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Hildegarde

Allers et retours Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /     1  


Illustration de couverture : Mathurin Louis https://www.behance.net/gallery/17262297/drawing

Sommaire Editorial, par Populie / page 3 Astropopote, Une réalité tissée de cycles / page 7 Benoît Dobbelaere, le dos d’EMA / page 9 Extrait du Journal de R.Queneau / page 10 Dates Favorables selon calendrier lunaire / page 13 Entretien avec un franc maçon dissident / page 15 Mathurin Louis, dessin / page 20 La Table d’émeraude / page 21 Mel Sherwood, Fado / page 25 Anne Archet, Quatre abandons et une abolition / page 28 Podcast, Aline la Sardine, Idiot Saint Crazy… / page 31 Programme télé / page 32 Contact et abonnement / page 34 Christian Delatrie, poème / page 35 Shampoing maison, par Nathalie / page 36 Vadim Korniloff, L’amour mort / page 37 Le grand jeu de piste de nos origines / page 38 Entretien avec l’explorateur et le druide / page 42 Giovana Sicari, Persino improtetta, facendo ricorso/ p.47 Pauline Blottin, A Pocket full of posies / page 48

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Editorial La matière et le temps, m’a rappelé un ami, sont les premiers ennemis du Prince. Il est question de se rendre possesseur de l’une et l’autre, question visiblement vitale pour acharné du contrôle. Tenter de fuir la matière dans des expériences strictement spirituelles n’est pas une façon de résister à cette appropriation, mais une façon de l’abandonner. Peut être est il bon de se laisser au contraire posséder par la matière, nous qui cherchons le ciel et oublions nos pieds, nos troncs, le bois dont nous sommes faits. La vénérée terre mère des anciens humains, où est elle passée ? Quant au « temps », en réalité : nous disposons exactement de celui dont nous avons besoin, car une sorte de dessein cosmique dont la Volonté nous échappe et d’où personne ne peut se soustraire, semble à l’œuvre. Et à l’heure. La science antique des cycles astraux, qui nous est parvenue dans un état résiduel, nous le dit encore. Le Livre a toujours été là, attendant d’être ouvert, dissout dans une infinité de livres. Dans plusieurs centaines d’années ou dans quelques mois seulement ou il y a quelques temps déjà, quelqu’un a lu, entendu, lira ou entendra ces mots: « C’est un conte mythologique contemporain qui prenait forme sous nos yeux. Nous, les non-initiés, les gens du grand Bétail au berger, qui n’avions jamais entendu de transcendance tomber dans notre oreille, nous nous trouvions submergés par toute une symbolique cachée qui défamiliarisait nos sens. Mon dieu ! Pensais-je, tandis que chacun défendait le sien, dans un carnaval de sang et de colère qui profanait l’humanité. Désacralisme est le nom de cette idéologie qui nous gouvernait, qui gouvernait notre esprit. L’oubli du gouvernement intérieur, de la conscience-criquet inaudible quand le pantin se ment, quand il est jouet de son anti-nature. » La Nature, ce « dieu » que beaucoup partagent. Les vrais croyants et les faux athées sont bons amis.

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Il est naturel que la question de notre nature qu’on nous apprend depuis toujours à nommer fallacieusement « identité », devienne si pressante. Et tout pressés que nous sommes de la reconquérir, cette nature, de se dé-domestiquer, nous sommes dans la tentation de nous précipiter dans l’étiquetage en série, industrialisé : Nous consommons de l’identité au super-market du pseudomonde. Les castes préprogrammées, nous n’avons connu que cela. Elles ont mille ramifications, ces castes humaines, classifiées par l’autorité d’une sorte de Carl von Linné en roue libre; pris par les convulsions fébriles de la dissection ultime. L’analyse sive1 la décomposition. On n’en finit plus avec les sous groupes et les sous espèces et les sous produits qui chacun réclament la meilleure place pour l’épanouissement réglementé de leur culture ultralocale, quittes à user leur temps à gueuler ou à chialer dans la défense d’ego-intérêts pittoresques et provisoires. Désacraliser l’esprit d’analyse et de découpage : déclassifier, rouvrir, libérer des dogmes ce qui nous est sacré, qu’il s’agisse de vertus ou de pratiques, voilà peut être une aspiration sincère et commune qui se fait sentir sous l’écume des revendications préprogrammées. Etranges mouvements contraires dans ce lieu et ce temps où règne en tyran le Grand Deux, où s’opposent singulier et pluriel, où l’uniformisation et l’individualisme tentent de déloger le fond commun et l’intimité. Les groupes, les sous groupes et les sous produits ont assez parlé à notre place. Nous les avons assez entendus et nous voulons entendre l’Être derrière l’agglutinement. A bas les porte-parole. Nous prétendons porter ici la voix d’hommes et de femmes qui se libèrent des injonctions classificatoires. Ce sont des chevaliers de l’a-tome, de l’indivisé.  

Populie

                                                                                                              1  Ou  bien   Hildegarde    /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /     4  


Quelle est cette couleur Inconnue, Que je tiens loin De ma vue ?

A.P Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /     5  


Vicente do Rego Monteiro Vendedor de fruta (Première moitié du XXème siècle)

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UNE REALITE TISSEE DE CYCLES Par Astropopote

Organisées autour des cycles cosmiques du Soleil et de la lune (jour-nuit, saisons, lunaisons), toutes les grandes civilisations humaines ont affirmé que la réalité est tissée de cycles, ainsi qu’en témoignent leurs diverses traditions : Yi-king, astrologie, calendriers prophétiques…. Absolument prévisibles, les cycles donnent le rythme Les cycles sont des structures spatio-temporelles répétitives et coercitives : quand il fait nuit, il fait nuit. Aussi sont-ils prédictifs. Connaissant le cycle jour-nuit, je peux prédire sans risque d’erreur à quelle heure le jour se lèvera dans trois ans. En même temps, demain est toujours un « autre » jour. La réalité ne bégaye pas… Tout ce qui se passe, est « pris » dans la cyclicité… En fait, pour quiconque étudie la cyclicité tout ce qui se passe (naissance, évènement, rencontre, décision…), à la fois « s’engraine dans » et est « pris dans » l’engrenage des cycles ! S’il y a le temps qui passe (cadre rythmique), ce qui se passe se passe dans / est porté ou emporté par / cadré par le rythme des cycles. Jardiniers et paysans le savent : une même graine, plantée dans la même terre, n’aura pas le même destin selon le moment où elle aura été plantée... L’exemple du cycle du communisme Cet « engrainage » est flagrant dans le « cycle du communisme » de 36 ans, commencé en 1846-47 avec la découverte de la planète Neptune et la rédaction du Manifeste du parti communiste par Marx et Engels (publié en 1848). 36 ans plus tard, en 1882-83, Marx meurt et la première organisation communiste russe est créée. 36 ans plus tard (1917-18) la révolution communiste russe éclate. 36 ans plus tard - en 1952-53 -, Staline meurt, l'Union soviétique décide d’ériger un mur entre la partie ouest et la partie est de l’Europe (ce qui donnera le mur de Berlin en 1961), et un coup d’Etat lance la « révolution castriste » communiste à Cuba. 36 ans plus tard, en 1989, le mur de Berlin est abattu, la Tchécoslovaquie se libère du communisme et l’Occident pense le communisme fini…même si l’on peut ajouter à ces faits le massacre de la place Tien an men en Chine communiste, ou le procès stalinien de 1989 à Cuba…. Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /     7  


