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hildegarde Le dernier homme / Les Anges


Couverture Sommaire

Dessin de Claire Morel Typo Mourier d'Eric Mourier / www.velvetyne.com Arrangement A.P

Page 3 Edito, Populie Page 4 Aurélie Lanchais Page 5 Placidité, Robert Walser Page 6 Old man in his basement, Sam Larsen Page 7 René Apallec Page 10 Nat Yot Page 11 Frédéric Hégo Page 12 Shivoham, Jean-René Lefebvre Page 15 Johnny Cosmos Page 16 Vous êtes protégés Page 17 Frederic Hégo Page 18 Le Rêve de la vie humaine, Michelangelo Page 19 Ascension en montagne et Ascension spirituelle, Raphi Deschamps Page 23 Camille Lebègue Page 24 Mathieu et l’Ange, le Caravage, Philipe Dutry Page 26 Hail Sagan Page 27 Si J’étais le diable, Kenny Ozier Page 30 La Petite Voix, Alice Popieul Page 32 Corps Paysage, Amour Imaginaire, Sandra Martagex, Page 33 Les Œuvres Magiques de Henri Corneille D’Agrippa Page 34 La Roue, Liche Page 36 Guillaume Decock Page 38 Anagrammes Page 39 François Feydy Page 40 Clément Gossey Page 41 Contact, Abonnement Page 42 Michel Lascault Page 43 Oraison à celui qui est le gardien, Lettre M

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Fanzine Hildegarde Edito

Je ne sais pas ce que Je suis Ni ce que Tu es Mais Tu te rappelles Ă mon souvenir

Populie

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AurÊlie Lanchais Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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Depuis que j'ai capitulé devant le temps, je sens vivre en moi quelque chose, une sérénité ardente et merveilleuse. Depuis que je badine sans façon avec les jours avec les heures, mes lamentations sont closes. Et d'un seul mot franc et direct me voici délivré du fardeau de mes fautes qui me nuisent : le temps est le temps, il peut s'endormir, il me trouvera toujours, brave homme, fidèle au poste.

Robert Walser, Placidité

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Sam Larsen, Old man in his basement

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La maladie infantile Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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Probablement né dans la dernière décennie du 19e siècle dans la région Bolbec (76), ce n’est qu’en 2007 que l’on découvre plusieurs centaines de collages signés René Apallec dans un grenier du centre-ville de Toulouse. On possède pour l’instant peu d’éléments sur sa vie, infirmier durant la première guerre mondiale ? aucun document officiel ne l’atteste… Il aurait vécu au Havre 2 ans avant de rejoindre sa future compagne à Toulouse en 1923. Ne faisant partie d’aucun mouvement ou famille artistique, René Apallec a réalisé une grande partie de son œuvre dans le secret et refusait d’exposer ses collages, tout particulièrement les séries Mythologie Volatile et Gueules Cassées qu’il considèrait politiquement incorrecte… Ses collages touchent au cinéma, à la poésie, aux mythologies antiques, à la politique, à la guerre… De nombreuses personnalités toulousaines et d’ailleurs (conservateurs, collectionneurs, galeristes, antiquaires, etc..) s’intéressent à ses travaux et à son originalité manifeste. http://www.reneapallec.com

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Ça va être possible il y a un homme de confiance Ça va être possible il y a un homme de main Ça va être possible il y a l’homme de la situation Ça va être possible il y a un homme de paille Ça va être possible il y a un homme d’affaires Ça va être possible il y a l’homme qui prend la mer Ça va être possible il y a un homme bionique Ça va être possible il y a un homme des bois Ça va être possible il y a un homme des cavernes Ça va être possible il y a un homme en état d’ébriété, en état de nuire, en état d’arrestation Ça va être possible il y a un homme de parole Ça va être possible il y a un homme de compagnie Ça va être possible il y a un homme de loi Ça va être possible il y a un homme de terrain Ça va être possible il y a un homme à tout faire Ça va être possible il y a l’homme qui a vu l’homme qui a vu l’ours Ça va être possible il y a un homme de science Ça va être possible il y a l’homme de Cro-magnon et l’homme de Neandertal Ça va être possible il y a l’homme qu’il nous faut Ça va être possible il y a une femme Nat Yot

