Komplex 2020 FR

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LE MAGAZINE DE HALTER SA No 13/2020


A l’heure du bouclage de « Komplex », nous subissons tous les conséquences du coronavirus. Renvoyés que nous sommes à nousmêmes, à notre maison, notre ville, notre pays, le monde nous semble soudain très différent. Le globalisme passe au second plan. L’importance d’un Etat capable d’agir, financièrement solide, apte à protéger ses citoyens et à soutenir l’économie dans les périodes difficiles gagne subitement en importance. Chacun est de plus en plus conscient que nos entreprises – petites, moyennes et grandes – sont indispensables à notre économie et constituent un pilier important de notre société. L’entrepreneuriat doit être préservé grâce à une aide rapide et simple, mais aussi mis au défi de conserver les emplois, garantir la sécurité de l’approvisionnement et rembourser un jour les prêts couverts par la Confédération. Le monde après le coronavirus ne changera pas fondamentalement. Bientôt, nos sociétés redeviendront ce qu’elles étaient auparavant. Néanmoins, cette pandémie laissera des traces et changera notre façon de voir et d’agir à long terme. Vu sous cet angle, beaucoup d’articles de cette édition de « Komplex » prennent une importance singulière. Ils abordent des sujets qui sont susceptibles de gagner en pertinence et de s’accélérer à l’avenir. A l’éclatement de la crise, il était clair pour nous, en tant qu’entreprise, que nous allions nous en saisir pour traiter et approfondir certains sujets, avancer au niveau stratégique et nous préparer pour la période qui suivra. L’utilisation encore plus systématique des possibilités numériques favorise ce processus. La communication par chat vidéo intensifie les échanges tous azimuts. L’écosystème au sein de notre groupe se consolide et se développe avec nos clients et partenaires grâce à la collaboration numérique. La communauté telle que nous l’établirons dans notre futur siège JED – décrite dans l’article « Place aux idées » – se réalise d’abord de manière virtuelle. Cela permet d’affiner encore notre culture de l’innovation – présentée de manière très systématique dans l’article « Dix réflexions sur l’innovation ». Avec nos partenaires, nous recherchons le succès commercial tout en nous impliquant dans les défis sociaux de notre temps. 2

Editorial


Nous traitons de l’environnement dans « Du berceau au berceau » et « Le bâtiment, modèle de cycle vertueux ». L’économie circulaire et la réduction du CO2 se voient stimulées dans les chaînes d’approvisionnement mondiales actuelles et pourraient contribuer à réduire les dépendances internationales. Les aspects sociaux sont abordés dans un entretien avec l’investisseur d’Impact Daniel Kusio et dans l’article « Wir sind Stadtgarten ». Ce dernier présente notre offre de construction de logements d’utilité publique abordables, en termes non ­seulement économiques mais aussi sociologiques. Deux articles soulignent notre compétence en matière de conception et notre force d’innovation. Avec Rotpol, un projet marqué par une forte densité et une mixité des utilisations, nous avons gagné un concours de prestataire global avec nos partenaires et pu ainsi apporter notre pierre au développement urbain de Lucerne. Tandis qu’avec la Claraturm à Bâle – un projet développé à l’origine sur la base d’un modèle classique en cascade –, des processus numériques de planification et d’exécution et notre concept d’aménagement résidentiel ­MOVEment nous ont permis d’augmenter considérablement la rentabilité et de satisfaire au mieux nos clients. Avec « Voir la ville en grand », nous jetons un regard sur le début du XXe siècle, lorsque la ville – tout comme aujourd’hui – était soumise à une énorme pression migratoire et exigeait de nouvelles réponses. Malgré la Première Guerre mondiale et la grippe espagnole, le concours international du Grand-Zurich a réussi à lancer une vaste discussion de fond sur les exigences et le fonctionnement de la ville moderne. Pourquoi ne pas nous en inspirer pour réactiver la culture de l’urbanisme, négligée depuis de nombreuses décennies ? Car développer, voire créer des villes de haute qualité en termes esthétiques et fonctionnels doit devenir un élément central de notre ­aménagement du territoire. Ce n’est qu’ainsi que nous pourrons efficacement densifier, réduire la mobilité et créer suffi­ samment de logements abordables dans les centres urbains. Balz Halter Président du Conseil d’administration de Halter SA 3

Komplex No 13/2020


→ p. 2 Editorial

→ p. 5 Comment pourrait-on faire revivre en Suisse la culture de l’urbanisme ?

→ p. 73 Journal

→ p. 101 Robot ou crayon. Image de syn­­thèse ou ­perspective. Concours numérique ou modèle en plâtre. La numérisation, malédiction ou bénédiction ?

Développement & Urbanisme → p. 10 Trois en un

→ p. 22 Essai : Voir la ville en grand Nutzerverteilung OG1 1:500

Grundriss kombiniert OG1 1:250

2 Galerie m 65

/ Stabsraum (50) F11.2 2 Führungsraum m 46

Dispo2 8m Lift 2 4m Lift 2 4m

Elektro 2 5m

2 Treppenhaus m 20 Lift 2 3m

/ Sekretariat

Putz 2 3m

(20) F11.4a 2 Ruhebereich m 14

(18+18) / Empfang RD2.7

RD2.6 2 Administration m 39

Feuerwehr (50) F11.1 2 Einsatzzentrale m 81

F11.4b/RD D WC 2

14

m

F11.4c/RD H WC 2

14

m

(30) RD2.4 Leitung Büro m2 29

(40) RD2.22/F4.1 Archivm2 40

(24) RD2.2 Gruppenleitung Büro m2 29

100 M

F11.5 (20) Techn. 25 m 2 E.zentr. /

El.

(18) RD2.5 Notärzte Büro m2 29

(15) klein RD2.8/F2.4 Sitzung2 m 17

Nutzungsverteilung

Elektro 2 5m

2 Treppenhaus m 23

Lift 2 3m

(30) gross

Treppenhaus 20 m 2

Putz 2 3m

RD2.9 Sitzung2 m 31

(80) RD2.1 Rettungssanitäter Büro m2 79

Lift 3 m2

F8.6 (16) Wa/Du/WC 16 m 2 Kommando

(50)

Treppen 2 6m

RD2.15 2 Lernwerkstatt m 50

D

ewl/AS

GIS/TBA/UWS

FW

AN

RD LUKS

viva

ZSO Pilatus

Cont. F8.3 s/w-Schleuse 13 m 2

(50)

F8.5 (60) Wa/Du/WC 50 m 2 Damen

RD2.3 Arbeitsgruppen Büro m2 45

(30) RD2.16 2 Kleiderpool m 32

Elektro 2 5m

2 Treppenhaus m 23

Galerie2 m 11

RD Geräte2 m 12 Galerie 265 m2

m2

Lift 2 3m Putz 2 3m (30) RD2.20 2 Materialraum m 24

2 Korridor m 117

RD2.13 Wa/Du2 m 17

50 M F8.1 / F8.2 Umkl./Gard. (80) 76

Damen

(60

H+D

inkl. Damen

(10) RD2.19 2 Ruheraum m 13

Treppen 2 6m

2.13)

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

RD2.11 2 Gard./Umkl. m 43

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

F10.1 (240) Umkl. / Gard. 212 m2 Miliz

(60

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

2.14) inkl. Herren

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

RD2.12 2 Gard./Umkl. m 43

H

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

RD2.14 Wa/Du2 m 17

F8.4 (60) Wa/Du/WC 50 m 2 Herren

(10)

RD2.19 2 Ruheraum m 13

Herren

(30+20) /.18 Küche RD2.17 2 Aufenthalt m 120

150 M

Rutschstangen

F10.2 (60) Umkl./Gard. 56 m 2 Miliz

D

F10.4 (64) Wa/Du/WC 66 m 2 Miliz

Hotell. (16) Viva Leitung Büro 2 m 17

H

1 AP

Pflege

(16) Viva Leitung Büro 2 m 16 3AP

Wohnen

(20) Viva T+U Büro m2 24

2AP (20) Viva Allgemein Büro m2 28

H

2 AP

(20) Viva Betriebsleitung Büro m2 24

Wohnen betr. F10.5 (16) Wa/Du/WC 11 m 2 Miliz

Elektro 9 m2

F13.21 (10) Farbspritzr. 10 m 2

(20) Viva Dienste Büro m2 22 D

F10.3 (16) S/W Miliz 13 m 2

F9.3 (20) Lagerraum 8 m2

F9.2 (10) Küche 8 m2

F/RD Galerie 91 m 2 Retablierung Elektro 8 m2

Lift

betreutes

(16) Viva Dienste Büro 2 m 17

(30) Viva Allgemein Büro m2 34

F8.3 s/w-Schleuse 13 m 2

Cont.

F8.6 (16) Wa/Du/WC 15 m 2 Kommando F2.9 (30) Garderobe 22 m 2 Kommando

Treppenhaus 20 m 2

Kopie/L.

(20) Viva 2 Seelsorge m 23

D WC

Dienstlift 2 5m

H WC

AN1.1c (350) Saal 87 m 2

2 Treppenhaus m 15

Lager Bar 6 m2

F13.20 Technik (10) Osmose 10 m 2 Lift 3 m2

F14.4 (100) Kleiderpool 87 m 2

(20) Viva Berufsbildn. Büro m2 24

(20) Viva Coiffeur/Podo Büro m2 22

Treppenhaus 23 m 2

Lift 3 m2

F9.1 (100) Bereitschafts84 m 2 / Aufenthaltsraum

F13.6 (10) Batterielader. 10 m 2

F13.16 Lager (40) Feuerlöscher 65 m 2

Hof Treppenhaus 22 m 2

2

Unterer m 641 Viva (20) Aufenthalt 117 m 2 / Kaffee

Lift 2 5m

2 Korridor m 92

IV WC

Schmutzwä.

3 m2 F13.15 (20) Feuerlöscherwerkstatt 25 m 2

(32) Viva 2 Sitzungszimmer m 37

Viva Teeküche 2 7m

Lift 2 5m

(30) Viva 2 Physio m 29 (20) Viva 2 Arztzimmer m 28

START 200 M

die Waschstrasse

(20) Personal Viva 2 Ruheraum m 28

F13.11 / RD2.23 Kleiderpflege (50) 60 m 2 / Wäscherei

Galeriezugriff

auf

Treppenhaus 20 m 2

Lift 3 m2

F8.7 (50) Trockenraum 60 m 2 Einsatzkleidung

F13.7 / Funk- Z1.6 (25) 25 m 2 und Elektrowerkstatt

F/RD/Z Galerie 53 m 2

Die neu gestaltete und aufgeweitete Industriestrasse fungiert als öffentlicher Mittler zwischen den Überbauungen

m2 E3.1.2 Büros 125/128

Die vielfältige Wegführung innerhalb des Gevierts schafft neue Quartierbezüge F13.19 Prüfung(25) Aggregate 25 m 2

Mitten in der Stadt

Industrielles Erbe E14.10 m2 Gravierraum

E14.11 Lehrelingsausbildung m2 Elektroinstallationen 35/30

E3.1.3 m2 Schalter/Kasse

16/10

28/26

Das EWL Areal in Luzern liegt als westlicher Ausläufer des Tribschenquartier mit dem Rücken zum Geissensteinring und der Längsseite zum Gleisfeld etwas eingeklemmt zwischen zwei Stadtquartieren,

zigen Wohnungen entstehen. Zudem sollen hier die bereits ortsansässigen städtischen Dienste des ewl ein neues Zuhause erhalten und die Blaulichtdienste der Stadt Luzern untergebracht werden.

aber trotzdem mitten in der Stadt. Sein Umfeld ist sehr städtisch und wird von intakten und fragmentierten Blockrandstrukturen wie auch von dicht ge-

Es entsteht ein Ort unterschiedlichster Nutzungen, aber mit einer klaren und eindeutigen räumlichen

EWL-Lagerhaus von der Baulinie zurück und bietet

Unser Entwurf sieht drei unterschiedliche Häuser

mit dem breiten Appellplatz zwischen grossem Hof

Fassung. Unser Projekt ist ein städtebauliches Plä-

und dem EWL-Lagerhaus eine räumliche Passage in

doyer für einen öffentlichen, klar identifizierbaren,

den Rothausplatz.

vor, die gemeinsam den klar definierten Stadtplatz bilden. Das EWL-Hauptgebäude an der Industrie-

gänglichkeit, respektive die stadträumliche Lenkung zu diesem Platz. Wir haben die Zugänge und die An-

Notwendigkeiten, dessen Porosität und überführen ihn in ein Passagenwerk stadträumlicher Anbindungen.

den grossen Blaulicht- und Wohnhof entlang der In-

bindungen an die umliegenden Stadtquartiere ge-

strasse, das EWL-Lagerhaus an der Fruttstrasse und den grossen Blaulicht- und Wohnhof entlang der In-

Wie kann die bislang vor Ort dominierende, industrielle «Gewerblichkeit» weiterentwickelt werden und als Identitätsmerkmal in eine adäquate Form E14.2 Büro m2 Werkstattm. 17/12

der Repräsentation überführt werden? InsbesonWenn ein Ort wie das EWL-Areal einem so grundle-

dere dann, wenn der Eigentümer selbst eng mit der

genden Wechsel durch die vorgesehene Entwicklung ausgesetzt wird, stellt sich nicht nur die Frage, was

und durch seine Leistung als Innovator der Indust-

aus dem Ort werden soll, sondern auch an welche

rie selbst diese Referenz in sich trägt.

vor, die gemeinsam den klar definierten Stadtplatz

Qualitäten des industriellen Erbes angeknüpft wer-

bilden: das EWL-Hauptgebäude an der Industrie-

den soll.

E12.1 Bobinen Langgut / 445/400 m2

Geschichte und Wandlung des Ortes verbunden ist

dustrie- und Fruttstrasse. Unser Entwurf sieht drei unterschiedliche Häuser

Ein zentraler Aspekt unseres Entwurfes ist die Zu-

einer den Strassenzügen folgenden Bebauung - verändern wir, gemäss den im Programm formulierten

dustrie- und Fruttstrasse.

strasse, das EWL-Lagerhaus an der Fruttstrasse und

räumlich gefassten Quartierplatz. Ausgehend von einer klassischen Aussenraumtypologie - dem klar definierten Stadtplatz im Zentrum

setzten Einzelbauten entlang der Strassenzüge geprägt.

Luftraum Rampe

Geviert

Rothausplatz

Durchwegung

Höfe

AN3.1 Gruppenraum 52/60 m2

öffentliches Gefäss für Alle

Mit rund zwanzigtausend Quadratmetern ist es das

als Quartierplatz zurück

wohl grösste noch verbleibende, zusammenhängende Grundstück in unmittelbarer Zentrumslage

mit der gegenwärtigen Flucht der Industriestrasse

Spezifizierung

Appellplatz sowie den Rothausplatz fasst und dessen klare Rechteckform unterstreicht.

Gebäudes wird durch diese einfache Gliederung der

Rückstaffelung

das Lagerhaus eine gerade Kantenführung, die den

sig in die Stützen eingeleitet. Die dabei entstehende Tektonik der Fassade ruft durch die erkennbare dustrieller Bautypologien wach. Die Anmutung des

neuen Stadtplatz. An der Fruttstrasse springt das

Fassade geprägt.

10

20

AN3.2 Ruheraum 21/25 m2

AN3.1 Gruppenraum 52/60 m2

Luftraum E12.14 Lagermaterial

Kopierräume GTU3.8

AN3.1 Gruppenraum 53/60 m2

Archiv 103/105TBA m2

ÖB

Luftraum E12.8 Pikettmaterial

WL

AN3.10 Sanitärbereich Personal 6/4 m2

Luftraum E17.1 Waschbox Luftraum E15.3 Schadstoffe

Putzraum 3 m2

bilden in ihrer Tektonik die dahinterliegende Betontragstruktur ab und erlauben über grosse, in industrieller Rasterung unterteilte Öffnungen Einblicke auf Fuhrpark und Maschinerie. In den oberen Geschossen verfeinert sich die Tektonik auf ein übliches Büroraster und akzentuiert die Tragfelder mit 1.Obergeschoss, M 1:250

50

0

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

Nutzerverteilung OG2 1:500

GTU2.10 Technik 58/58 / Drucker m2 /

Luftraum E12.4 Spezialwerkzeuge

strukturierten Glasfaserbetonelemente.

Umgebungsplan, M 1:500 0

Putzraum 3 m2

Als komplexes Bündel diverser Nutzer zeigt sich der Blaulicht- und Wohnhybrid im Stadtraum. In der Tradition industrieller Hybridbauten erfolgt eine funktionale Trennung in einen muralen Dienstsockel und einen aufgesetzten Leichtbauwohnkorpus. Die in Faserbeton materialisierten unteren Geschosse

Statik Erinnerungen ingenieurstechnischer und in-

staffeln sich die Bauten des EWL und lenken in den

Rothausplatz.

Wohnhof

EWL Lagerhaus Das Lagerhaus referenziert typologisch mit seinen Sheddächern industrielle Bauten. Zum Geissensteinring staffelt sich der Bau entlang der rückwertigen Werkstrasse und organisiert dadurch verschiedene Zugänge in die einzelnen Erdgeschossbereiche. Zur gegenüber liegenden Gebäudeseite formuliert

die Traglasten aus Platte und Brüstung kraftschlüs-

um rund fünf Meter zurückversetzt und können nun eine grosszügige Wohnstrassensituation mit Bachöffnung anbieten. Entlang des Geissensteinring

zu geben: den neuen

in Luzern. Hier soll ein durchmischtes, lebendiges Stadtgeviert mit einem hohen Anteil an gemeinnüt-

AN3.9 SanitätsGTU3.11 bereich Duschen inkl. Umkleide 20/20 7/25 m2 m2

WL

EWL Hauptgebäude Wir schlagen in Anlehnung an robuste und ökonomische Gewerbebauten eine Konstruktion vor, die mit möglichst wenig Masse auskommt und ein flexibles und sehr belastungsfähiges Konstruktionsprinzip etabliert. Mit dem Einsatz von Hammerkopfstützen werden entlang des äusseren und inneren Perimeters

Kamine

AN3.2 Ruheraum 21/25 m2

Drei Architekturen um einen Platz

Zu den umliegenden Strassenzügen formulieren wir markante bauliche Rücksprünge, die es erlauben die Zugänge zum neuen Rothausplatz wahrzunehmen und das Raumgefüge von aussen nach innen zu lenken. So haben wir den Wohnungsbau verglichen

Luftraum Werkstatt AN3.1 Gruppenraum 53/60 m2

Luftraum E15.1 Bauschutt etc.

stärkt und das Rote Haus als städtebauliches Gelenk etabliert, welches aus allen umliegenden Strassenzügen unmittelbar in Erscheinung tritt.

Mitten in der Stadt eine solche Dimension zu bauen, heisst für uns aber auch, der Stadt ein adäquates,

Blick über die Industriestrasse auf den Rothausplatz

5

10

25

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

Der Rothausplatz mit seinem gastronomischen Angebot bildet das Herzstück des Gevierts und etabliert einen neuen Treffpunkt für das gesamte Quartier

Grundriss kombiniert OG2 1:250

2.95

2.95

3.15

+29.00 m 471.00 m.ü.M

+17.05 m 459.05 m.ü.M

2.95

+17.35 m 459.35 m. ü. M.

3.30

2.95

Dispo2 8m Lift 2 4m

2.95

2.95

3.15

2 Galerie m 65

2.95

3.40

2 Treppenhaus m 20

Dispo2 5m

8.00

3.40

Lift 2 3m Putz 2 3m

2.95

Lift 2 4m

Gesundheit

3.50

AN2.1 (100) Mehrzweckraum 90 m 2

Soziales

3.60

4.50

(20) AN2.3 2 Mehrzweckraum m 22 Soziales

3.65

Rutschstangen

Red. 2 3m

Du 2 5m

Ba5 2 Treppenhaus m 22 Lift 2 3m

0

Loggia2 6m

4.5 m2 115

2 Hobby m 28

Du 2 6m

Loggia2 7m

2 Zimmer m 14

2 Zimmer m 20

2 W/K/E m 49

Ba6

AN

ZSO Pilatus

abl viva

5

10

25

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

4.5 m2 105

2 W/K/E m 49

Du 2 5m

Loggia2 7m

Elektro 2 5m

2 Treppenhaus m 29 Lift 2 3m

Red. 2 3m

2 Zimmer m 13

+29.00 m 471.00 m.ü.M

2 Gartenlager m 19

3.15

WC 2 5m 2 Gartenküche m 50

2.95

+29.00 m 471.00 m.ü.M +29.00 m 471.00 m.ü.M

3.505.35 5.35 3.50 2.95 2.95 5.35 2.95 2.95 2.95 2.95 2.95 3.152.95 3.15 2 Zimmer m 22

0

2 Pflegestützpunkt m 20

Wc 2 m2

Zimmer 22 m 2

Schrank 3 m2 Du 4 m2

Zimmer 23 m 2

Zimmer Du 23 m 2 4 m2

Z6.5 (12) Büro Miliz 25 m 2

Du 4 m2

Entsorg. 5 m2 Du 4 m2

Du 4 m2

Zimmer 23 m 2

Zimmer Du 23 m 2 4 m2

Sitznische 30 m 2

Du 4 m2

Treppenhaus 20 m 2

D WC 2 4m

+17.60 m 459.60 m.ü.M

+17.35 m 459.35 m. ü. M.

10

25

5

10

25

Elektro 2 5m

Sitznische/Lobby 68 m 2

Treppenhaus 2 9m

Zimmer Du 23 m 2 4 m2

Du 4 m2

Zimmer 23 m 2

Zimmer Du 23 m 2 4 m2

8.00 8.00 4.50

2 Wohn/Essraum m 76

+25.70 m 467.70 m. ü. M.

2 Wohn/Essraum m 85

Pflegest. 21 m 2

+25.70 m 467.70 m. ü. M. +25.70 m 467.70 m. ü. M.

+17.05 m 459.05 m.ü.M 2

2.95

0

5

10

0

5

10

25

0

5

10

25

3.40 3.40 3.40 3.40 3.40 6.80 3.40 3.40

36/40

Putzraum m2 4.4

E9.7 m2 Trocknungsraum

4.20

47/45

3.35 6.70

3.40 6.50

6.70 6.70 5.00 3.15

7.005.35 7.00

6.50 6.50

5.00 5.00 4.00 4.00 4.00 3.15

+13.75 m 455.75 m.ü.M +13.75 m 455.75 m.ü.M

VIVA

VIVA VIVA

5.35 5.353.65

3.15 3.15

6 6

4.85 4.853.15

rothaus café

3.65 3.65 1.70 3.651.70

3.15 3.15

rothaus café

rothaus café

3.65 3.65

6

4

4 4

3.40 3.40 7.00 3.35 3.35

22/15

22/12

+25.70 m 467.70 m. ü. M. +25.70 m 467.70 m. ü. M.

3.40 3.40 3.40

+13.75 m 455.75 m.ü.M +17.35 m 459.35 m.ü.M +17.35 m 459.35 m.ü.M

E8.1 Aufenthalt m2 Monteure 106/65

/ E8.2 Infopoint Kopierren, m2 Drucken

E16.12 m2 Telefonzent.

3.40 4.20 4.20 1.10 3.401.10

+17.35 m 459.35 m.ü.M Offene Besprechungsmög.

U1.1 UPC Knoten/Serverraum 179/150 m2

3.40 3.40 3.40

E9.1 Garderobe Damen m2 16/15

WL

GTU3.4 Sitzungzimmer 2+3 27/25 m2

GTU2.2 Büro 65/60 TBA/STG m2

3.40 3.40 6.80 3.40 3.40

E9.2 Duschen Damen 22/10 m2

1.10

+25.70 m 467.70 m. ü. M.

E9.6 WC Herrenm2 7/20

Lager 132/100Elektrozähler m2

E13.4 Parametrierung Zähler-Reinigung 115/2x48 m2

GTU1.3 Besprechungboxen 44/36 m2

GTU2.4 Büro 65/72 TBA/PRO m2

4.85

GTU3.1 Kundendienst Empfang GIS TBA/UWS 43/43 m2

GTU3.3 Sitzungzimmer 43/43 m2 1

GTU1.1 Büros

3.65 6.80 1.70 6.80

Putzraum 2.5 m2

GTU1.2 Besprechungtische 44/40 m2

GTU1.1 Büros

3.65 3.65

GTU3.4 Sitzungzimmer 2+3 27/25 m2

Herren E9.5 m2 Duschen

Kamine

E9.3 WC Damen m2 7/6

E13.3 WL

10

6.805.35 6.80

25

Schnitt BB, M 1:250 Schnitt BB, M 1:250

1

Schuhwaschanlage E8.3 m2 6/10

E11.1 m2 Rapportlokale Kabelnetz 257/240

GTU2.6 Büro 98/96 TBA/MOB m2

GTU3.7 Archiv Lager / 15/15 m2

GTU1.1 Büros

5

3.65 3.65

Schnitt BB, M 1:250 Herren m2 E9.4 Garderobe 138/140

89/85

Zähler m2 E13.2 Lager 180/145

m2

2.Obergeschoss, M 1:250 0

5.35 5.353.65

3.505.55 5.553.50 3.65 3.65

/ Besch. E11.3 Rapportlokale m2 Verkauf 57/42

E11.2 m2 Rapportlokale Rohrnetz 222/234

E1.15 m2 Anlagedokumentation

S6.1 Büro 98/100

GTU3.5 Druckerraum 8/8 m2

GTU3.6 Plotterraum 20/20 m2

GTU1.1 Büros 404/336

m2

rant und zu den Blaulichtdiensten und aktivieren so den Stadtraum. Über Aufgänge gelangen auch die

E10.3 WC Damen m2 7/9

m2 E13.1 Büros 186/176

Luftraum E12.1 Bobinen Langgut /

Der niedrige Büroriegel zur Fruttstrasse schirmt einerseits Lärm ab, erlaubt aber dennoch eine direkte Belichtung des Hofs und der Wohnungen bis in die Abendstunden. Gleichzeitig ermöglicht die Höhenstaffelung den Wohnungen Sonnenbalkone, Pilatusblick und nicht zuletzt Zugang zur Dachterrasse. Als Gegenpol zum vielschichtig genutzten, dem Quartier zugewandten Wohnhof wird auf dem Dach der Büronutzungen den MitarbeiterInnen der Blaulichtdienste ein kontemplativer Aussenraum angeboten.

fläche wird ihren funktionalen Aspekten zugeordnet ohne in Einzelteile zu zerfallen: Aluminiumprofile

E10.3 WC Herren m2 7/9

m2 A1.9 Datacenter 102/100

GenossenschafterInnen aufeinander und formen

den oberirdischen Einstellhallen vorzusehen. Diese werden unmittelbar über die Fruttstrasse als auch über den Appellplatz erschlossen und durch eine fünftorige Ausfahrt über die nördliche Fruttstrasse wieder verlassen. Östlich und südlich, entlang Industriestrasse und zum Rothausplatz gliedern eingezogene Eingänge zu den Wohnungen das Erdgeschoss. Das über drei Fassaden reichende viva-Erdgeschoss mit seiner Café-Nutzung trägt zur Belebung der Nachbarschaft bei. Auch an der Industriestrasse und am Rothausplatz liegen Zugänge zum Restau-

Die südlich und östlich darüberliegenden Wohneta-

5.00

Damen E10.2 m2 Duschen 10/9

Bewohner des angrenzenden Quartiers in den zentralen Hof. Hier treffen die Belegschaft der Blaulichtdienste, Konferenzteilnehmer, Senioren und ABLeinen kollektiven Wohnhof.

se bilden in ihrer Tektonik die dahinterliegende Betontragstruktur ab und erlauben über grosse, in industrieller Rasterung unterteilte Öffnungen Einblicke auf Fuhrpark und Maschinerie. In den oberen Geschossen verfeinert sich die Tektonik auf ein übliches Büroraster und akzentuiert die Tragfelder mit strukturierten Glasfaserbetonelemente.

gen sind anhand ihrer kräftigen Farbe und metallischen Oberfläche deutlich ablesbar. Die Fassaden-

3.15 3.15

bilden die Tragstruktur nach, nicht transparente Fassadenteile werden optional mit Solarpaneelen belegt und damit energetisch aktiviert. Der durchgängige, teils zweigeschossige Sockel erlaubt es, gar mehr als die geforderten Fahrzeuge in

Tradition industrieller Hybridbauten erfolgt eine funktionale Trennung in einen muralen Dienstso-

5.00 5.00

E1.17 Ruheraumm2 Mitarbeitende 33/30

4.50 4.50 3.65 4.50 4.504.50 3.50 3.50 4.50 3.50 3.50

Herren E10.2 m2 Duschen 12/9

22/20

A1.12 m2 Archiv 23/20

A1.10Lagerm2 IT

47/50

Als komplexes Bündel diverser Nutzer zeigt sich der Blaulicht- und Wohnhybrid im Stadtraum. In der

ckel und einen aufgesetzten Leichtbauwohnkorpus. Die in Faserbeton materialisierten unteren Geschos-

3.50 3.50

Damen E10.1 m2 Garderobe

Empfang

Z6.3 (18) Büro Stabsoffizier 26 m 2

Wohnhof

3.50 2.95 3.152.95 3.15 4.50 4.50 3.503.50 3.50 4.50 2.95 2.95 2.953.50

E10.1 m2 Garderobe 25/20

Z6.4 (24) Büro Admin 25 m 2 und

Der durchgrünte Rothof als halböffentliche Wohninsel

+17.05 m 459.05 m.ü.M +17.05 m 459.05 m.ü.M

Herren

Lift 3 m2

Korridor 115 m 2

3.50 3.50

Z4.3 / VBL5 Sitzungszimmer/allg. (25) 38 m 2

3.40 3.40 3.40

5.55

3.15

Terrasse m 100

Treppenhaus 20 m 2

Schulungsraum

+17.35 m 459.35 m. ü. M. +17.35 m 459.35 m. ü. M.