On ne peut pas prédire ce qu’il adviendra du communisme. Mais sur la base de ce cycle, on peut affirmer que quelque chose de son destin se dévoilera au lancement du cycle suivant, en 2025… La cyclicité est faite de phases En fait on peut même affirmer - et informer le communisme ! - que son destin va se préparer en 2016 ! Pourquoi ? Parce qu’à l’image du cycle des saisons et de celui des lunaisons, les cycles se déroulent en quatre phases : 1 - élan initial (printemps / nouvelle lune) ; 2- tri et ancrage (été / premier quartier) ; 3récolte/résultats (automne / pleine lune,) ; enfin 4- bilan et réorientation (semence) vers le cycle suivant (hiver, dernier quartier). Or, en 2016, le cycle de 36 ans commencé en 1989 entre dans sa dernière phase de 9 ans (36/4 = 9), soit dans son étape bilan et réorientation (le mouvement musclé lancée par la CGT en France en est indéniablement une manifestation). De l’intérêt pratique de connaître les cycles et leurs phases Aussi est-ce le bilan - plus ou moins poussé, plus ou moins honnête que le communisme fera (ou pas) de lui-même cette année (et suivantes) et les conclusions qu’il en tirera (ou pas) qui vont décider de son avenir, que l’on ne verra apparaître clairement qu’en 2025 (et suivantes) ! Cette affirmation est valable pour tout ce qui s’est « engrainé » dans le cycle de 1989, tant à échelle historique que personnelle. A échelle historique, cela pourra notamment concerner le communisme bien sûr, mais aussi l’Allemagne, la Chine et Cuba, ainsi que la Russie, les ex républiques soviétiques et l’U.E impactées par la chute du mur… Et a échelle perso ? A chacun d’explorer sa propre histoire, en s’appuyant sur les faits de 1989 et des 4 étapes suivantes : 1998-99 (tri et ancrage), 2006-2007 (récolte/résultats), et 2016 (bilan et réorientation)… D’ailleurs, suivre les 4 étapes d'un cycle permet de valider (ou pas) l’appartenance des faits à ce cycle et pas à un autre, ce qui est important vu le nombre de cycles à l’œuvre simultanément… Plus sur astropopote.com

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Benoît Dobbelaëre Le Dos d'ÉMÂ 2014

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(voir aussi en page 28 de la présente publication pour la référence à la revue Et. Tr.)

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Raymond Queneau, extrait du Journal 1939-1940 Ed. Gallimard 1986 Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    11  


Angoisse profonde générée par le pseudomonde Civilisation radicalisée dans le mammonisme Publicité spectaculaire de l'inhumain et du non-être Elevage de viande consumable Promotions sur les émotions, caddie-à-néant Ameublement de la désertification de l'Amour Domestication ultime.

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A.P

Dates favorables et défavorables en Juillet et Aout Activités à prévoir selon le calendrier lunaire

  Jours où éviter de faire des choses trop importantes (prévoir du repos ou une activité méditative, rencontre en petit comité, ne pas jardiner, éviter les grosses réunions, rendez vous importants si fatigue) : 1er juillet ; 9 Juillet au matin ; Nuit du 22 au 23 Juillet ; du 26 au soir au 27 Juillet au soir / 5 Aout ; 19 Aout ; 1er Septembre

Récolte des plantes médicinales : Les 2, 3, 21, et du 28 au 30 Juillet / du 23 au 26 Aout : sommités des petites plantes (millepertuis, reine des près) Du 8 au 12 Juillet et les 18 et 19 Juillet / les 4, 6, 7, 8 et du 14 au 18 Aout : récolte sur arbre (aubépine, tilleul…) à récolter avant midi Du 8 au 12 Juillet / les 4, 6, 7 et 8 Aout : récolte des racines (gentiane, pissenlit…) plutôt après 15h Coupe des cheveux pour plus de vitalité : 27 et 28 Juillet / 23, 24, 29 et 30 Aout : plus de vitalité, force 6 et 7 Juillet / 6, 14, 24, 29 et 30 Aout : prévenir la chute 2, 8, 16, 23 et 29 Juillet / 15,12, 19 et 25 Aout : jours défavorables pour une coupe Jour pour la première coupe de cheveux d’un bébé : 7 Juillet après 16h Coupe des ongles : Du 1er au 3, du 20 au 22 et du 28 au 30 juillet / du 23 au 26 Aout : ongles plus forts et moins cassants. Epilation : Du 4 au 17 Juillet / du 4 au 14 Aout : favorables pour retarder la repousse des poils avec un pic d’efficacité les 4,6, 7 et 31 Juillet et du 1er eu 3 Aout puis du 27 au 31 Aout. Rendez vous chez le dentiste : Jours à éviter : 8, 9 et 23 juillet / le 5 et le 19 Aout. Plus de détails (quand jardiner, quand récolter, etc. dans le calendrier lunaire annuel de Michel Gros (calendrier lunaire diffusion) Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    13  


La lumière n’a pas d’ombre Auteur inconnu

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Conversation avec un franc maçon dissident CE QUI EST EN HAUT EST COMME CE QUI EST EN BAS2 grande phrase alchimique à laquelle on se frotte lorsqu’on ouvre la porte de l’ésotérisme. Très vite, Rose-croix, Templiers, Hermes Trismegiste font surface. Pour accéder à ces enseignements, il y a l’option francmaçonnerie. Je m’y suis pas mal intéressée et j’ai d’abord remarqué qu’il n’y a pas une, mais des franc-maçonneries. L’idée principale reste toujours la même, se servir de symboles (parfois bibliques, parfois égyptiens, parfois de simples outils de maçon: règle, équerre, compas selon les loges ) et les intégrer pour évoluer en tant qu’humain. Avec des réflexions écrites (des planches) et des rituels lors de cérémonie. Jusqu’à peu, les mecs étaient plutôt tranquilles, et puis Eyes wide shut, et puis Rotschild, et puis Bush, et puis les tours qui brulent sur les billets de 5 $, voici les Illuminati dans les cours de récré et le complot du nouvel ordre mondial en blockbuster dans les cerveaux. On s’est donc dit, à Hildegarde, qu’on allait demander à un franc-maçon ce qu’il pensait de tout ça. Un tout petit rappel des grades : Apprenti, Compagnon et Maître. A cela s’ajoute des fonctions, certaines ne pouvant être tenues que par des Maîtres, notamment les surveillants (professeur des apprentis et compagnons ) et Vénérable ( chef ).

                                                                                                              2  Voir la Table d’émeraude p.21   Hildegarde    /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    15  


Bonjour X, tu préfères ne pas dévoiler ton identité alors ce sera X. Tu es Franc-Maçon depuis de nombreuses années, au grade de Maître. Tout d’abord, pourquoi es-tu allé vers la franc-maçonnerie ? Comme pour beaucoup de gens, le côté mystérieux ...et la facilité car l'un de mes amis l’était. Tu fais partie d’une loge libre, peux-tu nous expliquer ce que c’est ? Une loge libre est une loge qui suit les règles de la franc-maçonnerie universelle, qui est reconnue comme telle, mais ne dépend d'aucune obédience...les obédiences étant les grandes familles de la francmaçonnerie, pour faire simple. Depuis quand en fais-tu partie ? Je fais partie de cette loge depuis septembre 2011, date de sa création par certains frères et moi-même, dissidents de la GLNF. Pourquoi avoir quitté la GLNF (Grande Loge Nationale de France) ? Nous avons décidé de quitter la GLNF car nous ne pouvions plus supporter la collusion entre « notre » vénérable national, Francois Stefani (ndlr, grand chef de la GLNF qui fait autorité auprès de tous les vénérables de toutes les loges de la GLNF en France ), et le chef de l’état à l’époque en fonction, Nicolas Sarkozy…prétendre que la GLNF et tous ses adhérents avait prêté allégeance à un parti politique : l’UMP (ndlr, ce qu’avait fait Stefani lors d’un discours officiel pendant la campagne de Sarkozy) ne pouvait que créer des dissensions au sein d’une communauté se voulant libre et apolitique. Cela est venu nous conforter dans nos doutes… Surtout qu’il y avait en parallèle un questionnement de plus en plus insistant sur la destination finale de nos capitations (participation financière de l’ordre de 400 euros par adhérent et par année )… En sachant qu’une infime partie ( 10 % ) nous était laissée pour les frais de fonctionnement de notre loge, nous étions devenus suspicieux sur le sort réservé aux 90% restant. Aujourd’hui encore, j’aimerais avoir des éclaircissements à ce sujet… Bien d’autres choses nous gênaient particulièrement, comme le fait de recevoir des chefs d’état africains à la réputation sulfureuse, comme Omar Bongo par exemple … Dans une loge maçonnique , nous ne devrions penser à rien d’autre qu’au travail que nous devons effectuer… Surement pas à des questions politiques ou à l’honnêteté des instances dirigeantes d’une obédience. C’est sans doute pour toutes ces raisons qu’une partie de mes frères et moimême sommes partis de la GLNF pour construire une loge indépendante, en dehors de tout système obédientiel pyramidal et complètement autonome dans la gestion de ses capitations, ces dernières étant intégralement dédiées à la bonne marche de la loge.

