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Mode d’emploi

Comme beaucoup d’autres de sa génération, Sébastien Carletti a été un petit garçon fasciné par ces nouveaux héros arrivant à la télévision, qu’il dessinait sans grand talent mais avec application, et dont il vénérait les représentations en plastique. Né en 1976, il a connu tant Goldorak et Candy que Bioman et Princesse Sarah… d’autant que sa sœur jumelle Bérengère, du haut de son centimètre de plus que lui, aura su faire valoir ses goûts durant toute leur petite enfance. À son contact, Sébastien découvrira d’autres horizons que les héros de l’espace… mais à petites doses, tout de même ! À  même pas 4  ans, déjà passionné par les univers fantastiques, il arbore fièrement un tee-shirt Albator qu’il porte tant qu’on ne lui demande pas d’en changer. Pour les fêtes de 1980, on l’emmène pour la première fois au cinéma voir Superman 2. Une révélation. À 5  ans, sa mère lui achète une figurine Capitaine Flam, qu’elle cache soigneusement dans une valise… Mais le petit curieux l’a vu faire et n’a de cesse d’admirer en cachette l’objet de ses rêves. Vers 6 ou 7  ans, une copine dont le père est italien lui fait découvrir, sur cassette vidéo, deux épisodes de l’ancêtre de Goldorak. Il est fasciné par celui qu’elle appelle « Mazinga Zeta », reconnaissant Alcor dans le rôle principal. Même si l’un des épisodes est particulièrement violent, il n’est cependant pas traumatisé au point d’exclure ce fascinant « nouveau » robot de ces nombreux gribouillages. Avec une maman fan du groupe ABBA, son année 1984 est rythmé aux sons d’Abbacadabra, le spectacle musical qu’il a découvert dans le poste aux dernières fêtes. La cassette audio tourne en boucle dans le lecteur marron et beige Fisher-Price que sa sœur et lui ont reçu en cadeau en cette même occasion. Pour la rentrée 1985, il se trouve un nouveau modèle : Cobra. Encore blond, il tente de se coiffer comme le manchot macho. Deux ans plus tard, ses héros sont les G.I. Joe, avec lesquels il forge malheureusement son goût pour la collection. Il ne regarde le dessin animé que pour voir ses figurines préférées s’animer, répondant sans le savoir aux ambitions des professionnels du marketing made in America. L’année suivante, ce sont Les  Chevaliers du Zodiaque et le concept de « cosmo-énergie » qui le séduisent… Autant d’étapes ont conduit l’ancien petit garçon à vouloir immortaliser ces sujets ayant forgé l’imaginaire de millions d’enfants comme lui. Sa première aventure éditoriale remonte à  2008, en tant que coauteur avec Vincent Dubost de Nos jouets  70-80, de Barbie aux Transformers, chez Hors Collection. Puis en 2011, place aux super héros avec Nos années Strange, 1970-1996, chez Flammarion, réalisé en collaboration avec Jean-Marc Lainé. Le fruit de leur travail reçoit le Grand Prix de l’imaginaire 2012 (catégorie essai). Sébastien Carletti n’avait au début pas envisagé d’être le seul artisan de Nos années Récré  A2, 1978-1988, proposant à Cyril Etesse, grand connaisseur du sujet (rédacteur pour Planete-jeunesse.com), d’en être le coréalisateur. Mais l’humoriste, entre-temps révélé par On n’demande qu’à en rire (France  2), a dû à contrecœur abandonner l’idée. Sébastien s’est donc attelé à la tâche, passant notamment de nombreuses semaines à la Bibliothèque nationale de France afin de reconstituer la chronologie des émissions et de leur contenu, qu’il a ensuite confrontée, lorsqu’un doute se manifestait, aux rapports des chefs d’antenne disponibles à l’Inathèque. Parce que l’on peut traiter de choses liées à l’enfance avec le sérieux, le souci d’exactitude et la perception d’un adulte, nul doute que ce travail saura plaire à tous ceux qui partagent la même culture populaire… ceux de la génération Récré A2.

« Récré A2, enfin Récré A2 ! » chantait Dorothée début 1982, dans le nouveau générique de l’émission jeunesse phare de l’époque… Dix belles années (1978-1988) de programmes inoubliables, auxquels il était temps de consacrer un ouvrage. Si ces pages offrent la part belle aux dessins animés, feuilletons et héros emblématiques de

L’ouvrage est découpé en neuf parties (chapitres), retraçant environ dix années de programmes jeunesse. En effet, le premier et le dernier chapitre regroupent les périodes composées d’une année complète plus quelques mois (la chronologie débutant en juillet 1978 pour s’arrêter en juin 1988). Toute partie débute par un résumé de l’actualité, en termes de programmes jeunesse (nouveautés, changements marquants, etc.), sur la période concernée. Pour les pages suivantes, la progression est chronologique, commençant toujours par Récré A2 et alternant ensuite les chaînes. Excepté pour la dernière, chaque partie se conclut par des pages consacrées à une sélection de programmes pour les fêtes.

Marqueur chronologique Afin de pouvoir vous situer instantanément à chaque double page de l’intérieur des parties, un marqueur est placé en haut à gauche de la page de gauche. L’année figure, avec un code couleur distinct par chapitre. Sous l’année, des points blancs symbolisent la ou les saisons dans lesquelles les programmes décrits se sont inscrits, en termes de première diffusion ou de rediffusion marquante. Exemple :

La période de première diffusion ou rediffusion marquante est l’hiver / printemps 1984.

notre enfance, elles font revivre également toutes les émissions de la décennie, sans oublier leurs créateurs, producteurs et animateurs. Sébastien Carletti rend ainsi un hommage passionné à la richesse d’un univers qui a forgé l’imaginaire de toute une génération, la génération Récré A2.

Si vous avez manqué la fin… Pour une sélection de séries, la fin (en général, un résumé du dernier épisode) est dévoilée dans un encart en bas de page. Si, enfant, vous n’avez jamais eu l’occasion de découvrir comment se terminait un feuilleton que vous aimiez, vous pouvez désormais le faire… en retournant l’ouvrage.

Code couleur par chaîne Afin de pouvoir identifier rapidement les chaînes concernées pour chaque programme, en plus des logos, chacune possède un code couleur distinctif. Récré A2 échappe néanmoins à cette règle, les pages consacrées à l’émission en elle-même ayant un habillage correspondant à ses génériques. Il en est de même pour les pages des fêtes, décorées en conséquence.

TF1

CANAL+

A2

LA CINQ

FR3

M6

À noter : pour FR3 et Canal+, une sélection plus importante est intervenue. Concernant la première, pour une question de popularité, c’est principalement la case phare du 19 h 55 qui est évoquée, du moins pour la première moitié de la période explorée. Pour la la chaîne cryptée, seuls les programmes en clair sont abordés.

Errare humanum est Malgré le soin apporté aux recherches, quelques (petites) erreurs se sont peut-être glissées dans nos pages. Si vous en identifiez, n’hésitez-pas à nous écrire : erratum@nosanneesrecrea2.fr. Un document au format PDF sera mis à disposition et maintenu à jour, téléchargeable à l’adresse suivante : http://erratum.nosanneesrecrea2.fr Vous pourrez alors imprimer la page et la glisser dans l’un des rabats de l’ouvrage. Un principe similaire est mis en place pour l’index alphabétique (voir pages du sommaire). Bonne lecture !


Captain Harlock / Albator © 2013 Matsumoto Leiji / TÔEI Animation.

TF1 le mercredi (Les Visiteurs du mercredi) rentrée 1978.........................................p. 21-22-23 L’Île aux enfants / 1, rue Sésame (TF1)....p. 24-25 Récré A2 automne 1978...........................p. 26-27 TF1 le mercredi automne 1978.................p. 28-29 Il était une fois... l’Homme (FR3) / Waldo Kitty (TF1)......................................p. 30-31 Les programmes des fêtes 1978...............p. 32-33 Récré A2 (Tarzan) hiver 1979...................p. 34-35 TF1 le samedi hiver-printemps 1979.............. p. 36 TF1 le mercredi hiver-printemps 1979..p. 37-38-39 TF1 vacances printemps 1979..................p. 40-41 Récré A2 / TF1 le samedi printemps 1979...p. 42-43 TF1 le mercredi printemps 1979.................... p. 44 FR3 printemps 1979....................................... p. 45 Récré A2 / TF1 (Vic le Viking) vacances été 1979....................................p. 46-47 FR3 été-rentrée 1979..................................... p. 48 Récré A2 (Émilie) rentrée 1979...................... p. 49 San Ku Kaï (A2) / La Bataille des planètes (TF1)..................p. 50-51 TF1 le mercredi (Capitaine Caverne) rentrée 1979..............................................p. 52-53 Récré A2 (Zeltron) automne 1979.............p. 54-55 TF1 / A2 week-end automne 1979................. p. 56 TF1 le mercredi / FR3 automne 1979............ p. 57 Les programmes des fêtes (Heidi) 1979...p. 58-59

19 80

Avant -propos............................................p. 06-07

1978 -1979

La période en quelques lignes..............p. 08-09 Goldorak (A2)........................................... p. 10-11 Récré A2 vacances été 1978.................... p. 12-13 TF1 vacances (Claude Pierrard) été 1978..................................................... p. 14-15 Candy (A2) .............................................. p. 16-17 Récré A2 mercredi rentrée 1978 / Le Muppet Show....................................... p. 18-19 Maya l’abeille (TF1)........................................ p. 20

La période en quelques lignes . ...........p. 60-61 Albator (A2)..............................................p. 62-63 Récré A2 hiver / TF1 vacances (Croque Vacances) et TF1 le mercredi hiver............................p. 64-65 FR3 (L’Ours Paddington) / Récré A2 printemps..................................p. 66-67 A2 / TF1 week-end printemps........................ p. 68 TF1 vacances / le mercredi printemps........... p. 69 Récré A2 / TF1 (Isidore le lapin) vacances été.................................................. p. 70 Récré A2 samedi (Pinocchio) rentrée............ p. 71 Récré A2 rentrée-automne....................... p. 72-73 TF1 le mercredi / TF1 (Les 4 Fantastiques) vacances automne.................................... p. 74-75 TF1 le samedi / FR3 automne........................ p. 76 Les programmes des fêtes............................ p. 77

19 81

La période en quelques lignes.............. p. 78-79 Récré A2 (Zora la rousse) hiver-printemps.........................................p. 80-81 Capitaine Flam (TF1)...................................... p. 82 TF1 le mercredi hiver-printemps................p.83-84 TF1 le samedi / TF1 vacances printemps...... p. 85 Les Misérables (FR3)..................................... p. 86 FR3 hiver-printemps-été / TF1 vacances été........................................... p. 87 Récré A2 vacances été-rentrée................p. 88-89 TF1 rentrée-automne................................p. 90-91 Ulysse 31 (FR3)........................................p. 92-93 Les programmes des fêtes (Bouba)..........p. 94-95