Lift 2 5m

Elektro 3 m2

Zimmer 23 m 2

Korridor 31 m 2

Z4.4 / VBL Führungs-, (50) 73 m 2 Stabs-,

7.86

+17.60 m 459.60 m.ü.M +17.60 m 459.60 m.ü.M

25

5

0

Lift 2 5m

2 Sitzplatz m 29

Sitzungszimmer 22 m 2

Lift 3 m2

10

0

2 Treppenhaus m 13

Du 4 m2

Korridor 70 m 2

Du 4 m2

Terrasse 14 m 2

Z6.2 (25) Büro Kommandant 25 m 2

IV WC 2 3m

Dienstlift 2 5m

H WC 2 4m

2 Geräte-/Material m 16

Schmutzwä.

Alle Nutzer Lager Gartenmöbel 25 m 2

Z6.1 (30) Spinde 26 m 2 / Umkl.

Putz und 2 Ausguss m 19

Z2.4 (50) Kleiderkammer 53 m 2

WC H 7 m2

5

Schnitt AA, M 1:250 Schnitt AA, M 1:250

Pflege Büro m2 20 2 Pflegebad m 19

4.20

H Z2.2 (60) Umkleiden 63 m 2 Miliz

Z2.1 (150) Spindraum 153 Cobra m2

Schnitt AA, M 1:250 2 Zimmer m 22

2 Zimmer m 23

Teamleitung

F-Miliz Duschraum/Umkleideraum 42 m 2

Z2.3 (20) Wa/Du/WC 33 m 2 Miliz

Festangestellte

WC D 7 m2

Du 2 4m

3.65 3.65

Du 2 4m

Du 2 4m

4.50 4.50 3.65

2 Zimmer m 22

Du 2 4m

3.65 3.65

Du 2 4m 2 Korridor m 127

7.86 5.50 7.86

2 Sitznische m 42

Du 2 4m

5.50 5.50 4.50

2 Terrasse m 21

Du 2 4m

Du 2 4m

4.50 4.50 3.65

2 Zimmer m 22

Zimmer 22 m 2

3.65 3.65

2 Zimmer m 22

2 Zimmer m 23

Zimmer 22 m 2

5.55

Du 2 4m

Du 2 4m

4.50 4.50 3.65 4.50 4.504.50 3.50 3.50 4.50 3.50 3.50

Rutschstangen

Du 2 4m

2 Zimmer m 23

Zimmer 22 m 2

3.50 8.00 3.50

2 Zimmer m 22

Du 2 4m

2 Zimmer m 23

Treppenhaus 20 m 2

6.05 6.05

2 Zimmer m 22

Du 2 4m

2 Zimmer m 23

2

Abstell. 5 m2

Lift 3 m2

5.55 5.553.50

Du 2 4m

2 Sitznische m 23 2 Terrasse m 10

Hof Oberer m 1’313

Zimmer 22 m 2

Du 4 m2

6.05

2 Terrasse m 14

Sitznische 52 m 2

3.40 4.20 4.20 3.40

Lift 3 m2

STIL/STG

FW

vbl

2 Zimmer m 15 2 Zimmer m 17

2 Zimmer m 23

Z3.1 / VBL3 Bistro (40) 49 m 2 / Aufenthalt

ewl/AS

GIS/TBA/UWS

Loggia2 6m

2

m

Red. 2 3m

Loggia2 7m

2 Zimmer m 23

Z3.1 / VBL3 Ruheraum 24 m 2

Schnitt Rothausplatz, M 1:250

Nutzungsverteilung

2

m

2 Zimmer m 15

2 Zimmer m 13

Terrasse 16 m 2

Alle Nutzer Gemeinschaftsraum 41 m 2 Hof

VBL4 (10) Technik 14 m 2

3.50

2 Zimmer m 15

4.5 m2 105

2 W/K/E m 49

Loggia2 7m

Freisitz 88 m 2

Terrasse 11 m 2

VBL1/2 Leitstelle (125+25) und 150 Leitung m2

3.50

4.50

3.65

Loggia2 6m

2

m

3.50

2 Zimmer m 14

Ba6

AN2.6(15) 2 Betriebsraum m 19

34 m 2

F7.5 Bad 7 m2 F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.5 Bad 7 m2

Terrasse 27 m 2

D

Z1.11 / Archiv Z5.2 (25+15) 40 m 2 / Lager

5.00

AN2.3 2 Mehrzweckraum m 22

Elektro 2 6m

2 Korridor m 94

Lager und 19 m 2 Putz

F7.6 (20) Küche 18 m 2 F7.7 (20) Esszimmer 57 m 2

Korridor 44 m 2 F7.4 (40) Ruheraum

F7.5 Bad 7 m2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.8 (40) Aufenthalt 39 m 2 Festangestellte

34 m 2

F7.5 Bad 7 m2 F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

Elektro 22 m 2

F7.9a (200) Fitness 156 m2

F-Miliz Duschraum/Umkleideraum 42 m 2

Korridor 11 m 2

3.65

AN2.4/2.5 Duschraum/Umkleideraum (60+80) 98 m 2 Soziales

Korridor 11 m 2

Lift 3 m2

F7.5 Bad 7 m2

Korridor 103 F7.4 m2 (40) Ruheraum

F7.5 Bad 7 m2

still

Korridor 5 m2

Elektro 7 m2

3.50

(20)

AN2.3 (20) Mehrzweckraum 39 m 2

F2.6 (50) Sitzungszimmer 38 m 2 III

Treppenhaus 20 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.1a (50) Aufenthalt 46 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.4 (40) Ruheraum 34 m 2

F7.2 (25) Rapport/ Ruheraum 39 m 2

F7.3 (24) Schreibund 39 m 2 Studierzimmer

F7.9b (200) Fitness 38 m 2

Treppenhaus 20 m 2

Schnitt CC, M 1:250 0

25

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

10

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Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

Schnitt CC, M 1:250 Schnitt CC, M 1:250

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

Architecture & Design → p. 34 Claraturm

→ p. 42 Mise en plis

Riehenring

Ansicht Clarastrasse | M 1:500

Claraturm Basel

Ansicht Riehenring | M 1:500

Drahtzugstrasse

Wartungsweg - Kiesweg

Aufkantung Beton

Claraturm Basel

Claraturm Basel

Erdgeschoss | M 1:500

Claraturm Basel

→ p. 52 Plus belle la vie

4

1.-5. Obergeschoss | M 1:500

→ p. 58 Légère comme l’air

Sommaire


Comment pourrait-on faire revivre en Suisse la culture de l’urbanisme?


La Suisse n’aime pas les villes. Dans l’esprit des Suisses, les villes sont étroites, denses, sales et pleines de détritus. La Suisse n’est d’ailleurs pas une exception. Les Etats-Unis, qui ont une structure politique semblable à la nôtre, n’aiment pas les villes, fondamentalement. Cette méfiance a des origines historiques. C’est la raison pour laquelle il faut procéder à deux changements de cap principaux. Tout d’abord, nous devons réaccepter de voir évoluer les villes en permanence. Une ville n’est jamais terminée et ne peut pas être mise sous cloche. Il faut parfois détruire ce qui existe pour construire quelque chose de nouveau. Ensuite, nous devons porter notre regard sur la ville nouvelle qui apparaît dans ce que l’on appelle le « donut », cet anneau composé des quartiers périphériques, de la première couronne de banlieue et des abords des aéroports et d’autres points névralgiques. Cette ville intermédiaire pourrait voir émerger une nouvelle culture de l’urbanisme et favoriser la création d’un nouveau type de ville. C’est une chance énorme pour la Suisse para-urbaine et morcelée.

Thomas Sevcik (51 ans), architecte et cofondateur du think tank stratégique Arthesia :

Vittorio Magnago Lampugnani (69 ans), architecte italien et professeur émérite d’histoire de l’urbanisme à l’EPF de Zurich :

Il est nécessaire que la population prenne conscience que l’espace public et commun est au moins aussi important que l’espace privé et qu’elle soit disposée à s’engager en sa faveur. Quant aux autorités politiques et administratives, elles doivent comprendre que des villes belles, agréables à vivre et bien organisées sont des facteurs de prospérité économique et de paix sociale, mais aussi des reflets importants de notre identité et de notre culture. Les propriétaires de biens-fonds, pour leur part, doivent admettre qu’une bonne planification globale, dépassant les limites de leurs propres parcelles, accroît la valeur de chacune d’elle. Enfin, les architectes doivent disposer des outils spécialisés, de la capacité et de la volonté d’imaginer des quartiers et des villes qui ne leur valent pas forcément des succès momentanés dans la presse, mais qui, sur le long terme, rendent la vie et le vivre ensemble plus productifs, plus agréables et plus attrayants pour tous.


L’urbanisme doit à nouveau faire plaisir. A Genève, par exemple, nous venons seulement de rattraper les retards accumulés dans la construction de logements, les projets d’infrastructure publique et les transports. Ces efforts étaient nécessaires, mais ils ont laissé des traces. Les chantiers interminables et les grues à perte de vue n’ont fait que renforcer le stéréotype de la ville synonyme de pollution, de bruit et de béton. Je suis convaincu que la ville propose un mode de vivre ensemble exceptionnel et merveilleux. Mais elle ne peut plus être ­simplement le reflet d’opinions politiques contradictoires. Une ville où il fait bon vivre est une ville paisible. Il faut des décisions claires pour l’extension des transports publics, des espaces pour les parcs et les places, une densité urbaine atténuée par des espaces publics généreux, un habitat pour tous et une vie publique qui rend les quartiers attrayants. Comme l’affirme la Confédération : l’environnement urbain mérite d’être considéré comme un acte fondateur, afin que l’importance et la qualité de l’urbanisme soient reconnues. Antonio Hodgers (44 ans), président du Conseil d’Etat du canton de Genève, membre des Verts :

7


Kees Christiaanse (67 ans), architecte néerlandais, professeur émérite d’architecture et d’urbanisme à l’EPF de Zurich :

La Suisse qui, jusqu’à la fin du XXe siècle n’a pas connu de véritable culture de l’urbanisme, dispose aujourd’hui d’une culture du dialogue étendue ainsi que de lois et d’instruments d’aménagement du territoire appropriés. Elle présente néanmoins deux faiblesses : la première est le fait qu’elle n’a pas encore intégré la complexité du développement urbain dans sa culture de processus, en particulier à l’extérieur des grandes villes. L’expérience de la gestion de processus de transformation complexes fait encore défaut. La deuxième, c’est que l’urbanisme est considéré comme une discipline annexe de l’architecture, ce qui entrave le développement d’une pratique professionnelle de l’urbanisme. Les projets d’urbanisme sont essentiellement réalisés au moyen de planifications tests. Leurs auteurs sont souvent mal rétribués, ce qui ne permet pas de garantir une continuité des mandats. En conséquence, les projets d’urbanisme ne sont pas chapeautés dans leur intégralité par un urbaniste expérimenté tant dans la planification proprement dite que dans la gestion des parties prenantes. Souvent, un schéma directeur naît de l’assemblage peu optimal des idées de plusieurs planificateurs tests.


Ingénierie & Production → p. 60 Suivre le chantier du regard

→ p. 64 De l’analogique au numérique

→ p. 88 Dix réflexions sur l’innovation

→ p. 106 Au-dessus de la ville

Société & Environnement → p. 110 Chronique : « Wir sind Stadtgarten »

→ p. 112 Place aux idées

→ p. 116 Entretien : « Nous construisons pour proposer des espaces abordables »

→ p. 124 Le bâtiment, modèle de cycle vertueux

→ p. 128 Chronique : Du berceau au berceau

→ p. 130 Le groupe Halter en un coup d’œil 9

→ p. 132 Impressum Komplex No 13/2020


10


TROIS EN UN Texte : Mike Guyer Visualisations : Filippo Bolognese Images

Une nouvelle parcelle d’environ 20 000 mètres carrés est prévue sur l’ancien site de l’usine à gaz de Lucerne. Destiné à ­l’habitat, aux activités économiques et aux usages publics, le projet Rotpol du consortium Halter AG / Eberli AG, des a ­ rchitectes d’E2A et de Masswerk et de Raymond Vogel L ­ andschaften, heureux gagnants de l’étude de prestation globale du site d’ewl à l’été 2019, a convaincu en proposant sur la parcelle triangulaire trois bâtiments différents mais formant une unité. Une fois le plan d’affectation spécial, l’avant-projet et le projet de construction élaborés, les citoyens de la ville de Lucerne devront se prononcer sur le financement en 2021. 11

Komplex No 13/2020



13


Situation : le site d’ewl est compris entre la Fruttstrasse, l’Industriestrasse et le Geissensteinring.

mgebungsplan, M 1:500 10

20

14

50

Développement & Urbanisme Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL


Le siège principal d’Energie Wasser Luzern Holding AG (ewl), situé Industriestrasse à Lucerne, fait partie du concept de développement urbain Steghof, qui place la parcelle dans un contexte urbain plus large. ewl, la ville de Lucerne et l’Allgemeine Baugenossenschaft Luzern (abl) ont fondé une société anonyme responsable de la planification, de la réalisation et de la gestion du futur ensemble. En plus d’ewl et des services communaux déjà présents sur le site, les pompiers, la protection civile, les services de la voirie et des espaces verts, le service de secours de l’hôpital cantonal, le centre de commandement intégré de la police ainsi que des logements d’utilité publique d’abl et un centre de soins pour personnes âgées de la société Viva Luzern AG y prendront place. La zone est appelée à devenir un quartier urbain doté de bâtiments et d’espaces extérieurs de grande qualité où il fait bon vivre et travailler. La zone est située non loin du lac, bordée par le Geissensteinring au sud, la Frutt­ strasse à l’ouest et l’Industriestrasse à l’est. Au sud, une petite structure résidentielle très verdoyante s’élève topographiquement en contraste avec la « plaine » urbaine. A l’ouest, une vaste aire de voies ferrées souligne le caractère industriel du quartier. Pour une qualité urbanistique et architecturale Une étude de prestation globale devait permettre d’identifier des approches urbanistiques et architecturales qui puissent répondre à l’emplacement et aux environs particuliers du site d’ewl, aux exigences fonctionnelles et spatiales des usagers et aux attentes financières du maître d’ouvrage tout en préservant l’identité de chaque usager. L’accueil d’usagers très divers représentait un grand défi, mais offrait aussi la chance de trouver des solutions innovantes. Des affectations mixtes au sein des différents bâtiments étaient explicitement souhaitées, pour autant que les exigences légales et ­opérationnelles puissent être satisfaites. L’implantation urbanistique des bâtiments devait à la fois renseigner sur l’imbrication spatiale des volumes et des espaces ouverts et répondre aux questions d’orientation et de desserte. De par leur conception, les façades et leur matérialité devaient être vecteurs d’identité, en tenant compte de leur présence urbanistique dans le quartier. Les plans et 15

coupes devaient refléter au mieux le programme d’aménagement spatial imparti et présenter une grande valeur pratique. L’utilisation particulière du rez-de-chaussée par ewl et les pompiers ainsi que la préservation de la ­Maison Rouge ont posé des défis supplémentaires. Le fonctionnement des usages existants sur le site devait être garanti pendant toute la phase de construction. On attendait une offre à prix ferme portant sur un projet économique dont le fonctionnement et la maintenance devaient être rentables. ​​Six équipes de développeurs furent sélectionnées en préqualification pour l’étude de prestation globale. Sur la base des projets soumis lors de la première étape axée sur l’implantation urbanistique, le nombre de participants est passé à trois équipes. A la deuxième étape, il s’agissait de proposer un projet architectural sophistiqué et fonctionnellement abouti avec une offre ET ferme. Mais l’évaluation du jury a montré que les projets soumis présentaient encore des lacunes opérationnelles et logistiques du point de vue de l’usager, et que certains changements étaient nécessaires dans le programme d’aménagement spatial. En conséquence, le comité d’évaluation a fait approfondir et développer le projet Rotpol du consortium Halter AG /  Eberle AG avec les architectes d’E2A et de Masswerk ainsi que Raymond Vogel Landschaften, et le projet Stadthof Luzern d’HRS Real Estate AG avec Boltshauser Architekten, Caruso St John Architects et Graber & Steiger. Lors de l’évaluation finale du jury, le projet Rotpol l’a emporté sur la plupart des points et a donc décroché l’appel d’offres. La Maison Rouge, un lieu d’identification Le projet Rotpol occupe une grande partie de la parcelle triangulaire et dégage un espace bien proportionné pour la Maison Rouge. Cette place est reliée aux rues environnantes par des passages de largeur variable, ce qui assure une perméabilité optimale. Ainsi apparaît une séquence cohérente d’espaces publics avec un point d’identification central. Trois bâtiments de formes différentes se distinguent par leur structure et leur expression, grâce à la différenciation ­horizontale de leurs utilisations, à leurs ­décrochements le long des rues et à leurs silhouettes individuelles, mais qui s’assemblent néanmoins pour former un tout ­cohérent. Les façades présentent des configurations tectoniques différentes, qui sont Komplex No 13/2020


importantes pour l’aspect différencié des bâtiments tout en restant liées par une grammaire commune. La séquence des espaces extérieurs soigneusement conçus réunit les différents bâtiments pour former une unité et un morceau de ville original. L’Industriestrasse, avec son ruisseau à ciel ouvert et ses jardins, devient une rue résidentielle à la jonction des bâtiments environnants. La Rothausplatz offre une qualité de séjour élevée avec ses arbres et ses colonnes d’eau. L’Industriegasse et la Geissensteingasse s’inscrivent dans la continuité du ruisseau. La place de rassemblement et l’aire devant les bâtiments en décrochement où réside ewl complètent les espaces extérieurs et ancrent l’ensemble dans son voisinage immédiat. Au centre, la Rothausplatz est la valeur ajoutée que ce grand aménagement apporte au quartier et à la ville. Trois bâtiments différents Le siège principal d’ewl est un grand bâtiment polygonal doté d’une cour et comprend des ateliers occupant tout le rez-de-chaussée et une entrée principale imposante, clairement visible via le renfoncement du bâtiment voisin de l’Industriestrasse. Les zones logistiques, de livraison et de stockage ont été aménagées en faveur des processus opérationnels. Disposant de noyaux implantés avec précision, la structure poteau plancher-­ dalle autorise de grandes portées dans les ateliers et les salles de réunion. Cette structure se lit aussi dans la façade, avec ses grandes baies horizontales et ses ­supports en forme de tête de marteau, qui viennent accentuer les liaisons entre les poteaux et les dalles. L’entrepôt d’ewl réunit quant à lui les services municipaux aux étages supérieurs et permet des processus de travail optimaux avec un grand potentiel de synergie. Le bâtiment se caractérise par son shed et ses décrochements, faisant ainsi écho aux bâtiments industriels le long des voies. La structure porteuse intérieure est également reproduite à l’extérieur et comblée de ­panneaux en bois. Le bâtiment de services et de logements, enfin, est le plus grand et le plus complexe des trois. Il impressionne par son aménagement fonctionnel et compact et ses structures spatiales généreuses. Le regroupement des services d’intervention urgente dans un seul 16

bâtiment crée des synergies spatiales et permet une coopération étroite et une flexibilité en cas de futurs changements de salles. Un socle de grande hauteur, doté d’un long alignement d’accès et de sorties le long de la Fruttstrasse, abrite la halle des véhicules et les ateliers des services de secours. Leurs salles de préparation sont situées dans la galerie et au premier étage de la halle des véhicules, les services ­municipaux et le centre de commandement aux autres étages supérieurs. Tous ces services font face à la ville, à l’angle nord du ­bâtiment. L’immeuble de bureaux protège du bruit des trains les immeubles d’habitation situés derrière lui. La cour surélevée, conçue en terrasse collective au niveau inférieur et en espace vert extérieur destiné aux résidents au niveau supérieur, prolonge de façon précieuse l’espace public dans cet aménagement très dense. Les escaliers qui mènent à la cour, les accès aux logements et l’entrée du centre de soins donnent sur la Rothausplatz, la Rothausgasse et l’Industriestrasse. Les étages destinés aux résidents de Viva Luzern sont compacts et les chambres dis­ posées en binôme. Les petits logements tout comme les salons-salles à manger clairs et spacieux, avec leurs balcons attenants, sont attrayants. Les salles de séjour rendent le couloir moins austère et le remplissent de lumière. Le café, situé dans le lounge aménagé sur deux niveaux, offre une vue sur la Rothausplatz et relie le rez-de-chaussée à la cour. Les espaces extérieurs situés au rez-de-chaussée, dans la cour et sur le toit invitent résidents et visiteurs à s’y attarder. Les logements coopératifs d’abl sont organisés trois par trois autour des circulations verticales. Les logements de 2,5, 3,5 et 4,5 pièces bénéficient d’une orientation sud-ouest idéale, avec leurs salonssalles à manger traversants et leurs loggias. Changement de décor au cinquième étage, avec une rue intérieure permettant à tous d’accéder au jardin sur le toit. Chaque affectation se traduit par un changement net de matériaux au niveau des façades. Le socle se compose d’un assemblage d’éléments en béton léger gris clair avec des panneaux de remplissage profilés, les étages résidentiels sont revêtus d’une façade métallique rouge foncé finement travaillée, avec des panneaux vitrés. Développement & Urbanisme


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Trep pen 20 m 2 haus

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Plan 1er étage : la halle des véhicules et les ateliers des services de secours sont clairement visibles dans le plus grand bâtiment, qui accueille services et logements.

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1.Obergeschoss, M 1:250 0

5

10

25

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

17

Komplex No 13/2020


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2.Obergeschoss, M 1:250 0

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10

25

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

18

Développement & Urbanisme

Plan 2e étage : dans le bâtiment de services et d’habitation, une cour intérieure végétalisée est aménagée au niveau des premier et deuxième étages.

nh pe ep Tr m2 20


La Maison Rouge, entourée des trois imposantes bâtisses, constitue avec la place publique qui la précède le cœur du nouvel ensemble. Son exploitation en centre de quartier et lieu culturel rend dignement hommage à ce monument industriel. Les quelques interventions de restauration ont su ménager le caractère historique du lieu. Poursuite du projet vainqueur Les coûts de construction du projet Rotpol sont relativement faibles comparés aux autres projets. Avec seulement trois corps de ­bâtiment, la conception d’ensemble retenue permet un volume global efficace. Associé à une méthode de construction économique, il en résulte des coûts comparativement faibles. Le projet est conçu avec précision, car dès la première étape, il n’a cessé d’être amélioré. Les critiques et recommandations du jury d’experts et des usagers ont été dûment prises en compte. Le projet Rotpol présente par conséquent de très grandes qualités urbanistiques et architecturales, tant sur le plan de ­l’aménagement des espaces extérieurs que sur celui de l’affectation et de la desserte, et fait preuve d’une grande maturité de planification.

E2A Architekten Depuis 2001, E2A Architekten AG planifie et réalise des bâtiments privés et publics de tous types et de toutes tailles. Le bureau, fondé par Wim et Piet Eckert, emploie actuellement une trentaine de personnes. Les architectes d’E2A considèrent leur travail comme une interprétation des conditions de vie contemporaines. L’architecture doit conjuguer idéal et réalité. Cette dialectique donne lieu à une attitude architecturale spécifique, qui remplit sa mission de façon solide et pérenne. E2A réfléchit en permanence et avec succès à des immeubles résidentiels, de bureaux ou à usage public dans le cadre de concours nationaux et internationaux d’où sont issus des bâtiments très remarqués. Les projets les plus connus récemment réalisés sont : le bâtiment abritant la rédaction et les éditions du quotidien allemand « taz » (Berlin, 2018), la Diakonie Bethanien (Zurich, 2017), le bâtiment sur la parcelle H de l’Europaallee (Zurich, 2016) et les bâtiments résidentiels Escherpark (Zurich, 2015). Sont ­actuellement en construction, entre autres, le bâtiment résidentiel Geistlich-Areal (Schlieren, 2020), le complexe scolaire Hofacker (Zurich, 2020) et la police des eaux de Zurich (2022). → www.e2a.ch Masswerk Architekten Masswerk Architekten AG est né en 2003 de la fusion de deux bureaux d’architectes renommés de Lucerne : Baumann & Rigling et Bosshard & Steiger. Une antenne s’est ouverte à Zurich en 2008. Trois partenaires composent l’actionnariat et le conseil d’administration. Employant une trentaine de collaborateurs, Masswerk développe et met en œuvre des projets de planification et de construction durables et novateurs. L’accent est mis sur d’excellentes solutions à la croisée entre urbanisme, architecture et économie. Parmi les ­projets récents, citons le bâtiment sur la parcelle G de l’Europaallee à Zurich (consortium avec Graber Pulver Architekten) achevé en 2015, qui abrite logements et bureaux, et la caserne de pompiers d’Eichenspes à Kriens près de Lucerne (2016). Le centre d’enseignement secondaire Burghalde à Baden et les deux centres pour personnes âgées St. Anna à Lucerne et St. Bernhard à W ­ ettingen (qui seront tous deux achevés en 2021) sont actuellement en cours de réalisation. → www.masswerk.com Raymond Vogel Landschaften Depuis vingt ans, Raymond Vogel Landschaften AG (RVL) s’occupe d’architecture paysagère et d’urbanisme, autrement dit des interactions entre l’homme et son environnement. Dans ce contexte, RVL adopte des points de vue se rapportant à la valeur de l’espace extérieur pour la nature et la société. Chez RVL, le processus de conception consiste à s’interroger sur la nature au-delà des questions de goût. Il s’agit d’écouter, de rechercher, d’organiser les opinions et les points de vue, de mettre en relation les corps et les espaces, d’aménager. L’objectif est de trouver une cohérence qui s’exprime dans le détail comme dans l’ensemble. Le travail de RVL sur le bon aménagement des espaces extérieurs se base notamment sur le désir d’harmonie entre la nature et l’homme au sein de chaque ouvrage. La nature en ville symbolise la vie entre les maisons, en tant qu’élément d’un espace encore plus grand. Les espaces extérieurs ne doivent pas se contenter d’entourer la maison. Notre environnement devrait assurer une qualité de vie durable aux générations à venir. Parmi les projets de RVL figurent le bâtiment scolaire Burghalde à Baden (en construction), le nouveau paysage de la centrale hydroélectrique de Hagneck sur le lac de Bienne (2010–2016) et le parc ­d’Erlenmatt à Bâle (2001–2016). → w ­ ww.raymondvogel.ch

19

Komplex No 13/2020


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2.95

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3.65 3.65

3.65

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+17.35 m 459.35 m. ü. M.

Schnitt Rothausplatz, M 1:250 0

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Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

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+29.00 m 471.00 m.ü.M

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2.95

+29.00 m 471.00 m.ü.M +29.00 m 471.00 m.ü.M

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Schnitt AA, M 1:250

+17.35 m 459.35 m. ü. M. +17.35 m 459.35 m. ü. M.

4.50 8.00 8.00

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3.505.55 5.553.50 4.50 4.50 3.65 4.50 4.504.50 3.50 3.50 4.50 3.50 3.50 3.65 3.65

Schnitt BB, M 1:250

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+25.70 m 467.70 m. ü. M.

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Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

Schnitt CC, M 1:250 Schnitt CC, M 1:250

p. 10 — Le bâtiment de services et d’habitation dispose d’une cour surélevée qui fait office de terrasse collective au niveau inférieur et d’espace vert pour les résidents au niveau supérieur.

Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL Gesamtleistungsstudie Entwicklung ewl Areal - ROTPOL

p. 21 — L’Industriestrasse et son ruisseau à ciel ouvert se transforme en rue résidentielle et sert d’interface avec les bâtiments environnants existants.

pp. 12/13 — La Maison Rouge historique crée un lieu d’identification au centre de la parcelle. La Rothausplatz est reliée aux rues environnantes par des passages de largeurs variables.

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Développement & Urbanisme

Coupes de haut en bas : la Rothausplatz avec la Maison Rouge, les bâtiments de services et d’habitation donnant sur la Fruttstrasse et l’Industriestrasse, l’entrepôt d’ewl avec son shed donnant sur le Geissensteinring.

Der Rothausplatz mit seinem gastronomischen Angebot bildet das Herzstück des Gevierts und etabliert einen neuen Treffpunkt für das gesamte Quartier



VOIR LA VILLE EN GRAND

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Texte : Deborah Fehlmann Photos et plans : Archives de l’histoire de l’architecture de la ville de Zurich

Les bons côtés de l’industrialisation : un quartier bourgeois s’est développé, durant la deuxième moitié du XIXe siècle, entre la gare principale de Zurich et le lac.

Et ses côtés plus sombres, à la périphérie : maisons ouvrières et viaduc ferroviaire dans le quartier ­industriel, aujourd’hui Zurich-West.

Tandis que la Première Guerre mondiale faisait rage à leurs portes, des architectes et des urbanistes imaginaient Zurich sous les traits audacieux d’une grande ville. Le concours du Grand-Zurich a signé la naissance de l’urbanisme en tant que discipline à part entière en Suisse. Son influence reste palpable jusqu’à ce jour. Développement & Urbanisme – Essai


Alfred Escher se tient fièrement sur son piédestal devant la gare centrale de Zurich. A juste titre. L’homme politique et entrepreneur a fondé le Polytechnicum et la Schweizerische ­Kreditanstalt (aujourd’hui EPF de Zurich et Credit Suisse). A la tête de diverses compagnies de chemin de fer, le Zurichois a aussi fait progresser la construction ferroviaire durant la seconde moitié du XIXe siècle, favorisant l’industrialisation et la modernisation du pays. La statue de bronze regarde vers la Bahnhofstrasse, les grandes banques de la Paradeplatz jusqu’au lac. La Bürkliplatz, à l’extrémité opposée de la prestigieuse avenue, porte le nom de son contemporain Arnold Bürkli. Cet ingénieur dessina dans les années 1860 les plans du nouveau quartier de la gare, avec la Bahnhofstrasse pour axe principal. À l’image de Paris, certaines parties de la vieille ville ont fait place à un réseau orthogonal de rues flanquées d’hôtels particuliers. Dans le même temps, la ville fut équipée d’un système d’approvisionnement en eau et d’assainissement. Le réaménagement urbain d’Arnold Bürkli s’arrête là où commencent les quais, de part et d’autre de la rade. En quelques décennies, de petite bourgade sur le fleuve, Zurich est devenue une grande ville sur le lac, du moins en apparence. En réalité, la zone urbaine se limitait à l’actuel 1er arrondissement et comptait moins de 30 000 habitants. D’un seul coup métropole

Tout cela était bel et bon. Mais tandis que les gagnants de l’industrialisation profitaient de leur prospérité croissante, les revers de cette modernisation étaient de plus en plus flagrants : vers la fin du XIXe siècle, la perspective de travailler à l’usine attirait chaque année des milliers de personnes dans des faubourgs comme Aussersihl ou Wiedikon. Là, des spéculateurs s’empressèrent de construire des logements locatifs bon marché pour les nouveaux arrivants sans le sou. Les familles d’ouvriers vivaient à l’étroit, et qui n’était pas atteint de choléra ou de typhus devait endurer la fumée des usines. Les communes débordées manquaient non seulement d’outils juridiques et de plani­ fication pour gérer la croissance démographique urbaine mais aussi d’argent, puisque tous les gros contribuables avaient fui en ville ou vers des cieux plus cléments. Or, le destin de la ville de Zurich était indissociable de celui des communes qui l’entouraient : ville et faubourgs se déve­ loppaient conjointement sur les plans urbain et économique. L’incorporation de 1893 réunit la ville et onze de ses communes périphériques en une entité administrative de 120 000 habitants. 23

Komplex No 13/2020


Voilà qui devait profiter aux quartiers pauvres d’ouvriers, mais un nouveau bond de la croissance fit grimper les prix fonciers, et les immeubles en îlots de quatre ou cinq étages – moyen efficace d’exploiter au mieux les parcelles – s’imposèrent définitivement comme type de construction. Au tournant du siècle, la jeune métropole était victime de spéculation immobilière, d’une croissance incontrôlée et de la ségrégation sociale. Mais rapidement une fronde se forma : le mouvement ouvrier se renforça et se trouva une appartenance politique auprès du parti socialiste. Des associations de ­naturopathes et des adeptes de la Lebensreform, mouvement prônant le retour à la nature, ouvrirent des jardins ouvriers, des aires de bains de soleil et des maisons de cure pour soigner les ­citadins malades. L’organisation Patrimoine suisse, la Fédération des architectes suisses et le Werkbund Suisse ont notamment vu le jour au début du XXe siècle. De Berlin à Zurich

Mais Zurich n’était pas la seule à connaître des difficultés. D’autres villes industrielles telles que Manchester, Hambourg ou Berlin affrontaient des problèmes semblables. D’ailleurs, Berlin prit Zurich comme modèle pour sa plus audacieuse expérience urbanistique. En 1909, à l’initiative de l’association des architectes de Berlin, elle lança un concours international pour réaliser les plans d’aménagement du Grand-Berlin qui, ­contrairement aux plans alors purement techniques, devaient, au-delà des dispositions portant sur le réseau de circulation et les parcelles constructibles, définir également les espaces libres et les espaces verts, les aires de jeux et de bains de soleil, et en assurer la pérennité. Le nouveau plan d’aména­ gement devait être artistique et audacieux, à l’inverse de celui qui avait marqué les décennies passées. Pour la première fois, le concours du Grand-Berlin permettait d’envisager la métropole moderne dans sa globalité, en consi­ dérant les dimensions structurelles et sanitaires, mais aussi sociologiques et artistiques. L’urbanisme ne devait plus se limiter à une planification des infrastructures sur une planche à dessin, mais être un art de l’espace comme l’avait revendiqué l’architecte viennois Camillo Sitte en 1889 déjà. Son essai « L’art de bâtir les villes » influença d’ailleurs les architectes berlinois. Camillo Sitte critiquait la monotonie des villes du XIXe siècle, centrées sur la géométrie, l’hygiène et l’économie. Il invitait à appréhender l’urbanisme comme une discipline de l’art, comme par le passé. Selon lui, les urbanistes devaient réaliser leur travail en tenant compte des structures 24

Développement & Urbanisme – Essai


Concours du Grand-Zurich, plan d’aménagement global de Rittmeyer et Furrer : les deux architectes de Winterthour ont relié Zurich et ses faubourgs pour créer une métropole. Avec des constructions denses (rouge foncé) et des surfaces industrielles s’étendant jusqu’à la périphérie (gris), leur vision ratera toutefois la cible. Ce qui ne les empêchera pas de décrocher le troisième prix.

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Concours du Grand-Zurich, plan d’aménagement global de Hippenmeier et Bodmer : l’employé municipal et l’étudiant en ingénierie arriveront à la deuxième place. Ils marquent des points avec leur concept de trafic ferroviaire. Mais leur proposition de combler les fossés du Schanzengraben et de détourner la Sihl du centre-ville ne soulèvera pas l’enthousiasme.

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Développement & Urbanisme – Essai


Concours du Grand-Zurich, plan d’aménagement global de Hermann Herter : le chef du service des constructions atteindra lui aussi le deuxième rang. Se référant au concept anglais de ville-jardin, il pensait pouvoir empêcher durablement la convergence de Zurich et de ses ­faubourgs en implantant de larges zones vertes.

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existantes, des rapports de propriété et de la topographie ainsi que des données statistiques et prévisionnelles. Les planifications urbanistiques devaient selon lui être mises au concours, ce qui était à l’époque révolutionnaire. L’intérêt du public pour le concours du Grand-Berlin fut important. En 1910, les 21 projets furent exposés à Berlin, Francfort et Düsseldorf. A l’initiative de l’architecte Max Haefeli et de l’ingénieur Carl Jegher, tous deux membres de l’association professionnelle des ingénieurs et architectes de Zurich, le Musée des arts décoratifs de Zurich accueillit l’exposition en 1911. Le grand plan

Au printemps de la même année, toujours à Zurich, la première exposition d’urbanisme organisée en Suisse présenta durant cinq semaines les projets berlinois ainsi que d’autres plans d’aménagement suisses et étrangers. Les 6651 visiteurs comptaient de nombreux représentants d’associations professionnelles et de communes, mais aussi des profanes intéressés. Les neuf conférences du programme d’accompagnement terminaient ­parfois en discussions animées ; la présentation d’un plan d’aménagement soleurois a même fini « en une confrontation extrêmement agitée sur la question de la définition de l’urbanisme », comme le ­rapporta Carl Jegher dans la « Schweizerische Bauzeitung »1. Mais le plus important fut la décision de lancer un concours d’urbanisme pour Zurich et sa périphérie. Selon Carl Jegher, les participants auraient appris des discussions à « prendre des dispositions tant que les conditions d’une ville en pleine croissance sont favorables »2. Les préparatifs commencèrent immédiatement, mais quatre ans s’écoulèrent avant l’appel d’offres du « concours international pour le plan d’aménagement de la ville de Zurich et de sa périphérie ». Le périmètre allait jusqu’à Thalwil et Küsnacht au bord du lac, s’étendait jusqu’à Opfikon dans la vallée de la Glatt pour s’arrêter aux frontières cantonales dans la vallée de la Limmat. Un grand nombre des 22 communes concernées durent d’abord faire l’objet de relevés. Le plan de base élaboré à l’échelle 1:10 000 sur lequel les participants devaient plancher mesurait presque quatre mètres carrés. L’Office de la statistique collecta des données sur la densité et l’évolution démographiques, la taille des logements, les loyers et l’évolution du trafic. Les organisateurs attendaient « une conception systématique des installations de transport et un aménagement organique du périmètre 1 « Schweizerische Bauzeitung », volume 57/58 (1911), cahier 7, p. 101 2 Ibid., p. 102

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Développement & Urbanisme – Essai


de concours grâce à un programme clair de développement du réseau de transport (transport de marchandises et de passagers), dans le respect des principes de l’urbanisme moderne en matière de santé publique, de rentabilité et d’esthétique ». Le plan d’aménagement devait fournir des informations sur l’évolution urbanistique des trente prochaines années. Outre les zones d’habitation et industrielles de densités diverses, il fallait définir des espaces verts aussi contigus que possible et les emplacements des bâtiments et établissements publics. Une transcription à l’échelle 1:25 000 devait mettre en évidence certains éléments essentiels comme le concept de transport. Il était aussi question de ports, de points de transbordement et de gares de marchandises, car la ville souhaitait se relier aux voies navigables du Rhin. Une étude détaillée devait traiter d’une partie de la ville, une seconde d’une localité périphérique. Les participants étaient libres de soumettre des projets architecturaux concrets. Les variantes d’une métropole Guerre oblige, la remise des projets n’eut lieu que le 31 décembre 1918. 31 dossiers furent reçus et 29 d’entre eux présentés devant un jury de treize membres. Outre des parti­ cipants au concours du Grand-Berlin et des représentants de la ville et du canton, d’influents architectes suisses tels Hans Bernoulli et Gustav Gull siégeaient au jury présidé par Emil Klöti, conseiller municipal socialiste fortement engagé en faveur du concours depuis le début. Comme pour le concours de Berlin, le jury ne décerna pas de premier prix. Trois Zurichois se partagèrent la seconde place : l’architecte Hermann Herter et un tandem constitué de Konrad Hippenmeier, employé municipal, et de l’étudiant en ingénierie Albert Bodmer. C’est le duo d’architectes de Winterthour Robert Rittmeyer et Walter Furrer qui remporta le troisième prix. Après des années de discussions et de réflexions théoriques sur l’« urbanisme moderne », des propositions concrètes de mise en œuvre émergèrent enfin. Une étude comparative des projets ayant raflé les trois premières places mit en évidence des solutions similaires sur le plan conceptuel, mais très différentes sur le plan formel. Le centre urbain était notamment condensé en un centre d’affaires moderne et représentatif tandis que les zones d’habitation étaient situées à l’extérieur du centre-ville, présentant une densité de construction bien moindre. Les zones industrielles, dotées de leurs installations ferroviaires et portuaires, étaient concentrées le long des cours d’eau. Le concept de cité-jardin d’Ebenezer Howard servait de modèle à la 29

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Une City dévolue à la voiture : selon la proposition de Rittmeyer et Furrer, pratiquement toute la vieille ville située sur la rive droite de la Limmat devait céder la place à de grandes constructions et de larges avenues.

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Développement & Urbanisme – Essai


stricte séparation des fonctions et à l’habitat aéré au vert. Mais cette séparation typique des zones bâties par une large ceinture de verdure ne se retrouve que partiellement dans les projets réalisés par les Zurichois. Tandis que Hermann Herter utilisait les espaces verts pour délimiter la taille des ­banlieues et les séparer de la ville, ville et communes péri­ phériques formaient un unique tapis de constructions chez Robert Rittmeyer et Walter Furrer. Ces derniers recouvraient l’ensemble du périmètre de zones à bâtir, à l’exception des forêts et des plans d’eau. Le commentaire du jury selon lequel certains candidats « n’ont pas pris suffisamment en compte les statistiques, d’où un aménagement aléatoire » les concernait aussi. Robert Rittmeyer et Walter Furrer n’ont pas non plus fait dans le détail pour les espaces verts : de nombreuses installations sportives dans les quartiers et une succession de sites de baignade et de clubs d’aviron au niveau de la rade étaient destinés à l’exercice physique. Ici, les idéaux de la L ­ ebensreform basculaient dans l’éducation populaire. Le réseau de transport était très important, en particulier les transports publics suburbains. Et pour cause : seule une infrastructure de transports efficace pouvait permettre de concrétiser le projet de vivre au vert et de travailler en ville. Là, Konrad Hippenmeier et Albert Bodmer marquèrent des points. Certes, Hermann Herter proposa lui aussi des systèmes ferroviaires distincts pour le transport local et le transport longue distance, tandis que le tramway restait le moyen de transport en centre-ville. Mais le duo se montrait avant-gardiste en étendant leur réseau de transport local bien au-delà du périmètre. Les deux lignes Richterswil–Zurich–Winterthour et Rapperswil– Zurich–Baden traversaient la ville en diagonale et se croisaient à la gare de Letten, tandis que les transports longue distance demeuraient à la gare centrale. En ville, les lignes suburbaines offraient des stations moins éloignées les unes des autres et étaient desservies par des trains courts et fréquents. Le S-Bahn zurichois, réalisé des décennies plus tard, se rapproche du concept du duo. Tandis que les réseaux de transport et les expansions urbaines donnaient des ailes aux urbanistes, la manière dont ils géraient cela avec la ville existante était maladroite voire brutale. Leurs représentations d’une ville moderne adaptée au trafic ne semblaient pas compatibles avec les structures médiévales et sinueuses de la ville. C’est ainsi que Robert Rittmeyer et Walter Furrer ont sacrifié à la circulation routière toute la rive droite de la vieille ville entre Central et Bellevue. A la place, d’imposants îlots d’immeubles 31

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jalonnaient les voies rapides. Le fait que Robert Rittmeyer ait proposé cela malgré sa fonction de membre du conseil d’administration de l’agence zurichoise pour la protection du patrimoine montre à quel point la sensibilité et l’appréciation des structures historiques ont évolué. Seul Hermann Herter se limita à des interventions ponctuelles sur le patrimoine existant sans pour autant éviter les ouvrages imposants : il coiffa Zurich d’une couronne monumentale en prolongeant le bâtiment universitaire de Karl Moser en miroir autour de l’axe central de l’Ecole polytechnique de Gottfried Semper. Un manuel d’urbanisme

Les projets du Grand-Zurich n’auraient jamais échoué en raison de droits de propriété, de spécificités de la politique suisse ou d’un manque de fonds lié à l’après-guerre car dès le départ, ils n’étaient pas destinés à être réalisés. Le concours visait à concevoir des principes directeurs fondamentaux sans mise en œuvre concrète. Tel fut le cas. Dans les années qui suivirent, les architectes et urbanistes suisses utilisèrent le rapport final comme un manuel d’urbanisme, et diverses localités organisèrent des concours selon le modèle zurichois. Le concours permit aussi de sensibiliser le public à l’aménagement et au développement de son cadre de vie et de reconnaître l’urbanisme comme une discipline à part entière. Hermann Herter occupa le poste d’architecte de la ville de Zurich dès 1919 ; Konrad Hippenmeier avait déjà été promu ­deuxième adjoint de l’ingénieur municipal l’année précédente. Avec le conseiller municipal et futur syndic Emil Klöti, ils ont tous deux marqué le développement urbanistique de la ville jusqu’au début des années 1940. Ils ont notamment favorisé la construction de logements coopératifs et municipaux, leurs plans urbanistiques ayant fortement influencé la conception et la création de nouveaux quartiers. Il en résulta des extensions urbaines de conception uniforme, comme le quartier de la cité-jardin Friesenberg, le quartier Milchbuck ou les grands lotissements entre la Seebahnstrasse et la Hardstrasse. Le concept de lotissement dégagé et verdoyant, comme antithèse des anciens immeubles en îlots fermés, est resté le modèle idéal sous Albert Steiner, successeur de Hermann Herter. Ce n’est qu’à la fin des années 1950, avec la rareté des terrains à bâtir, qu’un changement de paradigme s’opéra en faveur d’une construction plus dense. Cependant, les interventions majeures dans le centre-ville prévues dans le cadre du concours n’ont pas eu lieu. Grâce à des changements lents mais réguliers, le centre-ville rayonne 32

Développement & Urbanisme – Essai


aujourd’hui, même sans axes monumentaux ni couronne urbaine. Néanmoins, ces visions ont été importantes pour le développement de la ville : un débat ne peut avoir lieu que si des idées sont couchées sur le papier, et des décisions ne sont possibles que si l’on dispose d’options. Ce constat reste valable aujourd’hui.

De grandes visions pour le Grand-Zurich : Hermann Herter entendait créer un complexe monumental réunissant ­l’Université et l’Ecole polytechnique fédérale.

Deborah Fehlmann (35 ans) est architecte et auteure indépendante. Après ses études, elle a travaillé dans différents bureaux d’architecture et obtenu son MAS en histoire et théorie de l’architecture à l’EPF de Zurich. Elle travaille actuellement en tant qu’assistante de recherche à la ZHAW de Winterthour. Cet article est basé sur le travail de recherche « Der Wettbewerb Gross-Zürich. Ideen neuzeitlichen Städtebaus im Zürich der 1910er-Jahren » écrit avec David Brunner durant ses études de master à l’EPF de Zurich. 33

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CLARATURM Texte : Hubertus Adam Visualisations : Raumgleiter

La Claraturm située en face du parc des expositions de Bâle sera inaugurée en 2021. Cet immeuble de 31 niveaux construit selon les plans de Morger Partner est entièrement dédié à un usage résidentiel à l’exception des boutiques et restaurants du rez-de-chaussée et de l’espace public au 30e niveau. Avec son socle, la nouvelle construction complète le carré d’immeubles existant, la tour faisant office de solitaire. Parallèlement, elle constitue le pendant de la Messeturm de 2003. La structure horizontale des fenêtres en bandeau et des surfaces en aluminium anodisé renoue avec l’esthétique des immeubles de la fin du modernisme. Le volume général reste contenu, mais ne manque pas d’expressivité grâce à ses lignes en biseau. 35

Komplex No 13/2020


Lorsque la Claraturm de Bâle sera achevée en 2021, près de quinze ans se seront écoulés depuis l’appel d’offres en 2007. Durant cette période, de nombreux événements prévisibles et imprévisibles se sont produits : changement de propriétaire, réorganisation du cabinet d’architectes chargé de la planification, changements d’utilisation et de conception, recours, décisions de justice, référendums. Il faut dire qu’il s’agit de l’un des plus éminents chantiers de Bâle, de par son ­emplacement à l’intersection Clarastrasse / ­ Riehenring. En outre, l’immeuble, qui culmine à une centaine de mètres, et son annexe ­remplacent une rangée de bâtiments de quatre niveaux ayant abrité deux restau­­rants historiques. Les villes sont en constante évolution. Le philosophe Hermann Lübbe a décrit le phénomène comme une « perte de familiarité de la vie » lorsque l’importance du changement par unité temporelle dépasse l’acceptation par la population. Cela peut entraîner des conflits qui affectent le présent, mais qui rétrospectivement finissent par perdre de leur importance. Ainsi, la plupart des passants qui empruntent aujourd’hui la Freie Strasse à Bâle pour aller à la place du Marché ne réalisent pas qu’il s’agit d’un important réaménagement urbain de la fin du XIXe siècle, pour lequel la substance d’origine médiévale à baroque a été sacrifiée, à l’exception de quelques vestiges. Continuité du changement Le site du Petit-Bâle a été façonné et transformé par des processus continus de moder­ nisation. Ceux-ci ont débuté au milieu du XIXe siècle, lorsqu’un traité international entre le Grand-Duché de Bade et la Confédération a permis à la Badische Hauptbahn, qui avait atteint la ville allemande de Haltingen en 1851, de prolonger sa ligne jusqu’à Bâle, puis jusqu’à Waldshut sur la rive droite du Rhin (et plus tard jusqu’à Constance en passant par Schaffhouse et Singen). La première gare badoise de Bâle a été mise en service en 1855 sur l’actuel Riehenring, qui s’appelait alors Bahnhofstrasse. Jusqu’à la destruction des fortifications, la ville de Bâle sur la rive droite du Rhin s’arrêtait à Claraplatz, mais elle s’est ensuite rapi­ dement étendue vers l’est. La nouvelle brasserie Warteck a pris ses quartiers dans la rangée de bâtiments de style néoclassique tardif construite face à la gare. Le débit de 36

boissons se trouvait dans le bâtiment à l’angle de la Clarastrasse, achevé en 1861, là où les passagers attendaient les trains ou les fiacres. Le bâtiment a très probablement été conçu par Amadeus Merian, l’oncle du propriétaire de la brasserie et premier architecte de la ville de Bâle. Le Café Spitz sur le Mittlere Rheinbrücke et l’hôtel Drei Könige sont considérés comme ses réalisations les plus importantes. Dès 1890/91, la brasserie a été déplacée au Burgweg et en 1913, la nouvelle gare, située plus loin en direction de Riehen, a été mise en service, car l’ancienne et son tracé entravaient la croissance de la ville. Le parc des expositions, qui contribuera par la suite de manière significative au rayonnement de Bâle, a été construit sur le site de l’ancienne gare et des quartiers de filature attenants. La première foire des échantillons (Mustermesse Basel) a ouvert ses portes en 1917 et occupé par la suite un espace toujours plus important dans le quartier de Rosental. Afin de préparer ses bâtiments pour l’avenir et de contrer la menace d’un départ, le parc des expositions a lancé en 1994 la stratégie Messe Basel Plus. En sont issus trois grands bâtiments exceptionnels avec lesquels l’institution s’inscrit de manière visible dans le paysage urbain : le hall d’exposition en verre de Theo Hotz (1999), la Messeturm des architectes Morger & Degelo et Daniele Marques (2003) – et enfin les nouveaux halls d’exposition de Herzog & de Meuron (2013). Ces d ­ erniers ont suscité une réaction particulièrement controversée. La raison n’en est pas tant le fait que le nouveau bâtiment a exigé la destruction du premier hall d’exposition de Hermann Herter, mais plutôt qu’avec ses dimensions presque infinies, il enjambe une grande partie de la Messeplatz, modifiant ainsi radicalement l’apparence de l’axe Clarastrasse /  Rosentalstrasse. De brasseur à constructeur Après que Warteck a vendu les droits de la marque à Feldschlösschen de Rheinfelden, la brasserie du Burgweg a été fermée en 1991. Warteck Invest SA a développé et gère les biens immobiliers de l’ancienne entreprise. En premier lieu, le site du Burgweg a été réaménagé avec Diener & Diener, et en 2007, les résultats d’un concours d’architecture pour une nouvelle construction sur le ­Riehenring ont finalement été publiés. Architecture & Design


Elévation côté Clarastrasse (avec le bâtiment voisin existant de Diener & Diener).

Claraturm Basel

Ansicht Clarastrasse | M 1:500

Elévation côté Riehenring.

p. 34 — Le socle continu de six niveaux ferme le carré d’imClaraturm Basel Ansicht Riehenring | M 1:500 meubles et forme un pendant au bâtiment principal du parc des expositions de Herzog & de Meuron. Il constitue la base de la tour située à l’angle de Clarastrasse / Riehenring. La construction en paliers renforce la symbolique du bâtiment sans qu’il paraisse intrusif. pp. 38/39 — La tôle d’aluminium anodisé brun est gaufrée. Ce traitement de surface augmente la réflexion de la lumière du jour, offrant des effets visuels intéressants.

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Le projet retenu de la Claraturm a été l’œuvre de Morger + Dettli – le bureau successeur de Morger & Degelo – aujourd’hui Morger Partner. En termes d’aménagement urbain, la Claraturm est une totale réussite : la Messeturm, qui a été quelque peu reléguée au second plan par la construction des halls d’exposition de Herzog & de Meuron, bénéficie aujourd’hui d’un pendant visuel, et compte tenu de l’horizontalité du bâtiment principal, un peu plus de verticalité est une bonne chose. Seule ombre au tableau : la démolition des bâtiments Warteck avec les deux restaurants traditionnels Warteck et Zum Wurzengraben. La section bâloise de Patrimoine suisse et l’association F ­ reiwillige Basler Denkmalpflege s’y sont opposées très tôt, mais ont échoué en dernière instance devant le Tribunal fédéral. En 2010, Warteck Invest a vendu le projet au fonds immobilier UBS Sima et à sa filiale Balintra. Le projet a alors pris de l’ampleur : le plan d’affectation spécial et le changement de zone ont reçu l’approbation du Conseil d’Etat et du Grand Conseil, puis recueilli la majorité nécessaire lors d’un référendum en 2013. Et pour cause, la Claraturm contribue à la densification souhaitée du centre-ville, crée des logements supplémentaires, ne réduit pas les espaces verts et, au vu des grands immeubles de Roche, paraît raisonnable du haut de ses 96 mètres. En tout état de cause, l’acceptation d’immeubles de grande hauteur – surtout s’ils sont utilisés à des fins résidentielles – a considérablement augmenté ces dernières années. Un atout supplémentaire est le dernier étage prévu pour une utilisation publique (non encore spécifiée). Cependant, un nouveau recours est venu retarder la mise en œuvre du projet. Le locataire du piano-bar exploité provisoirement dans les bâtiments Warteck a d’abord fait opposition au plan d’affectation spécial, puis au permis de construire. Les deux procès se sont terminés devant le Tribunal fédéral et ont finalement été rejetés. Habiter en hauteur Depuis, le gros œuvre progresse le long du Riehenring. La Claraturm se compose de deux parties directement reliées : une tour de 31 niveaux située à l’angle de la Clarastrasse et du Riehenring, et un bâtiment annexe angulaire de six niveaux qui se prolonge dans la Drahtzugstrasse et qui, de par son échelle, Komplex No 13/2020



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s’intègre à l’îlot existant ; d’ailleurs, les bâtiments voisins de chaque côté ont été construits par Diener & Diener. Alors que l’immeuble possède une face totalement verticale au coin de la rue, il est construit en décalé sur les deux autres côtés. Côté Riehenring, la construction en paliers débute au septième niveau, à fleur d’îlot, et se justifie par la nécessité de réduire l’ombre ; côté Clarastrasse, elle se limite dans un souci esthétique aux sept derniers étages et renforce l’orien­tation de l’immeuble vers le parc des expositions. Le concept de base du projet, avec sa forme urbaine caractéristique, est inchangé depuis 2007, mais il était à l’origine prévu comme un mélange de bureaux et d’appartements. Les nouveaux propriétaires ont opté pour un bâtiment purement résidentiel. La seule exception est le rez-de-chaussée, qui est réservé à des restaurants et boutiques. Un foyer spacieux en forme de Z, accessible du côté de la rue et de la cour, et trois ascenseurs permettent d’accéder à tous les étages de l’immeuble. Au total, la Claraturm comprend 285 appartements locatifs de 1 à 4,5 pièces. Le bâtiment annexe abrite des appartements avec loggias. Les studios donnant sur la rue sont équipés de modules mobiles MOVEment, que Halter SA, chargée de l’exécution de l’ensemble du ­projet, a développés en collaboration avec l’architecte viennois Angelo Roventa et qu’elle utilise dans différents projets de construction. Le corps de la tour ne possède aucun espace extérieur, mais le vitrage sans balustrade met en scène la vie au-dessus des toits de Bâle. Les appartements les plus spectaculaires offrent une vue dans trois directions, mais même dans les plus petits logements, la vue est augmentée par le fait que les cloisons entre les pièces sont conçues comme des portes coulissantes qui peuvent se rétracter à partir de la façade. Alors que les parties fermées de la façade étaient encore prévues en blanc au moment du concours, les architectes ont changé la couleur et la matérialité au cours de la mise en œuvre. Comme le montre une maquette de la construction sur le chantier, de la tôle d’aluminium anodisé brun foncé est maintenant utilisée. Une finition de surface par gaufrage souligne l’horizontalité de la structure. En fonction de la luminosité et 40

de la position du soleil, le bâtiment change de caractère, apparaissant tantôt sombre et volumineux, tantôt brillant et presque dématérialisé. Les éléments des fenêtres et façades sont produits en Chine et entièrement assemblés sur place. D’autres grands immeubles sont prévus dans les environs pour remplacer le parking actuel du centre des expositions. Des avant-projets de Morger Partner et Herzog & de Meuron ont été présentés. Mais le parc des expositions, qui en est le propriétaire, hésite encore. En 2019, la Mustermesse Basel a eu lieu pour la dernière fois après plus de cent ans. Les villes sont en constante évolution. → www.claraturm.ch

Morger Partner Architekten Meinrad Morger, né en 1957 à Appenzell, a fondé en 1988, avec Heinrich Degelo, le cabinet d’architecture Morger & Degelo à Bâle, qui s’est rapidement imposé comme l’un des bureaux les plus influents de Suisse alémanique. Le complexe immobilier Dreirosen-Klybeck (1996), le musée de la musique de Lohnhof (2000) et la Messeturm (2003, avec Daniele Marques) – tous à Bâle – ont suscité un vif intérêt, tout comme le Kunstmuseum Liechtenstein à Vaduz, conçu avec Christian Kerez. En 2006, Meinrad Morger a entamé une nouvelle colla­ boration avec Fortunat Dettli, qui s’est achevée en 2015. Depuis lors, le bureau a été rebaptisé Morger Partner. L’équipe autour de Meinrad Morger et de ses partenaires Martin Klein et Henning König comprend environ 60 collaborateurs. Parmi les bâtiments les plus récents, citons la Hilti Art Foundation à Vaduz (2015) et l’immeuble de la Hochschule für Gestaltung und Kunst (2014) sur le site de Dreispitz à Bâle. Le complexe immobilier construit ­au-dessus du dépôt de trams Hard à Zurich a été largement approuvé par référendum en février 2020 et sera réalisé d’ici 2025. → www.morgerpartner.ch

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Plan d’étage type du 1er au 5e étage avec des appartements MOVEment dans l’annexe.

