers l’ambunicité est un merveilleux atout si elle a pour socle le latoire ou l’allongement de la vie (et donc l’éducation souci de l’autre, la reconnaissance du sujet. thérapeutique), c’est le patient. IV Est-ce pour cette raison que vous avez créé une chaire de philosophie à l’hôpital, pour imposer IV Croyez-vous qu’une relation différente au patient une sorte de contre-pouvoir à la technicité et à doit être établie? CF Le patient d’aujourd’hui souhaite l’hyper-management? CF L’appauvrissement de la un rapport plus égalitaire avec les professionnels. Pendant longtemps, il a été trop infantilisé, relation consécutive au style de management dénigré, considéré comme passif. Quand que l’on a importé du monde du business BIOGRAPHIE un patient explique qu’il est chosifié, pas conduit les professionnels à avoir le sentiment Cynthia Fleury entendu, déprécié, il est important de ne qu’ils ne peuvent plus exercer leur métier. Et est philosophe et psychanalyste. pas déconsidérer cette parole. Heureuseà l’hôpital aussi, le management par le harcè- Professeure à ment, quantité de médecins et de soignants lement prospère, comme ce cas à l’hôpital l’American Unireconnaissent l’expertise du patient, sa caparisien Georges Pompidou, avec un profes- versity of Paris, elle fait aussi pacité agente. La médecine narrative est de seur qui s’est défenestré. partie du comité plus en plus sollicitée comme enseigneconsultatif natioment et pratique. IV A-t-il laissé une lettre, une explication? nal d’éthique. Elle est membre de la CF Une grande correspondance, en l’occurrence, qui montre l’exclusion qu’il a subie, cellule médicoIV Est-ce que la philosophie peut de façon psychologique la dévalorisation permamente, l’indiffé- du SAMU. Entre réaliste enrichir la réflexion sur la méderence, le cynisme, la placardisation, le mé- autres ouvrages, cine, sachant que sa temporalité est pris, les fausses accusations et le cas est loin elle a publié beaucoup plus lente? CF La philosophie Pretium doloris. L’accident comme souci de soi aux éditions Pauvert et La fin du courage. La reconquête d’une vertu démocratique aux Editions Fayard.

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IV

CF


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INTERVIEW

permet de rappeler que ce n’est pas l’outil IV Vous soulignez l’importance du processus d’individuaqui mène la danse; l’outil est une création et tion comme garant d’une forme d’humanisme dans les l’on doit sans cesse réinterroger sa finalité. soins. Or, historiquement, la définition du professionnaLa philosophie n’est pas «en retard» sur la lisme chez les soignants consiste à laisser les émotions au science, elle invite la science à se penser ellevestiaire, être une fonction avant d’être un individu. même, à ne pas scinder son développement Comment résolvez-vous cette tension? CF L’individuation de sa réflexion critique. Par ailleurs, elle invite c’est du décentrement, ce n’est pas du tout du délire émoà créer de nouveaux droits, par exemple un tionnel. Le «connais-toi toi-même» ne signifie nullement contrat de réciprocité entre ceux qui, comme une introspection égocentrée. Qui peut accueillir l’autre s’il dans le cas de la médecine personnalisée, n’a déjà opéré cette reconnaissance de la frontière qui le donnent leurs génomes et ceux qui ont pour constitue à la fois comme sujet et comme «manquant». mission d’organiser la protection et le partage L’individu n’est pas tout-puissant, il est résolument fini. de ces données personnelles. Il n’est que frontière, ligne au-delà de laquelle il se fantasme, ligne en deçà de laquelle il se déçoit. Alors porter le regard vers l’autre l’aide à ne pas sombrer dans le IV Dans ce monde soignant, le temps pour la miroir de son âme. L’autre nom de l’individuation est réflexivité est très compté. Des médecins asl’engagement, l’implication personnelle. L’homme n’est sistent-ils à vos cours, prennent-ils le temps que l’individuation qu’il tente. A trop rester hors de pour cela? CF Oui, ils viennent. Mais on est à cette tentative, il perd accès à sa propre humanité. l’aube de l’intégration. La chaire est trop récente Notre travail est donc de définir des critères de la propour tirer des conclusions sur l’assiduité. Les cours fessionnalisation en lien avec ce processus d’indivisont ouverts à tous, il n’y a pas d’obligation. Bien duation et adaptés au monde d’aujourd’hui. La bonne sûr, à terme, avec tous les partenaires de la chaire, distance sous-entend aussi la juste proximité. le but est de créer une intégration plus forte des humanités dans l’enseignement, initial et continu, ou dans la pratique hospitalière. IV Pensez-vous l’hôpital menacé de déshumanisation ? CF L’homme n’est pas l’humanisme, c’est très différent. Les hommes sont les hommes. L’humaIV Ces Humanités représentent quel pourcentage nisme, c’est ce que nous apprenons à construire du cursus en médecine? CF Pour l’instant, cela repréensemble. L’humanisme s’assimile à un homme sente trop peu. Cela prendra du temps. Cependant, on sublimé, capable d’assumer ses pulsions mortiobserve un phénomène générationnel: les jeunes sont fères, capable de créer, capable de construire avec plus conscients de la nécessité de réfléchir différemautrui. Préserver l’humanisme exige que chacun ment à ce que devient la médecine. Une partie de l’arparticipe. C’est une goutte dans l’immense océan. rière-garde nous a dit: faire une chaire de philosophie, Au vu de la place qu’occupe l’hôpital dans la cité, c’est la cerise sur le gâteau, il n’y a plus d’argent, ce n’est de son rôle, de ce qui s’y joue au quotidien de pas une priorité. Nous insistons sur le fait que ce n’est tensions, il est fondamental de s’y atteler. ⁄ pas la cerise sur le gâteau, que c’est vraiment nécessaire pour préserver le soin, la santé et la guéÀ LIRE rison. Sans cette préoccupation de l’hu- «Les irremplaçables», de manisme, soigner devient une simple ré- Cynthia Fleury. Editions paration. Un travail de mécano. Le but NRF, Gallimard, 2015. avec la mise sur pied de cette chaire de À NOTER philosophie est de participer grandement Les «5 à 7» de la FBMer La FBM inaugure le 1 à la réinvention de l’hôpital. C’est très décembre ses «5 à 7», important de ne pas laisser croire aux détaillant les axes stratésciences génétiques et informatiques giques de la Faculté. Béatrice Schaad, responsable qu’elles seules vont définir son avenir. de la communication du CHUV, et la philosophe Cynthia Fleury seront les oratrices de ce premier rendez-vous s’interrogeant sur la place de l’humain dans l’hôpital. A l’Auditoire César-Roux, à 17h.

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DÉCRYPTAGE

L’ère du patient informé TEXTE JULIE ZAUGG

Grâce à internet, le patient est désormais mieux renseigné et plus actif dans sa prise en charge. Mais la toile peut aussi provoquer de l’anxiété chez le malade ou favoriser les comportements dangereux.

C

ette satanée toux, couplée d’atroces maux de tête, ne veut pas s’en aller. Et le médecin ne peut pas vous voir avant la semaine prochaine. Vous saisissez alors votre smartphone et rentrez vos symptômes dans le moteur de recherche dans l’espoir de comprendre ce qui vous affecte. En Suisse, 64% des internautes sont déjà

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passés par là, selon une enquête de l’Office fédéral de la statistique. Aux Etats-Unis, cette proportion atteint même 80%. Gratuit, anonyme et disponible 24 heures sur 24, internet est attractif pour le malade en quête d’informations. L’immense majorité des requêtes se font par le biais de moteurs de recherche comme Google. «Ce dernier arrive désormais à répondre à des requêtes formulées non seulement sous forme de mots clés mais aussi sous forme de questions, fait remarquer Marcel Salathé, chercheur à l’EPFL,

LES PATHOLOGIES LES PLUS CONCERNÉES

LES MALADIES CHRONIQUES

Les patients souffrant d’une maladie chronique font partie de ceux qui utilisent le plus les ressources en ligne. Ils s’en servent essentiellement pour s’informer sur leur traitement et la façon de gérer leurs symptômes sur le long terme. Les nouveaux outils d’automesure (apps, bracelets intelligents, etc.) permettent en outre à ces patients de transmettre à leur médecin une multitude d’informations, comme leur tension, leur taux de cholestérol ou leurs niveaux de glycémie.


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DÉCRYPTAGE

qui étudie comment les maladies sont débattues en ligne. Il fournit aussi de plus en plus d’informations directement dans les résultats de la recherche, plutôt que de simplement renvoyer vers d’autres sites.» Une fonctionnalité introduite ce printemps par Google, Symptom Search, permet d’entrer ses symptômes dans le moteur de recherche et d’obtenir une série de fiches d’information sur les maladies dont il pourrait s’agir, assortie d’une liste de traitements et de conseils quant à la nécessité de se rendre chez un médecin ou pas.

Internet aide le patient à mieux cerner son diagnostic

Cette profusion d’informations améliore la prise en charge du patient. «Lorsqu’un malade arrive chez le médecin muni du savoir qu’il a récolté en ligne, il va davantage profiter de la consultation et mieux comprendre ce que le médecin lui dit», relève Jean Gabriel Jeannot, le médecin qui anime le site Medicalinfo.ch. Chez les malades chroniques, cela peut être crucial. «Ces patients doivent en général suivre un traitement complexe sur la longue durée, note Bertrand Kiefer, responsable de Planète Santé. Il est donc particulièrement important pour eux de bien comprendre les tenants et les aboutissants de leur maladie et de se montrer actifs dans sa prise en charge.» Un diabétique doit par exemple comprendre comment calculer et contrôler son taux de glycémie.

Les patients utilisent aussi des moteurs de recherche spécialisés comme www.moteurde-recherchemedical.org, des portails médicaux comme l’américain WebMD, le français Doctissimo ou le suisse Planète Santé et des agrégateurs d’articles médicaux comme PubMed. Ils fréquentent les sites d’institutions publiques comme l’Office fédéral de LES MALADIES la santé publique ou des RARES hôpitaux universitaires, Les personnes souffrant ou encore la bibliothèque d’une maladie rare se médicale nationale des tournent souvent vers la toile pour trouver Etats-Unis (MedlinePlus). de l’information. En Et ils consultent les plateSuisse, la plateforme formes des ligues de santé Info-maladies-rares.ch, comme l’Association suisse cogérée par le CHUV du diabète. On trouve en outre et les HUG, met à la de nombreux questionnaires disposition des patients une base de données en ligne qui permettent de des maladies rares savoir si on boit trop d’alcool, et des liens vers les si on souffre d’apnées du associations consacrées sommeil ou si on est à risque à chacune d’entre elles. d’ostéoporose ou de maladie Il existe en outre de cardiovasculaire. nombreux groupes de

soutien en ligne où ces patients peuvent discuter de leur diagnostic ou s’échanger des informations sur les dernières avancées en matière de traitements.

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Certaines maladies chroniques, comme les problèmes cardiovasculaires, sont des maladies silencieuses, sans symptômes. «Si on veut que le patient adhère à son traitement, il faut le sensibiliser aux risques qu’il court et pour cela, internet représente un bon outil», relève Jean Gabriel Jeannot. La toile l’aide aussi à mieux cerner son diagnostic. «Le médecin n’a pas toujours le temps d’expliquer tous les symptômes d’une maladie ou tous les effets secondaires d’un médicament», note Thomas Bischoff, jeune retraité du CHUV et spécialiste de la médecine de famille. Des études ont d’ailleurs démontré que 40 à 80% des informations transmises durant la consultation ne sont pas retenues.