19 82

La période en quelques lignes..............p. 96-97 Récré A2 hiver-printemps.........................p. 98-99 TF1 vacances hiver / TF1 le mercredi (Tofffsy) hiver-printemps.p. 100-101 Remi (TF1).................................................... p. 102 FR3 printemps-été / TF1 vacances été........ p. 103 Récré A2 (Kum Kum ; Spectreman) vacances été......................................... p. 104-105 Récré A2 (Télétactica) rentrée.............. p. 106-107 Le Village dans les nuages (TF1)................. p. 108 TF1 le mercredi (Dare Dare Motus) rentrée.......................................................... p. 109 Tom Sawyer (A2)...........................................p. 110 Récré A2 automne........................................p. 111 Rody le petit Cid (TF1) / Il était une fois... l’Espace (FR3)............p. 112-113 Les programmes des fêtes....................p. 114-115

19 83

La période en quelques lignes...........p. 116-117 Les Schtroumpfs / Les Croque-Monstres (A2)....p. 118-119 Récré A2 hiver............................................. p. 120 TF1 le mercredi (Arok le barbare) hiver-printemps............................................ p. 121 TF1 vacances été / Récré A2 (Yakari) été-rentrée............... p. 122-123 Les Mystérieuses Cités d’or (A2)...... p. 124-125

Si vous souhaitez imprimer un index et l’ajouter à votre ouvrage, rendez-vous sur http://index.nosanneesrecrea2.fr

TF1 le mercredi (Bomber X ; Sport Billy) rentrée-automne................................... p. 126-127 FR3 (Belle et Sébastien) rentrée-automne.. p. 128 Téléchat (A2)................................................ p. 129 Récré A2 automne / X-Or (A2).............. p. 130-131 Fraggle Rock / Inspecteur Gadget (FR3).p. 132-133 Les programmes des fêtes (SuperTed).p. 134-135

19 84

La période en quelques lignes.......... p. 136-137 Les Maîtres de l’Univers (A2)............. p. 138-139 Albator 84 / Récré A2 hiver................... p. 140-141 Gigi / TF1 le mercredi hiver-printemps.. p. 142-143 Le Tour du monde en 80 jours (A2)............. p. 144 Récré A2 (Pac Man ; Tchaou et Grodo) rentrée-automne............................p. 145-146-147 TF1 le mercredi (Les 3 Mousquetaires) et le samedi (Nils Holgersson) rentrée / FR3 automne.......................... p. 148-149 Les programmes des fêtes (A2)............ p. 150-151 Les programmes des fêtes (TF1 / FR3).. p. 152-153

19 85

La période en quelques lignes.......... p. 154-155 Récré A2 (Judo Boy) hiver-printemps... p. 156-157 TF1 le mercredi (Ricky ou la belle vie) hiver-printemps..................................... p. 158-159 Disney Channel / L’Oiseau Bleu (FR3).. p. 160-161 Transformers / Bioman (Canal +).......... p. 162-163 Récré A2 / TF1 vacances été................ p. 164-165 Cobra / Les Mondes engloutis (A2)...... p. 166-167 Récré A2 (Les Poupies) rentrée................................................... p. 168-169 TF1 au quotidien (Jayce ; Bisounours) rentrée-automne................................... p. 170-171 TF1 le mercredi (Le Défi des Gobots ; Les Minipouss) rentrée-automne....p. 172-173-174 Alice au pays des merveilles (TF1)...............p. 175 Récré A2 (Bibifoc) automne / Clémentine.p. 176-177 FR3 (Les Entrechats) rentrée-automne....... p. 178 Les programmes des fêtes.......................... p. 179

19 86

La période en quelques lignes.......... p. 180-181 Récré A2 hiver / She-Ra, la Princesse du pouvoir.......... p. 182-183 TF1 au quotidien (La Vie des Botes), le mercredi et le samedi (Astro) hiver-printemps..................................... p. 184-185 TF1 au quotidien (M.A.S.K.) et le mercredi (P. Brewster) printemps / FR3 printemps.p. 186-187 Canal + printemps-été / FR3 été........... p. 188-189 Récré A2 (Cosmocats) rentrée / Lady Oscar............................................ p. 190-191 TF1 au quotidien (Les Popples) et le mercredi (Jem) rentrée.................. p. 192-193 Signé Cat’s Eyes.......................................... p. 194 FR3 / Canal + rentrée................................... p. 195 TF1 vacances (Mon petit poney) et mercredi / FR3 automne................... p. 196-197 Récré A2 (Sherlock Holmes) automne-hiver....................................... p. 198-199 Les programmes des fêtes...................p. 200-201

Club Dorothée hiver-printemps 1988 / Dragon Ball...........................................p. 229-230 FR3 printemps 1988 (La Bande à Picsou)... p. 231 La Cinq (Embrasse-moi Lucile) / M6 hiver-printemps 1988......................p. 232-233 FR3 / La Cinq / M6 printemps 1988......p. 234-235 Club Dorothée printemps 1988 / Les Chevaliers du Zodiaque.................p. 236-237 Récré A2, c’est fini ...............................p. 238-239

19 87-19 88

La période en quelques lignes..........p. 202-203 Récré A2 (L’Île au trésor ; Les Ewoks) hiver 1987..............................................p. 204-205 TF1 le dimanche et le mercredi hiver 1987............ p. 206-207-208-209 La Cinq (Princesse Sarah) hiver-printemps 1987.....................................p. 211 FR3 (Les Petits Malins) hiver-printemps 1987............................. p. 212-213 G.I. Joe (TF1) / Canal + printemps 1987...................................... p. 214-215 La Cinq / M6 printemps 1987................ p. 216-217 Récré A2 / TF1 vacances été 1987.............. p. 218 La Cinq (Jeanne et Serge) été-rentrée 1987....................................p. 219-220 Récré A2 rentrée 1987................................. p. 221 TF1 (Club Dorothée) / FR3 rentrée-automne 1987...................p. 222-223 Canal + rentrée-automne / La Cinq automne-hiver 1987.................p. 224-225 Les programmes des fêtes 1987...........p. 226-227 Récré A2 hiver-printemps 1988................... p. 228

Mahô no Princess Minky Momo and all associated characters are © 2013 Yomiuri Kôkokusha / Takeshi Shudo / Ashi Production.


1978

Candy

Candy Candy and all associated characters are © 2013 Igarashi Yumiko / Mizuki Kyoko / TÔEI Animation.

Un peu d’astuce, d’espièglerie…

C

andy a une place à part dans Récré A2. Du fait de la longévité de sa diffusion (jusqu’à début 1986 tout de même), mais aussi parce que l’acquisition des premiers épisodes de la série, alors qu’il s’agit d’animation japonaise, se fait sans tergiverser et que sa diffusion à la rentrée 1978 est une évidence. Cela n’aura pas été le cas de son « grand frère » de lumière et d’acier. Il est vrai qu’au niveau graphique, la violence de ce dernier est plus évidente. C’est ce qui retient l’attention des professionnels lors des projections de présentation : ce que les jeunes téléspectateurs verront à l’écran. Et ce genre de séance ne dépasse que très rarement un seul épisode, et encore, lorsque l’on va jusqu’au bout… C’est un dessin animé après tout, un produit pour enfants. Qui aurait pu se douter que les aventures de Candy allaient faire passer Sophie (et ses malheurs) et Cosette (et son sceau) pour des enfants finalement plutôt privilégiés par la vie ? En effet, Candy ne tombe pas de Charybde en Scylla  : son parcours est composé d’allers-retours entre les deux. C’est cette particularité et le fait que l’on voit l’héroïne avancer dans la vie qui va créer intérêt et addiction pour ce récit. Ce ne sont pas en effet uniquement les petites filles qui se passionnent pour le sujet. Les garçons regardent, il est vrai, avec intérêt (même s’ils s’en cachent, surtout lorsque leurs larmes coulent), mais on retrouve aussi des mamans devant leur poste. Et ces dernières n’hésitent pas à prendre la plume pour s’enquérir de la diffusion de nouveaux épisodes, voire d’une éventuelle fin à la saga (qui se conclut enfin le 10 novembre 1982 !). L’histoire de Candy, qui se situe de la fin de xixe siècle à la fin de la Première Guerre mondiale, peut être découpée en six grandes parties. Ainsi, dans le premier épisode, elle vient de naître, et dans le dernier elle est majeure. C’est plutôt nouveau pour l’époque et assez en phase avec le public visé : les petites filles sont préoccupées plus tôt par le fait de « grandir » que les garçons. La première partie comporte toute l’époque où Candy vit à la maison de Pony, les premières interactions avec la famille Legrand (Élisa et son frère Daniel, d’une cruauté sans limites), l’adoption de Candy par la famille André (à la tête de laquelle l’énigmatique « oncle William ») et sa rencontre avec ses nouveaux cousins, Archibald et Alistair. Mais surtout, nous suivons la relation entre Candy et Anthony (le supposé « prince des collines »), jusqu’à sa tragique conclusion. Au cours de l’une de ses péripéties, Candy est sauvée par un mystérieux vagabond barbu, Albert, qu’elle croisera à nouveau à des moments importants. La deuxième partie voit Candy quitter les États-Unis pour l’Angleterre,

Les trois principaux « prétendants » de Candy : Anthony, qui connaît un sort tragique. Terry, qu’elle rencontre ensuite, à qui elle doit son premier baiser. Plus étonnant, Daniel (qui se fait appeler Neil depuis le collège Saint-Paul), qui après l’avoir persécutée avec sa sœur veut la forcer à l’épouser !

où elle intègre le collège Saint-Paul. Malheureusement, Élisa et Daniel y sont aussi résidents. En chemin, elle rencontre un nouvel amour, bien moins « lisse » que le premier : Terry. La troisième partie est le retour de Candy vers son pays natal, à la poursuite de Terry qui a quitté le collège Saint-Paul. Elle le rate à chaque fois de peu, mais en chemin elle croit trouver sa vocation  : devenir infirmière. La quatrième partie est donc consacrée à l’apprentissage professionnel de Candy, à l’école Marie-Jeanne puis à l’hôpital de Chicago, ville dans laquelle elle est en passe de retrouver Terry, devenu acteur. Mais le destin s’acharne et met à mal la possibilité que nos deux héros s’unissent un jour. La guerre vient alors d’éclater en Europe, et Alistair est parti faire ce qu’il estime être son devoir. La cinquième partie suit les aventures d’une Candy devenue infirmière, en poste dans un hôpital volant suivant la construction d’une ligne de chemin de fer. La sixième et dernière partie est la conclusion de la série, marquée par la mort d’Alistair au front. Quant à Candy, dans sa grande bonté, elle viendra en aide à Daniel, son tortionnaire de toujours, victime d’un accident de voiture. Ce dernier lui dévoile plus tard ses sentiments amoureux à son égard, mais sa perfidie n’a pas disparu : face au rejet de Candy, il n’a de cesse de tenter de lui forcer la main. On va même jusqu’à faire croire à Candy que le mystérieux oncle William lui ordonne d’épouser Daniel… elle décide donc d’aller plaider sa cause auprès de lui. En tant qu’œuvre, Candy est le tout premier dessin animé de style shōjo (audience féminine) auquel le public français est confronté. Au niveau graphique, ce genre s’illustre notamment par les « grands yeux » des personnages, dont la taille est censée faciliter l’expression de leurs sentiments. Cette particularité devient pour le public un élément indissociable de l’animation japonaise, qu’elle soit louée ou décriée. Les conditions de diffusion de Candy dans Récré A2 sont un peu particulières. Jusqu’à la mi-avril 1979, les épisodes sont