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Je pense que ce système déjà existant devrait être suivi par tous les maçons voulant travailler l’esprit libre. Le principe de l’obédience ne fait que créer une course aux postes de prestige, qu’ils soient régionaux ou nationaux …c’est le ver dans la pomme. Il révèle la vanité naturellement présente chez l’homme, vanité que nous sommes censés combattre au travers de la maçonnerie. Avais-tu l’impression qu’on te cachait des choses ? Oui effectivement j’avais l’impression que l’on me cachait des choses à l’époque de la GLNF…Pour certaines raisons évoquées précédemment …Je n’étais pas le seul …D’ou notre départ. Après plusieurs années, où en es tu ? Comment t’y sens tu ? Depuis ces cinq premières années, notre loge a trouvé son rythme de travail…certaines personnes nous ont quitté, d’autres nous ont rejoint…la banalité de la vie d’une loge. À titre personnel, je me repose depuis quelques mois de tous les efforts que j’ai pu faire ces trois dernières années en tant que second surveillant (professeur des apprentis pour faire simple ). Échanger avec des apprentis sur ce qu’est la maçonnerie et comment se servir des outils mis à leur disposition n’est pas une mince affaire. Cela demande beaucoup de travail et d’énergie. Deux ans à ce poste laisse des marques… surtout quand l’un des apprentis décide de se suicider en tenue de franc maçon… Concernant ce suicide, comment l’as tu vous vécu/interprété ? Concernant le suicide de cet apprenti , je l'ai évidemment mal vécu ...d'un point de vue humain évidemment car c'était quelqu'un que je voyais régulièrement chaque mois. Ce que nous partagions a ce moment la était très fort. En tant que second surveillant je tenais a ce qu'il y ait beaucoup Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    17  


d'échanges entre les apprentis et moi ...je ne voulais pas que cela soit une sorte de catéchisme ou l'on ouvre la bouche et l'on avale bêtement du symbolisme maçonnique. Ne s'intéresser qu'aux symboles sans chercher l'humain qui se trouve derrière n'aurait pas de sens ...comme dans toute chose ritualisée. C'est cet humain qui me manque aujourd’hui. Je rajouterai enfin que j'ai ressenti une sorte de culpabilité. À trop vouloir lui faire prendre conscience de la coexistence du lumineux et de la noirceur en lui, de la nécessité de faire dialoguer ces deux parties de soi n'ai je pas présumé de ses forces ? question que je me suis d'autant plus posée quand j'ai appris qu'il s'était pendu en tenue de maçon… La Franc-Maçonnerie est-elle proche d’une religion ?

La franc maçonnerie n’est pas une religion. Pour certaines obédiences la croyance en Dieu n’est absolument pas obligatoire. Leurs travaux sont d’ailleurs plus sociétaux qu’introspectif. Dans ma loge la croyance en « quelque chose » est très importante même si nous ne sommes absolument pas dogmatiques. Ce quelque chose qui se trouve aussi en nous même est la base de notre travail… Ne répondant à aucun dogme et ne faisant référence à aucun au-delà, je ne pense pas que la franc maçonnerie telle que nous la pratiquons puisse être rapprochée de la notion de religion… ou alors une religion hors normes ayant pour but l’amélioration de soi. Comment vis-tu le fait de ne pas avoir accès à la connaissance des « supérieurs » ? Je vis bien le fait de ne pas avoir encore eu accès aux grades supérieurs car ces ateliers sont durs à intégrer lorsque l’on est comme moi hors obédience ( loge libre ). Il faut savoir que le principal chapitre ( nom de l’atelier des hauts grades ) en haute corse est régi par …la GLNF. Mais l’espoir est là…un chapitre nouveau est en train de se créer, hors obédience une nouvelle fois. Il est probable que certains de mes frères et moi-même puissions l’intégrer en 2017. Y a t-il des légendes ou des confirmations de rituels obscurs dans des loges ou chez certains individus ? Lesquels ? Qu’en sais-tu ? Comment le vis-tu ? Il arrive que certains frères commettent des erreurs, se comportent mal d’un point de vue maçonnique. Etant dans une loge hors GLNF , j’ai pu rencontrer toutes les autres obédiences possibles. J’ai donc rencontré des frères dont les horizons pouvaient parfois sembler très ésotériques et mystérieux. Je me souviens notamment de l’un d’entre eux, maçon mais aussi martinesiste qui me parla d’un rituel appelé le rituel de la colombe, devant faire appel a un préadolescent pour rentrer en contact avec des entités… Ce genre de sorties de route condamnables est finalement assez peu fréquente même si certains de mes frères se laissent aller a une fascination assez adolescente pour tout ce qui est surnature J’éprouve aussi

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beaucoup de mépris pour les personnes jouant les gourous et pouvant entrainer certaines personnalités faibles dans des cul de sac. J’ai eu ainsi a m’assoir a coté d’un frère féru de magie noire… tout cela était finalement assez pitoyable. Il y a sans doute des choses qui peuvent être faites mais surement pas de cette manière… une manière risible et qui peut a peine donner le tournis a des esprits en manque de sensations fortes. De toute manière il y a une logique et l’occulte ne prête jamais sans contrepartie. Cette personne a disparu de notre loge. Pour ce qui est des rituels obscurs, oui il en existe un, le rituel MemphisMisraim ( rite égyptien ). J’ai eu la chance d’assister a la tenue d’une loge de cette obédience. Je comprends que cela puisse impressionner. Je comprends aussi que certains frères ne veuillent pas y assister. Personnellement c’est l’un de mes plus grands souvenirs… quand je pense qu’il s’agissait d’une version édulcorée du rite en vigueur , je frissonne a l’idée d’assister un jour a une tenue ( nom donné au rassemblement mensuel des participants d’une loge ) reprenant le rite originel. Les tenues sont en en général un lieu d’échange d’énergies et ce jour ce fut de la très haute tension. Le genre de haute tension qui ouvre des portes cérébrales que l’on ne soupçonne pas. Sur la question du secret, finalement, comment pourrait tu savoir ce que font certains « Maîtres » ou grades supérieurs ? La franc-maçonnerie reste une grande source de fantasmes divers et variés. Lorsqu’on rentre dans une loge , on vous dit que vous apprendrez des choses stupéfiantes, sombres, vénéneuses… Une fois la réalité établie, ce fantasme se reporte sur les hauts grades. Il y a des secrets propres aux hauts grades comme il y a des secrets propres à l’initié , au compagnon et au maitre… mais il n’y a rien de l’ordre du complot destiné a favoriser le renversement des gouvernements au profit d’extraterrestres ou de satanistes débauchés. La réalité est simplement plus prosaïque… le seul secret dont il est question est celui pouvant être mis à jour grâce au Vitriol… Et que penses tu de cet engouement sur la question des illuminati, d'après toi pourquoi c'est là et d'où ça vient ? Est-ce négatif pour vous ? Pour ce qui est des illuminati, je pense que les gens ont du mal à accepter le monde tel qu'il est. Avant pour expliquer que ça aille aussi mal, on l'expliquait par l'existence de Satan. Maintenant par les illuminati. L’homme a aussi besoin de repères négatifs pour se situer, se rassurer.

Photos et propos recueillis par Marina Yellow

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Mathurin Louis

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La table d’émeraude Aux origines de la philosophie hermétique

    Tabula  Smaragdina   Planche  représentant  une  version  latine  de  la  Table  d’émeraude  gravée  sur  un   rocher  dans  une  édition  de  l’Amphitheatrum  Sapientiae  Eternae  (1610)  de   l’alchimiste  allemand  Heinrich  Khunrath.      