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Cela vaut particulièrement dans le cas d’une maladie rare. Plus de 6’000 ont été répertoriées et de nouvelles affections sont décrites presque tous les jours. «Il est impossible pour un médecin de toutes les connaître», fait remarquer Frédéric Barbey, médecin associé au CHUV et coresponsable du site www.info-maladies-rares.ch. Dans de rares cas, les informations récoltées en ligne vont même assister le médecin dans la pose du diagnostic. Frédéric Barbey se souvient d’un patient souffrant d’hypermobilité articulaire qui s’est autodiagnostiqué via ce portail. Les patients souffrant d’une maladie rare ou d’une affection grave, comme le cancer, utilisent en outre la toile pour obtenir du soutien et briser leur solitude. «Il existe de multiples communautés en ligne et groupes Facebook sur lesquels les patients peuvent échanger entre eux, transmettre leur expertise à d’autres malades ou évoquer les effets secondaires de leur traitement», détaille Jean Gabriel Jeannot. Ces communautés virtuelles peuvent devenir de vrais groupes de pression. «Certaines sont capables de lever des fonds pour la recherche ou d’influencer les décisions politiques», note Marcel Salathé. De nombreuses études se sont intéressées à l’impact d’internet sur la relation entre le médecin et son patient. Parmi les conséquences négatives, une étude effectuée

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dans un hôpital de São Paulo en 2014 indique que des tests inutiles sont parfois réalisés et que les visites cliniques sont prolongées à cause de la méfiance des patients. La grande majorité d’entre eux font toutefois plus confiance à leur médecin qu’à internet. Selon les résultats d’un questionnaire de l’Université de Bordeaux réalisé en 2015, ils ne sont en effet que 6% à penser que le web apporte de meilleures réponses à leurs questions.

LES CANCERS

Maladie grave dont la progression peut s’étaler sur des années, le cancer suscite beaucoup de recherches en ligne. Il existe toute une galerie de blogs et de forums consacrés à cette maladie, comme «Après mon cancer du sein», «Fuck my cancer» ou la plateforme Seinplement Romand(e)s. La toile peut aussi jouer un rôle actif. L’association française Seintinelles s’en sert pour mettre en relation des chercheurs et des malades prêtes à participer à des études sur le cancer du sein. Une app créée il y a un an par un médecin du Centre de cancérologie du Mans demande aux patients atteints d’un cancer du poumon de répondre à 12 questions chaque semaine. Cela permet à leur médecin de juger le risque de récidive. «Elle a déjà permis de réduire le nombre de décès de 27%», note Jean Gabriel Jeannot.

L’étude met également en lumière la méfiance des professionnels face à internet. La majorité d’entre eux mettent leurs patients en garde. En effet, si les données véhiculées par une plateforme comme Planète Santé sont vérifiées, ce n’est pas le cas de celles qui circulent sur des portails comme Doctissimo. «Or, l’ordre dans lequel s’affichent les résultats de recherche sur internet ne reflète pas la qualité des informations mais plutôt celle de leur référencement», indique Bertrand Kiefer. Les plateformes qui génèrent le plus de clics – grâce notamment à leurs infor­ mations chocs – ou qui incorporent le plus de liens apparaissent en tête. Pire, de nombreux patients cliquent sur les liens com­ merciaux qui se trouvent au sommet de la page et cherchent avant tout à leur vendre des traitements douteux, voire illégaux.


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DÉCRYPTAGE

LES MALADIES INFANTILES

Les parents, grands inquiets, sont des usagers avides de la toile. En Suisse, la plateforme Monenfantestmalade.ch leur est adressée. «L’objectif est de les orienter avant et après une consultation, ainsi que de décharger les urgences», relève Alain Gervaix, professeur au Département de pédiatrie de l’Université de Genève et coresponsable du site. Ce portail répond à des questions simples comme «mon enfant s’est brûlé, est-ce que je dois consulter un médecin?» ou «mon enfant a vomi son médicament, faut-il lui redonner toute la dose?» Il comprend aussi des fiches d’information sur les maladies les plus courantes. «L’hiver dernier, de nombreux parents sont venus nous voir après avoir lu la fiche sur la bronchiolite et avoir reconnu les symptômes (une respiration rapide notamment) chez leur enfant», fait remarquer le médecin.

Cette désinformation peut avoir des effets désastreux. Certains malades vont renoncer à une visite chez le médecin, pensant pouvoir se soigner tout seuls grâce aux informations trouvées en ligne. A l’autre bout du spectre, d’autres vont se mettre à paniquer en lisant les informations alarmistes qu’on trouve aisément sur la toile. «Sur internet, un mal de tête peut se transformer en tumeur du cerveau en trois clics», relève Jean Gabriel Jeannot. Ce mal du XXIe siècle a même un nom, la cyberchondrie. ⁄

GILLES WEBER

Et plus ils effectuent des recherches sur internet, plus ils en voient. «Les moteurs de recherche enregistrent toutes vos requêtes et s’en servent pour vous proposer des publicités, dit Marcel Salathé. Il n’y a pas de secret médical sur le web.»

«Internet a permis au patient de prendre du pouvoir»

Pour Thomas Bischoff, l’accès à l’information favorise la prise en charge. Comment internet a-t-il changé la relation entre le médecin et son patient?

iv

Il y a eu une prise de pouvoir du malade, qui n’obéit plus aveuglément au médecin. Lorsqu’on lui prescrit un traitement, il sait pourquoi il doit le prendre, c’est un choix conscient. Cela a fait émerger un rapport d’égal à égal entre le patient et son docteur, une sorte de partenariat dans la gestion de la maladie.

tb

iv

Comment le vit-on en tant que médecin?

Il arrive qu’un patient détienne des informations sur sa maladie que le médecin lui-même ignore, soit au courant d’une nouvelle thérapie avant ce dernier ou porte un regard critique sur le diagnostic posé. Cela peut être déstabilisant. Mais un patient mieux informé est toujours une bonne chose.

tb

Un patient peut-il vraiment s’auto-diagnostiquer sur la toile?

iv

Ce genre de cas est rare, mais il existe. L’un de mes patients, dans la trentaine, est venu me voir car il avait mal à la poitrine. Une recherche sur internet l’avait convaincu qu’il souffrait d’une embolie pulmonaire ou d’un infarctus. Je l’ai aussitôt rassuré, en lui disant qu’à son âge, c’était peu probable. Une semaine plus tard, il est revenu me voir: il avait fait une embolie pulmonaire.

tb

THOMAS BISCHOFF, SPÉCIALISTE DE LA MÉDECINE DE FAMILLE, EST JEUNE RETRAITÉ DU CHUV.

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APERCU

L’HOMME EST UN MAUVAIS MALADE Les patients masculins ont tendance à ignorer leur maladie et à éviter les visites chez le médecin. Des chiffres confirment aujourd’hui ce que l’on croyait être un cliché. TEXTE: CLÉMENT BÜRGE

L

es 33 patients, un mélange de fumeurs et d’anciens fumeurs, étaient tous atteints de diabète de type 2. «Ils étaient conscients du danger du tabac et de son interaction avec leur maladie», explique Carol Claire, cheffe de clinique à la Policlinique médicale universitaire de Lausanne, qui a mené une étude sur leur comportement.

portaient comme des patientes exemplaires: fini la cigarette et la nourriture malsaine.

Ce comportement semble typique des patients masculins. «Les hommes font moins attention à leur santé que les femmes», explique Anita Riecher-Rössler, une psychiatre qui dirige le Centre médical sur le genre de l’Université de Bâle. Tout d’abord, l’homme déteste admettre qu’il est malade. «Les patients masculins Le constat de la chercheuse? ont tendance à ignorer leurs La plupart des hommes étudiés symptômes et à éviter d’aller ne respectaient pas les consignes chez le médecin aussi longtemps de sécurité du personnel médical. que possible, ils ne consulteront «Leur comportement qu’en cas de crise grave», était dangereux, explique DIABÈTE explique Anita Riecherl’experte. Ils continuaient DE TYPE 2 Rössler. Selon une étude à fumer en se disant Le diabète est un trouble de de l’Office fédéral de la ‘bah, il faut bien mourir l’assimilation statistique (OFS) réalisée de quelque chose’ ou du sucre dans le en 2012, la moitié des continuaient à manger sang. L’obésité et trop de sucre et à boire le manque d’acti- hommes entre 25 et vité physique 45 ans ne consultent pas de l’alcool.» Les femmes, seraient les causes de médecin en une année, au contraire, se comprincipales du diabète de type 2 chez des personnes qui y sont génétiquement prédisposées.

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contre seulement 35% pour les femmes – en excluant les consultations chez le gynécologue et d’autres spécialistes de ce genre.

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ne fois chez le médecin, les hommes se comportent aussi différemment. «Ils sont moins ouverts et ont plus de peine à mettre des mots sur leurs symptômes, note Anita Riecher-Rössler. Les hommes s’expriment aussi moins bien que les femmes, qui sont plus à l’aise et peuvent parler plus librement de leurs symptômes.» Parfois aussi, l’homme cesse de suivre le traitement prescrit dès qu’il commence à se sentir mieux, alors qu’il est crucial de le prendre en entier. Ce phénomène est encore accentué dans le cas des maladies mentales. «Deux fois plus de femmes se font diagnostiquer


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MAURICE MATTER

SCIENCE PHOTO LIBRARY, SAM, ANGELA WYLIE / FAIRFAX

ABLATION DU SEIN CHEZ L’HOMME

TRAVIS GARONE, COFONDATEUR DU MOUVEMENT MOVEMBER

MÉDECINE DU GENRE Une approche de la médecine qui prend en compte les différences biologiques et sociales entre les hommes et les femmes. Née dans les années 1970, la notion s’est institutionnalisée dès les années 1990. Les spécialistes reconnaissent aujourd’hui que des traitements légèrement différents sont requis pour traiter les maladies cardiovasculaires, les troubles mentaux ou les cancers chez l’homme et la femme.

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avec une dépression, explique Catherine Fussinger, une historienne spécialiste de la question du genre en médecine. Les hommes n’en sont pas moins atteints, mais ils osent moins en parler, car ils pensent que cela les ferait passer pour quelqu’un de faible.»

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es différences qui s’expliquent par la construction sociale du genre. «Ils agissent de la sorte simple-

ment car cela correspond à l’idéal masculin qui leur a été inculqué, explique Catherine Fussinger. Ils jouent aux ‘mecs’. Les questions biologiques n’y sont pour rien.» Un garçon doit donc se montrer viril, MASCULINISME fort et puissant. A l’inverse du Cette attitude féminisme, il est aussi plus s’agit d’un mouvemarquée ment qui promeut les droits à certains des hommes. Le moments de mouvement est leur existence: né du constat les adolescents, que les hommes souffrent d’un plus grand taux de suicide, ont de moins bons résultats scolaires et sont plus souvent victimes de meurtres.


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en pleine construction de leur identité, exagèrent davantage ce comportement; les seniors se montrent plus ouverts, se souciant généralement moins des questions d’apparence.

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aut-il atténuer ces différences? «Il faut apprendre aux jeunes enfants qu’ils ont le droit d’exprimer de la douleur, de la tristesse ou de la peur, dit Carole Clair. Nous devons faire en sorte que les aspects de la virilité mis en valeur par les garçons ne le soient plus.» Des campagnes de prévention ciblées sur certaines maladies pourraient également avoir un impact auprès des adultes. Le mouvement Movember, par exemple, a été créé dans le but de sensibiliser la population à des pathologies masculines telles que le cancer de la prostate ou des testicules. L’Association américaine de cardiologie a par exemple diffusé une publicité télévisée à caractère humoristique, où les enfants d’une femme au foyer surmenée lui expliquent qu’elle fait une attaque cardiaque. «C’était original et ça a touché les gens», dit l’experte. D’autres vont encore plus loin: dans le monde anglo-saxon, une série de centres spécialisés en soins pour hommes ont vu le jour, comme le Center for Men’s health de NYU Langone à New York et la Leeds Beckett University en Angleterre. Ces centres se spécialisent

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l’âme geek des hommes et en maladies qui touchent les parlent de manière plus hommes en particulier, comme détendue quand ils les problèmes érecabordent les questions tiles et le cancer de MOVEMBER de consommation de la prostate. Le tout, En 2003, la fondation australienne drogue et d’alcool. Une en essayant de créer Movember Founapproche extrême qui une atmosphère qui dation Charity s’est peut marcher pour un mettent les hommes à lancé comme défi de certain groupe de la l’aise: de gros canapés changer le visage de la santé au masculin. population, mais régler en cuir embellissent Chaque année, en ce problème de société les salles d’attente, ce novembre, elle orgapassera avant tout par qui leur donne un côté nise des événements exclusif, les médecins et invite les hommes une meilleure sensidu monde entier à bilisation des patients utilisent des gadgets se laisser pousser masculins. ⁄ tech qui touchent la moustache. But: récolter des fonds pour soutenir les maladies dites masculines.