Claraturm Basel

41 Erdgeschoss | M 1:500

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Drahtzugstrasse

Wartungsweg - Kiesweg

Aufkantung Beton

Plan du rez-de-chaussée avec des boutiques et un foyer central permettant l’accès à l’immeuble.


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MISE EN PLIS Texte : Héloïse Gailing Photos : Matthieu Gafsou

Le quartier du Flon est à la fois un centre et une enclave de Lausanne. Située dans le lit de la rivière éponyme, qui est maintenant souterraine, cette ancienne zone industrielle a connu depuis trente ans un processus de gentrification assez classique : à l’abandon de leur exploitation, les espaces de production sont d’abord devenus des ateliers d’artistes et des lieux de culture alternative avant d’être progressivement remplacés par des bureaux, des commerces et des établissements de loisirs prisés par la population régionale qui s’y rue le week-end. La métamorphose entamée il y a plus de dix ans par Mobimo, propriétaire de l’ensemble (rues et places comprises), est sur le point d’aboutir, avec la redynamisation de la partie ouest du quartier, où l’hôtel design Moxy a ouvert ses portes fin 2019. 43

Komplex No 13/2020



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Implanté dans le secteur du Flon depuis 2006, le bureau Localarchitecture l’a vu évoluer et peut désormais se réjouir d’avoir participé à sa mutation avec la construction récente de l’hôtel Moxy Lausanne City. Réalisé avec Halter, celui-ci a pris la place de l’ancienne imprimerie dans laquelle les architectes avaient établi leurs bureaux. C’est d’ailleurs peut-être parce qu’ils connaissaient et ­pratiquaient le site que leur réalisation s’y intègre si bien. A l’opposé de certaines façades voisines qui tentent d’afficher leur unicité tant dans le matériau que dans le motif, l’hôtel s’inscrit plutôt dans une certaine continuité avec son contexte, sans pour autant négliger le style ou la signature. Héritage et continuité Situé entre la rue de la Vigie, la voie du Chariot et la place sur laquelle se dresse l’arbre artificiel de Flon-Ville conçu par le studio Oloom et Samuel Wilkinson, le volume est implanté selon la trame héritée du passé industriel de la parcelle et respectée par le règlement d’urbanisme. Exploité au maximum, le gabarit autorisé impose une différence de hauteur entre les extrémités du bâtiment, seule exception au parallélépipède strict de béton qui s’exprime telle une carapace imperméable abritant un programme introverti, malgré l’ouverture au public du café-­ restaurant de l’hôtel. Si les exploitants n’ont pas souhaité utiliser pour le moment la toiture terrasse accessible créée par ce décroché, on peut imaginer qu’elle finira comme ses voisines, qui ont progressivement été aménagées en bars et restaurants, ­générant ainsi un espace semi-public aérien, à niveau avec le reste de la ville. L’impression de compacité du volume est renforcée par le retournement de l’enveloppe, indifféremment de l’orientation. La trame de composition, identique sur les façades nord et sud, est transposée aux pignons est et ouest, en plein, jusqu’à l’axe central longitudinal du bâtiment qui agit comme une ligne de symétrie. Sans surprise, on retrouve cette organisation « en couronne » sur le plan d’étage. Afin d’occuper au mieux l’épaisseur du volume constructible, les espaces de circulation sont dédoublés autour d’une bande de locaux techniques et de services, sorte de noyau central étiré, qui libère un maximum de façade pour juxtaposer les chambres en périphérie de manière continue et très pragmatique. De même, l’extrémité de la trame 47

centrale, en pignon, accueille les chambres aux dimensions exceptionnelles, accessibles aux personnes à mobilité réduite. La répétition programmatique du module de chambre d’hôtel est lisible et assumée, elle en devient même un motif grâce au travail d’éléments préfabriqués qui rend lisible chaque unité depuis l’extérieur. Au-delà de ce lien presque fonctionnaliste avec le patrimoine industriel, le bâtiment cherche une réelle continuité avec son environnement. Ainsi, le travail de préfabrication répond à celui conçu par l’atelier d’architecture Patrick Mestelan & Bernard Gachet en 2007 pour l’ensemble administratif Flon-Ville. De cette réalisation, Localarchitecture a également respecté l’expression différenciée du rez-de-chaussée travaillé comme un socle, et en a même poursuivi le traitement en arcades, grâce à des piliers élancés. Ainsi, le péristyle est complété autour de la place et se prolonge vers le futur et dernier ­développement possible du quartier, vers la voie du Chariot au sud. Pourtant, l’hôtel Moxy de Lausanne ne cherche pas à imiter et ne passe pas non plus inaperçu. Pour l’œil averti, il est même visiblement signé Localarchitecture grâce à son travail de lignes biaises et de géométrie assumée. En effet, le bureau a développé dans la majorité de ses réalisations ce langage proche de l’ornementation qui permet de célébrer la structure ou l’aspect constructif d’un bâtiment. En bois ou en béton, le matériau est travaillé de manière plastique afin d’intégrer les contraintes du projet dans son esthétique. Ici, la redondance de la chambre est ­utilisée pour créer un motif sur l’ensemble de la surface de la façade. Cette dernière, suspendue et non porteuse, peut alors être travaillée en plis dans une certaine épaisseur grâce à un module qui résout à lui seul plusieurs variables, à l’échelle de la chambre, tout en donnant au bâtiment sa cohérence globale, par sa répétition. Complexité en série Composé exclusivement de biais, le dessin du module permet d’assurer l’intimité des utilisateurs grâce à une partie pleine en tête de lit, tout en leur assurant une vue indirecte vers l’extérieur au travers d’une fenêtre placée en oblique. Cette disposition particulière de l’ouverture permet ­d’atténuer le vis-à-vis et d’améliorer la Komplex No 13/2020


circulation autour du lit. Dehors, afin de marquer des lignes horizontales et d’éviter la lecture d’une trame verticale en façade, les contrecœurs et les linteaux ont eux-mêmes été travaillés en biais. En résulte ce motif carré, géométrique et dynamique qui forme l’unité de base du tout. Avec moins de quarante matrices nécessaires pour l’ensemble de l’enveloppe et un seul prototype élaboré avant le chantier, ce module reste pourtant un défi de réalisation : peu ou pas d’angles droits, niche pour protection solaire, intégration des cou­lisseaux de stores, fenêtres hors normes… son apparente simplicité est trompeuse. En choisissant d’utiliser des éléments préfabriqués en béton, les concepteurs ont surtout opté pour une mise en œuvre rapide, avec seulement quatre mois de gros œuvre une fois la démolition et les travaux spéciaux terminés. Toutefois, le site de chantier étant relativement contraint et l’espace de stockage très limité, un travail de coordination précis a dû être mis en place pour la livraison de ces éléments de façades, mais également pour l’acheminement des escaliers et des salles de bain; ces dernières ont elles aussi été préfabriquées selon des choix définis par les exploitants autour d’un prototype de chambre d’abord monté dans un dépôt puis in situ, pendant le gros œuvre. Livrées scellées et terminées, au joint silicone près, elles n’ont été ouvertes que pendant les retouches et n’en nécessitaient que très peu. Au-delà des questions de stockage, il a fallu résoudre de nombreuses difficultés dans ce chantier si particulier qui s’est inséré entre le local des serveurs informatiques de la Ville, sensibles aux vibrations, le collecteur souterrain des jumelles, qui a dû être étayé pendant les travaux de fondation, et un studio d’enregistrement en ­sous-sol, qu’il a fallu conserver et donc enjamber, créant ainsi une différence de hauteur au niveau du rez-de-chaussée. Finalement, construire ce bâtiment dans un tel contexte a nécessité la mise en œuvre de 114 micropieux et la conception d’une structure porteuse dans laquelle toutes les charges sont ramenées au centre du bâtiment, vers la trame technique et ces grands piliers en V disposés de part et d’autre de l’atrium. Architecture vs décor Bien qu’appartenant au langage typologique de l’hôtellerie, l’atrium est ici réduit à sa 48

fonction de puits de lumière. Certes, on peut apercevoir les clients des autres étages au travers, mais il n’est pas un lieu de vie ou un élément identitaire comme ceux des grands hôtels du XXe siècle conçus par John Portman. Intégré dans un espace résiduel de la bande centrale de services, il traverse verticalement le bâtiment pour apporter de l’éclairage naturel aux couloirs, déjà vitrés en leurs extrémités, et au lobby. Ce dernier bénéficie donc de cette lumière zénithale et d’une hauteur sous plafond généreuse grâce à la conservation du studio en sous-sol et au léger encaissement de l’entrée. Avec en outre la présence de murs en béton brut dans les espaces communs mais aussi dans les chambres, Localarchitecture a transmis aux architectes d’intérieur des hôteliers un cadre pour ­développer le style « industriel chic » qu’ils souhaitaient donner à l’établissement. Car Moxy est avant tout une chaîne d’hôtels design, qui fonctionne avec son langage visuel et ses normes propres. Concevoir de l’architecture dans un cadre si contraint, tant au niveau du site que du programme, peut être à la fois motivant mais aussi frustrant. Ici, les architectes ont joué avec le contexte en exploitant au maximum les limites imposées par le règlement, en détournant les normes strictes des hôteliers pour créer des espaces singularisés ou en travaillant avec des matériaux bruts qui garantissent une certaine pérennité à l’architecture. Le décor peut suivre, au gré des exploitants, des goûts et des tendances.

Localarchitecture Manuel Bieler, Antoine Robert-Grandpierre et Laurent Saurer ont fondé Localarchitecture à Lausanne en 2002. Leur travail se concentre sur le développement d’une architecture réactive qui contribue à redéfinir l’harmonie et l’histoire d’un contexte. Issue d’une analyse précise des « milieux », leur architecture explore la notion de « présence » d’un bâtiment qui est véhiculée par une relation intime de forme et de structure. Localarchitecture a été reconnu au niveau national et international dans des publications et des concours. Parmi les récompenses récentes, citons l’International Wood Architecture Award en 2019, la Distinction romande d’architecture en 2006 et 2018 et le Best Architects Award en 2015 et 2018. ­Localarchitecture est impliqué dans l’enseignement depuis plusieurs années, notamment en tant que maître de con­fé­ rences à l’EPF de Lausanne, tuteur du Prof. Harry Gugger (lapa), et par le biais de jurys de critique à l’EPF de Zurich, à l’Ecole d’architectes et d’ingénieurs de F ­ ribourg (HES-SO), à la Haute école d’art et de design de Genève (HEAD-HES-SO) ou à l’Académie d’architecture de Mendrisio. → www.localarchitecture.ch

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Plan du rez-de-chaussée : entièrement vitré sur l’extérieur, le lobby-restaurant est prolongé par les arcades qui l’enveloppent.

Plan d’étage type : la bande centrale de services organise la distribution des chambres en façade.


Elévation nord : entrée du bâtiment sur la place de l’arbre artificiel. p. 42 — A l’angle de la rue de la Vigie et de la voie du Chariot, la continuité du motif est bien lisible. Le jeu de forme rend la répétition dynamique. pp. 44/45 — A l’extrémité ouest du site, la façade du bâtiment reste sobre, en harmonie avec l’héritage du lieu. Il faut entrer dans le quartier pour comprendre le bâtiment et trouver l’entrée.

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p. 46 — Avec l’utilisation maximale du gabarit, la hauteur varie sur la longueur du bâtiment : l’extrémité ouest est haute de trois étages, la partie vers l’intérieur du quartier en fait quatre. p. 51 — Face à l’arbre de Flon-Ville et son sol rouge se trouve l’entrée de l’hôtel. Derrière les piliers effilés vers le sol, la façade est entièrement vitrée.

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PLUS BELLE LA VIE

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Texte : Christine Marie Halter-Oppelt

L’architecte danois Arne Jacobsen a conçu l’hôtel SAS Royal en 1960 comme une œuvre d’art totale, sans pour autant gagner ­l’estime de ses contemporains. Ce n’est que deux décennies plus tard qu’a grandi le besoin d’hôtels aménagés sous forme de concepts globaux. Aujourd’hui, les hôtels design et les boutiques-­hôtels, qu’ils soient de luxe ou plus modestes, ­proposent non seulement des intérieurs originaux et un ancrage local, mais cherchent aussi à suivre les tendances de la société. Architecture & Design


Le SAS Royal fut le premier « hôtel design », même si le terme n’existait pas en 1960, année de son inauguration. L’architecte danois Arne Jacobsen fut mandaté par la Scandinavian Airline System (SAS) pour concevoir le bâtiment de 22 étages, son aménagement intérieur et l’ensemble du mobilier, y compris les ­accessoires. Copenhague s’est ainsi vu offrir une icône de l’architecture et du design, sans toutefois soulever l’enthousiasme de la population. Au contraire, la tour élancée d’acier et de verre fut vivement critiquée. Erigée parmi les bâtiments historiques, dépassant les toits des maisons, elle fut perçue comme froide et hostile. Le travail d’Arne Jacobsen n’a été reconnu que lorsque le SAS Royal avait déjà perdu beaucoup de son allure originale suite à diverses rénovations. Les critiques initiales ont probablement contribué à faire de cet hôtel un spécimen unique. L’idée de Jacobsen de positionner un hôtel avec un concept global combinant architecture et design n’a été reprise que vingt ans plus tard. Jusque-là, du fait de la mobilité croissante et de l’émergence du tourisme de masse dans l’hôtellerie internationale, de grandes chaînes s’étaient établies aux côtés des grands hôtels

SAS Royal, Copenhague, 1960

Architecture et design : Arne Jacobsen

Arne Jacobsen avait 58 ans lorsqu’il termina les travaux du SAS Royal au centre de ­Copenhague. L’hôtel n’était pas seulement un grand geste architectural au cœur de la capitale danoise, il a aussi littéralement réuni toute son œuvre sous un même toit. Fauteuils, poignées de porte, horloges, lampes, Jacobsen a tout conçu. Situé à vingt minutes de l’aéroport, l’hôtel disposait même au premier étage d’un guichet SAS pour les enregistrements. Haut de 69,60 mètres, le bâtiment d’acier et de verre emblématique du mouvement moderne est resté le plus haut du Danemark jusqu’en 1969. 53

Blakes, Londres, 1978

Design : Anouska Hempel

Façade noire et buis verts à l’entrée, ­l’hôtel situé à South Kensington attire ­d’emblée l’attention. Cette extravagance se poursuit à l’intérieur. Contrastes clairs-obscurs, symétries, antiquités et meubles asiatiques jouent un rôle essentiel dans le langage artistique d’Anouska Hempel. Son goût pour la gastronomie asiatique et italienne se retrouve également au menu du restaurant. L’un des premiers boutiques-­hôtels, le Blakes reste encore aujourd’hui un classique. Komplex No 13/2020


Delano, Miami Beach, 1995

Design : Philippe Starck

Morgans, New York, 1984

Design : Andrée Putman

Lorsque Ian Schrager et Steve Rubell ont débuté dans l’hôtellerie au milieu des années 1980, ils avaient une idée bien précise ­derrière la tête : fondateurs du légendaire Studio 54, ils voulaient proposer un lieu intimiste et de caractère, à l’opposé des grandes chaînes. Pour aménager leur hôtel sur Madison Avenue, ils ont sollicité Andrée Putman. L’architecte d’intérieur parisienne a misé sur des meubles simples aux tons de beige, de gris et de bleu. Les salles d’eau sont ornées de carreaux noirs et blancs.

Après plusieurs succès à New York, ­Ian ­Schrager acheta l’hôtel Delano à Miami Beach, un bâtiment Art déco des années 1940. Cette fois-ci, c’est le designer vedette Philippe Starck qui fut mandaté. Il a habillé le lobby d’un mélange éclectique de meubles design. Pour séparer les pièces, des rideaux blancs ondoient au-dessus du plancher en teck foncé. Il a également conçu un bar, un restaurant et un Beach Club ­apprécié de la scène locale. Toutes les chambres ne se déclinent qu’en blanc, avec vue sur la mer bleue.

traditionnels et de luxe, notamment aux Etats-Unis. Elles misaient sur un grand nombre de lits, une conception pratique, standardisée, et donc prévisible pour le client. Rapidement, on trouva les mêmes chambres d’hôtel à New York, Los Angeles, Londres, Paris, Berlin et Zurich à des prix adaptés à la région. Mais la spécificité, le cachet et le désir de séjourner dans une ville étrangère se perdirent. Le mécontentement grandit dans les milieux créatifs. L’ancienne actrice puis décoratrice d’intérieur Anouska Hempel, alias Lady Weinberg, fut l’une des premières à concevoir un boutique-­hôtel à Londres en 1978 : le Blakes. Il se voulait intimiste, au style unique, avec des allures de maison privée ­devançant les désirs des hôtes. La recette de son succès : connaître les bonnes sphères sociales et faire de l’hôtel et son restaurant chic un lieu de rencontre du gratin londonien. Une recette qui créa un précédent. En Europe en particulier, de nombreux petits hôtels de luxe furent construits au début des années 1980, en ville et dans des lieux de vacances exclusifs. Les Américains Ian Schrager et Steve Rubell répliquèrent en 1984. 54

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Les fondateurs du légendaire Studio 54 à New York, véritables chouchous des médias au carnet d’adresses bien fourni, ouvrirent le Morgans sur Madison Avenue. Ils chargèrent l’architecte d’intérieur parisienne Andrée Putman de concevoir le lobby, qui ressemblait davantage à un salon qu’à une réception, et les 114 chambres dans un immeuble de la fin des années 1920. Dix ans plus tard – Steve Rubell était entre-temps décédé du sida – Philippe Starck se joignit à Schrager pour transformer le Delano de Miami Beach en un temple design entièrement blanc. Décision judicieuse : à ce jour, le Français est non seulement l’un des plus célèbres, mais aussi l’un des meilleurs designers au monde. L’ambiance qu’il a su créer et le personnel paré comme à un shooting de mode séduisent tant les clients que les locaux. L’Américain André Balazs fut également l’un des pionniers d’une nouvelle industrie hôtelière. En 1989, il ouvrit le Mercer dans le quartier de Soho à New York et en 1990, il acheta dans un état délabré l’hôtel Chateau Marmont de Los Angeles, qui a gardé à ce jour un charme et une ambiance surannés. S ­ chrager et Balazs ouvrirent ensuite des hôtels à Londres. La boucle était bouclée et le terrain

Sanderson, Londres, 2000

Design : Philippe Starck

En 2000, Ian Schrager traverse l’Atlantique jusqu’à Londres. Dans le West End, il trouve le terrain de jeu idéal pour un autre projet d’hôtel dans une bâtisse de 1958. ­Philippe Starck, de nouveau chargé de la décoration intérieure, dresse des sièges emblématiques aux couleurs vives, dont le cultissime canapé Boca rouge de Salvador Dalí, à côté de vases de deux mètres de haut dans un lobby autrement vide. Cette mise en scène évoquant une installation surréaliste a rendu l’hôtel célèbre dans le monde entier. 55

Amangiri, Utah, 2009

Architecture et design : Marwan Al-Sayed, Wendell Burnette, Rick Joy

Lorsque l’Amangiri a ouvert en 2009 au beau milieu du désert de l’Utah, Angelina Jolie et Brad Pitt figuraient parmi les premiers hôtes. Immédiatement, leur visite a rendu ce complexe minimaliste 5 étoiles célèbre dans le monde entier. Si bien que l’actrice Diane Kruger n’a obtenu une chambre dans « l’endroit le plus époustouflant jamais fréquenté » qu’après trois demandes. En 2017, c’était au tour de Kim Kardashian et Kanye West de profiter de l’une des 34 suites au sol en pierre, aux murs en béton apparent et à la terrasse privée avec cheminée et vue. Komplex No 13/2020


prêt pour repenser en plus grand les hôtels design et boutiques-­ hôtels même en Europe. Ces deux dernières décennies, des hôtels design et des boutiques-­hôtels indépendants gérés par des exploitants locaux se sont solidement implantés sur le marché européen et inter­ national. Une clientèle fidèle réserve sur des plates-formes en ligne telles que designhotels.com ou tablethotels.com. Récemment, des chaînes d’hôtels design aux prix moyens à faibles se sont établies, notamment en Europe. 25hours est l’une d’elles. Elle a été fondée en 2005 et compte aujourd’hui 13 hôtels, dont deux à Zurich. La chaîne néerlandaise CitizenM a ouvert son ­premier hôtel à l’aéroport d’Amsterdam en 2008. Il en existe aujourd’hui 20 en Europe, aux Etats-Unis et en Asie. Zurich a accueilli le sien en 2019. Genève suivra mi-2020. Aujourd’hui, les grands groupes suivent le mouvement pour répondre à la demande croissante de design et de solutions originales. Ils veulent assurer leur part de marché en se déve­ loppant à leur manière. Marriott propose un éventail de marques diverses : W Hotel et Edition dans le haut de gamme, Aloft et

The Standard, High Line, New York, 2009

25hours, Zurich, 2012

Architecture : Ennead Architects Design : Roman and Williams

Architecture : ADP Architekten Design : Alfredo Häberli

Le Standard, situé dans le Meatpacking ­District de New York, est le premier hôtel qu’André Balazs a construit à partir de rien. Cet hôtelier est devenu célèbre grâce à la restauration du légendaire Chateau M ­ armont à Los Angeles en 1990. Il a eu autant de flair sur la côte Est : l’hôtel, qui compte 337 chambres dans un style de milieu du siècle, est situé à proximité de l’Hudson River, sur des colonnes de béton de 17 mètres de haut surplombant la High Line, un nouveau pôle d’attraction de New York.

Lors du positionnement du quartier de Hard Turm Park à Zurich-West, les développeurs immobiliers, dont Halter SA, ont estimé qu’il était important de créer des lieux publics et des lieux de rencontre. C’est ainsi que le 25hours a pris une importance particulière. Ses intérieurs bigarrés ont été conçus par le designer zurichois Alfredo Häberli. Le lobby ouvert sur un escalier en colimaçon mène à un restaurant en passant par un espace bar. 126 chambres sont réparties sur les six étages et un spa est situé sur le toit.

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Soho House, Barcelone, 2016

CitizenM, Zurich, 2019

Architecture : Héctor Restrepo Calvo Design : Lázaro Rosa-Violán

Architecture : Roland Rohn / Camenzind Bosshard Design : Concrete Amsterdam

Le Soho House est situé sur le Passeig de Colom, devant la vieille ville et face au port de Barcelone. La bâtisse de 1845 a servi de bureaux pour les compagnies maritimes après la Seconde Guerre mondiale. Les architectes ont utilisé des éléments et matériaux historiques lors de sa réaffectation. L’in­ térieur présente un mélange de design moderne et de motifs traditionnels catalans. L’hôtel avec piscine sur le toit est géré comme un club privé, tandis que le restaurant C ­ ecconi’s est ouvert au public.

Rattan Chadha, investisseur indo-néerlandais, est à l’origine de CitizenM. Fondateur de la marque de mode Mexx, qu’il a vendue entretemps, il a investi dans l’immobilier et fait de cette chaîne d’hôtels design une marque internationale. Le premier hôtel suisse occupe un ancien immeuble de bureaux dessiné par Roland Rohn en 1952. La construction à ossature – rénovée et transformée par Halter Prestations globales – s’avérait idéale pour les chambres signatures standardisées. L’enregistrement se fait sur des terminaux numériques. Le bar dispose de grandes fenêtres sur rue.

Moxy pour les clients à petit budget. Avec Motto et Tempo, H ­ ilton dispose de deux nouvelles marques design. Le groupe Accor a acheté des parts de la société allemande 25hours Hotel Company et de la chaîne française Mama Shelter. Le groupe détient également des actions de l’hôtel Delano depuis 2018. Outre l’accent mis sur l’aménagement, une autre tendance se dessine dans l’hôtellerie de vacances : les « éco-hôtels », qui prônent la durabilité et invitent à lever le pied. L’Amangiri dans l’Utah est l’un de ces temples du bien-être, mais il se situe dans une gamme de prix très élevée. D’autres suivront, plus abordables. Même si les concepteurs, les planificateurs et les investisseurs des hôtels design et des boutiques-hôtels ont emprunté des voies très différentes ces cinquante dernières années, ils ont un point commun : une vision créative, le désir d’ancrer leur hôtel dans son environnement local et une attention toute particulière portée aux tendances actuelles de la société.