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Nous sommes   nombreux   à   avoir   entendu   cette   phrase   sans   savoir   vraiment  d’où  nous  la  tenions,  évoquant  la  fameuse  correspondance   entre  les  différents  «  niveaux  de  réalité  »  :     Ce  qui  est  en  bas  est  comme  ce  qui  est  en  haut.     C’est   la   plus   fameuse   sentence   d’un   texte   réputé   fondateur   de   la   philosophie   hermétique 3  et   de   la   tradition   alchimique,  censée   remonter  au  moins  à  la  Grèce  du  IIème  siècle  :  La  Table  d’Emeraude.       Le   message   est   à   interpréter   à   différents   degrés   symboliques   et   les   traductions  que  nous  reproduisons  ici  le  déflorent  et  l’orientent  déjà.     Pour   rester   fidèle   à   l’intention   de   cette   tradition,   le   disciple   doit   lui   même   méditer   le   message   et   effectuer   toute   recherche   nécessaire   pour  en  percer  le  secret  et  la  signification  profonde.  Nous  invitons  les   chercheurs   à   parcourir   les   bibliothèques   et   les   documents   en   ligne   pour   en   trouver   différentes   exégèses   ainsi   qu’un   historique   de   sa   notoriété.   Méfions-­‐nous   donc   d’emblée   des   reader’s   digests   de   la   Table   et   étudions-­‐en   éventuellement   les   différentes   gloses   et   commentaires,   sans   oublier   notre   compréhension   intuitive   des   choses.   Ce   que   nous   pouvons   néanmoins   en   dire   sans   trop   nous   tromper,  c’est  que  ce  texte  a  traversé  les  siècles,  depuis  au  moins  la   Grèce   des   premiers   siècles,   en   passant   par   les   versions   arabes   manuscrites  des  temps  coraniques,  jusqu’au  XXème  où  André  Breton   reprendra   l'axiome   principal   de   la   Table   d'émeraude   dans   le  Second   manifeste  du  surréalisme4.         Comprend  qui  peut  !  Comme  disait  Bobby  Lapointe.            

                                                                                                              3  «  hermé-­‐tique  »,  vient  d’Hermès  Trismégiste,  supposé  auteur  de  ce  texte,   considéré  comme  personnage  historique  jusque  récemment.  Il  est  désormais   réputé  personnage  mythique.   4  (1930)  :  «  Tout  porte  à  croire  qu'il  existe  un  certain  point  de  l'esprit  d'où  la  vie   et  la  mort,  le  réel  et  l'imaginaire,  le  passé  et  le  futur,  le  communicable  et   l'incommunicable,  le  haut  et  le  bas  cessent  d'être  perçus  contradictoirement.  Or,   c'est  en  vain  qu'on  chercherait  à  l'activité  surréaliste  un  autre  mobile  que   l'espoir  de  détermination  de  ce  point  »     Hildegarde    /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    22  


Verba secretorum Hermetis – Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius. Et sicut omnes res fuerunt ab uno, mediatione unius, sic omnes res natae fuerunt ab hac una re, adaptatione. Pater ejus est Sol, mater ejus Luna; portavit illud Ventus in ventre suo; nutrix ejus Terra est. Pater omnis telesmi totius mundi est hic. Vis ejus integra est si versa fuerit in terram. Separabis terram ab igne, subtile a spisso, suaviter, cum magno ingenio. Ascendit a terra in coelum, iterumque descendit in terram, et recipit vim superiorum et inferiorum. Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo fugiet a te omnis obscuritas. Hic est totius fortitudine fortitudo fortis; quia vincet omnem rem subtilem, omnemque solidam penetrabit. Sic mundus creatus est. Hinc erunt adaptationes mirabiles, quarum modus est hic. Itaque vocatus sum Hermes Trismegistus, habens tres partes philosophiæ totius mundi. Completum est quod dixi de operatione Solis.

Traduction de Fulcanelli (auteur hermétique du début XXe) :

Il est vrai, sans mensonge, certain et très véritable : Ce qui est en bas est comme ce qui est en haut, et ce qui est en haut est comme ce qui est en bas ; par ces choses se font les miracles d'une seule chose. Et comme toutes les choses sont et proviennent d'un, par la méditation d'un, ainsi toutes les choses sont nées de cette chose unique par adaptation. Le Soleil en est le père, et la Lune la mère. Le vent l'a porté dans son ventre. La terre est sa nourrice et son réceptacle. Le Père de tout, le Thélème du monde universel est ici. Sa force ou puissance est entière si elle est convertie en terre. Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l'épais, doucement avec grande industrie. Il monte de la terre et descend du ciel, et reçoit la force des choses supérieures et des choses inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire du monde, et toute obscurité s'enfuira de toi. C'est la force, forte de toute force, car elle vaincra toute chose subtile et pénétrera toute chose solide. Ainsi, le monde a été créé. De cela sortiront d'admirables adaptations, desquelles le moyen est ici donné. C'est pourquoi j'ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie universelle. Ce que j'ai dit de l’oeuvre solaire est complet.

Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    23  


Verba secretorum Hermetis – Verum, sine mendacio, certum et verissimum : quod est inferius est sicut quod est superius; et quod est superius est sicut quod est inferius, ad perpetranda miracula rei unius. Et sicut omnes res fuerunt ab uno, mediatione unius, sic omnes res natae fuerunt ab hac una re, adaptatione. Pater ejus est Sol, mater ejus Luna; portavit illud Ventus in ventre suo; nutrix ejus Terra est. Pater omnis telesmi totius mundi est hic. Vis ejus integra est si versa fuerit in terram. Separabis terram ab igne, subtile a spisso, suaviter, cum magno ingenio. Ascendit a terra in coelum, iterumque descendit in terram, et recipit vim superiorum et inferiorum. Sic habebis gloriam totius mundi. Ideo fugiet a te omnis obscuritas. Hic est totius fortitudine fortitudo fortis; quia vincet omnem rem subtilem, omnemque solidam penetrabit. Sic mundus creatus est. Hinc erunt adaptationes mirabiles, quarum modus est hic. Itaque vocatus sum Hermes Trismegistus, habens tres partes philosophiæ totius mundi. Completum est quod dixi de operatione Solis.

Traduction française du XVIe siècle, auteur inconnu : « I – Il est vrai sans mensonge, certain & très véritable. II – Ce qui est en bas, est comme ce qui est en haut : & ce qui est en haut, est comme ce qui est en bas, pour faire les miracles d’une seule chose. III – Et comme toutes les choses ont été, & sont venues d’un, par la méditation d’un : ainsi toutes les choses ont été nées de cette chose unique, par adaptation. IV – Le soleil en est le père, la lune est sa mère, le vent l’a porté dans son ventre ; la terre est sa nourrice. Le soleil en est le père, la lune est sa mere V – Le père de tout le telesme de tout le monde est ici. Sa force ou puissance est entière, VI – si elle est convertie en terre. VII – Tu sépareras la terre du feu, le subtil de l’épais doucement, avec grande industrie. VIII – Il monte de la terre au ciel, & derechef il descend en terre, & il reçoit la force des choses supérieures & inférieures. Tu auras par ce moyen la gloire de tout le monde ; & pour cela toute obscurité s’enfuira de toi. IX – C’est la force forte de toute force : car elle vaincra toute chose subtile, & pénétrera toute chose solide. X – Ainsi le monde a été créé. XI – De ceci seront & sortiront d’admirables adaptations, desquelles le moyen en est ici. XII – C’est pourquoi j’ai été appelé Hermès Trismégiste, ayant les trois parties de la philosophie de tout le monde. Ce que j’ai dit de l’opération du soleil est accompli, & parachevé. »

Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    24  


FADO BATEAU NOIR Ce matin, craignant que tu ne me trouves laide, Je me suis réveillée tremblante dans le sable Mais tes yeux m'ont dit que non Et le soleil a pénétré mon cœur J'ai vu ensuite sur un rocher, une croix, Et ta barque noire dansant dans la lumière, J'ai vu ton bras me faire signe entre les voiles déjà lâchées Elles disent, les femmes sur la plage, que tu ne reviendras pas Elles sont folles !Elles sont folles ! Je sais mon amour, que tu n'es jamais parti, Puisque tout autour de moi me dit que tu es toujours là. Dans le vent qui lance le sable sur les vitres, dans l'eau qui chante, dans le feu meurtrier, dans la chaleur du lit, dans les bateaux vides, dans ma poitrine, tu es toujours avec moi.