LE CANCER OUBLIÉ Près de 1% des cas de cancer du sein touche les hommes. Une maladie difficile à accepter pour cette minorité. En moyenne, on compte un cancer du sein chez l’homme tous les 100 cas découverts chez la femme. Une maladie qui est donc très difficile à accepter pour un homme. «Comme le cancer du sein est perçu comme une maladie de femme, un homme concerné va avoir honte et peur d’en parler, explique Maurice Matter, oncologue au CHUV. C’est pourtant un cancer comme un autre.» Par ailleurs, les réseaux de soins sont organisés essentiellement autour de la femme. «Le personnel a moins l’habitude de traiter un homme», raconte le spécialiste. La prise en charge est plus maladroite et les informations transmises ne sont pas forcément adaptées aux patients masculins. «Les centres de traitement du cancer du sein sont souvent installés dans le centre de gynécologie d’un hôpital, les autres patientes regardent parfois bizarrement l’homme qui vient s’y faire soigner.» Les hommes atteints de cette maladie ont aussi plus de peine à obtenir du soutien, les associations de patients étant exclusivement composées de femmes. «J’essaie donc de mettre en contact mes patients pour qu’ils puissent se parler», dit Maurice Matter. Aujourd’hui, le CHUV souhaite améliorer cette prise en charge, en créant notamment une filière clinique dédiée aux hommes.


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COULISSES

«PUBLISH ME, I’M FAMOUS» TEXTE BETRAND TAPPY

La publication des travaux dans les revues scientifiques joue un rôle fondamental dans le fonctionnement de la recherche actuelle. «In Vivo» lève le voile sur les coulisses d’un mécanisme inconnu du grand public.

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haque année, plus de 1,2 million de nouveaux articles sont générés par des institutions de recherche autour du globe dans le domaine biomédical afin d’être publiés dans des revues scientifiques. On pourrait penser que le fait de pouvoir communiquer son travail suffise au bonheur des chercheurs, mais la réalité est tout autre: que ce soit à cause du choix de la revue à qui le manuscrit sera soumis ou du processus de relecture, une carrière peut basculer du jour au lendemain. «Il existe une hiérarchie très stricte en ce qui concerne la littérature scientifique, explique Jérôme Wuarin, adjoint à la recherche au décanat de la Faculté de biologie et de médecine (FBM). Pour déterminer la valeur d’un titre, on utilise plusieurs critères de mesure. La plus répandue, c’est le facteur d’impact, (ou «impact factor» abrégé IF) qui est déterminé par le nombre de fois en moyenne où un article publié par la revue est cité par le reste de la communauté scientifique. Pour faire simple, plus ce chiffre est élevé, plus le prestige de la publication est grand.»

Evidemment, plus l’IF est haut, plus l’accès aux précieuses pages est serré. Parmi les membres de ce club très sélect, on peut notamment citer l’ultra-connue revue généraliste Nature, ou le New England Journal of Medicine. Si votre nom apparaît dans ces revues prestigieuses, vous pourrez considérer que votre carrière de chercheur est sur les bons rails: «Non seulement la profession autour du globe sera au courant de vos travaux, mais vous pourrez également plus facilement convaincre les bailleurs de fonds – privés ou publics – de financer vos prochains travaux», continue Jérôme Wuarin. Mais quel est le chemin à parcourir pour atteindre le Graal?

Le ping-pong de la relecture Imaginons que vous soyez un chercheur parvenu à la fin de la rédaction de son étude de recherche. Vous allez bien évidemment tenter de placer votre recherche dans une revue prestigieuse: pour y parvenir, il faut tout d’abord passer l’étape de la première sélection qui est dépendante de la ligne éditoriale de la revue. Il y a aussi des sujets porteurs, comme par exemple les recherches sur la maladie d’Alzheimer, les cellules souches ou plus récemment sur le virus Zika, dont les revues vont être friandes et qui peuvent passer plus facilement (eh oui, la science suit également des phénomènes de mode). Si votre manuscrit passe cette première fourche, une équipe de spécialistes du domaine – nommés «reviewers» – sera déléguée pour passer votre tra-

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COULISSES

vail au crible et vous rendre une des trois réponses suivantes: Oui pour une publication en l’état (très rare), oui à condition d’apporter une ou plusieurs modifications, ou non. Dans les revues classiques, ces reviewers au nombre de 2 ou 3 sont anonymes afin d’éviter des rancœurs de la part du chercheur qui pourrait voir son travail recalé. Dans le dernier cas de figure – le plus fréquent – lorsque votre travail est refusé pour publication, tout espoir n’est pas perdu puisque vous pouvez resoumettre votre travail dans un nouveau journal. Vous devrez par contre vous tourner vers d’autres revues spécialisées, dont l’IF sera probablement plus bas mais dont les éditeurs seront susceptibles d’accorder plus d’intérêt à votre texte. Malheureusement, ce processus de révision prend un temps considérable: entre trois et quatre mois pour le premier retour, puis entre six mois et un an pour les relectures et la publication. Pendant tout ce temps-là, vous ne pouvez pas communiquer vos résultats. Un retard frustrant et qui – à l’échelle mondiale – freine finalement l’intégralité de l’effort scientifique visant à l’innovation et au progrès médical, avec parfois des conséquences dramatiques s’il s’agit de travaux concernant – par exemple – une épidémie en cours.

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EN POURCENT, LA PART DES PROFITS GÉNÉRÉS PAR L’ÉDITION SCIENTIFIQUE QUI EST CAPTÉE PAR LES SIX LEADERS MONDIAUX. (Elsevier, Wiley, Wolters Kluwer, Thomson Reuters, Taylor & Francis, Springer-Nature)

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Une colline de papier, une montagne de dollars Si l’on jette un œil dans les coulisses, les choses se corsent davantage: «De plus en plus de voix académiques s’élèvent contre le système actuel, qui donne un pouvoir immense aux maisons d’édition, déclare Jérôme Wuarin. En choisissant quels travaux seront publiés ou pas, elles dictent finalement leur vision aux institutions universitaires, ainsi qu’aux agences nationales de recherche ou fondations privées, qui se basent sur leur sélection initiale pour déterminer qui seront les chercheurs les plus prometteurs. Cela fait d’eux les arbitres, voir maîtres de notre système académique…» Et ce n’est que la pointe de l’iceberg concernant le pouvoir actuel que détiennent les maisons d’édition de journaux scientifiques. Car pour avoir le droit de consulter les articles publiés, il faut bien évidemment conclure un abonnement payant. Et pour que chaque membre d’une institution académique puisse y accéder, chaque université ou EPF négocie annuellement des contrats pour des montants atteignant facilement plusieurs millions de francs. La Faculté de biologie et médecine de Lausanne dépense ainsi à elle seule plus d’un million et demi de francs chaque année, soit près de la moitié du montant total versé aux éditeurs par l’UNIL. Multipliez le chiffre par le nombre d’universités dans le monde, et vous vous ferez une petite idée du business de la litté-


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COULISSES

EN MILLIONS, LE NOMBRE DE FRANCS DEPENSÉS PAR L’UNIL CHAQUE ANNÉE POUR POUVOIR CONSULTER LA LITTÉRATURE SCIENTIFIQUE PAYANTE, TOUTES DISCIPLINES CONFONDUES

rature scientifique, dont le chiffre d’affaires (géré par quelques groupes dont le leader est Elsevier) cumulé atteint plus de 7,5 milliards d’euros par an, avec des marges bénéficiaires de plus de 36%! «Et les tarifs des abonnements institutionnels ne cessent de grimper avec des hausses pouvant atteindre jusqu’à 12% par an», ajoute Jérôme Wuarin. Une politique qui a des conséquences dramatiques, puisque aucune université au monde, même celle de Stanford, ne peut plus avoir accès à toutes les revues qui seraient nécessaires à l’avancée du savoir pour leurs chercheurs et étudiants.

Les alternatives open access plus que jamais encouragées

ce dernier soit redistribué gratuitement sur le web et soit accessible en utilisant des moteurs de recherche communs tels que Google. «On estime aujourd’hui qu’une publication qui n’est pas en libre accès ne touchera que 60% de ses lecteurs potentiels. Les gouvernements et agences de financement au niveau européen ont donc également décidé d’empoigner le problème, confirme la Dre Cécile Lebrand, responsable de l’Unité de gestion des publications à la bibliothèque de la FBM. Pour eux, il s’agit d’assurer la visibilité et donc la compétitivité de leur place scientifique. Les publications devront dans un proche avenir toutes être diffusées en accès libre et une date a été esquissée, puisque l’UE a annoncé que toutes les recherches financées par un fonds public au sein de l’Union devraient être rendues disponibles en open access d’ici à 2020. (A lire le dossier sur l’open science paru dans le dernier numéro de Technologist). En Suisse, le FNS (Fonds national suisse) – qui finance une grande partie de la recherche académique de notre pays – soutient officiellement ce mouvement et a décidé de renforcer sa politique obligeant les chercheurs à publier leurs résultats en open access.

L’issue finale de cette bataille entre institutions et maisons d’édition reste cependant encore En réaction à cette crise, un nouveau mouvement 4 MILLIONS très incertaine. «Probablement, conclut Cécile est né il y a plus d’une dizaine d’années, notamment LEanglo-saxons. NOMBRE DE FRANCS Lebrand, tous les journaux mis sous pression sous l’impulsion des pays Il consiste à DEPENSESalternatives PAR L’UNIL basées adopteront à plus ou moins long terme un busitrouver de nouvelles solutions CHAQUE ANNEE POUR ness modèle de publication purement en open sur le libre accès – le fameux «open access» – afin POUVOIR CONSULaccess. Ainsi, plus aucun article scientifique ne que la redistribution desTER articles publiés se fasse de LA LITTERATURE serait retenu prisonnier derrière les barreaux des manière gratuite pour SCIENTIFIQUE le lecteur. Deux solutions PAYANTE, maisons d’éditions et la diffusion de l’information existent actuellement: laTOUTES première – appelée «voie DISCIPLINES CONFONDUES et des connaissances deviendraient accessibles à dorée» – propose que l’auteur paie la revue pour tous gratuitement». Mais attention, cette révoluque son article soit accessible gratuitement. Dans tion ne devrait s’opérer qu’à condition de nouveaux le second cas de figure, celui de la «voie verte», arrangements financiers raisonnables entre les insle chercheur dépose à moindre frais son manustitutions et les maisons d’édition. ⁄ crit auprès de son institution pour qu’ensuite

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CHRONIQUE

JEAN GABRIEL JEANNOT Médecin et fondateur du site Medicalinfo.ch

Le courrier électronique, un outil sous-utilisé par les médecins Je ne pourrais simplement plus m’en passer. J’envoie des e-mails à mes patients quotidiennement pour leur transmettre les résultats de leur prise de sang, le rapport d’une radiographie ou celui d’un spécialiste consulté. Mes patients s’en servent pour me poser des questions ou pour me donner des nouvelles. Si l’échange par téléphone a l’avantage de permettre une interaction directe, l’e-mail a celui de pouvoir être envoyé et lu à n’importe quel moment. Internet a changé le rapport entre le médecin et son patient à travers les informations qui y sont disponibles, mais également au niveau de la communication. Il n’existe à ma connaissance pas de chiffres sur l’utilisation du courrier électronique entre médecins et patients en Suisse. Un sondage effectué en France en 2015 auprès de 1042 médecins montre un taux d’utilisation de 72%. Ce n’est cependant pas encore une pratique quotidienne, 11% déclarant l’utiliser souvent, 61% parfois.

Parmi les désavantages cités, on retiendra le fait qu’aucune étude n’a montré que son utilisation avait un impact sur la santé des patients, mais aussi que le téléphone, qui permet un échange immédiat, lui serait supérieur. Des arguments, pour être honnête, qui ne m’impressionnent pas beaucoup. Un élément négatif doit par contre être pris au sérieux: le risque pour le médecin d’être noyé sous les e-mails. Cela implique le respect de certaines règles. C’est pour cette raison qu’au bas de chacun des e-mails que j’envoie figure un lien vers des règles d’utilisation du courrier électronique, inspirées de recommandations officielles.