découpés, diffusés par bouts de cinq minutes, y compris pour ceux du mercredi après-midi. Ils se soldent par un « à bientôt ! » lancé par notre héroïne. Cela dure jusqu’au quinzième épisode. Il faut attendre le 27 avril 1979 avant d’en voir en entier et on profite de l’occasion pour redémarrer depuis le début. Tout va pour le mieux (pour ainsi dire) jusqu’à l’épisode 25, dans lequel Anthony fait une chute de cheval, alors qu’il allait en dire plus sur le prince des collines. Cette chute est supposée lui être fatale  : nous assistons à son enterrement et dans l’épisode qui suit Candy débute son deuil. De plus, l’animateur Pierre Jacquemont a le malheur de dire avant le lancement de cet épisode qu’il s’agit du dernier. Récré A2 reçoit alors des milliers de lettres de parents offusqués voire furieux de constater la détresse dans laquelle sont plongés leurs enfants. Dorothée aborde alors le sujet à l’antenne : elle rassure tout le monde, Anthony n’est pas mort. Candy s’est trompée. Il faut patienter jusqu’au 4 janvier 1980 pour en avoir la preuve par l’image : un épisode spécial a été monté de toutes pièces (il ne fait que huit minutes), résumant les vingt-six épisodes qui l’ont précédé et insistant sur le fait qu’Anthony est hospitalisé loin de chez lui. Son décès n’était qu’un mauvais rêve de Candy, sous le choc de l’accident. En guise de bisou additionnel posé sur ce pansement appliqué à notre petit cœur meurtri, on nous offre un nouveau générique (en images), qui deviendra le plus connu (avec la fameuse scène de Candy sur une embarcation en forme de cygne, lançant une rose dans l’eau). Récré A2 ne rediffusera plus jamais les vingt-six premiers épisodes. Même lors de l’arrivée de la série dans Le Club Dorothée en 1987, les épisodes 24 à 26 sont occultés, peut-être pour un problème technique (et non une autocensure). Ce n’est que pour la deuxième diffusion, l’année suivante, qu’une nouvelle génération peut découvrir cet opus tragique avec un doublage retravaillé, mais ne laissant cependant pas planer de doute quant au décès d’Anthony  : il y a donc toujours contradiction avec les épisodes qui suivent.

Si vous avez manqué la

Candy va donc enfin rencontrer l’oncle William. Il est assis de dos, dans un énorme fauteuil. Il se retourne alors. Déception ! Ce n’est qu’Albert, le mystérieux vagabond un peu fantasque qui un jour sauva Candy, laquelle s’occupa à son tour de lui lorsqu’il fut blessé et perdit la mémoire. Ils ont même partagé le même toit quelque temps. Elle l’invite immédiatement à filer avant qu’on ne le voie. C’est alors qu’il dévoile à Candy son patronyme complet  : William Albert André. C’est LUI l’oncle William  : dans sa famille, « oncle » est davantage un titre qu’un lien de parenté. Son identité a été cachée toutes ces années durant, le temps qu’il acquiert la maturité nécessaire pour assumer pleinement son statut de chef d’une grande famille. Albert lève le voile sur toutes les zones d’ombre concernant les interventions de l’oncle William (il est en fait l’oncle d’Anthony), offrant ainsi une jolie rétrospective à l’occasion de ce dernier épisode. Bien évidemment, il est contre un éventuel mariage entre Daniel et Candy. Vers la fin, ultime coup de théâtre : alors qu’elle s’apprête à se rendre à la maison de Pony, où s’organise une fête, Candy entend jouer de la cornemuse. Albert se présente alors en habits traditionnels, et Candy réalise que celui qui l’a marquée à vie lorsqu’elle avait une dizaine d’années, son prince des collines, c’était Albert !

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FIN

17


1, rue Sésame

L’Île aux enfants

1978

Venez tous nous retrouver…

C’est le pays joyeux des enfants heureux…

Gribouille © 2013 D. DUGAS / Osibo Productions.

24

L

’Île aux enfants fête ses quatre ans en cette rentrée. Certains diront que nous sommes en plein « bel âge », malgré l’alternance de diffusion avec 1, rue Sésame. Cela fait deux ans que l’émission a trouvé une formule qui fait sa renommée : elle ne partage plus la vedette avec Bonjour Sésame, qui a laissé la place à des séquences donnant un rythme et une identité propre à l’île de Casimir et de ses amis. Pour fêter dignement cette sorte d’anniversaire, le premier épisode de la rentrée est par conséquent… une rediffusion de celui de la rentrée 1976. Peu importe, tout est excellent dans L’Île aux enfants ! Le concept est né de l’esprit de Christophe Izard, au départ pour compléter quelques minutes de l’adaptation française de Bonjour Sésame. En collaboration avec Yves Brunier (l’âme qui habite le costume), Casimir et son univers sont nés, à l’origine pour faciliter la transition des tout-petits de la maternelle vers le primaire. Le gentil monstre orange, un peu naïf comme les enfants auxquels il s’adresse, apprend donc la vie auprès des gens qui l’entourent : Julie, avec son merveilleux kiosque plein de bonbons et de jouets. François, l’étudiant vendeur de ballons. Émile, le gentil facteur. M. du Snob, parfois un peu précieux mais toujours sympathique. Mlle Futaie, la botaniste à la poignée de main redoutée. Léonard, marionnette qui a élu domicile dans la malle de Casimir. Et bien sûr, Hippolyte, le cousin vert de Casimir. Leurs petites aventures sont entrecoupées de séquences qui ne cessent de s’enrichir avec les années. Parmi les plus cultes, La Noiraude évidemment, avec Gribouille, La Linéa et Antivol (« l’oiseau qui reste au sol »). Début 1978, c’est Le Cramti qui a été la nouveauté. Cet acronyme de Conservatoire de recherche et d’application musicale des techniques instrumentales a pour objectif de faire découvrir les instruments de musique aux enfants, à travers les facéties de cinq nouvelles marionnettes. La première moitié de l’année suivante nous propose de faire la connaissance de deux nouveaux invités  : Philyvert le Globur, gros volatile vert qui, du haut de son nid tout confort, philosophe à tout va avec un accent qui

rappelle les origines provençales de l’émission (station régionale marseillaise de la troisième chaîne) ; Le Jardinier Antoine, qui sous prétexte de papoter avec sa poule, aborde avec nous les bases du jardinage. Les tout derniers jours de cette même année, place à la magie « image par image » avec Pinkie Pou et sa moustache ! Début 1980, La Noiraude, avec ses états d’âme, est la star des séquences, mais la découverte des jeux de société est aussi de mise avec Ludo, Filo et Robo. Cependant, le changement important de cette année a lieu pour la millième émission, en mai : de nouveaux décors sont créés et des personnages font leur entrée (M. Beauchêne, le Capitaine, la marionnette Gnassou, etc.). Une séquence inédite avec de facétieux bonshommes en pâte à modeler, Les Musus, rejoint les autres. L’année qui suit est marquée par une séquence avec un hôte pour le moins inattendu  : Pierre Desproges, avec Les Bons Conseils du professeur Corbiniou. Le caustique humoriste nous dévoile sa part d’enfant en parvenant à s’adresser à nous, comme Cabu dans Récré A2. L’île et ses habitants cessent de nous accueillir le 18 juin 1982, mais pas avant que Casimir ait chanté une dernière fois sa chanson…

Léonard et Toba ; le jardinier Antoine ; les Kanapoutz.

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, rue Sésame partage donc la vedette avec l’île de Casimir depuis avril de cette année. Si le choix avait été laissé à Christophe Izard, cela n’aurait pas été le cas. Mais la chaîne a préféré faire l’acquisition de cette nouvelle adaptation de Sesame Street plutôt que de la voir aller ailleurs. Tant mieux pour nous, nous avons encore plus d’amis dans le poste ! L’émission est donc une adaptation. Les Américains sont très soucieux du respect des obligations contractuelles que cela suppose. Ainsi, la diffusion de séquences issues du programme original doit être supérieure de deux minutes aux séquences françaises. À cette époque, les responsables américains admettent aussi plus volontiers que le show trouve ses origines, entre autres, dans la volonté de faciliter l’apprentissage de la lecture aux « minorités ethniques » des États-Unis. Dans cet état d’esprit, la présence de Roger Elcourt, métis, parmi les comédiens, est par exemple très appréciée. En revanche, pour les séquences propres à la France, l’équipe a carte blanche. Toccata et Mordicus sont donc de véritables créations, s’inspirant certes des modèles originaux. Ils cohabitent avec les hommes, femmes et enfants de la rue Sésame (dont le numéro vient du fait que la diffusion est sur la première chaîne) : pour la première année, Roger bien sûr, le bricoleur, Clémence et Odile, les enfants Fabienne et Rodrigue, et l’épicier Maxime. Au printemps de l’année suivante, nous ne croisons plus les deux enfants, et Maxime cède son commerce au père Dominé. Le duo de marionnettes devient trio, avec l’arrivée de l’escargot Trepido (Catherine Coste pour la voix), à la rentrée. Le gastéropode devait s’installer plus tôt et s’appeler Subito, mais en chemin, les choses ont changé. Entre-temps, la rue s’est dotée de trois nouveaux habitants : Marie-Lise, Catherine et Vendredi. Il faut croire que 1979 est l’année des trios, puisque Roger, Dominé et Toccato forment un groupe, nous régalant de leurs compositions… c’est le Trio Sésame ! À la rentrée 1980, l’émission s’offre un nouveau générique… avec des « cartons »

De gauche à droite : Catherine (Diane Dalby) ; Roger (Roger Elcourt) ; Dominé (Réné Lafleur) ; Trepido (Catherine Coste) ; Odile (Édith Garnier) ; Marie-Lise (Nicole Evans) ; Mordicus (Georges Mosca) et Toccata (Lucien Morisse).

fixes. Fort heureusement, la chanson de Claude Routhiau est toujours là. Le générique de fin est composé de dessins envoyés par les jeunes téléspectateurs. On peut retenir deux évolutions notables : des séquences instructives sont filmées en extérieur et désormais, celles issues de la version originale sont annoncées par une sorte de générique, où l’on voit deux mains ouvrir une carte « pop-up » à l’effigie d’Ernest et Bart, montrant la scène d’un théâtre faisant apparaître le titre « Au théâtre Sésame ». Les séquences américaines de l’émission sont extrêmement variées  : marionnettes, animations, reportages, etc. Elles ont quand même leurs stars. Kermit en fait partie, même s’il n’a pas ici la voix de Roger Carel (on note du coup que la grenouille officie à la même période sur deux chaînes ) ; Ernest (le naïf) et Bart (le grognon) bien sûr ; Grover dans son restaurant ; Vampirouette, l’obsédé des chiffres ; Hyacinthe, le gentil bourru ; et évidemment, Macaron l’affamé ! En dessin animé, on aime bien suivre les courtes enquêtes de Billy Jo et Suzette Soleil… La dernière habitante notable à rejoindre la plus célèbre rue de la première chaîne est Augustine (et son petit accent chantant), en 1981. Malheureusement, tout le monde est contraint de déménager le 24 juin 1982. On murmure que l’arrivée de François Mitterrand au pouvoir l’année précédente a influencé la décision de ne pas reconduire cette émission, trop marquée par son origine américaine. Ironiquement, la dernière s’appelle Voyage aux Amériques… et pour cause : tous sont invités en vacances au pays de l’oncle Sam, à Sesame Street, par le cousin américain Johnny Mordicus !