BARCO NEGRO De manhã, temendo que me achasses feia! Acordei, tremendo, deitada n'areia Mas logo os teus olhos disseram que não, E o sol penetrou no meu coração.[Bis] Vi depois, numa rocha, uma cruz, E o teu barco negro dançava na luz Vi teu braço acenando, entre as velas já soltas Dizem as velhas da praia, que não voltas: São loucas! São loucas! Eu sei, meu amor, Que nem chegaste a partir, Pois tudo, em meu redor, Me diz qu'estás sempre comigo.[Bis] No vento que lança areia nos vidros; Na água que canta, no fogo mortiço; No calor do leito, nos bancos vazios; Dentro do meu peito, estás sempre comigo.

Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    25  


Illustration page précédente : Jef aérosol

On peut s'essayer à comprendre l'essence du fado, ce « genre musical portugais qui prend la forme d'un chant mélancolique généralement accompagné par des instruments à cordes pincées, exploitant les thèmes récurrents : la saudade, l’amour inaccompli, la jalousie, la nostalgie des morts ou du passé, la difficulté à vivre, le chagrin, l’exil…» en se penchant sur ses paroles, en décortiquant ce qu'est la saudade, ou encore se penchant sur son étymologie : fatum = le destin, mais on se rapprochera bien plus de sa substance profonde en lisant ce morceau :

O Fado nasceu um dia, quando o vento mal bulia e o céu o mar prolongava, na amurada dum veleiro, no peito dum marinheiro que, estando triste, cantava, que, estando triste, cantava.

Le fado naquit un jour, Lorsque le vent grouillait à peine, et que le ciel prolongeait la mer, Dans le creux d'un voilier, Dans la poitrine d'un marin, qui, étant triste, chantait, qui, étant triste, chantait. 

Rappelons-nous ainsi que le fado est né dans les cœurs de l'homme du (bas) peuple, entre la poussière, l'odeur de poisson et l'eau salée, le vent qui hurle et qui frappe, et le soleil qui brûle et qui assoiffe, entre la terre et la mer qui nourrissent ces hommes-là et tous les autres ; Puis le soleil réchauffe les âmes, le vent et les brises rafraîchissent. Il est né de ces contradictions qui créent l'équilibre, rythment la vie de la nature et du peuple, dont le fond des âmes, malgré la rudesse du quotidien, s'émeuvent avec finesse et intensité, deux types de vents et de soleils : ce sont de ceux-ci et de ceux-là dont il est question dans le fado, dont la nourriture n'est autre que l'ensemble de ce qu'offre une terre bien particulière… Mel Sherwood Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    26  


Reproduction d’une page de la revue « Etudes Traditionnelles » citée par Queneau dans son Journal (en page 10 de la présente publication), Pour entendre l’intégralité de l’article (lecture audio) : voir aussi le lien p.32

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Quatre abandons et une abolition

Par Anne Archet

1. Je dois abandonner toute forme d’identité. L’identité est extérieure à l’individu. Elle est la conséquence de son appartenance imposée à une catégorie sociale qui lui est préexistante. Ces catégories sociales sont arbitraires – pourquoi être femme, noire, lesbienne ou prolétaire sont des catégories sociales et pas le fait d’être yeux-verts, ambidextre, albinos ou intolérant au lactose? – et déterminent si les individus qui y sont classés vont subir ou non de l’oppression. S’identifier à une catégorie, c’est faire sienne son oppression ou alors assumer son rôle de bourreau comme étant constitutif de sa personne.

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2. Je dois abandonner toute prétention à l’innocence. Tout appel à l’innocence est non seulement futile, mais dangereux. Faire valoir qu’une personne mérite la liberté, la protection ou la justice parce qu’elle est innocente – parce qu’elle s’est abstenue de tout péché, de tout crime et de toute transgression – implique qu’il y ait des formes d’oppression qu’on mérite et d’autres qu’on ne mérite pas. Or, l’oppression n’a rien à voir avec le mérite individuel et tout à voir avec l’appartenance de l’individu à une catégorie sociale arbitrairement définie. La violence que les dispositifs du pouvoir exercent sur nous est totalement gratuite ; l’exigence de critères de tenue morale pour que cesse l’oppression est un dispositif du pouvoir. Il faut libérer tous les prisonniers – même ceux qui sont innocents. 3. Je dois abandonner toute ambition de légitimité. L’appartenance à une catégorie opprimée étant arbitraire, elle ne peut être source de légitimité. Il faut renoncer à l’idée que le la révolution est faite au nom d’une catégorie opprimée qui serait fondamentalement innocente (et donc, juste) que les révolutionnaires auraient la tâche de représenter. Les catégories sociales opprimées n’ont qu’une fonction: justifier l’oppression. Les prendre à rebours et leur attribuer de la valeur ne fait que préparer les oppressions à venir. 4. Je dois abandonner tout devoir de solidarité. La seule lutte cohérente et honnête est celle que je mène pour mes propres raisons. C’est une lutte basée de façon immanente sur mes propres désirs. Toute cause supérieure à moi-même finissant toujours par gouverner ma vie, je dois, à l’instar de Max Stirner, «fonder ma cause sur rien». Si le fait d’appartenir à une catégorie sociale est arbitraire, le fait d’avoir un ennemi commun est tout aussi arbitraire. J’ai peut-être un ennemi commun avec vous ; cela ne signifie pas que notre expérience de d’oppression soit la même; il se peut même que nous soyons radicalement antagonistes dû à notre appartenance simultanée et parallèle à d’autres catégories sociales. Il vaut donc mieux que nous rejetions tout modèle de solidarité fondée sur l’empathie, la sympathie, la charité, ou l’idée que la communauté d’ennemis crée la communauté d’intérêts. Si nous luttons parce que ce sont nos propres vies nous y obligent et que ce sont nos propres désirs qui orientent cette lutte, que reste-t-il de la solidarité outre une coquille vide moralisatrice ? Marchez à mes côtés

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seulement si le chemin que j’emprunte mène à la destination que vous avez choisie – avec la conviction que nous ne devons mutuellement rien du tout et que la passion qui nous unit est totalement gratuite. 5. Je dois m’abolir moi-même S’abolir soi-même signifie se dissocier radicalement de son identité et entrer dans un processus de désidentification. Chaque fois que j’accepte d’être réduite à une catégorie sociale, j’accepte de n’être qu’un fantôme, une moins-que-moi – une moins-que-rien. Le moi que je dois abolir, c’est le corps social, celui qui est strié par toutes les appartenances qui m’ont été imposées – ou que l’on a réussi à me faire croire que j’ai choisies – celui qui est mesuré, compté, jaugé et classé : celui qui est corvéable, redevable, responsable et ultimement, coupable. Ce corps est celui qui opprime et qui est opprimé ; les stries qu’il porte sont aussi les marques du fouet du bourreau. Voilà à quoi se résume mon programme : devenir si lisse que rien n’arrivera à coller à ma peau – pas même mon nom.    

Photo Marina Yellow

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A mettre dans ton walk-man Lectures audio

+Aline la Sardine+ Écritures brutes entre ondes alpha et thêta http://picosong.com/xcD4/ http://picosong.com/xcDZ/ http://picosong.com/xczq/ http://picosong.com/xcz2/ http://picosong.com/xczA/ Aline.hemagi.fernande@gmail

+Hildegarde productions+

1) Extrait du Chiendent de Raymond Queneau http://picosong.com/xfD8/

2) « Le démiurge » Article de René Guénon issu de la revue « La Gnose » (1909) puis réédité dans Etudes Traditionnelles (1951) (voir p.28) https://youtu.be/Qqa4pU6Zl-Q

Musique magique

+Idiot Saint crazy+ Dont take this way (blootland hypothetic soundtrack) https://idiotsaintcrazy.bandcamp.com/album/miscellaneous Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    31  


Programme Télé

Egomythologies Eleonore Poppy (53 mn)

Docu expérimental sur la notion d’identité à partir d’images glanées sur les plateformes vidéos. (technique du mashup) On voyage ici à travers les interrogations métaphysiques, la culture populaire et les mythologies à la recherche d’une sorte, d’une espèce de fond humain. Drôle et profond. http://www.dailymotion.com/video/ x2cjhgf_egomythologies_creation

Voyage spatial Jean Naymar (3mn53)