Personnellement, je suis convaincu qu’un patient comprend mieux les informations médicales Dans un article publié en 2015 dans le British envoyées par mail que celles transmises par Medical Journal, deux médecins, l’un en faveur téléphone uniquement, puisqu’il peut les lire et de l’utilisation du courrier électronique et l’autre relire autant qu’il veut. J’ai le sentiment que cela contre, s’opposent en citant les études qui permet également à mes patients de me poser des appuient leur position. Pour ce qui est des argu- questions pour lesquelles ils ne me dérangeraient ments positifs, on y apprend notamment que la pas par téléphone. Enfin, l’e-mail a l’avantage satisfaction des patients qui échangent avec leur de pouvoir être envoyé à plusieurs destinataires médecin par e-mail est généralement élevée. simultanément, une option très utile pour une médecine qui fonctionne toujours plus en réseau. Pour toutes ces raisons, je suis convaincu que le PROFIL Spécialiste en médecine courrier électronique est un bon complément à interne à Neuchâtel, le docteur la consultation. ⁄ Jean Gabriel Jeannot a développé un grand intérêt pour le domaine de l’e-santé. Il est l’auteur de trois sites Internet: Medicalinfo.ch, Cabinetmedical.ch et Moteurde-recherche-medical.org

À LIRE

DR

«La santé (autrement)», blog sur la plateforme du journal «Le Temps»

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LE PORC, SOURCE D’ORGANES

Chaque année, seul un tiers des patients en liste d’attente pour une transplantation reçoit une greffe. Grâce aux avancées de la génétique, les porcs pourraient fournir des organes recevables par l’humain.

MAURO FERMARIELLO / SCIENCE PHOTO LIBRARY

TEXTE: YANN BERNARDINELLI

IN CORPORE SANO


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«Les listes d’attente augmentent inexorablement alors que le nombre de donneurs d’organes demeure insuffisant», relève Manuel Pascual, médecin-chef du Centre de transplantation d’organes du CHUV. Dans les années 1980, l’arrivée de la ciclosporine, une molécule immunosuppressive, a permis d’effectuer les premières transplantations d’organes d’homme à homme et de supprimer les réponses immunitaires aiguës. Pour Léo Bühler, médecin adjoint au Service de chirurgie viscérale des HUG, ce fut une révolution qui a mené à la pénurie d’organes actuelle. Pour y faire face, les médecins pourraient un jour prescrire des organes de porcs à leurs patients. «Ces animaux constitueraient une source illimitée d’organes disponibles sans attente et nous pourrions intervenir beaucoup plus tôt dans la maladie.» LES XÉNOGREFFES RELANCÉES

L’idée d’effectuer des xénogreffes, c’est-à-dire toutes éventuelles greffes d’origine animale chez l’homme, ne date pas d’aujourd’hui. En 1906 déjà,

le chirurgien lyonnais Mathieu Jaboulay effectuait les premières transplantations de reins issus de chèvres ou de porcs sur l’homme. Les tentatives se soldèrent par des échecs en raison du rejet rapide par le système immunitaire du receveur. Même si les connaissances en immunologie et les technologies ont progressé, les xénogreffes se soldent toujours par des rejets 110 ans après. Mais les récents progrès de l’ingénierie génétique et plus particulièrement le développement de la technologie CRISPR-Cas9 pourraient ouvrir de nouvelles possibilités. CRISPR-Cas9 est un nouvel outil qui fonctionne comme un ciseau moléculaire, capable de découper précisément l’ADN. Il permet, relativement aisément, de modifier des séquences. Nicole Déglon, directrice du Centre de recherche en neurosciences du CHUV explique que les systèmes précédents, basés sur des protéines pour reconnaître une séquence d’ADN, étaient trop complexes et peu fiables. CRISPR se base sur l’ARN qui est aisé à synthétiser et très

GREFFER DES TISSUS ANIMAUX Les xénogreffes ne concernent pas que les organes vascularisés. Des cellules animales peuvent être encapsulées dans une membrane synthétique poreuse perméable aux nutriments, à l’oxygène et à certains métabolites, tout en protégeant le greffon contre le système immunitaire du receveur. La start-up Cellcaps issue des HUG et de l’EPFL a bon espoir de pouvoir lancer des essais cliniques d’ici à trois ans.

CORPORE SANO

INNOVATION

fiable. La protéine Cas9 s’occupe simplement de couper l’ADN; elle est universelle. La technologie est applicable in vivo et permet l’accélération sans précédent de la production d’organisme génétiquement modifié, ce qui pourrait, selon Manuel Pascual, relancer les recherches sur les xénogreffes en accélérant l’humanisation du porc. «Il y a dix ans, personne n’aurait prédit un avenir aux xénogreffes d’organes, mais les discussions sur d’éventuelles applications cliniques pourraient reprendre.» LE CHOIX DU PORC

Les meilleurs candidats pour une xénogreffe sont les porcs, du fait de leurs similitudes avec l’homme. «Nous partageons près de 99% de nos gènes, et nos organes sont de taille et de fonctionnement quasi similaires, précise Alexandre Reymond, généticien et directeur du Centre intégratif de génomique de l’Université de Lausanne. Malgré cette ressemblance, ces animaux sont suffisamment éloignés de l’homme génétiquement parlant pour limiter la transmission de virus liés à l’animal.» De plus, les truies portent jusqu’à dix porcelets tous les trois mois, indique Léo Bühler. Cette rapidité de reproduction est une aubaine pour les manipulations génétiques comparativement à d’autres espèces, puisque les croisements et la sélection des individus porteurs ou non porteurs des gènes modifiés sont facilités par la fréquence et le nombre des naissances. En effet, la probabilité


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d’obtenir un individu génétiquement modifié est plus élevée en cas de portée multiple.

Un autre problème majeur réside dans le fait que les porcs portent des vecteurs rétroviraux potentiellement dangereux pour l’homme. «On parle ici de virus qui modifient l’ADN de leur hôte», indique Alexandre Reymond. Là encore, les animaux devraient être modifiés génétiquement pour supprimer toutes traces de rétrovirus. C’est en partie ce que vient de réaliser le généticien d’Harvard, George Church, démontrant tout le potentiel de ce nouvel outil dans le cadre des xénogreffes. PAS D’IMPASSE ÉTHIQUE

La formule choque, mais les barrières légales et éthiques CORPORE SANO

RENÉ PRIMEVÈRE LESSON

Les petites différences génétiques entre les porcs et l’homme expliquent d’ailleurs les rejets sévères des greffons porcins. Un des responsables est l’alpha-gal, un sucre qui n’existe pas chez l’homme. Des animaux transgéniques sans alpha-gal ont pu être générés, mais «ce fut une grosse déception, car les rejets d’organes persistaient», raconte Manuel Pascual. Aujourd’hui encore, les essais de greffes d’organes ne donnent pas de résultats suffisamment encourageants pour une entrée en phase clinique. CRIPR-Cas9 pourrait permettre d’accélérer la recherche en facilitant la modification génétiquement des cochons par la suppression de gènes porcins et l’ajout de gènes humains.

ET LES SINGES? Les grands singes sont encore plus proches génétiquement des hommes et possèdent des organes de fonctionnement et de taille compatible, ce qui a priori en fait de bons donneurs. Pourtant, ils ont des désavantages incontournables, principalement au niveau de la reproduction. «Les porcs sont matures sexuellement à 7 mois alors que les babouins à 10 ans, indique Léo Bühler. De plus, ils ne portent qu’un individu à la fois. Ce n’est pas assez.» Par ailleurs, en Suisse, la législation stipule qu’il est «interdit d’utiliser des primates comme animaux ressource» et, d’un point de vue éthique, «le sacrifice d’un singe est moins accepté en raison de ses similitudes comportementales avec l’homme», indique Manuel Pascual.

ne semblent pas insurmontables. En Suisse, c’est la loi fédérale sur la transplantation d’organes qui régit les xénotransplantations. Elle stipule qu’une autorisation de l’Office fédéral de la santé publique (OFSP) est indispensable. Selon Léo Bühler, les barrières religieuses n’existent pas puisque les trois grandes religions ont validé le concept INNOVATION

de xénogreffe à des fins thérapeutiques. C’est son ingestion qui est interdite pour le judaïsme et l’islam. Peut-être donc qu’un jour, la phrase «Des rognons de porc pour la douze!», classiquement criée par les garçons de brasseries, pourrait bien être entendue dans les couloirs des hôpitaux! /


TEXTE: ANDRÉE-MARIE DUSSAULT ILLUSTRATION: LO COLE

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LE JEÛNE AU GOÛT DU JOUR S’abstenir de manger à des fins thérapeutiques ou de bien-être est une pratique qui fait toujours plus d’adeptes. Les scientifiques appellent à la prudence.

n Valais, le centre Interlude bien-être propose depuis cette année des séjours «jeûne et randonnée». Dans un décor enchanteur à mi-montagne, loin des tentations, une dizaine de personnes – à 80% des femmes, âgées entre 30 et 60 ans – viennent jeûner et marcher entre 4 et 7 jours. «Malgré très peu de publicité, nous avons réussi à remplir nos semaines depuis le début, rapporte Louis Clerc, responsable du centre; il existe un véritable intérêt pour ce type d’offre.» Le jeûne – l’abstinence complète ou limitée d’aliments pendant une durée déterminée – est en effet de plus en plus connu et les offres se multiplient, en Suisse comme ailleurs. Chez Interlude bien-être, seules les personnes en bonne santé avec un indice de masse corporelle normal (entre 18 et 32-33) sont admises sans certificat médical. Le centre n’offre pas des jeûnes thérapeutiques, mais ambitionne de se médicaliser dans les années à venir. «Nous proposons un jeûne préventif ou de «bien-être», sans prétendre guérir les maladies chroniques, précise Louis Clerc, même si plusieurs participants constatent une nette amélioration de CORPORE SANO

TENDANCE

leur condition au terme de leur séjour.» Celui-ci est rythmé par le rituel du jus de fruits le matin et celui du bouillon clair le soir, deux ou trois heures de randonnée en matinée sur le plat, avec séances de yoga, méditation, massages et ateliers sur l’alimentation à la carte, le tout accompagné d’une naturopathe et d’échanges avec le groupe.

«IL EXISTE UN RÉEL INTÉRÊT CONCERNANT LES EFFETS DES RESTRICTIONS ALIMENTAIRES SUR L’ORGANISME.» LUC PELLERIN, Prof. de physiologie à l’UNIL-CHUV

Selon Olivier Bauer, Prof. de théologie à l’UNIL, spécialiste de la nourriture, le questionnement sur l’alimentation et la conscience écologique que partagent de plus en plus de citoyens explique en partie l’engouement actuel pour le jeûne. «Qu’est-ce que je mange, d’où cela vient-il, dans quelles conditions est-ce produit; est-ce que je mange ma juste part ou celle des autres aussi? Ces


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CORPORE SANO

TENDANCE


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Les phases du jeûne LE JEÛNE COURT

interrogations font partie d’une réflexion qui peut mener au jeûne.» Il y voit aussi une dimension spirituelle. «Le jeûne permet de se rappeler la chance que l’on a de pouvoir manger et de choisir ce que l’on mange; il peut aider à se montrer reconnaissant.» Considéré comme une thérapie de purification du corps par toutes les médecines traditionnelles (chinoise, amérindienne, africaine ou encore l’Ayurveda), le jeûne a été occulté par la médecine allopathique moderne. Pourtant, dans l’Antiquité, Hippocrate (460-370 av. J.-C.), le «père» de la médecine occidentale, incitait ses patients à se soigner par le jeûne plutôt que de recourir aux médicaments.

LE JEÛNE PROLONGÉ

Certains tentent de le réhabiliter. Dans son documentaire «Le jeûne, une nouvelle thérapie?» (lire interview p. 53) par exemple, le Français Thierry de Lestrade montre comment cette pratique et son efficacité pour soulager les maladies chroniques ont été étudiées pendant quarante ans en Union soviétique jusqu’en 1988. Il présente par ailleurs le travail de Valter Longo, biologiste à l’Université de Californie, qui a prouvé que de courts jeûnes augmentent l’efficacité de la chimiothérapie pour combattre le cancer, tout en réduisant ses effets secondaires. Professeur de physiologie à l’UNIL-CHUV, expert dans le fonctionnement du métabolisme, Luc Pellerin estime que l’attitude du corps scientifique occidental par rapport au jeûne commence à s’ouvrir. «Depuis une dizaine d’années, il existe un réel intérêt concernant les effets des restrictions alimentaires sur l’organisme.» Selon les résultats de la recherche fondamentale sur les rongeurs, CORPORE SANO

Entre environ 16 heures et trois ou quatre jours après la dernière prise alimentaire, les réserves de glucose s’épuisent. Quelques symptômes désagréables peuvent se manifester; nausées, maux de tête, vertiges, essoufflements, palpitations, faiblesse, crampes...