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Albator

1980

Capitaine au cœur d’or…

L

Uchû kaizoku Captain Harlock / Albator and all associated characters

’arrivée de ce corsaire de l’espace était programmée pour la rentrée de l’année précédente. Même Masporo affichait déjà sa panoplie parmi ses produits phares dans ses publicités presse. Mais l’achat et la programmation d’inédits de Goldorak ont décalé la diffusion de son successeur. C’est de cette manière que le héros encapé est présenté. On parle même de remplacement. À dire vrai, cette série s’inscrit plus dans une continuité de « vague des héros de l’espace » initiée par le formidable robot des temps nouveaux. C’est d’ailleurs encore à Michel Gatineau que l’on confie l’adaptation. Mais, constatant peut-être que la thématique était plus subtile et moins spectaculaire que celle de son prédécesseur, le vocabulaire qu’il développe (Aviscoupe, Stellarpon, etc.) y est moins riche. Pour sa venue en France, on demande à notre capitaine de changer de nom. Non pas qu’il faille absolument le franciser, mais lorsqu’il est présenté aux responsables d’Antenne 2, on estime que « captain Harlock » est trop proche de « capitaine Haddock ». On va jusqu’à trouver des similitudes dans les couleurs de leurs tenues. Certes, les deux semblent avoir une affection pour les cols montants bleus et le noir. Mais leurs points communs, si l’on peut les qualifier ainsi, s’arrêtent là. Pourtant, Antenne 2 insiste : pas question de prendre le moindre risque avec les ayants droit de Tintin. Heureusement que Jacques Trémolin officie sur la chaîne d’en face, sinon on lui demanderait certainement à lui aussi de cesser de marier col roulé bleu et veste en velours noir… impensable ! Quoi qu’il en soit, « Albator » a été trouvé. Sur l’origine du nom, les versions divergent : selon Éric Charden, compositeur et interprète du générique, il en est l’auteur – il se serait inspiré du terme « albatros » et du nom d’un joueur de rugby, Jean-Claude Ballatore, et aurait associé les deux. Jacques Canestrier et Bruno-René Huchez évoquent quant à eux une simple variation d’« albatros ». De toute façon, ce genre d’adaptation n’est jamais du goût des ayants droit nippons, dans la mesure où la gestion des

are © 2013 Matsumoto Leiji / TÔEI Animation.

droits s’en trouve complexifiée, notamment pour ceux dits dérivés. Mais pour les spectateurs que nous sommes, cela nous permet de mieux nous approprier le personnage et de l’intégrer à notre propre culture populaire. Albator, le corsaire de l’espace arrive donc dans Récré A2 le 7 janvier 1980. C’est Billy « Samsong » Nencioli qui le présente alors, en bricolant ses manches à balai avec talent afin d’en tirer un jeu d’échecs. Il nous promet un feuilleton extraordinaire ; c’est peu dire. Tout dans cette œuvre nous semble original  : loin de la beauté froide d’un Actarus, son héros est borgne et balafré, sa cape usée par les combats. Seul dans sa cabine, il s’adonne à la boisson (du vin rouge, comme Papa), au côté de sa muse Clio, harpiste accomplie. En révolte contre le pouvoir (unique) en place, au-delà du « corsaire » qu’il est, il a tout d’un anarchiste. C’est tout de même osé, comme modèle. Mais en définitive, avant Stéphane Hessel, on nous fait comprendre que nous avons le droit de nous indigner et le pouvoir d’agir. Albator défend donc des idéaux et la préservation de la planète Terre, mais ne trouve pour ainsi dire aucun allié : les hommes n’ont plus vraiment besoin de travailler et sont rivés devant leur écran ou s’adonnent quasi exclusivement à leurs loisirs. Pire, un chef militaire, Vilak, est obsédé à l’idée de capturer ce maudit capitaine. L’être le plus cher à ce dernier ? Une enfant aux cheveux bleus, la petite Stellie, fille de son meilleur ami décédé, Toshiro, avec laquelle il partage une passion pour… l’ocarina. Et une mélodie en particulier, à l’image de la série, très mélancolique. L’ambiance musicale et sonore d’Albator initie nombre d’entre nous, avant Baudelaire, à la notion de spleen, version space opera. Et que dire de la menace qu’il combat ? À l’heure où l’on commence à peine à comprendre que la femme est l’avenir de l’homme, on nous propose non pas des petits hommes verts repoussants et belliqueux, mais de sublimes créatures à l’allure féminine, charmeuses, longilignes et à la chevelure interminable… avec à leur tête une reine implacable, mais pour le moins troublée par son bel

ennemi. Car si la Sylvidre lambda brûle (dans un cri strident) sous le feu de l’épée-pistolet d’Albator, les filles en général, devant ou dans l’écran, brûlent elles d’une admiration amoureuse pour le beau ténébreux. C’est ce qui fait que cette saga futuriste réconcilie les deux sexes en face du petit écran. Même Laetitia Casta avoue que ce personnage fictif a été son premier coup de cœur. Certains petits garçons ont quant à eux peut-être ressenti une sensation jusque-là inconnue à la vue de la reine Sylvidra prenant son bain, ses longs cheveux cachant heureusement « l’essentiel ». En tout cas, filles comme garçons s’accordent à dire que la mise à mort du père de Ramis, avec son ralenti et son image en noir et blanc, est quelque peu impressionnante pour de jeunes yeux… Le vaisseau Atlantis est lui-même empli d’originalité. Il emprunte aux galions d’antan, avec sa cabine à l’arrière tout en boiseries, et aux destroyers de la Seconde Guerre mondiale, avec ses tourelles et canons (le papa du créateur du capitaine au cœur d’or était dans l’armée japonaise). De plus, il plane un mystère le concernant, puisqu’il renferme un secret, qui fait du vaisseau le quarante et unième homme d’équipage… Albator, le corsaire de l’espace est l’œuvre principale du mangaka Leiji Matsumoto. On peut même dire que c’est celle de sa vie. Il a créé tout un univers, qu’il accorde selon ses envies et goûts, sans pour autant chercher à établir une continuité. Son « captain Harlock » fait souvent des apparitions dans les autres séries de son papa, mais il ne s’agit pas à chaque fois du même personnage. On peut faire un parallèle avec le super héros Batman, dont plusieurs versions existent, dans des univers différents. D’ailleurs, le comédien doublant Albator n’est autre que Richard Darbois, qui prête bien plus tard sa voix à Batman dans la série animée de 1992. Mais son timbre a quelque peu changé avec les années. Étonnamment, nous n’avons le droit qu’à une unique rediffusion de la série dans Récré A2, en 1981, juste après que le « dernier » épisode a été diffusé le 22 décembre 1980. Ce n’est pas la véritable conclusion de la saga  : il reste en fait encore trois épisodes, mais le programme a semble-t-il été vendu comme composé de trois fois treize épisodes… il faut attendre la toute fin des années 1990 pour découvrir la conclusion, doublée pour l’occasion de la sortie en vidéo des aventures de l’équipage de l’Atlantis.

FIN

Si vous avez manqué la fin… Mars. Le pari est réussi : une grande partie de l’armada est détruite par les éléments naturels (satellites de Mars). Mais une flottille de petits vaisseaux se détache, et les Sylvidres envahissent bientôt l’Atlantis ! De nombreux hommes d’équipage perdent la vie. Vilak leur barre la route vers l’ordinateur du vaisseau, qui renferme « l’âme » de Toshiro. Il se sacrifie alors, donnant une chance à nos amis de vaincre les Sylvidres, aidés à nouveau par les éléments pour ce qui reste de leur armada. Vilak est mis en terre avec les honneurs dans le refuge de l’Atlantis, l’îlot de l’Ombre morte. On nous laisse avec Sylvidra contemplant sa flotte en ruine, et Albator se demandant quand viendra le dernier acte de cette « impitoyable et inutile bataille » …

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NOTE : il s’agit ici de la « fin » telle que nous l’avons connue lors de la diffusion dans Récré A2. Vilak, jusqu’alors ennemi juré d’Albator, a risqué sa vie pour sauver Stellie. Il s’est pris d’affection pour la petite fille. Blessé, il est soigné dans l’infirmerie de l’Atlantis. Dans un touchant échange avec le capitaine du vaisseau, il admet qu’une partie de sa haine venait de la frustration qu’il ressentait en constatant la relation qui unit Stellie et son protecteur, qui n’est pas sans lui rappeler celle qu’il avait avec sa sœur disparue, qu’il n’a pas su protéger. Il souhaite désormais s’allier à son ancien ennemi  : une attaque contre l’armada ennemie est en préparation. Nos amis comptent utiliser à leur avantage l’environnement d’une zone du système solaire, située près de

Jean-Pierre Savelli (Peter, du duo Peter et Sloane) est présenté comme l’interprète du générique. Il se produit alors déguisé en Albator, comme durant l’été 1981 à la fête des Loges (Saint-Germain-en-Laye). Il est équipé d’une reproduction de l’épée-pistolet du capitaine, sur laquelle a été monté le flash d’un appareil photo pour mimer un tir laser !

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1981

Ulysse 31 Même les dieux ne pourront t’arrêter…

«

Ulysses 31 © 2013 Cookie Jar.

De haut en bas : Philippe Adamov et François Allot, avec nos héros ; Nina Wolmark dans son bureau, avec un Nono géant réservé à la promotion des jouets Bandai ; Jean Chalopin sur un stand de la DIC aux couleurs de la série ; Bernard Deyriès inspectant un celluloïd.