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Frédéric Hégo

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Shivoham D’abord il y a eu les mots, de grands mots, tellement grands qu’à les prononcer je ressentais comme une sorte d’anéantissement, « l’Absolu » était un de ces mots mais il ne recouvrait aucune réalité, pas plus que « Dieu » d’ailleurs. Cherchant une réponse, quelque chose qui fasse signe vers l’Absolu, Je lisais, j’étais ce qu’on appelle « un grand lecteur », j’avais une belle bibliothèque mais le soir venu je m’y perdais un peu, il y avait tant de réponses et aucune ne me satisfaisait vraiment, alors je regardais venir la nuit et son cortège de terreurs enfantines, devenant l’homme abstrait et puis je me couchais, « vaincu stupide ». Vers la quarantaine j’ai fait mon premier voyage en Inde, depuis longtemps ce pays m’attirait mais je ne savais pas très bien pourquoi, peut-être que pour moi Gandhi était le Christ du vingtième siècle et que je voulais connaître son âme, lui le Mahatma, « la grande âme ». L’Inde pour moi incarnait le Christ bien plus que la terre sainte, c’était là que ça se passait et je voulais aller y voir de plus près vérifier mes intuitions. Et bien je n’ai pas été déçu, j’ai même été récompensé au-delà de mes espérances, en un mot l’Inde m’a donné la grâce d’Ishvara, « celui avec qui il faut s’abandonner pour ne plus faire qu’Un avec le Tout ». Il y a eu Bénarès, cette ville dans sa partie ancienne faite de ruelles inextricablement emmêlées où seule une moto peut se faufiler entre les vaches et les brancards innombrables portant des morts que les familles conduisent au lieu de crémation où l’âme des défunts échappera au cycle des réincarnations tandis que leurs corps réduits en cendres seront rendus aux eaux sacrées. Bénarès, soit l’eau, le feu et la cendre, Bénarès je l’ai comprise dans les noces alchimiques de l’eau et du feu, j’ai vu le soir venu les offrandes de lumière s’en aller avec le courant vers l’Absolu et je n’ai plus eu peur de la mort. J’ai