Entre les quatrième et cinquième jours, la deuxième phase s’installe; elle peut durer plusieurs semaines. Elle se caractérise par une perte protéique infime et stable. Un sentiment d’euphorie peut gagner le jeûneur, dû à l’élévation du taux d’hormones telles que la sérotonine.

LA PHASE TERMINALE

Cette phase se caractérise par la mobilisation des protéines et elle survient lorsqu’il reste environ 20% des réserves lipidiques. Cette période est limitée à brève échéance.

TENDANCE

celles-ci augmenteraient la longévité et les performances cognitives. «En revanche, poursuit le spécialiste, chez les primates plus évolués, dont l’humain, les effets sont plus limités et difficiles à mettre en évidence, car les variables à considérer sont beaucoup plus nombreuses.» Il appelle à la prudence quant au jeûne complet pendant de longues périodes, lequel peut entraîner des carences de nutriments essentiels, notamment chez les personnes plus vulnérables. «Pour l’heure, nous ne savons pas bien comment utiliser cette approche; il serait prématuré de passer à une application large.»

«LE JEÛNE PEUT EXPOSER L’ORGANISME À DES CARENCES NUTRITIONNELLES.» MARIE-PAULE DEPRAZ CISSOKO, diététicienne

Responsable médicale de la nutrition au Service d’endocrinologie du CHUV, diabétologie et métabolisme du CHUV, Pauline Coti Bertrand se veut également prudente. «Les preuves scientifiques actuelles ne permettent pas de recommander la pratique du jeûne, même chez l’individu en bonne santé, affirme-t-elle, notamment parce que des effets néfastes non observés à court terme pourraient s’observer à long terme.» Pour sa collègue Marie-Paule Depraz Cissoko, diététicienne cheffe au sein du même département, le jeûne présente peu de risques uniquement chez


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INTERVIEW «L’ORGANISME A BESOIN DE SE REPOSER» la personne en bonne santé, s’il est occasionnel et ne dure que quelques jours. «Notre organisme a des besoins constants, mais des apports discontinus. Il est ainsi conçu pour stocker des réserves et les mobiliser lorsque cela est nécessaire.» La diététicienne insiste cependant sur l’importance d’une hydratation suffisante tout au long du jeûne et met en garde contre sa répétition, laquelle pourrait exposer l’organisme à des carences nutritionnelles. Quant aux personnes malades, les deux expertes en nutrition jugent qu’il en va autrement, particulièrement au cours des phases aiguës de la maladie. «L’organisme ne présente plus les mêmes capacités d’adaptation; ses besoins nutritionnels peuvent être augmentés, les pertes plus importantes, explique Marie-Paule Depraz Cissoko. Un jeûne de plusieurs jours peut affaiblir l’organisme et le rendre moins réceptif aux traitements.» «Dans tous les cas, ajoute Pauline Coti Bertrand, le médecin doit informer le patient sur les effets secondaires potentiels de l’abstinence alimentaire et l’en dissuader.» Si la question du jeûne fait toujours débat au sein de la communauté scientifique, c’est que les études à ce sujet sont encore peu nombreuses. Comment l’expliquer? L’une des barrières à la recherche est culturelle, selon Luc Pellerin: «Historiquement, nous avons toujours associé la bonne santé à une alimentation variée. Les scientifiques ont donc mis du temps à prendre la question au sérieux.» De plus, les autorités vétérinaires sont réticentes lorsqu’il s’agit de délivrer les autorisations à étudier le jeûne sur les animaux. «La restriction alimentaire est considérée par les autorités comme un inconfort majeur. Leur a priori négatif restreint donc consi­dérablement les possibilités de recherche sur les animaux», affirme le professeur de physiologie. / CORPORE SANO

TENDANCE

Suite à son enquête, le documen­ taliste Thierry de Lestrade est persuadé de l’efficacité du jeûne. Votre documentaire et votre livre ont-ils eu un fort impact sur le public? TdL Les gens qui travaillent autour du jeûne m’ont dit qu’il y a eu un «avant» et un «après». Notre documentaire a été multi-rediffusé sur Arte, chaque fois avec un grand succès, car nous avons abordé le jeûne de manière scientifique. IV

Comment expliquez-vous les réserves de la communauté médicale occidentale à l’égard du jeûne? TdL Elle est peu ouverte aux pratiques alternatives, car elle craint ce qu’elle ne connaît pas. Le fait que des médecins disent à des patients intéressés qu’ils ne doivent surtout pas jeûner me scandalise; le corps médical avance qu’il n’y a pas de preuves scientifiques établissant l’efficacité du jeûne. Or en Russie, des études sur des milliers de patients l’ont démontré. Des expériences en Allemagne et en biologie moléculaire en Californie apportent des éléments nouveaux irréfutables. Par ailleurs, il n’existe aucun fondement pour prétendre que jeûner est dangereux pour une personne en santé. Pour sa part, l’industrie pharmaceutique n’a aucun intérêt à prouver qu’on puisse se passer de médicaments. IV

Vous êtes convaincu des qualités thérapeutiques du jeûne? TdL Le jeûne répond à un besoin physiologique. L’évolution humaine est caractérisée par l’alternance de périodes d’abondance et de disette. Depuis la Seconde Guerre mondiale, la plupart des frigos occidentaux sont pleins en permanence; nous mangeons continuellement et le corps s’encrasse. En jeûnant, l’organisme se nettoie et se repose, d’autant que la digestion emploie 30% de notre énergie. De plus en plus de gens souffrent de maladies chroniques; hypertension, diabètes, rhumatismes, allergies, inflammations, etc., que la médecine moderne n’arrive pas à guérir. Le jeûne, en revanche, s’y attaque, en soulage les symptômes et dans certains cas, les guérit. IV


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LE FLACON IMPORTE PHARMACIE L’emballage d’un médicament est soigneusement défini en fonction du contenu: il doit le protéger, tout en garantissant un accès sûr et aisé aux consommateurs. Sélection. TEXTE: JULIEN CALLIGARO, REPORTAGE PHOTO: GILLES WEBER

En plastique, en verre, sous forme d’ampoule ou de plaquettes en aluminium, le choix du matériau et du format de l’emballage d’un médicament est intimement lié à son contenu. «Le contenant en contact immédiat avec le produit, appelé aussi conditionnement primaire, vise principalement à protéger le médicament des chocs, de la lumière ou encore de l’oxydation provoquée par l’air», explique Bertrand Hirschi, pharmacien chef adjoint au CHUV. Le conditionnement d’un médicament englobe aussi la boîte en carton (conditionnement secondaire). «Un médicament distribué à l’hôpital doit répondre à un certain nombre de critères, tels que la lisibilité des indications, la traçabilité, ou encore la présence du dosage. Ces informations facilitent la reconnaissance du médicament et contribuent à son bon usage.» La pharmacie du CHUV possède trois robots «Robin» (à gauche) pour stocker les boîtes d’un poids maximal de 800 grammes. Chaque appareil en contient près de 16’000 et 940 produits différents y sont entreposés.

L’INCONTOURNABLE PLASTIQUE

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Une ampoule de solution saline pour la fluidification du mucus nasal en plastique. Le produit peut être administré directement après avoir détaché manuellement le capuchon. De nombreux contenants pour médicaments sont fabriqués dans ce matériau, apprécié pour ses multiples avantages: il est léger, imperméable aux gaz et aux odeurs, transparent et permet de créer des formes diverses. CORPORE SANO

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UN TRIPLE CONDITIONNEMENT

L’analyse de liquide céphalorachidien, qui coule autour de la moelle épinière, permet de détecter l’éventuelle présence de bactéries, virus ou autres substances anormales. Le prélèvement peut provoquer des vertiges et des nausées, d’où la nécessité d’injecter un analgésique avant une telle intervention. Le moyen le plus sûr de le faire est d’utiliser une ampoule stérile en plastique, elle-même emballée dans du plastique afin d’en garantir la stérilité. «L’utilisation du verre est exclue pour cette opération, explique Jean-Christophe Devaud, pharmacien responsable de la logistique au CHUV. Si des débris atteignaient la colonne vertébrale, cela pourrait causer des troubles irréversibles chez le patient.»

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DU VERRE POUR LES LIQUIDES

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«Le verre est le contenant idéal pour un liquide, note Bertrand Hirschi. Il est durable, inerte, propre et transparent.» A l’image de cette solution contenant du calcium (à droite), nombreux sont les médicaments enfermés dans ce matériau. Pour accéder au liquide, il suffit de casser la partie supérieure du contenant au niveau du rétrécissement qui se trouve au-dessous du point bleu. Les ampoules buvables de magnésium (ci-dessus) sont aussi en verre. Leur format permet la consommation rapide de la dose exacte.

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PROTECTIONS PARTICULIÈRES

Certains médicaments nécessitent plus de précautions. Ce flacon, renfermant une solution pour perfusion utilisée lors de chimio­ thérapies, est recouvert d’un film plastique transparent. «Des résidus de poudre toxique ont été retrouvés sur certains contenants, indique Jean-Christophe Devaud. Depuis plus de dix ans, les fabricants rajoutent des films protecteurs pour isoler ces résidus et ainsi protéger les professionnels qui les manipulent.» Le verre du flacon est également fumé. Cela permet de protéger le médicament de la lumière afin de ne pas le dégrader et accélérer son vieillissement.

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«In Vivo» vous fait découvrir dans chaque numéro les travaux d’une équipe de chercheurs de la Faculté de biologie et médecine de Lausanne

JOHN PANNELL

Professeur au Département d’écologie et d’évolution

Le sexe des plantes TEXTE: BERTRAND TAPPY

«D

emandez à une personne prise au hasard si elle pense que les plantes ont un sexe. Il y a de grandes chances que l’on vous réponde qu’elles sont hermaphrodites et que c’est un grand avantage pour survivre, puisqu’elles peuvent s’auto­­féconder… Eh bien, non seulement c’est beaucoup plus compliqué que cela, mais la nature fera même tout pour éviter l’autofécondation, synonyme de consanguinité!» Le Prof. du Département d’écologie et d’évolution de l’UNIL John Pannell s’est focalisé sur un sujet fort étonnant: les systèmes sexuels des plantes et leurs capacités transitoires. En effet, certains types de plantes, comme la «Mercurialis annua» (très commune dans le Lavaux), ont fait du changement de sexe une gymnastique devenue essentielle à leur survie. Bien que leurs populations soient composées par des mâles et femelles séparés, cette même espèce se comporte de manière hermaphrodite en Espagne et au Maroc! Tout le monde connaît XX et XY, les paires de chromosomes qui déterminent si nous deviendrons des hommes ou des femmes. Ce que nous admettons moins

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facilement – surtout les hommes – c’est que le Y n’est rien d’autre qu’un X dégénéré, fruit d’une accumulation de mutations entamée, chez les mammifères, voilà plus de 150 millions d’années! «Il est aujourd’hui difficile de nous représenter à quoi pouvait ressembler le X d’origine, détaille John Pannell. Mais chez certaines espèces végétales, cette diversification est beaucoup plus jeune, à peine 10 millions d’années! Cela permet de mieux comprendre le processus de la distinction et de l’évolution d’un nouveau Y.» Evidemment, vous vous demandez comment le chercheur peut «soulever la jupe» des plantes pour savoir à quoi il a affaire. Heureusement, les caractères secondaires - l’équivalent de notre pilosité ou de notre corpulence - existent aussi chez les plantes: taille des racines, physiologie, etc. «Nous avons également pu examiner le rôle des hormones.

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En sprayant une hormone féminine, il est facile de transformer d’anciens mâles en femelles et de faire s’auto­ féconder un mâle par le biais d’un croisement avec son clone féminisé!» ⁄ PLANCHE BOTANIQUE DE LA «MERCURIALIS ANNUA», JOHANN GEORG STURM, «DEUTSCHLANDS FLORA IN ABBILDUNGEN»


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DES PARENTS DE PLUS EN PLUS ÉPUISÉS

TEXTE: GENEVIÈVE RUIZ

Le burnout ne concerne pas seulement le monde du travail, mais aussi les parents. Il touche tous les types de familles et n’épargne aucun milieu social.