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LÉGÈRE COMME L’AIR

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Texte : Christine Marie Halter-Oppelt Photo : Zieta Prozessdesign

« Ultraleggera est ma réponse à la chaise iconique de Gio Ponti créée dans les années 1960 dont la légèreté ne cesse de me ­fasciner », explique Oskar Zieta qui n’hésite pas à faire le lien direct entre son travail de design et celui du grand architecte italien. Il est vrai que cet architecte polonais, qui a passé par les bancs de l’EPF de Zurich, a fait des prouesses. Grâce à la technologie brevetée FIDU (formage intérieur libre à haute pression) qu’il a lui-même développée, l’Ultraleggera ne pèse que 1600 grammes, soit cent de moins que son modèle milanais. Ce procédé consiste à presser de l’air dans une pièce métallique creuse afin de lui donner une forme. FIDU est plus économe en énergie et en matières premières que d’autres méthodes, elle permet de réduire les déchets ainsi que les frais de transport et rend inutiles les moules onéreux ou les outils de coupe. Par ailleurs, cette chaise dont l’assise et le dossier sont perforés par découpe laser se compose d’une seule matière : l’aluminium. Entièrement recyclable, elle s’inscrit donc pleinement dans le principe d’économie circulaire. Oskar Zieta utilise cette technique innovante pour créer des meubles, mais aussi de grandes installations et des éléments architecturaux. → www.zieta.pl Architecture & Design



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IngĂŠnierie & Production


SUIVRE LE CHANTIER DU REGARD Texte : Bettina Kunzer Visualisation : Holo One

Les nouvelles technologies peuvent être un atout concurrentiel décisif pour les entreprises modernes. C’est pour elles que la jeune société de logiciels Holo One a créé Sphere, une plate­­forme de réalité augmentée destinée à simplifier les processus et à accroître la productivité. Le Stücki Park de Bâle a permis d’en tester l’utilisation dans le secteur de la construction et de l’immobilier. 61

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Depuis 2016, date à laquelle l’entreprise de logiciels Niantic a lancé le jeu « Pokémon Go », tout le monde ne parle que de réalité aug­ mentée (RA). Devenu un phénomène de masse avec plus d’un milliard de téléchargements, ce jeu consiste à capturer avec son smartphone un maximum de créatures virtuelles placées là où se trouve le joueur sur la base des données GPS et de sa géolocalisation en temps réel. Mais aujourd’hui, la réalité augmentée par ordinateur ne se cantonne plus au divertissement. Ainsi, dans l’industrie, les lunettes RA permettent de comparer des données de planification numériques avec l’environnement réel, ce qui permet d’identifier et de cor­ riger plus rapidement les erreurs. Les informations complémentaires, photos, vidéos ou objets virtuels associés au plan servent à comparer les données et, dans les lunettes, ils se superposent aux images réelles. Contrairement à la réalité virtuelle, l’utilisateur n’est pas plongé dans un environnement entièrement artificiel, puisque l’environnement réel et les éléments numériques se fondent. On parle donc aussi de réalité mixte (RM), qui permet une nouvelle forme d’interaction simplifiant les pro­ cessus et contribuant à accroître l’efficacité. Le secteur de la construction a également reconnu ce potentiel. A Bâle, le projet de grande envergure Stücki Park a permis de réaliser une démonstration de faisabilité de l’application RA Sphere pour la construction et l’immobilier. La réalité augmentée au service du Stücki Park Au nord de Bâle, un nouveau pôle économique est en cours de développement avec la construction du Stücki Park. En plus du parc technologique et du centre commercial ­existants, quatre nouveaux bâtiments sortent de terre : deux abriteront des laboratoires et des espaces de recherche et deux autres, des surfaces de bureaux, pour un total de 1700 places de travail. La société immobilière Swiss Prime Site, le maître d’ouvrage, ­s’engage pour la transformation numérique du secteur immobilier et soutient les start-up afin de promouvoir des concepts innovants, des modèles d’activité évolutifs et des solutions technologiques. Elle a compris l’intérêt de l’application Sphere d’Holo One, une jeune société spécialisée dans les solutions commerciales RA. Avec ses infrastructures variées, le Stücki Park était comme 62

prédestiné pour tester en avant-première ce logiciel. Conçu comme projet BIM, il offrait la base de données nécessaire à l’utilisation de la RA. Halter, le prestataire global, a été rapidement convaincue. « Nous avons perçu le potentiel d’accroissement significatif de l’efficacité dans différents domaines, aussi bien pour le Stücki Park que pour d’autres projets immobiliers, explique R ­ ainer Schmitt, responsable Planification et construction numériques chez Halter. Nous devions donc nous assurer que cette techno­ logie était adaptée à la construction, mais aussi voir quel serait son accueil. Car que nous apporteraient ces nouveaux instruments si personne n’était prêt à les utiliser ? » Visualisation de l’environnement réel et numérique Sphere est composée de différents modules qui couvrent diverses utilisations spécifiques. Dans le cadre du projet de construction Stücki Park, les représentants du maître d’ouvrage, du prestataire global et du développeur d’applications ont jugé la visualisation tout à fait prometteuse. Elle permet, avec des lunettes RA, de projeter en n’importe quel endroit sous la forme d’un hologramme la maquette BIM, de mettre l’accent sur certains niveaux ou de voir différentes perspectives et d’obtenir ainsi une représentation inédite du projet. De plus, utilisée sur le chantier, elle permet d’intégrer les plans numériques à l’environnement réel. Pour le contrôle du chantier, les lunettes RA permettent de voir clairement où la réalité diffère des plans et où il est nécessaire d’agir. Les erreurs sont identifiées rapidement et la direction des travaux peut anticiper. La RA permet notamment de vérifier l’emplacement des ouvertures destinées aux installations techniques ou celui des portes, des fenêtres et des piliers. Il est en effet beaucoup plus simple d’apporter les corrections dans cette phase du projet que plus tard. Les locataires ou copropriétaires profitent aussi de ces fonctions, car en com­ parant l’aménagement standard existant et les aménagements qu’ils prévoient, il est ­possible de mettre en évidence les erreurs de planification. Dans cette phase de projet, il est plus facile de rapprocher la réception de l’entrée et de déplacer les branchements requis ou de prévoir quatre postes de travail supplémentaires, par exemple. Ingénierie & Production


Interaction avec les architectes, planificateurs et installateurs Basée sur le cloud, la plate-forme Sphere permet d’intégrer l’application RA et ­d’organiser les échanges de données avec la maquette BIM. La maquette et toutes les ­installations techniques sont réunies dans un modèle de coordination et sont à la dis­ position de tous les participants au projet sur le portail central. On y accède depuis un PC, un smartphone ou une tablette. Les lunettes Microsoft HoloLens, qui intègrent un ordinateur autonome avec connexion wifi, regroupent en permanence toutes les informations requises. Elles permettent aussi ­d’enregistrer photos, vidéos et objets 3D et, ainsi, de générer facilement des informations supplémentaires sur le projet et de consigner les anomalies. Mais la technologie RA d’Holo One, grâce à différents outils interactifs, va encore plus loin. Simple et pratique, le BIM Collaboration Format (BCF) est un système de ticketing standard permettant de signaler un problème, d’en effectuer le suivi et de le résoudre. Michal Rontsinsky, responsable de projet Planification et construction numériques chez Halter, explique : « Avec mes lunettes, je fais une capture d’écran de la situation réelle, par exemple la position d’un mur qui ne correspond pas au plan. Sur le PC, j’attribue la photo aux personnes compétentes et peux ajouter un commentaire. Dans un programme CAO compatible avec BIM, je positionne ­l’anomalie pour que l’architecte soit dirigé à l’endroit concerné lorsqu’il ouvre le ticket. Il peut ainsi modifier rapidement la représentation virtuelle du bâtiment en cours de construction. » Selon Michal ­Rontsinsky, l’actualisation précise du modèle as-built sans communiquer par e-mail, source potentielle d’erreurs, est un grand avantage pour l’entreprise chargée de l’exécution de la construction. Il montre ensuite une autre forme d’inter­ action possible avec les lunettes RA : ­l’appel vidéo. Il rapproche son pouce et son index pour se connecter avec l’interlocuteur de son choix. Très intuitif, ce système ­permet également de résoudre les problèmes avec efficacité. Concepteurs et installateurs voient sur leur écran les mêmes images que le porteur des lunettes RA et peuvent répondre directement aux questions. Ils peuvent notamment contrôler ensemble les branchements du local technique et discuter 63

d’anomalies au niveau des conduits de ventilation ou du mauvais montage des sprinklers. Les lunettes RA sont donc un outil éprouvé pour le directeur des travaux afin d’identifier et de mettre en évidence les erreurs d’exécution. Faire avancer ensemble les développements Au départ, la technologie RA a apporté de nouveaux défis, raconte Michal Rontsinsky. Par exemple, le système d’axes des lunettes RA ne correspondait pas à celui utilisé dans la maquette BIM. Il fallait donc « traduire » les coordonnées. Un autre grand problème était de faire concorder les données numériques du projet dans l’environnement réel. « Nous avions besoin d’un système d’échelle précis et avons développé ensemble une solution adaptée. » Ce système fonctionne avec des ancrages utilisés comme référence dans la maquette BIM. Ces ancrages sont reliés à des éléments réels, qui ne seront modifiés ni durant la phase de construction ni pendant l’exploitation, ce qui permet de garantir que les plans numériques s’affichent au bon endroit. Grâce à une échelle précise, Halter prévoit d’utiliser également la plate-forme RA en phase d’exploitation, par exemple pour le facility management, la transformation, la modernisation ou la rénovation du bâtiment. « Comme dans l’industrie, la RA offre un grand potentiel dans la construction et l’immobilier pour la maintenance et l’entretien des installations techniques », assure Rainer Schmitt. Le développement d’une solution AR adaptée à la branche s’est avéré gagnant-gagnant pour les participants au projet. Et le responsable Planification et construction numériques de conclure : « Avec Swiss Prime Site, nous avons mis les développeurs de logiciels en contact direct avec le chantier et les principaux acteurs. En contrepartie, nous avons pu progresser significativement sur un plan technologique dans le domaine de l’exécution des travaux. » → www.holo-one.com

p. 60 — Les lunettes RA intègrent les plans numériques dans l’environnement réel. Cela permet de détecter les erreurs d’exécution à un stade précoce.

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DE L’ANALOGIQUE AU NUMÉRIQUE

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Texte : Reto Westermann Photos : Ralph Bensberg

Halter transforme actuellement l’ancienne imprimerie de la « Neue Zürcher Zeitung » à Schlieren en un lieu voué aux entreprises de services numériques et connectés. Le complexe ­immobilier, dorénavant appelé JED, accueille déjà comme locataire clé Zühlke Engineering AG. Halter SA et ses sociétés sœurs Tend et Raumgleiter la rejoindront en fin d’année, en même temps que sera lancée l’activité événementielle au sein de ­l’ancienne salle des machines. Ingénierie & Production




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Mon beau sapin

En 1893, la bourgeoisie de Saint-Gall a commencé à exploiter une scierie municipale dans le quartier de Linsenbühl. Alors isolé, le site est aujourd’hui entouré de quartiers résidentiels, et le propriétaire a décidé de lui donner une nouvelle orientation. Un concours d’études devait évaluer les possibilités d’utilisation résidentielle du site. L’objectif était non seulement de répondre au besoin urgent de logements, mais de créer aussi une offre spécifique pour les étudiants. Un autre critère du concours était une structure porteuse en bois – en hommage à la scierie historique de la ville. Le consortium soumissionnaire, composé de Previs Vorsorge, Galli Rudolf Architekten, Westpol Landschafts­ architekten, Häring Holzbau et Halter en tant que partenaire de développement, a remporté le concours très médiatisé avec le projet Stadtsägi (image). Les éléments urbains du nouveau quartier doivent faire la part belle aux restaurants et aux boutiques, une place centrale et une ruelle formant un espace supplémentaire de rencontre et d’interaction. En plus des offres pour les étudiants et les logements familiaux, de nouvelles formes d’habitation innovantes sont réalisées, tel le concept d’aménagement modulaire contrôlé par ordinateur MOVEment. → www.stadtsaegi.ch

D’amis à amis

Avec FRED, Tend AG, société sœur de Halter, a lancé une nouvelle série d’événements. Chaque premier mardi du mois, la communauté de l’immobilier se réunit à partir de 17 heures dans le bar-salon de l’hôtel 25hours situé Langstrasse à Zurich – depuis près d’un an maintenant. Chaque fois, de plus en plus d’invités s’y retrouvent, et le besoin de discuter ne semble pas se tarir. Même à l’ère de la numérisation, rien ne vaut un échange personnel. La coopération avec des sponsors tels que Flatfox, Archilyse et Raumgleiter souligne le succès de cet événement afterwork professionnel. La seule chose qui peut empêcher la tenue de FRED sont les crises comme celles du coronavirus. → www.tend.ch

Objectifs honorables

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Début 2020, la Fondation culture du bâti Suisse a été créée à la suite de la Déclaration de Davos « Vers une culture du bâti de qualité pour l’Europe », adoptée par l’ensemble des ministres européens de la culture en 2018. La fondation est financée par la Confédération, l’industrie, les associations, les autorités et les universités. Ce large soutien, qui se reflète dans le conseil de fondation et, à l’avenir, dans le conseil consultatif et le patronage, lui permet de lancer des idées importantes sur la culture du bâti en tant que groupe de réflexion indépendant. L’accent est actuellement mis sur la question de savoir quels instruments et processus sont adaptés pour préserver et développer une culture du bâti de qualité, sans vouloir définir ou évaluer cette dernière. Des événements ciblés et le réseau existant visent à ouvrir un large débat et à lancer et soutenir des projets et des modèles exemplaires. Halter SA est un partenaire fondateur et est représentée dans le conseil de fondation par son président du Conseil d’administration Balz Halter.


Aménagement intérieur 4.0

Alors que de nombreux domaines du secteur immobilier sont déjà très largement numérisés, l’aménagement intérieur a, jusqu’ici, été peu touché. Les maîtres d’ouvrage sont confrontés à un grand nombre de fournisseurs, des spécialistes du mobilier et de l’assemblage aux entreprises de menuiserie classiques en passant par les grandes agences de décoration d’intérieur. Les contrats individuels conclus avec ce secteur d’activité, extrêmement fragmenté et structurellement faible, représentent un processus à haut risque, laborieux et long pour les donneurs d’ordre. Afin de répondre à tous les besoins du client en matière de conseil, de conception et d’exécution dans le domaine de l’aménagement intérieur, Halter a acquis une participation dans W21 Innenausbau AG, une société fondée en 2016. L’un de leurs projets est l’installation de surf en salle OANA dans le Mall of Switzerland à Ebikon, près de Lucerne (photo de gauche). Avec ce prestataire global d’aménagement intérieur, Halter intègre désormais une entreprise prometteuse de la chaîne de valeur de la construction dans son groupe tout en exploitant les potentiels de synergie avec ses modèles commerciaux traditionnels. → www.w-21.ch

Chambre avec vue

Le permis de construire tant attendu pour le quartier RhyTech est désormais entré en force. Le changement d’affectation du site historique d’Alusuisse à Neuhausen am Rheinfall peut commencer. Au cœur du projet, la halle historique 22 sera conservée et abritera à l’avenir des commerces de détail et des restaurants. Sous le nom de RhyfallTower, deux élégants immeubles conçus par l’architecte zurichois Peter Märkli offriront des logements en propriété et différents types de biens locatifs, du loft au micro-appartement doté de la technologie MOVEment. Le RhyGarten, avec 68 autres appartements en copropriété et un rapport qualité / prix attractif, s’adresse en particulier aux jeunes familles. Ce qui est compris pour tous : la vue unique sur les chutes du Rhin et les Alpes glaronaises. → www.rhytech-quartier.ch

Prêt pour Hollywood

AmRietpark continue de se développer. Sur la partie est de la zone de 125 000 mètres carrés à Schlieren près de Zurich, un nouveau complexe immobilier construit par Halter a été remis à l’investisseur Assurances Helvetia en mars 2020. Le quartier situé sur l’ancien site industriel de la société Geistlich se voit ainsi doter de 202 logements supplémentaires, de bureaux et d’espaces commerciaux. Une piscine sur le toit est même à la disposition de tous les locataires (photo au centre). Les travaux de ce bâtiment qui offre une cascade de rues, chemins et places intérieures éclairés naturellement, ont été lancés en 2014. Le centre est formé par une halle conçue pour accueillir des événements communautaires. Deux cours intérieures de qualité et de con­cep­ tion différentes offrent un espace extérieur protégé. Patrick Gmür, partenaire du bureau d’architecture Steib Gmür Geschwentner Kyburz, chargé de l’exécution, constate sans fausse modestie : « Des logements lumineux et spacieux, la jungle dans une cour, un décor paysager dans une autre, ainsi qu’une piscine sur le toit – Schlieren n’est pas Hollywood, mais presque mieux grâce à notre architecture ! » → www.amrietpark.ch Journal


Contrôler c’est mieux

Halter SA a pris une initiative en collaboration avec d’autres entreprises contractantes et Développement Suisse afin de mieux contrôler les conditions de travail et le respect des salaires minimums dans la construction. Ensemble, ils ont développé un système de contrôle et fondé la société WORKcontrol Suisse SA. Elle offre aux entreprises contractantes et aux sous-traitants une solution électronique globale pour la mise en œuvre des prescriptions de la loi sur le détachement de travailleurs et la responsabilité solidaire. Les collaborateurs des entreprises enregistrées sont validés et reçoivent un badge personnel. Ainsi, il est possible de vérifier facilement sur le chantier avec une application ou au portail si tous les documents requis ont été déposés et s’ils respectent les exigences légales. Cette solution commune à toutes les entreprises contractantes est une opti­ misation inédite de l’accès au chantier et simplifie les vérifications des organes de contrôle. → www.workcontrol.ch

La vie est bonne à Zumikon

La commune de Zumikon est un lieu de résidence apprécié. A quelques minutes en train ou en voiture du centre-ville de Zurich, sa situation dominante sur la rive ensoleillée du lac de Zurich offre calme et proximité de la nature. De tels avantages ont souvent des côtés négatifs. Pour les jeunes familles, les loyers y sont le plus souvent inabordables. Ainsi, l’âge moyen est de cinq ans plus élevé que dans la ville de Zurich. Menacée de vieillissement, Zumikon cherche depuis quelque temps comment inverser cette tendance. La commune a décidé d’agir en organisant le concours ­d’investisseurs de Chirchbüel, remporté par la coopérative de construction de logements « Wir sind Stadtgarten » avec son concept de 52 appartements à loyer modéré. L’offre est complétée par des pièces joker utilisables individuellement – par exemple pour des invités –, une salle commune et un espace de cotravail. Si l’assemblée communale approuve les bases de planification, la construction pourra débuter à la fin de 2021. → www.wir-sind-stadtgarten.ch

En avant toute

En novembre 2019 a commencé la rénovation complète du plateau de la gare de Bulle (image de droite) – un projet commandé par les Transports publics fribourgeois et réalisé par Halter SA en collaboration avec les bureaux d’architecture IttenBrechbühl et Strata. A la place des rampes de chargement des véhicules militaires et des hangars ferroviaires, un nouvel espace urbain verra le jour d’ici 2022 et qui reliera des zones centrales – gare, centre-ville, zones commerciales et résidentielles. Les bâtiments de la gare et son nouveau parvis seront non seulement un point central de la mobilité, mais serviront également de lieu de rencontre. Le complexe de bâtiments à plusieurs étages situé à côté du véritable hall de la gare comprendra un centre commercial, un hôtel, des bureaux, des logements et un parking souterrain public. Il sera relié aux voies ferrées par un passage souterrain accessible par le rez-de-chaussée doté de surfaces commerciales. → www.programme-bulle.ch

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Moteur, ça tourne

Depuis plus de cinquante ans, les Journées cinématographiques de Soleure ont lieu chaque année en janvier. Le festival, qui est dédié au cinéma suisse, se veut le moteur de la scène et un lieu de rencontre entre le public et les cinéastes. Avec plus de 65 000 entrées, c’est l’un des événements culturels les plus réputés de Suisse. En 2020, les Journées cinémato­ graphiques de Soleure ont été organisées pour la première fois sur le site d’Attisholz. Cet ancien site industriel a accueilli non seulement une soirée rencontre avec les réalisateurs du film documentaire « Hot Spot » et une fête des écoles cinématographiques suisses, mais aussi la remise des prix des jeunes talents et les nominations pour le meilleur clip vidéo suisse. → www.journeesdesoleure.ch

Opération d’échange

A mi-chemin entre Berne et Thoune, au pied du Belpberg, se trouve le paisible village de Toffen. Comme la plupart des communes suisses, il cherche des solutions pour ses quartiers de villas sous-occupés et vieillissants. La conclusion d’une réflexion menée avec les citoyens est que les logements locatifs et résidentiels conventionnels sont généralement si chers qu’il est préférable pour de nombreuses personnes de rester dans leur logement non endetté. En raison du manque d’alternatives abordables, « Wir sind Stadtgarten » veut créer une copropriété organisée en coopérative et abordable. Afin d’éviter la spéculation, aucun profit ne doit être réalisé lors de la revente. Les habitations abordables sont ainsi préservées pour les générations futures. Les habitants de Toffen sont convaincus. Une approbation de l’assemblée communale est attendue pour 2021. → www.wir-sind-stadtgarten.ch

Ça bouge à la SIA

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Photos et visualisations : Raumgleiter, Rita Pauchard-Höltschi, Itten + Brechbühl SA, Hanspeter Bärtschi

Place à la nouveauté

La Kiesofenhalle est le plus grand bâtiment de l’ancienne usine de cellulose Attisholz à Riedholz près de Soleure (photo). Le bâtiment aux poutres en treillis en béton armé de 33 mètres de long a été construit entre 1951 et 1953. Dans le cadre du développement continu du site d’Attisholz, il a été classé par le service cantonal de protection des monuments. La rénovation et la reconversion vont maintenant transformer l’ancienne halle industrielle en un lieu unique pour organiser des événements. Sa structure historique peut ainsi être préservée pour les générations futures et en même temps offrir un nouvel usage. Après les travaux, des événements réunissant jusqu’à 2000 personnes pourront y être organisés. → www.attisholz-areal.ch

La Société suisse des ingénieurs et des architectes (SIA) fêtera son 175e anniversaire l’année prochaine. Mais il ne s’agit pas seulement de regarder en arrière, il faut aussi de se préparer à l’avenir. La SIA le fait entre autres en créant le conseil d’experts Transformation numérique. En tant qu’instrument ­stratégique de l’association, il doit coordonner les activités dans le domaine de la numérisation. Le comité est présidé par l’architecte zurichoise Brigitta Schock, Manijè Chantal Alexander-David étant son adjointe. Outre les membres Heinz Ehrbar, Martin A. Fischer, ­Ludger Hovestadt et Aline Isoz, le CEO de Halter, Markus Mettler, fait désormais aussi Journal partie du conseil consultatif. → www.sia.ch




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C’est en avril 2020 à Schlieren, près de Zurich, que les premiers collaborateurs de l’entreprise Zühlke, spécialiste en innovation commerciale, ont investi le bâtiment de l’ancienne imprimerie de la « Neue Zürcher Zeitung » (NZZ). En septembre 2004, les salariés et invités de la maison de presse célébraient au même endroit le tout premier tirage du journal sur la nouvelle rotative. Personne ne s’imaginait à l’époque que l’activité s’arrêterait pourtant onze années plus tard. Dans une édition spéciale, le journal présentait alors l’avènement de celle qu’il nommait l’« usine-cathédrale », une bâtisse de 70 mètres de long pour 20 mètres de haut, construite spécialement pour y loger la gigantesque machine de 1300 tonnes qui complétait les équipements de l’imprimerie en activité sur ce site depuis 1991. Ainsi chaque nuit, jusqu’à 44 tonnes de papier et 580 kilos d’encre étaient mobilisés pour un tirage de près de 150 000 exemplaires de la NZZ. L’évolution de la presse à l’heure d’internet a mené à une baisse des tirages de la NZZ et une perte de rentabilité de l’imprimerie, jusqu’à sa cessation d’activité en juillet 2015. Depuis lors, c’est la société concurrente Tamedia qui imprime le journal. La presse rotative a été vendue à l’étranger et la société immobilière Swiss Prime Site (SPS) a fait l’acquisition du site la même année. Pendant dix-huit mois, il a été exploité en événementiel, pendant que SPS en préparait la réaffectation avec le cabinet d’architecture zurichois Evolution Design, en excluant d’emblée sa démolition. Selon Gianfranco Basso, responsable chez SPS, un nouveau projet de construction aurait nécessité un plan d’affectation spécial, avec les aléas politiques que cela comporte. Zühlke et Halter comme locataires clés SPS et les architectes se sont inspirés des volumes et de la luminosité du bâtiment, hérités de son passé industriel, pour développer le concept appelé JED, acronyme de « Join. Explore. Dare. ». Relier, explorer et oser : tels sont les maîtres-mots des formes modernes d’activité qui s’y dérouleront, des espaces dédiés aux start-up, au cotravail ainsi qu’à des sociétés novatrices établies. Ainsi l’ancienne imprimerie deviendra à l’horizon 2021 un centre voué aux entreprises de services numériques et connectés. Le complexe se compose des salles d’entrepôt et de presse et de l’avant-corps qui avait accueilli les bureaux dès 1991, ainsi que de l’atelier de la rotative datant de 2004. Une construction ­nouvelle à l’ouest est prévue pour compléter le site. Le plus vieux des deux ateliers d’imprimerie, avec ses quelque 24 000 mètres carrés, représente l’essentiel de la surface 83

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existante. Il abritera un espace d’accueil, un café ainsi qu’un hall événementiel de 500 places. Cette section est pensée comme un lieu de rencontre entre les personnes travaillant dans le complexe et celles venues de l’extérieur. Fin 2020, les 500 salariés du locataire principal Zühlke seront rejoints par ceux de Halter SA, de ses sociétés sœurs Tend AG et Raumgleiter AG et d’autres entités du groupe Halter. Les locaux prévus pour les 200 collaborateurs de Halter se situent à l’étage supérieur de l’imprimerie ainsi qu’à un étage nouvellement construit dans le bâtiment reliant les ateliers de presse à l’avant-corps. Fin 2020 également, Buzz Entertainment lancera l’exploitation du hall événementiel et du café. Le bâtiment de tête hébergera aussi à terme un restaurant et une salle de banquet. Halter était déjà mandatée comme entreprise totale pour la transformation du complexe JED avant la finalisation du contrat de bail avec Zühlke. Les travaux se limitaient à l’origine à la rénovation de l’enveloppe du bâtiment, la surélévation du bloc de jonction, l’aménagement du garage souterrain existant, la construction des nouveaux accès aux surfaces locatives ainsi qu’à certains travaux techniques. L’accord conclu avec Zühlke a donné lieu à une forte augmentation du volume de commande et à une réduction drastique du délai d’achèvement des premiers espaces, en raison de l’emménagement prévu au printemps 2020. Soit vingtdeux mois seulement, du début des travaux de démontage à l’emménagement de Zühlke. Durant cette période, il a fallu réaliser quatre étages dans l’ancienne salle des machines pour accueillir les postes de bureau et d’atelier, après avoir notamment démoli les centaines de tonnes de béton ayant servi de support de stabilisation à la rotative. Un restaurant du personnel, des salles de réunion et l’accueil de l’entreprise ont été créés dans les entrepôts attenants. Les travaux relatifs aux locaux de Zühlke ont ainsi été achevés dans les délais prévus, en avril 2020. Les efforts de construction se poursuivent sur les espaces destinés à Halter, à l’accès principal ainsi qu’au hall événementiel. Passage du XXe au XXIe siècle

La conversion de l’imprimerie au complexe JED semble relativement simple de prime abord : les bâtiments sont assez récents, les vastes ateliers offrent de généreux espaces, un garage souterrain existe déjà et la modification de l’aspect extérieur du bâtiment est modérée. La mission est pourtant de taille : « Nous transformons un bâtiment industriel du début des années 1980 en un immeuble de bureaux du XXIe siècle », déclare Christian Ulrich, chef de projet global pour JED chez Halter. Pour adapter les espaces à leur nouvelle affectation, il importe par exemple 84

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d’ajouter des fenêtres et des puits de lumière, percer de larges ouvertures dans les dalles de béton, isoler les murs, construire de nouveaux étages, installer les systèmes de ventilation, chauffage et climatisation et agrandir le garage. Chacun de ces domaines est confronté aux mêmes difficultés : les normes de construction physiques, statiques et anti-incendie de 1991 et 2004 sont sans commune mesure avec les exigences actuelles pour des immeubles de bureaux de haute qualité et un hall événementiel. La transformation de la salle des machines en bureaux et ateliers pour Zühlke requiert un effort colossal. Les fondations de l’atelier étant insuffisantes pour soutenir une structure de quatre étages de béton, bien que cela eût été la solution la plus simple pour la protection anti-incendie, on a dû opter pour une structure en acier. Celle-ci a à son tour nécessité l’installation de gicleurs d’incendie ainsi qu’un enduit parefeu. De même, on a intégré de nouvelles ouvertures, des installations de chauffage, de ventilation et de climatisation et renforcé l’isolation de la façade. Autres contraintes : pour la transformation de l’ensemble du complexe, seuls les deux montecharges existants de l’imprimerie sont à disposition pour le transport vertical des matériaux de construction. Aucune grue n’est intervenue sur le chantier, d’une part puisqu’il aurait fallu ouvrir les toits, d’autre part car la ligne à quatre voies des CFF passe à proximité immédiate du site, rendant impossible tout recours à une grue sans la mise en place d’un très coûteux mur de protection. Souplesse et réactivité extrêmes

Outre les contraintes liées à la construction, la planification a posé un véritable défi. En raison du court délai de réalisation, seule une étude préalable partielle du projet a pu être faite. Nombre de détails ont ainsi dû et continuent à être résolus in situ. « La concertation avec les architectes et artisans intervient souvent avant la transcription sur plan », explique ­Christian Ulrich, le chef de projet global. Afin d’être présents en permanence sur le site, lui et ses trois collaborateurs se sont installés dans les anciens locaux de direction de l’imprimerie. Les architectes travaillent à l’étage inférieur. « Cela permet une grande réactivité », poursuit Christian Ulrich. En trente ans d’une carrière ponctuée de projets d’ampleur, il considère JED comme son plus grand défi à ce jour : « Il faut chaque jour faire preuve d’une souplesse et d’une réactivité extrêmes pour avancer selon les plans et assurer un résultat conforme à nos objectifs. » Selon le même principe d’organisation, les espaces destinés à Halter font actuellement l’objet de travaux de gros œuvre. 85

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On en devine pourtant déjà l’aspect final. L’accès central et l’accueil prendront place dans l’atrium, sous 12 mètres de ­hauteur. Côté nord, des espaces semi-ouverts seront dédiés au cotravail pour les activités en lien avec la construction et l’immobilier, notamment des sociétés collaborant avec Halter, Tend ou Raumgleiter. Depuis l’accueil, des escaliers et ascenseurs permettront l’accès aux surfaces de bureaux, 13 mètres plus haut, juste sous le plafond de l’ancienne salle d’imprimerie, qui totalisent 4800 mètres carrés répartis sur trois axes. Cet agencement ainsi qu’une hauteur sous plafond allant jusqu’à 6,5 mètres confèrent au lieu des airs de cathédrale, soulignés par les puits de lumière, la saillie vitrée et les structures de support en acier d’aspect industriel. Sauf retard de calendrier, les collaborateurs de Halter pourront fêter l’inaugu­ ration de leurs nouveaux locaux à l’endroit où, quelque dix-sept ans auparavant, on avait célébré celle de la nouvelle rotative de l’imprimerie. Mais d’ici là, l’équipe chargée du projet devra encore prendre bien des décisions.

p. 65 — La nouvelle saillie vitrée, source de lumière des futurs bureaux de Halter.

pp. 72/77 — L ​ ’aménagement intérieur est en cours, mais les dimensions de la halle événementielle sont déjà visibles.​

p. 66 — Les éléments typiques des années 1980, tels que les fenêtres rondes ou les treillis tridimensionnels, sont conservés.

p. 78 — Une structure en acier caractérise les locaux destinés à Zühlke.

p. 67 — Un nouvel atrium rend les surfaces locatives de Halter lumineuses et permet les échanges visuels entre les étages.

p. 79 — Le treillis tridimensionnel offre de l’espace aux installations techniques, comme celles destinées à l ­ a ventilation du restaurant d’entreprise de Zühlke.​

p. 68 — Une structure en acier dans la salle des machines de 2004 crée de l’espace pour les collaborateurs de Zühlke.

p. 80 — Les travaux de réaffectation nécessitent l’enlèvement de centaines de tonnes de gravats.

p. 69 — De nombreuses ouvertures ont dû être percées dans la structure en béton existante pour le changement d’affectation.​

p. 81 — Les futurs bureaux de Halter se trouvent derrière la saillie et la façade vitrées, encore cachées par les échafaudages.​

p. 70 — L’apparence des années 1980 — brique apparente et revêtement en tôle rouge foncé — est conservée à l’extérieur du bâtiment.

p. 82 — L ​ es anciens ateliers d’imprimerie convertis en salles de réunion pour Zühlke.​

p. 71 — Pendant la transformation, une partie des halles sert au stockage des matériaux de construction.