 Ulysse 31, c’est l’anti-Goldorak. » Voilà les mots que

la presse prête à Bernard Deyriès, l’un des papas de cette fabuleuse saga, lors de sa première diffusion. C’est résumer l’œuvre et son intention de manière un peu trop succincte, sachant que ses créateurs sont des gens plus subtils et nuancés. Certes, la réussite de Goldorak a été considérée par certains comme un « affront national ». Si Ulysse 31 a constitué une « réponse » à ce phénomène, elle n’est pas vindicative. Par essence, elle ne peut pas l’être, puisqu’il s’agit d’une coproduction franco-japonaise. Mais à sa sortie, les commentateurs non initiés préfèrent voir le coq éclipser le soleil levant… Il faut cependant admettre que dans son concept, une réinterprétation de L’Odyssée d’Homère transposée dans le futur, Ulysse 31 est à l’époque très « français », ou du moins européen. Dans son nombre d’images par seconde déjà : en moyenne douze, contre huit pour un dessin animé japonais standard. Ensuite, dans sa narration et dans son personnage principal  : Ulysse n’est pas un combattant. C’est une figure paternelle, jusque dans son aspect  : il a hérité de la couleur de cheveux et de la barbe de son papa le plus célèbre, Jean Chalopin. C’est amusant quand on sait que ce dernier (avec Bernard Deyriès) s’était laissé pousser la barbe afin de gagner en crédibilité auprès de ses interlocuteurs japonais. C’est à Nina Wolmark, diplômée (entre autres) en sociologie et coscénariste avec Jean Chalopin, que l’on doit le concept original, même si, cette œuvre étant celle de tous les compromis, le résultat final s’en est éloigné. Ce ne sera pas le cas pour Les Mondes engloutis, série pour laquelle elle est bien plus indépendante. L’esprit d’Ulysse 31 est donc plutôt français. Ceci peut expliquer son relatif échec au Japon et outre-Atlantique. Dans son apparence, son métissage est

plus évident. Pour Nono, qui a existé grâce à la pugnacité de l’équipe japonaise, on retrouve le design de René Borg (Oum le dauphin blanc, Wattoo Wattoo). En particulier pour sa représentation en jouet, qui sera le grand best-seller de la gamme de Bandai. Pour Ulysse et Télémaque, le chemin a été plus long. Soixante essais pour le père, cent cinquante pour le fils. C’est à Shingo Araki que revient le design final. Il est désormais une légende auprès des fans. On lui doit quelques-uns des plus beaux épisodes de Goldorak, mais nous découvrons véritablement sa patte dans Lady Oscar (1986, Récré A2). Pour l’univers graphique, il s’agit d’un travail initié par Manchu (Philippe Bouchet), poursuivi par François Allot et Philippe Adamov. Pour les véhicules et les robots (mecha designs), la touche finale reviendra là encore à un Japonais, Shôji Kawamori, lorsque ce dernier ne crée pas de toutes pièces les éléments. Pour cette partie, la supervision vient du fabricant Bandai : il a en effet accepté la production de jouets Ulysse 31, pourvu qu’il y ait des robots et des véhicules transformables. C’est là aussi une première : jusqu’à présent, les produits qu’il proposait étaient des retirages, en lien avec la diffusion en Europe d’une production japonaise. Les jouets Ulysse sont eux strictement destinés au marché européen. Lorsque les dernières cinq minutes du vingt-sixième épisode sont diffusées le 2 avril 1982, les petits fans ont le cœur gros. Même s’ils peuvent revoir la totalité de l’épisode le lendemain, une question les hante  : reverront-ils un jour de nouvelles aventures d’Ulysse, qui en six mois est devenu leur nouveau champion ? Il a très vite été question d’un long métrage animé, comme se hasarde à l’évoquer Max Saldinger (directeur de production) dans la presse. Mais on attend toujours. Pourtant, le titre du générique de la troisième diffusion est bien « Ulysse revient » …

FIN

Si vous avez manqué la fin…

Grâce à toutes les péripéties qu’ils ont affrontées, Shirka, l’ordinateur vivant de l’Odysséus, a réussi à déterminer la trajectoire à conserver afin d’atteindre les glaces galactiques, accès au royaume d’Hadès. À son entrée, la version d’Orphée de cet univers, qui campait à proximité, vient à la rencontre de nos héros, sortis avec leur navette tripartite, les suppliant de le laisser entrer avec eux afin qu’il retrouve sa bien-aimée Eurydice. Ils acceptent, naturellement, mais l’Odysséus est alors tracté par le vaisseau du passeur Charon. Ils parviennent à se faufiler avec leur navette, mais cette dernière est cependant détruite par Cerbère, un satellite de garde. Tous

ont le temps de s’échapper, et s’empressent de rejoindre la ville d’Hadès, vers laquelle les compagnons sont emmenés afin d’en être les nouveaux citoyens. Orphée retrouve Eurydice, mais tous deux deviennent les prisonniers d’Hadès. Ulysse est séparé du groupe, et plaide sa cause auprès du dieu des enfers, qui accepte de le laisser retourner sur Terre ; mais ses compagnons doivent rester. Ulysse refuse, préférant partager le destin de ses semblables plutôt que de les sacrifier. Son renoncement sera son salut : il s’agissait de sa dernière épreuve ! Les compagnons reprennent définitivement connaissance et tous embarquent dans l’Odysséus…

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Tom Sawyer

1982

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Haut comme trois pommes…

«

 Tom Sawyer, c’est l’Amérique… », chantait Elfie dans le générique de ce feuilleton culte. Assurément, cette affirmation fonctionne tant pour ce dessin animé, qui arrive le 13 décembre dans Récré A2, que pour l’œuvre originelle de Mark Twain… à la différence près que son interprétation est dans ce cas très différente. En effet, dans le roman, l’auteur fait également incarner à son personnage tous les travers et l’hypocrisie dont peut faire preuve une petite ville des ÉtatsUnis de l’époque, en particulier en Floride, État du Sud. Certes, Tom y a des qualités, mais il est dépeint comme un rebelle finalement très conformiste, égoïste rêvant de gloire. C’est ce qui a mené Mark Twain à ne pas développer son personnage et donc à ne pas lui donner une vie d’adulte, craignant – à l’image des héros de pacotille de ses livres préférés – de faire de lui un fieffé menteur et vantard que le lecteur ne pourrait que mépriser. Ainsi, il lui a préféré Huck pour la suite des romans issus de l’univers qu’il avait créé. Dans les adaptations, et celle qui nous intéresse en particulier, les aspérités de Tom, impropres à délivrer un message positif, ont été gommées. Sa popularité dans certains pays éclipse d’ailleurs largement le personnage originel tel que décrit par Twain. Pour nous, « Tom Sawyer, c’est l’Amérique… » prend tout son sens dans la suite des paroles : « le symbole de la liberté ». Nous découvrons donc quelques mois dans la vie de Tom, jeune orphelin, mais pas malheureux pour une fois ! Il vit chez sa tante Polly – qui sait jouer de la cravache lorsque c’est nécessaire – avec son frère Sid, son parfait opposé.

La première partie de la série situe Tom dans son environnement scolaire et relate ses nombreuses pitreries et son amourette avec Becky. Comment oublier sa maladresse lorsqu’il osa faire référence à sa première « relation », ou la nuit où il se mit en tête d’appliquer un conseil de sorcellerie du vieux Sam en tentant de répéter cent fois « Je veux que Becky devienne mon amie ». Sa bête noire durant cette période est M. Dobbins, qui le corrige chaque fois que l’occasion se présente. Mais l’instituteur cache un secret, que Tom va pouvoir exploiter le dernier jour d’école avant les vacances, lui jouant un bien vilain tour avec l’aide de Huck. Ainsi s’ouvre la seconde partie de la série, qui va gagner en maturité au niveau du ton. Car si on assiste à des parties de baignade (d’ailleurs, comme pour Kum Kum, aucune censure n’est appliquée lorsque les petits garçons se dévêtent… et Tom le fait souvent), de pêche, et au coup de cœur de Huck pour une jeune actrice, Tom va apporter son aide dans la fuite d’un esclave et surtout assister à un meurtre commis par Joe l’Indien, qui en devient à nos yeux plus terrifiant que toute la bande du Grand Stratéguerre réunie. En effet, nous sommes dans une description du monde réel, l’exécution est perpétrée à l’arme blanche, et le mort est immédiatement représenté avec un teint livide (ou plutôt violacé). L’ambiance sonore du feuilleton et les jeux de lumière accentuent l’impression de danger en la présence du meurtrier. Mais Tom et Huck s’en sortiront, et encore mieux que l’on pouvait s’y attendre…

ers are © 2013 Nippon Animation Co., Ltd. Tom Sawyer no bôken and all associated charact

Si vous avez manqué la

Joe l’Indien a disparu dans la rivière intérieure de la grotte où il se cachait ; Becky et Tom sont sains et saufs. En discutant avec Huck, Tom réalise qu’il sait où sont dissimulées les pièces d’or du bandit. Nos deux compères récupèrent le trésor et, selon la loi, ont le droit à la moitié. Huck est adopté par la veuve Douglas, qui veillera sur ses intérêts, mais a bien du mal à s’adapter à son nouveau confort et à

ses contraintes. Il a totalement changé d’aspect. L’école reprend et M. Dobbins se voit remplacé par Mlle Rose. Notre duo croit pouvoir jouer les fortes têtes avec cette nouvelle institutrice, mais les voilà corrigés de dix coups de badine pour leur effronterie  ! C’est la dernière image que nous voyons et la voix off de Tom nous invite à lire Les  Aventures d’Huckleberry Finn  !

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FIN

ne fois n’est pas coutume, les nouveautés apportées par l’automne se retrouvent plutôt dans l’émission du mercredi après-midi. Jean Lacroix a encore joué des méninges pour nous concocter un nouveau jeu, Les P’tits Mots. Le principe  : à partir de trois lettres, il faut trouver un mot, le plus court possible, qui contienne dans l’ordre lesdites lettres. Par exemple, avec les g, u et l, on peut proposer « Gaule ». Ensuite, nous devons faire le même exercice avec les mêmes lettres dans un ordre différent. On additionne à la fin le nombre de lettres formées par les trois mots, et le plus petit score est gagnant. En animation, un cousin très éloigné de Jane  : Georges de la jungle. Un petit bijou avec une adaptation très réussie à l’humour efficace. Nous conservons le générique en anglais, malgré un écran titre français, qui illustre le côté caricatural de celui que l’on appelle Super Georges dans les épisodes : il se prend sans cesse des arbres en empruntant ses lianes. Mais c’est loin d’être le seul gag récurrent. Notre ami oublie régulièrement le prénom de sa douce Jane et également qu’il habite dans un arbre, ce qui fait que les lois de la gravité se rappellent douloureusement à lui. La mémoire lui fait aussi défaut lorsqu’il s’agit de pousser le bon cri qui doit rameuter l’espèce animale dont il a besoin. Il prend son éléphant pour un chien, le baptisant Médor. Son acolyte, le gorille Tchito, est largement plus brillant que notre tarzanide télévisuel, même si la voix off aimerait nous faire croire le contraire en donnant un descriptif de l’aventure qui occulte quelque peu le burlesque de ce qui se passe à l’écran. Pour remplacer Candy, rien de tel qu’une autre petite orpheline. C’est donc le feuilleton allemand Heidi qui prend la relève. Il a déjà été diffusé hors émission en 1978 sur la même chaîne, mais pour Récré A2 les épisodes sont coupés en deux. Tout comme le dessin animé de TF1, l’adaptation est fidèle à l’œuvre originelle, évitant même la francisation des noms des personnages. Enfin, le 15 décembre, nous pénétrons au royaume de Diguedondaine.

Le mercredi d’avant, alors qu’elle commençait à interpréter, en fin d’émission, son tube Hou ! la menteuse, Dorothée a disparu sous nos yeux. Les jours qui suivent, Alain Chaufour nous rassure quelque peu. Elle réapparaît donc le mercredi suivant, dans des postes de télévision du plateau. Elle explique qu’elle se trouve donc au fameux royaume, situé dans le Monde magique. Là, elle retrouve pratiquement tous les personnages qu’elle a sauvés de la fée Carabosse l’année précédente, lors du spectacle à Lyon. Ce sont des doubles enchantés des Récréamis. Elle reste en leur compagnie jusqu’au mercredi 29   écembre, où on assiste au mariage du prince Alain (Chaufour) avec la princesse Isabelle (Arrignon).