«A

lors que je suis éducatrice spécialisée et que j’aime mes enfants plus que tout, je me suis mise à leur crier des-

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sus et à leur donner des fessées, confie Stéphanie Allenou, auteure du livre «Mère épuisée» et victime d’un burnout alors qu’elle avait une fille de 3 ans et des jumeaux de 18 mois. Je ne pouvais plus voir mes enfants et j’avais envie de fuir.» Cette trentenaire nantaise a pu s’en sortir grâce à un suivi psychologique et à des structures de garde pour ses enfants. Elle a ensuite créé un lieu d’accueil pour les jeunes parents et a même donné naissance à un quatrième enfant. «C’est la preuve qu’on peut s’en sortir», se réjouit-elle. Des parents épuisés, la psychanalyste Liliane Holstein, auteure de «Burnout parental», en reçoit plusieurs fois par jour. «Le nombre de consultations pour cette cause a fortement augmenté ces dix dernières années, observe-t-elle. Les mères sont davantage concernées que les pères.» Marlène Schiappa est l’auteure du blog «Maman Travaille» et a publié récemment l’ouvrage «J’arrête de m’épuiser. Comment prévenir le burnout». Elle a mené une enquête auprès de plus de 2000 femmes et ses chiffres sont éloquents: 63% des mères se sentent chroniquement épuisées. «Mes recherches ont aussi montré que 80% des tâches ménagères sont effectuées par les mères, qui gèrent aussi 98% des maladies des enfants, ainsi que leur vie scolaire, explique TABOU


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Marlène Schiappa. La majorité des femmes se trouvent au front.» DES CAUSES D’ÉPUISEMENT MULTIPLES

Les parents sont fatigués, mais tous ne vont pas jusqu’à faire un burnout. Pourquoi certains s’effondrent-ils? Les experts interrogés sont formels: l’épuisement touche tout type de parent et tout type de famille. Le plus souvent, une configuration de facteurs multiples s’observe. «Il y a des types de personnalités plus susceptibles de s’épuiser, estime Liliane Holstein. Certaines personnes sont obsédées par la perfection et souhaitent tout contrôler, elles souffrent de rigidité psychique. Le burn-out peut aussi être lié à certains schémas hérités de l’enfance. J’observe encore que beaucoup de

«NOUS VIVONS DANS UNE SOCIÉTÉ TRÈS ANXIOGÈNE. LES ENFANTS NE JOUENT PLUS DANS LES RUES, LES PARENTS NE LES ENVOIENT PLUS CHERCHER LE PAIN À LA BOULANGERIE.» LILIANE HOLSTEIN, PSYCHANALYSTE

LES GRANDS-PARENTS AUSSI Le burnout ne touche pas seulement les parents. Les grands-parents, qui gardent fréquemment leurs petits-enfants, sont aussi concernés. «C’est quelque chose que je constate régulièrement, confie la psychanalyste Liliane Holstein. Il m’arrive de recevoir deux générations ensemble pour trouver des solutions.» Les grands-parents sont de plus en plus sollicités pour garder leurs petits-enfants et des fois, la charge est trop importante. «Il leur est difficile de dire non à leurs enfants, car ils ont peur de leur réaction, observe Norah Lambelet, présidente de l’Ecole des grands-parents romande. Or s’occuper de ses petits-enfants représente une grande responsabilité. Cela peut devenir épuisant, malgré le plaisir de les recevoir.» Pour prévenir le burn-out, il faut définir ce que l’on est capable de donner et en parler. «Ces tensions révèlent souvent une fragilité de communication entre des parents et leurs enfants qui existe depuis longtemps, analyse Liliane Holstein. Cela peut vite devenir compliqué à gérer sans aide.» CORPORE SANO

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parents n’arrivent plus à instaurer de limites à leurs enfants. Cela pousse les enfants à être odieux jusqu’à ce qu’ils trouvent un cadre. C’est un cercle vicieux.» La psychanalyse constate un phénomène générationnel: les enfants nés dans les années 1980-1990 tendent à vouloir tout contrôler. Parce qu’ils sont issus de familles où prévalaient des valeurs liées à Mai 68 et où il n’y avait pas de limites. «Il faut dire que nous vivons dans une société très anxiogène, avec une insécurité économique permanente et un climat de tension véhiculé notamment par les médias. On ne voit plus d’enfants jouer dans les rues, les parents ne peuvent plus envoyer leurs petits chercher le pain à la boulangerie. Tout repose désormais sur eux, tout est très normé et c’est lourd. Beaucoup de parents se sentent isolés.»

rentes représentent également un facteur important d’épuisement, poursuitelle. Les parents ne parviennent plus à fonctionner en équipe face à leurs enfants, ce qui peut générer plus d’excitation ou d’anxiété chez ces derniers. Les troubles des enfants exacerbent en retour les conflits du couple parental.»

Christel Vaudan, psychothérapeute de famille et responsable de la Consultation couple-famille au CHUV, constate aussi que les exigences de la société envers les parents sont très élevées. Le repos et les moments d’inactivité ne sont plus valorisés. «Les disputes de couples récur-

CHRISTEL VAUDAN, PSYCHOTHÉRAPEUTE DE FAMILLE

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«LES DISPUTES DE COUPLES RÉCURRENTES REPRÉSENTENT UN FACTEUR IMPORTANT D’ÉPUISEMENT.» DES SYMPTÔMES DIFFÉRENTS CHEZ LES PÈRES ET LES MÈRES

Les signes d’épuisement ne sont pas les mêmes chez les mères que chez les pères. C’est leur combinaison et leur installation dans la durée qui doivent alerter. «Chez les femmes, on note souvent un état d’hyperactivité permanente, raconte Liliane Holstein. Tout doit être parfait, l’échec est inconcevable. La libido diminue fortement et elles ne s’intéressent plus à leur conjoint.» Il arrive aussi que la mère éprouve des sentiments ambivalents envers ses enfants, qui peuvent dégénérer en violence. «Certains parents nous consultent après avoir «craqué» et donné sa première gifle à l’un des TABOU


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enfants», rapporte Christel Vaudan. C’est souvent le signe d’une accumulation de tensions trop importantes qui explose et cela leur fait peur.» Quant aux pères, ils ont tendance à vivre une forme de repli. Ils fuient dans des comportements addictifs ou des conduites à risques. Ils ont parfois envie d’aller voir ailleurs et de ne plus rentrer chez eux. «J’ai vu des pères en burn-out faire trois fois le tour du pâté de maison avant d’oser rentrer chez eux», raconte Liliane Holstein. DES THÉRAPIES DE COURTE DURÉE

Lorsqu’un des deux parents souffre de burn-out, le climat familial est souvent délétère depuis de nombreux mois. Et cela n’est pas sans conséquence sur les enfants: «Ils peuvent changer de comportement et devenir très agités, ou au contraire se mettre en retrait», explique Christel Vaudan, qui aimerait inciter les parents concernés à demander de l’aide plus tôt. «On n’a pas besoin de s’adresser tout de suite à un professionnel, en parler autour de soi à des personnes de confiance peut beaucoup aider. Si cela ne suffit pas, il peut être utile de consulter un thérapeute de couple/famille, qui pourra, le cas échéant, accompagner, traiter et orienter les parents vers des organismes d’aide aux familles.» Pour les parents en situation de burn-out, des thérapies de quelques semaines peuvent déjà apporter des améliorations: «Le burnout représente souvent une chance pour les familles atteintes, affirme Liliane Holstein. CORPORE SANO

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C’est l’occasion de corriger les mauvaises habitudes. J’observe des progrès après quatre à six semaines de thérapie. Les parents sont plus détendus, ils cavalent moins du matin au soir et sont plus à l’écoute de leurs enfants. Ces derniers sont ravis, ils ne demandaient que ça.» Mais y a-t-il des parents épuisés qui regrettent tout simplement d’avoir eu des enfants? L’étude de la sociologue israélienne Orna Donath «Regretting Motherhood», parue en 2015, analyse les trajectoires de mères qui, si c’était à refaire, n’auraient pas eu d’enfant. «Il s’agit d’une question taboue, estime Marlène Schiappa. Je rencontre régulièrement des mères qui me disent que les enfants ne leur ont pas apporté ce qu’elles imaginaient et qu’elles ne se sentent pas faites pour être mères.» Stéphanie Allelou ajoute: «Beaucoup de mères souffrent d’un manque de reconnaissance, y compris de la part de leur conjoint. La question qu’il faudrait se poser est «qu’est-ce que notre société hyperindividualiste n’a pas su faire pour que ces femmes puissent bien vivre leur maternité?» /


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TEXTE MALKA GOUZER

TOUS MYOPES D’ICI À 2050, LA MOITIÉ DE LA POPULATION MONDIALE POURRAIT DEVENIR MYOPE. UNE PROGRESSION SPECTACULAIRE QUI S’EXPLIQUE EN PARTIE PAR UN DÉFICIT D’EXPOSITION À LA LUMIÈRE NATURELLE.

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n Europe, près d’un jeune adulte sur deux de 25 à 29 ans souffre de myopie, comme l’atteste une étude parue dans la revue américaine «Ophthalmology» en mai 2016. En Asie, les chiffres sont encore plus élevés: la myopie touche approximativement 90% des jeunes dans les zones urbaines des pays développés (Taïwan, Hongkong, Corée du Sud, Singapour et Chine). L’étude avance aussi une prévision alarmante: si la tendance actuelle se poursuit, d’ici à 2050, quelque 5 milliards de personnes, soit la moitié de la population mondiale, sera myope. Soit 7 fois plus qu’au début des années 2000. EXPLOSION DE LA CÉCITÉ

Faut-il s’inquiéter d’une telle progression? «Le problème est que 10% des myopies sont des myopies fortes, qui peuvent mener à des complications graves telles que des cataractes, glaucomes, décollements de la rétine, dégénérescences maculaires et finalement, provoquer une perte irréversible de la CORPORE SANO

vision», explique Pierre-François Kaeser, responsable de l’Unité de strabologie et ophtalmologie pédiatrique à l’Hôpital ophtalmique Jules-Gonin. Si les pronostics s’avèrent corrects, cela impliquerait qu’en 2050, près d’un demi-milliard de personnes risqueraient la cécité. Pour les quelque autres 5 milliards de myopes, le port de lunettes sera nécessaire. «En Suisse, les frais liés à l’achat de lunettes ou lentilles de contact ne sont qu’insuffisamment remboursés, déplore le spécialiste. Seuls les enfants bénéficient d’un remboursement partiel. Une prise de conscience de nos institutions est essentielle afin de garantir à tous l’accès à une correction optique adéquate, indépendamment de leur situation financière.» Quant aux facteurs déclenchant ce trouble de la vision, ils sont étudiés depuis plusieurs décennies. Pendant longtemps, les chercheurs ont pointé du doigt la lecture de près comme grand responsable de la progression de la myopie. D’ailleurs, dans certaines écoles en Chine, des PROSPECTION

barres sont fixées aux pupitres des élèves, leur permettant d’y appuyer leur menton pour ainsi maintenir une certaine distance de travail et donc prévenir la myopie. LUMIÈRE PROTECTRICE

Plusieurs études sont venues renforcer cette hypothèse en démontrant que les élèves qui avaient de meilleures notes – sous-entendu, qui étudiaient beaucoup – portaient davantage de lunettes que les cancres. Aujourd’hui, ces faits ont été réinterprétés: si les moins studieux sont moins touchés, c’est parce qu’ils passent plus de temps à jouer à l’extérieur. «Le temps d’exposition à la lumière naturelle permet un ralentissement de la progression de la myopie», confirme Pierre-François Kaeser. En effet, la lumière naturelle stimule la sécrétion de dopamine. Or, ce neurotransmetteur agit comme un inhibiteur de la croissance oculaire, limitant ainsi l’élongation de l’œil, responsable de la majeure partie des formes de myopies. Il est d’ailleurs intéressant de constater que les enfants nés en hiver sont plus


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SHEPHERD ZHOU / FEATURECHINA / NEWSCOM

En Chine, dans la province de Hubei, des barres en métal installées sur les bureaux permettent aux écoliers de maintenir une distance entre leurs yeux et leur table de travail. Les autorités espèrent ainsi freiner l’augmentation des cas de myopie.

myopes que les autres, comme le démontre une étude chinoise publiée dans la revue scientifique «PloSONE» en 2014, qui souligne à nouveau le rôle protecteur de la lumière naturelle. L’exode rural, important ces dernières décennies, surtout en Asie, pourrait ainsi jouer un rôle dans cette montée soudaine de la myopie chez les jeunes. En milieu urbain, la lumière artificielle remplace progressivement la lumière du jour, les activités extérieures se font plus rares et bien sûr, industrie tertiaire oblige, le travail s’effectue davantage en vision rapprochée. «L’augmentation de la prévalence de la myopie semble influencée par des facteurs CORPORE SANO

environnementaux ou comportementaux plutôt que génétiques», conclut Pierre-François Kaeser, citant par ailleurs une étude menée sur des jumeaux monozygotes. «Le jumeau le plus myope a un statut professionnel plus élevé, vit en zone urbaine, et pratique plus d’activités en vision rapprochée.» Le moyen le plus simple de prévenir la myopie reste donc de passer un maximum de temps à l’extérieur. Lire dehors plutôt que dedans, se promener et favoriser toutes les activités en plein air, été comme hiver. Il y a presque 200 ans, le plus grand poète allemand de tous les temps, Johann Wolfgang Goethe l’avait d’ailleurs prédit. Ses derniers mots furent «mehr Licht». ⁄ PROSPECTION

UN ŒIL TROP LONG Caractérisée par une perte de la netteté des objets lointains, la myopie est un trouble de la vision généré par un œil «trop long». Les rayons lumineux des objets lointains convergent en avant de la rétine (et non sur la rétine) causant une vision floue. La vision rapprochée reste quant à elle nette. Les myopies apparaissent le plus souvent vers l’âge de 10 ans. La dioptrie est l’unité caractérisant l’intensité de la myopie. On parle de myopie faible lorsque la dioptrie est inférieure à -2 et de myopie forte lorsqu’elle est supérieure à -6.