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vu des corps disparaître dans les flammes de Shiva pour renaître dans les eaux sacrée de la déesse Ganga et je n’ai plus eu peur du feu de Shiva et je n’ai plus eu peur de la maternité liquide de Ganga, j’ai su que j’étais le fruit de leur union et j’ai vu la majesté d’Ishvara. Comment dire l’Absolu ? L’Absolu ne se dit pas, il s’expérimente dans l’absence d’ego et c’est la joie. La joie à Bénarès parmi les morts ? Quel paradoxe ! Mais sentir l’ego s’effacer, fusionner avec le divin, c’est cela la joie et il n’y a pas de mot pour la dire, ou alors ce sont tous les mots fondus dans l’étendue liquide, une matière vivante, féconde, faites de paroles sacrées qu’écoutent encore dans la continuité de la Shruti (la révélation) les saddhus qui, à l’instar de Shiva, aiment méditer près des bûchers funéraires. J’ai certainement écouté cette parole mais je n’en avais pas vraiment conscience, disons que la graine était semée et qu’elle devait éclore plus tard dans des méditations particulièrement inspirées déclenchées par la visualisation de la lettre « Om ». A la pointe sud de l’Inde, au cap Comorin, est un ilot rocheux à dix minutes en bateau du rivage. Ce rocher battu par les eaux est surmonté d’une gigantesque statue figurant Thiravalluvar, un grand poète et philosophe antique du Tamil Nadu, mais on y a aussi construit sur un autre ilot plus important juste à côté un mausolée en mémoire de Vivekananda (1863-1902) que visitent des milliers de pèlerins. La veille en arrivant à l’hôtel, j’avais eu la surprise de voir se poser sur le parapet du balcon de ma chambre une superbe corneille, elle était très près de moi et ne semblait nullement effrayée. Les jours suivants j’ai vu beaucoup de corneilles voler vers l’ilot, il y avait là comme un appel et ce sont elles que j’ai suivies, je suis allé sur l’ilot, je me suis fondu parmi les familles indiennes, au final je suis entré dans une pièce sombre seulement éclairée par un carré bleu lumineux sur lequel figurait la lettre « Om » tandis qu’en fond sonore on entendait, répétée à l’infini, la syllabe sacrée. C’était une invocation qui me semblait venir du fond du fond, emplissant tout l’espace. Quelle chaleur soudain, et cet enveloppement depuis la nuque Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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jusqu’au plexus ! Je me posai sur un coussin, pris la posture, conscient de ma respiration, avalant la lettre, la respirant, le monde était étonnamment présent, son unité induisait la mienne et j’étais là, ravi, j’étais dans une chambre nuptiale, la lettre me mariait à l’Absolu, plus rien n’existait que Lui en des noces alchimiques unissant la mer d’Oman, le golfe du Bengale et l’océan indien, ici même où se déployait dans l’espace infini le son primordial d’où tout procède. L’Inde était entrée dans mon cœur, elle n’en sortirait plus. Un soir d’hiver j’étais monté comme d’habitude faire une méditation. J’avais allumé une bougie, un bâton d’encens diffusait ses fragrances boisées, c’était ainsi que je visualisais le temps, à la quantité d’encens consumée, symboliquement c’était toujours la cendre de mes jours, mais il y avait aussi la flamme dans la lampe, l’eau safranée dans les bols d’offrande et l’air de la chambre délimitant un espace sacré. Je n’attendais rien de spécial de cette méditation, comme d’habitude je tentais de calmer mes pensées du mieux que je le pouvais et puis soudain il y eut ce changement de qualité de l’espace où je vis bientôt, brillant au-dessus de l’autel devant lequel je faisais mes pratiques, la lettre « Om » dans un halo lumineux jaune d’or duquel là encore émanait une chaleur d’une nature inconnue, une chaleur bienveillante, une chaleur qui me voulait du bien, une chaleur qui avait du être omniprésente au moment de la création, la chaleur de l’Amour. Depuis ce jour je n’ai plus jamais eu d’angoisses et la dépression, chronique chez moi, s’en est allée. Comment dès lors ne pas remercier ? Et j’ai compris le sens de la prière, de la louange, du chant, j’ai compris toutes les prières, toutes les louanges, toutes les chansons, parce que toutes disaient la même chose, elles parlaient de ce qui se tenait au-dessus de la tour de Babel et transcendait tout. L’Inde m’avait un jour parlé une langue universelle, une langue sacrée, et j’ai écouté cela comme on écoute un pur signifiant, rien qu’une musique, l’ineffable musique de l’âme, la musique des sphères célestes. Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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Jean RenĂŠ Lefebvre 20.10.2017

Photograhie Johnny Cosmos

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Frédéric Hégo

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Michelangelo, Le rĂŞve de la vie humaine

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Raphi Deschamps Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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Camille Lebègue