En semaine, Légendes indiennes nous fait voyager au Canada, à la rencontre de la culture des nations micmac, abénaquie, chippewa, objiway, et bien d’autres encore. Les mercredis 20 et 27 octobre sont dans la thématique de l’émission à venir. Les légendes, qu’elles appartiennent au Nouveau Monde ou au Vieux Continent, ont pour but la préservation de la tradition. Une certaine sagesse peut ainsi traverser le temps en frappant l’imagination de ceux qui les découvrent. C’est cette démarche qui a conduit le réalisateur Daniel Bertolino à mener à bien ce projet, en faisant en sorte que ces légendes soient mises en images par les descendants des peuples concernés. Le premier épisode que nous découvrons, Pitchi le rouge-gorge, a même obtenu le Grand Prix jeunesse Unesco 1982. Le but est également de démystifier l’image toute faite, plutôt « western », que l’on peut se faire des premiers habitants des Amériques. Au tout début de l’hiver, on apprend que l’une des œuvres de Rudyard Kipling parmi les plus connues outre-Manche a été adaptée en dessin animé, avec Histoires comme ça (Just so stories). De façon amusante et poétique, un narrateur nous dévoile comment l’éléphant a obtenu sa trompe ou le Léopard ses taches, en commençant invariablement par  : « C’est une histoire vraie et c’est arrivé comme ça… »

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L

e premier épisode des Mystérieuses Cités d’or est diffusé le mercredi 28 septembre. Une semaine auparavant, Dorothée n’est pas peu fière de nous annoncer l’arrivée de cet inédit et nous propose de découvir le superbe générique. Celui-ci est rempli de promesses  : la voix de Michel Paulin nous situe le contexte, en commençant par l’époque, le xvie  siècle. Mais l’information qu’il donne tranche avec ce qui défile sous nos yeux. Nous sommes dans l’espace, et au fur et à mesure que son monologue progresse, nous nous approchons du continent sud-américain de notre planète, pour mieux nous engouffrer dans un temple maya et pénétrer un monde souterrain nous dévoilant… une cité d’or brillant de mille feux. Les notes du générique, appelé à devenir culte, commencent à résonner et des décors faits à partir de photos retravaillées s’enchaînent, apportant une empreinte graphique encore jamais vue. Nos trois futurs meilleurs amis cathodiques (du moins pour les mois qui suivent) nous sont présentés, accompagnés d’engins fantastiques qui ne nous paraissent en rien anachroniques tant leur design est bien pensé. La semaine d’après, c’est le début de la révélation. L’année suivante, c’est la consécration, avec la Truffe d’or décernée par le magazine PIF.

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La presse de l’époque relaie l’information de la diffusion de cette nouvelle grande coproduction entre le pays du bon vin et celui du saké, abordant une fois encore la question cruciale de ce type de production à l’étranger plutôt que chez nous, alors que nous avons un savoir-faire. Les réponses données laissent entendre que ce dessin animé a les mêmes origines que son prédécesseur, Ulysse  31. C’est-à-dire que la genèse se situe chez la DIC. Ce n’est pas le cas cette fois, même si l’apport du studio a permis d’obtenir le résultat que l’on connaît, la trame et l’aspect des personnages prenant un tout autre chemin avant son implication. Le dessin animé trouve sa source auprès de la chaîne nippone NHK, qui a deux projets : la création d’une série animée avec une identité culturelle très forte (autre que japonaise), et la production de documentaires sur l’Amérique du Sud. C’est Mitsuru Kaneko (MK Production) qui propose de faire de ces deux programmes souhaités un seul, sur les civilisations précolombiennes. Il a par exemple déjà travaillé au scénario de Belle et Sébastien (que nous découvrons au même moment sur FR3). Il lui faut convaincre et il obtient un accord sous couvert que l’histoire s’inspire d’une œuvre préexistante, comme gage de sérieux et d’adéquation

n’inclue aucune sonorité sud-américaine qui permettrait de coller à l’ambiance visuelle et de transporter totalement le jeune téléspectateur. Jacqueline Joubert fut la première à formuler une remarque en ce sens. Comme pour Ulysse 31, c’est le duo Saban-Levy qui se charge de cette partie, représentant pour de nombreux professionnels une bonne part du succès d’un feuilleton de ce genre. Comme expliqué précédemment, la NHK souhaitait réaliser une série de documentaires sur les cultures sud-américaines, et ceci fut finalement intégré au projet de série animée. On aurait pu penser qu’il s’agissait là également d’une contribution de l’équipe française, surtout au regard de ce que la DIC a produit par la suite, avec des séquences de fin d’épisodes sous formes de conseils voire de morale. En revanche, l’apport de financement supplémentaire découlant de l’association avec les Français permet plus d’ambition pour ces séquences finales, l’équipe de la NHK chargée de cette partie pouvant prétendre à de nombreux déplacements. Chez nous, la voix magistrale de Jean Topart rend vivante et passionnante cette partie de la série, qui loin d’être simplement là comme caution pédagogique, facilite le lien entre le fictif et le réel. Car il faut avouer, avec le recul, que l’on peut considérer que l’aventure décrite, même si elle se situe durant des événements réels de notre histoire, avec la présence de personnages historiques ayant existé (Esteban bébé a été recueilli sur le bateau de Magellan en personne), se passe dans une tout autre réalité que la nôtre. Cependant, la véracité historique n’était pas une condition sine qua non du cahier des charges, et fort heureusement d’ailleurs  : comme toujours, nous sommes invités à rêver. Le contexte est là pour éveiller notre curiosité et ne ressemble à rien de déjà connu. Comme toute œuvre forte et avec une identité marquée, elle pousse certains d’entre nous à ouvrir un Quid ou une autre encyclopédie, voire à demander un livre sur les Mayas à l’occasion d’un anniversaire ou pour Noël…

Jar / NHK Enterprises.

Enfant du soleil, tu parcours la terre, le ciel…

avec la ligne éditoriale de la chaîne. C’est le hasard qui va lui mettre entre les mains un exemplaire du livre The King’s Fifth de l’auteur Scott O’Dell. Celui-ci se montre particulièrement arrangeant concernant l’adaptation, qui n’a que peu en commun avec son livre, si ce n’est des noms de personnages et la recherche d’or. Kaneko joue la carte de la transparence en admettant qu’il a besoin d’acquérir les droits afin que son initiative aboutisse. Une fois la chose réglée, le travail de recherche commence. C’est lorsque NHK décide que ce dessin animé doit avoir une existence en dehors du Japon que la DIC est associée au processus créatif, ayant gagné une crédibilité solide suite à la production d’Ulysse 31. La société française présentera le projet à RTL qui validera cette nouvelle collaboration avec le pays du Soleil-Levant. En revanche, logiquement, cette fois le financement majoritaire vient du Japon, ce qui a une incidence sur les droits qui en découlent. Les principaux apports de la DIC concernent la touche fantastique, à travers les engins fabuleux du peuple de Mû ou encore les Olmèques à l’aspect presque extraterrestre. Le fonctionnement du Solaris et du Condor à l’énergie solaire est notamment une idée de Bernard Deyriès. Après tout, le titre japonais est Esteban l’enfant du soleil ; c’est donc totalement en adéquation. Enfin, le design des personnages a été européanisé au maximum, spécialement les adultes. Pour les enfants, ils conservent un style très proche d’une production nationale type. C’est Toshiyasu Okada qui s’occupe de cette partie, et son style a une particularité : ses personnages ont le blanc de leurs yeux de la même couleur que celle de leur peau. On retrouve ceci dans Nils Holgersson, l’année suivante sur la chaîne concurrente. Cela a un effet inattendu : les yeux des personnages, auxquels il est souvent reproché d’être trop grands, voient cette caractéristique amoindrie. D’autre part, pour la version que nous connaissons, nous avons eu la chance de bénéficier d’une BO différente de celle réservée à la version japonaise. Étonnamment, celle-ci

Taiyô no ko Esteban / Les Mystérieuses Cités d’or are © 2013 Cookie

Mystérieuses Cités d’or

FIN

Si vous avez manqué la fin… Les Olmèques sont les premières victimes. Tout le monde se rend à la base, mais le grand prêtre décide de pénétrer dans la montagne seul. Entre-temps Mendoza, resté à l’écart, apprend que ce dernier est en fait le père d’Esteban. Tous deux ont un échange poignant. Le père parvient, en flamme, à placer la clé et à stopper la machine ; cependant, la cité a déjà été détruite. Mais, malin, Mendoza a auparavant ramassé quelques débris, qu’il compte partager avec ses compagnons. Quant à nos trois amis, ils décident de poursuivre leur route en traversant la mer de l’ouest à bord du Grand Condor, mais promettent de retrouver Mendoza et ses hommes à la taverne barcelonaise où tout a commencé…

Les

Nos amis ont enfin trouvé la Cité d’or, mais son grand prêtre a été blessé par Calmèque, le bras droit du roi Ménator, qui convoite le « grand héritage », un appareil capable de fournir une énergie illimitée qui assurera la survie de son espèce. Ils parviennent à s’en emparer et s’enfuient vers leur base, cachée dans une montagne, où ils s’activent à mettre en place le dispositif. Le vase d’or de Tao se remet à briller, signe que quelque chose fonctionne mal. Le grand prêtre dévoile alors que c’est en fait une clé essentielle au bon fonctionnement de la machine, qui sans elle va atteindre un niveau de chaleur incommensurable et s’enfoncer dans l’écorce terrestre, provoquant des cataclysmes qui signeront la fin de toute vie.

1983

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1985

Le Disney Channel

L’Oiseau bleu Pour vous la merveilleuse histoire…

emy.