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FRANÇOIS ROUILLER

Théologien, responsable de l’Aumônerie œcuménique au CHUV

Chaque vie mérite d’être soignée. Jusqu’à la fin.

Les rites, pourtant, continuent de répondre à une nécessité anthropologique: le besoin de rythmer solennellement un passage, d’y associer des symboles, de se sentir solidaire d’une humanité pour qui l’on compte. Le défi consiste donc aujourd’hui à proposer une ritualité qui ne peut plus exclusivement puiser dans les actes religieux traditionnels. Il s’agit de ritualiser la mort de façon signifiante pour chaque situation. Même dans un hôpital de pointe hyper-technicisé, faire œuvre de créativité pour trouver les mots et les gestes les plus vrais, les plus justes, les plus signifiants, pour ces gens-là, avec leurs propres références, leur propre spiritualité, dans ce contexte toujours unique et particulier.

L’aumônier, la mort. Encore courante, cette association d’idées reflète une tradition: l’aumônier était le représentant d’une Eglise ou d’une religion, spécialisé pour délivrer en particulier les sacrements ou les rites idoines aux mourants. Ce rôle a considérablement évolué. L’accompagnement des fins de vie ne représente d’ailleurs plus qu’une très petite partie de l’activité de l’accompagnant spirituel en milieu hospitalier, qui en déploie l’essentiel dans le soutien spirituel quotidien auprès des patients.

Si l’accompagnant spirituel reste un expert de ce moment, il n’est plus le seul. Cette évolution suit le processus global Car accompagner le fait de mourir ne signifie de sécularisation de notre société. pas cesser de soigner. Ainsi, soignants et Aujourd’hui en Suisse, seuls 18% des gens médecins participent de cette ritualité. Ils reconnaissent l’importance pour eux d’être y sont présents et acteurs, par leurs soins rattachés à une communauté religieuse. Les (ritualisés en quelque sorte par le rythme autres ne sont pas pour autant dépourvus de des protocoles), par la qualité de leur écoute, spiritualité ou de représentations religieuses, par les paroles ajustées et souvent aussi par mais celles-ci n’entrent plus dans les la qualité de leur simple présence, humaine référentiels clairs des religions traditionnelles. et solidaire jusqu’à la fin.

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La mort est un mystère vertigineux, vécu parfois comme une défaite. Soigner la ritualité autour de la mort, c’est dire qu’elle ne peut pas mettre en échec le soin, qui ne cesse pas, jusqu’au bout. Et qu’absolument chaque vie le mérite, dans son infinie dignité. Alors, prendre conscience avec professionnalisme de son existence à l’hôpital peut être en réalité l’une des grandes victoires du soin sur la mort! ⁄

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CHRONIQUE


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TAILLE ADULTE 4 OU 5 CM CARACTÉRISTIQUES 70% DE GÈNES EN COMMUN AVEC L’ÊTRE HUMAIN

P

our cette première édition de la rubrique «faune et flore» qui s’intéresse aux espèces utilisées aujourd’hui en recherche, nous nous sommes arrêtés sur le zebrafish, ou poisson-zèbre. Evidemment, on peut se demander ce que l’humain peut bien avoir de commun avec ce poisson à peine plus grand qu’un biscuit d’apéritif, et pourtant: nous avons en effet plus de 70% de gènes en commun avec lui! Et grâce à son cycle de vie extrêmement rapide et sa capacité à se reproduire toute l’année, il est très facile pour les chercheurs d’observer l’évolution d’une anomalie génétique sur plusieurs générations. «En laboratoire, il n’est malheureusement pas possible de tout CORPORE SANO

Le zebrafish — danio rerio

Aussi grand qu’un biscuit apéritif, ce poisson est un organisme modèle pour mener des recherches sur les maladies génétiques. TEXTE: BERTRAND TAPPY

FAUNE & FLORE

reproduire sur des cellules en culture, explique Jérôme Wuarin, adjoint à la recherche au décanat de la Faculté de biologie et médecine de Lausanne. Certains domaines, comme les neurosciences ou les recherches axées sur la génétique, ont beaucoup à gagner en utilisant le zebrafish.» A Lausanne, plusieurs chercheurs ont témoigné leur intérêt pour ce petit poisson, notamment l’équipe de la Prof. Francesca Amati, qui étudie les processus de vieillissement du muscle. Une motivation qui a récemment conduit l’Université de Lausanne à mettre en projet la création d’une plateforme de culture du zebrafish, qui présente également l’avantage d’être beaucoup moins lourde et chère qu’une animalerie contenant des souris. «Nous serions ainsi en phase avec la tendance actuelle qui consiste à réformer, réduire et remplacer l’expérimentation animale dès que c’est possible», conclut Jérôme Wuarin. ⁄

PAUL BULL / ISTOCK

NOM POISSON-ZÈBRE, ZEBRAFISH OU «DANIO RERIO»


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PENTOBARBITAL C 11H 18N 2O 3

C 11H 18N 2O 3 UNE MOLÉCULE, UNE HISTOIRE TEXTE: BERTRAND TAPPY

Dans notre cerveau se trouve un nombre incalculable de neurones, qui n’ont pas tous le même rôle. Les neurones gaba-ergiques, par exemple, ont une tâche très particulière: ils veillent en permanence à ce que notre cerveau ne tourne pas à plein régime, en «endormant» les zones trop excitées. Et cela pour une raison très simple: si notre matière grise se laissait aller à tous les stimuli qu’elle reçoit, nous serions en perpétuelle convulsion! C’est précisément sur ce mécanisme que vient agir une gamme de médicaments qui fera de nombreuses fois la une des médias: les barbituriques. «Les premiers barbituriques ont été développés par la firme Bayer au début des années 1900, détaille le Prof. Thierry Buclin, chef de la Division de

Le pentobarbital est utilisé depuis des décennies pour donner le sommeil… ou la mort, à quelques grammes près! pharmacologie clinique du CHUV. A cette époque, il n’y avait pas véritablement de protocole: on créait, on testait, et si on constatait un effet quelconque, on commercialisait.» A peine deux ans séparent la démonstration d’effets anesthésiants chez le lapin de la mise sur le marché du barbital, premier somnifère barbiturique qui annoncera le succès fulgurant de cette famille de molécules dans la première moitié du XXe siècle. Le pentobarbital sera commercialisé en 1941. Si l’effet somnifère sans précédent des barbituriques est d’emblée évident, on remarque également

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que leur consommation engendre une tolérance et une dépendance: plus on en prend, moins les effets se font sentir, alors que leur interruption déclenche des insomnies, des angoisses, une agitation voire des convulsions. Et surtout, il suffit de quintupler la dose pour risquer la mort. «C’est le coma chimique, le système nerveux ne réagit plus, même quand la personne étouffe dans son sommeil», continue Thierry Buclin. Un phénomène qui causera le décès, accidentel ou délibéré, de nombreuses personnalités comme Marilyn Monroe ou Jimi Hendrix, pour ne citer qu’elles.

Aujourd’hui, le pentobarbital n’est plus employé comme médicament sauf par les vétérinaires, mais reste intimement lié à la mort. Utilisé aux USA pour les exécutions de criminels par injection (dans un cocktail y adjoignant un produit paralysant puis du chlorure de potassium pour assurer un arrêt cardiaque), il est en Suisse l’agent privilégié de l’euthanasie active sur demande du patient, telle que pratiquée au sein d’associations comme Exit ou Dignitas. On en a aussi longtemps trouvé dans l’assortiment de médicaments de l’armée, pour l’anesthésie d’urgence en conditions de guerre ou de catastrophe. Tout à la fois médicament et poison, le pentobarbital reflète bien la dualité du mot «pharmakon», utilisé par les Grecs pour signifier l’un comme l’autre. ⁄


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CHRONIQUE

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Car il faut du courage pour exercer ce métier, tout comme de l’abnégation, de l’intuition, de la patience, Jean-Daniel Tissot de la naïveté et, bien sûr, Doyen de la Faculté de de la curiosité. Des qualités biologie et de médecine de essentielles pour qui veut l’Université de Lausanne bousculer les acquis, tester des hypothèses souvent aloriser la recherche. iconoclastes. Un peu comme certains imaginèrent, il y a plus de cinq siècles, Cette phrase est qu’on pouvait gagner les Indes par l’ouest… devenue un mantra Or nombreux sont les explorateurs dans les milieux de la science qui ne voient jamais les académiques, côtes caribéennes. Le vent arrière se fait politiques et rare, contrairement aux jours, aux mois économiques. On de calme plat. Et comme les navigateurs ne peut qu’abonder, solitaires, le chercheur est seul: seul pour mais il faut néanmoins relativiser. Trop confirmer, répéter, reproduire ses expésouvent, on pense que les connaissances riences; seul aussi pour se perdre, s’enliser. sont bâties sur les success stories, les Nobel, Ironie, même quand la recherche est un les percées. Or parfois, souvent, c’est le tuyau qui est percé : beaucoup de recherches succès, le scientifique est souvent seul dans la foule: avec la multiplication des mènent dans des impasses, sans que le grandes études multicentriques, qui travail du chercheur ne soit remis en cause. peuvent compter plus de quarante auteurs, Ces résultats négatifs sont utiles. il est de plus en plus difficile d’évaluer la Ils participent également aux fondations, contribution de chacun. au socle de nos connaissances. Une Ainsi, si un chercheur connaît rarement recherche bien construite, avec des résultats la gloire, il doit constamment faire preuve démontrables, traçables, même négatifs, d’humilité: face à la matière qu’il étudie reste une recherche valable. En défrichant et dans le jeu académique. Offrir une le chemin, ces travaux infructueux contrimeilleure reconnaissance à ces scientifiques buent à l’évolution du savoir, ne serait-ce de l’ombre, voici la volonté de la Faculté qu’en évitant qu’un autre ne s’engage dans de biologie et de médecine. Une idée qu’elle la même impasse. Il faut donc les valoriser, soumettra au prochain Collège académique les publiciser au même titre que les succès. des professeurs, en vue d’aboutir à des C’est aussi une façon de valoriser les mesures concrètes. ⁄ femmes et les hommes qui sont derrière.