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p. 87 — En raison des délais serrés, les architectes, responsables du projet et artisans concilient le travail sur plan à une réactivité décisionnelle sur le chantier.

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88 DIX RÉFLEXIONS SUR L’INNOVATION Texte et graphiques : Alexandra Stamou

Les entreprises du monde entier connaissent des changements rapides et de grande ampleur et se trouvent tôt ou tard confrontées à une transformation numérique qui touche aussi bien leurs processus internes que le jeu de l’offre et la demande sur le marché. Face à ce phénomène, une entreprise comme Halter SA peut choisir de devenir partie prenante de ce mouvement et remettre en question ce qui était connu et bien établi pour oser la nouveauté, gagner en agilité et se déve­ lopper en permanence. Ingénierie & Production


Il est rare désormais que des disrupteurs surprennent le monde entier. A croire que nous attendons déjà le prochain Google, Alibaba, Airbnb ou Facebook. Dès qu’un phénomène disruptif apparaît, il est intégré en un rien de temps et se fond dans le décor comme s’il avait toujours existé. Après coup, il semble évident de connecter par une application deux personnes, l’une motorisée et l’autre non, qui prévoient toutes deux de se rendre d’un point A à un point B. Après coup seulement. La disruption est semblable à l’innovation, si ce n’est que sa force de frappe est démultipliée. Elle provoque l’émergence de quelque chose d’inédit qui remplace un ancien système d’affaires, processus ou modèle et bouleverse des secteurs entiers. En règle générale, elle est portée par des entreprises « data driven », gérées selon des modèles d’affaires modulaires, qui ont une tout autre approche que celle que l’on a toujours connue. Pour des entreprises établies, qui sont incapables de réagir rapidement ou d’évoluer, ce phénomène peut être catastrophique. Et même si, lorsqu’on parle d’innovation, on pense généralement à un produit, elle agit de la même manière sur les processus. Les innovations apportées aux processus raccourcissent, sur un mode disruptif, les chaînes de création de valeur des produits existants. En tant que client, on constate peut-être une meilleure qualité ou une productivité supérieure, le processus optimisé sous-jacent passant généralement inaperçu. Pour les personnes directement concernées, les changements qui affectent des processus établis et apparemment immuables peuvent être très douloureux et susciter des réactions de rejet. Les innovations sont essentiellement des nouveautés pertinentes sur le plan économique, qui identifient un véritable besoin et y répondent souvent de manière plus simple, plus avantageuse et plus judicieuse qu’auparavant. Derrière ces solutions apparemment simples et évidentes se cache une bonne dose d’in­ formatique décisionnelle (« business intelligence »). Pour qu’une innovation voie le jour, il faut tout d’abord une idée, puis des recherches technologiques souvent importantes et onéreuses, des processus de développement itératifs avec des clients, des boucles de rétroaction et des feuilles de route marketing, des collaborations et des interfaces au sein d’écosystèmes ­d’affaires, des motifs convaincants, des équipes engagées et des investisseurs visionnaires, prêts à prendre des risques. L’innovation est donc tout sauf simple. Et elle ne tombe pas du ciel. Je travaille maintenant depuis plus d’une année au sein du groupe Halter – autrement dit un temps assez long pour avoir une vision interne de la capacité d’innovation de l’entreprise, mais encore assez court pour conserver un œil neuf et observer 89

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sans préjugé les changements internes qui, pour la plupart, ont eu lieu avant mon entrée en fonction. Mon travail consiste à trouver comment doit s’y prendre une entreprise familiale traditionnelle du secteur du bâtiment en Suisse pour innover. Quelles qualités cette entreprise et ses collaborateurs doivent-ils ­posséder pour favoriser l’innovation ? Comment accroître la capacité d’innovation ? Si l’innovation était un moteur, quel type de carburant lui faudrait-il pour conduire une entreprise au succès ? 1 – L’innovation nécessite une volonté de changement

Il est généralement admis que la numérisation met ou remet de plus en plus l’humain au centre de l’activité. Car quelles que soient les capacités de l’intelligence artificielle aujourd’hui, la créativité reste le privilège de l’être humain. Toutefois, si les créatifs sont innovants, les entreprises doivent aussi être en mesure d’exploiter cette créativité. La curiosité joue un rôle important dans l’amélioration de la créativité. Les enfants posent beaucoup de questions, sans se demander si d’autres pensent qu’ils devraient déjà connaître la réponse. A l’adolescence, ils se radicalisent, renient le statu quo et veulent tout changer. Plus tard dans la vie, cette ferveur révolutionnaire s’étiole. Les adultes veulent paraître sûrs d’eux, ce qui les empêche de continuer à poser des questions comme « Que se passerait-il si… ? », « Pourquoi … ? » ou « Comment pourrions-nous… ? ». Or le questionnement constructif et assumé favorise le jaillissement des idées et permet d’affecter ses propres compétences et ressources de manière ciblée. Un environnement qui encourage la créativité et la curiosité crée suffi­ samment d’espace pour l’innovation. → série d’ateliers internes « Tous à bord ! » Une série d’ateliers internes, intitulée « Tous à bord ! », offre à tous les collaborateurs intéressés du groupe Halter la possibilité de prendre une part active aux discussions relatives aux thèmes stratégiques actuels de l’entreprise, comme l’efficacité entrepreneuriale, l’utilisation efficiente des ressources, l’aménagement du territoire et la mobilité. Les collaborateurs sont informés de l’orientation actuelle de l’entreprise lors de discussions ouvertes, que leurs propres idées viennent également alimenter. 2 – L’innovation nécessite une approche systématique

Jeter toutes les idées en vrac dans un grand récipient et confier celui-ci au « responsable de l’innovation » ne sert pas à grand-chose. Il ne suffit pas non plus de glisser toutes 90

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les idées dans une « boîte à idées » en pensant que l’une d’elles aboutira dans la « boîte d’implémentation » lors de l’étape de sélection suivante, prévue dans trois mois. Collecter toutes les idées via un canal de communication interne ouvert à tous en espérant éveiller l’attention du management n’est guère plus utile. Le secret réside dans l’organisation de toutes ces étapes. Les idées seules ne génèrent pas d’innovations. Après l’idée vient la mise en œuvre, et cette étape implique un ­processus d’opti­misation long et laborieux, car aucune innovation ne marche bien dès le début. Le processus doit être abordé suivant une approche systématique, afin que l’idée puisse être concrétisée dans un nouveau produit, processus ou modèle d’affaires. → le développement de compétences logistiques internes L’unité Halter Prestations globales travaille à l’acquisition d’un savoir-faire logistique interne et à la mise sur pied d’un centre de compétences logistiques avec la société proptech Amberg Loglay AG. Les premiers échanges, menés fin 2018, ont permis de définir le cadre et les objectifs de la coopé­ ration. Amberg Loglay AG souhaitait profiter du savoir-faire de Halter SA pour concevoir une plate-forme logistique plus proche des besoins du marché. De son côté, Halter entendait exploiter la technologie logistique « data driven » d’Amberg Loglay pour simplifier et accroître l’efficacité de ses processus de chantier et permettre ainsi une planification logistique précoce. Aujourd’hui, la plate-forme est déjà utilisée pour les projets Claraturm et Stücki Park à Bâle. Entre les deux partenaires s’est instaurée une boucle de rétroaction précieuse et un transfert de connaissances actif. 3 – L’innovation nécessite une réflexion et une action entrepreneuriales

Dans un monde où la chaîne de création de valeur est modifiée par l’émergence de la transformation numérique, il est important pour les entreprises de redéfinir leur rôle et leur positionnement. Cela ​leur permettra de s’appuyer sur leurs propres capacités et compétences pour s’implanter dans de nouveaux champs d’activité​et​prendre une part active à leur développement. C’est ainsi que des processus bien établis pourront voler en éclats.​ Les entreprises tournées vers l’avenir sont invitées à revoir leurs propres processus, à les simplifier​et​à les adapter au nouvel environnement. Mais il est plus important encore pour elles de les remplacer​, le cas échéant,​par des processus inédits, meilleurs et plus intelligents. Cela peut être douloureux 91

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et difficile à mettre en œuvre, surtout l ​ orsque la nouveauté ­cannibalise des processus existants appréciés et profondément enracinés. Tout peut être remis en question, tout doit être repensé. Plus les collaborateurs réfléchissent et agissent selon ce principe, plus les solutions seront durables pour l’entreprise. → les groupes de travaux Halter joue un rôle pionnier en Suisse en remettant en question le modèle en cascade établi dans le secteur de la construction et en testant avec des sociétés partenaires des modèles d’affaires alternatifs qui s’appuient sur des processus agiles et itératifs. Ces nouveaux modèles de collaboration doivent d’abord être imaginés, puis approuvés par toutes les parties prenantes. Ils donnent forcément lieu à de nouveaux contrats, en rupture avec les anciens modèles de ­prestations, et nécessitent des arrangements entièrement nouveaux. A cela s’ajoute, et c’est tout aussi important, la nécessité d’adapter la culture de la collaboration, qui doit reposer non plus sur des objectifs hiérarchisés, mais sur des structures de gestion grâce auxquelles les objectifs, attentes et intérêts des parties peuvent s’accorder sur le long terme. De telles formes de collaboration inédites sont testées au sein des groupes de travail. 4 – L’innovation nécessite de placer le client au centre

Une innovation doit apporter une valeur ajoutée visible au client. La plupart du temps, elle simplifie les choses. Il est donc capital de suivre le principe « on the project with the client ». Le client n’est pas un avatar. Il existe dans le monde réel : il a des besoins qu’une entreprise doit être en mesure de satisfaire mieux que ses concurrentes. « Mieux », c’est-à-dire plus efficacement, plus rapidement, plus durablement, dans une meilleure qualité ou encore à moindre coût. Plus une entreprise est proche de son client, plus elle dispose d’un feed-back individuel concernant ses attentes et plus elle peut comprendre précisément l’ensemble du segment de clientèle. C’est ici que naît l’innovation : une entreprise observe les différents besoins et développe ensuite pour l’ensemble du segment une nouvelle offre présentant une bonne modularité. Parfois, une entreprise fait un pas de plus dans ce processus d’innovation. Elle commence à cibler des besoins, dont le client ignorait tout. Dans un tel cas, elle doit être visionnaire, car elle va alors marquer le marché de son empreinte et imposer une nouvelle vision. 92

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Dix moteurs d’innovation de Halter SA.


→ MOVEment Systems AG MOVEment est une solution modulaire pilotée par ordinateur, qui permet de déplacer automatiquement des éléments importants de mobilier afin d’identifier l’utilisation la plus optimale de l’espace. Ce concept a été développé pour résoudre le problème des petits appartements, construits dans le sillage de la tendance à l’économie de partage, à la densification plutôt qu’à l’expansion, au nombre croissant de ménages individuels et enfin à la mobilité. Les initiateurs du projet cherchaient le moyen d’offrir une qualité élevée même dans les petits appartements, en utilisant l’espace de manière optimale. Fin 2016, ils ont découvert le concept « Elastic Living » de l’architecte Angelo Roventa. La spin-off MOVEment Systems AG est née suite à une initiative interne de Halter. Les chiffres et les faits parlent d’eux-mêmes : il faudra huit mois pour obtenir la présentation concrète dans la salle du CA ainsi que l’analyse de marché et de potentiel réalisée par Wüest Partner, qui confirmera la valeur ajoutée pour les investisseurs comme pour les locataires. Dix mois plus tard, le prototype pourra être admiré dans le showroom après un temps de réalisation d’à peine douze semaines. Neuf mois plus tard, enfin, le premier appartement témoin sera équipé. Depuis, plus d’une centaine de modules MOVEment ont été commandés, dont presque la moitié pour le projet The Jay à Adliswil (ZH). Les retours reçus de la production et de l’utilisation vont alimenter le développement continu. Et tout cela pour satisfaire les attentes des clients, désireux de disposer d’espaces de vie aisément exploitables, à prix abordables. 5 – L’innovation nécessite une culture d’entreprise ouverte et vivante

L’innovation ne doit pas être une boîte noire au sein de l’entreprise. Elle n’est pas réservée à une élite. Les entreprises ne peuvent tout simplement pas se permettre de faire reposer leur capacité d’innovation sur les épaules de quelques personnes visionnaires. Lorsque l’on parle d’innovations, ce ne sont pas les aspects technologiques, mais les aspects organisationnels qui arrivent au premier plan. Chaque individu peut faire preuve d’innovation, au quotidien, en cherchant pour lui-même la solution la plus simple. Chaque collaborateur est un innovateur potentiel, tant il est vrai que l’innovation est un processus ascendant. De fait, ce sont les collaborateurs qui savent précisément où des solutions intelligentes font défaut et comment on pourrait faire 94

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mieux et plus simple. Dans ce contexte, l’accès à la connaissance et la qualification des collaborateurs gagnent en importance. En d’autres termes, une entreprise peut accroître sa capacité d’innovation en laissant ses collaborateurs prendre des responsabilités et rechercher la proximité avec le client. Les entreprises doivent faire confiance à leurs employés, les encourager, les appeler à faire des essais et leur offrir un soutien en cas d’échec. Enfin, l’innovation ne peut fonctionner vers l’extérieur que si elle fonctionne vers l’intérieur. → le concept de « CEO du projet » Dans la société et l’économie en général, la peur de commettre une erreur est omniprésente. L’approche « fail cheap and fast » est une réaction à cette situation : en opposition à l’injonction « do not fail » – qui paralyse toute volonté de décision – elle conduit à long terme à la prise de meilleures décisions. Dans les projets de construction et de développement, cette approche est capitale : au lieu d’organisations gigantesques, l’entreprise table sur des petites équipes avec des tâches, compétences et responsabilités clairement définies. Ce n’est pas sans raison que la notion de CEO du projet s’est établie pour promouvoir cette culture. Un système de gestion des risques qui met l’accent sur les points essentiels et le principe du double regard ainsi qu’un engagement clair en faveur de la transparence et une culture vivante du débat et de l’erreur sont bien plus efficaces que des systèmes d’assurance qualité et de reporting disproportionnés ciblant les fautifs. 6 – L’innovation nécessite de la pertinence

L’innovation surgit souvent lorsque quelque chose nous touche, nous enflamme. Si une nouvelle offre est pertinente et utile pour le client, alors la probabilité qu’elle soit acceptée non seulement à l’extérieur, mais aussi à l’intérieur de l’entreprise augmente. Ce qui, à son tour, aboutit au succès de l’innovation et, partant, contribue à la réalisation des objectifs de rentabilité de l’entreprise qui la produit. Créer un produit pertinent est donc fondamental. Au-delà de la focalisation sur le client, décrite au point 4, les valeurs de fiabilité, durabilité et équité jouent également un rôle. Ces valeurs permettent aux collaborateurs de « défendre » le produit et rendent celui-ci encore plus attrayant pour les clients qui partagent ces mêmes valeurs. Il est souvent question, aujourd’hui, du bien-fondé ou « purpose » d’une organisation, dont les collaborateurs ont besoin pour s’enthousiasmer pour leur travail. Quand les collaborateurs identifient clairement comme 95

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L’écosystème d’affaires de Halter.


telle la valeur ajoutée qu’ils créent, leur motivation s’en trouve accrue et cette compréhension devient un terreau fertile pour leur capacité d’innovation. → le projet « Wir sind Stadtgarten » La problématique liée à la création de logements abordables dans l’espace urbain n’a cessé de gagner en importance ces dernières années. Lorsqu’elle a été soulevée, à l’occasion de diverses réunions stratégiques de Halter SA, des collaborateurs de l’unité Business Development de Berne ont décidé de fonder leur propre coopérative d’habitation, baptisée « Wir sind Stadtgarten », pour participer à un concours. Le concours a été remporté et, après trois ans de travaux de planification et de développement, la première pierre des logements coopératifs Huebergass à Berne a pu être officiellement posée en automne 2019. La construction de logements coopératifs revêt une grande utilité en Suisse. Les collaborateurs, qui soutiennent pleinement la mission de la coopérative « Wir sind Stadtgarten », déploient leur savoir-faire et leurs compétences pour créer dans tout le pays des logements abordables à long terme. 7 – L’innovation nécessite une collaboration

Sortir des schémas de pensée traditionnels et dépasser les canevas propres à la branche présentent des avantages favorables à l’innovation. De nombreux disrupteurs nous l’ont brillamment démontré. Et pourtant bon nombre d’entreprises ont toujours beaucoup de peine à quitter leurs propres schémas de pensée, à partager leur savoir, à dialoguer, à échanger et à développer de nouveaux produits, prestations et modèles d’affaires en transcendant les limites sectorielles. Lorsque deux personnes avec des schémas de pensée différents se mettent à échanger des idées, elles s’enrichissent mutuellement et l’inspiration jaillit presque d’elle-même. Dans un tel cas, « un plus un » égale souvent bien plus que deux. La collaboration interne, au sein d’équipes plurisectorielles et interdisciplinaires, et la collaboration externe au sein d’écosystèmes d’affaires sont également des solutions possibles. Les écosystèmes d’affaires décrivent des modes de collaboration qui vont se multiplier au cours des prochaines années. Ils ­apparaissent à la charnière entre les branches existantes, compilent les besoins des clients à un niveau supérieur, évoluent souvent dans de nouveaux champs d’activités qui n’ont peut-être même pas de nom, et visent à créer des expériences clients ­inédites. Celles-ci ne verraient jamais le jour si les différentes entreprises ne combinaient pas leurs connaissances et 97

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leurs compétences. De fait, une innovation commerciale n’est pas le fruit d’un inventeur, mais le résultat du travail de l’ensemble des parties prenantes d’un écosystème. → « The Branch », le nouveau concept de cotravail pour le secteur de la construction et de l’immobilier « The Branch » traduit la volonté du groupe Halter d’ouvrir son environnement d’affaires innovant à d’autres entrepreneurs innovants. Dans le cercle intérieur, l’écosystème d’affaires de Halter doit se développer durablement. Dans le cercle extérieur, il s’agit de promouvoir l’échange de connaissances, la mise en réseau et la collaboration avec les grandes ­entreprises comme avec les proptechs, Halter SA assumant le rôle de pivot pour l’ensemble de l’activité. La volonté de dialoguer et de coopérer, manifestée par les entreprises participantes, joue un rôle déterminant pour le succès de l’écosystème. Les règles du jeu sont claires : partager le savoir-faire et les coûts de développement, et mettre l’accent sur un résultat gagnant-gagnant. 8 – L’innovation nécessite de la ténacité

L’innovation nécessite un travail de longue haleine : il faut être capable d’essayer des choses et de les développer encore et encore. Même lorsque tout n’est pas clair, lorsque des facteurs externes peuvent avoir une grosse influence sur ses propres plans, lorsque les conditions sociales, politiques, environnementales ou économiques entravent ou bloquent entièrement la voie choisie. A plus forte raison lorsqu’une entreprise souhaite révolutionner le marché avec son innovation, autrement dit lorsque son innovation ne vise pas simplement à satisfaire un besoin, mais au contraire à le créer. Il est facile de nommer les choses qui sont évidentes ; mais il en va tout autrement de choses qui ne s’expliquent pas d’elles-mêmes. Le chemin jusqu’au produit fini peut être long et semé d’embûches. Une entreprise doit s’appuyer sur une dynamique à long terme pour avancer, en gardant l’objectif supérieur à l’esprit et en rectifiant le cap en permanence. Pour ce faire, elle doit affecter ses ressources disponibles de manière judicieuse et réfléchie et – si nécessaire – identifier et explorer de nouvelles pistes. → le projet Attisholz-Areal Salué désormais dans toute la Suisse, le projet Attisholz-­ Areal est un projet générationnel, qui œuvre de manière ­intensive à la réhabilitation d’un ancien site industriel. Il s’agit d’un projet unique de Halter SA, eu égard à la durée 98

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de mise en œuvre, au volume d’investissement et aux dimensions du bien-fonds. Le projet d’Attisholz n’est pas un simple ­produit que l’on peut décrire précisément aujourd’hui et qui peut être planifié comme n’importe quel autre. Il est si volumineux et si complexe, et la réhabilitation du site s’étale sur une période si longue, qu’il requiert une vision forte, combinée à une bonne dose de courage, d’agilité, de capacité d’innovation et de clairvoyance. Dans le même temps, ce projet peut profiter de nombreuses initiatives externes qui l’alimentent et le rendent encore plus fort. 9 – L’innovation nécessite des connaissances approfondies

Les innovations prometteuses naissent de la rencontre entre les connaissances approfondies d’un domaine et les technologies numériques. Le recours aux technologies numériques peut fournir des solutions intelligentes à des problèmes précédemment identifiés avec précision. Mais la technologie seule ne suffit pas et n’est pas une fin en soi. L’un des principaux obstacles sur lesquels achoppent les start-up, c’est qu’il leur manque souvent la proximité avec la pratique. Elles disposent du savoirfaire technologique, mais peu de connaissances de la branche. A l’inverse, les entreprises établies se demandent souvent comment aborder des innovations. Pour peu que les connaissances internes nécessaires fassent défaut, elles doivent alors décider si elles veulent développer elles-mêmes ce savoir-faire en interne, l’intégrer ou l’acquérir. Lorsqu’elles veulent agir vite, la conclusion d’un partenariat ou le rachat d’une start-up tombent sous le sens – et peuvent se révéler judicieux pour les deux partenaires, l’entreprise établie et la start-up. La première obtiendra ainsi un accès rapide et direct aux talents et au savoir-faire technologique, la seconde bénéficiera d’un savoir-faire pratique et de la clientèle existante. → l’acquisition de Raumgleiter AG Dans le secteur de la construction et de l’immobilier, il a fallu beaucoup de temps pour que la numérisation soit abordée de manière systématique. Cette inertie s’explique par la structuration par branches de cette économie nationale, soumise à des réglementations strictes des autorités et de ses propres associations. Halter SA a lancé ses premières initiatives de numérisation au début des années 2010, initiatives qui ont suscité un certain scepticisme tant chez ses propres collaborateurs que sur le marché. Ces tentatives ont toutefois permis de tirer un enseignement : les nouveaux processus et technologies sont avant tout acceptés lorsqu’ils génèrent une utilité 99

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directe ou offrent une expérience client supplémentaire. De son côté, la société Raumgleiter était partenaire de Halter SA dans le domaine de la visualisation depuis près de dix ans lorsque le groupe a décidé, en 2016, de soumettre une offre de rachat à ses propriétaires. L’intégration de cette société dans l’écosystème de Halter a permis un accès rapide et direct au savoirfaire en matière de numérisation et de visualisation et généré des synergies pour la création d’expériences clients inédites. 10 – L’innovation doit être une priorité stratégique

La volonté stratégique constitue l’une des conditions essentielles au développement de nouveaux produits, processus et modèles. Les objectifs d’innovation doivent être définis en lien avec la stratégie et être mesurés à l’aide de critères transparents. On ne peut pas suivre n’importe quelle idée, les ressources devant être affectées de manière ciblée. Pour éviter de se disperser, la connaissance de la voie à suivre et de la stratégie sont indispensables. Par ailleurs, l’accumulation des risques doit être limitée en choisissant de s’implanter sur le marché avec un portefeuille diversifié de nouveaux produits ou modèles d’affaires, en le testant et en décidant rapidement s’il est judicieux de poursuivre sur la voie choisie ou s’il est nécessaire de rectifier le cap. Comme toujours en matière de gestion, il faut procéder à une judicieuse pesée des intérêts. → de la stratégie à l’idée puis à la réalisation Le groupe Halter travaille actuellement au développement de solutions qui augmentent les compétences des maîtres d’ouvrage, des chargés de réalisation et des exploitants. Cet objectif plonge ses racines dans la vision stratégique de l’entreprise. Il se fonde sur la conviction selon laquelle plus les compétences du client et du partenaire sont élevées, plus il est possible de prendre les meilleures décisions à une étape précoce. La prise de décisions judicieuses aboutit à des chaînes de processus plus efficaces et à de meilleurs immeubles – sur les plans économique, social et écologique. Le « cockpit budgétaire numérique », qui se trouve encore à l’état de prototype, doit permettre aux maîtres d’ouvrage d’appréhender suffisamment tôt les coûts inhérents aux différentes étapes du cycle de vie d’un immeuble, à savoir la planification, la construction, l’exploitation et l’éventuel démantèlement. Perspectives Les réflexions présentées ici ne sont naturellement ni définitives ni exhaustives. On pourrait évoquer bien d’autres aspects. 100

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Robot ou crayon. Image de syn­­thèse ou perspective. Concours numérique ou modèle en plâtre. La numérisation, malédiction ou bénédiction ?