Elle donne donc un pendentif aux enfants, que Tyltyl porte au cou. Grâce au diamant qui l’orne, ils peuvent pénétrer dans un monde fantastique. Déjà, l’objet leur révèle un aspect ignoré de tout ce qui les entoure : les choses et les animaux ont une âme. Tylo le chien et Tylette la chatte se dressent alors sur leurs pattes. L’esprit de différentes choses de leur chambre se manifeste également : le feu, l’eau, le pain, le lait, le sucre et le temps. Tous les soirs, accompagnés de ces compagnons, ils voyagent dans le monde merveilleux qui leur a été dévoilé, en y accédant à travers le poste de leur télévision, une fois que le pendentif l’a réglé sur la chaîne zéro. Là, ils rencontreront l’âme de la lumière, qui donne à Tyltyl une dague lumineuse, mais se confronteront aussi à la reine de la nuit… et les choses se compliquent, dans la mesure où Tylette et les âmes du feu et du sucre ne sont pas pour que les enfants trouvent l’oiseau bleu, car ils connaîtraient ensuite tous les secrets des choses et des animaux…

characters © 2013 Office Acad

L

All pictures on this page are © 2013

e 23 mars, toujours en régional, nous pouvons voir le premier épisode du dessin animé L’Oiseau bleu. C’est une nouvelle fois l’adaptation d’un classique, le service achat de FR3  jeunesse étant plutôt enclin à ce genre de choix lorsqu’il est question d’animation japonaise, notamment pendant la période où Hélène Fatou est la responsable de l’unité jeunesse (encore en poste jusqu’à l’automne de cette année). IDDH est le fournisseur privilégié en la matière, avec Les Misérables ou Bouba. L’Oiseau bleu fait également partie de son catalogue. Une fois n’est pas coutume, c’est à l’origine une pièce de théâtre, de l’auteur belge Maurice Maeterlinck, écrite au début du xxe siècle. Le dessin animé modernise l’histoire fantastique vécue par un frère et une sœur, Tyltyl et Mytyl. Tout commence la veille de Noël, dans un petit village. Des convives arrivent dans une somptueuse maison, vêtus de leurs beaux habits… tout le monde est heureux. Mais ce n’est pas à cette famille que nous allons nous intéresser, mais à celle des enfants de la maisonnette d’en face, un peu plus loin. Mytyl observe le bal des voitures et envie les scènes de joie auxquelles elle assiste. Son frère et elle sont bien malheureux : leur maman est à l’hôpital, très malade. Leur papa arrive enfin pour partager ce repas de réveillon de Noël avec eux, mais il va devoir repartir immédiatement après. Une fois le bénédicité dit, les aboiements du chien de la famille, Tylo, se font entendre de l’extérieur. Vu le froid qu’il fait, le papa pense qu’il est préférable de le faire rentrer pour la nuit. Le toutou fait donc irruption, poursuivant un oiseau vaguement bleuté, que le père adopte presque aussitôt. Les enfants, restés seuls, ont une autre visite inattendue  : une petite fée, dénommée Bérilune, leur dit qu’elle est venue à eux pour soulager leur profonde tristesse. Si elle prouve ses talents aux enfants, hélas ses pouvoirs ne sauraient guérir leur maman. Il existe pourtant un moyen : capturer l’oiseau bleu, celui du bonheur. Bérilune en aurait aussi grandement besoin pour sa fille, également souffrante.

no bôken ryokô and all associated

bleus, où vivent Winnie (et ses pots de miel), Coco-Lapin (et son potager), le joyeux Tigrou, Porcinet le cochon bègue, Grand-Gourou et son Petit-Gourou (qui se régale des pâtisseries de Grand-Gourou), Maître-Hibou (et ses longs discours alambiqués) et bien sûr Bourriquet (l’anxieux). En janvier 1988, Jean Rochefort laisse sa place à Vincent Perrot. Une coupure publicitaire, et l’on entame la partie réservée à tous, avec à nouveau un générique dans lequel on voit Donald s’installer confortablement avec un bol de pop-corn, et lancer « Ah ! C’est l’heure de mon émission préférée, je vais regarder tout ! », ou encore : « Et c’est comme ça chaque samedi ! ». Tout débute par un DTV (en référence à MTV, alors peu connu chez nous) : des images de dessins animés de Disney avec comme fond musical des titres mythiques des vingt dernières années. Ces clips reviennent tout au long de cette seconde partie. Puis Bon week-end Mickey, une sélection des meilleures productions de la maison, parfois méconnues. Évidemment, l’émission propose aussi un feuilleton, en commençant par Zorro, qui connaît un regain de popularité. Il y en aura bien d’autres, parmi lesquels Davy Crockett, Gallegher, Scarecrow, l’épouvantail, Le  Renard des marais, Texas John Slaughter, Le Chevalier Lumière (début 1988), et également des téléfilms découpés en deux parties. Vient ensuite Disney souvenirs avec comme narrateur Guy Montagné, qui nous offre un aperçu des coulisses  : par exemple, les voix derrière les personnages, comme celle de Clarence « Ducky » Nash, qui donna ses lettres de noblesse à Donald. Enfin, Donald Duck présente, avec une sélection d’animations plutôt à messages et à tendance éducative.

FIN

Si vous avez manqué la fin…

Les enfants se réveillent un matin, après une ultime aventure dans l’autre monde. C’est terminé, ils ont enfin capturé l’Oiseau bleu ! Mais lorsqu’ils jettent un œil à la cage, elle est ouverte et le volatile n’est plus là ! Ils pensent appeler Bérilune, mais le pendentif se brise. Après une petite frayeur et un tour à l’église, les enfants reviennent chez eux, où leur père les attend. Ils lui racontent leur aventure, mais ce dernier n’y comprend rien. C’est alors que l’oiseau bleu fait irruption !

Les enfants sont heureux, mais pour leur père, il s’agit de l’oiseau qu’il a adopté la veille de Noël. La porte s’ouvre alors : la maman est de retour, enfin guérie ! Plus tard, deux dames dont on ne voit pas les visages se présentent à la maison et demandent aux enfants s’ils peuvent leur remettre l’oiseau bleu. Ils acceptent de bon cœur, puis leurs interlocutrices s’envolent en suivant l’oiseau, changeant de forme et se révélant être en fait l’âme de la lumière et de Bérilune !

Disney.

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Maeterlinck no aoi tori : Tytyl Mytyl

N

ous l’ignorons alors, mais c’est un accord historique que FR3 décroche avec le groupe Walt Disney pour la création de l’émission du samedi soir Le  Disney Channel. C’est en effet la première fois que le géant américain accepte de se lancer dans une coproduction télévisuelle. Jusqu’à présent, il vendait du contenu sous licence, mais rien de plus. Roy Disney, neveu du regretté Walt, vient en personne à Paris pour sceller le contrat. C’est à la même période que l’éventualité d’un parc en France commence à se faire plus concrète. En choisissant le samedi, FR3 emprunte à l’audience de Champs-Élysées sur Antenne  2, ou encore au téléfilm de TF1. La chaîne a fait le choix d’une émission de deux heures, en faisant en sorte de viser l’ensemble de la famille, sacrifiant les sacro-saints Jeux de 20  heures de ce jour-là, puisque l’émission débute vers cet horaire. La première partie, pour les plus petits, est pour beaucoup la plus mémorable. Elle est rediffusée le lendemain matin. C’est en fait davantage une introduction à l’émission, dont la suite est une version plus familiale. Jean Rochefort est notre hôte et révèle un talent de conteur et d’animateur insoupçonné. Peut-être est-ce parce qu’il est papa pour la troisième fois d’un petit Pierre de 4 ans… Quoi qu’il en soit, sa virile douceur en fait le gentil parrain de nos samedis soir. Il anime Les Aventures de Winnie l’ourson, que les hebdomadaires présentent comme une comédie musicale pour tout-petits, tant il est vrai que les chansons y ont une place importante. Nous nous familiarisons avec l’univers de la forêt des rêves


Signé Cat’s Eyes

1986

Trois ombres dans un œil de chat…

L

e nouveau champion de la troisième chaîne est un trio de jolies sœurs, qui officie le dimanche dans la nouvelle émission Amuse  3. Produite par IDDH, elle a été selon son président assemblée dans une grande hâte, Mireille Chalvon ayant initié la chose quelque peu tardivement. C’est d’ailleurs derrière cet argument que Bruno-René Huchez se réfugie lorsque les foudres de la responsable jeunesse s’abattent sur lui au sujet du générique pour le moins sexy de Signé Cat’s Eyes, remplacé par la suite, bien qu’il ait déjà été assombri dès l’origine (cachant ainsi les morceaux de peau qu’il fallait). Un peu comme Récré A2, ou même avant avec Les Visiteurs du mercredi, Amuse 3 est composé de deux parties, la première ouvrant le bal avec plutôt des produits destinés aux plus jeunes (Bouba, Les Entrechats, etc.), la seconde, après une interruption d’une demi-heure, reprenant à 19 heures avec un contenu pour les plus « vieux ». Mais malgré cela, les images du générique sont toujours considérées comme inappropriées. Pourtant, en termes de contenu, la série a tout pour plaire, tous sexes confondus. Comme souvent, le réalisme de certaines situations et de certains dialogues est compensé par l’absurdité d’autres, ce qui permet plusieurs degrés de lecture. Tam, Sylia et Alex Chamade (nom bien mérité, tant elles peuvent faire battre notre cœur) sont les propriétaires d’un café, le Cat’s Eye. Alex est peu présente ; c’est une adolescente,

elle va donc encore à l’école. Tam, l’héroïne, aime Quentin Chapuis. Dans la vie, il est inspecteur de police. Tout irait pour le mieux dans le meilleur des mondes si les Chamade n’avaient un secret : lorsque vient minuit (parfois avant), alors que d’autres s’endorment, elles deviennent pour la nuit Cat’s Eyes. Nous sommes les seuls à savoir qu’il s’agit de trois vives panthères qui subtilisent des objets à leurs propriétaires, musées ou particuliers toujours trop sûrs d’eux. Mais elles ont en fait un but autre que l’enrichissement personnel : elles veulent retrouver la trace de leur papa, qui fut le propriétaire de tout ce qu’elles « récupèrent ». Une fois rassemblée, elles espèrent que la collection leur permettra de constituer autant d’indices menant au père, Michael Heintz… Le nom du café est ainsi une manière de se cacher en pleine lumière. Au début, Quentin part d’ailleurs du principe que c’est un homme qu’il recherche et qu’il doit absolument arrêter. Au premier épisode, c’est la sixième fois qu’« il » lui échappe… et loin, très loin d’être la dernière. L’épisode final ne conclut pas leur quête ; il est d’ailleurs un peu particulier, dans la mesure où il propose une sorte de mise en abîme, tout le monde participant à une pièce de théâtre dans laquelle chacun joue son propre rôle… et où les sœurs Chamade revêtent leurs deux identités ! Pour autant, elles s’en tirent bien, et pourvues d’une énième pièce de l’hypothétique puzzle.

La rentrée sur

A

muse 3 n’est pas l’unique nouvel atout de FR3 pour la nouvelle saison télévisuelle. En effet, Le Disney Channel s’installe également à partir du 9 septembre tous les mardis après-midi à 17 heures. Les Après-midi du Disney Channel s’adresse davantage aux plus jeunes, au regard de cet horaire et du contenu. Le rendez-vous principal est une nouveauté, la première longue série d’animation de Disney  : Les  Gummi. Ce que nous ignorons à l’époque, c’est qu’ils sont vaguement inspirés des célèbres ours en gélatine, bonbons dont nous raffolons ! L’animation a été confiée à la TMS, avec un niveau d’exigence particulièrement élevé, prestige de la marque Disney oblige. Les Gummi sont issus d’un peuple oublié, qui autrefois vivait en harmonie avec les hommes. Mais apparemment la jalousie de quelques-uns, portant sur les pouvoirs magiques et les avancées techniques de ces ours, aurait eu raison de cette cordiale entente. Ils optèrent donc pour l’exil, disséminés en groupes restreints et perdant le savoir des anciens, leur existence devenant purement légendaire. Mais un jeune page, Cavin, croit en eux. Il a même un médaillon gummi autour du cou, légué par son grand-père. Un jour qu’il apporte leur déjeuner à des hommes du château occupés à travailler dans les bois, ils sont attaqués par des ogres. Vaillant, Cavin est le seul à faire front ; en voulant s’échapper, il trébuche, dévale une pente et perd conscience. C’est alors qu’un groupe de Gummi l’entourent et

il finit dans leur repaire, auquel ils accèdent par un arbre creux équipé d’entrées cachées. Là, Cavin boit accidentellement de la gummiboise, une potion magique qui permet aux Gummi de rebondir (en référence à leurs origines « gélatineuses »). Mais sur les humains, l’effet est d’augmenter temporairement la force. Il va apparaître également que le médaillon de Cavin ouvre le grimoire des Gummi, resté magiquement clos depuis des temps reculés. Grâce à ce livre, Zummi, le sage du groupe, s’initiera à la magie de ses ancêtres. Une solide amitié va se forger entre le jeune page, qui rêve de devenir chevalier (ambition qu’il partage avec Cubbi, le plus jeune des Gummi, inséparable de son épée de bois), et les ours magiques. Ensemble, ils vont vivre de très nombreuses aventures, commençant par sauver le château du roi Grégor de l’attaque d’une catapulte géante. Notons également en cette rentrée le retour de 3-2-1  contact sur la troisième chaîne. Contrairement à la version de Récré  A2 de 1981-1982, pas de plateau ni d’acteurs locaux, c’est une simple adaptation. Nous retrouvons l’équipe de Détectives privés, rebaptisés Les Fins limiers (M. Bloodhound est rebaptisé M. Fin limier). Zach (le roux), présent dans le trio d’origine, a laissé sa place à Cuff (un brun).