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UNE CARRIÈRE AU CHUV

La recherche, un sacerdoce

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JOSEP SOLA

TANDEM

PATRICK SCHOETTKER


CURSUS CURSUS

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UNE CARRIÈRE AU CHUV

es salles machines reconnues Avec leurs capteurs sans fil, Patrick d’opération comme extrêmement Schoettker et Josep Solà visent à risquent de fiables. Posés à des révolutionner le quotidien des blocs vivre prochainement endroits stratégiques, une nouvelle ère: ils recensent les opératoires. celle du monitoring signaux à la nanoseTEXTE: JADE ALBASINI, PHOTOS: GILLES WEBER sans fil. Les câbles conde près», se réjouit encombrants, qui le médecin-chef. mesurent jusqu’à présent les données physiologiques des patients, pourraient être remplacés Le CSEM planche depuis plusieurs années sur le par des capteurs autonomes à haute précision. développement de cette technologie. «Nous avons Des électrodes collées sur la peau, qui calculent commencé à élaborer des senseurs en 2004 pour en temps réel la pression artérielle, l’électrocardio- des astronautes en accord avec l’Agence spatiale gramme, la saturation en oxygène, la fréquence européenne. Nos recherches ont ensuite été utilisées respiratoire ainsi que la température d’un malade. dans le milieu du sport avec les vêtements intelliLes datas collectées par ces autocollants novateurs, gents, puis se sont adaptées aux problématiques seraient ensuite transmises sur les tablettes du biomédicales», énumère le spécialiste en ingénierie personnel soignant via Bluetooth. Un progrès biomédicale. Une rencontre fortuite avec Patrick high-tech, qui allégerait non seulement les Schoettker a permis d’optimiser le système. «De équipements de surveillance, mais également nombreuses frustrations liées aux activités médicales le quotidien des anesthésistes au bloc. actuelles peuvent être solutionnées par des ingénieurs, estime le médecin. Il faut explorer davantage Ce projet est le fruit de la collaboration de Patrick ces synergies.» (lire le dossier dans «In Vivo» 9). Schoettker, médecin responsable de la recherche clinique du Service d’anesthésie du CHUV, et de Dans le bloc opératoire, ce type de monitoring a Josep Solà, ingénieur au Centre suisse d’électronique donc fait ses preuves, mais Patrick Schoettker reste et de microtechnique (CSEM). Financé par les précautionneux. «Ce milieu est optimum pour ce deux institutions, le projet d’étude mis en place genre de mesures. Mais nous ne savons pas comment par le médecin et l’ingénieur a rapidement obtenu réagissent les autocollants à la lumière naturelle par le feu vert de Swissmedic et Swissethics. Après une exemple», ajoute-t-il lorsque d’éventuels développepremière série de comparaisons entre les mesures ments, comme la veille de patients en ambulatoire, prises par la machinerie traditionnelle aux normes sont abordés. Prudence mise à part, les deux calibrées et celles des capteurs sans fil, les résultats partenaires affirment que ces senseurs pourraient basés sur une quarantaine de patients dépassent s’appliquer à d’autres besoins à l’avenir comme le toutes les espérances du duo. «Nous sommes calcul du débit cardiaque. «Il existe un réel potentiel encore en phase d’analyse, mais les prototypes économique, mais il faut attendre des chiffres solides s’avèrent être plus proches de la réalité que les avant d’envisager une éventuelle commercialisation.» ⁄

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CURSUS

Le CHUV sur Facebook Le CHUV accroît encore sa présence sur les réseaux sociaux. Après Google+, LinkedIn, Twitter et Instagram, il est actif sur Facebook depuis juillet dernier. La page contient des vidéos qui présentent l’actualité de l’hôpital et mentionne des articles de presse dans lesquels ses experts sont cités. Elle n’offre en revanche pas de conseils médicaux, ni la possibilité de prendre rendez-vous. SG COMMUNICATION

www.facebook.com/CHUVLausanne

Nomination en Psychiatrie Suite au départ à la retraite de Jean-Michel Kaision, Vincent Schneebeli a été nommé directeur des soins du Département de psychiatrie. Il est entré en fonction le 1er octobre 2016. Avec 349 lits d’hospitalisation et un grand nombre de structures ambulatoires proches de la population, le Département de psychiatrie constitue le plus grand département clinique du CHUV. Il emploie 1’600 collaborateurs, répartis dans dix services et cinq unités départementales. SG

Bourses prestigieuses Sophie Martin, du Département de microbiologie fondamentale de l’UNIL, a reçu un «ERC Consolidator Grant» de l’European Research Council doté de 2 millions d’euros. Ses recherches tentent de comprendre comment deux cellules fusionnent pour n’en former qu’une seule. Cette question, peu explorée, est au cœur de la fertilisation lors de la reproduction sexuée. Quant à Bernard Thorens, du Centre intégratif de génomique (CIG), le chercheur a vu ses travaux salués pour la seconde fois par la remise d’un «ERC Advanced Investigator Grant». D’un montant de 2,5 millions d’euros, cette bourse lui permet de mener un projet destiné à mieux comprendre le rôle du cerveau dans l’origine des maladies métaboliques comme l’obésité et le diabète, mais aussi dans les pathologies du comportement alimentaire. SG

RECHERCHE

L’UNIL en guerre contre les insectes Des chercheurs de la Faculté de biologie et médecine de Lausanne ont mis au point un nouveau test pour détecter la présence d’espèces de moustiques qui transmettent des maladies telles que la dengue, le chikungunya et le Zika. Ils ont adopté l’approche de l’ADN environnemental, qui analyse l’ADN des organismes vivants retrouvés dans leur environnement, en l’occurrence l’eau. Toujours à l’UNIL, des chercheurs du Département de biochimie ont étudié le processus de dissémination du parasite Leishmania, qui se transmet par une mouche des sables. Ils ont mis en lumière le rôle d’une molécule inflammatoire baptisée «IL-17». Bloquer l’IL-17 pourrait permettre de réduire la sévérité de l’infection chez l’homme. SG

RECHERCHE

DR

SOINS

ACTUALITÉ

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CURSUS

ACTUALITÉ

Registre sur le Zika

Offensive contre le cancer

Le CHUV a mis au point un registre international pour recenser les femmes exposées au Zika durant leur grossesse. Le projet vise à rassembler une masse de cas suffisante pour réaliser de grandes études épidémiologiques. Afin d’alimenter le registre, le CHUV a envoyé une demande de collaboration à 4’000 obstétriciens à travers le monde. SG

Deux projets d’envergure dans le domaine de l’oncologie ont vu le jour à Lausanne.

Le Human Brain Project s’étoffe Ferath Kherif, directeur adjoint du Laboratoire de recherche en neuro-imagerie du CHUV, dirigera Medical Informatics, un sous-projet de la grande initiative européenne sur le cerveau Human Brain Project. L’objectif de Medical Informatics consiste à développer une plateforme pour améliorer l’accès aux données cliniques et d’imagerie. Cette modification du stockage et de l’exploitation des données des hôpitaux et de la recherche devra permettre une meilleure compréhension du cerveau. SG CERVEAU

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ONCOLOGIE

Lausanne se profile comme un centre de plus en plus important de la recherche contre le cancer. Mi-septembre, le CHUV a inauguré un nouveau laboratoire de production cellulaire pour l’immunothérapie, considérée comme l’une des approches les plus prometteuses dans le domaine. L’immunothérapie consiste à «mobiliser» les défenses immunitaires du patient contre sa maladie. La nouvelle entité, installée sur le parc scientifique Biopôle d’Epalinges, fabriquera des cellules immunitaires à partir de cellules tumorales issues des patients eux-mêmes. L’objectif est de pouvoir offrir de nouvelles possibilités de prise en charge aux personnes souffrant de cancer lorsque les traitements standards sont inefficaces. Le laboratoire sera opérationnel dans le courant de l’année 2017. Le mois de septembre a égale-

ERIC DÉROZE

VIRUS

ment été marqué par la pose de la première pierre du bâtiment qui accueillera le centre du cancer Agora, projet issu d’un partenariat entre le CHUV, l’UNIL, l’EPFL et la Fondation ISREC. La nouvelle structure a nécessité un investissement de 80 millions de francs. Elle pourra accueillir 300 chercheurs dès la fin de l’année 2017. Le centre a pour objectif de réunir l’expertise académique et clinique de la lutte contre le cancer sous un même toit. Il regroupera des équipes composées de spécialistes de plusieurs disciplines: médecine, biologie, immunologie, bio-informatique ou encore bio-ingénierie. SG


BACKSTAGE EN IMAGES Gilles Weber a photographié les conditionnements des médicaments détaillés dans les pages 54 à 58.

PATIENTS INFORMÉS Kotryna Zukauskaite a exploré plusieurs pistes pour réaliser l’illustration de couverture.

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CONTRIBUTEURS

STEVE RIESEN

JADE ALBASINI

Diplômé de l’Académie du journalisme et des médias (AJM) de Neuchâtel, Steve Riesen s’est chargé des pages Health Valley (p. 6 à 19) de ce numéro de «In Vivo». Il a aussi contribué à la rédaction du dossier sur la thématique de la mort (p. 21).

Journaliste indépendante, Jade Albasini écrit pour plusieurs magazines suisses et étrangers. Dans ce numéro, elle a réalisé le portrait de la start-up valaisanne MMOS (p.13) et interviewé le tandem formé par Patrick Schoettker et Josep Solà (p. 70)

DR

PATRICIA MICHAUD Basée à Berne, la journaliste indépendante Patricia Michaud rédige depuis plusieurs années des articles pour divers titres romands. Pour «In Vivo», elle s’est penchée sur un sujet plus vivant que jamais: la mort (p. 21).

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IN VIVO

Une publication éditée par le Centre hospitalier universitaire vaudois (CHUV) et l’agence de presse LargeNetwork www.invivomagazine.com

ÉDITION

CHUV, rue du Bugnon 46 1011 Lausanne, Suisse RÉALISATION ÉDITORIALE ET GRAPHIQUE T. + 41 21 314 11 11, www.chuv.ch LargeNetwork, rue Abraham-Gevray 6 redaction@invivomagazine.com 1201 Genève, Suisse T. + 41 22 919 19 19, www.LargeNetwork.com ÉDITEURS RESPONSABLES Béatrice Schaad et Pierre-François Leyvraz DIRECTION DE PROJET ET ÉDITION ONLINE

Bertrand Tappy REMERCIEMENTS

RESPONSABLES DE LA PUBLICATION

Gabriel Sigrist et Pierre Grosjean DIRECTION DE PROJET

Melinda Marchese

Alexandre Armand, Marie Bertholet, Nicolas Berlie, Francine DIRECTION GRAPHIQUE Billote,Valérie Blanc, Gilles Bovay, Virginie Bovet, Darcy Christen, Muriel Cuendet Teurbane, Stéphanie Dartevelle, Diana Bogsch et Sandro Bacco Diane De Saab, Frédérique Décaillet, Muriel Faienza, Marisa Figueiredo, Pierre Fournier, Serge Gallant, RÉDACTION Katarzyna Gornik-Verselle , Aline Hiroz, Joëlle Isler, LargeNetwork (Jade Albasini, Yann Bernardinelli, Clément Bürge, Andrée-Marie Nathalie Jacquemont, Nicolas Jayet, Emilie Jendly, Dussault, Sophie Gaitzsch, Malka Gouzer, Melinda Marchese, Patricia Michaud, Anne-Renée Leyvraz, Cannelle Keller, Simone Steve Riesen, Geneviève Ruiz, Julie Zaugg), Béatrice Schaad, Bertrand Tappy. Kühner, Laurent Meier, Brigitte Morel, Thuy Oettli , Manuela Palma de Figueiredo, Giovanna Panese, Odile Pelletier, Fabienne Pini Schordere, Isabel RECHERCHE ICONOGRAPHIQUE Prata, Sonia Ratel, Marite Sauser, Dominique Bogsch & Bacco, Sabrine Elias Ducret Savoia Diss, Jeanne-Pascale Simon, Elena Teneriello, Aziza Touel, Laure Treccani, COUVERTURE Céline Vicario, Vladimir Zohil et le Service Illustration par Kotryna Zukauskaite de communication du CHUV. PARTENAIRE DE DISTRIBUTION

BioAlps

IMAGES

SAM (Eric Déroze, Heidi Diaz, Patrick Dutoit, Gilles Weber), Lo Cole, Sébastien Fourtouill, Jérémie Mercier

MISE EN PAGE

Bogsch & Bacco pour LargeNetwork TRADUCTION

Technicis IMPRESSION

PCL Presses Centrales SA TIRAGE

18’000 exemplaires en français 2’000 exemplaires en anglais Les propos tenus par les intervenants dans «In Vivo» et «In Extenso» n’engagent que les intéressés et en aucune manière l’éditeur.

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