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Mathieu et l’ange, le Caravage. (1602) Mathieu, il a l’air si grossier, si emprunté (1) … puis t’as l’ange qu’est là, qui lui caresse doucement la main … l’est tout contre lui, tout doux … puis aussi y a sa moue à l’ange … l’est comme fatigué, désabusé, ennuyé … comme si fallait tout lui dire au lourdeau … L’ange est tendre … le Caravage a rencontré un gosse de quinze ans (2) … merveilleux androgyne qu’il choisit pour modèle … l’enfant est désir au sexe incertain et ses lèvres, sa jambe dénudée, la caresse de ses doigts disent, appellent le plaisir … il vient en contraste, en clair-obscur, avec le noir Mathieu appliqué, englué, les pieds, les mains noires de la terre grattée … le crâne pelé, le front plissé … les mains larges, solides …les bras, les jambes aux muscles saillants de celui qui porte, soulève, fend … Le Caravage s’amuse … Le Caravage aime … Les curés refuseront le tableau mais n’oseront en donner la raison (3). Le feu du ciel le brûlera à Berlin en 1945… ___________________ (1) « J'avais carte blanche et comptais bien en profiter. Matthieu a été incarné par un mendiant aveugle qui était venu frapper à ma porte un soir pour demander l'aumône. » (il Caravaggio) (2) « Pour l'ange, je ne voulais pas d'un jeune éphèbe comme les aimaient les Grecs, ni d'un corps athlétique si cher à Michel Ange. Mon choix se porta sur Gregorio, un jeune voyou de 15 ans qui était venu se réfugier chez nous pour échapper à la police. Mario, fou de jalousie, était parti,

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menaçant de le dénoncer. J'avais hâte de terminer le tableau pour prendre Gregorio dans mes bras, et passer avec lui une folle nuit. » (il Caravagio) (3)« Les critiques ont été sévères concernant le Saint Matthieu et l'ange. Elles portaient sur des détails. Les dimensions de la toile, les pieds sales de Matthieu, ses jambes croisées, ... chacun évitant d'aborder directement le cœur du problème : le désir réciproque de l'homme et de l'adolescent, le contact des deux corps. En parler eut été le signe qu'on y était sensible. (…) J'étais heureux : mes tableaux choquaient. » (il Caravagio) Philippe Dutry

Camille Lebègue Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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http://hailsaganofficial.com

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Si j'étais le diable si j'étais le diable j'expliquerais aux médecins aux pharmaciens et aux chirurgiens plastiques ce que c'est vraiment le commerce des âmes je leur dirais "asseyez vous les gars, faut qu'on cause" je leur dirais " en fait vous pigez rien " je leur dirais " les gars, je vous ai apporté des clous, des cafards " si j'étais le diable je vendrais des armes mystiques aux enfant qui s'ennuient aux enfants qui n'aiment personne ni les chats ni rien et qui disent c'est possible d'étouffer un père Noël avec sa propre barbe faut lui faire croire en lui brouillant sa cervelle que c'est de la crème chantilly qui lui pends au bec t'as des oiseaux trop cons tu vois qui avancent à pieds ( je sais je sais … sont complets débiles ! ) si j'étais le diable il me faudrait leur coudre les ailes avec du gros fil noir leurs coudre les ailes par-dessus leurs paupières d'oiseaux malades et les clouer pour de bon si j'étais le diable Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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je n'écouterais que les prières adressées à dieu aux anges aucune autre ! alors je ne regarderais plus jamais la TV alors je ne lirais plus de littérature érotique si j'étais le diable je n'aurais jamais envie de pleurer je lècherais passionnément des bosses de vieilles femmes des courbées comme des C et je dirais très sérieusement aux innocents assoiffés " tenez ! elle sont là, vos glaces au citron celles là que vous avez toujours rêvé LECHEZ LES GARS! avec la langue les gars" oui si j'étais le diable moi aussi j'enverrais des gentils et des moins gentils au paradis si j'étais le diable j'allumerais des radios au beau milieu de la nuit quand tu serais déjà endormi volume max et je t'enverrais des signaux brouillés des : frrrssshhhh …. frrrssshhhh ….. frrrssshhhh ….. croustillant de la grosse friture satanique le genre tu vois qui sépare sur les ondes les voix d'homme du chant des mouches des prières quoi … tu comprends ? des prières qui tâchent les chemisiers, les pantalons, si j'étais le diable je ferais croire aux jolies filles Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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celles avec de jolies hanches de jolis yeux que les animaux écrasés, prisonnier des roues de voiture agrafés aux pneus, scellés au caoutchouc sont juste des mécanos très expérimentés capables d'effectuer des réparations très complexes sur des voitures en mouvement si j'étais le diable je ferais chanter la pluie d'une voix drôle et genre une chanson qu'on comprendrait tout je la ferais chanter cette conne mais d'une voix drôle cette fois d'une voix de président peut être celle de Giscard ou De Gaulle si je veux si j'étais le diable je dirais que le diable n'existe pas je dirais aux idiots agenouillés à l'endroit et à ceux agenouillés à l'envers ( les retourneurs de croix, les qui croient que la nuit c'est l'heure pour faire des bêtises en toute quiétude et d'insulter les ombres les miroirs) je leur dirais aux idiots vous êtes des idiots