Ballon d'hélium   équipé   d'une   go   pro.   Départ   5h51.   Altitude   113000   pieds   (34   Kms)   atteinte   à   7h41.   Retour   sur   Terre   (sur   un   arbre)   à   8h26.   Bon  voyage    !     https://www.facebook.com/100009 316587013/videos/16381729798365 72/

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The Challenge of Rudolf Steiner Jonathan Stedall (3h20) « Don't believe what I say. You have to try it in life. » Ecoles Waldorf, agriculture biodynamique, Weleda, Demeter, Hauschka, Camphill, chacun de nous a déjà entendu parler de ces marques ou pratiques, mais qu'ont-elles en commun ? La réponse est simple et rien ne sert de tourner autour : c'est bien « l'anthroposophie » de Rudolf Steiner. Mais qui était cet homme, et sa pensée, et quelles sont les applications pratiques de ses enseignements spirituels datant de plus d'un siècle ? C'est ce que ce documentaire (anglais) va tenter de présenter de façon non-exhaustive dans un voyage à travers ce qui se fait aujourd'hui, dans la continuité des principes philosophiques de l'anthroposophie, sur tous les continents de la planète : https://www.youtube.com/watch?v =GUIDxIKBqLA

Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    33  


Contact / Abonnement Nous travaillons bénévolement, sans subvention ni publicité Et tenons la revue à disposition gratuitement en PDF sur demande là : https://www.facebook.com/hildegardezine/ Si vous voulez soutenir le projet, ou si comme nous vous préférez le papier : il est possible de recevoir chez vous le fanzine pour 3Euros. (6 euros ce numéro double)

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Hildegarde  /  numéro  deux  /  numéro  double  Juillet-­‐Aout  2016  /    34  


Ma tristesse ne se décrit pas. Angers repaire de bourgeois au sens de Bloy, foderches et ligne Maginot. A la banque, à la Poste, plus de téléphone, je devais parler à mes parents, elle m'a dit "c'était pas pressé" J'ai hurlé de froid. Demain tu contemples l'Enfant et tu seras nue conne. Ensuite le toubib qui pinaille pour du Xanax. J'étais à 2 bouteilles de sky et 5 g de pentédrone, arrêtez de m'aider bien sûr je suis pas à la fête, fermez-la pour l'amour du Christ. Et ma dernière vraie copine, une pute, qui est partie. Même le hobbit m'a déçu. Et l'autre puceau qui prend tout en otage. Je l'ai convié à se comporter en homme. Ça se fait rare. Zombies flageolants.

Christian Delatrie 2016

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Recettes naturelles : le shampoing maison Par Nathalie / dessin Mathurin Louis Ce mois-ci, je vais continuer dans le poil ! Après les aisselles, je vais parler cheveux. Voici deux recettes simples à réaliser, toujours avec des produits accessibles. Sham poing m aison cheveux secs Il vous faudra une cuillère à soupe de savon de Marseille, une cuillère à café d'huile d'olive, une cuillère à café de miel, une huile essentielle au choix, 100 ml d'eau et une vieille bouteille de shampoing ou n'importe quel autre récipient, une bouteille vide d'eau par exemple. Faites fondre le savon de Marseille au bain-marie, ajoutez-y le miel et l'huile d'olive puis mélangez jusqu'à obtention d'une pâte homogène. Faites bouillir l'eau puis versez la pâte petit à petit en mélageant. Ajoutez enfin quelques gouttes d'huile essentielle au choix. Versez dans la bouteille, mélangez et appliquez le mélange en shampoing. Rincez enfin abondamment à l'eau tiède. (Source radin.com)

Sham poing m aison cheveux gras Cette recette est très simple également : Il vous faudra pour un shampoing : deux cuillères à soupe d'argile verte et dix gouttes d'huile essentielle de bois de rose. Mélangez, appliquez comme un shampoing, et rincez abondamment à l'eau tiède. (source :  jolies-­‐momes)  

       

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Vadim Korniloff L’amour mort, 2016 Encre de Chine sur papier, 40/30cm

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Le grand jeu de piste de nos origines

L’archéologie moderne est âgée d’environ deux cents ans tandis que les premières datations au carbone 14 sont nées dans les années cinquante : c’est dire à quel point la discipline telle qu’on la connaît aujourd’hui est jeune. Le développement technologique a permis d’affiner nos expériences de laboratoire, mais les différentes techniques de datation5 restent faillibles, leurs résultats ne sont pas systématiquement croisés et quand ils se contredisent, les équipes de recherche ont tendance à s’en remettre au « corpus de référence », dont la fonction est de faire autorité.

                                                                                                              5  « On dénombre deux grands types de méthodes de datation : les méthodes de datation absolue ou objective, et les méthodes de datation relative. Les premières donnent la date de l’échantillon sans avoir besoin de tenir compte du contexte (qui intervient alors dans l’interprétation des résultats). Les secondes en revanche se basent avant tout sur des analyses comparatives, soit par rapport au contexte de découverte, soit par rapport à un corpus de référence ; elles peuvent aussi se fonder sur une analyse globale du matériel trouvé sur le site en prenant en compte l’évolution de ce matériel en fonction des couches stratigraphiques. » (source : http://www.archeologiesenchantier.ens.fr)  

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Les différentes méthodes de datation D’après un archéologue échappé du sérail comme Laurent Villaverde, les « anomalies » détectées sur les sites de fouilles (une cohabitation anachronique d’objets par exemple) tendent à passer à l’as : Les archéologues institutionnels sont invités à ne pas trop s’éloigner dans leurs conclusions de chantier du fameux corpus de référence. D’autre part, les techniques chimiques dites de « datation absolue », malgré le nom qu’elles portent, prêtent tout autant à discussion. La datation au carbone 14 notamment, réputée infalsifiable aux yeux du grand public, montre clairement des limites connues des spécialistes. Pour faire court, cette méthode se fonde sur un isotope radioactif, l’isotope 14 du carbone, présent dans tous les organismes6. Elle suppose et nécessite qu’il n’y ait pas eu de variations radioactives dans l’atmosphère ces cinq mille dernières années. Par ailleurs, il est sans doute utile de rappeler que cette méthode ne peut s’appliquer qu’à des échantillons organiques et ne peut donc en conséquence dater un matériau de construction minéral, par exemple : c’est alors au géologue d’intervenir. Il peut certes déduire de quelle carrière provient la pierre et de quelle strate géologique elle a été extraite, mais ne peut émettre aucun avis scientifique sur la période où elle a été extraite, taillée puis utilisée pour la construction d’une bâtisse. Ni les méthodes littéraires, ni les méthodes chimiques ne se suffisent donc à ellesmêmes. Prises isolément, elles sont incertaines, tout technicien honnête le reconnaît volontiers. Pour Villaverde, « la datation au C14 est basée sur le dogme suivant : l’isotope 14 du carbone est stable dans le temps quelque soit l’endroit où l’on se trouve. Ce n’est pas vrai. En fonction de l’endroit où le prélèvement est fait, de nombreuses pollutions peuvent avoir lieu ». Cette faiblesse dans la méthode, et de nombreuses erreurs de datation constatées à son usage aurait fini par faire dire d’elle à son inventeur américain, Willard Frank Libby, que la seule utilité de ce procédé concernait des objets dont on connaît déjà la datation grâce à d’autres références…                                                                                                               6

Cette méthode repose donc sur le cycle de vie d'un des isotopes du carbone: le carbone 14 dit radiocarbone. Cet isotope naît dans la haute atmosphère par l'interaction des rayons cosmiques sur l'azote 14. Le carbone 14 se transforme en gaz carbonique CO2 et que tous les êtres vivants, végétaux et animaux, respirent. Il est absorbé par les matières vivantes et stocké tout au long de la vie de l'individu. Lorsque la mort survient, le carbone 14 va progressivement disparaitre selon un schéma bien précis et désormais maitrisé. C'est grâce à ce schéma que l'on peut aujourd'hui remonter le fil et déterminer en quelle année l'être vivant est mort, a cessé d'absorber du carbone 14 et donc de respirer.