Stefan Cadosch (56 ans), architecte diplômé ETH / SIA et président de la Société suisse des ingénieurs et des archi-

Cette question nous concerne tous. Les euphoriques désespèrent de la lenteur avec laquelle les nouvelles possibilités s’imposent. Les sceptiques, eux, se réjouissent de ­pouvoir encore s’en passer. On oublie que ces programmes, outils et méthodes sont conçus par et pour des êtres humains. Aucune machine ne dicte le changement numérique. L’adage « Rien n’est constant sinon le changement », tantôt attribué à Héraclite, tantôt à Charles Darwin, est l’axiome d’une évolution sociétale saine. La construction est devenue une entreprise risquée et coûteuse. Raison de plus d’utiliser les nouvelles possibilités en faveur d’une culture du bâti de qualité équivalente voire supérieure. Il nous incombe de nous servir correctement des instruments et de ne pas freiner les développements efficaces.

tectes (SIA):


Du point de vue de l’entreprise, les avantages de la numérisation l’emportent clairement : les processus peuvent être optimisés et partiellement automatisés pour finalement économiser des coûts voire accéder à des sources de revenus supplémentaires. Dans notre secteur, la disponibilité et surtout la qualité des données sont les plus grands défis, et la base d’une optimisation durable des processus. Outre les processus et les infrastructures, ce sont les collaborateurs qui endossent le rôle principal, car ils sont à la source des connaissances nécessaires. Il faut donc collecter méthodiquement ces informations afin de les utiliser pour la numérisation. Il est aussi essentiel d’accompagner les collaborateurs. La numérisation génère des incertitudes, et des activités restées les mêmes pendant des années peuvent radicalement changer. En résumé, je pense que la numérisation est une bénédiction. Toutefois, nous devons être conscients des défis et les relever de manière ciblée. A long terme, le secteur de l’immobilier ne peut que bénéficier des nombreuses nouvelles possibilités et des évolutions technologiques.

Martin Kaleja (48 ans), docteur en ingénierie électrique et CEO d’Allianz Suisse Immobilier SA :

La numérisation est une bénédiction, sans réserve, tant qu’elle ne constitue pas une fin en soi mais sert notre société. La disponibilité en temps réel des informations liées aux projets et processus permet de ­travailler de manière beaucoup plus intégrée et interdisciplinaire qu’auparavant. Les outils numériques rendent l’infor­ matique décisionnelle réutilisable à l’infini et permettent de la mettre en œuvre en continu une fois développée par l’homme, sans avoir chaque fois à réinventer la roue comme dans le film « Un jour sans fin ». La numérisation remplace les processus de travail coûteux et répétitifs pour faire place à une inventivité et une créativité humaines sans précédent, ce qui est un prérequis à une économie circulaire ménageant les ressources et adaptée aux générations futures.

Markus Mettler (50 ans), ingénieur civil ETH et CEO de Halter SA :

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Caspar Schärer (46 ans), architecte diplômé ETH / SIA et secrétaire général de la Fédération des architectes suisses (FAS):

La numérisation est d’abord un fait. Elle s’accompagne de toutes sortes de promesses et de beaucoup de scepticisme. Les deux sont à envisager d’un œil critique, car il y a numéri­ sation et numérisation. D’une manière générale, on observe que les cabinets d’architectes ne cessent de développer leur savoir-faire numérique et examinent de près les processus, toutes les options n’étant pas nécessairement utiles. Outre la technologie et l’efficacité, il faut aussi parler de la valeur ajoutée culturelle de la numérisation. En tant que généralistes, les architectes ont une responsabilité particulière dans l’ensemble du processus de planification et de construction et coordonnent des dizaines d’entreprises et parties prenantes. S’agissant de la collaboration multiniveau et des questions nombreuses et complexes de durabilité, les processus numériques offrent beaucoup de possibilités nouvelles, dont certaines ne sont qu’en cours d’élaboration.


Ainsi, l’innovation nécessite également des personnalités assumant le rôle de modèles, des capitaux, une bonne gestion de l’information et des données, pour n’en citer que quelques-uns. De même, toutes les réflexions n’ont pas la même pertinence, ni la même importance pour toutes les entreprises. Les réflexions et les interrogations ne sont pas statiques, mais font au contraire l’objet d’une évolution dynamique : « ta panta rhei » (tout coule, en grec ancien). Une vérité que la numérisation et les dévelop­pements technologiques qui y sont liés rendent d’autant plus évidente aujourd’hui. En tant qu’architecte, j’ai compris, il y a des années, que le secteur de la construction et de l’immobilier allait changer. A l’époque, je ne pouvais pas dire précisément ce qui allait se passer, quand, et comment. Mais je savais que je ne resterais pas simplement à observer le phénomène, mais que je voulais apporter ma contribution à ce développement. Depuis, je cherche les moyens de rendre l’innovation et la numérisation utile et pertinente. Ce qui me fascine, c’est de savoir que l’on innove constamment, et j’aimerais contribuer à ce que ce processus de transformation ne soit pas vu seulement comme un risque, mais aussi comme une chance. Lorsque j’évoque l’innovation et la disruption, je pense non seulement aux aspects « générer une utilité » et « réduire les coûts », mais aussi à un autre moteur de l’activité : la responsabilité qui incombe aux entreprises de rechercher sur le marché des solutions globales et durables. La durabilité, en effet, n’est pas une tendance, mais une nécessité. Et les innovations ne doivent pas seulement servir quelques privilégiés, mais ­présenter au contraire une utilité pour le plus grand nombre, éviter tout gaspillage des ressources et être utilisées de manière responsable. Dans cette perspective, ma vision va bien au-delà de l’idée de développer sa propre activité et les ­processus qui y sont liés. Elle vise l’ensemble du secteur de la construction et de l’immobilier qui exerce une influence prépondérante sur notre environnement et notre vie à tous.

Alexandra Stamou (43 ans) est responsable, depuis octobre 2018, de la Gestion des produits et de l’innovation chez Halter SA. Avant d’entamer sa formation postgrade en Suisse en 2006, elle était architecte à Athènes. Après son MAS CAAD à l’EPF de Zurich, elle a travaillé durant cinq ans au Centre suisse d’études pour la rationa­lisation de la construction (CRB), en dernier lieu comme responsable adjointe du développement. En 2012, elle a participé au lancement de Buildup AG, une spin-off de l’EPF de Zurich au sein de laquelle elle était chargée de l’intégration de partenaires en qualité de responsable du développement. Alexandra Stamou a récemment été nommée à la Commission 451 de la SIA et aux conseils d’administration de Tend AG et de Raumgleiter AG. 105

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AU-DESSUS DE LA VILLE Texte : Christine Marie Halter-Oppelt Visualisations : Raumgleiter

Dans les cinq prochaines années, Francfort verra s’élever un nouveau quartier composé de quatre tours marquantes atteignant jusqu’à 228 mètres de haut et d’un vaste socle sur ­l’ancien site de la Deutsche Bank. Four Frankfurt a été conçu par ­UNStudio, une agence d’Amsterdam, sous la direction de l’architecte Ben van Berkel. Le projet prévoit plus de 600 logements en partie subventionnés et à bas coût, les bureaux les plus hauts d’Allemagne, des commerces de détail, des restaurants, des appartements long séjour et un hôtel. Le développeur immobilier Gross & Partner a chargé la société zurichoise R ­ aumgleiter AG de présenter, dès maintenant, ces nombreuses surfaces à louer. Le spécialiste de la visualisation a créé un environnement 3D en temps réel qui permet de visiter virtuellement les 242 logements en copropriété de la tour 3 et tous les bureaux de la tour 4. D’autres images du projet ­présentent des clichés réalistes à différentes heures de la ­journée, une simulation des ombres à proximité immédiate et d’innombrables panoramas à 360 degrés des surfaces publiques. La technologie Raumgleiter permet également de consulter et de tester toutes les visualisations et applications RV grâce à une appli, sur place dans le showroom ou depuis chez soi. → www.raumgleiter.com 107

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p. 106 — La simulation d’un vol de drone permet de contempler la façade de l’une des tours de nuit. La plupart des ­logements de Four Frankfurt sont pourvus de généreuses loggias. p. 108 — La silhouette de la ville se dessine depuis les fenêtres à ras du sol d’une chambre de la tour 3. A droite, la Commerzbank Tower s’élève à 259 mètres.

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p. 109 — En haut : des plis et des mouvements subtils dans les différents bâtiments créent une expérience spatiale dynamique. A l’extérieur, un dialogue visuel s’établit entre les quatre tours. En bas : bel espace de vie avec cuisine ouverte et coin repas dans l’un des logements présentés. Les grandes fenêtres d’angle assurent une vue panoramique.

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« WIR SIND STADTGARTEN »

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Texte : Rolf Geiger Illustration : Dominique Wyss

Se loger est un besoin fondamental. Pourtant, au cours des dernières décennies, les logements sont devenus inabordables dans les grandes villes et dans certaines communes huppées, en particulier pour les familles et les seniors. Depuis l’an 2000, les loyers ont augmenté d’un tiers, tandis que les salaires n’ont progressé que de 13%. En cause : la croissance démographique et l’attractivité grandissante des zones urbaines, l’amélioration du niveau de vie et les changements sociétaux et démographiques, qui ont entraîné une hausse de la consommation de surface habitable par habitant. La pression de la demande entraîne une densification – elle-même un objectif politique, puisqu’elle diminue le mitage du territoire, les besoins de mobilité et les frais d’infrastructure. Donc, tout est pour le mieux ? Loin s’en faut. Rénovations et constructions de remplacement évincent les logements abordables, menaçant la diversité et le dynamisme socioculturels dans les centres-villes et certaines communes et par conséquent, les facteurs de réussite des zones urbaines ou d’une vie communale fonctionnelle. De ce fait, la densification est de plus en plus critiquée et les véritables projets de densification sont à la peine. Aujourd’hui, les conditions du marché ne suffisent plus à réguler les loyers. L’espace de vie urbain est victime de son succès. Sur le modèle des loyers basés sur les coûts

Pour élargir l’offre de logements abordables, villes et communes mènent de plus en plus une politique foncière active et encouragent les coopératives d’habitation sur le modèle des loyers fixés sur la base des coûts. Pour accompagner ce modèle de façon optimale, Halter a donc développé une structure et une solution propres : « Wir sind Stadtgarten ». En tant que « coopérative promotrice », « Wir sind Stadtgarten » assure le préfinancement des projets de construction et planifie et réalise des lotissements abordables et qualitatifs dans toute la Suisse. Par conviction, la coopérative prône une application systématique de l’ordonnance fédérale encourageant le logement à loyer ou Société & Environnement – Chronique


à prix modérés. En exigeant que chaque logement soit occupé a minima par une personne de moins que le nombre de pièces, elle contribue massivement à réduire les besoins en surface par ­habitant. Des critères précis en matière de revenu et de patrimoine garantissent également que les logements à bas coût – souvent subventionnés par la ville ou la commune à travers des conditions favorables en termes de droit de superficie – bénéficient aux bonnes personnes. En outre, grâce à un concept bien pensé des trois tiers, « Wir sind Stadtgarten » favorise considérablement la diversité sociale dans le lotissement : un tiers des membres de la coopérative disposent des fonds propres nécessaires de 10%, et jusqu’à un tiers peuvent mettre moins sur la table. En contrepartie, les personnes disposant d’un patrimoine supérieur ont la possibilité de souscrire plus de 10% de parts sociales. Les villes et communes se voient ainsi soulagées sur le terrain des prestations complémentaires et de la lutte contre la pauvreté. Loin d’être seulement des locataires, les futurs habitants devront s’approprier le lotissement et seront impliqués au plus tôt lorsqu’il s’agira de définir des espaces attractifs de com­ munauté, de rencontre, et des espaces non construits, et de lancer des actions communes. La « pépinière sociale » accompagne les futurs habitants dans ce processus en mettant à leur dis­ position des structures et un savoir-faire établis. Cette ­coopérative florissante bâtie sur des bases durables sera entièrement confiée à ses membres peu après leur emménagement. La construction de logements vraiment abordables est donc à même de répondre aux enjeux sociétaux actuels. En ville de Berne, à Zumikon (ZH) et à Toffen (BE), Halter entend montrer que ce type de projet peut bénéficier d’une qualité élevée avec le modèle « Wir sind Stadtgarten ».

Rolf Geiger (44 ans) a créé, avant son arrivée chez ­Halter SA et «Wir sind Stadtgarten», Regio St. Gallen, une plate-forme réunissant plusieurs cantons, près de 50 communes et des acteurs de l’économie. En tant que directeur, il a été responsable durant dix ans du projet d’agglomération St. Gallen–Bodensee – l’un des plus performants du pays. Il a également lancé et mené à bien divers projets innovants dans le développement de sites et d’espaces, l’accessibilité, la mobilité et le paysage. Auparavant, il a occupé durant huit ans la fonction de responsable adjoint de la section Politique des agglomérations auprès de l’Office fédéral du développement territorial. Rolf Geiger a étudié l’ingénierie civile à l’EPF de Lausanne et vit dans sa ville natale de Saint-Gall. → www.wir-sind-stadtgarten.ch

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PLACE AUX IDÉES Texte : Andreas Hänsenberger Visualisation : Raumgleiter

Le secteur de la construction est en pleine mutation. De nouveaux processus et outils numériques exigent d’imaginer d’autres modèles de collaboration. Un travail collaboratif qui ne se limite pas à sa propre entreprise, mais se nourrit des échanges avec d’autres entreprises est essentiel. Cette approche permet l’émergence d’écosystèmes réunissant talents, savoir-faire et esprit innovant. Ce changement culturel ­favorise la création d’espaces de cotravail. The Branch, planifié par Halter SA à Schlieren, est le premier du genre en Suisse réservé au secteur de la construction et de l’immobilier. 113

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Après deux décennies de haute conjoncture, le secteur de la construction et de l’immobilier est aujourd’hui confronté à des changements structurels. Dans ce contexte, la numérisation s’impose à la fois comme un moteur important et comme une chance. Processus, produits et modèles d’affaires complets sont remis en question et remplacés par de nouveaux, plus compétitifs. Dans cette évolution, Halter SA entend jouer un rôle de leader. Parallèlement à différents projets et mesures stratégiques, l’entreprise a décidé d’implanter son siège principal dans le JED, l’ancien centre d’impression de la NZZ à Schlieren (ZH), repositionné en espace de cotravail sous la devise « Join. Explore. Dare. ». Ce démé­ nagement lui permettra d’adapter ses modèles de travail aux nouvelles exigences, d’accroître son interactivité et de faire évoluer sa culture d’entreprise vers davantage ­d’innovation, d’efficience et d’efficacité. Simultanément, la réaffectation des espaces au sein de The Branch permettra la création d’un centre d’innovation avec des offres Coworking, Big Rooms ou Third Places pour le secteur de la construction et de l’immobilier. Start-up, entreprises établies et partenaires de projets d ­ e Halter SA et de ses sociétés sœurs, qui partagent tous la volonté d’accélérer le changement dans leur industrie et de jouer un rôle clé dans son renouveau, sont invités à louer des espaces de manière fixe ou temporaire dans The Branch ou simplement de s’y retrouver pour élaborer des projets. Les échanges nourris doivent pouvoir avoir lieu également lors de rencontres spontanées dans les lounges ou à l’occasion d’événements, expositions et présentations. Un site aux multiples atouts Les espaces JED et The Branch se trouvent à Schlieren, au cœur de la Limmatstadt, l’une des régions les plus dynamiques de Suisse. Ce qui s’est passé dans les années 1990 et 2000 avec Zurich-West, ancien faubourg industriel devenu un quartier urbain bouillonnant, se profile désormais pour toute la région entre Zurich et Baden (AG). Les terrains vagues, les friches industrielles, les halles de fabrication et les entrepôts commerciaux font place à de jeunes entreprises ambitieuses et des projets culturels et espaces urbains attrayants voient le jour. Cette transformation de l’agglomération en une véritable ville est favorisée par le train 114

régional qui, à l’image d’un tram, relie Zurich à Killwangen (AG) et bientôt à Baden, conférant à la Limmatstadt une véritable identité urbaine. Ancien bâtiment industriel à l’architecture forte, à proximité immédiate du S-Bahn et avec le tram à sa porte, JED illustre cette urbanité et ce dynamisme. Les structures généreuses des halles industrielles constituent un cadre idéal pour des univers de travail aérés, flexibles et inspirants. Le nouveau propriétaire du site, Swiss Prime Site, a décelé ce potentiel exploité judicieusement comme hub d’innovation par JED. Les locataires fixes (Zühlke Engineering, Halter et The Branch) contribuent par leur créativité et leur rayonnement à animer ce lieu et à le positionner. Des univers de travail fluides Le travail de bureau traditionnel a déjà fortement évolué sous l’impulsion des horaires flexibles, de l’assouplissement des règles relatives au home-office et des possibilités de télétravail. Le travail collabo­ ratif va encore intensifier ce changement. Ce modèle de travail est souvent comparé au travail en équipe, mais il s’en distingue pourtant. Dans une équipe, les membres travaillent parallèlement à un projet commun et les résultats individuels sont ensuite mis en commun. Dans le travail collaboratif, en revanche, les membres de l’équipe élaborent un projet ensemble et en même temps. S’il n’est pas indispensable d’exécuter chaque tâche en mode collaboratif, les avantages de ce modèle – transparence accrue grâce à une meilleure communication, feed-back direct grâce à l’étroite collaboration et pro­ gression rapide du fait de la diminution des doublons – le rendent attrayant aussi bien pour les collaborateurs que pour l’entreprise. Le travail collaboratif, qui renforce la cohésion au sein de l’entreprise, accroît en outre la satisfaction au travail. Qui dit nouveaux modèles dit aussi nouvelles possibilités de collaboration. A l’instar des organisations et des individus, les immeubles devront à l’avenir, eux aussi, être dynamiques, agiles et flexibles. Des salles, voire idéalement des immeubles entiers devront pouvoir être modifiés rapidement afin de satisfaire à d’autres exigences. Si les outils numériques facilitent la collaboration et l’échange entre les ­partenaires de projet, les donneurs d’ordre, Société & Environnement


les entreprises, les maîtres d’ouvrage et les architectes, il n’en demeure pas moins que les contacts personnels restent primordiaux. Il s’agit donc d’aménager un lieu qui permette de se rencontrer personnellement, de trouver et développer des idées de manière spontanée, de se découvrir des intérêts communs entre collègues et de fêter ensemble les succès professionnels. Un tel lieu auquel un groupe de travail peut s’identifier est la condition essentielle pour une collaboration durable – une collaboration portée par le travail de projet déjà réalisé, qui tire profit de l’expérience commune pour limiter les erreurs et les mauvaises décisions. Dans ce contexte, le transfert de savoir-faire est décisif : tout le monde profite des échanges constants entre les uns et les autres. Un écosystème moteur de l’innovation De par son architecture, la structure des salles, le mobilier et l’équipement technique, The Branch répond aux exigences et aux ­possibilités des nouveaux modes de travail. Bientôt, une cinquantaine de postes de ­travail différents dotés d’installations modernes seront à la disposition de travailleurs individuels ou d’équipes – au bar, à des tables d’une ou quatre personnes et dans des bureaux individuels. Des petites salles insonorisées pour passer des appels téléphoniques et effectuer des entretiens spontanés en petits groupes, un « work lounge », différentes salles de réunion et deux « big rooms » compléteront l’offre. Elles pourront toutes être louées spontanément, pour une période très courte, ce qui offrira la flexibilité nécessaire tant aux start-up et aux freelancers qu’aux indépendants installés et aux petites sociétés. Le locataire n’aura plus qu’à apporter son terminal personnel : wifi, imprimante, café et tout ce qui est indispensable pour le travail sera fourni par The Branch. On ne se contentera pas de travailler à la même table, on poursuivra le développement de projets dans des domaines de collaboration. Et comme on utilisera de toute façon ensemble les locaux et les offres, il sera plus facile de nouer de nouvelles relations et d’établir des connexions. L’entretien du réseau se fera naturellement, comme par la force des choses. The Branch se muera ainsi en plate-forme de dialogue et en écosystème. L’espace de cotravail deviendra un lieu de rendez-vous pour la communauté du secteur suisse de 115

l’immobilier grâce à ses événements, ses ateliers, ses discussions d’experts, ses afterworks et ses coopérations avec des instituts de formation. Un écosystème réussi est un réservoir d’idées et de talents et exige de ses membres un échange soutenu – tout particulièrement lorsqu’il implique un accès commun au savoir-faire, aux capacités et aux données. Il permet ainsi d’imaginer des solutions sans qu’il soit nécessaire d’investir beaucoup ni longtemps dans leur développement – la plupart du temps, cela se passe avec l’aide d’une société spécialisée dans le domaine, issue de l’écosystème. Une mise en réseau ne peut pas être plus efficace. Dans ce processus, les solutions ont plus d’importance que la compétition, car les partenaires de projet et idéalement les clients peuvent échanger, associer et développer connaissances et informations dans l’écosystème. L’accent n’est pas mis sur l’acquisition, mais sur la formation de partenariats et le développement commun de ­prestations, produits et modèles d’affaires adaptés au marché. C’est précisément ce genre de plate-forme que propose Halter avec The Branch. Avec les sociétés sœurs Tend, Raumgleiter, W21 et la coopérative « Wir sind Stadtgarten » ainsi que les sociétés ­Limmatstadt AG et Mivune AG, ils créent l’écosystème 2021 qui présente déjà une grande diversité tout en offrant de la place pour d’autres entreprises visant les mêmes objectifs. → www.thebranch-coworking.ch

p. 112 — L’espace de cotravail The Branch à Schlieren mettra en réseau les secteurs de la construction et de l’immobilier. Des salles et des postes de travail pourront être réservés à partir de la mi-septembre 2020 via le site web.

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« NOUS CONSTRUISONS POUR PROPOSER DES ESPACES ABORDABLES » Texte : David Strohm Photos : Lukas Wassmann

A Berne, Impact Immobilien AG développe des projets pour des institutions sociales en créant des logements et des espaces de vie abordables et qui apportent une plus-value à la société. Son directeur, Daniel Kusio, adopte, avec des partenaires de prestations globales tels que Halter, l’approche « design-­ to-cost ». Rencontre à l’hôtel de soins Geras, près de Bienne. 117

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Daniel Kusio se tient devant l’entrée de l’hôtel de soins Geras à Sutz-Lattrigen, au bord du lac de Bienne, et il est visiblement heureux – de la visite, du temps radieux en ce jour de printemps 2020 et aussi du projet de construction réussi qui se dresse derrière lui. Il s’agit d’un des projets d’Impact Immobilien, dont les derniers travaux viennent d’être achevés. Au départ de Bienne, nous avons emprunté les chemins de fer locaux du Seeland pour l’interview. La gare est située juste en face des ­bâtiments du nouveau centre de soins – ­pratique pour les résidents comme pour les visiteurs.

Komplex : Que signifie le mot « impact » dans le nom de votre entreprise, quels impacts ­ cherchez-vous à produire ? Daniel Kusio : Tout a commencé par le désir de nous impliquer dans la question du logement. Le logement est l’un des besoins ­fondamentaux des êtres humains, il concerne chacun d’entre nous. Et beaucoup de gens ont du mal à satisfaire ce besoin. Les personnes âgées, seules, pauvres ou les ­personnes handicapées en particulier ont des difficultés à trouver un logement ­adéquat et abordable.

C’est un souhait noble de prime abord. L’idée est venue d’Invethos AG, un gestionnaire d’actifs à vocation éthique dont les clients veulent allier sens social et sens financier. Nous nous référons aux directives des Nations Unies. La Charte de Genève des Nations Unies sur le logement durable, qui s’appuie sur les lignes directrices de l’Organisation mondiale de la santé, appelle à garantir l’accès de tous à un logement adéquat, convenable, abordable et sain. La Charte met donc la question au même niveau que l’eau potable ou l’accès à l’éducation. Bien entendu, les conditions ici sont différentes de celles des pays en développement ou émergents. Mais en Suisse aussi, un engagement est nécessaire pour aider les plus faibles à trouver un logement adéquat. 118

Cette tâche n’incomberait-elle pas plutôt aux pouvoirs publics ? Les institutions qui proposent un logement encadré et accompagné reposent souvent sur une base privée. Bien que la Confédération, les cantons, les communes et les services sociaux contribuent financièrement à ces projets, leurs investissements dans le passé n’ont pas été suffisants et ils s’appuient sur des institutions d’utilité publique telles que les fondations. C’est là qu’Impact ­Immobilien intervient.

Pourquoi de nouveaux investissements sont-ils nécessaires ? En fait, les exigences posées à ces institutions ont considérablement augmenté. En termes de construction, par exemple, concernant l’accessibilité, la taille des pièces ou la protection incendie. De nombreuses ­institutions plus anciennes ne sont plus consi­dérées comme adaptées aux personnes handicapées selon les normes actuelles. Quant aux exigences posées aux exploitants, elles augmentent également, pour le taux de prise en charge, par exemple.

Quelle est votre contribution ? Avec Impact Immobilien, nous essayons d’apporter une réponse entrepreneuriale aux défis sociaux et de proposer des solutions permettant aux promoteurs de se concentrer sur leurs tâches principales. Nous investissons dans des projets existants et nouveaux pour les institutions sociales, en créant des logements et des espaces de vie modernes et abordables. Nous acquérons, développons, réalisons et rénovons des immeubles pour des institutions sociales et publiques et les louons à long terme à des conditions abordables.

Quel est l’ordre de grandeur de vos projets ? Chaque objet ou projet est différent. Le volume d’investissement dépend des objectifs et de la taille et varie de quelques millions à environ 25 millions de francs. C’est une niche. Nous sommes les seuls en Suisse à poursuivre cet objectif. Société & Environnement – Entretien


Comment avez-vous connaissance de tels projets ? Souvent, les promoteurs ou les conseils de fondation nous contactent directement avec une idée, une tâche concrète ou un projet déjà entamé. La plupart du temps, il s’agit d’améliorer, de rénover ou d’agrandir l’infrastructure. Par exemple, il y a un besoin urgent d’espace pour lequel une nouvelle construction est envisagée. Ou alors, il y a eu un concours d’architecture, et le projet de construction est devenu beaucoup trop cher.

C’est alors que vous intervenez et proposez votre aide ? Je ne suis pas architecte. Je pense en entrepreneur. Nous examinons donc le budget ­existant et les futurs frais d’exploitation. Souvent, il est possible d’optimiser pas mal de choses. Et nous construisons de manière que cela soit abordable, mais sans être bas de gamme. Vous pouvez économiser beaucoup d’argent en répartissant intelligemment l’espace, en évitant des vitrages et zones de circulation superflus ou en choisissant ­soigneusement les matériaux.

Combien ? Je vais vous donner un exemple : pour un EMS ordinaire, les frais de construction moyens par unité de soins s’élèvent généralement à environ 320 000 à 400 000 francs. Il faut se conformer à toutes les réglementations, normes et directives de construction en vigueur. A l’hôtel de soins Geras que nous avons construit et récemment ouvert au bord du lac de Bienne, ce chiffre n’était que d’environ 255 000 francs.

Sans aucun compromis ? En collaboration avec Halter, notre partenaire de prestations globales, nous avons examiné chaque détail et ainsi pu économiser 1,8 million de francs par rapport au montant initial du projet. Par exemple, en supprimant un sous-sol, en ajustant les vitrages et la façade ou en optimisant les systèmes de chauffage et de ventilation. Nous avons placé une partie de la technique du bâtiment sur 119

le toit. Il n’y a pas eu de sacrifice en termes de confort – au contraire.

De tels ajustements n’entraînentils pas des retards ? Non, mais les délais posent toujours un défi. Les projets du secteur public demandent un long horizon de planification et des appels d’offres publics. Souvent, six à huit ans s’écoulent entre l’idée et la réception. Nous essayons d’y parvenir en deux à trois ans sans que la fonctionnalité en souffre.

Sur quelles utilisations sociales vous concentrez-vous ? Jusqu’à présent, nous avons mis l’accent sur des projets à forte proportion de logements, notamment pour les personnes avec handicap ou ayant des besoins particuliers. La construction d’un logement pour personnes atteintes d’autisme nécessite une approche différente de celle, par exemple, d’un logement pour personnes âgées et handicapées. Les formes mixtes dans lesquelles nous voulons investir davantage m’intéressent également. A Suhr, dans le canton d’Argovie, nous travaillons avec la fondation Töpferhaus sur un projet qui se concentre sur les emplois pour les personnes handicapées. Un site de production alimentaire est prévu, ainsi qu’une cafétéria ouverte au public et des logements. Un autre exemple : à Gümligen, près de Berne, nous travaillons avec la fondation Nathalie à la construction d’un nouveau bâtiment scolaire avec un centre de conseil et un internat moderne pour enfants autistes. La première pierre a été posée à la fin du mois de février.

Ces fondations ne pourraient-elles pas construire elles-mêmes ? Il existe des institutions qui peuvent ellesmêmes mettre en œuvre une telle chose au niveau financier. Mais avec notre approche « design-to-cost », nous offrons une valeur ajoutée dans de tels projets d’infrastructure et n’avons pas peur des tâches complexes. Nous pouvons le démontrer avec des références. C’est pourquoi il peut aussi être avantageux pour de telles institutions de réaliser des projets avec nous. Komplex No 13/2020


p. 116 — L’économiste d’entreprise Daniel Kusio. p. 117 — A gauche: un lit fonctionnel dans une unité de soins. A droite: coin salon confortable dans la zone commune. p. 120 — Les deux bâtiments ovales, ceinturés de balcons, ont été conçus par kpa Architekten.