Les Wuzzles Ils ont le chic pour délirer en musique…

C

asa Hojo / TMS.

d characters are © 2013 Tsuk

Cat’s Eye and all associate

es étranges créatures remplacent d’autres héros colorés – et en clair – de Canal+, les Biomen. C’est une production Disney, dont la fabrication s’est faite à la même période que celle des Gummi, mais pour un nombre d’épisodes largement moindre (treize au total). La TMS est d’ailleurs également impliquée dans l’animation, de toute beauté. L’originalité de cette série, conçue principalement pour vendre de la peluche Hasbro et asseoir le nouveau studio Disney destiné à l’animation télévisuelle, est que les personnages sont des hybrides d’animaux. Ils vivent au pays de Wuz, où finalement de nombreuses choses sont des composites… jusqu’à la nourriture, avec des sandwichs beurre-de-carotte-et-pieuvre… Le Wuzzle principal est Bourdonlion, aussi courageux que le classique roi des animaux. Il a comme amis proches Rhinosinge, Elekang (mi-éléphant, mi-kangourou), Hipolap (mi-hippopotame, mi-lapin), Papillourse et Fokelan (mi-phoque, mi-élan). Mais même si tout est coloré au pays de Wuz, tout n’est pas rose pour autant : nos amis ont en effet maille à partir avec d’autres créatures aux croisements largement moins mignons… mi-crocodile, mi-dinosaure… mi-grenouille, mi-lézard… Comme pour Les Gummi, le générique chez nous est chanté par Douchka, l’égérie officielle de Disney dans ces années-là. Plus tard, la série intègre Amuse 3, rejoignant ainsi Les Gummi. 194

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les chevaliers du Zodiaque

Le Club Dorothée Hikari Sentai Maskman © 2013 TÔEI Company.

1988

Contre les forces démoniaques…

«

 En exclusivité pour le Club Dorothée, le numéro un au Japon actuellement, il s’agit des Chevaliers du Zodiaque… » Voici quelques-uns des premiers mots prononcés par Dorothée, ce mercredi 6 avril 1988, date aussi importante pour une plus jeune génération que le fut le 3 juillet 1978 pour une autre. Après un générique de Bernard Minet appelé à devenir culte, on commence par une introduction faisant état de l’existence de chevaliers, protecteurs d’Athéna, qui font leur réapparition chaque fois que les forces du mal se manifestent. Une image rapide fait défiler ceux dont on parle, chacun porteur de couleurs vives et d’une armure au design inédit. Puis nous voilà transportés dans une ville moderne, hébergeant un Colisée évoquant celui de Rome. À l’intérieur, deux des chevaliers vus quelques secondes plus tôt, que nous identifions plus tard comme étant Jabu de la Licorne et Ban du Petit Lion, se livrent bataille sur un ring. On est loin des empoignades d’Actarus et d’Alcor. Là, le sang gicle et on martèle le dos de son adversaire sans vergogne. Sur son trône, Athéna se languit… Qu’est-ce qui peut bien retarder celui qu’elle appelle Seyar ? Changement de scène. Nous sommes en Grèce, le héros en question s’apprête à livrer devant nos yeux la première de ses nombreuses batailles pour mériter le titre de chevalier. Le colosse auquel il fait face

Saint Seiya and all associated characters are © 2013 Kurumada Masami / TÔEI Animation.

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lui laisse peu d’espoir. Celui-ci le saisit d’une main et menace de lui « tordre l’oreille ». Il lève le bras pour mettre sa menace à exécution. Le sang gicle… 1978 paraît à des années-lumière. Mais les enfants d’hier ne sont plus les mêmes. Ici la violence manifeste (atténuée pour la VF) n’est pas gratuite, elle vient marquer les enjeux et humanise les personnages. D’autant que quelques secondes après vient la révélation : pas qu’il ne s’agit pas de l’oreille de Seyar, on s’en doutait, mais plutôt que le véritable pouvoir ne provient pas de la force physique, mais de l’épanouissement du « cosmos » qui sommeille en chacun de nous. David parvient à vaincre Goliath en devenant sa propre fronde. Si les armures protègent les corps et augmentent les capacités, rien ne serait possible sans l’entraînement et la concentration. Tout au long de leurs aventures, Seyar et ses compagnons vont être les artisans de leur victoire, faisant fi de leur statut de simples chevaliers de Bronze, affrontant et dominant épisode après épisode des adversaires condescendants, puisque de rang supérieur… et de « bonne lignée ». En effet, un détail important a été conservé dans la VF  : les origines des personnages n’ont pas été modifiées. Ils sont bien japonais pour la plupart, et revendiquent leur légitimité à défendre la justice d’Athéna, normalement étrangère à leur culture. Ce n’est d’ailleurs pas un hasard si Seyar est représenté en rouge et blanc, comme par exemple le leader des Biomen avant lui. Cela va permettre un intérêt pour l’œuvre originale, le manga de Masami Kurumada et faire que toute une génération s’intéressera à la culture populaire nippone. D’autre part, il est un principe récurrent dans la série : nombreux sont

les adversaires qui croient chacun défendre « le bien ». Sans pour autant parler de débat d’idées, nous ne sommes plus dans le manichéisme de Goldorak. Si aujourd’hui, quelques non-initiés évoquent la prétendue complexité des dialogues, c’est qu’ils ne connaissent ni l’œuvre, ni leur sujet. On peut ainsi retenir le discours ahurissant de cynisme et pourtant tristement réaliste du Chevalier du Cancer, qui sait parfaitement qu’il ne défend pas la « noble cause », mais s’en moque, la notion de justice dans l’histoire étant selon lui inscrite par ceux qui ont le pouvoir. Enfin, jamais aucun dessin animé n’avait mis en avant une amitié aussi indéfectible que celle des cinq chevaliers de Bronze. Pour des enfants en construction, cet exemple de loyauté est on ne peut plus fort. Les Chevaliers du Zodiaque est donc une œuvre forte… mais néanmoins commerciale. L’aspect des armures du dessin animé a été modifié par Bandai afin que des jouets viables puissent en être tirés. Concernant ces figurines, elles font les beaux jours de Bandai France et les plus fans tentent d’ailleurs d’anticiper ce qui va se passer durant la saga des Douze Maisons en interprétant les scènes reproduites aux dos des boîtes des figurines des chevaliers d’Or, même lorsque seuls cinq d’entre eux sont disponibles. Des épisodes sont créés de toutes pièces afin de laisser au manga le temps d’avancer. C’est ce qui fait que l’on voit dès le début, avant l’épopée d’Asgard (qui n’existe pas dans le manga), des chevaliers à la constellation et au grade obscurs, comme Docrates, entre autres. Mais c’est également ce qui permet aux petits fans de laisser aller leur imagination en créant leurs propres chevaliers, au risque d’être « déçus » en voyant la version officielle arriver plus tard. Quoi qu’il en soit, avant cela ils auront ouvert un livre d’astronomie, voire de mythologie. La passion se repend, lorsque Le  Dorothée magazine est lancé (1989), les débats font vite rage sur l’orthographe des noms des personnages, de fausses informations sont publiées concernant ce qui va suivre… À la fin de la saga de Poséidon, en 1990, Dorothée annonce trois cent mille lettres réclamant une suite, qui n’arrivera pas… avant les années 2000. Quelque dix ans plus tard, des fans français, à l’initiative de Jérôme Alquié, vont jusqu’à développer eux-mêmes une bande-annonce ainsi que deux scènes de ce que pourrait être la saga Hadès. Y  seraient-ils parvenus s’ils n’avaient pas cru, même inconsciemment, au pouvoir de leur « cosmos » ?

P

our ce printemps, Le  Club Dorothée assied définitivement sa domination en matière de programmes jeunesse et de popularité. En mai, un nouveau rendez-vous très matinal est créé, de 7 h 30 à 8 h 25. On peut y retrouver des figures « grand-paternelles » comme le docteur Klein, le spécialiste des animaux qui auparavant officiait dans Récré  A2, et Madame Soleil, qui nous fait notre horoscope du jour. Les Chevaliers du Zodiaque fait que les enfants s’intéressent désormais à un sujet qui était plutôt celui des mamans jusqu’à présent. Le même mois, le samedi s’ouvre également à l’émission, hébergeant notamment Le Jeu de l’ABC, dans lequel, après avoir été tiré au sort, un enfant appelé au téléphone doit deviner quelle cabine hébergeant les trois animateurs masculins contient de l’eau dans son réservoir situé au-dessus (par la suite, le mercredi, d’autres comme Bernard Minet pourront aussi se prêter au jeu). Une fois sa sélection faite, une chasse est tirée, et avec un peu de chance on assiste à une douche en direct, dont le jeune téléspectateur est récompensé par un cadeau (en général un lot). Le mercredi, Le Jeu Léo cède sa place au Jeu Frizzi Pazzi. Cette sucrerie a le vent en poupe depuis quelque temps : ça pétille en bouche, c’est 100 % chimique, sans valeur nutritive. Bref, les enfants adorent. Mais la plus grosse friandise prend bien sûr la forme d’une série inédite, le 8  juin. La « suite » de Bioman, Bioman 2 : Maskman. La série n’est bien évidemment pas dans la continuité de la première, tout du moins en termes d’univers. Mais dans l’esprit, il s’agit de prolonger autant que possible l’expérience positive des cinq héros arc-en-ciel, tant du côté des enfants que des distributeurs et exploitants des droits dérivés. On peut noter toutefois une particularité : ces nouveaux héros font appel à « l’aura suprême » pour se transformer, force censée résider en chaque être humain, comme la « cosmo-énergie » des Chevaliers du Zodiaque… Le « 2 » adjoint au titre pourrait se justifier au regard de la présence non pas d’un robot géant, mais d’un duo. Enfin, le générique de Bernard Minet, Dis-moi Bioman, rompt assez radicalement avec ce à quoi nous avons été habitués. Certainement afin de désamorcer quelques critiques et ajouter un message de paix… geste honorable qui sera vite oublié à la rentrée 1988, avec l’arrivée fracassante de Ken, le survivant…

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Nos années récré A2