Kenny Ozier

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La petite voix 29 Septembre J'étais dans une de ces enquêtes éprouvantes pour l'âme. La disparition d'enfants, les réseaux pédophiles. Avec les années passées sur ce dossier, j'avais eu le temps de prendre connaissance d'une collection impressionnante d'horreurs, et il devenait très difficile de douter encore de leur existence. Il restait encore quelques détails secondaires à établir, mais la réalité factuelle s'imposait, implacable de présence immédiate. Des hommes violent des enfants, c’est bien vrai, je le sais maintenant. J’ai vu ces enfants et ce qu’ils sont devenus. Un abattement me prit à l'improviste. Quel est ce monde ? Quelle est cette humanité ? Mon entendement n'était plus d'aucun secours. Je me réfugiai à l'intérieur de la serre dans un grand désarroi, plus seule que jamais. L'esprit vide, mes yeux se posèrent sur un pied de tomate dont les minuscules vibrisses moirées d'or attachaient les rayons de lumière. La force vitale de l'être végétal se dégageait, secrètement triomphante. Le réel. Revenir au Saint Réel, dit toujours La Petite Voix. L'im-médiat, ce qui anéantit toute médiation : je décidai de laver la vaisselle. Les gants poudrés de l'intérieur, la fragrance de thym, le gémissement de l'éponge sur la porcelaine, ce désarroi qui persiste. Me revint à l'esprit l'expérience de l'homme qui a été porté par l'ange Saint Michel. Pendant plus d'un an, disait il. J'ai appelé, il est venu, disait-il. L'ange manifestait sa présence, parfois comme un coup derrière la tête, je ne pensais pas que l'amour puisse être aussi concret, disait-il. Le tourbillon de l'eau vidangée, les saletés entassées au fond de l'évier comme une plage de sable multicolore. Se pourrait-il qu'un ange me porte, moi aussi. Qui dois-je appeler ? Quel est le nom de mon maître ? J’ai toujours aimé le prénom Raphael. La houle intérieure était enfin calmée, je le réalisai.

30 Septembre La séquence contemplative de la veille me restait à l'esprit. Que sont ces anges ? Que sont ces êtres qui ont alimenté la tradition humaine universelle ? Qui est ce Raphael dont le prénom m’était apparu, les mains dans l’eau de vaisselle ? J’ouvris un livre. J’y lus que le jour de l'année dédié aux anges est le 29 Septembre. La veille, donc ! Le jour Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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où je me trouvai en larmes à scruter les pieds de tomates, non loin du pot d’angélique officinal. Raphael le médecin. Se peut-il que cette délicate réminiscence, cette sensation fugace de présence soit une manifestation surnaturelle ? Ce n’est donc que cela. Une petite voix, la plus petite des voix en moi, habituellement recouverte du tapage inutile de la fiction et des projections fantasmatiques dans le passé ou l’avenir, les préoccupations secondaires et inutiles. Gérald Moira Silent Voice