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p. 121 — Un restaurant est à la disposition de tous les résidents de l’hôtel de soins Geras. En été, les repas peuvent être pris sur le balcon. p. 123 – Daniel Kusio arpente les abords de l’hôtel de soins Geras à Sutz-Lattrigen. Le centre du village et le lac de Bienne ne sont qu’à quelques pas.

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Comment fonctionne l’approche mentionnée ? En théorie, l’approche « design-to-cost » signifie concevoir et construire en fonction des coûts dans des conditions-cadres données. Pour le développement d’immeubles, cela signifie réaliser une surface spécifique avec un budget donné. Cela inverse l’approche habituelle des architectes ou des concours qui conçoivent des espaces avant de calculer les coûts. Nous ne construisons pas pour nousmêmes, mais pour des institutions sociales. Le point de départ est donc toujours la question : que pouvons et voulons-nous nous permettre en tant qu’institution ?

Pourquoi y a-t-il des restrictions budgétaires ? Les institutions qui facturent des prestations via le secteur public, l’assurance-invalidité ou des prestations complémentaires à l’AVS doivent travailler dans le cadre des budgets existants et pouvoir se fier à une enveloppe budgétaire. C’est pourquoi nous travaillons avec des fournisseurs de prestations globales qui nous donnent les garanties correspondantes.

Qui veille à la maîtrise des coûts ? Cela se fait grâce au partenariat entre toutes les parties impliquées. Les représentants des fondations apprécient la transparence que nous créons en termes de coûts. Ils sont présents aux réunions et participent aux décisions : avons-nous vraiment besoin de ceci ou de cela, que pouvons-nous laisser de côté ? Cette réduction à l’essentiel est ­certainement l’un des facteurs de succès que nous apportons aux projets avec un budget minimal. Dans l’ensemble, c’est un processus assez détendu pour tout le monde.

Mais en fin de compte, le loyer convenu est calculé à partir des coûts d’investissement. Oui, mais tous ont un intérêt commun à maintenir des coûts d’investissement aussi bas que possible. La moitié des économies réalisées profite à l’institution, tandis que 122

l’autre moitié va au prestataire global avec sa grande expérience. Ce dernier bénéficie donc d’une marge équitable pour garantir un plafond de coûts et assumer les risques. Dans nos projets, tous les décideurs discutent ensemble pour trouver la meilleure solution dans chaque cas. En impliquant les architectes, les institutions et les futurs usagers, nous obtenons un niveau élevé de fonctionnalité et un design attrayant.

Un facteur de coût important est le prix du terrain. Les terrains à bâtir sont chers. Il n’est pas rare que les promoteurs disposent déjà de parcelles. Souvent, ce sont aussi les communes qui mettent leurs réserves de terrains à bâtir à disposition pour des utilisations judicieuses. Lorsque nous pouvons construire dans des zones à usage public, le prix du terrain est moins élevé. Les bourgeoisies et les Eglises aussi possèdent souvent des terrains à bâtir. Le cas échéant, nous reprenons également le terrain en droit de superficie. Nous accordons généralement aux institutions un droit de préemption. Selon le propriétaire du terrain, nous recevons alors une rente réduite de droit de superficie adaptée au but, que nous pouvons répercuter en toute transparence. Notre intérêt s’inscrit sur le long terme. Le droit de superficie s’y prête.

Impact Immobilien est organisé comme une société immobilière. Qui sont vos investisseurs ? Il s’agit, d’une part, de fondations d’utilité publique qui souhaitent investir dans des domaines associés et, d’autre part, d’investisseurs privés qui souhaitent apporter une plus-value sociale. Ce faisant, ils visent un rendement modéré et adapté à l’objectif. Les objets de notre portefeuille sont visibles par tous et peuvent être visités. Cela permet aux actionnaires de mieux comprendre ce que nous et les institutions sociales faisons, et très souvent de l’apprécier réellement. Nous ne nous concentrons pas sur la maximisation des profits ou sur l’augmentation de la valeur du portefeuille, mais plutôt sur l’impact de notre travail. Société & Environnement – Entretien


Quel soutien recevez-vous en interne ? Au niveau opérationnel, nous formons une équipe bien rodée. Au sein du conseil d’administration, je peux compter sur l’expertise de plusieurs spécialistes renommés et très expérimentés dans les domaines de l’immobilier et de la finance. Pour n’en citer qu’un : Adrian Lehmann, qui a travaillé au Credit Suisse dans le secteur immobilier pendant de nombreuses années, est toujours à mes côtés comme un mentor important.

Qu’est-ce qui vous distingue encore des sociétés immobilières « ordinaires » ? D’une part, la taille. Nous sommes volontairement actifs dans un segment particulier et avons une forte proportion de fonds propres. D’autre part, nous considérons que notre tâche réside dans le développement de projets. Une caisse de pension qui doit investir ses fonds préfère rechercher et acquérir des biens d’investissement prêts à l’emploi et les intégrer dans son portefeuille. Nous nous concentrons sur les avantages pour nos partenaires et sur les coûts. Nous ­veillons à apporter le moins de changements possible durant la phase de construction. Parce que cela coûte cher. Certains secteurs de la branche de la planification ne vivent que de ces changements. Mais en fin de compte, quelqu’un doit toujours les payer. Nos projets doivent être raisonnables et bien planifiés dès le départ.

Quelles sont vos motivations personnelles ? Je suis vraiment reconnaissant d’avoir pu assumer cette tâche et fier de ce que nous réalisons ensemble. J’apprécie les relations personnelles et je suis heureux que notre idée de concilier utilité et rendements fonctionne.

Où voyez-vous Impact Immobilien dans quelques années ? Pour nos investisseurs, j’ai récemment fait des projections à ce sujet. Avec nos projets actuels, nous avons atteint un volume d’investissement de 120 millions de francs environ. Dans quelques années, si nous continuons à mettre en œuvre deux ou trois projets par an, cela pourrait représenter 500 millions de francs. Mais la croissance en soi n’est pas notre objectif. Nous voulons continuer à nous engager dans des projets. C’est l’estime que nous portons à nos partenaires et l’approche consistant à travailler avec eux sur un pied d’égalité qui me motivent.

Vous avez mentionné le partenariat avec Halter SA. Nous avons une philosophie similaire et nous nous apprécions mutuellement. Nous voyons tous les deux les avantages de l’approche « design-to-cost ». C’est une coopération respectueuse d’égal à égal, nous travaillons ensemble de manière très professionnelle. Pour nous, il est important que nos partenaires puissent et veuillent s’impliquer dans des projets plus modestes, comme c’est éga­ lement le cas chez nous. Mais il n’y a pas de coopération exclusive. Pour chacun de nos projets, je demande plusieurs offres. Le concept doit être convaincant. 123

Daniel Kusio (51 ans) est directeur général d’Impact Immobilien AG, à Berne, une société qui investit dans l’immobilier pour les institutions sociales et offre une plus-value sociale par le biais de logements et d’espaces de vie abordables. Daniel Kusio a étudié la gestion d’entreprise à l’Université de Berne. Sa carrière l’a conduit dans de grandes entreprises et dans plusieurs pays. Avant de fonder Impact Immobilien AG en 2012, il a travaillé dans le domaine du private equity et du venture capital. → www.impact-immobilien.ch

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LE BÂTIMENT, MODÈLE DE CYCLE VERTUEUX Texte : Simon Büttgenbach Photo : Ralph Bensberg

Les immeubles consomment de l’énergie et rejettent de très grandes quantités de CO2 dans l’atmosphère. Ce bilan constitue un problème dans le contexte actuel, si attentif à la protection du climat. Pour réduire la consommation d’énergie et les ­émissions de gaz à effet de serre dans le domaine de la construction, il convient d’adopter une procédure structurée et ­continue. Une approche systématique comme celle que propose Tend AG s’accompagne très rapidement d’avantages économiques considérables. 125

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En approuvant la Stratégie énergétique 2050, les Suisses ont manifesté leur volonté de sortir du nucléaire. Le Conseil fédéral a par ailleurs décidé d’aller au-delà des exigences définies par l’Accord de Paris – réduire de moitié par rapport à 1990 les émissions de CO2 d’ici à 2030 – en s’engageant à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 (zéro émission nette). Simultanément, la Suisse entend réduire aussi les importations étrangères en la matière. Pour l’heure, on ignore toutefois comment atteindre ces objectifs, car les lois d’application sont encore en préparation ou en consultation. Gros consommateur d’énergie et émetteur de CO2, le secteur de l’immobilier et de la construction est lui aussi tenu d’apporter sa contribution à la réalisation de ces objectifs ambitieux. Il peut d’ailleurs se targuer d’avoir d’ores et déjà fortement contribué aux objectifs de réduction au cours des trente dernières années. Toutefois, de nouveaux efforts et de nouvelles approches seront nécessaires. Et même si les conditions-cadres techniques, économiques et réglementaires vont encore évoluer à court et moyen termes, notre secteur n’aura d’autre choix que de poursuivre avec ténacité sur cette voie. Il doit assumer ses responsabilités, et cela pas seulement sous la pression de la société. Si l’on considère les choses dans leur ensemble, cette réduction s’accompagnera aussi d’avantages économiques. Adopter une vue globale, c’est tout d’abord considérer la totalité du cycle de vie d’un bâtiment comme s’il s’agissait d’un circuit et y associer un mode de fonctionnement et d’action dépassant les limites immédiates du système. Enfin, différentes unités de mesure – non seulement les francs, mais aussi les kilowattheures et le dioxyde de carbone – doivent entrer dans l’estimation du coût d’un projet. Les formidables pos­ sibilités que nous offre la numérisation doivent absolument être mises à profit afin d’améliorer notre efficience et notre efficacité. Je pense notamment aux services basés sur le cloud, aux applications reposant sur l’internet des objets, au « machine learning » et à l’intelligence artificielle. Optimisation de l’exploitation Par le passé, on s’est surtout intéressé aux nouveaux projets, dans le cadre desquels il était possible de réaliser des progrès considérables en matière d’efficience énergétique. 126

Mais aujourd’hui, les regards se tournent de plus en plus vers les immeubles existants qui présentent un énorme potentiel d’optimisation. Etonnamment, c’est le cas non seulement d’immeubles vieillissants, mais aussi de bâtiments relativement récents, parfois même labellisés. Un fait connu sous le terme d’écart de performance, qui suscite de vives discussions dans les milieux professionnels. Des études ont en effet révélé que les indices énergétiques approuvés dans l’étude de projet ou exigés dans le cadre de la procédure d’autorisation de construire étaient, en ­réalité, rarement atteints. Une optimisation globale, efficace et abordable nécessite tout d’abord une analyse des objets ou du portefeuille. Et pour procéder à une analyse, il faut s’appuyer sur des données. A ce stade, il convient d’adopter une approche pragmatique et systématique : au lieu de recueillir des données tous azimuts, il vaut mieux utiliser les données disponibles et pertinentes. Car plus que la quantité de données, c’est la structuration de leur collecte qui est importante : si elle est bien faite, elle permet d’exploiter plusieurs fois les mêmes données sous différents angles, d’établir un historique et d’en tirer profit directement pour les processus d’affaires et les cockpits. Les instruments basés sur le cloud nécessaires à ce type de collecte et d’utilisation sont déjà disponibles sur le marché. En y recourant dès le début du projet, on évite les redondances, on accélère les procédures et on ouvre le champ des possibles pour l’analyse, la surveillance et la gestion ultérieure. Logiquement, les calculs sont déjà réalisés en différentes unités de mesures, de sorte que les projets peuvent être évalués non seulement sous l’angle de la consommation d’énergie et de l’émission de CO2, mais aussi sous celui du coût d’exploitation. Les premières analyses permettent d’établir un classement et une comparaison avec les indices de référence existants. Il est alors très facile de voir où il est urgent d’intervenir et où il est possible de bénéficier facilement de cette approche. Si, comme le révèle une comparaison avec un indice de référence, des immeubles pourtant à la pointe de la technique sont peu efficients, la saisie des données devrait également prévoir l’intégration des systèmes de technique du bâtiment. Là aussi, on pourrait procéder avec pragmatisme, en optant pour Société & Environnement


la connexion à des interfaces existantes et, le cas échéant, en plaçant des capteurs peu onéreux à des endroits précis. Si les connaissances conceptuelles et techniques font défaut à ce stade, le danger est grand de surréagir en dotant plus tard le bâtiment d’un arsenal technique complémentaire démesuré. Durant cette première étape, le moins est assurément le mieux. Sur la base de l’analyse, on peut alors lancer les premières mesures. Il s’agit le plus souvent d’instruire le personnel, de revoir le réglage des installations et d’inciter les utilisateurs à modifier leur comportement. Si les données sont enregistrées correctement et alimentent régulièrement le cloud, le cockpit peut suivre la performance du bâtiment en continu. Le processus peut ainsi repartir depuis le début : le nouveau bilan devient alors l’indice de référence, qu’il convient dans une deuxième phase de battre en prenant des mesures plus efficaces et plus larges. Ainsi, une seule analyse permet, à terme, le développement d’un cercle de processus vertueux, qui aboutit à une amélioration continue de l’efficience et à une diminution des coûts d’exploitation. Rénover avec stratégie Mais la plupart du temps, il arrive un moment où un assainissement, une rénovation ou une reconstruction sont nécessaires. Ce qui nous ramène au début du cycle de vie, c’est-à-dire à la rénovation ou à la naissance d’un nouveau bâtiment au fil des étapes de développement, de conception, d’ingénierie et de construction. Dans la phase de développement en particulier, il s’agit d’adopter la bonne stratégie à l’aide d’une analyse globale. Il convient d’étudier tous les aspects et options sous l’angle énergétique. Y a-t-il un réseau à distance pour le chauffage, la ­climatisation ou l’énergie à proximité ? Un regroupement d’autoconsommateurs est-il possible ? L’énergie solaire ou une solution LowEx, qui permet de recueillir l’énergie solaire (lumière et chaleur) sur le toit et les façades et de la stocker temporairement dans le sol à l’aide de sondes géothermiques, sont-elles envisageables ? Une fois encore, il faut opter pour le meilleur concept avec pragmatisme, en s’appuyant sur des connaissances solidement étayées. Si le choix se porte sur une nouvelle construction, il faut prendre en considération le fait que chaque nouveau bâtiment 127

entraîne une augmentation des émissions de CO2 issues de l’énergie grise. Cette nouvelle construction doit donc présenter des avantages importants. Or c’est le cas seulement si elle contribue à la densification, à hauteur de 50% au moins, idéalement même plus. Du point de vue des émissions de CO2, les densifications ne sont pas toutes judicieuses. Etant donné qu’une utilisation accrue augmente la mobilité induite, il ne faudrait densifier fortement que là où, en raison de la situation centrale ou de l’excellent raccordement aux transports publics, la densification ne risque pas d’entraîner une recrudescence du trafic. Augmenter le capital confiance Les efforts pour accroître l’efficience énergétique et les mesures visant à réduire les émissions de CO2 ne sont pas immédiatement rentables. Ainsi le droit du bail ne permet pas actuellement de répercuter ceux-ci sur les loyers. Les programmes d’encouragement ­permettent certes de baisser les coûts, mais dans les conditions-cadres actuelles, les solutions traditionnelles moins écologiques demeurent souvent moins chères. Certes, nous vivons, comme déjà évoqué, une période ­charnière où les choses bougent beaucoup : lois, programmes d’encouragement et conditions-­ cadres économiques vont encore évoluer et les calculs d’investissement donneront de tout autres résultats. L’internalisation des coûts environnementaux au moyen de taxes sur le CO2, du négoce des certificats d’émission et d’autres mesures du genre devrait tirer vers le haut le coût des énergies fossiles. La libéralisation du marché de l’électricité pourrait même avoir pour effet de rendre la production propre, le stockage et l’injection de courant très lucratifs en période de pénurie d’électricité. Si nous parvenons à accroître notre capital confiance dans la société et réduisons nos dépendances vis-à-vis de tiers, en particulier de l’étranger, une approche systématique et une mise en œuvre sur tout le cycle de vie pourraient être payantes à plus d’un titre tout en apportant une contribution importante à la protection de l’environnement. → www.tend.ch

p.124 – Des installations techniques comme celle-ci existent un peu partout. Des mesures appropriées permettent de réduire la consommation d’énergie et l’émission de gaz à effet de serre.

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DU BERCEAU AU BERCEAU

128 Texte : Albin Kälin Illustration : Dominique Wyss

En Suisse, il existe des bases et des standards d’efficacité énergétique pour la construction durable (standard Minergie-P et Société 2000 watts). Depuis le lancement de ces standards, les thèmes de l’efficacité énergétique, de l’énergie grise et du bilan de CO2 ont pris une importance considérable auprès des maîtres d’ouvrage, des architectes et des planificateurs, ce qui est également payant au niveau financier. Des documents d’appel d’offres et des standards spécifiques sont disponibles dans le domaine de l’écologie du bâtiment, comme les fiches ECO-CFC-2009 « Construction écologique » et le standard Minergie-Eco. Le niveau d’application des mesures de construction écologique est encore limité, malgré les efforts importants déployés par les associations et certains fabricants de matériaux de construction. Les standards actuels sont ­testés dans le cadre de projets phares. Cependant, en termes de ­réutilisation des matériaux recyclés dans le secteur de la construction, le marché est petit. En raison des cycles de vie longs mais différents des matériaux et composants de construction, il n’existe que quelques concepts de reprise de matériaux qui incluent la propre chaîne de valeur. L’objectif du concept « cradle to cradle » (C2C ; en français : « du berceau au berceau ») est de ne plus envisager les produits comme des déchets, lorsque la phase d’utilisation est terminée. Au contraire, les produits sont, dès le processus de conception, déjà considérés comme des ressources pour la production biologique ou technique après la phase d’utilisation et sont optimisés à cette fin. Le concept C2C offre des opportunités pour le secteur de la construction, les entrepreneurs, les développeurs immo­ biliers et les gestionnaires d’installations. Les matériaux C2C ont une valeur matérielle élevée à la fin de leur premier cycle de vie, car ils sont totalement respectueux de l’environnement et peuvent continuer à être utilisés comme matières premières de haute qualité dans le cycle technique pour l’industrie. Grâce à des concepts de reprise innovants, les fabricants peuvent reprendre possession de leurs produits et matériaux. Société & Environnement – Chronique


Longs cycles de vie des matériaux de construction

Le défi pour l’industrie de la fabrication de produits C2C est de développer des produits qui, de par leur conception et leur composition, peuvent être réutilisés plusieurs fois sans perdre leur qualité. Pour l’industrie des matériaux de construction, en particulier, le long cycle de vie des matériaux et des produits représente un autre défi qui doit être économiquement viable lors de l’élaboration de concepts de reprise. Une condition importante pour la faisabilité économique des matériaux et composants de construction C2C est de reconnaître et d’accepter qu’un bâtiment a encore une valeur matérielle mesurable à la fin de la phase d’exploitation. Dans l’évaluation actuelle de la valeur, ce fait est complètement ignoré. Les entreprises de démolition et de recyclage, qui gagnent beaucoup d’argent avec les matériaux qu’elles traitent, opèrent pour la plupart en dehors de la chaîne de valeur du secteur des matériaux de construction. Actuellement, il existe peu de produits C2C dans le secteur suisse des matériaux de construction et encore moins de concepts de reprise pour fermer les cycles des matériaux. L’innovation doit consister pour le secteur des matériaux de construction à intégrer les concepts C2C dans sa chaîne de valeur et à créer une demande de matériaux C2C de la part des maîtres d’ouvrage, des développeurs de projets et des entrepreneurs totaux afin de générer l’élan nécessaire.

Albin Kälin (63 ans) a été, de 1981 à 2004, directeur général de Rohner Textil AG. En 1993, il a commencé à déve­ lopper la ligne Climatex, premiers produits C2C du monde. En 2001, il a reçu le trophée UBS Key « Entrepreneur de l’année de la vallée du Rhin ». De 2005 à 2009, il a été CEO de la société EPEA Internationale Umweltforschung GmbH à Hambourg, et à partir de 2007, il a également été CEO de l’entreprise EPEA Nederland B.V. En 2009, Albin Kälin a fondé EPEA Switzerland GmbH. Il en est le CEO et le vérificateur accrédité pour le standard Cradle to Cradle Certified. EPEA Switzerland GmbH soutient les entreprises de divers secteurs d’activité dans le développement et la mise en œuvre du concept C2C, qui a été créé à la fin des années 1990 par le chimiste allemand Michael Braungart et l’architecte américain William McDonough. → www.epeaswitzerland.com Cradle to Cradle Certified est un standard d’évaluation mondialement reconnu pour les produits sûrs, durables et recyclables. → www.c2ccertified.org

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HALTER AG Mission Conjointement avec nos clients, nous identifions et exploitons des potentiels de développement de sites, terrains, projets de construction et immeubles en vue d’une utilisation efficiente de nos ressources.

Business Development Nous développons des visions et des business cases. Cela nous permet de détecter des potentiels de plus-value dans l’immobilier.

Personnel 270 collaborateurs

Organisation Raphael Strub Suisse centrale

Chiffre d’affaires 2019 500 à 600 mio de CHF Conseil d’administration Balz Halter Président Roger Dettwiler Membre

Personnel 10 collaborateurs

Olivier Thomas Suisse romande Rolf Geiger Suisse orientale Alex Valsecchi Gestion des investissements et MOVEment Systems

Urs Ernst Membre Nicolas Iynedjian Membre Organisation du groupe Markus Mettler CEO Thomas Bachmann Corporate Services Rolf Röthlisberger Service juridique Nik Grubenmann Communication Alexandra Stamou Gestion des produits et de l’innovation

Prestations globales Nous optimisons des projets immobiliers et réduisons les coûts de construction grâce à une planification et une exécution intégrales. Personnel 120 collaborateurs Organisation Maik Neuhaus Directeur général Anna von Sydow (à partir du 1er janvier 2021 : Diego Frey) Engineering / planification et construction numériques Thomas Zenhäusern Projets spéciaux (développement et acquisition) Marcel Weber Région Bâle Theo Fahrni Région Berne

Rénovations Nous proposons des solutions globales et le savoirfaire artisanal en matière de transformation. Personnel 47 collaborateurs Organisation Felix Hegetschweiler (à partir du 1er janvier 2021 : Anna von Sydow) Directeur général Daniel Handschin Développement et acquisition / rénovations Stefan Cavallaro Prestations de construction Roland Baron Rénovations Andreas Wüthrich Service de construction

Développements Nous investissons dans des développements de sites et créons des objets de placement. Personnel 33 collaborateurs Organisation Ede I. Andràskay Directeur général

Adresses Siège de Zurich Halter AG Hardturmstrasse 134 CH–8005 Zurich T +41 44 434 24 00 Bureau de Bâle Halter AG Freilager-Platz 4 CH–4142 Münchenstein (BL) T +41 61 404 46 40 Bureau de Berne Halter AG Europaplatz 1A CH–3008 Berne T +41 31 925 91 91 Bureau de Lucerne Halter AG Zihlmattweg 46 CH–6005 Lucerne T +41 41 414 35 40 Bureau de Lausanne Halter SA Rue de Genève 17 CH–1003 Lausanne T +41 21 310 13 00 Bureau de Saint-Gall Halter AG St. Leonhard-Strasse 49 CH–9000 Saint-Gall T+41 71 242 44 10

www.halter.ch

Andreas Campi Développements Herbert Zaugg Développements Mario Ercolani Gestion des constructions Est Bertrand Borcard Gestion des constructions Ouest

Frédéric Boy Suisse romande Diego Frey (à partir du 1er janvier 2021 : Oliver Kern) Région Zurich et Suisse orientale Philip Kiefer Suisse centrale

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Le groupe Halter en un coup d’œil


TEND AG

RAUMGLEITER AG

WIR SIND STADTGARTEN

W21 INNENAUSBAU AG

Mission Nous assurons les rendements et réduisons les coûts d’exploitation. Cela nous permet de réaliser des biens immobiliers plus précieux pour nos clients.

Mission Nous offrons une gamme complète de services dans le domaine de la conception et de la construction numériques, des modèles 3D et des visualisations haut de gamme.

Mission Nous donnons forme à l’espace de vie des gens et jetons ainsi les bases de développements dynamiques.

Personnel 40 collaborateurs

Comité directeur Rolf Geiger Président

Mission Nous réalisons des bureaux, points de rencontre, boutiques, restaurants et hôtels. En tant que prestataire global, nous proposons aussi des ensembles de prestations, de l’aménagement de l’espace au déménagement, en passant par l’aménagement intérieur.

Personnel 30 collaborateurs Conseil d’administration Markus Mettler Président Roger Dettwiler Membre Alexandra Stamou Membre Organisation Jacques Hamers Directeur général Andres Stierli Facility management Philipp Schelbert Gestion des transactions Adresses Siège de Zurich Tend AG Hardturmstrasse 134 CH–8005 Zurich T +41 44 434 24 24 Bureau de Bâle Tend AG Freilager-Platz 4 CH–4142 Münchenstein T +41 61 404 46 40

Personnel 2 collaborateurs

Personnel 10 collaborateurs

Conseil d’administration Markus Mettler Président

Deborah Eggel Membre

Roger Dettwiler Membre

Raphael Burkhalter Membre

Conseil d’administration Markus Mettler Président

Alexandra Stamou Membre

Slavica Vranjkovic Membre

Peter Pfiffner Membre

Organisation Daniel Kapr Head CGI and Digital Competition

Oliver Uebelhart Membre

Mario Ercolani Membre

Sandra Romagnolo Membre

Organisation Markus Brunner (à partir du 1er août 2020) CEO

Matthias Knuser Head Virtual Spaces Hana Disch Head Configurator and New Products Adresse Raumgleiter AG Pfingstweidstrasse 106 CH–8005 Zurich T +41 44 202 70 80

Adresse Wir sind Stadtgarten Europaplatz 1A CH–3008 Berne T +41 31 925 91 91

Michael Peter Operations Rainer Schmitt Engineering

www.wir-sind-stadtgarten.ch Adresse W21 Innenausbau AG Wagistrasse 21 CH–8952 Schlieren T +41 44 738 70 00

www.raumgleiter.com www.w-21.ch

Bureau de Berne Tend AG Europaplatz 1A CH–3008 Berne T +41 31 925 91 91 Bureau de Lausanne Tend SA Rue de Genève 17 CH–1003 Lausanne T +41 21 310 13 00 Bureau de Chiasso Tend SA c/o Acofin Via Luigi Pasteur 1 CH–6830 Chiasso T +41 91 921 80 80

www.tend.ch

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Komplex No 13/2020


KOMPLEX LE MAGAZINE DE HALTER SA No 13/2020

Concept du magazine et rédaction en chef Christine Marie Halter-Oppelt

Editeur et adresse de la rédaction Halter SA Hardturmstrasse 134 CH–8005 Zurich T +41 44 434 24 00 www.halter.ch

Ont participé à cette édition Hubertus Adam, Hanspeter Bärtschi, Ralph Bensberg, Simon Büttgenbach, Deborah Fehlmann, Matthieu Gafsou, Héloïse Gailing, Rolf Geiger, Nik Grubenmann, Mike Guyer, Balz Halter, Andreas Hänsenberger, Albin Kälin, Laura Fee Pache, Rita Pauchard-Höltschi, Jan Paulich, Alexandra Stamou, David Strohm, Lukas Wassmann, Reto Westermann

Edition en ligne www.komplex-magazin.ch

Design et direction artistique Studio Marie Lusa, Marie Lusa, Dominique Wyss

Traduction Lionbridge Switzerland AG, Opfikon Correction Bettina Kunzer (édition en allemand) Mario Giacchetta (édition en français) Image en couverture Hôtel de soins Geras, Sutz-Lattrigen, Lukas Wassmann Tirage 10 000 exemplaires (édition en allemand) 2000 exemplaires (édition en français) Lithographie et impression Druckerei Odermatt AG, Dallenwil Remarque Toute réimpression nécessite l’autorisation de la rédaction. L’indication des noms des photographes et des titulaires du droit d’auteur ont lieu en toute bonne foi. Veuillez nous informer en cas de mention incomplète. Impression climatiquement neutre. Emissions carbone compensées par l’intermédiaire de ClimatePartner. www.swissclimate.ch No de compensation : SC2020042302 Imprimé en Suisse

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Impressum