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Anomalies et hypothèses nouvelles Dans ce contexte de confusion relative et de débats houleux (certains se refusent à reconnaître la faillibilité de leur technique, d’autres se contentent d’assujettir leurs résultats à un dogme « religieux », avec ou sans guillemets), il est salutaire pour la connaissance du passé que des hypothèses alternatives tenant compte des anomalies constatées concernant la chronologie de notre histoire voient le jour chez les chercheurs indépendants. Il semble logique qu’au milieu des incertitudes méthodologiques et des discours dogmatiques, toutes sortes de nouvelles thèses -hérétiques du point de vue des autorités, cela va sans dire- puissent fleurir. Parmi elles, le récentisme7 est de plus en plus discuté et bien connu des milieux intellectuels alternatifs. Cette thèse fondée par Anatoli Fomenko 8 , très populaire en Russie, se base sur l’astronomie et les statistiques pour prétendre que notre chronologie de référence comporte des siècles « en trop » et que l’Antiquité, par exemple, est moins éloignée de nous que l’université ne l’affirme. Les récentistes, issus de milieux très hétérogènes, eux-mêmes en débat interne, expliquent cette confusion dans la thèse acceptée par un faisceau d’erreurs de bonne foi mêlées sporadiquement à une volonté de falsification à usage idéologique ; leurs détracteurs leur retournant éventuellement cette dernière accusation. La plupart des chercheurs peuvent cependant s’accorder sur ce point : le récit historique revêt une dimension idéologique ou politique, et à toutes époques le pouvoir en place a pu intervenir dans une réécriture du passé à son avantage. Ce qu’on retient de ces querelles d’écoles, c’est qu’un procédé de datation réputé incontestable et définitif pour le public demeure partiel à l’examen pour les spécialistes. D’un point de vue strictement cartésien9, force est de constater qu’il n’existe pas de certitude réelle sur la validité de la chronologie historique telle qu’elle nous est enseignée (fabriquée, même pour reprendre le titre d’une fameuse émission de Radio France10). D’autre part, il semble difficilement contestable que plus l’époque étudiée est éloignée dans le temps, à mesure que les indices et vestiges se réduisent pour nous, moins le récit des faits est certain. Ce scepticisme légitime prend éventuellement des formes plus pittoresques -néanmoins assez délicieuses pour qui sait les goûter- dans la culture                                                                                                               7

Le récentisme défend l’idée que certains événements de notre chronologie sont plus récents que ne l’affirme la chronologie consensuelle, d’après la définition de Laurent Guyénot. A voir : https://www.youtube.com/watch?v=NBC_byV3y_o 8 Fomenko est un chercheur russe de l'Académie des sciences de Russie, docteur ès sciences, professeur, chef de la chaire de géométrie différentielle, il a fondé sa méthode sur l’étude statistique et astronomique des textes anciens. 9 Voir Descartes, Discours de la méthode 10 La Fabrique de l’histoire est le nom ambigü, ironique peut être, en tous cas pour le moins facétieux, de l’émission d’Emmanuel Laurentin, dédiée aux études historiques sur France Culture

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populaire, où les conjectures sur une origine extraterrestre des grandes civilisations antiques rejoignent étrangement la thèse de la panspermie 11 , qu’on peut réduire (avec un peu d’astuce, certes) à une sorte de créationnisme alien. (Nous n’en dirons pas plus, car il y aurait beaucoup à dire sur ce dernier sujet.) Bref, on l’aura compris, les recherches sur notre passé et leurs enjeux ne concernent pas que la littérature historique et l’archéologie, mais convoquent et croisent nécessairement le chemin de la géologie, la paléontologie, les mathématiques, la chimie, l’évolutionnisme (par ailleurs passé de thèse à discipline), la biologie, l’astronomie, la littérature religieuse et profane, la philosophie, etc. jusqu’à la géopolitique12. La question de l’élucidation de nos origines, de notre origine, n’a en fait jamais été réductible à une unique discipline réservée à des spécialistes, mais demeure un questionnement existentiel inhérent à l’Humain. En ce sens cette enquête, cette quête, peut aussi bien être qualifiée de scientifique que de métaphysique. MAAP

Photographies Johnny Cosmos                                                                                                               11

Thèse relativement populaire dans le milieu institutionnel, admise comme très plausible par les autorités universitaires. 12 Notons qu’il existe encore de nos jours des groupes « idéologiques » qui se réfèrent à une histoire, parfois très éloignée, pour revendiquer aujourd’hui la prise de possession de territoires. On voit aussi l’importance de la réécriture historique à l’intérieur d’un discours politique impérial (on pense par exemple aux destructions de vestiges antiques par les troupes d’ISIS dit « l’Etat Islamique »…)

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Entretien avec l’explorateur et le druide

La carte de Piri-Reis, réputée du XVIème siècle A propos de laquelle on dit bien des choses.

Nous avons fait appel à deux chercheurs atypiques pour sonder l’état de la recherche indépendante au plus près de son actualité, in progress comme on dit des œuvres d’art. Avec la difficulté de restituer leur parcours intellectuel complexe en quelques pistes.

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Le premier s’appelle Jan Niedbala, il est explorateur et parcourt le monde avec sa compagne pour relever scrupuleusement les anomalies matérielles et techniques constatées sur les sites archéologiques. Relativement circonspect à propos des conclusions du récentiste Fomenko sur la datation des pyramides d’Egypte 13 , il lui reconnaît le mérite d’avoir questionné le dogme actuel et mis en lumière la genèse de la fabrication de l’histoire. “Là où je rejoins Fomenko, c’est qu'il est fort probable que certaines périodes qui sont définies comme indépendantes ne soient en fait que différentes interprétations et attributions à des peuples et époques distinctes d'un seul "moment" de notre histoire. Je le rejoins aussi sur le fait que l'Histoire (et ses dates) serait née en grande partie à la Renaissance. Un exemple qui lui donne raison est que pour l'Egypte, outre Hérodote, on se base essentiellement sur les travaux ramenés par l'expédition de Napoléon et les traductions de hiéroglyphes/ la pierre de Rosette par Champollion. Ces interprétations datent du début XIXème, et font foi comme étant la base immuable de notre compréhension de l'Egypte Ancienne. S'il ne fait pas de doute pour moi que l'Histoire officielle de l'Egypte soit née il y a 200 ans, il me semble tout aussi plausible que cela soit aussi

                                                                                                              13  D’après  les  travaux  de  Fomenko,  la  fondation  

des pyramides  de  l’Egypte  Antique  ne  daterait  en   fait  que  du  début  du  2ème  millénaire  jusqu'à  l'an   1700  environ.  

valable pour des périodes qui me soient étrangères.”

Le spectre d’un ancien monde technologique Le second chercheur que nous avons sollicité, c’est le « druide » Jean-Claude Bonnot. Il n’explore pas le monde mais son pays natal : étudiant l’origine de la chrétienté à travers les mystères du passé jurassien où il réside, passant de l’examen des textes antiques à la fouille archéologique ; il intègre aussi une dimension ésotérique à son travail de « romancier de l’histoire ». Son axe de recherche prend racine dans l’existence d’un ancien monde antediluvien : “Je considère que les édifices du site de Gizeh proviennent des technologies issues d’un ancien monde dont je retrouve trace à partir de vestiges situés à plus de 600 m d’altitude, en l’occurrence pour ma part dans les monts Jura. Ce qui n’exclut pas qu’il y ait eu aussi d’autres civilisations englouties encore bien avant.”

Jean-Claude s’appuie sur les récits d’Hérodote et Diodore de Sicile, évoquant le souvenir conservé par les grecs et les égyptiens d’ancêtres venus du “nord du monde”. Il suggère que suite au déluge, ces survivants de l’ancien monde auraient descendu les fleuves pour venir peupler les bords de la Méditerranée ainsi que la Mésopotamie : Certains seraient venus du Kilimandjaro par le Nil, et d’autres par la voie Rhodanienne d’où il trouve la voie

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d’Alesia 14 et suppose une installation de cette culture qu’il nomme “mandubienne” sur les terres jurassiennes. « Des anciennes cités, comme Alesia et ses habitants, les Mandubiens, auraient perpétué le souvenir et le savoir des ancêtres. Ils correspondent aux Hyperboréens évoqués par les grecs. »

Jan Niedbala est lui aussi familier de ces survivants du monde antédiluvien évoqués par les auteurs grecs, et s’interroge sur les causes du déluge, dont la nature et la datation sont encore discutées par le milieu de la recherche. Il suggère que ces “hommes du nord” pourraient venir des pôles, où des conditions climatiques spécifiques leur auraient permis d’échapper au cataclysme: « Quand on considère les cartes de Piri Reis et bien d’autres encore sur lesquelles on peut voir l’Antarctique cartographié précisément sans 15 glace , il se peut que l’homme ait été présent sur un des deux pôles où le climat était favorisé soit par un champ magnétique différent, soit (plus probable) par des cycles de précession. Plus probable, car le même Hérodote parle de la connaissance indigène dont il a héritée, dans laquelle les « Egyptiens » auraient connu au moins deux cycles complets de précession, soit 52.000 ans.”