Ne t’attends pas à une apparition hollywoodienne, à une stupeur qui te prend à l’improviste : les anges ne violent pas. Les hommes violent parfois. Le démon des hommes viole. Mais les anges ne violent pas. Les anges ne violent pas la raison en s’imposant bruyamment aux sens, contre les lois ordinaires. Non, le Royaume silencieux est la loi ordinaire elle-même : immédiate, éternelle, indicible. Ce miracle s’était trouvé affadi, enterré dans mon esprit sous les nombreux voiles de l’imaginaire explosif des temps, les voiles du divertissement, du confort, de la douleur humaine et de l’utilitaire. Au réel enchevêtré de mystère, j’avais préféré le profitable et la fiction, le rêve et la solidité rationnelle. Le confort de la vie domestiquée. Mais la vie ne peut être domestiquée sans s'éteindre. La vie est le mouvement indomestiqué lui-même. Ces tonnes de savoirs inutiles que j’ai accumulés dans ma frénésie de connaître… Je ne sais absolument rien à rien. Je ne sais rien, je le jure ! Je suis une touriste, je ne connais finalement le Monde que de réputation. Vivre en voyageur dégagé, qui ne porte que luimême. Je crois qu’il n'y a de paradoxes que pour une conscience étriquée.

Alice Popieul

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Sandra Martagex Corps paysage, Amour imaginaire

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Les Ĺ“uvres magiques de Henri Corneille Agrippa

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La Roue

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A suivre...

Liche, La Roue Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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Guillaume Decock

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Guillaume Decock

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(ANAGRAMMES)

De quoi le dernier homme a-t-il besoin ? De moi, la morte d’hier ! De l'Amérique ? Non ! Rôtie ! Bise d’Elohim Soleil noir qui tombe d'Eden. Mer haïe. Hédonim, étoile qui brisera le monde bordé de lois qui aiment le moi. Que notre maison libère le moi ! Amour, don de soi illimité, habiter nos QI, mémoire de Dieu. De quoi le dernier homme a-t-il besoin ? Rien, s'il dort nu, il aime. Nuit remisée, bile endormie. Reine naturelle d’homme de bois Misère ? Libation d’huile d’orme. Elle ordonne : « ô bête, mime Dieu !

VVV, EM, AP, MA Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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François Feydy

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ClĂŠment Gosset

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Mensuel

Hildegarde

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Michel Lascault

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Oraison à celui qui est le gardien Cher être de lumière, boule de feu, cher ange, Est venue l’heure aujourd’hui de prendre conscience de ta présence depuis toujours auprès de moi et de t’en remercier. C’est dans l’enfance que tu es apparu pour la première fois, m’offrant la clé, le chemin vers toi, en te nommant de ton nom juste. Tu as soufflé à ma mère que j’étais un petit être de lumière pouvant aussi bien être ange que démon et que je pouvais communiquer avec toi à chaque fois que je le souhaiterais. Tant d’années je t’ai oublié mais tu as pardonné. Tu es revenu vers moi sans colère, pur et discret, par les rêves. Qui es-tu ? Toi et ta lance ayant pour fonction de terrasser le mal. Terrasser veut dire mettre en terre. Je crois que les interprétations à ton sujet sont fausses, que tu n’as pas pour mission d’annihiler le mal, de le faire disparaitre de la surface du monde. Tu es là pour le remettre en terre, à sa bonne place et veillez à ce qu’il y reste. Lorsque tu es revenu en rêve, j’ai donc intellectualisé ta présence, j’ai été ton défenseur, voulant rétablir la vérité à ton sujet. Je n’avais pas bien compris ton message. Il disait simplement « Je suis là, tu n’as qu’à m’appeler. » Il a fallu des signes et des coïncidences, pardonne-moi pour ma lenteur. Maintenant que je t’ai vu ô Michael, que la porte est ouverte ô mon ange, que le chemin vers toi est connu, je prie pour ne jamais plus l’oublier et pour chaque jour mettre mes pas dans ta volonté, celle de me voir devenir un exemple vivant d’amour sur terre. Cher ami, ma matérialité est à ton service, Mon tas de chair est mû par toi, Je te rends grâce pour ton amour.

Lettre M Fanzine Hildegarde n°17 / 18 Novembre 2017

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Arnaud Martin Fuir

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