                                                                                                              14

La situation géographique d’Alesia est toujours discutée, cette question se trouve justement au centre des investigations de Jean Claude Bonnot, exposées dans son roman D’ALESIA AU CHRISTIANISME, le Mystère de l’an 0, aux éditions Maïa

15

Voir Graham Handcock , Fingerprints of the Gods

Jan reste néanmoins prudent sur l’apréciation scientifique de l’intégralité du texte d’Hérodote 16 en raison de ce qu’il a relevé comme des approximations techniques. Il estime notamment que dans le récit de l’édification des pyramides par l’auteur grec, « la logistique n’est pas du tout cohérente ou plausible”.

Les enjeux d’une science du passé Vis à vis de ses années d’expérience au sein de l’institution scientifique, Laurent Villaverde a tiré quelques conclusions des tensions existantes entre les historiens (les gens des livres), et les archéologues (ceux qui fouillent la terre). Observant une sorte de mise sous tutelle de la recherche archéologique de la part du récit chronologique admis (et son corpus de textes potentitellement falsifiés ou falsifiables), il appelle à la fondation d’une “science du passé” pluridisciplinaire. “Ce qui m’accapare, c’est l’origine de notre civilisation pour en extraire la motivation essentielle à notre devenir.” (Jean Claude Bonnot).

Les enjeux sont innombrables, mais il semble admis de tous qu’une connaissance authentique de notre passé conditionne de manière déterminante la compréhension de notre présent. Connaître le passé, c’est se permettre de construire un avenir                                                                                                               16  voir Hérodote, L’Egypte, Histoires    

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collectif en conscience, voire de l’anticiper, selon que l’on considère un temps d’une nature linéaire, cyclique, ou mixte… Apropos de devenir, Jan Niedbala voit deux issues possibles à notre civilisation actuelle : un transfert des pôles humains spirituels vers l'Asie ou une extinction quasi totale de notre espèce. Il craint d’une part la folie guerrière et nucléaire et d’autre part envisage un possible cataclysme historique et cyclique, indiquant que le plateau de Gizeh aurait été recouvert par l’océan à quatorze reprises. Cet aspect cyclique du temps lui a été enseigné par l’étude de la spiritualité KMT/ kémite 17: “Loin de toute considération quantitative, ils (les kamites) ne cherchaient pas à dater l'Histoire car ils se plaçaient uniquement dans un ensemble de cycles se répétant indéfiniment, sans début ni fin.” (JN)

La réalité d’une notion comme le “progrès”, au centre de toutes nos préoccupations modernes, serait sinon discréditée, gravement mise en question par la prise en compte d’une éventuelle dimension cyclique des événements historiques. En effet, comment parler avec assurance de “progrès” ou d’ “avancées” sociétales s’il                                                                                                               17  Le kémitisme ou kamitisme

est une spiritualité/religion négro-africaine qui s’enracine dans l’Egypte antique. Un mouvement panafricain de réhabilitation de cette tradition ancestrale est en train de voir le jour. (Voir le Numéro zéro, Mais 2016 d’Hildegarde sur la spiritualité KM)

s’avère que toutes les civilisations humaines ayant existé évoluent, naissent et meurent, traversant en quelque sorte des “saisons” dans leur maturité ? A propos de cette idée de progrès, valeur positive s’il en est dans notre civilisation occidentale, Jan Niedbala exprime un sentiment ambigu : “Le premier progrès tel qu'on l'accepte aujourd'hui est technologique. Il fut celui de la révolution industrielle, il a permis une croissance économique et démographique, mais surtout un impact positif sur la santé, l'hygiène et le confort, prolongeant l'espérance de vie et adoucissant le quotidien de tous. Ce progrès technologique a cependant basculé dans le capitalisme sauvage et il est actuellement difficile de distinguer le progrès objectif et vertueux de l'innovation guidée par les intérêts des actionnaires, dont la finalité est systématiquement dissociée du bénéfice pour l'utilisateur final. Le second progrès, celui contre lequel il faut s'inscrire en faux, est celui de la fuite en avant au détriment des traditions millénaires. C'est un progrès d'autorité imposé par les élites afin de briser les piliers de nos sociétés, avec pour but final l'asservissement au Grand Capital par un consumérisme forcé, inutile et effréné. En parcourant le monde, il est très facile de voir quels sont les pays dans lesquels les gens se respectent encore, où la fratrie a encore une place primordiale, où les relations humaines sont saines et dénuées de jugement et où la générosité, la gentillesse et l’entraide s'expriment au quotidien, où les humains vivent encore sans avoir la TV comme

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parole d’évangile, et croient encore en quelque chose. La réponse: dans tous les pays qui n'ont pas été frappés par ce "progrès occidental".

On peut retrouver chez Jan et chez Jean-Claude une certaine critique du monde moderne en tant que “règne de la quantité”, oublieux de ses pilliers sociétaux ancestraux, proche de ce que René Guénon (un célèbre tenant du temps cyclique et pourfendeur du matérialisme scientifique), mettait déjà en evidence à l’orée de la société de consommation.18 Notre science historique moderne suppose une linéarité du développement civilisationnel, où le plus récent est toujours le plus développé, le contemporain toujours présenté comme plus avancé que les époques qui l’ont précédé, même récentes.19 A tous points de vues, le paradigme historique actuel établit une hiérarchie de valeur avec son passé et nous avons appris à jeter un regard un peu méprisant, voire amusé, sur les croyances et les pratiques anciennes primordiales, pourtant encore bien vivaces dans certains endroits du monde préservés de la prédation financière de la modernité.

En conclusion, il semble que pour réaliser la fameuse “science du passé” transdisciplinaire que Laurent Villaverde appelle de ses voeux, on ne puisse pas faire l’économie de l’étude de la structure du temps lui-même20.  

MAAP

Blog d’actualité de Jean-Claude Bonnot : http://www.eclaireurcitoyen.fr/tag /Jean-Claude%20Bonnot Site de Jan Niedbala, ouvrant au grand public des circuits organisés d’exploration alternative de sites antiques et bijoux cachés de la nature. Il officie sur tous les voyages comme guide accompagnateur: http://www.revelations-of-theancient-world.com/fr/:

:

                                                                                                              18

Lire Formes traditionnelles et cycles cosmiques, de Guénon disponible en pdf : https://electrodes.files.wordpress.com/2008/ 12/guc3a9non-renc3a9-formestraditionnelles-et-cycles-cosmiques.pdf

19

Doctrine appuyée considérablement par l’avènement du darwinisme au XIXème siècle, et par suite, du darwinisme social.

                                                                                                              20

Lire page 7 notre article « une réalité tissée de cycle ».

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Persino improtetta, facendo ricorso

Même sans défense, ayant recours

Persino improtetta, facendo ricorso alla massa di luce del cielo, qualcosa si accendeva ribelle alla fine del male. Si scartava il tempo di una giornata piovosa, il resto pioveva magnifico fra le piante e il ponte. Questo costituiva il tempo, l’unità del tempo.

Même sans défense, ayant recours à la masse de rayonnement céleste, quelque chose rebelle s'enflammait à la fin du mal. On retirait d'une journée pluvieuse le temps, restait une pluie magnifique tombant entre les plantes et le pont. Ceci constituait le temps, l'unité du temps.

Giovanna Sicari

Traduction de Dario Siena Fulci Dessin de Jean Moulin, artiste, préfet et résistant

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Pauline Blottin, A Pocket full of posies

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Fanzine Hildegarde n°2 Juillet/Aout 2016  
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